Vingt plus 1 – Livre anniversaire des éditions ActuSF

Bonjour à tous/tes/x !

Il y a déjà plusieurs mois que ce petit ouvrage anniversaire trainait dans ma PàL. Il m’a gentiment été offert par une librairie indépendant qui en avait de trop et je l’avais laissé de côté, sans raison particulière. Le Winter Short Stories of SFFF a été l’occasion qu’il me manquait pour le sortir et le découvrir.

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Les 20 ans +1 d’ActuSF.

Cette introduction rédigée par Jérôme Vincent raconte l’histoire de la maison d’édition et en fait ensuite sa présentation succincte en expliquant ses différentes collections et initiatives. J’ai bien aimé découvrir la genèse de ce géant qu’est devenu ActuSF. L’éditeur (autrement nommé Grand Chef 😉 ) nous offre une origin story touchante qui brosse un peu ce qu’était le panorama de la littérature de l’imaginaire il y a vingt ans. Un document qui deviendra historique !

Cinq nouvelles sont ensuite proposées, écrites par des auteur.ices.x phares de la maison d’édition.

Sacrée saison – Karim Berrouka
Sacrée saison est une histoire de… héros et de vilains ! Surprenant, et pourtant… Le concept est simple : l’humanité a connu une épidémie de super-héros. Vous avez bien lu : une épidémie. Il y en avait beaucoup trop par rapport au reste de la population à sauver. Du coup, ceux-ci sont devenus fous et certains ont viré super-vilains… Je n’entre pas dans les détails pour ne pas divulgâcher le contenu de la nouvelle.

Pourquoi ce titre ? Et bien ces héros ne se réveillent que durant l’été, un mois sur douze donc (oui il y a un contrôle climatique strict) au cours duquel une agence tente de les détruire. On suit le déroulement de cette fameuse saison et, avec elle, un plan ambitieux des pouvoirs en place pour parvenir à totalement éradiquer cette menace…

Comme souvent avec les textes de Karim Berrouka, j’ai d’abord été déconcertée par ma lecture. Puis, en avançant, j’y ai décelé plusieurs messages sociaux comme la façon de traiter les personnes qui sortent de la norme, la stigmatisation d’une partie de la population pour des raisons arbitraires, le fait d’œuvrer à sa propre mise au chômage ou encore l’incapacité des politiciens à voir sur le long terme, préférant se concentrer sur les effets immédiats pour impressionner l’électorat.

Difficile de dire dans l’ensemble si j’ai aimé ou non cette lecture (comme souvent avec l’auteur) mais je salue l’imagination !

Mosquito Toast – Jeanne A. Debats
Cette nouvelle se passe dans l’ouest américain, pendant l’épidémie de fièvre jaune, et raconte l’histoire d’un vampire qui traque son créateur prénommé Gilles (vu la manière dont il est décrit ainsi que ses goûts pour les enfants, je pense que c’est une référence à Gilles de Rais si pas Gilles de Rais lui-même). Ce dernier a pour ambition de créer une sorte d’éden vampirique sur le territoire d’une tribu indigène. Cette tribu va engager notre vampire pour l’en empêcher.

Je n’ai pas grand chose à dire sur ce texte parce qu’il m’a semblé trop classique et prévisible. Il faut dire que je ne suis plus le public cible et que j’ai trop lu d’histoires de ce type pour vraiment m’y retrouver. C’est toutefois bien écrit, à la première personne du point de vue du vampire, et les lecteur.ices.x adeptes de ce type d’histoire y trouveront leur compte.

Danser dans la tempête – Morgan of Glencoe
Yuri quitte temporairement le Japon pour rencontrer la famille de sa mère à l’occasion d’une célébration annuelle où, se fiant à une ancienne légende, les femmes de l’île dansent avec les kelpies, nues, durant une nuit.

C’est ce que raconte cette nouvelle. En quelques pages, Morgan of Glencoe arrive à instiller des éléments inclusifs comme une femme transgenre qui participe à la célébration, ce qui surprend d’abord Yuri avant que son amie ne lui dise que l’important, c’est que la personne se considère comme une femme, pas ce qu’elle a entre les jambes. C’est tout à fait vrai et la réflexion ainsi que la réponse se marient bien au reste du récit. Ça n’a rien d’artificiel. Ainsi, l’autrice raconte une jolie petite histoire qui m’a finalement bien plu alors que je n’avais pas terminé le premier tome de sa saga. Comme quoi !

Toi que j’ai bue quatre fois – Sylvie Lainé
Je vais être honnête, je n’ai pas su terminer cette nouvelle. J’ai lu une page et elle m’est tombée des mains, tout simplement parce que l’érotisme et moi, ça fait douze. Je n’apprécie plus du tout en lire et je n’avais pas tilté qu’il s’agissait de ce type d’écrit à la base. Cela ne remet pas en question la qualité du texte ou son contenu, ce sont mes goûts personnels mais j’ai ressenti un malaise au bout de quelques lignes, si bien que j’ai préféré laisser tomber.

Gabin sans « aime » – Jean Laurent Del Socorro
Je vous ai déjà parlé de cette nouvelle dans un article antérieur car j’avais eu le plaisir de la découvrir dans l’édition collector de Royaume de Vent et Colères. Ç’avait été un absolu coup de cœur, j’ai donc pris beaucoup de plaisir à la relire et j’en ressors tout aussi bouleversée. Jean Laurent Del Socorro est sans conteste l’un de mes auteurs francophones favoris !

La conclusion de l’ombre :
Vingt plus un est un petit ouvrage collector sympathique et indispensable pour toutes les personnes qui aiment les éditions ActuSF. Une chouette initiative pour fêter leur anniversaire. On ne peut que leur souhaiter une longue vie !

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Avancée du challenge : 31 textes lus
Bonus : Lire un/e auteur/ice francophone + faire preuve d’éclectisme.

Colonie Kitej : Afterwave – Vincent Mondiot & Élodie Denis

Afterwave est un volume intermédiaire au sein de la trilogie Colonie Kitej écrite par Vincent Mondiot et édité (si on peut dire…) par les Saisons de l’Étrange. Il contient cinq nouvelles se déroulant entre Toute entrée est définitive, dont je vous ai précédemment parlé sur le blog, et Élections et exécutions, la suite qui se trouve dans ma PàL.

Mais avant toute chose… 
Au départ, honnêtement, je ne voulais pas écrire d’article sur mon blog à propos de ces titres parce que ça donne de la visibilité à une initiative éditoriale qui, selon moi, n’en mérite pas vu le peu de considération qu’elle semble (c’est ce que je constate de l’extérieur en tout cas) avoir pour ses propres titres (aucune annonce pour la sortie officielle, mauvais suivi pour les envois aux contributeurs, etc.). Mais j’apprécie Vincent. J’apprécie son travail. Et je suis autrice moi-même. Je sais ce que ça fait d’écrire un titre « dans l’eau », un titre qui nous tient à cœur parce qu’on y a mis notre âme, qu’on y a mis tout ce qu’on aime, tout ce qu’on est, pour lequel on ressent une profonde fierté, mais que personne ou presque ne va lire, sur lequel personne ou presque ne va écrire, parce qu’invisible dans la masse. C’est le jeu de l’édition, me direz-vous. Sauf qu’ici, Kitej n’a même pas eu le début d’une chance… Et merde, c’est injuste.

Alors aujourd’hui, j’enfile ma cape et mes collants (de modératrice) j’écris ce billet pour soutenir un auteur que j’aime et lui montrer que oui, ses textes valent le coup qu’on écrive une chronique à leur sujet. J’écris pour Vincent et pour vous encourager à le suivre LUI directement. Il prépare des surprises sympas pour cette année, ce serait dommage de rater ça :  Son facebookson twitterson blog.

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Rentrons dés à présent dans le vif du sujet ! Parce qu’on est là pour parler littérature, au départ, quand même.

Niveau 1.18,5 : la voie du modérateur.
Ce texte d’introduction multiplie les points de vue. Le lecteur retrouve Mme Azul qui désespère d’avoir rouvert son bar, rencontre Arthur Bones alias Skull, un modérateur plutôt extrême ainsi que deux criminels à la petite semaine. L’intrigue est assez linéaire mais sert surtout à poser une ambiance et à illustrer un peu plus dans le détail la profession de modérateur, sorte de vigilant qui se chargent de faire vaguement respecter une forme de justice sur la colonie Kitej.

