Le Bâtard de Kosigan #4 Le Testament d’Involution – Fabien Cerutti

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Le Testament d’Involution est le 4e (et dernier) tome du premier cycle du Bâtard de Kosigan écrit par l’auteur français Fabien Cerutti. La fantasy médiévale se mêle à un 20e siècle sous forme épistolaire (oui c’est pas banal) pour une saga plus que géniale qui est disponible chez Mnémos au prix de 20 euros le tome.
Je remercie chaleureusement les éditions Mnémos en la personne de Nathalie pour ce service presse.
Ce roman entre dans le Pumpkin Autumn Challenge pour la catégorie « Au détour de Brocéliande » même si on peut la classer ailleurs. C’est juste que ça m’arrange de le mettre là :3

Je viens à l’instant de finir ma lecture donc j’écris mon avis un peu à chaud. Plutôt très à chaud. Et je vous avoue que j’ai présentement du mal à poser des mots sur l’enthousiasme que je ressens à la lecture de ce récit. J’ai lu un commentaire sur Booknode de quelqu’un qui se disait gêner de poster un retour sur ce livre, parce qu’il ne serait jamais à la hauteur de la qualité du roman. Au final, j’ai un peu le même problème.

Dans ma chronique du 3e tome (vu que, pour rappel, j’ai lu les deux premiers avant d’ouvrir le blog) j’ai mis l’accent sur toute une série de qualités qu’on retrouve évidemment dans ce 4e tome: un univers extrêmement riche et travaillé, un usage de la langue d’une rare maîtrise, une connaissance poussée de l’Histoire et des légendes dites « fantasy »… Alors, pensez-vous: tu vas juste te répéter, c’est ça? Et encore nous dire qu’on doit absolument lire cette saga? Que passer à côté, ça causera un manque dans nos vies, même si c’est plutôt destiné à un public de niche vu le niveau littéraire?
Déjà, oui. Clairement.
Mais pas que !

Dans ce quatrième tome, nous retrouvons notre chevalier là où nous l’avons laissé puisque les tomes 3 et 4 sont véritablement complémentaires, contrairement aux deux premiers. Du coup, je ne vous précise pas où exactement nous avions abandonné le chevalier ou même son descendant, vous le découvrirez par vous même. Les questions que l’on se posaient -parfois depuis le premier tome- trouvent enfin des réponses, de nouvelles prennent forment et la conclusion se dessine avec une rare maestria. Je suis épatée par le talent de l’auteur, qui a su tisser seul (enfin… seul? 😉 ceux qui ont lu comprendront) une intrigue aussi complexe qui se tient de bout en bout. Rien n’est laissé au hasard, le suspens est brillamment distillé et le rythme narratif réglé au poil. Il oscille entre révélations et scènes d’action, des passages entre le XIV et le XXe siècle, au point qu’on pose difficilement ce pavé de plus de 400 pages.

On pourrait croire, vu les nombreuses qualités du livre et son genre littéraire, qu’il prête finalement peu de cas aux personnages… Et ce serait une grave erreur. Pour vous dire à quel point Fabien Cerutti est doué, il a même réussi à me faire ressentir une forme de sympathie pour Las Casas (en vrai je l’aime plus que bien sauf qu’on va me juger si je le dis x.x). Dans le genre exploit ! Il a suffit d’une lettre.
Il suffit toujours d’une lettre, avec cet auteur. Je lui suggère de s’en faire un slogan !

Mais le must, c’est la fin. Ce que contiennent l’épilogue et la dernière lettre. Je ne vous en dit pas plus (et ça me pèse, j’ai désespérément envie d’en discuter avec quelqu’un) mais préparez-vous à la claque. Au cerveau qui se retourne. Aux neurones qui s’entrechoquent. Explosion en perspective !
Par contre, allez, trouvons un point négatif lié à la fin en question : j’aurai aimé qu’elle soit davantage romancée. C’est un goût personnel, mais une longue scène m’aurait davantage plu que cet épilogue un brin trop descriptif. Après, tout ce qu’il contient est suffisamment brillant pour effacer ce léger désagrément. Et c’est histoire de quand même nuancer mon propos qui paraît probablement trop enthousiaste à beaucoup d’entre vous. Pourtant, je vous le jure, j’en pense chaque mot.

