À l’ombre du Japon #57 { retour sur ma découverte d’Adabana }

Adabana est un manga en trois tome dessiné et scénarisé par NON. Selon le site manga-news, il s’agit d’une femme d’une trentaine d’année d’origine japonaise mais on en sait assez peu à son sujet, si ce n’est qu’elle s’est occupée d’Adabana et a en série en cours dont le titre est Hare-Kon, un manga seinen érotique qui compte pour le moment vingt tomes au Japon et n’a pas (encore ?) été traduit chez nous. C’est donc a priori une mangaka qui est au début de sa carrière et qui aime aborder des thèmes assez sombres et controversés puisque Hare-Kon parle d’emprise psychologique, de jalousie, etc. au sein d’une relation dite polyamoureuse. Je n’en sais pas plus et n’y voyez pas une critique de ma part sur le concept de polyamour. J’ai pour habitude de dire que tant que tout le monde est consentant, l’intimité des gens ne regarde personne d’autre qu’eux-mêmes !

Bref, Adabana raconte comment Mizuki Aikawa aurait tué sa meilleure amie, Mako Igarashi, dont le corps est retrouvé démembré près d’un lac. Très vite, on se rend compte qu’il y a anguille sous roche malgré les affirmations de Mizuki et on découvre l’histoire par une série de flashbacks.

Après ma lecture du premier tome, j’ai décidé d’attendre la sortie des deux suivants pour tout lire d’une traite et j’ai bien fait car si le premier volume posait des bases prometteuses, la série a un impact bien plus grand quand on peut la découvrir en une fois, comme un one-shot. Ce thriller psychologique qui met en scène deux adolescentes aborde des thématiques vraiment difficiles. On y évoque les relations toxiques sur un plan parental et amoureux, on y aborde la question du revenge porn, des abus sexuels sur une mineure, de la perception de soi au milieu de tout ce carnage. De plus, Adabana est aussi l’occasion d’aborder la question de la justice et des défaillances du système, notamment pour protéger les victimes de harcèlement et d’abus psychologiques car comme le dit très bien l’avocate de Mizuki à la fin : « une société dans laquelle les enfants ne peuvent pas compter sur les adultes (…) c’est vraiment une société de merde. »

Toutes ces scènes difficiles sont explicites pour la plupart mais sans jamais que ça ne tombe dans le voyeurisme. Tout le manga dénonce justement les abus et ces scènes sont là pour créer un malaise palpable, une révolte et un dégoût chez le lectorat -ce qui a très bien fonctionné sur moi. Elles servent à renforcer le propos et malheureusement, ce n’est pas si courant sur ce type médium.

Outre cet aspect très sombre, Adabana est aussi et avant tout une histoire d’amitié. La relation qui existe entre Mizuki et Mako a su me toucher droit au cœur. Les deux adolescentes se débrouillent comme elles peuvent dans un monde où elles ne peuvent compter que l’une sur l’autre pour se protéger. L’aspect coup de poing est bien présent et j’ai trouvé en cela les choix narratifs sur la fin particulièrement assumés et convaincants.

Si on veut éventuellement lui trouver un défaut, on pourrait dire que Mizuki a un sacré sang froid et une maturité qui sonne peut-être faux chez une adolescente de son âge mais ce n’est pas quelque chose qui a été problématique pour moi, au contraire. Ça servait l’histoire puis les épreuves de la vie font souvent grandir bien trop vite…

La conclusion de l’ombre :
En conclusion de ce court billet, je ne peux que vous recommander la lecture de cette trilogie que je vais qualifier de nécessaire. Elle est très réussie dans son propos comme dans son graphisme, elle explore brillamment la psychologie des différents protagonistes et ouvre une fenêtre sur la noirceur humaine qu’on a ensuite du mal à refermer.

D’autres avis : Les blablas de Tachan – L’Apprenti Otaku (le tome 1les tomes 2 et 3) vous ?

Informations éditoriales :
Adabana, scénario et dessin par NON. Traduction : Sophie Lucas. Éditeur : Kana. Prix par volume : 12,90 euros.

La Millième Nuit – Alastair Reynolds

J’ai toujours des difficultés à résumer mon sentiment sur une novella de hard-sf car j’estime manquer de vocabulaire pour lui rendre hommage -surtout dans le cas où, comme ici, j’ai beaucoup apprécié. J’ai souvent assez peur de lire des textes de ce type parce que je crains de passer à côté, ayant besoin de suivre des personnages intéressants pour me plonger dans une histoire. Et oui, un bon world building ne suffit pas à tout le monde ! Heureusement, avec la Millième Nuit, toutes mes attentes ont été comblées. Revenons donc dessus…

Un sense of wonder à souligner.
Si l’histoire est écrite à la première personne et se concentre sur un personnage en particulier, la première chose à souligner est l’incroyable world building proposé par Alastair Reynolds. Le personnage que l’on suit est membre de la lignée Gentiane, qui est issue d’une femme qui s’est elle-même clonée en mille exemplaires mais de façon à créer des variations d’elle-même plutôt qu’identiquement un même individu.

Les membres de cette lignée passent des milliers si pas des millions d’années à voyager à travers toute la galaxie avant de se retrouver à intervalles régulières pour une période de milles nuits. Chaque nuit, un fil est partagé qui reprend une sorte de montage vidéo / résumé de leurs découvertes, de leurs aventures. Certains sont évidemment plus intéressants que d’autres et l’apothéose a lieu lors de la Millième Nuit où le fil gagnant est désigné. Ce sera à ce fameux gagnant d’organiser la Millième Nuit suivante.

Ainsi, en une bonne centaine de pages, Alastair Reynolds développe non seulement une forme de civilisation complexe mais en esquisse également d’autres non seulement grâce à ces voyages mais aussi à un fameux Grand Œuvre dont on sait au départ peu de choses mais qui implique bien d’autres mondes, comme on le découvrira à mesure que l’intrigue avance. J’ai eu ici le même sentiment qu’avec un titre comme Opexx et le mot vertigineux colle très bien à l’ensemble.

Mais de quoi ça parle ?
C’est bien beau un univers captivant mais l’intrigue dans tout cela ? Elle se déroule durant l’un des moments de retrouvailles. On suit Campion, narrateur à la première personne, chargé d’organiser la Millième Nuit. Purslane, une membre de sa lignée -avec qui il entretient une relation quasiment monogame assez mal vue par les autres- vient le trouver pour lui annoncer qu’elle a relevé une incohérence dans le fil d’un de leurs camarades qui affirmait se trouver à un certain endroit alors que c’était impossible si on se basait sur le propre fil de Campion. Comme il est interdit de mentir dans son fil, tous deux sont assez choqués et inquiets. Ils décident d’enquêter et ce qu’ils vont découvrir ira au-delà de leur imagination…

Des enjeux exceptionnels.
La force d’Alastair Reynolds est de proposer différents niveaux d’enjeux et de ne pas se contenter de ceux à l’échelle de la galaxie. Il y a évidemment tout ce qui concerne Campion et Purslane sur un plan personnel -rien que dans la façon dont ils sont obligés de vivre leur relation et les pressions sociales qu’ils subissent- mais il y a aussi dans cette novella toute une réflexion sur la puissance de la communication, sur ce que ce simple mot peut représenter pour la création d’un empire galactique non pas forcément au sens conquérant du terme mais simplement au sens de partage des connaissances et d’ambition à l’échelle d’une vie. À nouveau, l’adjectif vertigineux se prête bien à qualifier les enjeux de ce texte d’une grande richesse, des enjeux que je ne vais évidemment pas vous dévoiler ici afin de ne pas vous gâcher les découvertes finales.

