Prise de tête – John Scalzi

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Prise de tête
est un roman policier / science-fiction / uchronie écrit par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce texte au prix de 21.9 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Avant d’aller plus loin, sachez que Prise de tête s’inscrit dans le même univers et dans la continuité des Enfermés, texte dont je vous ai parlé en octobre. Comme souvent dans les sagas policières, les deux volumes peuvent se lire de manière indépendante à condition d’accepter de louper un clin d’œil ou l’autre de temps en temps. Rien de fondamental en soi. Les deux enquêtes sont séparées chronologiquement d’une année. Je vous encourage à jeter un oeil à ma chronique sur les Enfermés pour comprendre le contexte dans lequel Scalzi évolue. En quelques mots : un virus s’est développé au sein de la population humaine, attaquant le cerveau et enfermant des gens dans leur propre corps. La science et la technologie ont du se développer à toute vitesse pour libérer ces enfermés, ainsi sont arrivés les réseaux neuronaux, les transports personnels (cispés) etc. Je parle d’uchronie car on a bien un évènement qui modifie le cours de notre Histoire. Simplement, il a lieu dans notre passé proche.

Prise de tête exploite cette fois-ci le monde du sport si cher aux américains. L’hilketa est une discipline prisée par les haddens où il faut décapiter l’adversaire et marquer un but avec sa tête. Forcément, ça se joue avec des cispés (des robots de transport personnel), pas de panique. La ligue d’hilketa se développe de plus en plus et cherche à exister sur le marché mondial. Pas de chance, pendant un match amical supposé attirer les investisseurs, l’un des joueurs décède vraiment pendant le match. Les agents Shane et Vann vont donc devoir mener l’enquête pour savoir s’il s’agit ou non d’un accident.

Non content de proposer une enquête intéressante, dynamique et bien tournée, John Scalzi exploite surtout de nouvelles thématiques fortes. La fameuse loi qui sucre aux haddens une partie de leurs avantages fiscaux est passée, ce qui change la donne dans le monde des affaires. Les sociétés spécialisées dans la fabrication des cispés vont devoir élargir leur marché pour ne pas déposer le bilan. Arrive alors la perspective que les personnes valides utilisent des cispés en se faisant poser un réseau neuronal, comme s’ils étaient eux aussi victimes du syndrome. Les applications sont nombreuses : robots sexuels, facilités dans les voyages, accès à l’Agora, cet espace en ligne utilisé par les haddens… Ce qui m’a le plus marquée, c’est la manière dont les gens valides (donc qui ne sont pas enfermés dans leur corps) cherchent à s’approprier les technologies développées pour réinsérer les victimes du syndrome dans la société. On en est au point où des gens manifestent devant les stades d’hilketa sous prétexte qu’il est injuste que tous les joueurs soient des haddens (et donc des handicapés, techniquement !). Et oui, désolée, ça m’a choqué. Je pense que le but de Scalzi est de confronter le lecteur à l’absurdité et à l’hypocrisie de notre société et il s’en sort très bien.

Le roman compte 336 pages et on ne les sent pas passer. C’est en partie grâce au duo d’agents du FBI. Scalzi opte pour une narration à la première personne du point de vue de Chris Shane mais sa coéquipière est aussi très présente avec son caractère haut en couleur et très rentre dedans. Un régal. D’ailleurs, j’en profite pour souligner que dans ce volume-ci aussi, l’auteur ne genrifie pas Chris. On ignore toujours s’il s’agit d’une femme ou d’un homme et depuis que ma Troll préférée me l’a fait remarquer, j’ai fait la chasse au pronom pour m’en assurer. Mais non, rien. Quel coup de génie !

Une fois de plus, les dernières pages du roman sont consacrées au développement d’un point important de l’univers. Ici, l’hilketa. Comme pour un article de présentation encyclopédique, Scalzi nous en explique l’origine, les règles, les polémiques et j’ai apprécié que ça apparaisse à la fin plutôt qu’au début.

