Les Sœurs Carmines #3 Dolorine à l’école – Ariel Holzl

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Dolorine à l’école
est le troisième (et dernier?) tome de la saga des Sœurs Carmines écrite par l’auteur français Ariel Holzl. Publiée chez Mnémos, chaque tome coûte 17 euros.
Je remercie les éditions Mnémos pour ce service presse !
Cette lecture entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé des Sœurs Carmines en chroniquant le tome 1 et le tome 2. J’avais été emballée par le concept sur le premier et avait été enchantée par les aventures de Tristabelle dans le deuxième. Ce troisième tome nous permet de suivre Dolorine, la petite sœur Carmine âgée d’une dizaine d’année seulement, qui va entrer au pensionnat de Mme Boggartine. En arrivant sur place, Dolorine se rend compte que plusieurs choses ne vont pas. Déjà, les élèves sont anormalement gentils avec elle. Ensuite, les fantômes ont tous disparu, du jamais vu ! La fillette décide alors de mener l’enquête et ça n’ira pas sans mal.

Ce qu’on craint naturellement avec une héroïne aussi jeune, c’est de tomber sur un texte trop enfantin ou trop immature. Ce n’est pas le cas du tout ! Dolorine est d’une touchante naïveté qui se mêle à son éducation « grisaillaise » pour offrir au lecteur des réflexions aussi amusantes qu’incongrues. Là où le premier tome restait introductif avec une sœur un peu plus fade comparée aux autres et où le second offrait une Tristabelle brillante et détestable, ce troisième continue sur sa lancée pour dépayser son lecteur.

Le récit à la troisième personne est parsemé des pages du journal de Dolorine pour une plus grande immersion dans le personnage mais aussi, nouveauté, du journal de son institutrice et d’un exposé réalisé par ses camarades de classe qui se montrera capital pour la suite. J’ai vraiment apprécié les choix narratifs de l’auteur à ce niveau et les dessins qui parsèment le livre. Ce sont parfois des bonhommes assez simplistes et à d’autres moments, des croquis plus aboutis qui apportent véritablement quelque chose au livre. Les pages du journal de Dolorine comportent des taches et des ratures pour donner cet aspect vieillot à ces parties. Les moments de narration, quant à eux, contiennent parfois des mots barrés et corrigés comme d’une façon manuscrite, probablement par Dolorine elle-même, ce que j’ai trouvé amusant et enrichissant.

Outre ces éléments esthétiques et ces choix de l’auteur, l’intrigue qui se développe aborde des thèmes intéressants, comme celui de la mort et des conséquences d’une lutte contre elle. Cela reste classique mais la manière dont Ariel Holzl met cela en place m’a captivée au point de lire ce tome presque d’une traite. On en apprend également davantage sur la dernière des filles Carmine, ce qui pose finalement plus de questions qu’autre chose. Je doute en fait que ce tome soit le dernier car l’auteur se ménage pas mal d’éléments pour continuer sa saga en laissant des questions en suspend. Puis n’oublions pas bébé Dram !

Pour le reste, l’univers se maintient à la hauteur des deux tomes précédents en s’enrichissant toujours un peu plus. On retrouve avec plaisir cette ambiance de merveilleux noir où le progrès technologique commence à menacer les habitudes un peu plus magiques des habitants de Grisaille. Le dénouement de cette malheureuse affaire était vraiment épique, l’auteur n’a peur de rien et ne manque pas d’imagination ! Je me demande s’il envisage des produits dérivés, d’ailleurs. J’adorerai avoir un Monsieur Nyx.

Pour résumer, ce troisième tome des Sœurs Carmines est à la hauteur de sa saga. Contrairement à ce que je craignais, suivre Dolorine n’empêche pas le lecteur plus âgé de s’immerger, que du contraire. Chaque tome a un ton différent, relié par un univers de merveilleux noir avec quelques tendances au steampunk plus que prometteuses. Ariel Holzl signe un nouveau roman réussi et en tant que lecteur, on a qu’une question à lui poser: À quand la suite?

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Honor Harrington #2 Pour l’honneur de la reine – David Weber

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Pour l’honneur de la reine est le second tome de la saga de hard science-fiction / space-opera Honor Harrington par l’auteur américain David Weber. La série principale compte actuellement 13 tomes dont 7 sont réédités en poche dans la collection Petite Dentelle chez l’Atalante au prix de 10 euros le tome.

