Le Choix – Paul J. McAuley

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Le Choix
est une novella de science-fiction écrite par Paul J. McAuley et parue dans la collection Une Heure Lumière du Bélial. Vous pourrez la trouver dans toutes les bonnes librairies au prix de 7.90 euros.

Un world-building solide…
Le monde a subi une hausse des températures drastique et une montée des eaux dramatique. Une chance pour l’humanité, des aliens ont pointé le bout de leur nez en apportant avec eux une technologie capable de nettoyer la planète, effaçant ainsi les erreurs humaines. En plus de cela, ils ont mis en place des portails entre plusieurs autres mondes, ce qui permet le contact avec d’autres espèces sentientes mais non humaines.

Ce principe apparait en toile de fond du texte et n’est exploité que par les rêves de Damian. Damian, c’est le fils d’un éleveur de crevette à la main rude mais c’est également le meilleur ami de Lucas. Lucas est aussi fils unique au sein d’une structure monoparentale sauf que lui, c’est de sa mère malade dont il doit s’occuper. Une mère activiste écologique qui trouve que traiter avec ces aliens est une belle erreur. Damian espère un jour se tirer de ce trou perdu anglais mais il ne peut pas s’engager à l’armée avant d’avoir dix-huit ans, sauf accord parental. Hélas, jamais son père ne se privera d’une main d’œuvre gratuite, le jeune homme doit donc prendre son mal en patience et encaisser les coups comme les brimades…

… auquel ni les protagonistes ni l’intrigue ne sont sacrifiés.
Le Choix est narré à la troisième personne du point de vue de Lucas, que Damian convainc d’aller observer un Dragon échoué à plusieurs heures de bateau de chez eux. Ce Dragon est une technologie ou une créature amenée par les aliens pour justement nettoyer la Terre mais ce n’est jamais explicitement écrit. On le comprend au détour d’une phrase si bien que pendant un moment, je m’attendais presque à voir un dragon au sens classique du terme apparaître. Ce qui se déroulera une fois Lucas et Damian sur place changera leur vie à jamais, car ils vont devoir faire… un choix, justement.

Un choix avec de graves conséquences.

Paul J. McAuley signe ici un texte poignant qui met en scène une amitié compliquée entre deux jeunes garçons issus d’un milieu difficile, forcés de grandir trop vite à cause de leurs parents et du monde complexe dans lequel ils vivent. La psychologie des protagonistes est finement développée, ce qui peut paraître étonnant sur aussi peu de pages (96 à peine !) et avec un world-building aussi solide. Encore un auteur qui démontre qu’on peut écrire du format court sans sacrifier l’un ou l’autre aspect d’une histoire. Sans compter qu’il y parle aussi d’écologie, avec un postulat de départ qui n’est pas sans rappeler le monde dans lequel nous vivons… Sauf qu’aucune espèce extra-terrestre n’a l’air de vouloir nous dépanner. Pas de chance (pour nous).

À l’instar du Fini des mers de Gardner Dozois, je trouve qu’on ne parle pas assez de cette novella qui est pourtant une petite perle au sein de la collection Une Heure Lumière. J’ai ressenti beaucoup d’émotions à sa lecture et celle-ci m’a touchée d’une façon difficile à expliquer.

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La fabrique des lendemains – Rich Larson

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La fabrique des lendemains
est un recueil de vingt-huit nouvelles de science-fiction écrites par l’auteur nigérien Rich Larson. Ce recueil ne connait pas d’équivalent en anglais, les nouvelles ont en effet été sélectionnées et rassemblées par Ellen Herzfeld et Dominique Martel. On retrouve Pierre-Paul Durastanti à la traduction et c’est heureux puisqu’il fait ça très bien. Intéressé.es ? Ce recueil se trouve sur le site de l’éditeur et dans toutes les bonnes librairies au prix de 23.90 euros.

Au sommaire :
Indolore
Circuits
Chute de données
Toutes ces merdes de robot
Carnivores
Une soirée en compagnie de Severyn Grimes
L’Usine à sommeil
Porque el girasol se llama el girasol
Surenchère
Don Juan 2.0
La Brute
Tu peux me surveiller mes affaires ?
Rentrer par tes propres moyens
De viande, de sel et d’étincelles
Six mois d’océan
L’Homme vert s’en vient
En cas de désastre sur la Lune
Il y avait des oliviers
Veille de Contagion à la Maison Noctambule
Innombrables Lueurs Scintillantes
Un rhume de tête
La jouer endo
On le rend viral
J’ai choisi l’astéroïde pour t’enterrer
Corrigé
Si ça se trouve, certaines de ces étoiles ont déjà disparu
La Digue
Faire du manège

Ce recueil contient également une préface signée par Ellen Herzfeld et Dominique Martel ainsi qu’une bibliographie de l’auteur qui reprend son roman et ses (très nombreuses) nouvelles soit 178 au moment de la publication de la fabrique des lendemains. Sauf erreur de ma part, il a dépassé les 200 aujourd’hui.

Un recueil sans équivalent.
La fabrique des lendemains n’existe pas en tant que tel en langue anglaise. Le Bélial a sélectionné vingt-huit textes pour proposer ce recueil dans sa collection Quarante-Deux, vingt-huit textes qui se déroulent dans un futur dans l’ensemble désenchanté et transhumaniste. On y évoque l’immigration, l’impact de différentes technologies sur la vie et l’écologie, les évolutions sociales pas toujours très heureuses et j’en passe. Je reste assez générale à dessein puisque je vais revenir plus bas en détails sur quelques unes de mes nouvelles favorites.

Certains de ces textes, si pas tous, semblent décrire un même monde (le nôtre) à différents moments de son Histoire et dans différents lieux géographiques. J’ai trouvé intéressant de réfléchir sur chaque texte en cherchant les points communs ou les éléments de divergence qui pourraient étayer cette théorie.

Mais ce que je vais surtout retenir de ce recueil, c’est son aspect profondément humain. En cela, Rich Larson m’évoque Ken Liu dans ce qu’il a de meilleur. Toutefois, quand je dis humain, il me faut nuancer puisque certains textes mettent en scène des espèces différentes…

Vu les nombreuses histoires présentes, je ne vais pas m’arrêter sur chacune d’elles. Apophis l’a fait dans sa chronique et l’a très bien fait, ce serait redondant. Je préfère revenir sur celles qui m’ont vraiment touché et vous expliquer pourquoi, espérant ainsi vous convaincre de lire cette merveille.

