À l’ombre du Japon #46 : { Je m’instruis sur l’histoire du manga moderne ! }

Ohayô minasan !

En discutant avec mes étudiants qui souhaitaient un cours dédié au manga pour apprendre à connaître ce genre (ce sont des adultes, parents pour la plupart, pas forcément des consommateurs de mangas à l’exception de deux élèves, iels sont donc curieux.ses de comprendre), je me suis rendue compte que je ne possédais pas énormément de connaissances sur l’histoire de ce format que j’adore pourtant. Je me suis donc rendue chez Kazabulles et j’ai demandé conseil d’un ouvrage de référence. C’est ainsi que j’en suis venue à lire Histoire(s) du manga moderne (1952 – 2020) de Matthieu Pinon et Laurent Lefebvre chez Ynnis Editions.

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J’ai trouvé leur travail passionnant et bien documenté, raison pour laquelle j’ai eu envie de lui consacrer un article sur le blog.

L’ouvrage contient plusieurs parties. La première est une introduction à l’histoire du Japon, de sa politique, des grands moments historiques avant le 20e siècle afin de poser le contexte. On arrive ensuite dans le vif du sujet où 69 pages doubles sont consacrées à la présentation de mangakas, chacun illustrant une année, ce qui est prétexte à l’ajout d’un contexte historique, social, politique et culturel plus poussé sur la page de droite alors que celle de gauche se consacre à l’œuvre du ou de la mangaka en question. C’est donc un ouvrage historique plutôt bien documenté qui m’a fait découvrir des auteur.ices que je ne connaissais pas ou que de nom mais qui m’a aussi donné une nouvelle perspective pour celles et ceux que je connaissais déjà.

À ce stade, j’ai une petite remarque. Je sais qu’il n’était pas possible d’inclure tous les mangakas et je trouve les choix réalisés plutôt excellents dans l’ensemble. Toutefois, j’ai été surprise de ne pas trouver de page dédiée à Kishimoto (Naruto), Kubo (Bleach) ou même Mashima (Fairy Tail) vu l’influence qu’ont eu ces auteurs sur la scène manga, du moins j’en avais le sentiment. Je me serais contentée d’une page double, comme ça a été le cas pour Yana Toboso qui partage sa page avec Natsumi Aida (un scan-dale, Yana Toboso mérite une pleine page voyons ! Mais au moins est-elle là, j’en ai été ravie).

Autre remarque, certaines personnes pourraient regretter qu’il y ait plus de mangakas masculins plutôt que féminins qui sont représentés mais j’ai trouvé que les auteurs équilibraient bien les choses en parlant des figurines féminines importantes dans l’histoire de ce format. Ce n’est pas de leur faute s’il s’agit d’un milieu très masculin, au départ…

Une fois ce premier tour d’horizon effectué, une première conclusion précède des pages thématiques qui rassemblent les mangas non plus par auteur.ice mais par contenu : les mangas qui parlent de mangaka, de sport, d’humour, de robot, d’otaku, de boy’s love, vie de quartier, cuisine, esprit de combat, fin du Japon… J’ai bien aimé cette idée d’autant qu’ils précisent si les mangas sont ou non en arrêt de commercialisation sur le marché français. C’est très chouette d’alterner les formes de présentation comme ça.

L’ouvrage continue en interrogeant des éditeurs et des libraires sur le marché du manga en France. C’est la partie que j’ai trouvé la plus riche car elle nous en apprend beaucoup sur la manière dont une série se négocie mais aussi comment la relation entre les éditeurs français et japonais a évolué au fil du temps ou encore le rapport qu’ont les mangakas avec leur traduction chez nous.

Du côté des libraires, le livre évoque la question de la scantrad (les bénévoles qui traduisent les chapitres qui sortent au Japon et permettent leur lecture gratuitement par le plus grand nombre) et du fait que l’expansion d’Internet a complètement réécrit les règles du marché du manga, si bien que les éditeurs (japonais comme français) doivent s’adapter pour survivre et réfléchir à un nouveau modèle économique. Modèle qu’ils n’ont pas encore trouvé, d’ailleurs, car le point sur la situation actuelle des magazines de prépublication est affolant, surtout quand on compare à leur âge d’or…

Le débat est lancé ! L’un des libraires dit clairement que les gens qui veulent uniquement du contenu gratuit ne se rendent pas compte des conséquences de leurs actes puisque c’est retirer le pain de la bouche des créateur.ices. La problématique existe d’ailleurs également en roman et dans le milieu de l’édition de manière générale. C’est important d’y réfléchir et de questionner nos habitudes de lecture pour permettre aux artistes de continuer à exercer leur métier, de préférence dans de bonnes conditions. Plus d’une fois, l’ouvrage témoigne en effet des conditions de vie des mangakas et plusieurs d’entre eux sont décédés de surmenage… C’est glaçant.

Bref, Histoire(s) du manga moderne ne se contente pas de compiler des portraits de mangaka fameux.ses, les deux auteurs ont réalisé un travail de recherche impressionnant qui fait de cet ouvrage un texte de référence pour toute personne passionnée par le manga, par l’histoire du Japon et par les questions éditoriales modernes. Je n’ai rien trouvé de vraiment négatif, pas même le prix de 29.90 euros qui pourrait freiner certain.es mais vu la qualité du papier, le contenu couleur et l’épaisseur du volume, je trouve qu’Ynnis s’efforce de rester accessible à toutes les bourses.

Bref, si ces thèmes vous intéressent, n’attendez plus pour acquérir cet ouvrage.

FOCUS sur… Arcane, un chef-d’œuvre d’animation.

Bonjour tout le monde !

Je n’écris d’habitude pas sur les séries que je regarde mais je vais faire une exception pour le chef d’œuvre qu’est Arcane.

(les images présentent cet article sont la propriété de RIOT et ne servent qu’à illustrer mon propos.)

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Avant-propos : RIOT et moi.
Il me parait important de poser un peu le contexte. Je joue à League of Legends depuis 2011 / 2012 soit une petite dizaine d’années, presque depuis le début du jeu. Avec WoW (que j’ai fini par arrêter), c’est le jeu qui m’a tenu le plus longtemps sur la durée et sur lequel je suis devenue une hardcore gameuse (que je ne suis plus aujourd’hui parce que vie d’adulte, tout ça…). Il y a une époque où je jouais tous les jours jusque tard dans la nuit, à enchaîner les parties en équipe avec une bande d’amis. De bons souvenirs.

Donc même si le jeu n’est pas parfait, que j’y ai eu des hauts et des bas, on peut dire que je suis passionnée. Il n’y a pas que le jeu en lui-même qui a su captiver mon intérêt mais aussi tout le lore créé autour, toutes les histoires des différents personnages, les évènements thématiques organisés, bref les bonus créés par RIOT qui va jusqu’à monter des groupes de musique virtuels (KDA, Pentakill, True Damage), élaborer des clips vidéos, des cinématiques, des cérémonies d’ouverture de folie aussi pour les championnats du monde… League of Legends n’a jamais été « juste » un jeu. C’est un univers complet, bien plus qu’il n’y parait et quoi qu’en disent ses détracteurs.

Mais il y manquait quelque chose. Quelque chose que j’attendais personnellement depuis des années.

Le film. Ou, dans ce cas-ci, la série.

Au départ, quand Arcane a été annoncé, je ne savais pas trop quoi penser. La bande-annonce et les premières images promettaient sur le plan visuel mais j’avoue n’avoir aucune grosse affinité avec les personnages de Piltover (à l’exception d’Orianna qui n’est pas présente ici) et de Zaun. Je trouvais Jinx cool, j’ai toujours bien aimé la voir apparaître dans un clip ou l’autre (l’inoubliable chanson Get Jinxed par exemple qui apparait en clin d’oeil dans la série) mais ça n’allait pas plus loin. J’étais donc impatiente… et un peu déçue aussi de ne pas voir mes personnages favoris mis en avant. Surtout que j’étais persuadée que les premières à avoir droit à leur série, ce seraient forcément d’abord Lux puis Ashe.

Mais j’avais confiance en RIOT malgré tout, parce qu’ils ont toujours fait les choses bien.
Même comme ça, je n’étais pas prête.
Définitivement pas prête pour la claque astronomique que je me suis prise avec le visionnage de ces trois parties. Et c’est la raison pour laquelle je vous en parle sur le blog.

