#ProjetOmbre : { La machine différente – Jean Laurent Del Socorro ; Le roi de la clairière & Ce que l’homme croit – David Bry }

Salutations à toutes et à tous !

J’ai récemment pris comme résolution de vider ma PàL numérique, ce qui est l’occasion de me pencher sur des nouvelles qui attendent depuis quelques mois déjà dans ma liseuse. Des textes achetés uniquement sur base du nom des auteurs, sans même lire les résumés. Je me lançais donc totalement à l’aveugle même si je sais que ce sont des valeurs sûres. Ils le confirment d’ailleurs dans ces textes même si tout n’est pas parfait…

Pour en savoir plus sur les ouvrages de Jean Laurent Del Socorro : Ma chronique de Boudicca – Ma chronique de Royaume de vent et de colères – Ma chronique de Gabin sans aime et le vert est éternel – Ma chronique de La guerre des trois rois – Ma chronique de Je suis fille de rage.
Pour en savoir plus sur les ouvrages de David Bry : Ma chronique du Garçon et la Ville qui ne souriait plus – Ma chronique de Que passe l’hiver.

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Dans sa nouvelle, Jean-Laurent Del Socorro met en scène Ana, une machine par Ada Lovelace qui semble avoir développé une conscience alors qu’elle devait juste servir de grosse calculette. C’est l’occasion pour l’auteur d’offrir une préface au sujet d’Ada Lovelace en tant que mère de l’informatique, préface grâce à laquelle j’ai appris énormément. Avec son histoire, l’auteur fait donc la part belle aux personnages féminins.

Cette nouvelle est écrite du point de vue d’Ana, qui apprend, qui rencontre différents humains aux réactions pas toujours très positives. Si j’ai bien aimé l’idée de base et les valeurs véhiculées, j’ai trouvé ce texte trop rapide. Ana évolue extrêmement vite et ces évolutions semblent un peu sorties de nulle part. Je pense qu’une mise en place un peu plus longue et détaillée aurait été bienvenue pour que j’arrive à me plonger véritablement dans cette histoire.

Vous pouvez vous procurer ce texte sur le site de son éditeur.

D’autres avis : Une bulle de fantasy – vous ?

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Deux nouvelles sont contenues au sein du même ouvrage : Le roi de la clairière et Ce que l’homme croit. Dans la première, le lecteur suit un loup au fil du temps qui revient dans la même clairière pour s’en déclarer le roi, royauté acceptée par les autres animaux, jusqu’à ce que l’homme s’en mêle. C’est un texte très court mais percutant, d’une poésie littéraire à laquelle l’auteur a habitué son lecteur. Il n’a finalement besoin que de quelques courtes pages pour nous en mettre plein la vue… C’était superbe !

J’ai été un peu moins emballée par la seconde mais c’est surtout une question de goût. Dans Ce que l’homme croit, le lecteur rencontre un roi et son mage. Le premier demande au second d’invoquer… quelque chose qui ressemble à une femme (je ne vous gâche pas la nature exacte) et l’ecclésiastique au service de ce roi va découvrir une supercherie. Le texte est très humain, il souligne la fragilité humaine, mais il m’a manqué un petit truc en plus pour vraiment accrocher.

Vous pouvez vous procurer ce texte sur le site de son éditeur.

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printempsimaginaire2017
Douzième, treizième et quatorzième lecture – pas de défi.
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Avancée du challenge : 25 nouvelles lues.

Fragments et cicatrices – Sophie Dabat

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Fragments et cicatrices
est un recueil de nouvelles écrites par l’autrice française Sophie Dabat. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous le trouverez sur leur boutique au prix de 19.90 euros.

De quoi ça parle ?
À travers quinze textes qui s’inscrivent dans différents genres de l’imaginaire, l’autrice met en scène des femmes. Des femmes ordinaires, des femmes mythiques, des déesses oubliées, des créatures surnaturelles, des femmes qui essaient de se battre pour leur droit à être ce qu’elles désirent.

Un recueil aux genres pluriels.
Fragments et cicatrices ne s’inscrit pas dans un seul genre littéraire et ça a été ma première surprise. Puisqu’il était publié au Chat Noir en 2014, je m’attendais à lire des nouvelles appartenant toutes au registre du fantastique mais la plupart tiennent plutôt de la fantasy et même, pour deux d’entre elles, de la science-fiction. Ce sont des genres quasiment absents du catalogue de cet éditeur (totalement même en ce qui concerne la SF). Ce n’est pas un problème mais je ne m’y attendais pas et cela a participé à la richesse thématique du recueil. Je dois aussi préciser que certaines de ces nouvelles ne sont pas inédites et ont été publiées dans des revues comme le Calepin Jaune, Lanfeust Mag, Caprophanaeus, Éclats de rêve, Station fiction, Dragon et Microship ou Notes et Merveilles. J’avoue humblement n’en connaitre aucune. Du coup, six textes seulement sont inédits pour le Chat Noir.

Je ne vais pas m’attarder sur chaque texte de manière individuelle mais sachez que vous allez trouver, en vrac : une chevalière, une nécropasseuse, une polymorphe, une vampire, une sorcière, une Parque et bien d’autres. Aucun texte ne ressemble au précédent ce qui fait que je n’ai jamais ressenti de lassitude ou de redondance. Il y en a vraiment pour tous les goûts et je vous propose de mettre en avant les trois qui m’ont le plus touchée en tant que lectrice.

Je précise aussi que sur les 15, je n’ai pas achevé la lecture de deux textes parce qu’ils ne correspondaient pas trop à ce que j’avais envie de lire sur le moment, ce qui fait que je n’en compte « que » 13 pour le #ProjetOmbre.

Hamadryade
Hamadryade raconte l’histoire d’un arbre à travers le temps et de l’esprit féminin qui l’habite. On le suit depuis sa naissance il y a deux millénaires jusqu’à sa fin dans un futur pas si lointain. On voit l’évolution des hommes, de leurs croyances, de leur rapport à la nature, la cruauté de certains actes et de certains modèles de pensées. L’autrice le met en scène à travers les échanges et les liens que la hamadryade va tisser avec eux. J’ai été très touchée par cette nouvelle au ton résolument pessimiste qui, pourtant, est bien trop d’actualité. Un petit bijou !

Réminiscences
Nolwenn doit écrire une rédaction en français autour du thème du dragon et on ne peut pas dire qu’elle soit très inspirée… Elle s’endort et rêve qu’elle est une dragonne, libre et forte, pourtant pourchassée par les hommes qui lui volent de plus en plus de territoire. Les deux situations sont évidemment liées… Même si le thème de la transformation en créature mythique reste assez classique, je trouve que l’autrice a bien retranscrit l’aspect métamorphose et force féminine notamment face aux parents démissionnaires (père violent, mère victime). En quelques pages, Sophie Dabat aborde beaucoup de thèmes sans que ça ne paraisse lourd ou fourre-tout. Toutefois, j’ai tellement apprécié le principe que j’aurais aimé un texte plus long, plus développé, où j’aurais pu retrouver Nolwenn. Il y avait ici de la matière à écrire un bon roman.

La femme diamantée
Cette nouvelle raconte l’histoire d’une dame âgée qui chute sur un trottoir dans l’indifférence générale et se blesse au bras. Le début du texte a provoqué en moi un profond sentiment de révolte mêlé à de la compassion pour cette pauvre femme que personne ne s’arrête pour redresser et ce pendant plus d’une heure. Le pire c’est que je suis certaine que ça doit arriver tous les jours… La nouvelle se poursuit en montrant les soucis de santé qui découlent de cet accident ainsi qu’une mystérieuse transformation qui va s’opérer dans le corps de cette dame. L’autrice choisit ici d’écrire comme un enchaînement d’instantanés. Des situations courtes, parfois de quelques lignes, un dialogue ou l’autre, qui avancent dans le temps au fil des mois pour montrer l’évolution de cette pathologie. C’est la phrase de conclusion prononcée par le prêtre qui m’a vraiment touchée et m’a donné envie de sourire durablement. Une très belle réussite avec beaucoup de sensibilité et de subtilité.

