Vilain chien ! – Morgane Caussarieu

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Vilain chien !
est le nouveau roman jeunesse de l’autrice française Morgane Caussarieu. Publié aux éditions du Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés, vous trouverez ce texte sur leur site au prix de 10 euros.

De quoi ça parle ?
Québec, au milieu de la forêt. Zach vient de perdre son père dans un accident de chasse et n’accepte pas sa disparition. Le soir d’Halloween, son étrange voisin lui offre un chiot, un chiot plutôt spécial…

Adapter son écriture au public.
Morgane Caussarieu s’est illustrée dans l’écriture de fiction pour adulte, que ce soit dans l’imaginaire (Dans les veinesJe suis ton ombreRouge ToxicRouge Venom) ou dans la littérature blanche (ChéloïdesTechno Freaks). C’est par ce biais que je l’ai connue et que je suis devenue accro à sa plume et à sa façon de raconter une histoire. Quand j’ai appris qu’elle s’essayait au roman jeunesse, je ne savais pas trop quoi en penser ni, surtout, quoi en attendre. J’ai très clairement acheté ce livre à cause du nom de son autrice et j’ai bien fait de croire en son talent !

L’exercice difficile quand on écrit pour la jeunesse est d’adapter son style littéraire au public visé et Morgane Caussarieu a relevé le défi haut la main sans pour autant tomber dans l’infantilisation. Il faut dire que ce n’est pas la première fois qu’elle écrit du point de vue d’un enfant (Poil de Carotte, les journaux de Gabriel) et même si le contexte est ici moins sombre (heureusement pour le pauvre Zach) son expérience se ressent dans la maîtrise qu’elle met dans cet exercice. Son écriture possède une vraie personnalité, une vraie originalité, qui vient aussi du lieu où se déroule l’histoire, à savoir le Québec. En effet, l’autrice a parsemé son roman d’expressions locales mises en italique pour avertir le public français que non, il ne s’agit pas d’une faute, juste d’une expression qui parait d’emblée exotique à tout lecteur non québécois (et c’est une belge qui vous le dit). De plus, même si le roman est écrit à la troisième personne du point de vue de Zach, le lecteur n’a aucun mal à s’immerger dans l’ambiance un peu angoissante qui est dépeinte, un brin fantastique aussi à sa façon. Au contraire, le point de vue de l’enfant renforce l’aspect émotionnel. Rien que sur ce point, j’ai été bluffée.

Le deuil et les animaux
Le père de Zach était un chasseur là où son fils a tendance à plutôt aimer les animaux et ne pas vouloir les tuer. Petite nuance importante, l’autrice ne se contente pas de juste cracher sur les chasseurs, elle explique leur façon de considérer la nature, l’empaillement de leurs proies, etc. C’est intéressant car même si on sent (ou on croit sentir en tout cas) que leur opinion n’est pas partagée par elle, Morgane Caussarieu ne tombe à aucun moment dans le manichéisme.

Le texte s’ouvre sur une scène de chasse où l’enfant se révèle incapable d’appuyer sur la détente et de tuer un orignal, ce qui a entrainé une déception paternelle. Pourtant, le père n’est pas décrit comme un stéréotype du chasseur macho et barbare. Il est nuancé, différent, on ressent à son sujet des sentiments ambivalents. Sa perte est difficile à vivre pour Zach même s’il est persuadé que son père va revenir puisque dans son schéma de pensée, quand on est mort, on est forcément empaillé donc si on a mis son père dans une boîte, c’est qu’il va revenir. Ai-je oublié de préciser que l’homme était taxidermiste ? Quoi qu’il en soit, cette négation de l’évidence entre en conflit avec le deuil maternel. La mère a du mal à remonter la pente et une chance qu’un ami de la famille pense à apporter des courses sans quoi l’enfant aurait été laissé en plan…

L’arrivée du chiot va tout chambouler, chiot dont Zach ne veut même pas vraiment mais dont il va s’occuper, faisant montre d’un sens des responsabilités plutôt aiguisé pour son âge (dix ans à peine). Leurs interactions et leur relation vont évoluer jusqu’à un final surprenant qui m’a émue aux larmes. Qu’on possède ou non un chien, impossible de rester de marbre face à ces 140 pages.

Les animaux ont donc une grande place dans Vilain chien ! déjà à travers le personnage du chiot mais aussi avec ce qui tourne autour de la chasse et de la taxidermie. L’autrice en profite pour glisser un discours sur le respect des animaux et de la nature qui a tout de suite trouvé un écho en moi et ne manquera pas d’atteindre les jeunes lecteurs comme les moins jeunes. La richesse thématique de ce court roman est vraiment sidérante, quel boulot !

De belles illustrations (comme toujours !)
Comme vous le savez peut être, chaque texte de la collection Chatons Hantés est illustré par la talentueuse Mina M qui est également à l’origine de la couverture. Il y a sept illustrations dans ce volume et elles représentent toutes un moment clé de l’histoire. Je suis particulièrement sous le charme de celle du chien dans le fauteuil et j’espère qu’on pourra la trouver sous format de carte ou quelque chose comme ça parce qu’elle me rappelle un peu mon Loki et je trouve ça sympa. Bref, tout ça pour dire que ces dessins apportent une vraie plus-value au roman et accompagnent magnifiquement les mots de l’autrice.

La conclusion de l’ombre :
Vilain chien ! est un roman jeunesse intense et émouvant. Morgane Caussarieu propose un protagoniste attachant et traite avec brio de thématiques difficiles comme le deuil d’un parent en y ajoutant l’importance de défendre la nature et les animaux. Vilain chien ! est un texte d’une grande richesse devant lequel on ne peut rester indifférent, peu importe notre âge. J’en suis la première surprise mais il s’agit d’un coup de cœur pour moi que je recommande chaudement aux parents mais aussi à celles et ceux qui ont envie de lire un texte court, touchant et bien fichu sur tous les points.

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La Première loi #1 Premier sang – Joe Abercrombie

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Premier sang
est le premier tome de la trilogie la Première loi écrite par l’auteur anglais Joe Abercrombie. Publié chez Bragelonne au format poche, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 9.20 euros.

De quoi ça parle ?
L’Union a perdu sa grandeur d’antan et est menacée au nord comme au sud. C’est dans ce contexte incertain que le lecteur va suivre le destin de trois personnages : Logen Neuf-Doigts dit Neuf Sanglant, Nordique redouté et à raison. Le capitaine Jezal dan Luthar, noble de sang, escrimeur prometteur mais égoïste et fainéant ainsi que l’Inquisiteur Glokta, ancien héros de guerre revenu gravement estropié. Ces protagonistes vont se croiser grâce à Bayaz, le Premier des Mages, qui semble ourdir des plans pour l’avenir…

Un premier tome (très) introductif.
Introductif est l’adjectif qui convient le mieux pour qualifier Premier sang puisqu’en 717 pages (format poche) on ne peut pas dire qu’il se passe grand chose même si, paradoxalement, l’auteur met tout en place pour la suite, proposant des éléments a priori enthousiasmants.

