La saga « Blackwater » de Michael McDowell

À moins de vivre dans une grotte depuis le mois d’avril, il est très probable que vous ayez entendu parler de Blackwater ou a minima, admiré les magnifiques couvertures de Pedro Oyarbide dans votre librairie. Moi-même je n’étais pas passée à côté mais je ne m’étais pas lancée dans la lecture, peu inspirée par le résumé du premier tome. Pourtant, à la toute fin du mois de juillet, au détour d’un rayon littérature, en les voyant pour la énième fois, je me suis dit : pourquoi pas.

Pourquoi pas, en effet, laisser sa chance à cette saga que tant de gens semblent apprécier ? Surtout à un prix aussi modique : 8,40 euros le tome pour un format poche de toute beauté qui plus est. Par prudence, j’ai acheté uniquement le tome 1 et ça a failli se terminer en drame car les tomes 4 et 6 connaissent actuellement une rupture de stock chez le diffuseur. Par chance pour moi, j’ai pu me procurer les six volumes en comptant sur le stock de plusieurs librairies et donc enchaîner pendant presque dix jours la lecture de cette saga familiale si passionnante. C’est simple, je n’ai rien lu d’autre pendant ce laps de temps et je n’avais de toute façon rien envie de lire d’autre.

Cette chronique portera donc sur les six volumes et parlera de la saga dans sa globalité, avec ses qualités et ses défauts car même si j’ai été très enthousiaste par ma lecture, je ne peux pas nier par exemple que le tome 6 est plus faible que le reste (hormis pour la fin que j’ai personnellement bien aimé même si elle semble diviser).

De quoi ça parle ?
L’histoire commence en 1919 alors que les flots submergent la petite ville de Perdido, au nord de l’Alabama. Le lendemain de la crue, Oscar Caskey, fils aîné de la famille Caskey qui sont de grands propriétaires terriens, secourt Elinor Dammert qui a tout perdu dans le drame. L’arrivée de cette inconnue ne plait pas du tout à la terrible Mary-Love Caskey, matriarche de la famille, déterminée à ce que personne ne remette en cause sa position.

Une saga familiale sur plusieurs décennies…
Blackwater est avant toute chose une histoire de famille, celle des Caskey, que l’on voit évoluer en parallèle du monde que nous connaissons et ce jusqu’à l’année 1969 où le tome 6 se termine. C’est donc cinquante ans que nous parcourons avec les Caskey et plusieurs générations que nous regardons naître autant que mourir. La narration et les évènements se concentrent principalement sur eux, sur leurs choix de vie, leurs amours, leurs rancœurs, brossant un portrait solide et parfois sordide de cette Amérique rurale. Pour se lancer dans la lecture, mieux vaut apprécier ce type d’histoire et ne pas s’attendre à quelque chose d’épique ou de grande envergure. J’ai conscience que cela ne plaira pas à tout le monde et surtout, que ce type de récit n’est pas exactement dans les habitudes de la plupart des gens qui lisent de la SFFF au 21e siècle, déjà pour le fond mais aussi par la forme. La manière dont on écrit un roman feuilleton n’est pas la même qu’un roman tout court, les scènes sont plus directes, comme des instantanés. On pense avant tout à l’efficacité, si bien que certain·es risquent de trouver certains points trop abrupts ou sortis de nulle part.

Si cela peut aider, sachez que la plupart des personnages dépeints sont des femmes qui possèdent du pouvoir. En fait, j’ai vu le qualificatif de « saga matriarcale » pour Blackwater avec lequel je ne peux qu’être d’accord. Les hommes ne sont pas absents du tableau mais plus on avance dans le temps et plus Michael McDowell donne vie à des personnages féminins qui s’émancipent et se construisent par elles-mêmes, pour elles-mêmes, avec une modernité plutôt surprenante pour l’époque. Certes, ces personnages n’inspirent pas toujours beaucoup de sympathie quand les sentiments à leur égard ne se modifient pas brutalement d’une scène à l’autre. Le fait est qu’elles inspirent quelque chose, elles ne laissent pas indifférentes, à aucun moment et si au début on pourrait être tenté de n’y voir que des stéréotypes, ce serait une erreur car oui, elles possèdent toutes un rôle bien défini, elles campent toutes un personnage-type pourrait-on dire, mais ça ne les empêche pas d’être vivantes, crédibles et de susciter de fortes émotions. L’un n’exclut pas l’autre. Pour ma part, je n’appréciais pas Elinor au début et il a fallu attendre plusieurs tomes pour que cela change. Sister m’inspirait de la pitié puis m’a carrément mise hors de moi. J’avais envie de gifler Queenie très fort puis j’en suis venue petit à petit à l’apprécier, comme le reste de la famille. Celle que je retiendrais le plus, pourtant, c’est Miriam qui est, à mon sens, le personnage le plus riche et le plus nuancé de la saga.

… avec une touche de surnaturel.
On comprend vite au fil des pages qu’il n’y a pas que ces relations qui importent. Les six tomes sont parsemés d’éléments surnaturels amenés d’abord par l’entremise du personnage d’Elinor, une jeune femme littéralement sortie de nulle part et qui dégage tout de suite une aura mystérieuse. À mesure que les tomes avancent, le surnaturel prend une place de plus en plus importante en tombant parfois dans des scènes carrément horrifiques, décrites très crûment sans pour autant devenir inutilement voyeuristes. J’ai apprécié ces petites touches de cruauté qui ressortent aussi bien au milieu des tracas familiaux et financiers.

Si tout cela fonctionne, c’est principalement grâce au style de Michael McDowell, traduit en français par Yoko Lacour et Hélène Charrier. N’ayant pas lu la version anglaise, il m’est difficile de comparer ou de porter un jugement qualitatif sur leur travail, toutefois j’ai été séduite par l’efficacité de la narration et la façon qu’a l’auteur, en quelques lignes, de dépeindre un personnage, une situation, les émotions que cela lui inspire, sans se perdre dans des longueurs inutiles. Je n’ai pas été étonnée d’apprendre que ç’avait été publié comme un feuilleton à l’époque car on le ressent très bien dans le rythme du récit.

Une aventure éditoriale osée.
On ne peut pas évoquer Blackwater sans parler de la façon si particulière dont Monsieur Toussaint Louverture a choisi de publier cette série. Originellement, Michael McDowell a publié un tome par mois entre janvier et juin 1983. Ici, l’éditeur français a décidé de publier un tome toutes les deux semaines entre les mois d’avril et juin 2022. Dans notre paysage éditorial, ça tient presque de la folie vu l’investissement colossal que cela implique, sur un plan financier comme logistique. Pourtant, le succès semble au rendez-vous puisque deux tomes sont actuellement en rupture et qu’absolument tout le monde en parle ou sait de quoi on parle quand on dit « Blackwater« .

Pour ne rien gâcher, l’édition proposée est vraiment soignée que ce soit par les majestueuses couvertures avec des dorures, le format aguicheur ou tout simplement un travail intérieur soigné. Sans compter les mentions éditoriales qui pensent à évoquer absolument toute personne impliquée dans le processus ainsi que d’expliquer les moyens par lesquels les livres ont été fabriqués, détails techniques à l’appui. Petit bonus, le mot « merci » au-dessus du code barre, adressé je suppose au lecteur et même si c’est un détail, j’y ai été sensible.

C’était, je pense, la première fois que je lisais un livre de cette maison d’édition mais ça ne sera certainement pas la dernière.

La conclusion de l’ombre :
Depuis quelques mois, je souffre d’un désintérêt régulier pour mes lectures. J’ai souvent l’impression que rien ne me passionne, ne me parle, ne me plait, à quelques exceptions qui heureusement entretiennent ma curiosité littéraire. Pourtant, pendant dix jours, j’ai été passionnée par Blackwater et ça m’a fait beaucoup de bien. C’est aussi la première fois de ma vie que je peux (et que je VEUX) enchaîner tous les tomes d’une saga à la suite pour en profiter pleinement. Je suis ravie par l’expérience et j’espère que vous serez nombreux·ses à oser vous lancer. Blackwater a beaucoup à offrir, surtout si vous aimez les sagas familiales qui sortent du lot, avec des personnages féminins marquants, un fond historique américain plutôt intéressant et surtout, un style d’écriture diablement efficace digne des plus grands feuilletonistes d’antan. Le tout sur du format poche à petit prix (8,40 euros) et à un nombre très raisonnable de page (entre 250 et 260 par tome).

