Terra Ignota #2 Sept Redditions – Ada Palmer

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Sept Redditions
est le second volume de Terra Ignota, une saga de science-fiction dite utopique écrite par l’autrice américaine Ada Palmer. Publié par le Bélial, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 24.9 euros ainsi que sur le site de l’éditeur via lequel je vous encourage à commander.

Avant-propos
Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé du premier tome ( Trop semblable à l’éclair ) que je décrivais comme une expérience littéraire extraordinaire, un véritable chef-d’œuvre au-delà du simple qualificatif de « coup de coeur ». En le lisant, je me suis rappelée comment était née ma passion pour la littérature à l’origine et cela a mené à un certain nombre de réflexions personnelles qui n’ont pas toujours abouti à ce que j’en espérais mais qui ont eu le mérite d’exister.

Ada Palmer brille, elle brille pour ses références, pour ce qu’elle a créé, pour les réflexions qu’elle propose et la grandeur ambitieuse de ses textes. J’ai entamé Sept Redditions avec une double crainte : la première, celle que ce second tome se révèle décevant par rapport au premier avec un effet de surprise gâché quant au contenu, à l’ambition, au narrateur, à l’ensemble. La seconde, que je ne ressente plus l’envie de lire quoi que ce soit après avoir tourné la dernière page, secouée par la certitude que rien n’arrivera à la cheville de l’histoire narrée par Mycroft Canner.

Cette dernière crainte s’est révélée en partie fondée. Je me réjouis de voir qu’en 2020, on publie toujours des romans porteurs d’une telle ambition littéraire et je remercie mille fois le Bélial d’avoir entrepris la traduction de ce cycle. Je précise que cette remarque n’engage que moi et ne sous-entend pas que tous les autres textes que j’ai pu lire ou que vous avez pu lire sont inférieurs. Il ne s’agit pas d’établir une échelle de grandeur qualitative mais bien d’insister sur mon enthousiasme vis à vis du roman. Terra Ignota ne ressemble à rien d’autre de ce que j’ai pu lire, il se démarque donc aisément. Toutefois, quelqu’un avec une culture littéraire plus vaste ou simplement différente de la mienne ne partagera probablement pas mon opinion. N’oubliez donc pas qu’il s’agit bien de cela : mon opinion, mon sentiment, développée sur mon blog avec toute la partialité que cela implique.

Pour en revenir au livre en lui-même, j’ai retrouvé au sein de ce roman des qualités semblables à ce que j’ai pu relever dans ma première chronique : un souci de la représentation (un véritable exemple à suivre selon moi et une référence à mettre en avant dans les débats qui secouent la twittosphère littéraire ces dernières semaines), une mise en scène astucieuse des philosophies du 18e siècle (sans toutefois s’y restreindre) ainsi qu’un narrateur savoureux qui interagit avec son lecteur en le manipulant, démontrant une maîtrise encore inégalée selon moi de la narration à la première personne.

Je dois même dire que ces qualités sont présentes à l’identique tant Sept Redditions s’inscrit dans la continuité directe de Trop semblable à l’éclair. Ç’aurait pu être (selon moi, à nouveau) publié comme un seul roman sans les exigences éditoriales modernes (même ainsi, ce sont deux beaux pavés). Je vous recommande d’ailleurs de lire ces titres l’un après l’autre directement pour ne rien y perdre, un exercice auquel je compte me livrer dans un futur plus ou moins proche.

À ce stade, vous vous demandez probablement ce que je vais pouvoir dire que je n’ai pas déjà détaillé ou encensé dans mon précédent billet. Vous vous étonnez aussi peut-être que je n’ai pas encore subdivisé cette chronique en plusieurs points, menant une analyse plus ou moins pertinente, comme j’en ai l’habitude. Ce n’est pas ce que je souhaite écrire vis à vis de ce texte. L’émotion suscitée par cet ouvrage a été énorme pour moi, j’aimerais réussir à vous la transmettre non seulement par la lecture de cet avant propos mais également par une brève réflexion sur le sujet central (un parmi d’autres, je vous assure !) de Sept Redditions : la conception de l’utopie.

Aussi sachez que tout ce qui est écrit à partir de maintenant risque de vous divulgâcher l’intrigue. Je vous recommande donc de ne pas poursuivre votre lecture si vous comptez vous plonger dans l’univers de Terra Ignota.

De la définition de l’utopie…et du reste.
Au sens premier du terme, on parle d’utopie pour qualifier un idéal de type positif impossible à atteindre. C’est ce qui est mis en scène dans Terra Ignota : une société fictive qui se veut positive car chaque humain a le droit de choisir la Ruche (son groupe quoi) qui correspond le mieux à ses croyances, à ses ambitions. Tout le monde a un toit au-dessus de sa tête, travaille vingt heures par semaine en consacrant le reste de son temps à des loisirs de son choix. La faim, le froid, tout cela n’existe plus pour la plus grande majorité de la population. La dernière guerre de religion a aboli les distinctions genrées, il n’existe donc plus, en théorie, d’hommes et de femmes au sens social du terme (c’est toujours le cas sur un plan biologique) si bien que l’autrice emploie des pronoms neutres (on et ons) dans le texte. Un choix qui peut déstabiliser mais que je trouve très intéressant. Ces petits jeux de forme, Ada Palmer s’y livre à merveille et non contente de s’y essayer, elle offre aussi une réflexion très intéressante sur l’existence du genre au sens social, ses avantages et ses inconvénients.

L’utopie, une société d’avenir… ou pas.
Sur le papier, tout fonctionne à merveille au sein de l’Alliance sauf que ce tome approfondit ce qu’on commençait à soupçonner dans le premier, à savoir que le système a des ratés et repose finalement sur la violence qu’il était parvenu à bannir puisque l’existence d’un groupuscule dénommé « O.S. » implique des meurtres ciblés afin d’éviter à la société humaine de subir des crises majeures qui risqueraient d’abolir le système considéré comme parfait en place. Et parfait, il le parait en effet au premier abord, surtout à nos yeux d’êtres humains du vingt-et-unième siècle.

Le meurtre, rappelons-le, n’existe plus dans cette société depuis longtemps au point que les actes de Mycroft Canner causèrent un choc terrible à tous. Arrive donc la question de savoir ce qui est acceptable ou non au nom du plus grand bien et ce qu’est, au fond, ce plus grand bien, cette utopie. Quelles sont ses limites ? Comment la maintenir ? Doit-on la maintenir ? Quelles conséquences un tel système a-t-il sur l’humanité, sur son ambition, sur sa capacité à évoluer ? Deux milles et quelques vies contre celle de milliards d’individus, cela vaut-il le coup ? Doit-on s’en tenir aux probabilités ou à sa moralité ? La galerie de personnages imaginée par Ada Palmer permet de mettre en scène une multitude de points de vue, ce qui entraine non seulement des discussions passionnantes entre les protagonistes mais également une action au rendez-vous grâce aux élans dramatiques qui ne sont pas sans rappeler différents courants littéraires qui m’évoquent davantage le dix-neuvième que le dix-huitième siècle littéraire français, pour ma part.

Du génie ! Mais…
C’est délicieux, cela fonctionne à merveille, du moins si on apprécie ce type de littérature et cette construction si particulière où l’autrice laisse la parole à Mycroft Canner, qu’on découvre ici sous un jour nouveau. Comme je l’ai déjà mentionné dans mon autre billet, je pense que ce roman n’est pas accessible à n’importe qui. Il faut aimer philosopher, se laisser séduire par l’aspect théâtral qui intervient par moment jusque dans la forme même du texte, ne pas craindre les multiplications de personnages, prendre le temps de se poser pour comprendre toutes les implications de ce qui se déroule, de ce qui se dit, de ce qui peut arriver. Il s’agit clairement d’un roman -d’une saga- à relire, plus d’une fois, même plus de deux ou trois, pour s’en imprégner véritablement. Pour moi, les romans d’Ada Palmer sont exigeants mais ils valent largement l’investissement mental et moral tant ils apportent une vraie richesse non seulement à la littérature mais également sur un plan humain.

Que lire à présent jusque 2021, date de la parution du troisième volume en français… Grande question.

