Trois bonnes raisons de lire la trilogie « Les héritiers d’Higashi » de Clémence Godefroy !

Salutations à tous.tes !

Il est toujours délicat de chroniquer le tome final d’une trilogie puisque le billet contiendra forcément des divulgâchages monstrueux et n’intéressera donc, probablement, que les personnes ayant déjà découvert le texte. Comme je ne publie que deux articles par semaine et qu’en plus, j’écris dans l’espoir de vous faire découvrir des textes intéressants, ce serait dommage de s’en tenir à une chronique traditionnelle…

Ainsi, je tente un nouveau format au sein duquel je vais développer trois arguments pour vous convaincre de lire une saga, après avoir terminé celle-ci. Comme l’indique le titre, ce sont les Héritiers d’Higashi de Clémence Godefroy qui ouvrent le bal !

Pour rappel, j’avais chroniqué le tome 1 (Okami-Hime) et le tome 2 (Bakemono-san).

Argument n° 1 : Une exploitation judicieuse et bien menée de la mythologie japonaise.
Si, comme moi, vous aimez le Japon et sa mythologie, alors vous trouverez votre compte au sein de l’univers créé par Clémence Godefroy. On y croise des bakemono, des yokai, des oni et tout un tas de créatures tirées de ce folklore si riche. J’ai rarement eu l’occasion de lire une autrice française qui maîtrise si bien ce type d’univers, à l’exception peut-être de Céline Chevet avec son excellent La fille qui tressait les nuages, dans un genre totalement différent. On a davantage tendance à trouver ça dans des mangas, pas dans des romans, même si je sais qu’il existe d’autres titres qui se veulent également japonisants. Je n’ai, pour le moment, trouvé mon compte qu’avec cette saga.

De plus, il faut savoir que les univers de l’autrice sont reliés entre eux. Elle a également écrit du steampunk (et, si mes informations sont exactes, un autre roman de ce type est en préparation) qui se déroule plutôt dans un monde européen, au 19e siècle, qui coexiste en réalité avec Higashi, bien que la ligne temporelle soit différente. C’est particulièrement évident avec l’épilogue. Même si ça tient du détail, je trouve cet aspect intéressant et il méritera une analyse plus poussée une fois le moment venu.

Argument n° 2 : des personnages féminins forts et majoritaires.
Les personnages principaux de cette saga sont quasi exclusivement des femmes, de tout âge, de toute espèce et de tout caractère. Clémence Godefroy a créé une belle galerie de personnages qui évoluent de manière crédible au fil des évènements de sa trilogie, ce qui est un gros point fort. Mention spéciale à Midori, qui est ma favorite entre toutes et qui m’a beaucoup touchée dans son histoire ainsi que dans son parcours. Un personnage sublime ! Merci de l’avoir créé ♥ En quelques mots, au début de la saga, elle est présentée comme une bakemono souffreteuse, une femme intéressée par la culture mais à qui on impose beaucoup de restrictions et qui devra se marier, comme c’est le lot de toutes les femmes à cette époque. Le souci c’est qu’elle est plus intéressée par les savoirs qu’autre chose et qu’elle a un bon fond. Elle se rend donc rapidement compte que des choses ne tournent pas rond, qu’on ne dit pas tous aux femmes. Les chapitres de son point de vue permettent aussi d’avoir un œil sur Yin Daisen, la grande méchante de l’histoire, et de voir comment les choses se passent à la cour. À mesure que le temps passe, Midori évolue, se renforce, se cultive et devient un personnage de plus en plus fort, dans tous les sens du terme. J’ai beaucoup aimé les relations qu’elle entretient avec Joaquim comme avec Ren, particulières chacune à leur manière, mais aussi le fait qu’elle s’épanouisse pour elle-même, par elle-même, et non pas au sein d’une relation amoureuse. Je déplore souvent de ne pas rencontrer davantage de personnages comme elle au sein de la littérature de l’imaginaire. Du coup, j’ai été ravie de la suivre !

Argument n°3 : des tomes courts.
Chaque volume compte +- 200 pages pour 14.90 euros par tête. Il s’agit de romans courts, ce qui apporte beaucoup de dynamisme à l’histoire. On ne s’ennuie pas une seconde, les chapitres alternent les points de vue et sont clairs, directs. L’autrice évite les digressions inutiles et on peut dévorer ses écrits d’une traite si on le souhaite. Pour moi qui ai du mal à me poser à lire pour le moment, c’est sans conteste un point fort.

La conclusion de l’ombre :
Si vous cherchez un récit d’aventure qui se déroule dans un Japon alternatif au sein d’une période moyenâgeuse où des créatures tirées du folklore mythologique japonais sont présentes, vous ne devez pas passer à côté de cette série aux multiples rebondissements. Certes, le déroulement de l’intrigue reste relativement classique mais l’univers et le travail sur les personnages suffisent largement à fournir une trilogie de qualité.

N’hésitez donc pas à soutenir à la fois une autrice française et un éditeur indépendant en commandant Les héritiers d’Higashi directement sur leur site Internet.

Lullaby – Cécile Guillot

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Lullaby
est une novella fantastique écrite par l’autrice française Cécile Guillot. Publiée aux éditions du Chat Noir dans la nouvelle collection F. nigripes, vous trouverez ce texte sur leur site Internet ou en salon sur leur stand au prix de 12 euros. La couverture est signée Mina M.

Ça y est, les éditions du Chat Noir ouvrent une collection dédiée au format court, judicieusement intitulée F. nigripes pour felis nigripis qui est un félin nocturne, le plus petit qui existe d’ailleurs. Je fais celle qui savait mais je l’ai appris en lisant le descriptif de la collection… L’idée est de proposer le même format que Chatons Hantés (9×13) mais avec un style plus proche de Griffe Sombre, leur collection gothico-horrifique. Deux textes ouvrent le bal en octobre 2021: Quand vient le dégel de Jay Robert Ducharme et Lullaby de Cécile Guillot, dont il est ici question.

