À l’ombre du Japon #22 { Kingdom of knowledge #1 ; Shikabana #1 ; Nosferatu #1 }

Bonjour à tous et à toutes !

On se retrouve pour un nouveau rendez-vous manga avec trois premiers tomes de séries qui sont sortis récemment et qui ont titillé mon intérêt. Malheureusement, comme vous allez le constater, ça n’a pas vraiment été une réussite…

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Fei est un gnome, il vit dans la bibliothèque de l’Empire avec son peuple car ils sont les seuls à pouvoir lire d’anciens manuscrits qui renferment d’immenses savoirs. Ils ont des milliers de volumes à traduire et ne pourront voir le monde extérieur qu’une fois ce travail achevé. C’est chose faite huit ans après le début du manga, sauf que ça sonne la fin des leurs, les humains refusant que leurs secrets soient répandus partout. Fei est le seul à en réchapper et il jure de se venger…

Ce manga est une nouveauté récente parue chez Kana dans sa collection Dark Kana. L’éditeur présente ce titre comme de la dark et de la tactical fantasy, autant dire que j’étais impatiente de le découvrir sauf que… Selon moi, le terme dark fantasy est très mal employé ici et ce serait super qu’on arrête de mettre dans ce sous-genre toute œuvre où on voit du sang et des morts. La dark fantasy, c’est plus que ça. C’est une idéologie d’ensemble qu’on ne ressent absolument pas sur ce premier volume trop classique à mon goût que ce soit sur son idée ou sur sa mise en place. Quant à l’aspect tactique, on ne peut nier sa présence puisque le héros utilise ses connaissances théoriques acquises dans des livres pour vaincre des ennemis toutefois j’ai trouvé que le (la ?) mangaka l’amenait d’une manière plutôt grossière. Tout va trop vite et paradoxalement, c’est long… Du coup, flop pour moi mais si vous êtes moins à cheval que moi sur les terminologies et les attentes générées par un tel titre, alors n’hésitez pas.

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Kyoto, de nos jours. Tsuyu vit avec Mizore, sa copine depuis le lycée et ne sait pas trop où il va dans la vie. Un soir, Mizore subit un accident de la route. Tuée sur le coup, ce nouveau malheur affecte Tsuyu qui se raccroche à une mystérieuse lettre laissée par Mizore qui le supplie de ne pas brûler son cadavre car un miracle pourrait se produire.

En guise de miracle, c’est plutôt un cauchemar. Ce premier tome se révèle très introductif mais c’est logique puisqu’il y a beaucoup à dire. En général, ça m’agace toutefois ici, ce n’est pas trop mal fait et ça s’incorpore plus ou moins bien dans le manga bien qu’il y ait un petit côté « explication à la Rukia » (les fans de Bleach comprendront) qui m’a fait tiquer. Pourtant, Kei Monri prend son temps pour poser la relation entre Tsuyu et Mizore, afin que le lecteur ne reste pas indifférent aux malheurs du garçon. Il y a un côté très tragique et sombre à ce titre qui m’a vraiment plu et qu’on ressent dés la couverture. Les soucis que j’ai rencontré avec Shikabana arrivent après, quand on découvre le concept de kuroe et qu’on apprend que ces créatures utilisent les cadavres comme vaisseau pour se développer avant de naître. Il existe (évidemment) une section plus ou moins secrète de la police qui les traque, groupe que va rejoindre Tsuyu dans l’espoir de sauver Mizore. Évidemment, Tsuyu n’est pas sorti indemne de sa rencontre avec le kuroe qui habite le corps de sa copine et développe des pouvoirs qui font tomber ce titre tête la première dans le horror-body.

Vous le sentez, cet aspect hyper classique et ce schéma convenu ? D’autant que la section élimine les kuroes, les tue quoi. Tsuyu se rend alors bien compte qu’il a commis une erreur en les rejoignant mais il reste quand même avec eux pour… Quoi ? Je n’ai pas bien saisi. Si les différents éléments de fond sont intéressants, la manière dont l’histoire est présentée sur ce premier tome est trop vue et revue à mon goût. Toutefois, je suis certaine qu’il ravira les adeptes d’horror body vu la qualité du chara-design et surtout, les lecteurs moins lassés que moi ! D’autant que la série est achevée en trois tomes et que c’est la première de ce duo d’auteurs donc… Pourquoi pas ?

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Je vais être sincère : j’ai acheté ce manga uniquement pour sa couverture magnifique en lisant à peine le résumé qui, pourtant, parle bien d’une femme amnésique (soit un des ressors narratifs que je déteste le plus au monde) ainsi que de créatures sanguinaires dans une époque qui ressemble un peu au Moyen-Âge… Vu, vu et revu, classique quand tu nous tiens. Toutefois, j’ai cédé à l’appel du chara-design et si ce titre est effectivement beau graphiquement, il ne contient rien de renversant en terme de concept ou d’intrigue, allant même jusqu’à récupérer grossièrement le mythe qui entoure la famille Bathory. Tous les poncifs du genre sont représentés : la belle femme amnésique qui se rappelle pourtant comment se battre avec son épée et ce, à la perfection, le jeune garçon innocent qui va partir avec elle à l’aventure, une gentille héritière qui se fait abuser par ses serviteurs et qui est mise de côté dans le remariage de son père, une église qui monte une troupe d’élite pour affronter les Nosferatu qui avaient disparu mais en fait non… et je suis trop lassée de ceux-ci pour aller voir au-delà de ce premier volume que j’ai pourtant apprécié lire, sans hélas ressentir l’étincelle qui me donne envie de continuer.

Et voilà, c’est déjà terminé ! J’ai conscience de passer pour une emmerdeuse aigrie via ces brefs retours mais si j’ai choisi de vous parler de ces mangas malgré mon sentiment tout personnel c’est parce que je pense sincèrement qu’ils peuvent plaire à un autre public que moi car ils ne sont pas dénués de qualité, autant sur un plan graphique que conceptuel. Ils ne me conviennent juste pas. Heureusement, sur les quatre nouveautés il y en a une qui a su me plaire et à laquelle je vais consacrer un article plus long très bientôt.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

La Croisade éternelle #2 la Prêtresse guerrière – Victor Fleury

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La Prêtresse guerrière
est le second tome (mais pas le dernier !) de la Croisade éternelle, une saga de fantasy écrite par l’auteur français Victor Fleury. Publié chez Bragelonne, vous trouverez ce tome au prix de 22 euros partout en librairie.
Je remercie l’auteur ainsi que les éditions Bragelonne pour ce service presse.

Avant-propos.
Comme il s’agit d’une suite et que le premier tome s’achève sur un retournement de situation aussi choquant qu’imprévu, cette chronique risque fort de contenir des éléments d’intrigue et donc de vous divulgâcher du contenu. J’ai eu beau essayer, je n’ai pas pu faire autrement histoire d’écrire un retour avec un peu de corps. Je vous invite donc à reporter votre lecture de ce billet à plus tard si vous ne voulez que rien ne vous soit dévoilé.

Toutefois, si cette saga vous intéresse, je vous invite à découvrir ma chronique du premier tome.

J’en profite également pour rappeler qu’un an et demi s’est écoulé entre ma lecture du premier tome et du second. Ce n’est pas un reproche envers l’éditeur ou même l’auteur toutefois mes envies et mes goûts de lecture ont évolué sur cette période et ce d’une manière assez affolante. Vous allez probablement avoir le sentiment que j’ai moins aimé ce tome et je pense que c’est le cas, toutefois c’est lié à un ressenti tout personnel et non à la qualité intrinsèque du travail de Victor Fleury.