La conclusion de l’ombre :
La Millième Nuit est une novella de hard-sf qui mêle de manière très satisfaisante une construction d’univers ambitieuse à des personnages qui ne se réduisent pas à leur fonction dans le récit. Le rythme narratif est maîtrisé et les interrogations sur les notions de communication ont évidemment su m’intéresser. C’était mon premier texte de cet auteur mais je doute que ça soit le dernier !

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Informations éditoriales :
La Millième Nuit, écrit par Alastair Reynolds. Traduction de l’anglais par Laurent Queyssi. Éditeur : Le Bélial. Couverture : Aurélien Police. Prix au format papier : 10,9 euros.

Une rivière furieuse – Erica Waters

De quoi ça parle ?
Quelque part dans une petite ville américaine, Rochelle disparait. Sa sœur, Natasha, décide de mener l’enquête car elle juge que la police ne s’occupe pas bien de l’affaire. En désespoir de cause, Natasha va voir Della, une sorcière, espérant recevoir son aide. Mais Della a ses propres problèmes à gérer : sa mère, devenue un monstre aquatique, est probablement derrière cette série de disparition dont Rochelle n’est qu’une des victimes…

Natasha et sa sœur Rochelle sont des enfants adoptées par une famille blanche et riche. Natasha souffre d’accès colériques et est en pleine tourmente vu ce qui arrive à son aînée. Elle est persuadée que Jake Carr, le petit ami de Rochelle et accessoirement star locale du country est responsable de sa disparition. En creusant, elle va découvrir de nombreux secrets sur sa sœur qui vont mettre à mal ses certitudes. La suivre dans sa tourmente et dans l’évolution de l’intrigue est passionnant car elle fait de mauvais choix ou du moins des choix discutables pour parvenir à découvrir la vérité. On entrevoit déjà que le roman porte bien son titre car au-delà du sens strict qui devient évident dans le dernier tiers du roman, l’aspect fureur avec tout ce que ça implique est très bien incarné en Natasha.

Della, de son côté, doit s’occuper seule de sa mère car son père est présenté comme faible, alcoolique et démissionnaire face à l’état de sa femme. Elle appartient à une famille de sorciers qui vit pauvrement de petites potions préparées à la demande de personnes qui souhaitent de venger d’un conjoint infidèle et est contrainte d’enfermer sa mère dans une prison désaffectée pour que celle-ci n’agresse personne quand, la nuit, elle se transforme en sirène monstrueuse. Le poids sur ses épaules est énorme tout comme la culpabilité et la solitude. On ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine empathie à son encontre malgré son caractère plutôt rude.

Une narration efficace.
Le roman est écrit à la première personne et composé de deux narrations qui s’alternent : celle de Natasha et celle de Della. Cela permet au lecteur d’être au plus près des émotions de ces deux adolescentes en crise qui doivent gérer des problèmes d’adultes. Pour moi, la grande force du roman se situe justement dans ce choix narratif commun au genre young adult et dans les personnages dépeints. Les deux filles ont leur personnalité propre et le style d’Erica Waters le retranscrit bien, s’adaptant à l’une comme à l’autre sans jamais les confondre. C’est le plus gros point fort du roman à mes yeux d’autant que l’intrigue en elle-même reste assez classique (ce qui ne signifie pas qu’elle soit inintéressante pour autant).

Du féminisme et de la romance.
L’originalité se trouve aussi dans le ton résolument féministe du roman et dans cette romance entre les deux héroïnes qui change dans le genre young adult ou même de manière générale. J’ai assez peu l’occasion de lire un roman de l’imaginaire où l’héroïne est lesbienne assumée, encore moins où ce thème ne devient pas du coup le centre de l’intrigue. Cela ne signifie pas qu’il n’en existe pas, juste qu’ils ne doivent pas être très bien mis en avant sans quoi je n’aurais pas autant de difficultés à trouver un autre titre du même genre dans ma mémoire… Je suis une fervente partisane de l’inclusion par la banalisation, un peu comme dans les romans de John Scalzi ou d’Ellen Kushner car même si la lutte importe, c’est en normalisant ces relations qu’on cessera, je pense, de les stigmatiser inutilement. Qu’on partage ou non mon avis, c’était à mes yeux la grande force d’Une rivière furieuse même si, à mon goût, cette romance sort un peu de nulle part et que j’ai eu du mal à y croire. Mais bon, j’ai régulièrement ce sentiment dans les romances donc c’est plutôt que cet aspect d’une intrigue m’intéresse / me convainc assez peu de manière générale.

Ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable toutefois j’ai eu envie d’en parler pour son parti-pris très girl power et pour la dernière page qui m’a marquée par son discours assez désabusé sur les hommes et la nature humaine de manière générale. Certain·es le lui reprocheront peut-être mais comme je suis assez proche de cet état d’esprit, j’ai surtout été heureuse de lire un texte qui assume jusqu’au bout et tranche dans le vif.

La conclusion de l’ombre :
Une rivière furieuse est un one-shot fantastico-horrifique mettant en scène deux adolescentes qui se débattent avec des problèmes d’adultes en plus de soucis magiques. C’est un bon divertissement qui plaira au lectorat young adult en quête d’inclusivité (ce qui est mon cas pour au moins la deuxième partie de l’intitulé) et d’un one-shot à suspens efficace. Si l’intrigue ne révolutionne pas le genre, je retiendrais ce roman surtout pour son propos militant féministe et son ton désabusé sur la question de l’égalité qui a le mérite d’être, à mon sens, assumé et bien trop réel encore de nos jours.

D’autres avis : Lullastories – vous ?

Informations éditoriales :
Une rivière furieuse par Erica Waters. Traduction : Cécile Guillot. Éditeur : le Chat Noir. Illustration de couverture : Mina M. Prix au format papier : 19.90 euros.

À l’ombre du Japon #56 { Premier contact avec Horimiya }

Parfois, il m’arrive de lire une romance / tranche de vie dans un lycée. C’est une période de la vie qui m’intéresse beaucoup et dont je suis par moment nostalgique. Pourtant, je me méfie parce que c’est rare pour moi d’y trouver mon compte. Avant de me lancer dans Horimiya, j’ai donc lu le premier chapitre en ligne sur le site de l’éditeur et j’ai tout de suite accroché autant au dessin qu’au principe.

Au moment où je rédige cet article, j’ai déjà lu 6 tomes. 16 en tout sont prévus, la série est terminée au Japon. Dans cet article, je souhaite revenir sur ce qui me plait dans cette série mais aussi sur deux éléments potentiellement « red flag » pour moi.

De quoi ça parle ?
À l’école, Kyôko Hori est une lycéenne aimée de tous pour sa gentillesse et ses bons résultats. Malheureusement, ses parents sont souvent absents et elle doit s’occuper de son petit frère, ce qui l’empêche de sociabiliser en dehors de l’école et d’avoir une adolescence normale. Personne n’est au courant de cela, jusqu’à ce qu’Izumi Miyamura le découvre par accident…

Miyamura est quant à lui un jeune homme qualifié de bizarre par les autres lycéens. Il a des tatouages et des piercings, juste parce qu’il aime ça (et non parce qu’il appartient à une bande de yakuzas !). Au collège, il était très seul et souffrait visiblement de tendances suicidaires. En entrant au lycée, il s’est fait petit à petit des amis notamment Hori, qui deviendra ensuite sa copine. Grâce à ces gens qui lui portent un intérêt sincère, Miyamura commence à accepter ses qualités et prendre conscience de sa valeur.