Pour vous donner une petite idée du ton, voici comment se conclut ce texte: « (…) le nombre de modérateurs dans la colonie spatiale Kitej était estimé à deux mille cent individus, pour une population totale de six millions d’habitants. Parmi ces modérateurs, seuls quarante-neuf détenaient une licence professionnelle accordée par la Mairie. »

Chaque nouvelle s’achève d’ailleurs par un paragraphe en italique qui donne une information surprenante, un brin ironique et surtout qui prête à sourire (si on aime l’humour noir).

Niveau 1.2 : Kitej Plage
Probablement la nouvelle qui m’a le plus parlée. On y rencontre Hayden Tegan, amie de Soraya (une des principales protagonistes du premier volume) qui se désespère des idées débiles de la Mairie (après, j’admets, Kitej Plage, il fallait l’oser… ) et porte un regard plutôt cynique sur le monde.

Hayden est une jeune adulte, avec des réflexions et des considérations propres à son âge. Elle est pourtant très touchante dans sa colère et sa rébellion intérieure. C’est une nouvelle à taille humaine, qui parle d’amitié et du passage à l’âge adulte, de l’angoisse du futur. Un thème qu’on va retrouver dans le texte suivant.

Niveau 1.3 : Afterwave
Dieter Papadiamandis est le plus célèbre DJ de Kitej, connu sous le pseudonyme de Saintish. Comme beaucoup d’artistes, il a l’impression que son activité est vaine et semble souffrir d’une forme de dépression. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une forme de catharsis de la part de l’auteur ? Dans ce texte, on le retrouve aux côtés d’Ariane, une fan qui semble au départ avoir juste envie d’un contact sexuel avec lui (c’est la manière polie de dire qu’elle lui demande toutes les deux minutes s’il a envie qu’elle le suce) mais avec qui il partagera finalement bien davantage.

C’est un texte assez touchant sur le passage du temps, le sens de la vie et le fait de se contenter des petites choses pour être heureux. Si Ariane m’agaçait au départ dans sa manière de tout ramener au sexe, j’ai finalement vu davantage derrière ce personnage. L’esquisse est subtile, c’est un texte qui comporte beaucoup de non-dits mais aussi d’émotions, du moins j’en ai ressenti en le lisant. Une belle réussite !

Niveau 1.4 : Dentaculaire (par Élodie Denis)
Dans ce texte, le seul du recueil qui ne soit pas écrit par Vincent Mondiot, on retrouve Soraya et Guillermo, personnages principaux de Toute entrée est définitive, dans une enquête qui va leur faire rencontrer un nouveau modérateur justicier et qui va évoquer la cause animale sur la colonie… un sujet que je n’aurais pas pensé être abordé ici !

C’est également le texte le plus long, un peu plus de 40 pages. Je n’ai pas grand chose à en dire car je l’ai trouvé divertissant mais sans plus. Il lui manquait la portée émotionnelle des deux précédents pour vraiment réussir à me toucher.

Niveau 2.1,5 : ni juge ni bourreau
Ce texte est très court, huit pages à peine, et me fait plutôt l’impression d’un prologue ou d’un teasing, d’une mise en bouche quoi, pour Élections et exécutions (le second tome de Colonie Kitej) plutôt que d’une nouvelle au sens classique du terme car les dernières lignes ne terminent rien, que du contraire ! Elles lancent le tout et donnent envie de découvrir ce qui va se passer…

Et pourquoi pas, d’ailleurs ? Il n’a jamais été annoncé nulle part sur cet ouvrage qu’il s’agissait uniquement de nouvelles au sens classique du terme.

La conclusion de l’ombre :
Ce volume intermédiaire et bonus de Colonie Kitej est un divertissement efficace qui permet de se plonger davantage dans l’univers désenchanté imaginé par Vincent Mondiot. C’est sombre, étouffant mais c’est aussi terriblement humain, avec plein d’action et une esthétique toujours indubitablement influencée par le manga. À consommer sa modération (ni modérateur, si vous tenez à la vie).

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Avancée du challenge : 27 nouvelles lues.
Bonus : Lire un auteur francophone + lire un texte qui se passe dans une ville spécifique.

Dans la toile du temps – Adrian Tchaikovsky

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Dans la toile du temps
est un roman de hard SF écrit par l’auteur anglais Adrian Tchaikovsky et traduit en français par Henry-Luc Planchat. Publié chez Folio SF dans sa version poche, vous le trouverez dans toutes les bonnes librairies au prix de 9.80 euros.

Dans la toile du temps est un roman qui se déroule sur une très longue période de temps que l’on comptera en siècles et même en millénaires. Il se divise en sept parties plus un épilogue qui ouvre la voie à davantage. On sait aujourd’hui qu’une suite est parue chez De Noël, intitulée Dans les profondeurs du temps, j’attends d’ailleurs sa version poche pour la lire histoire que ce soit raccord dans ma bibliothèque. Au sein de chaque partie, la narration alterne entre deux points de vue : celui des humains et celui des araignées.

Pour plus de clarté, ma chronique sera divisée de la même manière.

Du côté des humains :
Avrana Kern a quitté la Terre à la tête d’une mission de terraformation. Son but est de trouver une planète viable sur laquelle faire se développer des singes auxquels elle aura injecté un nanovirus afin d’accélérer leur évolution. Malheureusement pour elle, son projet ne fait pas l’unanimité et un évènement l’empêchera de le mener à bien. Pourtant, le nanovirus arrivera tout de même sur la planète et infectera une espèce surprenante : l’araignée portia labiata.

Bien des siècles plus tard, le vaisseau Gilgamesh quitte une planète Terre devenue inhabitable. À son bord se trouvent les derniers représentants de l’humanité, pour la plupart cryogénisé, partis à la recherche d’une nouvelle planète où s’établir. Au sein de ce vaisseau, on suivra principalement le linguiste Mason Holsten et on se rendra compte que bien des évènements se sont déroulés depuis la période où vivait Avrana Kern…

Ce qui se passe à bord prend du temps. L’action est rythmée par l’éveil et la mise en cryogénisation de Mason, qui est rappelé pour affronter certains types d’évènements importants. Plusieurs siècles se déroulent parfois entre deux crises, un temps dont Mason n’a pas biologiquement conscience, ce qui sera l’une des grandes thématiques du livre, en particulier au moment où un autre type de population va se répandre sur le vaisseau.

Je n’en dis pas plus afin de vous laisser le plaisir de la découverte.

Du côté des araignées :
Les chapitres concernant les araignées sont denses sur le plan des informations dispensées mais également passionnants. C’est particulièrement dans ces chapitres, selon moi, qu’on sent l’aspect hard-sf car l’auteur a pensé à tout et le montre. N’oublions pas qu’hard-sf ne signifie pas forcément difficile d’accès, son nom est trompeur ! Comme le rappelle Apophis dans son guide de lecture sur la Hard-SF : « ce qui définit avant tout la Hard SF, c’est son respect des théories scientifiques / des lois physiques telles qu’elles sont formulées ou comprises au moment de la rédaction du livre concerné. » et c’est bien le cas pour Dans la toile du temps puisque Tchaikovsky imagine de quelle manière une espèce d’araignée pourrait évoluer avec l’aide d’un nanovirus créé par l’humanité tout en restant cohérent avec la biologie et le comportement de l’espèce en question. Le lecteur rencontre la portia labiata alors qu’elle commence seulement à s’éveiller à la conscience puis, au fil des chapitres, il la voit évoluer en suivant un chemin semblable et pourtant différent de celui de l’humanité, sur tout un tas de points : biologique (cela semble évident), social, psychologique, scientifique, technologique, religieux… Le qualificatif qui me vient à ce stade, c’est brillant. Rien n’est laissé au hasard, j’ai rarement été confrontée à un tel souci du détail.

Des centaines si pas des milliers de génération d’araignées se succèdent au fil du roman. Le lecteur retrouve toujours Portia, Bianca et Fabian, qui descendent des araignées du même nom rencontrées au début du livre et développent chacun.e des fonctions propres au sein de cette société, fonctions qui diffèrent selon la génération. Plusieurs éléments sont assez remarquables, comme le fait qu’il s’agisse d’une société matriarcale où les mâles sont peu voir pas considérés. Cela est totalement logique pour des araignées. Tchaikovsky renverse ainsi une problématique qui traverse notre propre Histoire (celle du sexisme) en mettant les mâles dans le rôle des femelles, illustrant d’une manière très efficace les absurdités du sexisme et la manière dont il serait possible d’en sortir. L’idée est simple et pourtant magistrale dans son exécution.

