#PLIB2019 Dix jours avant la fin du monde – Manon Fargetton

14
Dix jours avant la fin du monde
est un one-shot pré-apocalyptique écrit par l’autrice française Manon Fargetton. Édité chez Gallimard Jeunesse (conseillé à partir de 13 ans) vous le trouverez au prix de 19 euros.

Vous le savez, j’adore Manon Fargetton et c’est pour cette raison que j’ai acheté ce roman. Pourtant, je n’aime pas vraiment les ambiances apocalyptiques et j’avais conscience de ne pas être le public cible. Mais quitte à sortir de sa zone de confort, autant que ce soit en compagnie d’une autrice talentueuse. Pari plutôt heureux je dois dire. Petit mot également sur le genre du texte: je préfère parler de pré-apocalyptique parce que ça se passe avant une apocalypse et je trouve que ce n’est pas vraiment de la science-fiction. Disons que ça laisse à interprétation. Du coup, voilà, je zut Gallimard et je fais mon classement à moi (rébellioooooon.) !

Nous suivons plusieurs protagonistes dans une alternance de point de vue au sein de chapitres courts : Lili-Ann, Valentin, Brahim, Gwen, Sara et Béatrice. Chacun d’eux est différent, a sa personnalité et son vécu. Leurs vies vont se croiser alors que la fin du monde approche. Ils ont encore dix jours à vivre, dix jours avant que les lignes d’explosion n’atteignent la France. Et vous, que feriez-vous dans la même situation? Chercheriez-vous à retrouver votre famille, comme Lili-Ann? À finir votre roman, comme Gwen? À aider votre prochain, comme Brahim? À respecter votre devoir jusqu’au bout, comme Béatrice? À rejoindre vos amis avec l’homme de votre vie, comme Sara? À vivre enfin, tout simplement, comme Valentin?

Manon Fargetton propose un texte davantage axé sur l’humain et sur la réflexion que sur l’action. Un peu comme Céline Saint Charle dans #SeulAuMonde, elle propose des portraits d’individus qui réagissent tous à leur manière face à ce drame à venir. Elle passe des messages forts quoi qu’un peu utopistes à mon goût mais ça reste un roman à destination d’un public plus jeune à qui il est important de véhiculer ce genre de valeurs.

Addictif, Dix jours avant la fin du monde l’est incontestablement. Malgré ses 464 pages, il se lit très rapidement et ne manque pas de rythme. On se sent proches des protagonistes et on tourne chaque page avec un décompte haletant dans notre tête. Plus on se rapproche de la fin et plus l’angoisse monte. Un pari réussi ! Ce succès tient aussi à la plume maîtrisée de l’autrice, qui ne perd rien de sa qualité au fil de ses parutions.

Si vous aimez les romans où on vous donne toutes les réponses, ce livre n’est pas pour vous. Manon Fargetton laisse une grande place à l’interprétation. Qu’est-ce qui déclenche les explosions? On l’ignore. Que se passe-t-il pour l’humanité, après ça? Pareil. Et finalement, le roman de Gwen… ? À vous de décider. On ne peut que deviner. De toute façon, ce roman n’est pas là pour parler d’une catastrophe ou d’une équipe qui sauvera / repeuplera le monde. Non. Il s’axe sur l’humain. Il en montre le beau comme le mauvais côté, laisse coexister des types de réactions, des visions de la vie, sans forcément apporter un jugement. C’est le genre de texte qui fait réfléchir.

En bref, Manon Fargetton signe un one-shot pré-apocalyptique humain, addictif et positif. Elle choisit d’axer son récit sur la psychologie de ses personnages et leurs états d’âme en proposant des protagonistes très diversifiés. Si le texte manque de réponses aux questions qu’il induit chez le lecteur, il lui laisse par contre une grande place pour l’interprétation et l’imagination. Une chouette lecture qui plaira aux amoureux du genre et que je vous recommande, comme toute la bibliographie de l’autrice.

