Mes découvertes & autres bons moments aux Imaginales 2022

À moins que vous ne viviez dans une grotte, vous avez du passer votre fin de semaine et week-end à voir sur Twitter des messages et photos diverses autour d’un certain salon de l’imaginaire dit incontournable : les Imaginales. Je m’y rends chaque année ou presque depuis 2015 mais cette édition a été un peu particulière entre les diverses annulations de tables rondes engagées, la mise en avant des francs-maçons avec notamment une conférence au titre plus que douteux, la récompense spéciale d’un homme qui se vante d’être un agresseur sexuel, la non-invitation d’un auteur primé l’année dernière qui a eu un discours fort durant l’édition d’octobre et une anthologie qui aurait mérité que le salon change ses habitudes afin d’aller au bout de son concept, on peut dire que les bourdes s’enchainaient et grignotaient petit à petit mon envie de me rendre à cet évènement.

J’y suis pourtant allée, déjà par respect pour ma maison d’édition et les frais engagés. J’y suis aussi allée avec la volonté de découvrir d’autres plumes, de rencontrer de nouvelles personnes afin de faire un pied de nez à toutes ces choses négatives et c’est de cela que ce billet va parler car j’ai envie de me concentrer sur le positif. Je pense que cette édition sera ma dernière (pour toutes les raisons précitées mais aussi parce que j’ai de plus en plus de mal à gérer la fatigue et la route) et elle fut à la hauteur.

Vendredi…FTLqZ7pXoAEOHTK

Arrivée vers 14h avec S.A. William et A.D. Martel puisque nous covoiturions (et départ de chez moi à 7h du matin ._. entre les arrêts pour chercher tout le monde, la pause pipi, la pause midi, bref). J’y filé directement auprès d’Ellen Kushner que je voulais rencontrer à tout prix depuis ma lecture d’À la pointe de l’épée afin de discuter avec elle et de lui acheter ses autres titres. J’ai ainsi découvert que mes capacités en anglais dépendent beaucoup (trop) de mon degré de fatigue. Une chance qu’elle parle très bien français et qu’elle ait été compréhensive… Faudra que je m’entraine pour Ada Palmer. Un chouette moment.
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Ensuite j’ai été voir Ariel Holzl pour acheter son nouveau roman, consciente que probablement comme chaque fois, le libraire n’en aurait pas pris assez pour tenir tout le salon. Il n’y en avait déjà presque plus… Mais j’ai eu mon exemplaire ! Ouf.

J’ai ensuite dédicacé de 16h à 19h (j’ai aussi totalement cuit parce qu’il faisait au moins 1000° dans la bulle). C’était plutôt calme mais ça m’a donné le temps de discuter avec des visiteur·euses. Le soir, je me suis rendue avec Yuyine, son compagnon GyD, Aelinel et Bob au restaurant pour un moment entre blogpotes car je n’étais hélas pas libre le lendemain soir pour la grosse soirée. C’était très sympa de mettre des visages sur des noms et de pouvoir mener des discussions très sérieuses comme la manière de cuire correctement une frite ou encore à partir de quelle taille une boulette devient un boulet. Blague à part, je repars avec un chouette souvenir d’autant que j’ai pu ensuite retrouver une amie proche de qui je m’étais éloignée.

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Samedi
La plus grosse journée ! Après avoir dormi cinq heures à peine (je hais mon horloge interne) retour sur le salon pour dédicacer jusque 13h et ensuite, pause jusque 16h. Durant ce laps de temps, j’ai fait le tour des stands à l’extérieur de la bulle jusqu’à atterrir à la librairie des Jeunes Pousses dont le concept est de mettre en avant des auteurs indépendants. J’ai discuté avec les cinq auteur·ices présent·es sur le stand et je suis repartie avec trois livres.

Celui de Lancelot Sablon était une évidence pour moi, ayant eu un petit coup de cœur pour sa nouvelle dans l’anthologie Nouvelles du Front. L’auteur m’a expliqué sa démarche historique et sa volonté de faire relire ses romans par des historiens confirmés pour s’assurer qu’ils soient solides sans pour autant y sacrifier l’aspect romancé. Une notice est chaque fois disponible à la fin de l’ouvrage pour référencer les sources. Forcément, cela m’a doublement parlé. Pendant qu’il me le dédicaçait, j’ai fait la connaissance de sa très sympathique voisine qui vendait ses livres à petit prix vu leur taille (9 et 10 euros, c’est attractif !). Il s’agit principalement de fantasy, genre qui m’attire beaucoup moins qu’avant mais la façon dont elle en parle a su me convaincre et provoquer en moi l’envie de la découvrir. On verra si j’ai bien fait…

J’y suis restée un moment avant de retourner dans la bulle pour rencontrer Laura Nsafou. Je ne la connaissais pas du tout mais je suis passée devant elle sur le stand librairie et j’ai été attirée par la couverture de son roman. Comme je souhaitais élargir mes horizons et découvrir de nouvelles cultures, j’ai été discuter avec elle et je suis repartie avec son roman.

Pause ! J’ai rejoint Yuyine et Aelinel à l’extérieur pour un moment de détente avec un peu d’oxygène (on en manque dans la bulle…) et nous avons discuté de la remise des prix à venir. Pour soutenir Yuyine, j’ai décidé de m’y rendre à 19h.

Avant de retourner bosser, je suis allée à la rencontre de Michael Roch. J’ignore s’il est toujours réservé, s’il était simplement fatigué ou si j’ai dit quelque chose qui l’a contrarié (si c’est le cas j’en suis vraiment désolée, je suis parfois très maladroite) mais nous n’avons pas pu échanger comme je l’espérais. Cela ne m’a pas empêché de repartir avec deux de ses romans, toujours dans ma volonté d’élargir mes horizons et découvrir de nouvelles cultures.

Retour en dédicace jusque 19h puis on a filé avec Laure-Anne Braun à la remise des prix où il y a eu plusieurs discours qui m’ont fait rouler des yeux par leur hypocrisie quand on sait ce qui est arrivé notamment avec les conférences annulées… Mais bon ! David Bry a été récompensé deux fois et j’étais ravie pour lui, d’autant qu’il a eu de très beaux mots. Ça a ensuite été le tour de Féro(ce)cités de recevoir son prix et à son éditeur de s’exprimer avec un discours aux blagues animalières raffinées (enfin… drôles quoi) mais surtout en osant parler, avec subtilité, de ce qui ne va pas et de ses espoirs pour l’avenir. C’est après ça que j’ai décidé d’acheter l’anthologie, en soutien. Mon moment préféré ? Quand on a hué la remise du prix de Jodorowsky (j’ai achevé mes cordes vocales mais je n’ai aucun regret) puis quand toute la salle s’est levée pour sortir au moment de la remise du prix des Francs-Maçons.
En espérant que le message soit passé…

Au soir, nous devions nous rendre dans un restaurant à une vingtaine d’auteur·ices mais malgré ce qui était annoncé sur son site, l’endroit ne servait pas de plats végétariens et a refusé de préparer ne fut-ce qu’une simple salade pour A. D. Martel. J’ai donc décidé d’aller manger avec elle Au Bureau qui nous a très bien reçu, d’autant que nous n’avions pas réservé. Si je suis la seule à être partie, c’est parce que vu le nombre, il aurait été impossible de caser tout le monde ailleurs, je précise ! Un petit tête à tête entre amies qui fait du bien et qui soulage après une aussi longue et épuisante journée. On a d’abord tenté de rejoindre la blogo au restaurant mais en appelant, la gérante nous a dit que c’était archicomplet donc qu’on ne pouvait pas rajouter deux couverts. Dommage mais compréhensible !

Dimanche
Dure, DURE journée avec une courte nuit et une fatigue accumulée. J’avais du mal à aligner deux mots cohérents, ce qui ne m’a pas empêché de tenir une conversation passionnante sur Kaamelott et la démarche de recherches académique avec Clément Pélissier (ni de repartir avec LE DERNIER exemplaire de son essai, mouahaha victoire).

