Les Neiges de l’éternel – Claire Krust

3
Les Neiges de l’éternel
est un one-shot fantastique inspiré du Japon féodal écrit par l’autrice française Claire Krust. Publié par ActuSF, vous trouverez ce titre au prix de 18.9 euros en grand format et 8.9 euros en poche, partout en librairie.

De quoi ça parle ?
Japon, époque féodale fantasmée. Dans un texte divisé en cinq parties écrites comme des nouvelles, l’autrice donne la parole à un personnage chaque fois différent pour raconter un morceau de leur existence liée à une noble famille déchue. Yuki, Akira, Sayuri, Takeshi et Seimei sont autant victimes que protagonistes de cette tragédie.

Un roman en cinq parties.
Par facilité, je vais diviser cette chronique en cinq parties et vous dire quelques mots sur chacune d’elle avant de vous proposer une synthèse d’ensemble.

1) La fille qui chevauche
Le texte s’ouvre sur le personnage de Yuki qui part dans la montagne à la recherche d’un guérisseur capable de sauver la vie de son frère, malade depuis longtemps et sur le point de mourir. Le lecteur suit donc son périple. Fille de noble qui n’est jamais sortie du palais, elle se déguise en garçon pour arriver jusqu’à un village. Là, elle rencontre la courtisane Sayuri qui reviendra dans une autre histoire. Elle arrive enfin jusqu’au guérisseur et fait la connaissance de Seimei, le fils de ce dernier. Hélas pour elle, tout ne se passera pas comme prévu.

J’ai été un peu décontenancée par cette première partie. L’ambiance posée par Claire Krust m’a semblé à la fois d’une douce cruauté et d’une naïveté évidente. On se doute assez tôt de la manière dont va tourner l’aventure de Yuki, on la regarde se débattre avec pitié face aux évènements. J’ai apprécié l’aura de ce texte sans toutefois être totalement plongée dedans.

2) Le mort au pinceau
Cette partie est narrée du point de vue d’Akira, le frère de Yuki, cinquante ans après sa mort. Par ses yeux, le lecteur rencontre Shota, un jeune garçon qui à l’instar d’Akira de son vivant, souffre d’une maladie qui le condamne à mourir assez jeune. C’est une nouvelle davantage empreinte de surnaturelle avec la présence d’un fantôme et d’une question : pourquoi seul Shota parvient-il à voir Akira ?

J’ai préféré ce texte au premier car la mélancolie cruelle d’Akira m’a davantage parlée. L’autrice distille lentement les éléments de son histoire, ses rencontres sur ces cinquante dernières années. J’ai vraiment été touchée et émue par ce protagoniste, très enthousiasmée par la perspective de lire la suite. Le duo avec Shota fonctionne bien et le passif entre Akira et le père de Shota était très intéressant. Mon seul regret c’est de ne pas en avoir eu davantage, toutefois c’est à mon sens le texte le plus abouti et le mieux équilibré.

3) L’enfant et la courtisane
Cette nouvelle se déroule cinq ans après la première et ramène le lecteur auprès de la courtisane Sayuri. L’autrice y décrit son quotidien, son état d’esprit général et s’offre quelques longueurs. C’est l’occasion toutefois d’une nouvelle rencontre avec Yuri qui ne va pas se terminer comme prévu pour Sayuri…

Sayuri est un personnage qui m’a plus d’une fois agacée, je ne suis pas parvenue à m’attacher du coup son sort me laissait relativement indifférente. J’ai trouvé la fin un peu absurde avec un goût de hasard qui « fait bien les choses », c’est probablement le texte qui m’a le moins convaincue même si tout n’est pas à jeter. J’ai par exemple été intéressée par le personnage de la très jeune courtisane, Tae Hee. La scène entre elle et Sayuri a été pour moi le seul vrai moment plaisant de cette partie.

4) L’intrus dans la maison
Un siècle après les mésaventures de Yuki, un jeune homme pénètre par effraction dans la demeure du Daimyo, abandonnée depuis longtemps. Il est à la recherche du fantôme d’Akira afin d’accéder aux dernières volontés de Shota, son grand-père.

Les deux tiers de cette nouvelle servent de mise en place avec un texte très descriptif, sans vrai dialogue. Vous le savez, c’est quelque chose que je n’apprécie pas toutefois c’est purement une affaire de goût parce que l’autrice s’en sort plutôt bien. Par contre, les interactions entre Takeshi (le jeune homme en question) et Akira sont intéressantes, complexes, tendues. J’ai beaucoup aimé la fin de ce texte toutefois j’ai eu un goût de trop peu car à mon sens l’histoire en elle-même aurait du commencer à cet endroit au lieu de s’y achever.

5) Le fils du guérisseur
Le dernier texte permet au lecteur de retrouver Seimei et d’apprendre ce qu’il devient (des fois qu’on se pose la question même si j’avoue, c’était pas mon cas). Après la mort de son père, il décide de quitter sa montagne afin de vivre libre, loin de la pression induite par son héritage. Pas de chance il va rapidement être rattrapé par le seigneur du coin qui exige de lui des soins pour son épouse mourante.

Seimei se révèle être un personnage plutôt antipathique bien que j’apprécie son honnêteté et ses tourments intérieurs. Cette partie souffre du même défaut (selon mes goûts) que la précédente à savoir beaucoup de mise en place et d’introspection répétitive. J’aurais trouvé plus judicieux d’intervertir les deux derniers textes afin de terminer sur l’intrus dans la maison car je ressens clairement un goût de trop peu à achever ma lecture ici.

Une impression d’ensemble mitigée.
J’ai lu de très bonnes chroniques sur ce texte toutefois sur un plan personnel, je suis plus mitigée. Selon moi, les Neiges de l’éternel a de vraies qualités mais souffre des défauts d’un premier roman en ne poussant pas les choses assez loin, d’une part, et en enchainant de longueurs, d’autre part.

Claire Krust propose de raconter un drame familial sur plusieurs générations dans un Japon féodal qui se révèle fantasmé si on en croit la courte interview à la fin. Le concept a de quoi séduire d’autant qu’elle propose des personnages qui sont, pour la plupart, nuancés. La palme revenant à Akira qui est mon protagoniste favori au sujet duquel j’ai envie d’en avoir encore davantage. Toutefois, à mon sens, les Neiges de l’éternel s’achève là où il aurait plutôt du commencer (c.f. la fin de la quatrième partie) et souffre de longueurs inutiles, notamment dans les introspections des personnages qui se répètent trop à mon goût. Claire Krust ne laisse pas le lecteur comprendre les choses par lui-même et le prend trop par la main sauf quand elle est censée donner des informations qu’on attend depuis trois parties. Encore une fois, c’est un sentiment tout personnel parce que certains lecteurs apprécient cela, ce n’est juste pas mon cas. D’ailleurs, ironiquement, l’autrice ne va jamais révéler ce qui est arrivé à Yuki durant sa vie même si la fin de la cinquième partie laisse une piste possible. Pourtant, cette information sur son histoire se retrouve importante dans au moins deux textes sur les cinq : d’abord quand Akira en parle à Shota (enfin commence puis s’arrête sans jamais terminer) puis quand Yuki elle-même raconte tout à Sayuri dans la troisième partie sauf que c’est l’occasion d’une ellipse… Après ça, plus rien et c’est quand même un élément qui tient le lecteur en haleine. Alors oui, clairement, j’ai un goût de trop peu en refermant ce livre, ce qui est dommage mais j’y mettais probablement trop d’attentes vu l’enthousiasme de la blogo à son propos.

Je pense que l’autrice a d’abord cherché à poser une ambiance et elle a visiblement réussi pour beaucoup mais moi qui aime le Japon, la littérature japonaise et qui ait lu d’autres romans de ce type avant, je ne suis pas plus convaincue que cela. Ce qui n’empêche pas ce texte d’être bon, il ne me convient tout simplement pas en tant que public. Pour cette raison, j’ai tout de même choisi de vous en parler car je suis convaincue par ses qualités et son intérêt, pour quelqu’un d’autre que moi.

La conclusion de l’ombre :
Les Neiges de l’éternel est un texte imprégné de fantastique se déroulant dans un Japon féodal fantasmé. À travers cinq nouvelles où les personnages se croisent, l’autrice retrace la déchéance d’une famille aristocratique sur plusieurs générations via des narrateurs pluriels et nuancés. Claire Krust n’hésite pas à mettre en scène des protagonistes antipathiques et à s’attarder -un peu trop à mon goût- sur la construction d’une ambiance désenchantée. Si le texte souffre de quelques défauts typiques des premiers romans, il n’en reste pas moins tout à fait recommandable pour ceux qui apprécient les romans d’ambiance axés sur l’introspection.

D’autres avis : LutinBazar de la littératureSonges d’une WalkyrieMa LecturothèqueAux petits bonheursLe monde d’Elhyandra – Les Dream-Dream d’une bouquineuseLes chroniques d’AcherontiaCélinedanaeXapurLorkhanBoudicca – vous ?

Challenge S4F3

Les anges oubliés – Graham Masterton

23
Les anges oubliés
est le nouveau roman d’horreur / policier de l’auteur anglais Graham Masterton. Publié chez Livr’S, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.

