L’Héritage de Molly Southbourne – Tade Thompson

En septembre 2019, je chroniquais les meurtres de Molly Southbourne qui était à la fois ma première lecture au Bélial et mon tout premier Une Heure Lumière. J’en étais ressortie très impressionnée et enthousiaste même si je déplorais l’annonce d’une suite car je qualifiais la fin de « magistrale » et je ne voyais pas l’intérêt de venir la gâcher. Molly, c’est donc un peu le début d’une grande (et belle ?) histoire entre cette maison d’édition et moi… Pour vous situer un peu l’importance symbolique de tout ceci et vous permettre d’imaginer, un peu, toute l’étendue de ma frustration.

Je m’étais tout de même lancée dans la suite, sortie un peu moins d’un an plus tard : la survie de Molly Southbourne, qui avait malheureusement été une déception car si je reconnaissais les qualités du texte, l’effet de surprise était passé et le premier tome se suffisait, pour moi, à lui-même. Si je lui ai laissé sa chance, c’est parce que je me suis dit que Tade Thompson avait peut-être des cartes surprises dans sa manche sauf que ça n’a pas été le cas. Et je dois avouer que, malheureusement, ce troisième volume, l’Héritage de Molly Southbourne, ne fait que me conforter dans mon opinion initiale.

Je vais donc faire bref. Toutefois, ayant reçu ce livre en service presse et ayant des éléments que je trouve pertinents à partager, je souhaitais tout de même écrire un petit billet sur le sujet.

Pour rappel, nous sommes fin novembre 2022 au moment où j’écris ces lignes. Plus de deux ans ont donc passé depuis ma lecture du seconde volume et je ne m’en rappelais rien ou presque. Heureusement, il me restait mes notes de chronique mais cela ne m’a pas empêché d’avoir le sentiment de débarquer dans une histoire inconnue. Je ne le répèterais jamais assez mais pensez, chers amis éditeurs, à résumer les volumes précédents au début d’un de ceux-ci, surtout quand le temps de publication excède une année…

J’ai donc eu l’impression de débarquer au milieu de l’histoire sans les clés pour la comprendre. Est-ce que cela vient de ma mauvaise mémoire ou de l’auteur qui n’a pas suffisamment posé son cadre, je ne me risquerais pas à trancher… Ce dernier opus multiplie les points de vue : on a Molly et les quelques hémoclones qui ont survécus, qui se cachent sous une fausse identité dans une petite ville et veulent juste la paix. On a Myke, qui hait profondément les mollys et veut les exterminer pour une raison qu’on comprendra plus ou moins à la moitié (ou tout de suite pour les personnes plus clairvoyantes que moi et / ou avec une meilleure mémoire). Puis on a Tamara, qui essaie de retrouver les mollys quand un homme du gouvernement (il me semble ?) le lui demande, malgré les menaces de Molly à son encontre si jamais elle s’y essayait. On a également quelques chapitres d’une page ou deux du point de vue de gens qui se font brutalement assassiner, des chapitres qui… ne servent honnêtement à rien du tout.

Tout cela sur 136 pages, c’est à la fois peu et beaucoup pour ce qu’il y a à raconter. J’ai ressenti un sentiment global d’artificialité et clairement de tome en trop même si certaines réponses sont apportées, des réponses parfaitement dispensables au passage. Les facilités scénaristiques permettent aisément aux différents protagonistes de se retrouver pour un final qui est, à mon goût, expédié, bien trop rapide pour avoir une quelconque efficacité ou même un quelconque intérêt. Tout ça… pour ça ?

Je ressors très déçue par ma lecture car je me suis ennuyée tout du long et les seuls passages intéressants n’ont pas été suffisamment développés. On avait, au final, assez peu de « Molly Southbourne » alors qu’approfondir la psychologie des différentes mollys aurait été bien plus stimulants à découvrir, du moins pour moi. J’ai été au bout parce que c’était court et que je voulais me faire un avis complet sur la série mais je regrette sincèrement que Tade Thompson ne se soit pas contenté d’écrire un one-shot. J’ai largement préféré les meurtres de Molly Southbourne qui a en plus une saveur particulière dans ma vie de lectrice et c’est le tome que je continuerai de recommander en priorité car il se suffit, pour moi, largement à lui-même.

Je remercie tout de même le Bélial pour ce service presse et suis navrée que ça n’ait pas fonctionné. On ne peut pas faire mouche à tous les coups ! 

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Informations éditoriales :
L’Héritage de Molly Southbourne par Tade Thompson. Traduction par Jean Daniel Brèque. Éditeur : le Bélial pour la collection Une Heure Lumière. Illustration de couverture : Aurélien Police. Prix : 10,90 euros.

La Millième Nuit – Alastair Reynolds

J’ai toujours des difficultés à résumer mon sentiment sur une novella de hard-sf car j’estime manquer de vocabulaire pour lui rendre hommage -surtout dans le cas où, comme ici, j’ai beaucoup apprécié. J’ai souvent assez peur de lire des textes de ce type parce que je crains de passer à côté, ayant besoin de suivre des personnages intéressants pour me plonger dans une histoire. Et oui, un bon world building ne suffit pas à tout le monde ! Heureusement, avec la Millième Nuit, toutes mes attentes ont été comblées. Revenons donc dessus…

Un sense of wonder à souligner.
Si l’histoire est écrite à la première personne et se concentre sur un personnage en particulier, la première chose à souligner est l’incroyable world building proposé par Alastair Reynolds. Le personnage que l’on suit est membre de la lignée Gentiane, qui est issue d’une femme qui s’est elle-même clonée en mille exemplaires mais de façon à créer des variations d’elle-même plutôt qu’identiquement un même individu.

Les membres de cette lignée passent des milliers si pas des millions d’années à voyager à travers toute la galaxie avant de se retrouver à intervalles régulières pour une période de milles nuits. Chaque nuit, un fil est partagé qui reprend une sorte de montage vidéo / résumé de leurs découvertes, de leurs aventures. Certains sont évidemment plus intéressants que d’autres et l’apothéose a lieu lors de la Millième Nuit où le fil gagnant est désigné. Ce sera à ce fameux gagnant d’organiser la Millième Nuit suivante.

