L’enceinte 9 – Ophélie Bruneau

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L’enceinte 9
est une dystopie young adult écrite par l’autrice française Ophélie Bruneau. Publié chez Éditions Lynks, vous trouverez ce roman au prix de 18.90 euros partout en librairie.
Je remercie Bleuenn et les éditions Lynks pour ce service presse.

L’humanité a du affronter un virus dangereux et s’est repliée dans différentes enceintes, chacune sous le contrôle d’un programme de Gestion des ressources. L’action du roman se déroule dans l’Enceinte 9, un siècle après le Repli. C’est là que vit Ysa, une jeune fille surnuméraire (née sans autorisation de naissance et abandonnée par ses parents dont elle ignore tout) qui entre dans les forces de l’ordre à l’âge de dix-huit ans. Le système, elle, elle y croit… Jusqu’à ce que la réalité la rattrape. Les gens ont faim, certains groupes extrémistes ont des idées bien arrêtées sur l’avenir de l’humanité et des évènements bizarres s’enchaînent, comme cette série de suicides à laquelle la jeune enquêtrice assiste malgré elle. Ysa va donc enquêter et découvrir le monde de l’ombre.

Ce qui est assez remarquable dans ce roman et que je vais relever en premier, c’est l’univers. Ophélie Bruneau imagine une situation crédible et l’exploite d’une manière intelligente. Je n’ai aucun problème à imaginer que des Enceintes viennent à exister un jour ni que l’humanité soit confrontée à des soucis similaires avec la gestion des ressources. Au fond, on s’en rapproche. Subtilement, l’autrice propose une critique politico-sociale avec des solutions envisageables. Le roman est d’ailleurs très orienté là-dessus: comment changer, comment le faire correctement, comment se rebeller contre un système immobiliste qui n’est plus en accord avec la réalité du monde. Ce sont des questions qui me parlent beaucoup, surtout dans le climat actuel de l’Europe. Et l’autrice les traite sans transformer son roman en manifeste, chapeau.
Je n’ai eu aucun problème à croire que la vie dans l’Enceinte 9 soit possible. Contrairement à plusieurs titres populaires dans cette veine littéraire que j’ai pu lire, Ophélie Bruneau prend le temps d’expliquer comment s’organise les gestions de ressource, de matériel, etc. Parfois directement dans le texte en y confrontant ses personnages et parfois par des articles de presse, extraits de journaux anciens, etc. qui se glissent entre chaque chapitre. Ça parasite un peu le rythme du roman mais ça reste suffisamment intéressant pour ne pas devenir agaçant.

On sent bien que l’autrice a beaucoup réfléchi sur son sujet et l’a travaillé soigneusement. Je ne suis pas une adepte de la dystopie, encore moins young adult, mais celle-ci était bien menée sans tourner au manichéen. Un très bon point.

Chaque chapitre débute par une indication chronologique. Il se passe souvent plusieurs jours si pas plusieurs semaines entre deux d’entre eux et j’ai parfois éprouvé une sensation de rapidité, de résumé, ce que j’ai trouvé dommage. Je conçois parfaitement que le roman était déjà gros (500 pages avec une mise en page aérée, ça fait une belle brique) mais j’aurai aimé avoir davantage l’occasion de m’attacher aux personnages. Peut-être en se focalisant sur un unique point de vue? Ysa est présentée comme l’héroïne sur la quatrième de couverture et il est vrai que le lecteur la suit majoritairement, mais d’autres personnages parlent et par moment, j’ai éprouvé un sentiment de redondance dans les propos, dans les explications. Je ne ressentais pas la personnalité de chacun, la narration était à la fois trop ciblée sur des pensées spécifiques et pas suffisamment différente en fonction du point de vue du personnage. Je le précise, c’est mon propre goût et je suis certaine que c’est une façon de raconter qui conviendra à d’autres gens. Finalement, je me suis assez peu attachée aux protagonistes et le seul qui m’a plu, qui m’a un peu touchée, ironiquement, c’est Zéro… Soit l’I.A. présente dans l’œil d’Ysa.

