#VendrediLecture (20)

Bonjour à tous !
J’espère que vous allez bien et que la préparation des fêtes n’empiète pas trop sur votre temps de lecture. De mon côté, ce serait plutôt celle des examens et des cours pour mon stage mais ça ne m’empêche pas de dévorer ma lecture de ce vendredi.

Je vous rappelle le concept du VendrediLecture! Il s’agit de partager avec vous ma lecture en cours, avec la 4e de couverture, les informations de l’éditeur et le lien vers sa page sur Babelio. Simple, efficace, pourquoi se compliquer la vie?
N’hésitez pas à me dire si ce rendez-vous hebdomadaire vous intéresse et à le reprendre sur vos propres blogs ^_^ Notez que je ne l’ai pas inventé, je reprends le concept du site VendrediLecture et du #VendrediLecture sur Twitter.

Apocalypsis, partie 2 – Eli Esseriam
Service presse – Éditions Lynks

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« 2012. Selon plusieurs croyances et mythologies, la Fin du Monde arrive à grands pas.
Ils sont quatre adolescents d’apparence ordinaire. Alice, Edo, Maximilian et Elias. Ils ne se ressemblent pas et n’ont, à première vue, rien en commun. Leurs vies vont pourtant s’entremêler d’étranges manières. Chacun va se découvrir un rôle dans ce cataclysme planétaire et apprendre à dominer son pouvoir unique. Ils vont devoir s’unir et sceller le Jugement Dernier. Ils sont les Cavaliers de l’Apocalypse.
Ils devront tuer, mais aussi épargner, maîtriser le sort des Hommes tout en se soumettant à leur propre destin. »

Cette intégrale comprend les deux derniers tomes: Elias et Omega. J’ai déjà terminé Elias et je suis à la moitié d’Omega. J’ai vraiment un coup de cœur pour cette saga, j’ai hâte de vous en parler plus en détails dans ma prochaine chronique. En attendant, pour rappel, voici mon ressenti sur la partie 1.

Et vous, que lisez-vous? 🙂

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UP / Athnuachan #1 L’Académie – Cyrielle Bandura

Couverture Athnuachan
L’Académie
est le premier tome de la saga Athnuachan de l’autrice française Cyrielle Bandura. D’abord publié en auto-édition, ce roman s’offre une nouvelle version dans la maison d’édition Noir d’Absinthe qui va également publier la suite (wouhou !). Vous trouverez ce roman retravaillé pour l’occasion au prix de 19.90 euros en format papier et 5.99 au format numérique.

À l’occasion de la réédition du roman Athnuachan de Cyrielle Bandura, j’up mon ancienne chronique avec la nouvelle couverture (absolument SUBLIME) signée par Tiphs. Je vous encourage à découvrir ce livre qui souffle un vent d’air frais sur la fantasy française et propose une œuvre à la fois travaillée et engagée. Il s’agit d’un premier roman et vu la qualité de celui-ci, ça laisse présager le meilleur pour la suite.

Il s’agit d’une série de fantasy post-apocalyptique (un peu dans la même idée que les Chroniques de Shannara, donc un retour en arrière de l’humanité après un trop plein technologique) marquée par la mythologie celtique.

Athnuachan nous raconte l’histoire de Sélène, une jeune fille qui a été appelée à l’Académie des Guerrières, supposées protéger Mór-roinn des attaques de Dragons. Sélène n’a jamais aimé les femmes de l’Académie, qu’elle qualifie volontiers de harpies, mais elle ne veut pas faire honte à sa mère et se résout donc à y aller. Ce roman est avant tout l’histoire de son initiation, de son entraînement, de la manière dont elle va mûrir et découvrir les secrets qui entourent son existence. Comme Sélène ignore beaucoup de choses au sujet des Gardiennes, nous découvrons et apprenons l’univers en même temps qu’elle, au travers de ses cours, de ses propres interrogation, ce qui nous permet d’obtenir énormément d’informations et de ne pas se perdre dans la lecture.