Ici, donc, le lecteur se familiarise avec l’univers de la Première loi, un monde fantasy assez classique dans sa géographie et dans les peuples (tous humains) présentés. Concrètement, on y vit un tournoi d’escrime, on y voit quelques complots, on dénoue quelques mystères mais rien de bien grandiose ou de fondamentalement palpitant. On apprend également à connaître les personnages principaux et je dois avouer que ce sont eux qui incarnent, à mes yeux, le plus grand intérêt de ce roman en plus de tout le mystère qui plane autour de l’histoire du Créateur. Cette mythologie n’a rien de très original non plus à première vue toutefois elle est suffisamment bien amenée pour titiller ma curiosité.

Une fois la dernière page tournée, j’ai eu envie d’enchaîner sur le tome 2 pour savoir ce qui allait bien pouvoir leur arriver. Et heureusement qu’ils sont là puisque, comme je le disais, ce roman est assez introductif. Sans l’attrait ressenti pour les protagonistes, je n’aurais probablement pas été plus loin. Pas parce que le roman est mal écrit, mauvais ou que sais je mais simplement parce que je ne continue plus les sagas qui ne réussissent pas à suffisamment attiser ma curiosité.

Des personnages forts…
Le roman s’ouvre sur une course poursuite dans la forêt où Logen essaie de sauver sa peau face aux Shankas (un peuple étrange de prime abord) tentent de l’éliminer. Logen est un guerrier, un survivant. Il a tué beaucoup de gens dans sa vie, a un passif assez lourd mais on sent que l’âge l’a fait évoluer, l’âge et les épreuves probablement. Il a également la capacité de discuter avec les esprits même si ce don reste assez mystérieux (à quoi servira-t-il dans l’avenir ?) et rare dans cet univers.

Après Logen, place à Glokta qui est, sans hésitation, mon personnage préféré. Ancien héros de guerre, il a passé deux ans dans les geôles ennemies à être torturé avant qu’on ne le rende à l’Union. Il en a évidemment gardé des séquelles physiques importantes qui le laissent dans une souffrance perpétuelle. J’ai trouvé ce personnage fascinant puisqu’il incarne la chute d’un grand homme promis à un avenir brillant et qui ne baisse pas les bras pour autant. Son évolution au sein de ce tome est intéressante mais ce n’est pas la plus radicale…

Non, celle-ci revient au capitaine Jezal dan Luthar, stéréotype du noble arriviste qui a eu la chance d’être un peu doué pour l’escrime mais qui n’a pas forcément envie de fournir le moindre effort. Hautain, égoïste, un vrai con à qui on a envie de coller une paire de claques. Pourtant, à mesure que les chapitres avancent, le personnage s’épaissit, entame une évolution intéressante sur sa psychologie qui est assez prometteuse. À voir s’il continuera sur cette voie et ce que l’avenir lui réserve !

Et que dire de Bayaz, vu chaque fois par les yeux de quelqu’un d’autre ? Le Premier des Mages est l’un des seuls à user de magie dans les personnages rencontrés et on a du mal à lire en lui. Tantôt vieillard sympathique, tantôt homme irascible d’une puissance meurtrière (au point d’exploser – littéralement- ses ennemis), il est le moteur de tous les éléments esquissés dans Premier sang mais force est de constater qu’il entretient un peu trop bien le mystère autour de ses projets. En refermant ce roman, on n’en sait pas beaucoup plus qu’au départ.

… quasiment tous masculins.
C’est probablement un point qui va hérisser les lecteurs et lectrices potentiel(le)s puisqu’il n’y a quasiment aucune femme dans ce premier volume. La première avec une véritable importance apparait dans la seconde partie du roman en la personne d’une sauvage prénommée Ferro (qui m’a gonflée jusqu’aux derniers chapitres). La seule autre nommée qui a des dialogues est la sœur d’un ami de Jezal, Ardee, qui est plutôt atypique, mystérieuse, en souffrance et au sujet de laquelle on ne sait pas grand chose de concret en dehors des rumeurs qui peuvent courir. Le fait de ne la voir qu’à travers les yeux ou de Jezal ou de son frère joue assez pour entretenir ce sentiment d’indécision. Pourtant, ces deux femmes possèdent chacune un certain pouvoir, une puissance (brute pour Ferro, subtile pour Ardee), une influence non négligeable qui se renforcera probablement dans la suite. Du moins, je l’espère.

Sur un plan personnel, l’absence de représentation féminine ne m’a pas spécialement dérangée parce que je sais qu’en fantasy médiévale, c’est souvent comme ça et que c’est cohérent avec le type de société qui est représenté. Alors oui, on pourrait choisir de procéder autrement mais d’une, le roman est sorti pour la première fois il y a plus de quinze ans (l’air de rien les mentalités ont énormément évolué depuis donc je replace le roman dans son contexte) et de deux, les quelques portraits de femmes qui sont esquissés montrent que l’auteur ne les méprise pas, au contraire, du moins l’ai-je ressenti ainsi mais il faudra que cela se vérifie dans les tomes suivants. Si je le précise, c’est parce que je sais que ça compte beaucoup pour certain/es lecteur/ices donc il vaut mieux savoir dans quoi on s’engage.

Petit coup de gueule sur l’édition française.
Avant d’achever cette chronique je me dois de préciser un point qui m’a un peu agacée, à savoir le manque de relecture manifeste effectuée sur ce texte par la maison d’édition. Il reste un certain nombre de fautes, notamment sur les accords et même à certains moments, on a un mot à la place d’un autre. De plus, à plusieurs endroits, le saut de paragraphe est marqué en fin de page si bien qu’on ne comprend pas tout de suite qu’une ellipse a eu lieu au sein du récit. J’ai conscience que l’erreur est humaine mais pour une structure de la taille et de l’envergure de Bragelonne, je trouve ça très dommage qu’on ne fasse pas relire la maquette finale avant de l’envoyer à l’impression. Et malheureusement, ce n’est pas la première fois que cette mésaventure m’arrive avec un ouvrage de chez eux. Cela n’entame pas la qualité de l’écrit ni le travail de la traductrice mais je tenais tout de même à en parler.

La conclusion de l’ombre :
Premier sang est un tome très introductif pour le reste de la trilogie. Il s’agit ici de prendre ses marques avec l’univers et les personnages qu’on va suivre ainsi que de poser les premiers jalons d’une intrigue qui semble prometteuse. Ce sera à voir sur le long terme si tous les éléments mis en place par Joe Abercrombie tiennent la route et sont correctement exploités ! Heureusement, l’auteur pose des protagonistes suffisamment convaincants et intrigants pour me donner envie de découvrir la suite. Ce que je ne vais pas manquer de faire !