Publicités

La Forêt des araignées tristes – Colin Heine

6
La Forêt des araignées tristes est un one-shot écrit par l’auteur français Colin Heine. Prévu chez ActuSF pour février 2019, vous trouverez ce premier roman au prix de 19 euros dans la collection Trois Souhaits.
Je remercie Samantha et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Avant d’aller plus loin dans cette chronique, je pense sincèrement être passée à côté du roman.  Je préfère prévenir d’entrée de jeu. Je ne compte pas démolir le premier roman de Colin Heine mais il y a des éléments qui ne m’ont pas plu. Le fait que je m’attendais à un tout autre texte (rien que par son titre) n’aide pas. Je trouve toutefois que la Forêt des araignées tristes a certaines qualités qui séduiront les amateurs, d’où ma chronique.

Nous évoluons dans un monde post apocalyptique recouvert par la vape. La vape, c’est un brouillard qui enveloppe le monde sur une grande partie de sa surface. Une catastrophe a eu lieu, dont on nous parle dans l’introduction, puis l’homme est parvenu à se relever, à se reconstruire. Plusieurs cités émergent et coexistent. L’action principale se passe à Gale, dans ce que j’identifie comme un équivalent de la France.
Quand je dis post apocalyptique, il faut garder à l’esprit que la société reconstruite tient davantage du steampunk belle époque. L’action aurait d’ailleurs sans problème pu se dérouler au 19e siècle.

À travers des points de vue multiples, nous suivons tantôt Bastien (un paléontologue) tantôt Ernest (un explorateur), tantôt Agathe (la vieille servante acariâtre de Bastien) et tantôt… Beaucoup de personnages, en fait. Une rebelle allemande qui arrive à la moitié du roman sans qu’on sache trop d’où elle sort, un fleuriste assassin qui est de loin le personnage le plus intéressant (mon côté cruelle, tout ça), un détective aux buts douteux, et j’en oublie. C’est probablement le premier reproche que j’adresse au roman: la multiplication des points de vue est bien trop nombreuse à mon goût. Si les personnages sont majoritairement bien caractérisés (et c’est déjà bien, vous me direz) tous ne sont pas utiles, loin de là. Certains chapitres rallongeaient inutilement le texte en créant des longueurs plutôt gênantes à la lecture.

C’est le second souci de la Forêt des araignées tristes : les longueurs. Déjà, chaque chapitre est assez volumineux (du moins j’en ai eu le sentiment sur la version numérique) mais en plus, certains sont carrément redondants. Par exemple, Bastien vit toute une mésaventure. Il rentre chez lui, la raconte à Agathe et Ernest, mais sans ellipse. Bastien réexplique donc mot pour mot tout ce que le lecteur a lu juste avant. Pour quelle raison? S’assurer que le lecteur a tout compris? C’est dommage parce que ce sentiment d’être prise par la main m’a vraiment gênée. La tentation de passer des pages était forte et, très honnêtement, si ça n’avait pas été un service presse, j’y aurai cédé. C’est dommage, parce qu’une révision sur ce point aurait rendu ce roman et son intrigue bien plus dynamique.

Ce texte a tout de même certaines qualités. Outre la caractérisation des personnages, je trouve que l’univers inventé par Colin Heine est bien fichu et regorge de métaphores autant sociales qu’écologiques. C’est sans conteste un texte engagé, imagé et inspiré. Dommage, finalement, que l’intrigue ne le serve pas mieux. En lisant la quatrième de couverture en plus du titre, on ne s’attend pas à une enquête aussi classique. On ne s’attend même pas vraiment au contenu, d’autant que Bastien n’est même pas tellement le personnage principal. Pas plus que d’autres. Moi, j’imaginais une exploration dans les Vaineterres avec un Bastien obligé d’embarquer sur une expédition d’Ernest pour échapper à ses poursuivants et découvrant des étendues sauvages peuplées d’araignées géantes avec qui il parviendrait à communiquer, quelque chose dans ce goût-là.  On en est assez loin. Peut-être que ma déception vient de là. Mais en même temps, sur le papier, ça aurait dû y ressembler si on se fie au package du roman.