/!\ LE DIVULGÂCHAGE COMMENCE ICI /!\

De quoi ça parle?
Nisaba est perdue dans les confins de l’Empire après tous les évènements du tome 1 et aimerait bien retourner à la capitale pour retrouver son fils, Haddon. Malheureusement, elle est supposée mourir pour accompagner son Maître dans l’au-delà et en plus, tout le monde se tape dessus autour d’elle quand iels n’essaient pas de la manipuler. Pour ne rien arranger, son fils a quitté la capitale depuis un bail sauf qu’elle l’ignore. Entre temps, la Princesse-Prêtresse a décidé qu’il ferait un parfait oblat et l’a entrainé dans tous ses problèmes.

Deux voix au lieu d’une.
De mémoire, le premier tome tournait quasi exclusivement autour de Nisaba et le lecteur suivait l’intrigue à travers des chapitres rédigés, certes, à la troisième personne mais de son point de vue à elle. Nisaba avait réussi à me toucher dans le premier volume pour diverses raisons. C’est une femme qui essaie de se dépatouiller avec ses choix et ses problèmes. Elle commet des erreurs, les assume, essaie de les réparer mais chaque fois qu’elle s’approche un peu plus de ce qu’elle désire (tout simplement vivre avec son fils donc rien d’extravagant…) un évènement cruel lui tombe dessus. Le sort s’acharne. Pour ne rien arranger, son destin était lié à celui d’Akurgal alias le gars typique qui, sous prétexte de l’aimer, lui infligeait le pire. Leur relation toxique m’avait fascinée, je la trouvais très bien exploitée et sans que l’auteur tombe dans le travers de la normalisation. Même quand Nisaba a des remords ou des regrets, elle a conscience que ses propres sentiments sont anormaux. L’évènement qui arrive à la toute fin du premier tome, à savoir le suicide d’Akurgal, est profondément choquant et initie un changement chez Nisaba, changement dont j’attendais beaucoup. En tant que lecteur, on en vient à espérer qu’elle réussira enfin à s’émanciper mais c’est sans compter toute la floppée de personnalités plus ou moins divines qui semblent lui courir derrière pour une raison relativement obscure…

Si Nisaba me plaisait beaucoup dans le premier tome, je l’ai ici trouvé assez énervante pour deux raisons. Déjà, elle cherche à retrouver son fils sans jamais remettre en question les informations reçues de la part de sources pourtant peu fiables. Elle manque donc cruellement de jugeote et la plupart de ses choix, elle les prend dans le prisme de ce savoir inexact. Du coup, en tant que lecteur, on assiste à ses plantages avec un intense sentiment de frustration. Ensuite, quand elle rejoint le culte de la Buveuse, elle doit à la déesse trois sacrifices qu’elle rechigne de faire alors qu’ils lui permettraient de se libérer, liberté qu’elle recherche avec ardeur, pour rappel. On peut donc s’étonner que la déesse en question se montre miséricordieuse et l’aide quand même… J’ai été assez gênée par cet aspect que je trouvais incompatible avec la manière dont la déesse concernée était décrite. D’autant plus en arrivant à la toute fin, j’ai eu un sentiment de « tout ça pour ça » ? Je me demande ce que ça impliquera par la suite.

J’ai parlé de deux voix. Ici, Victor Fleury choisit de laisser une place importante au personnage de Haddon, fils caché de Nisaba (lui-même ignore l’identité de sa mère), infecté par les Tréfonds et un des personnages les plus naïfs de la création. Je ne dis pas qu’il n’a aucune raison de se comporter comme il le fait (au contraire même) toutefois je l’ai trouvé extrêmement agaçant pendant tout le roman, sans parvenir à ressentir d’empathie pour lui ou ses mésaventures. Une vraie girouette qui pleurniche et n’assume rien… Un gosse quoi ou pas loin, sauf qu’il sort de l’adolescence du coup j’ai un peu de mal à lui passer ses trop nombreuses faiblesses de caractère ou le fait qu’il accepte un peu plein d’actes horribles de la part la Princesse-Prêtresse… parce ce qu’elle couche avec lui. J’ai trouvé cet aspect assez réducteur pour l’un comme pour l’autre.

Pour autant, les évènements racontés par le biais du jeune homme ne manquent pas d’intérêt et permettent de développer encore davantage une intrigue déjà complexe et riche. Ils sont donc nécessaires et je suis certaine que le personnage de Haddon séduira plus d’un.e lecteurice.

Les dieux, ces grands enfants.
Dans ce monde inspiré de l’ancienne Mésopotamie, Victor Fleury a développé tout un panthéon qui se divise dans un premier temps entre Enlê, à savoir l’avatar bon et lumineux et Aloq, le gars qu’on surnomme le Pourrissant donc vous imaginez bien qu’il n’inspire pas beaucoup de sympathie. Plusieurs divinités mineures apparaissent également comme Anka, divinité des eaux que Nisaba a particulièrement contrarié (en même temps quelle idée de ne pas se laisser violer comme ça aussi… #ironie) dans le tome 1 ou encore la Buveuse qui prend une certaine place au sein de ce tome grâce à la présence des Sœurs de Sang au sein des tribus montagnardes. Ainsi, l’auteur continue de développer un univers déjà solide et très riche dont il ne posait finalement que les bases dans le premier tome. En matière de world-building, je le trouve particulièrement intéressant d’autant que l’auteur ne tombe pas dans le manichéisme. Que ce soit Enlê ou Aloq, aucun n’est un enfant de chœur bien qu’on ne cerne pas encore exactement tous les enjeux de leur conflit et de leurs « interventions » auprès des mortels même si ces éléments prennent un nouvel éclairage grâce aux cent dernières pages qui apportent énormément d’informations. 

Baston !
Vous le savez, j’aime beaucoup lire de la fantasy avec de bons combats ou de la SF militaire parce que je suis sensible à cet aspect armé, affrontement. Dans ce second tome, j’ai été servie et peut-être même un peu trop servie… Les affrontements s’enchainent et se déchainent, Nisaba change de camps aussi vite que de pagne et prend des décisions franchement très discutables en laissant vivre des gens qui devraient juste disparaître du tableau pour lui faciliter la vie. Par moment, j’ai eu un peu l’impression que son choix d’épargner un tel ou un tel autre permettait juste à l’auteur de se resservir du personnage plus tard, au moment opportun. Les ressors me sont apparus assez clairement à plus d’une reprise, ce que j’ai trouvé dommage. Quant à certains, ils survivent via des miracles qui en deviennent lassant à force de se répéter. Je pense notamment à Damiq… À un moment, lâcher prise, c’est bien aussi.

Ces combats ont beau être discutables sur le fond, on ne peut pas nier que l’auteur en maîtrise bien l’écriture en accompagnant son lecteur dans la représentation mentale de ces scènes qui, à défaut d’être toujours utiles, sont plutôt bien foutues. Victor Fleury possède cette écriture graphique, un peu magique, qui stimule l’imagination et rend son lecteur accro. J’ai beaucoup aimé cet aspect.

Un page-turner efficace.
À ce stade, vous êtes probablement surpris par ma chronique et vous vous demandez pourquoi j’évoque le roman en détaillant autant de points négatifs. Ce n’est pas de l’acharnement gratuit, d’autant que j’apprécie beaucoup l’auteur sur un plan personnel. Toutefois, il me semble important d’évoquer les éléments qui en sont venus à me déranger tout en soulignant qu’ils tiennent davantage d’une affaire de goût plutôt que de qualité intrinsèque du roman. D’autant que je persiste à qualifier ce roman de page-turner efficace puisque je l’ai lu en deux jours à peine alors qu’il fait 450 pages…

Les pages en question se tournaient sans que je m’en aperçoive. Les évènements s’enchaînaient et donnaient envie d’aller voir plus loin, de découvrir comment va se présenter la suite, et ce même quand le personnage concerné agace prodigieusement ou qu’on le secouerait bien un coup pour le réveiller. Cela paraît paradoxal, pourtant c’est ce que j’ai ressenti lors de ma lecture et finalement, je pense que c’est la marque d’un roman de qualité. Si, malgré ses défauts (selon mes goûts), j’ai réussi à m’y intéresser suffisamment pour avoir envie d’influer sur son déroulement… Le contrat est rempli pour l’auteur.