J’ai conscience de ne pas être le public cible de ce texte, pourtant Ophélie Bruneau a réussi l’exploit de me faire tourner les pages sans que je m’en rende compte et ce malgré les quelques longueurs et redondances soulignées plus haut. Sa plume est efficace, maîtrisée, on ne sent pas passer le temps. Lynks propose donc à nouveau un page-turner de bonne qualité.

Pour résumer, l’Enceinte 9 est une dystopie young adult plutôt réussie. Ophélie Bruneau propose un univers cohérent et crédible avec des questionnements d’actualité. Si j’ai été un peu moins convaincue par les personnages que par l’univers, j’ai apprécié l’absence de romance pour se consacrer sur les thèmes centraux du roman qui sont eux, vraiment bien exploités. Je pense que ce texte séduira les adeptes du genre ainsi que ceux qui, comme moi, aimeraient pouvoir s’y retrouver sans jamais y parvenir vraiment. Un chouette texte engagé, comme on en trouve toujours chez Lynks, avec une fin ouverte porteuse d’espoir pour l’humanité.

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Les machines fantômes – Olivier Paquet

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Les machines fantômes est le nouveau roman de l’auteur français Olivier Paquet. Édité chez l’Atalante pour la rentrée littéraire 2019, vous trouverez ce titre au prix de 23.90 euros dans toutes les bonnes librairies.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Les machines fantômes est un techno-thriller sous forme de roman chorale qui invite le lecteur à suivre cinq personnages : Adrien, un trader accro à l’adrénaline, Aurore une chanteuse pop qui se produit sous le pseudonyme de Stella, Kader un ancien sniper des forces spéciales et Lou, une gameuse ingénieure en informatique. Ils n’ont rien en commun… Sauf Joachim, qui va bouleverser leur vie en se servant d’eux pour accomplir son dessein : livrer le monde aux IA.

Je ne connaissais pas encore la plume d’Olivier Paquet et c’est le résumé couplé à la magnifique couverture d’Aurélien Police (encore et toujours lui !) qui m’a donné envie de me lancer. J’ai commencé le roman en me sentant un peu perdue. Chaque chapitre est assez long et parle d’un personnage, de sa vie avant de rencontrer Joachim (même s’il utilise à chaque fois une nouvelle identité, je garde son prénom d’origine par facilité), de la façon dont leur quotidien est bouleversé par lui et comment ils apportent malgré eux leur pierre à son édifice. Ils finissent par se retrouver et s’allier pour essayer d’arrêter cet homme qu’ils jugent néfaste. Mais sachez que la moitié du roman est consacrée à la mise en place, à la présentation de chacun, à la façon dont il ou elle vit sa vie, du coup j’ai passé beaucoup de temps à me demander où Olivier Paquet voulait en venir. Puis est arrivée la révélation…

La forme chorale est finalement très adaptée au récit. Elle permet de perdre complètement le lecteur, d’autant que certaines situations se révèlent être des simulations proposées par les I.A. et on ne le comprend pas forcément tout de suite. On essaie de tisser des liens entre certains évènements qui, finalement, n’en ont pas tellement. Tout va vite… et assez lentement à la fois, car l’auteur profite de son thriller pour proposer une critique sociale des plus acides. À ce sujet, la postface de Tristan Garcia est très intéressante à lire, pas très longue (et surtout à la FIN ce qui est merveilleux parce qu’elle éclaire vraiment le texte au lieu de nous le spoiler, super choix éditorial).

Comme je le disais, la critique sociale est mordante, pertinente et assez malaisante. Le monde glacial des traders qui jouent avec les chiffres et les gens sans se soucier des conséquences, qui brassent des millions pour perdre des milliards comme si ça ne valait rien. Le monde des stars qui ont une telle influence sur leur public et qui essuient pourtant des critiques acerbes des uns et des autres, impossible de plaire à tout le monde. L’univers cruel de la famille, avec Kader obligé de s’occuper de son grand-père malade en essuyant ses critiques et sa déception, en étant toujours comparé à son frère qui lui est un « bon musulman ». Le changement de sexe, la question de l’identité, les abus parentaux et même le microcosme de la littérature ! Tout le monde en prend pour son grade. Je suis sure que ce roman ravira les sociologues dans quelques années car il a beau se passer dans un futur proche, il dépeint une société tristement actuelle. D’ailleurs, les chapitres dans l’esprit de l’auteur en salon ont trouvé un écho très fort en moi. Une merveille. Un bijou.