D’ailleurs, si je dis que je suis totalement passée à côté du texte, c’est aussi en partie parce que je cherche toujours la signification du titre. Il y a bien des araignées géantes présentes à certains moments mais j’ai eu le sentiment qu’elles restaient au second plan et je n’ai absolument pas compris ce qu’essayait de dire le chapitre final. Je ne sais pas si c’est lié à ma panne de lecture (ça ne me surprendrait pas), si je suis lente à la détente (ça arrive !) ou si c’est une volonté esthétique que je n’ai pas saisie / à laquelle je ne suis pas sensible… Toutefois, je referme ce roman avec les sourcils froncés, sans trop savoir ce que j’en pense précisément. Je crois qu’on peut résumer en disant que ce texte n’était pas fait pour moi. Ce qui n’en fait pas un mauvais livre pour autant, qu’on se le dise !

En bref, La Forêt des araignées tristes souffre de certaines longueurs et manque parfois de clarté dans son exposition. Toutefois, Colin Heine signe un premier roman assez convainquant sur son univers et ses personnages, doublé d’un texte socialement et écologiquement engagé. Un auteur avec un potentiel certain mais qui ne m’a pas convaincue ici.

La Voie Verne – Jacques Martel

4
La Voie Verne est un one-shot d’anticipation / science-fiction proposé par l’auteur français Jacques Martel. Nouveauté de chez Mnémos pour Janvier 2019, vous le trouverez en grand format au prix de 20 euros.
Je remercie Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse !

Avant d’aller plus loin je dois préciser que ce roman a été difficile à chroniquer sans spoil et qu’il manque plusieurs éléments que je choisis d’écarter pour vous permettre de découvrir le texte dans sa totalité. Qu’on veuille bien me le pardonner pour cela.

L’histoire de la Voie Verne est racontée à la première personne par le personnage de John, à travers ce qui ressemble à un journal vocal (et je lui fais ici le même reproche que dans Frankenstein Délivré, du coup). Au début du roman, John se présente à la demeure des Dumont-Lieber en espérant obtenir la place de majordome vacante depuis quelques temps. Agathe, la châtelaine, y vit avec deux domestiques et Gabriel, son petit fils autiste. Ce dernier passe toutes ses journées dans le Halo, une réalité virtuelle dans laquelle on entre à l’aide de lunettes spéciales. Gabriel est aussi passionné par les Voyages Extraordinaires de Jules Verne même si beaucoup de gens semblent l’avoir oublié.

Le point fort de ce texte est sans conteste son univers et l’engagement idéologique qui en découle. Nous sommes toujours au XXIe siècle où le progrès technologie a peu à peu effacé le papier, raison pour laquelle je parle d’anticipation. La numérisation paraissait être la bonne solution pour tout le monde, jusqu’à ce que le Big Worm, un virus informatique, efface une grande quantité de données. En fait, les données de Z à V dans leur totalité et quelques autres des lettres suivantes, avant d’être arrêté. Du coup, impossible pour John, spécialiste de Jules Verne (et peut-être davantage ), de consulter ses œuvres puisque lui-même avait tout stocké en ligne. Sur différents espaces de stockage mais ça ne change pas grand chose. Heureusement, si posséder du papier est presque un crime dans cette France d’anticipation, John soupçonne les Dumont-Lieber de disposer une bibliothèque secrète, vu la passion bien connue de la famille pour Jules Verne. Voilà comment il se retrouve à travailler pour la châtelaine.

Jacques Martel propose ici un roman à cheval sur plusieurs genres. J’ai évoqué l’anticipation qui tourne à la science-fiction sur certains points du récit (du moins par rapport à notre époque mais d’une, ça se discute et de deux, ne soyons pas scolaires dans la classification littéraire 🙂 ). On trouve également des concepts métaphysiques qui ne parleront peut-être pas à tout le monde. Il devise énormément sur la force du mythe dans l’immortalité du corps (et de l’esprit), sur l’égrégore, la métempsychose, qui sont des éléments centraux du roman justifiant le projet de John et surtout, le soutien qu’il cherchera auprès de Gabriel. Si toutefois il parvient à communiquer avec lui… Ces points font également entrer ce texte dans la veine fantastique.

