CONCOURS : Bientôt l’anniversaire du blog…

Bonjour tout le monde !

Le 29 mai 2022, mon blog va fêter sa 5e année d’existence. C’est en effet à cette date que j’ai posté mon tout premier billet. Ce sera l’occasion d’un article pour revenir un peu sur tout ça, comme chaque année.

En attendant, pour une fois, j’ai eu envie de vous gâter et c’est la raison de ce billet. Je comptais écrire un tweet à la base sauf que ç’aurait été bien trop long… Bref.

Vous le savez, quand j’abandonne un livre, je le mets dans une caisse que je destine d’habitude aux bibliothèques, à une association, bref je donne pour apporter de la joie à autrui parce qu’un livre, ça se partage je trouve. Je trie aussi régulièrement ma bibliothèque pour me séparer de romans qui ne m’ont pas marqués, ne me correspondent plus, bref… Je fais de la place. Cette année, je me suis dit que je pouvais très bien vous en faire profiter ! Alors j’organise une sorte de concours…

Vous allez aux Imaginales 2022 ?
(indispensable, vous devrez venir récupérer votre lot sur place au stand Livr’S du vendredi après-midi au dimanche 16h au plus tard)
Vous suivez mon blog et on a déjà échangé au moins une fois ?

Alors postez simplement dans les commentaires de cet article pour me dire quel livre (maximum 2 par personne pour le moment) vous intéresse et précisez-moi quelle est la dernière bonne découverte que vous avez fait grâce à moi. S’il n’y en a pas, vous pouvez le dire aussi 😉 Et si vous n’allez pas aux Imaginales mais que vous avez quand même envie de me dire si vous avez fait de belles découvertes grâce à moi, ne vous gênez pas parce que ça fait toujours très plaisir ♥

Ça se jouera au premier arrivé, premier servi… Je vais tenir une liste juste en dessous mais jetez un œil aux messages des autres pour essayer de ne pas demander le même livre. Il ira de toute façon à la première personne qui aura posté.
C’est un peu sauvage mais pourquoi pas, après tout ?

Livres réservés
Célindanaë : Crusaders et Automnal.
Zoé : Bénies soient vos entrailles.
Yoda : La Main Gauche de la Nuit et Le chien du forgeron.
Anouchka : Ten thousand doors of January et Widjigo (et la route de la conquête si personne ne le veut)

À vos marques ? Prêt·es ? Postez !

À l’ombre du Japon #52 : { Retour sur le trop sous-estimé « Reine d’Égypte » }

En avril 2022, Ki-oon a mis un point final à la publication de la série Reine d’Égypte scénarisée et dessinée par Chie Inudoh. Ce fut l’occasion pour moi de relire les huit tomes avant de me lancer à la découverte du neuvième. Il faut dire que je lis la série depuis la sortie du premier en mars 2017. Je me rappelle très bien mon premier contact avec cette couverture que je trouvais peu attirante lors de Livre Paris. Je m’y trouvais en tant qu’autrice et Chie Inudoh avait été invitée par Ki-oon. J’ai fait la file pendant plus de deux heures avec des amis pour récupérer une signature à offrir à Kazabulles. Du coup, pour passer le temps, on a lu le premier tome dans la file et je suis tombée sous le charme.

Un charme qui est resté intact tout au long de la série.

Comme je vais évoquer l’ensemble, il est évident que ce billet comportera des éléments d’intrigue. Vous êtes prévenu·es ! Je précise également que les extraits du manga photographiés dans cet article appartiennent à Chie Inudoh et à Ki-oon, ils ne sont utilisés que pour appuyer mon propos sur le manga. 

De quoi ça parle ?
Hatchepsout se marie avec son frère Séthi qui devient le pharaon Thoutmosis II. Une nouvelle ère se dessine pour l’Égypte… Mais pas comme on l’imagine ! En effet, Hatchepsout rêve de devenir pharaon afin de suivre les pas de son père. Elle a de grands projets que personne n’écoute car elle est une femme… Elle va donc devoir se battre pour parvenir à ses fins.

Une œuvre profondément féministe.
S’il y a un questionnement qui traverse Reine d’Égypte, c’est bien celui qui concerne l’égalité entre les hommes et les femmes. Hatchepsout ne comprend pas en quoi son sexe biologique l’empêche d’être un aussi bon pharaon que son frère, qu’elle bat d’ailleurs à la lutte et au tir à l’arc. Elle refuse d’être réduite au rang d’épouse ou de mère, elle aspire à davantage et se débat dans sa réalité sociale pour parvenir à changer les mentalités.

Les neuf tomes sont traversés par un questionnement sur le genre. Une fois devenue pharaon, Hatchepsout va s’habiller comme un homme et clamer que son âme est celle d’un homme, enfermé dans un corps de femme. Pourtant, plus on avance et plus la questions se pose : pourquoi ne pas simplement rester femme et se battre pour avoir le droit d’être et puissante et de sexe féminin ? L’évolution de sa réflexion est intéressante et nuancée. On la voit sans cesse tiraillée entre l’image de pharaon et sa féminité qui s’exprime dans l’amour qu’elle porte à sa fille unique, conçue malgré elle, et à l’architecte Senmout, le seul homme qu’elle aimera jamais. Il faudra attendre d’arriver à la toute fin pour qu’une jeune fille, rencontrée au crépuscule de sa vie, s’étonne d’apprendre que le pharaon est une femme et lui adresse cette remarque pleine de bon sens :

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C’est finalement la société qui l’empêche d’être à la fois femme et dirigeante. L’autrice met très bien en scène la puissance dévastatrice du regard des autres, au point que Hatchepsout sacrifie son bonheur personnel à son ambition de paix et de prospérité.

Une œuvre qui s’inscrit dans le temps.
Le premier tome nous fait découvrir Hatchepsout enfant et on la retrouve dans le dernier au seuil de la mort. Plusieurs années passent parfois entre deux chapitres, ce qui permet de brosser un portrait de sa vie qui soit dynamique et évolutif. Tout prend forcément plus de temps dans l’Égypte ancienne, que ce soit les constructions, les échanges diplomatiques et commerciaux, le gain en âge des enfants… On suit ainsi les personnages tout au long de leur existence et on voit de quelle manière le règne d’Hatchepsout change les choses puisqu’au contraire de ses prédécesseurs, elle pense que la grandeur de l’Égypte n’a pas à se bâtir sur la guerre mais bien sur le commerce. Dans cet ordre d’idées, elle va tendre la main aux pays voisins, développer des routes commerciales sur la terre comme sur la mer, ce qui va permettre à l’Égypte de gagner en puissance et en prestige. Du moins, sur le papier car son genre posera toujours problème. Pour gagner les siens à sa cause, elle ira jusqu’à se rendre sur le champs de bataille et tuer de ses mains sans hésitation.

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La notion de temps est d’ailleurs importante dans le récit et elle revient souvent. Les pharaons rivalisent d’ambition et d’imagination afin de laisser une trace de leur passage sur terre. Hatchepsout se demande souvent comment les générations futures vont la considérer, ce qu’on va retenir de son règne, comment est-ce qu’on va la représenter. La fin n’en est que plus tragique puisque, comme nous le montre le chapitre final, toute trace de son existence va être effacée par ses petits enfants qui refusent qu’on se rappelle d’une femme pharaon, pour diverses raisons que je vous laisse découvrir. J’ai ressenti un pincement au coeur et énormément d’empathie envers Hatchepsout même si je n’ai pas toujours été en accord avec ses choix. J’ai vraiment été passionnée par elle, sa vie et les problématiques qu’elle soulevait.

Un manga historique ?
L’autrice explique que l’existence d’Hatchepsout n’a été découverte qu’assez tard, tout comme sa momie. Il s’agit donc bien d’un manga qui se veut historique mais largement romancé puisque les informations de l’époque ne sont pas nombreuses. On sent toutefois que Chie Inudoh a effectué beaucoup de recherche sur l’Égypte, ses croyances, ses rituels, ses divinités. Tout le manga est parsemé de clins d’œil à divers éléments culturels, d’explications sur les systèmes politiques et d’échanges, ce qui fait qu’on en apprend beaucoup tout en suivant une intrigue intéressante. Un gros plus !

Un plus qui explique peut-être le manque de rayonnement de ce manga, un peu comme Im chez le même éditeur, d’ailleurs. J’en parlais déjà dans un précédent billet où je m’interrogeais sur l’intérêt que les japonais peuvent prêter à la culture égyptienne quand eux-mêmes disposent d’une mythologie très riche. Est ce que l’Égypte fascine davantage l’Occident ? Je n’ai pas la réponse mais comme aucun animé Reine d’Égypte ne semble prévu et qu’on entend assez peu parler de ce manga sur les réseaux, je suppose qu’il va suivre le même triste chemin qu’Im. Pour ce que ça vaut, l’un comme l’autre auront toujours une place spéciale dans mon coeur et je continuerais de les défendre becs et ongles !

La conclusion de l’ombre :
Reine d’Égypte est un manga de qualité qui raconte l’histoire d’une reine égyptienne oubliée, certes de manière romancée mais tout à fait crédible que ce soit au niveau de l’intrigue ou celle de l’historicité. Pour ne rien gâcher, le dessin de Chie Inudoh est superbe que ce soit sur les décors ou les personnages. Malheureusement, on ne parle que trop peu de ce titre, soit à cause de son thème (l’Égypte antique ne fait-elle plus rêver ?) soit parce qu’il est perdu dans la masse. J’espère donc que ce billet vous donnera envie de suivre les traces d’Hatchepsout…

Informations éditoriales :
Reine d’Égypte, écrit et dessiné par Chie Inudoh. Traduction : Fédoua Lamodière. Éditeur : Ki-oon dans sa collection Kizuna. Prix d’un tome : 7.90 euros. Série terminée en 9 volumes.