Je me rends compte que je n’ai pas énormément à dire sur ce roman. Ce n’est pas, fondamentalement, ma série favorite chez Scalzi mais je prends tout de même beaucoup de plaisir à la lire car on retrouve sa personnalité et son style inimitable tout au long du texte. Si je le préfère en space-opera, il s’en sort honorablement dans le genre polar SF uchronique et en profite pour amener une critique subtile de notre société. Ce texte s’adressera en priorité aux lecteurs qui ont envie de le découvrir mais qui ont peur de se lancer en science-fiction spatiale ou, tout simplement, qui n’aiment pas ça.

Pour résumer, Prise de tête est une nouvelle réussite à afficher au palmarès de ce talentueux auteur. John Scalzi propose un polar uchronique dans une société technologiquement un peu plus avancée que la nôtre grâce (ou à cause ?) du virus hadden. Il réutilise un duo d’agents du FBI qui fonctionne merveilleusement bien pour proposer une enquête dans le milieu sportif, enquête dont les rouages et l’intrigue ne manquent pas d’intérêt. Ce page-turner permet de passer un bon moment en compagnie de cet écrivain incontournable dont je vous recommande plus que chaudement la bibliographie complète.

#VendrediLecture (70)

Bonjour à tous !
J’espère que vous avez passé une bonne semaine riche en découvertes littéraires. J’ai eu peu de temps pour lire mais j’ai tout de même avancé dans le traitement de mes services presses, ce qui est plutôt encourageant. D’autant que ça a été deux bonnes lectures. Je me réjouis tout de même des deux semaines de congés à venir pour organiser mon temps à ma manière. Notez aussi que ce dimanche, je participe au Winter Geek festival à Mons avec Livr’s donc si vous avez envie de passer, n’hésitez pas ^-^ Ce petit point effectué, parlons de ma lecture en cours que je vais probablement terminer aujourd’hui…

Je vous rappelle le concept du VendrediLecture! Il s’agit de partager avec vous ma lecture en cours, avec la 4e de couverture, les informations de l’éditeur et le lien vers sa page sur Babelio. Simple, efficace, pourquoi se compliquer la vie?
N’hésitez pas à me dire si ce rendez-vous hebdomadaire vous intéresse et à le reprendre sur vos propres blogs ^_^ Notez que je ne l’ai pas inventé, je reprends le concept du site VendrediLecture et du #VendrediLecture sur Twitter.

Prise de tête – John Scalzi
Service presse – l’Atalante.

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« Décapitez l’adversaire et courez marquer un but, sa tête sous le bras. Tel est sommairement le principe de l’« hilketa », le nouveau sport à la mode. On se rassure : les joueurs sur le terrain ne sont que des cispés, des androïdes pilotés par la conscience des véritables opérateurs, eux-mêmes tous des « hadens », des victimes du syndrome du même nom, enfermés dans leur corps réduit à la plus terrible paralysie.
Je suis moi-même un haden et je n’existe socialement que par cispé interposé. Je suis aussi un agent du FBI, et c’est par un pur concours de circonstances que j’assiste à la mort d’un joueur d’hilketa au cours d’une compétition ; je parle de l’homme derrière le robot, en principe à l’abri de tout danger. Alors, accident ou meurtre ? C’est ce qu’il va nous falloir découvrir, mon acariâtre mais futée coéquipière et moi. Paré à plonger dans les coulisses d’un sport où athlètes et financiers sont prêts à tout ? »

Je vous avais déjà parlé du roman les Enfermés qui se déroule dans le même univers. Il s’agit toutefois de deux enquêtes indépendantes, bien qu’on y retrouve le même duo d’enquêteur.

Retrouvez quelques avis sur Babélio !

Et vous, que lisez-vous? 🙂

L’Ombre des arches – Vincent Mondiot

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L’Ombre des arches
est un roman de fantasy écrit par l’auteur français Vincent Mondiot. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce texte au prix de 21 euros.
Je remercie Estelle, Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse.