Sur un plan signifiant, la Voie Verne est très fort et engagé. J’ai hélas trouvé que, parfois, le propos théorique alourdissait le texte, provoquait des longueurs et entravait la rythmique de l’intrigue. Puis j’ai définitivement un souci avec ce type de narration qui paraît trop factice pour me permettre d’entrer dans la diégèse du roman. Fidèle à son modèle, l’auteur a cherché à enseigner, dans ses textes. À transmettre. Et en ça, on peut dire qu’il réussit, même si je trouve que c’est au détriment de l’histoire racontée. Il faut savoir que de Jules Verne, je n’ai lu que Michel Strogoff et je n’en garde pas spécialement un agréable souvenir. Si j’appréciais la démarche éducationnelle, je lui trouvais souvent des digressions techniques / théoriques qui ne conviennent plus, je pense, aux lecteurs de ma génération. C’est principalement une question de goût mais c’est ce qui m’a empêché de rentrer dans ce roman.

Ce que je regrette car je lui trouve pas mal de bons côtés et je suis certaine qu’il touchera son public de destination, auquel je n’appartiens pas. La Voie Verne propose une réflexion très intéressante sur des thèmes contemporains forts en plus de mettre positivement en avant la différence, à travers le personnage de Gabriel. J’ai beaucoup aimé son discours sur l’autisme et les formes d’intelligence. On est sans conteste face à un auteur érudit qui a peut-être été maladroit en voulant traiter trop de sujets d’un coup. Toutefois, la Voie Verne a des qualités et vaut la peine rien que pour son propos théorique. Je pense qu’il vaut mieux d’ailleurs le prendre comme une tentative de croisement entre l’essai et le roman plutôt que comme un roman « normal » (si tant est qu’il soit pertinent d’affirmer qu’il existe une norme au sein du genre roman. Là aussi, on peut discuter…). La Voie Verne touchera les adeptes de Jules Verne mais aussi les curieux qui chercheront à découvrir ce petit ovni littéraire à cheval entre passé, présent et avenir. Un nouveau texte qui ose et sort des sentiers battus pour Mnémos !

Frankenstein délivré – Brian Aldiss

1
Frankenstein délivré est un roman one-shot écrit par l’auteur anglais Brian Aldiss. Publié chez Mnémos en mai 2017 dans la collection poche Hélios, vous trouverez ce roman au prix de 8.90 euros.

Voici un texte qui est dans ma PàL depuis plus d’un an. Je l’avais remporté lors d’un concours sur un blog (et je ne me souviens pas lequel, désolée, ma mémoire est vraiment pourrie mais encore merci pour ce cadeau ♥ edit: c’était donc chez la copine my dear ema, mystère résolu ! Profitez en pour la découvrir, elle gère.) et j’avais toujours une bonne excuse pour ne pas me lancer. Faut dire que je n’ai jamais lu le célèbre roman de Mary Shelley et que je ne savais pas trop à quoi m’attendre en lisant le résumé. C’est surtout la magnifique couverture (moment de superficialité bonjour) qui m’a attirée sur ce livre. Je pensais tomber sur un roman steampunk… Perdu. Bref, je suis contente que ma Bookjar l’ait enfin sorti du fin fond de ma PàL !

J’ai terminé cette lecture aux premières heures de 2019 et je réfléchis depuis à la façon dont je vais tourner mon retour. D’avance désolée si cette chronique est un peu brouillonne, j’ai essayé de la structurer au maximum mais c’est extrêmement difficile avec un texte comme celui-ci. Frankenstein délivré n’est pas le genre de roman dont on peut simplement dire « j’ai aimé » parce que ce serait le réduire à moins que ce qu’il vaut. Pourtant si ma lecture fut agréable, j’ai un goût de trop peu (oui, j’ai conscience du paradoxe de cette phrase).

On peut grossièrement affirmer que l’intrigue tourne autour du personnage de Joseph Bodenland. Il vit en 2020, une époque où la guerre technologique a provoqué des Glissements Temporels qui vont lui permettre de revenir, un peu par accident, à Genève en 1816. Là, il rencontre Victor Frankenstein puis un autre Glissement lui offre l’opportunité de rencontrer, au même endroit (mais dans la même réalité ? Suspens !) Mary Shelley ainsi que les poètes Byron et Percy Shelley à la célèbre villa Diodati. Où se trouve la réalité? Où se trouve la fiction? Finalement, que signifient ces termes? Comment agir pour entraver le cours des évènements?