En bref, que retenir de cette chronique et de la première partie des aventures du Bâtard de Kosigan? Déjà, que Fabien Cerutti appartient à la crème de la littérature fantasy médiévale francophone. Incontournable pour tous les adeptes du genre ! Que cet auteur est extrêmement soigneux avec tous les aspects de son univers, depuis l’intrigue aux personnages en passant par son langage et les détails historiques. Qu’il a réussi à proposer quatre tomes addictifs en posant les bases d’une saga qui mériterait de rester dans les annales. Et s’il y a un peu de justice dans ce monde, elle y restera.
Qu’il faut lire, donc, le Bâtard de Kosigan.
Et que je recommande cette saga coup de cœur depuis 2015 ♥

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Cœur Vintage – Cécile Guillot

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Cœur Vintage
est un one-shot de young adult francophone écrit par l’autrice française Cécile Guillot. Premier né de la collection Chat Blanc aux Éditions du Chat Noir, il est disponible en papier au prix de 14.90 euros. Notez que Cécile sera en dédicace ce samedi aux Halliénnales pour la sortie officielle de son roman !
Ce titre entre dans le Pumpkin Autumn Challenge, menu « Automne douceur de vivre » catégorie « Pomme au four, tasse de thé et bougie » ainsi que dans le menu « Automne ensorcelant » catégorie « Balai Pattes ! »

Cœur Vintage, c’est l’histoire de Mina. Une jeune lycéenne américaine passionnée par la mode vintage qui entre dans sa dernière année de lycée. Elle commence à sortir avec le quaterback de l’équipe de foot, un garçon charmant, attentionné, populaire. Le rêve quoi. Mais Logan est-il si parfait que ça? Quand le doute commence à s’installer, Mina est forcée d’ouvrir les yeux sur une réalité douloureuse et va devoir prendre ses propres décisions, qui impacteront toute sa vie. Mina sera d’ailleurs influencée par l’histoire de Delia, adolescente en 1956. Leur lien? Une robe…

Alors, j’ai beaucoup de choses à dire et je vais essayer de le faire sans spoiler le contenu du roman !

Déjà, vous vous en doutez, ce n’est pas le genre de livre vers lequel je me dirige en règle générale. Déjà, le young adult, brrrrrr (oui ceci est un frisson de terreur) mais alors ces romances pseudo-parfaites décrites sur la quatrième de couverture… J’avais un peu peur. Beaucoup. Pourquoi, vous demandez-vous donc, ai-je acheté ce titre aux Aventuriales? Simplement parce que j’ai lu, je pense, tous les romans de Cécile Guillot à ce jour et je n’ai jamais été déçue. Pourtant, systématiquement, ce sont des livres qui me sortent de ma zone de confort (mais si, ce coin sombre et bizarre là, vous le connaissez !). Je lui ai donc donné sa chance et je ne le regrette pas.

Cœur Vintage est écrit à la première personne. De sa plume douce et fluide, Cécile nous plonge dans les pensées et le quotidien de Mina. Hormis une situation familiale compliquée (une mère dépressive et un père absent sauf pour la critiquer) notre lycéenne a des amies, une tante aimante qui tient une boutique de seconde main (le pied!), un meilleur ami qui est là pour elle. Quand Logan l’aborde un jour au lycée et lui propose de sortir, elle pense que tout lui réussi. Parce qu’elle sait que ce garçon n’est pas juste un beau gosse sportif. Elle l’a déjà vu lire sous un arbre pendant les vacances, un roman qu’elle aime beaucoup. Mina est donc persuadée que Logan est bien plus profond qu’il n’y parait.

Je vous le jure, dès le départ, je ne le sentais pas ce mec. Trop parfait, trop poli, il cachait quelque chose à moins que ça ne soit ma tendance à voir toujours le mauvais chez les autres. À travers cette relation entre deux adolescents, l’autrice aborde plusieurs thématiques importantes comme le respect dans un couple, le danger de la violence conjugale, l’importance de se confier, de ne pas avoir honte, la pression qui existe autour de l’acte sexuel…