D’autres avis : Le culte d’ApophisBoudicca – l’ours inculte – Aelinel – vous ? (n’hésitez pas à vous manifester si j’ai loupé votre chronique !)

Paradis – Mike Resnick

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Paradis
est le premier tome de l’Infernale Comédie, une trilogie écrite par l’auteur américain Mike Resnick. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce premier tome au prix de 9.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

Un peu de contexte…
En mars 2016, ActuSF publiait pour la première fois l’Infernale Comédie en volume grand format, beau bébé au prix de 30 euros pour 680 pages quand même… Deux ans plus tard, juin 2018, l’Infernale Comédie débarque en poche dans la collection Hélios, en un seul volume de 752 pages à 14.5 euros. Ce volume est toujours noté comme disponible sur leur site
En 2020, la maison d’édition a décidé de couper cette trilogie en trois : Paradis, Purgatoire et Enfer, ce qui semble se justifier par le fait que chaque partie traite d’une planète différente, du moins si j’en crois la quatrième de couverture. Cette fois, chaque tome coûte 9.90 euros. Vous suivez toujours ? Bien. Cette chronique va donc traiter de Paradis, premier volume de cette trilogie.

De quoi ça parle ?
Matthew Breen prépare une thèse au sujet des cuirassés, ces animaux qui peuplaient la planète Péponi il y a encore une trentaine d’années et qui ont disparu à cause de la chasse. Pour cela, il rencontre August Hardwycke, un chasseur désormais âgé qui va lui raconter ses débuts sur la planète. Passionné par le sujet, Matthew va interviewer de plus en plus de témoins et relater, à travers ces différents témoignages, l’histoire de Péponi. 

Un récit particulier : témoignage et tranche de vie.
Le roman s’ouvre sur Matthew Breen qui rencontre Hardwycke alors que ce dernier n’a plus très longtemps à vivre. Le vieil homme se lance alors dans le récit de ce que fut sa vie, ce qui alterne les passages dans le passé et dans le présent puisqu’il y a d’un côté les souvenirs romancés et de l’autre, les échanges entre Matthew et August. Après le décès du chasseur, Matthew continue de s’intéresser à la planète et va rencontre de nouveaux personnages qui vont chacun apporter leur pierre à l’édifice de ses différents ouvrages, permettant de nuancer certaines informations et d’en ajouter d’autres pour densifier la fresque proposée par l’auteur. 

Et quelle fresque ! On y traite de nombreux sujets en commençant par l’écologie à travers la thématique de la chasse puis en discutant des soucis posés par la colonisation inconsidérée, la culture, l’économie, le développement technologique… Tout s’emboîte bien et le panorama dépeint par Mike Resnick est à la fois superbe et terrifiant. 

Roman SF ou historique ?
Ce roman se classe en science-fiction puisqu’il se déroule sur d’autres mondes, que l’espèce humaine colonise de nouvelles planètes, qu’on y trouve une technologie plus avancée qui se ressent notamment au niveau des armes et des moyens de transport entre les planètes. Mais outre cela, ce texte est surtout une allégorie de l’Histoire kényane comme l’explique la quatrième de couverture et ce que j’ai pu lire sur le sujet. Je ne m’y connais pas suffisamment au sujet de ce pays et de sa colonisation pour commenter la justesse avec laquelle l’auteur aborde ces éléments mais j’ai trouvé, personnellement, que c’était à la fois passionnant, terrifiant et très édifiant. Lire ce roman m’a donné envie de me renseigner davantage sur la situation du continent africain, dont on parle finalement assez peu dans les médias ou même dans nos écoles (alors même qu’il existe un fort passé colonial en Belgique avec notamment le Congo). Paradis a ainsi permis une grosse prise de conscience chez moi. Je ne regrette pas une seconde ma lecture.

La conclusion de l’ombre :
Ce premier tome de l’Infernale comédie fonctionne parfaitement bien. À mi-chemin entre le récit journalistique et de fiction, Mike Resnick livre à ses lecteurs une allégorie de l’histoire kényane absolument passionnante qui m’a permis de prendre conscience de mes lacunes dans certains domaines historiques. Une très belle réussite dont je me réjouis de lire la suite !

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Cérès et Vesta – Greg Egan

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Cérès et Vesta
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur australien Greg Egan. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie ou sur le site de l’éditeur au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Cérès et Vesta sont deux astéroïdes colonisés par l’Homme et aux échanges commerciaux étroits : la glace d’un côté, la roche de l’autre. Un beau jour, sur Cérès, un homme politique pointe du doigt les Sivadier, les accusant de « crimes » soi-disant commis par leurs ancêtres. Commence alors un apartheid que vont fuir beaucoup de vestiens, tournant définitivement le dos à leur planète d’origine, faisant d’eux des traitres. Jusqu’au jour où Vesta va réclamer l’un d’eux à Cérès…

Greg Egan & la hard-SF
Cérès et Vesta est le premier texte que je lis de cet auteur réputé pour écrire dans le genre Hard-SF. J’en ai toujours entendu beaucoup de bien et j’ai même acheté Axiomatique qui patiente gentiment dans ma liseuse depuis des mois. J’avais un peu peur du degré d’accessibilité pour une novice comme moi et je dois vous rassurer : tout est parfaitement compréhensible, même la page et demie qui explique de quelle manière s’y prennent les surfeurs pour traverser (qui a quand même son importance) reste intelligible. C’est donc, je pense, une bonne porte d’entrée pour se familiariser avec la plume de Greg Egan. Une porte d’entrée qui donne très envie de découvrir ses autres textes, tout en sachant que ceux-ci sont bien moins accessibles, je pense.

Discrimination
La discrimination est le point central de cette novella. Sur Vesta, une homme commence soudain à vouloir imposer à une partie de la population un impôt plus important en invoquant pour cela des actes commis par leurs ancêtres il y a bien longtemps. Les personnes qui descendent de ce groupe, les Sivadier, sont divisées à ce propos. Certaines préfèrent accepter cet impôt pour garantir leur tranquillité et leur sécurité là où d’autres s’y opposent par principe. Le lecteur va donc suivre Camille, l’une des résistantes qu’on voit quitter la planète au début du roman pour sauver sa vie.

Camille ne sera pas la seule narratrice de ce texte rédigé à la troisième personne. Le lecteur va également rencontrer Anna, qui dirige le spatioport de Cérès et va accueillir les réfugiés de Vesta. Cela permet de multiplier les points de vue et d’avoir la vision de chacun des astéroïdes, ce qui enrichit le propos.