Souvenez-vous, je vous avais déjà parlé du premier tome dans une précédente chronique. La sauce n’avait pas totalement pris même si j’avais été époustouflée par l’univers créé et la maîtrise du langage de la science-fiction. J’ai lu le second tome uniquement parce que Laure-Anne m’a jurée que j’allais forcément l’apprécier davantage. Je lui ai fait confiance et j’ai bien fait parce que j’ai adoré !

Depuis la mission Basilic, Honor Harrington est montée en grade et est envoyée pour une nouvelle mission, diplomatique cette fois, sur le croiseur stellaire HSM Intrépide. Elle doit accompagner l’Amiral Courvosier sur Grayson, une planète à la religiosité exacerbée qui pratique une forme poussée de patriarcat. Grayson est en conflit avec Masada, qui est encore plus extrémiste qu’eux et surtout, qui sont alliés avec le Havre, les ennemis de Manticore, avec qui la guerre est proche.

Comme pour le premier tome, l’univers militaire et spatial est incroyablement développée et maîtrisé par l’auteur. Le vocabulaire utilisé est très immersif et destiné à un public de niche. C’est vraiment jouissif pour tout lecteur qui apprécie ce type d’univers mais le novice se sentira probablement perdu.

Les thèmes principaux de ce roman s’articulent autour du féminisme et du fanatisme religieux. Honor Harrington doit se confronter à des hommes qui ne la considèrent pas en tant que femme et qui refusent d’accepter qu’elle ait un métier, surtout militaire. Une partie du roman s’emploie à développer cette thématique à travers les rencontres que fait Honor et les décisions qu’elle prend. Les autres officiers et subalternes féminines subissent cette pression et ce sexisme ce qui donne lieu à des réflexions vraiment intéressantes dans les dialogues entre les personnages et les confrontations culturelles.

D’ailleurs, les personnages me paraissent plus vivants que dans le premier tome. On en retrouve certains, de nouveaux apparaissent, les points de vue se multiplient mais contrairement au tome 1, je me suis sentie plus investie dans leur vie et leurs objectifs. Je pense que l’auteur s’est amélioré sur le développement des sentiments de ses protagonistes, sans pour autant tomber dans les effusions inutiles ou mettre de côté l’aspect militaire.

À l’instar du premier tome, les batailles spatiales sont hyper immersives. Elles parsèment ce roman bien rythmé qui alterne les réflexions politiques, idéologiques et les scènes de combat. Il est, à mon sens, beaucoup plus abouti que le premier tome et m’a totalement accrochée. Il est certain que je vais lire la suite sous peu et m’accrocher pour découvrir la totalité de ce monument de science-fiction.

Pour résumer, ce tome 2 rassemble tous les points positifs du tome 1 en gommant ses défauts. Le rythme est excellent et la traduction de bonne qualité. Les thèmes abordés sont tristement actuels malgré l’ancienneté de la saga (qui date quand même de presque 25 ans !) et traités avec brio. Malgré cela, cette saga ne conviendra pas à n’importe quel lecteur. Mieux vaut être adepte de science-fiction au risque de passer à côté de la richesse du livre.

The Promised Neverland #1 -Kaiu Shirai et Posuka Demizu

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The Promised Neverland est un shônen drame horreur fantastique scénarisé par Kaiu Shirai et dessinée par Posuka Demizu. Publié chez Kazé, la saga compte actuellement deux volumes en français (le 3 est prévu pour la fin du mois) et dix en japonais. La série est toujours en cours. Chaque tome coûte 6.79 euros.

Pour être honnête, je ne savais rien du tout sur ce manga quand je l’ai acheté. Mon libraire me l’a conseillé avec enthousiasme et malgré le fait que la couverture me provoquait quelques réticences, j’ai suivi ses conseils les yeux fermés. Il dort dans ma PAL depuis sa sortie en avril et je l’en ai finalement tiré pour découvrir une histoire qui a eu le mérite de me surprendre.