Le tout avec une plume maîtrisée, dynamique, ce qui ne gâche rien. On sent que l’auteur a du métier et du bon métier. Si on s’embrouille, c’est totalement voulu -du moins je pense- afin de pousser la métaphore encore plus loin. Et comme je l’ai dit, des métaphores, il y en a beaucoup. C’est la postface qui m’a permis de mettre des mots clairs sur les intentions de l’auteur, sur ce que je ressentais parfois confusément. Les machines fantômes sont évidemment les I.A. qui naissent et qui développent une forme de pensée, de conscience, différente de celle des humains mais tout aussi importante. L’auteur montre la place prise dans notre vie par tous ces programmes, l’impossibilité de revenir en arrière, les dangers mais aussi les bénéfices que cela pourrait avoir pour l’humanité en fonction de leurs décisions. Car même chez les I.A., il y a des dissensions et ce qui est intéressant c’est qu’elles ne parlent pas. Il n’y a jamais de long dialogue pseudo philosophique entre l’humain et la machine, ce que j’ai vraiment apprécié. La barrière reste, les I.A. guident et ont des plans mais ça reste un degré de conscience trop différent du nôtre pour vraiment les unir. Olivier Paquet met en scène une naissance, le début d’une ère nouvelle et il le fait avec maestria.

Je ne peux même pas parler de science-fiction. Le terme de techno-thriller évoqué dans la presse me parait très adapté et c’est une superbe réussite qui vous collera des frissons.

Pour résumer, les machines fantômes est un techno-thriller sous forme de roman chorale. Magnifiquement orchestré par Olivier Paquet, il met en scène cinq personnages reliés entre eux par des I.A. qui vont devoir se battre pour contrecarrer les plans des uns et des autres avec un final surprenant. Si le texte contient parfois quelques longueurs, la critique sociale qu’il recèle ne manque pas de piquant ni de justesse et permet d’oublier qu’on s’éloigne un peu du sujet central à certains moments. Je recommande très chaudement ce texte à tous ; il est brillant et mérite qu’on le lise. Attention toutefois si ce sujet vous cause déjà des angoisses, ça ne va pas s’améliorer après la lecture.

Fingus Malister, Feux follets, mandragore et cadavre frais – Ariel Holzl

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Fingus Malister, Feux follets, mandragores et cadavre frais
est le premier tome d’une saga jeunesse écrite par l’auteur français Ariel Holzl. À paraître chez Rageot pour le 2 octobre, vous trouverez ce roman au prix de 12.5 euros dans toutes les bonnes librairies !
Je remercie les Éditions Rageot et NetGalley pour ce service presse.
Ceci est ma vingtième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Fingus Malister est un seigneur maléfique en herbe qui désire entrer à l’académie de magie pour étudier la nécromancie. Pour ça, il doit éblouir le jury et quoi de mieux qu’une potion capable de ramener les morts à la vie? Le problème, c’est qu’il a besoin d’ingrédients spécifiques et de l’aide de Polly, sa seule ami, afin d’affronter les obstacles qui se dresseront sur sa route.

J’ai lu ce texte d’une traite dans le train pour un salon, ça m’a pris un peu moins de deux heures. On reconnait immédiatement la plume efficace d’Ariel Holzl avec son humour noir d’une rare finesse et ses jeux de mots ravageurs. Difficile de reposer ce roman quand on le commence alors méfiez-vous !

Dans le village de Bedlam, les Malister n’ont pas bonne réputation. D’ailleurs, une foule en colère a brûlé leur château quand Fingus était encore un bébé, si bien qu’il a été élevé par une femme un peu folle décédée trois ans auparavant. Depuis, il se débrouille tout seul dans une vieille maison avec un kraken qui ravage sa cave. Fingus n’a que douze ans et il subit l’exclusion de la part de ses concitoyens, hormis la famille de Polly qui l’accueille toujours à bras ouverts. Je n’ai pas pu m’empêcher de compatir même si Fingus n’a pas vraiment bon caractère. Quand on y pense, sa situation est horrible ! J’apprécie beaucoup le fait qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture, autant pour les plus jeunes qui ne tiqueront pas forcément sur tout que pour les lecteurs plus vieux. Une belle réussite et des questionnements intéressants qui se posent sur l’hérédité, le harcèlement, le rejet de l’inconnu.

