Les découvertes de l’ombre #5

Salut tout le monde !
On commence bien la semaine avec un nouvel épisode des découvertes de l’ombre. Comme je le soupçonnais, la rentrée littéraire a apporté son lot de nouveautés, de découvertes, de chroniques palpitantes et ont aussi eu raison de mes bonnes résolutions. Voyons qui sont les coupables cette fois-ci…

En quelques mots, je vous rappelle le concept: Au quotidien, je suis beaucoup de chroniqueurs (vive l’application WordPress !) qui me font découvrir des livres intéressants. Ces livres, je me les note toujours sur le bloc-note de mon téléphone (merci à toi qui remplace le post-it que je perdais tout le temps). Puis je me suis dit… Bon sang que tu es égoïste ! Fais donc partager tes découvertes au monde entier, mets en danger les comptes en banque et les PàL qui menacent déjà de s’écrouler !

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La symphonie des siècles – Elizabeth Haydon
Blog: John Évasion
Dans son épisode PAL à ma main, John Évasion propose de faire découvrir quelques ouvrages de sa wishlist. J’y jette toujours un oeil en quête de bonnes idées même si nous n’avons pas forcément des goûts semblables. Et là, bim ! Découverte de la symphonie des siècles, un roman dont je n’avais jamais entendu parler auparavant mais dont le résumé me parait plus que prometteur. Il a suffi de ces quelques lignes pour titiller mon intérêt pour le personnage de Rhapsody et me donner envie d’en savoir plus sur ses compagnons (un serpent et un géant ?!).

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Sans aller à l’école je suis devenu mangaka – Syoicho Tanazono
Blog: L’apprenti Otaku
Un manga sur la phobie scolaire, qui traite d’acceptation de soi, forcément ça me parle en tant que future prof. Selon l’avis de l’apprenti Otaku, le texte est très bien construit, bien écrit et porte un message positif. Du coup, ça m’intrigue et j’ai envie de le lire d’autant qu’il s’agit d’un one-shot. La seule chose qui me freine éventuellement un peu, c’est le chara-design mais tout le reste pèse plus lourd dans la balance.

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L’alchimie de la pierre – Ekaterina Sedia
Blog: les chroniques du chroniqueur
Un mélange de fantasy et de steampunk, des thèmes sociaux et psychologiques avec une relation toxique au centre de l’histoire… Pensez de moi ce que vous voulez, mais l’ami Chroniqueur a encore frappé pour me tenter avec ce roman du Bélial qui a rejoint illico ma wishlist.

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Lolita – Vladimir Nabokov
Blog: Livraisons Littéraires
Fungi Lumini a parlé du Journal de L. un roman de Christophe Tison qui exploite un autre roman du point de vue de Lolita, écrit par l’auteur américain Vladimir Nabokov dont j’ai découvert l’existence dans sa chronique. Et si je n’ai pas eu envie de lire le journal de L. vu ce qu’elle en dit, j’ai par contre vraiment désiré acquérir Lolita et combler ainsi une lacune dans ma culture.

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Chiens de guerre – Adrian Tchaikovsky
Blog: Le culte d’Apophis
SF militaire + droit des intelligences non-humaines + comment cohabiter avec d’autres formes d’intelligence + coup de cœur auprès du si exigeant Apophis. Comment passer à côté de ce roman à paraître le 3 octobre chez De Noël ?

Et voilà, c’est déjà terminé ! Mais rassurez-vous, ma petite liste d’exploration comporte déjà cinq autres romans donc le prochain épisode arrivera… Bientôt. Pour votre plus grand malheur (et celui de votre portefeuille !), niark.

D’ici là, portez-vous bien et achetez plein de livres ♥

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L’enceinte 9 – Ophélie Bruneau

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L’enceinte 9
est une dystopie young adult écrite par l’autrice française Ophélie Bruneau. Publié chez Éditions Lynks, vous trouverez ce roman au prix de 18.90 euros partout en librairie.
Je remercie Bleuenn et les éditions Lynks pour ce service presse.