D’autres avis : Le nocher des livresSometimes a bookDragon galactiqueL’ours inculteLorkhanGromovarFeygirlAu pays des cave trolls – vous ?

S4F3 : -> 11e lecture.
Informations éditoriales :
Blackwater, série en 6 volumes écrite par l’auteur Michael McDowell. Éditeur: Monsieur Toussaint Louverture. Traduction de l’anglais (États-Unis) par Yoko Lacour avec la participation de Hélène Charrier. Illustration de couverture par Pedro Oyarbide. Prix par volume : 8,40 euros.

Bifrost n°107 – spécial fictions

Ce 107e numéro de Bifrost est consacré à la fiction, c’est-à-dire qu’il y a davantage de nouvelles que d’habitude et qu’on ne trouve pas de dossier thématique. J’ai adoré ce format et même si j’ai conscience qu’il n’est pas possible, surtout sur un plan économique, de le réitérer souvent, j’espère que le Bélial n’attendra pas plusieurs années avant de nous en reproposer une. Surtout d’une telle qualité !

Comme toujours, je vais revenir sur chacune des nouvelles en la présentant succinctement avant de donner mon ressenti personnel.

Deux vérités, un mensonge de Sarah Pinsker
Traduction par Mélanie Fazi
Stella va aider Marco, un « ami d’enfance », à vider la maison de Denny, son frère récemment décédé. Denny souffre visiblement d’un syndrome de Diogène (il accumule tout ce qu’il trouve) et ça rend l’affaire compliquée. De plus, Stella tombe sur l’enregistrement d’une vieille émission télévisée, le Coin de l’oncle Bob, où un drôle de bonhomme raconte des histoires traumatisantes pendant que des enfants jouent autour de lui.

C’est la première fois que je lis un texte de cette autrice et certainement pas la dernière. Dés les premières lignes, on sent que quelque chose ne va pas mais Sarah Pinsker cache bien son jeu. La tension monte crescendo grâce à une indéniable maîtrise narrative. Les révélations finales sont aussi surprenantes que dérangeantes. Clairement, ce texte ne laisse pas indifférent.

Après les âges sombres de Jean-Marc Ligny
Daniel est un vieil homme qui mène une existence tranquille dans une ville ravagée après une sorte d’apocalypse. Il cultive ses légumes, vit avec des animaux, tout va bien jusqu’à ce que Kevin le remarque. Kevin appartient à un autre groupe de survivants qui est coincé sous terre depuis des années. Il est d’ailleurs le seul à vouloir sortir…

Cette nouvelle commence d’une manière plutôt calme, presque contemplative. L’action arrive en même temps que le personnage de Kevin et quelle action ! Malgré ses exactions, j’ai ressenti une certaine empathie à son encontre et j’ai apprécié le déroulé de la nouvelle dans son ensemble, particulièrement le final qui nous invite à réfléchir sur notre rapport à la nature.

Les Cinq éléments de l’esprit du cœur par Ken Liu
Traduction par Pierre-Paul Durastanti
Tyra est la seule survivante de la destruction de son vaisseau et elle agonise dans l’espace. Tentant le tout pour le tout, elle met le reste de son énergie dans un dernier saut qui l’amène à proximité d’une planète colonisée. Là-bas, elle est confrontée à un style de vie à des années lumières du sien. Les gens vivent en harmonie avec leur environnement et ressentent des myriades d’émotions.

Petit à petit, le lecteur va voir Tyra changer mais pas en mal. Elle s’ouvre à une culture différente, tombe même amoureuse, au point de ne plus envisager de repartir. De toute façon, avec les avancées technologiques de cette planète, c’est peine perdue… Le twist qui suit son sauvetage m’a surprise, dans le bon sens, par le message que fait passer l’auteur en nous invitant à davantage nous écouter, nous, notre corps, au lieu d’essayer d’entrer dans un moule aseptisé. Il précise également que sa nouvelle s’inspire des recherches d’un docteur en médecine sur le lien qui existe entre bactéries et émotions. Son article est renseigné pour qu’on puisse s’y intéresser nous aussi.

Ombres de Ketty Steward
Dans cette nouvelle, l’autrice imagine un monde où les dirigeants sont des dirigeantes qui ont la particularité d’être choisie uniquement sur base de leur investissement pour la société et non leur quête de pouvoir. De prime abord, l’idée semble bonne et apte à résoudre tous nos problèmes actuels.

Sauf qu’on comprend rapidement que la nature humaine peut reprendre le dessus dans un moment de faiblesse. J’ai trouvé le propos engagé et plutôt bien pensé, angoissant aussi et un peu dérangeant mais invitant à la remise en question. Pour moi, c’est un texte réussi.

Sarcophage de Ray Nayler
Traduction par Henry-Luc Planchat
Un homme est perdu sur une planète glacée avec un équipement de survie obsolète dont la charge baisse plus vite que prévu. On suit son avancée vers une base où il trouvera peut-être de l’aide pendant qu’il se rappelle de quelle manière il en est arrivé là.

C’est la nouvelle qui m’a le moins plu mais ça n’a rien avoir avec la qualité de son écriture. C’est simplement le type de récit qui n’est pas fait pour moi, j’y suis assez peu sensible de manière générale. J’ai par contre apprécié la fin.

Encore cinq ans d’Audrey Pleynet
Un homme propose d’endormir toute l’humanité pendant vingt ans afin de laisser le temps à la planète de se ressourcer. Lui ainsi que deux cent orphelins se chargeront de la maintenance des appareils de sommeil et d’aider la Terre à se remettre. Une solution comme une autre à notre urgence climatique…

Et ça fonctionne !
Sauf que…
Quand cet homme meurt un peu avant la fin du délai, les orphelins se demandent s’il ne faudrait pas attendre encore un peu car la planète en a besoin. Pourquoi pas encore cinq ans ?
Et ainsi de suite…

J’ai trouvé cette nouvelle absolument grandiose. Quel talent ! C’est la première fois que je lis un texte d’Audrey Pleynet et je comprends l’engouement que la blogosphère lui porte. Encore cinq ans est un texte engagé, redoutablement intelligent et subtil, qui m’a beaucoup parlé. C’est même celui que j’ai préféré d’entre tous.

La conclusion de l’ombre :
Si vous n’avez pas d’abonnement au Bifrost, je ne peux que vous encourager à vous procurer ce numéro car il contient six textes de grande qualité, tous très différents les uns des autres que ce soit pour le style d’écriture, les thématiques abordées, les époques mises en scène ou tout simplement la diversité des plumes qui sont autant françaises qu’étrangères. J’ai passé un très bon moment à découvrir ce que ce 107e opus nous réservait et j’espère que ce sera également votre cas.

D’autres avis : le Dragon galactiqueLes lectures du MakiGromovar – vous ?

S4F3 : 5e lecture.
Informations éditoriales :
Revue Bifrost n°107 publiée par Le Bélial. Auteur·ices et traducteur·ices précisé·es pour chaque texte. Illustration de couverture par Florence Magnin. Prix : 11,90 euros.

Les Indes fourbes – Ayroles & Guarnido


Qui de mieux qu’un libraire spécialisé en BD pour t’offrir une des meilleures BD que tu as pu lire dans ta vie ? Pour mon anniversaire, j’ai reçu les Indes fourbes dans une belle édition cartonnée de chez Delcourt avec des pages magnifiques et un signet en tissu qui ajoute une petite touche de style. Cette BD est une sorte de suite à un roman espagnol écrit durant le 17e siècle et intitulé « El Buscón ». Ce texte met en scène le personnage de Pablos, un gueux qui a des rêves de gloire et qui va vivre tout un tas d’aventures rocambolesques.