Et à ce stade, tu te dis: attends, elle a parlé de young adult, pourquoi est-ce qu’il y a du sexe? Je me suis posée la même question. Je ne m’y connais pas trop dans le genre alors une fois ma lecture terminée, j’ai été discuter avec l’autrice pour comprendre et j’ai saisi la nuance. Oui, il y a deux ou trois scènes de sexe dans Cœur Vintage. Mais elles n’ont absolument rien d’érotiques. Et évidemment, il y a une vraie différence entre ces deux termes. Ce sont davantage des mises en situation pour la problématique principale du livre, à savoir la pression qui existe pour les femmes autour de ce sujet (et d’autres, mais nous y reviendront) qu’elle vienne d’elles-même ou des hommes. Les questions que se posent Mina suite à ce premier rapport, toutes les filles y ont déjà pensé au moins une fois et se sont senties mal à l’aise face à ce décalage entre la réalité et les fictions que nous lisons / voyons / consommons d’une manière ou d’une autre. J’ai trouvé ça très positif que Cécile Guillot aborde ces sujets, avec la sensibilité qui la caractérise. Elle ne porte pas de jugement, que ce soit dans un extrême ou dans l’autre. Je pense qu’un public adolescent pourrait trouver un certain réconfort à la lecture de ce roman.

J’ai beaucoup parlé de Mina, quid de Delia, notre héroïne des années cinquante? Déjà, je vous attendez pas à un roman en alternance de point de vue avec un chapitre pour chaque fille, comme je le pensais à la base. Mina est bien la protagoniste principale. Delia est présente en toile de fond, à travers les visions données à Mina par la robe. Et là, je vous entends à nouveau vous dire mais, elle a dit que le roman était dans la collection chat blanc… Pourquoi y a-t-il du fantastique? C’est le second point sur lequel j’ai tiqué (le premier, c’était le sexe mais tout s’est arrangé hein, si vous suivez un peu). On pourrait dire qu’on ne sait pas vraiment si Mina rêve de Delia qui serait une projection d’elle-même dans une époque qu’elle apprécie mais Mina s’étonne des mœurs de Delia, de ses conversations avec ses amies sur le sexe, de ce tabou qui existe à cette époque sur le passage à l’acte avant le mariage, leur absence de connaissances sur la contraception et le reste. Du coup, il y a bien une pointe de fantastique mais elle reste légère et sert surtout à traiter les thématiques du récit qui elles, sont beaucoup plus actuelles. Sur un plan personnel, j’aurai aimé que les chapitres s’alternent de manière plus équitable entre Delia et Mina, et que la robe soit un fil conducteur entre les deux parce que j’étais vraiment intéressée par l’idée de découvrir la vie adolescente dans ces années-là. Néanmoins, vu comment tournent les évènements, cela aurait donné une histoire complètement différente. Je rappelle ici que c’est juste mon opinion, ça ne change rien à la qualité du livre.

Bref, je parle, je parle (enfin, j’écris)… Que dire de Cœur Vintage, en quelques mots? Ce roman court et one-shot est très clairement destiné à un public adolescent et même d’adolescentes. Il aborde avec sensibilité des thématiques propres à cette période entre l’enfance et l’âge adulte, où on se pose beaucoup de questions sur le présent autant que sur l’avenir. La jolie plume de Cécile Guillot permet de passer un moment de détente agréable en compagnie d’un texte intelligent et social sur la condition de la femme, une thématique traitée sous de nombreux aspects et de nombreuses situations. J’ai passé un bon moment avec la lecture de ce texte que je recommande aux adeptes du young adult et aux jeunes filles qui doivent être sensibilisées rapidement à tous ces problèmes.

Sorcière de chair – Sarah Buschmann

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Sorcière de chair est le premier roman de dark urban fantasy de l’autrice française Sarah Buschmann. Édité chez Noir d’Absinthe, ce one-shot est disponible au prix de 19.90 euros en format papier et 7.99 euros en numérique. Vous pourrez aussi vous procurer ce roman pour les Halliénnales car il sort à cette occasion et l’autrice sera présente.
Ce roman rentre dans le Pumpkin Autumn Challenge pour le menu « Automne Frissonnant » catégorie « Le cri de la banshee » mais également pour le menu « Automne Ensorcelant » dans les catégories « Witches Brew » et « Balai Pattes ! »
Je remercie les éditions Noir d’Absinthe pour ce service presse disponible sur Simplement.Pro !

Ce roman se déroule en Australie. Nous suivons principalement Arabella, une inspectrice qui travaille à la criminelle et se retrouve à enquêter sur une série d’homicide plutôt violents. Ces meurtres ne sont pas sans lui rappeler ceux commis il y a sept ans de cela envers sa propre famille… Le récit oscille entre le passé et le présent, ce qui nous permet de découvrir petit à petit la vérité sur ce qui est arrivé auparavant.