L’humanité a du affronter un virus dangereux et s’est repliée dans différentes enceintes, chacune sous le contrôle d’un programme de Gestion des ressources. L’action du roman se déroule dans l’Enceinte 9, un siècle après le Repli. C’est là que vit Ysa, une jeune fille surnuméraire (née sans autorisation de naissance et abandonnée par ses parents dont elle ignore tout) qui entre dans les forces de l’ordre à l’âge de dix-huit ans. Le système, elle, elle y croit… Jusqu’à ce que la réalité la rattrape. Les gens ont faim, certains groupes extrémistes ont des idées bien arrêtées sur l’avenir de l’humanité et des évènements bizarres s’enchaînent, comme cette série de suicides à laquelle la jeune enquêtrice assiste malgré elle. Ysa va donc enquêter et découvrir le monde de l’ombre.

Ce qui est assez remarquable dans ce roman et que je vais relever en premier, c’est l’univers. Ophélie Bruneau imagine une situation crédible et l’exploite d’une manière intelligente. Je n’ai aucun problème à imaginer que des Enceintes viennent à exister un jour ni que l’humanité soit confrontée à des soucis similaires avec la gestion des ressources. Au fond, on s’en rapproche. Subtilement, l’autrice propose une critique politico-sociale avec des solutions envisageables. Le roman est d’ailleurs très orienté là-dessus: comment changer, comment le faire correctement, comment se rebeller contre un système immobiliste qui n’est plus en accord avec la réalité du monde. Ce sont des questions qui me parlent beaucoup, surtout dans le climat actuel de l’Europe. Et l’autrice les traite sans transformer son roman en manifeste, chapeau.
Je n’ai eu aucun problème à croire que la vie dans l’Enceinte 9 soit possible. Contrairement à plusieurs titres populaires dans cette veine littéraire que j’ai pu lire, Ophélie Bruneau prend le temps d’expliquer comment s’organise les gestions de ressource, de matériel, etc. Parfois directement dans le texte en y confrontant ses personnages et parfois par des articles de presse, extraits de journaux anciens, etc. qui se glissent entre chaque chapitre. Ça parasite un peu le rythme du roman mais ça reste suffisamment intéressant pour ne pas devenir agaçant.

On sent bien que l’autrice a beaucoup réfléchi sur son sujet et l’a travaillé soigneusement. Je ne suis pas une adepte de la dystopie, encore moins young adult, mais celle-ci était bien menée sans tourner au manichéen. Un très bon point.

Chaque chapitre débute par une indication chronologique. Il se passe souvent plusieurs jours si pas plusieurs semaines entre deux d’entre eux et j’ai parfois éprouvé une sensation de rapidité, de résumé, ce que j’ai trouvé dommage. Je conçois parfaitement que le roman était déjà gros (500 pages avec une mise en page aérée, ça fait une belle brique) mais j’aurai aimé avoir davantage l’occasion de m’attacher aux personnages. Peut-être en se focalisant sur un unique point de vue? Ysa est présentée comme l’héroïne sur la quatrième de couverture et il est vrai que le lecteur la suit majoritairement, mais d’autres personnages parlent et par moment, j’ai éprouvé un sentiment de redondance dans les propos, dans les explications. Je ne ressentais pas la personnalité de chacun, la narration était à la fois trop ciblée sur des pensées spécifiques et pas suffisamment différente en fonction du point de vue du personnage. Je le précise, c’est mon propre goût et je suis certaine que c’est une façon de raconter qui conviendra à d’autres gens. Finalement, je me suis assez peu attachée aux protagonistes et le seul qui m’a plu, qui m’a un peu touchée, ironiquement, c’est Zéro… Soit l’I.A. présente dans l’œil d’Ysa.

J’ai conscience de ne pas être le public cible de ce texte, pourtant Ophélie Bruneau a réussi l’exploit de me faire tourner les pages sans que je m’en rende compte et ce malgré les quelques longueurs et redondances soulignées plus haut. Sa plume est efficace, maîtrisée, on ne sent pas passer le temps. Lynks propose donc à nouveau un page-turner de bonne qualité.