Ce fut la journée des au-revoirs, des promesses de se retrouver ici ou ailleurs, beaucoup d’émotions qui me reviennent aujourd’hui pendant que j’écris ce billet alors que j’étais, sur le moment, trop épuisée pour vraiment les ressentir. Retour en Belgique 15 minutes avant qu’il ne soit lundi, si ça c’est pas du timing… Et sans m’endormir au volant ! Double victoire.

Et donc, les craquages ?
Je vous laisse constater par vous-même…FTa702BWUAIybR0

Le mot de la fin :
J’ai envie de dire merci.
Merci à mon éditrice pour l’invitation et la patience dont elle a fait preuve parce qu’entre la chaleur, la faim et la fatigue, je deviens une créature assez invivable, même quand je fais des efforts.
Merci à mes co-pilotes Sonia et Aurore pour plus ou moins les mêmes raisons.
Merci à la team Livr’S dans son ensemble parce que, quand même, on rigole bien.
Merci à Yuyine d’avoir organisé les rencontres entre gens de la blogosphère tout au long du salon.
Merci à tous·tes les blogpotes qui sont venu·es me voir sur le stand ou ailleurs, j’ai été contente de vous rencontrer ♥ Je ne cite pas de noms par peur d’en oublier mais il n’y en a pas besoin pour vous exprimer ma gratitude face à votre gentillesse et votre bienveillance. Un merci tout particulier à ma Trollesse pour tous ses cadeaux livresques et à Aelinel pour le paquet de bonbons, c’était très attentionné 🥰
Merci à toutes les personnes qui ont eu un mot pour moi ou un craquage pour un de mes textes. J’en connaissais certain (petit cœur sur les blogpotes qui ont craqué, vous êtes adorables) et d’autres pas. Clément séduit plus doucement en France mais il parcourt son petit bonhomme de chemin…

Ce n’est qu’un au revoir !

L’autre facette de l’ombre : mon week-end en tant qu’invitée à Trolls et Légendes.

Bonjour à tous·tes !
Le week-end du 16 et 17 avril 2022, j’ai eu le plaisir de participer au festival Trolls et Légendes. Ce n’est pas la première fois que je m’y rendais en tant qu’autrice ou visiteuse. Par contre, c’était la première fois que le salon m’invitait (oui, il y a une différence) et j’avais envie de revenir sur cette expérience.

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Être ou ne pas être invité·e.

Vous le savez peut-être (et si oui vous pouvez sauter cette partie) mais il y a deux types de participation pour les auteur·ices et les maisons d’édition à un salon du livre. D’un côté, les auteur·ices sur le stand librairie (quand il y en a un) qui sont donc invité·es par l’organisation (ou le libraire directement) et de l’autre, les structures éditoriales qui paient une certaine somme (variable en fonction de l’évènement, parfois gratuitement mais c’est rare) pour y louer un stand sur lequel présenter et vendre leurs livres. Ce dernier point est également possible pour les auto-édité·es.

Quand le salon invite, soit l’éditeur soit le salon et plus souvent les deux conjointement, défraient l’auteur·ice en payant un hôtel et les repas au minimum. Parfois, il y a une rémunération pour la présence en dédicace mais c’est encore assez rare et c’est d’ailleurs l’un des combats sociaux à mener pour revaloriser le milieu.

Dans les structures sérieuses, c’est également le cas sur les stands éditeurs comme Livr’S, par exemple, qui loge toujours ses auteur·ices et paie une partie des repas.

Pour ma part, en règle générale, j’accompagne donc Livr’S en tant qu’autrice. Sur les salons, je suis en dédicace mais également un peu librairie. Je présente le catalogue que je connais très bien, j’oriente les personnes intéressées vers le livre qui me parait le mieux correspondre à leurs attentes, j’encaisse les paiements, je note les ventes pour le stock, bref je n’arrête pas une seconde et j’ai souvent besoin de deux jours pour m’en remettre parce qu’entre l’évènement en lui-même et les trajets, c’est épuisant.

Du coup, quand mon éditrice m’a informée que j’étais invitée par le salon Trolls et Légendes… Au départ, j’ai eu du mal à y croire et je lui ai demandé de vérifier si ce n’était pas une erreur. On invite des personnes comme Estelle Faye, Christelle Dabos, Audrey Alwett, Robin Hobb, bref l’élite. Mais moi ? Je ne suis personne, je ne leur arrive pas à la cheville ! C’est ce que je me disais et ce n’est pas un souci de confiance en moi, simplement une réalité claire dans mon esprit. Pourtant, l’organisation était très sérieuse et c’est comme ça que je me suis retrouvée à vivre ma première expérience d’autrice invitée.

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Assise toute la journée ?
Je vous ai expliqué juste au-dessus comment je passais en général mes salons. Là, je n’avais rien à faire hormis poser mes fesses sur une chaise (très confortable au demeurant et différente de celles d’habitude fournies en salon aux exposants !) et attendre que les lecteur·ices viennent à moi. En arrivant, j’ai eu l’excellente surprise de constater que j’étais assise entre Estelle Faye et Audrey Alwett soit deux de mes autrices francophones favorites ! Je l’espérais secrètement et ma prière semble avoir été entendue (ou le libraire m’espionnait peut-être sur Twitter ?). Je connaissais déjà bien Estelle avec qui j’ai souvent échangé et eu des discussions passionnantes. Par contre, je n’avais jamais rencontré Audrey Alwett « en vrai » et nous n’avions parlé que par échange de commentaires sur les réseaux sociaux. Rencontrer un·e auteur·ice qu’on aime, c’est toujours stressant parce qu’on ignore comment iel se comporte dans la vie et si la magie ne va pas se dissiper. Heureusement, ça n’a pas été le cas, au contraire !

Mais cet excellent voisinage ne changeait rien à mon angoisse première : et si personne ne venait me voir ? Et si je passais la journée à attendre sans rien pouvoir faire d’autre que de prendre une pause de 13h à 14h pour manger ? Et si je finissais cachée par les files de mes voisines ? Et si, et si, et si… Des angoisses légitimes, surtout quand on n’a jamais vécu cette expérience. J’ai déjà vu en salon des auteur·ices sur stand librairie se tourner les pouces pendant un week-end entier parce que noyés dans la masse… Et s’il y a quelque chose que je gère mal, c’est bien l’ennui.

Une chance pour moi, ça n’a pas été le cas. Beaucoup de lecteur·ices semblent consulter le site Internet du salon pour repérer les invités intéressants (je semble être la seule à y aller en mode « yolo ») et plusieurs m’ont confié avoir cliqué sur mon nom par curiosité, parce qu’iels ne me connaissaient pas. J’ai donc revu d’ancien·nes lecteur·ices mais aussi des nouveaux / nouvelles qui arrivaient à intervalles réguliers. Finalement, entre les discussions et les dédicaces, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer ni de sentir le temps passer. J’ai même eu du mal à trouver un moment pour alimenter Twitter (le perso et le Livr’S) pendant la journée du samedi…

J’ai même vécu ma toute première rupture de stock en salon pour Clément Coudpel ! C’est assez dingue comme expérience même si elle est surtout symbolique car évidemment, il reste des tirages chez mon éditrice. Ç’avait presque été le cas à la Made In Asia le week-end d’avant mais que ça arrive justement la première fois où je suis invitée sur un salon, qui plus est le salon où j’ai commencé ma carrière en 2015… La boucle est bouclée.

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L’emplacement vide de Clément Coudpel après ma rupture de stock !