Ainsi, en une bonne centaine de pages, Alastair Reynolds développe non seulement une forme de civilisation complexe mais en esquisse également d’autres non seulement grâce à ces voyages mais aussi à un fameux Grand Œuvre dont on sait au départ peu de choses mais qui implique bien d’autres mondes, comme on le découvrira à mesure que l’intrigue avance. J’ai eu ici le même sentiment qu’avec un titre comme Opexx et le mot vertigineux colle très bien à l’ensemble.

Mais de quoi ça parle ?
C’est bien beau un univers captivant mais l’intrigue dans tout cela ? Elle se déroule durant l’un des moments de retrouvailles. On suit Campion, narrateur à la première personne, chargé d’organiser la Millième Nuit. Purslane, une membre de sa lignée -avec qui il entretient une relation quasiment monogame assez mal vue par les autres- vient le trouver pour lui annoncer qu’elle a relevé une incohérence dans le fil d’un de leurs camarades qui affirmait se trouver à un certain endroit alors que c’était impossible si on se basait sur le propre fil de Campion. Comme il est interdit de mentir dans son fil, tous deux sont assez choqués et inquiets. Ils décident d’enquêter et ce qu’ils vont découvrir ira au-delà de leur imagination…

Des enjeux exceptionnels.
La force d’Alastair Reynolds est de proposer différents niveaux d’enjeux et de ne pas se contenter de ceux à l’échelle de la galaxie. Il y a évidemment tout ce qui concerne Campion et Purslane sur un plan personnel -rien que dans la façon dont ils sont obligés de vivre leur relation et les pressions sociales qu’ils subissent- mais il y a aussi dans cette novella toute une réflexion sur la puissance de la communication, sur ce que ce simple mot peut représenter pour la création d’un empire galactique non pas forcément au sens conquérant du terme mais simplement au sens de partage des connaissances et d’ambition à l’échelle d’une vie. À nouveau, l’adjectif vertigineux se prête bien à qualifier les enjeux de ce texte d’une grande richesse, des enjeux que je ne vais évidemment pas vous dévoiler ici afin de ne pas vous gâcher les découvertes finales.

La conclusion de l’ombre :
La Millième Nuit est une novella de hard-sf qui mêle de manière très satisfaisante une construction d’univers ambitieuse à des personnages qui ne se réduisent pas à leur fonction dans le récit. Le rythme narratif est maîtrisé et les interrogations sur les notions de communication ont évidemment su m’intéresser. C’était mon premier texte de cet auteur mais je doute que ça soit le dernier !

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Informations éditoriales :
La Millième Nuit, écrit par Alastair Reynolds. Traduction de l’anglais par Laurent Queyssi. Éditeur : Le Bélial. Couverture : Aurélien Police. Prix au format papier : 10,9 euros.

Terra Ignota #5 Peut-être les étoiles – Ada Palmer

Finir un roman n’est jamais chose aisée. Finir une saga, encore moins. Alors ne parlons même pas d’achever une saga d’une telle envergure…

Peut-être les étoiles est le cinquième tome de Terra Ignota, cinquième tome qui n’existe a priori qu’en français car il était impossible pour le Bélial de sortir le dernier volume en une fois tant il aurait été beaucoup trop en dehors de nos standards éditoriaux. Théoriquement, c’est l’Alphabet des créateurs qui comporte le titre inédit mais ne commençons pas à chicaner ni à digresser pour ne pas entrer dans le vif du sujet.

Que dire…
Chroniquer un dernier tome n’est jamais chose aisée non plus car, par essence, la chronique s’adressera aux gens qui auront lu les précédents et servira (avec un peu de chance) d’espace où discuter, échanger des impressions, des théories. Je sais que cet article sera peu consulté mais j’ai quand même envie de l’écrire pour tout un tas de raisons que j’ai déjà pu évoquer sur le blog. Ce ne sera pas vraiment une chronique, en réalité, plutôt un billet dans lequel je vous partage un instant d’émotion brut, ce que m’inspira finalement la lecture de ces derniers chapitres si denses. Un jour, dans un futur que j’espère pas trop lointain, je vais relire ces romans après en avoir lu d’autres pour mieux comprendre toutes les références qui le parsèment et qui ont pu m’échapper. Je sais que, si je suis dotée d’une longue vie, je les relirais même à plusieurs reprises tout au long de celle-ci car ma perception changera peut-être ou mon expérience de vie m’aura apporté d’autres éléments sur lesquels réfléchir. J’affirme aussi que, désormais, à la fameuse question « quel livre emporteriez-vous sur une île déserte si vous ne deviez en choisir qu’un ? » je répondrais sans hésiter : Terra Ignota (et je tricherais mais qu’importe !)

Je pense très sincèrement qu’Ada Palmer a écrit ici une saga qui s’inscrira dans la postérité au sein de l’histoire littéraire au sens large. La richesse des réflexions proposées en font un titre qui n’est pas accessible à tout le monde mais qui, pourtant, semble plus nécessaire qu’on aurait pu le croire et je trouve en cela que la postface écrite par l’autrice est très éclairante sur le sujet. Elle permet de mettre des mots sur des impressions fugaces, d’éclairer des sentiments complexes et de m’expliquer pourquoi j’ai terminé ma lecture avec une boule dans la gorge et les larmes aux yeux.

Le 25 octobre à Lille j’ai eu la chance de rencontrer Ada Palmer (et Jo Walton). On a pu échanger et discuter notamment de tout ce que le lecteur apporte à un livre, de la façon dont chaque lecteur s’en empare, le comprend, lui donne un sens propre à lui en lien avec ses expériences et sa propre culture. Terra Ignota résonne (et raisonne !) en moi non seulement parce que l’autrice exploite les œuvres du passé si chères à mon cœur, qu’elle le fait dans un contexte science-fictif mais aussi parce qu’elle y transmet son amour de la littérature au sens large et ce, à chaque ligne, à chaque choix narratif, sans se priver de rien et en osant tous les ressorts narratifs surprenants. Ce n’est pas qu’un roman, c’est une construction qu’on pourrait rapprocher d’une Merveille du Monde par sa finesse et sa richesse. Plus que la littérature, en réalité, Ada Palmer montre tout au long de Terra Ignota ce que les « mondes non-réels » (pour reprendre sa propre expression) ont à nous apprendre, de quelle manière nous pouvons apprendre d’eux et en le prouvant en opérant de judicieux parallèles avec notre actualité. Lire cette saga en 2022 n’est pas anodin. C’est même nécessaire.

