Axiomatique – Greg Egan (partie 1/2)

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Lire ou ne pas lire Greg Egan… Telle est la question ! À laquelle j’ai pour ma part trouvé une réponse définitive qui se veut plus que positive. Pourtant, celui qu’on appelle le pape de la hard-sf me terrifiait par son aura. Je craignais qu’il soit trop exigeant pour moi, même s’il parait qu’il s’est vulgarisé avec le temps. Du coup, même en ayant lu ses trois titres dans la collection Une Heure Lumière (Cérès et Vesta, À dos de crocodile, Un château sous la mer) et une de ses nouvelles dans le Bifrost (La Fièvre de Steve), même en les ayant aimé et en ayant au moins écrit quatre fois que : hey c’est compréhensible en fait Egan, même quand on n’a pas de culture scientifique (avec une nuance pour Un château sous la mer à cause de la fin, mais j’ai compris le début et le milieu, c’est déjà pas mal !) je continue d’avoir ce petit pincement de stress avant de me lancer dans un de ses écrits. Le dit pincement, d’ailleurs, est responsable du fait que le recueil a attendu au moins une semaine sur la table de mon salon avant que j’ose l’ouvrir…

Je tiens au passage à remercier le Bélial qui m’en a fait cadeau (non, ce n’est pas un service presse, c’est bien un cadeau, j’ai un message qui le prouve :D) ce qui a été une très chouette surprise dans une journée où j’en avais besoin. Un tout grand merci à eux pour leur gentillesse !

Comme toujours lorsque je critique un recueil qui compte plus de dix nouvelles, je vais couper ma chronique en deux car j’ai envie d’aborder chaque texte. C’est d’autant plus vrai ici que chacun d’entre eux en vaut vraiment le détour et qu’ils sont au nombre de dix-huit. Il y aura donc une seconde partie à cette article qui sortira très bientôt.

C’est parti pour mon petit retour d’expérience de novice en terre eganienne !

Je rappelle juste avant (et après promis on évoque les nouvelles) que hard-sf ne signifie pas forcément difficile d’accès, son nom est trompeur ! Comme le rappelle Apophis dans son guide de lecture sur la Hard-SF : « ce qui définit avant tout la Hard SF, c’est son respect des théories scientifiques / des lois physiques telles qu’elles sont formulées ou comprises au moment de la rédaction du livre concerné. » Et pour ça, très clairement, Egan est un maître.

-L’assassin infini :
(Traduction : Francis Lustman et Quarante-Deux)
Le recueil commence avec une nouvelle assez complexe sur le plan des concepts. On y suit un homme qui travaille pour la Firme, que je suppose être un organisme de contrôle transdimensionnel. Cet homme doit veiller à ce que les dimensions ne s’écroulent pas les unes sur les autres. Pourquoi le feraient-elles ? Et bien il est possible de consommer une drogue qui permet de vivre des futurs possibles et d’éventuellement choisir de s’y installer ad vitam, ce qui cause un certain nombre de soucis.

Ce n’est qu’à la fin que j’ai vraiment pris conscience de l’ampleur du concept et des possibilités offertes. Et ça m’a retourné le cerveau…

-Lumière des évènements :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Dans cette nouvelle, dés l’âge de neuf ans, tout le monde reçoit par morceaux des éléments de son futur qui ont été consignés par eux-mêmes, plus tard, au sein d’un journal. Je vous passe les explications scientifiques pour justifier ce phénomène qui ont l’air plausible à la novice que je suis. Ce n’est pas ce que j’ai trouvé le plus important.

On se rend rapidement compte que les évènements reçus ne racontent pas forcément la vérité toute crue. Une agression est par exemple minimisée afin de ne pas causer de traumatisme anticipé à l’enfant, un bonheur conjugal est feint pour sauvegarder les apparences… Finalement, Egan pose la question de la Vérité Historique car quand le personnage comprend ces petites modifications, il commence à remettre en question ce que dit « l’actualité ».

J’ai trouvé l’ensemble vertigineux dans ses implications.

-Eugène :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Dans un monde de plus en plus automatisé, Angela et Bill gagnent par hasard à la loterie et décident donc d’avoir un enfant puisqu’ils auront les moyens de l’élever dignement. Le problème, c’est qu’ils n’arrivent pas à concevoir naturellement. Ils se rendent donc chez un généticien qui leur propose de choisir toutes les caractéristiques physiques et les qualités de leur futur enfant -déjà prénommé Eugène. Un choix qui met mal à l’aise ces personnes simples qui pensent qu’il faut laisser le hasard faire les choses, hormis en ce qui concerne les maladies génétiques.

La question qui se pose est la suivante : si vous pouviez créer un enfant capable de changer le monde, le feriez-vous ? Le généticien appuie sur la culpabilité des parents qui voudraient trouver des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique, pour enrayer toutes les crises actuelles et à venir. Les qualités exceptionnelles de leur enfant pourraient tout arranger. Mais…

Honnêtement, cette lecture m’a chamboulée par ses implications. J’ai eu besoin d’une pause pour m’en remettre.

-La caresse :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valery, harmonisé par Quarante-Deux)
Un flic doit résoudre le meurtre d’une vieille dame riche assassinée chez elle. Dans le sous-sol de sa maison, il découvre une chimère de femme tigre et se demande ce qui peut pousser quelqu’un à créer une forme de vie comme celle-là. L’enquête va l’entrainer dans le milieu artistique, à la rencontre d’un mouvement initié par le peintre Lindhquist (figure inventée, selon ma brève recherche) qui consiste à reproduire une œuvre dans la réalité car la peinture serait une fenêtre ouverte sur une dimension inaccessible à l’homme.