De quels évènements, me demanderez-vous? Et bien, dans un premier temps, Joseph s’inquiète de savoir comment rentrer chez lui, à son époque, auprès de ses petits enfants. Logique, jusqu’ici. Puis il rencontre le célèbre docteur et a à cœur de sauver la vie de Justine, la bonne injustement accusée d’un crime perpétré par le monstre de Frankenstein sur le petit frère de ce dernier. Vous suivez toujours? Bien. Rapidement, cette préoccupation passe au second plan puisqu’il fait la connaissance de Mary Shelley ainsi que de tout le petit groupe anglais précédemment cité. Je vous passe les détails de la suite de l’intrigue, pour ne pas vous spoiler. Cet enchaînement m’a un brin dérangée pendant ma lecture parce que le comportement du « héros » manque de cohérence. Joseph explique dans la narration qu’il se sent disparaître au fil des Glissements Temporels, qu’il n’a plus le sentiment d’être lui-même. Que sa personnalité s’efface. Et ça ressemble un peu à une excuse toute faite pour justifier qu’au bout de trente pages, il oublie déjà qu’il a envie de rentrer chez lui. Ces affirmations sont assorties de réflexions philosophiques qui tirent parfois en longueur, surtout vu le style de narration.

Parce que Brian Aldiss a voulu se montrer original en expliquant que Joseph enregistre ses aventures au moyen d’un magnétophone présent dans sa voiture au moment du Glissement Temporel. Il cherche ainsi probablement à justifier la narration à la première personne, qui n’était peut-être pas monnaie courante à son époque de sa rédaction. Pourtant, sur un plan personnel, je trouve que ça sonne faux et j’aurai préféré qu’il se contente d’écrire son roman comme il l’entendait, sans essayer justifier ses choix narratifs de manière hasardeuse. Parce que personne, encore moins en 2020 (ou alors sur un an, pas mal de choses vont changer) ne s’exprime comme Joseph le ferait. Ça manque globalement de crédibilité.

Un point à garder à l’esprit lorsqu’on lit ce texte, c’est qu’il a été écrit dans les années septante. Et ceci peut expliquer pas mal d’éléments, c’est donc une œuvre à replacer dans son contexte pour en tirer un maximum de plaisir. Notamment sur la vision qu’a l’auteur du 21e siècle (le roman commence en 2020), de sa technologie et de sa société. Sur ce dernier point, malheureusement, il ne se fourvoie pas et offre une vision relativement pessimiste de l’humanité. Elle me parle à moi mais dérangera peut-être certains lecteurs.

Sur trois cent pages, nous découvrons un univers de science-fiction, une uchronie, du fantastique (très léger), de l’horreur, un voyage dans l’espace-temps, dans le concept même de réalité, avec des personnages historiques et inventés qui se mêlent sur plusieurs diégèses et degrés de fiction… Le tout sur fond de roman philosophique. Ça colle un peu la migraine. Et je pense sincèrement que trois cents pages pour aborder autant de thèmes, c’est beaucoup trop peu. Brian Aldiss ne manque pas d’ambitions mais il aurait dû mieux équilibrer les différents ingrédients de son livre pour que la sauce prenne. D’autant qu’il réussit quand même à laisser certaines longueurs, notamment sur les débats philosophiques qu’ont les personnages. Les clins d’œil à la littérature plus classique sont assez clairs mais pas forcément bien géré.

Je donne probablement l’impression d’avoir passé un mauvais moment avec Frankenstein Délivré mais ce serait une erreur de le croire. Déjà, il se lit facilement et conserve un intérêt constant dans son intrigue même si tous les lecteurs n’y trouveront pas leur plaisir face à ses particularités thématiques. Ensuite, même s’il comporte un certain nombre de faiblesses énoncées plus haut, je le trouve ambitieux (d’autant plus pour son époque) et original. À mon sens, ce texte est un ovni littéraire expérimental plein de bonne volonté. Il se plante un peu par moment (je ne vais pas revenir là-dessus) mais porte une réflexion intéressante sur des sujets actuels comme, pour n’en citer qu’un, les dérives de la science.