L’histoire d’amour entre Hori et Miyamura se développe lentement et pendant les cinq premiers tomes, on est plutôt sur une tranche de vie qui parle de la difficulté pour les adolescents d’être soumis trop tôt à de trop lourdes responsabilités et au poids du regard des autres. Leurs sentiments grandissent tout en douceur et c’est très intéressant. La tension narrative est bien gérée ainsi que la manière dont leur intimité est mise en scène, avec subtilité et ce qu’il faut d’ellipse pour qu’on comprenne ce qui a pu se passer entre eux sans pour autant tomber dans le vulgaire ou le voyeurisme.

Autour de Hori et Miyamura gravitent une série de personnages attachants qui sont autant d’intrigues secondaires. Pour une fois, celles-ci ne prennent pas le dessus sur le couple principal qui, jusqu’ici, reste au centre de la série. Ils sont assez prometteurs et je suis curieuse de savoir comment iels vont continuer d’intervenir dans les vies d’Hori et de Miyamura.

Du positif, mais…
Je l’ai dit en introduction, deux éléments m’inquiètent quant à la suite de la série et à la tournure que prendra celle-ci. Il y a d’abord cette fille exécrable introduite dans le tome 4 qui est amoureuse de Hori (elle sort littéralement de nulle part…) et donne lieu au premier « red flag » du manga par son comportement mais aussi par les réactions de Hori et de Miyamura face à elle. La première se montre plutôt gentille et ne la repousse pas très fermement, ce que je ne trouve pas hyper sain que ce soit par souci de respect au sein de son couple mais aussi parce que ça laisse à cette fille la possibilité de se bercer d’illusions… Miyamura est évidemment jaloux et se sent mis en danger car Hori n’est pas sécurisante puisqu’elle invite cette fille chez elle et veut qu’elle et Miyamura deviennent amis alors qu’elles ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam (ou alors c’est vraiment mal expliqué dans le manga papier…) ce que je n’ai pas compris. Pourquoi ? Je ne cherche pas à dire que c’est à la figure féminine de se montrer rassurante mais la situation aurait été inversée que j’aurais tenu le même discours. Il y a un manque de respect assez évident. Disons que c’est peut-être un souci culturel…

Le second « red flag » concerne encore Hori et il s’agit de sa violence physique. Elle passe son temps à distribuer des coups, d’abord à son père qui apparait dans le tome 4 du manga (et qui ressemble plus à un ado attardé qu’autre chose) ce qui est déjà surprenant même s’il s’agit d’un ressort comique plutôt convenu et connu. Je pense spontanément au père d’Ichigo dans Bleach où ils se collent mutuellement des coups sans arrêt et j’admets que dans ce cadre-là, je n’avais pas été choquée -ce qui me pose question. Le souci c’est qu’elle fait aussi preuve d’abus envers Miyamura, déjà rien qu’en se permettant de consulter les messages de son téléphone (que tu aies ou non quelque chose à cacher, je trouve que ça ne se fait juste pas). Quand elle croit en trouver un d’une autre fille, ils se disputent et elle le frappe puis elle le griffe, si bien que Miyamura a un pansement sur la joue le lendemain en cours mais c’est tourné à la plaisanterie. Je sais que culturellement parlant, au Japon, ça doit être difficile à admettre qu’une femme puisse frapper un homme mais ça arrive et c’est de la maltraitance. Même si Hori n’a pas de mauvaises intentions, même si elle s’excuse et même si elle a trop de pression sur les épaules. Je n’aurais pas eu de soucis à ce que cet évènement se produise mais seulement si on le montrait comme problématique, ce qui n’est pas explicitement le cas quoi qu’un ami de Miyamura lui conseille de ne pas laisser passer et de recevoir des excuses de la part de Hori. En tout cas ça ne l’est pas dans le tome 6 mais peut-être que ça le deviendra, je laisse donc le bénéfice du doute.

Hori n’est toutefois pas la seule à user de violence. Miyamura dévoile par moment cette facette de lui même si ce n’est jamais à l’encontre de Hori et plutôt envers son meilleur ami du collège. Je ne sais pas trop si cette banalisation des coups est voulue ou non, si elle va par la suite raconter quelque chose, si ce n’est qu’un effet qui se veut « comique »… Mais ça m’interpelle et ça me questionne.

La conclusion (temporaire) de l’ombre :
Ces deux red flags me gênent dans ce manga mais ils ne parviennent pas à éclipser la douceur (je sais ça peut paraître paradoxal) des sentiments entre Hori et Miyamura, ni la manière dont l’amour est mis en scène dans leurs interactions ou chez les personnages secondaires. C’est un titre beau graphiquement (je suis parfois siiii superficielle…) qui n’idéalise pas la vie pour autant et pose d’intéressantes questions sur l’adolescence mais aussi sur l’avenir. J’ai envie de continuer ma lecture pour savoir comment s’achèvera leur histoire car ils ont vraiment pris vie pour moi, je me sens concernée par eux. Affaire à suivre, on en reparlera sûrement une fois la publication achevée chez nous !

Informations éditoriales :
Horimiya, titre dessiné par Daisuke Hagiwara et scénarisé par HERO. Traduction en français par Gaëlle Ruel. Éditeur VF : Nobi-Nobi dans sa collection Genki. Prix par tome : 7,20 euros. Série finie au Japon en 16 tomes.

Ou ce que vous voudrez – Jo Walton

Voilà typiquement un roman difficile à décrire sans gâcher le plaisir de la découverte. Un roman osé qui se promène à la frontière des genres mais aussi des typologies narratives, réussissant à mettre parfaitement en scène un procédé dont je n’avais fait que rêver dans mon mémoire de création. J’ai lu le peu de chronique qu’il existe à ce jour au sujet de ce titre et plusieurs éléments ressortent toujours : la déclaration d’amour à Florence et à Shakespeare. C’est vrai qu’on ne peut pas le nier mais ce n’est pas ce que je retiendrais le plus dans ce livre. Avec Ou ce que vous voudrez, Jo Walton signe un roman ambitieux et touchant dans lequel j’ai pourtant eu du mal à rentrer au départ. Voyons cela plus en détail…

De quoi ça parle ?
Sylvia est autrice depuis plusieurs décennies et rencontre un certain succès dans les genres de l’imaginaire. Quand l’histoire commence en 2018, elle a 73 ans et se trouve en Italie, à Florence, où elle compte écrire une nouvelle œuvre avec Son aide. Le S majuscule n’est pas tellement là pour désigner une divinité ou Dieu même s’Il a pu l’être en fiction. Non, c’est pour l’appeler « Lui », le Narrateur, un étrange personnage qui vit dans la tête de Sylvia depuis son enfance et qui l’a aidée tout au long de sa vie à surmonter les épreuves qui se présentaient sur sa route. Le problème c’est qu’avec la mort qui approche, Il risque de disparaître avec Sylvia, sauf s’il réussit à exécuter son plan…

Une narration complexe.
Jo Walton ne se « contente » pas de raconter une histoire linéaire ni même d’alterner des chapitres entre le passé et le présent. Elle commence avec Lui qui parle de sa propre existence mais aussi de la vie de Sylvia, cette fameuse autrice en qui il vit. Logiquement, les deux sont indissociables ! Les chapitres où il s’exprime sont prétextes à de nombreuses digressions sur Florence, son histoire, diverses anecdotes artistiques, historiques ou architecturales, sans parler des réflexions plus ou moins pertinentes sur divers sujets. Bref : c’est un peu fouillis, un peu brut et limite brouillon d’autant que Lui fait aussi partie de la seconde trame narrative, celle qu’on pourrait rassembler sous le qualificatif de « fiction ». Cette seconde trame se déroule à Florence, dans diverses déclinaisons temporelles et fictives, si bien que des personnages de la Renaissance de notre monde en croisent d’autres du dix-neuvième siècle au sein d’une Florence alternative renommée Thalia, des personnages qui semblent envoyés là-bas par les dieux, mais pour quelle raison exactement ? D’autant que les dieux ne sont plus censés pouvoir intervenir dans cet univers-là…