La conclusion de l’ombre :
Ce seconde tome de la Croisade éternelle reprend avec brio les ingrédients du premier : une fantasy à la sauce mésopotamienne, un world-building efficace qui se développe encore sans pour autant oublier l’aspect humain via des personnages qui ne laissent pas indifférents. Si j’ai, sur un plan personnel, éprouvé des difficultés avec les choix et réactions des protagonistes, cela ne m’a pas empêché de dévorer ce page-turner signé par un auteur français qui n’a plus grand chose à prouver.

D’autres avis : Pas encore mais cela ne saurait tarder !

Les miracles du bazar Namiya – Keigo Higashino

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Les miracles du bazar Namiya
est un one-shot fantastique écrit par l’auteur japonais Keigo Higashino. Publié chez Actes Sud, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 22.80 euros.

De quoi ça parle ?
2012. Après avoir commis un cambriolage, trois amis se réfugient dans un bazar abandonné, le temps d’une nuit. Là, ils découvrent une lettre vieille de 32 ans, adressée à l’ancien propriétaire qui était connu à l’époque pour apporter ses conseils sur tous les problèmes qu’on lui soumettait. Les trois hommes décident finalement d’apporter une réponse à cette lettre… et d’autres arrivent ! Toutes vont permettre de découvrir un morceau de l’histoire du fameux bazar Namiya.

Parler avec son cœur.
J’avais commencé à écrire au sujet de ce roman une chronique traditionnelle accompagnée par une sorte d’analyse sur cette idée de voyage dans le temps quejenaimepasmaisiciçapassecrème bref, vous voyez le tableau. Puis je me suis dit… Non. Juste non.

Je n’ai pas envie de m’appesantir pendant des paragraphes sur cette idée intéressante et subtile qui apporte l’élément fantastique indispensable au déroulement de l’intrigue. Je n’ai pas non plus envie de fournir une analyse sociologique de la société japonaise, de sa mentalité, des problèmes rencontrés par ceux qui demandent de l’aide au bazar ni même au concept de base qui ne peut décidément fonctionner QUE dans une société asiatique. Non. Pour lui rendre dignement hommage, je pense qu’il est nécessaire d’en parler humainement. Cette chronique sera donc plus courte et plus personnelle que d’habitude.

Parce que ce roman, il a provoqué en moi son lot d’émotions et c’est devenu assez rare pour que je le souligne. Je l’ai dévoré en deux jours, je le lisais même en marchant de la gare au boulot parce que j’avais envie de connaître la suite. Pourtant, je suis frileuse face à une thématique temporelle comme celle-là et je ne suis généralement pas très attirée par les romans dit « feel-good » (terme que j’ajoute après coup car je l’ai lu dans différentes chroniques sans que je ne le sache en amont). Mais ici, l’auteur a réussi l’exploit de me captiver grâce à ces petites tranches de vie nippones qui dépeignent les liens tissés entre différents protagonistes via ce fameux bazar. Ces histoires sont finalement les éléments les plus importants du texte, l’aspect fantastique sert surtout de prétexte pour voyager entre plusieurs époques (entre 1980 et 2012) au Japon et montrer l’évolution de ce pays sur plusieurs plans via les différents personnages. Donc, oui, il s’agit bien d’un roman choral divisé en plusieurs parties, chacune nommée par une en-tête concernant le surnom de la personne aidée.

Le texte de Keigo Higashino est plus qu’un roman avec une pointe de fantastique. C’est un texte social et surtout, un texte humain qui se concentre sur les individus, leurs vies, leurs choix, sans apporter de jugement sur ceux-ci. J’ai ressenti beaucoup de bienveillance au sein de ce texte, beaucoup de douceur aussi, le tout servi par une plume simple et directe, sans fioritures inutiles. Au fond, le concept du roman devrait s’appliquer dans notre vie de tous les jours : donner des conseils aux autres s’iels le sollicitent et le faire en prenant soin d’y réfléchir soigneusement avant. Je pense qu’on y gagnerait tous.

Malgré mon coup de cœur, je ne peux pas affirmer que ce roman est parfait ou qu’il conviendra à tout le monde. C’est aussi ce qui fait son charme. Les trois cambrioleurs sont parfois assez bruts de décoffrage, certains personnages ont d’étranges réactions aux évènements et certains enchainements temporels restent flous (volontairement ?) toutefois je n’ai aucun mal à l’oublier devant tout ce que ce roman a à offrir. D’autant que ces éléments peuvent totalement se justifier par la culture nippone de manière globale. Ainsi, ce ne sont pas des défauts en soi, plutôt des différences par rapport à nos habitudes qu’il faudra accepter pour rentrer pleinement dans ce si merveilleux texte. Je n’ai eu, pour ma part, aucun mal à m’y plier.

J’espère que vous serez nombreux/ses à tenter l’aventure du bazar Namiya.

La conclusion de l’ombre :
Les miracles du bazar Namiya est un roman fantastique / tranche de vie profondément humain. Difficile de le poser une fois entamé car la plume et l’histoire dégagent une forme de magie subtile qui rend accro à ces mots et donne envie de tourner frénétiquement les pages pour voir où Keigo Higashino va nous emmener. C’est un coup de cœur, un de mes plus gros de l’année, et je vous le recommande donc très chaudement.

D’autres avis : Chut ! Maman lit.Phooka (Bookenstock) – Sur mes brizéesYuyineLe Dragon Galactique – vous ?

Cookie Monster – Vernor Vinge

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Cookie Monster est une novella de science-fiction écrite par l’auteur américain Vernor Vinge. Publié par le Bélial dans la collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie (ou sur leur site Internet) au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Dixie Mae commence un nouveau job au service client d’une grande société très portée sur la haute technologie : LotsaTech. Lors de son premier jour, elle reçoit un message mystérieux qui lui est personnellement destiné et contient sur elle des informations que personne n’est supposé connaître. Dixie Mae se lance donc à la recherche de son émetteur…

Pour parler de ce texte correctement et en suscitant un minimum d’intérêt, ma chronique va contenir des éléments de l’intrigue. Attention donc si vous comptez la lire, vous êtes prévenu(e)s.

Les dérives de la technologie.
Le texte de Vernor Vinge commence de manière assez classique : une jeune femme enchaîne les boulots un peu pourris et se voit offrir une chance sans précédent d’entrer dans une grosse boîte. Au service client, d’accord, mais tout de même. Après six jours de formation, elle saute enfin dans le grand bain et reçoit alors un message surprenant qui lui révèle sur elle-même des secrets que personne ne peut connaître. Très agacée, Dixie Mae va mener l’enquête en suivant des indices relevés dans le message, accompagnée par l’antipathique Victor et rejointe ensuite par d’autres personnages.