RÉFLEXION : quelques mots sur la surproduction littéraire en SFFF francophone (et ailleurs).

Bonjour tout le monde !

Voilà un moment que je n’avais pas écrit un article de ce type ! Pour celui-ci, tout a commencé grâce à la Pause Café #19 du blog Zoé prend la plume qui proposait une réflexion personnelle sur la surproduction littéraire (comprenez toujours plus de nouveautés tout le temps) et la surconsommation que cela engendre forcément ou du moins, la pression de la surconsommation. Je vous invite à d’abord aller lire son billet avant de vous plonger dans celui-ci car mon but n’est pas de paraphraser son article mais bien d’y répondre grâce aux questions qu’elle pose à la fin. Zoé avance en effet des chiffres en plus de sa vision de la problématique et, finalement, je ne cherche qu’à apporter un point de vue personnel.

Avant d’aller plus loin, je rappelle que mes réflexions me sont personnelles et je ne cherche en aucun cas à les imposer comme une vérité absolue. Je vous partage simplement mon point de vue de lectrice mais aussi d’autrice et vous allez voir que, assez étonnamment, ils se marient bien.

Que pensez-vous de la production éditoriale ? Trouvez-vous qu’elle augmente plus vite que votre capacité à suivre ? Quel est votre avis là-dessus ?
En tant que lectrice mais aussi autrice, j’ai un avis assez tranché sur le sujet qui a évolué avec le temps mais aussi grâce à ma pratique de blogueuse littéraire et mes observations personnelles. Je trouve que dans le paysage littéraire francophone de l’imaginaire (je ne suis pas compétente pour évoquer les autres pays ou la littérature blanche) trop de livres sortent chaque mois. Je me fais cette réflexion de manière systématique quand Anne-Laure (Chut Maman Lit) et Lhisbei (RSF Blog) mettent chaque mois en image les sorties littéraires à venir. Et encore, il n’y a pas tout ! Il manque pas mal d’indés. Comment est-il possible de lire autant sur un mois ? Ça ne l’est tout simplement pas. Et ça me provoque des angoisses.

Pendant plusieurs années, je m’efforçais de suivre tout ce qui sortait, au moins chez les éditeurs phares (ou que je considérais comme phare). Je voulais être à la pointe de l’actualité littéraire et j’ai réussi pendant un temps… Le problème c’est que j’ai fini par craquer. Par me dégoûter de lire, de chroniquer, j’en avais ma claque parce que finalement, je pensais en terme de consommation, de rendement, de « si je lis ce roman en x temps j’aurais une chronique prête pour tel jour donc ça va tourner ». J’ai voulu faire trop et c’est pour cette raison que j’ai réduit mon nombre d’articles sur le blog (deux par semaine) et arrêté les services presses. C’était une façon, pour moi, de reprendre le contrôle, de retrouver goût à la littérature mais aussi de me donner le droit de relire des séries si je le souhaitais. Ce que j’ai fait depuis, d’ailleurs.

Du coup, oui, je trouve qu’elle augmente trop vite, qu’elle est déjà trop importante et j’ai abandonné l’idée de la suivre. Je n’ai aucune prise dessus donc tant pi, je lis et chronique ce qui me plait sans me préoccuper du reste. À ce stade, je dois apporter l’opinion d’autres personnes qui se sont manifestées sur Twitter pour expliquer qu’iels ne comprenaient pas le problème puisque si davantage de livres sont disponibles, ça permet un plus large choix pour ell·eux. Je suis d’accord pour dire que cette situation de départ qui a enclenché le questionnement de Zoé ne touchera pas tout le monde de la même manière et que tout dépend de notre façon d’aborder nos lectures et cette production. Toutefois, on ne peut pas nier qu’un problème existe et je vais tâcher de l’expliciter à la suite.

Pensez-vous que la décroissance est gage de meilleure qualité ?
Non. Déjà parce que la qualité des uns n’est pas celle des autres. Je peux adorer un roman que le reste de la blogosphère va détester et vice versa, cela arrive régulièrement. On pourrait donc dire que toute cette production permet simplement au plus grand nombre de profiter du type de roman qu’iel souhaite ? C’est ce que j’affirmais juste avant. Sauf que cette surproduction entraine plusieurs problèmes, notamment l’invisibilisation rapide des romans. Il faut savoir qu’écrire un livre prend énormément de temps, sans parler du travail éditorial, des corrections, etc. Se dire qu’on fait « tout ça » pour même pas un mois de visibilité ? C’est déprimant. Et c’est un problème directement lié à la surproduction dans le milieu.

Alors quoi, publier moins pour laisser à certains romans la possibilité d’avoir une plus longue durée de vie ? Dans le système actuel, cela signifierait que seuls les grands noms pourraient encore sortir des romans et ça n’est en rien une solution. En tant qu’autrice, j’ai envie de dire que tout le monde a le droit de vouloir partager son histoire. Et je le pense. Sauf que beaucoup d’histoires que j’ai eu l’occasion de lire ne sont pas suffisamment abouties. Il y a un besoin entretenu par le milieu et cette logique de marché qui pousse à publier au moins un roman par an, pour ne pas que le public nous « oublie » sauf que l’inspiration n’est pas toujours présente et cela donne lieu, parfois, à des productions de qualité moindre si pas médiocre, chez des auteur·ices qui possèdent pourtant de grandes qualités littéraires. Et pour quelle raison ? Outre entretenir sa communauté ? Et bien vivre, tout simplement. Sur un plan personnel, je fais partie des auteur·ices qui ont trop publié et mal publié, sortant des textes qui ne méritaient pas qu’on use du papier pour les imprimer parce qu’ils manquaient clairement d’un véritable travail. J’en ai déjà parlé dans mon article sur ma première trilogie. À l’heure actuelle, j’ai d’ailleurs décidé de changer radicalement ma manière d’écrire et de penser ma littérature. Si je dois sortir un texte, c’est parce que j’en suis fière, parce que j’ai quelque chose à raconter. Pas juste parce que « ça fait longtemps ».

La question de la (sur)production est d’autant plus complexe qu’il est déjà, à l’heure actuelle, extrêmement difficile de vivre de sa plume. Cela n’est plus mon souhait depuis longtemps, je l’ai déjà dit. J’ai besoin de stabilité, besoin de savoir précisément quand je touche mon salaire chaque mois et combien. Mais il y a des personnes avec plus de courage (ou de folie ?) que moi qui ont décidé d’en vivre et qui doivent donc sortir des textes manière (très) régulière pour toucher de quoi vivre décemment -ou essayer. Et parfois, dans des genres qui ne sont pas ceux qu’iel préfèrent, mais qui sont ceux rapportant le plus.

Alors, que faire ? Produire moins et vivre de manière encore plus précaire ? Ou produire davantage pour répondre aux exigences du marché en y sacrifiant probablement la qualité ?

À l’heure actuelle, force est de constater qu’il n’y a aucune bonne solution pour tenter de résoudre ces problématiques. J’affirme donc qu’il faut revoir en profondeur la chaîne du livre ainsi que la répartition des bénéfices pour que ce soit ENFIN l’auteur·ice qui touche la plus grosse part du gâteau et donc qu’iel ne soit pas enfermé·e dans une logique purement commerciale, qui touche parfois à la simple survie. Je sais, facile à dire, moins à faire et pourtant… Il faut se rendre à l’évidence. Le système tel qu’il existe actuellement n’évolue pas, ne convient plus pour ses acteur·ices et a besoin d’être réformé. Il y a une raison pour laquelle de plus en plus d’auteur·ices se tournent vers l’auto-édition… Pensez-y.

Autre point de réflexion, le fait que le livre soit (devenu) un produit. Je ne dis pas que ça s’est passé maintenant en 2022, je dis qu’à un moment donné de l’histoire du livre (quelque part au 19e siècle, peut-être quand le principe de roman-feuilleton s’est lancé dans les journaux ? Un moment charnière illustré par le pamphlet « De la littérature industrielle » rédigé par Sainte-Beuve en 1839 d’ailleurs si certain·es sont curieux·ses) la manière dont on considérait un texte a changé. Et la révolution française a transformé en profondeur le modèle économique jusque là basé sur le mécénat. Attention, je ne dis pas ici que la littérature doit être réservée à une élite intellectuelle ! Pas du tout. Toutefois, pensons-y : avec les systèmes de crowdfunding, on revient un peu à cette logique du mécène sauf qu’au lieu d’un seul qui contribue en totalité, on en a des dizaines, des centaines si pas des milliers qui contribuent chacun à la mesure de leur moyen. Et il y a quelque chose de beau là-dedans, quand c’est correctement exécuté.