De quoi ça parle ?
Londres, de nos jours. Des phénomènes étranges se produisent : des femmes qui viennent d’avorter sont en réalité toujours enceintes de bébés déformés. Des agents de nettoyage des égouts se font agresser par ce qui ressemble à des spectres -des spectres qui lancent des clés. Quelqu’un découpe des innocents à la scie. Le détective Pardoue et la sergente Patel sont appelés en renfort. Après tout, ils ont l’habitude des affaires étranges (c.f. Ghost Virus) alors ils devraient s’en sortir.
Ou… pas.

Un roman horrifique à l’ambiance maîtrisée.
Je me rends compte que je ne lis pas souvent des romans horrifiques parce que la plupart du temps, c’est suivi par une grosse déception. Soit je n’ai pas eu peur une seconde, soit je trouve les éléments trop gros, pas crédibles, bref ennuyeux et too much. Au mieux, je rigole un coup et je dois admettre que j’avais un peu peur que ça se passe comme ça avec Graham Masterton. L’auteur a beau se trainer une grosse réputation, je crains toujours qu’elle soit un brin usurpée.

Ici ça n’a pas été le cas.
DU-TOUT.

Peut-être est-ce du à mon manque d’habitude (bah oui vu que souvent déçue, je n’en lis quasiment plus) mais le premier soir où j’ai commencé le roman, j’ai eu des cauchemars la nuit ce qui ne m’était plus arrivé depuis… Euh… Au moins tout ça. Je comprends désormais pour quelle raison Graham Masterton est connu comme maître de l’horreur et si je me base sur les anges oubliés, je dois dire qu’il n’a pas usurpé son titre.

Le roman s’ouvre sur un cas étrange d’une femme ayant subi un avortement mais qui conserve des symptômes de grossesse. En effectuant une échographie, le médecin découvre un fœtus si difforme qu’il ose à peine lui apposer un qualificatif humain. Plus que l’apparence, c’est le comportement de la créature qui créé l’effroi et l’auteur le distille à travers des chapitres du point de vue de personnages secondaires qui subissent des évènements pas hyper rassurants. Ces personnages secondaires incarnent monsieur et madame tout le monde, ça pourrait très bien être le lecteur ce qui permet de s’immerger et donne au texte un aspect très efficace -qui a en tout cas fonctionné sur moi.

L’ambiance globale du livre doit aussi être mise en avant. Une partie du roman se déroule dans les égouts londoniens, ce qui permet d’en apprendre beaucoup sur le métier de nettoyeur. J’ignorais ce qu’était un grassberg (et j’avoue j’aurais aimé que ça continue ->) ou tout ce qu’on peut trouver sous nos pieds. C’est un des aspects du roman qui m’a vraiment bien plu parce qu’il m’a permis de découvrir plein de choses dont je ne soupçonnais pas l’existence. Alors, certes, ce sont des éléments assez dégueulasses mais quand même ! Pas de regrets, j’ai dit.

Des protagonistes intéressants.
Pendant la première partie des anges oubliés, Graham Masterton alterne énormément les points de vue avec ces fameux personnages secondaires (certains apparaissent le temps d’un chapitre seulement) dans le but de poser son ambiance. Ensuite, il se centre davantage sur le détective Pardoe et la sergente Patel, un duo qu’on retrouve déjà au cœur du roman Ghost Virus. À ce moment-là, le texte s’accélère en sortant de l’aspect introductif pour enchaîner sur l’action pure et dure. Comme c’est souvent le cas avec les sagas policières, les deux histoires sont vraiment indépendantes l’une de l’autre et on retrouve assez peu de mentions au titre précédent. Ne pas l’avoir lu n’empêche pas de se plonger dans celui-ci. La preuve, c’est mon cas ! Du coup, pas de panique, il ne s’agit pas d’une suite déguisée non assumée.

Le détective Pardoe est un flic entre deux âges qui a une petite fille de huit ans et est divorcé. Il se débrouille bien dans son boulot, a un humour un peu vieux con parfois même si j’ai souri à certaines blagues. Il incarne un archétype pas très original toutefois cela ne m’a pas gênée le moins du monde dans la lecture, en partie parce qu’il inspire une forme de sympathie mais également parce que l’auteur propose d’autres personnages aboutis.

La sergente Patel m’a assez vite séduite. C’est une femme issue de la communauté pakistanaise, de confession musulmane, qui a du caractère sans en faire des tonnes. Je trouve que Graham Masterton a très bien géré non seulement l’aspect représentation de son roman (avec quelques références culturelles pas lourdes du tout qui ne donne pas l’impression d’être dans une expo’ sur la culture du Pakistan) mais aussi la crédibilité de son personnage féminin. La sergente a des failles, elle a peur par moment, elle ne se laisse pas draguer ni considérer comme un bout de viande bien que peu d’hommes la voient de cette façon. Elle se montre utile à l’enquête, ouverte d’esprit face au surnaturel sans pour autant tomber tête la première dedans ou s’en remettre à Dieu au moindre problème. Au contraire ! La subtilité de l’auteur est vraiment ici à souligner.

Parmi les personnages secondaires j’ai également relevé une femme qui ne manque pas de peps en la personne de Gemma. C’est une jolie fille, Pardoe la décrit tout de suite comme telle : blonde, élancée, la totale. Pourtant, elle enfile sans broncher une combinaison et descend au quotidien dans les égouts pour littéralement nettoyer la merde des autres. Elle s’y connait dans son métier, a de bonnes idées et du plomb dans la tête. J’ai apprécié le fait que l’auteur propose des femmes qui ont de la substance et ne se limitent pas à leur physique, ça a été un autre grand point positif de ce roman pour moi. Le fait qu’un homme relève en premier lieu son physique avant de se prendre un claque vis à vis de son métier a été plutôt plaisant et démontre, selon moi, un vif désir de casser les stéréotypes de la part de Graham Masterton.

Une mythologie horrifique assez classique….
J’ai beau ne pas m’y connaître dans le genre horrifique, j’ai eu l’occasion de lire certains romans ou visionner certains films / séries. Les éléments surnaturels sont tirés de la religion catholique et du folklore des sorcières, des poncifs usés jusqu’à la corde et pourtant je trouve que Graham Masterton les utilise judicieusement. En général, je suis la première à rouler des yeux face à un manque d’originalité comme celui-là mais pas ici parce que tout s’imbrique très bien.

…. avec une fin qui laisse sur sa faim
Le seul élément que je regrette dans les anges oubliés, c’est la fin. J’ai trouvé la résolution un peu rapide, le texte aurait mérité une vingtaine de pages supplémentaires pour être un coup de cœur, surtout avec le chapitre final. Cela ne gâche pas en soi le plaisir que j’ai eu à découvrir ce titre toutefois ce regret reste présent. D’ailleurs on peut s’interroger, y aura-t-il une suite ou non ? La porte reste ouverte bien que Graham Masterton pourrait choisir de s’arrêter là sans qu’on y perde.

La conclusion de l’ombre :
Les anges oubliés est un roman policier horrifique d’une rare efficacité. Graham Masterton réutilise son duo de détective déjà à l’œuvre dans Ghost Virus pour offrir un one-shot de qualité qui ne manquera pas de coller des frissons au lecteur. Tous les éléments fonctionnent bien ensemble et s’imbriquent les uns dans les autres pour donner un titre plus que recommandable qui ravira les fans du genre. Attention, âmes sensibles s’abstenir !

D’autres avis : pas encore !

Challenge S4F3

Yardam – Aurélie Wellenstein

19
Yardam
est le nouveau one-shot de l’autrice française Aurélie Wellenstein. Publié chez Scrineo, vous trouverez ce roman au prix de 20 euros partout en librairie.

Je vous ai déjà parlé de l’autrice avec ses autres romans : le Roi des fauvesle Dieu OiseauMers Mortes. Si c’est ma quatrième lecture en sa compagnie, Yardam est en réalité son dixième roman ! Aurélie Wellenstein a donc désormais une certaine expérience même si c’est son premier roman étiqueté adulte, elle qui donne davantage dans le YA.

De quoi ça parle ?
Kazan exerce la profession de voleur à Yardam et il ne se contente pas de dérober des tableaux : il ingère également des âmes, laissant derrière lui des coquilles qui prolifèrent de plus en plus dans la ville… Au point d’entrainer une désastreuse quarantaine. Au désespoir, Kazan rencontre un couple de médecins : Feliks et Nadja, qui affirment pouvoir guérir cette maladie. Commence alors la descente aux Enfers…

Les bases de l’univers : de bonnes idées bien exploitées.
L’intrigue se déroule en intégralité au sein de la ville de Yardam, une cité inventée par l’autrice dont on a un peu de mal à situer l’époque et la localisation. Sur base des descriptions, je la visualise comme une ville dans l’est de l’Europe au début de l’ère industrielle, fin 19e / début 20e siècle. J’ai apprécié l’aspect fictif de l’endroit qui permet beaucoup de libertés en matière de suspension de l’incrédulité. Toutefois, l’aspect fictif ne signifie pas que l’autrice fait n’importe quoi, au contraire : j’ai trouvé l’ambiance crédible, l’écrin très bon pour l’histoire qu’elle désirait raconter puisque Yardam se trouve à cheval entre deux époques. Pas suffisamment éclairée pour ne pas tomber dans les extrêmes religieux en situation de crise et pas suffisamment attardée pour tomber dans une opposition manichéenne peu intéressante.