Je pense que ce roman plaira aux amateurs de Mary Shelley et à ceux qui cherchent à lire une œuvre différente et osée. Il ne conviendra pas à tout le monde mais constitue une curiosité littéraire qui vaut la peine d’être découverte.

#PLIB2019 Les nuages de Magellan – Estelle Faye

51344598_549758522101467_6750372692936884224_n
Les nuages de Magellan
est un one-shot space opera écrit par l’autrice française Estelle Faye. Publié chez Scrineo, vous trouverez ce roman au prix de 21 euros.
Ce livre est lu dans le cadre du #PLIB2019. ISBN#9782367405858.

Dan est serveuse au Frontier et parfois, elle chante un peu de blues pour la clientèle. La tête dans les étoiles, elle rêve de voyage et d’aventure sans oser sauter le pas. Un jour, elle n’a plus le choix. Le soir précédent, ivre, Dan a chanté pour rendre hommage aux massacrés d’Ankou et cela n’a pas plu aux Compagnies. Les autorités la cherchent. Dans sa fuite, Dan saute sans réfléchir à bord du vaisseau de Mary, une mystérieuse cliente du bar. Ensemble, elles vont tenter d’échapper à leurs poursuivants, chacune persuadée qu’elle est la cible. Et Mary a de bonnes raisons pour ça, puisqu’elle n’est pas vraiment « juste » Mary. Elle s’appelle Liliam et elle est l’une des dernières représentantes de la Grande Piraterie.

Il y a beaucoup à dire sur ce roman d’aventure dont l’intrigue est articulée autour du concept liberté. C’est, à mon sens, le thème central du roman et je dirai même qu’il s’agit d’une belle métaphore sur notre propre monde. Chez nous aussi, les multinationales contrôlent de plus en plus de secteurs et l’air de rien, les Nuages de Magellan permettent de réfléchir, de se poser les bonnes questions. N’est-ce pas la marque des grands romans? 🙂

Dan et Liliam se lancent un peu malgré elles dans un voyage sans retour. Échapper aux Compagnies n’est pas simple, surtout avec un vaisseau endommagé crashé en plein désert de sel. Durant leur périple, elles vont se frotter à différentes cultures et rencontrer des personnages qui auront une certaine importance pour la suite. Afin de ne pas trop vous spoiler le déroulement de l’intrigue, je ne vais pas trop vous en parler. Surtout que cette histoire, on ne va pas se mentir, c’est principalement celle de Dan et Liliam.

Comme je le disais, Dan est une jeune fille qui a la tête dans les nuages. Elle a beaucoup lu sur l’époque de la grande piraterie et est très vite fascinée par Liliam quand elle prend conscience de sa véritable identité. D’ailleurs, elle lui réclame sans arrêt de lui raconter son histoire. Les vraies, pas celles des livres. Petit à petit, grâce à leurs échanges, on entrevoit un passé glorieux mais aussi difficile. J’ai adoré le background inventé par Estelle Faye qui a fait vibrer en moi la corde sensible. En même temps, parlez moi de piraterie, en prime dans l’espace…

Liliam, de son côté, est un personnage assez mystérieux malgré les chapitres qu’on découvre de son point de vue. Elle a choisi de s’effacer la mémoire bien qu’elle en ait oublié la raison. Paradoxalement, elle essaie de s’en souvenir parce que ça lui parait d’une importance capitale. Et de fait, dans sa mémoire, Liliam détient la clé du chemin qui mène vers Carabe, une planète cachée et secrète qui abritait le sanctuaire de la Grande Piraterie.

Tous les ingrédients sont présents pour un roman de qualité. Des personnages féminins forts qui sont des héroïnes très crédibles (ET SANS LOVE INTEREST QUI BOUSILLE L’INTRIGUE ! Que ça fait du bien !), avec leurs forces et leurs faiblesses. Des personnages secondaires qui ont une véritable personnalité. Une aventure rythmée et cohérente. Un univers original et accrocheur qui permet au lecteur de voyager. Un background hyper immersif (franchement, les flashbacks et les récits, quel bonheur ! J’adore Sol ♥). J’ai dévoré les Nuages de Magellan en moins de 24 heures. L’éditeur précise qu’il s’agit de la première incursion d’Estelle Faye dans le space-opera… Et j’espère vraiment que ça ne sera pas la dernière ! Il faut dire que si la plupart des mystères trouvent une résolution, l’autrice se laisse des portes ouvertes et joue avec les espérances du lecteur.