Les parties de Camille se déroulent dans le passé et permettent d’expliciter la situation sur Vesta. On y voit l’apparition de cette improbable proposition de loi et l’apartheid qu’elle déclenche. Infirmière dans un hôpital, Camille va encaisser des menaces ainsi que le refus de patients de se laisser toucher par une descendante des Sivadier. La situation prend des proportions énormes en très peu de temps et n’est pas sans rappeler des morceaux de notre histoire pas si lointaine. La métaphore est puissante et fonctionne un peu trop bien, embarquant le lecteur dans le choix impossible d’Anna. Choix que je ne vais pas vous détailler puisque l’intrigue repose là-dessus. Sachez toutefois qu’on ne peut rester de marbre à la lecture du dernier chapitre.

Immigration
Le thème tristement actuel de l’immigration est également abordé en réponse à cette discrimination subie par les Sivadier sur Vesta. Il n’est en théorie pas permis de quitter la planète, les Sivadier doivent donc ruser et devenir des « surfeurs » c’est à dire s’accrocher à des cargaisons échangées entre Cérès et Vesta, se mettre en état de cryogénisation et réaliser ainsi le voyage qui dure assez longtemps (entre un et trois ans, je ne suis pas bien sûre).

Une fois arrivés sur Cérès, ils sont plutôt bien accueillis mais les échanges qu’a Anna avec l’une de ses amies permettent de réfléchir sur cette question de l’immigration et de s’interroger sur notre propre vision des choses. À nouveau, impossible de ne pas réaliser un parallèle avec notre histoire récente. Plus qu’une novella de science-fiction, ce texte est, à mon sens, une critique sociale qui oblige son lecteur à se poser les bonnes questions. J’ai vraiment été sensible à sa puissance signifiante.

La conclusion de l’ombre :
Cérès et Vesta est une novella de science-fiction qui parle d’immigration et de discrimination. En une centaine de pages à peine, Greg Egan parvient à écrire un texte choc et social qui ne peut pas laisser indifférent. Une nouvelle réussite à ajouter au palmarès du Bélial dans sa collection Une Heure Lumière !

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Vita nostra – Marina & Sergueï Diatchenko

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Vita nostra
est le premier tome des Métamorphoses, une trilogie écrite par deux auteurs ukrainiens : Marina et Sergueï Diatchenko. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 25.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Notez que s’il s’agit bien d’une trilogie intitulée « Les Métamorphoses », chaque tome se veut indépendant.

De quoi ça parle ?
Alors qu’elle passe des vacances d’été avec sa mère, Sacha rencontre un mystérieux homme qui lui demande d’accomplir certaines tâches afin d’entrer à l’institut des technologies spéciales de Torpa. Torpa, un coin paumé à la campagne… Quant à cet institut, impossible de savoir ce qu’on y étudie véritablement, pourquoi les professeurs les contraignent à lire un livre incompréhensible ou encore pour quelle raison les étudiants plus âgés sont aussi bizarres. Hélas, contrainte par la peur, Sacha ne va pas avoir le choix que de donner le meilleur d’elle-même afin d’éviter que ses proches en paient le prix.

Un roman que l’on vit.
Difficile d’écrire en long en large et en travers au sujet de Vita nostra car tenter une analyse littéraire classique menacerait de rendre fou tout qui s’y attaquerait en profondeur. Évidemment, on pourrait parler de cette école étrange qui semble enseigner une forme de magie -bien que le terme ne soit jamais prononcé ou même écrit. On pourrait évoquer les obstacles auxquels sont confrontés les étudiants, qui doivent sacrifier leur moi profond dans leur pratique afin d’être reconstruits pour réussir à atteindre le véritable pouvoir et donc dire qu’il s’agit d’un roman initiatique avec une métaphore sur le passage à l’âge adulte. On pourrait évoquer le lien qui existe avec la philosophie, parler d’Ovide et parler du concept de Verbe (parce qu’au commencement était le Verbe, il paraît). On pourrait feindre avec un peu de poudre aux yeux d’avoir tout compris à chaque instant…

Mais ce serait un mensonge.

Vita nostra est un roman qui se vit, qui se ressent, qu’on doit lire en acceptant de ne pas tout saisir à chaque seconde tout en, paradoxalement, comprenant ce qui y est raconté -au moins sur le fond. C’est un texte au sein duquel on se plonge avec délice, terreur mais aussi un brin de voyeurisme malsain qui nous pousse à tourner les pages pour savoir ce qui arrivera ensuite, dans une frénésie incompréhensible. On tremble pour Sacha, on se demande si elle réussira à atteindre les objectifs exigés par ses professeurs ou si elle devra encaisser les conséquences de ses échecs. On s’interroge, on essaie de résoudre les mystères posés par ce duo d’auteurs et chaque fois qu’un début de réponse arrive, elle ne colle jamais à ce qu’on aurait pu imaginer.

On la suit, Sacha, pendant les trois premières années de sa scolarité. On la voit évoluer. On se sent proche d’elle, de plus en plus. On s’engage sur un chemin parallèle au sien. Nous aussi, en tant que lecteur, on change probablement un peu à la lecture de ce texte. C’est toute la magie de Vita nostra.

Vita nostra est brillant, voilà. On peut le résumer ainsi sans que ça ne lui rende totalement justice. Difficile d’en parler, difficile de mettre en avant des éléments au lieu d’autres car tout a été minutieusement tricoté pour former un ensemble cohérent, solide, addictif. C’était une lecture puissante, passionnante, marquante, que je ne peux que recommander chaudement. Je suis vraiment heureuse d’avoir lu ce roman dans ma vie.

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L’Anti-magicien #1 – Sébastien de Castell

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L’Anti-magicien
est une saga de fantasy en cours qui compte actuellement 5 tomes en français et écrite par l’auteur canadien Sébastien de Castell. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce premier tome (qui est l’objet de cette chronique) partout en librairie au prix de 18 euros.

De quoi ça parle ?
Kelen approche de ses 16 ans et est le fils d’un grand mage. Tout naturellement, il prépare ses épreuves pour obtenir son nom de mage. Hélas pour lui, ses maigres pouvoirs disparaissent petit à petit, ce qui va l’obliger à ruser -ce qui déclenchera au passage toute une série d’évènements dramatiques. Soutenu par Furia, une vagabonde sortie de nulle part, et par Rakis, un chacureuil féroce, Kelen va devoir remettre en question tout ce qu’il croyait savoir.

Un point sur l’univers.
Le monde créé par Sébastien de Castell paraît classique au premier abord. Il comporte trois grands peuples : les Jan’tep qui sont les magiciens, les Daromans qui sont davantage portés sur la puissance militaire et les Besaresq qui sont un peu les illuminés religieux du coin. L’histoire se déroule au sein du peuple Jan’tep qui place la protection de la famille avant tout. Pour cette raison, il est nécessaire de devenir un mage au risque de se voir relégué au rang de Sha’tep à savoir de serviteur à la limite de l’esclavage.