La manière dont débute ce texte court m’a semblé un peu tiré par les cheveux. Dixie Mae va chercher assez loin les indices au sein du message, l’ensemble parait de prime abord un peu gros et sa réaction disproportionnée. Sur une petite centaine de pages, l’intrigue en elle-même n’est pas renversante mais le propos derrière rattrape largement cela. On se rend compte que l’homme qui les a engagé et qui leur a fait passer des tests psychologiques a réussi à mettre au point la numérisation des personnalités (et donc des compétences intellectuelles qui vont avec). Cela lui permet d’avancer à pas de géants dans ses différentes recherches puisque le temps ne s’écoule pas de la même manière dans cette réalité numérique que dans notre réalité standard. Il a commencé par numériser son doctorant le plus prometteur et a construit autour de lui une réalité virtuelle alternative qui donne à sa victime le sentiment de travailler sur un projet top secret alors que ce n’est pas du tout le cas. Le jeune homme n’a aucun souvenir de sa numérisation et se croit toujours « vivant » à l’instar de Dixie Mae. Une fois qu’il a terminé en résolvant le problème posé, il est tout simplement « reboot ». Forcément, ils vont finir par s’en rendre compte mais réussiront-ils à y changer quoi que ce soit ?

De la hard sf.
C’est donc un propos assez effrayant et une dérive qui fait froid dans le dos que propose l’auteur. Elle y trouve plusieurs applications : Dixie Mae va rencontrer un groupe d’étudiants qui corrige les copies du professeur en question et ont donc une boucle de quelques heures. Au service client, on les reboot après chaque première journée pour que leur motivation reste intacte. Et, ayant travaillé dans un service client pendant quelques mois, l’idée en elle-même fait complètement sens. Dans un autre projet classé top secret, on les reboot environ tous les trois mois. Notez que ces laps de temps ne signifient rien au fond puisqu’il s’agit d’une réalité virtuelle alternative. En temps standard, une année s’est écoulée, voir un peu plus, pour les plus anciens présents. Mais vu le nombre de reboots, ils ont pu faire avancer les recherches du professeur de plusieurs siècles. Et cet aspect-là, cette dérive-là, je n’ai eu aucun mal à y croire. Je suis même persuadée qu’on finira par la vivre un jour.

Malheureusement, si le fond est solide, la forme m’a moins convaincue d’autant que je débute en Hard SF et j’ai parfois eu l’impression d’assister à une discussion scientifique dont je ne possédais pas les clés de compréhension, surtout dans les dialogues entre les deux Ellen. Ça a été assez perturbant de me sentir mise à l’écart du texte que j’étais en train de lire. Cela ne m’a pas empêché de comprendre l’ensemble mais j’ai ressenti une certaine frustration tout de même. Soyez donc avertis avant de vous lancer dans cette novella !

La conclusion de l’ombre : 
Dans Cookie Monster, Vernor Vinge propose une réflexion pertinente et effrayante sur la problématique de la copie numérique d’un individu. Pour une novice en Hard SF, certains éléments me sont passés totalement au-dessus ce qui ne m’a pas empêché de lire cette novella d’une centaine de pages presque d’une traite et d’avoir apprécié ma découverte. Une belle pioche qui s’inscrit dans la continuité qualitative de la collection Une Heure Lumière mais qui m’a moins provoqué cet effet « wahou » lié à d’autres titres.

D’autres avis : Le culte d’ApophisLe BibliocosmeL’ours inculteAlbédoLivraisons LittérairesLes lectures du MakiXapurL’épaule d’OrionBaroona – vous ?

Maki

Les énigmes de l’aube #1 premier souffle – Thomas C. Durand

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Premier souffle
est le premier tome de la saga fantasy les énigmes de l’aube écrite par l’auteur français Thomas C. Durand. Publié chez ActuSF pour la rentrée de l’imaginaire 2020, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 19.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

De quoi ça parle ?
Anyelle a une dizaine d’années et possède un sacré don : celui de renforcer la magie des autres. Il lui faut d’urgence apprendre à le maîtriser sauf que les écoles de magie sont théoriquement interdites aux filles… Alors quand, en plus, la fille est pauvre, vous imaginez bien…

Avant-propos
Je me lançais dans cette lecture un brin à reculons et ce pour plusieurs raisons. Déjà, la couverture ne m’inspirait rien de particulier, pas plus que le titre. L’ensemble me renvoyait à un énième roman de fantasy comme il en existe tant, probablement avec une quête initiatique, une élue, une prophétie, la totale quoi. Pourtant, en lisant le résumé, j’ai été intriguée par cette seule phrase : Bonjour, c’est ici pour apprendre la magie ? Elle dégageait une candeur et un certain humour qui a titillé quelque chose en moi. J’adore ce type de roman, vous le savez, j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer notamment via le travail d’Audrey Alwett. Pourtant, j’ai toujours peur de tomber sur un.e auteurice peu subtil.e qui ne réussirait même pas à me tirer un sourire. Chance j’ai eu, ce n’est pas le cas avec ce roman !

Humour, calembours et jeux de mots.
L’élément le plus remarquable de Premier souffle, selon moi, c’est la plume de l’auteur et la façon dont il use de l’humour tout au long du texte. Cet humour se traduit par des calembours parfois subtils, des jeux de mots mais aussi des situations absurdes renforcées par la candeur d’Anyelle, ce qui me rappelle l’excellent Dolorine à l’école d’Ariel Holzl. On a également droit à des notes de bas de pages pour expliquer certaines notions ou ajouter un commentaire cocasse sur l’un ou l’autre détail, ce que j’ai beaucoup aimé. Thomas C. Durand parvient à tourner en ridicule l’administration scolaire, le corps professoral et les camarades de classe d’Anyelle sans donner un sentiment de trop. Il m’a rappelé Pratchett ainsi que le travail d’écriture de grands noms comme Pen of Chaos ou JBX, chacun dans son domaine. J’adore quand c’est bien réalisé et aucun doute, c’est le cas ici.

Une critique sociale : une fille dans un monde masculin.
Pourtant, tout n’est pas que blague et sourire dans Premier souffle puisque l’auteur peint une critique sociale assez acerbe, notamment au niveau de l’intégration des femmes. Anyelle n’a que dix ans mais doit déjà subir le sexisme. Seule la puissance de son don lui permet d’entrer à l’école de magie où elle est mise à l’écart par la plupart de ses camarades masculins et de ses professeurs. Les exceptions se comptent sur les doigts d’une main et très souvent quand la question se pose du « pourquoi une fille n’apprendrait pas la magie ? » les réponses varient de : mais leur cerveau n’est pas conçu pour ça voyons à c’est comme ça et c’est tout. Cette thématique imprègne vraiment tout le roman et est plutôt bien gérée par l’auteur même si son parti pris humoristique fait souvent tomber les personnages masculins dans la caricature, à deux exceptions notables : Naxu et Ferigas.

Naxu est le dernier de la classe, le redoublant dans une école où, normalement, on ne redouble pas. Mis de côté par ses camarades à cause de son don d’anti-magie (vous pensez bien, quelle horreur !), il va venir en aide à Anyelle un jour et les deux vont se lier d’amitié. Le caractère affirmé de la jeune fille va permettre à Naxu de s’affirmer lui aussi, de prendre conscience de sa valeur. J’ai été touchée par leur relation d’amitié sincère comme l’est en général celle des enfants. Quant à Ferigas, il s’agit du seul professeur qui ne traite pas Anyelle comme un boulet ou pire, comme une fille. Il tente de l’aider, pour une raison qui reste obscure au lecteur même si on devine qu’il y a peut être anguille sous roche. Il incarne la figure du mentor un peu rude mais bienveillant au fond qui va permettre à Anyelle de trouver sa voie et de s’y engager.

Outre ces deux personnages, l’homme central dans la vie d’Anyelle est bien évidemment Elliort, son père, qui a le don d’antibûcheron (donc qui fait repousser les arbres). Ce don ainsi que ce personnage permettent d’aborder une autre thématique plutôt actuelle et à la mode en ce moment : l’écologie. À plus d’une reprise, l’auteur ajoute des notes au sujet de la Nature avec une majuscule et celles-ci ne manquent pas d’intelligence. Pour en revenir à Elliort, il est un peu le père rêvé, idéalisé, bourru lui aussi pour aller de paire avec sa stature mais qui a à cœur le bien de sa fille et ne va pas hésiter à tenir tête à ces magiciens qui prétendent qu’elle ne peut pas apprendre la magie à cause de son sexe. Sa désinvolture face à certaines situations participe à l’effet comique d’ensemble et leur relation familiale ne manque pas de douceur.