La seule chose que j’ai un peu regrettée, c’est la fin. Les sauts temporels m’ont frustrée, ça aurait pu sans problème devenir une trilogie ! Je ne vais pas dire qu’Estelle Faye a bâclé la fin des Nuages de Magellan, ce serait un mensonge. Mais la lectrice déjà accro à cet univers aurait aimé plus de détails, de développements, même si elle comprend très bien ce choix narratif.

En bref et si ce n’était pas déjà suffisamment clair, je suis certaine de voter pour ce titre lors de la dernière sélection du PLIB car je l’ai a-do-ré. Il contient tous les ingrédients que j’aime retrouver dans une lecture et confirme Estelle Faye au rang des autrices françaises incontournables dans le paysage de la SFFF. Merci du voyage et bien vite sa prochaine sortie ♥

Honor Harrington #3 Une guerre victorieuse et brève – David Weber

guerre_victorieuse_pocheMAKETvalide.indd
Une guerre victorieuse et brève
est le troisième tome de la saga hard sf Honor Harrington, écrite par l’auteur américain David Weber. Rééditée par l’Atalante dans sa collection poche, ce tome coûte 9 euros.

Rappelez-vous, je vous ai déjà parlé des deux premiers tomes: Mission Basilic et Pour l’honneur de la Reine.

Après les évènements survenus sur Grayson, Honor a du rester une année en convalescence. À ce terme, un courrier de l’amirauté l’informe d’une nouvelle promotion et de son affectation sur le célèbre bâtiment HMS Victoire. On l’envoie en renfort à la frontière sous les ordres de l’amiral Parks, qui ne l’apprécie pas beaucoup. Il n’y a pas de vraie raison à ça, c’est juste que sa tête ne lui revient pas et que monsieur tape dans l’excès de zèle parce qu’il n’apprécie pas les actes passés d’Honor, même s’il en reconnait l’importance (ne cherchez pas la logique). Parallèlement à cela, la République populaire de Havre commence à bouger et cherche à déclencher la guerre contre Manticore, celle qui menace d’exploser depuis si longtemps. Leur but: contrôler la révolte qui gronde sur leur territoire. Rien de tel qu’une petite conquête pour ça, non? Non? Ouais, non, on est d’accord.

Assez rapidement, on sent un schéma proche de celui de Mission Basilic. Honor est reléguée à la frontière et doit affronter le Havre, qui a plus d’un tour dans son sac. Contrairement au premier tome, elle n’est pas vraiment seule face à eux mais je ne vous en dis pas trop non plus afin de ne pas spoiler le contenu.

La narration de David Weber permet l’alternance des points de vue. Ce tome est davantage politique que les précédents. Le lecteur est emmené dans la République, en apprend beaucoup sur son système et sur les manigances du gouvernement. C’est intéressant mais aussi un peu perturbant parce que les protagonistes se multiplient facilement et j’ai retrouvé le même sentiment de perte que dans le premier tome. J’ai presque du prendre des notes pour me rappeler qui est qui, qui fait quoi et pourquoi. Une chose est sure, ce n’est pas une lecture « détente ».

Ce tome offre aussi une évolution par rapport à la vie personnelle d’Honor. Le retour de Pavel Young dans les environs (au passage, j’ai été plus que satisfaite de la fin !) permet d’apprendre ce qui est vraiment arrivé sur l’île de Saganami mais aide également Honor à passer outre. J’ai apprécié le traitement qu’avait l’auteur par rapport à ces thématiques. Que ma phrase suivante ne soit pas mal interprétée mais, pour un homme, cela m’a agréablement surprise. Évidemment, la reconstruction d’Honor passe par le regard d’un autre homme et sa relation avec lui mais ça ne m’a pas dérangée plus que ça grâce à la manière dont David Weber l’a amené.

