Les grandes oubliées, pourquoi l’Histoire a effacé les femmes – Titiou Lecoq

14

Avant-propos – un peu d’histoire de l’Ombre.
J’ai commencé à m’intéresser à la question du rapport entre l’Histoire et les femmes il y a trois ans d’ici, en entamant ma carrière d’enseignante car je donnais un cours sur les acquis sociaux et leur histoire. Au fil de mes recherches, je suis tombée sur le documentaire «
les femmes machines » dont je gardais un vague souvenir de mes années dans le secondaire. Il s’agit d’un film documentaire racontant les trois mois de grève des femmes de la FN Herstal en 1966. Dans les écoles liégeoises et surtout celle où j’étais alors (à Herstal) c’était courant de montrer ce film au cours de morale (devenu citoyenneté) et d’en discuter.

Je me suis alors souvenue que ma grande-tante avait été une de ces femmes machines, elle l’avait déjà évoqué sans que je ne comprenne vraiment de quoi il s’agissait (normal, j’étais jeune !). J’ai alors regardé ce reportage, vraiment regardé, une fois adulte et j’ai été enfin capable de prendre conscience de l’ampleur du combat qu’elles avaient mené. De là, j’ai commencé à lire, à me renseigner, à me passionner sur le sujet et entretenir une sorte de devoir de mémoire personnel.

Puis je me suis rendue compte que pendant mes cours d’Histoire, personne ne m’avait parlé de ces femmes. La pièce est tombée un peu plus tard, ça n’a pas été immédiat. Ni à l’école primaire, ni secondaire, pas même à l’Université… Alors que cette grève n’était pas du tout un épisode anodin dans le combat pour les acquis sociaux… Par contre, les révoltes des ouvriers (au masculin) ça…

Je me suis donc demandée pourquoi.
Et le hasard a voulu que Titiou Lecoq lise visiblement dans mes pensées puisqu’elle a publié peu de temps après un livre qui répond très spécifiquement à cette question.

De quoi s’agit-il ?
Les grandes oubliées
est un ouvrage didactique qui vise à expliquer de quelle manière et pour quelle(s) raison(s) les femmes ont été effacées de l’Histoire. Titiou Lecoq commence son voyage à la Préhistoire où elle explique comment cette période lui a été enseignée. Je dois avouer que son histoire a eu un fort écho en moi puisque je me rappelle très bien qu’au moins deux années complètes ont été consacrées à la Préhistoire où, finalement, j’ai appris que les hommes chassaient, que les femmes cueillaient, et… voilà. Rien de plus. Pourtant, c’est une période historique bien plus riche qu’il n’y parait et également plus intéressante que ce que mon souvenir me laissait croire.

C’est l’occasion de relever le premier grand point fort de ce livre : Titiou Lecoq ne fait pas que transmettre, elle vulgarise avec brio et dynamisme en recoupant sa propre expérience scolaire avec ses lectures récentes. Elle ne culpabilise pas non plus l’ignorance des gens, préférant remettre en question la manière dont l’enseignement est dispensé. Cela rend l’ouvrage aisé à lire et surtout, vivant.

Il faut toutefois bien avoir à l’esprit qu’en un peu plus de trois cents pages, il est difficile de se montrer pleinement exhaustive. Titiou Lecoq ne pouvait décemment pas parler de tout (qui le pourrait ?). J’ai lu quelques retours qui trouvaient dommage qu’elle n’ait pas évoqué les salons littéraires tenus par les bourgeoises et même moi je me suis dit que quand même, elle aurait pu avoir un mot pour les femmes machines… Toutefois, force m’est d’admettre que le travail effectué par elle est déjà énorme, déjà de grande qualité et qu’il a surtout le mérite d’ouvrir la porte aux suivant.es.x si pas de créer des intérêts ou des vocations. J’aurais adoré lire ce livre à l’Université parce que j’aurais très probablement écrit mon mémoire sur ce thème, même si j’ai pu y évoquer le mot autrice et l’invisibilisation des femmes dans l’histoire littéraire. C’était déjà pas mal, quoi que mon jury n’ait pas jugé bon de m’en parler après ma présentation…

J’ai précédemment parlé de vulgarisation et de dynamisme, cela passe par un ton familier et des adresses à son lectorat. Personnellement, ça m’a permis de davantage m’immerger et me sentir concernée mais je sais que cela peut rebuter certaines personnes qui ont une préférence pour les essais au sens plus classique du terme -et qui ont tendance à m’ennuyer, d’où le fait que j’en lis peu mais de plus en plus depuis l’année dernière car la nouvelle génération d’essayistes semble avoir compris mon problème.

Revenons à nos grandes oubliées ! L’autrice revisite les grandes périodes historiques, rappelant qu’il y a eu des reines en France au début du Moyen-Âge, que de nombreux métiers étaient en réalité également accessibles aux femmes (des peinteresses, des chevaleresses mais aussi des bâtisseuses de cathédrale ! ) et que la conception masculiniste de notre Histoire est en réalité une construction consciente et non pas strictement sociale, comme on pourrait le croire. La genrification des métiers, l’effacement de certains mots du dictionnaire de l’Académie française (pour plus d’informations à ce sujet je vous renvoie sur mon billet au sujet de l’importance d’utiliser le mot autrice) jusqu’au vol pur et simple des œuvres féminines par des hommes qui n’ont été que récemment remises en question.

Le cas de Catherine Bernard, un exemple parmi tant d’autres :
À cet égard, j’ai retenu plus particulièrement un exemple que je tenais à vous partager parce qu’il est particulièrement évocateur du propos du livre et qu’il marquera probablement autant votre esprit que le mien. Il s’agit de Catherine Bernard, une dame de théâtre au talent reconnu puisqu’elle touchait une pension de Louis XIV. Elle décède en 1712 et quelques années plus tard, Voltaire fait jouer une pièce intitulée Brutus… qui ressemble étrangement à celle de l’autrice, qui porte d’ailleurs le même titre. Pas de chance, certains critiques s’en rappellent ! Pour se défendre, Voltaire dit que de toute manière, ce n’est pas Catherine Bernard qui a écrit Brutus mais un certain Fontenelle. Il ne nie même pas le plagiat mais vous pensez bien qu’il ne va pas admettre avoir plagié une femme… À cause de cela, quand il doit rédiger la notice au sujet de Catherine Bernard dans sa fameuse encyclopédie, il la qualifie comme « auteur de quelques pièces de théâtre, conjointement avec le célèbre Bernard de Fontenelle, qui a fait presque tout le Brutus. » Bernard de Fontenelle qui, au fil du temps, devient son cousin, et comme c’est son cousin, ça fait d’elle la nièce d’un certain Corneille…

Voici donc comment on réécrit l’Histoire, même l’Histoire littéraire. Et si mon exemple en est tiré parce que je suis particulièrement sensible aux questions théâtrales, j’aurais également pu évoquer la façon dont les femmes sont gommées des conflits armés et révolutions diverses alors qu’elles ont fait leur part. Tout cela aussi, Titiou Lecoq en parle à travers ses 17 chapitres auxquels s’ajoute une conclusion.

Réécrire l’Histoire, mode d’emploi :
Mais comment est-ce possible, vous demanderez-vous ? Les raisons sont multiples et l’une d’elle est une croyance profondément ancrée depuis l’Antiquité que la femme est en réalité un homme raté, dont l’anatomie n’est pas sortie parce que l’enfant avait eu froid dans le ventre de sa mère (grosso modo). Puis, aux premières Modernités, avec la propagation de la dissection, les scientifiques affirment désormais que l’homme et la femme sont deux espèces différentes… Et comme l’homme est plus grand, plus fort, qu’il a un crâne plus grand, il est forcément supérieur à la femme.

La société s’inscrit ainsi dans une conception résolument binaire, ce qui explique notamment pourquoi beaucoup de gens ont énormément de mal à accepter les concepts de non-binarité ou d’intersexe. Et qui explique aussi pourquoi il a été nécessaire de systématiquement se battre pour obtenir le moindre droit, comme celui de voter, de disposer de son propre corps (notamment sur la question de l’avortement) et j’en passe. Un combat qu’il faut continuer à mener tous les jours et face auxquels certains se sentent menacés alors qu’il s’agit bien de conquérir le droit, pour la femme, d’être considérée comme un être égal. Notez également que des combats pour les droits de la femme, il y en a à travers l’Histoire qui se parsème de victoires mais surtout de reculs en la matière. Titiou Lecoq montre que rien n’est jamais définitivement acquis et que nous devons bien prendre garde à cela.

Et cela passe par l’éducation. J’ai été profondément choquée par le contenu des programmes d’Histoire en France, qui ont soi-disant été revus mais le manuel publié en 2019 chez Hachette ne consacre que 16 pages sur 277 aux femmes… SEIZE PAGES.
Cela pousse à réfléchir.
En tant qu’enseignante, je suis plus déterminée que jamais à consacrer une séquence complète à la question dans mes cours de français et j’ai déjà transmis les références de ce livre à ma collègue qui donne Histoire afin qu’elle puisse s’en servir. Je le suis d’autant plus que le livre de Titiou Lecoq m’a montré à quel point l’école a entretenu chez moi des préconceptions fausses et m’a inculquée une vision masculiniste du monde, au point de ne même pas me demander pourquoi il n’y avait pas de femmes chevaliers et de me satisfaire de l’évidence selon laquelle « je suis chanceuse de vivre dans un monde aussi évolué, progressiste et égalitaire »
Alors que… Non.
Je sais que j’ai déjà eu cette pensée quasiment en l’état. La lecture de ce livre m’a permis de mettre des mots sur un malaise insidieux et je ne pourrais jamais assez remercier son autrice pour cela.