Nécessaire car non seulement Ada Palmer raconte l’histoire d’un conflit mondial, de ce qui l’a précédé et des quelques cinq cents jours qu’il durera mais elle questionne aussi le(s) système(s), la Loi, les coutumes, la manière de mener une guerre, le genre, bref elle questionne l’Humanité par le regard de Mycroft Canner, à la fois narrateur, historien, acteur et même monstre dans tout ce que ce terme a de beau et de complexe. Par le regard aussi, parfois, du 9e Anonyme quand Mycroft fait défaut. Il y a l’histoire en elle-même, celle de ce que la présence et l’existence de J.E.D.D. Maçon implique pour l’humanité, celle de ces Ruches qui s’opposent parce qu’elles prônent une organisation des buts à atteindre au mieux différente, celle de la conquête possible des étoiles, d’un premier contact, les tours et détours d’un conflit mondial, mais ce n’est pas qu’un récit de guerre. C’est bien plus que cela.

J’ai envie de terminer ce bref billet en citant un extrait de la postface traduite par Erwann Perchoc et écrite par Ada Palmer elle-même. Cet extrait résume l’idée centrale qui traverse tout Terra Ignota et se suffit à lui-même. S’il ne vous transperce pas le cœur, alors peut-être n’êtes vous pas la cible adéquate pour ce roman. Mais si, comme moi, ces mots résonnent en vous alors armez-vous de courage et plongez vous dans l’histoire narrée par cette autrice qui, s’il y a un peu de justice dans ce monde, gagnera l’immortalité dans la mémoire collective pour son esprit si brillant : « Ce que j’ai choisi d’écrire est (…) un futur imparfaitement bon dans lequel, comme notre présent imparfaitement bon, les groupes que l’État et les infrastructures sont censés servir se montrent heureux ; vivre une vie à peu près correcte rend très difficile d’entendre les voix qui disent : non, ce monde a des défauts, il doit changer, nous devons perturber cette vie à peu près correcte, que ce soit pour libérer les opprimés ou pour protéger la planète. »

Je remercie Erwann et le Bélial pour ce service presse.

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Ma chronique sur les autres volumes : Trop semblable à l’éclair (tome 1), Sept Reddition (tome 2) et La volonté de se battre (tome 3), L’Alphabet des Créateurs (tome 4)

INFORMATIONS ÉDITORIALES :
Peut-être les Étoiles (TERRA IGNOTA #5, PREMIÈRE PARTIE DE « PERHAPS THE STARS ») PAR ADA PALMER. TRADUCTION : MICHELLE CHARRIER. ILLUSTRATION DE COUVERTURE : AMIR ZAND. ÉDITEUR : LE BÉLIAL. PRIX : 24,90 EUROS AU FORMAT PAPIER, 11.99 EUROS AU FORMAT NUMÉRIQUE.

Les abandons de l’Ombre : Summerland, Unity et Ymir.

Voilà un moment que j’hésitais à lancer ce format d’article, surtout que les abandons s’enchaînent cette année. Je n’ai pas toujours envie d’évoquer tous les textes que j’abandonne et ce pour diverses raisons mais les cas présentés ici sont particuliers. Déjà, il s’agit de service presse alors si on prend le temps de me les envoyer -sous divers formats- je peux bien prendre le temps d’écrire un mot à leur sujet. Surtout quand, objectivement, ce sont de bons livres dont le seul tord est de ne pas correspondre à mes goûts de lecture.

Je me propose donc d’aborder chaque texte séparément puis de tirer un constat général. Après chaque court retour, je vous référencerais d’autres chroniques qui offre un regard différent du mien sur ces romans, afin de vous permettre d’accéder à davantage d’avis.


L’histoire se déroule en 1938 au sein d’une uchronie où le point de divergence se situe après la Première Guerre Mondiale, notamment dans les vainqueurs qui redessinent le paysage politique. On a d’un côté la Grande-Bretagne et de l’autre la Russie qui, comme de juste, continuent de se méfier l’un de l’autre. Ce n’est pas la seule chose qui a changé car côté anglais, on a découvert Summerland à savoir l’endroit où on se rend après la mort. Il est donc possible désormais de discuter avec des gens décédés et toute la société s’est construite autour d’un système de ticket à avoir au moment de son décès pour ne pas se perdre. Le concept est très pointu et intéressant. Hélas, passé la découverte initiale, ça devient vite ennuyeux à mon goût.

C’est la chronique d’Apophis qui avait attiré mon attention sur ce roman et donné envie d’essayer, ce qui est assez paradoxal puisque les éléments qui m’ont finalement poussé à abandonner ont tous été détaillés dans son retour très complet. Ce qui, pour lui, étaient des qualités ont, pour moi, été source d’ennui ce qui rappelle aussi qu’il peut être intéressant et même important de parler d’une lecture décevante puisque cela pourrait donner envie à d’autres personnes de lire le livre en question. Ce qui nous déplait peut séduire d’autres lecteurs et vice versa.

Histoire d’être un peu plus claire : je suis intellectuellement capable de reconnaître la qualité de l’univers qui a été construit ainsi que son ambition mais je ne suis pas parvenue à m’intéresser aux personnages qui ont plus une fonction qu’une âme, ce qui est un gros handicap pour moi qui ne peut pas me contenter d’une bonne idée, surtout pas sur un format long. De plus, l’intrigue type espionnage dans les années 30 n’est pas ce que je préfère, même au sein d’une uchronie, sans que je puisse vraiment donner une raison recevable à ça autre que : les goûts et les couleurs. La mise en scène du sexisme propre à l’époque sert à le dénoncer mais ça ne suffit pas pour relever mon intérêt.

Il paraît que le livre s’épanouit dans son dernier tiers sauf que je suis assez lassée de devoir me taper deux tiers d’un livre ennuyeux pour enfin arriver à quelque chose d’excitant. Ce n’est pas le type de construction narrative qui me convient, j’ai donc décidé de ne pas poursuivre la découverte.