Alors, l’invitation, une vraie différence ?
Je ne pense pas qu’on puisse tirer une conclusion empirique sur base d’une seule expérience mais selon mes premières observations, être invitée par le salon permet de toucher un public plus large et curieux qui semble davantage accorder sa confiance au stand librairie et à ses invités. Il y a pourtant une liste des autres structures présentes sur le pôle littérature mais les gens semblent s’arrêter aux têtes d’affiche. Comme si le fait d’y être, sur ce stand libraire, apportait une valeur ajoutée à l’auteur·ice, ce que je trouve un peu dommage parce qu’il y a plein d’indés vraiment talentueux·ses à découvrir et à mettre également en avant. Il y a une idée profondément ancrée dans les esprits comme quoi la qualité d’un·e auteur·ice est intrinsèquement liée au prestige de sa maison d’édition mais ça ne se vérifie pas systématiquement, loin de là. J’ignore comment sensibiliser sur le sujet mais cela me semble important de le souligner.

En fait, je dirais que les deux expériences ne sont pas comparables. D’un côté, partager un stand avec une équipe que j’aime profondément dans une ambiance familiale et amicale est toujours un plaisir. De l’autre, être invitée est valorisant pour mon ego (on ne va pas se mentir), permet de passer plus de temps avec des personnes que j’admire et apporte un nouveau rapport au public que je n’avais pas encore pu expérimenter. J’ai aimé les deux mais je pense que l’équipe me manquerait trop si je finissais pas systématiquement être invitée partout. Comme il y a peu de chance que ça arrive, tout va bien 😉

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L’équipe Livr’S au resto samedi soir !

Et autrement, ce salon, c’était bien ?
Alors… Probablement ? Je dois avouer que je n’ai pas pu faire de tour. J’ai salué les copains de chez Mnémos, ActuSF et du Chat Noir, j’ai parlé cinq minutes à tout péter avec eux… Et la seule rencontre que j’ai faite, ça a été avec les éditions 1115 dont j’ai appris la venue à la dernière minute. J’ai déjà lu plusieurs titres de leur catalogue et j’étais curieuse de rencontrer les personnes derrière cette structure, c’est désormais chose faite ! On a pu parler un bon moment pendant ma pause et une seconde fois le dimanche en fin de journée, quand ça se vidait pour les derniers concerts. Ils m’ont renvoyé une impression très positive de vrais passionnés à la défense du format court et je me réjouis de les revoir aux Imaginales pour renforcer ce lien naissant. D’ailleurs si vous ne les connaissez pas, je vous encourage vivement à aller les découvrir via leur site Internet 🙂

Je vais conclure en remerciant chaleureusement Bérangère, cheffe en chef ainsi que toute l’équipe de Trolls et Légendes (bénévole ou non) sans parler de la Librairie des Quatre Chemins pour leur accueil et leur gentillesse. Tout le monde a été aux petits soins et ça a participé à la magie du week-end. MERCI ♥

Et voilà, c’est tout pour ce petit billet en partage d’expérience ! J’espère que ça vous a plu, n’hésitez pas à me dire comment vous préparez vos visites en salon (si vous le faites) 😉

L’autre facette de l’ombre : la petite histoire de « Choisir la forêt »…

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Ce mardi 5 avril 2022 commençaient les précommandes pour l’anthologie Nouvelles du Front chez Livr’S, à laquelle je participe modestement avec une nouvelle de fantasy intitulée Choisir la forêt. Le thème de cette anthologie est celui de la guerre, exploitée dans différents genres de l’imaginaire. Vous pouvez toujours la précommander jusqu’au 30 avril 2022 ou l’acheter par la suite, en fonction de quand vous lirez cet article. Il suffit de cliquer ici.

Une première version de ce texte a été publiée dans l’anthologie de Magie et d’Ombres chez feu L’ivre-Book en 2017 -si ma mémoire est bonne- et sous un titre différent : Hessä. L’anthologie de l’époque souhaitait proposer des nouvelles issues d’auteur·ices de la maison d’édition, dans le style dark fantasy. C’était mon genre de prédilection à l’époque et j’ai immédiatement voulu participer -même si une fois le projet abouti je me suis rendue compte que peu d’auteur·ices comprenaient vraiment la définition de ce genre littéraire… Mais ça, c’est une autre histoire.

De « Hessä »….
J’avais à ce moment-là une idée qui me trottait en tête autour d’un univers de fantasy inspiré par la mythologie nordique, peuplé par différentes races d’elfes et au sein duquel évoluerait le personnage de Nerwën, une magicienne de sang, elfe elle-même, controversée mais indéniablement puissante et surtout, guerrière de première ligne dans tous les combats. Il s’agirait donc d’une époque résolument guerrière. Je voulais faire avec elle tout ce que j’avais échoué à faire avec Melyän (c.f. mon précédent billet) et elle apparaissait dans cette nouvelle comme antagoniste. En effet, le personnage de Hessä mourait très tôt (au bout d’une page ou deux) et revenait d’entre les morts, sans comprendre ce qui lui arrivait. Il se rendait toutefois très vite compte que les vivants voulaient détruire son cadavre animé… Et surtout Nerwën, qui devenait alors son croquemitaine personnel, ce qui a donné lieu à une scène que je jugeais superbe à l’époque (beaucoup moins en la relisant) dans une forêt en flammes, tout ça…

Si certain·es ont joué à World of Warcraft, le parallèle avec les Réprouvés doit vous sauter aux yeux. J’avoue sans honte que ce jeu, auquel j’ai consacré un temps… disons… certain, m’a beaucoup influencée dans mon écriture à mes débuts. Des clins d’œil apparaissent d’ailleurs tout au long des Légendes Faës (le physique de Melyän est inspiré de Sylvanas, celui des fomoires est clairement inspiré des Illidaris, l’un des personnages a été baptisé Nathanos en hommage à celui du jeu, etc.). On toucherait presque ici à la fanfiction si je ne m’étais pas réappropriée l’univers pour le sortir d’Azeroth et le placer dans la mythologie irlandaise.

Et donc chaque fois que je commençais un personnage Réprouvé (je jouais ou ça ou elfe de sang -sans surprise, pour la Horde !) je me posais la même question : qu’est-ce que ça fait d’être réveillé d’entre les morts après une bataille ? Comment se sent-on ? À quoi pense-t-on ? C’est à ça que je cherchais à répondre avec Hessä. Tout simplement. En exploitant surtout un volet psychologique parce que je me juge plus douée pour développer la psychologie des personnages que l’univers autour. Il suffit de voir à quel point les univers sont des esquisses vagues dans mes textes, pour se concentrer sur les personnages. Sans doute une déformation due à mes nombreuses années de jeux de rôles textuels.

…. à « Choisir la forêt »
Revenons au présent ! Ou à un passé moins lointain. Quand le thème de l’appel à texte chez Livr’S a été connu, j’ai immédiatement pensé à cette nouvelle pour deux raisons. La première, il faut dire que l’anthologie précédente a très très peu circulé au point que seul·es mes lecteur·ices les plus assidu·es disposent d’un exemplaire. Je crois que, même moi, je n’en ai plus… C’est dire ! La seconde, c’est que je souffrais déjà de mon syndrome de la page blanche et que j’ai toujours eu beaucoup plus facile de travailler à partir d’un matériel de base. Le plus dur pour moi, c’est d’accoucher du premier jet. Cet aspect a beaucoup joué dans le fait que je retourne vers Hessä.

Je l’ai alors relue et quand mes yeux ont arrêté de saigner, j’ai décidé de la réécrire correctement en mettant à profit mon expérience acquise au fil du temps.