Les images utilisées dans cet article le sont à seule fin de promotion de l’ouvrage. Elles appartiennent à l’éditeur et à son dessinateur. 

C’est ce personnage de Pablos qu’on retrouve à son arrivée dans les Indes (comprenez pour l’époque, en Amérique du Sud) puisque c’est là-bas qu’il se rend à la fin du roman qui aurait du avoir une suite mais n’en aura jamais. Ces deux auteurs se sont donc associés pour la lui offrir !

Le lecteur découvre Pablos en très mauvais état. Au seuil de la mort, il a une histoire à raconter à un homme puissant, une histoire à propos d’un certain Eldorado qu’il aurait vu de ses propres yeux… Le premier chapitre (sur trois que compte la BD) est donc consacré à ce récit fabuleux où Pablos digresse dans les grandes largeurs, en profitant aussi pour parler de lui, de son enfance, de son parcours, ce qui a le don d’agacer son interlocuteur…

Jusqu’ici, un lecteur naïf pensera qu’il s’agit d’une simple histoire sur la conquête de l’Amérique du Sud et sur l’obsession de l’or qui y est immanquablement attachée. On se rend compte grâce aux chapitres suivants que c’est bien davantage…

Car Pablos n’est pas sans rappeler un certain Mycroft Canner puisqu’il ballade allègrement son lectorat en lui racontant pléthores de mensonges ou en modifiant la vérité comme cela l’arrange lui. Ainsi, après ce premier chapitre, on découvre un plan surprenant mené à bien par Pablos pour s’emparer de l’or puis, dans la dernière partie, on en revient à la vérité plus crue, moins romanesque. C’est ce chapitre trois qui a su le plus me toucher et me remuer, surtout mis en lumière avec les éléments narrés dans le premier. J’accroche volontiers à une narration de ce genre, encore faut-il qu’on la maîtrise et heureusement, c’est le cas d’Alain Ayroles, scénariste français auquel je vais m’intéresser de plus près.

J’ai tout trouvé dans cette bande-dessinée : non seulement un scénario solide et brillamment découpé mais également des planches d’une beauté à couper le souffle, comme vous pouvez le voir ci-dessous sur une page dédiée à un décor marin. J’ai souvent pris le temps de m’arrêter sur les décors, sur les détails, sur la caractérisation des personnages. Juanjo Guarnido possède un style extraordinaire qui convient parfaitement bien à cette histoire. Je vous laisse juger sur les planches disponibles sur le site de l’éditeur.

En clair, je ne peux que vous encourager à acquérir ce magnifique ouvrage. Pour peu que vous aimiez les protagonistes filous et les manipulations scénaristiques, pour peu que vous ayez un goût certain pour la beauté des planches de Guarnido, ce titre devrait vite devenir un indispensable dans votre bédéthèque.

D’autres avis : Les blablas de Tachan – vous ?

Informations éditoriales :
Les Indes fourbes scénarisé par Alain Ayroles, dessiné par Juanjo Guarnido. Éditeur : Delcourt. Prix : entre 35 et 45 euros selon la version.

Bilan mensuel de l’ombre #48 – juillet 2022

Le mois de juillet a filé beaucoup trop vite même si, paradoxalement, il m’a semblé s’étirer longtemps. C’est donc l’heure, deux jours après le début du mois d’août, de vous parler un peu de mes premières lectures estivales. Comme vous allez le voir, il y a beaucoup d’œuvres graphiques.

Mes lectures de juillet : les textes

En pleine panne de lecture, j’ai préféré me tourner vers des textes courts afin de minimiser mes risques d’abandon. C’est ainsi que j’ai découvert le très bon Opexx de Laurent Genefort dans la collection Une Heure Lumière ainsi que Des bêtes fabuleuses de Priya Sharma, Hors-série 2022 de cette même collection. Deux lectures plutôt intéressantes et de bonne facture, comme régulièrement au Bélial.
Après ça, je suis restée sur le format court en découvrant une anthologie de science-fiction japonaise intitulée La Machine à indifférence et autres nouvelles qui, à l’exception de deux textes, n’a pas su réellement me convaincre. J’en ai longuement parlé dans un billet qui lui a été consacré.
Après cela, j’ai lu le très bon l’Évangile selon Myriam de Ketty Steward chez Mnémos, qui était un service presse numérique. J’ai mis du temps à me lancer et il s’est avéré que ce roman est une excellente surprise doté d’une grande richesse sur le fond comme sur la forme.
Enfin, j’ai terminé avec la lecture du Bifrost spécial fictions qui contenait six textes donc cinq réellement enthousiasmants. Je vais essayer d’écrire un petit billet à son sujet pour le mois prochain.

J’ai donc théoriquement lu 1 seul roman et 13 textes courts. Pas mal finalement !

Mes lectures de juillet – les mangas :

Juillet, c’est le mois de la Japan Expo donc j’ai lu pas mal de mangas très différents ! Je vais essayer de me montrer succincte mais complète pour chacun des titres.
J’ai continué Bakemonogatari avec le tome 6. Je suis toujours convaincue par cette série, j’ai d’ailleurs acheté les deux suivants qui attendent gentiment dans ma PàL.
J’ai découvert le tome 2 de De nous il ne restera que des cendres mais je n’ai pas du tout apprécié son contenu. C’était prévisible, inintéressant et les personnages féminins ne sont que des caricatures qui n’existent que par et pour leur obsession envers un homme.
J’ai lu le tome 3 de Sasaki et Miyano qui certes ne fait pas beaucoup avancer l’intrigue mais la douceur qui s’en dégage me plait beaucoup, ça fait du bien. Je vais continuer !
J’ai continué ma lecture d’Iruma à l’école des démons avec les tomes 4 à 6 et je suis toujours aussi enthousiaste ! J’adore, c’est fun, bien fichu, cette série a tout pour plaire.
Après ça j’ai testé les deux tomes de While, un manga auto-édité français qui s’est avéré être une bonne surprise dans l’ensemble malgré quelques défauts.
Pour finir, j’ai commencé à lire certains cadeaux reçus pour mon anniversaire et ça s’est un peu corsé. Le premier tome de Bad Company est plutôt bon (et extrêmement bien dessiné) mais très violent sur un plan psychologique. Il m’a mise mal à l’aise et je sais que je ne vais pas continuer. J’ai ensuite lu le premier tome de Kiruro Kill Me mais contrairement à ce qu’on m’avait vendu, je ne l’ai pas trouvé drôle du tout ^^ » et même plutôt lourd, à la limite de la malaisance. Heureusement, le premier tome d’Horimiya rattrape tout ça en posant les bases d’une tranche de vie intéressante entre deux personnages lycéens qui ont su me toucher.

Ce qui fait en tout 11 volumes lus !

Mes lectures de juillet – BD et comics :

Deux titres très qualitatifs ce mois-ci qui m’ont tout les deux été offerts, en plus ! J’ai commencé avec les Indes Fourbes, une BD dont on va reparler ce vendredi et qui atteint un niveau proche de la perfection. Le dessin est renversant, le scénario solide et surprenant, je ne peux que vous la recommander.
J’ai ensuite lu à la toute fin du mois le premier tome de Cotton Tales qui a su m’enchanter avec son dessin onirique victorien et son intrigue mystérieuse avec quelques relents très sombres. Je suis curieuse de lire la suite.