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Unity est un roman cyber-punk / thriller / post-apo / sûrement d’autres genres que j’oublie. L’humanité vit en partie sous l’océan, dans des cités bulles qui sont sous le contrôle d’une puissance totalitaire. Pourquoi vivre sous l’eau ? Parce que sur la terre, c’est bien foireux et il ne reste pas grand chose hormis du désert -ce qui n’empêche pas les gens d’essayer d’y survivre. Dans ce contexte, on rencontre Danaë, une femme pas comme les autres qui s’avère rapidement être plus qu’une humaine : elle porte en elle une sorte de conscience collective dont on ne savait pas grand chose au moment où j’ai arrêté ma lecture.

Encore un roman repéré chez Apophis (décidément on n’est plus sur la même longueur d’onde en ce moment) que j’ai reçu un peu par hasard en demandant les sorties de la rentrée littéraire chez AMI (j’entendais par là Marguerite Imbert et Émilie Querbalec). Comme il a été envoyé avec les autres fichiers, j’y ai quand même jeté un œil et ce qui m’a perdue ici, c’est l’absence de contexte clair. Il y a bien trop d’informations, données trop vites et trop mélangées. J’ai eu le sentiment que l’autrice avait une check-list de thèmes et de concepts qu’elle voulait absolument aborder et qu’elle avait peur d’en oublier si elle ne s’y mettait pas directement. On se retrouve balancé au milieu de l’intrigue sans avoir les bases de l’univers ce qui implique un vocabulaire spécifique qui ne renvoie à rien pour la lectrice novice en SF que je suis, ce que j’ai un temps mis de côté pour essayer de me plonger dans l’intrigue sauf que celle-ci prend la forme d’une sorte de course poursuite. Quelqu’un veut tuer le personnage principal, qui elle veut s’enfuir d’une cité sous-marine pour ne pas mourir, c’est un trope qui m’ennuie au plus haut point parce que c’est rare de croiser un·e auteur·ice qui maîtrise la tension narrative.

Pour ne rien arranger, je n’ai pas accroché au personnage de Danaë, je trouvais Alexeï plus intéressant mais cela n’a pas suffit pour me donner envie de continuer à tourner les pages. Enfin, l’ambiance « régime totalitaire et complot global » me hérisse depuis quelques mois, je ne le gère plus bien du tout. Sans doute l’écho avec notre réalité, notre quotidien. J’ai envie d’un autre genre de lecture.

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Yorick est un mercenaire qui a quitté Ymir, sa planète natale, bien des années plus tôt en jurant de ne plus jamais y remettre les pieds. Le problème, c’est que son employeur se moque pas mal de ses états d’âme et le détourne durant sa stase pour l’envoyer chasser le grendel -un genre de monstre cybernétique. À cette traque va se mêler des échos du passé de Yorick et notamment le retour de son frère, qui lui a arraché la mâchoire bien des années plus tôt.

J’ai déjà parlé plus d’une fois de Rich Larson sur le blog, que ce soit pour l’excellent recueil La fabrique des lendemains ou pour ses nouvelles parues dans le Bifrost. De mémoire, je n’avais pas encore été déçue par l’auteur et il fallait bien que ça arrive un jour. C’est juste dommage que ce soit avec son premier roman…

J’ai décidé d’arrêter ma lecture à la moitié pour plusieurs choses : déjà, à nouveau, l’ambiance. On est sur une planète inhospitalière, on évolue dans des bas-fonds crasseux, il y a une méga entreprise hyper totalitaire, c’est très sombre, oppressant, ça ne correspond pas du tout à ce que j’ai envie / besoin de lire pour le moment.

Pourtant, j’ai persévéré parce que je connaissais déjà le travail de l’auteur et que j’avais confiance. Je me disais qu’il méritait bien que je m’accroche un peu, que je lui laisse le bénéfice du doute. Hélas, j’ai rapidement eu l’impression que l’histoire racontée aurait pu aisément tenir dans une novella et que le roman souffrait de longueurs, de digressions, sans parler des flashbacks nébuleux mélangés à des trips de drogue qui n’aident pas à s’accrocher malgré la brièveté de ses chapitres parfois longs de deux ou trois pages seulement. Ce dernier point a été relevé comme négatif par d’autres mais c’est quelque chose que j’ai apprécié et qui m’a d’ailleurs poussé à aller aussi loin dans ma lecture.

Autre élément en faveur du roman : le personnage de Yorick et la mise en scène de ses pulsions autodestructrices. C’est quelque chose qui m’accroche bien en général sauf qu’ici, ça manquait d’âme par moment, de sentiments, de densité, comme si l’auteur n’arrivait pas bien à jongler entre son univers, son intrigue et son protagoniste au point de me perdre en route car mon intérêt pour Yorick n’a pas suffit à éclipser mon malaise face à l’univers. Même s’il a des qualités indéniables, ce ne sont pas celles qui m’attirent dans un roman, encore moins en ce moment. Je tournais les pages sans réelle envie d’en savoir plus, ce qui a conduit à mon abandon un peu après la moitié du livre.

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Quelles conclusions en tirer ?
Depuis quelques mois, il semble évident que je ne suis plus du tout attirée par les romans étouffants, crasseux, qui mettent en scène des régimes tyranniques et la misère humaine. Peut-être (sans doute) que ça a un rapport avec l’actualité, peut-être que mes goûts évoluent simplement, mais je recherche tout autre chose dans mes lectures. Le souci, c’est que je ne sais pas quoi précisément donc je navigue en aveugle, au petit bonheur la chance.

Je suis aussi de plus en plus attirée par le format court. Ces romans ne sont pourtant pas très épais, ils font entre 350 et 450 pages ce qui est dans la norme et même dans la norme basse mais j’ai remarqué que j’éprouvais davantage d’indulgence envers une nouvelle ou une novella qui m’ennuie qu’un roman. J’ai besoin d’un certain type de construction narrative pour m’accrocher sur le long terme et surtout, de m’intéresser aux personnages. J’ai besoin qu’ils aient une âme, pas juste qu’ils servent une intrigue ou jouent les pantins dans un monde-super-bien-construit-pour-nous-en-mettre-plein-la-vue.