Une épidémie sévit au sein de cette ville de Yardam. Depuis un moment, des coquilles apparaissent un peu partout, sans raison connue. Une coquille, c’est un corps humain dépourvu d’âme qui erre dans les rues en devenant de plus en plus générique car ces coquilles perdent leurs caractéristiques physiques. Hommes comme femmes n’ont plus de cheveux, de formes, leur peau blanchit et leur regard reste fixé sur la Lune, ce qui donne lieu à des spéculations autant que des surnoms peu flatteurs. Personne ne sait ce qui cause cela sauf ceux qui, comme Kazan, sont infectés par cette maladie sexuellement transmissible les transformant en voleurs d’âme. Kazan l’a eue grâce à une femme, Lara, mais celle-ci la lui a donnée après lui avoir expliqué ce que cela impliquait et en l’aidant ensuite à vivre avec -un schéma que Kazan va reproduire. Kazan n’est donc pas une victime, il a choisi son état et je trouve que ça offre une nuance intéressante.

Malgré les avertissements, l’attrait de la puissance se révèle trop impérieux pour que les nouveaux voleurs d’âme se rendent compte de ce qu’ils abandonnent derrière eux, des morts en sursis qu’ils deviennent. Quand ils aspirent une âme, ils acquièrent toutes les connaissances qu’elle contient, toutes les capacités physiques également. Ces âmes sont enfermées dans le corps du voleur, toujours conscientes, ce qui leur permet de parler, de menacer, bref de transformer la vie du vampire psychique en véritable Enfer jusqu’à le pousser au point de rupture.

J’ai trouvé le concept de base plutôt intéressant, il m’a tout de suite emballée surtout que l’autrice développe très bien la psychologie de ses personnages en poussant ainsi son concept jusqu’au bout. Toutefois, les lecteurs qui aiment disposer de toutes les réponses ressortiront probablement frustrés par cette lecture puisque, à aucun moment, les médecins ne trouvent une explication logique ou cohérente à ce phénomène. Il est là, on ignore comment guérir la coquille ou le vampire psychique et c’est tout. Une partie du roman consiste d’ailleurs en une quête de réponses, des réponses qui ne viendront pas pour la plupart. Je le précise parce que je sais que ça énerve certains. Toutefois, sur un plan personnel, l’explication ne m’a pas manquée le moins du monde.

Une pluralité d’antihéros.
Au début de Yardam, le lecteur rencontre Kazan, un monte-en-l’air qui a aspiré l’âme d’un gardien de musée afin de réaliser un vol qui lui permettra de vivre tranquillement le reste de sa courte vie. Dés le départ, Aurélie Wellenstein joue avec son lecteur en lui inspirant des sentiments ambigus. D’un côté, on compatit au sort de Kazan et de l’autre, quand on prend un peu de recul, on se rend compte qu’il est quand même très égoïste et commet des actes plus que répréhensibles en plus d’éprouver des pulsions malsaines envers les autres personnages du roman. Kazan est typiquement le genre de protagoniste que j’adore suivre car tout n’est pas blanc ou noir. L’autrice offre un antihéros nuancé et fascinant, en équilibre précaire.

Lorsque l’Empereur annonce la quarantaine, Kazan tente de s’enfuir mais tombe sur un couple de médecins qu’on empêche d’entrer dans la ville alors qu’ils souhaitent aider à endiguer l’épidémie : Feliks et Nadja. Ces deux médecins sont persuadés de pouvoir guérir les coquilles, Kazan y voit son salut et décide de les aider à rentrer, restant ainsi lui-même prisonnier de Yardam. Rapidement, toutefois, le voleur d’âme se rend compte que les deux médecins n’ont aucune idée de ce dont souffrent les coquilles ni de comment les aider, ils sont simplement plein de bonne volonté. Sauf que l’enfer est pavé de bonnes intentions -ç’aurait pu être le sous-titre de Yardam au passage.

Feliks et Nadja sont deux étrangers, leurs prénoms évoquent tout de suite une origine slave de même que la blondeur et les yeux clairs de Feliks. Le couple est très amoureux et se soutient dans les épreuves, ils deviennent assez vite agaçants jusqu’à ce que Kazan absorbe Nadja pour l’empêcher de révéler son secret à Feliks. Là, tout part en sucette.

C’est à partir de cet instant que le texte devient vraiment intéressant.

Névroses & cie.
Kazan est un gamin abandonné par sa famille, il a besoin d’amour et se plonge dans les souvenirs de Nadja pour en vivre à travers elle. Feliks est désespéré par la maladie de sa femme -devenue coquille- et voit d’abord en Kazan un soutien, inconscient du rôle qu’il y a joué. Les deux tiers du roman se basent sur cette tension psychologique que l’autrice installe très bien ainsi que sur de nombreux retournements de situations qui, au final, servent de théâtre à l’expression de ce que l’humanité a de pire en elle. C’est sombre. Poisseux. Oppressant. Bien foutu. Une maîtrise que je n’avais plus ressentie depuis ma lecture du Roi des fauves.

Soyons clair, dans ce roman, on trouve non seulement des protagonistes névrosés mais également une grande violence dans les évènements relatés ainsi que dans les situations vécues par les personnages. C’est pas joli du tout et honnêtement, ça a un côté angoissant, surtout vu la crise que nous venons de vivre avec le COVID-19, la quarantaine, tout ça. Si vous avez besoin d’un bon bol d’air et de justice, ce n’est clairement pas le roman à ouvrir pour le moment. Son ambiance oppressante de confinement, les habitants qui sombrent de plus en plus vers la folie, ces puissants qui se pensent au-dessus des lois, tout cela vous rappellera une actualité pas si lointaine et ça peut heurter les plus sensibles parmi vous. Moi-même j’ai failli reposer le roman pour repousser sa lecture mais j’avais envie de connaître le dénouement donc j’ai persévéré avec une sorte de boule au ventre. Sans regrets hormis pour la dernière page -je n’en dit pas davantage et c’est un sentiment tout à fait subjectif.

Que de qualités, et pourtant…
Yardam est un roman que j’ai lu avec difficulté en partie pour son ambiance (la période ne s’y prêtait pas du tout, on ne va pas se mentir puis je suis pas loin de la panne de lecture depuis un moment) mais aussi parce qu’il m’a manqué un petit quelque chose pour le hisser à la hauteur du Roi des fauves, détrônant ma première lecture de l’autrice. Je pense que ça vient en grande partie de moi, de mes attentes, de mon propre sentiment globale à cause de l’instant mal choisi pour ma lecture mais je me devais de le préciser pour être totalement honnête avec vous. Si on pose un œil critique sur ce roman, il porte de nombreuses qualités et je le trouve vraiment réussi, surtout sur un plan psychologique mais il y a deux trois éléments un peu dommage dans l’intrigue, deux trois frustrations totalement subjectives que je ne peux pas développer pour vous préserver du divulgâchage, ce petit quelque chose sur lequel je ne mets pas vraiment le doigt ainsi que la fin qui m’a un peu déçue une nouvelle fois. Sur un plan personnel, mon expérience avec le roman est donc en demi-teinte ce qui ne m’empêche pas de lui voir beaucoup de qualités ni d’avoir envie de le recommander parce qu’il a tous les atouts pour plaire à la majorité des lecteurs. Il suffit de voir les chroniques chez les autres blogpotes (les liens sont renseignés en bas) !

La conclusion de l’ombre :
Avec Yardam, Aurélie Wellenstein s’impose brillamment dans la littérature imaginaire adulte. Roman à la croisée des genres, Yardam se veut sombre, oppressant, angoissant, toile vivante de ce que l’humanité a de pire en elle. Les personnages, même secondaires, sont crédibles et travaillés avec un soin apporté à leur psychologie que je trouve remarquable, ce pour offrir un texte tout à fait recommandable ! Une nouvelle réussite à accrocher au palmarès de cette autrice dont le talent n’est plus à prouver.

D’autres avis : The Notebook 14My Dear EmaLes fantasy d’AmandaLes livres enchantésLe tempo des livres – vous ?

La Guerre des Trois Rois – Jean-Laurent Del Socorro

17
La Guerre des Trois Rois est une novella graphique écrite par l’auteur français Jean-Laurent Del Socorro. Publié par ActuSF dans sa collection Graphic, vous trouverez ce texte illustré par Marc Simonetti au prix de 19 euros partout en librairie.

De quoi ça parle ?
Situé dans l’univers de Royaume de vent et de colères, la Guerre des Trois Rois se passe à Paris en 1588 (soit 8 ans avant le roman). Les guerres de Religion font rage entre Henri III, le Duc de Guise et Henri de Navarre. Au milieu de tout ça, on retrouve la Compagnie du Chariot sous la direction d’Axelle. Ils ont été engagé par Henri III qui est en fâcheuse posture, assez pour se tourner vers la magie en demandant l’aide d’une praticienne de l’Artbon. Quant à savoir si c’était vraiment une bonne idée…

Journal d’un conflit…
À l’instar de la nouvelle Le vert est éternel dont je vous ai déjà parlé sur le blog, N’a-qu’un-oeil est le narrateur de ce roman court à travers ce qu’il écrit dans le journal de la compagnie mais aussi via une narration plus traditionnelle à la première personne. Tout comme dans sa nouvelle précédemment citée, Jean-Laurent Del Socorro démontre sa maîtrise de ce type de narration qui se veut immersive pour le lecteur. Les pages s’enchaînent sans qu’on les sente passer et on arrive à la fin avec la frustration collée au ventre. Non pas parce que le texte manque de profondeur, d’enjeux ou d’intérêt, justement parce qu’il est tellement bon qu’on en voudrait encore plus.