La conclusion de l’ombre :
Fragments et cicatrices est un recueil de nouvelles fantastiques, fantasy et de science-fiction toutes écrites par l’autrice française Sophie Dabat. Leur autre point commun est de mettre en scène des personnalités féminines dans des situations très diverses, parfois avec des réécritures de mythe, parfois des femmes ordinaires, qui ont toutes un but et une existence propre. L’autrice maîtrise parfaitement le genre de la nouvelle (ce qui n’est pas toujours le cas partout hélas) et c’est un régal à découvrir ! Voilà un recueil tout à fait recommandable.

printempsimaginaire2017
Septième lecture – Défi « contes fantastiques »
(lire un recueil de nouvelles)
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+13 nouvelles
Avancée du challenge : 22 nouvelles lues)

Terra Ignota #3 la volonté de se battre – Ada Palmer

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La volonté de se battre
est le 3e tome de l’ambitieuse saga science-fiction Terra Ignota écrite par l’autrice américaine Ada Palmer. Publié au Bélial, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 24.5 euros.
Je remercie chaleureusement le Bélial qui m’a fait la surprise de m’envoyer ce tome en cadeau au format papier par la poste. Ça m’a vraiment beaucoup touché !

De quoi ça parle ?
Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de Trop semblable à l’éclair (tome 1) et de Sept Reddition (tome 2). Dans la chronique du premier, je partageais avec vous mon enthousiasme et j’esquissais les contours de l’univers tout en m’arrêtant sur le personnage du narrateur, Mycroft Canner, qui joue avec le lecteur, qui lui parle, qui lui ment (par omission ou non) ce qui rendait ce roman vraiment passionnant à lire. Dans la chronique du second, je m’attardais sur le concept d’utopie qui se révélait être au cœur du roman tout en rappelant que définitivement, même si cette saga est géniale, elle demande un certain niveau d’investissement de la part du lecteur et une certaine culture littéraire classique. Cet avertissement est tout aussi valable pour ce troisième tome et peut-être même davantage…

Attention, comme il s’agit d’une suite, il est possible que cette chronique contienne des éléments d’intrigue.

Hobbes et la volonté de se battre.
Ce tome s’ouvre sur une citation de Thomas Hobbes, tirée de son ouvrage Léviathan qui dit ceci : « La Guerre ne consiste pas seulement en effet dans la Bataille ou dans le fait d’en venir aux mains, mais elle existe pendant tout le temps que la Volonté de se battre est suffisamment avérée (…). » De fait, ce tome est un prélude à une guerre que ce monde n’avait plus connu depuis des siècles puisque subsistait une forme d’utopie, organisée suite à la guerre des Religions (qui a aussi banni la foi du domaine publique, il est interdit d’évoquer sa foi en dehors de la présence d’un sensayer, un spécialiste spirituel). L’humanité a donc oublié comment faire la guerre en ce mois d’avril 2454, comment se détruire, et c’est la raison pour laquelle Bridger, dans son dernier geste avant de disparaître, a ramené le grand Achille afin qu’il réapprenne ces choses aux humains. Des camps commencent alors à se former et plusieurs grandes questions traversent le roman qui se veut, du coup, plutôt politico-philosophique car on y parle beaucoup de droit, des différents systèmes en place dans chaque Ruche et de la nécessité d’une réforme à grande échelle qui implique de déranger l’ordre établi. Un ordre connu et donc rassurant. 

Je ne peux m’empêcher d’y voir un parallèle avec la situation dans notre monde qui me paraît aussi arriver à un stade où on se rend compte que les systèmes dysfonctionnent sans pour autant réussir ou même vouloir le changer en profondeur.

La volonté de se battre est bien présente et presque à chaque chapitre, le lecteur découvre un évènement qui aurait pu servir d’élément déclencheur au conflit. La tension reste palpable jusqu’au bout tant la majorité essaie plutôt de préserver la paix, de se préparer sur un plan humanitaire si jamais la situation devait dégénérer. 

Le plus grand bien ?
Il se passe énormément de choses dans La volonté de se battre, des éléments que je pourrais évoquer en profondeur comme l’évolution du statut de J.E.D.D. Maçon, les choix d’Achille, les discussions sur la forme du pouvoir, les manipulations de Madame, les Jeux olympiques, mais je vais plutôt me concentrer sur le cas d’O.S. que je trouve assez important au sein du roman puisqu’il s’agit d’un élément clé montrant que le système dit utopique, que tout le monde pensait fonctionner correctement, n’aurait en réalité pas tenu aussi longtemps sans une certaine dose de violence… Violence normalement bannie.

Pour vous resituer, O.S. est une organisation secrète au sein de la Ruche Humaniste qui élimine des cibles données sur base de savants calculs à partir du moment où ces personnes sont considérées comme dangereuses pour l’humanité et que le ratio profit / risque joue en leur défaveur. C’est à dire que la personne concernée n’apporte pas suffisamment à l’humanité pour avoir le droit de continuer à vivre alors qu’elle représente un danger potentiel pour l’équilibre. À la fin de Sept Redditions, l’existence de cette organisation était dévoilée et dans ce tome, on assiste au procès de Prospero, le 13e O.S. qui a été ensuite remplacé par Sniper, devenu on-même (je ne peux pas utiliser de pronom genré, encore moins dans ce cas-ci. J’en profite pour rappeler que la question des genres est très présente dans ce tome tout comme dans les autres et que l’utilisation de pronom neutre on / ons est majoritaire) grand adversaire de J.E.D.D. dans la guerre à venir. Son procès occupe une partie du roman, donc, et le terme « terra ignota » qui donne son titre à la saga arrive à cette occasion, avec une explication bienvenue.

La Terra Ignota ou terre inconnue sous-entend ici que le droit n’a pas encore statué sur la question posée car il n’y a pas de réel précédent en la matière. Je trouve que ça donne un éclairage nouveau à la quadrilogie d’Ada Palmer puisque la présence de Jehova, incarné dans un corps humain par son Pair (qui s’était lui-même incarné dans Bridger) n’a aucun précédent et bouleverse totalement tout ce en quoi l’humanité a pu croire jusqu’ici. Il n’y a pas de précédent à la situation ni à la façon d’y réagir, chacun/e cherche donc en son âme et conscience comment s’y prendre pour affronter son existence avec ce qu’elle implique. 

Mycroft Canner en proie à la folie.
À l’instar des deux tomes précédents, Mycroft Canner est toujours le narrateur et persiste à tromper le lecteur, à l’emmener sur de fausses pistes, à faire apparaître soudainement des personnages qu’on ne pensait pas présents dans une scène, à changer de lieu sans crier gare, à passer d’une écriture romanesque à une écriture théâtrale sans raison apparente, ce qui est parfois interpellant. On comprend petit à petit que Mycroft est fou, réellement fou. Il souffre de crises hallucinatoires, manque de stabilité émotionnelle, avec tout ce que ça peut impliquer. Quelques éléments laissaient à le penser dans les tomes précédents mais pas à ce point. On apprend d’ailleurs pour quelle raison à la fin de celui-ci, à travers un dernier chapitre qui bouleverse beaucoup d’éléments tenus pour acquis.

Cela donne une dimension nouvelle au texte, d’une profondeur inattendue. Pour rappel, le roman que nous lisons existe dans la diégèse de la saga Terra Ignota sous forme de chronique écrite par Mycroft à la demande de J.E.D.D. afin que la vérité soit propagée au plus grand nombre. Cela implique que chaque personne sur qui Mycroft écrit doit approuver le chapitre où on la mentionne et attester que tout est bien exact. Dans La volonté de se battre, on assiste au moment où Trop semblable à l’éclair arrive dans les mains du grand public et donc où la majorité prend conscience d’informations que nous, lecteur, connaissons déjà. Arrive alors un nouveau protagoniste dans les dialogues internes de Mycroft avec le lecteur : le jeune lecteur, qui a deux tomes de retard sur nous, le lecteur. Se joint également à eux Hobbes, ce qui permet certaines digressions philosophiques et échanges assez savoureux. 

Expliqué ainsi, le roman peut paraître flou ou trop complexe. C’est le moment pour moi de rappeler que, quand on entame la lecture de cette saga, il faut accepter de se laisser manipuler, de se perdre, de ne pas tout comprendre immédiatement. Cela fait partie des exigences de Terra Ignota et j’ai conscience que cela ne convient pas à tous les types de lecteur. Si vous cherchez une lecture purement détente, passez votre chemin. Si vous préférez plutôt vous plonger dans une expérience littéraire unique, alors laissez sa chance à cette saga. 