Je ne suis pourtant pas mécontente d’avoir essayé de les lire car même si j’ai abandonné en cours de route, l’expérience m’a appris des choses sur moi-même et permis d’affiner davantage mes critères de sélection d’un livre. Une chance que ça ait chaque fois été avec des services presses numériques (à l’exception d’Ymir qui, avec l’accord du Bélial, sera offert à la bibliothèque de mon village afin d’en faire profiter le plus grand nombre), si bien que ça n’a rien coûté à personne hormis un mail et un peu de temps.

Et vous, est-ce que vous avez abandonné un livre récemment ?

La Maison des Jeux #2 le Voleur – Claire North

En avril de cette même année, je vous parlais du premier tome de la Maison des Jeux intitulé « le Serpent » et se déroulant à Venise en 1610. Ç’avait été un coup de cœur doté d’une écriture musicale, d’un contexte original et d’une ville si bien décrite qu’elle en prenait vie sous mes yeux. Est-ce que la suite s’inscrit dans la même lignée ? Voyons cela…

De quoi ça parle ?
Remy Burke est joueur de la Haute-Loge depuis un certain nombre d’années et n’aurait pas dû se laisser avoir aussi bêtement par Abhik Lee qui parvint à le saouler avant de lui faire accepter une partie de cache-cache. L’enjeu ? Rien de moins que ses souvenirs… Or, si Remy est un bon joueur, Abhik est connu pour être redoutable. Quand la partie se lance, Remy sent vite un déséquilibre dans les excellentes cartes reçues par son adversaire et commence à se demander si quelqu’un de plus haut placé, de plus influent, ne chercherait pas à se débarrasser de lui.

Autre époque, autre ambiance.
Cette suite, qui se passe en 1938 à Bangkok, a perdu la musicalité qui m’avait tant séduite dans le Serpent sans pour autant être inintéressante ni même décevante. Autre époque, autre ambiance, tout simplement. Et autre personnage aussi car si Remy n’a pas le charisme d’une Thene et que j’ai crains de suivre un protagoniste fade, je me suis vite prise d’empathie pour lui. La finesse de sa psychologie rappelle que Claire North est une autrice à suivre car elle ne laisse rien au hasard.

Rien et pas même son décor. Les paysages sont saisissants de réalisme, je n’ai eu aucun mal à me sentir transportée dans cette contrée où je n’ai pourtant jamais posé un pied. Elle ne partait pas gagnante car je peine à m’intéresser à tout ce qui se passe après le 19e siècle, encore plus lorsque l’intrigue semble centrée sur rien de moins qu’une course poursuite… Ce qui a tendance à me lasser.

Mais la magie a opéré.

Sur un plan personnel, il semble évident pour tout qui me connaissant un minimum que j’ai plus d’affinités avec Venise qu’avec la Thaïlande et donc que je continue de préférer le Serpent au Voleur. Pourtant, l’intrigue du Voleur gagne en ampleur. L’autrice réalise l’exploit de proposer une histoire indépendante tout en ramenant d’anciens personnages par un clin d’œil et en renforçant les enjeux autour de cette mystérieuse Maison des Jeux. Ainsi, des liens se créent et on sent se dessiner un dénouement plus qui ne manquera probablement pas d’envergure, tout en ayant l’histoire de Remy terminée sur ces 150 pages.

La conclusion de l’ombre :
Contrairement à ce que je craignais en lisant la quatrième de couverture par rapport à mes goûts personnels, le Voleur a été une très bonne lecture où l’autrice confirme son talent non seulement à poser un décor plus vrai que nature, à imaginer un personnage intéressant à suivre et à tisser une intrigue qui se révèle bien plus complexe que de prime abord. Je n’ai qu’une hâte : lire le troisième et dernier volume de la Maison des Jeux pour découvrir ce qu’elle nous réserve…

Je remercie le Bélial pour ce service presse.

D’autres avis : L’épaule d’OrionOutrelivresGromovarAu pays des cave trolls – vous ?

S4F3 : 19e lecture.
Informations éditoriales :
La Maisons des Jeux, tome 2 : le Voleur par Claire North. Traduction par Michel Pagel. Éditeur : le Bélial. Illustration de couverture : Aurélien Police. Prix : 10,9 euros.

Un an dans la Ville-Rue – Paul Di Filippo

Un an dans la Ville-Rue est le genre de texte qui provoque chez moi une certaine frustration car j’ai du mal à me plonger dans son univers tout en parvenant sans peine à m’intéresser à son personnage principal, Diego Patchen.

Pourtant, l’univers en question ne manque pas d’inventivité et, par bien des aspects, j’y vois une forme de critique ou même de réflexion sur le nôtre. Sauf que je me sens vite perdue devant une avalanche de termes nouveaux (un comble quand on connait un peu ma propre bibliographie…) et que les descriptions, aussi graphiques, riches et originales soient-elles, m’ont laissé de marbre parce qu’elles ne m’intéressaient tout simplement pas. J’ai même failli abandonner cette courte lecture mais j’ai été accrochée à partir du second chapitre où on découvre davantage le métier de Diego. Cet élément permet une réflexion intéressante sur la littérature, plus spécifiquement la science-fiction.

Diego, donc, est écrivain et il publie des nouvelles dans une revue intitulée Mondes Miroirs. Il écrit de la Cosmos-Fiction, c’est-à-dire qu’il imagine d’autres mondes, d’autres possibilités, d’autres alternatives, ce qui n’est pas bien vu par les lecteurs élitistes mais fonctionne bien auprès d’un public que le tenancier du kioske, Teuf-Teuf, décrit comme bien plus populaire. Difficile de ne pas penser à ce fossé qui existe entre la littérature dite « blanche » et celle dite « populaire », de l’imaginaire. La nouvelle date d’il y a vingt ans et on constate que certaines choses ne changent hélas pas.

J’ai trouvé assez amusante la façon dont l’auteur donne à Diego des idées qui évoquent notre monde (comme cette technologie filière qui permettrait de discuter avec quelqu’un sur une longue distance ou encore un univers où personne ne saurait ce qui se déroule après la Mort) en les faisant passer pour loufoques au sein de sa propre diégèse. C’est plutôt intelligent.