Dans The Promised Neverland, nous suivons Emma, Norman et Ray, trois orphelins qui vivent à Grace Field House avec leurs petits frères et sœurs. En tout, il y a là-bas une quarantaine d’enfants sous la surveillance d’Isabella, que tout le monde appelle « Maman ». Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que la petite Connie soit adoptée. À cette occasion, Emma et Norman découvre l’horrible secret de cet établissement et je dois vous avouer que je n’avais RIEN vu venir du tout ! Ça m’a laissée scotchée.

À partir du moment où ces deux enfants sont au courant, ils décident d’essayer de s’échapper et d’emmener les autres avec eux pour ne pas les abandonner à leur sort funeste. Déjà là, on ressent toute la naïveté idéaliste du personnage d’Emma. Heureusement, Ray est là pour compenser. La seconde partie du manga sert donc à réfléchir, préparer un plan, elle est plus lente et peut-être un peu moins passionnante parce qu’elle tire en longueur et contient souvent des répétitions au sujet de l’intelligence et de la ruse dont fait preuve Maman. On retient notre souffle mais trop longtemps pour que la sauce monte vraiment. Puis j’ai été un peu gênée par l’intelligence et la maturité de ces enfants âgés d’à peine onze ans, bien que cela puisse s’expliquer par l’éducation très poussées qu’ils ont reçus.

Le chara-design est particulier, c’est un type de dessin shônen qui ne m’attire pas vraiment en temps normal mais l’intrigue me permet aisément de passer outre, d’autant que Posuka Demizu prend grand soin de ses décors et de son ambiance.

En bref, The Promised Neverland est un shônen prometteur et coup de poing qui mérite d’être découvert. Je suis curieuse de me plonger dans le second tome en espérant qu’il soit plus dynamique.

#VendrediLecture (2)

Bonjour tout le monde !
Je vous retrouve pour un nouveau #VendrediLecture. De quoi s’agit-il? Simplement de partager avec vous ma lecture en cours, avec la 4e de couverture, les informations de l’éditeur et le lien vers sa page sur Babelio. Simple, efficace, pourquoi se compliquer la vie?
N’hésitez pas à me dire si ce rendez-vous hebdomadaire vous intéresse et à le reprendre sur vos propres blogs ^_^ Notez que je ne l’ai pas inventé, je reprends le concept du site VendrediLecture et du #VendrediLecture sur Twitter.

Honor Harrington #2 Pour l’honneur de la Reine – David Weber
Prêt – L’Atalante

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« Depuis Mission Basilic, le capitaine Honor Harrington a pris du galon. À bord du croiseur l’Intrépide, elle commande l’escadre qui accompagne l’amiral Courvosier en mission diplomatique auprès du gouvernement de Grayson, dans le système de l’Étoile de Yeltsin. L’enjeu est de taille : devant les visées expansionnistes de Havre, il s’agit de s’allier un système encore indépendant.
Mais peut-être la Flotte royale manticorienne a-t-elle commis une erreur en la nommant à la tête de l’escorte militaire : les Graysoniens, qui n’accordent aucun droit aux femmes, semblent le prendre comme un affront personnel. Et Honor a le sang chaud…
Marine de l’espace, combat dans les étoiles… la saga d’Honor Harrington est l’équivalent moderne des romans d’aventures maritimes, cycle de space operas d’une haute cohérence technologique. »

Retrouvez plus de critiques de ce livre sur Babelio !
Retrouvez ma chronique du tome 1.

Et vous, que lisez-vous aujourd’hui?
Ce roman vous intrigue-t-il?

Erreur 404 – Agnès Marot

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Erreur 404
est un one-shot de science-fiction écrit par l’autrice française Agnès Marot. Publié chez Gulf Stream dans la collection Électrogène, vous trouverez ce livre dans toutes les librairies au prix de 18 euros.

Vous le savez, Agnès Marot est une auteure dont j’apprécie le talent, la sensibilité mais aussi la personnalité. Je vous ai parlé il y a quelques mois de son diptyque De l’autre côté du mur qui avait été un coup de cœur. Si Erreur 404 n’a pas gagné ce qualificatif, il n’en reste pas moins un roman d’une grande richesse.