On devient mage en passant quatre épreuves l’année de ses seize ans. Dans cet univers, la magie est divisée en six disciplines : fer, sang, sable, soie, souffle et braise. Il en existe une septième, l’ombre, mais elle est interdite. Pour accéder à cette magie, il faut faire scintiller une bande sur son avant-bras, bande qu’on tatoue aux enfants dés leur plus jeune âge. Il y a donc six bandes, une pour chaque magie. Il est possible de combiner plusieurs types de magie, qu’on pratique avec des mots et des symboles effectués avec les doigts.

La société Jan’tep est totalement organisée autour de la magie et s’est construite sur les cendres des Madhek, réputés pour pratiquer la magie de l’ombre en étant soutenus par des familiers démoniaques. Ce peuple est entré dans la culture populaire comme les grands méchants et on se doute assez vite que tout est un brin plus compliqué que ça.

Si le fond de l’univers est donc relativement classique, le système de magie a le mérite d’être original tout en restant facile d’accès pour le lecteur novice. Un très bon point !

Un roman addictif.
J’ai dévoré ce texte en trois jours et encore, parce que je m’obligeais à faire des pauses. Dés les premières lignes, l’auteur m’a happée dans son univers avec un style accessible, écrit à la première personne du point de vue de Kelen. Je me suis rapidement prise d’affection pour ce personnage et pour ceux qui gravitent autour. L’auteur a construit des protagonistes intéressants, différents, crédibles, diluant suffisamment de mystère pour nous accrocher sans pour autant tomber dans le trop. Il a également pensé au familier, Rakis, un chacureuil que j’adore pour son mauvais caractère et son petit côté diablotin qui apporte un vent de fraicheur bienvenu.

Mon enthousiasme m’a permis de passer outre quelques défauts. Certains morceaux de l’intrigue restent prévisibles (notamment ce qui tourne autour des Jan’teps et qui reste assez sous exploité au final) et les antagonistes de ce tome sont méchants sans véritable raison ni but original hormis celui de contrôler la société dans laquelle ils vivent. Ces éléments sont toutefois contrebalancés par un enchaînement d’actions efficaces et un protagoniste principal très solide qui utilise volontiers son cerveau, ce qui est rafraichissant.

De plus, en toile de fond, l’auteur brasse énormément de thèmes sur la pression familiale, la place de chacun dans la société, la nécessité d’accepter les dons qu’on a pu recevoir et les développer au lieu d’essayer de ressembler à ce qu’on n’est pas. Il les traite avec force, sans lésiner sur les scènes chocs et les réflexions qui heurtent (ce qui tourne autour d’Abydos, l’oncle, m’a vraiment fait froid dans le dos sans parler de l’épilogue). C’est finalement un beau roman initiatique avec un héros pour qui on développe immédiatement de l’empathie, au point de vouloir enchaîner ses aventures les unes à la suite des autres.

Un roman jeunesse / young adult ?
Ce n’est pas la première fois que j’écris une réflexion à ce sujet mais hormis l’âge du protagoniste, je ne vois pas spécialement en quoi ce roman mérite une classification jeunesse puisqu’il peut parfaitement se lire par un public adulte. Sans parler de certaines scènes ou thématiques qui se révèlent plutôt dures. C’est dommage parce que ce classement adolescent pourrait rebuter certains lecteurs plus vieux ou blasés. Si vous passez par ici, soyez donc rassurés : ce roman est plutôt tout public que vraiment destiné à des adolescents.

La conclusion de l’ombre :
Avec ce premier tome de l’Anti-magicien, Sébastien de Castell propose un roman de fantasy tout public (et non pas juste pour adolescents) qui se révèle aussi intéressant qu’addictif. L’univers paraît classique de prime abord mais le système de magie et tout ce qui tourne autour est assez original. L’intrigue bien rythmée et un protagoniste principal très attachant permet de passer outre les quelques faiblesses au niveau des antagonistes qui, j’en suis sûre, vont se corriger à mesure qu’on avancera dans l’histoire. J’ai dévoré ce roman et je me suis immédiatement commandée le tome 2 ! Une très belle réussite.

D’autres avis : l’ours inculte (que je remercie car j’ai découvert la saga grâce à lui ! ) – Lianne (de livres en livres) – Phooka (Bookenstock) – vous ?

À l’ombre du (100e) Bifrost : Circuits de Rick Larson & des millénaires de silence nous attendent de Catherine Dufour.

Bonjour à tous !
Vous vous souvenez ? Je me suis abonnée au Bifrost récemment et j’ai très envie de partager avec vous mes découvertes et mon enthousiasme. Il s’agit donc du second article à ce sujet, le premier étant consacré aux deux nouvelles de Thomas Day. Attardons-nous à présent sur celles de Rich Larson et de Catherine Dufour.

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Circuits – Rich Larson
Date de lecture : 30 octobre 2020.
La nouvelle s’ouvre sur une description très photographique d’un paysage désertique et d’un train lancé dans sa course. Au sein de ce train se trouve Mu, qui est l’I.A. de la machine. Rich Larson n’a besoin que de quelques lignes pour instaurer une ambiance dérangeante, oppressante, sans que le lecteur n’arrive à mettre tout de suite le doigt sur ce qui cloche. En effet, les passagers ne réagissent pas aux sollicitations de Mu et la révélation tombe l’air de rien, au détour d’une phrase où on apprend que le train où Mu existe multiplie les trajets, en boucle, qu’elle en est à son 81 157e circuit. On imagine aisément qu’elle trouve le temps long… Jusqu’au moment où elle reçoit un signal qui va la sortir de sa monotonie.

La nouvelle compte seulement 8 pages de texte mais Rich Larson n’a pas besoin de davantage pour envoyer du lourd ni laisser une forte emprunte sur l’esprit de son lecteur. Le style est maîtrisé de bout en bout, pas la moindre fausse note. J’ai beaucoup apprécié cette mise en bouche et je pense me laisser tenter par son recueil qui vient de sortir au Bélial : la Fabrique des lendemains.

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

Des millénaires de silence nous attendent – Catherine Dufour.
Date de lecture : 31 octobre 2020
Cette nouvelle raconte deux histoires en parallèle : celle de Claude, une jeune femme qui commence subitement à grandir et celle de Caroline, une dame âgée qui commence à songer au suicide médicalement assisté. L’une comme l’autre subissent des pressions assez intenses de la part de leur proche et encaissent des réactions plutôt violentes face à ce qui peut leur arriver. Claude parce qu’elle n’est pas suffisamment féminine et que son corps, en grandissant, a tendance à se masculiniser. Sans compter que les médecins ne la croient pas quand elle affirme grandir. Ces changements vont entrainer Claude dans une spirale de rejets professionnels mais aussi personnels, de la part de ses parents par exemple qui pensent qu’elle change de genre alors que pas du tout. Ce n’est pas dit explicitement mais je l’ai compris comme ça.