Au travers de quatre chapitres, Paul Di Filippo emmène son lecteur arpenter cette immense ville aux millions de Blocs qui semble à la fois si familière et si incongrue. J’ai toujours été plus sensible aux personnages et aux émotions qu’au world-building, ce qui ne m’empêche pas d’en reconnaître la saveur et d’en saluer les idées. Ce fut une lecture en demi-teinte où je me suis parfois ennuyée mais je n’en ai aucun regret, ressortant particulièrement enthousiaste et concernée par les réflexions sur la littérature et la façon dont l’auteur a décidé de les mettre en scène.

Un texte particulier qui ne pouvait paraître nulle part ailleurs que dans la collection Une Heure Lumière.

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S4F3 : 15e lecture.
Informations éditoriales :
Un an dans la Ville-Rue de Paul Di Filippo. Traduction par Pierre-Paul Durastanti. Éditeur : Le Bélial, pour la collection Une Heure Lumière. Illustration de couverture : Aurélien Police. Prix : 9.90 euros au format papier, 4.99 en numérique.

Noon du soleil noir – L. L. Kloetzer

Voilà un long moment que je ne me suis plus penchée sur de la bonne vieille fantasy et il peut paraître curieux que je me tourne pour cela vers un éditeur comme le Bélial qu’on reconnaît plus volontiers comme spécialiste en science-fiction. J’ai d’abord été attirée par la sublime couverture signée Nicolas Fructus avant de m’intéresser au résumé et de me dire que ouais, ça me bottait bien cette histoire. Allons-y !

De quoi ça parle ?
Le narrateur s’appelle Yors et raconte après coup sa rencontre avec un drôle de sorcier prénommé Noon du soleil noir, au service duquel Yors va entrer en espérant se faire un peu d’argent facile. Noon se rend dans cette grande cité pour ouvrir un commerce de magie et va tomber sur une drôle d’affaire impliquant un médaillon familial volé…

Sherlock Holmes version fantasy ?
Selon un bon nombre de chroniques tout comme l’éditeur, Noon du soleil noir est un hommage assumé au cycle des épées de Fritz Leiber. Je le crois bien volontiers. Le souci, c’est que je n’ai jamais lu ce cycle (qui a jeté un caillou ?!), il m’est donc impossible de dresser un parallèle entre les deux. Par contre, j’ai déjà lu quelques écrits de Sir Arthur Conan Doyle (et un peu trop re-re-re-regardé une certaine série avec un certain Benedict Cumberbatch…) donc le lien avec Sherlock Holmes me saute davantage aux yeux. Pas dans la période, évidemment, car on est bien ici dans de la fantasy dans une cité typée moyenâgeuse, mais bien dans la forme. En effet, l’histoire est écrite à la première personne, après l’action donc sous forme de mémoire ou de récit témoignage, du point de vue de Yors qui est en quelque sorte « l’assistant » de Noon, un sorcier mystérieux et d’une grande puissance. Le récit est celui d’une enquête menée tant bien que mal après que Noon ait refusé plusieurs affaires jugées inintéressantes… Vous voyez le lien ? En cela, la construction est plutôt classique en dehors des moments où Noon pratique la magie et où Yors sort du récit pour raconter des évènements qui se passent dans une autre cité très lointaine mais ont un lien avec l’enquête, ou encore pour nous mettre dans la tête de l’antagoniste sur place qui convoite ce médaillon.

Et c’est peut-être le seul reproche que j’ai à adresser au récit : ce sont ces passages qui cassent la narration si sympathique du mercenaire pour nous entrainer loin de son action, même si c’est nécessaire pour apporter certaines informations. J’aurais préféré une approche plus uniforme mais c’est mon côté un peu rigide…

Outre cet élément, je trouve que tout fonctionne bien dans Noon du soleil noir : les personnages sont attachants et mystérieux, l’intrigue se comprend facilement et ne manque pas de rythme ni d’intérêt, l’enquête se clôture sur elle-même si bien que, malgré l’annonce d’une « suite » j’ai le sentiment qu’on part sur des volumes indépendants ce qui est toujours une bonne chose selon moi et, petit bonus mais non des moindres : le livre est parsemé d’illustrations intérieures réalisées également par Nicolas Fructus, ce qui donne un relief supplémentaire à l’univers. Noon du soleil noir constitue donc un divertissement de très bonne facture. On en redemande !

La conclusion de l’ombre :
Noon du soleil noir est un roman de fantasy plaisant à découvrir avec un narrateur attachant, un sorcier intriguant et un petit côté Conan Doyle sur l’aspect narratif qui n’est pas pour me déplaire. L’univers esquissé ici est prometteur et référencé pour les vieux de la vieille de la fantasy, si j’en juge par ce qu’on en dit ailleurs. D’autres livres semblent prévus mais, si je comprends bien, avec des aventures indépendantes les unes des autres, ce qui est tout à fait appréciable. Je suis convaincue et je me réjouis donc de retourner aux côtés de Noon et Yors dans un proche avenir !

Merci à Erwann et au Bélial pour ce service presse.

S4F3 : 13e lecture.

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Informations éditoriales :
Noon du soleil noir par L. L. Kloetzer. Éditeur : le Bélial. Illustration de couverture (et intérieures) : Nicolas Fructus. Prix au format papier : 19.90 euros.

Bifrost n°107 – spécial fictions

Ce 107e numéro de Bifrost est consacré à la fiction, c’est-à-dire qu’il y a davantage de nouvelles que d’habitude et qu’on ne trouve pas de dossier thématique. J’ai adoré ce format et même si j’ai conscience qu’il n’est pas possible, surtout sur un plan économique, de le réitérer souvent, j’espère que le Bélial n’attendra pas plusieurs années avant de nous en reproposer une. Surtout d’une telle qualité !

Comme toujours, je vais revenir sur chacune des nouvelles en la présentant succinctement avant de donner mon ressenti personnel.

Deux vérités, un mensonge de Sarah Pinsker
Traduction par Mélanie Fazi
Stella va aider Marco, un « ami d’enfance », à vider la maison de Denny, son frère récemment décédé. Denny souffre visiblement d’un syndrome de Diogène (il accumule tout ce qu’il trouve) et ça rend l’affaire compliquée. De plus, Stella tombe sur l’enregistrement d’une vieille émission télévisée, le Coin de l’oncle Bob, où un drôle de bonhomme raconte des histoires traumatisantes pendant que des enfants jouent autour de lui.