La conclusion de l’ombre
À l’instar de Trop semblable à l’éclair et de Sept Redditions, la Volonté de se battre est un véritable chef-d’œuvre qui marque un tournant dans la saga en glissant doucement de l’utopie vers le retour de la guerre, avec tout ce que cela implique comme conséquences, discussions et changements. Ce tome possède toutes les qualités du précédent ainsi que ses difficultés, renforcées par un narrateur dont la folie est de plus en plus palpable. J’ai adoré l’aventure et je ne peux que vous recommander de vous lancer. Attention toutefois, il faut pour cela aimer la philosophie, l’histoire littéraire, le théâtre et être prêt à un certain niveau d’investissement mental. Cette saga n’est pas une simple lecture détente et le lecteur doit, pour y prendre le plaisir attendu, s’y plonger à hauteur de son ambition.

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L’Interdépendance #3 la dernière Emperox – John Scalzi

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La dernière Emperox
est le troisième et dernier tome de la trilogie space-opera l’Interdépendance écrite par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce roman au format papier au prix de 21.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

Souvenez-vous ! Je vous ai déjà évoqué le premier tome (l’effondrement de l’Empire) ainsi que le second (les flammes de l’Empire).

De quoi ça parle ?
Les courants du Flux vont s’effondrer à très court terme, c’est une évidence. Que faire, quand toute la société semble condamnée, à l’exception des habitants du Bout qui vivent sur la seule planète habitable ? Quelles décisions prendre, en tant qu’Emperox, pour sauver le plus grand nombre de gens sur le long terme ? Et comment affronter Nadashe Nohamapetan, qui s’obstine à lui mettre des bâtons dans les roues ?

Dans ma chronique du premier tome, je vous ai évoqué dans le détail l’univers développé par Scalzi. Dans celle du second tome, je me suis arrêtée sur le rôle des femmes et sur les personnages féminins vraiment bien menés de l’auteur, qui confirme une tendance que j’aime beaucoup chez lui à savoir créer des sociétés égalitaires sur la question des genres, non pas pour éliminer cette problématique mais pour montrer que si tout le monde avait un peu de bon sens, elle n’aurait pas lieu d’être. Dans ce tome-ci, je vais davantage me concentrer sur les différentes manières qu’ont les décideurs politiques de réagir à la « fin du monde » avant de vous récapituler à qui se destine (ou non !) cette saga. Passez donc directement à la fin si vous souhaitez éviter tout divulgâchage.

Un conflit idéologique
Pour que vous compreniez bien les enjeux, je vais devoir effectuer un petit rappel sur les bases de l’univers. L’Interdépendance est un peu comme un empire humain qui s’étend sur plusieurs systèmes, reliés entre eux par les courants du Flux. En les empruntant, il est possible de se rendre d’un endroit à l’autre en plus ou moins de temps. Ces systèmes prennent place soit sur des planètes hostiles (la vie s’effectue donc en sous-sol artificiel) soit dans des stations spatiales de grande envergure. Chaque système est relié à une famille noble et chacune de ces familles dispose d’un monopole, par exemple sur la culture des agrumes, de certains légumes, la construction des vaisseaux spatiaux, etc. Ce monopole permet au commerce de prospérer et aux échanges entre les systèmes de s’opérer. De plus, une paix relative existe car faire la guerre à un système signifie perdre ce qu’il a à offrir dans les échanges commerciaux…

Maintenant, prenez cette situation et appliquez-la à la problématique du roman : que faire quand les courants qui relient ces différents systèmes vont s’effondrer à très court terme ? En théorie, abolir les monopoles, permettre à tout le monde de cultiver ce dont il aura besoin en cessant de modifier génétiquement les graines pour qu’elles deviennent stériles au bout de la x ième génération si jamais les agriculteurs concernés ne paient pas. Sauf que l’abolition des monopoles signifie que le système économique dans son ensemble doit être repensé…

Et c’est là que Scalzi met en scène toute l’étendue de la bêtise humaine tout en traitant une thématique malheureusement très actuelle au sein de notre société : le pouvoir de l’argent au-delà de toute raison. En effet, on peut s’interroger à quoi bon s’accrocher à son argent quand la société est sur le point de s’effondrer ? La monnaie n’a de valeur que dans le système de l’Interdépendance, pas au-delà… Au fond, ce sont des données numériques, rien de plus. À travers le personnage de Nadashe, notamment, l’auteur permet de mettre en scène des commerçants dans l’ensemble cupides mais surtout, prêts à sauver leur peau au détriment de celle des gens dont ils ont la charge. C’est en jouant sur leur peur de perdre leur statut social, leur importance toute relative, que Nadashe parvient à intriguer politiquement et à grimper les échelons du pouvoir, malgré son exil et son statut de fugitive. Coincé dans son esprit, le lecteur assiste au déroulement de son raisonnement qui peut se résumer en : on ne sauvera de toute façon pas tout le monde alors sauvons les riches. Si le fond (on ne sauvera pas tout le monde) est correct, la suite en revanche…

Sauver tout le monde, c’est ce que l’Emperox Griselda II aimerait réussir à faire mais cela la confronte à de nombreuses problématiques. Avec Marce, son responsable scientifique et son amant, ils réfléchissent au meilleur moyen d’agir tout en ayant conscience que c’est sans espoir. Ce qui ne les empêche pas de s’accrocher parce qu’essayer, c’est toujours mieux que de ne rien faire. Griselda aimerait réussir à transférer la population de tous les systèmes jusqu’au Bout mais agir ainsi reviendrait à condamner l’humanité sur le moyen / long terme au lieu du court terme puisque le Bout devrait soudain subvenir aux besoins de milliards d’individus. La planète n’y survivrait tout simplement pas. On voit donc ici la matérialisation de l’expression « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».

La situation semble sans issue et prendra un tournant assez surprenant via un évènement bien particulier que je n’ai pas vu venir ni que je n’aurai cru possible. Rassurez-vous, pas de solution miracle, non… Mais bien un dénouement qui tient la route et ne manque pas d’intelligence. Une surprise à la Scalzi, grosso modo.

À qui recommander cette saga ?
L’Interdépendance est une trilogie qui ravira les fans de l’auteur qui se reconnaissent dans son humour et dans l’intelligence de ses propos… Mais pas que ! À l’instar du Vieil Homme et la Guerre, Scalzi propose du space-opera accessible qui est une très bonne porte d’entrée dans son univers mais aussi dans ce genre littéraire de manière plus générale. D’autant que, contrairement à sa première saga susnommée, il n’y a pas de focalisation sur l’aspect militaire, ce qui, je le sais, rebutait certaines personnes. C’est donc vraiment l’idéal pour se familiariser avec la plume de l’auteur ! Il faut aussi apprécier croiser des personnages féminins forts et intéressants car les voix féminines sont majoritaires dans le roman et ne manquent pas de dynamisme. Une vraie belle réussite sur tous les points.

La conclusion de l’ombre :
Avec l’Interdépendance, Scalzi reste fidèle à lui-même et aux qualités que j’apprécie retrouver chez lui. Son humour est parfaitement dosé, ses personnages sont subtilement construits et tous très attachants à leur manière (#TeamKiva). Le propos d’ensemble est d’une fine intelligence et l’action reste au rendez-vous pour proposer un page-turner efficace dont on se souviendra. Je recommande très chaudement cette trilogie !

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À l’ombre du (101e) Bifrost : Le Serveur et la dragonne de Hannu Rajaniemi & La Barbe et les cheveux, deux morsures de Dan Simmons

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Il y a deux jours, je vous présentais les deux premières nouvelles contenues dans le 101e numéro du Bifrost. Je m’attaque cette fois-ci aux deux autres… et non des moindres, sachez-le puisque dans le tas, il y en a une traduite par le Grand Serpent en personne ainsi qu’une autre écrite par Dan Simmons.

Le Serveur et la dragonne – Hannu Rajaniemi (lecture le 16/02/2021)
Cette nouvelle est écrite du point de vue du Serveur, une entité type I.A. et c’est plus ou moins tout ce que j’ai compris de l’aspect technologie du texte. Nous sommes clairement ici dans de la hard-sf. Toutefois, il n’est pas nécessaire de posséder des notions scientifiques poussées pour ressentir des émotions en lisant les mots de Hannu Rajaniemi.

L’auteur propose une histoire assez émouvante et peut-être même une allégorie bien que je ne puisse le jurer, n’ayant pas tous les éléments en main pour. Le Serveur va rencontrer une dragonne, qui vit au sein de sa simulation et tente de dépasser les limites du ciel. Les deux vont se lier d’amitié et même un peu plus, ce qui tire le Serveur de sa solitude.