J’ajoute une précision : oui à l’heure actuelle le livre est un produit et oui en tant que blogueuse, je participe au « marketing » autour de ce produit peu importe mon intention de base. Quand je parle d’un livre, j’essaie de donner envie à d’autres personnes de le lire et donc, de l’acheter. On peut donc s’étonner de me voir tenir un tel discours sauf qu’il s’agit ici de plaider pour un système qui permettrait une plus longue durée de vie des romans et pas juste des œuvres « jetables » qui marquent peu ou pas, qu’on consomme vite pour diminuer sa PàL ou que sais-je. Et tant que j’y suis, si ce nouveau système à mettre en place pouvait permettre aux artistes de vivre correctement…

Dans ce paysage littéraire tel qu’on le connait aujourd’hui, les auteur·ices produisent quelque chose qu’ils doivent vendre mais la qualité intrinsèque du texte n’entre que peu en considération sur le total de ces ventes. On pourrait d’ailleurs discuter sur ce qu’on regroupe sous cette notion de qualités mais on en arriverait vite à la conclusion que ça dépend du public ainsi que de la sensibilité de chacun·e. Les gens achètent un produit sur base d’un nom, d’une structure éditoriale, d’une belle couverture, bref de marketing… Au final, la partie écriture dans le métier d’auteur·ice n’est pas / plus majoritaire. L’auteur·ice devient aussi un produit, une image sur laquelle jouer. Personnellement, j’ai essayé un temps mais ça ne me convenait vraiment pas.

Donc non, je ne pense pas que la décroissance soit synonyme d’une augmentation de la qualité, pas si elle s’inscrit comme seule variable du problème. Je pense que le milieu littéraire et la chaine du livre doivent être réformés pour permettre aux auteur·ices de vivre dignement de leur plume et donc de produire moins pour produire mieux sans pour autant s’enfermer dans la précarité.

Selon vous, comment un texte pourrait gagner en visibilité sur le long terme ? Comment accroître la durée de vie d’un bouquin ?
Je pense que ça passe d’abord et avant tout par une stratégie éditoriale adaptée. Je vais prendre l’exemple de Livr’S : quand on part en salon, on prend au moins un exemplaire de chaque livre dans le catalogue et on le présente au même titre que les autres, peu importe qu’il date de 2016 ou de 2022. On a eu aussi récemment l’idée de proposer à chaque lancement de précommande la possibilité pour nos partenaires de redécouvrir un titre plus ancien de notre catalogue et donc de pouvoir générer de nouvelles chroniques à son sujet, de le ramener sur le devant de la scène. De plus, nos titres sont toujours disponibles sur notre boutique, même les plus anciens. On s’assure d’avoir du stock, ainsi si un auteur sort un nouveau roman, on remet aussi ses plus vieux titres sur le devant de la scène et ça leur permet de vivre plus longtemps. Enfin, on compte aussi sur un investissement des auteur·ices pour aller à la rencontre du public même un an ou plus après la sortie d’un roman.

La rencontre du public passe aussi par des dédicaces en librairie ou en salons et pour ça, il faut prendre le temps de démarcher, de se rappeler à leur bon souvenir. Les libraires n’ont pas une place infinie, ils sont obligés de renvoyer du stock pour faire de la place aux nouveautés qui arrivent sans arrêt et par palettes. Du coup, si vous organisez des évènements, la librairie va vendre votre livre (normalement) et donc le garder en stock même s’il commence à dater, ce qui permettra de le montrer à des gens potentiellement intéressés, qui vont peut-être même l’acheter, et ainsi de suite, entrainant un cercle vertueux. Cela demande qu’une personne au sein de la structure éditoriale s’occupe de ce suivi et le fasse pour tous·tes les auteur·ices de la maison. C’est clairement un boulot temps plein !

Si je parle d’un point de vue plus personnel : Quand Clément Coudpel contre les spectres de Samain est sorti, c’était en octobre 2020 pendant la pandémie COVID et j’étais persuadée que le texte allait être enterré, comme c’est arrivé à d’autres. Souvenez-vous, les messages à ce sujet fleurissaient à l’époque sur les réseaux… J’avais fait mon deuil et ça me renforçait même dans mon envie d’arrêter d’écrire. J’y voyais un signe. Pendant plus d’un an, il n’y a pas eu de salons où le présenter et si les précommandes s’étaient bien déroulées, si la blogosphère avait bien suivi (encore merci pour ça), cela n’a pas suffit pour assurer la pérennité à mon roman.
Je vois la différence sur mes chiffres de vente maintenant que j’ai pu retourner en salon. Sur deux week-end j’ai vendu davantage que sur tout 2021… Il y a donc clairement un avantage à aller à la rencontre du public. C’est fondamental pour permettre à son œuvre de vivre plus longtemps. Et pour le faire dans de bonnes conditions, des défraiements officiels doivent être mis en place afin que les auteur·ices ne perdent pas de l’argent à se déplacer. J’ajoute aussi que si j’ai eu cette possibilité, c’est parce que mon éditrice fonctionne toujours sur le long terme. Je n’ai pas été mise au placard parce que mon roman datait d’un an ou deux. Elle l’a traité de la même manière que n’importe quel autre titre, il a eu sa place comme les autres et ça vaut pour les autres romans sortis pendant cette sombre période. C’est donc, selon moi, en premier lieu une stratégie éditoriale et une mentalité bien spécifique à la structure qui permet de défendre un livre sur le long terme. 

Est-ce que les nouveautés vous angoissent, ou vous réjouissent ? Ou les deux ? Comment réagissez-vous face aux sorties ? Foncez-vous, ou laissez-vous décanter un peu ?
Ça dépend. Souvent, ça m’angoisse surtout quand Anne-Laure et Lhisbei alimentent l’album facebook et que je vois +60 ou +80 photos… En un mois sort donc ce que je lis sur un an (et encore…). Alors vous pourriez me dire qu’il n’y a rien de dramatique là-dedans mais je souffre d’une frustration. Il y a trop de sorties, je n’ai pas le temps de même lire tous les résumés. Je juge sur un nom, sur une couverture, sur un concept, une maison d’édition et finalement, pas sur le travail de l’auteur·ice en iel-même. Quand on sait le temps et l’investissement que demande l’écriture d’un roman, c’est profondément injuste et cela ne me convient pas. Ce problème vient de la surproduction. On peut aussi penser que c’est le jeu mais je suis persuadée qu’il y a moyen de contenter tout le monde sans laisser uniquement la part belle aux géants du milieu.

Du coup j’ai revu ma façon de fonctionner et je m’intéresse désormais à un très petit nombre de maisons d’édition ainsi qu’à un petit nombre d’auteur·ices dont je suis la production parce qu’iels ont su me convaincre. Actuellement, il y a le Bélial (je suis soulante avec eux, je sais :D), Livr’S bien entendu pour tout un tas de raisons évidentes mais aussi 1115 car le format court me convient parfaitement. Je jette toujours un œil aux sorties Mnémos, l’Atalante, Chat Noir et ActuSF mais c’est de plus en plus rare que je sois vraiment enthousiaste pour un de leurs titres. Mes goûts évoluent de mois en mois et mes exigences aussi, exigences conditionnées justement par de nombreuses lectures moyennes ou médiocres qui m’ont rendues très critique, des romans issus de cette surproduction, de cette nécessité de vendre. Ici, j’ai conscience que c’est une considération propre à mes goûts mais elle a quand même son importance… Depuis quelques mois, la SF me passionne tout comme le format court. Il est donc logique que je me tourne vers des structures spécialisées dans ces deux domaines.

Pour mes autres achats, c’est plutôt lié directement aux auteur·ices. Exemple récent : Ariel Holzl a annoncé son nouveau roman chez Slalom, je sais déjà que je vais l’acheter car je lis tout ce qu’il publie. Idem pour Jean Laurent Del Socorro, Estelle Faye (pour ses textes adultes), Audrey Alwett et David Bry, pour ne citer que ceux-ci et rester dans le francophone. Je sais aussi que je vais acheter tout nouveau Une Heure Lumière, peu importe que le pitch me parle ou non, car il y a ici l’aspect collection qui joue (je suis presque au bout !).

Et quand je suis décidée sur un titre, j’ai envie de l’acheter et de le lire dés que possible. L’attente ne me réussit pas en général.

C’est la solution que j’ai trouvée pour me préserver. J’ai aussi fait la paix avec moi-même sur le fait que non, je ne pourrais pas tout lire et oui, je vais passer à côté de bons textes. Mais c’est ainsi ! De toute manière, objectivement, il n’est pas possible de tout lire même en y consacrant 24h/24 et 7j/7. Éventuellement sur les nouveautés (et encore) mais qu’en est-il du catalogue de fond ?

Pile à lire tour de Pise, ou pile à lire matée ?
Clairement matée même si ça a demandé de la discipline. Chaque fois que j’ai envie d’acheter un livre, même en salon, je m’oblige à me demander trois fois si je le veux vraiment et si je ne réponds pas trois fois oui de manière ferme, je laisse. Quitte à changer d’avis plus tard sur le prochain évènement mais j’ai eu trop de déception, trop d’argent gâché dans des craquages impulsifs et dont j’aurais pu me servir pour acheter d’autres livres plus tard ou simplement économiser à un autre dessein. J’ai envie de permettre aux auteur·ices de vivre et j’achète des livres avec plaisir mais je dois le faire autrement, surtout de nos jours où tout augmente. C’est un peu terre à terre, j’en ai conscience. Que voulez-vous ! Si encore le craquage impulsif me rendait heureuse, mais même pas. J’ai vite des regrets, alors autant m’épargner.