Rappelez-vous, l’année dernière, je vous ai parlé des Mondes-Miroirs, premier roman de Vincent Mondiot coécrit avec Raphaël Lafargue qui prenait place dans le même univers, avec des personnages semblables pour la plupart. L’Ombre des arches se déroule une année après les évènements relatés dans le volume susmentionné et je suis un peu surprise qu’il ne soit pas clairement annoncé comme une suite. En effet, même si L’Ombre des arches peut se lire de manière indépendante, je trouve que le lecteur passera à côté de liens importants s’il n’a pas précédemment pris contact avec l’univers posé par l’auteur. C’est toutefois un avis purement personnel et il y a probablement une bonne raison éditoriale à cela.

L’Ombre des arches raconte donc le voyage diplomatique d’Elsy et Elodianne. Le Palais central a envoyé la magicienne miroitiste en mission dans la province d’Aurterre afin de démontrer les nouvelles avancées magiques permises par la fréquentation des terroristes de Teliam Vore, présents dans le premier volume. Elsy accompagne Elodianne comme garde du corps et prend son rôle un peu par dessus la jambe, persuadée qu’il s’agit de vacances. Hélas ! Un évènement tragique va transformer les deux jeunes femmes en otages et les rendre complices malgré elles d’une tentative d’insurrection politique.

Souvenez-vous, dans le premier volume, j’avais relevé de nombreuses qualités que j’ai eu le plaisir de retrouver ici. Premièrement, la construction narrative ainsi que le rythme qui évoquent le médium manga. Vincent Mondiot découpe son intrigue et sa narration comme s’il s’agissait de planches dessinées japonaises. Les scènes d’action sont rédigées de manière claires et efficaces, très imagées. On n’a aucun mal à se projeter et c’est tant mieux car écrire une bonne scène d’action immersive n’est vraiment pas donné à tout le monde. Il laisse aussi une grande part aux dialogues ce qui apporte au lecteur un rythme stimulant, transformant l’Ombre des arches en page-turner. Ces dialogues, d’ailleurs, ne manquent pas de piquant. On retrouve par exemple Elsy, fidèle à elle-même, vulgaire, provocatrice et qui n’a pas sa langue dans sa poche. À elle seule, l’héroïne constitue un ressort comique qui passe ou qui casse. Je l’ai trouvé lassante par moment mais l’auteur est parvenu à la remettre dans mes bonnes grâces à mesure que l’histoire avançait en laissant entrevoir des pans de son passé qui surprennent, attendrissent.

J’avais également relevé la richesse des personnages. Dans l’Ombre des arches, le lecteur retrouve certaines têtes connues, déjà avec Elsy et Elodianne, mais Vincent Mondiot ajoute de nouveaux protagonistes afin de proposer un roman chorale d’une grande richesse non seulement sur la politique mais aussi sur l’Histoire de son univers. Corbès Salven, sa femme Linne, son neveu Alken, son âme damnée Rekvan ou encore l’un ou l’autre protagoniste éphémère, permettent de prendre conscience d’une nouvelle dimension de Mirinèce (sa géographie, son histoire, sa politique notamment) mais aussi de dévoiler au bon moment des éléments cachés d’une intrigue de grande ampleur, plus complexe que ce qu’on imagine au premier abord.