Tout est passionnant chez ces araignées car en tant que lecteur humain, on ne peut s’empêcher de décortiquer leur évolution, les points de divergence avec notre société, nos technologies, et s’émerveiller de l’inventivité de l’auteur. Tchaikovsky s’éloigne du récurent anthropocentrisme pour montrer qu’il est possible d’écrire autre chose, autrement.

Je précise que je ne suis pas une grande fan de ces petites bêtes et c’est ce qui m’a fait, en partie, repousser la lecture de ce livre. Pas d’arachnophobie mais un malaise en leur présence, c’est certain. Pourtant, ça n’a pas gâché ma lecture, que du contraire. Je les vois même autrement, c’est dire ! Bon, j’espère quand même que les araignées du salon garderont une taille raisonnable…

La jonction.
Pour quelqu’un qui s’intéresse ou étudie la communication, ce roman possède une richesse extraordinaire et pourrait servir de support de cours. Il détaille et met en scène les difficultés possibles d’un premier contact entre deux espèces qui ont des cadres de référence et des modes d’expression totalement différents en rappelant à chaque instant que la notion d’intelligence est finalement relative. Ce texte met aussi en avant les défauts de l’humanité en les illustrant à travers différents points de l’intrigue. Prenons l’avant dernière partie où les araignées et les humains entrent en conflit pour le monde de Kern. L’humanité avait la possibilité d’essayer de tenter la cohabitation mais la conviction ancestrale que les araignées chercheront forcément à se comporter comme eux jadis et donc seraient des êtres en qui on ne peut avoir confiance font qu’ils choisiront l’attaque, avec les résultats que l’auteur vous révèlera. Pure projection culturo-centrée…  Finalement, Tchaikovsky montre que si nous, en tant qu’humains, réagissons d’une certaine manière c’est parce que nous sommes conditionnés ainsi par des siècles, des millénaires, d’Histoire.

La conclusion de l’ombre :
Dans la toile du temps est un roman de hard-sf abouti et brillant. Sans sacrifier les personnages ou le rythme de l’intrigue, comme certain.e.x le craignent quand il s’agit de hard-sf, Tchaikovsky propose un texte riche de thématiques diverses et montre l’évolution d’une espèce en parallèle de l’humanité, permettant de décortiquer notre propre passé mais aussi notre comportement. J’ai rarement lu un roman d’une telle ampleur et je ne peux que le recommander chaudement au plus grand nombre.

D’autres avis : Le culte d’ApophisL’épaule d’OrionGromovarAlbedoLorkhanXapurLe MakiAu pays des cave trollsLe dragon galactiqueMondes de poche – vous ?

Le robot qui rêvait – Isaac Asimov (2/2)

Bonjour à tous.tes.x !

Début du mois, j’ai commencé la lecture du recueil « Le robot qui rêvait » d’Isaac Asimov publié chez J’ai Lu au prix de 8 euros et j’avais décidé de couper en deux ma chronique, pour des raisons pratiques. Voici donc mon retour sur les 9 derniers textes (sur 19). Si vous souhaitez savoir ce que j’ai pensé des dix premiers, rendez-vous ici.

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Les nouvelles :
Est-ce que l’abeille se soucie ? :
Cette nouvelle compte à peine quelques pages. On y rencontre Kane, qui travaille à la construction d’une fusée (ou d’un vaisseau) et qui s’y cache lors du décollage afin de partir dans l’espace. Pour quelle raison ? Difficile d’en dire davantage sans gâcher le twist donc je vais m’abstenir. C’est court mais ça suffit et ça remet encore une fois en question la raison des progrès humains. En cela, Est-ce que l’abeille se soucie ? rejoint le concept de Gestation et du Plaisantin dont je vous ai parlé dans mon autre billet.

Artiste de lumière :
Mrs Lardner est une dame plutôt riche connue pour ses sculptures de lumière, qu’elle créée sans autre raison que le plaisir de l’art. C’est aussi une personne qui aime les robots, elle les traite bien et les considère comme des êtres pensants. Alors quand un ingénieur se permet de venir en régler l’un des siens derrière son dos… Autant dire que Mrs Lardner ne va pas le prendre bien du tout.

De nouveau, ce texte ne compte que quelques pages et est plutôt amusant sur son ton et son ironie. Le ton, justement, m’a évoqué le genre du conte. J’ai trouvé l’ensemble inspiré et plaisant.

La sensation du pouvoir :
Dans un monde où les ordinateurs font tous les calculs, un homme invente un procédé pour calculer… De tête ! Asimov renverse le principe du progrès par la technique en imaginant que l’homme se libère des machines. L’idée est toute bête mais je l’ai trouvé brillante. Le déroulement de la nouvelle m’a provoqué un sentiment d’incrédulité, en constatant de quelle manière les scientifiques concernés se sentent de plus en plus puissants en développant l’autonomie de leurs cerveaux, en les affranchissant de la machine. La nouvelle date de 1958 mais on aurait très bien pu l’écrire aujourd’hui tant sa thématique est toujours très actuelle…

Mon nom s’écrit avec un s :
Et si changer une seule lettre de son nom de famille permettait à un physicien de connaître le succès tant espéré ? Il n’y croit pourtant pas quand le numérologue que sa femme l’oblige à consulter le lui conseille… Et il n’agit pas tout de suite. Pourtant, la transformation d’un Z en S va enclencher une série d’évènements complètement inattendus. C’est presque trop gros, pourtant ça fonctionne très bien.

Ce texte joue sur la paranoïa de la guerre froide avec habilité, je l’ai trouvé très astucieux dans sa construction et dans son déroulement. Une fois de plus, Asimov démontre sa maîtrise du format court…

Le petit garçon très laid :
Une technologie récemment développée permet de ramener un petit garçon de la préhistoire. Une infirmière est chargée de s’en occuper pendant que les scientifiques se passionnent d’abord pour la physiologie du petit garçon, puis pour son évolution psychologique. Le texte se déroule sur plusieurs années et montre l’évolution du projet mais aussi celle des considérations du groupe. Car quand la technologie en question se développe au point de pouvoir ramener quelqu’un de l’Histoire, on se désintéresse soudain du pauvre Timmie, dont la présence même pose un problème. En effet, pour ancrer quelque chose du passé dans le présent, il faut une quantité phénoménale d’énergie et cette personne ou cet objet, cet animal, est cantonné à un seul endroit, prisonnier. Du coup, il est temps pour Timmie de repartir d’où il vient, peu importe qu’il ait passé des années dans notre présent à s’instruire, à apprendre la langue, etc.

La nouvelle est écrite du point de vue de l’infirmière, Miss Fellowes, qui est engagée pour s’occuper de lui. L’évolution de leur relation et des sentiments maternels que l’enfant lui inspirent est très crédible et touchante. Même si j’avais deviné la manière dont ça tournerait avant la fin, j’ai tout de même trouvé de texte poignant et d’une grande richesse car il pose finalement la question de ce qu’on est prêt à sacrifier aux avancées scientifiques tout en rappelant que les gens ne sont pas des objets interchangeables.

La boule de billard :
Une nouvelle de hard SF rédigée du point de vue d’un journaliste qui a quelques soupçons au sujet d’une expérience qui a mal tournée. Elle est écrite comme une sorte de journal de notes prises par le journaliste en question, qui raconte la relation entre deux scientifiques, l’un théoricien et l’autre inventeur, l’un reconnu surtout par ses pairs et l’autre, adoré par le grand public, très riche, sorte de Stark avant l’heure si on me permet la comparaison.

Il tente de mettre au point une machine qui simulerait la gravité zéro, alors que son confrère théoricien affirme que c’est impossible. Quand il y parvient, il invite tout le monde à la démonstration… qui tourne mal, comme je l’ai dit. Sympa et bien construit mais pas transcendant non plus pour moi.

L’amour vrai :
C’est le retour du Multivac ! Ou presque car la nouvelle s’intéresse ici à Joe, une partie du programme qu’un scientifique conçoit afin qu’il l’aide à trouver le véritable amour. Pour cela, il lui parle des semaines durant afin de copier sa personnalité dans le programme et lui permettre d’effectuer des recherches sur toutes les femmes du monde, en se basant sur une série de critères. Dans l’esprit du scientifique, si l’ordinateur le connait sur le bout des doigts, il lui trouvera une partenaire compatible à ses goûts.