Et voilà, je me rends compte que ce billet est devenu beaucoup plus long que prévu… J’espère que mes réflexions ont un intérêt pour vous, permettront de nourrir les vôtres et / ou vous donneront envie de partager votre point de vue. N’hésitez pas à le faire en commentaire, dans le respect évidemment 🙂

À l’ombre du Japon #51 : { Kaguya-sama : Love is war ou « Il faut vraiment que j’arrête d’essayer de lire de la romance… » }

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L’Apprenti Otaku
parle (coucou, ceci est un euphémisme) de cette série depuis plusieurs mois et, à force, j’ai fini par me laisser convaincre de l’essayer. Pourtant, la romance et moi… Vous le savez… Au mieux ça me laisse de marbre et au pire, ça m’énerve très fort. Je ne sais pas trop ce qui m’est passé par la tête au moment où j’ai embarqué ce manga à la librairie, mais bon. Disons que ça fait une expérience !

De quoi ça parle ?
Kaguya Shinomina est vice-présidente des élèves au sein de la prestigieuse académie Shûchiin et également l’héritière d’une famille extrêmement riche. Miyuki Shirogane, lui, n’a pas le même prestige dans son patrimoine mais ça ne l’empêche pas d’être le président des élèves. Tous les deux passent énormément de temps ensemble, si bien que les rumeurs vont bon train. Ils se plaisent, en effet… Hélas ! Leurs egos respectifs les empêchent de se déclarer. Du coup, au bout de six mois, ils en sont toujours au même point…

Un enchainement d’histoires courtes.
Ce premier tome est construit comme une série de situations / sketch qui s’enchainent, un peu comme Otaku Otaku mais au format chapitre un peu plus long. En général je n’ai rien contre mais ici, c’est rapidement redondant. Le postulat de départ affirme que celui qui se déclarera en premier aura perdu et sera un peu le ou la soumis·e du couple, sous-entendant que les sentiments sont finalement une faiblesse. Je ne savais pas trop quoi en penser et je ne le sais toujours pas à l’heure actuelle… Je crois que le principe même me pose déjà un problème et comme je n’ai aucun intérêt pour les choses de l’amour ou du couple, ça n’a rien arrangé.

Pourtant, le dessin est beau et maîtrisé, le fan-service n’est pas obscène et les deux protagonistes sont amusants dans l’enchainement des qui pro quo. Malheureusement, une fois qu’on a saisi le principe, il n’y a plus de surprise et ça ramène ce titre au rang de simple divertissement. Cela n’a rien de mal en soi ! Mais je crois que j’espérais autre chose. La suite devient peut-être meilleure, je l’ignore car je ne compte pas la lire. Je ne suis pas le public cible mais si vous souhaitez d’autres avis je vous recommande de lire celui de l’Apprenti Otaku ou de la Pomme qui rougit.

Une dernière anecdote sur ce titre…
J’ai proposé à une amie de lui offrir le manga car ça correspond davantage à ses goûts qu’aux miens et elle a d’abord été rebutée par cette couverture qui donne le sentiment, selon elle, que le manga est sanglant, malsain, violent. Et du coup, j’ai compris pourquoi moi, j’avais été attirée par le titre au départ, avant de lire le résumé… C’est probablement une façon d’illustrer l’aspect « bataille » entre eux mais c’est vrai que ce n’est pas vraiment l’illustration qu’on attend pour une comédie romantique au lycée !

La conclusion de l’ombre :
Il faut vraiment que j’arrête d’essayer de lire de la romance car hormis pour Otaku Otaku (et encore) ce n’est pas du tout un genre qui m’attire. Je n’apprécie ni ses codes, ni ses intrigues, et même si régulièrement le dessin est très beau, ça ne suffit définitivement pas / plus à justifier un achat. Je dois être intransigeante à l’avenir et accepter que ce genre pourtant si populaire n’est tout simplement pas pour moi.

Informations éditoriales :
Kaguya-sama : Love is War par Aka Akasaka. Éditeur : Pika. Traduction : Marylou Leclerc. Prix par tome : 7,20 euros. Série en cours.

Bilan mensuel de l’ombre #45 – avril 2022

Un mois un peu étrange à la fois trop long et trop court. Ce paradoxe !

Mes lectures : romans et formats courts

J’ai commencé le mois d’avril en terminant La Monture de Carol Emshwiller chez Argyll, un roman atypique qui dérange et offre d’intéressantes pistes de réflexion. Un plaisir à lire ! Ensuite j’ai reçu par surprise le premier tome de la Maison des Jeux de Claire North, aimablement offert par le Bélial (que je remercie) et qui a été un coup de cœur. Une novella exceptionnelle qui se hisse largement dans le top 3 des meilleurs UHL de tous les temps. Après ça, j’ai décidé de lire l’anthologie Nouvelles du Front chez Livr’S pour profiter de la prose de mes camarades auteur·ices et j’ai été agréablement surprise par la qualité des nouvelles sélectionnées. Je trouve que cette initiative gagne en qualité d’année en année (et je ne dis pas ça parce que ma nouvelle est dedans ! Objectivement, ce n’est pas la meilleure du lot.) ce qui me rend très curieuse pour la prochaine fois.
Petite pause manga avant de revenir au roman et terminer la saga des Chroniques Homérides d’Alison Germain, d’une façon bien satisfaisante d’ailleurs. Un billet va arriver sur le sujet ! Ensuite, reprise des services presses après plus d’un an d’arrêt. Trolls et Légendes m’a rendue faible… J’ai découvert Les oiseaux du temps, c’était mon premier Mü et probablement pas le dernier bien que je sois restée très extérieure à cette lecture. Là aussi, on en reparlera plus tard en mai.

Ce qui fait un total de 3 romans, 1 anthologie (avec 9 nouvelles) et 1 novella.

Mes lectures d’avril : les mangas

Ce mois-ci sortait le dernier tome de Reine d’Égypte, l’occasion pour moi de tout relire à la suite pour découvrir le dernier tome dans les meilleures conditions possibles. Je pense que je vais procéder comme ça à l’avenir pour chaque fin de série parce que ça a donné une saveur particulière à cet ultime volume ! Une aventure que j’ai adorée et dont je vais reparler prochainement dans un article dédié.
Je me suis également jeté sur le nouveau tome de Black Butler que j’ai pu avoir en avant première à la Made In Asia. Impossible de résister à l’appel du comte de Phantomhive…

Ce qui fait un total de 10 volumes lus.

Ma lecture charnière :
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J’avais commencé la lecture de ce roman début du mois et je l’avais abandonnée au bout d’une cinquantaine de pages, sans réussir à rentrer dedans ni à me passionner pour les personnages. Mais les avis enthousiastes des blogpotes m’ont fait douter alors je lui ai laissé une nouvelle chance… Et j’ai bien fait car cette fois, je suis allée au bout ! Une chronique détaillée arrivera à la fin du mois prochain.

Voici la quatrième de couverture :
« « Il amena peu à peu son idée des portraits d’enfants de la Révolution, première génération d’une race qui ferait la fierté de la nation mais dont beaucoup vivaient dans l’abandon, réduits aux pires extrémités, ici même, à Paris, certainement des milliers d’une invisible armée, qu’on craignait parce qu’on ignorait tout ou presque de son mode de subsistance ; mais lui, Sade, se faisait fort de détecter ses us et coutumes pour le compte des lecteurs que cela passionnerait, car qui ne rêvait pas de s’immiscer dans les arcanes d’une telle société secrète sans rien risquer et pour le prix modique d’une gazette ? »

Dans cette fine uchronie, Sade forme avec le chevalier d’Éon un duo marginal qui dialogue avec érudition et joie de vivre, tout en enquêtant sur les horreurs de leur temps. »

Mes craquages prévisionnels :
Mai est le mois des Imaginales, beaucoup de sorties sont prévues à cette occasion au point où on ne sait plus où donner de la tête. D’ailleurs, Nouvelles du Front sera disponible en avant première au festival. Je pose ça là..

De mon côté, trois certitudes :

Le privilège de l’épée d’Ellen Kushner chez ActuSF, d’autant que l’autrice sera présente aux Imaginales. Impossible de rater ça ! Il y aura également le second tome de la saga des Chuchoteurs d’Estelle Vagner aux éditions du Chat Noir vu que j’avais beaucoup aimé le premier et enfin, last but not least, le nouveau roman d’Ariel Holzl, la princesse sans visage. Ariel, c’est un auteur doudou dont j’achète tous les romans sans me poser de questions, encore chez Slalom !

Le focus de l’ombre :
Le coup de gueule d’Estelle Faye envers les prix littéraires, que vous pouvez lire dans son thread sur Twitter et qui mérite qu’on en parle.

Katia Lanero Zamora qui remporte le premier prix des lycées du festival l’Ouest Hurlant pour la Machine, bravo à elle ♥

David Bry remporte le prix Imaginales des Lycées avec la Princesse au visage de nuit, bravo à lui ♥

Et je sais que d’autres ont remporté des prix (bravo à ell·eux aussi !) mais dans mon focus de l’ombre, j’ai envie de parler des oeuvres que j’ai déjà pu lire et qui ont su me convaincre. Pour le détail, je vous invite à suivre les comptes des salons concernés 🙂

Les petits bonheurs : 
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. Le mois dernier, je vous évoquais une grande décision sur le plan professionnel et je pensais que j’en saurais davantage assez vite pour pouvoir en parler dans le détail… Mais c’est sous-estimer la lenteur de l’administration ! Et ma capacité à douter à m’en rendre malade au point de, si pas changer d’avis, me monter la tête avec des plans sur la comète pour lesquels je vais avoir besoin d’une sacrée dose de courage. Du coup, j’espère être fixée la semaine prochaine mais la perspective m’a déjà enlevé un poids de la poitrine dont je n’avais pas conscience. L’air de rien, c’est précieux.
Ensuite j’ai pu profiter de deux semaines de congé durant lesquelles j’ai participé à deux salons : la Made in Asia et Trolls et Légendes, où j’étais d’ailleurs invitée. J’en avais parlé dans ce billet. Ce furent des salons exceptionnels en terme de rencontres et de ventes, ce qui m’a reboosté. De plus, j’ai aussi rencontré les éditions 1115 « en vrai » et on a bien sympathisé. Plein de petits instants de bonheur, donc, qui font du bien.