De quoi ça parle ?
Cette novella écrite à la première personne se déroule aux États-Unis dans les années 1920. On y rencontre Hazel, une jeune femme qui aime écrire des histoires horrifiques dans son carnet et semble entretenir certains sentiments envers Blanche, sa voisine française. Vu la période, on devine sans peine qu’au moment où ses parents vont découvrir ses diverses « déviances », ils ne vont pas bien réagir du tout. De fait, ils décident de l’interner à l’asile Montrose…

Une histoire d’émancipation… mais pas que.
Une fois de plus, Cécile Guillot signe un texte où les personnages féminins se retrouvent en majorité et subissent les affres du patriarcat de plein fouet, cherchant ainsi à dénoncer des travers qu’on pourrait croire derrière nous mais qui sont hélas toujours d’actualité, même si on peut se réjouir d’une progression manifeste des droits de la femme. C’était déjà le cas dans sa nouvelle Le boudoir aux souvenirs où la protagoniste principale avait été transformée par un vampire sans son accord puis embarquée dans une relation malsaine, mais aussi dans Coeur Vintage où Mina, son héroïne, se retrouve prise dans une relation avec un garçon qui cachait bien son jeu et où des sauts temporels permettaient de suivre une autre histoire, celle d’une femme qui a aussi subi les obligations sociales de son époque (dans les années cinquante). Cette fois, c’est au tour de Hazel d’être rejetée par ses parents (sa mère va jusqu’à la traiter de monstre) parce qu’elle est en dehors de la norme imposée par les hommes. Une fois enfermée à l’asile, elle va y rencontrer Joséphine alias Jo, une femme internée par son mari pour ses convictions profondément féministes et son engagement dans la défense des droits des femmes.

Lullaby aborde donc l’émancipation de la femme et l’autrice choisit de le faire en se plaçant dans une époque où on éduquait justement les femmes à ne pas être indépendantes. Il faut garder cela à l’esprit quand on lit cette novella, notamment une fois la fin venue. Je ne vous expliquerais pas pourquoi d’autant que Cécile Guillot le fait très bien dans une note ajoutée à la fin qui contient également des références bibliographiques d’ouvrages en anglais qui lui ont permis d’écrire son histoire en restant au plus proche des horreurs de la psychiatrie d’antan ainsi que de la manière dont la société traitait (traite toujours parfois…) les femmes victimes d’abus (quels qu’ils soient).

Si Cécile Guillot a tenu à rester proche du réel, cela n’empêche pas sa novella de contenir une dimension onirique qui permet à Lullaby de se classer dans les genres de l’imaginaire. On peut débattre longtemps de ce qui tient de la métaphore, du jeu de l’esprit ou de la simple imagination de Hazel. Les réponses dépendront du / de la lecteur.ice. Toujours est-il que le texte fonctionne dans l’ensemble et qu’il colle parfaitement à ce qu’on attend d’une histoire publiée aux éditions du Chat Noir.

Enfin, l’autrice y évoque aussi en filigrane l’homosexualité féminine avec la douceur qui la caractérise et qu’on aime retrouver dans ses écrits. Elle passe aussi, pour cela, par les poèmes de Renée Vivien qui est une poétesse britannique que je ne connaissais pas mais dont la plume a su me toucher. Ses textes parsèment le récit et l’enrichissent.

La conclusion de l’ombre :
Pour résumer en quelques mots, Lullaby ouvre le bal d’une nouvelle collection prometteuse où le format court se pare d’atours gothico-horrifique, pour notre plus grand plaisir. Cécile Guillot propose un texte sur l’émancipation féminine avec des personnages féminins comme elle sait si bien en écrire et des thèmes hélas encore d’actualité. On est ici sur un texte classique du Chat Noir tant sur la forme que sur le fond et c’est tant mieux puisque c’est en général ce que je recherche quand j’achète un titre dans cette maison d’édition.

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

Le Choix – Paul J. McAuley

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Le Choix
est une novella de science-fiction écrite par Paul J. McAuley et parue dans la collection Une Heure Lumière du Bélial. Vous pourrez la trouver dans toutes les bonnes librairies au prix de 7.90 euros.

Un world-building solide…
Le monde a subi une hausse des températures drastique et une montée des eaux dramatique. Une chance pour l’humanité, des aliens ont pointé le bout de leur nez en apportant avec eux une technologie capable de nettoyer la planète, effaçant ainsi les erreurs humaines. En plus de cela, ils ont mis en place des portails entre plusieurs autres mondes, ce qui permet le contact avec d’autres espèces sentientes mais non humaines.

Ce principe apparait en toile de fond du texte et n’est exploité que par les rêves de Damian. Damian, c’est le fils d’un éleveur de crevette à la main rude mais c’est également le meilleur ami de Lucas. Lucas est aussi fils unique au sein d’une structure monoparentale sauf que lui, c’est de sa mère malade dont il doit s’occuper. Une mère activiste écologique qui trouve que traiter avec ces aliens est une belle erreur. Damian espère un jour se tirer de ce trou perdu anglais mais il ne peut pas s’engager à l’armée avant d’avoir dix-huit ans, sauf accord parental. Hélas, jamais son père ne se privera d’une main d’œuvre gratuite, le jeune homme doit donc prendre son mal en patience et encaisser les coups comme les brimades…

… auquel ni les protagonistes ni l’intrigue ne sont sacrifiés.
Le Choix est narré à la troisième personne du point de vue de Lucas, que Damian convainc d’aller observer un Dragon échoué à plusieurs heures de bateau de chez eux. Ce Dragon est une technologie ou une créature amenée par les aliens pour justement nettoyer la Terre mais ce n’est jamais explicitement écrit. On le comprend au détour d’une phrase si bien que pendant un moment, je m’attendais presque à voir un dragon au sens classique du terme apparaître. Ce qui se déroulera une fois Lucas et Damian sur place changera leur vie à jamais, car ils vont devoir faire… un choix, justement.

Un choix avec de graves conséquences.

Paul J. McAuley signe ici un texte poignant qui met en scène une amitié compliquée entre deux jeunes garçons issus d’un milieu difficile, forcés de grandir trop vite à cause de leurs parents et du monde complexe dans lequel ils vivent. La psychologie des protagonistes est finement développée, ce qui peut paraître étonnant sur aussi peu de pages (96 à peine !) et avec un world-building aussi solide. Encore un auteur qui démontre qu’on peut écrire du format court sans sacrifier l’un ou l’autre aspect d’une histoire. Sans compter qu’il y parle aussi d’écologie, avec un postulat de départ qui n’est pas sans rappeler le monde dans lequel nous vivons… Sauf qu’aucune espèce extra-terrestre n’a l’air de vouloir nous dépanner. Pas de chance (pour nous).

À l’instar du Fini des mers de Gardner Dozois, je trouve qu’on ne parle pas assez de cette novella qui est pourtant une petite perle au sein de la collection Une Heure Lumière. J’ai ressenti beaucoup d’émotions à sa lecture et celle-ci m’a touchée d’une façon difficile à expliquer.