Le roman s’étale sur plusieurs années, douze ans exactement. Ne vous attendez donc pas à n’assister qu’à un seul évènement. Sélène a une vie bien remplie ! Je trouve d’ailleurs qu’elle est une héroïne intéressante, profonde et travaillée. Le roman est écrit à la première personne, au passé simple. Nous vivons donc tout à travers ses yeux. Elle n’est pas une gentille petite fille parfaite ni une rebelle sans cervelle qui va mettre tout le monde en danger avec ses caprices. Elle sonne vraie, humaine, elle a ses qualités et ses défauts, toute en nuance. Ses relations avec les autres sont toujours uniques, j’ai eu l’impression d’être transportée dans cet univers avec elle et j’ai trouvé agréable que, pour une fois, on ne nous serve pas une romance entre l’héroïne et son meilleur ami, ou l’éternel triangle amoureux. Il y a bien une relation intime, mais elle n’écrase pas le récit, loin de là. D’ailleurs, les différents passages entre les combats, le développement psychologique et les découvertes diverses sont bien rythmés. C’est assez impressionnant, surtout pour un premier roman.

L’univers d’Athnuachan est très riche. On sent que l’autrice s’est arrêtée sur tous les détails, qu’elle a beaucoup songé à la cohérence de son roman. Il y a un véritable travail derrière qu’on peut saluer. Cela évite à Athnuachan de tomber dans les pièges des premiers romans avec les éternelles facilités scénaristiques. Certains éléments sont plutôt prévisibles, comme l’identité du père de Sélène ou son avenir au sein de l’Académie, mais ça n’empêche pas le texte de nous réserver un sacré lot de surprises.

Pour résumer, Athnuachan est un excellent premier roman. J’ai toujours du mal à croire que c’est le premier, d’ailleurs ! Son récit a une construction assez classique (celui de l’initiation de l’héroïne) mais il est très documenté avec une mythologie qui lui appartient tout en s’inspirant de diverses sources qui raviront, notamment, les fans de mythologie irlandaise. Je le recommande chaudement à tous les amateurs de fantasy. Cyrielle Bandura est une autrice prometteuse qui mérite d’être lue.

#PLIB2019 Les nuages de Magellan – Estelle Faye

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Les nuages de Magellan est un one-shot space opera écrit par l’autrice française Estelle Faye. Publié chez Scrineo, vous trouverez ce roman au prix de 21 euros.
Ce livre est lu dans le cadre du #PLIB2019. ISBN#9782367405858.

Dan est serveuse au Frontier et parfois, elle chante un peu de blues pour la clientèle. La tête dans les étoiles, elle rêve de voyage et d’aventure sans oser sauter le pas. Un jour, elle n’a plus le choix. Le soir précédent, ivre, Dan a chanté pour rendre hommage aux massacrés d’Ankou et cela n’a pas plu aux Compagnies. Les autorités la cherchent. Dans sa fuite, Dan saute sans réfléchir à bord du vaisseau de Mary, une mystérieuse cliente du bar. Ensemble, elles vont tenter d’échapper à leurs poursuivants, chacune persuadée qu’elle est la cible. Et Mary a de bonnes raisons pour ça, puisqu’elle n’est pas vraiment « juste » Mary. Elle s’appelle Liliam et elle est l’une des dernières représentantes de la Grande Piraterie.

Il y a beaucoup à dire sur ce roman d’aventure dont l’intrigue est articulée autour du concept liberté. C’est, à mon sens, le thème central du roman et je dirai même qu’il s’agit d’une belle métaphore sur notre propre monde. Chez nous aussi, les multinationales contrôlent de plus en plus de secteurs et l’air de rien, les Nuages de Magellan permettent de réfléchir, de se poser les bonnes questions. N’est-ce pas la marque des grands romans? 🙂

Dan et Liliam se lancent un peu malgré elles dans un voyage sans retour. Échapper aux Compagnies n’est pas simple, surtout avec un vaisseau endommagé crashé en plein désert de sel. Durant leur périple, elles vont se frotter à différentes cultures et rencontrer des personnages qui auront une certaine importance pour la suite. Afin de ne pas trop vous spoiler le déroulement de l’intrigue, je ne vais pas trop vous en parler. Surtout que cette histoire, on ne va pas se mentir, c’est principalement celle de Dan et Liliam.