Mais tout ne se passe pas comme prévu… Une nouvelle moderne qui fait réfléchir sur la numérisation de nos données et de nos personnalités. Elle s’avère plus que bien fichue et je me demande si on n’en a pas tiré des films, ou si c’est l’inverse et Asimov qui s’est inspiré du cinéma…

La dernière réponse :
Murray est mort. Il arrive quelque part où une entité lui annonce qu’il a été choisi pour réfléchir pour l’éternité, parce que ses réflexions vont distraire l’entité en question… L’idée ne plait pas beaucoup à Murray, qui va plutôt réfléchir à un moyen de se délivrer.

Un texte intéressant sur la quête des savoirs et nos raisons de les rechercher. Le texte est construit comme un dialogue philosophique, il se lit tout seul.

De peur de nous souvenir :
John est un homme désespérément moyen jusqu’à ce qu’une injection d’un produit, lors d’une expérience, lui offre la mémoire absolue. Mais mémoire ne signifie pas intelligence… et il va rapidement l’apprendre.

La nouvelle est divisée en plusieurs courts chapitres où on rencontre d’abord John, qui va se marier dans quelques jours, puis sa fiancée, les personnes responsables de l’expérience… On connait donc le personnage avant et après son injection, un produit qui va profondément le changer en lui donnant la folie des grandeurs.

Une très chouette conclusion à ce recueil ! J’ai trouvé le texte ambitieux, rythmé et fascinant, avec une conclusion plus que satisfaisante.

La conclusion de l’ombre :
Avec ce recueil d’Isaac Asimov, je termine ma découverte des fameux Big Three (Asimov, Heinlein et Clark) tous lus au format court. Je dois dire que j’avais des appréhensions avant de me lancer dans la découverte d’un géant comme Asimov, dont j’entends parler depuis des années. Je craignais qu’il ait mal vieilli, j’avais peur de trouver beaucoup de sexisme dans ses textes ou des propos datés mais il n’en est rien. La plupart des nouvelles pourraient avoir été écrites de nos jours. La maîtrise de l’auteur m’a beaucoup impressionné et je vais continuer à découvrir sa bibliographie sans tarder !

Je tiens d’ailleurs à remercier Apophis, sans qui je n’aurais pas franchi le pas.

D’autres avis : pas que je sache mais manifestez-vous si jamais !

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Avancée du challenge : 22 nouvelles lues

Le robot qui rêvait – Isaac Asimov (1/2)

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Le robot qui rêvait
est un recueil de 19 nouvelles de science-fiction écrites par Isaac Asimov dont la première publication remonte à 1986 en version originale. Les nouvelles de ce recueil ont été écrites entre les années 50 et début des années 80. Vous pourrez le trouver chez J’ai Lu au prix de 8 euros.

Ce billet va concerner les dix premiers textes. Un autre arrivera pour vous parler des neuf autres, afin de vous évoquer chaque nouvelle individuellement.

Je précise que pour parler d’une manière intéressante de ces textes, je devrais parfois révéler leur twist final. Attention donc si vous ne souhaitez pas être divulgâché.

Introduction :
Je n’avais, jusqu’ici, jamais lu Isaac Asimov car je craignais que l’auteur ait mal vieilli, qu’il soit trop misogyne ou tout simplement dépassé. Pourquoi ? Et bien parce qu’il a commencé à écrire, sauf erreur de ma part, dans les années quarante et que je suis parfois pleine de stéréotypes et de préjugés. Jetez moi la pierre… Toutefois, grâce à un article enthousiaste d’Apophis sur l’une des nouvelles de ce recueil, j’ai eu envie de tenter l’expérience et j’ai bien fait car j’ai été tout simplement bluffée par la maestria de l’auteur sur ce format.

Et je dois dire que ça m’a fait beaucoup de bien d’être autant emballée par une lecture car ça ne m’était plus arrivé depuis un moment. J’abandonne régulièrement des romans ou des textes parce que je ne m’y retrouve pas. Mais là… J’ai retrouvé un véritable et sincère plaisir de lecture des plus stimulants, même sur des textes qui me parlaient moins. J’avais d’ailleurs, au départ, décidé de lire une nouvelle par semaine pour découvrir petit à petit toutefois je n’ai pas envie d’attendre plus longtemps pour dévorer ce recueil, donc… tant pi ! Je dévore.

Les nouvelles :
Le robot qui rêvait :
Il s’agit du texte d’ouverture, qui donne son nom au recueil. Il est assez court mais n’a pas besoin de plus pour nous en mettre plein les yeux. On assiste à la discussion entre deux scientifiques : l’une d’elle a construit un robot, Elvex, en utilisant un type de circuit visant à développer un cerveau semblable à celui de l’humain. L’autre est sa mentor, plutôt mécontente car le robot en question a déclaré qu’il rêvait depuis quelques temps déjà…

Un rêve qui inquiète les deux humaines et les poussera à prendre une décision radicale. J’ai trouvé ce texte vertigineux dans son approche et dans ses thématiques car, sans trop en dire, Isaac Asimov laisse son lecteur avec des questions et des considérations sur lesquelles réfléchir. Ce texte date de 1986 et pourtant, il reste très actuel. Fabuleux ! Je peux vous dire qu’après sa lecture, j’ai enchaîné avec le suivant.

Gestation :
Le docteur Ralson est un génie… et il a des envies de suicide depuis qu’il a découvert la vérité sur l’humanité. Et si nous n’étions, finalement, que l’expérience d’un autre peuple ? Je dois avouer que je me suis déjà posée la question, au détour d’un épisode de série qui l’évoquait ou d’un dessin animé qui s’y basait. Dans cette nouvelle, Asimov matérialise cela et se demande comment réagirait quelqu’un, dans ce cas-ci un humain, si cette hypothèse s’avérait fondée.

Je n’ai pas tout de suite compris où l’auteur allait, le texte est assez long mais l’ensemble est grandiose, on ne s’ennuie pas une seconde grâce au personnage du psychiatre qui suit le docteur Ralson et qui s’interroge sur son état, sur ce qu’il prend d’abord pour des délires, avant de comprendre… Clairement, pour moi, cette nouvelle est brillante.

Les hôtes :
Rose est biologiste et reçoit chez elle un alien en visite, dont son mari, policier, ne veut pas. Pourtant, il change brusquement d’avis… Et cela l’interpelle. Que lui cache-t-il ? Voilà une question que Rose aurait mieux fait de ne pas se poser… Car les réponses ne vont pas lui plaire et c’est peu de le dire.

La majeure partie de la nouvelle se déroule autour d’un dîner entre les deux hôtes et leur invité. C’est l’occasion d’en apprendre davantage sur la biologie particulière de ce visiteur (venu d’ailleuuuurs) ainsi que sur le type de société dont il est issu. Évidemment, l’échange ne manque pas de piquant quand les deux cultures se confrontent. C’est quelque chose que, sur un plan personnel, j’apprécie énormément.

La nouvelle ne se contente pas de confronter deux cultures différentes. Elle va plus loin dans ses implications non seulement au niveau de l’humanité mais aussi du reste de l’univers. Elle pose la question des choix difficiles et extrêmes, des décisions complexes à prendre et des dégâts que pourrait causer une naïveté mal placée. C’était passionnant.

Sally :
Il existe des voitures dont le moteur n’est jamais arrêté, que personne ne conduit jamais, dont le moindre désir est satisfait. Elles sont 51 à la Ferme, sorte de havre pour voitures autonomes qui, visiblement, développent une personnalité propre grâce aux particularités de leur moteur.

Et si quelqu’un essayait de s’en emparer.. que feraient elles pour se protéger ? Jusqu’où iraient-elles ? Ici, Asimov imagine une technologie qui gagne petit à petit en autonomie, qui développe des sentiments, à leur manière, soit en s’inspirant des humains, soit en parallèle, allez savoir. Ce texte est assez dérangeant ou plutôt, malaisant, parce que très crédible je trouve. J’avais l’impression de lire un futur proche plausible, ce qui me fait qualifier cette nouvelle de glaçante autant que d’efficace.

Le briseur de grève :
Un sociologue se rend sur une colonie où tout doit être recyclé pour permettre la vie. L’homme qui s’en occupe et sa famille sont mis à l’écart de la société, parce qu’ils sont amenés à toucher les déchets et les cadavres. Cela rappelle les sociétés de caste, comme il en existe toujours (en Inde par exemple), ou la discrimination qui existait jadis autour de la profession de bourreau. Évidemment, ces gens n’en peuvent plus de cette solitude. On leur envoie des jeunes filles orphelines pour qu’ils les élèvent et se reproduisent avec, jeunes filles qui meurent assez tôt de désespoir. Vous imaginez l’ambiance…

L’homme sur lequel pèse ce fardeau décide donc de faire grève, afin d’assurer un meilleur avenir à son fils unique. Cette grève est un danger pour les habitants de la colonie, pas tant parce qu’ils risquent de mourir de faim mais parce que les potentielles maladies développées au contact des déchets achèveront avant leur système immunitaire, qui ne sont plus habitués aux diverses bactéries et virus. Il faut donc agir et vite… Mais pas question pour les habitants de la colonie de briser le tabou ! Le sociologue propose donc une idée, qui finira par se retourner contre lui.