Aussi, quand je dis que ce texte a connu une première parution, c’est à la fois vrai et faux. Dans Choisir la forêt, on retrouve le même concept de départ à savoir un elfe entre deux âges sur le point d’être précipité dans une bataille d’envergure contre des forces maléfiques qui menacent son peuple, le tout écrit à la première personne. Toutefois, le déroulement est totalement différent. Ce coup-ci, je me suis concentrée uniquement sur Sleipnir (c’est son petit nom au monsieur elfe), ses pensées, ses émotions, l’attente terrible avant le début de la bataille, ce qui se déroule pendant… Ironiquement, l’action n’a pas de lien avec la forêt en elle-même, toutefois il faut lire la nouvelle pour comprendre la raison de ce titre. Je ne vais pas vous en dire davantage afin de ne pas gâcher votre potentielle découverte mais ayant relu la première mouture pour écrire ce billet, je dois bien avouer que ces deux textes n’ont quasiment plus rien en commun.

Et que je suis assez fière de Choisir la forêt. Vraiment.

Elle n’est jamais contente !
Évidemment, il reste un dernier point qui me gêne un peu et ne m’a sauté au visage que lors de la relecture du BAT (et donc trop tard) c’est que, finalement, l’aspect elfique n’est que peu développé et n’apporte rien à l’intrigue hormis sur un plan vaguement esthétique. Je n’en exploite pas les possibilités, je me contente de mettre en scène une race présente en fantasy pour laquelle j’ai toujours eu une certaine affinité. Vous me direz, on ne peut pas parler de tout, dans une nouvelle ! Et vous avez sans doute raison. Toutefois, quasiment rien dans la psychologie de Sleipnir ne le distingue, finalement, d’un humain. Ça ne change rien à ma fierté par rapport à la nouvelle, seulement je me devais d’être honnête par rapport à cet élément.

Je ne sais pas si je me remettrais un jour à l’écriture mais si ce n’est pas le cas, je serais heureuse d’avoir « terminé » par ce texte-là qui me permet aussi de tourner définitivement la page du chapitre fantasy de ma vie.

Et voilà, vous savez tout sur cette nouvelle et sa genèse ! J’espère que ce billet vous a intéressé et si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à partager l’information concernant les précommandes en cours pour l’anthologie. Un petit RT ne coûte rien et peut apporter beaucoup. J’ajoute également que si vous possédez un blog, que vous lisez en numérique et que mon billet vous a intrigué, il est toujours possible de recevoir l’anthologie en service presse. Il suffit de m’écrire dans les commentaires, en DM sur Twitter ou à l’adresse service-presse(a)livrs-editions.com.

L’esprit critique – Isabelle Bauthian & Gally

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L’esprit critique est un concept fondamental à mes yeux que j’essaie en prime d’enseigner chaque année depuis trois ans à mes étudiants qui en manquent souvent. Je fais de mon mieux mais je dois admettre qu’il me manquait une ressource ludique, claire, qui servirait de tremplin pour ouvrir des discussions que j’imagine passionnantes.

Heureusement, Isabelle Bauthian et Gally sont là.

La première est, entre autre, autrice de l’imaginaire. Je vous en ai déjà parlé une fois par ici avec son roman Montès. La seconde est autrice / dessinatrice / libraire et je n’avais pas encore été en contact avec son travail. Ensemble, elles proposent une BD de 122 pages qui met en scène Paul, un jeune trentenaire qui aime se croire informé. Alors quand il rencontre Masha, une druide qui affirme avoir vu des fées et avoir été guérie par elles… Il a du mal à conserver son calme. Cette situation de départ permet l’arrivée de l’Esprit Critique qui va d’abord se lancer dans un point historique (montrer comment certaines personnes à travers l’Histoire ont remis en question des absolus afin d’évoluer) avant de détailler la méthode scientifique moderne, d’expliquer ce qu’est la science, s’arrêter sur les biais cognitifs, s’interroger sur la meilleure manière de vérifier une information et de l’analyser… Le tout avec plein d’exemples ludiques et frappants que je ne suis pas prête d’oublier.

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(et oui évidemment sur un blog SFFF je mets l’extrait qui concerne Asimov afin de vous appâter, ce qu’on pourrait presque apparenter à un biais de cadrage non ? 😀 )

Beaucoup de gens se reconnaitront à un moment donné dans le personnage de Paul, dont les failles sont mises au jour à mesure que son échange avec l’Esprit Critique avance. Personnellement, quand il se désespère en se demandant quoi faire de sa culture acquise grâce aux recherches éclairées s’il suffit d’un biais cognitif (celui qui parle plus fort, qui fait la meilleure blague, etc.) pour qu’on ne lui prête plus aucune attention, je me suis vraiment entendue penser et c’était une expérience assez troublante -dans le bon sens du terme.

À ce stade, peut-être qu’une inquiétude vous taraude : c’est pas un peu beaucoup de matière pour « seulement » 122 pages ? Oui et non. Je trouve que les autrices ont bien travaillé le sujet, les enchainements sont logiques et l’ensemble reste clair. D’un autre côté, cela rend la BD assez costaude et nécessitera une ou plusieurs relectures pour vraiment en tirer tout ce qu’elle a à offrir.

Ce qui ne l’empêche pas d’être un outil pédagogique in-dis-pen-sable. Mon seul regret est de ne pas l’avoir découverte à sa sortie l’année dernière et de ne pas déjà l’avoir intégré dans mon programme car ça aurait été très utile (pour certaines sections, il n’est heureusement pas trop tard !)

Ceci dit, elle ne se limite pas à un outil pédagogique. Cette BD vous permettra de réfléchir sur vous-même et vos biais, d’évoluer en tant qu’être humain et de, peut-être, si vous l’offrez à la bonne personne, changer une vie. Je ne peux que vous la recommander si vous ne l’avez pas déjà lue !

D’autres avis : je n’en ai pas trouvé sur mon cercle blogo donc signalez-vous si jamais !

Informations éditoriales :
L’esprit critique scénarisé par Isabelle Bauthian, illustré et colorié par Gally, avec Reiko Takaku comme assistante couleur. Éditeur : Delcourt. Prix : 16.50 euros.

L’autre facette de l’ombre : pourquoi je ne supporte plus ma première trilogie ?

Aaaah les premiers romans… Pour avoir discuté avec pas mal d’auteur.ices à ce sujet, il y a toujours un peu de honte quand on se retourne sur ses premiers textes. On en voit tous les défauts et mieux vaut avancer que de revenir dessus. Pourtant, il y a des choses intéressantes à en tirer pour l’avenir ! Et c’est la raison de cet article.

Je vous passe les déboires éditoriaux inhérents à cette première trilogie et qui ont joué sur ma motivation d’ensemble. J’avais écrit un article là-dessus mais j’ai finalement décidé de ne pas le publier parce que je ne me sens pas prête à revenir sur tout ça. Je vais donc me concentrer sur les problèmes de fond au sein de ma première trilogie de dark fantasy parce que, sincèrement… Il y en a des choses à dire.

Un peu de contexte…
C’est entre 2013 et 2014 que je commence à écrire cette saga (dont je tais volontairement le nom depuis le départ, je demanderais à cell.eux qui l’ont lu d’en faire autant). À l’époque, j’administrais un forum RPG avec une amie qui s’inspirait de Shadowrun et je reprenais deux personnages créés il y a une éternité pour les adapter au contexte. On jouait entre ami.es, on discutait beaucoup, on s’éclatait franchement de A à Z avec des idées dingues, jusqu’à se dire que c’était quand même dommage qu’il n’y ait pas plus de livres de dark fantasy….

Alors, je sais. Je SAIS qu’il y en avait, en réalité, juste qu’on ne les connaissait pas, qu’ils n’étaient pas mis en avant, parce que c’était l’époque de la vague bit-lit et que tout se noyait dessous. Sans compter que j’étais encore une « lectrice de la FNAC » à ce moment-là. Je ne connaissais rien aux indépendants, au milieu, je ne savais pas où chercher et la dame qui gérait le rayon à l’époque n’en connaissait pas plus long que moi. Donc, postulat de départ foireux mais que voulez-vous…

Cette remarque a donc planté une petite graine. Puis il y a eu mon père qui me voyait passer des heures sur mon ordinateur à écrire sur ces forums et qui m’a dit « tu pourrais au moins écrire un livre, ça servirait à quelque chose ». Dans son esprit, c’était un encouragement mais à l’époque, je l’ai pris comme une injonction à absolument rentabiliser le temps passé en ligne. Je me sentais du coup coupable de juste… me divertir. C’est terrible, je trouve. On vit dans un monde où le temps ne doit pas être « perdu » sauf que ça en devient malsain et passer un quart d’heure à écrire une réponse sur un forum m’apportait de la joie, alors pourquoi me mettre cette pression ? Je n’ai pas la réponse. C’est juste arrivé.