Pour résumer, l’Enceinte 9 est une dystopie young adult plutôt réussie. Ophélie Bruneau propose un univers cohérent et crédible avec des questionnements d’actualité. Si j’ai été un peu moins convaincue par les personnages que par l’univers, j’ai apprécié l’absence de romance pour se consacrer sur les thèmes centraux du roman qui sont eux, vraiment bien exploités. Je pense que ce texte séduira les adeptes du genre ainsi que ceux qui, comme moi, aimeraient pouvoir s’y retrouver sans jamais y parvenir vraiment. Un chouette texte engagé, comme on en trouve toujours chez Lynks, avec une fin ouverte porteuse d’espoir pour l’humanité.

#VendrediLecture (58)

Salutations à tous !
On se retrouve pour un nouveau #VendrediLecture placé sous le signe des services presses (encore). En effet, je me démène pour diminuer drastiquement ma PàL afin de profiter au maximum du mois de l’imaginaire… qui va être salé, comme on s’y attend. On évitera d’évoquer les Halliénnales (R.I.P. la banque, la PàL, tout) Bref, priorité aux SPs donc et au roman papier le plus récemment reçu…

Je vous rappelle le concept du VendrediLecture! Il s’agit de partager avec vous ma lecture en cours, avec la 4e de couverture, les informations de l’éditeur et le lien vers sa page sur Babelio. Simple, efficace, pourquoi se compliquer la vie?
N’hésitez pas à me dire si ce rendez-vous hebdomadaire vous intéresse et à le reprendre sur vos propres blogs ^_^ Notez que je ne l’ai pas inventé, je reprends le concept du site VendrediLecture et du #VendrediLecture sur Twitter.

L’Enceinte 9 – Ophéline Bruneau
Service presse – Lynks Éditions
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« Chassée par une pandémie meurtrière, l’humanité a fui le monde. Les habitants de l’Enceinte 9 vivent depuis un siècle repliés derrière leurs murailles. Ils ont perdu le contact avec les autres Enceintes, et la Gestion, le logiciel chargé de répondre aux besoins de chacun, ne suffit plus à empêcher les ressources de s’épuiser peu à peu.
Ysa est une jeune surnuméraire : née sans bon de naissance, elle doit travailler pour la collectivité dès ses dix-huit ans. Ses premières missions dans la police la confrontent à de nombreux incidents : des suicides de masse, des vols de nourriture. Y aurait-il un lien avec le collectif Fin du Monde, qui souhaite la mort de l’espèce humaine et a déjà anéanti des Enceintes ? La rencontre d’Ysa avec l’ombre, la population non gérée, va tout précipiter.
Comment sauver l’Enceinte 9 avant qu’il ne soit trop tard ? »

Pour le moment, j’ai lu un quart du roman et j’apprécie l’univers même si les sauts chronologiques me perturbent. Ça manque de fluidité mais n’amoindrit par mon intérêt.

Retrouvez d’autres avis sur Babélio !

Et vous, que lisez-vous? 🙂

Les machines fantômes – Olivier Paquet

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Les machines fantômes est le nouveau roman de l’auteur français Olivier Paquet. Édité chez l’Atalante pour la rentrée littéraire 2019, vous trouverez ce titre au prix de 23.90 euros dans toutes les bonnes librairies.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Les machines fantômes est un techno-thriller sous forme de roman chorale qui invite le lecteur à suivre cinq personnages : Adrien, un trader accro à l’adrénaline, Aurore une chanteuse pop qui se produit sous le pseudonyme de Stella, Kader un ancien sniper des forces spéciales et Lou, une gameuse ingénieure en informatique. Ils n’ont rien en commun… Sauf Joachim, qui va bouleverser leur vie en se servant d’eux pour accomplir son dessein : livrer le monde aux IA.