Je n’ai pas vu arriver le retournement final, du coup le choc a très bien fonctionné sur moi. Je suis restée transie par la surprise et un peu l’horreur, triste aussi devant cette trahison, soufflée enfin puisque l’auteur parvient tout de même à me secouer alors que je n’ai pas tout saisi aux subtilités scientifiques de son texte. J’apprécie beaucoup l’aspect poétique de son écriture qui fonctionne vraiment bien sur moi et je me réjouis de découvrir d’autres écrits sous sa plume.

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La barbe et les cheveux : deux morsures – Dan Simmons (lecture le 17/02/2021)
L’histoire se divise en deux temporalités : le passé et le présent. Dans le passé, Tommy et Kevin sont deux enfants d’une dizaine d’années qui soupçonnent deux barbiers d’être en réalité des vampires. Kevin développe sa théorie autour de cette certitude en apportant des éléments historiques qui paraissent, de prime abord, solides. Du coup, les enfants vont enquêter pour essayer de découvrir le secret des deux hommes. Dans le présent, Tommy se rend tout simplement chez un barbier, le même a priori que celui soupçonné, et demande à se faire raser, comme tous les jours.

Dan Simmons joue habilement avec son lecteur puisqu’en représentant Tommy, adulte, qui se rend chez le même barbier que celui dont il soupçonnait le vampirisme durant son enfance, on pense naïvement qu’il n’en est rien et que c’est, au pire, une histoire amusante de deux gamins qui se montent la tête. Pourtant, on s’interroge légitimement sur l’intérêt d’une telle histoire…

Si j’étais bien emballée au début de ma lecture, l’enthousiasme est retombé à la fin puisque, d’une part, je n’ai pas bien cerné le twist mit en place et, d’autre part, je l’ai trouvé un brin convenu finalement. Je ne dis pas que la nouvelle est mauvaise, juste qu’après coup, elle manque de surprise et de saveur. Du moins à mon goût ! Puis ça a été l’occasion de me souvenir que j’avais en réalité déjà lu cet auteur il y a des années (je devais avoir quatorze ou quinze ans) avec l’échiquier du mal et que je n’avais pas accroché à l’époque (ce qui risque de me valoir des huées, hélas). Cela ne m’a pas empêché de découvrir avec intérêt la suite du dossier qui lui était consacré dans le Bifrost !

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(avancée du challenge : 8 nouvelles lues)

À l’ombre du (101e) Bifrost : La fièvre de Steve de Greg Egan & Je vous ai donné toute l’herbe de Christian Léourier

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J’ai (enfin) lu le numéro 101 de la revue Bifrost à laquelle je me suis abonnée récemment (pour le 100e numéro). Comme la dernière fois, la revue comptait quatre nouvelles : une de Greg Egan, une de Christian Léourier, une de Hannu Rajaniemi et une de Dan Simmons, comme de juste, puisque ce numéro lui est consacré. Au sein de ce billet, je vais m’attarder sur les deux premières nouvelles et j’en rédigerai un autre sur les deux suivantes, afin que la lecture ne soit pas trop indigeste pour vous.

Attention, ce billet peut contenir des éléments d’intrigue, histoire d’avoir quelque chose de solide et intéressant à raconter…

La Fièvre de Steve – Greg Egan (lecture le 13/02/2021)
L’histoire se déroule aux États-Unis, dans un contexte aux allures dystopiques. Lincoln vient d’avoir 14 ans et imagine des choses dans sa tête : un moyen de s’échapper de chez lui pour rejoindre Atlanta. Chaque nuit, il rejoue le scénario de son évasion en modifiant les paramètres pour prendre en compte tous les imprévus imaginables. Mais pour quelle raison ? Après tout, Lincoln n’est pas malheureux ni battu ni rien de ce genre…

Le lecteur découvre alors l’existence des Stevelets, des nanorobots entrés en circulation une trentaine d’années auparavant et qui ont provoqué le Crash. Le Crash, c’est comme une espèce d’apocalypse où tout le monde a pété un câble, justement à cause des Stevelets et de leurs actions. Pas qu’ils soient de nature mauvaise, malheureusement il manque de subtilité et de nuance. Normal, me direz-vous, puisque ce sont des machines. Mais comment ont-ils été créé ? Tout simplement par l’entremise d’un savant prénommé Steve qui, se découvrant atteint d’une maladie, a cherché un remède grâce à cette technologie en l’injectant dans des rats. Mais elle a plus ou moins échappé à son contrôle à cause d’une programmation un peu maladroite. Si bien que quand Steve meurt bêtement dans un accident de voiture, les Stevelets tentent toujours d’accomplir la tâche pour laquelle ils ont été conçus, sans succès.

Et Lincoln, dans tout ça ? Il est appelé dans un motel d’Atlanta pour jouer un rôle et permettre aux machines d’apprendre, de reproduire les schémas de pensées de Steve pour, en quelque sorte, réussir à le ressusciter.

J’ai lu cette nouvelle de Hard-SF (mais accessible je vous rassure) en ne ressentant rien au fil des lignes, du moins sur le moment. Mais une fois terminée, elle est restée dans un coin de ma tête et a tourné, tourné, tourné, jusqu’à ce que je prenne conscience de toutes ses implications, de toute sa richesse. J’en ressors finalement assez impressionnée, suffisamment pour comprendre pour quelle raison on a menacé le pauvre traducteur avec une arme pour qu’il se mette au travail ! (ceci est une private joke pour ceux qui ont lu le 101e Bifrost).

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Je vous ai donné toute herbe – Christian Léourier (lecture le 14/02/2021)
Dan est un rêveur qui habite dans la Zone, un endroit où les humains sont capables de survivre, au contraire de l’Extérieur. Le lecteur le rencontre au début de la nouvelle alors qu’il observe ce fameux Extérieur avec fascination. C’est que Liv, la petite amie de Dan, va bientôt accoucher et la perspective l’effraie.

La nouvelle est narrée par Mam, une intelligence artificielle incarnée ici dans un robot qui a élevé ces enfants après la disparition de leurs Parents (je passe sous silence les détails sur cet élément pour ne pas tout divulgâcher). Cela permet d’avoir un point de vue assez analytique sur la situation et quelques réflexions sur l’humanité qui ont toujours le don de me faire sourire. C’est aussi l’occasion de découvrir la vérité sur la Zone qui est le résultat d’une colonisation spatiale. Mam est, en réalité, une IA envoyée pour un voyage de 300 ans dans le but de terraformer une planète mais qui, une fois son objectif accompli, n’a jamais reçu de réponse ou de réaction de la Terre. Elle a donc décidé de continuer sa mission en créant des humains via sa base de données génétiques, histoire de ne pas avoir fait tout ça pour rien. Par « tout ça » j’entends détruire tout un écosystème afin d’en imposer un nouveau, capable d’accueillir l’humanité.

Bien entendu, Mam n’a rien révélé de tout ça aux enfants, persuadée que ces informations les perturberaient et causeraient des problèmes. Malheureusement, ses précautions n’auront pas réussi à les préserver…

L’occasion de la naissance du bébé de Dan et Liv, conçu naturellement et arrivé au monde par voie naturelle quoi que de manière prématurée, permet de réfléchir sur l’humanité, sur notre avenir, sur ce qui fait de nous un être humain et sur ce que nous devrions faire de cette existence. Des quatre nouvelles présentes dans le Bifrost, c’est celle qui m’a le plus chamboulée, avec laquelle j’ai éprouvé le plus d’émotions fortes. C’était ma première lecture de l’auteur et certainement pas la dernière…

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Vers les étoiles – Mary Robinette Kowal

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Vers les étoiles
est un roman de science-fiction écrit par l’autrice américaine Mary Robinette Kowal. Publié par Denoël dans sa collection Lunes d’encre, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 24 euros.
Un tout grand merci à Un papillon dans la lune pour m’avoir offert ce roman à l’issue d’un concours !

Petite précision : il a été porté à ma connaissance que ce texte s’inscrit dans une série d’autres (dont le recueil Lady Astronaut publié par Folio) mais aucune mention de tomaison n’étant présente, je considère qu’il peut se lire de manière indépendante et donc j’en ai parlé comme d’un one-shot. Cette affirmation sera vouée à évoluer en fonction de la traduction ou pas de la suite par l’éditeur mais ça me semblait intéressant de le préciser.

De quoi ça parle ?
En 1952, une météorite s’écrase au large de Washington, dévastant la côte Est des États-Unis dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres. Elma et son mari Nathaniel en réchappent par chance puisqu’ils se trouvaient en congé à ce moment-là, loin de la capitale où ils résident normalement. Elma est une ancienne pilote de l’unité WASP durant la seconde guerre mondiale ainsi qu’une génie des maths. Son mari, lui, est ingénieur spatial. Ils vont donc prêter main forte à ce qui reste de gouvernement américain et découvrir qu’outre les conséquences dramatiques immédiates, cette météorite va entrainer des changements climatiques radicaux qui ne laissent qu’une seule option à l’espèce humaine : coloniser l’espace. 