Je venais de m’inscrire à l’université et de me lancer dans la rédaction de mon premier roman.

Je n’avais aucune idée de comment j’étais censée m’y prendre. Je n’avais lu aucun livre pour m’aider, j’avais juste mes connaissances de lectrice et… voilà. Je ne me posais même pas la question, pour être franche. J’écrivais l’histoire de manière linéaire, j’inventais au fur et à mesure sans le moindre plan. Mes potes de JDR textuel trouvaient ça absolument génial et ça me confortait dans ma certitude que j’avais eu raison. J’existais dans ce microcosme, entourée par des personnes bienveillantes qui voulaient m’encourager (l’ironie c’est que je ne parle plus à aucune d’entre elles aujourd’hui, hélas) sauf que le résultat n’a pas vraiment été à la hauteur de mes espérances.

Qu’est-ce qui n’allait pas ?
Tout ? Bon, j’exagère, mais pas loin…

Déjà, comme j’écrivais sans plan et sans prendre de notes, certains éléments de l’intrigue ne collaient plus après coup et ça m’ennuyait de les changer parce que ça demandait un travail supplémentaire. J’étais paresseuse et je ne prenais pas conscience de l’importance du travail à effectuer pour écrire un bon roman (c’est venu bien plus tard). De plus, je tapais mes chapitres sans trop savoir où j’allais. D’emblée, j’incluais des évènements à la limite de l’apocalypse dans un monde inspiré de la Faëry des légendes celtiques sauf que je les utilisais mal, d’une façon convenue, attendue, que j’introduisais les personnages liés trop tard, qu’ils servaient l’histoire au lieu de la vivre… Bref, c’était pas dingue de base.

Ensuite… La représentation des femmes… me donne aujourd’hui presque envie de vomir. Je voulais des personnages féminins forts et je me félicitais d’avoir une guerrière redoutable en héroïne principale, avec une sœur qui était une magicienne redoutable (ouais tout le monde était redoutable ->)… Sauf que d’une part je les avais sursexualisée et d’autre part, elles se construisaient uniquement par rapport aux personnages masculins et à leurs interactions avec eux. On pourrait y voir un motif pour dénoncer les abus faits aux femmes mais la vérité, c’est que je n’avais tout simplement pas conscience de ce que j’étais en train d’écrire. Je répétais un schéma qui me paraissait normal à l’époque parce que je le croisais partout en fiction et que je ne réfléchissais pas du tout dessus à ce moment-là. Je pensais que, pour être forte, une femme devait être balèze, avoir subi des traumatismes intimes et s’en relever, devenir limite folle et sanguinaire tout en gagnant à la fin. C’était… terriblement primaire comme conception.

Ne parlons même pas du sexe… J’écrivais beaucoup (TROP) de scènes de sexe explicites dans cette trilogie et presque la totalité d’entre elles étaient problématiques. Dans le meilleur des cas, elles n’avaient aucun intérêt à l’histoire et en général, non seulement elles n’avaient pas d’intérêt mais EN PRIME elles érotisaient un abus, elles érotisaient même un viol. Ce n’est pas ce que je voulais et pourtant, c’est ce que j’ai écrit et j’ai mis des années à m’en rendre compte. Mon but premier, c’était de montrer comment l’héroïne restait forte malgré tout sauf que quand j’ai relu la scène par la suite, ce n’était pas ce qui transparaissait. Encore une fois j’ai répété un schéma habituel en fiction d’autant qu’à l’époque je lisais beaucoup de bit-lit où ce type de scènes est légion. Et je n’imaginais même pas que ça puisse être un problème. C’était juste sexy, cette ligne sombre entre l’héroïne et les grands méchants et le fait qu’elle n’hésite quand même pas à lui taper dessus après avoir eu un orgasme ou à décoller sa tête de son corps avec une grande satisfaction. Tout allait bien, pas vrai ?

NOOOOOOON.
Non et non et re-NON !

Il m’arrive encore aujourd’hui de repenser à cette histoire et de me demander ce que ça donnerait si je cherchais à l’écrire en 2022, à l’âge de 28 ans et non plus en sortant de l’adolescence. J’avais commencé une liste des éléments à changer et il y a deux ou trois ans d’ici j’avais même décidé de tout réécrire de zéro en corrigeant les problèmes, en améliorant l’intrigue, comme si j’allais y trouver une forme de rédemption. Comme si, soudainement, cette démarche me laverait de mes « fautes passées ». Je pensais que ça pourrait m’aider à me sortir de cette page blanche qui m’empoisonne encore aujourd’hui sauf que je ne suis jamais parvenue à sauter le pas. Et je me pense pas, finalement, que ça soit une si bonne idée que ça. Je pourrais réécrire éternellement la même histoire… Mais à quoi bon ? Est-ce que ça me permettra vraiment de grandir ? Je ne crois pas.

La vérité, c’est que cette première trilogie m’inscrit et s’inscrit dans une époque de ma vie où j’étais inconsciente d’énormément de problématiques alors que j’arrivais à l’âge adulte. Ce que je trouve aujourd’hui inacceptable est en réalité symptomatique d’une époque ainsi que d’une façon de concevoir la littérature de l’imaginaire qui a longtemps prévalu dans mes lectures, malgré moi car je manquais d’informations. Son existence m’apprend et me rappelle des leçons importantes qui ont participé à construire la femme que je suis actuellement.

J’ai aujourd’hui conscience de tous ces biais, de tous ces problèmes, au point d’être soulagée que cette trilogie ne soit plus disponible à la vente puisque la maison d’édition n’existe plus. J’éprouve une forme de honte d’être tombée pieds joints dans tous ces pièges et en même temps ce n’est pas parce que des erreurs ont été commises avant que je ne peux pas évoluer ni devenir une meilleure personne ou une meilleure autrice. Je suis soulagée d’avoir rencontré des personnes qui ont participé à me conscientiser sur ces problématiques et j’espère conscientiser à mon tour d’autres auteur.ices, afin d’effacer ces représentations problématiques de la littérature que j’aime.

C’est pourquoi j’ai écrit ce billet.

J’espère qu’il vous permettra de réfléchir vous aussi, si vous en éprouvez le besoin !

L’autre facette de l’Ombre : comment je gère les partenariats avec la blogosphère chez Livr’S ?

Bonjour à tous.tes.x !

J’ai décidé de consacrer le premier article de ma nouvelle rubrique à vous expliquer de quelle manière je gère les partenaires presses pour Livr’S Éditions, comment ça a commencé, quelle méthode j’emploie, etc. J’ai l’impression que le sujet intéresse pas mal de monde, il a secoué la twittosphère récemment, donc je me suis dit que c’était l’occasion.

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Comment j’en suis venue à gérer ça ?
Tout commence avec une certaine crise sanitaire… Il faut savoir que jusqu’ici, Livr’S se distinguait surtout en salon où la maison réalisait le plus gros de son chiffre d’affaire ainsi que dans les écoles pour la collection jeunesse. Au moment où ces manifestations ont commencé à s’annuler en cascade et où on a finalement compris que ça risquait de durer, il a été nécessaire de se réinventer.