Je ne connaissais pas encore la plume d’Olivier Paquet et c’est le résumé couplé à la magnifique couverture d’Aurélien Police (encore et toujours lui !) qui m’a donné envie de me lancer. J’ai commencé le roman en me sentant un peu perdue. Chaque chapitre est assez long et parle d’un personnage, de sa vie avant de rencontrer Joachim (même s’il utilise à chaque fois une nouvelle identité, je garde son prénom d’origine par facilité), de la façon dont leur quotidien est bouleversé par lui et comment ils apportent malgré eux leur pierre à son édifice. Ils finissent par se retrouver et s’allier pour essayer d’arrêter cet homme qu’ils jugent néfaste. Mais sachez que la moitié du roman est consacrée à la mise en place, à la présentation de chacun, à la façon dont il ou elle vit sa vie, du coup j’ai passé beaucoup de temps à me demander où Olivier Paquet voulait en venir. Puis est arrivée la révélation…

La forme chorale est finalement très adaptée au récit. Elle permet de perdre complètement le lecteur, d’autant que certaines situations se révèlent être des simulations proposées par les I.A. et on ne le comprend pas forcément tout de suite. On essaie de tisser des liens entre certains évènements qui, finalement, n’en ont pas tellement. Tout va vite… et assez lentement à la fois, car l’auteur profite de son thriller pour proposer une critique sociale des plus acides. À ce sujet, la postface de Tristan Garcia est très intéressante à lire, pas très longue (et surtout à la FIN ce qui est merveilleux parce qu’elle éclaire vraiment le texte au lieu de nous le spoiler, super choix éditorial).

Comme je le disais, la critique sociale est mordante, pertinente et assez malaisante. Le monde glacial des traders qui jouent avec les chiffres et les gens sans se soucier des conséquences, qui brassent des millions pour perdre des milliards comme si ça ne valait rien. Le monde des stars qui ont une telle influence sur leur public et qui essuient pourtant des critiques acerbes des uns et des autres, impossible de plaire à tout le monde. L’univers cruel de la famille, avec Kader obligé de s’occuper de son grand-père malade en essuyant ses critiques et sa déception, en étant toujours comparé à son frère qui lui est un « bon musulman ». Le changement de sexe, la question de l’identité, les abus parentaux et même le microcosme de la littérature ! Tout le monde en prend pour son grade. Je suis sure que ce roman ravira les sociologues dans quelques années car il a beau se passer dans un futur proche, il dépeint une société tristement actuelle. D’ailleurs, les chapitres dans l’esprit de l’auteur en salon ont trouvé un écho très fort en moi. Une merveille. Un bijou.

Le tout avec une plume maîtrisée, dynamique, ce qui ne gâche rien. On sent que l’auteur a du métier et du bon métier. Si on s’embrouille, c’est totalement voulu -du moins je pense- afin de pousser la métaphore encore plus loin. Et comme je l’ai dit, des métaphores, il y en a beaucoup. C’est la postface qui m’a permis de mettre des mots clairs sur les intentions de l’auteur, sur ce que je ressentais parfois confusément. Les machines fantômes sont évidemment les I.A. qui naissent et qui développent une forme de pensée, de conscience, différente de celle des humains mais tout aussi importante. L’auteur montre la place prise dans notre vie par tous ces programmes, l’impossibilité de revenir en arrière, les dangers mais aussi les bénéfices que cela pourrait avoir pour l’humanité en fonction de leurs décisions. Car même chez les I.A., il y a des dissensions et ce qui est intéressant c’est qu’elles ne parlent pas. Il n’y a jamais de long dialogue pseudo philosophique entre l’humain et la machine, ce que j’ai vraiment apprécié. La barrière reste, les I.A. guident et ont des plans mais ça reste un degré de conscience trop différent du nôtre pour vraiment les unir. Olivier Paquet met en scène une naissance, le début d’une ère nouvelle et il le fait avec maestria.

Je ne peux même pas parler de science-fiction. Le terme de techno-thriller évoqué dans la presse me parait très adapté et c’est une superbe réussite qui vous collera des frissons.