Mes textes favoris : 
Je dois préciser, avant d’aller plus loin, qu’il n’y a, selon moi, pas un seul texte à jeter dans ce recueil. Il est assez rare que je lise une anthologie ou un recueil d’un.e même auteur.ice sans passer un texte ou l’autre, par ennui ou simplement parce qu’il ne réussit pas à me parler. Ici, ça n’a jamais été le cas. C’est tout de même important de le souligner car ça montre à la fois à la maestria de l’auteur mais aussi la qualité du travail des deux personnes à l’origine de La fabrique des lendemains.

Toutes ces merdes de robot est l’un des premiers textes à apparaître dans la fabrique des lendemains et un des plus réussi, à mon sens. On y suit un robot qui vit sur une île au sein d’une société archaïque composée de robots qui pensent avoir été créés par le soleil et non par les Hommes. D’ailleurs, des Hommes, il ne semble plus y en avoir. Sauf un, coincé sur l’île lui aussi, à qui le robot va demander de l’aide pour réparer une de ses camarades. Ce qui m’a surtout marqué dans ce texte, c’est l’humanité (dans le bon sens du terme) qui se dégage du robot et la façon dont les rôles sont renversés dans l’histoire. Un coup de génie.

Rentrer par tes propres moyens est un texte assez intimiste. On y suit Eliot, un jeune garçon qui va accueillir la conscience numérisée de son grand-père, le temps que sa mère réunisse assez d’argent pour acheter un clone et l’y transférer. Le dénouement de la nouvelle est attendu mais n’en reste pas moins touchant, d’autant que le texte pose des questions intéressantes sur la mort (et sur la vie par extension) ainsi que sur les privilèges de classe.

Innombrables lueurs scintillantes se déroule dans un monde aquatique au sein d’une espèce qui ressemble à des pieuvres. On y suit Quatre Courants Chauds qui a pour projet de creuser dans « le toit » de ce monde, ce qui engendre une certaine panique chez les autres membres de son espèce, panique qui tournera à la violence. J’ai été époustouflée par le world building de cette nouvelle, riche en restant accessible, ainsi que par sa conclusion très poétique. C’est vraiment original comme principe, je ne me rappelle pas avoir lu quelque chose de semblable ailleurs et j’espère que Rich Larson reviendra à cette espèce, à cet univers, un jour ou l’autre (si ce n’est pas déjà fait dans un autre texte en VO !).

Enfin, même si ces deux derniers textes ne sont pas les plus impressionnants en terme de construction ou de concept, j’ai été particulièrement touchée par Corrigé et par Faire du manège. Dans le premier, on rencontre Wyatt, un garçon d’une famille aisée qui a été corrigé, c’est à dire qu’on lui a gommé certains « défauts » ou éléments de sa personnalité qui posaient problème. Visiblement, la correction est quelque chose de banal et d’accepté au sein de cette société et je trouve que ça pose un nombre affolant de questions éthiques. Enfin, dans Faire du manège, Ostap et Alyce sont sur le point de se fiancer quand Alyce perd la vie dans un accident quantique au sein du laboratoire où elle travaillait. Mais est-elle vraiment décédée ? J’ai trouvé ce texte très touchant et plein d’émotion. Il clôt à merveille la fabrique des lendemains !

La conclusion de l’ombre :
La fabrique des lendemains est un recueil de très grande qualité où, selon moi, aucune nouvelle n’est à jeter. On en trouve certaines plus intimistes, d’autres davantage portées sur l’action mais chacune possède un fond solide, un propos fort et des personnages intéressants. Je suis époustouflée par la manière dont Rich Larson gère le format court et j’espère que le Bélial a prévu la publication d’autres recueils du même genre. C’est, à mon sens, un indispensable pour tout qui aime la science-fiction moderne et / ou si vous devez / voulez convaincre quelqu’un que ce genre littéraire a encore de très beaux jours devant lui (au cas où il fallait encore le prouver…) Bref, n’hésitez pas une seconde !

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Symposium Inc. – Olivier Caruso

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Symposium Inc. est une novella de science-fiction écrite par l’auteur français Olivier Caruso. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte dans toutes les bonnes librairies (et sur le site de l’éditeur) au prix de 9.90 euros.

De quoi ça parle ?
Le jour de ses dix-huit ans, Rebecca tue sa mère. Mais pourquoi ? Et surtout, pourquoi maintenant ? Ce sont les questions qui vont se poser lors de son procès où elle sera défendue par Amélie, une avocate réputée imbattable qui semble partager une partie du passé des parents de l’accusée. Amélie va devoir déployer tout son talent car sur les réseaux sociaux, Rebecca est déjà considérée comme coupable…

Une narration à deux voix.
Dans Symposium Inc., deux personnages se partagent la narration. D’un côté, on a Stéphane qui est le père de Rebecca et le mari de Rose (la victime). Il est également le créateur de Neurotech, une firme qui a révolutionnée la neuroscience et qui a pris une place centrale dans la société française où se déroule la novella. Stéphane est un homme difficile à cerner, même lorsqu’on se place de son point de vue. Il a certaines réflexions et réactions qui sont difficilement concevables… Et qui, paradoxalement, d’une manière malsaine, le rend fascinant à suivre. En face, on retrouve Amélie Lua, une avocate ténor du barreau qui n’a plus rien à prouver à personne et a quelques soucis avec la boisson. Elle est intimement liée à la famille de Stéphane, d’une manière qu’on découvre à mesure que la lecture avance. J’ai presque envie de la qualifier de masochiste, d’accepter cette affaire vu les implications pour elle.

Quand je parle de narration à deux voix, je simplifie outrageusement… Olivier Caruso a opté pour une certaine originalité. Tout au long du texte, on retrouve des commentaires entre parenthèses, qui sont des extraits de ce qui se dit sur le réseau à propos des évènements en cours. C’est souvent malaisant et me rappelle pourquoi je ne lis jamais les commentaires sous un article de presse. Toutefois, vu le texte, c’est une excellente idée qui lui rajoute de la richesse.

Cette narration s’articule autour de deux éléments principaux : un drame familial et l’influence des réseaux sociaux.

Je choisis de ne pas m’arrêter dans le détail sur l’aspect drame familial, parce que ça reviendrait à gâcher l’intrigue et donc le travail de l’auteur. Par contre, il n’est pas possible de ne pas évoquer la question des réseaux sociaux.