La conclusion de l’ombre :
Sept Redditions est une suite à la hauteur de Trop semblable à l’éclair. Ada Palmer est brillante, son roman est aussi intelligent qu’addictif, doté d’un apport philosophique conséquent et passionnant. Ada Palmer ne juge pas, elle invite ses lecteurs à participer à une Grande Conversation sur la manière de mettre en place une utopie humaine efficace et les conséquences que peut avoir un système politique de ce genre… entre autres thèmes ! Une réussite sur tous les points que je recommande avec un enthousiasme que mes mots peinent à retranscrire.

D’autres avis : L’épaule d’Orion, Tigger Lilly, Le Syndrome de Quickson, Blog à part, BlackWolf, Gromovar, Just A Word, Outrelivresles Chroniques du Chroniqueur – vous ?

Les découvertes de l’ombre #16

Bonjour à tous !
Déjà un mois et demi depuis le dernier épisode des découvertes de l’ombre ! Deviendrais-je plus difficile à tenter ? Heureusement, certains blogpotes ne perdent pas la main… Découvrons tout de suite la sélection de cette fois-ci avec les résultats en fin d’article.

En quelques mots, je vous rappelle le concept: Au quotidien, je suis beaucoup de chroniqueurs (vive l’application WordPress !) qui me font découvrir des livres intéressants. Ces livres, je me les note toujours sur le bloc-note de mon téléphone (merci à toi qui remplace le post-it que je perdais tout le temps). Puis je me suis dit… Bon sang que tu es égoïste ! Fais donc partager tes découvertes au monde entier, mets en danger les comptes en banque et les PàL qui menacent déjà de s’écrouler !

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Blog : les Chroniques du Chroniqueur
Un recueil de nouvelles qui s’inspire du style littéraire décadent tout droit tiré du 19e siècle. En quelques mots seulement, l’ami Chroniqueur a su titiller mon intérêt puisque vous le savez, j’adore le 19e siècle et ses différents mouvements littéraires.

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Blog : my dear ema
En ce moment je vois de plus en plus de romans jeunesses évoquer les thèmes de l’appartenance, du genre, des questionnements actuels mais nouveaux au sein de la littérature. Ema m’a donné envie de lire Alana et l’enfant vampire parce qu’on y parle de tout ça mais également des handicaps invisibles, des douleurs que les personnes en bonne santé n’imaginent même pas. J’ai la chance de ne pas en souffrir mais je connais plusieurs personnes dans mon entourage qui doivent vivre avec et lire un livre comme celui là m’intéresse parce que ça pourrait me permettre de mieux les comprendre. Bref, que du bon en perspective !

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Blog : l’Apprenti Otaku
Je lis de plus en plus de romans sur la sexualité LGBTQIA+ parce que le sujet m’intéresse énormément. J’aime faire en sorte de comprendre correctement les choses en découvrant des œuvres écrites par les personnes concernées. Ce mangaka a déjà traité du sujet dans d’autres séries et ce qui m’attire ici, c’est l’aspect homophobie ordinaire. Pas celle des gens méchants idiots incapables de voir au-delà de leur normalité mais celle qu’on a peut-être tous un peu au quotidien. Je pense qu’on n’en parle pas suffisamment du coup il est clair que ce manga va rejoindre ma PàL.

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Blog : l’Apprenti Otaku
La manière dont l’ami Otaku décrit ce titre m’a beaucoup intrigué: comme un moment de vie capté dont on sait qu’il va se terminer de manière tragique (puisque le manga s’ouvre sur la mort de l’héroïne). Je suis attirée par l’aspect un peu vain et désenchanté qui semble présent dans ce manga. En plus je n’ai jamais rien lu de cet éditeur, ce sera l’occasion !

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Blog : le Culte d’Apophis
Dans l’Anthologie Apophienne récemment publiée (début juillet de mémoire) j’ai eu la surprise de découvrir un recueil de Robert Silverberg au sein duquel se trouve la novella « Tombouctou à l’heure du lion ». J’ai lu beaucoup d’uchronie toutefois elle est systématiquement écrite par un/e auteurice européen/ne (souvent français/e) ce qui fait que les modifications majeures se déroulent en général au moment de la révolution industrielle (ce qui donne souvent du steampunk) ou une société du 19e siècle qui a continué au-delà, neuf fois sur dix à Paris. J’ai été séduite par le postulat de départ où la peste a ravagé 75% de la population européenne, où la colonisation n’a pas eu lieu, bref où tout est vraiment très différent de ce qu’on peut imaginer. J’espère réussir à mettre la main un jour sur ce recueil.

Et voilà c’est déjà terminé pour cette fois ! L’heure des comptes est venue… Nous sommes donc à une tentation pour miss Chatterton et Chut maman lit ainsi que Célinedanae, FungiLumini, les livres de roses, Lutin et songes d’une walkyrie. Nous arrivons à deux tentations pour Ma Lecturothèque et l’ours inculte. Trois tentations pour les Chroniques du Chroniqueur et My Dear Ema qui se dégagent du peloton. L’Apprenti Otaku s’offre un beau doublé et écrase tout le monde avec quatre tentations ! Enfin, tout le monde… ou presque car bien entendu, le Grand Serpent maintient son avance avec cinq tentations. Qui osera lui disputer son titre ?

Et vous, vous avez découvert quelque chose d’intéressant récemment? 🙂

L’imparfé #1 le royaume qui perdait ses couleurs – Johan Heliot

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Le royaume qui perdait ses couleurs
est le premier tome d’une saga fantasy jeunesse intitulée l’imparfé et écrite par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Gulfstream, vous trouverez ce roman au prix de 13.90 euros.
Je remercie l’éditeur d’avoir offert cet epub dans le cadre du #PLIB2020 !

De quoi ça parle ?
Tindal a treize ans et va pouvoir partir à la capitale afin de suivre son entrainement de guerrier. Hélas ! Une erreur administrative le contraint à rejoindre à la place l’école des fées pour apprendre la magie. C’est le début d’un grand bouleversement…

Un parfum d’égalité entre les genres.
Il me semble très important, surtout au sein d’un roman jeunesse, d’aborder des thématiques sociales fortes qui permettront au lectorat cible de réfléchir sur certains sujets et de se construire en tant qu’individu. Le génie de Johan Heliot a été de reprendre les codes assez communs à la fantasy (surtout la fantasy jeunesse) et d’y évoque l’émancipation, pas juste féminine d’ailleurs puisqu’elle concerne autant les filles que les garçons. Pourquoi une fille n’aurait-elle pas le droit de devenir guerrière ? Et pourquoi un garçon ne peut-il pas devenir une fée ?

Au début du roman, le personnage de Tindal, treize ans, est mortifié d’apprendre qu’il va devoir suivre des cours à l’école des fées. Il a toujours rêvé de devenir un guerrier légendaire, à l’instar de ses idoles dont les portraits ornent les murs de sa chambre. Pourtant, à mesure que le récit avance, Tindal se rend compte que ce n’est pas lui qui veut fondamentalement devenir un guerrier -en plus il n’en a ni la carrure ni le caractère- mais bien la société à travers l’influence de son propre père. C’est « comme ça » que doit être un garçon afin d’honorer à sa famille. Sauf qu’en discutant avec une fée, Tindal comprend que ce n’est peut-être pas tout à fait vrai, qu’on l’influence. Que veut-il, lui ? Le génie de l’auteur tient ici qu’il n’impose pas une façon de considérer les choses de la part des adultes mais laisse le jeune héros mener son propre cheminement réflexif, l’air de rien, au milieu de toute une action qui s’enchaîne sans temps morts.

Du coup, au départ du livre et de l’intrigue, les personnages et l’univers paraissent très manichéen, ancrés dans une société sexiste avec des réflexions qui hérisseront le poil de certain(e)s. Si je n’avais pas été prévenue grâce à la chronique de Miss Chatterton, j’aurais probablement été de ceux-là et peut-être même laissé le roman de côté. Ç’aurait été très dommage vu le bon divertissement qu’il m’a offert.

Un univers simple mais efficace.
Dans le monde typé médiéval inventé par Johan Heliot, les enfants âgés de treize ans doivent tous partir à la capitale afin de suivre un certain entrainement. Pour les garçons, c’est l’école militaire au terme de laquelle les meilleurs pourront intégrer l’armée. Pour les filles, c’est l’école des fées au terme de laquelle, idem, les meilleures pourront devenir des apprenties et apprendre à maîtriser la magie des couleurs.