Peut-être vous ai-je déjà perdu·e à ce stade comme je l’ai moi-même été. J’ai eu du mal à rentrer dans ce roman car je n’en ai pas tout de suite compris la portée. Si je voyais bien l’esquisse presque sous forme de laboratoire littéraire du concept de Jo Walton, j’avais du mal à y accrocher, à m’y intéresser, à recouper les très nombreuses références littéraires entre elles à l’exception des plus évidentes comme par exemple Shakespeare (et encore je n’avais pas tout). Bref, je ne rentrais pas dedans et si je n’avais pas rencontré l’autrice peu de temps avant, si elle ne m’avait pas fait une si forte impression et si je n’avais pas eu profondément envie d’aimer ce livre, je l’aurais abandonné comme bien d’autres auparavant avant d’arriver à la fin. Et ç’aurait été dommage car Ou ce que vous voudrez a beaucoup à offrir si on accepte de s’accrocher un peu.

Une méditation sur la réalité et la fiction.
C’est ce qu’annonce la quatrième de couverture et pour une fois, celle-ci ne ment pas ni n’enjolive le contenu. Il s’agit bien d’une réflexion sur le concept même de réalité, sur la manière de créer une fiction, sur comment la fiction altère la réalité et vice versa. Il s’agit aussi de parler de l’acte d’écriture, de la figure de l’auteur·ice au sens large et du rôle que peut avoir le lectorat, l’incidence aussi que peut avoir nos lectures sur nous, bref le cercle vertueux de la culture qui se nourrit (d’)elle-même.

Tout cela, Lui en parle en partageant ses remarques sur sa propre existence de personnage fictif qui a rempli bien des rôles au fil de la trentaine de romans publiés par Sylvia mais aussi en racontant l’histoire personnelle de Sylvia, une histoire à la fois douloureuse et pleine d’espoir, un drame ordinaire comme celui qu’on retrouve dans de nombreuses existences, qui invite aussi le lecteur à réfléchir sur les intrications entre vie personnelle et vie créative.

À mon goût, ces parties sont assez inégales et manquent de rythme, du moins dans la première moitié du roman. J’ai peiné à y parvenir pour ensuite dévorer les 150 dernières pages, curieuse, fébrile, alors que tout prend soudain plus d’ampleur que ce soit dans la Florence de 2018 ou à Thalia. Cela n’a pas empêché l’autrice de susciter beaucoup d’émotions en moi en tant que lectrice mais aussi autrice quoi que bloquée depuis un moment face à la page noire de mon Word (oui j’écris en mode sombre). Jo Walton m’a invité à réfléchir, à faire un travail sur moi et ce, sans même le dire aussi clairement. C’est un livre que je ne vais pas réduire à « j’ai aimé ». C’est un livre que je vais plutôt qualifier d’important, il a quelque chose à dire sur la littérature de fiction qui fera date dans l’histoire littéraire. Il n’est pas surprenant que Jo Walton soit amie avec Ada Palmer puisqu’elles sont toutes les deux faites du même bois : celui fait pour passer à la postérité. Et qu’elles ont toutes les deux laissé sur moi une marque indélébile.

La conclusion de l’ombre : 
Ou ce que vous voudrez est un roman étrange qui ne ressemble à aucun autre où la réalité se mêle à la fiction, où diverses époques réelles croisent des fictives, où un personnage récurrent, sorte d’ami imaginaire d’une autrice, tente désespérément de survivre à la mort prochaine de celle-ci. C’est un roman parfois difficile à suivre qui transgresse les codes narratifs comme ceux des genres, ce qui le rend parfois lent et longuet mais c’est un roman qui a de belles réflexions à partager sur la littérature de l’imaginaire et tout ce qui tourne autour. C’est le genre de texte qui va au-delà du simple j’ai aimé / je n’ai pas aimé. Il a laissé sa marque sur moi et je suis ravie d’avoir persévéré dans ma lecture.

D’autres avis : Dragon galactiqueNevertwhereAu pays des cave trolls – vous ?

D’autres romans de l’autrice chroniqués sur le blog : Les griffes et les crocs

Informations éditoriales :
Ou ce que vous voudrez de Jo Walton. Traduction par Florence Dolisi. Publié en français par Denoël dans sa collection Lunes d’Encre. Illustration de couverture : Aurélien Police. Prix au format papier : 23 euros.

Terra Ignota #5 Peut-être les étoiles – Ada Palmer

Finir un roman n’est jamais chose aisée. Finir une saga, encore moins. Alors ne parlons même pas d’achever une saga d’une telle envergure…

Peut-être les étoiles est le cinquième tome de Terra Ignota, cinquième tome qui n’existe a priori qu’en français car il était impossible pour le Bélial de sortir le dernier volume en une fois tant il aurait été beaucoup trop en dehors de nos standards éditoriaux. Théoriquement, c’est l’Alphabet des créateurs qui comporte le titre inédit mais ne commençons pas à chicaner ni à digresser pour ne pas entrer dans le vif du sujet.

Que dire…
Chroniquer un dernier tome n’est jamais chose aisée non plus car, par essence, la chronique s’adressera aux gens qui auront lu les précédents et servira (avec un peu de chance) d’espace où discuter, échanger des impressions, des théories. Je sais que cet article sera peu consulté mais j’ai quand même envie de l’écrire pour tout un tas de raisons que j’ai déjà pu évoquer sur le blog. Ce ne sera pas vraiment une chronique, en réalité, plutôt un billet dans lequel je vous partage un instant d’émotion brut, ce que m’inspira finalement la lecture de ces derniers chapitres si denses. Un jour, dans un futur que j’espère pas trop lointain, je vais relire ces romans après en avoir lu d’autres pour mieux comprendre toutes les références qui le parsèment et qui ont pu m’échapper. Je sais que, si je suis dotée d’une longue vie, je les relirais même à plusieurs reprises tout au long de celle-ci car ma perception changera peut-être ou mon expérience de vie m’aura apporté d’autres éléments sur lesquels réfléchir. J’affirme aussi que, désormais, à la fameuse question « quel livre emporteriez-vous sur une île déserte si vous ne deviez en choisir qu’un ? » je répondrais sans hésiter : Terra Ignota (et je tricherais mais qu’importe !)

Je pense très sincèrement qu’Ada Palmer a écrit ici une saga qui s’inscrira dans la postérité au sein de l’histoire littéraire au sens large. La richesse des réflexions proposées en font un titre qui n’est pas accessible à tout le monde mais qui, pourtant, semble plus nécessaire qu’on aurait pu le croire et je trouve en cela que la postface écrite par l’autrice est très éclairante sur le sujet. Elle permet de mettre des mots sur des impressions fugaces, d’éclairer des sentiments complexes et de m’expliquer pourquoi j’ai terminé ma lecture avec une boule dans la gorge et les larmes aux yeux.