Pour résumer, les machines fantômes est un techno-thriller sous forme de roman chorale. Magnifiquement orchestré par Olivier Paquet, il met en scène cinq personnages reliés entre eux par des I.A. qui vont devoir se battre pour contrecarrer les plans des uns et des autres avec un final surprenant. Si le texte contient parfois quelques longueurs, la critique sociale qu’il recèle ne manque pas de piquant ni de justesse et permet d’oublier qu’on s’éloigne un peu du sujet central à certains moments. Je recommande très chaudement ce texte à tous ; il est brillant et mérite qu’on le lise. Attention toutefois si ce sujet vous cause déjà des angoisses, ça ne va pas s’améliorer après la lecture.

Fingus Malister, Feux follets, mandragore et cadavre frais – Ariel Holzl

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Fingus Malister, Feux follets, mandragores et cadavre frais
est le premier tome d’une saga jeunesse écrite par l’auteur français Ariel Holzl. À paraître chez Rageot pour le 2 octobre, vous trouverez ce roman au prix de 12.5 euros dans toutes les bonnes librairies !
Je remercie les Éditions Rageot et NetGalley pour ce service presse.
Ceci est ma vingtième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Fingus Malister est un seigneur maléfique en herbe qui désire entrer à l’académie de magie pour étudier la nécromancie. Pour ça, il doit éblouir le jury et quoi de mieux qu’une potion capable de ramener les morts à la vie? Le problème, c’est qu’il a besoin d’ingrédients spécifiques et de l’aide de Polly, sa seule ami, afin d’affronter les obstacles qui se dresseront sur sa route.

J’ai lu ce texte d’une traite dans le train pour un salon, ça m’a pris un peu moins de deux heures. On reconnait immédiatement la plume efficace d’Ariel Holzl avec son humour noir d’une rare finesse et ses jeux de mots ravageurs. Difficile de reposer ce roman quand on le commence alors méfiez-vous !

Dans le village de Bedlam, les Malister n’ont pas bonne réputation. D’ailleurs, une foule en colère a brûlé leur château quand Fingus était encore un bébé, si bien qu’il a été élevé par une femme un peu folle décédée trois ans auparavant. Depuis, il se débrouille tout seul dans une vieille maison avec un kraken qui ravage sa cave. Fingus n’a que douze ans et il subit l’exclusion de la part de ses concitoyens, hormis la famille de Polly qui l’accueille toujours à bras ouverts. Je n’ai pas pu m’empêcher de compatir même si Fingus n’a pas vraiment bon caractère. Quand on y pense, sa situation est horrible ! J’apprécie beaucoup le fait qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture, autant pour les plus jeunes qui ne tiqueront pas forcément sur tout que pour les lecteurs plus vieux. Une belle réussite et des questionnements intéressants qui se posent sur l’hérédité, le harcèlement, le rejet de l’inconnu.

Ariel Holzl propose une nouvelle galerie de personnages intrigants comme Polly, l’amie sorcière de Fingus, n’aime pas utiliser sa magie et rechigne toujours à s’exécuter, ce qui lui vaut les moqueries du jeune Malister. Il est assez cruel avec elle, difficile de savoir s’il l’apprécie vraiment ou si elle n’est pour lui qu’un sous-fifre, comme expliqué dans son manuel. Pour un futur seigneur du mal, on ne peut pas dire que Fingus soit bien équipé : un vieux libre à moitié brûlé, le crâne de son défunt grand-père à qui il parle tout le temps et un chapeau sans fond.

Parviendra-t-il à rassembler tous les ingrédients nécessaires à la préparation de sa potion ? C’est le fil conducteur du récit qui consiste en une quête assez classique et à sa résolution. Ça reste un roman jeunesse, après tout. Le dernier chapitre indique clairement une suite à venir et c’est appréciable car plusieurs questions restent en suspend et le retournement de situation final s’est révélé inattendu. J’aurai quand même aimé que ça soit annoncé de façon claire dans le titre, je sais que c’est le genre de surprise qui déplait à certains lecteurs.

Pour résumer, Fingus Malister est certes un roman jeunesse mais qui séduira les petits comme les grands grâce à ses différents niveaux de lecture. Avec le style qu’on lui connait, Ariel Holzl propose l’histoire d’un seigneur du mal en herbe qui a peut-être un bon fond… Ou peut-être pas. Ce texte dynamique, drôle et intelligent se lit d’une traite et on a qu’une hâte: découvrir la suite ! Une grande réussite que je recommande chaudement.