Parce que oui, dans ce monde, la magie passe à travers les couleurs qu’elle aspire pour créer des sorts divers et variés, en fonction des affinités de chacune. La menace qui pèse sur le royaume est justement celle du Sombre, un personnage énigmatique qui rend tout gris, la nature comme les gens, créant des « grisâtres » sorte de zombies animés qu’il contrôle et qui composent son armée. Son but semble tenir à la simple destruction, pour le plaisir de dominer. Visiblement il n’a pas pensé à l’après mais bon, les grands méchants y songent rarement !

Des inspirations flagrantes
Outre l’angle intéressant visant à aborder le droit de chacun à être qui / ce qu’il ou elle veut ainsi qu’une forme d’égalité des chances, ce premier tome de l’Imparfé reste assez classique avec des inspirations flagrantes. J’ai régulièrement effectué des parallèles avec des histoires devenues des schémas dans l’imaginaire tel que Harry Potter ou même Star Wars (surtout Star Wars en fait notamment autour de l’histoire familiale). C’est parfait pour le public novice à qui est destiné ce roman mais les révélations ainsi que les retournements de situation paraitront un peu gros / déjà-vu pour un lecteur plus aguerri qui a déjà consommé beaucoup de pop culture.

Une lecture fraiche et sans prise de tête.
Cela n’empêche pas ce texte d’être agréable à découvrir même si on se doute du dénouement, que les éléments s’enchaînent par moment un peu vite et avec une facilité qui pêche souvent quand on est confronté à un roman destiné à un public plus jeune. Je l’ai lu en prenant une certaine distance, j’avais juste envie de me vider la tête et l’Imparfé a parfaitement rempli son rôle à ce niveau.

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de l’Imparfé pose les bases d’une saga sympathique à destination d’un public en fin d’enfance / début d’adolescence. Très bonne porte d’entrée en fantasy pour les plus jeunes, le roman paraîtra sans surprise à un public plus aguerri en matière de SFFF et de pop culture. Ce qui ne l’empêche pas de constituer un divertissement très agréable et parfaitement recommandable.

D’autres avis : Les tribulations de Miss ChattertonLes lectures de Sophie – vous ?

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La ville sans vent #1 – Éléonore Devillepoix

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La ville sans vent
est le premier tome d’un diptyque (on va y revenir) de fantasy classée « ado » (on va y revenir aussi) écrit par l’autrice français Éléonore Devillepoix. Publié par Hachette, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 18 euros.

Petit coup de gueule avant de commencer…
J’ai beau examiner la couverture et l’intérieur sous toutes les coutures, je ne vois nulle part la mention « tome 1 » si bien que jusqu’à la toute fin du roman, j’étais persuadée de lire un one-shot. Sauf que non ! C’est juste précisé sur le site Internet de l’éditeur et je soupçonne très fort cette mention d’être apparue après la sortie…
Honnêtement, cette pratique me gonfle sévère. Quel intérêt de faire passer le premier tome d’une saga pour un tome unique quand le tome en question ne peut même pas dire d’être lu à part ? Hormis se moquer des lecteurs et leur manquer de respect ? C’est vraiment dommage parce que ce roman possède de nombreuses qualités que je vais vous détailler ci-après mais ce choix éditorial de la part de Hachette me fait hésiter à lire la suite. D’un côté, j’ai envie de suivre cette autrice prometteuse qui publie son premier roman et chez qui on sent un talent certain qui ne demande qu’à croître. De l’autre, je ne veux pas cautionner une telle attitude chez un éditeur, peu importe qu’il fasse autorité dans le milieu. Ceci dit, j’ai lu de (très) nombreux retours sur le livre pour renseigner des liens en fin de chronique et je suis manifestement la seule à avoir relevé ce point.

De quoi ça parle ?
Lastyanax a dix-neuf ans et vient de terminer sa formation de mage. Le jour même de sa soutenance, il découvre le corps sans vie de son mentor, Palatès. Pour obtenir sa fonction de Ministre, Lastyanax doit prendre une disciple et se retrouve avec Arka, une gamine de treize ans qui vient d’arriver à Hyperborée après avoir fuit la guerre. Leurs personnalités ne s’accordent pas du tout, ils vont pourtant devoir apprendre à s’entraider pour atteindre leurs objectifs. Lui : découvrir qui a assassiné son maître et complote dans la cité. Elle : retrouver son père, un mage qu’elle n’a jamais connu.

Un background solide et maîtrisé.
La ville sans vent est le surnom donné à Hyperborée, une cité construite sur sept niveaux (le premier correspondant au bas de l’échelle sociale, le septième étant habité par les mages) et sous une sorte de dôme qui empêche donc le vent de souffler dans ses rues. Les habitants respirent grâce à des sceaux qui filtrent l’air, se déplacent sur des tortues dans des canaux et paient toujours un peu plus cher pour se rendre aux niveaux supérieurs.

La société dépeinte par l’autrice s’inspire de la démocratie grecque (du moins j’en ai eu le sentiment) et est très sexiste puisque les femmes ne peuvent pas accéder aux plus hautes fonctions et il est extrêmement rare que l’une d’elle devienne mage. Quand Arka passe son examen d’entrée, il n’y a que trois filles sur une cinquantaine de candidats et cinq ans auparavant, l’un des personnages secondaires du roman était la première fille à se lancer dans la carrière de Mage. Tout est à faire pour le droit des femmes et cette thématique est très bien incluse dans le roman sans pour autant écraser l’intrigue principale.

La magie tient une place importante à Hyperborée et si j’ai bien compris, elle n’est pas vraiment innée, on peut l’acquérir à force d’études poussées. En tout cas, c’est le sentiment que j’ai eu via certains personnages plus modestes qui embrassent cette carrière sans vraies prédispositions. La pratique magique se base sur des sceaux ainsi que la maitrise de ce qu’on appelle un anima (une forme d’énergie magique propre à chaque individu). Pour avoir le droit de devenir un disciple, il faut réussir une épreuve nommée Attribution au terme de laquelle les mages en recherche d’un disciple se partagent les treize meilleurs.

À la tête de cette société, on trouve le Basileus, personnage qui vit depuis +- 160 ans et semble immortel. Ce dirigeant est assez mystérieux et inspire des sentiments divers dans le spectre du malaise à mesure qu’on avance dans le roman. Il dirige Hyperborée avec un conseil de Ministres qui ont chacun une fonction précise dans la ville et comme partout, ça ne se passe pas forcément au mieux.

L’ensemble fonctionne très bien et l’autrice prévoit quelques clins d’œil, quelques petits détails qui permettent à son univers de paraître plus vivant (comme les tortues en guise de moyen de transport ou la présence d’une drogue propre à l’univers). On sent un vrai souci dans la construction de ce monde très bien dépeint. J’ai tout de suite accroché !

Une intrigue classique… à première vue.
Quand on lit la quatrième de couverture, on a un sentiment de déjà-vu. Un jeune qui perd un proche et va mener l’enquête, une gamine brute qui débarque dans sa vie, deux caractères opposés qui doivent apprendre à cohabiter… Sans la chronique enthousiaste de My Dear Ema, je pense que je n’aurais pas acheté ce roman. Et j’aurais eu tort parce que l’intrigue fonctionne à merveille ! L’autrice distille petit à petit divers éléments sans en avoir l’air et les raccroche au train en marche pile au bon moment, offrant un certain équilibre narratif qui empêche l’ennui. De plus, même si la base est classique, les retournements de situation ne le sont pas et apportent toujours une dose d’inattendu. Il est vrai que certains passages souffrent de longueurs (je pense notamment au procès) toutefois ils sont rares et servent relativement l’histoire. Petite mention au sujet de l’épilogue que je n’avais pas du tout senti venir et qui m’a laissé sur le cul en mode « wahou ! ».

Des personnages jeunes = public ado ?
Les deux personnages principaux sont jeunes, l’un a dix-neuf ans, l’autre treize, si bien que le roman est automatiquement classé dans la catégorie « adolescent ». Je ne suis pas forcément d’accord avec ce choix car selon moi, cette histoire peut aussi bien plaire à des adultes puisqu’elle traite de thématiques fortes et propose des passages pas toujours très jolis (à la fin le coup du « à la une, à la deux.. » franchement… o.o). Je comprends bien qu’on destine ce texte en premier lieu à des adolescents mais cette classification le prive de toute une partie de son public potentiel, ce qui est dommage car on entretient de mauvais a priori. Bref, vous me direz, c’est un autre débat (et vous aurez raison).