Arcane, de quoi ça parle ?
À Piltover, la cité du progrès, un jeune chercheur découvre une nouvelle source d’énergie mêlant magie et technologie, qu’il souhaite exploiter pour aider les habitants alors que son vieux mentor craint que des esprits mal intentionnés ne s’en servent comme d’une arme. Parallèlement, dans les bas fonds de la ville, Vi et sa sœur Powder survivent comme elles peuvent alors que l’ombre de Silco s’étend sur elles…

Des personnages forts.
Arcane a été divisé et diffusé en trois parties contenant chacune trois épisodes. La première partie se concentre sur la jeunesse des personnages, que ce soit Vi, Powder, Ekko, Jayce, Viktor, Caitlyn… L’histoire passe d’un personnage à l’autre, permettant ainsi de comprendre facilement les enjeux mais également les grandes disparités sociales qui existent entre le haut et le bas de Piltover.

Vi et Powder sont sœurs, elles ont perdu leurs parents dans un raid des forces de l’ordre de Piltover et ont été recueillies par Vander, qui maintient l’ordre dans les bas fonds. Vi est l’aînée, elle sait user de ses poings pour défendre sa cadette, qui préfère inventer des gadgets qu’elle espère réussir à faire fonctionner un jour.

Ekko est un jeune orphelin passionné de mécanique qui travaille dans une petite boutique des bas fonds de la cité. Il est ami avec Vi et Powder.

Jayce est le fils d’industriels qui fabriquent des marteaux. Il est fasciné par la magie depuis l’enfance car un arcaniste a sauvé la vie de sa mère. Il est persuadé qu’on peut allier technologie et magie et mène des recherches dans ce sens.

Caitlyn est fille d’une famille influente du Conseil de Piltover et amie de Jayce. Elle est très douée au tir et veut entrer dans les forces de l’ordre, malgré la désapprobation de sa mère.

Enfin, Viktor est un jeune homme malade et handicapé physiquement qui vient de la basse cité et a décidé de s’en extirper. Il a rencontré Heimerdinger, membre du conseil, qui a été impressionné par son intelligence et sa force de caractère, au point d’en faire son assistant. Viktor va s’intéresser aux recherches de Jayce et l’aider dans celles-ci. Ils vont devenir amis.

D’autres personnages du jeu sont présents de manière secondaire, avec toute une série d’easter eggs mais je ne vais pas tout vous dévoiler non plus ! Sans compter qu’évidemment, leurs destins et lignes narratives vont se croiser à un moment ou à un autre, ce qui remettra en question leurs préconceptions…

Les personnages sont la première grande force de la série tout comme ils sont celle du jeu League of Legends. Ce ne sont pas simplement des archétypes, ils possèdent une personnalité bien affirmée et subtile. Ici, pas de manichéisme. Au contraire ! Ces personnages vivent tellement que j’ai regardé la série en me passionnant pour Viktor, alors que dans le jeu, il ne m’a jamais intéressé… De même, la série ne se restreint pas à mettre en scène des champions du jeu. Elle créé de nouveaux protagonistes, comme Silco et Vander, qui sont passionnants chacun à leur façon. Même si Silco porte l’étiquette du « méchant », je pense qu’il serait plus judicieux de le qualifier d’antagoniste, et encore… tout dépend du côté duquel on se place.

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Selon moi, c’est l’un des personnages les plus réussis parce qu’il restera ambigu jusqu’à la toute fin, avec d’un côté ses ambitions, la manière brutale dont il tente de concrétiser son objectif mais aussi sa relation avec Jinx. C’était sublime.

Les grandes thématiques :
La série traite de nombreuses thématiques mais on peut en retenir certaines avant les autres. Premièrement, il s’agit de dépeindre une lutte des classes très à propos dans l’époque à laquelle on vit. Elle a ceci de différent que les habitants des bas quartiers se battent plutôt pour obtenir une indépendance de Piltover et donc fonder la nation de Zaun, imaginée par Silco et pour laquelle il va œuvrer durant toute la série.

Deuxièmement, on y parle de développement technologique et on illustre l’adage selon lequel l’enfer est pavé de bonnes intentions. Viktor et Jayce sont jeunes, idéalistes, ils veulent aider les gens, mettre au point des outils pour soutenir les ouvriers dans leurs travaux pénibles, en s’aidant de la technologie Hextech qu’ils développent. Même si Heimerdinger les met en garde sur les risques et sur l’importance d’y aller doucement, ils n’écouteront évidemment pas, encore moins une fois que Piltover sera frontalement menacée par Jinx…

Outre ces éléments, on y parle de relations familiales difficiles, de résilience, on y dépeint une société en souffrance comme on tire une sonnette d’alarme.

Un rythme narratif inégalable.
J’ai parlé des personnages, des thèmes, il me faut donc maintenant parler de la construction narrative et de la manière brillante dont les scénaristes ont agencé les éléments pour permettre aux personnes qui n’ont jamais joué au jeu de s’immerger totalement tout en surprenant les joueurs / fans. Les trois premiers épisodes posent les bases, un peu l’origin story des protagonistes, afin de comprendre où ils en sont une fois que commence l’épisode 4, qui se déroule quelques années après les trois premiers.

Aucune scène d’exposition artificielle, aucun moment qui sonne creux ou faux. Tout est construit d’une manière à ce qu’on ne sente pas passer les 42 minutes de chaque épisode. C’est incroyablement fluide. Les scènes fortes s’enchainent, s’alternent avec des affrontements superbement chorégraphiés. Du génie.

Un visuel impeccable.
Mais ce qu’on retiendra peut-être avant tout ce que j’ai évoqué, c’est l’aspect visuel qui, pour une série télévisée, a son importance. C’est le studio français Fortiche qu’on retrouve à l’animation, studio qui s’occupait déjà notamment des clips KDA. Ils n’en sont pas à leur première collaboration avec RIOT, donc, et pas la dernière j’espère parce qu’ils gèrent tellement que j’en pleurerais de joie.

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Ce n’est pas qu’une question de design des personnages, c’est aussi une ambiance, une finesse dans les décors. Il suffit de voir la dichotomie criante entre Piltover et ce qui deviendra Zaun qui se traduit au niveau des couleurs et des textures mais aussi l’intelligence avec laquelle ont été chorégraphiées certaines scènes de combat, comme celle entre Ekko et Jinx ou entre Vi et Sevika.

Des musiques inoubliables.
Pour compléter l’ensemble, on peut compter sur Imagine Dragon (qui n’en est pas non plus à sa première collaboration avec RIOT, comment oublier Warriors, l’hymne des worlds de 2014 ?) pour signer un générique efficace mais aussi sur de nombreux autres artistes qui apportent une BO électro trash de folie. Je fredonne Enemy depuis trois semaines… J’écoute les musiques en boucle, je crois que ma préférée restera quand même Dirty Little Animals de Bones UK.

Arcane, c’est pour qui ?
Vous vous posez peut-être la question. En tout cas, on me l’a beaucoup posée sur Twitter après que j’ai partagé mon enthousiasme sur les trois premiers épisodes. Beaucoup de gens pensaient qu’il fallait absolument jouer à League of Legends pour apprécier Arcane mais ce n’est pas le cas du tout, au contraire.

Vous aimerez Arcane si vous appréciez l’esthétique steam / cyber punk, si vous aimez l’animation adulte sérieuse, si vous aimez les intrigues solides aux thématiques plurielles et que vous ne craignez pas de finir en PLS à la fin de l’épisode 9 qui m’a foutu une telle claque que je n’en suis toujours pas remise actuellement.

Pour moi, Arcane est une pépite. Un chef-d’œuvre. Je n’ai plus été aussi enthousiaste au sujet d’une série depuis longtemps et la dernière fois, ça devait être Rick et Morty. Autant dire qu’on est sur deux catégories très différentes… Alors n’hésitez pas à laisser sa chance à cette série, elle vaut le coup.

Et vous, avez-vous regardé Arcane ? Qu’en avez-vous pensé ?
Est-ce que ça vous tente ? 

Bilan mensuel de l’ombre #41 – novembre 2021

Bonjour tout le monde !
Où est passé le mois de novembre ? Quelqu’un a une idée ? Non parce que je n’en reviens pas que, demain, on soit déjà le 1er décembre… C’est effrayant, surtout quand je jette un œil à mes lectures du mois.