À la frontière des genres
Ce roman se place à la frontière de plusieurs genres littéraires et je vais laisser le Grand Serpent vous détailler les termes exacts à utiliser (il vous faudra donc lire sa chronique 😉 ). Je dois commencer par dire qu’on se trouve dans une uchronie puisqu’un évènement (ici la chute de la météorite) change radicalement le cours de l’Histoire telle que nous la connaissons. Cette météorite provoque un début de « fin du monde » et amorce une forme d’apocalypse puisque sa chute va rendre petit à petit la planète inhabitable. Et pour cause, puisque la vapeur envoyée dans l’atmosphère au moment de l’impact va entrainer un réchauffement climatique radical en l’espace d’une dizaine d’années. Elma s’en rend rapidement compte via une série de calculs et c’est cette base qui va sonner le départ du roman. 

C’est également un texte axé sur la science et l’exploitation de concepts scientifiques. Ma formation ne me permet pas de dire si tout y est correct ou pas (je vous laisse lire la chronique de personnes plus expertes que moi là-dessus) mais, sauf erreur de ma part, ça peut classer ce roman dans la « light hard sf » parce que les éléments scientifiques restent malgré tout plutôt accessibles, détaillé avec un côté presque pédagogique.

De plus, Vers les étoiles se veut un roman social et féministe car il aborde toute une série de thématiques (le statut de la femme, l’inclusion des personnes de couleur) sur lesquelles je vais revenir en profondeur plus bas dans ce billet. C’est donc un roman d’une grande richesse qui se place à la frontière des genres et des publics. 

Une richesse thématique qui laisse pantois. 
Mary Robinette Kowal écrit à la première personne, du point de vue d’Elma York, docteur en physique, génie des maths mais également juive, femme mariée et pilote. Son profil détonne déjà dans l’époque où elle évolue et permet d’aborder les fameuses thématiques sociales évoquées plus tôt. En effet, si son mari est un homme charmant et pas du tout sexiste, ce n’est pas le cas d’autres hommes qui remettent sans arrêt ses compétences en doute, pas tant sur un plan mathématique que sur celui de ses exploits de guerre ou de pilote. On se rend rapidement compte que si certains la voient comme une petite chose fragile à protéger (parce que c’est une femme donc elle est fragile, logique… #ironie) d’autres ne considèrent même pas son intelligence, uniquement à cause de son sexe. Si les choses ont un peu évolué depuis jusqu’au 21e siècle, Vers les étoiles reste hélas assez moderne sur la question, notamment celle du sexisme ordinaire.

Mais pas que ! On y aborde aussi la discrimination raciale qui causait encore des ravages aux États-Unis dans les années cinquante. Un racisme qui reste lui aussi d’une dérangeante modernité, quand on y pense… Il suffit de voir tout ce qui se passait là-bas sous la présidence de Trump. En effet, si les femmes sont dépréciées, que dire des personnes de couleur à qui on n’offre même pas assistance après la catastrophe ? La prise de conscience d’Elma de ce racisme qu’elle ne remarquait même pas jusqu’ici accompagne celle du lecteur avec brio. Cela vient par petites touches et ce combat se rajoute à celui des femmes puisqu’Elma va rencontrer plusieurs pilotes de sexe féminin ET afro-américaines. Des femmes très compétentes en tant que pilote mais à qui on dénie même le droit de postuler pour devenir astronaute. Pas frontalement, bien entendu. Toutefois, les présélectionnées sont toutes Blanches et une fois qu’Elma commence à le remarquer, la discrimination systématique saute aux yeux. 

Le traitement de ces thèmes et l’évolution de ceux-ci sont présents au cœur du roman et accompagnent l’intrigue en elle-même qui est celle du combat d’une femme pour le droit à se rendre dans l’espace. On pourrait craindre des longueurs et un trop plein d’introspection mais ce n’est pas le cas. L’autrice gère très bien les différents éléments constitutifs de son univers, si bien qu’on ne s’ennuie pas une seconde. 

Pour ne rien gâcher, chaque chapitre est surmonté d’un extrait de journal qui fait le point sur la situation à un endroit du monde ou montre de quelle manière la presse aborde tel ou tel sujet (et c’est le retour du sexisme / racisme ordinaire !). L’autrice explique dans sa note historique que la plupart de ces extraits sont très réels et même si elle en a réadapté certains à la situation, c’est loin d’être le cas pour la majorité. Et franchement, vu le ton employé envers les femmes ou les personnes de couleur, ça fait froid dans le dos. 

Elma York, héroïne malgré elle
Elma est la Lady Astronaut, celle qui se retrouve sur le devant de la scène sans le vouloir et va devoir assumer cette pression médiatique. Son intelligence et ses compétences ne l’empêchent pas de souffrir d’anxiété chronique, jusqu’à l’en rendre malade (elle vomit quand elle est trop stressée, c’est pas super pratique quand les journalistes sont sans arrêt sur son dos…) ce qui la montre comme étant très humaine, avec ses forces et ses faiblesses. J’ai trouvé son personnage vraiment nuancé, bien travaillé. On a d’un côté une femme qui se bat pour la cause féminine mais est mariée, se préoccupe du travail de son mari, le soutient en tout, avec une mentalité très « années cinquante » à sa manière, sans l’aspect soumis. Et il le lui rend bien. Nathaniel est un homme adorable, qui a lui aussi ses failles mais qui croit toujours en sa femme et ne l’empêche jamais de mener à bien ses projets. Au contraire, il la soutient et c’est vraiment agréable de suivre un couple comme eux, unis, sains dans leurs échanges. Mes tendances défaitistes font que je les trouve même un poil idéalisés sur ce plan mais au fond, ça ne fait de mal à personne. Au contraire !

La conclusion de l’ombre :
Vers les étoiles est un roman de science-fiction à la frontière des genres. Mary Robinette Kowal raconte à la première personne l’histoire d’Elma York, une femme pilote et génie des maths qui se bat contre la discrimination des 50′ afin de participer à la colonisation spatiale. Ce texte très humain est un régal à découvrir, je le recommande chaudement au plus grand nombre ! Et ce que vous aimiez ou non la SF parce que, pour ne rien gâcher, il est vraiment très accessible en tant qu’uchronie spatiale. 

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Bpocalypse – Ariel Holzl

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Bpocalypse
est un one-shot young adult post-apocalyptique écrit par l’auteur français Ariel Holzl. Publié à l’école des loisirs dans sa collection Médium+, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 17 euros.

Je vous ai déjà régulièrement parlé de cet auteur puisque j’ai lu tous ses romans publiés jusqu’ici et chaque découverte a été un enchantement. Vous pouvez retrouver mes différentes chroniques sous le tag « ariel holzl » !

De quoi ça parle ?
Il y a huit ans, l’apocalypse a eu lieu. L’histoire prend place à Concordia, aux États-Unis, et suit Sam, une adolescente de quinze ans qui se rend au lycée plutôt bien équipée : batte, talismans, couteau… Il n’en faut pas moins pour affronter cette ville post-apocalyptique, ses quartiers dangereux et ses créatures mutantes.
L’intrigue commence quand la quarantaine est levée sur l’ancien parc public, permettant à ceux qui s’y étaient retrouvés coincés d’en sortir et de rejoindre la population. Problème : ils ont muté et entre leurs dents pointues, leurs yeux rouges et leur peau pâle, personne n’a envie de se lier d’amitié avec les jumeaux originaires du parc qui débarquent au lycée… Au contraire ! Les moqueries sont légions mais ceux qui les ennuient subissent tous des accidents plus ou moins violents. Sam décide d’enquêter pour faire la lumière sur ces histoires.

Un univers post-apocalyptique extrêmement riche.
Vous le savez peut être si vous suivez le blog avec attention mais je lis assez peu de post-apo parce que ce genre littéraire ne me séduit pas du tout. On y retrouve régulièrement le même genre de codes et d’esthétique qui me hérissent parce que ce n’est pas ce que je recherche en littérature. Si ce roman n’avait pas été écrit par Ariel Holzl, je ne l’aurais certainement pas acheté. Et j’ai eu raison de me fier à la magie des mots de cet auteur talentueux… qui en arrivait à me faire oublier mon aversion pour ce genre littéraire.