Les relations que noue l’héroïne avec ces hommes sont bien exploitées, subtiles et diversifiées. Cela n’empêche pas Anyelle d’exister par elle-même ou d’affronter les difficultés liées à sa scolarité : harcèlement, mise à l’écart, corps enseignant absent ce qui implique forcément qu’elle ne s’en sort pas par elle-même dans ses études… Anyelle doit s’affirmer face à un système ancien, rétrograde et souvent assez stupide. J’y ai vu une métaphore de notre système éducatif actuel qui, malgré la bonne volonté de certains professeurs (dont j’aime à croire que je fais partie) patine parce qu’il existe un gouffre entre les acquis qu’on attend des élèves et les moyens mis en place pour y parvenir. Je n’ai eu aucun mal à me sentir concernée par ce que racontait l’auteur et à trouver cela important.

Un univers riche et surprenant…
D’autant que son histoire prend place dans un univers d’une grande richesse. Il a pensé à tout ! Chaque lieu a son identité propre, chaque professeur aussi, chaque don, chaque école, chaque matière, il y a même un jeu officiel du monde magique. Il serait aisé d’effectuer un parallèle avec le travail de J.K. Rowling mais selon moi, Thomas C. Durand reprend plutôt les éléments standards de ce type d’histoire fantasy, sans les modifier mais en les rendant intéressant par tous les détails qu’il invente autour. Je dois donc dire que oui, sur le fond, nous sommes bien en face d’une fantasy classique qui respecte les codes habituels du genre en s’en détachant seulement par l’originalité de la mise en place.

… qui cache une absence d’intrigue.
C’est là que le bât blesse. Si on veut se montrer honnête, Premier souffle n’a pas vraiment d’intrigue et se pose comme un tome d’introduction à l’univers et aux différents protagonistes. Oui, l’ensemble ne manque pas de richesse mais en refermant le roman, j’ai surtout eu le sentiment d’une visite guidée plus qu’autre chose. Je ne dis pas qu’il ne se passe rien, ce serait mentir, mais l’ensemble reste très mineur et plutôt léger. Cela n’amoindrit pas mon plaisir de lecture mais pourrait rebuter ceux qui en attendent davantage. On imagine bien, vu certaines insistances, que le don d’Anyelle va être convoité et provoquer quelques catastrophes (en plus de celles qui ont déjà pu arriver) mais l’auteur n’esquisse même pas vraiment l’ombre d’un antagoniste sérieux quelque part. On a bien une mention à une peut-être prophétique mais elle est également tournée en ridicule, du coup le lecteur n’a rien en main. Je me demande vers quoi s’orientera le second tome !

La conclusion de l’ombre : 
Premier souffle est le premier tome d’une saga de fantasy humoristique qui remplit bien son rôle. L’auteur maîtrise sa plume et la richesse de son univers pour embarquer son lecteur dans un voyage où il ne cessera de sourire, voir de rire franchement parfois. Anyelle, l’héroïne, doit se faire une place dans un monde magique où les femmes sont usuellement exclues ce qui permet une double critique sociale à base de sexisme et de problèmes scolaires encore actuels, sans oublier une mention écologique. Pas de doutes, j’ai passé un bon moment avec ce texte même si j’ai regretté qu’il manque d’ambition dans son intrigue. À voir pour la suite, que je ne vais pas manquer de lire !

D’autres avis : Sometimes a bookbulle de livreFantasy à la carteL’ours inculteCœur d’encre 595

Le Nexus du Docteur Erdmann – Nancy Kress

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Le Nexus du Docteur Erdmann
est une novella de science-fiction écrite par l’autrice américaine Nancy Kress. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie ainsi que sur leur site Internet au prix de 9.90 euros.

De quoi ça parle ?
Henry Erdmann a aujourd’hui 90 ans et était un physicien reconnu à son époque. Il continue tout de même à donner des cours à l’université jusqu’au jour où il fait un malaise. Il pense sa fin venue sauf que ce n’est pas une attaque, non. Plusieurs autres résidents de la maison de repos où il se trouve subissent un phénomène semblable…

Un héros du troisième âge.
Je n’ai pas pour habitude de croiser des héros du troisième âge lors de mes lectures. En tout cas, c’est assez rare pour être souligné et c’est un élément qui m’a poussé à lire ce texte. J’étais curieuse de découvrir de quelle manière Nancy Kress allait mettre en scène ces différents protagonistes et les problèmes qu’elle soulèverait quant au quotidien des personnages âgées. Elle parvient à évoquer l’égoïsme des proches, l’infantilisation de la part des soignants, les soucis de santé, en filigrane du propos principal avec une subtilité qui renforce davantage encore l’intérêt de cette lecture. L’autrice créé pour cela une galerie de personnages intéressants et colorés allant de la pipelette de service au vieux bougon mal embouché en passant par la vieille dame bien trop gentille dont ses enfants abusent sans pitié. L’autrice alterne les points de vue parfois de paragraphe en paragraphe, offrant une richesse et une dynamique appréciable à l’ensemble de son intrigue.

Henry Erdmann est en quelque sorte le personnage principal, celui qu’on suit le plus, nostalgique de ses belles années, un peu désespéré par les capacités de la génération actuelle, très axé sur la science – évidemment. C’est à travers lui que le lecteur est pour la première fois témoin de ces mystérieuses attaques et c’est grâce à ses capacités de déduction qu’on cherchera l’origine de ce mal un peu plus loin. Parce qu’au départ, tous pensaient à une rupture d’anévrisme ou une simple indigestion…

Henry est accompagné par Carrie, son aide-soignante d’une petite trentaine d’années qui est aussi une femme battue par son mari, un policier, qu’elle a quitté. Carrie est un personnage intéressant et attachant qui permet en plus de rajouter cette thématique des abus conjugaux à un récit déjà très riche. J’ai beaucoup apprécié sa relation avec Henry et la manière dont ils essaient de prendre soin l’un de l’autre. Tous les protagonistes ne sont donc pas âgés mais ils travaillent tous avec les personnes âgées d’une manière ou d’une autre.

De la science-fiction ?
L’élément science-fiction arrive d’une manière surprenante dans le récit par le biais d’un vaisseau qui s’exprime en italique à la fin de certains chapitres, en quelques lignes à peine. Je n’ai pas tout de suite compris où l’autrice voulait en venir mais les différents éléments se mettent en place à la fin d’une manière intéressante, offrant une réflexion sur la notion de choix et de libre arbitre. Ces courts passages permettent de faire monter la tension. On s’interroge : qu’est-ce qui arrive ? Quand ? Pour quelle raison ? Pourquoi cibler les personnes âgées ? J’avais envie d’obtenir ces réponses, ce qui me poussait à tourner les pages sans voir le temps passer.

Mais plus que de la science-fiction, le Nexus du Docteur Erdmann est -selon moi- une novella d’enquête où le personnage principal va tenter de comprendre ce qui est en train de leur arriver à tous. En cela, l’autrice opte pour un schéma plutôt classique avec peu de surprises au final pour un lecteur doté d’un peu de jugeote. Ce qui n’empêche pas la lecture d’être passionnante ni même solide pour ses thématiques sociales abordées l’air de rien.