Ariel Holzl propose une nouvelle galerie de personnages intrigants comme Polly, l’amie sorcière de Fingus, n’aime pas utiliser sa magie et rechigne toujours à s’exécuter, ce qui lui vaut les moqueries du jeune Malister. Il est assez cruel avec elle, difficile de savoir s’il l’apprécie vraiment ou si elle n’est pour lui qu’un sous-fifre, comme expliqué dans son manuel. Pour un futur seigneur du mal, on ne peut pas dire que Fingus soit bien équipé : un vieux libre à moitié brûlé, le crâne de son défunt grand-père à qui il parle tout le temps et un chapeau sans fond.

Parviendra-t-il à rassembler tous les ingrédients nécessaires à la préparation de sa potion ? C’est le fil conducteur du récit qui consiste en une quête assez classique et à sa résolution. Ça reste un roman jeunesse, après tout. Le dernier chapitre indique clairement une suite à venir et c’est appréciable car plusieurs questions restent en suspend et le retournement de situation final s’est révélé inattendu. J’aurai quand même aimé que ça soit annoncé de façon claire dans le titre, je sais que c’est le genre de surprise qui déplait à certains lecteurs.

Pour résumer, Fingus Malister est certes un roman jeunesse mais qui séduira les petits comme les grands grâce à ses différents niveaux de lecture. Avec le style qu’on lui connait, Ariel Holzl propose l’histoire d’un seigneur du mal en herbe qui a peut-être un bon fond… Ou peut-être pas. Ce texte dynamique, drôle et intelligent se lit d’une traite et on a qu’une hâte: découvrir la suite ! Une grande réussite que je recommande chaudement.

Voyageur #1 L’espace d’un an – Becky Chambers

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L’espace d’un an
est le premier tome de la série Voyageur écrit par l’autrice américaine Becky Chambers. Publié chez l’Atalante dans sa collection La Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman au prix de 23.90 euros partout en librairie.
Je remercie Emma et les Éditions l’Atalante pour ce service presse !

Le Voyageur est un vaisseau tunnelier, c’est à dire qu’il creuse l’espace pour créer des passages entre différentes galaxies. Rosemary vient d’être engagée comme greffière à son bord et semble fuir un lourd passé. Dans une narration à différents points de vue, Becky Chambers nous raconte le voyage d’un an effectué par le Voyageur pour rejoindre une lointaine planète torémi qui doit être reliée au reste de l’Union Galactique suite à des accords diplomatiques qui ne font pas franchement l’unanimité.

Je ne savais pas précisément à quoi m’attendre avec ce roman. En général, quand je lis de la SF, j’espère des batailles spatiales, du militaire, de gros enjeux scientifiques. Comme je débute dans ce genre, je me réfère beaucoup à ce que je connais : Scalzi, Weber… Il n’y a pas grand chose de tout cela au sein de l’Espace d’un an et pourtant, j’ai vraiment apprécié ce texte.

Becky Chambers prend le parti d’une SF orientée sur les sentiments, les émotions, la famille que constitue le Voyageur. Sur le social, devrais-je dire, et sur tout l’aspect anthropologique / xénologique. Ainsi, les personnages et leurs cultures sont la grande force du récit. L’autrice les présente les uns après les autres, via des scènes clés et chaque en-tête de chapitre permet de suivre la date où se déroulent ces moments quotidiens, parfois séparés de longues périodes à vide.