Magie des mots donc au service d’une originalité remarquable. Ariel Holzl ne se contente pas d’écrire dans l’univers post-apocalyptique : il le réinvente. Une météorite est tombée sur le monde, certains fragments ont frappé Concordia, ce qui a donné lieu à plusieurs phénomènes. Déjà, les animaux ont muté, parfois par des croisements, parfois autrement, ce qui donne un bestiaire très riche. Ensuite, des phénomènes étranges se sont produits : certains quartiers ont été totalement gelés, certains habitants sont devenus des zombies, d’autres ont subi des mutations différentes à l’instar de ceux du parc. Quant aux morts, certains ont été enfermés dans le réseau électrique, provoquant l’apparition d’une nouvelle profession, celle d’élecromancien (électricité + nécromancien !). Comme l’argent n’a plus la moindre valeur, on paie avec des CD et des DVD, du coup le vidéoclub est devenu une banque et nécessite la protection de miliciens privés. D’autres métiers ont émergé, avec des buts bien précis : délimiter les zones dangereuses, récolter des plantes, effectuer des recherches ésotériques sur les différents phénomènes induis par l’apocalypse… Bref, j’avais davantage le sentiment d’être dans un autre monde plutôt que dans un après le nôtre et ça m’a vraiment bien plu.

Comme toujours, Ariel Holzl prend soin des détails et rend son univers vivant, tangible. Je n’ai eu aucun mal à m’y plonger ni à me sentir intéressée par toutes les merveilles qu’il renferme. Si on ne devait retenir qu’une seule qualité à cet auteur (qui en a de très nombreuses au demeurant) c’est vraiment celle de son imagination foisonnante.

Samsara, une ado en colère.
Même si le roman est écrit à la troisième personne, la narration reste toujours focalisée sur Samsara, une adolescente d’origine indienne qui a vu son père (un policier) mourir sous ses yeux durant l’apocalypse, justement dévoré par une araignée géante sortie du parc dont on lève la quarantaine au début du roman… Son rêve est de rejoindre la milice pour « casser du mutant » mais cela exige de réussir certaines épreuves difficiles avec un certain niveau de résultats. Comme de juste, Sam est pleine de colère même si elle essaie de la contrôler. Elle vit seule avec sa mère dans un immeuble hanté par un fantôme qui gère leur électricité et se rend à l’école en vélo. Là-bas, elle retrouve ses deux meilleurs amis : Yvette et Danny. Danny est le fils du chef des électromanciens. Quant à Yvette, elle vient d’un quartier sorti de quarantaine quelques années plus tôt seulement, un genre de bayou qui m’a donné un peu une impression de s’inspirer de la Louisiane tant par son climat que par son folklore.

En tant qu’héroïne, j’ai trouvé Sam très intéressante à suivre car elle ressemble vraiment à une ado, avec ce que ça implique de positif comme de négatif. Elle est bornée, butée, par moment égoïste même si elle se rend compte de ses erreurs et de ses égarements. Je l’ai aussi trouvée très résiliente face aux situations qu’elle a pu vivre et la violence qu’elle porte en elle ne manque pas d’intérêt non plus car elle va longtemps marcher sur le fil. J’ai adoré la suivre même si je n’ai pas toujours été en phase avec ses réflexions et ses choix. Je n’ai eu aucun souci à m’intéresser à elle, à ses états d’âme, ce qui est la marque, je trouve, d’un bon personnage. De plus, elle a un petit côté brute de décoffrage avec une pointe d’humour noir qui fait mouche chez moi.

Sam n’est pas la seule à avoir un réel intérêt : ses deux meilleurs amis sont également consistants et dotés d’une vraie personnalité, en plus d’une galerie de personnages secondaires assez haut en couleur. C’est une autre qualité qu’on retrouve systématiquement dans les romans d’Ariel Holzl, ce soin apporté à ses protagonistes.

Des messages forts : diversité et tolérance
La diversité et la tolérance sont les principaux messages présents au cœur du roman sans que ça ne soit abordé frontalement. Je trouve que c’est la manière la plus efficace de l’amener, d’ailleurs, car ça renforce le propos. Samsara est d’origine indienne et pas très féminine. Yvette semble venir d’une famille afro-américaine et sort avec une de leurs camarades de classe. Quant à Danny, il est le seul à offrir son amitié aux jumeaux et à accepter d’avoir une ouverture d’esprit suffisante pour les comprendre. Une partie de l’intrigue tourne d’ailleurs autour de l’intolérance que ressent la population envers les mutants, une intolérance de groupe, d’office, pour tout un ensemble d’individus pourtant très différents les uns des autres. On se rend compte que beaucoup de morts et de souffrance auraient pu être évités si seulement les gens avaient accepté de regarder plus loin que le bout de leur nez…

Nous sommes donc sur des thèmes résolument modernes quoi que classiques, mais si bien abordés que ça ne laisse pas indifférent.

La conclusion de l’ombre :
Bpocalypse est un roman post-apocalyptique qui porte la patte littéraire si reconnaissable de son auteur : bourré d’originalité, d’humour (noir), avec des personnages solides et de beaux messages sur la tolérance. Le tout avec une intrigue dynamique, addictive, qui fait que les pages se tournent sans qu’on s’en rende compte. Moi qui ne suis pas très fan de ce genre littéraire, j’ai adoré ce one-shot dévoré en moins de deux jours et je vous le recommande très chaudement. Tout comme le reste de la bibliographie de l’auteur, d’ailleurs.

D’autres avis : Les pages qui tournentUn bouquin sinon rienLes blablas de TachanEncres et calamesL’univers d’Ulfin – vous ?

La fin de tout – John Scalzi

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La fin de tout
est le sixième et dernier volume de la série de space-opera le Vieil Homme et la Guerre écrit par l’auteur américain John Scalzi. Publié par l’Atalante en grand format au prix de 23.90 euros, cette série existe également en poche chez Bragelonne.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cette saga : Le Vieil Homme et la Guerre (1) – Les Brigades fantômes (2) – La dernière colonie (3) – Zoé (4) – Humanité divisée (5).
La mystérieuse organisation qui s’occupe de monter l’Union Coloniale contre le Conclave se révèle enfin et a un nom : l’Équilibre. À travers quatre nouvelles, l’auteur conclut la saga commencée avec John Perry il y a six tomes, une saga qui a largement dépassé son protagoniste d’origine…

4 nouvelles et une réécriture alternative.
Ce dernier tome est plutôt un recueil qu’un roman puisque, à l’instar d’Humanité divisée, Scalzi choisit de continuer l’exploration de son univers à travers des aventures séparées, quoi que liées les unes aux autres, en changeant chaque fois de personnage principal. Le texte le plus marquant reste pour moi le tout premier, intitulé La vie de l’esprit. Cette nouvelle raconte de quelle manière Rafe Daquin est devenu « un cerveau en boîte » (littéralement..) après avoir été capturé par l’Équilibre, la fameuse organisation de l’ombre qui cherche à détruire le Conclave ainsi que l’Union Coloniale par d’habiles jeux de manipulation. Rédigée à la première personne, cette nouvelle s’adresse par moment directement au lecteur car Scalzi prend le parti de permettre à Rafe de raconter son histoire comme s’il le faisait dans la diégèse du roman, afin d’informer, afin de sensibiliser aux évènements. J’aime bien l’idée.

Être privé de son corps et menacé d’enfermement dans un vide perpétuel en cas de refus d’obéissance n’a rien d’une partie de plaisir. À l’instar des autres protagonistes proposés par l’auteur au fil de cette saga, je n’ai eu aucun mal à m’attacher à Rafe, à compatir à sa situation, à me sentir concernée par ses mésaventures. L’auteur a vraiment le chic pour proposer des personnages sympathiques et il le montre encore une fois avec cette nouvelle qui pose le personnage qu’on retrouvera tout au long de ce tome, quoi que plus en tant que narrateur.

Cette nouvelle, c’est aussi l’occasion de balancer au lecture explications et révélations. Le procédé manque un peu de subtilité mais reste efficace, en tout cas si on apprécie la façon de travailler de l’auteur (ce qui est mon cas).