La conclusion de l’ombre :
Le Nexus du Docteur Erdmann est une novella de science-fiction écrite par l’autrice américaine Nancy Kress. Celle-ci emmène son lecteur au sein de Saint-Sébastien, une maison de retraite où réside le docteur Erdmann. Lui et certains pensionnaires vont être victimes d’un phénomène étrange au sujet duquel il faudra mener l’enquête. En peu de pages, l’autrice brasse énormément de thèmes liés à la vieillesse et elle le fait avec beaucoup de sensibilité, sans pourtant en avoir l’air. Son style d’écriture dynamique permet de s’immerger totalement dans ce texte et d’en ressortir plus que satisfait en tournant la dernière page. J’ai beaucoup apprécié cette lecture atypique (selon mes habitudes) et la recommande !

D’autres avis ? CélindanaeDionysos – Aelinel BlackwolfL’Ours inculte – Albédo – NevertwhereLorhkanLe MakiLe chien critiqueDragon galactique – vous ?

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Sous les sabots des dieux #1 – Céline Chevet

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Sous les sabots des dieux
est le premier tome d’une duologie historico-fantastique écrite par l’autrice française Céline Chevet. Publié aux éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman dans la collection Neko au prix de 19.90 euros. 
Je remercie Mathieu, Alison et les éditions du Chat Noir pour ce service presse !

De quoi ça parle ?
Une fois n’est pas coutume, je vais renseigner le résumé de l’éditeur sans quoi tout va se mélanger.
« Corée, VIIème siècle. Complots au royaume de Silla.
La Chine des Tang est plus écrasante que jamais. Comment unifier les Trois Royaumes lorsque qu’il faut se méfier de ses frères autant que de ses ennemis ?
Amour, politique, trahison, vengeance, foi, Haneul va devoir apprendre à se servir des armes qui sont les siennes pour survivre dans cette époque chaotique de l’Histoire, où ses croyances sont mises à mal.
Prêtresse du temple Céleste, élevée au sein du palais royal, elle voit ses dieux se faire avaler par un Bouddhisme de plus en plus influent. Ne cache-t-il pas dans son ombre les sombres desseins des Tang qui veulent s’emparer du pays ?
Alors que Silla est plus fragile que jamais, où ira sa loyauté ? À la famille royale ou à la nation ?Haneul, sa soeur l’empoisonneuse, son amant l’écuyer, Mok le prince bâtard, autant de destins qui vont se croiser autour de cette question tragique…»

Un contexte historique solide.
Je ne sais pas vous mais c’est la première fois que je lis un roman qui se passe en Corée, à plus forte raison au VII siècle de notre ère. Étant plutôt portée sur le Japon, je ne connais quasiment rien à ce pays, son Histoire ou même ses mœurs. Je craignais donc de m’y perdre… C’est pourtant avec plaisir que j’ai découvert tous ces éléments, les figures historiques réutilisées par l’autrice ainsi que les croyances religieuses, la montée du Bouddhisme, les complots de cour, les us et coutumes… Sous les sabots des dieux est très bien documenté et l’autrice distille ces nombreuses informations avec parcimonie, sans jamais alourdir le texte. De plus, le roman s’ouvre non seulement sur une carte mais également sur une généalogie et un résumé du contexte historique dans lequel on se trouve. Tout cela tient sur une double page et permet de renseigner le lecteur de manière directe, sans pour autant l’obliger à étudier un cours d’histoire pour comprendre de quoi on parle. J’ai particulièrement apprécié cet aspect.

Une pointe de fantastique.
Le roman appartient au genre de l’imaginaire par la présence du divin, du mystique. Haneul est une prêtresse du temple Céleste. Cela signifie que, grâce à des rituels, elle parvient à entrer en contact avec les nombreuses divinités de la religion shintoïste ou plutôt, leurs manifestations. Les visions de Haneul sont toujours métaphoriques : elle chevauche un cheval, souvent un étalon, qui l’emmène observer des scènes porteuses d’un double sens qu’elle doit analyser par elle-même. Pour cela, sa mère la soumet à un enseignement assez strict et vaste qui recoupe bien des domaines. Haneul doit être érudite afin de ne pas se tromper sur la signification de ce qu’elle voit… Mais aussi être capable d’adapter ce qu’elle dit à la situation car, parfois, les dieux sont capricieux et restent silencieux. On a donc une réelle présence du surnaturel par l’aspect divin mais aussi, ironiquement, une forme de recul de cet aspect par le comportement de ces dieux qui manquent de clarté dans leur communication. Cet aspect apporte une vraie force au texte qui laisse la part belle à la force des mots. Lorsqu’on referme Sous les sabots des dieux, on se rend compte qu’il a suffit d’une phrase pour que l’Histoire entière bascule. C’est fascinant. 

Des personnages passionnants.
Céline Chevet nous offre une galerie de personnages aussi divers que variés, tous travaillés et maîtrisés. Le lecteur rencontre d’abord Haneul, une jeune prêtresse qui a dédié sa vie à l’Empereur de Jade. Elle est la fille de la Grande Prêtresse même si cette information est tenue secrète. Sa mère a également accouché de Min Jee, qui est sa sœur jumelle et qui exerce quant à elle la profession d’empoisonneuse. Rien avoir donc… Le premier contact avec Haneul dépeint une jeune fille pieuse, naïve, qui entretient une relation platonique avec un esclave travaillant aux écuries, Dokman. La mise en place est réussie, l’héroïne attire la sympathie et on attend avec appréhension de voir ce qui va lui tomber dessus. Son évolution est d’ailleurs assez remarquable et m’a fait passer par tous les états émotionnels, du meilleur… Au pire. Je me suis vraiment sentie concernée par l’héroïne, par ses choix, ses erreurs, c’est la première fois que ça m’arrive depuis un moment.

Le second personnage important du roman est le prince bâtard Mok. Alors que les Tang de Chine étendent leur influence, il craint que Silla ne soit absorbée par cet empire et n’en devienne qu’une province de plus. Il se bat pour son peuple avant tout mais son existence ainsi que ses ambitions défient les conventions sociales acceptables. Le personnage parait rustre et désagréable au premier abord mais on comprend rapidement qu’il a une vraie profondeur ainsi qu’une ambiguïté qui nous oblige à le détester sans pour autant y parvenir totalement. À ce stade je dois lutter contre mon envie d’écrire beaucoup plus à son sujet et de partager avec vous tout ce que j’ai pu ressentir pour ce personnage et son évolution. Une fois de plus, l’autrice n’a eu aucun mal à me faire me sentir concernée par les problématiques de son roman et le destin de ses protagonistes. Chapeau !

Le troisième personnage à prendre de l’importance par la suite des Lee Hyo Jin, un Hwarang (soldat d’élite) qui est aussi l’amant de Min Jee, la jumelle de Haneul. Le lecteur se confronte surtout à lui dans le dernier tiers du roman, ce qui permet de développer l’aspect militaire de l’histoire que j’ai trouvé très intéressant. C’est aussi l’occasion d’introduire l’espion Il Kwon, un personnage assez mystérieux au sujet duquel je me pose énormément de questions.  

Je pensais au départ ne suivre que les pensées de Haneul mais Céline Chevet a opté pour une narration interne où les points de vue s’alternent sans forcément dédier un chapitre entier à un seul personnage. C’est en général quelque chose que j’apprécie moins car j’ai des difficultés à me projeter mais l’autrice a parfaitement réussi à gérer son intrigue. Elle a construit des personnages qui paraissent archétypaux de prime abord mais qui ont en réalité une surprenante profondeur ainsi qu’une évolution cohérente quoi que parfois frustrante. 