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La fabrique des lendemains – Rich Larson

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La fabrique des lendemains
est un recueil de vingt-huit nouvelles de science-fiction écrites par l’auteur nigérien Rich Larson. Ce recueil ne connait pas d’équivalent en anglais, les nouvelles ont en effet été sélectionnées et rassemblées par Ellen Herzfeld et Dominique Martel. On retrouve Pierre-Paul Durastanti à la traduction et c’est heureux puisqu’il fait ça très bien. Intéressé.es ? Ce recueil se trouve sur le site de l’éditeur et dans toutes les bonnes librairies au prix de 23.90 euros.

Au sommaire :
Indolore
Circuits
Chute de données
Toutes ces merdes de robot
Carnivores
Une soirée en compagnie de Severyn Grimes
L’Usine à sommeil
Porque el girasol se llama el girasol
Surenchère
Don Juan 2.0
La Brute
Tu peux me surveiller mes affaires ?
Rentrer par tes propres moyens
De viande, de sel et d’étincelles
Six mois d’océan
L’Homme vert s’en vient
En cas de désastre sur la Lune
Il y avait des oliviers
Veille de Contagion à la Maison Noctambule
Innombrables Lueurs Scintillantes
Un rhume de tête
La jouer endo
On le rend viral
J’ai choisi l’astéroïde pour t’enterrer
Corrigé
Si ça se trouve, certaines de ces étoiles ont déjà disparu
La Digue
Faire du manège

Ce recueil contient également une préface signée par Ellen Herzfeld et Dominique Martel ainsi qu’une bibliographie de l’auteur qui reprend son roman et ses (très nombreuses) nouvelles soit 178 au moment de la publication de la fabrique des lendemains. Sauf erreur de ma part, il a dépassé les 200 aujourd’hui.

Un recueil sans équivalent.
La fabrique des lendemains n’existe pas en tant que tel en langue anglaise. Le Bélial a sélectionné vingt-huit textes pour proposer ce recueil dans sa collection Quarante-Deux, vingt-huit textes qui se déroulent dans un futur dans l’ensemble désenchanté et transhumaniste. On y évoque l’immigration, l’impact de différentes technologies sur la vie et l’écologie, les évolutions sociales pas toujours très heureuses et j’en passe. Je reste assez générale à dessein puisque je vais revenir plus bas en détails sur quelques unes de mes nouvelles favorites.

Certains de ces textes, si pas tous, semblent décrire un même monde (le nôtre) à différents moments de son Histoire et dans différents lieux géographiques. J’ai trouvé intéressant de réfléchir sur chaque texte en cherchant les points communs ou les éléments de divergence qui pourraient étayer cette théorie.

Mais ce que je vais surtout retenir de ce recueil, c’est son aspect profondément humain. En cela, Rich Larson m’évoque Ken Liu dans ce qu’il a de meilleur. Toutefois, quand je dis humain, il me faut nuancer puisque certains textes mettent en scène des espèces différentes…

Vu les nombreuses histoires présentes, je ne vais pas m’arrêter sur chacune d’elles. Apophis l’a fait dans sa chronique et l’a très bien fait, ce serait redondant. Je préfère revenir sur celles qui m’ont vraiment touché et vous expliquer pourquoi, espérant ainsi vous convaincre de lire cette merveille.

Mes textes favoris : 
Je dois préciser, avant d’aller plus loin, qu’il n’y a, selon moi, pas un seul texte à jeter dans ce recueil. Il est assez rare que je lise une anthologie ou un recueil d’un.e même auteur.ice sans passer un texte ou l’autre, par ennui ou simplement parce qu’il ne réussit pas à me parler. Ici, ça n’a jamais été le cas. C’est tout de même important de le souligner car ça montre à la fois à la maestria de l’auteur mais aussi la qualité du travail des deux personnes à l’origine de La fabrique des lendemains.

Toutes ces merdes de robot est l’un des premiers textes à apparaître dans la fabrique des lendemains et un des plus réussi, à mon sens. On y suit un robot qui vit sur une île au sein d’une société archaïque composée de robots qui pensent avoir été créés par le soleil et non par les Hommes. D’ailleurs, des Hommes, il ne semble plus y en avoir. Sauf un, coincé sur l’île lui aussi, à qui le robot va demander de l’aide pour réparer une de ses camarades. Ce qui m’a surtout marqué dans ce texte, c’est l’humanité (dans le bon sens du terme) qui se dégage du robot et la façon dont les rôles sont renversés dans l’histoire. Un coup de génie.

Rentrer par tes propres moyens est un texte assez intimiste. On y suit Eliot, un jeune garçon qui va accueillir la conscience numérisée de son grand-père, le temps que sa mère réunisse assez d’argent pour acheter un clone et l’y transférer. Le dénouement de la nouvelle est attendu mais n’en reste pas moins touchant, d’autant que le texte pose des questions intéressantes sur la mort (et sur la vie par extension) ainsi que sur les privilèges de classe.

Innombrables lueurs scintillantes se déroule dans un monde aquatique au sein d’une espèce qui ressemble à des pieuvres. On y suit Quatre Courants Chauds qui a pour projet de creuser dans « le toit » de ce monde, ce qui engendre une certaine panique chez les autres membres de son espèce, panique qui tournera à la violence. J’ai été époustouflée par le world building de cette nouvelle, riche en restant accessible, ainsi que par sa conclusion très poétique. C’est vraiment original comme principe, je ne me rappelle pas avoir lu quelque chose de semblable ailleurs et j’espère que Rich Larson reviendra à cette espèce, à cet univers, un jour ou l’autre (si ce n’est pas déjà fait dans un autre texte en VO !).

Enfin, même si ces deux derniers textes ne sont pas les plus impressionnants en terme de construction ou de concept, j’ai été particulièrement touchée par Corrigé et par Faire du manège. Dans le premier, on rencontre Wyatt, un garçon d’une famille aisée qui a été corrigé, c’est à dire qu’on lui a gommé certains « défauts » ou éléments de sa personnalité qui posaient problème. Visiblement, la correction est quelque chose de banal et d’accepté au sein de cette société et je trouve que ça pose un nombre affolant de questions éthiques. Enfin, dans Faire du manège, Ostap et Alyce sont sur le point de se fiancer quand Alyce perd la vie dans un accident quantique au sein du laboratoire où elle travaillait. Mais est-elle vraiment décédée ? J’ai trouvé ce texte très touchant et plein d’émotion. Il clôt à merveille la fabrique des lendemains !