Le second texte se déroule de nouveau au Conclave et s’intitule Cette union fantôme. C’est l’occasion de retrouver Hafte Sorvalh, la conseillère du Général Gau et donc la seconde personne la plus puissante au sein de ce système politique. Ce texte permet de mettre en scène les difficultés rencontrées par le Conclave qui est en train de se déliter grâce aux actions sournoises d’Équilibre. Je dois avouer avoir été très surprise par la façon dont va se dérouler cette partie de l’histoire et la décision finale du Général. J’ai trouvé l’ensemble assez fort sur un plan symbolique et n’ait pas pu m’empêcher d’être touchée par tout ce qui se déroulait au sein du texte. L’avantage d’opter pour un choix narratif aux multiples points de vue c’est que, tout en restant dans une narration à la première personne, Scalzi parvient à donner à son lecteur les informations nécessaires à sa bonne compréhension de l’univers et des enjeux, sans ôter l’aspect émotionnel. Une belle réussite et l’apogée de la montée en puissance de La fin de tout puisque le texte suivant va un brin faire retomber la sauce, je trouve.

Dans Résister au temps, on suit cette fois un groupe de soldats des forces de défense coloniale sous la direction du lieutenant Heather Lee que le lecteur connait déjà grâce aux tomes précédents. À travers les cinq parties contenues dans la nouvelle, Scalzi montre de quelle manière les différentes colonies commencent à se rebeller contre l’Union Coloniale et les conséquences que cela a à une échelle plutôt humaine. Ce groupe de soldat est sympathique à suivre même s’ils sont composés d’archétypes pas toujours subtils. Cette nouvelle n’est pas inutile pour l’intrigue toutefois je l’ai trouvée moins passionnante, moins remarquable, que les autres ou même la suivante. 

Enfin, comme de juste ou presque, La fin de tout se terminer par L’union ou le néant qui est le quatrième texte. Cette fois, on retrouve Harry Wilson aux commandes de la narration, protagoniste principal d’Humanité divisée dont j’ai déjà pu parler sur le blog. Je ne vais pas trop m’attarder sur ce dernier texte puisqu’il contient toutes les révélations et dénouements de la saga, ce serait dommage de divulgâcher. Je ne sais pas trop quoi penser du choix final, une partie de moi s’est dit tout ça pour ça ? Et une autre se contentait très bien de cette fin ouverte, porteuse d’espoir en l’avenir. Je crois que c’est le genre de message dont on a tous besoin en ce moment…

Et voilà, quatre nouvelles. C’est donc la fin ? Pas totalement puisque Scalzi propose à la fin du volume une version alternative de la toute première nouvelle, avec des points de vue complètement différents, qui permettent de donner un éclairage nouveau au contenu qu’on a pu lire. Il y explique également en guise de préface qu’il a écrit presque 40k mots (donc l’équivalent d’un roman court…) qui n’ont pas été retenus dans la version finale de La fin de tout et qu’il garde ces mots dans un dossier au cas où ça serait utile, comme ça l’est ici à ses yeux. J’ai apprécié de découvrir cette version alternative mais je préfère quand même largement la première !

Scalzi, fidèle à lui-même.
Si vous aimez l’auteur alors vous aimerez probablement vous plonger dans cette saga puisqu’on y retrouve tous les ingrédients qui font la force de ce géant du space-opéra militaire : des personnages savoureux et variés, une bonne dose de tolérance, de la baston comme on aime, du bon et grand spectacle qui ne sert pas de poudre aux yeux pour cacher une faiblesse de fond, ça non… Parce qu’en plus d’être un très bon divertissement, la saga du Vieil Homme et la Guerre permet aussi une métaphore de la politique américaine (à l’époque de son écriture, je pense qu’on peut y voir un lien avec les tendances dites impérialistes des États-Unis) et ses conséquences possibles / probables. La politique, l’idéal démocratique, tout ça s’épanouit en filigrane d’une intrigue prenante où l’humour à la Scalzi est perpétuellement présent. 

En bref, ne vous attendez pas à être fondamentalement surpris ou chamboulé dans vos habitudes avec l’auteur, encore moins sur cette saga qui est, si je ne me trompe pas, sa toute première. En revanche, si vous aimez son travail, il ne faut pas hésiter à vous tourner vers cette série car c’est très clairement une valeur sûre. Je suis ravie de ma découverte !

À qui recommander ce cycle ?
Le Vieil Homme et la Guerre est une saga qui se veut très accessible, même (et surtout ?) aux novices en matière de space opera. C’est, à mon sens, une assez bonne porte d’entrée qui peut donc être conseillée au plus grand nombre de lecteurs, à partir du moment où ceux-ci ne sont pas réfractaires à l’humour (scalzien donc très bien dosé), à la chose militaire ni aux intrigues politiques. 

Petite coup de gueule (ou remarque ?) pour conclure :
Je suis un peu surprise par l’absence de tomaison sur cette saga et je dois avouer que je ne comprends pas ce choix éditorial. On est assez clairement sur un cycle logique dont l’intrigue se suit et la bonne compréhension de ce qu’on lit dépend des histoires précédentes. Certes, on peut éventuellement se passer des 4 premiers volumes (enfin trois et demi pour les puristes qui ne considèrent pas Zoé comme un roman à part entière) quand on se lance dans Humanité Divisée car les évènements y sont rappelés mais on y perd tellement à ne pas rencontrer John Perry ! Je sais que, commercialement, une saga se vend moins mais c’est dommage quand même de ne pas avoir donné un ordre de lecture clairement accessible au futur lecteur dés la couverture du tome. J’ai du vérifier sur Internet le bon ordre pour ne pas me tromper au moment de continuer ma lecture puisque je les avais tous dans ma liseuse, alors je me mets à la place d’un lecteur qui voit un de ces livres en librairie et tombe dans le panneau, si je puis dire… Certains ont du grincer des dents. D’autant qu’une mention de tomaison existe bien sur la version poche chez Bragelonne… Et que l’Atalante référence ces six romans sur son site sous la même série, celle du Vieil Homme et la Guerre. Donc voilà, pourquoi ne pas mettre une tomaison sur les grands formats ? Un début de réponse serait que cette mention ne semble pas exister en VO, du moins sur les couvertures que j’ai pu voir. Du coup, l’éditeur a probablement voulu respecter le choix de l’éditeur américain ou de l’auteur. Toutefois, je persiste à dire que ce n’est pas très judicieux. J’ai lu plusieurs commentaires qui le déploraient un peu plus vivement que moi et ça m’a paru pertinent de le souligner. Cela n’enlève rien à la qualité de la saga ni à ma reconnaissance infinie envers l’Atalante pour avoir traduit cet auteur extraordinaire.
Mais quand même, c’était pas votre meilleur choix éditorial. 

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Eriophora – Peter Watts

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Eriophora
est un roman de science-fiction écrit par l’auteur canadien Peter Watts. Publié par Le Bélial, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 18,9 euros.

De quoi ça parle ?
Trente mille personnes voyagent depuis des millions d’années à bord du vaisseau (organique ?) Eriophora. Leur job ? Assister l’IA de bord dans la création de divers portails à travers l’espace. Mais la mission ne semble pas avoir de date de fin…

Si vous me suivez sur Twitter, vous avez peut-être lu mon court tweet plein d’autodérision qui se désespérait un peu de n’avoir pas tout compris à ce roman. Pourquoi donc le chroniquer, demanderez-vous à juste titre ? Déjà parce que j’ai quand même compris ce que je pense être l’aspect humain d’Eriophora mais aussi parce qu’il me semble important de parler de textes de ce genre à des lecteurs qui, comme moi, sont novices en (hard?) science-fiction et essaient de s’y mettre. Si je me suis lancée sur celui-ci plutôt que sur un autre c’est parce que certains blogpotes ont qualifié ce roman de « light hard sf », sous entendu : davantage accessible. Après quelques discussions, je comprends qu’ils voulaient dire « plus accessible par rapport au reste de la bibliographie de l’auteur » et non au sein du genre en lui-même. Bref, je pense qu’on ne partage pas tous la même échelle d’accessibilité et ça me parait important de le rappeler, de nuancer aussi ce qui a pu être écrit chez des personnes bien plus calées que moi dans le domaine. Je compte donc sur votre indulgence à la lecture de ce billet qui n’a certainement pas pour ambition de déprécier le texte de Peter Watts ni la maison d’édition, au contraire. Je souhaite simplement partager ma petite aventure de novice avec ce roman.

J’en profite d’ailleurs pour vous conseiller la lecture du guide d’Apophis pour débuter en hard-sf si, comme moi, vous avez envie de vous pencher sur ce genre sans savoir par quel bout le prendre !

Je dois également préciser qu’une partie de mon incompréhension vient (peut-être ?) du fait que ce texte s’inscrit dans la continuité de trois nouvelles publiées dans un recueil du Bélial (Au-delà du gouffre). Il s’agit, si j’ai bien saisi, du même univers. Ces nouvelles apportent (peut-être ?) un éclairage autre ou des notions importantes pour comprendre l’aspect plus scientifique du texte. Toutefois, ce n’est précisé nulle part. 