Au départ, la structure ne croyait pas trop au potentiel de la blogosphère et préférait tenter sa chance auprès des journalistes. La personne qui s’occupait de ça avant moi ne lisait d’ailleurs pas de blogs ou quasiment pas, du coup elle ne connaissait pas la blogosphère SFFF du tout. Une tentative avait été réalisée antérieurement de solliciter des blogueur.euses mais uniquement via facebook, ce qui n’a pas permis de toucher beaucoup de gens. Je précise ici que je ne critique pas la méthode ou les croyances, chacun.e a sa façon de procéder et si ç’avait pu marcher avec les journalistes traditionnels, ç’aurait vraiment été super ! D’ailleurs ça a été le cas pour un titre dont on a parlé sur la RTBF et c’était déjà très bien. Mais entre la crise sanitaire et le fait que la presse traditionnelle boude l’imaginaire, même en Belgique, il a bien fallu se rendre à l’évidence… Je dois également préciser qu’à ce moment-là, une prestatrice extérieure réalisait les e-books et ils arrivaient plusieurs semaines après la sortie, ce qui empêchait de travailler correctement avec la blogosphère… Et n’aidait pas cette personne à bien faire son travail.

Quand je l’ai fait remarquer, la cheffe a appris elle-même comment réaliser un ebook en partant du fichier indesign et on a réglé, à ce stade, un premier grand problème.

J’ai alors proposé à l’éditrice de me servir de mon propre réseau pour tenter quelque chose de nouveau (nouveau pour Livr’S, entendons-nous). Je tenais mon blog depuis deux ou trois ans à ce moment-là, j’en lisais pas mal, je commençais à connaître le milieu. J’ai donc sollicité les blogpotes en prenant soin d’expliquer la situation et en proposant chaque fois des ouvrages, ou nouveaux ou anciens, qui correspondaient à ce que je savais de leurs goûts littéraires.
J’aime à penser que j’ai presque chaque fois tapé juste.
C’était une expérience, nous ignorions totalement si ça fonctionnerait ou pas… Et une chance pour nous, ça a bien pris !

J’ai, à ce moment là, créé une liste d’une dizaine de personnes à contacter pour envoyer des communiqués de presse de manière régulière, avec leur accord évidemment. J’ai du éplucher les blogs, trouver les adresses de contact (mettez les à jour s’il vous plaiiiit !), écrire des mails… Ça a pris du temps mais j’ai beaucoup aimé l’expérience ainsi que le rendu. On a commencé à voir Livr’S sur la blogosphère et c’était une grande satisfaction pour moi comme pour les auteur.ices et l’équipe de manière générale. L’éditrice semblait contente et elle m’a demandé si ça m’intéressait de continuer à m’occuper de ça. Comme j’avais du temps (je ne bossais pas temps plein à ce moment-là et en plus j’étais en distanciel) j’ai accepté et c’est ainsi que j’ai hérité du job.

À ce stade je vais rompre le tabou tout de suite et en toute transparence : oui, c’est une activité bénévole (je suis remerciée en cadeaux chez Kazabulles et en repas asiatiques au resto, ce qui me convient parfaitement puisque j’ai une activité professionnelle à temps plein). J’ai conscience que le principe de bénévolat pose des soucis à certain.e et il y a eut récemment une discussion (appelons ça comme ça…) sur Twitter au sujet du manque des moyens des maisons d’édition pour embaucher du personnel compétent afin de gérer la communication. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, toutefois pour mon cas personnel, j’agis par amitié pour l’éditrice et par solidarité avec un projet en lequel je crois. J’ai envie que Livr’S fonctionne, casse la barraque et perdure pour les prochains siècles ! (ouais carrément moi j’espère en siècles). Et j’agis aussi parce que j’en ai la possibilité. Le jour où je ne le pourrais plus, il a été clairement établi que je cesserais et ce, sans conséquences.

Une réflexion sur mes propres rapports avec les éditeur.ices :
J’ai plus haut évoqué l’un des éléments qui, selon moi, est l’un -si pas LE- plus important dans la relation avec la blogosphère, à savoir l’approche personnalisée. Étant moi-même blogueuse, j’ai été confrontée à plusieurs responsables presses et j’ai préféré travailler avec celles qui prenaient la peine de me contacter en nom propre pour me proposer des ouvrages qui me correspondraient. C’était notamment le cas d’Emma chez l’Atalante et cela me donnait toujours envie de prendre le livre, de lui accorder ma confiance pour découvrir une nouvelle œuvre. Au contraire, quand je recevais un mail générique qui avait visiblement été envoyé à tous les autres blogueurs, mon ressenti lors de la réception n’était pas le même. J’ai donc systématisé ce principe en me disant que je ne devais pas être la seule dans le cas. Certes, cela demande bien plus de temps… Quand j’envoie les communiqués presses, il faut compter une heure et demi si pas deux heures, mais je trouve que ça vaut le coup et je n’ai eu que de bons retours par rapport à ça avec les partenaires.

Je l’ai dit, je suis moi-même une blogueuse. Je connais donc les comportements qui agacent, j’en ai subis moi-même. J’estime que la relation entre une maison d’édition et une personne tenant un blog littéraire doit être respectueuse dans les deux sens. J’en avais longuement parlé dans mon billet « le service presse, ce privilège » que je vous invite à relire pour l’occasion si vous souhaitez connaître ma vision dans le détail.

De là, je partais avec un avantage puisque je n’avais qu’à imaginer mon partenariat idéal et le proposer aux blogpotes. Voici ce que ça donne :

– Ne pas imposer de délais.
C’est peut-être plus facile pour nous qui travaillons au format numérique uniquement mais nous n’exigeons aucun délai pour la lecture de nos SP. Je précise toutefois que si le partenaire a demandé des livres qu’il n’a pas lu durant l’année écoulée, nous ne réitérons pas le partenariat pour l’année à venir afin de lui laisser le temps de lire ce qu’iel a déjà, ce qui nous semble cohérent.
Dans le mail qui accompagne le communiqué, je donne soigneusement les dates de la période de précommande ainsi que la date de sortie officielle. Je demande à ce que les chroniques ne sortent pas avant et j’explique que ça nous aiderait beaucoup si elles sortaient pendant, toutefois ça reste facultatif et j’insiste bien là-dessus. Résultat ? Lors des dernières précommandes, on a reçu la plupart des chroniques pendant cette période de précommande et ça nous a donné beaucoup de matière à partager pour la promotion de nos ouvrages. Comme on n’a rien imposé, les blogpotes ont eu à cœur d’aider dans la mesure de leurs moyens (encore merci !) et l’ont fait avec une évidente bonne volonté.

Contacter suffisamment en avance.
On a raté le coche pour janvier 2022 à cause des envois de Loving Reaper (aventure à suivre sur notre Twitter) mais généralement, on fait en sorte que les communiqués soient envoyés au moins un mois avant le début des précommandes, ce qui laisse aux partenaires le temps de s’organiser, de lire, de préparer leur chronique…

Cibler le partenaire.
Je l’ai déjà dit mais je sais à qui proposer quel genre littéraire et même si je joins toujours la totalité des communiqués de presse, surtout pour information, je mets l’accent, dans mon mail, sur le titre qui me semblera le plus intéressant pour le partenaire. Notez qu’il peut y en avoir plusieurs, on n’impose pas de nombre maximum ni minimum, d’ailleurs. Cela me semble important pour montrer qu’on s’intéresse aussi, en tant que structure, au travail du / de la blogueur.euse.

Privilégier le plaisir de lecture.
Un partenaire peut décider de ne pas solliciter de SP pendant plusieurs mois voir pas du tout sur l’année si aucune sortie ne l’intéresse. Nous n’avons pas envie que nos partenaires se contraignent à nous lire juste pour nous faire plaisir, ça n’apportera rien de bon à personne. Nous respectons les goûts de chacun.e. De plus, nous n’avons aucun problème à acter qu’un SP a été abandonné (si la personne prend la peine de nous écrire pour nous le dire) ou n’a pas été apprécié. Si la chronique reste bienveillante et surtout, argumentée, nous la partagerons d’ailleurs avec joie !