Comme je l’ai évoqué, suite à un évènement tragique, le légat d’Aurterre, Corbès Salven, développe des visées indépendantistes par rapport à la capitale Mirinèce (où se déroulait l’intrigue du premier roman) et à son ami Damnis à qui il avait prêté allégeance après la guerre contre les rebuts, trente ans plus tôt. Corbès charge donc son épouse de mener une délégation secrète à travers différentes provinces pour convaincre les légats de se rallier à sa cause et proposer un contre-pouvoir fort. Vincent Mondiot ne cherche pas à donner dans l’inspiration politique ou même dans le pamphlet engagé. Il propose un roman très réaliste et même assez désenchanté, cynique, sombre dans son ton, dans son déroulé, au point de confiner parfois à l’horreur lors de certaines scènes. La manière dont l’auteur présente les évènements rappelle une fois de plus l’aspect manga. Cela m’a notamment frappé à la fin quand les deux compères d’Elsy éclatent le crâne de Linne Salven et massacrent la délégation d’Aurterre en enchaînant les blagues et les remarques légères. C’est tellement typique d’un seinen, ce décalage complet, surtout avec les sentiments d’effroi de la part d’Elsy et Elodianne qui ont tout fait jusque là pour sauver leurs ravisseurs… Ce n’est qu’un exemple, d’autres me viennent à l’esprit comme cette protagoniste qui entretient des pensées suicidaires assez fortes sous le coup de la culpabilité ou le syndrome de Stockholm évident développé par Elsy et Elodianne, à des degrés différents, ce qui est aussi intéressant puisque ça aura des conséquences sur l’affrontement final du roman. Vincent Mondiot traite tous ces thèmes avec une certaine justesse, en s’y arrêtant juste comme il faut, sans trop appuyer ce qui évite le sentiment d’artificialité.

Pour résumer, l’Ombre des arches est une suite à la hauteur des Mondes-Miroirs. Le lecteur retrouve Elsy et Elodianne dans un roman de fantasy axé sur le voyage, la politique et le développement de nouvelles théories magiques. Avec un ton résolument sombre malgré des moments d’humour un peu potache parfois, Vincent Mondiot continue de dévoiler des pans entiers de son univers d’une incroyable richesse à travers ce page-turner addictif. Pour ne rien gâcher, l’ouvrage contient quelques illustrations réussies qui apportent un cachet supplémentaire à cette œuvre. Je vous recommande vivement la découverte de cet auteur talentueux !

FOCUS – L’Atalante, 30 ans d’évasion

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Salut tout le monde !
Une fois n’est pas coutume, je vous propose un petit article de fond au sujet d’une maison d’édition que j’aime beaucoup : l’Atalante. Vous le savez peut-être mais depuis février de cette année, j’ai la chance de compter parmi leurs partenaires presses et ça a été un véritable honneur pour moi  de recevoir une telle confiance de la part d’un éditeur aussi prestigieux. J’étais pas prête, franchement… Je me revois encore à la foire du livre de Bruxelles en train de bégayer devant la proposition si spontanée de leur attachée presse. Pas prête, je vous dis ! Je suis probablement toujours en train de rêver.

D’autant que notre partenariat ne se limite pas aux nouveautés ! J’ai pu explorer leur catalogue et j’ai lu sur un peu plus d’une année 21 romans de chez eux. Je dis plus d’un an car j’avais déjà découvert deux tomes de Honor Harrington ainsi que le fabuleux Redshirts par mes propres moyens. Je lis donc plus ou moins deux romans de chez eux par mois ! Dingue. Ça m’aide à concrétiser une envie de longue date qui est de lire davantage de science-fiction pour mieux connaître et maîtriser ce genre littéraire.

Si je vous parle de l’Atalante aujourd’hui (oui j’arrête les digressions, ça va) c’est parce que la semaine dernière, l’éditeur a dévoilé un site vraiment sympathique qui s’appelle 30 ans d’évasion. En tout cas, je l’ai vu pour la première fois la semaine dernière. En répondant à une série de questions, un algorithme vous trouve le roman le plus adapté à vos goûts au sein de cette maison d’édition. Franchement, c’est pas merveilleux? Trois semaines avant les fêtes de Noël?