C’est la première fois que je lis un texte de cette autrice et certainement pas la dernière. Dés les premières lignes, on sent que quelque chose ne va pas mais Sarah Pinsker cache bien son jeu. La tension monte crescendo grâce à une indéniable maîtrise narrative. Les révélations finales sont aussi surprenantes que dérangeantes. Clairement, ce texte ne laisse pas indifférent.

Après les âges sombres de Jean-Marc Ligny
Daniel est un vieil homme qui mène une existence tranquille dans une ville ravagée après une sorte d’apocalypse. Il cultive ses légumes, vit avec des animaux, tout va bien jusqu’à ce que Kevin le remarque. Kevin appartient à un autre groupe de survivants qui est coincé sous terre depuis des années. Il est d’ailleurs le seul à vouloir sortir…

Cette nouvelle commence d’une manière plutôt calme, presque contemplative. L’action arrive en même temps que le personnage de Kevin et quelle action ! Malgré ses exactions, j’ai ressenti une certaine empathie à son encontre et j’ai apprécié le déroulé de la nouvelle dans son ensemble, particulièrement le final qui nous invite à réfléchir sur notre rapport à la nature.

Les Cinq éléments de l’esprit du cœur par Ken Liu
Traduction par Pierre-Paul Durastanti
Tyra est la seule survivante de la destruction de son vaisseau et elle agonise dans l’espace. Tentant le tout pour le tout, elle met le reste de son énergie dans un dernier saut qui l’amène à proximité d’une planète colonisée. Là-bas, elle est confrontée à un style de vie à des années lumières du sien. Les gens vivent en harmonie avec leur environnement et ressentent des myriades d’émotions.

Petit à petit, le lecteur va voir Tyra changer mais pas en mal. Elle s’ouvre à une culture différente, tombe même amoureuse, au point de ne plus envisager de repartir. De toute façon, avec les avancées technologiques de cette planète, c’est peine perdue… Le twist qui suit son sauvetage m’a surprise, dans le bon sens, par le message que fait passer l’auteur en nous invitant à davantage nous écouter, nous, notre corps, au lieu d’essayer d’entrer dans un moule aseptisé. Il précise également que sa nouvelle s’inspire des recherches d’un docteur en médecine sur le lien qui existe entre bactéries et émotions. Son article est renseigné pour qu’on puisse s’y intéresser nous aussi.

Ombres de Ketty Steward
Dans cette nouvelle, l’autrice imagine un monde où les dirigeants sont des dirigeantes qui ont la particularité d’être choisie uniquement sur base de leur investissement pour la société et non leur quête de pouvoir. De prime abord, l’idée semble bonne et apte à résoudre tous nos problèmes actuels.

Sauf qu’on comprend rapidement que la nature humaine peut reprendre le dessus dans un moment de faiblesse. J’ai trouvé le propos engagé et plutôt bien pensé, angoissant aussi et un peu dérangeant mais invitant à la remise en question. Pour moi, c’est un texte réussi.

Sarcophage de Ray Nayler
Traduction par Henry-Luc Planchat
Un homme est perdu sur une planète glacée avec un équipement de survie obsolète dont la charge baisse plus vite que prévu. On suit son avancée vers une base où il trouvera peut-être de l’aide pendant qu’il se rappelle de quelle manière il en est arrivé là.

C’est la nouvelle qui m’a le moins plu mais ça n’a rien avoir avec la qualité de son écriture. C’est simplement le type de récit qui n’est pas fait pour moi, j’y suis assez peu sensible de manière générale. J’ai par contre apprécié la fin.

Encore cinq ans d’Audrey Pleynet
Un homme propose d’endormir toute l’humanité pendant vingt ans afin de laisser le temps à la planète de se ressourcer. Lui ainsi que deux cent orphelins se chargeront de la maintenance des appareils de sommeil et d’aider la Terre à se remettre. Une solution comme une autre à notre urgence climatique…

Et ça fonctionne !
Sauf que…
Quand cet homme meurt un peu avant la fin du délai, les orphelins se demandent s’il ne faudrait pas attendre encore un peu car la planète en a besoin. Pourquoi pas encore cinq ans ?
Et ainsi de suite…

J’ai trouvé cette nouvelle absolument grandiose. Quel talent ! C’est la première fois que je lis un texte d’Audrey Pleynet et je comprends l’engouement que la blogosphère lui porte. Encore cinq ans est un texte engagé, redoutablement intelligent et subtil, qui m’a beaucoup parlé. C’est même celui que j’ai préféré d’entre tous.

La conclusion de l’ombre :
Si vous n’avez pas d’abonnement au Bifrost, je ne peux que vous encourager à vous procurer ce numéro car il contient six textes de grande qualité, tous très différents les uns des autres que ce soit pour le style d’écriture, les thématiques abordées, les époques mises en scène ou tout simplement la diversité des plumes qui sont autant françaises qu’étrangères. J’ai passé un très bon moment à découvrir ce que ce 107e opus nous réservait et j’espère que ce sera également votre cas.

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S4F3 : 5e lecture.
Informations éditoriales :
Revue Bifrost n°107 publiée par Le Bélial. Auteur·ices et traducteur·ices précisé·es pour chaque texte. Illustration de couverture par Florence Magnin. Prix : 11,90 euros.

Des bêtes fabuleuses – Priya Sharma


Traditionnellement maintenant, une fois par an, le Bélial propose un numéro hors-série au sein de la collection Une Heure Lumière, gratuit pour tout achat de deux titres. Cette année, c’est l’autrice britannique Priya Sharma qui est mise à l’honneur avec une nouvelle intitulée « Des bêtes fabuleuses ».

Avant d’entrer dans le vif du sujet, précisons aussi que presque tout aussi traditionnellement, ce hors-série contient un bonus qui prend cette fois la forme d’un guide de lecture. Vous vous êtes toujours demandé·e par où commencer cette fabuleuse collection ? Et bien Camille Vinau alias Vanille du blog La bibliothèque derrière le fauteuil répond à votre question en rassemblant les textes au sein de divers menus thématiques, chaque fois par cinq titres. J’ai beaucoup aimé cette initiative, bravo à elle pour ce travail de réflexion et de classement !