Mes lectures de novembre – romans et formats courts

Et ce sera d’ailleurs une rubrique courte puisque j’ai lu deux romans et une novella sur tout le mois… J’ai commencé novembre avec Widjigo d’Estelle Faye qui ne m’a pas convaincue plus que cela, malheureusement, au contraire de la majorité de la blogosphère. J’ai été au bout parce que j’apprécie l’autrice mais ce n’était tout simplement pas un livre fait pour moi. Ensuite, j’ai lu Vertèbres de Morgane Caussarieu sur lequel j’ai écrit un long billet où je parle de type de narration, entre autre. Dans l’ensemble, ça a été une agréable lecture que j’ai dévoré d’une traite.
Enfin, j’ai terminé avec Sur la route d’Aldébaran d’Adrian Tchaikovsky qui m’a époustouflée pour son sense of wonder mais il m’a manqué quelque chose pour vraiment me plonger dedans. En réalité, je me suis un peu ennuyée durant ma lecture au point de regarder sans arrêt le numéro de page pour voir si j’approchais de la fin. Dommage ! Mais ça ne m’empêchera pas d’écrire dessus prochainement.

Mes lectures de novembre – les mangas

La première chose que j’ai fait en octobre niveau lecture, ça a été de terminer Tokyo Ghoul avec les tomes 9 à 14. Je ressors assez déçue de cette relecture, comme je l’expliquais dans mon billet. J’avais donc besoin de retourner sur des valeurs sures et, sans surprise, le tome 19 de Beastars ainsi que le tome 6 des Carnets de l’Apothicaire ont été à la hauteur de mes attentes. Ouf ! Après ça, j’ai lu la suite de Card Captor Sakura Clear Card Arc et j’ai décidé de ne pas poursuivre cette série au delà du 3e tome parce que j’y retrouve le même schéma que dans les tomes de base et même si c’est mignon et mieux dessiné, ça ne suffit pas à maintenir mon intérêt. Enfin, j’ai lu le 4e tome de Toilet Bound Hanako-Kun qui tient toujours la distance, j’aime l’univers et les personnages, le sombre qui se mélange à l’humour, ça me rappelle un peu Black Butler (l’esthétique victorienne en moins évidemment).

Pour un total de 11 volumes lus !

Mes lectures de novembre – les BD

En me fiant à l’excellent avis d’Orion, j’ai décidé d’acquérir et de lire les deux tomes de la BD MacBeth, Roi d’Écosse que j’ai beaucoup apprécié, autant sur l’esthétique que sur le découpage. Je n’ai pas grand chose à en dire de plus donc je n’ai pas écrit de billet à son sujet.

Mes lectures de novembre – non-fiction
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J’ai également consacré une partie de mon temps à lire un ouvrage sur l’histoire du manga, qui était très intéressant et bien construit. Un billet lui sera bientôt consacré car j’ai vraiment envie d’en parler et de vous le partager.

La PàL de l’ombre :
Plutôt que de vous donner des chiffres, je vais vous donner des titres ! Je me suis rendue compte que c’était bien plus représentatif…
En numérique : Et dieu se leva du pied gauche d’Oren Miller chez l’Homme sans nom / Le roi sombre d’Oren Miller chez l’Homme sans nom / Diaspora de Greg Egan au Bélial / Un océan de rouille de C. Robert Cargill chez AMI / Stigmata de CJ Sterne chez MxM / 1, 2, 3… Vampires ! de Bertrand Crapez chez Livr’S / Et j’abattrai l’arrogance des tyrans de Marie-Fleur Albecker aux Forges de Vulcain / Ne sautez pas ! de Frédéric Ernotte chez Lajouanie / Voile vers Sarance de Guy Gavriel Kay chez l’Atalante / Paris-Capitale de Feldrik Rivat chez l’Homme sans Nom / Le Sicilien de Carl Pineau chez Lajouanie / La dixième muse d’Alexandra Koszelyk aux Forges de Vulcain / Nocturnes de Laurent Fétis chez ActuSF / Le Proscrit de Simon R. Green chez l’Atalante.
En papier : Une histoire de genre de Lexie chez Marabout / Sans foi ni loi de Marion Brunet chez PKJ / Dans la toile du temps d’Adrian Tchaikovsky chez Folio SF / Le robot qui rêvait d’Isaac Asimov chez J’ai Lu / Les héritiers de Brisaine #2 de David Bry chez Nathan / Bifrost n° 104 / La main gauche de la nuit d’Ursula K. Le Guin.
En manga : Denjin N (Pika)
BD & Comics : Courtney Crumrin, intégrale 1 / TiZombie, tome 3 / Automnal /

Le focus de l’ombre : 
Deux grandes annonces dans ce focus ! Déjà, l’amie Trollesse reprend le challenge des formats courts qui vous tiendra chaud l’hiver. Toutes les informations se trouvent au bout de ce lien

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Ensuite, l’ami Apophis annonce une nouvelle version de son guide des genres et sous-genres en SFFF, qui sera payante et n’aura normalement pas d’équivalent papier. Sauf si on prie suffisamment ? En tout cas, j’espère qu’AMI entendra notre ferveur ! Toutes les informations dans son billet.

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Les petits bonheurs :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. Ce mois-ci j’ai surtout envie de parler du salon Mons Livre qui s’est déroulé les 27 et 28 novembre. Ça a été l’occasion de retrouver le noyau dur de l’équipe Livr’S, de passer de bons moments, de décompresser un coup… Le retour à la réalité a vraiment été difficile mais ça valait le coup. En plus, lors de ce salon, j’ai appris une excellente nouvelle que je ne peux pas encore partager mais ça m’a vraiment rendue très heureuse. Stay tuned !

Et voilà, ce bilan est (déjà ?) terminé. J’espère que son contenu vous a intéressé et que vous avez passé un bon mois de novembre. Je vous souhaite de bien profiter du dernier mois de 2021, en espérant que le sort nous soit un peu favorable…

Prenez soin de vous !

Vertèbres – Morgane Caussarieu

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Vertèbres
est un roman fantastico-horrifique écrit par l’autrice française Morgane Caussarieu. Publié au Diable Vauvert, vous trouverez ce texte au prix de 17 euros partout en librairie.

De quoi ça parle ?
En 1997, dans une station balnéaire des Landes, Jonathan, dix ans, est enlevé par une femme dans une camionnette. Il réapparait une semaine plus tard et n’est plus tout à fait le même…

Le problème de la narration « journal intime » (selon moi).
Le roman possède une double narration. Celle du point de vue de Sasha, dix ans (enfin, neuf ans et demi), qui écrit dans son journal intime Diddl et celle de Marylou, la mère de Jonathan. Je vais m’arrêter sur chacune d’elles en commençant par Sasha puisque cela va me permettre de partager une petite réflexion sur la forme du récit.

L’utilisation du journal intime est quelque chose qu’on retrouve régulièrement en littérature, que ce soit blanche ou de l’imaginaire. L’auteur.ice se projette dans son personnage et se met dans sa peau pour confier à un journal, au format papier ou numérique, tout ce qu’il vit, pense, ressent de manière générale, comme cela a pu nous arriver à tous.te un jour dans notre vie. Le problème que j’ai avec cette façon d’écrire, c’est qu’elle demande une sacrée suspension de l’incrédulité de la part du lecteur.ice ou une certaine maestria de la part de l’auteur.ice pour être crédible.

En effet, il est probable qu’un jour dans votre enfance ou dans votre vie, vous ayez tenu un journal intime. Cela a été mon cas et quand je lis ces journaux fictifs, je n’ai jamais le sentiment de lire un véritable journal intime. J’ai conscience qu’il s’agit d’un trucage littéraire pour se montrer original, le souci c’est que quitte à opter pour une narration hors du commun, autant pousser le concept jusqu’au bout comme le font certains éditeurs, en incluant des ratures, des fautes d’orthographe, en acceptant que tout ne soit pas dit ou pas clair, etc. au lieu de se cantonner à la langue littéraire telle qu’on l’attend dans un livre, bien proprette, avec un certain vocabulaire et des phrases qui n’ont pas de sens comme d’écrire dans le journal qu’on s’arrête prendre une pause pipi… De plus, trouver des dialogues au sein d’un journal intime n’a pas de sens (personne n’a une aussi bonne mémoire…), pas plus que des descriptions précises qui donnent le sentiment d’être dans un roman. On oublie trop souvent qu’un journal intime n’a, en théorie, pas pour vocation d’être lu par quelqu’un. C’est quelque chose de personnel, ce qui implique qu’il ne doit pas forcément contenir des explications ou des justifications.

Ici, l’autrice fait comme si Diddl était une entité vivante à laquelle Sasha se confie, la petite fille l’interpelle d’ailleurs plusieurs fois. Cela pourrait être une justification au format, sauf que non. Personne ne raconte une histoire de manière littéraire à qui que ce soit, à l’oral ou à l’écrit. On résume toujours. Du coup, le trucage tombe à l’eau puisqu’on pourrait tout aussi bien avoir une narration à la première personne au sens classique du terme, comme on le voit régulièrement en littérature young-adult (mais pas que).