Le 25 octobre à Lille j’ai eu la chance de rencontrer Ada Palmer (et Jo Walton). On a pu échanger et discuter notamment de tout ce que le lecteur apporte à un livre, de la façon dont chaque lecteur s’en empare, le comprend, lui donne un sens propre à lui en lien avec ses expériences et sa propre culture. Terra Ignota résonne (et raisonne !) en moi non seulement parce que l’autrice exploite les œuvres du passé si chères à mon cœur, qu’elle le fait dans un contexte science-fictif mais aussi parce qu’elle y transmet son amour de la littérature au sens large et ce, à chaque ligne, à chaque choix narratif, sans se priver de rien et en osant tous les ressorts narratifs surprenants. Ce n’est pas qu’un roman, c’est une construction qu’on pourrait rapprocher d’une Merveille du Monde par sa finesse et sa richesse. Plus que la littérature, en réalité, Ada Palmer montre tout au long de Terra Ignota ce que les « mondes non-réels » (pour reprendre sa propre expression) ont à nous apprendre, de quelle manière nous pouvons apprendre d’eux et en le prouvant en opérant de judicieux parallèles avec notre actualité. Lire cette saga en 2022 n’est pas anodin. C’est même nécessaire.

Nécessaire car non seulement Ada Palmer raconte l’histoire d’un conflit mondial, de ce qui l’a précédé et des quelques cinq cents jours qu’il durera mais elle questionne aussi le(s) système(s), la Loi, les coutumes, la manière de mener une guerre, le genre, bref elle questionne l’Humanité par le regard de Mycroft Canner, à la fois narrateur, historien, acteur et même monstre dans tout ce que ce terme a de beau et de complexe. Par le regard aussi, parfois, du 9e Anonyme quand Mycroft fait défaut. Il y a l’histoire en elle-même, celle de ce que la présence et l’existence de J.E.D.D. Maçon implique pour l’humanité, celle de ces Ruches qui s’opposent parce qu’elles prônent une organisation des buts à atteindre au mieux différente, celle de la conquête possible des étoiles, d’un premier contact, les tours et détours d’un conflit mondial, mais ce n’est pas qu’un récit de guerre. C’est bien plus que cela.

J’ai envie de terminer ce bref billet en citant un extrait de la postface traduite par Erwann Perchoc et écrite par Ada Palmer elle-même. Cet extrait résume l’idée centrale qui traverse tout Terra Ignota et se suffit à lui-même. S’il ne vous transperce pas le cœur, alors peut-être n’êtes vous pas la cible adéquate pour ce roman. Mais si, comme moi, ces mots résonnent en vous alors armez-vous de courage et plongez vous dans l’histoire narrée par cette autrice qui, s’il y a un peu de justice dans ce monde, gagnera l’immortalité dans la mémoire collective pour son esprit si brillant : « Ce que j’ai choisi d’écrire est (…) un futur imparfaitement bon dans lequel, comme notre présent imparfaitement bon, les groupes que l’État et les infrastructures sont censés servir se montrent heureux ; vivre une vie à peu près correcte rend très difficile d’entendre les voix qui disent : non, ce monde a des défauts, il doit changer, nous devons perturber cette vie à peu près correcte, que ce soit pour libérer les opprimés ou pour protéger la planète. »

Je remercie Erwann et le Bélial pour ce service presse.

D’autres avisL’épaule d’Orion – Gromovar – OutrelivresLe syndrome QuicksonLe dragon galactique – vous ?

Ma chronique sur les autres volumes : Trop semblable à l’éclair (tome 1), Sept Reddition (tome 2) et La volonté de se battre (tome 3), L’Alphabet des Créateurs (tome 4)

INFORMATIONS ÉDITORIALES :
Peut-être les Étoiles (TERRA IGNOTA #5, PREMIÈRE PARTIE DE « PERHAPS THE STARS ») PAR ADA PALMER. TRADUCTION : MICHELLE CHARRIER. ILLUSTRATION DE COUVERTURE : AMIR ZAND. ÉDITEUR : LE BÉLIAL. PRIX : 24,90 EUROS AU FORMAT PAPIER, 11.99 EUROS AU FORMAT NUMÉRIQUE.

Les abandons de l’Ombre : Summerland, Unity et Ymir.

Voilà un moment que j’hésitais à lancer ce format d’article, surtout que les abandons s’enchaînent cette année. Je n’ai pas toujours envie d’évoquer tous les textes que j’abandonne et ce pour diverses raisons mais les cas présentés ici sont particuliers. Déjà, il s’agit de service presse alors si on prend le temps de me les envoyer -sous divers formats- je peux bien prendre le temps d’écrire un mot à leur sujet. Surtout quand, objectivement, ce sont de bons livres dont le seul tord est de ne pas correspondre à mes goûts de lecture.

Je me propose donc d’aborder chaque texte séparément puis de tirer un constat général. Après chaque court retour, je vous référencerais d’autres chroniques qui offre un regard différent du mien sur ces romans, afin de vous permettre d’accéder à davantage d’avis.


L’histoire se déroule en 1938 au sein d’une uchronie où le point de divergence se situe après la Première Guerre Mondiale, notamment dans les vainqueurs qui redessinent le paysage politique. On a d’un côté la Grande-Bretagne et de l’autre la Russie qui, comme de juste, continuent de se méfier l’un de l’autre. Ce n’est pas la seule chose qui a changé car côté anglais, on a découvert Summerland à savoir l’endroit où on se rend après la mort. Il est donc possible désormais de discuter avec des gens décédés et toute la société s’est construite autour d’un système de ticket à avoir au moment de son décès pour ne pas se perdre. Le concept est très pointu et intéressant. Hélas, passé la découverte initiale, ça devient vite ennuyeux à mon goût.

C’est la chronique d’Apophis qui avait attiré mon attention sur ce roman et donné envie d’essayer, ce qui est assez paradoxal puisque les éléments qui m’ont finalement poussé à abandonner ont tous été détaillés dans son retour très complet. Ce qui, pour lui, étaient des qualités ont, pour moi, été source d’ennui ce qui rappelle aussi qu’il peut être intéressant et même important de parler d’une lecture décevante puisque cela pourrait donner envie à d’autres personnes de lire le livre en question. Ce qui nous déplait peut séduire d’autres lecteurs et vice versa.

Histoire d’être un peu plus claire : je suis intellectuellement capable de reconnaître la qualité de l’univers qui a été construit ainsi que son ambition mais je ne suis pas parvenue à m’intéresser aux personnages qui ont plus une fonction qu’une âme, ce qui est un gros handicap pour moi qui ne peut pas me contenter d’une bonne idée, surtout pas sur un format long. De plus, l’intrigue type espionnage dans les années 30 n’est pas ce que je préfère, même au sein d’une uchronie, sans que je puisse vraiment donner une raison recevable à ça autre que : les goûts et les couleurs. La mise en scène du sexisme propre à l’époque sert à le dénoncer mais ça ne suffit pas pour relever mon intérêt.

Il paraît que le livre s’épanouit dans son dernier tiers sauf que je suis assez lassée de devoir me taper deux tiers d’un livre ennuyeux pour enfin arriver à quelque chose d’excitant. Ce n’est pas le type de construction narrative qui me convient, j’ai donc décidé de ne pas poursuivre la découverte.

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Unity est un roman cyber-punk / thriller / post-apo / sûrement d’autres genres que j’oublie. L’humanité vit en partie sous l’océan, dans des cités bulles qui sont sous le contrôle d’une puissance totalitaire. Pourquoi vivre sous l’eau ? Parce que sur la terre, c’est bien foireux et il ne reste pas grand chose hormis du désert -ce qui n’empêche pas les gens d’essayer d’y survivre. Dans ce contexte, on rencontre Danaë, une femme pas comme les autres qui s’avère rapidement être plus qu’une humaine : elle porte en elle une sorte de conscience collective dont on ne savait pas grand chose au moment où j’ai arrêté ma lecture.