Light hard sf pas si light que ça…
Si j’ai bien saisi le côté humain du roman et de l’intrigue sur lequel je vais revenir plus bas, je dois avouer m’être complètement perdue dans l’aspect technologique et dans les réalisations scientifiques expliquées au sein d’Eriophora. Comme je ne comprenais pas ces éléments, j’avais du mal à me plonger dans le texte puisque je passais trop de temps à m’interroger sur le pourquoi du comment. Ce n’est qu’en laissant totalement tomber cet aspect que j’ai pu me concentrer sur Sunday et ce à quoi elle était confrontée. Je vais évoquer ces aspects hard-sf dans les paragraphes suivants pour vous dresser un bref panorama de l’ensemble.

Le vaisseau Eriophora a quitté la Terre il y a plusieurs millions d’années avec trente mille personnes à son bord et une mission : créer des portails pour, si j’ai bien compris, permettre à l’humanité d’ensuite voyager au travers. D’emblée, la narratrice (prénommée Sunday) explique que les humains voyagent gelés, comme morts, et sont ramenés à la vie par Chimp (l’IA) au bout de x temps quand celle-ci pense avoir besoin d’un œil humain pour régler un problème. Il y a six cent tribus différentes au sein de l’Eriophora, qui ne se côtoient pas ou presque puisque seuls quelques uns sont ramenés à la vie au même moment, en fonction de leurs compétences. À ce stade, je dois préciser que le temps passe à une vitesse folle pendant toute la durée du livre. Ça se compte en millions d’années parfois entre deux chapitres et ça donne un peu le tournis.

La narratrice évoque aussi des voyages spatio-temporels, en parlant de machine à remonter le temps, etc. dans son introduction et elle m’avait déjà perdue à ce stade là parce que je ne saisissais pas les liens avec leur mission ni les explications qui viennent après. Voyager dans l’espace, d’accord. Rester en stase pendant longtemps (et donc théoriquement avoir une plus longue durée de vie même si la durée de conscience ne change pas) d’accord. Mais que vient faire cette histoire de temps là-dedans ? Comment est-ce qu’on remonte le temps en voyageant dans l’espace ? Je pense qu’elle donnait dans la métaphore mais je n’ai toujours aucune certitude… Et même les chroniques éclairées de certains amateurs spécialistes n’ont pas aidé là-dessus. 

Je me dis que ce flou participe peut-être à l’effet du roman car les humains du vaisseau n’ont pas tous l’air de savoir si / quand la mission doit prendre fin ni ce que ça peut impliquer. Du coup, l’auteur cherche peut-être à cantonner son lecteur au même sentiment qu’une partie de l’équipage ? Mystère. Ce n’est pas ce qui ressort des chroniques que j’ai pu lire en tout cas. 

L’humain et l’IA, une histoire d’esclavage moderne.
Voilà la partie perceptible pour moi novice. Le vaisseau est géré par une IA appelée Chimp avec parfois un déterminant devant (le Chimp) qui est qualifiée d’IA « stupide » et les explications du pourquoi mettre une IA inférieure dans une mission comme celles là m’ont aussi parues un peu en dehors de ma portée. Mais ce n’est pas très grave car ça n’empêche pas de comprendre les soucis principaux. D’une part, le Chimp refuse tout retour sur Terre sans recevoir un signal dans ce sens de leur part. Mais et si l’humanité était éteinte et avait laissé place à autre chose? Un scénario possible mais que l’IA n’envisage pas (encore ?) pour une raison qui m’échappe aussi. De plus, la mission ne devait en théorie pas durer autant ni se passer « aussi bien » ce qui implique pas mal de choses au niveau de la gestion de l’élément humain que je ne vais pas développer pour laisser quand même une part de mystère dans ce déjà trop long billet. Les soucis posés par les actions de Chimp sur l’équipage ne sautent pas tout de suite aux yeux mais une fois que les explications arrivent, tout s’éclaire et une forme de résistance / révolte s’organise pour justement libérer les humains du vaisseau de la dépendance à l’IA et des choix qu’elle est amenée à faire pour eux.

J’ai eu du mal à adhérer à la logique sous-jacente de cette résistance humaine vu leur situation. Déjà parce que, si j’ai bien compris, ces personnes sont des engagés volontaires qui savaient (normalement ?) dans quoi ils mettaient les pieds ou en tout cas, qui ont été formés pour. C’est vrai que par moment, Sunday évoque une enfance, une formation qui aurait commencé autour de leur septième année d’existence, donc c’est un peu flou. Difficile de dire s’il s’agit d’endoctrinement ou pas et ce paradigme a quand même son importance pour saisir les enjeux du texte et les décisions des personnages, je trouve. C’est donc dommage qu’il ne soit jamais explicitement dit de quoi il en retourne. Outre cela, je pense avoir compris qu’ils espéraient tous une date de retour et que le fait qu’elle ne semble pas se dessiner à l’horizon pose un souci majeur. Ça, ma foi, oui, je crois que je serais dans le même état d’esprit à leur place. De là à prendre une décision pareille avec les conséquences que cela implique, j’ai du mal à saisir la logique. Et Sunday aussi, au début. D’ailleurs, quand elle pose la question, on lui rétorque qu’ils auront tout le temps de décider après coup quoi faire de leur liberté mais en attendant, ils sont quand même coincés quelque part dans l’espace, totalement dépendants de cette IA qui répond à des protocoles obscurs et qui semble parfois proche d’une forme de conscience ou d’humanité, ce qu’on ressent via certains souvenirs de Sunday. Chimp est-il si stupide que ça ? Qu’ils souhaitent rentrer sur Terre, je le comprends et qu’ils agissent dans ce but aussi. Mais pas en prenant ce genre de décision, ça ressemble davantage à une forme de suicide, de tentative désespérée pour reprendre un bref contrôle sur leur vie. 

Je saisis bien ici la mise en avant du paradoxe humain dans toute sa splendeur mais franchement, difficile de s’attacher à leur combat puisqu’ils vont droit dans le mur (ce qui rentre en plein dans ce fameux paradoxe) selon moi et ce que j’ai compris encore une fois. Sans compter que je n’ai pas saisi le dénouement final qui ne répond pas aux questions centrales comme par exemple, que devient l’équipage après cet évènement ? Est-ce une fin ouverte ou y aura-t-il une suite ? J’opte plutôt pour la première solution car si une suite avait été annoncée, le Bélial aurait mentionné une tomaison, ce qui n’est pas le cas. Si j’aime les fins ouvertes, j’apprécie quand même d’avoir la réponse à certains des enjeux mis en place dans le roman, surtout les enjeux centraux, ce qui n’est pas le cas actuellement. Trop de points d’interrogation donc…

Un texte dans le texte.
Les lecteurs attentifs remarqueront que l’ouvrage contient des lettres rouges qui apparaissent dans le texte pour former un message. J’ai pris soin de les noter et je me demande si je n’en ai pas loupé quelques unes au passage ou si les fautes sont là exprès. Mystère… En tout cas, je pensais que ce message aiderait à m’éclairer sur la signification finale du texte mais… Non. Ou alors, encore une fois, je suis passée tellement à côté que je me suis carrément trompée de portail, allez savoir ! Pour autant, je tenais à saluer le travail éditorial sur ce point car même si ça n’a pas aidé à ma compréhension du roman, je trouve l’initiative vraiment ludique. Sans parler de la magnifique couverture signée Manchu ou des chapitres illustrés. C’est un bel objet-livre. 

La conclusion de l’ombre : 
Si Eriophora est un roman de hard-sf centré sur l’humain, une partie de ses éléments me demeurent obscurs au point de laisser de trop grosses interrogations pour que je puisse vraiment dire que j’ai apprécié ma lecture. Si j’ai trouvé le propos intéressant sur un plan humain, je ressors très frustrée de cette lecture qui n’est pas, comme j’ai pu le lire ailleurs, à la portée de novices en hard-sf. Peut-être est-elle plus accessible que d’autres livres de l’auteur, je n’en doute pas, hélas pas suffisamment pour moi. Qui sait, j’y reviendrai une fois mon bagage en science-fiction meilleur et l’apprécierai probablement davantage à ce moment là ! D’ici là, je recommande plutôt ce roman aux lecteurs qui connaissent déjà Watts ou qui savent à quoi s’attendre sur un plan plus scientifique. 

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