J’ai trouvé ce texte assez désenchanté et cruel. Je ne sais pas ce que l’auteur cherchait à dire avec lui. Peut-être que l’intérêt de la communauté ne doit pas primer sur celui d’un individu ? En tout cas, j’ai encore une fois été soufflée par la maîtrise car en quelques pages, Asimov développe efficacement une idée porteuse de beaucoup de sens, qui invite à réfléchir.

La machine qui gagna la guerre :
Trois hommes discutent après la fin d’un conflit qui aurait été gagné grâce au Multivac et à ses calculs. Le Multivac est donc une sorte d’ordinateur capable de prévisions mathématiques. De fil en révélation, on se rend compte que ce n’est pas tout à fait exact…

Un texte très court et efficace, teinté d’une certaine ironie qui n’est pas pour me déplaire. Il interroge sur notre rapport à la technologie, sur la confiance qu’on lui porte et nous pousse un peu à repenser nos usages, finalement. Cette nouvelle date de 1961, en pleine guerre froide donc. Je pense que tout qui la replacera dans son contexte en s’y connaissant un peu en Histoire y verra tout un tas de significations qui m’échappent peut-être.

Les yeux ne servent pas qu’à voir :
Ames et Brock sont des êtres d’énergie. Ames se rappelle ce que c’était d’être constitué de matière… Et désire mener une expérience pour voir s’il ne serait pas possible de revenir à cet état, quitté il y a trois trillions d’année plus tôt.

Peu de pages mais une forte réflexion sur notre nature intrinsèque. Je reste toujours épatée par la portée psycho-philosophique de ce texte.

Le votant :
La nouvelle se déroule dans ce qui, pour l’auteur, est le futur puisqu’elle a été écrite en 1955 et se déroule en 2008. Je trouve toujours ça amusant de voir comment les auteurs imaginaient les années 2000 ! Bref, dans ce futur alternatif, donc, Asimov imagine que les progrès technologies autour du Multivac (vous constaterez que ce super ordinateur revient régulièrement dans ce recueil) lui permettent d’anticiper les intentions de vote des citoyens en demandant à l’un d’eux et un seul (un homme bien entendu, les femmes ne sont pas autorisées à voter…) de choisir le futur dirigeant.

Et cela tombe sur un pauvre type qui n’avait rien demandé et ne voulait pas de cette responsabilité car si le dirigeant s’en sort mal, tout lui retombera dessus. C’est une nouvelle intéressante pour questionner le fondement même de notre démocratie représentative, je la trouve très à-propos vu la période mais sur un plan personnel, j’ai moins apprécié cette lecture tout simplement parce que le sujet me parlait moins. Cela n’enlève rien à l’intérêt ni à la qualité du texte.

Le plaisantin :
D’où vient l’humour ? C’est la question posée à Multivac (encore lui !) par un Grand Maître. Le Grand Maître, c’est un individu unique et plus intelligent que les autres qui peut dialoguer avec l’ordinateur, lui transmettre des informations utiles pour ses raisonnements et lui poser des questions afin de l’aider à complexifier ses raisonnements. Il en existe une petite dizaine seulement dans le monde, ce qui implique des individus plutôt solitaires et marginaux.

C’est le cas de l’homme qui pose cette question incongrue à l’ordinateur… et sa réponse va remettre en question le fondement même de la plaisanterie ! Au départ, je ne comprenais pas trop où l’auteur voulait en venir mais le dénouement de l’intrigue (et donc la réponse à la question) est assez vertigineux. Il rejoint en cela la nouvelle Gestation, présente au début du recueil et je trouve très intéressant la manière dont Asimov relie ses textes entre eux sans en avoir l’air.

La dernière question :
Une nouvelle… Vraiment perturbante qui me laisse un sentiment de malaise, malgré son twist final qui m’a fait sourire. J’ai du mal à même l’expliquer. Disons que pendant des trillions d’année, une question posée au Multivac restera sans réponse… Et quand la réponse arrivera, ce sera bien trop tard.

J’ai du mal à l’analyser et à comprendre ce que l’auteur a voulu dire ici. Je reste dans le flou même si l’ami Apophis a quelques explications supplémentaires sur le sujet. Mais sur le moment, des points d’interrogation dansaient dans mes yeux.

Conclusion intermédiaire : 
Les dix premiers textes de ce recueil possèdent de grandes qualités en terme d’efficacité d’écriture et de narration au sens plus large. Les idées développées par Asimov ne manquent pas d’intérêt et sont très accessibles à la compréhension du lectorat. Je me réjouis de lire la suite ! On en reparlera bientôt sur le blog.

D’autres avis : Apophis (pour La dernière question) – vous ?

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+ 10 nouvelles
Avancée du challenge : 13 nouvelles lues.

À l’ombre du (104e) Bifrost : les nouvelles

Bonjour tout le monde !

C’est un peu la semaine du Bélial sur le blog entre une chronique UHL mardi et un Bifrost aujourd’hui… Mais je ne pouvais pas m’abstenir d’écrire un retour sur trois des quatre nouvelles présentes dans ce numéro. Pourquoi trois ? Et bien je dois avouer être totalement passée à côté de celle de Stanislas Lem -à qui était en plus consacré ce numéro. Dommage ! Et pourquoi juste les nouvelles ? Et bien parce que je n’ai pas grand chose à dire sur le contenu de la revue, c’est toujours très intéressant à lire, je me cultive, j’apprends et je radote sur le fait que vous devriez penser à vous abonner… Autant résumer ça en une phrase, non ?

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Willie le zinzin de Stephen King

Apparemment inédit tout court et publié en français avant de l’être en anglais ! Super pour le Bélial même si ça tient un peu du hasard (il me semble que la crise sanitaire est passée par là ?) Premier texte de l’auteur pour moi et ce fut une réussite. Je sais, vous êtes toujours en train de buguer sur mon aveu de la phrase d’avant… Quand j’ai eu le malheur de dire sur Twitter que je n’avais jamais lu King, sa fanbase s’est mis en tête de me noyer sous les conseils de lecture (alors que je n’avais rien demandé…) ce qui a tendance à plutôt repousser mon envie de lire. J’ai fini par arrêter de répondre. Désolée pour cell.eux qui ne pensaient pas à mal mais je trouve cette tendance un brin pénible. Donnez des conseils quand on vous en demande, arrêtez d’imposer de force vos avis…

Ceci étant dit, de quoi parle Willie le zinzin ? Et bien de… Willie donc qui est un garçon un peu étrange et fasciné par la mort. On le découvre dans son quotidien au sein de sa famille en plus d’apprendre des choses sur lui au détour des conversations entre sa mère et sa sœur. Willie est proche de son grand-père alors quand il apprend que celui-ci va mourir… Et bien il n’a pas l’air de le vivre si mal que ça, à l’incompréhension générale.

La nouvelle est assez courte et bien ficelée. On sent l’expérience de l’auteur en la matière car il parvient à poser un contexte, un concept, en quelques lignes, avec une ambiance réussie et des personnages correctement caractérisés qui font qu’on lit avec une sorte de fascination teintée d’appréhension quant aux évènements qui vont suivre. Peut-être parce que c’était mon premier King, je n’ai pas du tout vu arriver le twist finale et je suis restée bouche bée, stupéfaite de ce qui venait de se passer puisque, jusque là, je laissais le bénéfice du doute… Bref, je ne vais pas trop en dire, si ce n’est que j’ai été très enthousiasmée par ce texte. Je lirais d’autres nouvelles de King et peut-être l’un ou l’autre de ses romans à l’occasion.

Mais que je choisirai toute seule comme une grande.

Un soupçon de bleu de Ken Liu
Cette nouvelle prend place dans une société ressemblant à la nôtre mais qui diffère sur sa source d’énergie. J’invoque le Grand Apophis et son pouvoir taxinomique afin de nommer ceci ! Toujours est-il, donc, que les gens se servent du souffle des dragons, apparus un peu comme ça du jour au lendemain, pour tout. Évidemment, certaines personnes sont pour les dragons, d’autres contre, surtout ceux qui ont dans leur famille un individu disposant du pouvoir de se « faire obéir » de ces « animaux » paresseux.