Si le pitch paraît assez banal à première vue, j’ai été surprise de la façon dont l’autrice joue avec le lecteur. Elle brouille les cartes et les indices, nous balade pendant tout le récit. Si par moment on croit deviner certains éléments de l’intrigue, on se rend vite compte qu’on se trompe du tout au tout jusqu’au dénouement final, assez inattendu dans l’ensemble. Je me suis laissée avoir et si je me doutais de quelque chose, je ne m’attendais certainement pas à ça. Soit je deviens naïve, soit l’autrice est douée… Disons les deux? 😉

L’univers créé par Sarah Buschmann est plutôt original. Elle traite la sorcellerie sous un angle assez scientifique, terre à terre, en fournissant des explications biologiques sur la manière dont fonctionne le pouvoir des sorcières. J’ai aimé cette recherche dans son sujet et sa manière de l’exploiter. On sent que l’autrice s’est renseignée en neurologie et qu’elle maîtrise l’anatomie de manière générale.

Difficile de croire qu’on lit un premier roman. L’autrice a une écriture assez mâture qui ne souffre pas des faiblesses de style ou des répétitions habituelles. Si sa plume n’est pas transcendante, elle reste agréable et fluide, elle accompagne bien son texte avec un vocabulaire précis, parfois cru mais dans le ton.

Les personnages ne sont pas en reste et Sarah Buschmann entretient bien son suspens autour d’eux. Les sentiments qu’ils provoquent sont multiples et il est certain qu’ils ne laisseront pas indifférents. Arabella n’est pas une héroïne, loin de là. C’est une femme brisée à la psychologie instable et complexe que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir. Si Nolan me paraissait niais et cliché au début, il gagne en profondeur au fil du roman. Eol est aussi répugnant que surprenant, quant à Anaël… Je ne vais pas tous les énumérer pour ne pas vous spoiler l’intrigue mais voilà, vous risquez d’être surpris. L’autrice a l’intelligence de ne pas multiplier inutilement les personnages pour offrir un roman axé sur l’horreur et le psychologique, ce que j’ai apprécié.

L’ambiance du texte est sombre et oppressante. Si j’ai eu du mal avec le début que je trouvais très classique, j’ai finalement été happée dedans. Attention toutefois, il est réservé à un public averti non seulement pour sa violence physique mais aussi psychologique. Son ton ne conviendra pas aux âmes sensibles ni aux grands optimistes. Une aura de destruction, de cynisme et de pessimisme flotte sur ce texte et vous vous en doutez, j’ai adoré ça. Je l’ai déjà dit mais j’ai vraiment du mal à croire que c’est le premier roman de Sara Buschmann. Voilà une autrice prometteuse à suivre avec attention !

En bref, je recommande Sorcière de Chair à ceux qui ont envie d’un roman qui mêle l’enquête policière et l’ambiance oppressante d’une dark urban fantasy maîtrisée. Âmes sensibles s’abstenir car l’histoire d’Arabella n’est pas à mettre entre toutes les mains !

Une aventure de Lucifer Box #1 Le Club Vesuvius – Mark Gatiss

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Le Club Vesuvius
est le premier tome de ce qui est présenté comme une saga ayant pour personnage principal Lucifer Box. Écrit par Mark Gatiss, cet ouvrage steampunk est disponible au format poche chez Bragelonne au prix de 9.90 euros.
Ce roman peut convenir au Pumpkin Autumn Challenge dans le menu « Automne Douceur de Vivre » catégorie « La feuille d’automne emportée par le vent (…) » pour sa couverture aux couleurs rouges / marrons un peu automne.

Dans ce premier tome, nous rencontrons le personnage de Lucifer Box: dandy, bad boy, peintre talentueux et espion au service de la Reine. Il va s’intéresser de près à une drôle d’affaire qui menace la couronne et qui le mènera de Londres à Naples.

Et oui, c’est tout.
Je veux dire, comprenons nous bien. Le roman fait un peu moins de trois cents pages et c’est un bel objet. La couverture est soignée, les dorures tiennent plutôt bien, l’intérieur du bouquin comprend d’intéressantes illustrations et les débuts de chapitres sont travaillés avec une mise en page spéciale. Mais en dehors du support physique, ce roman n’offre pas grand chose de plus qu’un divertissement. Parfois, c’est ce qu’on attend d’un livre et d’autres, non. Moi, j’en voulais davantage et je ressors de ma lecture un peu mitigée à cause de ça.