La conclusion de l’ombre :
La fabrique des lendemains est un recueil de très grande qualité où, selon moi, aucune nouvelle n’est à jeter. On en trouve certaines plus intimistes, d’autres davantage portées sur l’action mais chacune possède un fond solide, un propos fort et des personnages intéressants. Je suis époustouflée par la manière dont Rich Larson gère le format court et j’espère que le Bélial a prévu la publication d’autres recueils du même genre. C’est, à mon sens, un indispensable pour tout qui aime la science-fiction moderne et / ou si vous devez / voulez convaincre quelqu’un que ce genre littéraire a encore de très beaux jours devant lui (au cas où il fallait encore le prouver…) Bref, n’hésitez pas une seconde !

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Symposium Inc. – Olivier Caruso

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Symposium Inc. est une novella de science-fiction écrite par l’auteur français Olivier Caruso. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte dans toutes les bonnes librairies (et sur le site de l’éditeur) au prix de 9.90 euros.

De quoi ça parle ?
Le jour de ses dix-huit ans, Rebecca tue sa mère. Mais pourquoi ? Et surtout, pourquoi maintenant ? Ce sont les questions qui vont se poser lors de son procès où elle sera défendue par Amélie, une avocate réputée imbattable qui semble partager une partie du passé des parents de l’accusée. Amélie va devoir déployer tout son talent car sur les réseaux sociaux, Rebecca est déjà considérée comme coupable…

Une narration à deux voix.
Dans Symposium Inc., deux personnages se partagent la narration. D’un côté, on a Stéphane qui est le père de Rebecca et le mari de Rose (la victime). Il est également le créateur de Neurotech, une firme qui a révolutionnée la neuroscience et qui a pris une place centrale dans la société française où se déroule la novella. Stéphane est un homme difficile à cerner, même lorsqu’on se place de son point de vue. Il a certaines réflexions et réactions qui sont difficilement concevables… Et qui, paradoxalement, d’une manière malsaine, le rend fascinant à suivre. En face, on retrouve Amélie Lua, une avocate ténor du barreau qui n’a plus rien à prouver à personne et a quelques soucis avec la boisson. Elle est intimement liée à la famille de Stéphane, d’une manière qu’on découvre à mesure que la lecture avance. J’ai presque envie de la qualifier de masochiste, d’accepter cette affaire vu les implications pour elle.

Quand je parle de narration à deux voix, je simplifie outrageusement… Olivier Caruso a opté pour une certaine originalité. Tout au long du texte, on retrouve des commentaires entre parenthèses, qui sont des extraits de ce qui se dit sur le réseau à propos des évènements en cours. C’est souvent malaisant et me rappelle pourquoi je ne lis jamais les commentaires sous un article de presse. Toutefois, vu le texte, c’est une excellente idée qui lui rajoute de la richesse.

Cette narration s’articule autour de deux éléments principaux : un drame familial et l’influence des réseaux sociaux.

Je choisis de ne pas m’arrêter dans le détail sur l’aspect drame familial, parce que ça reviendrait à gâcher l’intrigue et donc le travail de l’auteur. Par contre, il n’est pas possible de ne pas évoquer la question des réseaux sociaux.

L’influence des réseaux sociaux.
De nos jours, il serait hypocrite de dire que les réseaux sociaux n’ont aucune influence dans nos vies. Il suffit de voir à notre petite échelle de blogueur : plusieurs fois par mois, lire certain.es parmi vous me fait acheter tel ou tel livre de manière imprévue. Imaginez un monde où cette influence s’étend à la justice… Pas besoin de faire de gros efforts, c’est déjà le cas. Encore récemment, une affaire de harcèlement avec violence qui trainait depuis des mois en France a enfin été (enfin) prise en main par les autorités parce que la victime a interpelé la police sur Twitter.

C’est glaçant et c’est ce que met en scène Olivier Caruso dans une société où « commenter, c’est bon pour la santé ». Tout démarre de Stéphane Bertrand, qui prend conscience d’à quel point il s’indigner lui procure du plaisir face à une certaine situation de sa vie. C’est de cette manière qu’il va développer Neurotech et la technologie qui permet de recevoir des décharges hormonales positives quand on donne son opinion sur tel ou tel sujet, avec, évidemment, un bonus si le sujet porte à polémique… Entre notre réalité et celle de Symposium Inc., il n’y a plus qu’un pas déjà largement entamé.

Un procès ?
La quatrième de couverture évoque un procès mais il n’est pas mis en scène, pas en tant que tel. L’histoire se concentre sur l’avant, avec la manière dont Amélie va manipuler l’opinion publique et sur l’après, avec les conséquences que ça impliquent et qui amèneront le dénouement de l’intrigue. Dommage, parce que l’aspect m’intéressait, mais c’est une remarque toute personnelle. Quant au dénouement, on n’en tombe pas de sa chaise, quelques indices mettent la puce à l’oreille du / de la lecteur.ice attentif.ve toutefois ça reste bien fait dans l’ensemble.

La conclusion de l’ombre :
Symposium Inc. est un texte d’une grande richesse où beaucoup de thématiques s’entremêlent, ce qui le transforme en outil pédagogique de premier plan pour l’éducation numérique. On y parle non seulement d’un drame familial mais aussi des dérives des réseaux sociaux, de la manière dont il est facile de manipuler l’opinion publique… Il met également en garde sur l’avancée toujours plus rapide et intrusive de certaines technologies. Un texte brillant qui méritera une relecture de ma part pour l’approfondir avec mes étudiant.es. Sans surprise, voilà un autre UHL de qualité qui rappelle que le talent se trouve aussi chez les auteur.ices francophones.

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Sept anniversaires – Ken Liu

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Sept anniversaires
est une nouvelle de science-fiction parue dans le hors-série 2018 de la collection Une Heure Lumière du Bélial. Elle a été traduite par Pierre Paul Durastanti avec une couverture signée par l’inimitable Aurélien Police.

Premier hors-série de la collection Une Heure Lumière, quelle émotion ! Celui-ci s’ouvre sur une préface d’Olivier Girard qui raconte la genèse de la collection, ses ambitions, ses doutes, ses craintes, puis la belle surprise qu’a constitué l’accueil du public. Il y écrivait alors qu’il espérait que ce hors-série allait devenir une rareté… Mission accomplie et avec brio puisqu’à l’exception de la librairie Scylla à Paris (et à mon avis pas en grandes quantités), ce texte est introuvable.

En plus de la nouvelle de Ken Liu, on retrouve aussi une interview d’Aurélie Police qui parle un peu de son parcours et de son travail sur les UHL puisqu’il est le graphiste officiel de la collection. J’ai trouvé ça vraiment intéressant.