… illustré !
Le journal de la compagnie sert donc de prétexte à l’aspect illustré du texte grâce au personnage de Tremble-voix, l’artiste bègue de la compagnie passionné par le dessin qui croque tout ce qu’il voit. Je ne connaissais pas encore le travail de Marc Simonetti -du moins pas que je sache- mais j’ai été charmée par son trait et par l’ambiance qu’il réussit à traduire via ses dessins. Le duo fonctionne à merveille et on ne peut qu’espérer une nouvelle collaboration.

Le respect de l’Histoire.
Fidèle à ses habitudes, Jean-Laurent Del Socorro réécrit l’Histoire sans vraiment y toucher. Les éléments historiques présents dans le récit sont réels : l’assassinat du Duc de Guise, celui d’Henri III (spoiler alert pour ceux qui dormaient en cours ->) jusqu’à se montrer précis dans les dates. L’auteur parvient pourtant à inclure un élément surnaturel grâce à l’Artbon qu’il met au service de l’Histoire ainsi que de son histoire pour expliquer certains complots et conflits. Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises dans mes chroniques au sujet de cet auteur mais c’est réellement sa qualité la plus remarquable. À cela s’ajoute un talent certain pour imaginer des personnages humains, crédibles, auxquels on s’attaque sans même s’en rendre compte.

Je me rends compte que cette chronique pourrait tenir en une ligne : du grand Jean-Laurent Del Socorro. Voilà un auteur qui n’a plus rien à prouver et dont j’achète les parutions les yeux fermés tant j’ai confiance en ses qualités. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de faire comme moi sans plus attendre !

La conclusion de l’ombre :
Avec La Guerre des Trois Rois, Jean-Laurent Del Socorro signe une novella illustrée par Marc Simonetti de grande qualité autant graphique que littéraire dans l’univers du Royaume de vent et de colères. Il y évoque les guerres de Religion et le conflit qui opposa Henri III, le Duc de Guise et Henri de Navarre sur les années 1588 – 1589. L’auteur y apporte une touche de magie non pas pour tordre l’Histoire mais pour la préciser, s’inscrivant non seulement comme un grand romancier historique mais aussi comme un maître du mélange des genres. À l’instar de toute la bibliographie de l’auteur, ce texte est à lire absolument.

D’autres avis : Dionysos, Célinedanae , vous ?

Maki + S4F3

Les Secrets du Premier coffre – Fabien Cerutti

10
Le secret du premier coffre
est un recueil de nouvelles issues de l’univers du Bâtard de Kosigan, une saga écrite par l’auteur français Fabien Cerutti. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce beau-livre au prix de 23 euros partout en librairie.
Je remercie Estelle, Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse !

De quoi ça parle?
Dans l’ombre du pouvoir, premier tome des aventures du Bâtard de Kosigan, Kergaël (le descendant du Bâtard) trouve une bibliothèque secrète pleine de textes anciens surprenants. Hélas, un incendie criminel réduit tout en cendres à l’exception de trois coffres qui contiennent des documents aussi divers que variés. Avec ce premier recueil, le lecteur en découvre six tous très différents les uns des autres qui sont entrecoupés par de courts commentaires rédigés par Élisabeth Hardy, des commentaires internes à la diégèse donc, qui ont pour objectif de présenter chaque texte.

Légende du premier monde
Ce texte est tiré de l’anthologie des Imaginales de 2018 dont le thème était Créatures. Un personnage de la saga principale raconte l’histoire de son grand-père Dwerkin, un orphelin au caractère peu agréable qui fâchera les mauvaises personnes. Exilé, son don avec la nature attirera l’attention de l’ancien Grand Maître des créatures impériales qui va le prendre à son service pour travailler sur son projet. Il souhaite créer une iëlfelanin, femme végétale dont la durée de vie ne dépasse pas quelques semaines. Dwerkin va devoir identifier le problème et le régler.

J’ai été déboussolée par cette nouvelle pour deux raisons. Déjà, le choix narratif. Dans ce texte, tout est relaté, expliqué, il y a peu de dialogues et c’est quelque chose qui me rebute sur un plan personnel. Paradoxalement, j’en ai pris plein les yeux puisque même si je n’ai pas adhéré à la narration, l’atmosphère dépeinte par l’auteur fonctionne à merveille. On ne sait plus où regarder, ça brille de partout, on a des créatures extraordinaires qui sont fabriquées par des savants afin de plaire aux puissants et d’intégrer une sorte d’écurie impériale, ça a un côté terrible et poétique à la fois vu la manière dont ça se termine. Selon moi, la matière de cette nouvelle aurait largement pu donner un roman de grande qualité donc je suis un peu restée sur ma faim.

Ineffabilis amor
Cette nouvelle assez longue qui tient du roman court raconte comment le pape Innocent III a lancé les inquisitions noires dont on parle dans le Bâtard et qui a mené à une diminution drastique de la population magique, voir à l’extinction de certaines races. Nous le rencontrons quand il n’est encore que Lotario, jeune moine de 19 ans à peine fasciné par une faune qu’il rencontre par hasard. Cette attirance va le pousser à se porter volontaire pour assainir les relations entre son monastère et cette race, puis vers un dessein de pacification bien plus grand.

À nouveau, Fabien Cerutti opte pour une narration externe. On a le sentiment qu’un conteur nous narre cette histoire avec quelques biais narratifs qui permettent au texte de gagner en richesse. Je le lisais avec une espèce de fascination en me demandant où tout ceci allait mener et en même temps je ressentais un agacement croissant sur la manière dont le personnage féminin, faune et créature donc, se retrouvait mise en scène. Je n’aurais pas du douter de l’auteur qui offre une conclusion intelligente et nuancée à cette histoire tragique. C’est à partir de la dernière page de cette nouvelle que j’ai commencé à vraiment m’enthousiasmer pour le contenu de ce recueil.

Le crépuscule et l’aube
Encore une nouvelle tirée et retouchée d’une anthologie des Imaginales mais cette fois-ci celle de 2016, Fées et automates. L’action se déroule en 1263 en Bourgogne. Au début de la nouvelle, le peuple fay est acculé pendant les croisades noires. Leur espoir de survie repose sur les épaules d’une des leurs (Nelisse) et d’un inventeur humain (Falco Matteoti). Leur collaboration permettra peut-être d’empêcher l’extinction des fays… Hélas, pour créer son automate, Falco a contracté des dettes si bien que la pègre se retrouve mêlée à tout cela ainsi qu’un dangereux utilisateur de la Source.

Cette nouvelle est écrite sur base de points de vue multiple, chaque protagoniste donne sa voix au texte pour permettre une pluralité bienvenue. On comprend aisément les enjeux et j’ai personnellement été enthousiasmée par l’aspect poétique, doux et mélancolique qui se dégage de ce texte. Je me suis sentie immédiatement concernée par l’histoire, emportée, bref un coup de maître pour cet auteur aux multiples talents !

Fille-de-joute
Cette fois on retrouve le Bâtard (enfin !) au début de sa vie de mercenaire. Le narrateur est Kerth, un membre de la compagnie qui utilise un langage, disons, très fleuri mais aussi extrêmement immersif. Dans ces conditions, l’aspect transmissif ne me gêne pas puisqu’on se retrouve du point de vue d’un observateur extérieur au Bâtard, certes, mais au cœur de l’action tout de même. Après avoir survécu un peu par hasard à une bataille sanglante, Kosigan et ses deux compagnons découvrent le cadavre d’un chevalier italien mort probablement d’une crise cardiaque. Ils volent son armure et son identité pour participer à des tournois mineurs afin de se refaire une fortune mais surtout de traverser les lignes ennemies sans être inquiétés. Bien entendu, tout ne va pas se passer comme prévu, encore moins quand leur route va croiser celle du poète Dante… Oui, ce Dante là.

Dans cette nouvelle, j’ai retrouvé tout ce que j’adore dans les romans de Fabien Cerutti : des bons mots, de l’action, du suspens, des rebondissements et une ambiance un peu gouaille. C’est la nouvelle que j’ai préféré lire et qui m’a le moins déboussolée dans son style puisqu’elle ressemble, au fond, à ce que j’ai pu découvrir dans les romans. L’aspect agréable du connu.

Le livre des merveilles du monde
Un texte extraordinaire par son ambition qui raconte comment Jehan de Mandeville a initié un voyage de plusieurs années sous demande de la princesse elfe Cathern an Aëlenwil. Cette dernière lui confie un message à porter à ses cousins d’Orient, message dont on apprend très tardivement le contenu et qui apporte une grosse claque dans son mélange des genres.

Avec cette nouvelle issue de l’anthologie Destinations des Imaginales (parue en 2017), Fabien Cerutti use de tout son talent pour nous en mettre plein les yeux. Ce récit de voyage assez descriptif est entrecoupé par des passages tirés des mémoires de Jehan ce qui permet d’avoir par moment une narration à la première personne très immersive. Avec ce texte, j’ai vraiment voyagé avec le sentiment d’y être, sans m’ennuyer une seconde. Sur une grosse soixantaine de pages, les rebondissements s’enchaînent sans sacrifier à l’ambiance. Un coup de maître !