Encore un roman repéré chez Apophis (décidément on n’est plus sur la même longueur d’onde en ce moment) que j’ai reçu un peu par hasard en demandant les sorties de la rentrée littéraire chez AMI (j’entendais par là Marguerite Imbert et Émilie Querbalec). Comme il a été envoyé avec les autres fichiers, j’y ai quand même jeté un œil et ce qui m’a perdue ici, c’est l’absence de contexte clair. Il y a bien trop d’informations, données trop vites et trop mélangées. J’ai eu le sentiment que l’autrice avait une check-list de thèmes et de concepts qu’elle voulait absolument aborder et qu’elle avait peur d’en oublier si elle ne s’y mettait pas directement. On se retrouve balancé au milieu de l’intrigue sans avoir les bases de l’univers ce qui implique un vocabulaire spécifique qui ne renvoie à rien pour la lectrice novice en SF que je suis, ce que j’ai un temps mis de côté pour essayer de me plonger dans l’intrigue sauf que celle-ci prend la forme d’une sorte de course poursuite. Quelqu’un veut tuer le personnage principal, qui elle veut s’enfuir d’une cité sous-marine pour ne pas mourir, c’est un trope qui m’ennuie au plus haut point parce que c’est rare de croiser un·e auteur·ice qui maîtrise la tension narrative.

Pour ne rien arranger, je n’ai pas accroché au personnage de Danaë, je trouvais Alexeï plus intéressant mais cela n’a pas suffit pour me donner envie de continuer à tourner les pages. Enfin, l’ambiance « régime totalitaire et complot global » me hérisse depuis quelques mois, je ne le gère plus bien du tout. Sans doute l’écho avec notre réalité, notre quotidien. J’ai envie d’un autre genre de lecture.

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Yorick est un mercenaire qui a quitté Ymir, sa planète natale, bien des années plus tôt en jurant de ne plus jamais y remettre les pieds. Le problème, c’est que son employeur se moque pas mal de ses états d’âme et le détourne durant sa stase pour l’envoyer chasser le grendel -un genre de monstre cybernétique. À cette traque va se mêler des échos du passé de Yorick et notamment le retour de son frère, qui lui a arraché la mâchoire bien des années plus tôt.

J’ai déjà parlé plus d’une fois de Rich Larson sur le blog, que ce soit pour l’excellent recueil La fabrique des lendemains ou pour ses nouvelles parues dans le Bifrost. De mémoire, je n’avais pas encore été déçue par l’auteur et il fallait bien que ça arrive un jour. C’est juste dommage que ce soit avec son premier roman…

J’ai décidé d’arrêter ma lecture à la moitié pour plusieurs choses : déjà, à nouveau, l’ambiance. On est sur une planète inhospitalière, on évolue dans des bas-fonds crasseux, il y a une méga entreprise hyper totalitaire, c’est très sombre, oppressant, ça ne correspond pas du tout à ce que j’ai envie / besoin de lire pour le moment.

Pourtant, j’ai persévéré parce que je connaissais déjà le travail de l’auteur et que j’avais confiance. Je me disais qu’il méritait bien que je m’accroche un peu, que je lui laisse le bénéfice du doute. Hélas, j’ai rapidement eu l’impression que l’histoire racontée aurait pu aisément tenir dans une novella et que le roman souffrait de longueurs, de digressions, sans parler des flashbacks nébuleux mélangés à des trips de drogue qui n’aident pas à s’accrocher malgré la brièveté de ses chapitres parfois longs de deux ou trois pages seulement. Ce dernier point a été relevé comme négatif par d’autres mais c’est quelque chose que j’ai apprécié et qui m’a d’ailleurs poussé à aller aussi loin dans ma lecture.

Autre élément en faveur du roman : le personnage de Yorick et la mise en scène de ses pulsions autodestructrices. C’est quelque chose qui m’accroche bien en général sauf qu’ici, ça manquait d’âme par moment, de sentiments, de densité, comme si l’auteur n’arrivait pas bien à jongler entre son univers, son intrigue et son protagoniste au point de me perdre en route car mon intérêt pour Yorick n’a pas suffit à éclipser mon malaise face à l’univers. Même s’il a des qualités indéniables, ce ne sont pas celles qui m’attirent dans un roman, encore moins en ce moment. Je tournais les pages sans réelle envie d’en savoir plus, ce qui a conduit à mon abandon un peu après la moitié du livre.

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Quelles conclusions en tirer ?
Depuis quelques mois, il semble évident que je ne suis plus du tout attirée par les romans étouffants, crasseux, qui mettent en scène des régimes tyranniques et la misère humaine. Peut-être (sans doute) que ça a un rapport avec l’actualité, peut-être que mes goûts évoluent simplement, mais je recherche tout autre chose dans mes lectures. Le souci, c’est que je ne sais pas quoi précisément donc je navigue en aveugle, au petit bonheur la chance.

Je suis aussi de plus en plus attirée par le format court. Ces romans ne sont pourtant pas très épais, ils font entre 350 et 450 pages ce qui est dans la norme et même dans la norme basse mais j’ai remarqué que j’éprouvais davantage d’indulgence envers une nouvelle ou une novella qui m’ennuie qu’un roman. J’ai besoin d’un certain type de construction narrative pour m’accrocher sur le long terme et surtout, de m’intéresser aux personnages. J’ai besoin qu’ils aient une âme, pas juste qu’ils servent une intrigue ou jouent les pantins dans un monde-super-bien-construit-pour-nous-en-mettre-plein-la-vue.

Je ne suis pourtant pas mécontente d’avoir essayé de les lire car même si j’ai abandonné en cours de route, l’expérience m’a appris des choses sur moi-même et permis d’affiner davantage mes critères de sélection d’un livre. Une chance que ça ait chaque fois été avec des services presses numériques (à l’exception d’Ymir qui, avec l’accord du Bélial, sera offert à la bibliothèque de mon village afin d’en faire profiter le plus grand nombre), si bien que ça n’a rien coûté à personne hormis un mail et un peu de temps.

Et vous, est-ce que vous avez abandonné un livre récemment ?

Les Flibustiers de la mer chimique – Marguerite Imbert

Tout qui me connait un peu sait qu’en d’autres circonstances, je n’aurais pas posé un regard sur ce roman parce que je ne suis pas une grande adepte du post-apo (quoi qu’on m’annonce du pirate enfin son équivalent, j’avoue que je suis un peu faible avec ça moi…). Il ne faut jamais dire jamais, d’autres ouvrages ont gagné au fil du temps leur statut d’exception mais je n’y peux rien, ce genre littéraire me déplait. Je le trouve souvent inutilement violent, défaitiste et malheureusement, de plus en plus raccord avec la réalité. Si j’ai arrêté de regarder les infos de 19h, c’est pas pour me les infliger quand j’essaie de m’évader par la lecture…

Bref, des exceptions, il y en a et le roman de Marguerite Imbert en est une belle. Qu’on se comprenne bien : c’est du post-apo. C’est sombre. Sans concession. Mais y’a pas que ça. C’est aussi complètement barjot, drôle, déjanté. L’autrice assume pleinement toutes les facettes de son livre et il en a de nombreuses.

De quoi ça parle ?
Les Flibustiers de la mer chimique propose une narration alternée à la première personne entre Ismaël et Alba. Le premier est fait prisonnier par les Flibustiers après un « accident », ce qui nous permet de découvrir l’équipage du sous-marin PK (pour Player Killer) ainsi que son… excentrique… dirons-nous… capitaine Jonathan. La seconde est une Graffeuse, une personne barrée (pour rester polie) qui dispose de vastes connaissances sur l’ancien monde que son clan se transmettait de génération en génération. Elle est emmenée à Rome pour servir la Métareine.