Pour en revenir à Ken Liu…
Ce n’est pas la première fois que je vous parle de cet auteur sur le blog (Le RegardL’homme qui mit fin à l’histoireToutes les saveurs). Il prend de plus en plus de place dans ma vie de lectrice car je trouve ses textes toujours surprenants et inspirés. Celui-ci ne fait pas exception.

Avec un titre comme Sept anniversaires, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre sans compter qu’il n’y a aucun résumé proposé ni quoi que ce soit pour deviner le contenu. Ça fait partie du jeu ! On aurait pu partir dans n’importe quel registre, dans n’importe quel genre d’histoire, surtout après le premier chapitre qui raconte tout simplement l’anniversaire de Mia, sept ans, dont les parents sont divorcés. Elle attend sa mère sur une plage où elle joue au cerf-volant pendant que son père fulmine d’attendre son ex-femme, visiblement toujours en retard à cause de son travail.

À ce stade, difficile de classer ce texte dans un genre précis. Il faut attendre la suite pour comprendre qu’on se trouve dans de la science-fiction de haute volée où on parle de l’avenir de la planète, d’écologie, de l’écart entre les pays riches et les pays pauvres, de numérisation de l’esprit, et des stratégies possibles, souhaitables, à mettre en place pour sauver le genre humain au point de dépasser l’humain (arrivant donc dans le transhumanisme) de chair. C’est fascinant de se dire qu’on passe d’une simple petite fille qui joue au cerf-volant sur une place à un texte d’une telle profondeur. Sans compter que la narration s’étend sur des centaines et même des milliers d’années, toujours en suivant Mia, son évolution. C’est frappant, surtout que Ken Liu ne perd pas l’aspect émotion en chemin, que nenni…

Olivier Girard parlait dans sa préface de sa passion pour le format court qui lui a donné certaines de ses plus belles lectures et je me dois de le rejoindre. Depuis que je m’y suis mise, je me prends claque sur claque avec des textes auxquels je n’aurais même pas jeté un œil autrement, trop habituée au format roman et pleine de mes préjugés. Il faut dire que, jusque récemment, on trouvait pas ou peu de format court en librairie francophone. Ce sont des éditeurs comme le Bélial qui ont contribué à changer les choses et on peut leur dire un grand merci pour ça.

Avec Sept anniversaires, Ken Liu confirme son talent pour l’écriture au format court et me conforte dans ma décision d’acheter ses recueils de nouvelles, disponibles au Bélial, dans les plus bref délais.

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La maison au milieu de la mer céruléenne – TJ Klune

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La maison au milieu de la mer céruléenne
est un one-shot fantasy écrit par l’auteur américain TJ Klune. Publié par de Saxus (qui n’a pas de site Internet ?) vous pourrez trouver ce texte partout en librairie au prix de 18.90 euros.

Il y a parfois des romans dont j’ai envie de vous parler sans pour autant me livrer à une analyse précise de son contenu ni de le décortiquer parce que j’estime que ça détruirait la magie dont on a tous.te bien besoin. Ce sont des romans qui accélèrent notre rythme cardiaque, qui font monter les larmes aux yeux. Des romans qu’on n’a pas envie de refermer alors même que la nuit avance, que l’aube se rapproche et avec elle, la nécessité de se lever. Des romans qui laissent une trace indélébile dans l’esprit d’un.e lecteur.ice.

C’est ce qu’a été La maison au milieu de la mer céruléenne pour moi.

La chronique de Sabine a été mon déclencheur. J’avais vu passer le roman sur les réseaux sociaux sans que le titre ne m’inspire quoi que ce soit. J’ignorais jusqu’à son résumé et j’avoue que ça ne m’intéressait pas plus que ça. Il s’était perdu dans la masse mais cette chronique a tout changé, me donnant envie de le lire. J’ai quand même attendu quelques semaines après ça, peut-être par crainte que le texte ne tienne pas ses promesses.

Et pourtant…

De quoi ça parle ?
Linus Baker a la quarantaine, il vit seul avec une chatte au fort caractère et travaille au MJM, le Ministère de la Jeunesse Magique. Il est inspecteur et se rend dans les orphelinats un peu particuliers pour s’assurer qu’on y traite bien les enfants. Un jour, ses supérieurs l’envoient sur l’île de Marsyas, un lieu très secret où résident six enfants plus que spéciaux. Sans parler du directeur… Réussira-t-il à faire son travail de manière aussi objective que d’habitude ?

Un coup de cœur.
Dés les premières pages, j’ai été envoutée par l’écriture de TJ Klune qui me semble superbement traduite par Cécile Tasson. On y perçoit une forme de magie dans cette narration à la troisième personne concentrée sur Linus et riche d’une inimitable personnalité. Il y a des auteur.ices capables de donner vie à leurs mots, qui ne se contentent pas de décrire froidement un décor ou une ambiance. C’est parfois léger, parfois plus marqué et je suis très sensible à cela. Pour vous donner une idée, j’ai ressenti le même genre de plaisir et de satisfaction qu’en lisant Magic Charly d’Audrey Alwett.

Ici, l’auteur choisit de mettre en scène un quarantenaire comme les autres qui n’est pas un canon de beauté, souffre d’un surpoids et n’a rien qui le sort de l’ordinaire, si ce n’est sa conscience professionnelle et son bon fond. Le lecteur avance dans les pas de Linus, Linus qui rêve de la mer, Linus qui est enfermé dans un travail ingrat avec des collègues sans intérêts et une superviseuse incompétente. Linus personnifie le désenchantement qu’on peut ressentir en tant qu’employé, que ce soit ou non pour le service public, avec ce sentiment d’absurdité, de vain, pour les tâches qu’on peut nous confier. Son arrivée sur l’île va lui apporter une bouffée d’air frais et lui permettre de se plonger dans un monde littéralement magique. Linus est un protagoniste comme j’aimerais en voir plus qui est traité avec respect par son auteur. À aucun moment il n’y a de bodyshaming dans ce roman et ça fait un bien fou !

Linus est déjà un personnage très réussit mais que dire des enfants ? Chacun possède sa personnalité, son histoire et ses rêves. Ils vivent intensément au sein des pages de TJ Klune et touchent, font sourire, rire parfois. Il y a Talia, une gnome barbue qui adore jardiner et menacer celleux qui l’ennuient avec sa pelle. Il y a Phee, une esprit de la forêt qui ferait tout pour protéger les siens. Il y a Théodore, une vouivre qu’on pourrait confondre avec un animal mais qui rappelle que le fait de ne pas partager le même langage ne signifie pas l’absence de raisonnement complexe. Il y a Chauncey, une créature inconnue qui rêve de devenir groom parce qu’il veut plus que tout aider les gens. Il y a Sal, un enfant capable de se métamorphoser en chien qui a beaucoup souffert et manque cruellement de confiance en lui à force d’avoir été transporté d’un foyer à l’autre. Et il y a Lucy, Lucy à l’illustre ascendance qui porte le poids d’un héritage trop grand, possède un humour noir douteux mais adore la musique… Je me suis attachée à chacun d’eux à une vitesse folle. Je tournais les pages comme si je vivais moi-même à leurs côtés, pressée de découvrir ce qui allait leur arriver.