Comme je le disais, Dan est une jeune fille qui a la tête dans les nuages. Elle a beaucoup lu sur l’époque de la grande piraterie et est très vite fascinée par Liliam quand elle prend conscience de sa véritable identité. D’ailleurs, elle lui réclame sans arrêt de lui raconter son histoire. Les vraies, pas celles des livres. Petit à petit, grâce à leurs échanges, on entrevoit un passé glorieux mais aussi difficile. J’ai adoré le background inventé par Estelle Faye qui a fait vibrer en moi la corde sensible. En même temps, parlez moi de piraterie, en prime dans l’espace…

Liliam, de son côté, est un personnage assez mystérieux malgré les chapitres qu’on découvre de son point de vue. Elle a choisi de s’effacer la mémoire bien qu’elle en ait oublié la raison. Paradoxalement, elle essaie de s’en souvenir parce que ça lui parait d’une importance capitale. Et de fait, dans sa mémoire, Liliam détient la clé du chemin qui mène vers Carabe, une planète cachée et secrète qui abritait le sanctuaire de la Grande Piraterie.

Tous les ingrédients sont présents pour un roman de qualité. Des personnages féminins forts qui sont des héroïnes très crédibles (ET SANS LOVE INTEREST QUI BOUSILLE L’INTRIGUE ! Que ça fait du bien !), avec leurs forces et leurs faiblesses. Des personnages secondaires qui ont une véritable personnalité. Une aventure rythmée et cohérente. Un univers original et accrocheur qui permet au lecteur de voyager. Un background hyper immersif (franchement, les flashbacks et les récits, quel bonheur ! J’adore Sol ♥). J’ai dévoré les Nuages de Magellan en moins de 24 heures. L’éditeur précise qu’il s’agit de la première incursion d’Estelle Faye dans le space-opera… Et j’espère vraiment que ça ne sera pas la dernière ! Il faut dire que si la plupart des mystères trouvent une résolution, l’autrice se laisse des portes ouvertes et joue avec les espérances du lecteur.

La seule chose que j’ai un peu regrettée, c’est la fin. Les sauts temporels m’ont frustrée, ça aurait pu sans problème devenir une trilogie ! Je ne vais pas dire qu’Estelle Faye a bâclé la fin des Nuages de Magellan, ce serait un mensonge. Mais la lectrice déjà accro à cet univers aurait aimé plus de détails, de développements, même si elle comprend très bien ce choix narratif.

En bref et si ce n’était pas déjà suffisamment clair, je suis certaine de voter pour ce titre lors de la dernière sélection du PLIB car je l’ai a-do-ré. Il contient tous les ingrédients que j’aime retrouver dans une lecture et confirme Estelle Faye au rang des autrices françaises incontournables dans le paysage de la SFFF. Merci du voyage et bien vite sa prochaine sortie ♥

Honor Harrington #3 Une guerre victorieuse et brève – David Weber

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Une guerre victorieuse et brève
est le troisième tome de la saga hard sf Honor Harrington, écrite par l’auteur américain David Weber. Rééditée par l’Atalante dans sa collection poche, ce tome coûte 9 euros.

Rappelez-vous, je vous ai déjà parlé des deux premiers tomes: Mission Basilic et Pour l’honneur de la Reine.

Après les évènements survenus sur Grayson, Honor a du rester une année en convalescence. À ce terme, un courrier de l’amirauté l’informe d’une nouvelle promotion et de son affectation sur le célèbre bâtiment HMS Victoire. On l’envoie en renfort à la frontière sous les ordres de l’amiral Parks, qui ne l’apprécie pas beaucoup. Il n’y a pas de vraie raison à ça, c’est juste que sa tête ne lui revient pas et que monsieur tape dans l’excès de zèle parce qu’il n’apprécie pas les actes passés d’Honor, même s’il en reconnait l’importance (ne cherchez pas la logique). Parallèlement à cela, la République populaire de Havre commence à bouger et cherche à déclencher la guerre contre Manticore, celle qui menace d’exploser depuis si longtemps. Leur but: contrôler la révolte qui gronde sur leur territoire. Rien de tel qu’une petite conquête pour ça, non? Non? Ouais, non, on est d’accord.

Assez rapidement, on sent un schéma proche de celui de Mission Basilic. Honor est reléguée à la frontière et doit affronter le Havre, qui a plus d’un tour dans son sac. Contrairement au premier tome, elle n’est pas vraiment seule face à eux mais je ne vous en dis pas trop non plus afin de ne pas spoiler le contenu.