Malheureusement, Vertèbres n’a pas fait exception à mon sentiment par rapport à ce type de narration. Je n’ai cru à aucun moment être en train de lire le journal d’une petite fille de dix ans, encore moins neuf ans et demi. Déjà à cause du souci expliqué plus haut mais également à cause du langage qui fait faussement naïf. Aucun enfant de dix ans ne s’exprime de cette manière, n’a autant de vocabulaire, n’inclut autant de références, sans faute de langage ou même d’orthographe, et la plupart des enfants n’ont pas la maturité émotionnelle pour exprimer tout ce que partage Sasha. Et je ne parle pas du fait qu’elle se genre au masculin en affirmant ne pas vouloir être une petite fille. Au contraire, je suis persuadée qu’il y a des enfants qui n’ont pas envie de se conformer à leur genre de naissance, sans tout l’aspect théorique que nous, adultes, mettons derrière cela, et qui se comportent donc comme leur cœur le leur dicte. C’est un aspect que j’ai beaucoup apprécié dans ce personnage car on en voit assez peu finalement, surtout traité de manière frontale. On ressent vraiment son cri du cœur, son désespoir, du fait d’être dans un corps de fille, avec tout ce que ça implique comme normes sociales.

L’émotion est donc là mais c’est tout le contours qui me gêne. Si Sasha avait été un/e adolescent/e, je ne dis pas, mais là… À mon goût (et c’est tout personnel) cette partie du récit aurait été plus efficace avec une narration classique à la troisième personne (où l’autrice aurait pu jouer sur les pronoms pour embrouiller le.a lecteur.ice) ou mieux, avec une narration à la deuxième personne, comme c’est le cas pour Marylou.

Je précise que ça ne m’a pas empêché de m’y plonger mais j’ai profité de l’occasion pour écrire un peu sur le sujet.

Écrire en « tu », une prise de risque qui paie.
Je me suis régalée des chapitres consacrés à Marylou, la mère de Jonathan. Non seulement le personnage ne manquait pas d’intérêt mais en prime, je suis une fervente partisane de la narration en « tu », qu’on retrouve malheureusement assez peu au sein de la littérature, pour une raison qui m’échappe complètement. Selon moi, c’est une façon efficace et différente de mettre un personnage face à ses contradictions, de dévoiler ses secrets sans que cela ne paraisse artificiel (comme dans une narration en « je ») ou trop descriptif (comme dans une narration classique à la troisième personne) mais aussi de rythmer le récit. En général, une narration en « tu » implique des phrases courtes, percutantes, ça en devient musical à la lecture et honnêtement, j’adore.

Parce que Marylou n’est pas qu’une mère éplorée. On découvre petit à petit le portrait d’une femme laissée seule avec sa maternité, qui a reconstruit sa vie autour de son enfant dont elle ne voulait pas vraiment au départ, qui l’a couvé, sans réussir à couper le cordon, qui a été jusqu’à certaines extrémités pour ne pas le laisser s’en aller. C’est une bonne mère, Marylou, enfin, elle essaie et ça la mène à perpétrer des actes qui en terrifieront plus d’un.e. C’est glaçant et fascinant. Dans ces parties, j’ai retrouvé la touche dérangeante sans être gratuite qui m’a fait aimer les romans de Morgane Caussarieu quand j’ai commencé à lire l’autrice il y a maintenant quelques années. J’espère qu’elle se prêtera de nouveau à l’exercice de cette narration dans ses prochains textes.

Un roman à ne pas mettre entre toutes les mains.
Il me semble nécessaire de le préciser car on y parle d’enlèvement, de maltraitance, d’abus divers (et sexuels) sur des enfants, de maltraitance animale assez sanglante… On n’est pas au stade d’un Je suis ton ombre mais on s’en rapproche et il vaut mieux le savoir avant de se lancer dans la lecture de Vertèbres. J’ai lu des chroniques chez des blogpotes qui ont été chamboulés, qui ont lu ce livre à un mauvais moment pour eux et ce serait quand même dommage de passer à côté à cause de ça.

Parce qu’outre ces éléments qui paraissent de prime abord négatifs, Vertèbres est aussi (et surtout ?) un roman qui transpire la nostalgie des années 1990 avec de très nombreuses références (vous vous souvenez des Minikeums ? Et du minitel ?) bienvenues. On y retrouve des éléments classiques du mythe loup-garou et on repart sur un texte horrifique qui rappelle un peu (sur le principe de base quoi) la série Stranger Things dans son ambiance aussi rétro que sanglante. Pourtant, l’aspect fantastique sert surtout, à mon sens, de métaphore sur la fin de l’enfance et l’entrée dans la puberté, avec tout ce que cela comporte de cauchemardesque.

C’est aussi une histoire d’amitiés, l’amitié qui unit trois enfants laissés pour compte, rejetés parce qu’ils sont différents, pas nés dans la bonne famille, qui ne vivent pas au bon endroit. Une amitié qui parvient à passer outre l’horreur qu’inspire la condition de Jonathan mais ne résiste pourtant pas à tous les affronts.

Enfin, c’est une histoire de monstres dans tout ce que ce terme a de pluriel. Monstres, humains ou non, sont légions comme toujours dans les romans de cette autrice.

Et ça fonctionne. Même si je n’ai pas accroché à la façon de raconter la partie de Sasha, l’histoire est rythmée correctement et jouit d’une richesse thématique surprenante. Je l’ai d’ailleurs lu d’une traite, on ne sent pas les pages se tourner et bien qu’on devine comment ça va s’achever si on connait un peu l’autrice et qu’on a l’habitude de ce genre littéraire, ce n’est à aucun moment ennuyeux ou mal fichu.

Je n’irais toutefois pas jusqu’à dire, comme l’indique l’éditeur sur la quatrième de couverture, que Morgane Caussarieu signe ici son roman le plus ambitieux. Pas à mon goût, en tout cas (et c’est tout personnel comme remarque). Mais elle signe un bon texte qui mérite d’être lu à condition que les TW dont j’ai parlé ne vous posent pas de problèmes.

La conclusion de l’ombre : 
Vertèbres est un roman fantastico-horrifique qui traite du mythe du loup-garou dans les années 1990. Un petit garçon de dix ans disparait pendant une semaine et revient profondément changé. L’autrice choisit de raconter l’histoire du point de vue de Sasha, dix ans également et meilleure amie de Jonathan (la victime) ainsi que de Marylou, la mère de Jonathan. L’alternance des points de vue et des narrations (un journal intime et une narration en « tu ») offre une certaine profondeur au récit crade et malsain, comme Morgane Caussarieu les écrit si bien. Ce n’est pas un texte à mettre entre toutes les mains toutefois je suis ravie d’avoir eu l’occasion de le lire d’une traite.

D’autres avis : Au pays des cave trollsGromovarYuyineJae LouL’imaginaerum de SymphonieLe Dragon Galactique – vous ?

À l’ombre du Japon #45 : { Je (re)lis Tokyo Ghoul (et j’aurais du m’abstenir) – arc final }

Ohayô minasan !

Cinquième article sur le manga Tokyo Ghoul dont j’ai entrepris la relecture après en avoir eu envie pendant un moment. J’avais lu ce manga il y a quelques années, au moment de sa sortie je pense, et j’en gardais un excellent souvenir plus qu’enthousiaste. J’étais donc curieuse de savoir comment j’allais appréhender cette œuvre aujourd’hui… Et force est de constater que les trois derniers tomes n’ont vraiment pas été à la hauteur ni de ma mémoire, ni de mes attentes.

On en est où ?
(Re lire mes articles sur : Arc introductifArc du GourmetArc d’AogiriArc du Dr Kano )
Ken retourne à l’Antique pour poser ses questions au patron et comprendre qui est la mystérieuse Chouette à l’œil écarlate. Dans la foulée, il se confronte à Touka qui le remet à sa place en pointant le fait que personne ne lui a jamais demandé de se sacrifier pour qui que ce soit et qu’il agit comme un petit égoïste. Chamboulé par cette accusation, Ken décide de reprendre sa vie comme avant en tant que serveur de l’Antique. Pas de chance, le CCG est persuadé que la Chouette s’y cache et monte donc une opération d’envergure pour la débusquer. Le combat final arrive !