Les jeux de la cour et du hasard
Peut-être le savez-vous mais je suis passionnée par le théâtre et j’en ai longtemps pratiqué (sans trop savoir pourquoi j’ai mis ce loisir sur pause d’ailleurs). Du coup, quand j’ai appris qu’une pièce se trouvait dans ce recueil, je ne tenais plus en place. Celle-ci est construite en trois actes et rappelle le vaudeville par son ambiance et son rythme. On y retrouve le Bâtard de Kosigan à la cour d’Angleterre. La Baronne Penwortham l’engage pour essayer de récupérer l’homme qui allait l’épouser et qui a été ensorcelé par nulle autre que la princesse Myrgraine ! Magie, intrigues politiques, coups retors, Kosigan dans toute sa splendeur. Certains s’étonneront peut-être de l’absence des prénoms des personnages devant chaque réplique. Les protagonistes sont signalés au début de chaque scène et très honnêtement, tout est compréhensible, je n’ai pas été perdue une seule seconde. J’espère que l’auteur s’adonnera à nouveau à cet exercice parce qu’il le maîtrise très bien et ça a été un vrai régal à découvrir.

La conclusion de l’ombre :
Sans grande surprise, les Secrets du Premier coffre est une nouvelle réussite à ajouter au palmarès de Fabien Cerutti. Les cinq nouvelles et la pièce de théâtre forment un bel ensemble qui permet non seulement au lecteur novice de toucher du doigt l’univers du Bâtard mais également aux fans de s’y replonger avec plaisir. L’auteur mélange les genres, les thèmes et les styles narratifs avec le talent qu’on lui connait pour offrir un recueil magistral à découvrir de toute urgence.

D’autres avis : CélinedanaeDionysosLe monde d’ElhyandraLa Bibliothèque d’AelinelBoudicca – vous ?

Maki

Thunder #1 – David S. Khara

7
Thunder
est un premier tome (et le titre de la série) écrit par l’auteur français David S. Khara. Réédité cette année chez ActuSF dans la collection Naos (parution initiale chez Rageot), vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

De quoi ça parle?
Ilya vient de perdre son père dans d’étranges circonstances. Envoyé à Londres pour être pris en charge par sa grand-mère qu’il n’a jamais vue, sa vie change du tout au tout. Il essaie de trouver sa place dans son monde en éclats quand des hommes tentent de l’agresser. Aidé par quatre camarades, Ilya va tenter de comprendre ce qui lui arrive.

Classique, Ô si classique.
Honnêtement en lisant les chroniques de certains blogpotes (référencées à la fin) et la présentation du roman, je m’attendais à autre chose et j’ai ressenti une certaine déception en arrivant au bout de cette lecture qui a au moins le mérite d’être rapide (140 pages sur ma liseuse, 240 en format papier). Déception parce que je voulais un texte original qui sortirait des sentiers battus et que j’ai finalement lu l’équivalent d’un énième blockbuster américain.

ActuSF propose ici un roman young-adult inspiré par la vague super-héros très populaire ces dernières années. L’auteur ne réinvente rien et propose une histoire déjà lue mille fois dans de nombreux comics. Si j’y vois une forme d’hommage de sa part, j’ai regretté l’absence d’innovation, ayant l’impression de juste lire un comics sans dessin avec une trame cousue de fil blanc et un style d’écriture direct à défaut de mieux. Certes, beaucoup de lecteurs « romans » ne lisent pas de comics ce qui ne leur posera donc aucun souci mais pour moi qui connaît bien ces univers, Thunder n’a pas apporté la moindre surprise que ce soit au niveau de ses personnages, de sa narration ou de ses rebondissements. J’ai tout senti venir et deviné le dénouement bien avant la fin. Et si vous me connaissez un peu, vous savez que je suis normalement facile à balader…

Des personnages archétypaux.
Ilya est le protagoniste principal de ce roman. D’origine russe, il est le fils d’un riche homme d’affaire qui meurt dans le prologue du roman. Privilégié, il pratique les arts martiaux et a une personnalité plutôt froide -nécessaire pour survivre dans son petit univers d’enfant riche. Maître de lui-même, il s’impose naturellement comme meneur du petit groupe quand les ennuis commencent. En arrivant à Excelsior (sa nouvelle école et non je ne déconne pas sur le nom), il rencontre Angela, une jeune fille secrète mais extravertie avec qui il se lie tout de suite d’amitié (et même davantage puisqu’il l’appelle « mon Angie » dans sa tête en moins de cinq minutes). Arrive ensuite Jennifer, qui a des sens très développés, tout autant que sa libido (je vais me taire.). Pad, le petit génie en informatique issu d’une minorité qui fait son beurre au lycée en piratant d’un claquement de doigts téléphones, boîtes mail et autres réseaux du haut de ses quinze pauvres années. Et enfin Carrie, une championne de boxe. Ces personnages sont des archétypes de comics qu’on retrouve dans tous les groupes super-héroïques adolescents. Dans ce premier tome, ils n’ont absolument rien d’originaux ou de remarquable.

Alors, bien entendu, on se doute -avant d’apprendre- que ces jeunes sont particuliers, qu’ils possèdent des pouvoirs, des prédispositions. On peut donc pardonner ce écueil vu et revu des adolescents surdoués qui sont meilleurs que les adultes puisque ça reste cohérent dans le genre littéraire et même dans la diégèse du livre. Le truc c’est que ça manque de surprise, d’originalité et parfois de crédibilité. Pour moi, ces personnages n’ont pas de profondeur et comment pourrait-il en être autrement sur si peu de pages? Dans la chronique d’Aelinel, elle explique que l’auteur a donné une interview en fin de livre pour expliquer que ce tome était introductif et qu’il comptait davantage développer la psychologie de ses personnages dans les romans suivants. Je l’espère pour ses futurs lecteurs ! Malheureusement, l’interview n’était pas incluse dans la version numérique donc je ne peux pas en dire davantage sur le sujet.

Et le classique, c’est mal en fait ou… ?
Si vous arrivez à ce stade de la chronique, vous vous demandez sûrement pourquoi je parle de ce roman sur le blog puisque je le démonte dans les grandes largeurs. Et encore, j’ai pas parlé des expériences nazies (je déconne pas, y’en a. et oui, je vais continuer à garder le silence) ! Je vais donc rappeler deux choses essentielles : d’une, je ne suis pas le public cible. Du tout. Thunder est un roman de la collection Naos, à destination d’adolescents qui n’ont pas forcément mon bagage et qui y trouveront probablement leur compte. De deux, classique ne signifie pas mauvais. Sans surprise ne signifie pas inintéressant. Tout dépend des goûts de chacun et de la personne qui aura ce livre entre les mains. Non, Thunder n’est pas mauvais, il suffit de voir à quel point d’autres chroniqueurs l’encensent avec un plaisir non dissimulé. Il ne me convenait tout simplement pas en tant que lectrice et je pense qu’il est important de savoir faire la part des choses. Si vous êtes un peu comme moi, passez votre chemin. Mais si vous aimez les ambiances d’équipe héroïque en construction avec des adolescents en guise de héros, c’est un roman parfait pour vous alors jetez vous dessus sans attendre.

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de Thunder se veut clairement introductif. Il pose les bases d’un univers classique dans la veine super-héros qui ne surprendra pas son lecteur, avec des personnages qui manquent encore, à ce stade, de profondeur. L’auteur souhaite construire sa saga sur le long terme et cela se sent, il faudra donc voir ce que donnera le tome 2. Cette introduction n’est pas à jeter pour autant et se veut un bon divertissement pour les novices en matière super-héroïque comme pour les adolescents. Une porte d’entrée recommandable pour encourager ce public à la lecture !

D’autres avis :
Bookenstock (Phooka) – Bookenstock (Dup) – La bibliothèque d’AelinelAux petits bonheurs – vous ?

Les Brigades fantômes – John Scalzi

2
Les Brigades fantômes est un roman de space-opera écrit par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce texte au prix de 19.9 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse !

De quoi ça parle ?
Jared Dirac parlait à soixante secondes, marchait à deux minutes et prenait une navette pour le centre d’entraînement des Brigades fantômes à une heure dix. Jared a été créé sur base du code génétique d’un traitre afin d’y incorporer un enregistrement de son esprit, ce dans l’espoir d’empêcher la destruction de l’humanité. Une expérience ratée, voilà ce qu’est Jared. Mais l’est-il vraiment ?

Une suite ?
Les Brigades fantômes prend place dans le même univers que le Vieil Homme et la Guerre dont je vous ai déjà parlé il y a un long moment maintenant. Chronologiquement, il fait même suite aux évènements sur Corail et on y retrouve certains personnages comme Jane Sagan. Toutefois, il est possible de lire ce tome de manière totalement indépendante bien que je recommande la lecture dans l’ordre de parution pour mieux appréhender l’histoire. Scalzi réutilise son univers déjà présenté en le rendant accessible à un lecteur novice. D’autant qu’ici, il se concentre surtout sur les Brigades fantômes, une unité mystérieuse qui apparaît dans le premier tome sans que le lecteur n’en sache beaucoup à son sujet en dehors des rumeurs qui courent. Il propose aussi des personnages nouveaux (hormis Jane mais ce qu’on sait d’elle dans le premier volume n’est pas forcément utile ici). Il s’agit donc bien d’une suite mais d’une vraie suite indépendante.