Il faut d’abord choisir le genre (science-fiction / fantasy / fantastique) et ensuite si on souhaite une série ou un tome unique. Après cela, plusieurs thèmes sont proposés au futur lecteur. Par exemple si je choisis : fantasy -> tome unique -> fantasy historique je tombe sur les lions d’Al-Rassan du fameux Guy Gavriel Kay. Si je choisis science-fiction > saga > dans l’espace > space opera > avec uniforme > (à ce stade le site me demande si j’ai lu Honor Harrington, SERIOUSLY LE SITE ?! É-vi-demment.) mission en espace alien, je tombe sur l’Artefact de Jamie Sawyer. Oui, y’a des genres un peu plus spécialisés que d’autres hein, du coup y’a des questions poussées. J’ai finalement le choix entre « Je veux le lire » ou « Je veux recommencer ». Si j’opte pour la première option, je suis redirigée vers le site de la librairie l’Atalante ce qui permet, en plus, de soutenir un libraire indépendant. Ce qui fait largement mon bonheur, personnellement, vu que je préfère toujours soutenir un commerçant indépendant qu’une grande chaîne (ne me lancez pas sur amazon.)

C’est tellement ludique que je passe mon temps depuis une heure à me créer une petite liste des titres que je dois encore lire. Franchement, c’est pas l’idée parfaite pour trouver ses cadeaux?

Bref voilà, j’avais envie de vous faire partager cette découverte (de l’ombre 😉 ) et de vous encourager à découvrir cet éditeur incontournable !

Bon dimanche à tous ♥

#VendrediLecture (69)

Bonjour à tous !
J’espère que votre semaine s’est déroulée d’une manière plus agréable que la mienne. Je dois bien avouer que ça n’a pas été de tout repos. Du coup j’ai assez peu lu mais ça m’a permis de découvrir des romans intéressants et d’avancer dans le traitement de mes SPs. J’ai bon espoir de tenir mon objectif ! J’en profite pour vous souhaiter une joyeuse Saint Nicolas à tous, en espérant qu’un livre se cache derrière les mandarines, les bonhommes en sucre et le chocolat 😛

Je vous rappelle le concept du VendrediLecture! Il s’agit de partager avec vous ma lecture en cours, avec la 4e de couverture, les informations de l’éditeur et le lien vers sa page sur Babelio. Simple, efficace, pourquoi se compliquer la vie?
N’hésitez pas à me dire si ce rendez-vous hebdomadaire vous intéresse et à le reprendre sur vos propres blogs ^_^ Notez que je ne l’ai pas inventé, je reprends le concept du site VendrediLecture et du #VendrediLecture sur Twitter.

L’ombre des arches – Vincent Mondiot
Service presse – Mnémos

3« Elsy et Elodianne sont deux amies d’enfance. L’une est mercenaire,rompue aux bagarres de rue et aux affaires retorses ; l’autre est une mage du gouvernement, au coeur des intrigues politiques du Palais central.Envoyée en mission diplomatique dans la lointaine province d’Aurterre avec Elsy pour garde du corps, Elodianne y voit une opportunité pour sa carrière mais aussi une occasion de décompresser. Pourtant, ce voyage prendra une dimension qu’aucune des deux femmes n’aurait osé cauchemarder. De cité en cité, entre ports resplendissants et villes industrielles chargées de poussière, Elsy et Élodianne écriront malgré elles une page cruciale de l’histoire de l’État des Arches, qui pourrait commencer par À l’aube de la révolution… »

Retrouvez plus d’avis sur Babélio !

Et vous, que lisez-vous?

Passing Strange – Ellen Klages

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Passing Strange
est un one-shot fantastique écrit par l’autrice américaine Ellen Klages. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce roman dans la collection Perles d’Épice au prix de 18.9 euros.
Je remercie Jérôme, Gaëlle et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Passing Strange raconte l’histoire de six femmes dans le San Francisco des années 1940. Six femmes homosexuelles qui ne cherchent qu’à obtenir le droit de vivre comme elles l’entendent.