Pour en revenir aux personnages en eux-mêmes, je les ai trouvé très bien construits et crédibles. Lastyanax est un bourreau de travail, jeune homme issu des niveaux inférieurs qui est parvenu à se hisser dans les hautes sphères à la seule force de son mérite. Il a un petit côté suffisant qui est plus attendrissant qu’autre chose. C’est un garçon intègre qui a bon fond et qui est confronté à la dure réalité du monde politique, bien loin de ce qu’il espérait / imaginait. Il commet des erreurs, a du mal à mener toutes ses responsabilités de front, n’est pas parfait, tente de se rattraper… Ça a vraiment été un plaisir de le suivre.

Arka, quant à elle, n’a que treize ans mais les épreuves terribles déjà affrontées dans sa vie ainsi qu’un début d’entraînement chez les Amazones font qu’elle affiche une certaine force brute et une détermination inébranlable face au danger. C’est une gamine un peu souillon, plus intéressée par l’action que par les études, pourvue d’une désastreuse orthographe mais également très plaisante à suivre. On ne s’ennuie pas une seule minute en sa compagnie !

L’autrice propose également une galerie de personnages secondaires hauts en couleur dont certains ont parfois droit à leurs chapitres dédiés comme Alcandre, qui revient régulièrement et ajoute une touche de mystère à l’ensemble. Une belle réussite.

Un parfum de Rowling.
Impossible de lire la ville sans vent sans penser à J.K. Rowling. Certains éléments rappellent l’influence du jeune sorcier sur la nouvelle génération d’auteurices mais la force d’Éléonore Devillepoix est justement d’assumer cette influence sans pour autant proposer une copie sans âme de la saga Harry Potter. Les disputes entre Arka et Phréton rappellent les altercations entre Harry et Drago. D’ailleurs, Phréton rappelle Drago à bien des égards : riche héritier qui se fait mousser auprès d’une bande de « fidèles » plus que d’amis, il remplit bien son rôle d’archétype. Dans les moments scolaires, on a presque la formation d’un nouveau trio tête brûlée – intellectuel – naïf sympathique. L’aspect excentrique et coloré de certains mages / certaines pratiques rappellent également la façon qu’a Rowling de présenter son univers mais je trouve que l’autrice lui a ici donné un ton plus adulte, plus mature, plus ancré dans les préoccupations actuelles. Aussi, soyez prévenus mais ne reculez pas si vous êtes (comme moi) une puriste.

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de la ville sans vent est une vraie réussite sur tous les plans. Des personnages attachants et crédibles portent une intrigue efficacement ficelée – bien qu’elle semble classique au premier abord- qui ne souffre presque pas de temps morts. L’écriture de l’autrice a un petit quelque chose de Rowling, ce qui ravit la nostalgique en moi. La seule chose que je regrette, c’est l’absence totale de mention sur le livre qu’il s’agit du premier tome d’une saga et non d’un one-shot. Vous êtes prévenus ! Toutefois, l’aventure vaut le coup et je vous recommande cette lecture sans hésitation.

D’autres avis : my dear emales voyages d’ElyLaura des motsOnce Upon a BookMuffins and BooksLes lubies d’Eole – vous ?

À l’ombre du Japon #16 { Beastars & moi, chronique d’un coup de coeur inattendu }

Salutations !

Voilà quelques jours que je procrastine sur la manière dont je vais vous parler de cette découverte incroyable qu’a été Beastars pour moi. Allais-je me contenter de reformuler ce que beaucoup ont déjà pu dire sur les qualités du manga ? Je n’en avais pas l’envie et n’en voyais pas l’intérêt. Du coup, j’ai opté pour un billet qui raconte comment j’en suis venue à être totalement accro à cette œuvre.

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Beastars & mes a-priori : l’esthétique

J’ai commencé à entendre parler de Beastars grâce à la blogosphère et plus particulièrement l’ami Otaku. Jusqu’ici, ce n’était à mes yeux qu’un arrivage de plus chez Kazabulles qui ne m’inspirait rien de positif puisque j’ai du mal avec le concept d’animaux anthropomorphisés (je vais y revenir). Pourtant, la manière passionnée dont l’Apprenti Otaku parlait de ce manga a fini par me convaincre non pas d’acheter la version papier mais de regarder l’animé qui venait de débarquer sur Netflix. Au fond, ça ne me coûtait rien du tout si ce n’est un peu de mon temps alors… Pourquoi pas ?

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Je ne savais pas grand chose du contenu (okey en vrai je ne savais RIEN du tout sauf ce qu’en avait dit l’ami Otaku et que j’avais déjà à moitié oublié à ce moment-là), je n’avais même pas lu le pitch de base pour être totalement honnête, m’engluant dans mes idées reçues. Je me suis contentée de me lancer… et de regarder les douze épisodes en une soirée, captivée par ce que j’étais en train de voir. Je n’avais plus binge-watché quoi que ce soit depuis une éternité et ça m’a fait beaucoup de bien alors que le confinement durait déjà depuis une semaine ou deux.

Je ne m’attendais ni à une telle intensité d’écriture ni à me passionner autant pour l’intrigue de ce thriller dans le monde scolaire et théâtral. Tout fonctionnait merveilleusement bien, sans la moindre fausse note et je ressentais énormément d’empathie pour les personnages. Sans parler de mon intérêt qui virait à l’obsession pour leurs interactions. Vu que j’ai tendance à avoir toujours quelque chose à redire, ça tenait également du miracle. Toutefois, je n’ai pas commandé tout de suite la version papier, hésitante que j’étais devant le chara-design un peu particulier que j’avais entrevu sur les couvertures.

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source : site de Ki-oon

C’est particulièrement flagrant sur la bannière d’annonce du site Ki-oon. Traitez-moi de fille superficielle mais quand je lis un manga, j’ai besoin que le chara-design colle à ce que j’apprécie. J’ai un certain canon, des attentes que je ne peux pas clairement expliciter parce que je ne suis pas du tout spécialiste en dessin mais disons que mon étalon de perfection se situe quelque part entre Yana Toboso et Kaori Yuki. Ici, Paru Itagaki s’en détache largement et ça m’a fait peur. Surtout quand on regarde certaines planches internes, j’avais le sentiment d’un brouillon.

Sauf que…

Quand on prend la peine de lire quelques pages, on se rend compte que ce trait brut correspond parfaitement à l’univers animalier -même anthropomorphisé- que développe la mangaka. Sa façon de dessiner renforce son histoire, son intrigue, les sentiments dégagés par les protagonistes. Tout fonctionne dans un ensemble superbement maîtrisé quand on pense que la mangaka a commencé à 24 ans et qu’elle va en avoir 27. On a le même âge à deux mois près en vrai… De plus, le trait s’affirme au fil des tomes ! Je m’en suis d’autant plus rendue compte quand j’ai enchaîné les tomes 6 à 11. Pour info, l’animé s’arrête pour le moment à la moitié du tome 6 donc vous savez où commencer si vous suivez le même chemin que moi.