La conclusion de l’ombre :
Je vous recommande chaudement la lecture de ce livre, que vous soyez ou non passionné.es.x par l’Histoire ou la reconnaissance féminine. Cet ouvrage dynamique et didactique est très accessible et bien référencé. L’autrice remonte le fil de notre Histoire pour mettre en avant ce qui en a été gommé et permettre de réfléchir sur notre éducation et nos préconceptions, tout en proposant des pistes de solution. Je vais me pencher sur ses publications antérieures et probablement reparler d’elle bientôt sur le blog.

D’autres avis : Pages versicoloresThe unamed bookshelfAu milieu des livresÔ Grimoire22h05 rue des dames – vous ?

Informations éditoriales :
Les grandes oubliées, écrit par l’autrice Titiou Lecoq. Éditeur : l’Iconoclaste. Prix : 20.90 euros.

À l’ombre du Japon #47 : { Shangri-La Frontier & Goodnight World, deux manières d’aborder le jeu-vidéo en manga }

Ohayô minasan !

L’histoire est longue entre le manga et le jeu-vidéo. On ne compte plus les adaptations au format papier ou animé (No Game No Life, Sword Art Online, la Gameuse et son chat, Je suis un assassin et je surpasse le héros, Overlord, etc etc etc.) avec des univers qui ne font parfois qu’évoquer le jeu-vidéo ou qui se déroulent dans un univers aux codes semblables à ceux d’un jeu, avec un système de point de vie, de compétence, de classe et autre.

Étant passionnée de manga ET de jeu-vidéo, j’ai découvert un certain nombre de ces séries et j’ai rarement été au bout, vite lassée par des concepts qui tournent en rond. Pourtant, rarement un premier tome m’aura autant enthousiasmé que pour les deux séries dont il est ici question. Et, comme vous allez le voir, la manière de présenter le jeu-vidéo diffère assez fort d’une à l’autre…

8
Dans Shangri-La Frontier, on rencontre Sunraku, un jeune homme passionné par le jeu-vidéo et plus spécifiquement par les jeux très mauvais qu’on appelle les bouses : ceux qui sont truffés de bugs ou que tout le monde déteste parce qu’ils ont été mal codés, que les quêtes sont impossibles, bref vous voyez le genre… Sunraku aime le défi que ça représente. Au début du manga, pourtant, il décide de faire une pause dans les bouses et de se mettre à un MMORPG très en vue, Shangri-La Frontier…

L’avantage dans ce titre, c’est que Sunraku commence le jeu au début. Il est donc très facile pour un novice de comprendre en quoi il consiste ainsi que les différents systèmes d’évolution, de quête, les secrets du jeu… Parce qu’on suit tout en même temps que le protagoniste principal. L’immersion est totale et plutôt réussie car Sunraku a un esprit d’analyse qui permet d’éviter les inutiles scènes d’exposition et de découvrir ces éléments au fur et à mesure de l’aventure, quand il s’y confronte en tant que joueur. C’est assez rare dans ce type de manga.

9
Si on suit un nouveau joueur dans Shangri-La Frontier, c’est tout le contraire dans Goodnight World ! Taichirô est un hikikomori -bien que le terme ne soit pas utilisé dans le manga, il en a toutes les caractéristiques. Ce jeune homme est enfermé dans sa chambre toute la journée à jouer à Planet avec les trois autres membres de sa guilde. Il y joue depuis plusieurs années au point de développer une véritable vie sociale au sein du jeu. Dans ce titre, les scènes IRL s’alternent avec les scènes virtuelles et le lecteur comprend rapidement que Taichirô déteste sa famille, probablement en raison d’un drame dont il porte la responsabilité (du moins c’est ce qu’il sous-entend).

Une intention qui diffère…
Si dans Shangri-La Frontier, l’intention première semble être de proposer un divertissement d’aventure en mettant en avant des gamers qui cherchent à progresser dans un jeu et à en découvrir ses secrets. La majorité de l’action se passe à l’intérieur du jeu si bien qu’il en deviendrait presque un prétexte pour développer un univers de fantasy un peu fun. Avec Goodnight World, on part sur totalement autre chose puisque l’auteur semble plutôt questionner le rapport au réel dans nos relations familiales et amicales sans pour autant tomber dans le binaire. La quatrième de couverture l’annonce d’ailleurs bien : un manga d’action complexe qui questionne sur les univers virtuels. Retenons les termes complexe et questionne, pas juge… Ce titre se veut incontestablement davantage ancré dans le réel.

…mais une technologie semblable.
La technologie de réalité virtuelle évolue chaque jour et j’ai déjà eu l’occasion de tester certains dispositifs plutôt… perturbants dans l’ensemble. Que ce soit dans Shangri-La Frontier ou dans Goodnight World, les joueurs utilisent de simples lunettes posées sur leurs yeux qui permettent d’entrer dans le jeu de manière littérale. Tout s’y déroule alors comme dans la réalité. Dans le premier cas, il s’agit plutôt d’une astuce de mise en scène pour ne pas se prendre trop la tête. Dans le second, par contre, ces lunettes ont une véritable importance puisqu’un problème dans le jeu va faire dysfonctionner une paire et provoquer des blessures chez l’un des personnages de la guilde. De plus, elles symbolisent véritablement le passage d’un monde à l’autre, c’est un objet clé dans les difficultés sociales rencontrées par Taichirô qui se dépêchera toujours de les remettre pour échapper aux soucis du quotidien auxquels il est confronté.

La conclusion de l’ombre : 
Malgré leur thématique centrale commune, Shangri-La Frontier et Goodnight World sont des mangas totalement différents adressés à deux publics différents. Le premier ravira les fans d’univers fantasy et de jeu-vidéo en mode hardcore gaming en plus de faire rêver à la perspective de pouvoir, un jour, accéder à un tel jeu. L’accent est clairement mis sur la découverte du monde et l’aventure. Le second séduira les personnes en recherche d’un titre plus axé sur des thématiques psycho-sociales et sur la manière dont le jeu peut (ou non) influencer la sociabilité. Les deux n’en sont pas moins prometteurs et je me réjouis de lire la suite pour savoir si mon sentiment se confirme ou non !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

Informations éditoriales :
Shangri-La Frontier. Scénariste : Katarina. Dessin : Ryosuke Fuji. Éditeur v.f. : Glénat
Statut : en cours, nombre de tomes inconnu.
Goodnight World . Dessin et scénario : Okabe Uru. Éditeur v.f. : Akata
Statut : en cours de publication, série finie en 5 tomes.

Vingt plus 1 – Livre anniversaire des éditions ActuSF

Bonjour à tous/tes/x !

Il y a déjà plusieurs mois que ce petit ouvrage anniversaire trainait dans ma PàL. Il m’a gentiment été offert par une librairie indépendant qui en avait de trop et je l’avais laissé de côté, sans raison particulière. Le Winter Short Stories of SFFF a été l’occasion qu’il me manquait pour le sortir et le découvrir.

6
Les 20 ans +1 d’ActuSF.

Cette introduction rédigée par Jérôme Vincent raconte l’histoire de la maison d’édition et en fait ensuite sa présentation succincte en expliquant ses différentes collections et initiatives. J’ai bien aimé découvrir la genèse de ce géant qu’est devenu ActuSF. L’éditeur (autrement nommé Grand Chef 😉 ) nous offre une origin story touchante qui brosse un peu ce qu’était le panorama de la littérature de l’imaginaire il y a vingt ans. Un document qui deviendra historique !

Cinq nouvelles sont ensuite proposées, écrites par des auteur.ices.x phares de la maison d’édition.

Sacrée saison – Karim Berrouka
Sacrée saison est une histoire de… héros et de vilains ! Surprenant, et pourtant… Le concept est simple : l’humanité a connu une épidémie de super-héros. Vous avez bien lu : une épidémie. Il y en avait beaucoup trop par rapport au reste de la population à sauver. Du coup, ceux-ci sont devenus fous et certains ont viré super-vilains… Je n’entre pas dans les détails pour ne pas divulgâcher le contenu de la nouvelle.

Pourquoi ce titre ? Et bien ces héros ne se réveillent que durant l’été, un mois sur douze donc (oui il y a un contrôle climatique strict) au cours duquel une agence tente de les détruire. On suit le déroulement de cette fameuse saison et, avec elle, un plan ambitieux des pouvoirs en place pour parvenir à totalement éradiquer cette menace…

Comme souvent avec les textes de Karim Berrouka, j’ai d’abord été déconcertée par ma lecture. Puis, en avançant, j’y ai décelé plusieurs messages sociaux comme la façon de traiter les personnes qui sortent de la norme, la stigmatisation d’une partie de la population pour des raisons arbitraires, le fait d’œuvrer à sa propre mise au chômage ou encore l’incapacité des politiciens à voir sur le long terme, préférant se concentrer sur les effets immédiats pour impressionner l’électorat.

Difficile de dire dans l’ensemble si j’ai aimé ou non cette lecture (comme souvent avec l’auteur) mais je salue l’imagination !

Mosquito Toast – Jeanne A. Debats
Cette nouvelle se passe dans l’ouest américain, pendant l’épidémie de fièvre jaune, et raconte l’histoire d’un vampire qui traque son créateur prénommé Gilles (vu la manière dont il est décrit ainsi que ses goûts pour les enfants, je pense que c’est une référence à Gilles de Rais si pas Gilles de Rais lui-même). Ce dernier a pour ambition de créer une sorte d’éden vampirique sur le territoire d’une tribu indigène. Cette tribu va engager notre vampire pour l’en empêcher.