Ma lecture charnière :
Je cède enfin à la mode Blackwater ! J’ai commencé la lecture du premier volume et même si je n’ai lu que le prologue et le premier chapitre, j’apprécie le style et l’ambiance. On verra si cet intérêt restera sur la durée…
« Pâques 1919, alors que les flots menaçant Perdido submergent cette petite ville du nord de l’Alabama, un clan de riches propriétaires terriens, les Caskey, doivent faire face aux avaries de leurs scieries, à la perte de leur bois et aux incalculables dégâts provoqués par l’implacable crue de la rivière Blackwater.
Menés par Mary-Love, la puissante matriarche aux mille tours, et par Oscar, son fils dévoué, les Caskey s’apprêtent à se relever… mais c’est sans compter l’arrivée, aussi soudaine que mystérieuse, d’une séduisante étrangère, Elinor Dammert, jeune femme au passé trouble, dont le seul dessein semble être de vouloir conquérir sa place parmi les Caskey. »

Le focus de l’ombre :
Aujourd’hui j’ai envie de revenir sur un tag qui a accompagné bon nombre d’entre nous durant le mois de juillet à savoir les 10 autrices incontournables en SFFF. Il y a eu de très très nombreuses listes (plus d’une centaine à l’heure actuelle !) certaines sur des blogs, d’autres sur les réseaux sociaux directement. Nevertwhere, à l’origine de l’initiative, en tient normalement le listing sur son article de présentation et c’est super impressionnant. Si vous n’avez pas encore participé, je vous invite à le faire et si vous voulez piocher de bonnes idées lectures, c’est un incontournable à consulter…

Les petits bonheurs :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie.
Juillet a été un mois assez riche en beaux moments même s’il y a eu quelques accrocs et déceptions (mais ce sont les petits bonheurs alors je suis positive !). Je repense par exemple à mon anniversaire où j’ai pu réunir énormément de gens qui comptaient pour moi au même endroit afin de passer du temps de qualité en leur compagnie. Je repense aussi à la Japan Expo car même s’il y a eu des moments compliqués, dans l’ensemble, je suis très contente d’avoir découvert ce festival ainsi que tous·tes les créateur·ices sur place.

Et voilà, ce bilan s’achève déjà ! J’espère que vous avez passé un beau mois de juillet et que août sera à la hauteur de vos attentes. Prenez soin de vous ♥

À l’ombre du Japon #55 { à la découverte d’un manga auto-édité français : While }

J’aurais pu renommer ma rubrique pour l’occasion, vous me direz…

Vous le savez, je me suis rendue à la Japan Expo mi juillet et j’avais envie de découvrir des artistes indépendants, d’ouvrir mes horizons. J’ai eu entre les mains un certain nombre de mangas peu intéressants, pas très propres ni prometteurs sur leur intrigue mais je suis quand même parvenue à dénicher quelques titres qui me semblaient intéressants et suffisamment aboutis pour que j’ai envie de les lire. C’est ainsi que je suis repartie avec le diptyque While de JennyMiki.

Un mot sur l’ouvrage en lui-même :
Déjà, premier bon point : l’intérieur est propre et donne un sentiment de professionnalisme. J’aurais pu sans problème croire que les planches venaient d’une autrice professionnelle éditée par une structure solide sans les fautes d’orthographe présentes déjà sur les quatrièmes de couverture. Mais bon, il n’y en a « que » une dizaine sur les deux tomes alors je préfère passer au-dessus pour me concentrer sur le reste. Directement, j’ai été séduite donc par ce dessin maîtrisé et propre dont vous aurez un exemple un peu plus bas. Je précise que l’extrait appartient à son autrice et que vous pouvez lire le manga en ligne gratuitement sur le lien référencé dans les informations éditoriales. 

Ensuite, la lecture se fait dans le sens asiatique ! Ce qui est assez surprenant car c’est loin d’être une constante. Certains trouveront peut-être cela ridicule mais pas moi, je suis assez carrée là-dessus et lire un manga dans le sens de lecture occidental, ça me perturbe (par contre une BD, ça va, cherchez l’erreur…)

De quoi ça parle ?
Luna n’a pas une vie facile mais elle fait en sorte de garder le moral. Un matin, elle tombe du toit de l’université après s’être isolée et reprend conscience dans un endroit étrange. Très vite, elle y meurt… et y revit en boucle. Que fait-elle ici ? Qui est le mystérieux Y qui lui écrit des mots sur des bouts de papier ? Est-elle vraiment seule ?

Le manga m’a été présenté comme traitant de dépression et je m’attendais donc à lire une tranche de vie. Je n’ai pas jeté un œil au résumé avant d’entamer ma lecture si bien que j’ai été assez surprise par la tournure du récit. Pourtant, on ne m’a pas menti. Si, de prime abord, While ressemble à une sorte de survival horror, dans les faits, il est davantage que cela mais il faut s’accrocher un peu pour s’en rendre compte…

Un début longuet et répétitif.
Le premier chapitre est assez efficace et met bien les éléments en place. On rencontre Luna qui apprend une mauvaise nouvelle et on ne sait pas exactement si elle a sauté du toit ou s’il s’agit d’un accident. Quand elle arrive dans cet endroit étrange -qui s’avère être un autre monde- la violence n’attend pas pour se manifester. Jusque là, tout va bien, c’est après que ça se corse car Luna se retrouve à mourir souvent de tout un tas de façons différentes, à oublier ce qui se passe entre chaque mort… Et vous le savez si vous me lisez souvent : le trope de l’amnésie, ça a tendance à me taper sur le système.

Mais le « pire » reste la répétition du schéma narratif car Luna n’est évidemment pas seule et va rencontrer de nouveaux personnages. On comprend via Y que ce n’est pas normal du tout et on se demande vraiment pourquoi ces personnes se retrouvent ensemble, d’autant qu’elles ont des attitudes étranges -qui sont toutefois justifiées dans le tome 2.

Mais…
J’aurais pu abandonner par lassitude sauf que c’était un cadeau, je voulais donc aller au bout et j’ai bien fait car les idées introduites par l’autrice sont plutôt intéressantes ! Les personnages se sont suicidés pour diverses raisons (transphobie, trahison, perte d’un être cher, maltraitance) qu’on apprend petit à petit alors qu’ils se rassemblent, trouvent une astuce pour ne rien oublier entre deux morts et avancent dans les niveaux. La cohésion de groupe ne fonctionne pas très bien, les caractères ne se marient pas toujours et un personnage en particulier est absolument détestable, ce qui rend leurs interactions plutôt crédibles. Ce sont les personnages, leurs secrets et ce qu’ils sont forcés de montrer qui est intéressant. Surtout dans le chapitre final quand ils doivent traverser une vingtaine de niveaux, avec les conséquences psychologiques que ça implique, et qu’ils se retrouvent à devoir jouer autour de la table le type de mort qu’ils subiront…

La révélation finale m’a surprise tout comme le ton général du manga qui est en réalité assez sombre, graphiquement violent et dur psychologiquement. L’air de rien, ces protagonistes meurent et se regardent mourir d’une manière de plus en plus horrible à mesure que l’histoire avance, ce qui laisse forcément des traces. Ça aurait mérité quelques TW même si c’est bien passé pour moi.

La conclusion de l’ombre :
Dans l’ensemble je trouve le travail de JennyMiki proche de celui d’un·e pro. Au niveau du dessin et du découpage, il n’y a rien à redire. Il reste du boulot sur le rythme narratif et la correction de fond mais dans l’ensemble, l’artiste s’avère prometteuse et je vais suivre son travail avec curiosité.

Informations éditoriales :
Whilte (deux tomes) par JennyMiki pour le scénario et le dessin. Auto-édition. Site Officiel. Lire les premières pages. Prix : 9 euros par tome.

L’Évangile selon Myriam – Ketty Steward

Ketty Steward est une autrice française originaire de Martinique. Autrice (de nouvelles, de poèmes, de romans) et chanteuse, elle a plus d’une corde à son arc et la richesse de son parcours se ressent dans le roman dont il est question ici.

Lors de sa sortie, ce roman a peu tourné sur la blogosphère et je ne savais pas trop quoi en penser. En reprenant les services presses de manière plus active avec, notamment, Mnémos, je me suis dit que c’était l’occasion de me lancer pour me faire mon propre avis sur ce texte qualifié de singulier et je remercie au passage Nathalie pour l’envoi.