Le lecteur rencontre d’abord Rosemary et c’est une entrée en matière qui m’a un peu refroidie car au premier abord, elle me paraissait très clichée, peu intéressante. Une humaine qui fuit sa planète natale (Mars) sans jamais trop en révéler… Ce qui est arrivé est tellement horrible, blablabla. Je roulais des yeux. Puis sont arrivés les autres. Le capitaine Ashby Santoro, un humain exodien droit dans ses bottes qui essaie de jongler avec ses différentes casquettes et la relation secrète qu’il entretient avec une autre capitaine d’une race différente de la sienne. Sissix, la pilote reptilienne appartenant à la race aandrisk qui a une culture et des mœurs très éloignés de ce qu’on croise habituellement au coin de la rue. Jenks, le technicien de petite taille et étrangement formé qui est amoureux de Lovey, l’IA dotée d’une personnalité qui gère le vaisseau. Le Docteur Miam, l’un des derniers représentants d’une race en voie de disparition qui apporte son lot de sagesse. Ohan, infecté par un virus qui fait de lui une paire sianate et lui permet de percevoir l’imperceptible dans l’espace. Kizzy, l’autre technicienne totalement excentrique qui n’aurait pas cloché dans Borderlands. Corbin, le misanthrope qui s’occupe des algues (et donc du carburant) du vaisseau, un spéciste franchement désagréable à qui on collerait bien une claque ou deux.

Ce panel de personnage permet d’une part de développer plusieurs cultures intéressantes et d’autre part d’exploiter des thématiques vraiment importantes qui cassent nos habitudes anthropocentristes. Quand Rosemary rencontre l’équipage pour la première fois, elle essaie de comprendre les mœurs aliens avec ses propres valeurs et doit se rappeler sans arrêt que ça n’a pas de sens. Comme Becky Chambers multiplie les points de vue, ça permet aussi d’être dans la tête des aliens comme Sissix qui a du mal avec les habitudes des humains, qu’elle trouve prise de tête. D’ailleurs, dans une discussion qu’elle a avec le Docteur Miam, elle dit une phrase qui m’a fait sourire: si seulement ils pouvaient être NORMAUX ! Ça nous fait grandement relativiser le concept de normalité et j’ai adoré ce bousculement dans mes habitudes.

L’univers en lui-même m’a paru bien construit et crédible. Becky Chambers donne un certain nombre d’informations pertinentes sans trop noyer le lecteur (même s’il y a des longueurs) et utilise certaines astuces comme des échanges de mail ou des recherches effectuées par Rosemary. Hélas… Tout cela a beau créer un roman riche, il est aussi assez lent. Les trois premiers quarts du roman sont consacrés à la vie quotidienne de l’équipage et s’il y a parfois un peu d’action, elle disparait vite au profit des conséquences psychologiques sur chacun d’eux et des intrigues privées de l’un ou l’autre. Cela plaira aux lecteurs qui aiment quand le récit se met tranquillement en place mais L’espace d’un an est très clairement un tome introductif, voué à poser les bases, initier le lecteur pour la suite que j’imagine plus intense en action. C’est seulement sur le dernier quart que survient un évènement violent mais il ne dure finalement pas si longtemps que ça. Ses conséquences, par contre…

Malgré cette lenteur, j’ai vraiment aimé ma lecture et le soin apporté par l’autrice, par exemple, à l’utilisation de pronoms comme iel pour désigner les espèces asexuées ou le pluriel pour la paire sianate (ce qui donne de drôles de phrase !) vu qu’ils sont deux dans un seul corps. Tout, dans ce livre, jusqu’à la forme du récit, passe un message de respect des différences et de tolérance qui ne peut qu’avoir un gros écho dans notre société actuelle.

Pour résumer, l’Espace d’un an est un très bon livre que je conseille plutôt à des débutants en SF (ce que je suis !). Becky Chambers propose de peindre le portrait d’une famille de cœur à bord du vaisseau tunnelier Voyageur. Son roman, très orienté sur la psychologie et la découverte de son univers, est clairement un tome d’introduction qui souffre d’un rythme assez lent sur la majorité du titre car il prend pas mal le lecteur par la main en enchainant les scènes d’exposition afin de détailler les particularités socio-culturelles de chacun. Il doit très clairement être lu dans l’optique de continuer la saga et en acceptant son statut introductif. L’autrice réussit très bien ses personnages auxquels on s’attache et pour qui on se passionne. Elle a créé un univers crédible (selon moi) et intéressant au sujet duquel j’ai très envie d’en apprendre davantage. Je vais donc continuer avec plaisir la saga Voyageur que je recommande pour débuter dans le genre.