Et en 2022 ?
Un petit quelque chose a changé, cette année ! Nous avons décidé d’ouvrir les soumissions pour les partenaires, donc de rendre la main au partenaire pour nous solliciter et non l’inverse. Durant les deux premières semaines de janvier, nous avons laissé aux blogueur.euses l’occasion de décider s’iels souhaitaient continuer l’aventure ou la rejoindre, en proposant un formulaire qui demandait, à la fin, d’expliquer pour quelle raison le partenariat intéressait. Nous avons reçu des messages très touchants et d’autres un peu moins… concernés, dirons-nous.

Il est évident que j’ai effectué un tri en me basant non pas sur le taux d’engagement (une notion chère aux experts de la communication) des blogs mais plutôt sur le sérieux de leur chronique. J’entends par là les personnes qui ne se contentent pas de trois lignes pour dire « j’ai aimé » ou l’inverse, mais des gens qui ont pris la peine et le temps de réfléchir sur le bouquin, de détailler pourquoi ça les a séduit (ou non) et qui partagent nos publications, nos annonces importants, bref des personnes actives dans l’échange qui ne cherchent pas simplement à obtenir des livres gratuits. Des gens aussi passionnés que nous, tout simplement. Comme nous partageons ces retours sur nos réseaux et que nous mettons des liens vers eux sur notre site Internet, ça nous paraissait important de privilégier la qualité à la quantité.

Nous verrons comment ça se passe avec ces nouveaux partenaires cette année et nous déciderons ensuite de quelle manière continuer avec ell.eux. En tout cas, le soutien s’intensifie de plus en plus sur nos réseaux et ça nous a vraiment permis de nous réinventer et de tenir en cette difficile période de pandémie. Les salons ont certes repris petit à petit mais la COVID a marqué un tournant chez Livr’S, un tournant finalement positif puisqu’il nous a obligé à nous ouvrir à la blogosphère et à nous réinventer avec les outils modernes, ce qu’on ne regrette pas du tout.

Voilà l’envers du décor en ce qui concerne les partenariats presses !

N’hésitez pas à me dire si vous avez apprécié ce type de billet, si vous avez des remarques ou à me poser vos questions 🙂 

#Focus : ma liste de livres à lire pour mes étudiant.es

Bonjour tout le monde !

C’est le retour de la rubrique focus où j’ai eu envie, cette fois, de vous évoquer un peu plus mon métier. Certain.es le savent déjà ou l’ont deviné mais je suis prof depuis la rentrée scolaire 2019 et je donne cours en promotion sociale. Pour mes ami.es français.es, la promotion sociale est un enseignement qui concerne uniquement les adultes, qui souvent n’ont pas le bac (CESS chez nous) et donc n’ont pas terminé le lycée, et qui reviennent chercher ce diplôme pour des raisons professionnelles (souvent parce qu’iels en ont besoin pour évoluer ou alors iels changent totalement de carrière et suivent une formation technique en même temps). Je donne également cours dans différents bacheliers (licences) en fonction des années et des besoins.

Je suis prof de français et communication. Parfois, j’hérite des cours de communication professionnelle (ce ne sont pas mes favoris, je ne vais pas mentir…) mais je m’arrange pour avoir aussi les cours de français « littérature », au moins une ou deux classes par an, parce que j’adore donner cette matière (je sais, ça vous surprend grandement). Qui dit cours de français dit forcément livres à lire et donc la fameuse liste de lectures qui angoisse beaucoup mes étudiant.es car la plupart du temps, iels ont arrêté de lire quand iels ont stoppé l’école et n’ont jamais été touchés par un roman qui leur aurait donné envie de continuer. Quand mes étudiant.es sont plus proches de la vingtaine, il arrive qu’iels lisent des mangas ou des BDs, mais ça reste des exceptions, comme celle.ux qui sont déjà de gros.ses lecteur.ices. J’en ai eu deux ou trois depuis 2019, sur presque une centaine d’étudiant.es…

Ma problématique est donc la suivante : les encourager à la lecture, développer chez ell.eux le plaisir de lire, de réfléchir sur leurs lectures aussi, leur démontrer que c’est un passe-temps très actuel qui parle de thèmes qui peuvent les toucher. Pour moi, cela signifie leur donner des textes modernes qui ont été publiés pour la première fois il y a moins de cinq ans. Je ne veux pas relancer un débat, d’autant que j’adore les classiques littéraires mais j’estime que je dois d’abord les réconcilier avec la lecture avant de les orienter vers « l’ancien ».

Dés ma première année, j’ai donc proposé une liste de vingt lectures dans laquelle iels devaient piocher au moins un livre, sur lequel iels seraient interrogés à l’examen. Sur le contenu du livre, pour m’assurer qu’il avait été lu mais aussi avec une question de réflexion non préparée, puisque l’un des acquis qu’iels doivent obtenir c’est d’être capable de mener une réflexion critique, à l’écrit comme à l’oral.

Évidemment, pour cela, je propose uniquement des romans que j’ai pu lire et qui ont, je trouve, quelque chose à apporter dans un cadre pédagogique. Par exemple, en ouvrant une réflexion sur tel ou tel point culturel, social, politique, etc. Une des difficultés que je rencontre, c’est que mes étudiant.es manquent souvent de confiance en ell.eux et me disent très régulièrement qu’iels sont « bêtes » et qu’iels ne vont « jamais comprendre un tel livre ». Pourtant, iels y parviennent la plupart du temps et c’est la partie la plus gratifiante de mon travail que de leur rendre confiance.

Voici le contexte, donc, dans lequel se place cet article !

Cette année, en plus de la liste des 20, j’ai décidé d’imposer la lecture de 6 nouvelles obligatoires qui seront lues et discutées en classe à raison d’une par mois (le cours commence mi octobre jusque fin avril).  Ces nouvelles ont à chaque fois été aimablement offertes au format numérique par les éditeur.ices concerné.es, qu’iels en soient remercié.es.

L’apocalypse n’aura pas lieu (une seconde fois) de Corentin Macé (Nouvelles Ères, Livr’S)
Sans Nom d’A.D. Martel (Nouvelles Orléans, Livr’S)
Neufs jours pour l’enfer d’Aiden R. Martin (9, Chat Noir)
Les 9 fantômes de Mayfair de Gwendolyn Kiste (9, Chat Noir)
Guide sorcier de l’évasion d’Alix E. Harrow (Bifrost, le Bélial)
L’Étoile d’Arthur C. Clarke (Bifrost, le Bélial)

Ce sont des nouvelles lues par moi dans l’année écoulée et qui m’ont toutes parlées d’une manière ou d’une autre. On pourrait s’étonner de l’absence de Ken Liu ou de Rich Larson mais ne soyez pas trop inquiet.es… J’ai sélectionné ces textes parce qu’ils couvrent différents genres littéraires, il y a donc plus de chance qu’au moins l’un d’eux fonctionne sur mes étudiant.es et leur donne envie d’aller voir plus loin. Les classiques croisent les auteur.ices francophones comme anglophones, je fais une exception à ma règle des cinq ans pour Clarke parce que je trouve que l’Étoile peut vraiment apporter un débat passionnant. Si ça vous intéresse, je vous dirais de quoi il en aura retourné !

À présent, voici la fameuse liste des 20 romans dans laquelle iels doivent en lire au moins un avec une brève explication du pourquoi ce roman est présent dans la liste :

2
L’estrange malaventure de Mirella
– Flore Vesco (L’école des loisirs)
Un roman « jeunesse » (tout public en réalité) qui parle du statut de la femme et de la condition sociale avec un fond d’émancipation pour les deux. Le style d’écriture atypique (mélangé avec de l’ancien français) est un gros plus qui permet de revenir sur ces thématiques et d’en plus aborder des questions d’écriture, type de narration, etc.