Beastars & mes a-priori : l’anthropomorphisme
Quand je discute de Beastars avec certaines personnes sur les réseaux sociaux ou IRL, la remarque qui revient le plus souvent concerne l’aspect anthropomorphique des personnages qui cause une forme de malaise / de répulsion. J’ai été surprise de constater à quel point beaucoup de gens partageaient mon propre sentiment face à cela. Je me demande d’où ça vient. Peut-être le fait que beaucoup d’histoires pour enfants mettent en scène des animaux anthropomorphisés, ce qui nous donne un sentiment d’être forcément confronté à une oeuvre jeunesse ? Si c’est ça, j’aimerais bien qu’on se pose deux secondes pour évoquer le traumatisant les animaux du bois de Quat’sous

Qu’on se comprenne, je ne porte aucun jugement puisque j’appartenais moi-même à cette catégorie. Ma surprise n’en a donc été que plus grande (et belle) en constatant à quel point Beastars s’inscrit avec force comme un incontournable récent du genre manga avec un traitement parfait autant sur un plan graphique, thématique, intrigue… Il n’y a rien à jeter, selon moi. Et la mise en scène d’animaux avec cette opposition carni / herbi qui tentent de cohabiter avec toutes les difficultés que cela implique ne fait que renforcer la métaphore sociale. L’exemple le plus récent qui me vient à l’esprit est celui d’une carni qui pose pour des selfies avec des herbis parce que « ça fait bien ». Ces selfies se retrouvent sur les réseaux sociaux et ce sont ceux qui génèrent le plus de like parce qu’ils montrent une tolérance bienpensante approuvée par l’ensemble de la société (vous sentez l’aspect hypocrite du truc ?). Ce chapitre montre que, dans la réalité, les herbis ont tendance à continuer à se méfier des carnis et à s’éloigner une fois la photographie prise. J’ai beaucoup aimé l’intelligence de ce chapitre qui montre vraiment une volonté de la mangaka de traiter de sujets modernes. Ceci n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres…

Beastars, pour résumer :
Si je dois résumer Beastars en quelques mots je dirais qu’il s’agit d’un thriller qui se déroule dans un cadre scolaire / club de théâtre avec des personnages animaux anthropomorphes adolescents à la psychologie bien construite et d’une rare puissance émotionnelle. Cela permet d’exacerber les thématiques autour des pulsions, des instincts, de la découverte de soi, de son corps, les premiers émois mais aussi l’image sociale. L’intrigue est très habilement menée et tient le lecteur en haleine tout du long. Un premier arc se termine selon moi avec le tome 11 lorsqu’on découvre l’assassin de Tem, l’alpaga, mais la série continue pour le meilleur (je l’espère !) puisque 19 tomes sont déjà publiés au Japon.

Que dire de plus ?

Juste… Passez au-delà de vos éventuels préjugés et donnez sa chance à ce manga. Il vaut vraiment le détour.

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Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

BML #25 – juillet 2020

Bonjour à tous !
J’espère que votre été débute bien, qu’il ne fait pas trop chaud par chez vous (je touche du bois, pour le moment en Belgique c’est assez agréable sauf aujourd’hui où on a droit à 35° maiiiiis bon.) et que vous avez connu de belles découvertes littéraires. De mon côté ça a été un mois à nouveau un peu compliqué où l’excellence côtoie les déceptions et les abandons. Il est temps de faire le point…

Côté roman :

Les neiges de l’éternel – Claire Krust (ActuSF)
Les brumes de Cendrelune #1 – Georgia Caldera (J’ai Lu pour elle)
Le secret du colibri – Jaye Robin Brown (Chat Noir)
Bläckbold – Émilie Ansciaux (Livr’S)
L’homme qui peignit le dragon Griaule – Lucius Shepard (Le Bélial)
La survie de Molly Southbourne – Tade Thompson (Le Bélial)
Les Damnés de Dana #3 Les larmes de Dana – Ambre Dubois (Chat Noir)
Nouvelles Ères (partie 1partie 2) – anthologie (Livr’S)
La ville sans vent – Eléonore Devillepoix (Hachette, lecture en cours)

J’ai lu sept romans, une nouvelle solitaire et une anthologie, ce qui n’est pas trop mal même s’il y a aussi eu un bon nombre d’abandons. Déjà, Félines que je devais lire pour le PLIB et au sujet duquel je me suis exprimée ici avec une certaine, disons… verve (ça a été l’article le plus lu du mois, à croire que vous aimez quand je m’énerve :D) ensuite le Dragon Griaule dont j’ai abandonné la lecture de l’intégrale vu que je n’accrochais pas au style et enfin Poumon Vert dont j’ai laborieusement lu +-20% avant d’arrêter les frais, impossible de m’immerger dedans alors que les bonnes idées me sautent aux yeux. Mais j’arrive juste pas.

Parmi les romans lus, il n’y a pas eu de véritable coup de coeur ce mois-ci, seulement des bonnes surprises venues du Chat Noir et de l’anthologie Livr’S. Dans l’ensemble, je vais qualifier cette fournée de « sympathique » mais sans plus (notez qu’à l’heure où j’écris ces lignes je suis à la moitié de la Ville sans vent qui est un cran au-dessus de juste « sympa » mais à voir). Heureusement, y’a eu les mangas…

Côté mangas :

Noragami #19, #20 (Pika)
Black Butler #15, #16, #17, #18 (Kana)
Beastars #7, #8, #9, #10, #11 (Kioon)

On reste sur des valeurs sûres ! J’ai rattrapé la publication de Noragami ainsi que de Beastars, les deux sont de gros coups de coeur mais je dois admettre que Beastars un chouilla plus que Noragami bien que les deux soient excellents et ne soient pas comparables. Je cherche toujours une bonne manière de vous parler de ce manga, d’ailleurs. Quant à Black Butler, il s’agit de ma relecture d’une valeur sûre. Je pense continuer en août pour vous présenter un nouvel arc qui se déroule en Allemagne.

J’ai également reçu pour mon anniversaire les deux premiers tomes de NeverenD un manga français auto-édité inspiré d’Alice au pays des merveilles. J’ai lu le premier que j’ai trouvé sympathique, bien dessiné, toutefois ça manquait d’un travail éditorial pour pointer les grosseurs scénaristiques. À voir ce que réserve le second !

Pour un total de 12 tomes.

Côté comics & autre :

Ashe, chef de guerre
League of Legends : realms of Runeterra

Avec mon anniversaire, j’ai reçu le comics manquant à ma collection RIOT à savoir Ashe, chef de guerre que j’ai dévoré. Je cherche toujours un moyen de vous en parler d’une manière intéressante. Quant à Realmsof Runeterra, il s’agit d’un guide de l’univers dans lequel on retrouve plusieurs nouvelles, le tout en anglais ! Je suis toujours en train de l’explorer et j’adore. Il fera aussi l’objet d’un article à part pour les nouvelles (histoire d’avoir un combo Maki et S4F3)

Petit bonheur du mois :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. À nouveau ce mois a été un peu… plat pour plusieurs raisons toutefois avant le durcissement des mesures liées à la reprise du COVID en Belgique, j’ai pu fêter mon anniversaire avec des amies chères (#TeamLivrS !!) à Pairi Daiza et les revoir une semaine plus tard pour un autre anniversaire. Nous avons toujours bien respecté les mesures de distanciation sociale, chaque fois ça se déroulait en extérieur. Je dois avouer que cette petite parenthèse a été très salutaire pour le moral. C’est ce que j’ai envie de retenir de ce mois-ci.

Et voilà, ce bilan se termine déjà. J’espère que le mois d’août sera plus enthousiasmant sur un plan littéraire au moins et de manière générale ! Je vous souhaite le meilleur, profitez de vos vacances (si vous en avez, dans le cas contraire : COURAGE !) ♥

Nouvelles Ères (anthologie 2/2)

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Nouvelles Ères
est l’anthologie annuelle de 2020 des éditions Livr’S qui a pour thème, comme son titre le sous-entendu, le futur et son renouveau. L’anthologie appartient donc clairement au genre de la science-fiction et plus précisément du post-apocalyptique pour certains textes.

Douze auteurs sont au programme et Nouvelles Ères est parrainé par Victor Fleury, un auteur qu’on ne présente plus et qui est particulièrement apprécié sur le blog (L’Homme Électriquela prêtresse esclave).

Comme j’ai beaucoup aimé ma lecture, j’ai décidé de couper ma chronique en deux parties afin de pouvoir vous évoquer chaque texte correctement sans vous obliger à lire un retour trop long. Aussi, ce retour concernera les six derniers textes du recueil. N’hésitez pas à consulter mon billet sur la première partie.

Enfin, notez que vous pouvez trouver ce titre au prix de 19 euros au format papier et de 2.99 au format numérique, il est commandable en librairie mais si vous voulez soutenir la maison d’édition, faites le par leur site. Cette anthologie fait partie des titres qui souffrent de la crise COVID. Sa sortie était initialement prévue pour les Imaginales.

Mort à crédit – Aimé Leclercq (24/07/2020)
Gilbert Hathaway est un ancien journaliste devenu enseignant au sein d’une société qui a démocratisé l’usage d’assistants personnels de type I.A. La sienne, Carla, tient soudain des propos racistes envers l’un de ses amis et prend des initiatives, ce qui inquiète beaucoup Gilbert. Pas de chance pour lui, il va mettre les pieds dans une histoire qui le dépasse et en payer le prix.