Comment gâcher un personnage prometteur.
Le premier gros reproche que j’ai à adresser à Sui Ishida c’est la façon dont il a bousillé le potentiel de son personnage principal. Après tout ce qui lui est arrivé et tout ce qu’il a entrepris pour atteindre son objectif (à savoir sauver ses amis), Ken abandonne tout en une page, le temps de se prendre une droite de Touka qui souligne que tous ses actes sont purement égoïstes puisqu’il agit ainsi uniquement pour ne pas se retrouver seul. Cela donne lieu à un court flashback où Ken se rend compte que oui, s’il veut sauver la vie de ses amis, c’est parce qu’il ne veut plus jamais souffrir de la solitude et qu’il devrait plutôt profiter d’eux tant qu’ils sont là.
Mais…
QUOI ?!
Je veux dire, déjà, vouloir sauver ses amis n’a rien de mal et reste un peu la base de tout manga shônen qui se respecte où on met toujours en avant l’importance de l’amitié (et même si j’ai du mal à le comprendre, Tokyo Ghoul est classé et vendu comme un shônen). Là où c’est problématique, c’est quand tu prends les décisions à leur place et que tu te tourmentes alors qu’iels n’ont rien demandé. Sur cet aspect, je rejoins volontiers Touka sauf qu’en théorie, la détermination du héros doit quand même se révéler plus forte que ça et si elle ne l’était pas, comment se fait-il que personne n’ait pu lui ouvrir les yeux avant ? Sans compter que le fait de ne pas vouloir se retrouver seul est presque présenté comme quelque chose de négatif alors que c’est humain, de souhaiter être entouré, protéger celleux qu’on aime…

Le pire n’est pas là… Je l’ai dit, le CCG lance un assaut final sur le café l’Antique qui pousse le patron et deux autres employés à se « sacrifier » afin de sauver les autres goules. Évidemment, pile au moment où Ken décide de retourner y travailler… Et plutôt que de respecter le choix de ces trois goules qui ont de bonnes raisons d’agir ainsi, il va foutre leur plan en l’air en se mêlant de la situation, pour un résultat final lamentable et un combat « au sommet » contre le meilleur inspecteur du CCG, Kisho Arima, dont on entend tout le temps parler mais qu’on ne voit jamais ou presque. Un combat réglé en deux coups de cuiller à pot (je n’exagère pas, c’est extrêmement court) et assez ridicule dans la manière dont Ken agonise.

Tout ça… pour ça ?

Parce que oui, Ken meurt ! Enfin… Celui qu’on connait, du moins. Il est présent dans Tokyo Ghoul RE: mais pas en tant que Ken Kaneki. C’est commode de perdre la mémoire parce que Mr Arima lui a fait un gros trou dans la tête, mh ? Littéralement. Son quinque lui a percé le cerveau et je suppose que les pouvoirs de régénération exceptionnels de Lize lui ont permis de s’en tirer, avec quelques séquelles mémorielles. Comme c’est pratiiiiiique. Et puisqu’il a été humain, fruit d’une expérience contre son gré, il rejoint une unité particulière au sein du CCG, composée de sujets d’expérimentation qui luttent contre les goules. Pas de chance, il va retrouver la mémoire au bout de plusieurs tomes… Et ne pas trop apprécier le lavage de cerveau.

À l’époque, fan absolue, j’ai lu Tokyo Ghoul :RE jusqu’au volume 9 puis j’avais arrêté parce que je trouvais que ça tournait en rond et je n’appréciais pas du tout la nouvelle personnalité de Ken, Sasaki. En relisant la série de base, j’avais pour projet de laisser une autre chance à cette suite et voir si ça valait la peine que j’achète les tomes suivants. Comme vous vous en doutez, mes projets ont changé et j’ai été me divulgâcher la fin pour voir si ça valait la peine de continuer.

Je vous le dis tout de suite : non. Je ne vais pas davantage en révéler mais selon moi, autant mettre son temps et son argent dans d’autres séries.

La notion de fin n’est pas la même pour tout le monde…
Peut-on vraiment parler de fin quand rien n’est résolu ? Il reste des centaines de question sans réponse lorsqu’on referme le quatorzième tome de Tokyo Ghoul. On ignore par exemple ce que devient Aogiri. On nous montre qui est en réalité responsable de l’agression de Lize et Ken du début de la série (et donc un peu à l’origine de tout ou presque) sauf qu’on n’explique pas du tout pourquoi. On ignore ce que deviennent les deux Chouettes, ce que sont devenus Touka, Nishiki, Shu, Hinami et tout un tas d’autres personnages qui n’ont pas participé à ce combat final alors qu’ils ont été présents depuis le début. Je suis désolée mais à mon sens, il ne s’agit pas d’une fin acceptable. J’ai le sentiment qu’on a obligé Sui Ishida à conclure trop vite ou que lui en avait assez, allez savoir. Le truc c’est qu’il y a une suite, en réalité, sous un autre titre… Donc si on l’a contraint à arrêter, pourquoi publier la suite ? C’est un grand mystère.

La suite, donc, le fameux Tokyo Ghoul :RE. Mais là aussi, quel intérêt de modifier le titre alors qu’il s’agit simplement de la suite directe ? Avec le même personnage principal, en plus ? Certes, amnésique une partie du temps… et alors ? Est-ce que ça justifiait une nouvelle série ? Surtout vu la manière dont cette nouvelle série se termine. On pourrait dire que plusieurs mois s’écoulent, ce qui justifierait cela mais ça a déjà été le cas après l’arc d’Aogiri donc la question demeure entière. Pour moi, Tokyo Ghoul aurait du continuer et compter trente tomes en tout au lieu de 14 d’un côté et 16 de l’autre. Il s’agit peut-être aussi d’un coup marketing pour contrer l’effet repoussoir qu’une série longue peut avoir sur certain.es lecteur.ices ? Si c’est le cas, ça ne vaut pas mieux que les maisons d’édition qui ne numérotent pas les romans pour sortir une saga déguisée…

Mon ressenti final.
Dire que je suis déçue tient de l’euphémisme, au point que j’enfreins ma règle de ne pas écrire sur ce qui me déplait. Le souci c’est qu’ayant entamé une relecture détaillée dans plusieurs articles, je ne pouvais décemment pas rester sans achever cette aventure en vous expliquant ce qui ne va pas, à mon sens, dans ce manga.
Peut-être que dans la version animée, ces défauts sont moins dérangeants. Je ne le sais pas, je n’ai pas regardé l’animé et je ne compte pas le faire. Dans la version papier, je peux dire que l’auteur s’est une fois de plus foiré sur les combats qui paraissent brouillons et sur sa mise en scène de manière générale. Je suis frustrée et presque en colère quand je vois le matériel de qualité que Sui Ishida avait entre les mains, les perspectives alléchantes, les bonnes idées, tout ça… Pour ça ? Vraiment ? J’ai presque envie de me remettre à écrire de la fanfiction pour m’enlever cette fichue frustration de l’esprit.

Relire une œuvre qu’on aime, la fausse bonne idée ?
Finalement, cette expérience m’aura fait remettre les choses en perspective et me rend plus prudente aussi dans les conseils de lecture que je peux donner. En effet, depuis plusieurs années, je classais Tokyo Ghoul dans le top 3 des meilleurs mangas de tous les temps… Il est clair aujourd’hui, si vous avez lu cet article en entier, que ce n’est plus le cas mais à quel moment exactement j’ai changé à ce point ? D’autant qu’en 2021, j’ai commencé à prendre le temps de relire des œuvres qui me plaisaient il y a quelques années. Ça a été un franc succès pour Tokyo Vice de Jake Adelstein tout comme pour le manga Black Butler avec lequel je me suis régalée tout au long des trente tomes déjà parus, sans une seule fausse note ou encore avec Im : Great Priest Imhotep qui a été un pur plaisir.

Alors pourquoi pas Tokyo Ghoul ? Je me suis posée la question, j’y ai réfléchi mais j’ignore vraiment ce qui a fait la différence. Peut-être qu’il y a cinq ou six ans je n’avais pas en main les cartes pour me rendre compte de toutes les maladresses narratives de l’auteur ? Que ma sensibilité à la mise en scène brouillonne n’était pas la même ? Il faut dire que j’ai énormément lu entre temps, non seulement du roman mais aussi du manga, chose que j’avais arrêté de faire pendant un temps sans trop savoir pour quelle raison. J’ai un peu le même souci avec la fantasy et la bit-lit : j’en ai tellement dévoré qu’à l’heure actuelle, il est très difficile de me faire aimer une œuvre de ce type parce que j’ai le sentiment que tout se ressemble, que j’ai déjà lu mieux, plus original. Vous voyez l’idée ? Je me dis qu’il doit y avoir des éléments de réponse au milieu de tout ça.