Il s’agit donc bien d’un roman postapocalyptique qui se déroule plusieurs dizaines d’années après une catastrophe qui a décimé une grosse partie de l’humanité. Laquelle ? On le découvre au fil du livre. À quoi ça ressemble ? Et bien les océans sont toxiques, les chiens sauvages ont pris le contrôle des terres pendant que des monstres marins se baladent dans la mer, on a un continent de plastique, des clans divers et variés qui prônent tous leur petite idéologie, des tentatives pour survivre plus ou moins heureuses… L’univers est assez riche, bien pensé, immersif et crédible. C’est dans ce décor qu’on se lance à la rencontre de nos protagonistes.

Des personnages… excentriques.
Les Flibustiers de la mer chimique roman sans concession pour l’humain et pour l’Humanité au sens large. L’autrice brosse le portrait de multiples personnages (le plus marquant restera pour moi Jonathan) pour lesquels on se prend d’affection avant d’encaisser une trahison quand on découvre leur partie sombre, dégueulasse, lâche parfois. Et on se sent coupable de continuer à les apprécier, on se sent presque sale de se chercher des excuses pour le justifier. Marguerite Imbert est cruelle avec son lectorat qu’elle met face à ses contradictions, face à sa propre lâcheté, face à ses justifications foireuses. J’apprécie de me faire ainsi malmener, d’être heurtée dans mes convictions et surtout, de suivre les mésaventures de personnages que personne (encore moins l’autrice) ne cherche à excuser. Iels sont plus d’une fois horribles, immondes, comme n’importe qui peut l’être mais ce n’est pas si courant qu’on le montre en littérature, même en littérature de l’imaginaire. Rien que pour ce terrible pragmatisme, les Flibustiers de la mer chimique est un texte à découvrir. Mais il a encore d’autres choses à offrir…

Un texte riche et intelligent.
C’est en effet un roman d’une rare intelligence non seulement par ses multiples références à la pop culture comme à l’Histoire mais aussi par sa manière de questionner notre rapport au passé et à la mémoire. À l’instar du brillant Évangile selon Myriam de Ketty Stewart, Marguerite Imbert utilise le personnage d’Alba pour réécrire partiellement (notre) Histoire, la truffant parfois de quelques erreurs, imprécisions ou tout simplement d’éléments issus de nos propres fictions pour montrer à quel point le savoir, pourtant érigé comme important, fondamental, peut être aisément faussé et relatif. Le sous-texte est aussi inspiré et sans concession que les protagonistes. J’adore ! Évidemment, l’engagement écologique saute aux yeux et est rappelé par l’intrigue plus d’une fois mais je ne peux trop m’appesantir dessus sans risquer de divulgâcher certaines surprises -ce qui serait au mieux criminel de ma part.

Enfin, pour ne rien gâcher, l’humour et les tirades mémorables sont au rendez-vous, provoquant volontiers plus d’un sourire au fil de la lecture. Pourquoi l’apocalypse devrait être quelque chose de triste ? De déprimant ? De résolument sombre ? Désenchanté ? On peut très bien réfléchir sur ce terrible « après » d’une manière crédible sans pour autant s’infliger de l’ultra-violence et des excès de tous les côtés. L’équilibre trouvé par l’autrice a su me convaincre et m’emporter au fil des pages. Pour ne rien gâcher, la fin ouverte me fait rêver, elle laisse entrevoir la possibilité d’autres aventures pendant la fin du monde mais quoi que choisisse de faire l’autrice avec son excellent matériel, je tiens déjà à la remercier pour ce grand moment de lecture.

La conclusion de l’ombre :
« Je ne crois pas que l’apocalypse soit nécessairement une chose triste. » C’est ainsi que commence les Flibustiers de la mer chimique et on peut dire que la mise en bouche tient toutes ses promesses. Dans une narration à la première personne alternée entre deux narrateurs, le lecteur suit une galerie de personnages barrés, désespérément humains, avec leurs excès et leurs faiblesses dépeints d’une bien habile et savoureuse manière. Le texte, riche de réflexions sur la crise écologique, la mémoire historique et la postérité, nous rappelle qu’un roman engagé n’est pas forcément lourd ni désespéré et que même s’il ne reste plus d’espoir, ce n’est pas une raison pour se laisser abattre. Je suis plus que convaincue par la première incursion de Marguerite Imbert dans les genres de l’imaginaire et je vais suivre avec attention la suite de sa carrière.

Je remercie Gilles Dumay et les éditions Albin Michel Imaginaire pour ce service presse numérique.

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Informations éditoriales :
Les Flibustiers de la mer chimique par Marguerite Imbert. Éditeur : Albin Michel Imaginaire. Illustration de couverture : Sparth. Prix au format papier : 22,9 euros.

Pax Automata – Ariel Holzl

Pax Automata est le nouveau roman de l’auteur français Ariel Holzl dont je vous ai déjà plus d’une fois parlé sur le blog. Celui-ci sort officiellement le 19 octobre presque dans le plus grand secret puisque j’ai l’impression que personne n’en parle nulle part à l’heure où j’écris ces lignes (soit dix jours avant la date) Cela pose tout de même question vu la taille de la maison d’édition et la notoriété de l’auteur qui n’est plus à présenter… Vite, réparons cette injustice !

Un objet livre soigné et très abordable.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble opportun de souligner un élément par rapport à l’objet en lui-même. Comme toujours à l’école des loisirs, la couverture est soignée et j’ai apprécié les éléments métallisés type brillant sur toutes les surfaces normalement réfléchissantes. L’intérieur comporte aussi des illustrations, parfois dans le texte, parfois entre deux chapitres. On y trouve en vrac des dessins mais aussi des articles de journaux ou des publicités internes à la diégèse qui permettent à l’auteur d’évoquer un élément utile de l’univers sans alourdir sa narration par des explications. C’est un procédé dont certain·es devraient s’inspirer…

Et tout ceci, on le trouve en librairie au prix de 17 euros seulement. À l’heure où tous les éditeurs, surtout les plus gros, augmentent dramatiquement leurs tarifs en raison de la crise du papier -même pour des romans qui ne sont pas des traductions- ça laisse un peu d’espoir et ça montre surtout qu’il est possible de fonctionner de cette manière sans pénaliser le lecteur. C’est d’autant plus important quand on s’adresse à un public jeunesse / adolescent. Du coup, bravo et merci l’école des loisirs.

Entrons à présent dans le vif du sujet…

De quoi ça parle ?
Philémon de Fernay est élève à Saint-Cyr où il apprend à devenir pilote pour l’armée. Lors de l’inauguration de l’exposition universelle, il va avoir un grave accident d’aéronef au cours duquel il découvrira le corps d’un enfant automate qui ressemble à s’y méprendre à un humain… ce que personne n’a jamais vu et ce qui est contraire à la Pax Automata. L’Empire serait-il en danger ?

Un univers d’inspiration steampunk soigné.
Attention, précision : je parle de steampunk mais la source d’énergie exploitée n’est pas celle de la vapeur, il s’agit plutôt d’un minerai de cobalt si j’ai bonne mémoire. Ainsi, je devrais sans doute parler de cobaltpunk pour que le Grand Serpent ne me foudroie pas sur place pour une erreur taxonomique mais j’ai bien conscience que le terme « steampunk » est plus évocateur dans l’imaginaire collectif. Donc… Voilà.