L’influence des réseaux sociaux.
De nos jours, il serait hypocrite de dire que les réseaux sociaux n’ont aucune influence dans nos vies. Il suffit de voir à notre petite échelle de blogueur : plusieurs fois par mois, lire certain.es parmi vous me fait acheter tel ou tel livre de manière imprévue. Imaginez un monde où cette influence s’étend à la justice… Pas besoin de faire de gros efforts, c’est déjà le cas. Encore récemment, une affaire de harcèlement avec violence qui trainait depuis des mois en France a enfin été (enfin) prise en main par les autorités parce que la victime a interpelé la police sur Twitter.

C’est glaçant et c’est ce que met en scène Olivier Caruso dans une société où « commenter, c’est bon pour la santé ». Tout démarre de Stéphane Bertrand, qui prend conscience d’à quel point il s’indigner lui procure du plaisir face à une certaine situation de sa vie. C’est de cette manière qu’il va développer Neurotech et la technologie qui permet de recevoir des décharges hormonales positives quand on donne son opinion sur tel ou tel sujet, avec, évidemment, un bonus si le sujet porte à polémique… Entre notre réalité et celle de Symposium Inc., il n’y a plus qu’un pas déjà largement entamé.

Un procès ?
La quatrième de couverture évoque un procès mais il n’est pas mis en scène, pas en tant que tel. L’histoire se concentre sur l’avant, avec la manière dont Amélie va manipuler l’opinion publique et sur l’après, avec les conséquences que ça impliquent et qui amèneront le dénouement de l’intrigue. Dommage, parce que l’aspect m’intéressait, mais c’est une remarque toute personnelle. Quant au dénouement, on n’en tombe pas de sa chaise, quelques indices mettent la puce à l’oreille du / de la lecteur.ice attentif.ve toutefois ça reste bien fait dans l’ensemble.

La conclusion de l’ombre :
Symposium Inc. est un texte d’une grande richesse où beaucoup de thématiques s’entremêlent, ce qui le transforme en outil pédagogique de premier plan pour l’éducation numérique. On y parle non seulement d’un drame familial mais aussi des dérives des réseaux sociaux, de la manière dont il est facile de manipuler l’opinion publique… Il met également en garde sur l’avancée toujours plus rapide et intrusive de certaines technologies. Un texte brillant qui méritera une relecture de ma part pour l’approfondir avec mes étudiant.es. Sans surprise, voilà un autre UHL de qualité qui rappelle que le talent se trouve aussi chez les auteur.ices francophones.

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Sept anniversaires – Ken Liu

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Sept anniversaires
est une nouvelle de science-fiction parue dans le hors-série 2018 de la collection Une Heure Lumière du Bélial. Elle a été traduite par Pierre Paul Durastanti avec une couverture signée par l’inimitable Aurélien Police.

Premier hors-série de la collection Une Heure Lumière, quelle émotion ! Celui-ci s’ouvre sur une préface d’Olivier Girard qui raconte la genèse de la collection, ses ambitions, ses doutes, ses craintes, puis la belle surprise qu’a constitué l’accueil du public. Il y écrivait alors qu’il espérait que ce hors-série allait devenir une rareté… Mission accomplie et avec brio puisqu’à l’exception de la librairie Scylla à Paris (et à mon avis pas en grandes quantités), ce texte est introuvable.

En plus de la nouvelle de Ken Liu, on retrouve aussi une interview d’Aurélie Police qui parle un peu de son parcours et de son travail sur les UHL puisqu’il est le graphiste officiel de la collection. J’ai trouvé ça vraiment intéressant.

Pour en revenir à Ken Liu…
Ce n’est pas la première fois que je vous parle de cet auteur sur le blog (Le RegardL’homme qui mit fin à l’histoireToutes les saveurs). Il prend de plus en plus de place dans ma vie de lectrice car je trouve ses textes toujours surprenants et inspirés. Celui-ci ne fait pas exception.

Avec un titre comme Sept anniversaires, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre sans compter qu’il n’y a aucun résumé proposé ni quoi que ce soit pour deviner le contenu. Ça fait partie du jeu ! On aurait pu partir dans n’importe quel registre, dans n’importe quel genre d’histoire, surtout après le premier chapitre qui raconte tout simplement l’anniversaire de Mia, sept ans, dont les parents sont divorcés. Elle attend sa mère sur une plage où elle joue au cerf-volant pendant que son père fulmine d’attendre son ex-femme, visiblement toujours en retard à cause de son travail.

À ce stade, difficile de classer ce texte dans un genre précis. Il faut attendre la suite pour comprendre qu’on se trouve dans de la science-fiction de haute volée où on parle de l’avenir de la planète, d’écologie, de l’écart entre les pays riches et les pays pauvres, de numérisation de l’esprit, et des stratégies possibles, souhaitables, à mettre en place pour sauver le genre humain au point de dépasser l’humain (arrivant donc dans le transhumanisme) de chair. C’est fascinant de se dire qu’on passe d’une simple petite fille qui joue au cerf-volant sur une place à un texte d’une telle profondeur. Sans compter que la narration s’étend sur des centaines et même des milliers d’années, toujours en suivant Mia, son évolution. C’est frappant, surtout que Ken Liu ne perd pas l’aspect émotion en chemin, que nenni…

Olivier Girard parlait dans sa préface de sa passion pour le format court qui lui a donné certaines de ses plus belles lectures et je me dois de le rejoindre. Depuis que je m’y suis mise, je me prends claque sur claque avec des textes auxquels je n’aurais même pas jeté un œil autrement, trop habituée au format roman et pleine de mes préjugés. Il faut dire que, jusque récemment, on trouvait pas ou peu de format court en librairie francophone. Ce sont des éditeurs comme le Bélial qui ont contribué à changer les choses et on peut leur dire un grand merci pour ça.

Avec Sept anniversaires, Ken Liu confirme son talent pour l’écriture au format court et me conforte dans ma décision d’acheter ses recueils de nouvelles, disponibles au Bélial, dans les plus bref délais.

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À dos de crocodile – Greg Egan

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À dos de crocodile
est une novella hard sf écrite par l’auteur australien Greg Egan. Il s’agit du 30e texte à paraître dans la collection Une Heure Lumière du Bélial, traduit ici par Francis Lustman. Vous le trouverez dans toutes les bonnes librairies au prix de 8.90 euros au format papier ou directement sur le site de l’éditeur si le cœur vous en dit.