Le Sorceleur #1 le dernier vœu – Andrzej Sapkowski

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Le dernier vœu
est le premier tome de la célèbre saga du Sorceleur écrite par l’auteur polonais Andrzej Sapkowski. Traduit par Laurence Dyèvre et publié chez Bragelonne dans une nouvelle édition, vous trouverez ce roman au prix de 15.90 euros.
Ceci est ma dix-neuvième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Geralt de Riv est un sorceleur avec son propre code d’honneur qui affronte les créatures surnaturelles néfastes en échange d’un paiement. Ce premier tome se construit sous forme de recueil de nouvelles, toutes liées entre elles par « la voix de la raison » qui se divise en sept parties entre lesquelles s’intercalent certaines aventures importantes pour Geralt et où on rencontre des personnages qui comptent pour lui. Je suppose que ces personnages deviennent récurrents par la suite.

Il s’agit assez clairement d’un tome d’introduction qui permet de poser le personnage de Geralt, son entourage ainsi que ses motivations principales. Je n’ai pas eu l’occasion de jouer à The Witcher donc je ne vais pas effectuer de parallèle avec un autre médium. Je voulais lire ce livre en prévision de la série qui va arriver en novembre sur Netflix et si j’ai apprécié ma lecture, je n’ai pas pour autant ressenti un engouement particulier ni l’envie de continuer sur le tome suivant puisque celui-ci peut parfaitement se suffire à lui-même.

Pourtant, on ne peut pas dire que le Sorceleur soit un mauvais livre ou qu’on s’ennuie en le lisant, loin de là. L’univers, très inspiré de la mythologie slave avec des créatures dont je n’avais même jamais entendu parler, se révèle enthousiasmant et d’une grande richesse. J’ai apprécié ce dépaysement et le fait que l’action se déroule principalement dans des lieux de vie communs plutôt que des cours pleines de complots, ça change. Geralt ne travaille pas vraiment pour l’élite, pas plus qu’il n’est apprécié pour son métier. Il le dit lui-même, les temps changent et le monde devient trop civilisé pour les sorceleurs. On arrive sur une sorte d’entente entre les humains et les monstres (parfois toute relative) qui marque un tournant dans son époque. J’ai apprécie ce ton désenchanté, ce blues du personnage principal. Ainsi, l’auteur parvient à aborder une multitude de thèmes qui sont encore très actuels puisque nous vivons également un tournant dans notre époque qui parait difficile et terrifiant pour beaucoup de gens et un certain nombre de professions.

Andrzej Sapkowski s’inspire également de contes de fées comme Blanche Neige ou la Belle et la Bête, qu’il réadapte à sa sauce. Je ne suis pas suffisamment spécialiste pour savoir si c’est très proche des contes originaux mais j’ai à chaque fois pris un certain plaisir à lire les aventures liées. Par contre, l’auteur a vraiment raté son coup avec la nouvelle sur Yennefer et la façon dont il traite sa relation avec Geralt. Ça tombe comme un cheveu sur la soupe, comme s’il fallait absolument une romance quelque part, c’est dommage.

De plus, j’ai trouvé la construction narrative un peu brouillonne. Le fait que des espèces de flashback s’intercalent dans l’action principale constituée par « le dernier vœu » m’a dérangé car ça me coupait systématiquement dans mon élan et m’embrouillait, ça manquait de naturel. En effectuant quelques recherches, j’ai appris que ce premier tome constituait une sorte d’intégrale de plusieurs nouvelles donc je suppose que le choix de la chronologie revient à l’éditeur plus qu’à l’auteur. Dommage !

D’ailleurs, sur un plan purement formel, je vais qualifier les dialogues d’empathique voir carrément théâtraux. C’est original mais ça m’empêche de vraiment prendre au sérieux le contenu du roman au ton trop vieille école. Je m’amusais à le visualiser sur une scène, avec de vrais acteurs et un aspect un peu grand guignol. Cela vient peut-être du fait que la saga a commencé en 1990 soit avant ma naissance, à une époque où les codes ainsi que les goûts étaient différents. Si on prend la peine de la replacer dans son contexte, elle est innovante et très enthousiasmante. Mais ce n’est pas ce que je recherche à l’heure actuelle.