Et voilà, ce bilan se termine déjà ! On se retrouve en mai où j’espère avoir plein de bonnes nouvelles. Et pour certain·es, rendez-vous aux Imaginales ♥

La Monture – Carol Emshwiller

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Je pense que c’est l’Épaule d’Orion qui, le premier, a attiré mon attention sur ce texte atypique. J’avais envie d’être dérangée, bousculée, et c’est un peu ce qui est arrivé même si… Pas autant que je l’imaginais après ma lecture des premiers avis à son sujet.

De quoi ça parle ?
Les Hoots sont des extra-terrestres arrivés sur Terre il y a un certain temps, qu’on peut probablement compter en siècles. Leur physionomie (des mains puissantes mais des jambes très faibles) fait qu’ils ont besoin de montures et qu’ils ont trouvé celles-ci… chez les humains. Ces humains sont devenus comme les chevaux pour nous. Les Hoots les élèvent en développant différentes races en fonction des besoins (plus fortes, plus rapides, etc.), les aiment, se montrent durs avec eux pour les éduquer mais les récompensent en conséquence…

Une inversion des rapports :
L’humain prend donc le rôle d’un animal domestique et, étrangement, cet aspect ne m’a pas tellement dérangé car j’ai apprécié la manière dont l’autrice ouvre ainsi la réflexion sur notre propre rapport aux animaux, nos comportements vis-à-vis d’eux, la façon dont on valorise la pureté de la race, dont on tapote et dont on les embrasse… Dont on les éduque aussi. C’était osé mais j’ai trouvé l’ensemble bien réussi.

D’autant plus que la majorité de l’histoire est narrée par Charley, un humain qui est la monture de Petit Maître. L’un comme l’autre sont des enfants, Charley a entre onze et treize ans au fil du récit et Petit Maître est un jeune Hoot quoi que voué à être un dirigeant. Carol Emshwiller opte donc pour une narration à la première personne, du point de vue d’un enfant, qui a été élevé comme une monture et qui trouve ça normal et sain de vouloir servir les Hoots si bien que quand il est libéré par des rebelles, il n’arrive pas vraiment à s’en réjouir. À quoi va-t-il dédier sa vie, désormais ?

Et c’est là précisément tout l’intérêt de ce texte qui n’a rien de manichéen. Il ne s’agit pas de peindre les Hoots comme de cruels envahisseurs et les humains comme de pauvres victimes qui essaient de s’en sortir. La manière dont Charley réfléchit et vit les évènements montre comment ce qui nous tient à cœur est déterminé par notre culture, notre éducation et nos habitudes. Que ce qui nous parait révoltant à nous, lectorat du 21e siècle qui a une certaine définition de la dignité et de la liberté, parait tout à fait normal pour Charley qui a été élevé ainsi. C’est d’autant plus perturbant que les Hoots ne sont effectivement pas méchants en soi. Ils ne sont en réalité pas différents des cavaliers et cavalières avec leurs chevaux.

Et c’est une ancienne cavalière qui vous le dit…

Voilà pourquoi ce roman peut déranger. Parce qu’il dépeint une situation qui parait inimaginable de prime abord mais, vue par le prisme de Charley, par sa relation avec Petit-Maître, par ses interactions avec d’autres humains, devient une réponse envisageable à tout un tas de problématiques actuelles comme le fait de se sentir perdu dans la société, de ne pas y trouver sa place, etc. Le bonheur simple de Charley est presque enviable.
Et c’est révoltant.
Et c’est brillant.
Parce que l’autrice nous pousse à réfléchir en notre âme et conscience, sans nous donner sa propre vision des choses ni même celle, finalement, de ses personnages. La fin du roman est à la hauteur de son contenu. Elle pourrait frustrer et même provoquer une exclamation rageuse : Tout ça pour ça ?! 

Pourtant, elle ne pouvait s’envisager autrement vu le ton d’ensemble qui fait presque plus conte philosophique que roman au sens moderne du terme.

La conclusion de l’ombre :
La Monture
n’est pas un roman de science-fiction comme on peut d’habitude l’imaginer en lisant ce terme assorti à son résumé. Ce n’est pas un roman qui met stricto sensu en scène la lutte de l’humanité contre une invasion extra-terrestre. Son originalité se situe justement dans le pied de nez que fait l’autrice à nos habitudes en la matière. Et rien que pour ça, c’est brillant. Si vous n’avez pas peur d’être chamboulé·e dans vos convictions et dans vos certitudes, alors tentez l’aventure.

D’autres avis : l’Épaule d’OrionLe nocher des livresUn papillon dans la luneLes blablas de TachanFourbis et TêtologieLes chroniques du Chroniqueur – vous ?

Informations éditoriales :
La monture écrit par Carol Emshwiller. Éditeur : Argyll. Traduction par Patrick Dechesne. Illustration de couverture par Xavier Collette. Prix au format papier : 18,86 euros. Prix au format numérique : 9, 47 euros.

Nouvelles du front (anthologie)

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Chaque année (du moins quand il n’y a aucune pandémie mondiale) Livr’S lance un appel à un texte pour un recueil de nouvelles dont la thématique change à chaque fois. Celui qui nous occupe aurait du paraître il y a un an mais la situation épidémiologique étant ce qu’elle était et les salons s’annulant en chaine, la maison d’édition a préféré attendre 2022 pour sortir son anthologie sur le thème de… la guerre.

Bon.
On ne peut pas tout prévoir, hein.

Cette anthologie sortira officiellement le 1er juin mais est actuellement en précommande jusqu’au 30 avril sur le site Internet de Livr’S. Elle contient en tout neuf nouvelles pour dix auteur·ices, l’un des textes étant écrit à quatre mains. Elle est marrainée par l’autrice française Silène Edgar.

Comme d’habitude, je me propose de revenir sur chaque texte à l’exception du dernier, puisqu’il s’agit du mien.

Dans le noir – Silène Edgar :
C’est la marraine qui ouvre le bal avec une nouvelle rédigée sous forme d’une scène théâtrale. On y voit un soldat qui pose le pied sur une mine et sait qu’une fois qu’il va le retirer, il mourra dans une explosion. C’est l’occasion pour lui de quelques échanges avec des personnes issues de son passé ou de son futur hypothétique.

Mon explication ne rend pas justice à la force narrative de ce texte. En quelques pages, Silène Edgar dévoile tout son talent dans un texte frappant et efficace qui donne envie de découvrir son œuvre. C’est mon premier contact avec sa plume et ça ne sera pas le dernier ! Évidemment, il faut aimer le style et la narration du théâtre mais, vous le savez, c’est largement mon cas si bien que cette nouvelle est peut-être ma préférée d’entre toutes.

Dans la montagne – Aurélie Genêt :
Cette nouvelle se déroule au 17e siècle, durant une guerre en Alsace. Elle est racontée du point de vue d’une prostituée qui suit l’armée pour essayer de survivre avec quelques passes. Celle-ci se lie avec un homme qui promet de l’épouser une fois la guerre terminée. L’autrice choisit de mettre en scène une femme qui, petit à petit, découvre la face sombre non seulement de son bien-aimé mais aussi du conflit.

Aurélie Genêt s’inspire de faits historiques réels et y rajoute une touche de surnaturel qui permet en prime d’insister sur l’importance de témoigner par écrit, de laisser une trace pour dénoncer les réalités de la guerre. Cette thématique reviendra plus d’une fois dans le recueil.

Dans la montagne est une nouvelle qui touche forcément de par son personnage désenchanté mais aussi les thèmes qu’elle aborde. Pour moi, il s’agit d’une réussite.

Sarajevo, New-York, Kisangani – Gauthier Guillemin :
L’histoire commence en Yougoslavie, pendant le conflit d’indépendance. La mercenaire indienne Ajapali est engagée par le gouvernement français pour sauver Lou Duruy, journaliste de guerre, prisonnier sur place. La narration suit Lou tout du long et l’intrigue s’étale sur plusieurs années car cette expérience va le marquer et lui donner envie de changer les choses.

J’avais lu le premier jet de cette nouvelle et on peut dire que l’auteur l’a bien retravaillé même si je l’ai trouvée un peu longuette avec beaucoup de blabla philosophique au sujet de la guerre. De plus, la fin est assez abrupte, il m’a manqué un petit quelque chose. Toutefois, l’ensemble se tient et le message sur les conflits est intéressant. Sans compter que l’auteur aborde des évènements récents de la fin du 20e siècle et début du 21e, période étrangement peu connue dans le détail par la plupart des gens…

La muraille des morts – Katia Goriatchkine :
Brian Addison est journaliste au Seattle Herald et se rend dans le Nevada pour interviewer le lieutenant Dole Fernsby, qui commandait au Vietnam une unité spéciale et qui a été récemment mis à la retraite forcée. C’est l’occasion d’entendre le témoignage glaçant d’un homme qui passe de héros à criminel de guerre… L’autrice rajoute une pointe de surnaturel sans pour autant dévoiler si elle est réelle ou non, respectant ainsi scrupuleusement le code premier du genre fantastique.