Voyageur #1 L’espace d’un an – Becky Chambers

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L’espace d’un an
est le premier tome de la série Voyageur écrit par l’autrice américaine Becky Chambers. Publié chez l’Atalante dans sa collection La Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman au prix de 23.90 euros partout en librairie.
Je remercie Emma et les Éditions l’Atalante pour ce service presse !

Le Voyageur est un vaisseau tunnelier, c’est à dire qu’il creuse l’espace pour créer des passages entre différentes galaxies. Rosemary vient d’être engagée comme greffière à son bord et semble fuir un lourd passé. Dans une narration à différents points de vue, Becky Chambers nous raconte le voyage d’un an effectué par le Voyageur pour rejoindre une lointaine planète torémi qui doit être reliée au reste de l’Union Galactique suite à des accords diplomatiques qui ne font pas franchement l’unanimité.

Je ne savais pas précisément à quoi m’attendre avec ce roman. En général, quand je lis de la SF, j’espère des batailles spatiales, du militaire, de gros enjeux scientifiques. Comme je débute dans ce genre, je me réfère beaucoup à ce que je connais : Scalzi, Weber… Il n’y a pas grand chose de tout cela au sein de l’Espace d’un an et pourtant, j’ai vraiment apprécié ce texte.

Becky Chambers prend le parti d’une SF orientée sur les sentiments, les émotions, la famille que constitue le Voyageur. Sur le social, devrais-je dire, et sur tout l’aspect anthropologique / xénologique. Ainsi, les personnages et leurs cultures sont la grande force du récit. L’autrice les présente les uns après les autres, via des scènes clés et chaque en-tête de chapitre permet de suivre la date où se déroulent ces moments quotidiens, parfois séparés de longues périodes à vide.

Le lecteur rencontre d’abord Rosemary et c’est une entrée en matière qui m’a un peu refroidie car au premier abord, elle me paraissait très clichée, peu intéressante. Une humaine qui fuit sa planète natale (Mars) sans jamais trop en révéler… Ce qui est arrivé est tellement horrible, blablabla. Je roulais des yeux. Puis sont arrivés les autres. Le capitaine Ashby Santoro, un humain exodien droit dans ses bottes qui essaie de jongler avec ses différentes casquettes et la relation secrète qu’il entretient avec une autre capitaine d’une race différente de la sienne. Sissix, la pilote reptilienne appartenant à la race aandrisk qui a une culture et des mœurs très éloignés de ce qu’on croise habituellement au coin de la rue. Jenks, le technicien de petite taille et étrangement formé qui est amoureux de Lovey, l’IA dotée d’une personnalité qui gère le vaisseau. Le Docteur Miam, l’un des derniers représentants d’une race en voie de disparition qui apporte son lot de sagesse. Ohan, infecté par un virus qui fait de lui une paire sianate et lui permet de percevoir l’imperceptible dans l’espace. Kizzy, l’autre technicienne totalement excentrique qui n’aurait pas cloché dans Borderlands. Corbin, le misanthrope qui s’occupe des algues (et donc du carburant) du vaisseau, un spéciste franchement désagréable à qui on collerait bien une claque ou deux.

Ce panel de personnage permet d’une part de développer plusieurs cultures intéressantes et d’autre part d’exploiter des thématiques vraiment importantes qui cassent nos habitudes anthropocentristes. Quand Rosemary rencontre l’équipage pour la première fois, elle essaie de comprendre les mœurs aliens avec ses propres valeurs et doit se rappeler sans arrêt que ça n’a pas de sens. Comme Becky Chambers multiplie les points de vue, ça permet aussi d’être dans la tête des aliens comme Sissix qui a du mal avec les habitudes des humains, qu’elle trouve prise de tête. D’ailleurs, dans une discussion qu’elle a avec le Docteur Miam, elle dit une phrase qui m’a fait sourire: si seulement ils pouvaient être NORMAUX ! Ça nous fait grandement relativiser le concept de normalité et j’ai adoré ce bousculement dans mes habitudes.