Je n’ai pas trop accroché au style hyper familier avec lequel l’auteur raconte son histoire bien que ce soit cohérent avec le mode de narration. En fait, je devrais plutôt dire que je n’ai pas du tout accroché au personnage de Gil, très brut de décoffrage et un peu vieux con à l’américaine. Ce qui est totalement une affaire de goût puisque la nouvelle fonctionne bien et possède cette dose d’excès un peu absurde qui fait que le twist final arrache presque un sourire. De plus, les thèmes abordés sont plutôt solides et j’ai beaucoup aimé l’idée d’une I.A. raciste avec tout ce que ça implique d’un point de vue politique. Chapeau.

Le revers du silence – Fabrice Schurmans (25/07/2020)
New Paris, dans le futur. La ville est divisée en deux, une partie d’une propreté sublime où le crime n’existe plus et une autre où les habitants s’engluent dans la pollution, le vice, bref tout ce qu’on peut imaginer de pire. Hania et Farès sont inspecteurs à New Paris et le crime ne leur est pas vraiment très familier. Du coup quand leur enquête les emmène de l’autre côté de la frontière, ils vont avoir un gros choc…

Si cette nouvelle m’ennuyait d’abord un peu, je me suis rapidement prise au jeu de l’aspect policier bien géré ainsi que du contraste entre New et Old Paris. À travers une enquête dont la conclusion fait froid dans le dos, Fabrice Schurmans donne à réfléchir sur la nature humaine avec un cynisme mordant très appréciable, renforcé par l’espèce d’innocence naïve des deux inspecteurs qui tombent de haut face à la réalité. Par bien des aspects, ce texte m’a rappelé La divine proportion de Céline Saint Charle également publié chez Livr’S et dont je vous recommande vivement la lecture.

Peste-Pilon – Gillian Brousse (26/07/2020)
Dans un monde alternatif en guerre, Hammond est une espèce d’aventurier anthropologue qui rend visite à la famille de sa sœur. Là, il rencontre Jul, une sorte d’homme à l’aspect physique peu engageant qui rappelle le singe et une capacité à parler proche du néant (il ne connait qu’une centaine de mots). Jul a pourtant été témoin de l’utilisation d’une nouvelle arme, ses informations pourraient se révéler précieuses…

C’est probablement la nouvelle que j’ai le moins apprécié dans ce recueil. Pas qu’elle soit mauvaise, simplement je n’ai pas du tout accroché au style de l’auteur que je trouvais trop pompeux. Ici, tout comme dans Mort à crédit, Gillian Brousse se contente de coller à son narrateur à la première personne sauf que je n’ai pas réussi à accrocher ou même à ressentir la moindre empathie pour lui. Du coup, ma lecture m’a semblé plate bien que les idées soient présentes.

L’apocalypse n’aura pas lieu (une seconde fois) – Corentin Macé (26/07/2020)
L’apocalypse a eu lieu et David est enfermé depuis six ans dans un bunker à regarder des films pour passer le temps. Sauf que six ans, c’est long et David en a un peu sa claque. Il décide de sortir dans une tentative désespérée de se suicider. Là, il se rend compte que le virus ayant décimé la population mondiale n’a plus l’air de sévir. Il va alors rencontrer Christophe, un homme sympathique qui l’invite à rejoindre leur communauté…

Ce texte est celui que j’ai le plus aimé au sein de cette seconde partie parce que Corentin Macé joue avec les codes narratifs du post-apocalyptique en les tordant pour prendre le contrepied. Une fois la première surprise passée, David s’attend à un monde à la Mad Max sauf qu’il tombe sur une communauté très pacifique où tout se règle par le dialogue. Ça l’ennuie vite, il décide donc… de foutre la merde, purement et simplement. Si on ressent d’abord beaucoup d’empathie pour David, celle-ci s’efface à mesure de ses actes qu’on découvre avec des yeux ronds. C’est délicieusement provocateur, cru et bien pensé. Une magnifique réussite ! J’ai hâte de lire d’autres textes de cet auteur prometteur.

La machine à capter le chant des sirènes – Sylwen Norden (26/07/2020)
Un homme (dont le prénom m’échappe totalement au point que je doute qu’il ait été cité) arrive sur une île très au nord de l’Irlande sur laquelle il décide de s’installer au sein d’une petite communauté étrange. Il prend la responsabilité des « machines du vieux Dermot », machines aux propriétés surprenantes.

Je dois avouer être totalement passée à côté de cette nouvelle. Pour ma défense, je l’ai lue très tard dans la soirée et j’aurais probablement du la garder pour le lendemain matin. Ce texte est différent de tous les autres, Sylwen Norden opte pour une style littéraire très poétique avec des évènements à la limite de l’onirisme. Je suis assez hermétique à cela pour le moment mais je salue volontiers la façon d’écrire de l’auteur. Je reviendrais à ce texte quand le moment s’y prêtera mieux pour moi.

Les Hydropares – Wilfried Renaut (27/07/2020)
Sable est une subaq, une humaine modifiée pour la vie marine. Mercenaire, elle accepte d’aider un ethnologue à découvrir davantage d’informations sur les Hydropares, un peuple océanique de la planète Neptune. Sauf que Sable va être utilisée malgré elle et les conséquences pour le peuple concerné risquent d’être terribles.

Le recueil se termine en beauté avec cette nouvelle qui questionne l’habitude qu’a l’homme à détruire tout ce qu’il touche pour son propre bénéfique, sans jamais apprendre de ses erreurs précédentes. La narration à la première personne est très efficace, le monde créé par Wilfried également. Il ne manque pas de promesses ! Toutefois, à l’instar de SOFIA (c.f. mon autre billet) les Hydropares se termine là où le texte aurait pu commencer car c’est un très bon prologue à un roman de plus grande envergure qui, j’espère, verra le jour.

La conclusion de l’ombre :
À l’exception de deux textes (et demi) la seconde partie du recueil m’a moins enthousiasmée que la première. Pas parce que les nouvelles ont une qualité moindre mais parce que leur style correspond moins à ce que j’apprécie de lire en ce moment. Dans l’ensemble, je ressors très satisfaite par cette découverte. Je vous recommande chaudement de jeter un œil par vous-même à Nouvelles Ères, vous ne serez pas déçu(e)s.

Pour les blogueurs intéressés qui souhaitent mettre en avant une petite structure belge, il est possible de demander ce recueil en service presse numérique sous simple envoi de mail à service-presse[a]livrs-editions.com.

D’autres avis : Sarah’s Diary – vous ?

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L’Homme qui peignit le dragon Griaule – Lucius Shepard

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L’Homme qui peignit le dragon Griaule
est la première nouvelle du recueil le Dragon Griaule écrit par l’auteur américain Lucius Shepard. Publié par le Bélial dans une très belle édition illustrée par Nicolas Fructus, vous trouverez ce texte au prix de 25 euros. Sachez qu’il existe également au format poche chez J’ai Lu au prix de 9.90 euros et que la nouvelle dont il est question ici est disponible à l’unité en numérique.

J’ai déjà lu deux novellas de l’auteur (Les attracteurs de Rose Street & Abimagique) chez le même éditeur dans la collection Une Heure Lumière, deux réussites quoi que déconcertantes. Le résumé de Griaule avait tout pour me séduire, pourtant une petite voix me soufflait que ça allait coincer… Du coup, j’ai opté pour la version poche et j’ai été bien inspirée.

J’insiste tout de suite, nous sommes face à un combo mauvaise période de lecture + style d’écriture qui ne m’a pas emballée, raison pour laquelle je parle quand même du premier texte lu (j’ai arrêté à la moitié du second). Et j’avoue, un peu pour valider une lecture Maki 🙂

De quoi ça parle ?
Le dragon Griaule est une entité maléfique gigantesque (deux kilomètres si ma mémoire est bonne) figée par un sortilège mais toujours vivant, qui étend petit à petit sa mauvaise influence sur les villages alentours. Dans cette nouvelle, un homme se propose de peindre Griaule et de l’empoisonner du même coup par ce biais, réalisant à la fois une œuvre d’art et un assassinat très lent.