L’Évangile selon Myriam est un ouvrage assez surprenant déjà par sa construction. Il prend place dans un monde qui parait post-apocalyptique, au sein d’une communauté où la majorité des gens ont oublié comment lire ou même écrire -sauf Myriam et son père avant elle. Myriam s’occupe du devoir de mémoire, elle consigne par écrit les mythes fondateurs de l’humanité afin de pouvoir les transmettre aux gens de sa communauté.

Et la majorité du texte est justement consacré à ces mythes qui sont une réécriture de ceux que l’on connait. Il y a des histoires bibliques (Lucifer, Samson, Caïn et Abel, etc.) des mythes (comme Œdipe), des contes (Cendrillon, le Petit Poucet) qu’on découvre dans des chapitres courts qui s’alternent avec des passages encore plus bref rédigés ou par Myriam ou par un membre de sa communauté car on comprend rapidement que Myriam a connu un destin funeste.

De prime abord, ce roman peut sembler brouillon et mes explications confuses. Pourtant, il porte en lui une grande richesse et une réflexion brillante sur l’influence que peuvent avoir les histoires / l’Histoire sur notre société, sur nos croyances. C’est certes déconcertant de découvrir davantage ces réécritures que l’histoire de Myriam en elle-même mais son style transparaît pourtant de manière claire dans la façon dont ces récits sont présentés, avec une touche de modernité manifeste accompagnée par des réflexions piquantes et parfois irrévérencieuses.

L’ensemble est délicieux et une véritable réussite. Les références sont nombreuses et ne se limitent pas à la réinterprétation d’histoires : il y a des chansons (beaucoup de Michael Jackson) mais aussi des citations d’autres auteur·ices au début de chaque chapitre. C’est le genre de roman à relire pour en saisir toute la richesse, le genre de texte sur lequel s’arrêter plus longtemps que ne le nécessite sa simple lecture, afin de mener les réflexions auxquelles il invite. Je ne suis pas surprise de voir un roman de ce niveau chez Mnémos et je suis ravie d’avoir découvert la plume de Ketty Steward. Je vais me pencher sur le reste de sa bibliographie !

La conclusion de l’ombre :
L’Évangile selon Myriam est un roman à la croisée des genres ultra référencé sur un plan culturel et d’une redoutable intelligence. En un peu plus de 200 pages, Ketty Steward propose de réfléchir sur la façon dont les histoires du passé influencent la construction de notre société, en réécrivant nos propres mythes et légendes fondateur·ices. Un bijou que je recommande !

D’autres avis : Le nocher des livresLes Chroniques du ChroniqueurLe syndrome QuicksonYuyine – vous ?

S4F3 : 4e lecture.
Informations éditoriales :
L’Évangile selon Myriam par Ketty Steward. Éditeur : Mnémos. Illustration de couverture : non renseigné Langue originale : français. Prix : 18 euros au format papier.

À l’ombre du Japon #54 { Premier contact avec Iruma à l’école des démons }

Ohayo mina-san !
Voici quelques semaines que je découvre tranquillement le manga Iruma à l’école des démons. L’Apprenti Otaku en parlait depuis longtemps mais il a fallu attendre les 48h BD et son premier tome à 2 euros pour que je lui laisse sa chance. À l’heure où j’écris ces lignes, j’ai déjà lu les six premiers volumes et je dois avouer bien accrocher. J’en suis la première surprise car en général, la ligne éditoriale de cette maison d’édition ne colle pas trop à mes goûts, je la trouve trop jeunesse. Et pourtant…

Notez que ce billet a pour vocation de partager mes impressions plutôt que de véritablement poser une analyse. J’ai envie de parler de ce manga depuis des semaines pour vous transmettre, je l’espère, mon enthousiasme à son sujet… Je précise également que toutes les images utilisées dans l’article sont la propriété de Nobi-Nobi et d’Osamu Nishi, elles sont présentes à seul but d’illustration de mon propos.

De quoi ça parle ?
Iruma a 14 ans et a été vendu par ses parents indignes à… un démon. Et pas n’importe lequel, l’un des plus puissants des Enfers, qui est aussi le proviseur de Babyls, une école pour jeunes démons. Rassurez-vous, Iruma va très bien et celui qu’il appelle Papi ne voulait rien d’autre qu’un petit-fils à gâter. Le seul souci c’est qu’Iruma est un humain et doit cacher sa nature au risque de finir dans l’estomac d’un de ses camarades…

Un héros attachant.
Souvent je reproche aux shônens des héros un brin stupide, casse-cou, qui foncent dans le tas sans réfléchir et ne comptent que sur leur force brute pour affronter des ennemis toujours plus puissants et atteindre un objectif qui, souvent, les placera au-dessus des autres (Naruto veut devenir hokage, Luffy veut devenir le roi des pirates, bon je grossis le trait mais vous voyez ce que je veux dire). Iruma est complètement à l’opposé alors que le titre coche toutes les cases des critères du shônen dans sa construction. Quel paradoxe ! Comme quoi, il suffit d’une exécution bien menée, même avec des ingrédients déjà bien connus…

Naïf, profondément gentil, Iruma est une bonne poire que tout le monde exploite et qui a le cœur sur la main. Habitué aux catastrophes, il a développé une incroyable capacité d’esquives qui lui permettra de s’imposer par complet accident au sein de sa classe. Le qui pro quo est vraiment le cœur de ce récit. Plus c’est absurde et improbable, plus ça passe !

Iruma est un garçon porteur de fortes valeurs qui a pourtant été maltraité toute sa vie par des parents négligents, ce qui l’a obligé à mûrir plus vite. Ironiquement, c’est en arrivant en Enfers qu’il va pouvoir se trouver une famille, nouer des amitiés et enfin vivre la vie d’un adolescent « normal ».

Une galerie de personnages qui n’est pas en reste.
C’est sans doute une des plus grandes forces de ce manga. Dans les six premiers volumes, on rencontre divers personnages qui deviendront plus ou moins importants dans la vie d’Iruma. Ses deux meilleurs amis déjà : Alice Asmodeus qui est le démon le plus prometteur, utilisateur d’une magie de feu, il se fait vaincre par Iruma dans le premier tome, d’une telle manière qu’il décide de l’appeler Maître et de le servir, ainsi que Clara Valac qui est une tornade vivante avec la capacité de sortir de sa poche tout objet qu’elle aurait déjà vu. Ce trio explosif va rencontrer d’autres protagonistes dont Amélie, la cheffe du BDE (bureau des élèves) que je trouve particulièrement savoureuse dans son dilemme car elle soupçonne très vite Iruma d’être un humain. Pour s’en assurer, elle lui donne à lire un ouvrage interdit qui vient de son monde et s’avère être un manga d’amour… Une routine s’installe alors entre eux où Iruma lui fait la lecture des tomes dont elle ne pouvait comprendre que les images jusqu’ici puisque les démons ne parlent pas les langues humaines et ne connaissent en réalité pas grand chose à leur monde. L’idée est toute simple mais vraiment judicieuse.

Outre ceux-ci, on peut également souligner le professeur Callego Naberius au très mauvais caractère qui se retrouve serviteur d’Iruma par accident ce qui donne lieu à des situations hilarantes. En effet, au début de l’année scolaire, les étudiants doivent se lier avec un familier mais comme Iruma est humain (ce qui personne ne sait) il fait d’un démon son familier et ce démon, c’est justement le professeur présent… Oups ? Il m’a spontanément fait penser à une parodie de Severus Rogue par son attitude, je me demande de quelle manière il va évaluer. Je me dois aussi de parler d’Ali, la bague d’Iruma, qui est devenu mon personnage préféré avec Amélie dés l’instant de son apparition. J’ai tellement hâte de savoir ce qui lui arrivera ensuite !

Notez qu’il faut attendre le quatrième tome pour rencontrer le premier antagoniste qui nous rappelle que nous sommes dans un monde démoniaque… et c’est tant mieux ! J’ai beaucoup aimé la manière dont l’autrice met en scène les désirs de ce personnage ainsi que la résolution de la situation. Cela ne signifie pas que les trois premiers manquent d’intérêt, au contraire. Ils se concentrent simplement sur la présentation du monde et les relations entre les personnages.