Pourquoi est-ce que j’en attendais trop?

Parce que Mark Gatiss est un homme dont j’apprécie le travail. Vous le connaissez sûrement en tant qu’acteur (et producteur et scénariste) dans Sherlock (aka une de mes séries préférées de tous les temps) ainsi que scénariste sur Doctor Who, entre autres. Je ne peux pas nier son talent tout britannique dans ces domaines, ni son style, ni cette aura particulière qu’il dégage quand il joue. Mais si son roman n’est pas mauvais, il n’est pas non plus transcendant et loin du niveau auquel il a pu habituer son public dans d’autres arts. Du coup, forcément, j’en attendais énormément et je ressors déçue alors que le livre en lui-même n’est pas mauvais.

Le scénario est très classique pour ne pas dire prévisible, à quelques exceptions. Je ne me suis pas sentie concernée ni même prise dans l’intrigue. Je n’avais aucun mal à le refermer pour passer à autre chose et je lui ai même trouvé quelques longueurs. Les personnages sont tous des caricatures, en particulier le héros. Pourtant, j’adore les anti-héros dans ce genre-là mais Lucifer Box sonne faux, sonne « trop » : trop parfait, trop beau, trop talentueux, pour qu’on parvienne à s’y attacher. Il manque de nuances, de profondeur psychologique. Et si ses réflexions très british prêtent à sourire, on se lasse assez vite de ses tentatives pour paraître scandaleux. Tentatives qui tombent souvent à plat.

Et c’est ça le problème majeur du Club Vesuvius: il est terriblement grand public. Il colle strictement aux codes de ce type de roman. Cette remarque ne se veut pas condescendante, loin de là. Il y a des livres qui collent à une image précise, à destination d’un public cible qui consomme ce type de littérature à la pelle et il y en a d’autres qui se démarquent, qui cherchent plus loin, qui apportent un peu plus. Ça ne fait pas des romans grands publics de mauvais livres, au contraire. Simplement, ils sont inadaptés à des lecteurs comme moi qui ont une autre vision du steampunk, bien plus poussée, avec des autrices comme Marianne Stern ou Esther Brassac. Ou une autre vision de la littérature, tout simplement. J’en suis à un stade de ma vie de lectrice où je n’ai pas envie de lire un roman interchangeable avec un autre comme je le faisais volontiers plus jeune avec la bit-lit par exemple. Je connais d’ailleurs aussi ce phénomène dans la sphère audiovisuelle.

Malgré ma déception, ce roman trouvera un public. Il est certain que le Club Vesuvius ne marquera pas votre mémoire de lecteur, en positif comme en négatif. N’empêche, il reste sympathique à découvrir si vous souhaitez démêler une enquête dans un univers steampunk avec un personnage qui se voudra récurrent sur plusieurs tomes.

Altérez-moi – Thomas François

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Altérez-moi
est un one-shot de littérature contemporaine sur fond d’enquête écrit par l’auteur belge Thomas François. Nouveauté de chez Livr’S Éditions pour la rentrée littéraire, vous trouverez ce roman au prix de 18 euros.
Je remercie les éditions Livr’S pour ce service presse disponible sur Simplement.Pro !

Altérez-moi nous raconte l’histoire de Léon Mallar, un jeune adulte, fraichement diplômé, solitaire et au chômage. Il passe ses journées à ne rien faire et à éviter le contact avec le reste de l’humanité. Puis un jour, sa voisine lui demande de faire une course pour elle à la pharmacie. Bon gré mal gré (surtout mal gré) Léon accepte de lui rendre service. Sauf que quand il frappe à sa porte pour lui donner ses médicaments, celle-ci est ouverte… Et Léon va faire une macabre découverte qui l’entrainera dans une folle (et désastreuse) aventure. La quatrième de couverture le dit très bien: une visite à la pharmacie n’aura jamais tourné si mal !