Même si les enjeux deviennent plus important, ce troisième tome est quand même globalement plus lent sur son action. Les batailles spatiales sont assez peu présentes hormis les frappes éclairs et, évidemment, l’affrontement « final ». Je pense que ce troisième volume fait office de transition et j’espère que le quatrième nous offrira davantage d’action.

À noter que la fin de ce volume contient une vingtaine de pages explicatives sur la marine dans l’univers d’Honor Harrington. J’ai trouvé cette initiative intéressante et vraiment utile pour le lecteur qui a du, jusqu’ici, tout comprendre par lui-même.

Pour résumer, ce troisième tome de la saga Honor Harrington confirme David Weber au panthéon des grands auteurs de hard sf. Il maîtrise toujours aussi bien son sujet et est hyper immersif. Si Une guerre victorieuse et brève contient moins d’action que les tomes précédents, il permet une évolution majeure sur le plan politique ainsi qu’un développement psychologique intéressant pour notre héroïne. Je recommande toujours autant cette saga aux fans de science-fiction mais attention. Ce n’est pas à la portée de n’importe quel lecteur et ce n’est certainement pas une lecture détente. On ne classe pas Honor Harrington dans la hard sf pour rien, vous êtes prévenus.

Paradoxes #3 L’éveil de la Troisième Force – L. A. Braun

31950010_2501213410104539_1674838646152232960_n
Le troisième et dernier tome de Paradoxes s’intitule L’éveil de la troisième force. Proposé par l’autrice belge L. A. Braun, il termine sa première trilogie avec brio. Disponible en papier au prix de 15 euros. Sa sortie est prévue le 26 septembre lors d’une soirée exceptionnelle à Bruxelles où je vous invite à vous rendre !
Pour commander les deux premiers tomes, cliquez ici.
Pour précommander le tome 3, cliquez là.

Je vous ai déjà parlé de la saga Paradoxes puisque j’ai chroniqué les deux premiers tomes (tome 1tome 2). Une histoire difficilement classable qui mélange fantastique, science-fiction, policier dans une Bruxelles futuriste. Ce tome se passe pourtant majoritairement à Paris (vous savez pourquoi si vous avez lu le 2 !) et nous dévoile des pans entiers de l’univers créé par l’auteur. Peut-être un peu trop d’un coup, mais je vais y revenir.

Nous retrouvons Jared dans la situation où nous l’avons laissé (pas très brillante) et nous rencontrons de nouveaux protagonistes. C’est le premier gros reproche que j’ai à faire (et sûrement le seul en fait) : la multiplication des personnages m’a empêchée de vraiment m’attacher à eux. L’action ne manquait pas mais je la suivais un peu comme quand on regarde un film par hasard en le prenant en cours de route parce qu’on a zappé sur la chaîne à ce moment-là. J’étais accrochée, j’avais envie de savoir où l’autrice me menait, mas je ne m’intéressais pas spécialement au devenir des personnages, à une ou deux exceptions.

Et franchement, comme je le lisais en bêta lecture (cette chronique date du mois de mai mais je la publie seulement maintenant pour la sortie !), j’étais déjà paniquée rien qu’à l’idée de le lui annoncer. À ce stade, je trouvais que ça aurait mérité une révision complète. Puis j’ai lu la fin.
Et ma vie a changé.
Bon d’accord, peut-être pas à ce point-là. Mais cette fin, quelle claque ! Je m’en suis même exclamée tout haut, tellement je ne m’y attendais pas, tellement je ne la voyais pas venir mais alors pas du tout. Redoutable, osée et plutôt intelligente, je ne vais pas vous la spoiler mais rien que pour ça, ça vaut vraiment la peine.

Est-ce que Paradoxes est une saga parfaite? Non. Mais ce sont les débuts littéraires d’une autrice belge prometteuse qui réfléchit sur ses textes, qui évolue au fil de ses romans et acquiert toujours plus d’expérience qu’elle met à profit. Une page se tourne avec cette trilogie et pas des moindres. Je vous la recommande tout de même si vous aimez le mélange des genres, si vous êtes rôliste, si vous avez envie de sortir des sentiers battus et de découvrir un univers riche. Je suis personnellement heureuse du voyage !