La narration de David Weber permet l’alternance des points de vue. Ce tome est davantage politique que les précédents. Le lecteur est emmené dans la République, en apprend beaucoup sur son système et sur les manigances du gouvernement. C’est intéressant mais aussi un peu perturbant parce que les protagonistes se multiplient facilement et j’ai retrouvé le même sentiment de perte que dans le premier tome. J’ai presque du prendre des notes pour me rappeler qui est qui, qui fait quoi et pourquoi. Une chose est sure, ce n’est pas une lecture « détente ».

Ce tome offre aussi une évolution par rapport à la vie personnelle d’Honor. Le retour de Pavel Young dans les environs (au passage, j’ai été plus que satisfaite de la fin !) permet d’apprendre ce qui est vraiment arrivé sur l’île de Saganami mais aide également Honor à passer outre. J’ai apprécié le traitement qu’avait l’auteur par rapport à ces thématiques. Que ma phrase suivante ne soit pas mal interprétée mais, pour un homme, cela m’a agréablement surprise. Évidemment, la reconstruction d’Honor passe par le regard d’un autre homme et sa relation avec lui mais ça ne m’a pas dérangée plus que ça grâce à la manière dont David Weber l’a amené.

Même si les enjeux deviennent plus important, ce troisième tome est quand même globalement plus lent sur son action. Les batailles spatiales sont assez peu présentes hormis les frappes éclairs et, évidemment, l’affrontement « final ». Je pense que ce troisième volume fait office de transition et j’espère que le quatrième nous offrira davantage d’action.

À noter que la fin de ce volume contient une vingtaine de pages explicatives sur la marine dans l’univers d’Honor Harrington. J’ai trouvé cette initiative intéressante et vraiment utile pour le lecteur qui a du, jusqu’ici, tout comprendre par lui-même.

Pour résumer, ce troisième tome de la saga Honor Harrington confirme David Weber au panthéon des grands auteurs de hard sf. Il maîtrise toujours aussi bien son sujet et est hyper immersif. Si Une guerre victorieuse et brève contient moins d’action que les tomes précédents, il permet une évolution majeure sur le plan politique ainsi qu’un développement psychologique intéressant pour notre héroïne. Je recommande toujours autant cette saga aux fans de science-fiction mais attention. Ce n’est pas à la portée de n’importe quel lecteur et ce n’est certainement pas une lecture détente. On ne classe pas Honor Harrington dans la hard sf pour rien, vous êtes prévenus.

#VendrediLecture (19)

Bonjour à tous !
J’espère que vous allez bien? Pour moi ça a été une semaine pleine de rebondissements. Niveau littéraire, j’ai découvert deux romans qui me sortent de mes habitudes et si le premier a été une déception (non non, on ne va pas en parler), le second était clairement très bon. N’empêche, j’avais besoin de me faire du bien aux neurones et j’ai été ravie que ma BookJar me sorte justement le troisième tome d’une saga que j’apprécie énormément. Laquelle? Mais ne soyez pas donc aussi impatients 😉

Je vous rappelle le concept du VendrediLecture! Il s’agit de partager avec vous ma lecture en cours, avec la 4e de couverture, les informations de l’éditeur et le lien vers sa page sur Babelio. Simple, efficace, pourquoi se compliquer la vie?
N’hésitez pas à me dire si ce rendez-vous hebdomadaire vous intéresse et à le reprendre sur vos propres blogs ^_^ Notez que je ne l’ai pas inventé, je reprends le concept du site VendrediLecture et du #VendrediLecture sur Twitter.

Honor Harrington #3 Une guerre victorieuse et brève – David Weber
Lecture personnelle – l’Atalante

guerre_victorieuse_pocheMAKETvalide.indd« Un vent de révolte souffle sur la République populaire de Havre. Mais la caste dirigeante connaît le remède : rien de tel qu’une bonne guerre de conquête pour remplir les caisses et refaire l’union sacrée. Une guerre victorieuse et brève. Or l’ennemi est là : le Royaume de Manticore à la prospérité insolente. Alors les incidents se multiplient…
C’est dans ce climat tendu qu’Honor Harrington reprend du service après une convalescence difficile. Elle est aussitôt confrontée à l’hostilité de l’amiral Parks, son supérieur hiérarchique. Et voici que son plus vieil ennemi revient la tourmenter… »

Un bonheur. Pour plus d’infos, je vous renvoie à la page Babelio de ce roman.