Décidément, on aura beaucoup parlé de Greg Egan cette année sur le blog ! Qui l’eut cru ? Au risque de radoter, j’étais très frileuse à la perspective de me lancer dans la lecture de ce géant de la hard-sf. Comme l’a déjà précisé Apophis, les textes de l’auteur sont inégaux en terme d’accessibilité et j’ai jusqu’ici eu la chance de tomber sur ceux à ma portée, raison pour laquelle je me fais un devoir de les chroniquer. J’espère ainsi que d’autres oseront sauter le pas et se prendront une claque.

Je précise avant d’aller plus loin que cette novella s’inscrit dans un cycle composé en tout de 3 textes courts et d’un roman. Je ne peux pas en dire davantage puisqu’ils n’ont pas encore été traduits, je l’ai appris en lisant les chroniques des blogpotes. Toutefois, il semble qu’À dos de crocodile soit compréhensible sans la lecture du reste. Peut-être est-ce le texte d’introduction ?

Du sense of wonder vertigineux…
Une des craintes / critiques que j’entends le plus souvent au sujet du format court consiste à affirmer que sur si peu de pages, il n’est pas possible de développer un univers digne d’intérêt. Dans À dos de crocodile, Greg Egan prouve le contraire avec maestria puisqu’en une nonantaine de pages, il construit un concept très solide qui donne très clairement le vertige.

Les personnages principaux se nomment Leila et Jasim. Ils vivent au sein de l’Amalgame, une sorte de méga civilisation qui regroupe plusieurs espèces (dont l’humaine ?). Au sein de cette société, il semble possible de vivre plusieurs milliers d’années, à moins que ça ne soit une caractéristique propre à l’espèce à laquelle appartiennent Leila et Jasim, espèce qui n’a pas toujours une forme incarnée, d’ailleurs. Cet aspect reste flou ou plutôt, libre d’interprétation. À moins qu’il ne soit développé dans les autres textes de l’auteur au sein de cet univers ? Apophis vous en parlera mieux que moi.

Toujours est-il qu’à côté de l’Amalgame, on trouve les Indifférents. Il s’agit d’un peuple dont on ne sait rien, pas même s’ils existent réellement. On suppose qu’ils vivent dans un certain espace puisque quand on y envoie une sonde pour tenter un contact, celle-ci est renvoyée immédiatement, sans sa mémoire. Le mystère autour d’eux est donc total.

Leïla et Jasim ont partagé plus de dix mille années de vie commune et envisagent de mourir. Sauf qu’avant, Leïla souhaite percer le mystère autour des Indifférents, ou du moins essayer. Commence alors pour le couple de très longues recherches. Quand je dis longues, ça se chiffre à nouveau en plusieurs centaines et même milliers d’années qu’ils vont passer tantôt conscients, tantôt en voyage d’un point à l’autre de leur espace galactique pour tenter de réaliser ce fameux contact.

Je ne vais pas mentir, il y a parfois eu des aspects techniques qui me sont restés totalement obscurs. Je comprenais les mots utilisés mais pas ce qu’ils représentaient ni leur sens réel. Toutefois, ça reste assez négligeable face à tous les thèmes abordés.

De la hard-sf ?
En règle générale, quand on parle de hard-sf, on s’attend à tomber sur un texte où les personnages sont peu développés au profit d’un concept scientifique bien précis. Ce n’est pas le cas ici et ça a été pour moi une belle surprise. Leïla et Jasim forment un couple en paix avec eux-mêmes et l’idée de mourir, qui se lance dans une dernière aventure pour ne pas avoir de regrets. Une aventure à laquelle ils réfléchissent, un but qui leur tombe dessus presque par accident et qui va finalement les occuper très longtemps. La poursuite de ce but ne se fait pas sans heurts puisque le couple ne verra pas toujours les choses de la même manière, ce qui entachera leur harmonie. Finalement, en essayant de communiquer avec les Indifférents, ils vont entacher leur propre communication. Les significations possibles de tout cela sont multiples et méritent qu’on y réfléchisse encore une fois le livre reposé.

Tout comme le choix final de l’auteur, qui consiste finalement à ne pas répondre clairement à la grande interrogation d’À dos de crocodile : qui sont les Indifférents ? Et quelle est la signification de ces « mille spectacles » vus par Leïla ? Pourquoi par elle et pas par Jasim ou celui qui a décidé de les suivre ensuite ? On ne peut qu’imaginer d’hypothétiques réponses et, sur un plan personnel, j’apprécie les textes qui me donnent envie de réfléchir sur eux, d’échafauder des théories, des textes qui restent même après la dernière page tournée.

La conclusion de l’ombre :
Si À dos de crocodile reste un Egan accessible, il est certain que le commun des mortels ou les non-initiés à la hard-sf n’en comprendront pas tous les aspects techniques. Cela ne les empêchera pas de s’émerveiller (normalement !) devant le sense of wonder extraordinaire mit en place par l’auteur australien ni d’être touché par Leïla et Jasim. Une hard-sf où le psychologique a sa place, je dis oui !

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#S4F3s7 : 15e lecture

Un château sous la mer – Greg Egan

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Un château sous la mer
est une nouvelle de (hard ?) science-fiction parue dans le hors série n°4 de la collection Une Heure Lumière du Bélial, pour l’année 2021. Elle a été traduite par l’incontournable FeydRautha du blog l’Épaule d’Orion.

Je précise que, contrairement aux autres hors-séries, celui-ci ne s’accompagne pas d’une interview destinée à mettre en avant l’un ou l’autre aspect de la chaîne du livre. Il contient par contre un catalogue complet de la collection en fin d’ouvrage, catalogue qui s’épaissit de plus en plus !

C’est la troisième fois que je parle de cet auteur sur le blog : d’abord avec Cérès et Vesta, sa première contribution à la collection Une Heure Lumière, puis avec sa nouvelle la Fièvre de Steve, parue dans le 101e Bifrost. Par deux fois, l’auteur qualifié d’incontournable par Olivier Girard dans la préface de ce hors-série a su me surprendre (dans le bon sens du terme) malgré mes appréhensions. Vous le savez, je débute en science-fiction et encore plus en hard sf. Je ressens toujours une pointe d’angoisse quand je commence un texte, même court, d’un monument comme Greg Egan parce que je crains tout simplement de passer à côté ou de ne pas tout comprendre, comme ce fut par exemple le cas pour Eriophora de Peter Watts.