Des bêtes fabuleuses
Lola raconte son histoire à cheval entre le passé et le présent. De prime abord cela paraît brouillon, on se demande qui est cette Eliza, pourquoi elle parle d’elle à la première personne en utilisant ensuite un autre prénom… Il faut accepter de ne pas disposer de toutes les informations immédiatement et se laisser porter par la narration.

La protagoniste principale raconte donc la manière dont elle grandit avec sa mère, Kath, l’arrivée de sa cousine, Tallulah, le mépris qu’elle semble inspirer à sa tante, la désagréable Ami, mais aussi le spectre de cet oncle, Kenny, qui plane comme une menace au-dessus de leur vie. Quel intérêt, me demanderez-vous ? Et où se trouve donc l’élément de l’imaginaire dans ce pitch ? Patience…

À l’instar d’Ormshadow, Priya Sharma part sur un récit familial teinté de surnaturel. Ici, point de dragon mais pas loin puisque Lola semble posséder une affinité toute particulière avec les serpents, au point d’embrasser une carrière d’herpétologiste. Mais les serpents, ça existe, pas comme les dragons, me direz-vous. Et bien… Loin de moi l’envie de gâcher l’effet de surprise alors je vous encourage à découvrir le texte pour comprendre en quoi il relève du registre de l’imaginaire.

Ce récit familial n’a rien de beau, de doux ni même de sain. Une fois de plus, l’autrice met sa plume au service d’une situation tragique et même affreuse qu’elle décrit pourtant avec tact. Je me dois tout de même de signaler des TW pour, notamment, le viol et l’inceste.

Si j’ai lu ce texte d’une traite, j’en suis ressortie avec le même sentiment que pour la précédente novella à savoir que j’adhère aux thèmes, j’adhère à la façon dont l’autrice met en scène son histoire mais je reste inexplicablement extérieure au récit, sans parvenir à me sentir impliquée. Une constatation toute personnelle qui n’enlève rien à la qualité Des bêtes fabuleuses.

Par contre, petit questionnement personnel : quelqu’un peut-il m’éclairer sur le lien entre la couverture et la nouvelle ? Il n’y en a peut-être aucun (pourquoi cette illustration particulière du coup ?) mais s’il existe, je ne le vois pas du coup je me demande si je ne passe pas à côté de quelque chose d’important…

Il n’empêche que ce hors-série complètera merveilleusement votre collection Une Heure Lumière et qu’il est indispensable, ne fut-ce que pour le guide de lecture proposé par Vanille.

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S4F3 : Lecture n°2
Informations éditoriales :
Des bêtes fabuleuses de Priya Sharma. Éditeur : Le Bélial. Traduction : Anne-Sylvie Homassel. Illustration de couverture : Aurélie Police. Prix : gratuit à l’achat de deux titres dans la collection Une Heure Lumière.

Opexx – Laurent Genefort


Décidemment, 2022 en imaginaire rime avec Laurent Genefort qui, après une pause de plusieurs années, revient en force avec plusieurs parutions sur l’année. Nous avons notamment eu droit aux Temps Ultramodernes (auxquels je n’ai pas plus accroché que ça) ainsi que diverses nouvelles, une gratuite sur le site d’Albin Michel Imaginaire, une autre au sein du Bifrost et enfin, un UHL. Si je n’avais pas pour ambition de posséder la totalité de la collection, peut-être n’aurais-je pas redonné une chance à cet auteur. Comme quoi, parfois, il faut s’obstiner car j’ai passé un excellent moment avec cette lecture.

De quoi ça parle ?
Le Blend est une sorte de regroupement de tout un tas de nations aliens à travers l’univers. Il entre en contact avec la Terre en débarquant un jour aux Nations Unies, proposant des cadeaux pour aider l’humanité à se développer. En échange, ils ne veulent qu’une chose : des soldats expérimentés pour leur réapprendre à faire la guerre. Ainsi nait la Force Opexx.

Il s’agit donc bien d’une novella de science-fiction militaire en tout premier lieu.

Un narrateur atypique
Le narrateur s’exprime à la première personne durant la petite centaine de pages que compte la novella et on ne connaît tout simplement pas son nom -sauf erreur de ma part. Cet homme appartient à Opexx et mène plusieurs opérations militaires de tout ordre dans divers mondes. Il a la particularité d’être atteint d’un syndrome appelé Restorff, qui implique un déficit empathique. Vu son métier, c’est presque une chance.

J’ai toujours été attirée par ce type de personnalité atypique, plus particulièrement en littérature car cela permet d’apporter des questionnements souvent riches et intéressants. Ce que je trouve particulièrement réussi ici c’est la façon dont l’auteur montre la fascination qu’a ce personnage pour les mondes aliens qu’il ne parvient pas à oublier malgré le processus de déprogrammation standard et les protocoles auxquels ils sont normalement soumis. D’ailleurs…

Un grand créateur d’univers
C’est ainsi que Télérama qualifie Laurent Genefort et même si je n’ai pas trop accroché aux Temps Ultramodernes en tant que roman, j’ai beaucoup aimé le soin que l’auteur a mis à construire un cadre solide. J’avais d’ailleurs adoré le précis de Cavorologie pour cette même raison. On retrouve dans Opexx ce même talent puisque, de façon subtile et en quelques lignes parfois, Laurent Genefort nous esquisse des civilisations et des univers originaux qui enflamment l’imaginaire de la novice / fan de science-fiction que je suis. Nait alors un regret paradoxal : celui de ne pas pouvoir en apprendre plus sur ces civilisations, sur ce Blend, sur ce qu’il cherche… D’un autre côté, si l’auteur avait cédé aux sirènes de l’étalage de world-building, le rythme de sa novella en aurait été cruellement affecté et je doute que j’aurais autant apprécié.

La conclusion de l’ombre :
Opexx est un texte court (113 pages) d’une impressionnante maîtrise sur tous les plans (narration, world-building, personnage) au point que je l’ai lu d’une seule traite alors que je souffre d’une panne de lecture et d’abandons en série depuis quelques semaines. Si vous aimez la science-fiction militaire, n’hésitez pas une seule seconde à vous lancer dans sa découverte.

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S4F3 : Lecture n°1
Informations éditoriales :
Opexx par Laurent Genefort. Éditeur : Le Bélial. Illustration de couverture : Aurélien Police. Prix : 8.90 euros en papier, 4.99 euros en numérique.