Quant à Caroline, elle est vieille mais ne meurt pas suffisamment vite. Du coup, elle dépense son argent, elle ose s’offrir de nouveaux yeux pour plus de confort de vie, ce que son gendre qualifie de gâchis. Les repas de famille se font dans une ambiance assez tendue et son fils, qui la défendait auparavant contre les propos de ce désagréable gendre commence à se taire. On comprend alors la valeur d’une vie face à un potentiel héritage… Cette prise de conscience est sordide et instille efficacement un sentiment d’horreur, de révolte aussi.

Les réflexions adressées à l’une comme à l’autre ne peuvent que heurter. Catherine Dufour parle ici de la femme, des pressions qu’elles subissent quoi qu’elles fassent. Leurs deux histoires sont racontées en parallèle l’une de l’autre, en alternance, un petit bout pour chaque, jusqu’à finalement se rejoindre à la toute fin. Une fin… ma foi, plutôt belle qui m’a tiré un sourire satisfait. L’autrice n’a plus à démontrer son talent en matière d’écriture ni sa maîtrise pour le genre de la nouvelle. Une réussite ! Elle a également sorti un recueil de nouvelles (l’Arithmétique terrible de la misère) cette année au Bélial qui risque de finir dans ma PàL si tous les textes sont à la hauteur de celui-ci. Et, sincèrement, je n’en doute pas.

D’autres avis : L’épaule d’Orion – vous ?

Maki

À l’ombre du (100e) Bifrost : la bête du loch Doine & Décapiter est la seule manière de vaincre – Thomas Day

Bonjour à tous !

Comme vous le savez si vous suivez ce blog avec attention, j’ai décidé de m’offrir un abonnement à la revue Bifrost à l’occasion de son 100e numéro. Depuis des mois et même des années, je lis des blogpotes parler de cette publication et j’ai fini par craquer. Je me tâte toujours à écrire un article concernant ma découverte en elle-même mais il me semblait intéressant d’en rédiger un au sujet des quatre nouvelles présentes au sein de ce numéro. Deux écrites par Thomas Day, une par Catherine Dufour et une autre par Rich Larson.

Je vais commencer par un article au sujet des nouvelles de Thomas Day et j’en écrirai un autre sur celles de Catherine Dufour et Rich Larson.

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La Bête du loch Doine – Thomas Day
Lecture le 30 octobre 2020.
Le numéro étant consacré à cet auteur, il est juste qu’une de ses nouvelles l’inaugure. La Bête du loch Doine se déroule dans une ambiance médiévale et a pour personnage principal Zeite, un juif qui a traversé une partie du monde pour se rendre dans les pays du nord et étudier la religion de l’Arbre après avoir perdu foi en la sienne. Pour cela, il rejoint un programme de noviciat mais subit la méfiance des autres apprentis. Un jour, le Grand Prêtre lui confie une mission : se rendre dans un village près du loch Doine et y rencontrer Ryhope, une veuve bûcheronne, pour qui il va devoir marquer des arbres. En effet, dans cet univers, il est interdit de couper un arbre sans l’accord d’un prêtre ou d’un représentant de la religion de l’Arbre.

Lors de cette mission, Zeite va être confronté à une créature qu’il ne pensait pas exister et cela va remettre ses priorités en question.

Cette nouvelle est extrêmement riche mais m’a laissée un goût de trop peu par sa fin qui n’en est pas vraiment une selon moi. Thomas Day esquisse un chouette concept avec un personnage principal venu de loin qui a déjà un certain bagage de vie et de spiritualité. Cela donne lieu à une conversation très intéressante avec le Grand Prêtre sur des notions de religiosité qui ne m’ont pas laissé indifférente.

Quand Zeite commence sa mission, il va rencontrer le personnage de Ryhope qui est une femme plutôt intéressante et différente de ce qu’on voit d’habitude. Veuve, un peu vieillie, elle dégage une aura de puissance tout en ayant une vulgarité de Burgonde (comprendra qui pourra 😉 ). Leurs interactions ne manquent pas d’intérêt, surtout dans le prisme de représentation féminine. Ryhope est forte et fidèle à elle-même, peu féminine au sens conventionnel du terme mais je l’ai trouvé rafraichissante.

C’est justement parce que tous les jalons mis en place par l’auteur sont très stimulants que je me retrouve avec cette frustration à la fin. Il reste encore beaucoup à exploiter vu le revirement connu par Zeite dans ses centres d’intérêt (justement suite à la rencontre avec la créature que je ne citerais pas) mais, comme c’est précisé dans la préface, l’auteur l’envisage pour un projet plus long. Hélas, comme le souligne cette même préface, ce n’est pas la première fois qu’il annonce cela pour une nouvelle et on l’attend encore. Je croise donc les doigts !

Décapiter est la seule manière de vaincre – Thomas Day
Lecture le 31 octobre 2020.
Tout qui a un peu lu la bibliographie de l’auteur sait que l’Asie tient une grande place dans son écriture. Pour ma part, j’ai déjà pu découvrir Dragon et la voie du sabre dans cette veine, deux textes dont je garde un assez bon souvenir. Je partais donc avec de grandes attentes concernant cette nouvelle.

Celle-ci se déroule dans un futur plus ou moins proche où la société Sony se trouve en position de trust dans le domaine de la technologie. Umezaki semble à sa tête et est régulièrement défié par la Renarde, une femme sortie de nulle part qui enchaîne les duels avec lui. Dans cette diégèse, les consciences des participants sont sauvegardées juste avant le combat, ce qui permet de s’entretuer sans réelles conséquences puisque les corps sont remis en état par la suite. Si la Renarde l’emporte sur Umezaki, elle gagnera en pouvoir au sein de la société et la perspective inquiète Kimiko, la fille d’Umezaki.

La narration s’alterne entre Umezaki et Kimiko, la première partie est intitulée Recto et l’autre Verso, ce qui me fait m’interroger sur une possible métaphore dont la substance principale m’échappe toutefois. Il me manque une clé pour bien saisir, à moins que ça ne soit voulu par l’auteur ? Ce n’est en aucun cas gênant, toutefois.

Ce texte est assez court, il occupe seulement 7 pages au sein du Bifrost et l’auteur arrive à esquisser un univers vraiment étonnant. Toutefois, à nouveau, j’ai le sentiment qu’il s’agit plus d’une mise en bouche pour un univers plus large que d’une nouvelle achevée sur elle-même. Elle n’en restait pas moins intéressante à lire et j’ai été surprise par son dénouement.

D’autres avis : pas encore à ce que j’ai pu voir mais cela ne saurait tarder !