L’idée est intéressante mais comme souvent dans ce type de narration, la discussion parait artificielle car personne ne raconte avec autant de détails ni en romançant autant, pas même le plus doué des narrateurs et vu le profil de Fernsby, ce n’est pas son cas. Toutefois, ressentir l’horreur de Brian à mesure qu’il prend conscience des exactions non seulement du gouvernement américain mais aussi de cet homme qu’on présentait comme un héros est palpable. Les émotions transmises par l’autrice sont présentes et la fin offre une réflexion intéressante sur la façon dont est construite l’information journalistique.

Le sang des Ianfu – A. D. Martel :
Na-Ri est prisonnière au sein d’une maison de réconfort, en 1943. Coréenne d’origine, elle sert de jouet sexuel aux soldats japonais comme de nombreuses autres jeunes filles, ce afin d’éviter que des civiles soient violées, pour des questions d’apparence. La nouvelle est écrite à la première personne et est vraiment terrible à lire. Elle retourne l’estomac. Les TW au début de l’ouvrage ne seront pas de trop pour supporter le contenu… D’autant qu’il n’a rien d’imaginaire là-dedans !

En effet, même si l’histoire est romancée et qu’un élément surnaturel vient se mêler à l’histoire, l’autrice choisit d’exploiter un fait historique tombé dans l’oubli, à l’instar d’un certain Ken Liu dans l’Homme qui mit fin à l’histoire. Le parallèle est d’autant plus pertinent que cela concerne la même période, la même guerre et le même pays : le Japon. De quoi remettre pas mal de choses en perspective ! Une note de l’autrice, à la fin, donne tous les renseignements utiles pour en savoir plus et rajoute un effet glaçant à l’ensemble.

C’est sans doute la nouvelle la plus marquante à mes yeux et la plus renversante.

Le dernier effort – Keryan et Pascal-Marc Biguet :
Il s’agit d’une nouvelle de science-fiction (au sens large du terme) dans laquelle on suit le parcours d’un chef d’unité en train de reconquérir une ville sur une planète rebelle à l’Empire appelée Prima. C’est sans doute celle dans laquelle je me suis la moins investie émotionnellement parce que si elle n’est pas mal écrite, elle ne recèle rien d’original sur le fond comme sur la forme et son personnage n’est rien de plus qu’un archétype avec les réflexions d’un archétype… C’est le genre d’histoire et de scènes déjà vues des centaines de fois… Du moins jusqu’à la toute dernière phrase qui lui offre une perspective totalement différente ! C’était plutôt bien joué, dommage que ça ait été si long pour en arriver là.

Les champs de Bellone – Barbara Cordier :
Cette nouvelle m’a parue un peu brouillonne et confuse quoi que pleine de bonnes idées. On y suit deux personnages en narration croisée durant la première guerre mondiale. D’un côté, Aurélienne qui travaille dans un couvent et soigne des blessés du front. Elle recueille Polly, une mystérieuse jeune fille qui semble douée pour la chirurgie… De l’autre, il y a André, un jeune homme envoyé sur le front malgré son amour des études littéraires. Leurs destins vont se croiser dans l’hôpital des sœurs Ajoutez à cela une dose de divinités antiques et vous aurez un texte plein de potentiel hélas sous exploité.

Pourquoi ? Simplement parce qu’on s’y retrouve mal dans les changements de perspective et l’évolution des personnages, surtout en ce qui concerne Aurélienne. La fin manque de clarté, ce qui est peut-être un choix pour laisser le·a lecteur·ice se faire sa propre idée mais cela n’a malheureusement pas fonctionné sur moi. Dommage, ça partait bien !

Chungmu-Gong – Lancelot Sablon :
Cette nouvelle raconte un épisode d’une guerre entre la Corée et le Japon dans le courant du 16e siècle. Il s’agit d’un fait historique auquel l’auteur a rajouté un élément surnaturel. Une note d’intention est présente à la fin où Lancelot Sablon explique ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas dans son récit.

Le texte raconte comment le général Yi Sun-Sin est parvenu à défaire l’envahisseur japonais presque à lui tout seul et le met en scène comme un héros plein d’abnégation, prêt à se sacrifier pour son pays malgré les horreurs subies à cause du dirigeant en place. L’élément surnaturel tient en Yongwang, un démon des eaux qui lui prêtera main forte et avec qui il nouera une amitié.

J’ai beaucoup aimé ce texte aux saveurs asiatiques. On y retrouve les valeurs d’honneur et de respect qui ont un très grand rôle puisque c’est ce qui permettra à Yi Sun-Sin de s’illustrer mais aussi d’épargner la bonne vie au bon moment. L’auteur maîtrise sa narration et parvient en quelques pages à brosser un paysage d’une grande richesse avec des enjeux pour lesquels on se sent directement concernés. Une réussite !

Choisir la forêt – M. d’Ombremont : 
Dernier texte de l’anthologie sur lequel je vais m’abstenir de donner un avis puisqu’il s’agit du mien. Si vous avez envie d’en apprendre plus à son sujet, je vous invite à lire mon billet qui explique sa genèse. Quant au contenu, c’est l’histoire d’un elfe qu’on suit avant et pendant une bataille décisive pour son peuple…

La conclusion de l’ombre :
Aborder le thème de la guerre en ces temps troublés n’est pas évident et ne séduira pas tout le monde. Pourtant, les textes sélectionnés par Livr’S possèdent de véritables qualités et ont l’avantage d’offrir une grande diversité de temps, de lieux et de concepts. Différents degrés de fantastique se disputent la primauté, on y trouve même un texte de science-fiction et un autre de fantasy, avec des points de vue originaux et des idées auxquelles on ne s’attendrait pas forcément. J’adore voir comment les auteur·ices traitent différemment un même thème et j’ai été servie ici ! Aucun texte ne ressemble à un autre. Du coup, il est évident que certains seront préférés à d’autres, en fonction des goûts. On pourrait me juger de parti-pris mais d’année en année, je trouve que les anthologies Livr’S gagnent en qualité et en professionnalisme. Je suis vraiment ravie de m’y retrouver en compagnie d’auteur·ices aussi talentueux·euses.

D’autres avis : pas encore mais bientôt j’espère !

Informations éditoriales :
Nouvelles du front (anthologie) par A.D. Martel, Aurélie Genêt, Barbara Cordier, Gauthier Guillemin, Katia Goriatchkine, Keryan Biguet, Lancelot Sablon, M. d’Ombremont, Pascal-Marc Biguet, Silène Edgar. Illustration de couverture : Geoffrey Claustriaux. Éditeur : Livr’S. Prix : 18 euros.

L’autre facette de l’ombre : mon week-end en tant qu’invitée à Trolls et Légendes.

Bonjour à tous·tes !
Le week-end du 16 et 17 avril 2022, j’ai eu le plaisir de participer au festival Trolls et Légendes. Ce n’est pas la première fois que je m’y rendais en tant qu’autrice ou visiteuse. Par contre, c’était la première fois que le salon m’invitait (oui, il y a une différence) et j’avais envie de revenir sur cette expérience.

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Être ou ne pas être invité·e.

Vous le savez peut-être (et si oui vous pouvez sauter cette partie) mais il y a deux types de participation pour les auteur·ices et les maisons d’édition à un salon du livre. D’un côté, les auteur·ices sur le stand librairie (quand il y en a un) qui sont donc invité·es par l’organisation (ou le libraire directement) et de l’autre, les structures éditoriales qui paient une certaine somme (variable en fonction de l’évènement, parfois gratuitement mais c’est rare) pour y louer un stand sur lequel présenter et vendre leurs livres. Ce dernier point est également possible pour les auto-édité·es.

Quand le salon invite, soit l’éditeur soit le salon et plus souvent les deux conjointement, défraient l’auteur·ice en payant un hôtel et les repas au minimum. Parfois, il y a une rémunération pour la présence en dédicace mais c’est encore assez rare et c’est d’ailleurs l’un des combats sociaux à mener pour revaloriser le milieu.

Dans les structures sérieuses, c’est également le cas sur les stands éditeurs comme Livr’S, par exemple, qui loge toujours ses auteur·ices et paie une partie des repas.

Pour ma part, en règle générale, j’accompagne donc Livr’S en tant qu’autrice. Sur les salons, je suis en dédicace mais également un peu librairie. Je présente le catalogue que je connais très bien, j’oriente les personnes intéressées vers le livre qui me parait le mieux correspondre à leurs attentes, j’encaisse les paiements, je note les ventes pour le stock, bref je n’arrête pas une seconde et j’ai souvent besoin de deux jours pour m’en remettre parce qu’entre l’évènement en lui-même et les trajets, c’est épuisant.

Du coup, quand mon éditrice m’a informée que j’étais invitée par le salon Trolls et Légendes… Au départ, j’ai eu du mal à y croire et je lui ai demandé de vérifier si ce n’était pas une erreur. On invite des personnes comme Estelle Faye, Christelle Dabos, Audrey Alwett, Robin Hobb, bref l’élite. Mais moi ? Je ne suis personne, je ne leur arrive pas à la cheville ! C’est ce que je me disais et ce n’est pas un souci de confiance en moi, simplement une réalité claire dans mon esprit. Pourtant, l’organisation était très sérieuse et c’est comme ça que je me suis retrouvée à vivre ma première expérience d’autrice invitée.