Dans le même univers que celui du roman I.R.L. (que j’ai lu à sa sortie, donc avant d’avoir mon blog) nous suivons l’histoire de Moon et Orion, un couple qui désire participer au prochain tournoi du jeu Beastie organisé par la firme IRL. Le principe de Beastie est simple: dans un univers de réalité virtuelle, vous élevez une créature que vous contrôlez par la pensée en lui donnant des ordres pour la faire affronter des adversaires. Évidemment, ces créatures ne ressentent pas la douleur et il ne suffit pas d’être le plus puissant, il faut aussi faire preuve d’imagination, de ruse, de sens du spectacle.

L’intrigue tourne autour de plusieurs thématiques. Elle parle déjà de la place de la femme dans le milieu du jeu vidéo. Sachez que je suis moi-même une joueuse, surtout adepte du MMORPG. Contrairement à Moon, je n’ai aucune ambition de passer pro mais en lisant ses mésaventures, j’ai eu du mal à croire que ça se passait vraiment comme ça, dans la réalité. Alors même que j’ai souvent été témoin de sexisme dans des parties, ça parait paradoxal mais l’éclairage offert par Agnès Marot est vraiment révélateur. Pourtant, l’autrice a interrogé des gameuses professionnelles qu’elle cite dans les remerciements et ça m’a laissé sur le cul. Comme quoi, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir sur le plan de l’évolution des mentalités.
Ce roman est sans conteste engagé dans la cause de l’égalité des sexes, sans pour autant tomber dans des extrêmes ou dans du moralisme. C’est bien traité, bien amené, chapeau.

L’autre grand thème d’Erreur 404, c’est la différence entre virtuel et réalité. Dans cet univers, les deux se mêlent étroitement et aucun doute qu’avec les avancées technologiques de notre société, nous finirons par arriver à une situation semblable. Le développement de l’intrigue et les choix de Moon poussent le lecteur à réfléchir et à remettre en question son propre rapport au virtuel. Et pour une fois, j’ai vraiment apprécié que l’autrice ne nous balance pas une morale du style « l’IRL prime sur tout le reste, gardez les pieds sur terre ». De nos jours, on ne peut plus vraiment se permettre un avis aussi tranché. En cela, ce roman est résolument très moderne, très ouvert d’esprit.

Erreur 404 est un roman hyper référencé. L’auteure est elle-même une geek et cela se ressent tant elle traite son sujet avec bienveillance. Les allusions et les clins d’œil se multiplient, qui ne manqueront pas de ravir les adeptes de pop culture. Il est tellement référencé qu’il est lui-même construit comme la progression d’un jeu-vidéo, que ce soit à travers le découpage des chapitres, leurs titres ou encore par cette fin originale dont je vais taire les détails pour ne pas vous spoiler. Agnès Marot a pensé non seulement son histoire, mais aussi son objet-livre.

Enfin, concernant les personnages, nous en retrouvons certains issus du roman I.R.L. mais rassurez-vous, il n’y a pas forcément besoin de l’avoir lu pour se plonger dans Erreur 404. Il y fait référence, se passe dans la continuité des évènements, mais ceux-ci sont rappelés dans le récit. Évidemment, lire les deux offre un plus grand impact au propos mais ça n’a rien d’obligatoire.
L’héroïne s’appelle Moon ou plutôt, a choisi Moon comme pseudo. C’est une jeune femme qui rêve de devenir pro-gameuse mais qui se heurte aux difficultés du milieu. Elle a souvent échoué dans sa vie et elle le vit très mal. J’ai trouvé ce personnage assez profond et complexe. Elle a son caractère, ses faiblesses mais même si elle m’a parfois agacée, je l’ai comprise et j’ai été touchée par ses dilemmes. Orion, son compagnon, est toujours présent et important dans sa vie. Leur histoire existe dès le début du roman et a son importance dans l’intrigue, sans pour autant devenir trop invasive ou transformer Moon en midinette de romance. Cela peut paraître bête de le préciser mais ça arrive malheureusement trop souvent et je suis contente que l’autrice ne soit pas tombée dans cet écueil. Enfin, on peut sans contester citer Loop, le Beastie, comme troisième personnage principal même s’il est assez compliqué de parler de lui sans révéler des éléments importants de ce roman. Je dirai simplement qu’il est central et représente un axe de réflexion à lui tout seul.

Pour résumer, Erreur 404 est un roman dynamique et divertissant qui aborde avec intelligence des problématiques importantes comme la place de la femme dans certains milieux ou notre rapport au virtuel. Agnès Marot signe ici une nouvelle histoire percutante qui ne vous laissera pas indifférent. Je recommande !