Il n’est plus à prouver qu’Ariel Holzl est un créateur d’univers. Son esprit semble fourmiller d’idées originales qu’il couche sur papier avec un souci du détail qu’on ne peut qu’apprécier. Il part ici dans un Paris du 19e siècle uchronique puisque nous sommes en 1889 sous le règne de l’Empereur Napoléon III qui a gagné la bataille de Sedan. Une technologie s’est développée qui permet l’existence d’automates mais bien loin de ce à quoi nous sommes habitués puisque ceux-ci sont cantonnés aux tâches basiques et fonctionnent avec des cartes trouées qui, selon leur assemblage, permet d’ordonner telle ou telle tâche simple comme nettoyer, faire le café, plier le linge, etc. Ces automates ont interdiction formelle de ressembler à un être humain, le doute ne doit pas être permis et c’est bien pour ça que la découverte de Philémon pose un si grand problème…

La Pax Automata comporte donc trois lois : il est interdit d’utiliser des automates durant les conflits armés, il est interdit de construire un automate qui ressemble à un humain et tout automate doit disposer de papiers officiels d’identification, sans quoi il sera immédiatement détruit. Si le lecteur aguerri en science-fiction relèvera le même nombre de lois que celles d’Asimov, il notera aussi une certaine différence entre les deux concepts surtout au niveau de la ressemblance avec les humains. Dans cet univers, les automates ne sont que des objets, du moins… à première vue car l’existence du garçon automate, qui semble doté d’une technologie bien plus avancée, pose question. Ne disposerait-il pas, par hasard, d’une forme de conscience ? Je ne peux m’empêcher d’y voir un habile parallèle avec notre société ainsi qu’une réflexion très anthropocentrée : est-ce qu’on ne peut prêter ou imaginer une conscience à quelque chose si ce quelque chose n’a pas une apparence humaine ?

Outre tous les éléments déjà évoqués, Ariel Holzl réécrit une partie de l’Histoire française comme anglaise, invente un nouveau sport, adapte des moyens de transports, repense les grands travaux de Paris… Bref, il met un soin tout particulier à rendre son univers crédible et cela fonctionne très bien.

Un bon divertissement mais…
Pax Automata « fait le job ». On sent que l’auteur accumule déjà une certaine expérience. Les personnages sont sympathiques à défaut d’être inoubliables ou marquants, l’intrigue est simple, presque linéaire mais ne manque pas de rythme, on a tous les ingrédients pour passer un bon moment de lecture, pour se divertir.

Le souci c’est qu’Ariel Holzl a habitué son lectorat (moi, en fait, on va arrêter de faire croire que je porte la parole de tout le monde) a davantage et il m’a manqué ici la petite touche de folie sombre qu’on retrouve dans les Sœurs Carmines ou, plus récemment, dans La princesse sans visage et même d’une certaine façon dans Fingus Malister. J’ai conscience que le public n’est pas le même et qu’un auteur ne peut pas toujours écrire « la même chose » mais c’est, sur un plan personnel, ce que je préfère chez lui et la raison pour laquelle j’achète tous ses romans sans même lire le résumé. Je ressors donc avec un goût de trop peu bien que rien ne soit à jeter dans ce texte, ni les idées ni la fin ouverte qui permettrait éventuellement de revenir au sein de cet univers si le cœur en dit à l’auteur. Suspens !

La conclusion de l’ombre :
Pax Automata est un roman a priori tome unique mais dont la fin est ouverte, d’inspiration steampunk. Il prend place à Paris, à la toute fin du 19e siècle et propose de suivre le jeune Philémon qui cherchera à venir en aide à un enfant automate dont l’existence même contrevient à toutes les lois de l’Empire. L’univers créé est soigné et crédible, les personnages sympathiques et l’intrigue efficace. C’est un chouette divertissement parfaitement recommandable, surtout pour son public cible.

Mes autres chroniques des œuvres de l’auteur : Les Sœurs Carmines (1 – 2 – 3), Fingus Mallister (1 – 2BpocalypseLes Lames VivesTemps morts – Les Royaumes Immobiles (1 – …)

D’autres avis : Les blablas de Tachan – vous ?

S4F3 : 20e lecture.
Informations éditoriales :
Pax Automata par Ariel Holzl. Éditeur : l’école des loisirs. Illustration de couverture : Léonard Dupond. Prix : 17 euros au format papier.

La Maison des Jeux #2 le Voleur – Claire North

En avril de cette même année, je vous parlais du premier tome de la Maison des Jeux intitulé « le Serpent » et se déroulant à Venise en 1610. Ç’avait été un coup de cœur doté d’une écriture musicale, d’un contexte original et d’une ville si bien décrite qu’elle en prenait vie sous mes yeux. Est-ce que la suite s’inscrit dans la même lignée ? Voyons cela…

De quoi ça parle ?
Remy Burke est joueur de la Haute-Loge depuis un certain nombre d’années et n’aurait pas dû se laisser avoir aussi bêtement par Abhik Lee qui parvint à le saouler avant de lui faire accepter une partie de cache-cache. L’enjeu ? Rien de moins que ses souvenirs… Or, si Remy est un bon joueur, Abhik est connu pour être redoutable. Quand la partie se lance, Remy sent vite un déséquilibre dans les excellentes cartes reçues par son adversaire et commence à se demander si quelqu’un de plus haut placé, de plus influent, ne chercherait pas à se débarrasser de lui.

Autre époque, autre ambiance.
Cette suite, qui se passe en 1938 à Bangkok, a perdu la musicalité qui m’avait tant séduite dans le Serpent sans pour autant être inintéressante ni même décevante. Autre époque, autre ambiance, tout simplement. Et autre personnage aussi car si Remy n’a pas le charisme d’une Thene et que j’ai crains de suivre un protagoniste fade, je me suis vite prise d’empathie pour lui. La finesse de sa psychologie rappelle que Claire North est une autrice à suivre car elle ne laisse rien au hasard.

Rien et pas même son décor. Les paysages sont saisissants de réalisme, je n’ai eu aucun mal à me sentir transportée dans cette contrée où je n’ai pourtant jamais posé un pied. Elle ne partait pas gagnante car je peine à m’intéresser à tout ce qui se passe après le 19e siècle, encore plus lorsque l’intrigue semble centrée sur rien de moins qu’une course poursuite… Ce qui a tendance à me lasser.

Mais la magie a opéré.

Sur un plan personnel, il semble évident pour tout qui me connaissant un minimum que j’ai plus d’affinités avec Venise qu’avec la Thaïlande et donc que je continue de préférer le Serpent au Voleur. Pourtant, l’intrigue du Voleur gagne en ampleur. L’autrice réalise l’exploit de proposer une histoire indépendante tout en ramenant d’anciens personnages par un clin d’œil et en renforçant les enjeux autour de cette mystérieuse Maison des Jeux. Ainsi, des liens se créent et on sent se dessiner un dénouement plus qui ne manquera probablement pas d’envergure, tout en ayant l’histoire de Remy terminée sur ces 150 pages.

La conclusion de l’ombre :
Contrairement à ce que je craignais en lisant la quatrième de couverture par rapport à mes goûts personnels, le Voleur a été une très bonne lecture où l’autrice confirme son talent non seulement à poser un décor plus vrai que nature, à imaginer un personnage intéressant à suivre et à tisser une intrigue qui se révèle bien plus complexe que de prime abord. Je n’ai qu’une hâte : lire le troisième et dernier volume de la Maison des Jeux pour découvrir ce qu’elle nous réserve…

Je remercie le Bélial pour ce service presse.

D’autres avis : L’épaule d’OrionOutrelivresGromovarAu pays des cave trolls – vous ?

S4F3 : 19e lecture.
Informations éditoriales :
La Maisons des Jeux, tome 2 : le Voleur par Claire North. Traduction par Michel Pagel. Éditeur : le Bélial. Illustration de couverture : Aurélien Police. Prix : 10,9 euros.