Et vous, que lisez-vous ce vendredi? 🙂

Le Syndrome du varan – Justine Niogret

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Le Syndrome du varan
est un roman de littérature blanche proposé par l’autrice française Justine Niogret. Publié chez Seuil, vous trouverez ce livre dans la collection Cadre Rouge au prix de 16 euros.

Avant d’aller plus loin, je dois rappeler que je ne suis pas lectrice de littérature blanche. J’aime et maîtrise pas mal de classiques, je m’y connais en histoire littéraire (vu mon cursus, c’est mieux, vous me direz), mais pour ce qui est de la littérature contemporaine, sérieuse et engagée, je ne suis pas spécialiste. Peut-être (et même probable) que l’avis d’une personne habituée diffèrera du mien. Je vous le précise simplement pour vous rappeler que c’est un ressenti purement subjectif (comme beaucoup de chroniques, me direz-vous encore) d’une lectrice lambda face à un texte surprenant.

Si je me suis tournée vers ce roman qui me sort de ma zone de confort, c’était uniquement pour l’autrice. Rappelez-vous, je l’ai déjà évoquée sur le blog avec deux de ses romans : Mordred et Cœurs de rouille.

Il est difficile de parler du Syndrome du varan. Il fait partie de ces romans qu’on vit et qui n’ont pas besoin de longs discours. D’autant que ça ne lui rendrait pas justice et que ma chronique risque de passer à côté de nombreuses thématiques dont, paradoxalement, l’évocation vous spoilera le contenu. Le Syndrome du varan, c’est le genre de texte qui heurte et qui pousse à l’interrogation. On sait qu’il s’agit d’une fiction (on ose l’espérer du moins) pourtant la façon dont la narratrice parle, s’exprime, donne l’impression au lecteur de lire une sorte d’autobiographie. Peut-être une auto-fiction ? Pas écrite pour se mettre en scène ou se faire bien voir, mais bien pour extérioriser quelque chose. Hurler à la face du monde que non, ce genre d’horreur, d’absurdité même, n’existe pas que dans les romans ou les séries.

Le personnage principal n’a pas de prénom. Et on n’en a pas besoin pour la connaître en profondeur. On sait qu’elle approche la quarantaine au moment où elle écrit et qu’elle a vécu dans un milieu familial immonde. Une mère perverse et folle, un père con et pédophile, un système défaillant… Il serait aisé de tomber dans la haine, dans le lynchage, mais Justine Niogret est une autrice bien plus fine que cela. Elle raconte, en se mettant dans la peau de sa narratrice, les évènements vécus sou forme d’une confession qui parait décousue au premier abord. Les lignes temporelles se croisent, se heurtent, mais ce n’est pas grave. Les paragraphes s’enchaînent avec fluidité et intelligence. Chaque mot parait mesuré, chaque phrase travaillée, pour un résultat saisissant. On retrouve le talent littéraire (qui n’est plus à prouver) de l’autrice.

Le Syndrome du varan n’est pas un livre qu’on peut qualifier de « coup de cœur » ce serait ridicule et insultant pour son propos. Par contre, on peut le saluer pour ses thématiques, pour son traitement très juste qui évite de tomber dans le grand spectacle cru et vulgaire. L’autrice ne cherche pas à attirer un public malsain avide d’histoires salaces impliquant des enfants. Elle ne mâche pas ses mots pour autant. Nouveau paradoxe. Son roman dérange, forcément. Il heurte. Il interpelle. Il pousse à réfléchir sur l’humain, sur nos réactions face à des victimes, sur notre société dans son ensemble. Ce n’est pourtant pas un livre très long, 224 pages lues sur la même journée.

Une fois de plus, Justine Niogret démontre son talent d’autrice. Il n’y a pas que la fantasy ou l’anticipation où elle excelle. Son incursion dans la littérature blanche est une réussite. Le Syndrome du varan est un roman coup de poing qui pose sur notre société un regard acéré et un propos d’une rare intelligence. Ce n’est pas à mettre entre toutes les mains ni face à tous les yeux mais je ne peux que le recommander.