Je n’ai pas grand chose à dire sur ce texte parce qu’il m’a semblé trop classique et prévisible. Il faut dire que je ne suis plus le public cible et que j’ai trop lu d’histoires de ce type pour vraiment m’y retrouver. C’est toutefois bien écrit, à la première personne du point de vue du vampire, et les lecteur.ices.x adeptes de ce type d’histoire y trouveront leur compte.

Danser dans la tempête – Morgan of Glencoe
Yuri quitte temporairement le Japon pour rencontrer la famille de sa mère à l’occasion d’une célébration annuelle où, se fiant à une ancienne légende, les femmes de l’île dansent avec les kelpies, nues, durant une nuit.

C’est ce que raconte cette nouvelle. En quelques pages, Morgan of Glencoe arrive à instiller des éléments inclusifs comme une femme transgenre qui participe à la célébration, ce qui surprend d’abord Yuri avant que son amie ne lui dise que l’important, c’est que la personne se considère comme une femme, pas ce qu’elle a entre les jambes. C’est tout à fait vrai et la réflexion ainsi que la réponse se marient bien au reste du récit. Ça n’a rien d’artificiel. Ainsi, l’autrice raconte une jolie petite histoire qui m’a finalement bien plu alors que je n’avais pas terminé le premier tome de sa saga. Comme quoi !

Toi que j’ai bue quatre fois – Sylvie Lainé
Je vais être honnête, je n’ai pas su terminer cette nouvelle. J’ai lu une page et elle m’est tombée des mains, tout simplement parce que l’érotisme et moi, ça fait douze. Je n’apprécie plus du tout en lire et je n’avais pas tilté qu’il s’agissait de ce type d’écrit à la base. Cela ne remet pas en question la qualité du texte ou son contenu, ce sont mes goûts personnels mais j’ai ressenti un malaise au bout de quelques lignes, si bien que j’ai préféré laisser tomber.

Gabin sans « aime » – Jean Laurent Del Socorro
Je vous ai déjà parlé de cette nouvelle dans un article antérieur car j’avais eu le plaisir de la découvrir dans l’édition collector de Royaume de Vent et Colères. Ç’avait été un absolu coup de cœur, j’ai donc pris beaucoup de plaisir à la relire et j’en ressors tout aussi bouleversée. Jean Laurent Del Socorro est sans conteste l’un de mes auteurs francophones favoris !

La conclusion de l’ombre :
Vingt plus un est un petit ouvrage collector sympathique et indispensable pour toutes les personnes qui aiment les éditions ActuSF. Une chouette initiative pour fêter leur anniversaire. On ne peut que leur souhaiter une longue vie !

logochallenge
+4 nouvelles
Avancée du challenge : 31 textes lus
Bonus : Lire un/e auteur/ice francophone + faire preuve d’éclectisme.

À l’ombre des bulles #1 : { White Knight : Harley Quinn / Trois Jokers }

Salutations à tous/tes/x !

J’inaugure cette année un concept très semblable à l’ombre du Japon… mais pour les BD et les comics ! En effet, je lis de plus en plus dans ce format et j’ai envie de pouvoir partager mes lectures. Toutefois, chaque titre ne remplit pas forcément un article complet à lui tout seul… Ou certains ont des thématiques qui, d’office, me permettront de faire une comparaison intéressante ou un rapprochement pertinent. D’où cette rubrique.

C’est d’ailleurs le cas ici avec deux comics tirés de l’univers Batman qui abordent tous les deux une figure centrale de méchant : celle du Joker.

12
Batman White Knight : Harley Quinn

Malgré ma profonde appréciation de cette œuvre, je n’ai encore jamais écrit au sujet de White Knight puisque j’ai lu le premier volume fin 2020 et que tout un tas d’évènements se sont enchainés, si bien qu’au final… J’ai trop procrastiné pour pouvoir rédiger un article digne de ce nom à l’heure actuelle. J’ambitionne toutefois de le relire bientôt mais d’ici là, je profite de l’occasion de la sortie du tome centré sur Harley pour me rattraper.

Le concept de White Knight est simple : Jack Napier alias le Joker souffre de graves troubles dissociatifs de l’identité. Dans le premier volume, il prend un sérum qui lui permet de se soigner et de faire campagne contre Batman, arguant que c’est son harcèlement et sa violence qui l’ont poussé toujours plus loin et qui font du mal à Gotham… Le monde à l’envers ! Pourtant, ça fonctionne parfaitement et c’est passionnant à lire puisqu’au fond, assez crédible. On voit de quelle manière Batman se comporte, au point de commencer à se dire que Napier n’a pas foncièrement tort…

Harley se déroule après les évènements racontés à la fois dans White Knight et dans Curse of the White Knight. Attention, je vais divulgâcher : Jack Napier est mort, tué par Harley. Celle-ci, enceinte, a donné naissance à des faux jumeaux. On la retrouve mère célibataire, aidée par ses deux hyènes et par quelques connaissances bienveillantes. Elle s’est retirée du monde du crime et essaie de se débrouiller comme elle peut… Malheureusement, la police de Gotham a besoin de son expertise psychiatrique puisqu’un imitateur du Joker sévit. Et Batman n’y peut rien, il est en prison pour expier ses crimes ! On suit donc l’enquête de Harley, l’évolution de sa relation avec Bruce mais aussi ses tourments en tant que jeune mère qui n’est pas vraiment faite pour ça mais tente malgré tout de gérer du mieux qu’elle peut.

C’est aussi l’occasion de connaître le début de la relation entre Harleen et Jack, et je dis bien Harleen et Jack, pas Harley et le Joker, car on apprend que tout a commencé entre eux bien avant Arkham et que si Harleen s’est retrouvé psychiatre dans le célèbre asile, ce n’est vraiment pas par hasard… La manière dont les évènements s’imbriquent et s’enchaînent, dont l’auteur réécrit l’histoire de ce duo emblématique, est tout simplement brillante.

Je suis très intéressée par ces deux personnages et leurs interactions ainsi que le trio formé par extension avec Batman. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que j’en parle ici. Dans tout ce que j’ai pu lire, White Knight est l’une des réécritures les plus riches et novatrices. Pour ne rien gâcher, Harley est ici une héroïne forte et crédible, superbement écrite, avec justesse et équilibre. Probablement l’une des meilleures réécritures, avec Harleen.

Scénario : Sean Murphy, Katana Collins.
Dessinateur : Matteo Scalera.
Informations éditoriales : Urban Comics.

5
Un one-shot d’un tout autre genre qui part du postulat qu’il y aurait non pas un mais trois Joker, un qui aurait sévi pour chaque grand moment de la Bat Family. Il faut rappeler à ce stade qu’à chaque fois que Batman affronte le Joker en comics, il se passe quelque chose de grave : la torture et le handicap de Barbara (The Killing Joke), la torture et l’assassinat de Jason Todd (Un deuil dans la famille), ce qui a causé de profonds traumatismes et ce même si Jason n’était pas vraiment mort (enterré vivant, wouhou fun) et que Barbara est parvenue à remarcher après des mois de rééducation.

Ces évènements ont eu lieu de façon très espacée dans le temps et dans les parutions, si bien qu’ils ont été commis par des Joker dont le style (pas seulement visuel) avait évolué au gré des besoins des différentes histoires. D’où l’origine de l’idée qui est plutôt bien exploitée ici. Le flou persiste : qui est le Joker d’origine ? Combien de Joker y aura-t-il eu en tout ? Pourquoi chercher à en créer un nouveau ? Les réponses se trouvent dans ce one-shot.

C’est aussi l’occasion d’évoquer les tourments de Jason, les obsessions de Bruce, la droiture morale de Barbara ainsi que la quête de rédemption qui n’a pas toujours les effets escomptés… J’ai beaucoup apprécié les planches finales, que ce soit la conclusion entre Bruce et le Joker (si on peut appeler ça ainsi) ou la façon dont un concours de circonstance empêchera Jason de recevoir l’aide dont il a besoin. Il y a dans ce comics un côté vain, un brin cruel, que j’ai trouvé passionnant.

Scénario : Geoff Johns
Dessinateur : Jayson Fabok
Informations éditoriales : Urban Comics.

À bientôt pour d’autres bulles dans l’ombre !

Colonie Kitej : Afterwave – Vincent Mondiot & Élodie Denis

Afterwave est un volume intermédiaire au sein de la trilogie Colonie Kitej écrite par Vincent Mondiot et édité (si on peut dire…) par les Saisons de l’Étrange. Il contient cinq nouvelles se déroulant entre Toute entrée est définitive, dont je vous ai précédemment parlé sur le blog, et Élections et exécutions, la suite qui se trouve dans ma PàL.

Mais avant toute chose… 
Au départ, honnêtement, je ne voulais pas écrire d’article sur mon blog à propos de ces titres parce que ça donne de la visibilité à une initiative éditoriale qui, selon moi, n’en mérite pas vu le peu de considération qu’elle semble (c’est ce que je constate de l’extérieur en tout cas) avoir pour ses propres titres (aucune annonce pour la sortie officielle, mauvais suivi pour les envois aux contributeurs, etc.). Mais j’apprécie Vincent. J’apprécie son travail. Et je suis autrice moi-même. Je sais ce que ça fait d’écrire un titre « dans l’eau », un titre qui nous tient à cœur parce qu’on y a mis notre âme, qu’on y a mis tout ce qu’on aime, tout ce qu’on est, pour lequel on ressent une profonde fierté, mais que personne ou presque ne va lire, sur lequel personne ou presque ne va écrire, parce qu’invisible dans la masse. C’est le jeu de l’édition, me direz-vous. Sauf qu’ici, Kitej n’a même pas eu le début d’une chance… Et merde, c’est injuste.