Mon sentiment
Ce texte sert clairement d’introduction à l’univers. D’abord sur un plan visuel puisque le peintre va arpenter Griaule un bon moment pour prendre conscience de ses dimensions, découvrir la faune et la flore qui vit autour de lui, imaginer les infrastructures à mettre en place pour mener son projet à bien. Les descriptions foisonnent ici et vous le savez, ce n’est pas ce que je préfère. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans toutefois face à l’enthousiasme général de la blogo, j’ai persévéré.

Ensuite, le temps passe au sein de la diégèse. Le grand ouvrage dure très -très- longtemps et le chantier connaît son lot de drames. Petit à petit, une atmosphère sombre s’installe, un début de folie, de désespoir humain que les protagonistes justifient par l’influence de Griaule mais… est-ce vraiment le cas ? Selon moi Lucius Shepard joue subtilement avec l’idée que tout acte néfaste est justifié par la présence du dragon alors que ça pourrait aussi bien venir d’une pulsion bassement humaine. Ce concept se ressent au long de cette petite soixantaine de pages (au format poche) et est bien dosé par l’auteur.

Pourtant… Voilà, une fois arrivée à la fin, j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour. C’était sympa mais pas ce que j’attendais, en plus d’avoir ressenti quelques longueurs hyper pénibles. Je n’ai pas spécialement eu envie de continuer ma découverte du recueil toutefois je suis l’une des seules (avec Xapur si je ne me trompe) à ne pas avoir été plus enchantée que ça par ma découverte. Je vous recommande donc de croiser mon sentiment avec celui des blogpotes renseignés ci-dessous et de décider par vous-même si Griaule étendra sa néfaste influence sur vous !

D’autres avis : Au pays des cave trollsBaroonaLe dragon galactiqueRSF BlogLorkhanLe chien critiqueNevertwhere Xapur – vous ?

Maki

Nouvelles Ères (anthologie – 1/2)

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Nouvelles Ères
est l’anthologie annuelle de 2020 des éditions Livr’S qui a pour thème, comme son titre le sous-entendu, le futur et son renouveau. L’anthologie appartient donc clairement au genre de la science-fiction et plus précisément du post-apocalyptique pour certains textes.

Douze auteurs sont au programme et Nouvelles Ères est parrainé par Victor Fleury, un auteur qu’on ne présente plus et qui est particulièrement apprécié sur le blog (L’Homme Électriquela prêtresse esclave).

Comme j’ai beaucoup aimé ma lecture, j’ai décidé de couper ma chronique en deux parties afin de pouvoir vous évoquer chaque texte correctement sans vous obliger à lire un retour trop long. Aussi, ce billet concernera les six premiers textes du recueil.

Enfin, notez que vous pouvez trouver ce titre au prix de 19 euros au format papier et de 2.99 au format numérique, il est commandable en librairie mais si vous voulez soutenir la maison d’édition, faites le par leur site. Cette anthologie fait partie des titres qui souffrent de la crise COVID. Sa sortie était initialement prévue pour les Imaginales.

389 – Catherine Barcelone (20/07/2020)
Le docteur Pattern créé un robot et en est à son 389e essai – qui se révèlera être le bon ! Cet androïde est parfait, bien trop pour paraître humain. Sam Pattern comprend que pour copier les émotions, l’imperfection est nécessaire. Il va alors profondément changer 389 aka Adam…

Ce court texte met en scène un scientifique désireux de créer un androïde parfait, un poncif assez classique de la science-fiction. Pourtant, en optant pour une narration alternée à la première personne entre Adam et Sam, Catherine Barcelone réussit, en peu de pages, à passionner le lecteur car elle trouve un bon équilibre entre technologie et émotion. Ce texte plaçait la barre très haut en terme d’attente pour moi et a vraiment tout pour plaire. Ma lecture commençait donc sur les chapeaux de roue !

SOFIA – Meggy Gosselin (21/07/2020)
Dehors, le monde s’effondre. Enfermé dans un bunker, le professeur Kamura termine le Projet témoin qui a pour but de conserver une trace du passage de l’humanité sur Terre. Il meurt dés les premières pages en confiant ses recherches à Sofia, son I.A. qui a pour mission de le ramener à la vie – si elle y arrive. Des siècles plus tard, le professeur Kamura reprend conscience dans un corps humanoïde modifié en profondeur pour s’adapter aux nouvelles rigueurs de la Terre. Il apprend que quelque chose est arrivé de l’espace, quelque chose qui a recréé l’écosystème…

Cette nouvelle m’a interpelée par sa taille. Il s’y passe énormément de choses et elle souffre de quelques longueurs -à mon goût- sur les passages très descriptifs où Kamura découvre le monde dans lequel il vit désormais. De plus, SOFIA m’a laissé le goût d’un long prologue à un roman puisque la façon dont elle se termine pourrait tout à fait marquer le début d’un texte tout autre. Pourtant, j’ai beaucoup aimé les idées de l’autrice et sa façon de les mettre en scène. Le personnage de Sofia ne manque pas d’intérêt et la profonde humanité (au sens faible du terme) de Kamura rend ses choix ainsi que ses actions passionnantes à suivre. J’espère que l’autrice développera davantage cet univers !

Entre les mains de dieux étranges – Victor Fleury (22/07/2020)
Mopsos et ses compagnons poursuivent des voleurs de trésor, mandatés par Alexandre le Grand pour retrouver des parures royales dérobées. Le hasard des combats fait que seul Mopsos survit, il doit continuer sa mission… Sauf que le corps de son ami s’anime sous ses yeux par la faute d’un démon, pense-t-il. Ce dernier lui explique la nécessité de l’accompagner dans sa poursuite afin de découvrir l’emplacement du trésor convoité par les Grecs. En tant que lecteur extérieur, on comprend alors que Mopsos est une I.A. dans un programme archéologique censé réaliser des simulations d’un niveau poussé afin de découvrir la localisation de trésors perdus sur base de connaissances historiques fragmentaires. Quant au hacker qui a volé le corps de son ami, difficile de savoir dans quel camp il se place…

J’ai trouvé le concept de base absolument brillant ce qui n’a rien de surprenant venant de Victor Fleury. Il y a tout dans cette nouvelle : une solide base historique, un twist inattendu, une intrigue solide en quelques pages à peine, une émotion palpable, bref du grand Victor Fleury. Pour le moment c’est vraiment ma nouvelle favorite du recueil parce qu’elle a su totalement me surprendre.

Je l’ai terminée avec un tel enthousiasme que j’ai eu peur d’enchaîner avec le texte suivant, qui se révèlerait forcément en-dessous. Et bien pas du tout !

La dernière ville sur terre – L. A. Braun (22/07/2020)
Sio vit à New Dublin, une société gérée par la Machine qui donne des conseils aux habitants sur la façon de se nourrir, de s’habiller, de mener sa vie, pour atteindre une forme de bonheur. Sauf que Sio commence à étouffer dans cette vie…

La dernière ville sur terre se déroule dans l’univers étendu de Paradoxes, la première trilogie de l’autrice. Rassurez-vous, aucun besoin de l’avoir lue pour comprendre et apprécier le contenu de cette nouvelle. En quelques pages, L-A Braun parvient à construire toute une société crédible en analysant finement la psychologie humaine. Je n’ai eu aucun mal à me projeter dans le personnage de Sio, dans ses questionnements, dans ses choix. Non seulement la nouvelle brille d’intelligence mais en prime elle ne manque pas d’action ni d’enjeux. Une très belle réussite !

Au temps pour moi – Margot Turbil (22/07/2020)
Un personnage de sexe féminin sans nom (pour le lecteur) arrive à la cinquantaine après avoir plus ou moins tout raté dans sa vie. Un soir, elle rencontre un jeune homme qui lui confie une sorte de télécommande qui lui permettra de revivre son existence depuis le moment qu’elle souhaite et donc d’en modifier ce qui ne lui a pas plu. Cette actrice ratée va pouvoir cette fois prendre les bonnes décisions pour sa carrière et briller, briller… Avant la chute.