L’univers en lui-même m’a paru bien construit et crédible. Becky Chambers donne un certain nombre d’informations pertinentes sans trop noyer le lecteur (même s’il y a des longueurs) et utilise certaines astuces comme des échanges de mail ou des recherches effectuées par Rosemary. Hélas… Tout cela a beau créer un roman riche, il est aussi assez lent. Les trois premiers quarts du roman sont consacrés à la vie quotidienne de l’équipage et s’il y a parfois un peu d’action, elle disparait vite au profit des conséquences psychologiques sur chacun d’eux et des intrigues privées de l’un ou l’autre. Cela plaira aux lecteurs qui aiment quand le récit se met tranquillement en place mais L’espace d’un an est très clairement un tome introductif, voué à poser les bases, initier le lecteur pour la suite que j’imagine plus intense en action. C’est seulement sur le dernier quart que survient un évènement violent mais il ne dure finalement pas si longtemps que ça. Ses conséquences, par contre…

Malgré cette lenteur, j’ai vraiment aimé ma lecture et le soin apporté par l’autrice, par exemple, à l’utilisation de pronoms comme iel pour désigner les espèces asexuées ou le pluriel pour la paire sianate (ce qui donne de drôles de phrase !) vu qu’ils sont deux dans un seul corps. Tout, dans ce livre, jusqu’à la forme du récit, passe un message de respect des différences et de tolérance qui ne peut qu’avoir un gros écho dans notre société actuelle.

Pour résumer, l’Espace d’un an est un très bon livre que je conseille plutôt à des débutants en SF (ce que je suis !). Becky Chambers propose de peindre le portrait d’une famille de cœur à bord du vaisseau tunnelier Voyageur. Son roman, très orienté sur la psychologie et la découverte de son univers, est clairement un tome d’introduction qui souffre d’un rythme assez lent sur la majorité du titre car il prend pas mal le lecteur par la main en enchainant les scènes d’exposition afin de détailler les particularités socio-culturelles de chacun. Il doit très clairement être lu dans l’optique de continuer la saga et en acceptant son statut introductif. L’autrice réussit très bien ses personnages auxquels on s’attache et pour qui on se passionne. Elle a créé un univers crédible (selon moi) et intéressant au sujet duquel j’ai très envie d’en apprendre davantage. Je vais donc continuer avec plaisir la saga Voyageur que je recommande pour débuter dans le genre.

#PLIB2019 : mon vote, mon bilan

Bonsoir à tous !

Aujourd’hui se clôturait le vote pour la session 2019 du PLIB, un prix dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises puisque j’avais la chance de compter parmi les membres du jury. J’avais envie d’en profiter pour vous proposer un bilan de cette aventure.

Petite info en passant : la remise des prix aura lieu le 12 octobre à Paris en présence des auteurs qui ont été invités par l’organisation. Je ne pourrai malheureusement pas y assister en personne mais je me réjouis qu’une retransmission en directe soit prévue ! J’ai vraiment hâte de connaître le résultat final.

Commençons par nous remémorer qui sont les 5 finalistes :
plib2019-finalistes
Le dieu oiseau – Aurélie Wellestein
Terre de brume #1 – Cindy Van Wilder
Rouille – Floriane Soulas
La fille qui tressait les nuages – Céline Chevet
Comment le dire à la nuit – Vincent Tassy

J’étais en demi teinte sur cette sélection des finalistes. Pour moi, d’autres romans dans les présélectionnés auraient largement mérité d’arriver à ce stade et j’ai été déçue qu’ils ne soient pas retenus. C’est peut-être l’un des seuls bémols que je mets au PLIB, c’est que les jurés ne sont pas obligés de lire les romans présélectionnés pour voter. Seule la lecture des finalistes est obligatoire (et très bien encadrée au passage, pas question de voter sans avoir lu ! Les cheffes veillent au grain), du coup les premiers votes se font à la couverture, au résumé, peut-être au copinage / popularité et c’est dommage. Mais bon, les organisateurs se démènent déjà tellement ! Je ne vois pas comment ils pourraient s’en sortir autrement pour contrôler tout le monde. Et c’est le jeu, au fond, car beaucoup de romans sont achetés chaque jour en se basant uniquement sur un nom, une couverture ou un résumé.