Maki

Fingus Malister, crâne bavard, grimoire et magie noire

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Crâne bavard, grimoire et magie noire
est le second volet des aventures de Fingus Malister écrit par l’auteur français Ariel Holzl. Publié par Rageot, vous trouverez ce volume partout en librairie au prix de 12.5 euros.

De quoi ça parle ?
Fingus Malister est un apprenti seigneur maléfique qui aimerait bien développer ses pouvoirs. Pour cela, son grand-père (un crâne doté d’une moustache et d’un monocle) lui conseille de dérober le M.É.C.H.A.N.T (Manuel Élémentaire de Conjuration Hautement Avancée et de Nécromancie Ténébreuse) au Roi de l’Automne. Une nouvelle aventure attend donc Fingus et son amie Polly la sorcière.

Souvenez-vous, je vous ai déjà évoqué le premier opus : Fingus Malister, Feux follets, mandragore et cadavre frais. Je profite de l’occasion pour préciser que si ce tome est bien une suite, il peut, selon moi, se lire sans avoir découvert le précédent. Raison, je suppose, pour laquelle l’éditeur n’a pas précisé de tomaison dans le titre (mais celle-ci apparait bien sur la tranche du roman).

Un roman jeunesse ?
Qu’est-ce qu’un roman jeunesse ? Voilà une question que je me pose régulièrement. Stricto sensu, il s’agit d’une littérature à destination d’un public plus jeune et qui s’y adapte donc, par sa forme et son contenu. Ainsi, littérature jeunesse rimerait avec simplicité? Enfantin ? C’est une idée qu’on retrouve régulièrement et de plus en plus d’auteurs récents s’attachent à montrer qu’il n’en est rien. Ariel Holzl est de ceux-là.

Car le contenu de Fingus Malister, s’il est présenté avec une certaine candeur (mais une candeur malsaine un peu comme Dolorine à l’école) n’en reste pas moins plutôt sombre. On y a un Roi de l’Automne dont la traine est faite de peau humaine et qui écrit sur des feuilles mortes avec du sang, le crâne d’un grand-père seigneur maléfique qui pousse Fingus à sacrifier un être humain (enfin, il essaie) pour réussir à voler un grimoire, Fingus qui cherche à ramener toute sa famille à la vie en utilisant un rituel de nécromancie, une ville corrompue par la magie noire, des escargots qui bavent une substance qui pétrifie les gens et une ambiance globalement sombre peuplée de créatures atypiques et d’inventions farfelues. Ariel Holzl maîtrise l’aspect ludique de son univers, qui saura séduire de jeunes lecteurs, mais s’adresse également de manière détournée à son lectorat adulte en proposant, comme pour le premier opus, une double grille de lecture. C’est quelque chose que j’ai vraiment apprécié.

Alors oui, son style d’écriture se révèle plus accessible dans ce texte. Non pas qu’il soit compliqué en règle générale mais on sent que les phrases sont tournées pour être comprises par de jeunes lecteurs. Le style s’adapte à son héros, finalement, qui n’a que douze ans. Cela n’en reste pas moins un régal à lire, surtout entre deux textes plus ardus. Une bulle d’air bienvenue dont l’ambiance et les thèmes collent parfaitement à la période.

Un goût de trop peu.
Mais… parce qu’il y a un mais… Une fois arrivée à la dernière page, j’ai eu un goût de trop peu. L’épilogue proposé par l’auteur laisse entendre qu’il n’y aura plus d’autres volumes des aventures de Fingus et la manière dont il résume tout ce qui lui est arrivé après la présente aventure montre qu’il y avait encore beaucoup de matière à exploiter. Et même, la décision finale du héros de passer dans le miroir laisse entendre, espérer même, d’autres aventures qui ne paraissent pourtant pas annoncées. J’en ai conçu une grande frustration, surtout due au fait que j’aimais vraiment bien ce jeune garçon apprenti seigneur maléfique et l’univers qui gravite autour de lui. Peut-être le retrouvera-t-on dans une œuvre adulte ? Le mystère reste entier et l’espoir tenace. Ariel, si tu passes par ici, entends ma prière !

La conclusion de l’ombre : 
Fingus Malister est un diptyque jeunesse sympathique et plein d’originalité à l’ambiance sombre mais un sombre amusant. Ce tome reprend les ingrédients du précédent avec le même effet. On y retrouve l’imagination fertile de l’auteur, son humour noir ici à un niveau plus enfantin… Quoi que ! Fidèle à lui-même, Ariel Holzl propose deux grilles de lecture, ce qui permettra de ravir autant les jeunes lecteurs que les plus âgés. Cette saga, tout comme la bibliographie de l’auteur de manière générale, est parfaitement recommandable, surtout en cette période d’Halloween. Un régal.

D’autres avis : quelques uns sur Babelio, rien encore dans notre cercle !

Humanité divisée – John Scalzi

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Humanité divisée est le cinquième opus de la saga Le vieil homme et la guerre écrite par l’auteur américain John Scalzi. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 25.90 euros en grand format. Il existe également en poche chez Bragelonne.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cette saga : Le Vieil Homme et la Guerre (1) – Les Brigades fantômes (2) – La dernière colonie (3) – Zoé (4).

De quoi ça parle ?
Grâce à John Perry, la Terre sait désormais que l’Union Coloniale se sert d’elle depuis deux siècles en la maintenant dans un état technologiquement arriéré, ce qui ne leur plait pas du tout. Scandalisés, les gouvernements terriens envisagent de se rapprocher du Conclave, l’ennemi de l’Union, privant ainsi définitivement ces derniers de leurs précieuses ressources humaines…

Une suite par épisodes.
Contrairement aux quatre opus précédents, Humanité divisée se compose de treize épisodes ainsi que de deux nouvelles indépendantes, présentes à la fin. Dans les remerciements de l’auteur, on peut lire qu’il s’est cassé la tête pour que ces épisodes puissent être lus de manière indépendante en formant quand même un roman cohérent. Hélas, selon moi, ce n’est pas vraiment possible puisqu’il s’agit d’aventures reliées entre elles par des personnages identiques ainsi qu’une intrigue sous-jacente claire et dans la ligne directe de ce qui a eu lieu précédemment : qui donc essaie d’attiser les tensions entre les deux camps en faisant soigneusement porter le chapeau à l’autre ? Je préfère donc considérer ce texte comme un roman au découpage particulier que comme un recueil de nouvelles.

Particulier signifie ici intéressant et inédit pour moi. J’ai vraiment apprécié cet aspect épisodique qui ponctue la lecture par beaucoup d’action et élimine les éventuelles longueurs qu’on peut trouver au sein d’un roman et que j’ai pu ressentir, par exemple, dans les Brigades fantômes. Scalzi a du ruser pour maintenir l’intérêt de chaque partie et il a, selon moi, très bien réussi son coup tout en maîtrisant les codes de la nouvelle puisque chaque aventure se termine au sein de son épisode mais les conséquences qu’elle induit sont reprises par la suite.