Une ambiance démoniaque ?
Malgré le pitch de base assez triste (un enfant se fait quand même vendre par ses parents…), le manga ne tombe jamais dans le mélodramatique. Les situations décrites dans les premiers tomes servent surtout à présenter l’univers et ses principes comme le fonctionnement de l’école, les rangs démoniaques, les différents cours, les clubs (appelés batoras) etc. toujours sous un angle amusant sans être lourd. Quand on a un manga qui parle de démons, on a généralement deux solutions : soit quelque chose de très sombre, soit une parodie. Iruma à l’école des démons se retrouve entre les deux car si les situations comiques s’enchaînent (sans lourdeur, je le rappelle) et que la mangaka met en scène des démons adolescents, en toile de fond, il y a quand même des situations plutôt difficiles comme le fait que les parents d’Iruma le vendent pour de l’argent ou les pulsions que ressentent certains démons… Il suffit de voir pour quelle raison Kiriwo souhaite détruire l’école ! C’est une pulsion qu’on comprend et conçoit très bien de la part d’un démon. Pourtant, ça reste assez violent et dénué de compassion ! L’ensemble est présenté d’une façon dédramatisée mais il n’empêche que ça me rappelle l’excellent Dolorine à l’école d’Ariel Holzl qui opte pour un ton semblable.

La conclusion de l’ombre :
Vous l’aurez compris, mon premier contact avec Iruma à l’école des démons s’est très bien passé et j’en redemande ! Je trouve l’univers proposé riche et prometteur, les personnages attachants et le dessin vraiment propre et dynamique. De plus, le rythme de publication en français est assez soutenu chez Nobi Nobi (un tome tous les deux mois) ce qui permet de suivre sans trop de frustration. Je compte me mettre à jour bientôt et peut-être réécrire d’autres articles sur le sujet notamment pour analyser le personnage de Kiriwo (j’attends de voir s’il va réapparaître) que j’ai trouvé particulièrement intéressant ou revenir sur la relation entre Iruma et Amélie (mais vu qu’il s’agit d’un shonen, je ne me fais pas trop d’illusions…) bref vous l’aurez compris, je suis très enthousiaste sur cette série et je vous encourage à la découvrir si ce n’est pas déjà fait.

D’autres avis : L’Apprenti OtakuMa vie de bib’ – vous ?

Informations éditoriales :
Iruma à l’école des démons par Osamu Nishi (dessin et scénario). Éditeur VF : Nobi-Nobi. Traduction : Yohan Leclerc. Prix par tome : 7,20 euros.

La machine à indifférence et autres nouvelles (anthologie)


Avant de lire la préface de Denis Taillandier, je n’avais pas vraiment conscience de l’absence de science-fiction japonaise au format roman / nouvelles (ou littérature, pour réutiliser son terme) puisque je suis une grosse lectrice de manga. Spontanément, j’associe beaucoup le Japon à la science-fiction car ce pays a produit des œuvres majeures et l’un de mes mangas favoris (Psycho-Pass) en fait d’ailleurs partie. Première surprise pour moi, donc.

La seconde fut d’apprendre le terme « real fiction », genre littéraire auquel appartient la production de science-fiction japonaise. Il s’agit d’écrire sur le réel qui est appréhendé comme différentes réalités possibles (sans doute en fonction du point de vue duquel on se place ?). On est, selon les explications données, dans le registre de la restitution. Voyons ensemble de quelle façon cela se manifeste.

(J’en profite pour remercier de tout cœur Célinedanaë qui m’a offert ce recueil ♥)

La machine à indifférence – Project Itoh
Traduction par Tony Sanchez
Cette première nouvelle donne son titre au recueil. Elle prend place dans un contexte de guerre civile sur le continent africain. On y suit un enfant soldat qui se retrouve brutalement éjecté de l’armée car le conflit qui opposait deux peuplades prend fin. La décision vient du gouvernement, des politiciens, mais lui ne la comprend pas. Comment peut-il, du jour au lendemain, arrêter de haïr les Hoas pour ce qu’ils ont fait à sa famille ? Comment pourrait-il vivre avec eux ?

Des scientifiques européens ont peut-être la réponse avec une reprogrammation neuronale possible grâce à cette fameuse machine à indifférence. S’ils parviennent à modifier son schéma mental pour qu’il ne soit plus capable de distinguer les Hoas des autres, alors cela arrêtera forcément la haine, n’est-ce pas ?

Cette nouvelle possède un ton assez cru et brasse énormément de thématiques. La première est celle de l’origine de la haine et de la manière dont on peut vivre avec elle. Comment la dépasser ? Le peut-on seulement ? Elle montre aussi la façon dont les pays européens ou américains interviennent pour régler des conflits qui ne les regardent pas après avoir contribué à armer l’une ou l’autre faction, pour ensuite se retirer en laissant les gens sur place dans la détresse. Ce texte est d’une rare violence autant physique que psychologique mais aussi, hélas, d’une grande actualité.

Sa réussite vient pour moi du personnage principal. La narration à la première personne permet de se plonger dans sa psyché, de voir se construire les schémas comportementaux problématiques, de comprendre à quel point il est irrémédiablement détruit. Un coup de maître !

Les anges de Johannesburg de Yusuke Miyauchi
Traduction par Denis Taillandier
La nouvelle prend place en Afrique du Sud. On y rencontre Steve, un jeune garçon Noir, qui vit avec Shelly, une jeune fille Blanche, dans un étrange immeuble qui résiste aux bombardements et dont, tous les jours, pendant quarante-cinq minutes, tombent des gynoïdes.

Le texte se concentre d’abord beaucoup sur Steve, son quotidien, ce à quoi il doit consentir pour survivre. L’élément science-fictif au sujet de la gynoïde qui semble appeler à l’aide intervient assez tard dans la nouvelle et est prétexte à un changement de point de vue dans la narration. Pour une raison mystérieuse, cette gynoïde en particulier est dotée d’une forme de conscience ce qui ne l’empêche pas de devoir se jeter du toit tous les soirs, dans une sorte de crash-test morbide.

Ça aurait pu être un texte percutant mais je trouve qu’il manquait de clarté, déjà dans son déroulement. Il y a plusieurs scènes que je n’ai tout simplement pas comprises comme la raison pour laquelle le programmeur informatique trahit Steve et ses amis pour les envoyer se faire tuer ni comment Steve devient ce qu’il est une trentaine d’années plus tard, ni même le sens de la scène finale. J’espérais que les dernières lignes éclaireraient tout ça mais Les anges de Johannesburg restera un texte trop nébuleux pour moi, à côté duquel je suis malheureusement passée.

Bullet – Toh EnJoe
Traduction par Denis Taillandier
Ce texte est écrit sous la forme d’un témoignage, celui de Richard qui parle de Rita. Rita, c’est une adolescente (si j’ai bien compris les indices) qui a tendance à tirer sur tout ce qui bouge dans le périmètre de sa maison. James, le meilleur ami de Richard, est amoureux de Rita et a une étrange théorie à son sujet : elle aurait une balle dans la tête, une balle qui viendrait du futur… Et cela expliquerait sa bizarrerie.

Pour la première fois depuis le début du recueil, je retrouve quelque chose de japonisant dans ce texte par son aspect absurde et surréaliste. Les personnages réagissent plutôt bien face aux évènements incompréhensibles et on comprend en arrivant à la fin que des parties entières des États-Unis semblent se perdre dans l’espace-temps, au point de disparaître. Même ces trois amis se retrouvent séparés et ils l’appréhendent avec une résignation, une résilience même, impressionnante.

J’ai conscience que pour toute personne n’ayant pas lu la vingtaine de pages qui compose cette nouvelle, mes propos paraissent au mieux nébuleux, au pire franchement incompréhensible. J’avoue que moi-même, je ne sais pas trop ce que j’ai lu en réalité ni ce que ça raconte vraiment, ni même le message que l’auteur a voulu aborder. Bullet restera donc un mystère ! Mais un chouette mystère dans lequel j’ai pris plaisir à me plonger.