Alors aujourd’hui, j’enfile ma cape et mes collants (de modératrice) j’écris ce billet pour soutenir un auteur que j’aime et lui montrer que oui, ses textes valent le coup qu’on écrive une chronique à leur sujet. J’écris pour Vincent et pour vous encourager à le suivre LUI directement. Il prépare des surprises sympas pour cette année, ce serait dommage de rater ça :  Son facebookson twitterson blog.

4

Rentrons dés à présent dans le vif du sujet ! Parce qu’on est là pour parler littérature, au départ, quand même.

Niveau 1.18,5 : la voie du modérateur.
Ce texte d’introduction multiplie les points de vue. Le lecteur retrouve Mme Azul qui désespère d’avoir rouvert son bar, rencontre Arthur Bones alias Skull, un modérateur plutôt extrême ainsi que deux criminels à la petite semaine. L’intrigue est assez linéaire mais sert surtout à poser une ambiance et à illustrer un peu plus dans le détail la profession de modérateur, sorte de vigilant qui se chargent de faire vaguement respecter une forme de justice sur la colonie Kitej.

Pour vous donner une petite idée du ton, voici comment se conclut ce texte: « (…) le nombre de modérateurs dans la colonie spatiale Kitej était estimé à deux mille cent individus, pour une population totale de six millions d’habitants. Parmi ces modérateurs, seuls quarante-neuf détenaient une licence professionnelle accordée par la Mairie. »

Chaque nouvelle s’achève d’ailleurs par un paragraphe en italique qui donne une information surprenante, un brin ironique et surtout qui prête à sourire (si on aime l’humour noir).

Niveau 1.2 : Kitej Plage
Probablement la nouvelle qui m’a le plus parlée. On y rencontre Hayden Tegan, amie de Soraya (une des principales protagonistes du premier volume) qui se désespère des idées débiles de la Mairie (après, j’admets, Kitej Plage, il fallait l’oser… ) et porte un regard plutôt cynique sur le monde.

Hayden est une jeune adulte, avec des réflexions et des considérations propres à son âge. Elle est pourtant très touchante dans sa colère et sa rébellion intérieure. C’est une nouvelle à taille humaine, qui parle d’amitié et du passage à l’âge adulte, de l’angoisse du futur. Un thème qu’on va retrouver dans le texte suivant.

Niveau 1.3 : Afterwave
Dieter Papadiamandis est le plus célèbre DJ de Kitej, connu sous le pseudonyme de Saintish. Comme beaucoup d’artistes, il a l’impression que son activité est vaine et semble souffrir d’une forme de dépression. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une forme de catharsis de la part de l’auteur ? Dans ce texte, on le retrouve aux côtés d’Ariane, une fan qui semble au départ avoir juste envie d’un contact sexuel avec lui (c’est la manière polie de dire qu’elle lui demande toutes les deux minutes s’il a envie qu’elle le suce) mais avec qui il partagera finalement bien davantage.

C’est un texte assez touchant sur le passage du temps, le sens de la vie et le fait de se contenter des petites choses pour être heureux. Si Ariane m’agaçait au départ dans sa manière de tout ramener au sexe, j’ai finalement vu davantage derrière ce personnage. L’esquisse est subtile, c’est un texte qui comporte beaucoup de non-dits mais aussi d’émotions, du moins j’en ai ressenti en le lisant. Une belle réussite !

Niveau 1.4 : Dentaculaire (par Élodie Denis)
Dans ce texte, le seul du recueil qui ne soit pas écrit par Vincent Mondiot, on retrouve Soraya et Guillermo, personnages principaux de Toute entrée est définitive, dans une enquête qui va leur faire rencontrer un nouveau modérateur justicier et qui va évoquer la cause animale sur la colonie… un sujet que je n’aurais pas pensé être abordé ici !

C’est également le texte le plus long, un peu plus de 40 pages. Je n’ai pas grand chose à en dire car je l’ai trouvé divertissant mais sans plus. Il lui manquait la portée émotionnelle des deux précédents pour vraiment réussir à me toucher.

Niveau 2.1,5 : ni juge ni bourreau
Ce texte est très court, huit pages à peine, et me fait plutôt l’impression d’un prologue ou d’un teasing, d’une mise en bouche quoi, pour Élections et exécutions (le second tome de Colonie Kitej) plutôt que d’une nouvelle au sens classique du terme car les dernières lignes ne terminent rien, que du contraire ! Elles lancent le tout et donnent envie de découvrir ce qui va se passer…

Et pourquoi pas, d’ailleurs ? Il n’a jamais été annoncé nulle part sur cet ouvrage qu’il s’agissait uniquement de nouvelles au sens classique du terme.

La conclusion de l’ombre :
Ce volume intermédiaire et bonus de Colonie Kitej est un divertissement efficace qui permet de se plonger davantage dans l’univers désenchanté imaginé par Vincent Mondiot. C’est sombre, étouffant mais c’est aussi terriblement humain, avec plein d’action et une esthétique toujours indubitablement influencée par le manga. À consommer sa modération (ni modérateur, si vous tenez à la vie).

logochallenge
+5 nouvelles
Avancée du challenge : 27 nouvelles lues.
Bonus : Lire un auteur francophone + lire un texte qui se passe dans une ville spécifique.

Dans la toile du temps – Adrian Tchaikovsky

1
Dans la toile du temps
est un roman de hard SF écrit par l’auteur anglais Adrian Tchaikovsky et traduit en français par Henry-Luc Planchat. Publié chez Folio SF dans sa version poche, vous le trouverez dans toutes les bonnes librairies au prix de 9.80 euros.

Dans la toile du temps est un roman qui se déroule sur une très longue période de temps que l’on comptera en siècles et même en millénaires. Il se divise en sept parties plus un épilogue qui ouvre la voie à davantage. On sait aujourd’hui qu’une suite est parue chez De Noël, intitulée Dans les profondeurs du temps, j’attends d’ailleurs sa version poche pour la lire histoire que ce soit raccord dans ma bibliothèque. Au sein de chaque partie, la narration alterne entre deux points de vue : celui des humains et celui des araignées.

Pour plus de clarté, ma chronique sera divisée de la même manière.

Du côté des humains :
Avrana Kern a quitté la Terre à la tête d’une mission de terraformation. Son but est de trouver une planète viable sur laquelle faire se développer des singes auxquels elle aura injecté un nanovirus afin d’accélérer leur évolution. Malheureusement pour elle, son projet ne fait pas l’unanimité et un évènement l’empêchera de le mener à bien. Pourtant, le nanovirus arrivera tout de même sur la planète et infectera une espèce surprenante : l’araignée portia labiata.

Bien des siècles plus tard, le vaisseau Gilgamesh quitte une planète Terre devenue inhabitable. À son bord se trouvent les derniers représentants de l’humanité, pour la plupart cryogénisé, partis à la recherche d’une nouvelle planète où s’établir. Au sein de ce vaisseau, on suivra principalement le linguiste Mason Holsten et on se rendra compte que bien des évènements se sont déroulés depuis la période où vivait Avrana Kern…

Ce qui se passe à bord prend du temps. L’action est rythmée par l’éveil et la mise en cryogénisation de Mason, qui est rappelé pour affronter certains types d’évènements importants. Plusieurs siècles se déroulent parfois entre deux crises, un temps dont Mason n’a pas biologiquement conscience, ce qui sera l’une des grandes thématiques du livre, en particulier au moment où un autre type de population va se répandre sur le vaisseau.

Je n’en dis pas plus afin de vous laisser le plaisir de la découverte.

Du côté des araignées :
Les chapitres concernant les araignées sont denses sur le plan des informations dispensées mais également passionnants. C’est particulièrement dans ces chapitres, selon moi, qu’on sent l’aspect hard-sf car l’auteur a pensé à tout et le montre. N’oublions pas qu’hard-sf ne signifie pas forcément difficile d’accès, son nom est trompeur ! Comme le rappelle Apophis dans son guide de lecture sur la Hard-SF : « ce qui définit avant tout la Hard SF, c’est son respect des théories scientifiques / des lois physiques telles qu’elles sont formulées ou comprises au moment de la rédaction du livre concerné. » et c’est bien le cas pour Dans la toile du temps puisque Tchaikovsky imagine de quelle manière une espèce d’araignée pourrait évoluer avec l’aide d’un nanovirus créé par l’humanité tout en restant cohérent avec la biologie et le comportement de l’espèce en question. Le lecteur rencontre la portia labiata alors qu’elle commence seulement à s’éveiller à la conscience puis, au fil des chapitres, il la voit évoluer en suivant un chemin semblable et pourtant différent de celui de l’humanité, sur tout un tas de points : biologique (cela semble évident), social, psychologique, scientifique, technologique, religieux… Le qualificatif qui me vient à ce stade, c’est brillant. Rien n’est laissé au hasard, j’ai rarement été confrontée à un tel souci du détail.

Des centaines si pas des milliers de génération d’araignées se succèdent au fil du roman. Le lecteur retrouve toujours Portia, Bianca et Fabian, qui descendent des araignées du même nom rencontrées au début du livre et développent chacun.e des fonctions propres au sein de cette société, fonctions qui diffèrent selon la génération. Plusieurs éléments sont assez remarquables, comme le fait qu’il s’agisse d’une société matriarcale où les mâles sont peu voir pas considérés. Cela est totalement logique pour des araignées. Tchaikovsky renverse ainsi une problématique qui traverse notre propre Histoire (celle du sexisme) en mettant les mâles dans le rôle des femelles, illustrant d’une manière très efficace les absurdités du sexisme et la manière dont il serait possible d’en sortir. L’idée est simple et pourtant magistrale dans son exécution.