Une intrigue bien ficelée.
Les rebondissements s’enchaînent au sein du roman, difficile de reposer l’ouvrage une fois commencé à moins de s’infliger une grande frustration. Commencez-le quand vous aurez du temps devant vous ! Si Sous les sabots des dieux s’ouvre calmement en posant son décor, il continue tambours battants en exploitant divers volets : l’amour, la politique, la guerre, la religion. L’ensemble donne un rendu très riche où tout le monde y trouvera son compte. Les visions de Haneul dans l’entre-monde sont claires et bien décrites. Les scènes de bataille sont maîtrisées avec des ellipses juste où il faut pour renforcer l’aspect évocateur des affrontements. Quant à la politique, les différents éléments sont présentés d’une manière limpide. Impossible de mélanger les noms à consonnance coréenne ou de confondre un personnage avec un autre. C’était ma crainte principale toutefois Céline Chevet a, selon moi, bien géré les différents aspects pour fournir un texte abouti et surprenant. 

Il y a énormément à dire sur ce roman, trop pour une seule chronique, trop pour ne rien divulgâcher de son contenu. J’espère que mon enthousiasme pour ce titre se ressentira suffisamment à travers ces lignes pour vous donner envie de découvrir ce premier tome plus que prometteur et cette autrice talentueuse qui est décidément à suivre. 

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de Sous les sabots des dieux est une véritable réussite sur tous les plans. Céline Chevet emmène son lecteur en Corée, au VIIe siècle pour un roman historico-fantastique qui changera la face des Trois Royaumes ! À travers une galerie de personnages travaillés, l’autrice propose une intrigue solide aux thématiques multiples, maîtrisée de bout en bout. Impossible de reposer ce texte une fois commencé, je l’ai dévoré et je le recommande avec enthousiasme au plus grand nombre. Une nouvelle pépite dénichée par le Chat Noir pour sa collection Neko… Et quelle pépite.

D’autres avis : pas encore car j’ai eu la chance de lire le roman en avant première ! 

Dragon – Thomas Day

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Dragon
est une novella écrite par l’auteur français Thomas Day. Premier texte publié dans la collection Une Heure Lumière du Bélial, vous le trouverez partout en librairie au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Ville de Bangkok, en Thaïlande, dans un futur si proche qu’il est renseigné comme « demain ». Un tueur surnommé Dragon s’en prend aux touristes sexuels, en particulier ceux qui abusent des enfants. Le lieutenant Ruedpokanon est chargé d’enquêter…

Ce texte a été plus d’une fois chroniqué et analysé, souvent avec plus de talent et de pertinence que moi, par des personnes qui connaissent l’auteur, son passif, ce qui permet donc de fournir davantage de matière à un commentaire poussé. Mon retour sera donc assez court et se concentrera sur les éléments qui m’ont marqué en tant que lectrice et qui sont, selon moi, particulièrement remarquables. Sachez également que cet adjectif s’accompagnera systématiquement d’un autre : dérangeant. Car Dragon est un texte pluriel : aussi brillant que terrible.

Un contexte glaçant.
Thomas Day a beau parler d’un demain, le contexte local qu’il dépeint est malheureusement assez actuel, du moins si je me base sur le peu que j’en connais ou que j’ai pu entendre au détour d’une série. Je n’ai jamais mis un pied en Thaïlande mais le pays est -hélas- réputé pour le tourisme sexuel qu’il suscite et pour la prostitution enfantine qui fait sa renommée. C’est ce visage de la Thaïlande que l’auteur dépeint. Je me souviens avoir lu quelque part qu’il y est déjà allé et cela se sent. Je n’ai eu aucun mal à m’immerger dans ce qu’il raconte, dans ce qu’il dépeint. Pour retranscrire efficacement autant son décor que les actes de ses protagonistes, Thomas Day choisit d’opter pour un style assez cru, direct, sans rien laisser à l’imagination. Avec un fond comme celui-là, il est clair que cette novella ne doit pas tomber entre n’importe quelles mains et que les âmes sensibles doivent s’abstenir de la lire. 

Outre le tourisme sexuel, Dragon est également l’occasion pour l’auteur d’évoquer la société thaïlandaise, le mélange des cultures asiatiques (ou non), la corruption, les tentatives de certain(e)s d’obtenir une forme de justice, d’évoluer mais aussi l’existence des ladyboys que je ne connaissais qu’à travers une chanson de Till Lindemann (chanson que j’aime beaucoup au passage). Enfin, pour être plus claire : je connais bien entendu le concept de transidentité mais j’ai découvert le terme ladyboy via la chanson. Sur 160 pages, Thomas Day brosse un décor vraiment riche et immersif mais surtout, terrifiant. Je me sentais honteuse d’apprécier à ce point ma lecture tant ce que l’auteur y raconte est horrible… 

Un genre littéraire flou et une esthétique bien particulière.
Une fois la novella terminée, on peut légitimement se poser la question du genre littéraire dans lequel se classe ce texte. Apophis est plus érudit que moi en la matière toutefois, au départ, je n’ai pas pu m’empêcher de chercher l’élément science-fictif ou surnaturel au milieu de ce qui ressemblait à un thriller policier, genre que je n’attendais pas vraiment au sein de la collection Une Heure Lumière du Bélial. Il faut arriver sur les dernières pages pour que la pièce tombe et qu’un élément fantastique se présente. Cet élément, je ne vais pas m’appesantir dessus pour ne rien divulgâcher toutefois il inscrit, selon moi, Dragon dans une esthétique asiatique qui ne se limite donc pas à sa localisation géographique. 

Cette esthétique se matérialise également par la crudité des scènes décrites par l’auteur. Celles de sexe, bien entendu, mais aussi la violence à travers les actes de Dragon et les tortures qu’il peut infliger à certains. C’est une façon de procéder qu’on peut retrouver assez souvent dans la littérature asiatique ou même dans son cinéma. Je ne suis pas spécialiste, bien entendu, toutefois c’est quelque chose que je raccroche assez aisément à ce que j’ai pu lire comme romans (surtout nippons) et vu comme films lors de mes études. Il faut bien évidemment se montrer sensible à cela pour apprécier pleinement Dragon

Une construction originale.
Stop à la construction linéaire ! L’auteur mélange les chapitres en commençant par le 17 pour enchaîner sur le 5 et ainsi de suite, dans un ordre qui n’a a priori pas de sens. Interpellée, j’ai craint à une erreur d’impression (quand même ç’aurait été pas de chance, juste dans le mien ! puis en comprenant que c’était voulu, de m’y perdre. Pourtant, tout s’enchaîne parfaitement entre les scènes « passées » et « présentes » (mais qu’est-ce que ces mots signifient quand tout est justement embrouillé ?). Ce jeu formel démontre tout le talent de l’auteur et ne manque pas d’intérêt car il permet de ménager le suspens et les effets narratifs plus longtemps et plus efficacement. Un très beau travail.

La conclusion de l’ombre : 
Dragon est une novella à la croisée des genres qui se déroule dans la ville de Bangkok, dans un futur proche. Le tueur surnommé Dragon -qui donne donc son titre au roman- s’en prend aux touristes sexuels et un inspecteur est chargé de l’arrêter. Si le pitch de base semble classique, Thomas Day offre un texte coup de poing qui entraine le lecteur dans ce que la Thaïlande a de plus laid, ce que l’humanité a de plus rebutant. Avec un style d’écriture brut, cru et sans concession, l’auteur ouvre brillamment la collection Une Heure Lumière du Bélial et se hisse sans peine dans mon top 3 des meilleures novellas parues chez l’éditeur. Une réussite à ne pas mettre entre toutes les mains : âmes sensibles s’abstenir !

D’autres avis : Le culte d’ApophisL’épaule d’OrionL’ours inculte – Lorhkan – Albédo –  Nevertwhere – Aelinelle monde d’Elhyandra Dragon galactique – le Bibliocosme (Boudicca) – Xapur – Au pays des Cave Trolls – vous ?