Le Bâtard de Kosigan #3 Le marteau des sorcières – Fabien Cerutti

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Le marteau des sorcières
est le troisième tome de l’extraordinaire saga de fantasy historique, le Bâtard de Kosigan, écrite par l’auteur français Fabien Cerutti. Publié chez Mnémos, ce tome coûte, comme les deux précédents, 20 euros.
Ce roman entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Le Bâtard de Kosigan est une série que je suis depuis sa sortie en 2015 où j’avais rencontré l’auteur aux Imaginales. J’ai été séduite par le concept et je découvre chaque tome avec le même plaisir. Je mets toujours un peu de temps à me lancer parce qu’il ne s’agit pas d’un livre à découvrir comme un simple divertissement. C’est une littérature plutôt dense, réservée à une certaine niche de lecteur de par son niveau (sur tout ce qui touche à l’Histoire notamment et au style de langage) mais bon sang ce que c’est bon, ce que c’est grand ♥ Comme je n’ai pas encore eu l’occasion de chroniquer ces romans sur le blog, je vais reprendre depuis le début.

Avant cela, petit mot sur le contenu du livre en terme d’annexes et de cartes. La maison d’édition a vraiment accordé un très grand soin à ces éléments en fournissant au lecteur des cartes des zones évoquées dans le roman, en rappelant certaines lettres évoquées dans ce tome, dans les annexes afin que le lecteur puisse facilement se rafraichir la mémoire mais aussi en proposant un rappel des différents personnages / fonctions. De même, on retrouve des précisions sur le système des heures et des mesures au Moyen-Âge, ce qui peut paraître anecdotique mais révèle surtout le soin que l’auteur et l’éditeur ont apporté à ce roman. Chapeau !

Nous suivons deux histoires parallèles et complémentaires. D’un côté, celle de Pierre Cordwain de Kosigan, le fameux bâtard, chef d’une compagnie de mercenaire dont nous lisons les pages de son journal écrit dans le courant du 14e siècle. D’un autre, celle de son descendant, Kergaël, qui découvre son ascendance grâce à l’envoi d’un mystérieux colis et dont on suit la correspondance avec ses amis et ses mentors, à la recherche de la vérité. En décryptant le journal du Bâtard, Kergaël se rend compte que son ancêtre évoque des peuples disparus, des mythes qui ne sont pas supposés exister et possède plusieurs dons magiques liés à la Source, des éléments dont on ne conserve aucune trace au 19e siècle. Aucune trace crédible, tout du moins, car qui croit encore à la magie à notre époque « éclairée » ? Petit à petit, Kergaël va pourtant commencer à y croire grâce à divers indices et au concours de son entourage. La question commence alors à se poser: et si quelqu’un, dans l’ombre, était parvenu à éradiquer les anciens peuples, les anciennes pratiques? Qui? Pourquoi? Voilà probablement LA plus grande question du récit.

Il ne s’agit pourtant pas uniquement d’une quête de la vérité. Une organisation secrète semble détenir des éléments importants et cherche à aider Kergaël là où une autre souhaite au contraire qu’il disparaisse. Dans ce tome, on en apprend davantage sur les deux, ce qui permet à l’intrigue d’avance. Pardonnez mon manque de détails mais vous connaissez ma politique anti-spoil. Quant au Bâtard, on le retrouve à Cologne, face au Cardinal de Las Casas, à la recherche du covent auquel sa mère a jadis appartenu, afin de trouver des réponses sur le sang noir qui coule dans ses veines.

La première chose à relever sur cette saga, c’est le grand soin qu’apporte l’auteur au traitement historique. Bien que passionnée d’histoire, je suis loin d’être une spécialiste mais il me semble que toutes les références qu’évoque Fabien Cerutti peuvent se vérifier au point que la théorie qui se dessine plus clairement dans ce tome parait presque… Plausible. En tout cas, j’ai commencé à me poser certaines questions ! J’ai trouvé ces passages et détails particulièrement fascinants. De plus, l’auteur soigne aussi son style d’écriture qui, bien que traduit dans un français du 19e siècle, sonne crédible et est parsemé de termes latins ou locaux qui donnent une touche de réalisme supplémentaire au récit.