Battle Loyale – Taiyo Fujii
Traduction par Denis Taillandier
Cette nouvelle se passe en Chine, dans une société qui créé des jeux-vidéos. Le personnage principal (dont le prénom m’échappe à l’heure où j’écris ces lignes) est un ancien soldat qui a participé à une guerre contre une certaine peuplade. Dans sa jeunesse, il possédait un téléphone où était préinstallé une application de jeu qui invitait les gens à cibler et tuer des terroristes. Il ne se doutait pas que ce jeu était en fait bien réel…

J’ai lu cette nouvelle en diagonale parce qu’elle a vite fait de profondément m’ennuyer. Au départ j’étais intriguée par cette histoire de jeu mais j’ai rapidement compris où ça nous menait, sans compter que le ton d’ensemble sonnait assez faux genre mauvais film d’espionnage de série Z. Je suis restée complètement hermétique à ce texte donc je l’ai sûrement mal compris, raison pour laquelle je préfère ne pas m’attarder dessus.

La fille en lambeaux – Hirotaka Tobi
Traduction par Tony Sanchez
La fille en lambeaux est un étrange programme informatique auquel on accède presque par accident sur le net. Il permet de parler à un avatar et même d’interagir avec elle. La créatrice de ce programme s’appelle Kei, c’est une femme physiquement hideuse mais terriblement intelligente. Elle rejoint un groupe de chercheurs qui essaie de mettre au point le voyage numérique, le concept consistant à créer un avatar d’une personne à partir de tout ce qui fait sa personnalité, de lui permettre de vivre une expérience comme dans un jeu puis de télécharger ses souvenirs dans l’humain.

Grosso modo, voilà de quoi parle ce texte. À l’instar de la nouvelle précédente, je suis complètement passée à côté ou ne l’ai tout simplement pas compris. Dés le départ, j’ai été mal à l’aise de la façon dont le personnage narrateur prénommée Anna décrit Kei ainsi que dans cette ambiguïté qui s’instaure dés les premières lignes dans leur relation. Si le retournement de situation est plutôt intéressant, le déroulement m’a ennuyée et j’ai eu du mal à aller jusqu’au bout. Dommage !

Quelques remarques après ma lecture :
La première remarque que je tiens à formuler est que je ne m’attendais pas du tout au contenu de ce que j’ai trouvé dans ce recueil. Pour moi, science-fiction spécifiquement japonaise implique des histoires qui se déroulent a minima au Japon. Hors, la majorité des personnages qu’on croise ou qu’on suit viennent d’autres pays et souvent même pas des pays d’Asie. Le Japon est présent en arrière plan, via un personnage secondaire, une société ou une invention, hormis dans la dernière nouvelle où c’est un peu plus clair. Je ne dis pas que les auteurices japonais·es ne peuvent pas écrire des histoires qui se passent ailleurs, comprenons-nous ! Simplement, je m’attendais à autre chose.

La seconde est que le recueil devient de plus en plus cryptique, frustrant et insatisfaisant à mesure qu’on avance dans sa lecture. Si la première nouvelle est selon moi d’une grande qualité, les suivantes vont en dégringolant, du moins à mon goût, ce qui est assez dommage.

La troisième est dernière est que ce recueil ne contient que des auteurs masculins. J’ai du mal à croire qu’il n’existe aucune femme autrice au Japon qui écrive de la science-fiction et je trouve dommage qu’elles ne soient pas représentées au sein de cet ouvrage. Je ne veux pas tout réduire à une question de genre et je sais que le Japon souffre de graves problèmes en matière de sexisme, toutefois cette masculinité est plutôt dommage.

La conclusion de l’ombre :
Si le recueil commençait très bien, il a perdu en intérêt au fil de ma découverte. Je ne regrette pourtant pas de m’y être penchée car j’ai pu m’essayer à la lecture de science-fiction nippone et apprendre le principe de real fiction.

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S4F3 : Lecture n°3
Informations éditoriales :
La machine à indifférence et autres nouvelles. Auteurs et traducteurs précisés sous chaque nouvelle. Éditeur : Atelier akatombo. Prix : 19 euros.

#TAG – mes 10 autrices incontournables en SFFF


Cet été, Nevertwhere revient avec un nouveau tag #incontournables ! Précédemment, il s’agissait d’évoquer nos incontournables récents en SFFF afin de prouver que la production dans les genres de l’imaginaire est aussi qualitative aujourd’hui, vu qu’on nous rabâche sans arrêt les vieux classiques.

Cette fois-ci, la thématique s’avère plus spécifique en se concentrant sur les autrices et je ne peux que m’en réjouir. J’avais moi-même écrit il y a quelques années un billet sur le sujet qui présentait 10 autrices incontournables (et bien vivantes) dans l’imaginaire francophone, en réponse à un article de Babelio qui n’en évoquait que deux sur son top dix. En le redécouvrant, j’étais curieuse de voir quels noms resteraient ou pas. D’office, le constat est biaisé puisque je me concentrais uniquement sur les francophones alors que ce n’est pas le cas ici mais tout de même…

Je précise que les autrices ci-dessous ne sont pas classées par ordre de préférence et que le fait de commencer par Ada Palmer est une pure *tousse* *tousse* coïncidence. Il me semble aussi évident que cette liste est pertinente à un instant T, nos goûts évoluent sans arrêt.

Je vous invite à lire l’article de présentation sur le blog de Nevertwhere et à suivre son travail.
Le logo a été réalisé par Anne-Laure du blog Chut Maman lit !

Terra Ignota d’Ada Palmer
(je mets une saga si j’veux, oh.)
Impossible de ne pas commencer en évoquant cette autrice qui a changé ma vie de lectrice grâce à Terra Ignota dont le dernier volume est à paraître fin de cette année au Bélial. Elle parvient à mêler les classiques de la littérature à une réflexion sociale et politique ambitieuse au sein d’un récit à la narration osée, atypique… Bref, elle est mon modèle, je l’adore du fond du cœur et même si ses romans sont exigeants, je ne peux que vous encourager à les lire.

Trop semblable à l’éclair (tome 1), Sept Reddition (tome 2), La volonté de se battre (tome 3), L’Alphabet des créateurs (tome 4).

À la pointe de l’épée d’Ellen Kushner
Quel concept étrange que celui de fantasy de mœurs. Étrange ? Inattendu, plutôt. Et nouveau pour moi. Ellen Kushner est une autrice dont j’ai lu deux romans traduits sur les trois qui, dans un univers typé cape et épée, met en scène des personnages malmenés dans une histoire toujours subtilement engagée. Le tout avec une plume délicieuse (-ment traduite !). Pour ne rien gâcher, elle est humainement magnifique et avoir pu la rencontrer aux Imaginales a été un de mes plus beaux moments.

Si je choisis de mettre en avant À la pointe de l’épée c’est parce que le roman était plus sombre, malsain, plus proche de ce que j’aime. Le Duc Fou est toujours présent dans la suite (l’excellent le Privilège de l’épée) mais j’ai un petit cœur tout noir et faible alors…

Les poisons de Katharz d’Audrey Alwett
Autrice française de talent, j’ai d’abord connu Audrey Alwett avec son one-shot de dark fantasy humoristique les Poisons de Katharz qui a été un coup de cœur et m’a apporté un gigantesque réconfort dans une période où j’en avais désespérément besoin. Rien que pour ça, elle méritait de figurer dans ce classement… Mais depuis, elle s’est lancée dans une ambitieuse trilogie jeunesse : Magic Charly, le genre de roman avec lequel j’aurais aimé grandir et qui est un trésor d’imagination. Pour ne rien gâcher, c’est une femme engagée qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui est humainement une source d’inspiration.