Dans ce texte de littérature contemporaine, on découvre un personnage principal à la fois antipathique et attachant. Vous pensiez ces deux termes antinomiques? Vous ne connaissiez pas encore Léon Mallard ! Ce roman est divisé en trois parties, elles-mêmes divisées en chapitre de longueur assez variables. Régulièrement, le début d’un chapitre offre une sorte d’introduction en italique, d’un personnage prénommé Vingus qui s’avère être une projection de Léon. Ces apparitions dérouteront le lecteur qui ne manquera pas de se demander dans quelle maison de fou il est tombé. Pourtant, les passages concernant Vingus ne cassent pas le rythme du texte. Au contraire, passé le premier choc et les premières questions à son propos, le lecteur se laissera embarquer avec plaisir dans le parallèle qui existe entre Léon et lui.

L’écriture de François Thomas porte avec brio un texte mordant, très référencé et passionné. On sent l’amour qu’a l’auteur pour la littérature et surtout, pour le cinéma. Il propose un anti-héros qui brille par sa malchance au cours d’une enquête qui certes, ne révolutionne pas le genre mais reste intéressante à suivre. Quant à la fin en apothéose, on ressent un parti pris esthétique engagé de la part de l’auteur qui a le mérite de signifier véritablement quelque chose.

L’histoire que raconte Altérez-moi n’a rien d’original, elle ressemble à des centaines d’autres mais dispose d’un style littéraire affirmé et d’une volonté franche de jouer autant sur les mots que sur les genres. François Thomas a, en cela, une grande maîtrise de la langue et de son sujet, ce qui donne un texte intéressant à lire. J’évoquais une intrigue assez standard mais le tour de force de l’auteur est de nous la faire paraître complètement improbable, au point que l’on s’inquiète un peu (beaucoup, à la première lecture !) de sa santé mentale.

Pour résumer, Altérez-moi est un petit ovni littéraire de littérature contemporaine / enquête à mi-chemin entre le western spaghetti et la parodie burlesque. Oui, vous avez bien lu cette phrase ! Ce texte intelligent et hyper référencé convient à un public à partir de l’adolescence car un minimum de bagage culturel est nécessaire pour l’apprécier dans sa globalité. Je le conseille à ceux qui veulent sortir de leur zone de confort et découvrir un texte différent.

Techno Freaks – Morgane Caussarieu

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Techno Freaks est un one-shot contemporain qui prend place dans l’underground berlinois. Écrit par l’autrice française (mais expatriée à Berlin) Morgane Caussarieu, vous trouverez ce roman chez l’éditeur le Serpent à Plumes au prix de 17 euros.
Cette lecture entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.
Cette lecture entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne ensorcelant » catégorie « Cristaux, tarot et encens » pour le qualificatif de freaks qui lui va si bien !

Je ne vous présente plus Morgane Caussarieu dont j’ai lu tous les romans (Dans les veinesJe suis ton ombreRouge ToxicChéloïdes). Si vous suivez un peu le blog, vous savez que j’aime beaucoup la plume et la mentalité de cette autrice qui sort des sentiers battus en proposant des textes inattendus avec plusieurs niveaux de lecture. Techno Freaks ne fait pas exception.

Morgane Caussarieu entraine son lecteur à Berlin pendant trois jours qui divisent l’ouvrage en 3 parties : samedi, dimanche et lundi. Chaque chapitre correspond à une heure de la soirée ou de la journée, en fonction. Nous suivons toute une bande de fêtards qui sont plus ou moins reliés entre eux et qui évoluent dans les clubs de nuit techno. Mais pas la techno mainstream, évidemment. En cela, ce roman est une tranche de vie. La vie de Goldie, de BG, d’Opale, de Dorian mais aussi de Nichts. Ils viennent d’un peu partout en Europe, sont francophones et ont des personnalités différentes qui ne séduiront pas forcément tous les lecteurs.

Mais le but de Techno Freaks, ce n’est pas de vous présenter des personnages auxquels vous pourrez vous identifier. Jamais entièrement, a priori. C’est de vous initier à un monde, un autre univers qui côtoie pourtant le nôtre de près. Celui de la K, de la techno, de la fête qu’on voudrait sans fin mais qui doit quand même s’arrêter lundi matin pour aller bosser. Celui de Berlin, une ville à part, un personnage dans ce roman, pourtant rattrapée par la mondialisation. En fait, j’ai eu le sentiment de lire une sorte de requiem pour cette ville en train de changer. À moins que ça ne soit les personnages, qui évoluent, qui ne trouvent plus leur compte dans ce style de vie? Une prise de conscience? Le roman n’apporte pas une réponse claire mais bien une myriade de sensations plus ou moins fugaces, plus ou moins perceptibles pour le lecteur en fonction de sa propre sensibilité, de sa propre expérience, de ses propres convictions.