Tout est passionnant chez ces araignées car en tant que lecteur humain, on ne peut s’empêcher de décortiquer leur évolution, les points de divergence avec notre société, nos technologies, et s’émerveiller de l’inventivité de l’auteur. Tchaikovsky s’éloigne du récurent anthropocentrisme pour montrer qu’il est possible d’écrire autre chose, autrement.

Je précise que je ne suis pas une grande fan de ces petites bêtes et c’est ce qui m’a fait, en partie, repousser la lecture de ce livre. Pas d’arachnophobie mais un malaise en leur présence, c’est certain. Pourtant, ça n’a pas gâché ma lecture, que du contraire. Je les vois même autrement, c’est dire ! Bon, j’espère quand même que les araignées du salon garderont une taille raisonnable…

La jonction.
Pour quelqu’un qui s’intéresse ou étudie la communication, ce roman possède une richesse extraordinaire et pourrait servir de support de cours. Il détaille et met en scène les difficultés possibles d’un premier contact entre deux espèces qui ont des cadres de référence et des modes d’expression totalement différents en rappelant à chaque instant que la notion d’intelligence est finalement relative. Ce texte met aussi en avant les défauts de l’humanité en les illustrant à travers différents points de l’intrigue. Prenons l’avant dernière partie où les araignées et les humains entrent en conflit pour le monde de Kern. L’humanité avait la possibilité d’essayer de tenter la cohabitation mais la conviction ancestrale que les araignées chercheront forcément à se comporter comme eux jadis et donc seraient des êtres en qui on ne peut avoir confiance font qu’ils choisiront l’attaque, avec les résultats que l’auteur vous révèlera. Pure projection culturo-centrée…  Finalement, Tchaikovsky montre que si nous, en tant qu’humains, réagissons d’une certaine manière c’est parce que nous sommes conditionnés ainsi par des siècles, des millénaires, d’Histoire.

La conclusion de l’ombre :
Dans la toile du temps est un roman de hard-sf abouti et brillant. Sans sacrifier les personnages ou le rythme de l’intrigue, comme certain.e.x le craignent quand il s’agit de hard-sf, Tchaikovsky propose un texte riche de thématiques diverses et montre l’évolution d’une espèce en parallèle de l’humanité, permettant de décortiquer notre propre passé mais aussi notre comportement. J’ai rarement lu un roman d’une telle ampleur et je ne peux que le recommander chaudement au plus grand nombre.

D’autres avis : Le culte d’ApophisL’épaule d’OrionGromovarAlbedoLorkhanXapurLe MakiAu pays des cave trollsLe dragon galactiqueMondes de poche – vous ?

À l’ombre de 2021 – mon bilan annuel

Bonne année à tous.tes.x !

J’espère que vous avez passé un bon réveillon et que 2022 a bien commencé pour vous. Ce premier article de l’année me donne l’occasion de revenir sur 2021, qui a été plutôt riche en changements, comme vous allez le constater… C’était la 5e année d’existence du blog qui a ouvert en mai 2017. Il entame donc sa 6e année, ce qui donnera lieu à de nouveaux articles et de nouveaux concepts auxquels je réfléchis toujours.

L’ombre des nombres :
On va commencer avec des statistiques et une capture d’écran du nombre de vues, de visites, de commentaires, bref… La totale !

stat blog

Malgré cinquante articles en moins qu’en 2020, les statistiques du blog sont en augmentation au niveau de la fréquentation comme des échanges. Voilà qui fait plaisir ! Bien entendu, en comparaison des chiffres réalisés par d’autres blogpotes, c’est presque ridicule mais si j’en avais quelque chose à faire, ça se saurait ! Je tiens ce blog uniquement pour partager des lectures enthousiasmantes ainsi que des réflexions sur le milieu littéraire. C’est un hobby pour lequel je n’ai aucune autre ambition. Après, je ne vais pas faire comme si votre présence ne comptait pas pour moi car c’est tout le contraire. Je suis reconnaissante pour chaque visite, chaque lecture, chaque commentaire posté par mes visiteur.euses.x ! Merci mille fois.

Revenons en aux statistiques. L’article le plus lu, après la présentation du #ProjetOmbre, est mon coup de gueule sur l’absence de tomaison dans certaines sagas. C’est l’article qui a généré le plus d’interactions, preuve que le sujet intéresse les lecteur.ices.x et que je dois continuer à râler (à ronchonner !) quand cela se justifie. Ça me motive à libérer ma parole.

La chronique la plus lue est celle qui concerne le tome 8 de Blue Flag, 11 de Tokyo Revengers et 6 de Chobits (donc à l’ombre du Japon #35), probablement parce que je pousse de nouveau un petit coup de gueule (vous aimez ça, en fait, j’ai l’impression) dedans. Pour la chronique roman, c’est Numérique de Maria et Sergueï Diatchenko qui est en tête et ça se comprend vu la qualité du titre.

Les blogpotes grâce à qui je reçois le plus de monde sont, dans l’ordre : Les lectures du Maki, le culte d’Apophis (quel divin honneur !) et l’amie Lutine. Merci beaucoup ♥ Les plus bavard.es.x sont l’Apprenti Otaku (largement en tête !), Light and Smell ainsi que Lilysatis, un tout grand merci à vous également ainsi qu’à toutes les personnes qui me lisent dans l’ombre ou qui ont moins de chose à dire. Je vous vois avec les stat’ et ça me fait vraiment plaisir.

Quant à savoir d’où on me lit et bien très largement en France et en Belgique, ainsi qu’aux États-Unis dans une proportion surprenante ! Je ne me l’explique pas.

Dans l’ombre de l’ombre :
Qu’ai-je fait durant cette année ? Tout un tas de choses… L’une des plus marquante a été ma tentative d’organiser un challenge littéraire qui aura tenu six mois avant que je n’abandonne pour diverses raisons détaillées dans ce billet. Ce challenge a d’ailleurs été repris par l’amie Trollesse, je vous invite à y jeter un œil.

2021 aura aussi été l’année où j’ai définitivement arrêté toute forme de services presses. Je n’ai finalement pas écrit d’article sur le sujet pour expliquer les raisons de ma décision (peut-être un jour…) toutefois je dois bien avouer que j’en suis grandement soulagée. Je me sens régulièrement noyée par la production littéraire actuelle et ne plus recevoir sans arrêt l’avalanche de nouveautés me permet de me distancier plus facilement pour découvrir des titres plus anciens ou de prendre davantage de temps pour relire des titres marquants pour moi. Ça m’a été bénéfique en tout cas, je n’ai aucun regret.

En 2021, d’ailleurs, j’ai relu plusieurs séries avec des résultats plus ou moins probants mais l’expérience a toujours été enrichissante ! C’est aussi quelque chose de marquant pour moi puisque les seuls romans que j’avais relu dans ma vie jusqu’ici, c’était la saga Harry Potter… Je me suis ainsi rendue compte de la richesse qu’apportait ces relectures mais aussi son lot de frustration, notamment quand je me suis relancée sur Tokyo Ghoul

L’ombre en 2022 :
L’année dernière, j’avais trois objectifs : lire Dune, lire davantage en anglais et organiser un challenge littéraire. J’ai lu Dune, j’ai un peu lu en anglais (mais pas assez, par contre j’ai passé toutes mes séries – sauf les médicales- et tous mes films en VO et bon sang quel pied) et j’ai organisé un challenge. Objectifs atteints !

Pour 2022, voici ce que je souhaite faire :
Découvrir Ursula K. Le Guin, ce qui tombe bien car j’ai acheté la Main Gauche de la Nuit dans sa nouvelle édition chez Ailleurs et Demain. J’entends beaucoup parler de cette autrice et de son importance au sein de la littérature de l’imaginaire, ce sera donc l’occasion !
Lire le cycle Fondation d’Isaac Asimov, après le grand succès qu’a été Le robot qui rêvait, je me sens prête à m’attaquer à ce monument de SF.
Relire Terra Ignota d’Ada Palmer pour aborder le grand final dans les meilleures conditions possibles. Cela va probablement m’occuper quelques semaines et se faire fin d’année, quand le Bélial sortira la seconde partie du tome 4.

Je souhaite également acheter davantage au format numérique parce que je suis lassée d’empiler dans des caisses pour donner des romans qui, souvent, m’ont coûté une vingtaine d’euros. Je trouve que ce n’est pas écologique, sans compter que souvent, les droits d’auteur sont plus élevés sur le format numérique (vu que moins de frais). Cela me permettra de diminuer mes coûts tout en remplissant ma bibliothèque avec des livres papiers que je souhaite vraiment conserver pour un jour les lire.

Enfin, j’ai prévu d’explorer en profondeur le catalogue de deux maisons d’édition : 1115 et YBY ! Je ne l’ai pas suffisamment fait à mon goût en 2021 alors qu’ils ont des textes qui me correspondraient très bien vu qu’ils font beaucoup de format court… Voilà une bonne résolution littéraire, non ?

Les lectures de l’ombre en 2021.
Je ne vais pas revenir dessus dans le détail, puisque je vous ai écrit un billet reprenant 20 titres, tout support et format confondus, des lectures les plus enthousiasmantes de l’année. Mais arrêtons-nous sur quelques statistiques… Quels sont mes chiffres de lecture ?

52 romans -> soit 22 de moins que l’année dernière.
122 nouvelles / novellas -> soit euh… une centaine de plus que l’année dernière ? Probablement moins parce que j’avais distingué les anthologies des nouvelles unitaires, ce que je n’ai pas fait cette année puisque j’ai compté chaque texte indépendamment, sans distinguer sa provenance.
124 mangas -> soit 25 de moins que l’année dernière et, dans le lot, un certain nombre de relectures. Il y a aussi eu pas mal de déceptions et d’abandons à l’exception de mes séries fétiches.
11 comics -> soit 3 de plus que l’année dernière.
19 BDs -> si je me fie à mon bilan de 2020, je n’avais lu aucune BD l’année dernière ! Dingue. On peut donc parler de croissance exponentielle.
5 non-fiction -> soit 2 de plus que l’année dernière.