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BML #27 – septembre 2020

Bonjour à tous !

Le mois de septembre s’est terminé et l’heure du bilan arrive, comme de juste. Ce mois a été un peu particulier puisque pendant plus d’une semaine j’en avais marre de lire des romans. Je me suis donc davantage tournée vers les mangas, comme vous allez le constater… Alors, qu’est-ce que ça a donné précisément ?

Côté romans :

Filles de Rouille de Gwendolyn Kiste aux éditions du Chat Noir. (SP)
Danse avec les lutins de Catherine Dufour aux éditions l’Atalante. (SP)
Nos futurs, une anthologie aux éditions ActuSF. (SP)
Les héritiers d’Higashi #2 Bakemono-san de Clémence Godefroy aux éditions du Chat Noir.
Rêveur Zéro d’Elisa Beiram aux éditions l’Atalante. (SP)
Permis de mourir de Delphine Dumouchel aux éditions Livr’S (chronique à venir)
Dragon de Thomas Day aux éditions le Bélial. (chronique à venir – ♥)

J’ai donc lu 4 romans, 1 anthologie et 2 novellas. Vous pouvez remarquer qu’il y a plusieurs services presses dans le lot. Je dois dire que si je ne les avais pas eu, j’aurais probablement encore lu moins de romans ce mois-ci… Pourtant, à leur façon, chaque texte a été une chouette découverte.

Côté mangas :

Ballad Opera #1 (Glénat)
Blue Flag #1 -> #6 (Kurokawa)
Billy Bat #1 -> #7 (Pika)
Tokyo Revengers #1 -> #4 (Glénat)
Celle que je suis #1 et #2 (Akata)
Our Colorful day #1 (Akata)
Aromantic Love Story #1 (Akata)
Le théâtre des fleurs #1 (Taifu)
Black Butler #19 -> #22 (Kana)
Beastars #12 (Kioon)
Éclat(s) d’âme #1 (Akata)
Otaku Otaku #8 (Kana)
Innocent #1 (Delcourt)

Ce qui fait 31 mangas sur le mois, un record je pense en ce qui me concerne. J’ai découvert des séries très enthousiasmantes comme Blue Flag ou Tokyo Revengers ou encore Billy Bat que j’ai déjà pu évoquer dans un article. Par contre, il y a eu quelques « couacs » si j’ose dire notamment chez Akata. J’ai découvert des titres très intéressants mais que je n’ai pas spécialement envie de continuer à lire (je sais ça paraît paradoxal), c’est le cas avec Aromantic Love Story dont la fin m’effraie assez sur le traitement du sujet et pour Éclat(s) d’âme qui m’a laissée un peu perplexe ainsi que Our Colorful Days que j’ai trouvé sympa mais sans plus. Quant à Innocent, j’ai apprécié la découverte atypique mais ce titre ne me convient tout simplement pas pour le moment car je le trouve beaucoup trop dur. Enfin, il y a aussi Ballad Opera, très beau esthétiquement mais trop banal pour vraiment réussir à m’accrocher. Cette petite pause dans les romans m’a été très bénéfique, je ne regrette rien.

Petit bonheur du mois :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. Sans grande surprise, mon petit bonheur du mois est la sortie de mon nouveau roman : Clément Coudpel contre les spectres de Samain chez Livr’S Éditions. Grâce aux services presses, il a déjà reçu quelques chroniques qui se révèlent plutôt positives, ce qui est toujours gratifiant (et rassurant) en tant qu’autrice. Je suis ravie par tout cela. Toutefois, comme mon petit bonheur du mois passé était déjà lié à cette nouvelle je vais en partager un autre : j’ai pu reprendre le travail en présentiel après les vacances d’été ! C’est un soulagement même si ça demande une toute autre organisation de vie.

Et voilà, nous arrivons déjà au terme de cet article bilan ! J’espère que votre rentrée s’est bien déroulée et que vous avez eu de belles surprises littéraires. N’hésitez pas à les partager ♥

Permis de mourir – Delphine Dumouchel

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Permis de mourir
est une novella young-adult écrite par l’autrice française Delphine Dumouchel. Publié par Livr’S Éditions dans sa collection young adult, vous trouverez ce texte au prix de 12 euros.

Exceptionnellement, ce billet sera assez bref et contiendra des éléments d’intrigue car je ne vois pas comment en parler autrement. Vous êtes donc prévenu(e)s !

Clémentine va sur ses dix-sept ans et est dans le coma depuis une soirée trop arrosée. Le texte court de 84 pages s’ouvre sur une introduction qui laisse entendre dans quel état elle se trouve. La seconde partie est un flashback qui raconte son dernier vendredi et la manière dont elle a eu son accident. Enfin, la dernière partie raconte son présent, un an après ce fameux accident.

La novella est rédigée à la première personne, ce qui implique que l’autrice plonge son lecteur dans les pensées de Clémentine. Comme cette dernière a seize ans au moment des faits, on est face à une jeune fille plutôt superficielle et immature, comme beaucoup le sont alors (et comme je l’étais moi-même !). Cet aspect peut freiner un lectorat plus âgé, j’ai moi-même roulé des yeux une fois ou deux devant certaines réflexions.

Ce fameux vendredi, Clémentine a assisté à sa journée de cours (en arrivant en retard), puis a encaissé deux heures de colles avant de se rendre chez sa meilleure amie pour son anniversaire -avec la permission de minuit. En théorie, il ne devait pas y avoir d’alcool mais évidemment, elles ont trouvé un moyen de s’en procurer. Clémentine n’avait jamais bu jusque là et l’autrice montre très bien la disparition des inhibitions et les conséquences que cela peut avoir. Ici, pas d’intentions criminelles, pas de psychodrame ou d’agressions sexuelles, juste… un drame ordinaire, si j’ose dire. Un accident comme il peut en arriver n’importe quand, n’importe où : une chute depuis une fenêtre, un traumatisme crânien qui la plongera dans le coma et l’enfermera dans son corps.

Parce que oui, Clémentine est toujours consciente mais prisonnière de sa propre chair, une perspective qui suffit personnellement à déclencher une forme d’angoisse. Elle finira par rouvrir les yeux au bout d’une année à subir la même routine sans pour autant retrouver sa motricité. Et c’est ce point qui a vraiment participé à ma surprise car jusque là, je trouvais le texte sans grand intérêt pour moi en tant que lectrice. Vite lu et vite oublié, pas désagréable ou quoi juste neutre, voilà. Mais Delphine Dumouchel a fait le choix de ne pas conclure sur une fin heureuse où tout est vite oublié, comme si cet accident n’impliquait pas de conséquences. Elle arrête son histoire à un moment assez dur, qui provoque de l’empathie pour le personnage de Clémentine et laisse au lecteur le loisir d’imaginer la suite, la fin, de se poser des questions sur la vie et la façon dont on souhaite exister. J’ai été scotchée par ce choix inattendu et c’est ce qui m’a donné envie de parler du texte sur le blog.

Je pense que ce roman peut être un excellent outil pédagogique pour un niveau lycée / secondaire car il ouvre au débat tout en sensibilisant aux dangers d’une trop grande consommation d’alcool. S’il ne révolutionne pas le thème, il n’est finalement pas dénué d’intérêt du tout pour sa fin osée qui pousse à réfléchir.

La conclusion de l’ombre :
Permis de mourir est une novella young adult écrite à la première personne du point de vue de Clémentine, une jeune fille dans le coma (mais consciente de son environnement et capable de penser) suite à un abus d’alcool. Ce texte court permet d’interroger sur les abus de boisson et sur ce que signifie le verbe « vivre ». Bien ficelé par l’autrice, je partais avec un a priori négatif pour finalement ne pas regretter ma lecture grâce à une fin osée.

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Maki