Une mise en place trop longue.
Le problème c’est que, pour quelqu’un qui connait déjà l’univers, la mise en place paraît un peu longue et redondante avec un schéma narratif propre à l’auteur qu’on connait déjà. Certes, le lecteur est confronté à de nouvelles informations. Il apprend ce que sont les Brigades fantômes, comment se passe leur entraînement, comment ils se familiarisent avec l’humanité, leur mission de la défendre, etc. Tout cela prend un bon premier tiers du roman et donne lieu à moult questionnements philosophiques assez intéressants. Hélas, il me manquait cette petite étincelle en plus, ce peps qui m’avait séduite dans le premier volume à travers le personnage de John Perry et sa narration à la première personne. Dans les Brigades fantômes, Scalzi préfère partir sur une narration chorale en multipliant les points de vue, un peu comme dans l’Interdépendance. Le système n’est pas mauvais en soi et l’auteur, fidèle à lui-même, le maîtrise très bien. Hélas ce n’est pas ce que j’attendais de la part de cette série, j’ai donc éprouvé une déception toute personnelle. D’autant que Jared est moins intéressant que John, du moins jusqu’à la fin du roman où le texte prend toute sa puissance.

Un univers qui s’étend.
Dans le Vieil homme et la guerre, le lecteur a l’occasion de se familiariser avec l’existence de plusieurs races extra-terrestres et d’en affronter une sur Corail via les aventures de John Perry. Dans ce tome, Scalzi développe davantage deux autres races, les Éneshans et les Obins, qui prennent une grande place dans ce texte. Les premiers sont de type insectoïde et vivent dans une société matriarcale basée sur une élection dans différentes tribus. Depuis un moment, la même tribu garde le pouvoir et maintient la paix en épousant un représentant d’une autre tribu. Pour rester reine, la matriarche doit obligatoirement avoir une fille à sacrer dans les deux ans. Scalzi gère très bien la mise en place et le passage sur la planète des Éneshans a de quoi retourner les tripes en plus de poser la question qui fâche : jusqu’où peut-on aller pour le plus grand bien?

Autre peuple d’importance dans les Brigades fantômes : les Obins. Il s’agit d’une race créée par les Consus, une espèce largement supérieure à toutes les autres qui ont tranquillement mené leur petite expérience en dotant les Obins d’une conscience mais pas d’une âme. Ils existent, ils parlent, ils échangent sauf qu’il manque quelque chose de fondamental et c’est ce que notre traitre se propose de leur offrir en échange d’une aide  pour faire tomber l’Union Coloniale (UC). Une idée passionnante qui ouvre un champ réflexif assez large…

Des thèmes puissants.
Les Brigades fantômes parle d’abord de génétique en évoquant les questions morales que cela implique. Les membres de cette brigade ne sont pas des « vrais-nés ». On les fabrique sur base du code génétique des engagés morts avant d’avoir 75 ans et dont on ne peut donc pas réimplanter la conscience comme on l’a vu dans le Vieil Homme et la Guerre. Ils naissent avec un esprit vierge et évoluent en groupe le temps de se former, d’apprendre, de se développer. Un processus qui ne prend pas tellement de temps d’ailleurs à l’échelle d’une vie. Mais surtout, on expérimente beaucoup sur eux comme on l’apprend quand Jared rencontre une nouvelle race « humaine » adaptée à la vie dans l’espace, qui n’a d’humaine que le nom en réalité. En tant que lecteur, on ne peut pas s’empêcher de se poser des questions sur l’éthique et de ressentir une gêne à laquelle on ne se confronte jamais directement puisque, fidèle à lui-même, Scalzi ne tombe pas dans le pamphlet engagé. Il met en scène le débat via son intrigue, subtil, et nous laisse tirer nos propres conclusions.

Scalzi s’interroge donc sur l’éthique mais aussi sur l’âme, le libre arbitre ou encore la manière dont on se repose sur les nouvelles technologies. Je pense vous avoir évoqué les Amicerveaux dans ma chronique précédente, sorte de super ordinateur implanté chez les humains au sein de l’armée qui permettent des performances supérieures sauf que… Imaginons qu’Amicerveau cesse de fonctionner ? On peut sans problème effectuer un parallèle avec une problématique centrale au sein de nos sociétés modernes.

La conclusion de l’ombre :
Les Brigades fantômes est un roman qui s’inscrit dans le cycle du Vieil Homme et la Guerre mais peut se lire de manière indépendante. Avec celui-ci, John Scalzi explore diverses thématiques comme l’éthique autour des manipulations génétiques, l’importance du libre arbitre ou le poids des technologies dans nos vies. Si ce texte est parfaitement recommandable et à la hauteur de son auteur, il souffre quand même de quelques longueurs et d’un personnage principal moins intéressant que John Perry, du moins pendant une bonne partie du roman. Il reste toutefois indispensable au cycle que je vais m’empresser de continuer à découvrir !

D’autres avis : Lutin82le chien critiqueAu bazar des mots.

Rouge – Pascaline Nolot

19
Rouge
est un one-shot fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot. Publié par Gulfstream dans sa collection Électrogène, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 17 euros.

Je remercie FungiLumini du blog Livraisons Littéraires pour m’avoir prêté ce roman. Allez lire sa chronique, elle m’a mis l’eau à la bouche ! Ce roman a été repoussé suite à la crise du COVID-19, il devait à l’origine sortir en avril. N’hésitez pas à lui faire un bon accueil et à vous montrer curieux pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli 🙂

De quoi ça parle?
Dans une époque moyenâgeuse indéterminée, Rouge vit dans le petit village maudit de Malombre. Pour être exacte, elle y survit, rejetée et malmenée par les autres habitants pour sa face défigurée et son ascendance prétendument maléfique. Si Rouge n’a pas péri au berceau, c’est parce qu’elle est une fille et que la Grand-Mère réclame toutes celles du village qui commencent à saigner. Qu’arrive-t-il à ces Bannies? Rouge va le découvrir car son tour arrive…

Une réécriture sombre de conte.. mais pas que.
Ce qui saute aux yeux en premier lieu quand on entame la lecture de ce roman, c’est sa parenté avec l’histoire du Petit Chaperon Rouge notamment au niveau des figures représentées : le Chasseur (on pense d’abord à Blanche Neige d’ailleurs mais j’ai vérifié, il y en a un aussi dans une réécriture plus tardive du Petit Chaperon Rouge), les loups, la Grand-Mère, le village qui s’oppose à la forêt. Pourtant, ce sont bien là les seuls points communs tant Pascaline Nolot se réapproprie l’histoire avec brio au point de modifier en profondeur les rôles de chaque protagoniste. Je ne peux m’étendre davantage sur le sujet sans divulgâcher le contenu du roman toutefois en dehors des noms, finalement… L’histoire d’origine n’a plus grand chose en commun avec celles de Perrault ou des frères Grimm bien qu’on retrouve l’idée d’une marche en forêt tendant vers un but : aller voir la Grand-Mère en lui apportant un panier avec des victuailles. Comme quoi, avec un concept vu et revu depuis des siècles (littéralement !) on peut toujours innover.

L’originalité et la réappropriation de ce conte connu par l’autrice est un des éléments que j’ai le plus aimé parce qu’il permet de sortir le lecteur de ses certitudes. Il ne s’agit pas bêtement de moderniser une histoire vue et revue avec des thématiques modernes, non ! Pascaline Nolot joue avec nous en nous empêchant de nous fier à ce qu’on croit connaître. J’adore !

Rouge : une héroïne attachante.
Le personnage de Rouge est la seconde grande force de ce roman. La jeune fille survit à Malombre et subit des traitements assez horribles de la part des villageois. Sa mère lui a donné naissance alors qu’elle sombrait dans la folie, une folie induite par le démon avec qui elle aurait forniqué, toute entière obsédée par son désir de maternité (enfin, c’est ce qu’on dit au village). Selon les Malombreux, cela explique sa face rouge. Ils la pensent même contagieuse : si on la touche, on risque d’attraper son mal. Depuis la vieille nourrice qui l’a prise en charge jusqu’à ses quatre ans (et est décédée ensuite, la faute à Rouge ?), Rouge n’a plus eu le moindre contact humain. Personne n’a de considération pour elle à l’exception du Père François qui essaie de tempérer un peu les ardeurs de ses ouailles en délimitant les périodes où ils ont le droit d’être agressifs avec Rouge et de Liénor, son meilleur ami qui manque un peu de courage pour la défendre sans pour autant cesser de la fréquenter.

Rouge possède une psychologie soignée, nuancée, la rendant ainsi très crédible dans son rôle de victime harcelée sans pour autant tomber dans le larmoyant lourd. La jeune fille garde la tête haute, encaisse, souffre mais ne s’apitoie jamais. Un bel exemple ! J’ai vraiment adoré la suivre jusqu’au bout de son histoire.

Entre passé et présent, une narration alternée.
L’autrice opte pour une narration en alternance entre le présent de Rouge et les différents éléments de son passé, notamment ce qui concerne sa mère. Ainsi, le lecteur apprend petit à petit de quelle manière Rouge a véritablement été conçue, comment sa mère a pu accoucher, comment les villageois ont interagis avec elle, etc. L’idée est bonne mais j’ai souvent trouvé ces passages redondants à mesure que j’avançais puisque les informations revenaient souvent. Parfois pour révéler un mensonge mais la majorité du temps, non. En se plongeant dans la psyché d’autres protagonistes, Pascaline Nolot se répète un peu trop sur les éléments de son histoire et c’est le seul vrai point noir de ce roman selon moi. Heureusement, il a bien d’autres qualités ! Notamment la plume de l’autrice qui se plie à l’ambiance ancienne de Malombre avec des tournures de phrase qui offrent une belle musicalité au texte.