Pourtant, Un château sous la mer est une nouvelle d’une petite cinquantaine de pages tout à fait accessible. Le postulat de départ est le suivant : quatre frères, prénommés Rufus, Linus, Caïus et Silus, sont nés et ont grandi une partie de leur vie à bord du Physalia, un navire qui rassemblait une sorte de secte, dont le but était de créer des individus dotés d’un esprit collectif (on parle de ruche) dans le but de développer les connaissances nécessaires à une conquête extraterrestre. Évidemment, ça ne plaisait pas à tout le monde. Les autorités ont donc démantelé la secte et le bateau, puis ont placé les enfants prodiges. On est ici en plein transhumanisme (pour rappel : le transhumanise consiste à dépasser l’humain, à le transformer pour le rendre supérieur à celui qui existe actuellement).

Le lecteur rencontre les quatre frères alors qu’ils sont adultes et avancent dans leur vie. Enfin… presque. Car Linus manque à l’appel. Lui qui vivait une existence en dilettante quelque part en Australie a soudainement coupé tout contact avec ses frères, contact quotidien qu’ils entretenaient par voie mentale en se partageant leur journée. Ce simple aspect se révèle très riche en conséquences puisque je n’ai pas pu m’empêcher de m’interroger sur le quotidien de ces frères depuis toutes ces années, la façon dont a pu se dérouler leur adolescence, sur leur intimité, sur la manière dont ils existent indépendamment les uns des autres malgré leurs esprits reliés…

Et c’est un peu la question que pose la nouvelle en toile de fond. Je ne savais pas trop où Egan voulait en venir à mesure que j’avançais dans ma lecture et la fin ne m’a pas plus éclairée que ça. Un gros point d’interrogation demeure et je pense que c’est un choix de l’auteur que de laisser son lecteur face à sa propre compréhension, sa propre interprétation. J’ignore si j’ai bien compris ce que j’ai lu, en tout cas j’ai apprécié le voyage qui m’a donné envie d’enchaîner avec À dos de crocodile, publié au même moment par le Bélial.

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Retour sur Titan – Stephen Baxter

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Retour sur Titan
est une novella de hard-sf écrite par l’auteur anglais Stephen Baxter. Publié par Le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte au prix de 9.90 euros partout en librairie ou encore sur leur site Internet.

Avant-propos.
Je n’ai pas toujours connu d’heureuses expériences avec des textes de hard-sf et ce malgré le très bon guide d’Apophis sur le sujet. Le souci principal que j’ai avec ce genre, c’est que j’ai régulièrement l’impression que les personnages n’ont pas grand intérêt et que l’intrigue n’a pas besoin d’être très travaillée pourvu que l’aspect scientifique et le fameux sense of wonder soit au rendez-vous. Je tombe peut-être dans les généralités mais en tout cas, c’est ainsi que je vois les choses et ça me rebute forcément car vu mes faibles connaissances, la science poussée me fascine un peu comme une forme de magie inaccessible, jolie à regarder, impossible à comprendre.

On ne va pas se mentir : Retour sur Titan ne brille pas d’originalité par son intrigue ni par la profondeur de ses personnages. Pourtant, la novella sort du lot et a su me séduire avec ce qui me bloque en général : son sense of wonder ! Elle méritait donc que je prenne le temps d’en parler sur le blog.

Deux informations supplémentaires avant d’aborder le texte en lui-même :
Premièrement, c’est la lecture du Bifrost consacré à Arthur C. Clarke qui m’a donné envie de découvrir Stephen Baxter car j’ai été séduite par son entretien. Je vous invite donc à y jeter un œil ! Deuxièmement, sachez que cette novella s’inscrit dans le cycle « Xeeles » du même auteur, publié par le Bélial mais n’a par contre aucun lien (si j’ai bien compris) avec le roman Titan, du même auteur… Je n’ai lu aucun de ces textes précités et cela n’a pas entaché ma compréhension du contenu ni mon plaisir de lecture.

De quoi ça parle ?
3685, l’humanité est partie depuis longtemps à la conquête des merveilles de l’univers et ce en partie grâce à Harry Poole et à son fils, Michael, génies du développement technologique. Ceux-ci s’intéressent aujourd’hui à Titan, un satellite de Saturne globalement inexploré à cause de son environnement hostile. Mais il en faut plus aux Poole pour renoncer…

Une hard-sf accessible.
Beaucoup de lecteurices (dont je fais régulièrement partie) craignent la hard-sf et son côté scientifique pointu qui empêche de s’immerger dans l’intrigue, en partie parce que celle-ci passe au second plan. Il y a des textes qui appartiennent à cette catégorie et sont destinés à un public initié qui aiment s’en prendre plein les yeux sans se préoccuper de la qualité du développement des personnages ou de l’intrigue mais il y en a d’autres qui exploitent brillamment ces mêmes éléments scientifiques en les rendant compréhensible des novices, ce qui est le cas ici.

Cela est peut-être lié au narrateur, Jovik Emry, sorte de raté fils à papa qui occupe un poste administratif de surveillant planétaire (Gardien de la Sentience, ça claque comme titre non ?) et est enlevé par les Poole pour prendre part à cette expédition. Même si Jovik est un raté, il connait les procédures administratives qui permettront de rendre leur intrusion invisible aux yeux des autres Gardiens.
Mais pourquoi chercher à se rendre sur cette planète hostile ? Et bien les Poole aimeraient savoir si Titan abrite une vie sentiente afin de potentiellement l’exploiter et enfin rentabiliser l’espèce de passage dimensionnel qu’ils ont contribué à construire vers Saturne. S’ils trouvent de la sentience, tout est foutu. Mais si, par chance (pour eux) Titan en est dépourvue, alors…
C’est là le début de la (mes)aventure pour Emry, Michael, Bill et Miriam, la fine équipe envoyée sur place. On ne peut d’ailleurs pas dire que ces personnages brillent par leur amabilité ou leur originalité. Ils sont des fonctions, même Jovik qu’on suit pourtant dans une narration interne à la première personne. J’ai tout de même trouvé intéressant de rassembler plusieurs personnages corrompus et amoraux au sein de la même équipe. Déjà, ça change un peu puis ça donne au récit une dimension plutôt cynique quant à l’Humanité et j’aime bien ça moi, le cynisme.