Le personnage du Bâtard est très agréable à suivre. Ce n’est ni un saint, ni un monstre, mais bien un homme avec ses défauts et ses qualités, ses pulsions et ses désirs. Fabien Cerutti nous offre un héros tout en nuance auquel on s’attache immédiatement. Quant à son descendant, c’est parfois plus ardu pour une raison très simple: le choix du style épistolaire. Nous ne connaissons Kergaël qu’à travers ses lettres (et dans ce tome, ses coups de téléphone). Ces dernières regorgent de beaucoup de détails mais ça n’offre pas la même proximité qu’avec le Bâtard. Pourtant, ces intermèdes s’avèrent eux aussi très intéressants. Ils permettent de distiller à la fois action et suspens, pour maintenir l’intérêt du lecteur.

Je n’ai pas grand chose à reprocher à Fabien Cerutti, hormis sa très frustrante tendance au cliff-hanger ! Si j’avais eu le tome 4 sous la main, j’aurai enchainé ma lecture pour découvrir le fin mot de cette première partie.  Hélas, il va falloir attendre quelques semaines…

Pour résumer, ce troisième tome du Bâtard de Kosigan est une réussite. Fabien Cerutti brille par son talent littéraire et historique en offrant un roman passionnant qui ravira les adeptes du genre – dont je suis. Je recommande très chaudement cette saga à tous les lecteurs sensibles à l’Histoire et au surnaturel crédible, qui ont envie de s’offrir un grand moment de littérature.

Moriarty #1 – Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

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Moriarty est le premier tome d’une série en cours (6 volumes au Japon et 1 chez nous pour l’instant, le tome 2 arrive fin septembre !) scénarisée par Ryosuke Takeuchi et dessinée par Hikaru Miyoshi. Édité chez Kana dans la collection Dark Kana, ce shonen à la limite du seinen s’inspire librement de l’œuvre de Conan Doyle. Il est disponible au prix de 6.80 euros.

Moriarty, c’est l’histoire de deux frères orphelins, William et Louis, qui rencontrent un jour Albert, fils ainé de la famille Moriarty. Ce dernier est un noble qui déteste le système de classe dans l’Angleterre victorienne. En rencontrant William et Louis, il décèle en eux l’intelligence dont il a besoin pour nettoyer la société anglaise. En échange de leur aide, il propose de leur offrir sa richesse et l’influence de son nom. Treize années plus tard, William Moriarty est devenu le conseiller en crime que l’on connait et dispense ses conseils à ceux qui le lui demandent.

J’ai acheté ce manga avec une petite appréhension. Déjà parce que je suis assez frileuse des adaptations autour de Sherlock Holmes (rien ne surpassera jamais Sherlock ♥ Et le Moriarty d’Andrew Scott du coup). Ensuite parce que je trouvais le chara-design très (trop ?) proche de Black Butler. Mais je suis faible (et j’adore Black Butler) donc j’ai décidé de me lancer. Et bon sang, quelle bonne idée !

Moriarty aborde des thèmes importants à travers une histoire assez sombre et tendue, notamment le problème de la lutte des classes. L’Angleterre de cette époque est parfaite pour évoquer les disparités sociales et le comportement des élites face à ceux qui sont « en-dessous » d’eux. Derrière ce propos historique, on ressent un amer goût d’actualité. Ça m’a un peu rappelé le parti-pris de Perfect Crimes en moins cynique car Moriarty et ses frères ressentent encore de l’espoir pour leur société qu’ils désirent changer.

Ce premier tome est assez dense et commence d’abord par l’évocation du passé des trois protagonistes principaux, ce qui prend une bonne moitié du manga. Ensuite, nous voyons la première « enquête » de Moriarty. Le scénariste développe des aspects de la société anglaise de l’époque et n’est pas avare de dialogues. Je me demande comment les évènements vont évoluer et j’ai eu très envie de lire la suite à peine ce manga refermé.

Une série que je vais suivre avec assiduité ! Je la recommande à ceux qui ont aimé Black Butler, parce que je persiste à trouver beaucoup de points communs aux deux histoires, le côté fantastique en moins. Ce n’est ni un plagiat ni une redite, simplement deux univers proches qui plairont forcément aux fans. À lire !