La nouvelle est construite comme un reportage, ce qui rappellera l’homme qui mit fin à l’histoire même si la comparaison s’arrête là. J’ai trouvé ce texte ambitieux dans l’idée, très joli sur sa conclusion mais un peu moins réussi dans son exécution jusqu’à être longuet par moment – à  mon goût. Pas le meilleur Liu que j’ai pu lire mais pas à jeter pour autant.

Fantômes électriques de Rich Larson
Voilà un auteur dont j’adore généralement les textes courts (je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire sur du roman). Celui-ci ne compte pas parmi mes favoris mais j’ai apprécié son idée globale. Il se déroule au Canada, peu après que des sortes d’aliens soient arrivés sur Terre. Benny, paumé et drogué, en rencontre un et est chargé par lui de retrouver les autres pour les sauver. Une mission en échange de laquelle il pourra revoir Ém, son amour perdu.

L’alternance entre passé (pour expliquer comment Benny en arrive là) et présent (Benny tente de récupérer un autre alien) est assez brouillonne et pourrait perdre le.a lecteur.ice. Puisque le narrateur est à la première personne, cela peut se justifier par sa consommation de drogue et son désespoir qui semble le faire totalement vriller. Je n’ai donc pas eu de soucis avec ça et j’ai beaucoup aimé la fin même si elle était un peu trop ouverte à mon goût. Il manquait quelques éléments de contexte bien que je ne suis pas certaine que ça ait été l’intention de base de l’auteur. Ça ne serait pas la première fois qu’il se concentre davantage sur l’humain en se servant des évènements pour aborder les conséquences psychologiques sur ses personnages et ça me convient.

Trois nouvelles, trois grands auteurs reconnus pour leur maîtrise du format court, trois textes que j’ai pris plaisir à lire. Je garde un regret pour celui de Stanislas Lem, j’aurais vraiment voulu accrocher à sa plume mais on ne peut pas tout aimer, hélas.

D’autres avis : XapurLe Dragon GalactiqueApophis – vous ?

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Vertèbres – Morgane Caussarieu

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Vertèbres
est un roman fantastico-horrifique écrit par l’autrice française Morgane Caussarieu. Publié au Diable Vauvert, vous trouverez ce texte au prix de 17 euros partout en librairie.

De quoi ça parle ?
En 1997, dans une station balnéaire des Landes, Jonathan, dix ans, est enlevé par une femme dans une camionnette. Il réapparait une semaine plus tard et n’est plus tout à fait le même…

Le problème de la narration « journal intime » (selon moi).
Le roman possède une double narration. Celle du point de vue de Sasha, dix ans (enfin, neuf ans et demi), qui écrit dans son journal intime Diddl et celle de Marylou, la mère de Jonathan. Je vais m’arrêter sur chacune d’elles en commençant par Sasha puisque cela va me permettre de partager une petite réflexion sur la forme du récit.

L’utilisation du journal intime est quelque chose qu’on retrouve régulièrement en littérature, que ce soit blanche ou de l’imaginaire. L’auteur.ice se projette dans son personnage et se met dans sa peau pour confier à un journal, au format papier ou numérique, tout ce qu’il vit, pense, ressent de manière générale, comme cela a pu nous arriver à tous.te un jour dans notre vie. Le problème que j’ai avec cette façon d’écrire, c’est qu’elle demande une sacrée suspension de l’incrédulité de la part du lecteur.ice ou une certaine maestria de la part de l’auteur.ice pour être crédible.

En effet, il est probable qu’un jour dans votre enfance ou dans votre vie, vous ayez tenu un journal intime. Cela a été mon cas et quand je lis ces journaux fictifs, je n’ai jamais le sentiment de lire un véritable journal intime. J’ai conscience qu’il s’agit d’un trucage littéraire pour se montrer original, le souci c’est que quitte à opter pour une narration hors du commun, autant pousser le concept jusqu’au bout comme le font certains éditeurs, en incluant des ratures, des fautes d’orthographe, en acceptant que tout ne soit pas dit ou pas clair, etc. au lieu de se cantonner à la langue littéraire telle qu’on l’attend dans un livre, bien proprette, avec un certain vocabulaire et des phrases qui n’ont pas de sens comme d’écrire dans le journal qu’on s’arrête prendre une pause pipi… De plus, trouver des dialogues au sein d’un journal intime n’a pas de sens (personne n’a une aussi bonne mémoire…), pas plus que des descriptions précises qui donnent le sentiment d’être dans un roman. On oublie trop souvent qu’un journal intime n’a, en théorie, pas pour vocation d’être lu par quelqu’un. C’est quelque chose de personnel, ce qui implique qu’il ne doit pas forcément contenir des explications ou des justifications.

Ici, l’autrice fait comme si Diddl était une entité vivante à laquelle Sasha se confie, la petite fille l’interpelle d’ailleurs plusieurs fois. Cela pourrait être une justification au format, sauf que non. Personne ne raconte une histoire de manière littéraire à qui que ce soit, à l’oral ou à l’écrit. On résume toujours. Du coup, le trucage tombe à l’eau puisqu’on pourrait tout aussi bien avoir une narration à la première personne au sens classique du terme, comme on le voit régulièrement en littérature young-adult (mais pas que).

Malheureusement, Vertèbres n’a pas fait exception à mon sentiment par rapport à ce type de narration. Je n’ai cru à aucun moment être en train de lire le journal d’une petite fille de dix ans, encore moins neuf ans et demi. Déjà à cause du souci expliqué plus haut mais également à cause du langage qui fait faussement naïf. Aucun enfant de dix ans ne s’exprime de cette manière, n’a autant de vocabulaire, n’inclut autant de références, sans faute de langage ou même d’orthographe, et la plupart des enfants n’ont pas la maturité émotionnelle pour exprimer tout ce que partage Sasha. Et je ne parle pas du fait qu’elle se genre au masculin en affirmant ne pas vouloir être une petite fille. Au contraire, je suis persuadée qu’il y a des enfants qui n’ont pas envie de se conformer à leur genre de naissance, sans tout l’aspect théorique que nous, adultes, mettons derrière cela, et qui se comportent donc comme leur cœur le leur dicte. C’est un aspect que j’ai beaucoup apprécié dans ce personnage car on en voit assez peu finalement, surtout traité de manière frontale. On ressent vraiment son cri du cœur, son désespoir, du fait d’être dans un corps de fille, avec tout ce que ça implique comme normes sociales.

L’émotion est donc là mais c’est tout le contours qui me gêne. Si Sasha avait été un/e adolescent/e, je ne dis pas, mais là… À mon goût (et c’est tout personnel) cette partie du récit aurait été plus efficace avec une narration classique à la troisième personne (où l’autrice aurait pu jouer sur les pronoms pour embrouiller le.a lecteur.ice) ou mieux, avec une narration à la deuxième personne, comme c’est le cas pour Marylou.

Je précise que ça ne m’a pas empêché de m’y plonger mais j’ai profité de l’occasion pour écrire un peu sur le sujet.

Écrire en « tu », une prise de risque qui paie.
Je me suis régalée des chapitres consacrés à Marylou, la mère de Jonathan. Non seulement le personnage ne manquait pas d’intérêt mais en prime, je suis une fervente partisane de la narration en « tu », qu’on retrouve malheureusement assez peu au sein de la littérature, pour une raison qui m’échappe complètement. Selon moi, c’est une façon efficace et différente de mettre un personnage face à ses contradictions, de dévoiler ses secrets sans que cela ne paraisse artificiel (comme dans une narration en « je ») ou trop descriptif (comme dans une narration classique à la troisième personne) mais aussi de rythmer le récit. En général, une narration en « tu » implique des phrases courtes, percutantes, ça en devient musical à la lecture et honnêtement, j’adore.

Parce que Marylou n’est pas qu’une mère éplorée. On découvre petit à petit le portrait d’une femme laissée seule avec sa maternité, qui a reconstruit sa vie autour de son enfant dont elle ne voulait pas vraiment au départ, qui l’a couvé, sans réussir à couper le cordon, qui a été jusqu’à certaines extrémités pour ne pas le laisser s’en aller. C’est une bonne mère, Marylou, enfin, elle essaie et ça la mène à perpétrer des actes qui en terrifieront plus d’un.e. C’est glaçant et fascinant. Dans ces parties, j’ai retrouvé la touche dérangeante sans être gratuite qui m’a fait aimer les romans de Morgane Caussarieu quand j’ai commencé à lire l’autrice il y a maintenant quelques années. J’espère qu’elle se prêtera de nouveau à l’exercice de cette narration dans ses prochains textes.