Titan et ses merveilles.
Le texte s’attache surtout, comme je l’ai dit, à décrire Titan et tout ce qui s’y trouve. En lisant d’autres chroniques, j’ai appris que Stephen Baxter se basait sur les résultats de la mission spatiale Cassini-Huygens qui a exploré la vraie Titan. Je suppose donc que l’auteur a extrapolé tout son texte autour des découvertes réalisées dans ce cadre, notamment l’aspect vie autour du méthane, formes d’existence avec d’autres acides aminées que celles que nous connaissons et même autre que le carbone. C’est tellement bien monté (aux yeux d’une novice comme moi en tout cas) que j’avais vraiment le sentiment que tout cela existait bel et bien et que Stephen Baxter nous racontait ce qu’il avait pu voir de ses yeux. Son écriture m’a parue puissante et évocatrice tout en restant didactique, pédagogique. Cela, en partie grâce au narrateur qui n’est PAS un scientifique et pour qui les autres vulgarisent au moins un peu.

À ce stade, on pourrait craindre un rythme plus lent et un aspect contemplatif mais ce n’est pas le cas. L’action est au rendez-vous tout comme la tension narrative de savoir si les personnages vont tenir deux semaines sur Titan ou non. Quant à l’épilogue, il m’a mis une grosse claque. Je pense qu’on peut sans problème accoler l’adjectif « vertigineux » à cette novella.

La conclusion de l’ombre :
Retour sur Titan est une novella de hard-sf que je juge accessible aux novices (dont je fais partie). ELle s’axe sur la découverte du satellite avec tout ce que ça implique comme apports scientifiques. Les personnages existent surtout pour leur fonction et l’intrigue reste classique, pourtant l’ensemble fonctionne car l’auteur nous en met plein les yeux avec un sense of wonder de folie.  Vertigineux ! Je recommande.

D’autres avis : Le culte d’Apophisl’Épaule d’OrionAlbédoLes lectures du MakiGromovarAu pays des cave trollsLorkhanL’ours inculteLes notes d’Anouchkale dragon galactique – vous ?

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#S4F3s7 : 5e lecture

Le fini des mers – Gardner Dozois

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Le fini des mers
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur américain Gardner Dozois. Publiée dans la collection UHL (Une Heure Lumière) du Bélial avec une traduction de Pierre-Paul Durastanti, vous trouverez ce texte partout en librairie ou sur le site de l’éditeur au prix de 8.90 euros. 

De quoi ça parle ?
Un jour, en même temps que les premières neiges, quatre vaisseaux extra-terrestres débarquent sur Terre. Trois se posent aux États-Unis, un quatrième au Venezuela. Évidemment, c’est la panique.
Au même moment, le jeune Tommy joue et traine sur le chemin de l’école, peu motivé à retrouver la désagréable Mlle Frédéricks qui semble avoir une dent contre lui…

Un texte incompris.
C’est Apophis le premier qui l’a souligné dans sa chronique (que je vous encourage à lire) : Le fini des mers est une novella qui se vend très mal dans sa version originale et qui semble déplaire à une bonne partie de la blogosphère. En collectant les articles des blogpotes pour les référencer à la fin de ce billet, j’ai pu remarquer que beaucoup sont passés à côté (selon leurs propres mots) ou n’ont pas apprécié le pessimisme qui se dégage des lignes de Dozois. Ce n’est pas mon cas et ce même si j’ai lu le texte en plusieurs fois (les aléas de la vie) et que j’ai été assez déconcertée, au départ, par sa construction. Une fois cet UHL refermé, je me suis dit qu’il appartient sans conteste à la catégorie de textes à relire et à prendre en exemple. Il compte désormais également parmi mes préférés de la collection.

Deux lignes narratives pour un texte surprenant.
La novella s’ouvre sur ce fameux début d’invasion. Quatre vaisseaux extra-terrestres se posent : un dans une vallée du Delaware, un dans l’Ohio, un dans le Colorado et un dernier au Venezuela. Certains atterrissages ont de nombreux témoins, si bien que la première impulsion du gouvernement de garder cela secret devient rapidement impossible et ce malgré les mesures assez violentes prises par les forces armées. Ces parties sont très descriptives et possèdent un ton un brin condescendant (que je trouve personnellement plaisant) saupoudré de cynisme car elles décrivent de quelle manière probable le gouvernement gèrerait une crise comme celle-là. C’est-à-dire de manière bourrine et inadaptée. Je n’ai aucun mal à croire que ça se passerait presque exactement comme le raconte Gardner Dozois et ce même si son texte date de 1973. En cela, il a extrêmement bien vieilli et aurait pu être écrit hier sans qu’on ne voit la différence.

Dans ces parties, le lecteur rencontre également les Intelligences Artificielles qui développent une forme de conscience et d’existence en parallèle de l’humanité, sans pour autant aspirer à une révolte quelconque (et en prenant soin de ne pas informer leurs « maîtres humains » de cet état). Ce sont elles qui, en premier, parviendront à dialoguer avec ces visiteurs (venus d’ailleuuuurs) et découvriront une information plus que surprenante… 

La seconde ligne narrative invite le lecteur à suivre Tommy, un jeune garçon qui vit sous le toit d’un père violent et d’une mère passive / dépressive dans un climat de peur et d’angoisse permanente. À l’école, la situation ne vaut guère mieux puisque son professeur semble s’acharner sur lui à cause de ses retards et de son refus de faire signer les feuilles qui y sont liés (ce qu’on comprend aisément vu sa situation familiale). Elle s’obstine donc à l’envoyer chez le psychologue scolaire, qui ne brille pas spécialement par sa compétence professionnelle. J’ai ressenti beaucoup d’empathie pour ce petit garçon qui existe en quelque sorte en dehors de nos normes sociales, auquel on colle une étiquette de « différent » comme si cela avait un sens quelconque ou pire, que c’était problématique ! 
Heureusement, Tommy possède un don spécial car il est capable de voir « les Autres » qu’on peut assimiler au Petit Peuple, aux fées, aux créatures tirées de ce folklore que tous les enfants peuvent voir jusqu’à un certain âge avant de les oublier. Mais pas Tommy. Il est capable de dialoguer avec elles en se rendant dans un Lieu (avec une majuscule !) adéquat. Sauf que, depuis l’arrivée des vaisseaux, les Autres se comportent étrangement…

A priori, ces deux lignes narratives n’ont rien en commun, et pourtant… Apophis livre dans sa chronique une analyse très fine des possibilités d’interprétation, que je vous invite à découvrir avant et après votre lecture car ça ouvre des pistes de réflexion passionnantes. Je ne me permettrais pas de reprendre son travail, je vais plutôt conclure par l’effet que m’a procuré cette lecture car c’est a priori pour cela que vous passez par ici.