Apocalypsis (intégrale 1) – Eli Esseriam

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Apocalypsis
est une saga fantastique de cinq romans écrit par l’autrice française Eli Esseriam. Elle a été rééditée dans la collection RE:Lynks en février 2018, en deux intégrales. La partie 1 (celle concernée par cette chronique) contient les trois premiers romans à savoir : Cavalier Blanc, Alice / Cavalier Rouge, Edo / Cavalier Noir, Maximillian. Vous retrouverez cette intégrale chez Lynks au prix de 14.90 euros.

Avant de vous parler du contenu, quelques remarques sur l’objet en tant que tel. Puisqu’il contient trois romans, il est assez volumineux ce qui n’est pas toujours très agréable pour la lecture, surtout au début et à la fin. Évidemment, c’est une remarque purement personnelle. Le livre est soigné, chaque partie a droit à une illustration d’entrée et le travail de Miésis est, comme toujours, très bon. J’ai pu comparer avec les anciennes couvertures et je préfère de loin la sobriété très évocatrice des nouvelles.

Apocalypsis comprend donc trois romans. Chacun est écrit du point de vue du personnage qu’il concerne et sert d’introduction au personnage en question ainsi qu’aux bases de l’univers. On apprend à connaître leur vie, leur passé mais aussi la façon dont ils vont s’approprier leurs pouvoirs, dont ils vont réagir en apprenant qu’ils sont des Cavaliers. Dans un premier temps, aucun ne connait les autres mais le lecteur attentif décèlera certains indices qui marqueront une relation préalable entre Alice, Edo et Maximillian.

Si le thème principale reste bien l’apocalypse, qui transparait partout, on évoque quand même surtout des tranches de vie étudiantes. Il suffit de lire la quatrième de couverture pour savoir que Quatre Cavaliers vont entamer la fin du monde et que seules 144.000 âmes (sur presque 6.5 milliards d’humain…) pourront être sauvées. Évidemment, si la majorité des gens ne remarquent rien, il existe des opposants à cette apocalypse qui vont se dresser face aux Cavaliers, les guetter et les traquer. Maintenant que je vous ai parlé du concept général, je vais m’attarder sur chacune des trois parties.

Cavalier blanc, Alice.
À peine ma lecture entamée, j’ai succombé au charme d’Alice. C’est pourtant un personnage très froid, cynique et parfaitement asocial. Difficile, à première vue, d’apprécier une héroïne comme elle et pourtant j’adore ce type de protagoniste. Pas très surprenant, n’est-ce pas? On la découvre en premier lieu dans son quotidien scolaire. Son cerveau est une véritable encyclopédie, elle possède d’office tous les savoirs du monde, devinez à qui elle le doit. Pourtant, les connaissances encyclopédiques ne font pas tout, comme elle l’apprendra à ses dépends. Alice n’est pas une personne mauvaise mais on ne peut pas dire qu’elle soit une sainte pour autant. Elle considère la plupart de ses congénères avec mépris, ses actes ont des conséquences parfois terribles qui ne l’émeuvent pas toujours. Rarement, même. Lorsqu’elle prend connaissance de ses pouvoirs, elle entre dans une phase d’expérimentation pragmatique, scientifique et cela va parfois très loin. Forcément, elle finira par en souffrir dans une métaphore très biblique de l’apprentissage par la douleur. Là se trouve la subtilité. Alice n’est pas dénuée de sentiments ou d’émotions, ce n’est pas une sociopathe. Non seulement elle m’a touchée mais en plus, elle m’a beaucoup fait rire. C’est rare, que j’accroche autant avec un personnage féminin.