Un roman à ne pas mettre entre toutes les mains.
Il me semble nécessaire de le préciser car on y parle d’enlèvement, de maltraitance, d’abus divers (et sexuels) sur des enfants, de maltraitance animale assez sanglante… On n’est pas au stade d’un Je suis ton ombre mais on s’en rapproche et il vaut mieux le savoir avant de se lancer dans la lecture de Vertèbres. J’ai lu des chroniques chez des blogpotes qui ont été chamboulés, qui ont lu ce livre à un mauvais moment pour eux et ce serait quand même dommage de passer à côté à cause de ça.

Parce qu’outre ces éléments qui paraissent de prime abord négatifs, Vertèbres est aussi (et surtout ?) un roman qui transpire la nostalgie des années 1990 avec de très nombreuses références (vous vous souvenez des Minikeums ? Et du minitel ?) bienvenues. On y retrouve des éléments classiques du mythe loup-garou et on repart sur un texte horrifique qui rappelle un peu (sur le principe de base quoi) la série Stranger Things dans son ambiance aussi rétro que sanglante. Pourtant, l’aspect fantastique sert surtout, à mon sens, de métaphore sur la fin de l’enfance et l’entrée dans la puberté, avec tout ce que cela comporte de cauchemardesque.

C’est aussi une histoire d’amitiés, l’amitié qui unit trois enfants laissés pour compte, rejetés parce qu’ils sont différents, pas nés dans la bonne famille, qui ne vivent pas au bon endroit. Une amitié qui parvient à passer outre l’horreur qu’inspire la condition de Jonathan mais ne résiste pourtant pas à tous les affronts.

Enfin, c’est une histoire de monstres dans tout ce que ce terme a de pluriel. Monstres, humains ou non, sont légions comme toujours dans les romans de cette autrice.

Et ça fonctionne. Même si je n’ai pas accroché à la façon de raconter la partie de Sasha, l’histoire est rythmée correctement et jouit d’une richesse thématique surprenante. Je l’ai d’ailleurs lu d’une traite, on ne sent pas les pages se tourner et bien qu’on devine comment ça va s’achever si on connait un peu l’autrice et qu’on a l’habitude de ce genre littéraire, ce n’est à aucun moment ennuyeux ou mal fichu.

Je n’irais toutefois pas jusqu’à dire, comme l’indique l’éditeur sur la quatrième de couverture, que Morgane Caussarieu signe ici son roman le plus ambitieux. Pas à mon goût, en tout cas (et c’est tout personnel comme remarque). Mais elle signe un bon texte qui mérite d’être lu à condition que les TW dont j’ai parlé ne vous posent pas de problèmes.

La conclusion de l’ombre : 
Vertèbres est un roman fantastico-horrifique qui traite du mythe du loup-garou dans les années 1990. Un petit garçon de dix ans disparait pendant une semaine et revient profondément changé. L’autrice choisit de raconter l’histoire du point de vue de Sasha, dix ans également et meilleure amie de Jonathan (la victime) ainsi que de Marylou, la mère de Jonathan. L’alternance des points de vue et des narrations (un journal intime et une narration en « tu ») offre une certaine profondeur au récit crade et malsain, comme Morgane Caussarieu les écrit si bien. Ce n’est pas un texte à mettre entre toutes les mains toutefois je suis ravie d’avoir eu l’occasion de le lire d’une traite.

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24 vues du Mont Fuji, par Hokusai – Roger Zelazny

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24 vues du Mont Fuji, par Hokusai
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur américain Roger Zelazny, qu’on ne présente plus. Publié dans la collection Une Heure Lumière du Bélial, vous trouverez ce texte au prix de 9.90 euros dans toutes les bonnes librairies.

Je n’avais pas lu le résumé avant de me lancer dans la découverte de ce dixième texte publié au sein de la collection Une Heure Lumière. Il me semblait que la blogosphère en parlait de manière très positive mais je craignais l’aspect contemplatif mit en avant par beaucoup car je sais que c’est quelque chose qui, normalement, me déplait.

Pourtant, j’ai bien apprécié la découverte.

De quoi ça parle ?
Suite au décès de son époux, Mari entreprend un voyage autour du Mont Fuji, choisissant 24 estampes dans Les Vues du mont Fuji, par Hokusai. Mais ce pèlerinage ne l’aide pas seulement dans son deuil, il lui permet aussi de se préparer à ce qui l’attend…

Qui est Hokusai ?
Commençons par le commencement… Le nom de ce peintre japonais à cheval sur le 18e et le 19e siècle ne vous dit peut-être rien mais vous avez déjà, je suis sûre, contemplé au moins l’une de ses œuvres, à savoir la célèbre vague qu’on voit un peu partout dans la pop culture. Je vous invite à consulter le site de la BNF qui vous permettra de (re)voir ces estampes gratuitement. Ce personnage bien réel quoi que décédé depuis longtemps est partie prenante de l’intrigue par deux points.
Le premier, c’est que Mari se sert de ses estampes pour son voyage et tente de superposer le Japon moderne (enfin des années 1980 puisque la novella est parue pour la première fois en 1985) à ce que Hokusai a représenté. Je regrette que le Bélial n’ait pas inséré les estampes concernées au-dessus de chaque chapitre mais rassurez-vous, les noms y sont à chaque fois et il suffit de consulter Internet pendant sa lecture pour avoir le visuel tout en lisant le chapitre qui y est consacré.
Le second, c’est que Hokusai semble présent aux côtés de Mari, sous forme de spectre mais un spectre majoritairement taiseux quoi que quelques interactions avec Mari soient décrites.

Et la science-fiction, dans tout ça ?
Peut-être vous posez-vous la question puisque je m’échine à décrire un roman qui semble un brin fantastique et très contemplatif. Et bien l’époux de Mari n’est pas vraiment décédé, il a plutôt changé d’état en parvenant en quelque sorte à numériser sa conscience. Il aimerait bien que sa femme le rejoigne dans le système, d’ailleurs, mais Mari… ça ne l’intéresse pas. Nous sommes donc au milieu des années quatre-vingt et on voit déjà des thématiques qu’on utilise énormément de nos jours. Non seulement cela évoque la question de l’immortalité (de l’esprit à défaut du corps) mais aussi des potentielles dérives ou profonds changements que cela pourrait entrainer.

Cette novella, en fait, se situe à la frontière des genres et confronte « l’ancien » avec le « nouveau » faute de meilleurs termes. Armée de son bâton, Mari va combattre des créatures faites d’énergie électrique, envoyées par son mari pour l’emmener dans le réseau, tout en continuant son pèlerinage avec un certain but en tête, but qu’on découvrira lors de l’avant-dernier chapitre.
C’est surprenant, vraiment, ce que Roger Zelazny est parvenu à faire en mélangeant ainsi les codes et les attentes des genres. J’ai ressenti une certaine surprise tout en avançant dans ma lecture, sans jamais vraiment me douter d’où j’allais arriver à la fin.

Mon seul regret, c’est d’avoir attendu aussi longtemps pour découvrir ce texte. Alors ne faites pas comme moi et foncez découvrir cette novella.

D’autres avis : L’épaule d’Orionle Culte d’ApophisL’ours inculteLorkhanLutin82Au pays des cave trollsle Dragon GalactiqueNevertwhereLes lectures du Maki – vous ?

Ici se cachent les monstres – Amelinda Bérubé

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Ici se cachent les monstres
est un roman young-adult horrifique écrit par l’autrice canadienne Amelinda Bérubé. Disponible aux éditions du Chat Noir dans la collection Cheshire, vous trouverez ce texte sur leur site Internet au prix de 19.90 euros.

De quoi ça parle ?
Avant toute chose je vous invite à ne PAS lire la quatrième de couverture qui dévoile un élément qui se passe après la moitié du roman. Ce n’est pas, en soi, un trop gros souci mais quand même, ça oriente la lecture.
Skye a seize ans et en a marre de sa sœur, Deirdre, qui fait tout (et surtout le pire) pour attirer l’attention. Leur déménagement à l’autre bout du pays semble être une bonne occasion de tout reprendre de zéro, de se faire de nouveaux amis. Évidemment, Deirdre prend très mal cette volonté qu’a sa sœur de rencontrer d’autres personnes. Alors quand Deirdre disparait, Skye pense d’abord à une fugue avant de se demander s’il n’y aurait pas quelque chose qui se cache dans ces bois…

Une histoire de sœurs.
Comme régulièrement quand Cécile Guillot repère un texte, on retrouve une histoire qui met principalement en scène des personnages féminins et même des sœurs dont la relation est, ici, compliquée. Tant mieux, j’adore !