J’ai été décontenancée dans un premier temps par cette nouvelle si différente des quatre premières. Ici, pas de futur, pas de technologie avancée, juste une drôle de boîte qui permet de remonter le temps. C’est ainsi qu’une femme mûre se retrouve dans le corps d’une petite fille de onze ans, avec toutes ses connaissances, toute sa culture, et passera donc pour une surdouée. Cette fois, elle parviendra à réaliser ses rêves -en volant des œuvres pas encore écrites au passage pour s’en approprier la maternité- mais l’âge la rattrape, la tentation d’utiliser encore la boîte revient malgré sa promesse de la léguer à quelqu’un d’autre de malheureux. Dans ce texte, tout fonctionne : le ton de la narratrice, le choix de la première personne, le twist final, c’est une de mes nouvelles favorites pour le moment.

Static – Geoffrey Claustriaux (22/07/2020)
Un jour, en 2020, tout se fige comme si le temps avait cessé de tourner. Quelques uns en réchappent, ceux qui se trouvaient dans leur cave, dans un abri antiatomique ou qui visitaient des ruines en sous-sol. Gabriel et Gaëlle sont de ceux là et vont entreprendre un voyage à travers la France pour comprendre ce qui est arrivé et, qui sait, trouver une solution ?

Ce texte est présenté comme le journal de Gabriel, qui rédige le tout à la première personne dans un style très transcriptif. Un élément bénin m’a gênée ici : Gabriel dit dés les premières pages qu’il n’est pas auteur donc qu’il faudra l’excuser pour les tournures malheureuses. D’une, c’est quand même un choix narratif plus que douteux pour un auteur de la trempe de Geoffrey Claustriaux et de deux ça ne fonctionne pas du tout vu le niveau littéraire du texte. Pour le moment c’est le texte qui m’a le moins enthousiasmé même s’il reste intéressant avec son petit côté Doomsday assumé et sa conclusion.

La conclusion de l’ombre :
Les six premières nouvelles du recueil Nouvelles Ères promettent pour la suite si tout est à la hauteur de ces textes. Sous le parrainage de Victor Fleury, des auteurices belges et français(e)s s’en sont donné(e)s à coeur joie pour imaginer le futur et son renouveau en empruntant tantôt à la science-fiction, tantôt au post-apocalyptique, parfois au fantastique puisqu’on n’a pas forcément des explications scientifiques claires / solides à chaque fois. Le niveau d’écriture est au rendez-vous tout comme la maîtrise du format nouvelle, à l’exception d’un texte qui me parait plus tenir du début de roman.
À ce jour et à ce stade de ma lecture je recommande donc de manière enthousiaste le contenu de ce recueil dont je vais m’empresser de dévorer la suite. Pour moi, c’est clairement le meilleur recueil proposé par la maison d’édition jusqu’ici.

Pour les blogueurs intéressés qui souhaitent mettre en avant une petite structure belge, il est possible de demander ce recueil en service presse numérique sous simple envoi de mail à service-presse[a]livrs-editions.com.

D’autres avis : Sarah’s Diary – vous ?

Maki

Les damnés de Dana #3 les larmes de Dana – Ambre Dubois

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Les damnés de Dana
est une trilogie historico-fantastique écrite par l’autrice française Ambre Dubois. Les larmes de Dana est son troisième (et dernier donc !) tome. Publié au Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce roman actuellement en promotion au prix de 10 euros au format papier.

Je vous ai déjà parlé de cette saga avec son premier tome (la dame sombre) et son second (les brumes du crépuscule). Comme il s’agit d’un troisième tome, cette chronique contiendra inévitablement des éléments divulgâchés. Vous êtes prévenus !

De quoi ça parle ?
Avec un nouvel empereur à sa tête, Rome décide d’attaquer les villages au nord du mur d’Hadrien afin de reprendre la conquête de cette terre qui ne lui a que trop résisté. Comme le craignait Mévéa, les deux étrangers dirigeant cette armée corrompent le Seuil des Anciens et rompe les liens qui existaient encore avec le monde des ombres. C’est la fin d’une ère qui se dessine…

Une conclusion surprenante.
Quand je lis une saga comme celle-là, je m’attends toujours à être déçue par sa conclusion, habituée comme je l’ai été avec la vague bit-lit à voir naître au fil des pages des solutions tarabiscotées et sans enjeux à des problèmes pourtant présentés comme insolubles. Il n’y a rien qui m’agace plus que cela, j’entamais donc la lecture de ce troisième tome un peu à reculons en craignant de revivre la même chose mais ça n’a pas du tout été le cas.

Avec les larmes de Dana, on comprend pour quelle raison ce cycle a été classé dans la collection Griffe Sombre du Chat Noir. L’autrice opte pour des choix osés. Elle décrit la guerre, les massacres, des tactiques douloureuses pour gagner un peu de terrain, des pratiques assez immondes et pourtant très crédibles selon moi. Je ne suis pas spécialiste de la période concernée ou même de l’Empire romain toutefois Ambre Dubois paraît avoir effectué des recherches solides sur ces sujets. Elle n’hésite pas à sacrifier des personnages récurrents et à faire prendre aux survivants des décisions radicales, offrant un épilogue qui m’a donné des frissons et un peu de vague à l’âme. Je n’en dis pas plus toutefois la surprise et l’intelligence du propos, de la démarche, ont vraiment su me surprendre dans le bon sens.

Alors comprenez moi, ça ne veut pas dire que tout le monde meurt dans la souffrance et les larmes, qu’il ne reste finalement rien à sauver. Non. J’entends par mon commentaire qu’Ambre Dubois a effectué des choix crédibles, judicieux, apportant un peu d’espoir sans que cela ne devienne risible ou improbable. L’autrice a trouvé un bon équilibre qui permet d’y croire jusqu’au bout. Au sein de ce genre littéraire, je n’avais plus lu cela depuis un moment.

Une héroïne déchue.
Il arrive fréquemment dans les histoires typées bit-lit que l’héroïne soit en réalité une espèce d’élue ou l’unique représentante d’une caste éteinte, pour grossir un peu le trait. Mévéa se dirigeait dans cette direction, gagnant en puissance petit à petit pour finalement terminer la saga… comme une simple humaine sans pouvoirs. Je m’attendais à ce qu’elle se montre déterminante dans les affrontements, à ce qu’elle sauve tout le monde en tant que Morrigane… mais non. J’ai aimé ce retour à l’humanité, finalement l’autrice illustre dans sa saga les derniers mots du Père des druides, se répondant à elle-même d’une façon assez astucieuse. Bien pensé !

Finalement, cette trilogie, c’est pour quel public ?
Pour le reste, je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà pu dire dans mes deux autres chroniques. Les défauts relevés (propres au genre) sont toujours là et les qualités également. La trilogie reste très constante à ce niveau, ce qui n’est pas plus mal.

Je recommande donc la lecture de cette saga :
À ceux qui aiment la mythologie celtique. C’est vraiment un pan important de la trilogie. S’y connaître n’est pas nécessaire mais apprécier les anciennes religions polythéistes est indispensable puisqu’une grosse partie de l’intrigue se construit justement dans l’opposition entre le christianisme et les croyances antérieures.
À ceux qui aiment la culture vampirique. Ambre Dubois a beau proposer une interprétation différente et liée à la mythologie celtique de leur existence, ces créatures respectent les codes institués dans le genre bit-lit. Même si l’autrice apporte des réponses sur l’attirance de Morcant pour Mévéa dans le dernier tome, cela peut rebuter les lecteurs qui ont eu leur dose.
À ceux qui aiment la période historique correspondant à la conquête de Britannia. L’autrice ne prétend pas du tout écrire un roman historique (elle le dit dans sa post-face) toutefois elle a effectué des recherches et adapté ce qu’elle a trouvé à son propre imaginaire. Un spécialiste y verra peut-être des énormités incohérentes toutefois le commun des mortels (auquel j’appartiens !) appréciera probablement de découvrir une saga qui se déroule à ce moment peu exploité de l’Histoire dans ce genre littéraire particulier.

La conclusion de l’ombre :
Alors que je commençais la lecture de cette trilogie sans trop y croire et que je lui ai trouvé certains défauts propres à son genre (des défauts qui tiennent d’une affaire de goût) je termine ma lecture sur une bonne surprise et un sentiment positif. Je suis contente d’avoir laissé sa chance à cette saga qui compte parmi les premières publiées aux éditions du Chat Noir. Je vous en recommande la lecture si vous entrez dans les conditions listées précédemment dans cet article, vous ne serez pas déçu(e)s !

D’autres avis : aucun, c’est le moment de lui faire une place 🙂

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