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Assise toute la journée ?
Je vous ai expliqué juste au-dessus comment je passais en général mes salons. Là, je n’avais rien à faire hormis poser mes fesses sur une chaise (très confortable au demeurant et différente de celles d’habitude fournies en salon aux exposants !) et attendre que les lecteur·ices viennent à moi. En arrivant, j’ai eu l’excellente surprise de constater que j’étais assise entre Estelle Faye et Audrey Alwett soit deux de mes autrices francophones favorites ! Je l’espérais secrètement et ma prière semble avoir été entendue (ou le libraire m’espionnait peut-être sur Twitter ?). Je connaissais déjà bien Estelle avec qui j’ai souvent échangé et eu des discussions passionnantes. Par contre, je n’avais jamais rencontré Audrey Alwett « en vrai » et nous n’avions parlé que par échange de commentaires sur les réseaux sociaux. Rencontrer un·e auteur·ice qu’on aime, c’est toujours stressant parce qu’on ignore comment iel se comporte dans la vie et si la magie ne va pas se dissiper. Heureusement, ça n’a pas été le cas, au contraire !

Mais cet excellent voisinage ne changeait rien à mon angoisse première : et si personne ne venait me voir ? Et si je passais la journée à attendre sans rien pouvoir faire d’autre que de prendre une pause de 13h à 14h pour manger ? Et si je finissais cachée par les files de mes voisines ? Et si, et si, et si… Des angoisses légitimes, surtout quand on n’a jamais vécu cette expérience. J’ai déjà vu en salon des auteur·ices sur stand librairie se tourner les pouces pendant un week-end entier parce que noyés dans la masse… Et s’il y a quelque chose que je gère mal, c’est bien l’ennui.

Une chance pour moi, ça n’a pas été le cas. Beaucoup de lecteur·ices semblent consulter le site Internet du salon pour repérer les invités intéressants (je semble être la seule à y aller en mode « yolo ») et plusieurs m’ont confié avoir cliqué sur mon nom par curiosité, parce qu’iels ne me connaissaient pas. J’ai donc revu d’ancien·nes lecteur·ices mais aussi des nouveaux / nouvelles qui arrivaient à intervalles réguliers. Finalement, entre les discussions et les dédicaces, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer ni de sentir le temps passer. J’ai même eu du mal à trouver un moment pour alimenter Twitter (le perso et le Livr’S) pendant la journée du samedi…

J’ai même vécu ma toute première rupture de stock en salon pour Clément Coudpel ! C’est assez dingue comme expérience même si elle est surtout symbolique car évidemment, il reste des tirages chez mon éditrice. Ç’avait presque été le cas à la Made In Asia le week-end d’avant mais que ça arrive justement la première fois où je suis invitée sur un salon, qui plus est le salon où j’ai commencé ma carrière en 2015… La boucle est bouclée.

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L’emplacement vide de Clément Coudpel après ma rupture de stock !

Alors, l’invitation, une vraie différence ?
Je ne pense pas qu’on puisse tirer une conclusion empirique sur base d’une seule expérience mais selon mes premières observations, être invitée par le salon permet de toucher un public plus large et curieux qui semble davantage accorder sa confiance au stand librairie et à ses invités. Il y a pourtant une liste des autres structures présentes sur le pôle littérature mais les gens semblent s’arrêter aux têtes d’affiche. Comme si le fait d’y être, sur ce stand libraire, apportait une valeur ajoutée à l’auteur·ice, ce que je trouve un peu dommage parce qu’il y a plein d’indés vraiment talentueux·ses à découvrir et à mettre également en avant. Il y a une idée profondément ancrée dans les esprits comme quoi la qualité d’un·e auteur·ice est intrinsèquement liée au prestige de sa maison d’édition mais ça ne se vérifie pas systématiquement, loin de là. J’ignore comment sensibiliser sur le sujet mais cela me semble important de le souligner.

En fait, je dirais que les deux expériences ne sont pas comparables. D’un côté, partager un stand avec une équipe que j’aime profondément dans une ambiance familiale et amicale est toujours un plaisir. De l’autre, être invitée est valorisant pour mon ego (on ne va pas se mentir), permet de passer plus de temps avec des personnes que j’admire et apporte un nouveau rapport au public que je n’avais pas encore pu expérimenter. J’ai aimé les deux mais je pense que l’équipe me manquerait trop si je finissais pas systématiquement être invitée partout. Comme il y a peu de chance que ça arrive, tout va bien 😉

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L’équipe Livr’S au resto samedi soir !

Et autrement, ce salon, c’était bien ?
Alors… Probablement ? Je dois avouer que je n’ai pas pu faire de tour. J’ai salué les copains de chez Mnémos, ActuSF et du Chat Noir, j’ai parlé cinq minutes à tout péter avec eux… Et la seule rencontre que j’ai faite, ça a été avec les éditions 1115 dont j’ai appris la venue à la dernière minute. J’ai déjà lu plusieurs titres de leur catalogue et j’étais curieuse de rencontrer les personnes derrière cette structure, c’est désormais chose faite ! On a pu parler un bon moment pendant ma pause et une seconde fois le dimanche en fin de journée, quand ça se vidait pour les derniers concerts. Ils m’ont renvoyé une impression très positive de vrais passionnés à la défense du format court et je me réjouis de les revoir aux Imaginales pour renforcer ce lien naissant. D’ailleurs si vous ne les connaissez pas, je vous encourage vivement à aller les découvrir via leur site Internet 🙂

Je vais conclure en remerciant chaleureusement Bérangère, cheffe en chef ainsi que toute l’équipe de Trolls et Légendes (bénévole ou non) sans parler de la Librairie des Quatre Chemins pour leur accueil et leur gentillesse. Tout le monde a été aux petits soins et ça a participé à la magie du week-end. MERCI ♥

Et voilà, c’est tout pour ce petit billet en partage d’expérience ! J’espère que ça vous a plu, n’hésitez pas à me dire comment vous préparez vos visites en salon (si vous le faites) 😉

La Maison des Jeux #1 le Serpent – Claire North

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Venise, 1610.
Thene est mariée par son oncle à un homme qui ne la respecte pas et dilapide tout son argent dans les prostituées et les jeux. Un jour, il la contraint de l’accompagner dans la Maison des Jeux pour qu’elle l’observe perdre, cherchant à susciter une réaction chez elle qui a pris le parti de la neutralité au lieu de la colère et des reproches. Lassée, Thene commence à jouer elle aussi et à se faire remarquer par la Maîtresse du Jeu, qui l’invite dans la Haute Loge afin de mener une partie d’une toute autre envergure…

Voilà en quelques mots le concept de cette fabuleuse novella publiée par le Bélial, que je remercie pour l’envoi.

Ce qui m’a d’abord frappée, c’est la musicalité du texte. Je l’ai lu en français et la traduction a été réalisée par Michel Pagel, je ne peux donc parler que de son travail, pas du style original de l’autrice mais j’imagine qu’il s’est efforcé de le rendre le plus fidèlement possible dans notre langue. J’ai toujours été très sensible à cet aspect, que je retrouve malheureusement assez peu de manière générale. Ici, l’écriture de Claire North montre une vraie personnalité littéraire et un souci formel évident qui fonctionne très bien. Non seulement ses mots chantent mais elle choisit de narrer son histoire du point de vue d’un narrateur mystérieux qui s’exprime en « Nous » et interpelle parfois son lecteur. Ce narrateur, qu’il soit entité plurielle, groupe ou individu supérieur, permet d’exposer les enjeux, les différents personnages et les principes sans alourdir le texte. Il semble d’ailleurs que ce narrateur appartienne à l’histoire en elle-même, certains indices le laissent penser mais sans doute ce point s’éclaircira-t-il dans la suite.

Parce que oui, vous avez bien lu, le Serpent est le premier tome d’une trilogie qui est publiée dans la collection Une Heure Lumière du Bélial. C’est assez rare, l’éditeur opte pour des one-shot la plupart du temps. Toutefois, c’est déjà arrivée avec Molly Southbourne, bien que ça ait été un accident. De mémoire, il me semble que l’éditeur avait expliqué qu’en signant le premier Molly, ce devait être un one-shot et que le tome 2 n’est arrivé qu’ensuite. Qu’importe au fond pour moi qui ai la résolution de posséder la totalité de la collection ! Sans compter que, quand on se confronte à un texte de cette qualité, on ne se plaindra pas d’en avoir davantage.

L’efficacité de son écriture n’est pas la seule qualité de l’autrice. L’univers qu’elle dépeint dans cette Venise du 17e siècle est fascinant et immersif en plus de toucher au cœur de mes goûts personnels. Il y a d’abord et avant toute cette fameuse Maison des Jeux qui traversera la trilogie (celle-ci porte d’ailleurs son nom) une entité mystérieuse qui parait presque vivante, divisée en une Basse Loge et une Haute Loge, dans laquelle se joue le destin du monde. On comprend rapidement que cette Maison des Jeux se trouve partout et nulle part à la fois et qu’elle permet d’accorder certaines bénédictions -ou malédictions aux joueur·euses en son sein. Elle contraint également des personnes extérieures à la servir pour diverses raisons, les transformant en cartes qui sont remises aux joueur·euses au début d’une partie. Cell·eux-ci doivent alors les utiliser avec subtilité et fine intelligence pour en tirer le maximum.