C’est là que tout va partir en vrille car la chimère a évidemment été créée dans le but de servir cet idéal artistique et de reproduire un tableau bien précis. Le problème ? Il manque le second protagoniste… Je vous laisse imaginer la suite.

Je suis ressortie de cette lecture fascinée et gênée d’être fascinée.

-Sœurs de sang :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Deux jumelles se font la promesse de vivre et mourir ensemble. Des années plus tard, l’âge adulte a séparé leurs chemins. Elles ne se ressemblaient pas tant que ça, de toute façon… L’une d’elle déclare alors une maladie génétique et en informe sa sœur, sauf qu’une seule va survivre alors qu’elles ont pris le même traitement… Mais était-ce vraiment le même ?

Cette nouvelle traite du concept d’essais cliniques et de leur absurdité. Je n’avais jamais réfléchi à cela mais c’est vrai qu’accepter consciemment de donner un médicament placébo à quelqu’un de condamné alors qu’un traitement pourrait potentiellement leur sauver la vie, même expérimental, c’est assez cruel. Ça m’a du coup rappelé un ancien épisode de Grey’s Anatomy (on a les références qu’on mérite ->) sur le sujet que je vois sous un autre angle.

-Axiomatique :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
La nouvelle qui donne son titre au recueil, rien de moins ! À travers le personnage d’un homme meurtri par le deuil, Egan brosse une société où il est possible, grâce à des implants, de choisir ses goûts, ses centres d’intérêt, ses convictions, comme sur catalogue. Il serait par exemple possible de devenir un fervent chrétien du jour au lendemain ! Ou de remettre en cause le sacré de la vie… Et donc être capable du pire.

De prime abord il s’agit d’une banale histoire de vengeance. Toutefois, le propos en toile de fond, s’il n’est pas le plus original, n’en reste pas moins interpellant. Finalement, qu’est-ce qui définit notre personnalité dans un monde où on peut tout changer en s’insérant une puce dans le nez ?

-Le coffre-fort :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
Tous les jours, un homme se réveille dans un corps différent et ce, depuis sa plus tendre enfance. Il ignore qui il est, son propre nom, sa propre identité, ses origines. Il vit la vie de plusieurs personnes différentes au sein de la même ville, dans un certain rayon de distance, uniquement certains types de personnes (des hommes nés en une certaine année) si bien qu’il lui arrive de retourner dans des corps déjà occupés. Il ne contrôle rien, c’est le complet fruit du hasard.

Depuis des années, il note le détail de ses journées dans un carnet qu’il dépose dans un coffre, afin de disposer de données à analyser pour essayer de comprendre ce qui lui arrive. Et si ce matin-là, il ne s’était pas réveillé dans le corps d’un soignant en psychiatrie… Il serait probablement toujours dans l’ignorance.

À nouveau Egan questionne la notion de ce qui forme notre identité et rappelle à quel point nous sommes obsédés par nos origines.

-Le point de vue du plafond :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Après s’être fait tirer dessus, un producteur de cinéma acquiert une perspective différente et voit tout depuis le plafond, tout… Même son propre corps. Je dois avouer que je n’ai pas compris le contenu du texte et surtout, à son intérêt. J’ai du passer à côté de quelque chose. Par contre, en le lisant, j’avais un peu mal au cœur, comme si je souffrais moi aussi d’un souci neurologique. C’était bizarre.

-L’enlèvement :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
David reçoit une demande de rançon pour sa femme, qui n’a pourtant pas été enlevée.
Étrange ? Oui, tant qu’on ne sait pas que, dans ce monde, il est coutume d’enregistrer une copie numérique de soi, de ses souvenirs. Ce que la femme de David se refuse à faire… Mais n’est-il pas possible d’en créer une grâce aux souvenirs de David, justement ? Et si oui, cette copie possède-t-elle des sentiments ? L’enfermement de sa conscience ne serait-il pas une forme de torture ? Une torture possible à cause de David et de son choix de s’enregistrer ?

Au départ, j’ai trouvé David stupide dans sa réaction puis j’ai réfléchi et je dois avouer que le doute m’a aussi saisie. Finalement, j’ai compris sa démarche et j’admets que cette lecture m’a perturbée à cause de cela.

Conclusion (intermédiaire) de l’ombre :
À ce stade je dois avouer que ce recueil ne me pose aucun difficulté en matière de compréhension ni de contenu. Hormis une nouvelle à côté de laquelle je suis passée, j’ai réussi à aisément comprendre le propos des histoires racontées, à me sentir concernée par les personnages et j’ai chaque fois eu envie de réfléchir sur ce que je lisais. C’est une lecture intellectuellement très stimulante et qui achève définitivement de lever mes doutes sur Egan. J’ai hâte de poursuivre !

Merci d’avoir lu cette première partie de mon retour ! On se retrouve très vite pour la suite.

D’autres avis : LorkhanYuyineL’Épaule d’OrionAlbédoAu pays des cave trollsDrums’n’Books – vous ?

Informations éditoriales :
Axiomatique de Greg Egan. Traduction précisée sous chaque nouvelle. Éditeur : Le Bélial. Illustration par Nicolas Fructus. Prix : 23,90 euros.
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