Les révoltés de Bohen d’Estelle Faye
J’adore Estelle. J’adore sa personnalité, son imaginaire et sa gentillesse. C’est une personne magnifique en plus d’une autrice talentueuse. J’ai tendance à lire tous ses romans mais parmi sa prolifique production, le texte qui m’a le plus marqué reste les deux volumes de Bohen. Il m’a impressionnée par son envergure et son parti-pris ainsi que par ses personnages. J’ai décidé de mettre le second en avant parce que je l’ai trouvé plus abouti, on sent que l’autrice a beaucoup progressé alors que les Seigneurs de Bohen était déjà d’un excellent niveau.

Beastars de Paru Itagaki
Paru Itagaki est la mangaka à l’origine de l’exceptionnel Beastars, qui est son premier manga, donc. Du haut de ses presque vingt-neuf ans, elle a montré à chaque tome un souci du détail et une maîtrise extraordinaire de son intrigue, de son rythme, au point qu’il n’y a pas un seul volume à jeter ni qui soit plus faible que les autres. Elle a tout d’une grande, je suis sûre qu’elle inscrira son nom au panthéon des mangakas inoubliables.

Je compte relire les 22 tomes bientôt et y consacrer une série d’articles.

Black Butler de Yana Toboso
Encore une mangaka ! Je suis clairement de parti-pris mais Yana Toboso est à l’origine de Black Butler, qui est un manga toujours en cours de parution que je suis depuis des années (largement plus de dix ans) et qui parvient à maintenir mon intérêt malgré un rythme d’un ou deux tomes par an. C’est déjà suffisamment extraordinaire pour être souligné… Je ne sais pas si mon amour pour elle vient de son esthétique fabuleuse ou de son habilité à mettre en scène la noirceur de l’âme humaine mais elle me parle plus que de raison.

Pendant la pandémie, j’avais consacré du temps à une relecture de la saga et j’avais écrit sur les différents arcs : IntroductionLe Prince Sôma et Aghni + Noah’s Ark CircusMeurtres au Manoir et terreur sur le CampaniaWeston CollegeSieglinde SarivanMusic-hall, coup de théâtre et flashback.

Apprendre, si par bonheur de Becky Chambers
On a tous besoin d’un peu de positif dans la vie, pourquoi pas donc de la science-fiction positive ? Becky Chambers est la reine dans ce domaine et si j’ai trouvé quelques longueurs à sa saga Voyageur, j’ai par contre dévoré Apprendre, si par bonheur qui est une novella frôlant la perfection. Inclusive, touchante, rythmée, elle m’a retourné le cerveau et profondément émue.

Je suis ton ombre de Morgane Caussarieu
Un classique que je n’ose pas relire par peur qu’il perde de sa saveur mais dont le souvenir reste impérissable puis il est représentatif d’une période vampirique dans la littérature de l’imaginaire francophone. Morgane Caussarieu écrit des histoires sales, dérangeantes, et elle le fait merveilleusement bien. S’il n’y a qu’un titre à lire d’elle, c’est celui-là.

La fille qui tressait les nuages de Céline Chevet
J’avais été très touchée par ce one-shot inspiré du surréalisme japonais. Céline Chevet aime le Japon, elle le met en scène divinement en proposant un thriller psychologique avec des personnages adolescents en souffrance. C’est vraiment bien réalisé et ça restera le roman qui m’a le plus enthousiasmé jusqu’ici dans sa bibliographie.

La divine proportion de Céline Saint-Charle
Céline Saint-Charle est une autrice qui n’écrit que dans des genres que je n’aime pas plus que ça (post-apo, zombie, dystopie) et dont j’adore pourtant les romans à chaque fois. Cette magicienne auvergnate me ravit toujours par je ne sais quel miracle et si j’ai choisi de mettre en avant La divine proportion au lieu des deux autres (les très bons #SeulAuMonde et L’apocalypse selon Sandra) c’est parce que je trouve les questionnements qui y sont contenus très en phase avec notre actualité et que je l’ai vu évoluer depuis le comité de lecture jusqu’à la version finale. Un petit bijou.

Les listes de blog’potes : Nevertwherele culte d’ApophisFourbis et Têtologiel’Épaule d’Orion – Ma vie de bibGromovarOutrelivresMondes de pocheAu pays des cave trollsl’ours inculteZoé prend la plumeYuyine – vous ?

Des bêtes fabuleuses – Priya Sharma


Traditionnellement maintenant, une fois par an, le Bélial propose un numéro hors-série au sein de la collection Une Heure Lumière, gratuit pour tout achat de deux titres. Cette année, c’est l’autrice britannique Priya Sharma qui est mise à l’honneur avec une nouvelle intitulée « Des bêtes fabuleuses ».

Avant d’entrer dans le vif du sujet, précisons aussi que presque tout aussi traditionnellement, ce hors-série contient un bonus qui prend cette fois la forme d’un guide de lecture. Vous vous êtes toujours demandé·e par où commencer cette fabuleuse collection ? Et bien Camille Vinau alias Vanille du blog La bibliothèque derrière le fauteuil répond à votre question en rassemblant les textes au sein de divers menus thématiques, chaque fois par cinq titres. J’ai beaucoup aimé cette initiative, bravo à elle pour ce travail de réflexion et de classement !

Des bêtes fabuleuses
Lola raconte son histoire à cheval entre le passé et le présent. De prime abord cela paraît brouillon, on se demande qui est cette Eliza, pourquoi elle parle d’elle à la première personne en utilisant ensuite un autre prénom… Il faut accepter de ne pas disposer de toutes les informations immédiatement et se laisser porter par la narration.

La protagoniste principale raconte donc la manière dont elle grandit avec sa mère, Kath, l’arrivée de sa cousine, Tallulah, le mépris qu’elle semble inspirer à sa tante, la désagréable Ami, mais aussi le spectre de cet oncle, Kenny, qui plane comme une menace au-dessus de leur vie. Quel intérêt, me demanderez-vous ? Et où se trouve donc l’élément de l’imaginaire dans ce pitch ? Patience…

À l’instar d’Ormshadow, Priya Sharma part sur un récit familial teinté de surnaturel. Ici, point de dragon mais pas loin puisque Lola semble posséder une affinité toute particulière avec les serpents, au point d’embrasser une carrière d’herpétologiste. Mais les serpents, ça existe, pas comme les dragons, me direz-vous. Et bien… Loin de moi l’envie de gâcher l’effet de surprise alors je vous encourage à découvrir le texte pour comprendre en quoi il relève du registre de l’imaginaire.

Ce récit familial n’a rien de beau, de doux ni même de sain. Une fois de plus, l’autrice met sa plume au service d’une situation tragique et même affreuse qu’elle décrit pourtant avec tact. Je me dois tout de même de signaler des TW pour, notamment, le viol et l’inceste.

Si j’ai lu ce texte d’une traite, j’en suis ressortie avec le même sentiment que pour la précédente novella à savoir que j’adhère aux thèmes, j’adhère à la façon dont l’autrice met en scène son histoire mais je reste inexplicablement extérieure au récit, sans parvenir à me sentir impliquée. Une constatation toute personnelle qui n’enlève rien à la qualité Des bêtes fabuleuses.

Par contre, petit questionnement personnel : quelqu’un peut-il m’éclairer sur le lien entre la couverture et la nouvelle ? Il n’y en a peut-être aucun (pourquoi cette illustration particulière du coup ?) mais s’il existe, je ne le vois pas du coup je me demande si je ne passe pas à côté de quelque chose d’important…

Il n’empêche que ce hors-série complètera merveilleusement votre collection Une Heure Lumière et qu’il est indispensable, ne fut-ce que pour le guide de lecture proposé par Vanille.

D’autres avis : Le culte d’ApophisL’épaule d’OrionBaroonaXapurAu pays des cave trollsLe nocher des livresLe syndrome Quickson – vous ?


S4F3 : Lecture n°2
Informations éditoriales :
Des bêtes fabuleuses de Priya Sharma. Éditeur : Le Bélial. Traduction : Anne-Sylvie Homassel. Illustration de couverture : Aurélie Police. Prix : gratuit à l’achat de deux titres dans la collection Une Heure Lumière.