Il y a ensuite Venise en elle-même, une ville rendue tangible et presque vivante par l’efficacité de l’écriture de Claire North et où, comme il se doit, on assiste à une intrigue politique de grande envergure qui ne l’est pourtant pas tant que ça lorsqu’on comprend que la Maison des Jeux influe sur le destin du monde entier… Pourtant, Thene s’en sort brillamment en utilisant les ressources de son esprit uniquement. La stratégie politique est mise à l’honneur et maîtrisée avec brio. Le personnage de Thene est tout à fait remarquable, au même titre que son évolution et sa force de caractère qui lui permettra de résister aux exactions de son mari.

La conclusion de l’ombre :
Ce premier tome de la Maison des Jeux est une réussite phénoménale à mes yeux. Je l’ai dévoré en une seule séance de lecture tant j’ai été charmée par le style littéraire de l’autrice et la maîtrise de son intrigue. Il se hisse sans effort parmi les meilleurs UHL proposés jusqu’ici par le Bélial et je ne peux que vous en recommander chaudement la lecture.

D’autres avis : Les chroniques du ChroniqueurL’Épaule d’OrionAu pays des cave trollsQuoi de neuf sur ma pile ?Le nocher des livresOutrelivres – vous ?

Informations éditoriales :
Le Serpent, premier tome de la Maison des Jeux écrit par Claire North. Traduction : Michel Pagel. Éditeur : Le Bélial. Illustration de couverture : Aurélie Police. Prix : 10,90 euros au format papier, 4,99 euros au format numérique.

À l’ombre du Japon #50 { Premier contact avec… Bakemonogatari }

Un peu d’histoire…
Le premier tome de cette série date de mai 2019 et j’ai tout de suite été attirée par la couverture. Il faut dire que le dessin de Oh ! Great à qui on doit également la série Air Gear (dont je garde un vague mais bon souvenir) est d’une qualité exceptionnelle. Pourquoi avoir attendu presque trois ans, dans ce cas ? Et bien tout simplement parce que le résumé parlait d’un lycée mordu par un vampire…

Et franchement, j’en ai ma claque des vampires.

J’en suis à un stade de rejet pathologique alors même que j’adorais cette créature et que j’ai du lire presque tout ce qu’on a écrit sur le sujet entre le début de la parution d’Anita Blake et 2017 / 2018. Bon, j’exagère, mais pas loin… Du coup, j’ai reposé le manga et j’ai acheté autre chose.

Puis récemment, j’ai vu la couverture du tome 13 et mon petit cœur a fondu alors même que C’EST CLICHÉ BORDEL. Tout dans la composition de cette couverture l’est mais je ne sais pas, ça a réveillé quelque chose en moi. Ne cherchez pas. Je me suis donc dit que j’avais peut-être jugé un peu vite, que parfois les histoires de vampires, c’est bien… Et en plus j’avais rien à acheter d’autre là tout de suite… Et c’est bien de découvrir de nouvelles choses…

Bref j’ai acheté le tome 1, puis j’ai lu le tome 1, puis… Puis j’ai acheté les tomes 2 et 3. Et j’envisage d’acheter le 4. Pourquoi seulement « envisage » ? On va y revenir.

De quoi ça parle ?
Koyomi Araragi est un lycée qui a été récemment mordu par une vieille vampire sauf que le premier tome ne tourne pas du tout autour de lui et les deux suivants non plus, pas que. Sa sensibilité aux choses surnaturelles lui permet de découvrir le problème d’une camarade de classe, la glaciale Hitagi, dont le poids a été volé par un kami…

Hitagi est un personnage étrange, atypique, froide et violente, qui s’exprime d’une drôle de façon et m’a tout de suite intriguée. Je ne sais pas encore comment me positionner à son sujet toutefois j’ai envie d’en savoir plus. Quant à Koyomi, il m’a un peu rappelé Ichigo en moins sanguin -il a même deux petites sœurs… Il semble disposer d’un cerveau en état de marche, il a des poses stylées et dégage une aura qui me plait bien. Mais…

Ce foutu fan-service.
Il y a du fan-service modèle géant sur les personnages féminins. Dans le premier tome, ça tourne autour d’une adolescente de dix-sept ans (ce qui est habituel dans les mangas quoi que problématique aussi on ne va pas se mentir) mais dans le suivant, on montre la culotte d’une collégienne à plusieurs reprises et on voit Koyomi renifler l’intérieur de sa chaussure, pour une raison qui m’échappe.

D’un côté, il y a une logique à ce fan service puisque Koyomi est un adolescent et que je me rappelle avoir aussi été obsédée par le sexe et les attributs sexuels des personnes autour de moi à cette époque. J’étais intriguée parce qu’il y avait ce tabou autour du sujet, donc forcément… Ça fait partie de l’adolescence et ce serait plutôt malhonnête de ma part que d’affirmer le contraire. Je pense d’ailleurs que c’est le cas de beaucoup de gens et même si je ne suis plus comme ça aujourd’hui, je ne dois pas pour autant me poser en donneuse de leçons.

Bref, les hormones travaillent donc Koyomi, pourtant il ne se comporte pas comme un gros lourd obsessionnel et la narration montre qu’il est davantage intéressé par la personnalité des femmes que leur corps -même si leur corps l’intéresse aussi. Du coup, je n’arrive pas à me positionner vraiment sur la présence de ce fan-service, justement parce qu’il ne définit par le manga. De plus, quand la culotte de la collégienne est dessinée, Koyomi répète à plusieurs reprises qu’il n’est pas un pédophile et ne fantasme pas sur les filles plus jeunes que lui. Le problème c’est de définir pourquoi les auteurs se sentent obligés de sexualiser les femmes, surtout les mineures (en même temps on n’a pas encore croisé de femme adulte dans le manga hormis la vampire qui a mordu Koyomi mais on en sait trop peu sur elle), tout en tenant à côté un discours qui laisse penser qu’ils ne veulent pas les ramener qu’à leur corps…

Cette ambiguïté me perturbe et ça m’agace. J’ai envie de lire le quatrième tome pour voir comment l’histoire évolue et d’un autre côté, je n’ai pas envie de fermer les yeux sur cet aspect fan service, peu importe à quel point le dessin est magnifique et maîtrisé. D’un autre côté, si je veux être parfaitement honnête, les hommes sont aussi exposés d’une manière semblable. L’exorciste est torse nu la plupart du temps et on voit ses abdos bien dessinés, il est clairement sexy à sa manière, un peu style Urahara (décidément les parallèles avec Bleach…). C’est moins le cas pour Koyomi mais il n’en reste pas moins agréable à regarder dans le genre beau gosse ténébreux. Du coup j’ai un peu l’impression que tout le monde est sexualisé, finalement, et que c’est un parti-pris des auteurs. Un parti-pris qui se justifie aussi sur le fait que régulièrement, les histoires de vampire impliquent implicitement une érotisation. Ça pourrait être un argument qui expliquerait peut-être que ça me dérange moins (hormis pour la collégienne).

Et le scénario qui balaie les scrupules…
J’essaie de prendre du recul sur cette question complexe et de vous partager mes réflexions. Vous avez tout à fait le droit de décider que je me trouve des excuses ! Je n’ai aucune réponse à apporter. Toutefois, je tente de poser un regard critique sur cette question, motivée sans doute par la maîtrise scénaristique de NisiOisiN qui n’est probablement pas pour rien dans mon dilemme. Je l’ai dit plus haut, Bakemonogatari ne se réduit pas aux culottes, aux seins et aux abdos bien dessinés. L’histoire qui est racontée dans les trois premiers tomes me parait solide quoi qu’encore à ses débuts, sombre aussi comme j’aime et la psychologie des personnages, qu’ils soient féminins ou masculins, vraiment bien maîtrisées. Il y a une justesse dans le traitement des émotions négatives et dans la noirceur ambiante qui me fait me demander si, finalement, les instants culottes ne sont pas là pour offrir un peu de respiration au lectorat et ne pas le noyer dans les ténèbres.

Est-ce pour autant la meilleure technique ? Non. Pas à mes yeux. Mais je sais que je vais quand même lire au moins le tome 4 pour voir et que si l’histoire continue de m’ensorceler, je vais poursuivre. Sauf si les auteurs tombent dans les considérations pédophiles. J’ose espérer que ça aurait créé un scandale et que j’en aurais entendu parler, si c’était le cas.

Est-ce que je recommande cette série ? Après tout, vous êtes un peu là pour ça je suppose… Et bien oui, si le fan-service n’est pas un problème pour vous. Je réserve évidemment mon jugement final pour plus tard car je débute à peine mais à la lecture des trois premiers tomes, j’ai vraiment envie de voir au-delà.

Petite information ludique pour clôturer ce billet : chaque tome propose une jaquette réversible ! Il y a donc à chaque fois deux illustrations, dont une cachée, et un crayonné sur la couverture en elle-même. J’aime beaucoup.

D’autres avis : pas que je sache mais manifestez-vous !

Informations éditoriales :
Bakemonogatari scénarisé par NisiOisiN, dessiné par Oh ! Great. Éditeur : Pika. Traduction : Yohan Leclerc. Prix par volume : 7,20 euros. Série en cours de publication.