Pour conclure sur Tokyo Ghoul, il serait intéressant de voir si ces éléments problématiques ont été mieux gérés dans l’adaptation animée de l’œuvre toutefois je ne me sens pas la force de m’y confronter pour le moment. Cette question restera donc sans réponse, sauf si quelqu’un a déjà effectué l’expérience ! Et si c’est le cas, que la personne n’hésite pas à se manifester.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

Je participe au Winter short stories of SFFF !

Bonjour tout le monde !

Souvenez-vous, début d’année, j’avais lancé le #ProjetOmbre en reprise du #ProjetMaki. Il devait durer toute l’année mais plein de choses ont fait que ça s’est terminé plus tôt que prévu. Je vous invite à lire mon billet explicatif pour plus d’informations.

Heureusement, dans les sombres cavernes se trouvait une Trollesse bien décidée à ne pas laisser le format court se perdre dans les ombres… C’est ainsi que naquit le WSS (qui sera son petit nom officiel, au moins le temps de cet article.) !

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L’idéologie du challenge reste la même, simplement il se déroulera sur une période de temps plus courte afin de pouvoir optimiser le temps de lecture-sous-un-plaid. Je vous propose de lire le billet dédié sur le blog d’Au pays des cave Trolls pour en savoir plus et surtout, pour vous inscrire !

Cet article a deux objectifs. Le premier, attirer votre attention sur ce nouveau challenge car vous êtes peut-être passé.e à côté, pour une obscure raison. La seconde, vous partager mes intentions de lecture car je me suis inscrite avec l’objectif « troll des cavernes », ça ne rigole pas. Je compte aussi tenter de remplir un maximum de défis même si je n’ai pas forcément d’idée pour tous. En même temps, je ne connais pas encore le contenu des nouvelles, donc…

Voici une petite photo de ma PàL prévisionnelle !

À l’instar de Lune qui consacra son année à découvrir les intégrales de P. K. Dick, je compte participer au challenge en lisant au moins une fois par semaine une nouvelle tirée du recueil « le robot qui rêvait » d’Isaac Asimov avec le double objectif de découvrir un auteur classique de SF et de lire du format court, qui me convient bien mieux en ce moment. Ce recueil comporte 19 nouvelles pour un challenge de 18 semaines, cela fera donc une nouvelle par semaine et une semaine où je devrais en lire deux. Je vais aviser en fonction de mon intérêt pour ces textes. Je ne sais pas encore non plus sous quelle forme je vais écrire ma chronique mais elle sera probablement coupée en plusieurs parties afin d’évoquer chaque texte plus en profondeur.

Pour varier les plaisirs, je me garde également le 104e Bifrost (qui contient 4 nouvelles) et l’anthologie anniversaire pour les 21 ans d’ActuSF (5 nouvelles), qui traine depuis des mois dans ma PàL. Ce sera l’occasion !

Si je lis tout ce que je prévois, je devrais arriver à 28 nouvelles et donc atteindre l’objectif visé. Évidemment, comme en ce moment j’ai du mal à me motiver à lire et que je n’aime rien ou presque, il faudra voir si je m’y tiens… Sans compter que j’ai du mal pour les challenges, la plupart du temps. Mais je vais tout faire pour que ça soit une réussite !

Et vous, avez-vous prévu de participer ? 🙂 

À l’ombre du Japon #44 : { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du Dr Kano) }

Ohayô minasan !

Quatrième article concernant ma relecture de ce manga. J’y allais à reculons puisque, comme je l’expliquais dans mon dernier billet, la fin du tome 8 ne m’avait pas trop plu, ni l’arc d’Aogiri de manière générale que je trouvais mal géré et mal scénarisé. Le début du tome 9 m’a d’ailleurs fait craindre le pire mais j’ai eu tort de m’inquiéter. Voyons pourquoi !

Attention, cet article concerne les tomes 9 à 11 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

Où en est-on ?
L’histoire reprend six mois après les évènements du tome 8. Ken, en compagnie de Shu, Hinami et Banjo continue d’enquêter sur le passé de Lize tout en cherchant le docteur Kano. En parallèle, Amon obtient une promotion au sein du CCG et reçoit son premier subordonné à former, qui n’est autre que la fille de Mado, son ancien chef !

Deux axes narratifs clairs.
Sui Ishida rattrape l’un des gros soucis de sa narration précédente en cessant de multiplier les points de vue pour se concentrer sur deux personnages : Ken et Amon. Tant mieux, ce sont deux protagonistes intéressants qui permettent d’être au cœur de l’intrigue puisque Ken est tout de même le personnage principal (en théorie) et qu’Amon met le lecteur en contact avec le CCG ainsi que d’autres membres de l’organisation, qu’on apprend petit à petit à connaître et pour qui, donc, on développe un intérêt, même minime. Ce ne sont plus seulement des noms ni des bulles de dialogues informatifs balancés vite fait pour justifier leur présence. Des personnalités se dessinent et c’est tant mieux.

Un point sur le Docteur Kano.
Je vous ai parlé de ce médecin dans le tout premier article. Souvenez-vous ! C’est lui qui décide de greffer l’un des organes de Lize à Ken, afin de lui sauver la vie. On pourrait croire qu’il s’agit d’un déplorable accident mais on apprend ici de manière certaine (il y avait antérieurement quelques soupçons) que ce praticien a agi en connaissance de cause et s’est même servi de Ken pour mener à bien une expérience. On découvre également que Lize est vivante et sert de vivier d’organes qui sont greffés à d’autres humains pour tenter de créer des hybrides. Ç’avait toujours été un projet du docteur, même quand il travaillait pour le CCG, et il avait été écarté à cause des problèmes éthiques d’une telle démarche. Cela ne l’a pas empêché d’exercer dans la clinique privée familiale où il avait toute latitude pour saisir des occasions comme celles-là.

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Ainsi, on comprend que Ken n’est pas le seul hybride à l’œil écarlate. Il y en a au moins deux autres qui sont des expériences réussies (parmi ce qui semble être des centaines d’échecs…) à savoir des jumelles qui, ironie du sort, sont orphelines justement suite à une attaque de goules. Ici, Sui Ishida commence à tisser des liens entre ses différents personnages secondaires puisque ces deux filles ont également côtoyé Juzo, un jeune inspecteur du CCG complètement dingue, probablement sociopathe (dans le meilleur des cas). Leur affrontement et la manière dont Juzo est développé dans cet arc sont bien mieux amenés que les révélations antérieures sur d’autres personnages et c’est tant mieux. Peut-être une affaire de gain d’expérience ?

Le thème de l’expérience scientifique pour améliorer les humains en vue justement de défendre l’humanité n’a rien de nouveau et pose des questions aussi éthiques que philosophiques puisque Kano créé « des monstres » qui ne sont plus humains mais sont supposés les protéger quand même… Il me semble d’ailleurs que ce thème sera développé davantage dans Tokyo Ghoul : RE, de mémoire. On est ici en plein dans le transhumanisme avec tout ce que ça implique même si on ignore toujours d’où viennent les goules et depuis quand elles existent en tant qu’espèce en parallèle à l’humanité.

Ken, dans la tourmente.
Qu’a fait Ken durant ces six mois ? Il a enquêté mais pas que. Il a développé sa force en se nourrissant d’autres goules, toujours incapable de manger de la chair humaine là où celle de ses semblables parait un sacrifice acceptable. On l’apprend au détour d’une remarque de Shu, personnage dont on comprend difficilement les actes puisqu’un coup, c’est un vrai connard hautain et un autre, il s’improvise protecteur et parle de respect à ses ennemis. Je le cerne difficilement mais sa présence apporte réellement quelque chose au sein du groupe formé par Ken, ne fut-ce que sur un plan moral. On dirait que Ken veut l’avoir sous les yeux pour éviter justement de sombrer, ce qui ne fonctionne pas très bien…

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Parce que oui, manger de la chair d’autres goules et donc donner dans le vrai cannibalisme pur et dur n’est pas sans conséquence. Ken semble développer un trouble dissociatif de la personnalité quand il incarne le « scolopendre » (surnom donné par le CCG) et porte son masque. Il devient une personne différente, violente et très agressive, comme s’il laissait ses instincts prendre le dessus tout en essayant de les contrôler malgré tout du mieux qu’il peut. C’est intéressant parce qu’on sent qu’il essaie véritablement de rester « quelqu’un de bien » par tous les moyens. Sui Ishida illustre ici un combat pour ses valeurs face aux atrocités et aux difficultés du monde, soignant davantage l’aspect psychologique qu’il ne l’avait fait jusqu’ici.