Le fini des mers m’a d’abord laissée perplexe puis m’a petit à petit attrapé dans ses filets, proposant une dose de cynisme dans laquelle je me retrouve totalement en parallèle de l’histoire touchante d’un enfant à la situation familiale difficile et à l’imagination (vraiment ?) débordante. Je trouve que ce texte transmet de nombreuses émotions (parfois sombres je l’admets) et est une belle métaphore sur les difficultés de la communication ainsi que sur les conséquences de cet échec de communication, non seulement sur un plan mondial (vis à vis des extra-terrestres) mais aussi sur un plan très humain (vis à vis de Tommy à l’école ou avec ses parents). Ces 112 pages sont d’une richesse incroyable et j’espère sincèrement que cet UHL connaitra un succès plus grand dans sa version française que dans sa version originale. 

D’autres avis : Le culte d’ApophisL’épaule d’OrionXapurLe MakiBaroonaAelinelLe dragon galactiqueL’ours inculteAu pays des cave trollsLorkhanNevertwhereOutrelivres – vous ?

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#S4F3s7 : 2e lecture

Toutes les saveurs – Ken Liu

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Toutes les saveurs
est une novella écrite par l’auteur sino-américain Ken Liu. Publié dans sa version française au Bélial au sein de la collection Une Heure Lumière (traduction par Pierre-Paul Durastanti), vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 9.90 euros ou sur le site de l’éditeur.

Ce n’est pas la première fois que je lis Ken Liu, encore moins dans la collection UHL. Je l’ai découvert avec le Regard, une nouvelle de science-fiction qui avait manqué de force pour moi, surtout que j’attendais beaucoup de l’auteur vu les nombreux éloges à son égard. J’ai ensuite dévoré l’Homme qui mit fin à l’histoire et comprit pour quelle raison la blogosphère encense tellement cet auteur. Cette novella a été un coup de cœur magistral que je continue de recommander chaudement.

Un partout, donc ! Qu’en est-il de ce texte particulier ? Va-t-il faire pencher la balance en faveur de Ken Liu ? Et bien si on peut dire quelque chose au sujet de cet auteur, c’est qu’il n’écrit pas deux textes identiques et aime varier les genres… D’ailleurs, si vous avez envie d’en apprendre plus à son sujet, je vous recommande d’écouter la rencontre organisée par Le Bélial avec lui. Je trouve qu’elle complète extrêmement bien la lecture de Toutes les saveurs et qu’elle donne un éclairage supplémentaire sur l’œuvre de ce talentueux écrivain.

Un étonnant mélange des genres.
Toutes les saveurs se déroule pendant la période de conquête de l’ouest américain, à Idaho City. Lily est une jeune fille très intriguée par les prospecteurs chinois qui vivent entre eux, s’entassent dans d’étroites habitations et cuisinent des plats à l’odeur totalement nouvelle pour ses narines. Elle se lie d’amitié avec l’un d’entre eux, Lao Guan, qui va lui apprendre quelques morceaux de sa culture notamment le jeu du wei qi ainsi que les récits du dieu de la guerre Guan Yu.

Ce sont ces récits qui apportent à Toutes les saveurs une touche surnaturelle ou plutôt, mystique. Le lecteur s’enfonce dans le mystère sans savoir ce qui tient de la réalité ou de la légende fantaisiste. C’est l’occasion de découvrir cette Chine impériale dont on ne connait généralement pas grand chose et de revenir sur une période assez nébuleuse (pour moi du moins) de l’histoire américaine. Comme tout le monde, j’ai entendu parler de cette fameuse conquête de l’ouest pour l’avoir vue dans de nombreux films ou dessins animés (j’ai grandi avec Lucky Luke donc voilà, j’assume mes références foireuses) mais je ne me rendais pas bien compte que la place du peuple chinois y avait été si importante et à quel point ils avaient été exploités dans la construction du chemin de fer. Une fois de plus, Ken Liu instruit son lecteur sur un morceau peu connu de l’Histoire et s’en sert efficacement au sein d’une fiction qu’on dévore. C’est moins « coup de poing » que dans l’Homme qui mit fin à l’histoire mais ça reste joliment maîtrisé.

En 128 pages, Ken Liu parvient à brosser efficacement une histoire qui parle d’Histoire avec un grand H mais aussi d’immigration, d’intégration, d’identité culturelle et de mélange des cultures, des thèmes qui sont très actuels encore aujourd’hui et dans lesquels on se retrouve aisément. J’ai passé un excellent moment de lecture et je vous recommande ce texte.

D’autres avis : Le nocher des livresOutrelivresYuyineLe syndrome Quickson – vous ?

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#S4F3s7 : 1ere lecture.

#ProjetOmbre { Bifrost n°102 }

6
Bonjour tout le monde !

J’ai décidé de changer mon format d’article sur le Bifrost pour n’en écrire qu’un seul qui évoquera non seulement les nouvelles (pour le #ProjetOmbre) mais également le contenu du périodique dans un résumé bref qui, je le sais, ne lui rendra pas justice. Je mets ici l’accent sur ce qui m’a surtout marquée en tant que lectrice. Cela ne signifie pas que le reste est mauvais, juste qu’il a eu un écho moindre sur moi. 

Restituons un peu…
Le numéro 102 du Bifrost est consacré à un monument de la science-fiction en la personne d’Arthur C. Clarke. J’avoue n’avoir jamais rien lu de lui jusqu’ici donc je partais à sa découverte en complète novice. Notez que ce numéro fête aussi le 25e anniversaire de la revue. Incroyable, non ? Bon anniversaire Bibi ♥

Il s’ouvre, comme toujours, sur des nouvelles qui sont ici au nombre de quatre. 