Pour résumer, ce premier tome du Sorceleur m’a laissé un arrière-goût de trop peu. Si j’ai passé un agréable moment et que j’ai apprécié découvrir cet univers dont tout le monde parle ainsi que le fameux Geralt de Riv, ce n’est pas une saga que je vais continuer au format papier d’autant que ce premier tome peut très bien se suffire à lui-même. Du coup, si vous aussi vous êtes curieux, vous pourrez très bien vous contenter d’un tome ! Je recommande ce titre aux adeptes de fantasy plus classique qui ont envie de se dépayser au sein de la mythologie slave.

La machine de Léandre – Alex Evans

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La machine de Léandre
est un one-shot écrit par l’autrice française Alex Evans. Nouveauté de la rentrée littéraire chez ActuSF, vous trouverez ce roman au prix de 18.90 euros partout en librairie.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse.
Il s’agit de ma dix-huitième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Ce roman se déroule dans le même univers que Sorcières Associées mais il peut se lire de manière indépendante. Pour preuve, j’ai découvert l’autrice avec la machine de Léandre. Pas d’inquiétudes donc, si vous vous posiez la question !

Constance Agdal est professeur en sciences magiques, elle a même été titularisée ce qui n’est pas une mince affaire dans ce monde très masculin. Elle travaille à ses recherches quand on lui apprend la disparition de son collègue à laquelle Constance va se retrouver mêlée malgré elle. En effet, ce dernier travaillait avec Philidor Magnus sur une machine légendaire et son aide est requise pour la terminer dans les temps. Évidemment, rien n’est aussi simple qu’il n’y parait et les difficultés vont se multiplier pour Constance…

Ce texte contient également une nouvelle bonus où le personnage principal change. Le lecteur suit cette fois Cassandre de Galata à qui on confie la mission de retrouver un livre ancien, très puissant et prétendument perdu.

Je vais d’abord commencer par évoquer l’univers original. Dans ce monde, la magie arrive et repart de manière cyclique. Elle n’est revenue que récemment, le temps pour une secte religieuse de farcir la tête de ses adeptes avec des mensonges. D’ailleurs, Constance vient de la cité de Tourmayeur, un endroit où les enfants possédant le Don disparaissent très jeunes. Cela lui a causé un traumatisme et a contribué à l’intériorisation de ses pouvoirs. J’ai apprécié cette idée de magie qui va et qui vient, cela permet de la redécouvrir dans un univers de raison et de l’étudier avec des procédures scientifiques modernes. Je dis moderne mais sachez que le roman se déroule dans une sorte de fin 19e / début 20e alternatif. C’est du moins l’ambiance décrite par l’autrice telle que je l’ai ressentie.

Comme la magie a disparu pendant un certain temps et vient de revenir, les civilisations ont oublié pas mal d’éléments, comme la manière de conjurer des démons. Quelle surprise d’en voir apparaître en pleine ville, potentiellement sans raison ! Et si c’était lié avec les travaux de son collègue? Constance rencontre malgré elle l’incube concerné, prénommé Albert, et essaie de l’aider tout en préservant sa vertu.

J’ai vraiment apprécié le personnage de Constance. J’avais un peu peur de tomber sur une espèce d’urban fantasy / romance / trio amoureux mais ce n’est absolument pas le cas. Alex Evans propose un traitement intéressant de la femme qui fait son maximum pour s’imposer dans un monde masculin afin d’être reconnue à sa juste valeur. Constance n’est pas très féminine ni sexuée, elle est intelligente et n’a pas envie de céder aux dictats sociaux qui la poussent à se marier, à enfanter. Constance ressent pourtant des sentiments très humains, elle a aussi envie qu’on l’apprécie et a des désirs mais ils ne la rendent ni cruche ni potiche pour autant. Alex Evans propose un bel équilibre sur son héroïne, qu’on retrouve également dans l’autre nouvelle. Le personnage de Cassandra est plutôt belle, féminine, consciente de ses charmes mais n’en use pas et rêve surtout de devenir exploratrice.