Alors, mieux ou pas ?
Et bien oui, beaucoup mieux que l’arc d’Aogiri ! J’ignore si Sui Ishida a eu un accident de parcours mais les tomes 9 (passé les deux premiers chapitres) à 11 qui sont concernés par ce billet s’avèrent beaucoup plus intéressants à lire, mieux rythmés aussi (même s’il reste quelques longueurs) avec des affrontements intéressants et des révélations qui arrivent d’une façon plus harmonieuse. Je suis bien plus motivée à la perspective de (re)lire les trois derniers volumes que je ne l’étais à l’écriture de mon dernier billet.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

RÉFLEXION – s’il vous plait, les maisons d’édition : respectez votre lectorat !

Bonjour tout le monde !

Si vous me suivez sur Twitter, vous ne devriez pas être surpris.e de lire cet article aujourd’hui.

Petite mise en contexte :
Hier matin, j’ai commencé à lire le roman Three Dark Crowns de Kendare Blake chez Léha. Je l’avais acheté en librairie, attirée par le concept et par le fait qu’il y ait trois personnages féminins mis en avant. J’ai lu une centaine de pages avant de voir passer sur Twitter une chronique partagée par la maison d’édition. Dans cette chronique, Le Point explique qu’il s’agit d’un premier tome et que quand on arrive à la fin, on a hâte de lire la suite vu le gros twist.

Avant de m’énerver, j’ai quand même été vérifier sur mon exemplaire s’il n’y avait pas une mention « tome 1 » quelque part qui m’aurait échappée mais non. Rien sur la couverture, rien dans le résumé, rien non plus sur les premières pages ou dans les mentions légales. Par contre, dans la bibliographie de l’autrice fournie par l’éditeur il est bien noté « la série Three Dark Crowns » mais j’estime que c’est gravement insuffisant, comme une information donnée vite fait en espérant que personne ne s’en rende compte… J’ai quand même effectué une seconde vérification parce qu’il s’agissait peut-être de tomes indépendants. J’ai donc été lire le résumé du 2 et… Non, on y retrouve exactement les mêmes personnages, ça semble être une suite totalement directe, comme le sous-entend la chronique partagée par la maison d’édition d’ailleurs.

Je précise avant d’aller plus loin que si cette expérience a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, de nombreuses maisons d’édition comme Mnémos avec notamment Chevauche-Brumes (l’éditeur donne une explication à ce sujet suite au partage de cet article, vous pouvez la lire en cliquant ici), ActuSF avec Rouge Toxic et Rouge Venom qui sont deux tomes liés entre eux sans que ça soit mentionné ou encore Denoël qui est aussi pas mal doué pour ça encore récemment avec Vers Mars qui est la suite de Vers les étoiles avec la même héroïne et tout (cette liste n’est pas complète, j’ai noté les premiers titres qui me viennent à l’esprit) ont contribué à le remplir, ce vase. Mon but ici n’est pas de taper sur Léha (ni sur les autres) mais simplement, d’une part, de vous informer si vous comptiez lire ce roman (enfin cette saga donc…) et d’autre part, de discuter de ce qui est, pour moi, un vrai souci et une grosse rupture de confiance.

Lire en dehors de la blogosphère.
Je pense important de dédier au moins un paragraphe à une petite mise au point, parce que ça n’est pas toujours clair dans tous les esprits. La blogosphère SFFF est un microcosme, un entre-soi où on se connait tous.tes plus ou moins, ne fut-ce que de nom, où on échange régulièrement avec les mêmes personnes quand on lit des romans étiquetés « imaginaire adulte ». On a vite le sentiment que l’univers des lecteur.ices s’y réduit et j’oublie moi-même parfois que ce n’est pas le cas.

En réalité, je pense que plus de 90 si pas 95% du lectorat ne tient pas de blog et n’en lit même pas. Ces personnes achètent leurs romans en librairie et vont les emprunter à la bibliothèque, iels en parlent peut-être autour d’elleux mais c’est tout. Iels ne sont donc pas spécialement au courant de l’actualité littéraire, que ce soit française ou à l’étranger et s’en… moquent en fait. Nous appartenions tous.tes, auparavant, à cette catégorie de lecteur.ice. Personnellement, j’allais à la FNAC de ma ville (Kazabulles n’existait pas encore) je flânais dans le rayon SFFF (qui était surtout bit-lit B. à ce moment-là), je lisais un résumé, j’étais attirée par une couverture, mais je ne cherchais pas de références sur Internet. À la limite, je demandais conseil à la dame responsable du rayon et ça s’arrêtait là. C’est ainsi qu’agit la majorité du lectorat. Donc ce qui est une évidence pour les personnes qui lisent en VO ou qui sont au top de l’actualité littéraire SFFF francophone ne l’est pas pour la plupart des gens.

En voyant un roman sans mention de tomaison, l’innocent.e lecteur.ice pensera logiquement qu’il s’agit d’un volume unique et se fera avoir.

Une pratique malhonnête.
Je juge la pratique malhonnête de la part des maisons d’édition. J’ai conscience qu’une série se vend moins bien auprès du grand public, que c’est un pari du coup plus risqué, sauf que ça ne constitue en rien une excuse. En ce moment, je n’ai pas envie de m’investir dans des séries parce que je trouve davantage mon compte à lire du one-shot, du roman court ou de la novella. C’est mon droit le plus strict. Si j’ai arrêté les SP, c’était pour retrouver le contrôle de mes lectures. Le contrôle total. Avec des pratiques éditoriales comme celles-là, on m’en empêche et ce n’est pas normal. La confiance est déjà rompue à ce moment-là mais il reste encore un argument de poids…

Le budget ! Car oui, l’argent ne s’est toujours pas décidé à pousser sur les arbres (franchement, il abuse !). J’ai dépensé 20 euros pour un roman qui en comptera finalement trois autres sans compter deux novellas, si j’en crois la page de l’autrice. Rien que pour les romans, si le prix se maintient (et vu les problèmes de papier en ce moment, j’ai comme un doute), ça signifie qu’au lieu d’un investissement à 20 euros, je pars a priori sur un investissement à 80 euros ! Ce n’est plus vraiment la même chose et je sais que pour certain.es lecteur.ices, c’est une dépense trop importante qu’iels ne peuvent pas forcément se permettre. Idem pour les bibliothèques ! On m’a fait remarquer sur Twitter que ça arrivait sans arrêt au sein des bibliothèques de commander des romans qui sont en fait des premiers tomes déguisés. On oublie aisément que ces institutions ont des budgets très serrés…

Alors oui, c’est malhonnête et j’en ai marre. Les premières fois où j’ai été confrontée à cette pratique, je n’ai rien dit (rien osé dire, je l’avoue j’ai même parfois défendu les structures concernées en m’obligeant à croire que oui il s’agissait bien de tomes indépendants (NON en fait !!)) parce que ça concernait des auteurs que j’apprécie ou des maisons d’édition que je respectais encore à ce moment-là, avec lesquelles je travaillais. J’ai ressenti un malaise mais je n’avais pas les mots et j’osais moins rentrer dedans. Aujourd’hui, alors que je me suis détachée de ces structures en n’acceptant plus de services presses, je suis redevenue une simple lectrice qui paie ses romans et qui n’a pas envie d’être menée en bateau par une maison d’édition. Une simple lectrice qui se sent, du coup, le droit de dire qu’elle est contrariée.

J’ai payé pour un one-shot. J’ai reçu un premier tome.
Ce n’est pas la même chose. Pas du tout.
Et bien mon argent ira désormais à des maisons d’édition plus éthiques qui ont la décence d’inscrire la tomaison sur leur saga.
Si je n’avais pas acheté ce roman chez un librairie indépendant, j’aurais même été me le faire rembourser.
J’ai conscience que ça ne représente rien pour ces structures mais ça me permet d’être en paix avec moi-même que de prendre cette décision et de m’y tenir. Je n’appelle pas au boycotte, je n’essaie pas de lancer une révolution ou de culpabiliser les personnes qui n’y voient aucun problème. Chacun.e est libre de penser ce qu’iel veut et d’agir comme iel l’entend.

J’espère juste que l’un.e ou l’autre responsable éditoriale passera par ici et qu’iel réfléchira deux minutes sur cette problématique, la prochaine fois qu’on lui proposera de faire passer un tome 1 pour un one-shot.

S’il vous plait, respectez votre lectorat.

24 vues du Mont Fuji, par Hokusai – Roger Zelazny

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24 vues du Mont Fuji, par Hokusai
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur américain Roger Zelazny, qu’on ne présente plus. Publié dans la collection Une Heure Lumière du Bélial, vous trouverez ce texte au prix de 9.90 euros dans toutes les bonnes librairies.