Un drame ordinaire pour des thématiques modernes.
Pascaline Nolot met en scène un drame ordinaire (vous comprendrez en lisant) qui prend des proportions gigantesques à cause de l’avidité / stupidité (choisissez votre mot favori) humaine. Elle traite ainsi plusieurs thématiques hélas trop actuelles : le harcèlement, le culte des apparences, le fanatisme religieux mais aussi le sexisme ordinaire dans tout ce qu’il a de plus répugnant. Pour exemple (ceci est un divulgâchage donc surlignez pour lire 😉 ) je pense surtout au Père François qui excuse son comportement obscène en affirmant que le Diable a pris possession de son corps et que grâce à sa foi, il a réussi à ne pas devenir fou au contraire de la pauvre femme dont il abuse, viol qui donnera finalement naissance à Rouge. Les chapitres de son point de vue sont admirablement maîtrisés et provoquent un choc rehaussé d’indignation à mesure qu’on avance.

La conclusion de l’ombre :
Pascaline Nolot signe ici la réécriture d’un conte sombre et dérangeant qui met en avant des thématiques tristement actuelles telles que le harcèlement, le culte des apparences mais aussi la femme en tant qu’être-objet. L’autrice se réapproprie des archétypes connus en y apportant une véritable originalité. Si on peut déplorer quelques longueurs sur les parties du roman consacrées au passé de l’héroïne, cela n’empêche pas de dévorer ce page-turner en quelques heures à peine. Un texte tout à fait recommandable qui n’épargnera pas les sentiments du lecteur.

D’autres avis : FungiLumini, les Dream-Dream d’une bouquineuse, l’ourse bibliophile.

Métro Paris 2033 #1 Rive Gauche – Pierre Bordage

bordage_metro2033_2.indd
Rive Gauche
est le premier tome de la trilogie Métro Paris 2033 écrite par l’auteur français Pierre Bordage. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce roman dés le 28 mai partout en librairie au prix de 23.9 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

De quoi ça parle ?
La surface n’est plus habitable depuis 2033 (enfin, on suppose ?). Les survivants parisiens se sont réfugiés dans le métro et se sont divisés en plusieurs communautés aux profils divers et variés. Dans ce monde post-apocalyptique, des voix s’élèvent pour former une vraie fédération là où d’autres préfèrent se battre pour leurs privilèges… Un tableau dérangeant de ce que la nature humaine a de pire.

Le post-apo et moi.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je me dois d’écrire quelques mots au sujet du genre littéraire « post apo » et de ma relation avec lui. Pour ceux qui l’ignorent (bah quoi, on ne peut pas tout savoir !), il s’agit d’un univers où une catastrophe donnée a détruit la civilisation telle que nous la connaissons et qui prend place dans un après. Je lis très peu de romans post-apo parce qu’ils me mettent mal à l’aise pour la grande majorité d’entre eux. Je ne trouve aucun plaisir à découvrir des univers de ce type même si je pense qu’il est nécessaire d’en inventer parce que ça participe à une réflexion plus globale au sujet de notre actualité. Donc sur un plan personnel, je ne suis pas du tout le public pour ce roman et j’ai ressenti un certain nombre de difficultés à le lire, à arriver au bout. Si ça n’avait pas été un SP de l’Atalante doublé d’un livre qui a souffert de la crise COVID vu que décalé dans le planning, je n’aurais probablement pas fait ces efforts. Un état qui n’est pas lié au texte en lui-même ou à sa qualité (à l’exception d’un élément sur lequel je vais revenir plus bas) mais bien à mes goûts personnels. Aussi pardonnez moi d’avance de rester relativement factuelle dans ce billet.

Vous allez me dire… Pourquoi t’en parles, du coup ? Et bien parce que je ne suis pas égoïste ! Je sais que le post-apo est très à la mode, beaucoup de lecteurs, dont ceux du blog, apprécient les lectures de ce genre donc pourquoi les empêcher de découvrir un bon roman ?

Un univers inspiré de Dmitry Glukhovsky…. mais pas que !
Vous le savez peut-être mais ce roman est tiré du même univers que Métro 2033 de l’auteur russe Dmitry Glukovsky. Un texte que je n’ai jamais lu donc je peux vous affirmer que sa lecture n’est pas du tout nécessaire pour comprendre le contenu de Rive Gauche. Tout ce qu’on doit savoir est d’ailleurs expliqué dans un chapitre d’introduction écrit à la première personne, du point de vue de ce que je vais qualifier « d’érudit ». Cet homme – Roy comme on l’apprendra plus tard- conserve des livres dans le plus grand secret afin de préserver la mémoire culturelle de l’humanité. Un but noble et important (remarque totalement impartiale hum-hum) qui lui permet d’être au courant de pas mal d’éléments du passé. Il dépeint au lecteur son présent : comment s’organisent les stations, quelles difficultés rencontrent les gens. Cela permet d’entrer dans le vif du sujet et d’établir clairement les codes du background.

Les parisiens se répartissent en fonction des stations du métro dont les noms sont restés identiques à ceux d’aujourd’hui aussi je ne doute pas que les lecteurs parisiens s’amuseront à suivre IRL le trajet des protagonistes. Je l’aurais fait si j’avais pu. Certaines disposent de plus de richesses que d’autres et quand je dis richesse, il ne s’agit pas tant de monnaie que de ressources : l’eau, la nourriture, les bougies pour s’éclairer, des objets vitaux du quotidien. Un peu comme dans notre société, une élite se partage la majorité du gâteau pendant que la plupart des gens meurent dans leurs excréments. La maladie fait rage, les couples se reproduisent trop pour la quantité de ressources dont ils disposent et certains enfants naissent avec des mutations, s’adaptant à leur nouvelle vie sous terre et causant des cas de conscience. On croisera aussi un culte religieux, l’Élévation, qui incarne tout ce qu’on peut retrouver de pire dans l’idée de foi.

Cet univers est anxiogène et dérangeant. Pierre Bordage retranscrit très bien l’ambiance du métro. On a l’odeur de merde dans le nez quand on le lit, la pénombre perpétuelle, on se sent limite observé, comme si un monstre allait nous sauter dessus sans prévenir. Tout ce qui m’a rendu la lecture pénible sur un plan personnel se révèle en fait plutôt une qualité pour ceux qui apprécient justement le post-apo.

Une intrigue classique mais efficace pour explorer des thématiques nombreuses.
Rive Gauche ne révolutionne pas la manière de raconter une histoire. Pierre Bordage opte pour une narration chorale qui permet de suivre plusieurs points de vue qui représentent chacun un clan, une façon de considérer le monde, de vivre donc, tout simplement. On a la révolutionnaire égalitaire, les religieux véreux, le gamin débrouillard ou encore la femme flouée qui cherche à se venger. Des archétypes évidents dans une intrigue classique dans le genre puisqu’il s’agit de changer profondément la politique actuelle et, par extension, de réfléchir sur notre propre système. L’auteur n’apporte pas grand chose de neuf au post-apo toutefois il propose un titre assez solide dans sa construction et son déroulé. C’est plutôt cohérent, parfois intriguant, souvent ultra violent. Il vaut mieux ne pas avoir un petit cœur pour lire Rive Gauche parce que Pierre Bordage vous met en scène l’humanité dans ce qu’elle a de pire.

Un sexisme ordinaire bien marqué
C’est le point qui m’a vraiment dérangée et qui n’est pas fondamentalement lié au genre (du moins pas à ma connaissance ?). J’ai conscience que l’auteur s’inscrit probablement dans une démarche de dénonciation du sexisme mais tous les personnages masculins pensent avec leur queue -pour rester aussi vulgaire que dans le texte. Ils considèrent TOUS les femmes comme des objets à posséder, même Juss, qui est un gosse. Il accepte de protéger une gamine nyct en se disant qu’elle sera sûrement belle plus tard donc que ça vaut le coup pour se marier avec elle plus tard. Autant je le pardonne à un enfant qui se contente de reproduire les réflexions des adultes (il va évoluer au fil du roman sur ce point et ce d’une bien belle façon d’ailleurs) autant c’est vite pénible chez les autres. Prenons l’exemple de la femme malmenée qui veut se venger aka Aube. Elle est décrite comme superbe, une déesse (ce mot est employé) tout le monde veut coucher avec elle ce qui lui permet plus d’une fois de sauver sa vie. Les hommes deviennent complètement idiots à son contact et non seulement c’est réducteur pour les femmes… Mais ça l’est aussi pour les hommes ! Comme si les personnages masculins se réduisaient à un pénis… Alors que non, désolée, ils valent mieux que ça autant que les femmes valent mieux que ça. Madone, par exemple, la révolutionnaire, couche avec son capitaine puis s’en désintéresse pour un autre type. À chaque fois qu’elle le voit, elle a envie de coucher avec lui ce qui donne lieu à des scènes de sexe vraiment pas utiles. Je sais que ça ne dérange pas la plupart des lecteurs toutefois moi, ça m’a saoulée.