J’ai parlé d’un roman fantastique et j’ai conscience que ma manière de résumer ce texte ne le laisse pas penser. Il y a bien une dose de surnaturelle mais elle s’apparente plutôt à une forme de magie belle, douce et subtile que je ne peux pas détailler par crainte de vous gâcher la fin (quelle fin, franchement ! ♥). Sachez toutefois que l’une des protagonistes pratique un art appelé ori-kami qui est celui du pliage de papier et qui permet de tordre le tissu spatial. J’ai trouvé l’idée intéressante, originale. La touche de fantastique permet d’ajouter une certaine poésie au roman mais ce qui marque surtout, ce sont ses thèmes.

Dans les années 1940, vous imaginez bien que l’homosexualité n’était pas vraiment bien considérée. J’ai été effarée de découvrir les lois en vigueur à cette époque (que je présume malheureusement exactes puisque l’autrice semble avoir mené des recherches consciencieuses). Pour vous donner une idée, une femme n’a pas le droit de s’habiller « en homme », elle doit porter au moins trois accessoires féminins sur elle et les agents peuvent évidemment vérifier à leur aise… Il n’y a personne pour défendre leurs libertés et elles doivent se rejoindre dans des espaces vaguement clandestins comme le bar « chez Mona » que la police laisse ouvert parce que ça « participe au tourisme ». Les gens du commun s’y rendent pour se donner des frissons en contemplant ce qui est nommé « débauche ». J’ai conscience que tout ça a évolué (dans la théorie en tout cas) mais ça m’a glacée le sang et révoltée à plus d’une reprise.

Pourtant, Ellen Klages ne transforme pas son roman en pamphlet politique et c’est aussi ce que donne de la force à ses thématiques. Elle raconte une belle histoire d’amour, d’amitié aussi, entre Haskel et Émilie, entre Helen, Franny, Polly et Babs. Elle en profite pour évoquer le racisme (envers les asiatiques, une communauté à laquelle Helen appartient et dont on ne parle pas si souvent), l’inégalité entre les hommes et les femmes (Polly ne peut pas entrer dans l’université de son choix car il n’est pas admis que des femmes y étudient) avec une subtilité qui instille chez le lecteur un sentiment d’horreur, d’incompréhension.

Passing Strange, c’est donc tout cela mais aussi et surtout la (ou en tout cas l’une) plus belle romance que j’ai pu lire. Ce roman est doux, sincère, bien écrit, les pages se tournent sans qu’on ressente la moindre longueur. Ellen Klages plonge son lecteur dans un San Francisco si bien détaillé qu’on pourrait s’y promener les yeux fermés. Je n’ai pas grand chose de négatif à dire sur ce texte hormis peut-être sur la couverture car celle en anglais est, selon moi, beaucoup plus attirante mais c’est un détail et celle en français n’est pas non plus dénuée d’intérêt en ce sens qu’elle rappelle les techniques d’Haskel.

Pour résumer, Passing Strange est une grande réussite sur tous les plans. Ce one-shot légèrement fantastique traite avec poésie et sincérité de l’homosexualité dans les années 1940 à San Francisco. Il raconte l’histoire de six femmes, six amies, qui ne demandent qu’à vivre comme elles l’entendent, comme elles le méritent. J’ai aimé la manière dont l’autrice m’a transportée dans son histoire, les émotions qu’elle est parvenue à m’inspirer et je ne peux que vous recommander la découverte de ce titre. Pourtant, sachez-le, je n’aime pas la romance en général… Imaginez à quel point ce roman est bon !

Archives de l’exode – Becky Chambers

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Archives de l’exode
est le troisième volume (après l’Espace d’un an et Libration) d’une saga de science-fiction composée de tomes indépendants et écrite par l’autrice américaine Becky Chambers. Édité chez l’Atalante, vous trouverez ce roman au prix de 21.9 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Ce roman se déroule cette fois-ci principalement dans la Flotte. Pour rappel, à l’origine, les humains qui composent la Flotte en question ont été les derniers à quitter une Terre dévastée en espérant survivre et préserver leur espèce. Ils ont adopté un mode de vie bien à eux très inspiré des bons côtés du communisme, au point d’exister dans une forme d’utopie crédible car imparfaite. Dans ce roman, Becky Chambers nous propose à nouveau de suivre une galerie de personnages très divers aux vies ordinaires. Si vous avez envie d’intrigue à grande échelle ou d’action haletante, les textes de cette autrice ne sont pas faits pour vous.