Les lecteurs de Chéloïdes retrouveront certains personnages en toile de fond, comme des clins d’œil, des rappels. Les deux sont à la fois liés et différents, ils symbolisent les étapes d’une vie, d’une évolution, d’une mentalité et je me demande quelle sera la suivante, finalement. Techno Freaks, c’est vraiment le passage d’une époque à une autre, le choc de deux mondes, comme l’illustre si bien la scène du métro avec Opale et BG.

Ce roman ne laisse pas indifférent. En partie grâce à la plume maîtrisée de Morgane Caussarieu, toujours aussi travaillée sur la musicalité de son texte. Ici, on ressent presque le beat de la techno perpétuellement en fond. Elle choisit toujours le bon mot pour exprimer son idée, évoque ses thématiques avec justesse, sans en faire trop. Et c’est rare, quand ça concerne des milieux hardcores comme ceux de la drogue ou de l’underground. On sent que c’est son univers à elle, qu’elle y a participé, c’est presque un témoignage. Presque. Parce qu’on est probablement plus dans l’auto-fiction. Ce qui est certain, c’est que l’autrice donne dans le roman social en décrivant un univers sur le déclin qui paraitra surréaliste aux générations futures, presque autant qu’il a pu me le paraitre à moi.

Parce qu’il existe une frontière. Une frontière entre ce qu’on sait intellectuellement et ce qu’on lit dans les pages de Techno Freaks. Je sais que l’underground berlinois existe mais j’ai eu l’impression de pénétrer dans un autre univers, si différent du mien au point qu’il en devient fantastique, imaginaire, surnaturel. Pourtant, il est douloureusement ancré dans la réalité quand les personnages pensent à leur travail en call-center, comme un rappel de la vraie vie qu’ils font en sorte d’oublier. Ça donne un sentiment étrange.

Techno Freaks, c’est tout cela et bien plus encore. Au fil de ma lecture, je ne me suis pas sentie happée comme ça a pu être le cas avec Chéloïdes, probablement parce que le roman n’est pas écrit à la première personne. Mais en refermant le bouquin sur la dernière page je me suis dit… Waw. D’accord. C’est dingue. Il est à côté de moi pendant que j’écris cette chronique et je le regarde comme une bête curieuse, une ouverture vers un ailleurs fascinant et malsain. Tentant et repoussant.

Est-ce que je conseille ce roman? Bien entendu. Il dispose des qualités propres aux livres de Morgane Caussarieu et s’inscrit très bien dans sa bibliographie. Est-ce que je vous conseille de le lire en premier ouvrage? Non, certainement pas, parce que vous risquez de passer à côté de quelque chose. Vous l’aimerez probablement, mais il vous manquera un niveau de lecture supplémentaire, une sensibilité, certaines clés. Est-ce qu’il est à mettre entre toutes les mains? Non, mais ça concerne tous les romans de l’autrice, à l’exception peut-être de Rouge Toxic. Pour public averti, ouvert d’esprit, qui a envie de se dépayser et de fréquenter des personnages explosés sans les juger. Est-ce que j’ai aimé? Oui. Oui, parce que j’adore qu’on me malmène, qu’on me présente des protagonistes que la vie n’a pas épargné, des anti-héros, des gens normaux, finalement. Dans leur propre normalité. Des cassés. Des brisés. Ça me parle et c’est ça que je recherche. Mais ce livre ne peut pas se résumer à un « j’ai aimé » ou pas. Il appartient sans conteste à ces romans pour qui on répond toujours: c’est plus que ça.

Bref, lisez Techno Freaks. Et lisez Morgane Caussarieu.