La maison au milieu de la mer céruléenne, c’est finalement l’histoire d’un homme qui se bat à sa hauteur pour changer le regard qu’on porte sur ces enfants particuliers. L’histoire d’un petit employé de bureau endoctriné qui déploie ses ailes et qui apprend autant au contact des enfants qu’eux au sien. L’histoire de six enfants qui décident de former ensemble une famille. Une histoire sur la tolérance, sur l’espoir et sur l’amour aussi, l’amour qu’on ressent sur un plan filial sans que les liens du sang y soient pour quoi que ce soit et l’amour romantique envers une personne qui parait parfaite malgré ses défauts et ses cicatrices. Je ne suis pas adepte de la romance mais celle présente dans le livre est tellement subtile et belle que j’ai versé ma petite larme, sans compter qu’elle n’envahit pas inutilement l’histoire en écrasant tout le reste sur son passage, au contraire.

Ce roman est beau, voilà. Une beauté touchante qui laisse sa marque sur notre cœur en papier, fin et fragile. Terry Brooks écrivait à son sujet qu’il vous redonnera foi en l’humanité et je trouve qu’il a parfaitement raison. C’est l’un des plus beaux livres que j’ai pu lire et j’espère sincèrement que beaucoup d’entre vous lui laisseront une chance.

D’autres avis : Temps de motsFourbis et têtologie – vous ?

Emmurées – Alex Bell

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Emmurées
est un one-shot young-adult horrifique écrit par l’autrice anglaise Alex Bell. Publié chez Milan, vous trouverez ce texte au prix de 15.90 euros.

Je vous ai déjà parlé de cette autrice en 2019 lors de la publication du roman Waterwitch aux éditions du Chat Noir. Envoutée par ce texte, j’ai demandé à l’éditrice s’ils comptaient publier d’autres romans de l’autrice et, à ce moment là, c’était en projet. J’espère toujours que ça se concrétisera ! Il me semble toutefois qu’Alex Bell est maman depuis peu et a donc pris une pause bien méritée dans son métier.
Cécile Guillot m’a entre temps conseillé de lire Emmurées qui, selon elle, ne pouvait que me plaire. J’aurais mis le temps et ça aurait encore trainé si je ne l’avais pas par hasard trouvé à la bibliothèque. Comme souvent, le conseil de Cécile s’est révélé très sûr et j’ai dévoré ce roman d’une seule traite !

De quoi ça parle ?
Après la mort de son meilleur ami, Sophie se rend dans sa famille en Écosse pour essayer de passer à autre chose. Elle y retrouve ses cousins : Cameron, un garçon taciturne. Piper, une adolescente un peu trop parfaite. Lilia, une enfant troublée qui a la phobie des os. Et Rebecca, qui est morte sept ans plus tôt… et dont la chambre renferme d’angoissantes poupées.

Un roman young adult horrifique de haute volée.
Voilà comment résumer Emmurées en une phrase. Paradoxalement, on y retrouve pourtant tous les ingrédients convenus du genre : une famille à problèmes, une mort tragique qui revient sur le devant de la scène des années plus tard, des fantômes, des poupées maléfiques, une vieille bâtisse hantée, un décor écossais brumeux et tempétueux. Sur le papier, Emmurées n’a rien d’original si ce n’est le talent de son autrice.

Parce qu’à l’instar de Waterwitch, la magie d’Alex Bell a encore opéré ici alors même qu’il s’agit, sauf erreur de ma part, de son ou d’un de ses premiers romans. Tous les éléments s’imbriquent parfaitement, accompagnant le style efficace de l’autrice qui privilégie des phrases courtes, percutantes, dans une narration à la première personne maîtrisée.

Les malheurs de Sophie :
Sophie est la narratrice d’Emmurées, à l’exception du prologue et de l’épilogue. On la rencontre dans un café avec son meilleur ami Jay qui vient de télécharger une application pour utiliser une planche de Ouija sur son téléphone. Sophie n’y croit pas trop mais pense à sa cousine Rebecca, décédée plusieurs années auparavant, et tous les deux essaient de l’appeler. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu et c’est le début de la descente aux Enfers pour la jeune fille…

Je l’ai dit, la narration à la première personne est maîtrisée et ce n’est pas quelque chose d’aisé, je trouve. Le personnage de Sophie est crédible, subtile, et le fait de se focaliser sur elle n’empêche pas de développer d’autres protagonistes intéressants au sujet desquels on nourrit des doutes à mesure que la lecture avance. Qui est dérangé et qui ne l’est pas ? Qu’est-ce que la folie, au fond ? Peut-on tout mettre sur le dos des poupées ? Et d’où vient cette terrifiante comptine dont un morceau précède chaque chapitre ? La psychologie de Sophie est si bien développée, son cheminement si bien pensé, qu’on vit littéralement avec elle ces évènements terrifiants qui ont, parfois, un petit air de Shinning.

Tout fonctionne si bien qu’on se retrouve à lire un véritable page-turner impossible à reposer. Je n’ai pas vu passer ces 320 pages, je les tournais une après l’autre avec avidité, emprisonnée dans cette histoire comme les poupées emmurées dans les murs de cette ancienne école. L’ambiance, glaçante et très graphique, ne peut qu’inspirer des images claires et effrayantes dans l’esprit du lecteur. J’ai lu Emmurées par une matinée pluvieuse et j’aurais presque préféré le faire de nuit, pour le plaisir de sentir davantage ce nœud d’angoisse s’épanouir dans ma poitrine. Il est rare qu’un roman parvienne à me saisir à ce point.

La conclusion de l’ombre :
On a tendance à croire que le young adult ne se marie pas bien avec le genre horrifique mais Alex Bell démontrera efficacement le contraire à tous.tes les sceptiques. J’ai eu un coup de cœur pour ce livre ! Mon seul regret, c’est de ne pas le retrouver dans la même collection que Waterwitch car il a parfaitement sa place aux éditions du Chat Noir.

D’autres avis : Il y en a beaucoup sur Babelio mais aucun – sauf erreur de ma part – parmi les blogs que je suis.