Fidèle à ses habitudes, Becky Chambers propose une science-fiction tournée vers l’individu et la richesse apportée par les autres cultures. Son roman chorale lui permet d’aborder de nombreux thèmes et peindre beaucoup de profils. Voyez plutôt. Le lecteur rencontre d’abord Tessa. Elle est mère de deux enfants et travaille dans un secteur menacé par les intelligences artificielles. Isabel est une personne âgée qui travaille aux Archives et est chargée de préserver le souvenir de leur Histoire pour les générations futures. Eyas est une soignante, c’est à dire qu’elle s’occupe des morts et les transforme en composte pour qu’ils continuent d’être utiles à la communauté en servant à faire pousser les récoltes car dans la Flotte, rien ne se perd. Kip est un adolescent comme n’importe quel autre, que l’ennui pousse à mener des expériences idiotes et à s’interroger sur le sens de son existence. Quant à Sawyer, c’est un humain extérieur qui ne trouve pas son compte sur une planète après avoir perdu un énième travail et ressent l’envie de vivre au sein de la Flotte car leur mode de vie l’attire. Pour terminer, Ghuh’loloan est une ethnologue alien qui apparait dans les chapitres d’Isabel mais aussi à chaque début de partie (le texte est divisé en sept) sous forme de compte-rendu de ses recherches dans une simulation de publication scientifique.

Cette accumulation de profil permet au lecteur de se retrouver dans au moins l’un des protagonistes. L’intrigue des Archives de l’exode est assez simple. Il s’agit surtout d’écrire des tranches de vie et de culture, de montrer au lecteur toutes les phases d’une vie, de son commencement à sa presque fin. On a en effet un adolescent, un jeune adulte, une femme active célibataire, une mère, une personne âgée… C’est assez fascinant à découvrir et très différent de ce dont on a l’habitude. J’évoquais les thèmes abordés par l’autrice, ils sont aussi pluriels que ses personnages: le devoir de mémoire, le vivre ensemble, l’importance d’appartenir à une communauté… C’est une véritable ode à la tolérance et à l’ouverture.

Comme pour ses autres textes, je me dois de souligner la richesse de l’univers créé par l’autrice, surtout d’un point de vue des sciences humaines au sens large: les différentes races, leurs mœurs, leurs cultures, leur Histoire, Becky Chambers ne néglige pas le moindre détail au point qu’on ne s’étonnerait presque pas de croiser un aéluon au coin de la rue.

Archives de l’exode est un texte calme qui permet de souffler et de réfléchir à son propre quotidien, à ses propres habitudes. Sur un plan personnel, il y a notamment une phrase qui m’a marquée au point que je la photographie pour la retranscrire ici. Quand l’un des personnages apprend que son travail est menacé, elle écrit à son compagnon qui voyage pour son travail et lui dit : Pourquoi apprendre si tout est dans les Liens et qu’il suffit d’interroger l’IA? C’est, je trouve, une problématique terriblement actuelle et ce n’est pas la seule. Voici un exemple parmi tant d’autres de la richesse portée par les romans de cette autrice atypique dans la veine de la science-fiction. Atypique, je le précise, sur base de mes modestes connaissances du genre.

Pour résumer, Archives de l’exode est une réussite qui ne plaira certes pas à tout le monde pour son aspect très humain et social (ce qui induit une presque absence d’action) mais qui ne manque pas de qualités sur la forme comme sur le fond. Becky Chambers s’inscrit dans un nouveau genre de science-fiction typé sciences humaines pour proposer un texte riche sur bien des thématiques. À découvrir, l’expérience vaut le coup !