Je n’avais pas lu le résumé avant de me lancer dans la découverte de ce dixième texte publié au sein de la collection Une Heure Lumière. Il me semblait que la blogosphère en parlait de manière très positive mais je craignais l’aspect contemplatif mit en avant par beaucoup car je sais que c’est quelque chose qui, normalement, me déplait.

Pourtant, j’ai bien apprécié la découverte.

De quoi ça parle ?
Suite au décès de son époux, Mari entreprend un voyage autour du Mont Fuji, choisissant 24 estampes dans Les Vues du mont Fuji, par Hokusai. Mais ce pèlerinage ne l’aide pas seulement dans son deuil, il lui permet aussi de se préparer à ce qui l’attend…

Qui est Hokusai ?
Commençons par le commencement… Le nom de ce peintre japonais à cheval sur le 18e et le 19e siècle ne vous dit peut-être rien mais vous avez déjà, je suis sûre, contemplé au moins l’une de ses œuvres, à savoir la célèbre vague qu’on voit un peu partout dans la pop culture. Je vous invite à consulter le site de la BNF qui vous permettra de (re)voir ces estampes gratuitement. Ce personnage bien réel quoi que décédé depuis longtemps est partie prenante de l’intrigue par deux points.
Le premier, c’est que Mari se sert de ses estampes pour son voyage et tente de superposer le Japon moderne (enfin des années 1980 puisque la novella est parue pour la première fois en 1985) à ce que Hokusai a représenté. Je regrette que le Bélial n’ait pas inséré les estampes concernées au-dessus de chaque chapitre mais rassurez-vous, les noms y sont à chaque fois et il suffit de consulter Internet pendant sa lecture pour avoir le visuel tout en lisant le chapitre qui y est consacré.
Le second, c’est que Hokusai semble présent aux côtés de Mari, sous forme de spectre mais un spectre majoritairement taiseux quoi que quelques interactions avec Mari soient décrites.

Et la science-fiction, dans tout ça ?
Peut-être vous posez-vous la question puisque je m’échine à décrire un roman qui semble un brin fantastique et très contemplatif. Et bien l’époux de Mari n’est pas vraiment décédé, il a plutôt changé d’état en parvenant en quelque sorte à numériser sa conscience. Il aimerait bien que sa femme le rejoigne dans le système, d’ailleurs, mais Mari… ça ne l’intéresse pas. Nous sommes donc au milieu des années quatre-vingt et on voit déjà des thématiques qu’on utilise énormément de nos jours. Non seulement cela évoque la question de l’immortalité (de l’esprit à défaut du corps) mais aussi des potentielles dérives ou profonds changements que cela pourrait entrainer.

Cette novella, en fait, se situe à la frontière des genres et confronte « l’ancien » avec le « nouveau » faute de meilleurs termes. Armée de son bâton, Mari va combattre des créatures faites d’énergie électrique, envoyées par son mari pour l’emmener dans le réseau, tout en continuant son pèlerinage avec un certain but en tête, but qu’on découvrira lors de l’avant-dernier chapitre.
C’est surprenant, vraiment, ce que Roger Zelazny est parvenu à faire en mélangeant ainsi les codes et les attentes des genres. J’ai ressenti une certaine surprise tout en avançant dans ma lecture, sans jamais vraiment me douter d’où j’allais arriver à la fin.

Mon seul regret, c’est d’avoir attendu aussi longtemps pour découvrir ce texte. Alors ne faites pas comme moi et foncez découvrir cette novella.

D’autres avis : L’épaule d’Orionle Culte d’ApophisL’ours inculteLorkhanLutin82Au pays des cave trollsle Dragon GalactiqueNevertwhereLes lectures du Maki – vous ?

Ici se cachent les monstres – Amelinda Bérubé

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Ici se cachent les monstres
est un roman young-adult horrifique écrit par l’autrice canadienne Amelinda Bérubé. Disponible aux éditions du Chat Noir dans la collection Cheshire, vous trouverez ce texte sur leur site Internet au prix de 19.90 euros.

De quoi ça parle ?
Avant toute chose je vous invite à ne PAS lire la quatrième de couverture qui dévoile un élément qui se passe après la moitié du roman. Ce n’est pas, en soi, un trop gros souci mais quand même, ça oriente la lecture.
Skye a seize ans et en a marre de sa sœur, Deirdre, qui fait tout (et surtout le pire) pour attirer l’attention. Leur déménagement à l’autre bout du pays semble être une bonne occasion de tout reprendre de zéro, de se faire de nouveaux amis. Évidemment, Deirdre prend très mal cette volonté qu’a sa sœur de rencontrer d’autres personnes. Alors quand Deirdre disparait, Skye pense d’abord à une fugue avant de se demander s’il n’y aurait pas quelque chose qui se cache dans ces bois…

Une histoire de sœurs.
Comme régulièrement quand Cécile Guillot repère un texte, on retrouve une histoire qui met principalement en scène des personnages féminins et même des sœurs dont la relation est, ici, compliquée. Tant mieux, j’adore !

Voilà des années que Skye protège Deirdre, Deirdre qui est si étrange, qui invente un monde imaginaire où elles sont toutes les deux des Reines et vivent des aventures dangereuses mais passionnantes. Sauf que les rumeurs vont vite et Deirdre devient un souffre douleur qu’il faut protéger des enfants cruels. Skye ira assez loin dans cette démarche. Après leur déménagement, elle estime que les choses doivent changer et que Deirdre doit apprendre à se débrouiller toute seule. Elle cesse donc leurs jeux, rencontre William, Sophie et Kevin, tente de s’inclure socialement tout en gérant les crises de folie de Deirdre qui créé des monstres à partir de morceaux d’os, de bâtons et de boue.

En tant que lectrice, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour Skye, tiraillée entre l’amour qu’elle porte à sa sœur et l’envie de vivre, légitimement, pour elle-même. La relation n’est jamais nommée comme toxique mais on la ressent ainsi à travers les pages. Deirdre apparait comme une petite fille immature et égoïste sauf que rien n’est aussi tranché. La narration à la première personne, du point de vue de Skye, empêche la balance de pencher totalement d’un côté ou de l’autre car rien n’est inscrit dans le marbre. Skye remet sans arrêt les choses en perspective en fonction des évènements et, en cela, j’ai trouvé le choix narratif bien exploité.

Une histoire d’horreur.
N’oublions pas qu’avant d’être un récit de famille ou une histoire de sœurs, Ici se cachent les monstres est un roman à l’ambiance horrifique bien maîtrisée, qui va crescendo à mesure que les trois parties du texte se dévoilent. Les descriptions de l’autrice sont simples et efficaces. Elle n’a besoin d’aucune fioriture pour décrire l’atmosphère qui entoure la forêt toute proche ou l’urgence qui devient de plus en plus prégnante à mesure que les créatures posent des ultimatums à Skye. L’aspect horrifique paraîtra probablement classique à certain.es lecteur.ices adeptes du genre, toutefois classique ne signifie pas mauvais (on ne le rappellera jamais assez) et il est assez rare que je tombe sur des textes d’une telle efficacité.

Une histoire… plurielle.
Ici se cachent les monstres est un page-turner efficace avec des protagonistes principales particulièrement bien réussies mais ce n’est pas son seul atout. En toile de fond, on y évoque aussi le harcèlement scolaire et ses conséquences tout en peignant le portrait d’une famille comme il en existe tant, avec une mère qui travaille trop et un père dépassé par les évènements, une aînée sur qui repose la charge familiale et une cadette en constant besoin d’attention. Le principe parait banal mais c’est justement parce qu’il est à la portée de compréhension de n’importe qui qu’il fonctionne aussi bien, qu’on se prend autant au jeu. De plus, le roman nous oblige à nous confronter à des questions dérangeantes sur les choix que nous ferions et les extrémités auxquelles nous serions prêtes à aller pour protéger quelqu’un de cher. Et c’est en ça qu’il est brillant puisqu’à l’instar de textes comme ceux d’Anya Allyn (traduits chez le même éditeur), il oblige le.a lecteur.ice à considérer la légitimité de ses certitudes et de ses préconceptions. L’autrice bannit le manichéisme de l’équation, ce dont je me réjouis.

La conclusion de l’ombre : 
Ici se cachent les monstres est une one-shot horrifique young adult efficace et nuancé. C’est un roman qui dérange parce que rien n’y est simple, le manichéisme n’y a pas sa place. J’ai adoré me plonger dans ce texte et je le recommande plus que chaudement aux amateur.ices d’horreur.

D’autres avis : pas encore !