J’étais déjà très heureuse de voir figurer deux romans du Chat Noir dans les finalistes. J’adore la plume de Vincent Tassy et je suis tombée amoureuse du roman de Céline Chevet (et de l’autrice aussi qui est tellement adorable ♥). J’étais aussi contente de voir Aurélie Wellenstein en final car c’est une autrice dont j’apprécie le travail et qui est super sympa sur un plan humain. J’avais aussi apprécié la lecture du Dieu Oiseau (hormis la fin !) donc ça partait quand même bien.

J’étais un peu plus mitigée sur les deux autres titres. J’aime beaucoup Cindy Van Wilder en tant que personne mais j’étais restée un peu sur ma faim en lisant Mémorex et en plus, Terre de Brume était référencé comme roman jeunesse. Double aoutch. Finalement, ça a été une bonne surprise ! Je suis donc contente d’avoir été « forcée » de le lire parce qu’il est clair que je serai passée à côté sans ce prix.

Quant à Rouille, je ne savais pas trop quoi en penser. Je ne l’aurai pas acheté pour moi en temps normal, c’est certain. Je sais que je ne suis pas le public cible et le résumé ne me tentait pas. En matière de steampunk, je suis de plus en plus exigeante (faut dire que j’ai l’habitude d’autrices très pointilleuses dans le domaine) Si sa lecture n’a pas été la catastrophe à laquelle je m’attendais (vous avez les détails dans ma chronique, je ne vais pas revenir dessus !) j’ai quand même trouvé que les personnages manquaient de crédibilité et j’avais deviné les rouages de l’intrigue. Du coup, c’est probablement la lecture que je regrette le plus d’autant que j’ai acheté le livre, mais pas au point de l’avoir abandonné en cours de route, ce qui est déjà pas mal car j’ai vu beaucoup de jurés qui n’ont pas su lire au-delà des 10% minimum. Et pas seulement pour celui-là. Ça permet de se rendre compte que tous les goûts sont vraiment dans la nature !

Du coup, pour qui ai-je voté?
Ça a été très difficile de choisir entre les deux romans du Chat Noir mais voilà… La fin de Comment le dire à la nuit m’a laissée perplexe et déçue. Deux chapitres en moins et j’aurai probablement voté pour Vincent. Ou peut-être pas. Parce que la fille qui tressait les nuages est un chef-d’œuvre et je prie pour qu’elle remporte le trophée haut la main !

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Au final, quel est mon sentiment sur le PLIB?
C’est un concours extra et respectueux des auteurs (ça paraît bête mais organiser un Ulule pour pouvoir les rémunérer en plus d’organiser une vraie cérémonie, je trouve ça génial quand on pense que certains salons ne prennent même pas la peine de payer les auteurs qu’ils invitent !). Les organisateurs sont disponibles, investis et très présents sur les réseaux sociaux. Non seulement pour répondre aux questions mais aussi pour organiser des concours, des lectures communes, différents évènements et rencontres comme aux Imaginales. J’ai découvert une équipe très humaine et passionnée à qui j’ai envie de tirer bien bas mon chapeau.

Le groupe facebook permet d’échanger des avis constructifs avec d’autres blogueurs et ça aussi, c’est vraiment positif. Par contre, mon côté un peu vieille chieuse casanier m’a empêché de participer aux évènements sur discord, aux lecteurs communes et aux différents concours puisque j’avais déjà la majorité des titres. De plus, j’avais déjà lu une bonne partie des romans sélectionnés vu que je suis déjà à fond dans la promotion de la SFFF francophone. Je n’ai donc rien découvert de transcendant mais je ressens beaucoup de fierté à avoir pu apporter ma petite pierre à ce grand édifice.

Est-ce que je vais participer au PLIB2020? Évidemment !
Et vous? 😉