Du côté de l’intrigue, elle reste assez classique et on sent arriver le twist final. Pourtant, ça ne m’a pas dérangé plus que ça parce que tout s’enchaîne très vite et je ne me suis pas du tout ennuyée pendant ma lecture. Sans doute grâce au style d’écriture de l’autrice qui est simple, dynamique et percutant. Par contre, j’ai un peu moins apprécié l’intrigue de la nouvelle à l’exception de la fin (puis c’est quoi ce délire avec son cousin, franchement ?!). Je pense, vu toutes les informations données qui déséquilibrent le récit, que l’histoire aurait mérité un roman à part qui aurait pris davantage son temps pour poser les protagonistes. Dommage ! Le potentiel était là.

Pour résumer, la Machine de Léandre est un bon divertissement qui ravira les adeptes de magie, de 20e siècle et de sciences occultes. Alex Evans propose une intrigue classique mais dynamique, portée par des personnages originaux et attachants. Je recommande ce texte aux lecteurs avides d’un agréable moment de détente, il vous accompagnera parfaitement !

Les meurtres de Molly Southbourne – Tade Thompson

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Les meurtres de Molly Southbourne
est une novella écrite par l’auteur anglais Tade Thompson. Publié dans la collection Une Heure Lumière chez le Bélial, vous trouverez ce texte au prix de 9.90 euros.
Ceci est ma dix-septième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Molly Southbourne souffre d’une étrange malédiction. Quand elle saigne, elle créé des clones d’elle-même qui tentent parfois de la tuer. Ses parents mettent alors un certain nombre de règles en place pour la sauvegarder. Cette histoire, c’est donc celle de Molly…

Difficile en réalité de vous résumer cette novella avec mes propres mots sans spoiler beaucoup d’éléments. Mais quel coup de cœur ça a été ! Je l’ai d’ailleurs lu d’une traite (d’accord elle fait 125 pages mais quand même) impossible de la lâcher tant j’ai été prise dedans, fascinée par ce que je lisais.

Le roman s’ouvre sur une mystérieuse fille, attachée dans un sous-sol par des chaines rouillées, assise dans une marre de sang. Une autre fille lui rend visite, lui parle, la lave, l’habille et elle finit par lui raconter son histoire. C’est ainsi que le lecteur est amené à rencontrer Molly Southbourne.

La novella est construite sur un enchaînement de scènes relativement courtes qui constituent l’histoire de Molly. Ses débuts avec ses parents, la façon dont elle gère sa maladie, son désir de voir le monde au lieu d’obéir et de rester sagement enfermée dans la ferme familiale. J’ai immédiatement adoré ce concept et cette narration efficace, sobre, dynamique. L’auteur maîtrise très bien sa plume et c’est un régal. Chaque scène explose dans le cerveau du lecteur avec une étonnante clarté pour s’imprimer durablement dans ses neurones.

Ce texte est assez psychologique. Le lecteur suit Molly dans son évolution, dans son apprentissage aussi parce qu’il faut bien savoir comment survivre quand on peut se faire attaquer à n’importe quel moment dès qu’on a ses règles. On constate avec effroi et fascination la façon dont elle se refroidit à chaque étape de son existence, comment elle perd l’innocence enfantine pour expérimenter d’une façon assez glauque ce qui touche aux mollys, puis grandir, sombrer dans la sociopathie. Éblouissant et glaçant, voilà deux mots qui résument parfaitement cette novella.

La seule chose qui me gêne un peu, c’est la perspective d’une suite au sein d’une collection qui, si je l’ai bien compris, met en avant des one-shots. En effet, une interview se trouve à la fin du texte où l’auteur répond à certaines questions sur les influences de son roman et sur ses projets, ce qui est assez intéressant à découvrir. D’ailleurs, ça m’a donné envie de lire davantage de sa bibliographie. Mais bref, je trouve dommage qu’une suite possible vienne entacher la fin superbe des meurtres de Molly Southbourne !

Pour résumer, les meurtres de Molly Southbourne est un coup de cœur pour moi. Cette novella maîtrisée axée sur la psychologie propose de suivre un personnage atypique, une anti-héroïne fascinante dans un univers teinté de science-fiction même si ça reste assez léger. C’était ma première incursion au Bélial et certainement pas la dernière si tous leurs textes ont cette qualité. Je le recommande plus que chaudement mais attention, âmes sensibles s’abstenir car ce texte est glauque, plutôt malsain et n’épargne personne. Moi, c’est ma came ! Et vous?