Palimpsestes #3 Anachronisme – Emmanuelle Nuncq

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Anachronisme
est le troisième tome de la trilogie fantastique Palimpsestes proposée par l’autrice française (mais résidente belge) Emmanuelle Nuncq. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce titre au prix de 19.90 euros. Si cette saga vous intéresse, il existe également un pack comprenant les trois tomes.
Ce livre entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce livre entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne Ensorcelant » catégorie « Balai Pattes ! »

Palimpsestes est une trilogie fantastique, donc, sur le thème du voyage dans le temps qui se situe à la fin du 19e, début du 20e siècle. Dans le premier tome, nous suivons Clara et Samuel qui assistent à des évènements incroyables en plein milieu du Louvre: des scènes du passée surgissent de manière aléatoire depuis le début de l’exposition consacrée à Delphes. Clara, étudiante en art et Samuel, guide au musée, vont chercher à dénouer les fils de ce mystère. Le second tome nous en apprend davantage sur l’histoire de cette statue de la Pythie dont tout part et le troisième se concentre sur Louise, la fille de Clara, qui manifeste des pouvoirs semblables à ceux de la statue. Sa famille décide de garder le secret mais celui-ci éclate malgré tout, ce qui déchaine les passions. Autant du peuple que des politiciens qui ont tôt fait de monter la mission Kairos…

Je n’avais pas encore eu l’occasion de parler de cette saga sur le blog puisque j’ai lu les deux autres tomes avant l’ouverture. Je garde du premier un souvenir assez agréable, une lecture détente pleine de références historiques. Et du second celui d’un roman de voyage qui m’a un peu rappelé des films d’aventure que j’aimais regarder plus jeune. Plus on avance dans la trilogie et plus le ton s’assombrit, ce qui n’est pas un mal en soi puisque les enjeux deviennent plus importants également. À mes yeux, la grande force de ce roman se situe dans l’amour qu’a l’autrice pour l’Histoire. Il se ressent à chaque page, à chaque référence, ce qui transforme Palimpsestes en œuvre très riche. Surtout aux yeux de ceux qui, comme moi, sont férus d’Histoire.

Un autre point positif, ce sont les personnages. Dans le premier tome, j’avais beaucoup apprécié le tempérament de Clara. Là où certains la trouvaient illogique et désagréable, je découvrais une femme forte qui sait ce qu’elle désire et qui aime profiter de la vie. Quand elle prend des décisions, elle assume et ce même si elle se pose toujours des questions. Emmanuelle Nuncq nous dépeint des femmes toutes en nuance qui sont assez réalistes, elle ose dire les choses au lieu de les magnifier bêtement. Cela trouve un écho en moi, en tant que personne.
L’héroïne de ce tome-ci ne fait pas exception. Louise est beaucoup plus naïve que sa mère, plus jeune aussi et plus sensible, pourtant elle est parvenue à me toucher. J’ai vraiment apprécié son évolution et les rapports qu’elle entretenait avec les différents membres d’équipage, ainsi qu’avec sa famille. Quant aux derniers chapitres… Je ne veux pas spoiler mais j’ai été touchée par les choix narratifs de l’autrice qui donnent à Palimpsestes un côté plus mâture et plus réaliste. Ça m’a vraiment beaucoup emballée et a rehaussé encore davantage mon attrait pour ce livre, lu (ou plutôt dévoré) en une journée.

L’intrigue bien ficelée quoi que prévisible par moment permettra aux lecteurs de se questionner sur tout un tas de thématiques propres à l’exploitation du voyage dans le temps (mais pas que). Si cela ne révolutionne pas le genre, Emmanuelle Nuncq dispose toutefois d’une sensibilité qui nous font prendre à cœur ces interrogations. Doit-on modifier l’Histoire si on en a la possibilité? L’être humain peut-il se contenter d’observer sans toucher? Qui a le droit de vivre ou de mourir? Qui sauverait-on si on le pouvait? Et quelles conséquences cela aurait? Comment la meilleure volonté du monde finit-elle pervertie de la sorte? Quelle est la place du savoir dans notre société? De la culture? J’ai trouvé ce troisième tome très engagé à ce niveau, ce que j’ai énormément apprécié puisque ce n’est pas si courant.

Pour résumer, Anachronisme conclut avec brio une trilogie qui va crescendo sur la thématique du voyage dans le temps. Les amoureux de l’Histoire y trouveront forcément leur compte ainsi que les adeptes du steampunk léger et des romans de voyage. Pour ne rien gâcher, l’autrice aborde énormément de thématiques liées à des questionnements culturels et sociaux qui raviront les lecteurs adeptes de textes plus engagés. J’ai passé un excellent moment en compagnie de la famille Morgenstern et je recommande chaudement la lecture de cette trilogie.