Cavalier rouge, Edo.
J’ai tout de suite accroché à Edo. Un personnage brut de décoffrage, bestial, violent à la moralité plus que douteuse. On s’attendrait à des élus un minimum vertueux, mais non. Tout ce qui compte aux yeux d’Edo, c’est son petit frère, Anel. Il est le centre de son monde, sa lumière dans cette réalité pas franchement glorieuse. Émigré serbe avec ses parents, il vit dans une maison de chantier étroite avec un père alcoolique et une mère absente, très détachée, qui doit parfois se prostituer pour leur permettre de manger. Il gagne un petit supplément d’argent en se battant au vélodrome, des combats à mort qui lui procurent un certain soulagement. Son seul but dans la vie, c’est de se tirer, se payer un appartement et emmener son petit frère avec lui. Edo vit littéralement pour Anel. Il fait de son mieux pour préserver son innocence. Sauf que forcément, rien n’est facile. Edo est à deux doigts d’être renvoyé de l’école pour son absentéisme, ce que sa mère refuse (pour les allocations, elle le dit vraiment cash, comme ça). Il va donc devoir remonter ses notes en étant aidé par les bons élèves, être présent aux cours et voir le psy (ologue, pas iatre 😉 ) de l’école une fois par semaine. Tout cela va commencer à avoir un impact positif sur Edo mais quand on est le Cavalier Rouge, avoir une vie normale n’est pas conseillé. Le ton de ce tome est assez sombre, désabusé mais pas larmoyant. Edo n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort. Il prend ce que la vie a à donner et avance. Il n’est ni trop fermé, trop bad boy, ni trop gentil et niais. Ce fut vraiment un pur bonheur à lire du début à la fin.

Cavalier noir, Maximillian.
J’ai eu beaucoup de mal avec le personnage de Maximillian pendant une bonne partie du roman. Pour vous dresser le tableau, Max est le fils d’une famille incroyablement riche avec une dose de sang bleu dans les veines. Tellement riche que ça en devient indécent. Il est beau, il le sait. Il est égocentrique, blasé, a tout essayé, est arrogant et globalement irrespectueux, doté d’un humour plus que douteux… Il m’a directement tapé sur le système. Mais plus l’histoire avance, plus on comprend d’une part son comportement et plus il évolue, surtout. Je trouve qu’il est celui doté du pouvoir le plus cruel et la prise de conscience qui y est liée aurait de quoi bouleverser n’importe qui. L’histoire de Max est tragique, peut-être un peu trop par moment. L’enchaînement de certains évènements parait parfois gros et le twist final me laisse un peu perplexe. J’ai été moins convaincue par ce personnage et par ce tome même si ça n’a pas cassé mon envie de découvrir les deux derniers.

J’ai parlé d’évènements qui paraissent parfois gros et tombés de nulle part. Dans la diégèse d’Apocalypsis, cela n’a rien de surprenant quand on y pense deux secondes. Le livre assume pleinement l’existence et l’intervention de Dieu non seulement dans la vie des Cavaliers mais aussi dans le déroulement de l’intrigue. C’est Dieu qui les a créé, façonné comme Il le voulait, qui a décidé de leurs épreuves. En somme, c’est assez terrifiant côté libre arbitre… Dieu a des dialogues directs avec Alice (j’ai trouvé ça assez couillu en vrai ne me demandez pas pourquoi, ça a fait mouche !), communique avec Edo d’une certaine manière et se manifeste également à Max de façon détournée. Chaque partie est précédée d’un extrait prophétique concernant l’Apocalypse. J’ai aimé le choix ambitieux de l’autrice, d’en faire un vrai personnage avec un orgueil qui transparait et une toute-puissance assumée.

Au niveau de la plume de l’autrice, elle est vraiment immersive. Chaque personnage voit sa personnalité retransmise avec brio à travers les mots d’Eli Essariam. Elle a par contre parfois tendance à la digression, ce qui est un brin frustrant.

En bref, que retenir de cette (longue) chronique? Lynks propose la réédition d’une œuvre ambitieuse à prix très réduit (14.90 euros pour trois romans, je vous défie de trouver mieux). Apocalypsis aborde des thèmes bibliques qu’on pourrait croire vus et revus avec un souffle pourtant nouveau. L’autrice prend le temps de poser chacun de ses personnages principaux dans un roman qui tourne uniquement autour d’elle / de lui et permet au lecteur de s’attacher à Alice, Edo et Maximillian. J’ai été ravie de découvrir la première partie d’Apocalypsis, je la recommande plus que chaudement car Alice et surtout Edo ont été de gros coups de cœur. J’ai hâte de lire le final de cette saga !