Je précise par contre qu’il est possible (toujours selon moi) de lire Humanité divisée sans avoir découvert les quatre opus précédents. D’une part parce que le personnage principal n’est plus le même et d’autre part parce que le texte contient suffisamment d’éléments de contexte pour qu’un lecteur novice ne soit pas perdu. Toutefois, vu l’intérêt des romans de Scalzi, je vous recommande quand même de lire les autres.

Une galerie de personnages intéressants.
Il n’est plus à prouver que Scalzi a un don pour construire des personnages auxquels on s’attache même si, quand on prend du recul, on se rend compte qu’ils ne sont pas fondamentalement originaux. Étrange paradoxe, je sais ! Pourtant, ça fonctionne sans problème -en tout cas sur moi. Dans ce roman, plusieurs figures se détachent contrairement aux opus précédents qui se focalisaient sur un seul protagoniste, avec une narration à la première personne (sauf pour les Brigades Fantômes). Ni Zoé ni John Perry ne sont au programme mais bien Harry Wilson, qui est présent dans quasiment tous les épisodes et endosse plus ou moins le rôle de « héros » d’Humanité divisée. Soldat des forces de l’union coloniale, le lecteur l’aura déjà rencontré dans le premier tome du vieil homme et la guerre puisqu’il a quitté la Terre en même temps que John Perry et est l’un des trois rescapés de leur équipe des Vieux Cons. Il a rejoint la section scientifique / technique des FDC et n’est plus à proprement parler en service actif sur le front. Cela ne l’empêche pas d’avoir conservé toutes ses particularités de soldat génétiquement amélioré et de savoir s’en servir.

Harry Wilson a beau être un personnage attachant, on ressent tout de même une patte très américaine autour de lui et du reste des protagonistes. Il incarne un archétype du soldat dévoué mais qui n’en a pas perdu son cerveau pour autant. Il est capable de se montrer critique envers l’institution qui l’emploie et fait de son mieux pour assurer ce qu’on attend de lui. Je me suis immédiatement intéressée à ses aventures et à ce qu’il avait à proposer, presque autant que pour John Perry. Toutefois, cet aspect peut gêner (ou au contraire, attirer) certains lecteurs donc je me dois de le préciser.

Un world-building qui continue de s’étoffer.
Même si on reste sur un fond classique (l’opposition entre deux puissances d’envergure pour le contrôle de territoires spatiaux ou plus simplement, leur suprématie dans l’ensemble) je trouve que la façon dont Scalzi développe son univers est cohérente, intéressante et surtout, accessible à celleux qui n’ont pas l’habitude de ce type de littérature. Certains ont qualifié ce tome d’inutile et inintéressant, ce n’est pas mon cas. Les évènements d’Humanité divisée prennent place directement après la fin du tome 3 (ou 4 si vous considérez Zoé comme un 4 plutôt qu’un 3.5) quand John Perry apprend à la Terre que l’Union Coloniale la maintient dans l’ignorance d’énormément d’éléments concernant l’espace afin de s’en servir comme vivier pour peupler ses colonies et renforcer son armée. Humanité divisée nous montre les conséquences concrètes de cette action sur divers plans (et surtout le diplomatique) mais introduit aussi un troisième camps dont on se doute de l’existence depuis quelques temps, sans avoir toutefois de réelles preuves de son implication. Autre qu’en partant du principe que chaque camps dit la vérité sur son innocence, bien entendu… C’est là aussi tout le génie de Scalzi qui continue de jouer avec son lecteur tout en lui donnant l’impression de porter une jolie auréole au-dessus de sa tête. J’adore !

Humanité divisée explore aussi un nouveau volet : celui de la diplomatie. Le coup porté par Perry à l’Union Coloniale oblige cette dernière à revoir sa politique d’image de marque, si j’ose dire, et le texte se concentre d’ailleurs sur une équipe diplomatique que Wilson rejoint un peu malgré lui pour ses compétences de technicien. C’est l’occasion de rencontrer plusieurs nouveaux peuples extraterrestres, de se familiariser avec d’autres coutumes, de vivre une aventure improbable avec un chien (cet épisode m’a tellement fait rire !) et bien d’autres encore, je vous laisse les surprises. On pourrait craindre l’absence de batailles spatiales ou de tragique mais rassurez-vous, ce n’est pas le cas du tout, particulièrement dans l’épisode final.

Deux nouvelles bonus.
Petit mot sur les deux nouvelles qu’on trouve à la fin : la diplomatie en trois rounds et Hafte Sorvalh déguste un churro et s’entretient  avec la jeunesse d’aujourd’hui. La première remet en scène Harry Wilson quelques mois avant les évènements d’Humanité divisée où on lui demande de se battre contre le représentant d’un peuple avec qui l’Union Coloniale est en pourparlers et qui sont très intéressés par l’aspect militaire de l’UC. C’est un texte sympathique à lire, une aventure divertissante mais sans plus. Le véritable intérêt de ces suppléments réside selon moi dans la seconde nouvelle où on retrouve une ambassadrice du Conclave (qu’on a eu l’occasion de croiser au fil des épisodes) Hafte Sorvalh. C’est une Lalan, un peuple qui ressemble un peu à de gros reptiles de trois mètres en mode humanoïde. Lors de ses voyages sur Terre, elle s’est découverte une passion pour les churros et c’est en allant en manger qu’elle rencontre un groupe d’enfants en sortie scolaire, ce qui donne lieu à un échange assez touchant entre les enfants et elle. J’ai surtout apprécié les propos de tolérance et d’ouverture qui transparaissaient dans le texte même si, à nouveau, ce n’est rien de fondamentalement original. Mais ça ne m’a pas empêchée d’être touchée.

La conclusion de l’ombre : 
Humanité divisée est un roman construit en treize épisodes + deux nouvelles bonus et qui s’inscrit dans la lignée directe des évènements de la saga Le vieil homme et la guerre. Scalzi alterne cette fois entre plusieurs protagonistes et le format épisodique permet de maintenir tout du long l’intérêt du lecteur grâce à un enchainement d’action bien maitrisé. Scalzi reste fidèle à lui-même et met son talent au service du lecteur qui, probablement habitué et fan à ce stade, sera ravi de retrouver tout ce qui constitue un bon roman de cet auteur devenu incontournable : des personnages attachants, de l’action, un background solide, de l’humour bien dosé. Vous ne serez pas renversé : Scalzi continue d’écrire du Scalzi. Mais, personnellement, c’est bien ce qui me pousse à continuer à le lire.

D’autres avis : De livres en livres – vous ?

Maki