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#S4F3s7 : 22e lecture

Contes hybrides – Lionel Davoust

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Contes hybrides
est un recueil de trois nouvelles écrites par l’auteur français Lionel Davoust. Publié aux éditions 1115, vous le trouverez sur la boutique de l’éditeur au prix de 7 euros au format papier.

Lionel Davoust est un auteur que j’apprécie beaucoup sur un plan humain comme artistique. J’ai déjà eu l’occasion de lire sa prose à plusieurs reprises : avec sa nouvelle Les Questions dangereuses (ActuSF), son recueil La route de la conquête (Critic), son roman Port d’âme (au format poche, que j’ai mis de côté pour le lire à un meilleur moment) et son essai Comment écrire de la fiction (chez Argyll, que je n’ai pas chroniqué mais qui est très bon). Je me suis jusqu’ici plus volontiers retrouvée dans ses textes courts et dans son essai. Je me lançais donc dans la découverte de ce recueil avec une certaine dose de confiance bien que j’ignorais totalement à quoi m’attendre, n’ayant une fois de plus pas lu le résumé avant d’acheter l’ouvrage.

Sommaire :
Le sang du large
Point de sauvegarde
Bienvenue à Magicland

Le sang du large :
Ce recueil commence fort avec l’histoire d’un auteur en souffrance qui remet son art en question. Quelques lignes seulement ont suffit pour que je me retrouve dans ce personnage, avec ses doutes, sa procrastination chronique et son sentiment de n’avoir plus rien d’intéressant à raconter. J’en étais au point où je soupçonnais Lionel Davoust de lire dans mes pensées tant il a retranscrit à la perfection mes émotions et mes pensées de ces derniers mois vis à vis de l’écriture.

Cet auteur (celui de l’histoire, pas Lionel Davoust ! Enfin, je pense…) vit sur une île isolée et, un soir de tempête, il entend un chant magnifique avant d’apercevoir la créature dont il provient. Cette sirène va devenir son obsession car il a toujours cru à la magie et en avoir la preuve sous les yeux, c’est quand même quelque chose. Cet aspect-là aussi m’a touchée puisque, comme ce personnage, je pense sincèrement que l’absence de preuves n’invalide pas la présence du surnaturel. Finalement, Lionel Davoust met sur papier tout ce qui constitue, je pense, les troubles d’un écrivain moderne et ses fantasmes quand il s’agit d’un.e auteur.ice de l’imaginaire. Brillant ! Il place la barre très haut pour commencer.

Point de sauvegarde :
On quitte radicalement le genre du fantastique pour se lancer dans la science-fiction militaire. À nouveau, le récit est à la première personne et raconte une mission du point de vue d’un cyborg. Lui et deux autres soldats sont chargés d’infiltrer une base ennemie en Amérique du Sud (enfin j’en ai déduit que c’était là-bas mais je me trompe peut-être) où, évidemment, tout ne se passera pas comme prévu.

La nouvelle commence de manière plutôt classique et rappelle un peu le principe du Vieil Homme et la Guerre de Scalzi sauf qu’ici, l’armée propose à des condamnés à mort (au lieu de personnes âgées) de copier leur cerveau pour l’installer dans des corps cybernétiques, afin de servir la nation s’ils le souhaitent. Le lecteur comprend rapidement que les trois soldats sont en réalité plutôt jeunes et qu’en guise de criminels, on a surtout des gamins paumés avec une enfance difficile.

Je dois avouer ne pas avoir grand chose à dire sur ce texte si ce n’est qu’il souffre de la comparaison avec le précédent. Ce qui est aberrant, j’entends bien, puisqu’ils n’ont rien avoir l’un avec l’autre mais Le sang du large m’a tellement parlé que j’attendais quelque chose d’aussi fort ici, ce qui n’a pas été le cas. On est sur du bon divertissement, avec une ambiance qui rappelle Demande d’extraction de Rich Larson, nouvelle parue dans le 102e Bifrost. C’est efficace mais oubliable.

Bienvenue à Magicland :
Après le fantastique et la science-fiction, voici de la fantasy…. et de la bonne, s’il vous plait ! Garam est un troll qui travaille à Magicland, une sorte de zoo pour créatures fabuleuses. Garam est obsédé par les licornes et rêve de devenir soigneur pour ces animaux si particuliers. La nouvelle est divisée en quatre saison, chacune contenant une scène du quotidien de Garam à Magicland et un extrait de sa conversation avec son psy.

Parce que oui, Garam voit un psy pour apprendre à gérer sa colère. Ce troll n’aime pas trop ses semblables, qu’il trouve dans l’ensemble stupides et irrespectueux. On sent, au fil des pages et des scènes, cette grande rage qui l’habite et on ne peut qu’éprouver de l’empathie pour lui. Moi, en tout cas, j’en ai ressenti tout au long de ma lecture et j’ai trouvé chacune de ses réflexions sur les autres très pertinentes. Devrais-je me faire soigner ?

Bienvenue à Magicland est une nouvelle d’une richesse extraordinaire qui, en une vingtaine de pages (sur ma liseuse) aborde la question du bienêtre animal, notre tendance à anthropomorphiser les animaux (et à tout ramener à nous, bien sûr), notre rapport à autrui, la gestion d’un mal-être moderne, le tout à travers le personnage d’un troll qui aurait tout aussi bien pu être humain tant tout ce qu’il ressent m’a parlé. J’ai été enchantée par ce texte qui déborde d’originalité, également au niveau de son bestiaire puisque Lionel Davoust propose des licornes carnivores au mode de reproduction… inattendu ! Ce qui conduira à la chute de ce texte, que je qualifie volontiers de brillante.

La conclusion de l’ombre :
Au risque de radoter, Contes hybrides est selon moi un recueil de grande qualité. Lionel Davoust propose trois histoires courtes dans chacun des grands genres littéraires de l’imaginaire, rappelant ainsi son talent pour ce format qui n’était déjà plus à prouver depuis Les questions dangereuses. Je me suis interrogée quant à la pertinence d’associer ces trois récits les uns aux autres mais, en y repensant, chaque histoire aborde un aspect de l’imaginaire et met en garde le lecteur sur l’importance de préserver le rêve, la magie mais aussi les cultures anciennes. Je ne peux que chaleureusement vous recommander la lecture de cet ouvrage !

D’autres avis : La bibliothèque d’AelinelAu pays des cave trollsL’Épaule d’OrionLe syndrome Quickson – vous ?

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#S4F3s7 : 21e lecture

Je relis un roman de mon enfance : @ssassins.net de Christian Grenier

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Attention ! Ce billet contient des éléments personnels de mon passé de lectrice, si bien qu’il va mêler un peu de « je raconte ma vie » à une réflexion plus globale. 