Je n’ai pas calculé la parité auteur / autrice / non-genré mais je sais que je lis beaucoup d’autrices francophones et plus d’auteurs anglophones. Un jour, si je me prends de passion pour les maths, les statistiques et les graphiques, promis, je compterais mieux !

En soi, ce ne sont que des chiffres et je ne me mets jamais d’objectifs de lecture du genre lire x romans par an. Je trouve ça inutile, je préfère lire moins et mieux ou ne pas lire si je n’en ai pas l’envie. Par contre, un fait qui me saute aux yeux et me réjouit, c’est que je diversifie mes supports de lecture en laissant une plus grande place au format graphique et que je lis beaucoup plus de format court, auquel je suis complètement accro. Encore une fois, merci au Maki pour ça.

Et enfin, j’ai lu beaucoup plus de science-fiction ! J’en suis très contente car j’ai ainsi ouvert mes horizons. J’ai aussi beaucoup appris sur le genre et les sous-genres de la SF, que je continue de l’étudier afin d’un jour m’y lancer en tant qu’autrice mais aussi, tout simplement, me cultiver.

Voilà, ce bilan se termine déjà ! J’espère que sa lecture vous a plu et qu’on se reverra tout au long de l’année 2022.

Je tenais à tous.tes.x vous remercier de me suivre et de me lire, je vous souhaite le meilleur pour l’année à venir ♥

À l’ombre de 2021 – mes meilleures lectures de l’année

Bonjour à tous.tes.x !

2021 touche déjà / enfin à son terme, il est donc temps de suivre la tendance générale et d’écrire un billet au sujet des lectures les plus marquantes, pour moi, de cette année. J’en ai sélectionné 20, tous genres et supports confondus. Les romans vont donc côtoyer les ouvrages graphiques dans un ordre non pas de préférence mais bien chronologique… Pour cela, j’ai écumé mon thread lecture sur Twitter et je dois dire qu’il s’est révélé très pratique pour ma mémoire. Je précise aussi que cet article ne se restreint pas aux sorties de 2021. Certains titres sont antérieurs mais ont été lus cette année.

11
Peau d’Homme est un véritable bijou de modernité (alors même que l’histoire se passe à la Renaissance italienne) qui aborde les thématiques de liberté de la femme, traite de la communauté LGBTQIA+ avec respect et bienveillance tout en transmettant des messages importants, en plus d’inviter à une prise de conscience sur nos habitudes culturelles genrées. L’ouvrage compte 160 pages et bouillonne de bonnes idées, de justesse et de richesse. J’ai adoré et je le recommande plus que chaudement !
Lire ma chronique complète.

14
Un comics davantage axé sur la psychologie et le réalisme même si les frontières de la réalité sont justement brouillées. Le fond comme la forme sont réussis. Je le recommande chaudement si ce personnage vous intéresse ou si vous aimez les personnalités psychologiques complexes qui vous collent des frissons par l’ampleur de leur folie. Je précise également qu’il n’est pas utile d’être fan ou très renseigné sur l’univers Batman pour profiter de cette œuvre.
Lire ma chronique complète.

4
Sans doute la série la plus prometteuse de cette année 2021. Elle compte déjà six volumes et six coups de coeur pour moi. J’attends chaque tome avec une impatience grandissante tant tout est réussi dans cette adaptation (il s’agit d’un roman à la base). À découvrir de toute urgence chez Ki-oon.
Lire ma chronique du premier tome.

18
Un OLNI sur les luttes sociales avec des inspirations qui me parlent. Ce premier tome de la Machine remplit bien ses objectifs en posant un univers réaliste proche de l’Espagne des années 1930 tout en le plaçant dans un monde alternatif au nôtre afin de pouvoir prendre quelques libertés. Cette allégorie politique fonctionne très bien, tout comme son ambiance hispanique et ses personnages très humains auxquels on s’attache rapidement. Je n’ai qu’un regret à l’heure actuelle : ne pas pouvoir enchainer avec la suite ! Je vous recommande vivement ce roman mais attention, si vous cherchez de l’imaginaire à la sauce surnaturelle, alors passez votre chemin car il n’y en a point ici.
Lire ma chronique complète.

32
Ballade pour Sophie est une bande-dessinée qui raconte la vie (fictive) de Julien Dubois. Cet ancien artiste à succès se confie à une journaliste, Adeline Jourdain, sur un grand secret de son passé en la personne de Frédéric Simon, musicien talentueux et mystérieux qu’on ne voit finalement qu’à travers le regard des autres. Narrée entre passé et présent, cette bande-dessinée parle de musique, bien entendu, mais aussi de succès, de repentir et des excès de la rivalité. Magnifiquement dessinée, précisément scénarisée, elle instille chez son lecteur un large panel d’émotions.
Lire ma chronique complète.

15
La sorcellerie est un sport de combat est un roman d’urban fantasy décapant avec des héroïnes qu’on aimerait avoir comme copines. Lizzie Crowdagger propose un chouette texte bourré d’action et d’humour sans oublier la question de la représentation qui fait souvent défaut au sein de ce genre. Une preuve, s’il en fallait, que l’autoédition a de beaux jours devant elle en francophonie car on y trouve des œuvres comme celle-ci qui apportent une bouffée d’air au genre de l’urban fantasy.
Lire ma chronique complète.

18
Qu’arrive-t-il aux parents des enfants qui partent sauver d’autres mondes imaginaires ? Voilà la question que se pose Josep Busquet et qu’il met en scène dans son histoire à travers le drame vécu par la famille Hawkins. L’idée est originale, l’exécution magistrale et le dessin parfaitement accordé à l’ensemble. Cette BD est à lire absolument.
Lire ma chronique complète.

11
En 350 pages, voilà ce que parvient à écrire Jean Laurent Del Socorro : un roman historique avec une pointe de magie, qui plonge son lecteur au milieu des guerres de religion en adoptant un point de vue humain, de celles et ceux qui en subissent les conséquences au quotidien, bien loin des puissants et de leurs intrigues. L’auteur reste en cela fidèle à lui-même et l’épilogue de ce bijou a ravi la passionnée d’Histoire de France en moi.
Lire ma chronique complète.

Cette année, j’ai lu pas mal d’UHL mais deux titres ont particulièrement su me toucher et m’enthousiasmer. Ils n’ont pourtant pas grand chose en commun… Et si je recommande la collection dans son ensemble de manière générale, je vous invite à vous pencher plus particulièrement sur ces deux-ci.
Ma chronique sur Le fini des mers / Ma chronique sur Retour sur Titan.

3
L’Apocalypse selon Sandra est un one-shot de zombie post-apo que j’ai lu avec grand plaisir alors même que je n’aime pas ce genre littéraire. Céline Saint-Charle a effectué un travail remarquable autant sur le fond que sur la forme, proposant une protagoniste à l’évolution psychologique minutieusement soignée qui se déplace malgré elle au sein d’une horde de zombies, renversant le point de vue habituel de ce type d’histoire pour voir si ces créatures n’auraient pas, par hasard, mieux à offrir que l’Humanité. Un roman surprenant à lire absolument !
Lire ma chronique complète.

5
La princesse au visage de la nuit est un one-shot fantastico-policier dont l’intrigue principale prend place dans le village de Saint-Cyr, en France. Hugo, enfant battu et survivant d’une nuit d’horreur dans la forêt, doit retourner sur place à la mort de ses parents et affronter les spectres de son passé. De prime abord, on pourrait craindre un texte vu et revu mais ce serait mal connaître David Bry qui déploie tout son talent pour proposer une intrigue efficace dotée d’une ambiance sombre, soignée, accolant ainsi à son roman le qualificatif de page-turner.
Lire ma chronique complète.

10
Contes hybrides est selon moi un recueil de grande qualité. Lionel Davoust propose trois histoires courtes dans chacun des grands genres littéraires de l’imaginaire, rappelant ainsi son talent pour ce format qui n’était déjà plus à prouver depuis Les questions dangereuses. Je me suis interrogée quant à la pertinence d’associer ces trois récits les uns aux autres mais, en y repensant, chaque histoire aborde un aspect de l’imaginaire et met en garde le lecteur sur l’importance de préserver le rêve, la magie mais aussi les cultures anciennes.
Lire ma chronique complète.

3
La fabrique des lendemains est un recueil de très grande qualité où, selon moi, aucune nouvelle n’est à jeter. On en trouve certaines plus intimistes, d’autres davantage portées sur l’action mais chacune possède un fond solide, un propos fort et des personnages intéressants. Je suis époustouflée par la manière dont Rich Larson gère le format court et j’espère que le Bélial a prévu la publication d’autres recueils du même genre. C’est, à mon sens, un indispensable pour tout qui aime la science-fiction moderne et / ou si vous devez / voulez convaincre quelqu’un que ce genre littéraire a encore de très beaux jours devant lui (au cas où il fallait encore le prouver…)
Lire ma chronique complète.

14
On a tendance à croire que le young adult ne se marie pas bien avec le genre horrifique mais Alex Bell démontrera efficacement le contraire à tous.tes les sceptiques. J’ai eu un coup de cœur pour ce livre !
Lire ma chronique complète.

16
Ce roman est beau, voilà. Une beauté touchante qui laisse sa marque sur notre cœur en papier, fin et fragile. Terry Brooks écrivait à son sujet qu’il vous redonnera foi en l’humanité et je trouve qu’il a parfaitement raison. C’est l’un des plus beaux livres que j’ai pu lire de ma vie.
Lire ma chronique complète.