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Rouge
– Pascaline Nolot (Gulfstream)
La réécriture d’un conte qui traite du harcèlement, du culte des apparences et du sexisme ordinaire.

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Les poisons de Katharz
– Audrey Alwett (ActuSF / J’ai Lu)
Une fantasy humoristique qui permet d’aborder la question de la parodie mais aussi des archétypes au sein d’un récit.

13
La fille qui tressait les nuages
– Céline Chevet (Chat Noir)
Un roman fantastique / thriller psychologique qui se déroule au Japon et permet de parler du mouvement surréaliste.

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The dead house
– Dawn Kurtagich (Chat Noir)
Un young adult fantastico-horrifique à la narration atypique, qui passe par des articles de journaux, des extraits vidéos etc. Cela me permet de parler justement des types de narration et de ce qui se fait de nos jours.

15
Ormeshadow
– Priya Sharma (Le Bélial)
Un roman fantastique qui brouille les frontières entre l’imaginaire et le réel tout en parlant des enfants, de la transmission de mémoire mais aussi de la façon dont l’imaginaire peut aider à supporter le réel.

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Vita Nostra
– Maria & Sergueï Diatchenko (L’Atalante)
Un OLNI dans toute sa splendeur, j’admets volontiers qu’il est dans ma liste parce que je suis curieuse de voir de quelle manière il serait reçu par mes étudiant.es tout en mettant ma main à couper qu’aucun.e ne le prendra. Hélas !

17
Filles de rouille
– Gwendolyn Kiste (Chat Noir)
Un roman fantastique qui aborde des questions sociales et permet de faire un parallèle avec les révoltes ouvrières de Belgique, d’ouvrir éventuellement sur le documentaire des Femmes machines que j’affectionne puisqu’on y voit ma nonna et que les femmes de ma famille de cette génération ont toutes été concernées d’une manière ou d’une autre par ces sujets.

12
Les miracles du bazar Namiya
– Keigo Higashino (Actes Sud)
Un roman fantastique mais pas trop qui met l’accent sur l’humain et les émotions, j’aime bien donner des auteur.ices étranger.es parce que ça permet de faire des parallèles culturels et de réfléchir sur notre façon de voir le monde à travers notre prisme culturel justement.

16
La maison au milieu de la mer céruléenne
– TJ Klune (De Saxus)
Mon dernier gros coup de cœur en date qui parle des enfants placés et différents mais aussi de l’aliénation au travail, très pertinent vu le public.

12
L’homme qui mit fin à l’histoire
– Ken Liu (Le Bélial)
Encore un texte que je donne depuis le début, qui parle du concept même d’Histoire et de vérité historique, qui permet de remettre en question pas mal de choses. Je dois encore vérifier quelle collègue va leur donner le cours d’histoire mais ce sera peut-être une lecture obligatoire pour cet autre cours. Suspens !

6
Cérès et Vesta
– Greg Egan (Le Bélial)
Une novella qui parle de discrimination et d’immigration, très actuelle et une bonne porte d’entrée au genre hard-sf, je trouve.

27
Retour sur Titan
– Stephen Baxter (Le Bélial)
De nouveau de la hard-sf accessible qui permet d’aborder le principe de sense of wonder mais également de poser des questions sur la science, ses bienfaits qui deviennent parfois des méfaits, l’importance qu’on donne au progrès.

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Apprendre, si par bonheur
– Becky Chambers (L’atalante)
De la science-fiction positive et humaine pour démonter leurs idées reçues mais aussi permettre de parler des questions d’inclusion.

24
Le fini des mers
– Gardner Dozois (Le Bélial)
Cette novella est dans la liste pour la même raison qu’Ormshadow mais aussi pour ses deux interprétations possibles. C’est donc un peu, comme Vita Nostra, une expérience que je tente avec les étudiant.es qui vont le lire.

19
La divine proportion
– Céline Saint-Charle (Livr’S)
Un thriller qui permet d’aborder le genre dystopie mais aussi de réfléchir sur le concept de justice, notre propre système judiciaire, ses failles, etc.

23
Les anges oubliés
– Graham Masterton (Livr’S)
Encore un roman d’horreur qui est un peu là pour remplir les cotas, j’avoue, mais également pour aborder les codes du genre et les comparer avec ce qui se fait à la télévision / au cinéma. Ç’avait été une question d’examen l’année dernière avec la Mélodie, d’ailleurs.

6
Tu es belle Apolline
– Marianne Stern (éditions du Chat Noir)
Young adult et littérature blanche, un combo qui fonctionne bien chez les éducateur.ices et les aides soignant.es / familiales d’autant que ce roman parle d’anorexique, de comment l’aborder, etc. C’est intéressant de s’interroger sur la perception qu’on a de ces maladies trop souvent banalisées.

7
Les derniers des branleurs
– Vincent Mondiot (Actes Sud JR)
Un roman nécessaire pour cell.eux qui manquent de confiance en eux, afin de réfléchir sur le système scolaire, ses problèmes, de relativiser ce à quoi iels ont pu être confronté.e dans leur parcours aussi. Ce roman, je crois que je ne l’oublierai jamais tellement il a résonné en moi en tant que prof.

36
Permis de mourir
– Delphine Dumouchel (Livr’S)
Une novella young adult du point de vue d’une jeune fille dans le coma suite à un abus d’alcool. Encore un texte nécessaire qui parlera surtout aux éducateur.ices et aux aides soignant.es / familiales. Il est présent dans la liste pour la même raison qu’Apolline.

Comme vous le voyez, je mélange allègrement les genres afin que tous.tes puissent trouver au moins un roman qui collerait à ses goûts. Comme je donne ce cours notamment aux informaticien.nes, aux éducateur.ices, aux aides-familial.es et soignant.es ainsi qu’aux assistant.es pharmacie, je fais en sorte de mettre des textes capables de les toucher même dans leur pratique professionnelle. Raison pour laquelle les trois derniers romans sont de la littérature « blanche » stricto sensu. Toutefois, en me basant sur les choix effectués par elle.ux les deux autres années, les étudiant.es ont plutôt tendance à se tourner vers l’imaginaire, sauf cell.eux hyper réfractaires à la lecture et qui n’acceptent de lire que ce qui a un lien avec leur métier. Mais au moins, iels lisent et c’est déjà une victoire.

J’ai aussi remarqué qu’iels ont tendance à se tourner vers le livre le plus court. Grande était ma naïveté, je sais… Mon erreur avait été de mettre un seul UHL (Ken Liu, lu par deux étudiants) et une novella (La Mélodie, chez Livr’S) si bien que j’ai enchaîné sept ou huit examens sur le même livre, retiré cette année de la liste uniquement pour cette raison (ce qui a beaucoup fait rire l’autrice, je vous rassure 😉 ). Je ne peux plus entendre cette histoire ni la voir en peinture !
Cette fois-ci, j’ai multiplié les formats courts, soit nouvelles / novellas, soit des romans pas trop épais, en laissant un ou deux pavés et un roman moins abordable de prime abord pour un.e lecteur.ice lambda, pour l’étudiant.e possédant déjà un gros bagage culturel / littéraire. L’année dernière, j’avais mis Terra Ignota (je sais, grande est votre surprise) mais j’ai changé cette fois pour Vita Nostra. Je précise que personne n’avait lu Palmer, je le vis comme un échec personnel.

J’espère que ce billet / réflexion / partage d’expérience vous aura plu ! En fonction de vos retours, je peux prévoir un article un peu bilan après leurs examens pour voir ce qui a fonctionné ou non, émettre des hypothèses, réfléchir pour l’année prochaine aussi car ma liste change (hormis quelques livres qui restent genre Ken Liu) d’une année à l’autre en fonction de mes lectures.

N’hésitez pas à me dire quel livre vous donneriez, à ma place, et pourquoi 🙂