Un peu d’histoire (des ombres) :
Lorsque j’avais une dizaine d’années, à l’école primaire, nous nous rendions une fois par mois à la bibliothèque du village pour emprunter des livres. C’est là que je suis tombée sur les romans de Christian Grenier : les enquêtes de Logicielle. J’ai lu @ssassins.net pour la première fois à cette époque et j’en garde un souvenir très fort principalement parce que c’est grâce à ce livre que j’ai découvert Cyrano de Bergerac et eu envie de lire non seulement ses textes (ce qui est arrivé plus tard à l’adolescence) mais également la pièce d’Edmond Rostand, qui restera l’une de mes œuvres théâtrales favorites. J’en connaissais des passages entiers par cœur et ça m’a donné le goût du théâtre de manière générale. Imaginez donc l’influence que ça a eu sur moi.

Récemment, je suis retournée dans cette même bibliothèque, poussée par une curiosité estivale et l’envie de reprendre certaines habitudes. Je suis alors retombée sur ce même livre, plus de quinze ans après ! Je n’ai pas résisté à l’envie de l’emprunter pour m’y replonger en me demandant ce que j’allais penser en tant qu’adulte de ce titre publié dans la collection Heure Noire de chez Rageot, collection dédiée au polar jeunesse.

De quoi ça parle ?
La lieutenante Logicielle, de la brigade informatique parisienne, accepte une enquête hors du commun : retrouver l’assassin de Cyrano de Bergerac grâce au Troisième Monde, une simulation virtuelle du Paris du 17e siècle. Hélas, sa mission va prendre des proportions inattendues quand le programme est dévoilé au public. Et si de vrais assassins rôdaient sur le net ?

À la croisée des genres.
J’ai été stupéfaite de me rendre compte à quel point ce texte de presque deux cent pages empruntait à plusieurs genres littéraires. Il est évident que nous sommes d’abord dans un récit d’enquête policière assez classique et ce jusqu’à la scène finale où l’enquêtrice réunit les différents protagonistes afin de partager ses théories. Nous sommes également dans une forme de science-fiction par l’existence de ce monde virtuel où on peut se plonger comme dans le nôtre à l’aide d’une simple puce dans la nuque. On retrouve aussi des aspects historiques précis et documentés sur le milieu du 17e siècle et la période de Régence connue par la France. Ces éléments sont strictement exacts jusqu’à ce qu’un assassinat (je ne dirais pas lequel) fasse tomber le Troisième Monde dans l’uchronie la plus complète !

L’enquête en elle-même est correctement ficelée. Christian Grenier ne propose pas le mystère du siècle à élucider mais il donne suffisamment d’indices pour que son lectorat puisse enquêter de manière efficace aux côtés de Logicielle et donc s’investir dans l’affaire. Je ne me rappelais plus du tout du dénouement mais en y réfléchissant après coup, tout s’emboîte bien pour ravir autant le lectorat cible que celui plus âgé en recherche d’évasion.

Des réflexions passionnantes sur l’imaginaire.
Et c’est surtout pour cette partie que je voulais écrire ce billet.
Beaucoup de lecteur.ices ont des a priori sur la littérature jeunesse mais on y trouve des œuvres passionnantes ainsi que des réflexions d’une grande justesse. Voici un petit extrait duquel j’ai retiré l’aspect dialogue avec les questions impromptues de l’interlocuteur de Logicielle : « Autrefois, on croyait que c’était le réel qui gouvernait l’imaginaire. Aujourd’hui, la situation s’est retournée. (…) Notre quotidien récupère, utilise et intègre l’imaginaire véhiculé dans les médias : radio, télévision, cinéma… Dans ce siècle régenté par l’information et la communication, le réel ne sert plus guère de norme à l’imaginaire. Ce sont les nouveaux imaginaires qui servent de repères pour construire une nouvelle réalité. (…) Et si conquérir le monopole de l’imaginaire, c’était devenir le futur maître du réel ? »

L’interconnexion entre réel et imaginaire est, je trouve, un sujet passionnant sur lequel je réfléchis régulièrement. Je ne pense pas être la seule, d’ailleurs, encore moins au sein de la blogosphère justement spécialisée dans l’imaginaire, qui constitue l’essentiel de mon lectorat. Retrouver cette réflexion au sein d’un roman jeunesse que j’ai moi-même pu lire du temps où j’étais le public cible me fait me demander à quel point j’ai été influencée par les mots de Christian Grenier. J’avais, évidemment, oublié cette citation précise mais en la relisant, je me rappelle avoir été très impressionnée par cette déclaration.

Aujourd’hui, je pense sincèrement que l’imaginaire, si les décisionnaires acceptaient de se pencher dessus, pourrait apporter des solutions à nos problèmes quotidiens et, oui, par extension, donner le pouvoir à celleux qui auraient pris cette peine. C’est d’ailleurs une partie de l’intrigue du roman puisqu’un groupuscule va tenter de prendre le contrôle du Troisième Monde pour montrer que leurs idéaux sont viables. Il suffit de voir de quelle manière la science-fiction réfléchit à bon nombre de questions actuelles comme le climat, la numérisation de la conscience ou la conquête spatiale, avec des scénarii crédibles. Je me rappelle également avoir lu un livre (un essai) qui expliquait comment les films au cinéma nous préparaient à des scénarii catastrophes possibles et nous apprenaient à y réagir, de manière inconsciente, quand le moment serait venu. Dans l’un de mes romans, j’avais même écrit que les vampires orchestraient la révélation de leur existence via la vague de littérature bit-lit, soignant leur image auprès du plus grand nombre pour retirer l’aspect cauchemardesque qu’on leur prêtait jusque là et donc mieux s’intégrer dans la société.

Du coup, je me demande si Christian Grenier n’a pas joué un plus grand rôle que je le pensais dans ma construction de lectrice / autrice de l’imaginaire. Incroyable, ce que la relecture d’un roman d’enfance peut amener comme réflexion(s) !

La conclusion de l’ombre : 
Pour résumer, ma relecture du roman @ssassins.net de Christian Grenier a été une réussite. Je me suis replongée dans un roman lu dans mon enfance avec le même plaisir qu’à l’époque au point d’avoir envie de relire toutes les enquêtes de Logicielle. Ce sont des textes très recommandables (dont la première édition date du début des années 2000 !) pour de jeunes lecteur.ices qui aiment les récits d’enquête où se mêle de l’imaginaire.

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#S4F3s7 : 20e lecture