11
Une intégrale au format BD d’une incroyable richesse qui donne des leçons d’écriture sur le format court. Le concept est simple : un psychiatre se rend dans un asile pour discuter avec le majordome de Green Manor qui semble devenu fou. Celui-ci va raconter une série d’histoires dont « il » aurait été témoin à travers les années d’existence de ce club pour gentlemen. Les temporalités se mélangent mais on est grosso modo entre les 18e et 19e siècle.
Lire ma chronique complète.

11
Un ouvrage in-dis-pen-sable pour tout qui souhaite en apprendre plus sur les transidentités et remettre en question ses conceptions culturelles. J’y ai appris énormément sur tout un tas de sujets. Ce livre est trop riche pour que je puisse le résumer en quelques lignes donc je vous invite vraiment à lire ma chronique complète pour vous faire une idée.

8
Je dois dire que j’avais des appréhensions avant de me lancer dans la découverte d’un géant comme Asimov, dont j’entends parler depuis des années. Je craignais qu’il ait mal vieilli, j’avais peur de trouver beaucoup de sexisme dans ses textes ou des propos datés mais il n’en est rien. La plupart des nouvelles pourraient avoir été écrites de nos jours. La maîtrise de l’auteur m’a beaucoup impressionné et je vais continuer à découvrir sa bibliographie sans tarder !
Lire ma chronique partie 1partie 2.

12
Je n’ai pas encore écrit d’article au sujet de White Knight mais je ne pouvais pas ne pas parler de ce volume qui concerne Harley dans cet univers si particulier où le Joker a pu brièvement soigner ses névroses au point de devenir le chevalier blanc, pendant du chevalier noir qu’est Batman. Cette réécriture est passionnante, soignée à tous les niveaux et très crédible. Si vous ne connaissez pas encore, sachez qu’il y a actuellement 3 tomes (qui se suivent sans se suivre, on peut les comprendre indépendamment mais c’est mieux de tout lire) et que chacun d’eux est un bijou même si j’ai un peu moins aimé le second.

Enfin, je me suis ici concentrée ou sur des one-shot ou sur des premiers tomes… Mais 2021 a aussi été l’année où Ada Palmer a sorti son troisième tome (et la fin de Terra Ignota en anglais, à venir l’an prochain au Bélial) qui a été un régal, où Audrey Alwett a publié le tome 2 de Magic Charly qui est un bijou, où Marina et Sergueï Diatchenko ont été traduit par l’Atalante avec Numérique, suite informelle de Vita Nostra mais que je compte en série tout de même tant que je n’aurais pas lu le 3e et enfin, où Scalzi a terminé l’Interdépendance, encore chez l’Atalante, une trilogie plus que réjouissante.

Je trouvais que mon année littéraire de 2021 n’était pas géniale car j’ai abandonné beaucoup de livres, j’ai eu quelques coups de gueule et pannes de lecture, mais quand je relis ce bilan je trouve que je ne m’en sors pas trop mal et que j’ai découvert des titres vraiment enthousiasmants. Comme quoi, les bilans de fin d’année, ça aide aussi pour ça !

Et vous, qu’est-ce que ça a donné ? 🙂

Le robot qui rêvait – Isaac Asimov (2/2)

Bonjour à tous.tes.x !

Début du mois, j’ai commencé la lecture du recueil « Le robot qui rêvait » d’Isaac Asimov publié chez J’ai Lu au prix de 8 euros et j’avais décidé de couper en deux ma chronique, pour des raisons pratiques. Voici donc mon retour sur les 9 derniers textes (sur 19). Si vous souhaitez savoir ce que j’ai pensé des dix premiers, rendez-vous ici.

8
Les nouvelles :
Est-ce que l’abeille se soucie ? :
Cette nouvelle compte à peine quelques pages. On y rencontre Kane, qui travaille à la construction d’une fusée (ou d’un vaisseau) et qui s’y cache lors du décollage afin de partir dans l’espace. Pour quelle raison ? Difficile d’en dire davantage sans gâcher le twist donc je vais m’abstenir. C’est court mais ça suffit et ça remet encore une fois en question la raison des progrès humains. En cela, Est-ce que l’abeille se soucie ? rejoint le concept de Gestation et du Plaisantin dont je vous ai parlé dans mon autre billet.

Artiste de lumière :
Mrs Lardner est une dame plutôt riche connue pour ses sculptures de lumière, qu’elle créée sans autre raison que le plaisir de l’art. C’est aussi une personne qui aime les robots, elle les traite bien et les considère comme des êtres pensants. Alors quand un ingénieur se permet de venir en régler l’un des siens derrière son dos… Autant dire que Mrs Lardner ne va pas le prendre bien du tout.

De nouveau, ce texte ne compte que quelques pages et est plutôt amusant sur son ton et son ironie. Le ton, justement, m’a évoqué le genre du conte. J’ai trouvé l’ensemble inspiré et plaisant.

La sensation du pouvoir :
Dans un monde où les ordinateurs font tous les calculs, un homme invente un procédé pour calculer… De tête ! Asimov renverse le principe du progrès par la technique en imaginant que l’homme se libère des machines. L’idée est toute bête mais je l’ai trouvé brillante. Le déroulement de la nouvelle m’a provoqué un sentiment d’incrédulité, en constatant de quelle manière les scientifiques concernés se sentent de plus en plus puissants en développant l’autonomie de leurs cerveaux, en les affranchissant de la machine. La nouvelle date de 1958 mais on aurait très bien pu l’écrire aujourd’hui tant sa thématique est toujours très actuelle…

Mon nom s’écrit avec un s :
Et si changer une seule lettre de son nom de famille permettait à un physicien de connaître le succès tant espéré ? Il n’y croit pourtant pas quand le numérologue que sa femme l’oblige à consulter le lui conseille… Et il n’agit pas tout de suite. Pourtant, la transformation d’un Z en S va enclencher une série d’évènements complètement inattendus. C’est presque trop gros, pourtant ça fonctionne très bien.

Ce texte joue sur la paranoïa de la guerre froide avec habilité, je l’ai trouvé très astucieux dans sa construction et dans son déroulement. Une fois de plus, Asimov démontre sa maîtrise du format court…

Le petit garçon très laid :
Une technologie récemment développée permet de ramener un petit garçon de la préhistoire. Une infirmière est chargée de s’en occuper pendant que les scientifiques se passionnent d’abord pour la physiologie du petit garçon, puis pour son évolution psychologique. Le texte se déroule sur plusieurs années et montre l’évolution du projet mais aussi celle des considérations du groupe. Car quand la technologie en question se développe au point de pouvoir ramener quelqu’un de l’Histoire, on se désintéresse soudain du pauvre Timmie, dont la présence même pose un problème. En effet, pour ancrer quelque chose du passé dans le présent, il faut une quantité phénoménale d’énergie et cette personne ou cet objet, cet animal, est cantonné à un seul endroit, prisonnier. Du coup, il est temps pour Timmie de repartir d’où il vient, peu importe qu’il ait passé des années dans notre présent à s’instruire, à apprendre la langue, etc.

La nouvelle est écrite du point de vue de l’infirmière, Miss Fellowes, qui est engagée pour s’occuper de lui. L’évolution de leur relation et des sentiments maternels que l’enfant lui inspirent est très crédible et touchante. Même si j’avais deviné la manière dont ça tournerait avant la fin, j’ai tout de même trouvé de texte poignant et d’une grande richesse car il pose finalement la question de ce qu’on est prêt à sacrifier aux avancées scientifiques tout en rappelant que les gens ne sont pas des objets interchangeables.

La boule de billard :
Une nouvelle de hard SF rédigée du point de vue d’un journaliste qui a quelques soupçons au sujet d’une expérience qui a mal tournée. Elle est écrite comme une sorte de journal de notes prises par le journaliste en question, qui raconte la relation entre deux scientifiques, l’un théoricien et l’autre inventeur, l’un reconnu surtout par ses pairs et l’autre, adoré par le grand public, très riche, sorte de Stark avant l’heure si on me permet la comparaison.

Il tente de mettre au point une machine qui simulerait la gravité zéro, alors que son confrère théoricien affirme que c’est impossible. Quand il y parvient, il invite tout le monde à la démonstration… qui tourne mal, comme je l’ai dit. Sympa et bien construit mais pas transcendant non plus pour moi.

L’amour vrai :
C’est le retour du Multivac ! Ou presque car la nouvelle s’intéresse ici à Joe, une partie du programme qu’un scientifique conçoit afin qu’il l’aide à trouver le véritable amour. Pour cela, il lui parle des semaines durant afin de copier sa personnalité dans le programme et lui permettre d’effectuer des recherches sur toutes les femmes du monde, en se basant sur une série de critères. Dans l’esprit du scientifique, si l’ordinateur le connait sur le bout des doigts, il lui trouvera une partenaire compatible à ses goûts.

Mais tout ne se passe pas comme prévu… Une nouvelle moderne qui fait réfléchir sur la numérisation de nos données et de nos personnalités. Elle s’avère plus que bien fichue et je me demande si on n’en a pas tiré des films, ou si c’est l’inverse et Asimov qui s’est inspiré du cinéma…

La dernière réponse :
Murray est mort. Il arrive quelque part où une entité lui annonce qu’il a été choisi pour réfléchir pour l’éternité, parce que ses réflexions vont distraire l’entité en question… L’idée ne plait pas beaucoup à Murray, qui va plutôt réfléchir à un moyen de se délivrer.