Les nouvelles :
Les neufs milliards de noms de Dieu
– Arthur C. Clarke
Cette nouvelle inaugure ce 102e numéro et m’a laissée un peu perplexe. Je ne suis pas certaine d’avoir bien compris les enjeux face à la fin. Disons que j’ai compris ce que ça signifiait mais peut-être me manquait-il des clés pour vraiment ressentir l’ampleur totale de l’histoire ? En tout cas, même si ce premier contact n’a pas été une totale réussite, j’ai bien aimé le style littéraire accessible de l’auteur et la manière dont il ne fait pas de chichis pour mettre en place son histoire.

La viandeuse – Ian R. Macleod
Ce n’est pas la première fois que je rencontre cet auteur au Bélial. Je sais que je n’accroche pas à ses écrits, en tout cas ça n’a jamais été le cas jusqu’ici et ce texte a failli me faire changer d’avis. Failli seulement. Disons pour sa défense que je nuance davantage mes sentiments à propos d’Ian R. Macleod grâce à lui. La viandeuse raconte l’histoire d’une femme durant la seconde guerre mondiale qui travaille dans l’intendance sur une base de l’Air Force en Angleterre. Elle est petit à petit mise à l’écart quand on se rend compte que les militaires qu’elle fréquente meurent chaque fois lors de leur mission suivante, d’où son surnom de viandeuse. Arrive alors un homme pas comme les autres, un pilote exceptionnel qui a déjà rempli trois fois vingt missions obligatoires et qui semble doté d’une chance insolente…

J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère rude et désenchantée qui se dégage de cette nouvelle ainsi que les émotions mises en scène, sans parler du dénouement. Malheureusement, le texte souffre, à mon goût, de longueurs qui font que mon enthousiasme n’est pas absolu. Je pense qu’il aurait pu être amputé de certains passages pour améliorer son rythme sans que cela ne nuise au propos. Mais c’est mon ressenti et j’ai quand même apprécié ma découverte. 

Demande d’extraction – Rich Larson
Quelle claque ! Dans cette nouvelle, Rich Larson -dont le talent se confirme pour le format court- met en scène un groupe de criminels engagé de force dans une guerre, qui se retrouve sur une planète hostile confronté à… quelque chose. Tous ces éléments paraissent très classiques pour tout qui a un peu lu de la SF ou un peu vu des films du genre. La grande force de l’auteur réside dans ses protagonistes, qu’il rend très vivant, terriblement humains et faillibles, chacun à leur façon. Rich Larson maitrise aussi extrêmement bien le rythme et l’atmosphère, si bien que j’étais contente de lire cette nouvelle dans le train en pleine journée. Sans rire.
J’ai adoré lire ce texte et cette fin… Waw. Il faut vraiment que je me procure son recueil de nouvelles de toute urgence.

L’Étoile – Arthur C. Clarke
Seconde nouvelle de l’auteur qui a eu un bien plus grand écho en moi. On y rencontre un jésuite dans un vaisseau spatial envoyé étudier une civilisation disparue, civilisation qui, se sachant condamnée, a sauvegardé les traces de son Histoire, de sa langue, de son mode de vie, de ses arts, etc. dans l’espoir que quelqu’un les retrouvera un jour et qu’ils continueront donc d’exister sous cette forme. Déjà rien que ce principe de base, j’étais conquise…
Ce religieux va alors découvrir quelque chose d’incroyable, qui remuera les fondements de sa foi… Je ne peux pas en dire davantage sans gâcher la découverte mais disons qu’en lisant cette nouvelle, j’ai compris pourquoi cet auteur était passé à la postérité et je trouve que c’est un excellent échantillon de ce qu’il a à offrir.

Un dossier complet sur Arthur C. Clarke
Après les habituelles chroniques du Bifrost (j’avoue que ce n’est pas la partie qui m’intéresse le plus, bizarrement) le lecteur découvre une biographie très complète d’Arthur C. Clark que j’ai personnellement trouvé passionnante. L’homme m’a paru directement sympathique par sa mentalité très positive et son enthousiasme envers les sciences, les savoirs, l’évolution technologique au sens large. Un mot me vient spontanément pour le qualifier : bienveillant. C’est vraiment ce que j’ai ressenti en lisant cette biographique. Claude Ecken a réalisé un remarquable travail de synthèse, chapeau ! Au point que, même si je ne l’ai jamais lu ni rencontré, j’ai l’impression d’un peu connaître Clarke grâce à lui.

Cette biographie est suivie par un entretien datant de la fin du 20e siècle et réalisé par Charles Platt par téléphone. C’était très sympa de lire directement la retranscription des mots de l’auteur, ça m’a bien plu alors que l’exercice d’interview me passionne rarement. D’autres articles suivent, au sujet de ses apports littéraires (dans l’imaginaire mais aussi dans les domaines scientifiques), de ses différentes séries (histoire de savoir quoi lire et dans quel ordre !) puis de ses collaborations, notamment avec Stephen Baxter qui est interviewé pour l’occasion. Interview qui m’a donné envie de le découvrir, lui aussi ! Arrive finalement la bibliographie de l’auteur qui a besoin de 14 pages (je vous jure, j’ai compté !!!) pour être complète… Ça donne le tournis, pas vrai ? Sachez également qu’Arthur C. Clarke a écrit pas mal d’articles scientifiques et une rubrique complète y est consacrée. J’ai été vraiment impressionnée par son érudition et tous ses apports aux sciences dont je n’avais vraiment aucune idée !

Petit plus : une interview de Manchu.
Peut-être connaissez vous Manchu ? Ce fabuleux illustrateur à qui on doit, notamment mais pas que, la couverture de ce Bifrost (enfin LES couvertures car il y en a une spéciale pour les abonnés et collaborateurs (qui sert d’illustration à cet article) et une autre « standards » pour toutes celles et tous ceux qui achètent le Bifrost en dehors des canaux béliaux). Il se livre à Erwann Perchoc et ça m’a beaucoup plu de découvrir l’homme derrière ces magnifiques illustrations. On a tendance à oublier le rôle fondamental des illustrateurs dans le processus éditorial, c’est bien que le Bélial les mette ainsi en avant.

Le mot de la fin :
Voici donc ma lecture du troisième numéro du Bifrost et je ne regrette toujours pas mon abonnement puisque ma culture littéraire gagne des niveaux à une vitesse phénoménale grâce à cette revue ! J’adore l’aspect découverte et le travail effectué par l’équipe éditoriale qui est de grande qualité. Ici, j’ai tout particulièrement aimé m’initier à Arthur C. Clarke car je n’aurais probablement jamais lu cet auteur sans ce Bifrost… et ç’aurait été très dommage. 

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