Voilà des années que Skye protège Deirdre, Deirdre qui est si étrange, qui invente un monde imaginaire où elles sont toutes les deux des Reines et vivent des aventures dangereuses mais passionnantes. Sauf que les rumeurs vont vite et Deirdre devient un souffre douleur qu’il faut protéger des enfants cruels. Skye ira assez loin dans cette démarche. Après leur déménagement, elle estime que les choses doivent changer et que Deirdre doit apprendre à se débrouiller toute seule. Elle cesse donc leurs jeux, rencontre William, Sophie et Kevin, tente de s’inclure socialement tout en gérant les crises de folie de Deirdre qui créé des monstres à partir de morceaux d’os, de bâtons et de boue.

En tant que lectrice, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour Skye, tiraillée entre l’amour qu’elle porte à sa sœur et l’envie de vivre, légitimement, pour elle-même. La relation n’est jamais nommée comme toxique mais on la ressent ainsi à travers les pages. Deirdre apparait comme une petite fille immature et égoïste sauf que rien n’est aussi tranché. La narration à la première personne, du point de vue de Skye, empêche la balance de pencher totalement d’un côté ou de l’autre car rien n’est inscrit dans le marbre. Skye remet sans arrêt les choses en perspective en fonction des évènements et, en cela, j’ai trouvé le choix narratif bien exploité.

Une histoire d’horreur.
N’oublions pas qu’avant d’être un récit de famille ou une histoire de sœurs, Ici se cachent les monstres est un roman à l’ambiance horrifique bien maîtrisée, qui va crescendo à mesure que les trois parties du texte se dévoilent. Les descriptions de l’autrice sont simples et efficaces. Elle n’a besoin d’aucune fioriture pour décrire l’atmosphère qui entoure la forêt toute proche ou l’urgence qui devient de plus en plus prégnante à mesure que les créatures posent des ultimatums à Skye. L’aspect horrifique paraîtra probablement classique à certain.es lecteur.ices adeptes du genre, toutefois classique ne signifie pas mauvais (on ne le rappellera jamais assez) et il est assez rare que je tombe sur des textes d’une telle efficacité.

Une histoire… plurielle.
Ici se cachent les monstres est un page-turner efficace avec des protagonistes principales particulièrement bien réussies mais ce n’est pas son seul atout. En toile de fond, on y évoque aussi le harcèlement scolaire et ses conséquences tout en peignant le portrait d’une famille comme il en existe tant, avec une mère qui travaille trop et un père dépassé par les évènements, une aînée sur qui repose la charge familiale et une cadette en constant besoin d’attention. Le principe parait banal mais c’est justement parce qu’il est à la portée de compréhension de n’importe qui qu’il fonctionne aussi bien, qu’on se prend autant au jeu. De plus, le roman nous oblige à nous confronter à des questions dérangeantes sur les choix que nous ferions et les extrémités auxquelles nous serions prêtes à aller pour protéger quelqu’un de cher. Et c’est en ça qu’il est brillant puisqu’à l’instar de textes comme ceux d’Anya Allyn (traduits chez le même éditeur), il oblige le.a lecteur.ice à considérer la légitimité de ses certitudes et de ses préconceptions. L’autrice bannit le manichéisme de l’équation, ce dont je me réjouis.

La conclusion de l’ombre : 
Ici se cachent les monstres est une one-shot horrifique young adult efficace et nuancé. C’est un roman qui dérange parce que rien n’y est simple, le manichéisme n’y a pas sa place. J’ai adoré me plonger dans ce texte et je le recommande plus que chaudement aux amateur.ices d’horreur.

D’autres avis : pas encore !

Guide sorcier de l’évasion : atlas des contrées réelles et imaginaires – Alix E. Harrow

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Guide sorcier de l’évasion
est une novella écrite par l’autrice américaine Alix E. Harrow. Publiée pour la première fois en français dans le Bifrost 99, cette nouvelle était disponible gratuitement pendant quelques semaines après avoir reçu le prix des lecteurs du Bifrost. C’est à cette occasion que je me la suis procurée et bien m’en a pris car il s’agit d’un texte de qualité.

Je l’ai lue pour la première fois durant le mois d’août et j’ai été tellement emballée par le propos que j’ai demandé au Bélial leur autorisation pour l’inclure dans mon dossier de lectures, à destination de mes étudiant.es. Je n’avais pas écrit de chronique dessus mais après l’avoir fait lire en classe une première fois, j’en ai eu l’envie et pour deux raisons. D’une part, vous partager mon propre ressenti et, d’autre part, vous raconter comment elle a été reçue.

De quoi ça parle ?
À Maysville, dans le Sud des États-Unis, un adolescent se rend à la bibliothèque pour emprunter des livres d’aventure et s’évader de son quotidien maussade. La bibliothécaire, qui est aussi une sorcière, sent sa détresse et essaie de l’aider en lui conseillant les ouvrages adéquats. Mais plus le temps passe, plus la situation du jeune garçon empire, si bien qu’elle commence à envisager de lui donner un ouvrage interdit par sa profession…

L’avis de l’ombre :
Je trouve que cette nouvelle est une ode à la littérature de l’imaginaire et à tout ce qu’elle peut apporter, même si beaucoup de gens ont l’impression qu’elle est au contraire néfaste. Il suffit de voir qu’on brûle des ouvrages de l’imaginaire dans certains pays ou, plus proche de nous, les réflexions désagréables de certain.es profs ou parents. Ces personnes sont représentées par l’assistante sociale qui dit à un moment au jeune garçon qu’il doit « lire des choses utiles ». C’est une phrase que vous avez peut-être entendue un jour, comme si toute activité qui ne générait pas un « profit » tangible ne méritait pas qu’on « perde » du temps avec elle…

Alix E. Harrow réfléchit sur la place des livres, des bibliothèques mais aussi des œuvres de fiction de manière générale. Il suffit de constater les nombreuses références littéraires qui parcourent ce texte pourtant long de quelques pages seulement. Chaque « partie » est surmontée d’un titre de livre et d’un.e auteur.ice dont le contenu du roman correspond ou résonne avec ce qui serait dit dans le chapitre. On y trouve ainsi un sous-texte très riche et qui gagne en intensité en fonction de notre culture littéraire.

Comment les étudiant.es ont reçu le texte :
J’utilise mon dossier de lecture dans plusieurs classes et la première fois, ça a été avec des bacheliers (licence). Premièrement, j’ai remarqué que tout le monde ne lisait pas aussi vite que moi… Pour évaluer le temps que ça devrait leur prendre, j’ai relu le texte en même temps qu’elleux tout en prenant des notes et iels ont eu besoin du double de temps pour arriver au bout. Cela m’a fait réfléchir sur mes préconceptions…

Ensuite, en les invitant à s’exprimer, j’ai rapidement compris qu’iels n’avaient pas compris qu’il s’agissait d’une nouvelle de l’imaginaire. Iels sont tellement habitué.es à lire de la littérature blanche dans un cadre scolaire que, malgré les indices évidents et les déclarations de la bibliothécaire, ils ont plutôt pensé qu’il s’agissait d’une métaphore, d’une personne tellement passionnée par son métier qu’elle en avait développé un sixième sens et que le Guide sorcier finalement offert au jeune homme était lui aussi une métaphore pour le livre parfait qu’on aimerait tous.tes avoir dans les mains quand ça ne va pas.

J’ai été surprise par cette analyse mais je la trouve plutôt intéressante donc j’avais envie de l’ajouter à ma chronique. Quand je leur ai ensuite présenté / contextualisé la nouvelle, ils ont été surpris et vont la relire pour le prochain cours avec ça à l’esprit, pour voir s’iels la comprennent autrement.

Dans l’ensemble, iels m’ont dit qu’iels avaient aimé ce texte pour son ancrage dans le réel, qu’iels n’ont eu aucun mal à comprendre les enjeux même quand iels ne sont pas de grand.es lecteur.ices. Iels ont même été surpris qu’en si peu de pages, on puisse en dire autant.

La conclusion de l’ombre :
Peu importe comment on l’analyse, il semble évident et unanime qu’Alix E. Harrow a écrit une nouvelle pleine de sensibilité sur l’importance de la littérature et des bibliothèques, qui ne peut que parler à des amoureux.ses des livres. Je vous encourage vivement à le lire !