Un texte intéressant sur la quête des savoirs et nos raisons de les rechercher. Le texte est construit comme un dialogue philosophique, il se lit tout seul.

De peur de nous souvenir :
John est un homme désespérément moyen jusqu’à ce qu’une injection d’un produit, lors d’une expérience, lui offre la mémoire absolue. Mais mémoire ne signifie pas intelligence… et il va rapidement l’apprendre.

La nouvelle est divisée en plusieurs courts chapitres où on rencontre d’abord John, qui va se marier dans quelques jours, puis sa fiancée, les personnes responsables de l’expérience… On connait donc le personnage avant et après son injection, un produit qui va profondément le changer en lui donnant la folie des grandeurs.

Une très chouette conclusion à ce recueil ! J’ai trouvé le texte ambitieux, rythmé et fascinant, avec une conclusion plus que satisfaisante.

La conclusion de l’ombre :
Avec ce recueil d’Isaac Asimov, je termine ma découverte des fameux Big Three (Asimov, Heinlein et Clark) tous lus au format court. Je dois dire que j’avais des appréhensions avant de me lancer dans la découverte d’un géant comme Asimov, dont j’entends parler depuis des années. Je craignais qu’il ait mal vieilli, j’avais peur de trouver beaucoup de sexisme dans ses textes ou des propos datés mais il n’en est rien. La plupart des nouvelles pourraient avoir été écrites de nos jours. La maîtrise de l’auteur m’a beaucoup impressionné et je vais continuer à découvrir sa bibliographie sans tarder !

Je tiens d’ailleurs à remercier Apophis, sans qui je n’aurais pas franchi le pas.

D’autres avis : pas que je sache mais manifestez-vous si jamais !

logochallenge
+9 nouvelles
Avancée du challenge : 22 nouvelles lues

Une histoire de genres : guide pour comprendre et défendre les transidentités – Lexie

11
Une histoire de genres est un livre écrit par l’autrice Lexie qui possède également un compte Instagram (Agressively_trans) sur lequel elle évoque avec pédagogie les problématiques autour des transidentités. Ce livre est édité par Marabout et vous le trouverez partout en librairie au prix de 19.90 euros.

J’ai découvert ce livre sur le blog Ma Lecturothèque (que je remercie chaleureusement au passage ! ) et je l’ai aussitôt acheté car c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup. Je me considère comme une alliée mais je me suis rendue compte qu’on ne trouvait pas si facilement des informations claires et justes sur le sujet complexe qu’est la transidentité (ou que sont LES transidentités). Il me semblait donc légitime de me référer à un livre écrit par une personne trans, qui sait donc de quoi elle parle, et qui a effectué un vrai travail de recherche et de synthèse sur le sujet, ne se limitant donc pas à une autobiographie ou un témoignage. Je souhaitais apprendre, découvrir et surtout, réfléchir sur mes constructions socio-culturelles.

Ce livre est parfait pour cela ! Il se divise en sept chapitres qui se répartissent ainsi :

Le premier explique ce qu’est « être trans » en insistant sur le fait que le genre n’est pas quelque chose de biologique. C’est culturel et social, à la différence du sexe. Ce sont des principes souvent mélangés et j’avoue que je les mélangeais moi-même avant. C’est aussi là que l’autrice explique qu’il n’y a pas une transidentité mais DES transidentités, et qu’on ne doit pas se focaliser sur la binarité masculin / féminin pour les comprendre. Cela paraît évident mais je me suis rendue compte que je m’y référais souvent malgré tout et quand je discute avec des personnes qui ne comprennent pas le fait d’être genderfluid, par exemple, c’est souvent ce qui coince puisque nous sommes élevé.es.x dans une société qui nous inculque de base la binarité.

Le second chapitre s’axe sur l’importance du vocabulaire et des mots. En tant qu’enseignante en français et communication, je suis sincèrement persuadée du pouvoir des mots et du fait qu’on nie une réalité en refusant de la qualifier, de la reconnaître avec un vocabulaire adéquat et surtout, choisi par les personnes concernées par cette réalité ! Parce que oui, s’il y a bien une chose qui transparait dans ce livre, c’est qu’on demande rarement (si pas jamais) l’avis des personnes trans pour décider de leur vie. C’est encore plus développé dans le chapitre suivant…

Le troisième chapitre parle du coming-out et des transitions, autant sur un plan social, biologique que juridique en expliquant comment cela se passe en France de manière très concrète et en démontant des idées reçues selon lesquelles transitionner passe forcément par une opération chirurgicale. Je dois avouer que, dans mon esprit, c’était le cas et ça m’a surprise d’apprendre le contraire. De plus, l’autrice explique aussi que quand des politiques votent des lois qui concernent les personnes trans ou se mettent d’accord sur les procédures à imposer pour réussir à changer de prénom, de genre sur leur carte d’identité, etc. c’est toujours décidé par des personnes cis qui sont rarement spécialistes du sujet, et ça passe donc par toute une série d’étapes humiliantes et déshumanisantes.

Le quatrième chapitre parle de transphobie, de son aspect volontaire ou pas, de la manière d’aider dans ces cas là, il sert aussi à définir le rôle des allié.es.x dans ces situations. J’y ai appris énormément et je me suis rendue compte que, parfois, malgré moi, j’avais des pensées qui sont en réalité transphobes alors que je ne le suis pas du tout. J’ai du faire une petite pause après la lecture de ce chapitre pour prendre le temps d’y réfléchir et je fais attention depuis à me corriger consciemment si ça se produit.

Le cinquième chapitre évoque la transidentité à travers le monde. L’autrice prend divers exemples sur tous les continents et montre non seulement que la transidentité est quelque chose d’ancien (on retrouve des traces d’autres genres que les binaires masculin / féminin à travers l’histoire, jusqu’en 4000 ACN) mais aussi de culturel, qui a finalement chez nous été influencé par le principe dominant de la binarité. C’était très intéressant, j’étais loin de me douter que ce principe remontait à si loin et avait été si répandu dans d’autres sociétés. Comme j’aime beaucoup l’Histoire, forcément, ce chapitre m’a parlé.

Le sixième chapitre parle des luttes que la communauté trans doit mener et pour quelle raison elle y est contrainte. Ce chapitre évoque également le fait que, régulièrement, la défense des droits des personnes trans rejoint, par exemple, celle pour les droits des femmes car une femme transgenre est confrontée à une double discrimination… Idem pour une personne racisée. Cela paraît évident quand on en parle mais je dois avouer qu’en tant que femme blanche, je n’y avais pas vraiment pensé de manière concrète. Cela m’a chamboulé mais dans le bon sens du terme !

Et enfin, le septième chapitre parle de la manière dont les personnes trans sont représentées dans les médias et dans la fiction. Lexie met en avant le fait que, régulièrement, les articles de presse sont écrits par des personnes cisgenres qui n’ont pas l’ouverture d’esprit nécessaire pour traiter correctement les faits liés à la communauté ni même le vocabulaire adéquat. Elle donne pour cela divers exemples, celui qui m’a le plus marqué étant le suicide d’une personne transgenre qui a été qualifié dans certains médias comme « un homme en robe »…. Sans déconner.
Idem pour la fiction, les films mettant en scène des personnes transgenres (déjà peu courants) ne sont quasiment jamais réalisés par des personnes trans et les personnages trans ne sont pas joués par des acteur/ices/x trans à UNE SEULE exception… C’est interpellant et cela s’applique aussi pour d’autres communautés. Je vis probablement dans le monde merveilleux des bisounours mais ça me semblerait pourtant logique de laisser la main aux personnes concernées pour parler de leur vie, de leur quotidien, au lieu d’extrapoler ce qu’on ne connait pas. On rejoint ici un peu les débats qu’il y a parfois autour du concept de sensitivity readers, que je trouve pourtant très pertinent de mon côté.

Ce que je retire de ce livre :
Et bien, énormément de choses ! J’en ai cité quelques unes à travers ma présentation mais c’est loin d’être complet tant cette lecture a été très riche. Je compte d’ailleurs relire l’ouvrage plusieurs fois à l’avenir, afin de m’en imprégner, de surligner des passages qui me semblent importants et d’effectuer un travail plus poussé sur moi et mes conceptions. Je ressors vraiment enthousiasmée de cette lecture parce qu’elle m’a humainement enrichie.

De plus, j’y ai appris l’existence d’une terminaison neutre. Depuis quelques temps, j’utilise l’écriture inclusive mais je restais sur l’expression du masculin et du féminin. La particule x désigne le genre neutre, pour les personnes non-binaires, et j’ai décidé de l’utiliser également même si la transition risque de prendre un peu de temps.

J’ai aussi conscientisé et accepté que, même en me pensant ouverte d’esprit et tolérante, je véhiculais des stéréotypes ou des modèles de pensée problématiques, comme par exemple le fait que je me demande toujours quel était le sexe biologique de départ de la personne trans, alors que ça n’a aucun intérêt de le savoir. Il faut se concentrer sur le genre dans lequel la personne s’identifie, point final. Le reste ne me regarde pas. Ce sont des exemples parmi d’autres mais c’est ainsi qu’on avance, petit pas par petit pas.

Je pourrais continuer longtemps à parler de ce que ce livre m’a apporté et appris mais je pense vous en avoir donné un aperçu suffisamment fidèle et enthousiasmé pour que vous ayez envie de sauter le pas de sa découverte par vous-même. C’est d’autant plus important que la transphobie est partout : les médias, les réseaux sociaux, parfois même dans la littérature… L’idée de ce livre, c’est de pouvoir s’éduquer, s’éveiller et comprendre. Ce livre se veut accessible à tous.te : les personnes trans, les allié.es.x, les simples curieux.ses.x, n’hésitez pas !