J’ai bien conscience que Pierre Bordage veut mettre en scène une société post-catastrophe où les gens n’ont rien appris et ne se sont pas améliorés afin de permettre au lecteur de prendre conscience de nos problèmes actuels. C’est un choix et il fonctionne très bien puisque j’ai relevé toutes ces thématiques. Toutefois, je suis plutôt partisane d’une dénonciation du sexisme par la création d’une normalité, comme dans À la pointe de l’épée ou le Prieuré de l’oranger, plutôt que dans une mise en scène aussi brute. Je n’aime pas ça. Je n’aime plus ça, encore moins depuis ma lecture de l’édifiant article sur le sexisme en fantasy de Planète Diversité.

Mais voilà, c’est moi, ça ne concerne QUE moi et ma sensibilité. Et je conçois parfaitement que d’autres lecteurs s’y retrouvent totalement, d’où mon envie de quand même vous parler de ce roman parce qu’il est intelligent, actuel, plutôt bien écrit avec certains personnages réussis qui ont droit à une belle évolution (notamment Juss et Plaisance).

La conclusion de l’ombre :
Rive Gauche est le premier tome d’une trilogie post-apocalyptique qui se déroule à Paris, dans l’univers de la saga Métro 2033 de Dmitry Glukovsky chez le même éditeur. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu les romans d’origine pour comprendre le contenu de Rive Gauche car Pierre Bordage reprend surtout le principe d’habitants réfugiés sous terre pour échapper à une catastrophe ayant rendu la surface inhabitable. Rive Gauche contient tous les ingrédients qu’on attend d’un roman de ce type en proposant une intéressante réflexion sur la nature humaine. Je pense pouvoir affirmer qu’il plaira aux aficionados du genre -ce que je ne suis pas donc je prends des pincettes !

Le Prieuré de l’oranger – Samantha Shannon

7
Le Prieuré de l’oranger
est un one-shot de fantasy écrit par l’autrice anglaise Samantha Shannon. Publié chez de Saxus, vous trouverez ce roman de presque 1000 pages au prix de 24.9 euros partout en librairie.

De quoi ça parle ?
Voilà presque mille ans que la dynastie Berethnet règne sur Inys. La Reine Sabran n’a pas super envie de se marier ni d’enfanter mais on ne lui laisse pas le choix, elle doit donner une héritière à son reinaume au risque de le laisser sans protection face au prochain réveil du Sans-Nom. Après tout, sa lignée est sainte. C’est d’ailleurs pour cela que le Prieuré a envoyé Ead la protéger sans que la reine ne soit au courant.
Loin à l’Est, Tané a toujours rêvé de devenir dragonnière et s’entraîne depuis l’enfance dans ce but. Pas de bol, le jour avant la sélection, un évènement va bouleverser ses plans.
L’Est et l’Ouest n’ont rien en commun et ne s’apprécient pas des masses, les premiers vénèrent certains types de dragons comme des divinités alors que les autres les haïssent. Pourtant, ils vont devoir s’allier face à l’invasion du Sans-Nom au risque de condamner l’humanité.

Une fantasy moderne dans la représentation féminine.
Peut-être avez-vous eu l’occasion de lire l’article de Planète Diversité qui se sert de ce roman pour évoquer la représentation des femmes dans le genre fantasy. C’est un billet qui m’a remuée en tant que lectrice mais également en tant qu’autrice donc je vous recommande d’y jeter un œil. Il m’a aussi donné envie de découvrir le Prieuré de l’oranger puisque j’étais curieuse de voir comment l’autrice représentait les femmes et pourquoi cela différait des habitudes du genre.

Force est de constater que Samantha Shannon accorde en effet une très grande place à des protagonistes féminines, qu’elles soient animées de bonnes ou de mauvaises intentions. Sur les quatre narrateurs du roman, deux sont des femmes : Ead et Tané. Elles ne sont pas uniques en leur genre, on retrouve énormément de personnages féminins « secondaires » qui disposent d’une vraie personnalité et ne sont pas présentes juste pour jouer un rôle archétypal au sein de l’intrigue. L’autrice n’efface pas pour autant les hommes ni ne les réduit à des clichés désagréables, proposant ainsi un bel équilibre dans son roman. De plus, à aucun moment elle ne décrit ses personnages féminins comme des objets de désir hormis lorsque deux d’entre elles développent une attirance sexuelle (ce qui, du coup, se justifie). Il n’y a d’ailleurs pas de romance dans le texte à l’exception de celle-ci et elle ne prend pas toute la place ni n’efface la personnalité des deux femmes concernées. Chacune reste fidèle à ses convictions, ses objectifs. Samantha Shannon présente une passion intense mais censée, personne ne perd son cerveau ou sa capacité à prendre des décisions cohérentes dans l’entreprise. Ça change ! Des romances comme ça, c’est génial.

De plus, ces femmes ne se définissent pas par leurs relations avec les hommes et tous les hommes n’entretiennent pas l’envie de les posséder. Au contraire, à travers notamment le personnage de Loth, on découvre qu’un homme et une femme peuvent être amis sans en venir à éprouver des sentiments amoureux l’un pour l’autre -oh mon dieu quel choc. Mieux ! Cette relation n’est pas une exception. Vous voulez dire que tous les mâles ne sont pas des obsédés pervers? Incroyable. Et pourtant… Quand on y pense, on retrouve assez souvent des arrières-pensées, des échanges qui tournent autour du sexe, des relations amoureuses et ce dans beaucoup de romans. Ce souffle d’air frais a été plus que bienvenu et m’a fait prendre conscience que, malheureusement, le Prieuré de l’oranger fait figure de rareté dans ce domaine. Rien que pour cela, j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture.

Rareté ne signifie toutefois pas que le Prieuré de l’oranger soit le seul dans son cas et j’en profite ici pour recommander des romans de fantasy francophones qui empruntent une voie semblable sur les questions de la représentation / de la femme comme les illusions de Sav-Loar de Manon Fargetton, le diptyque de Bohen (Les Seigneursles Révoltés) d’Estelle Faye ainsi que la trilogie du Chant des Épines d’Adrien Tomas.

Un monde non-sexiste.
Le Prieuré de l’oranger propose un univers d’une incroyable richesse inspiré d’énormément de cultures qu’on peut s’amuser à identifier. C’est aussi un monde de fantasy où le sexisme ne semble pas exister. Les femmes occupent des positions hautes dans la société sans pour autant que les hommes soient écrasés. Certes, une partie de l’histoire se passe dans un reinaume mais ça ne signifie pas que les femmes sont supérieures ou inférieures. Elles peuvent occuper toutes les fonctions qui leurs font envie, même prendre les armes.

Les inégalités n’ont pas disparu pour autant. On retrouve bien entendu une disparité des classes (impossible pour quelqu’un de mal né d’épouser une personne de haute naissance par exemple) ou de religion (la Vertu est la seule religion autorisée, les autres sont des hérésies). Toutefois, à ce qu’on comprend, deux hommes ou deux femmes peuvent s’aimer et se marier sans que cela ne pose souci. Par contre, une fois unis, ils doivent respecter une fidélité irréprochable car tromper son conjoint est un grave blasphème. La seule exception est pour la reine qui doit prendre un époux pour enfanter mais on cite le cas d’une reine qui aimait une autre femme et a vécu avec elle après avoir abdiqué en faveur de sa fille (on suppose qu’elle a été mariée avant et que son mari est décédé ?) Bref cela ne paraît pas grand chose mais essayez de vous souvenir d’un roman de fantasy où les choses se passaient comme cela. Le seul titre qui me vient à l’esprit c’est À la pointe de l’épée d’Ellen Kushner chez ActuSF et on y parlait du cas des hommes. Les deux autrices prennent le même parti : celui de normaliser ce qui ne l’est pas dans nos sociétés sans s’y arrêter ou proposer un plaidoyer fiévreux sur le sujet. À mon sens, ce choix n’en donne que plus de force au propos car il montre que ces thématiques ne devraient pas être un sujet de discorde ni même de haine. C’est juste du bon sens, chacun a le droit de choisir le partenaire qui lui convient ou même de n’avoir aucun partenaire puisque la Reine Sabran explique à un moment donné qu’elle veut gouverner seule et n’a pas forcément envie d’avoir un enfant. Pour tout cela, clairement, le Prieuré de l’oranger est un grand roman.

Un fond d’une grande richesse mais une intrigue trop classique.
Malheureusement le bât blesse quand on se plonge davantage dans l’intrigue. Certes, l’univers créé par l’autrice est complexe, intéressant, fascinant même. Et oui, les personnages sont travaillés, crédibles, au point qu’on en vient à détester certains et à en adorer d’autres. Ils vivent, ils possèdent un véritable souffle. Hélas, l’intrigue en elle-même reste plutôt classique et ses nœuds assez évidents quand on lit le roman de manière attentive. Elle manque de prise de risques, de choix osés. Sans compter que, à plusieurs reprises, l’expression « le hasard fait quand même bien les choses » se vérifie d’une manière agaçante. Besoin d’un bateau pour quitter une île et secourir un dragon ? Regarde une tempête t’en amène justement un quand t’as fini d’apprendre à utiliser tes nouveaux pouvoirs. Pratique ! Tu cherches l’épée magique perdue depuis un millénaire? Oh mais je sais où elle se trouve sur base d’une vieille énigme marmonnée par mon père à moitié fou et un accident de jeu quand j’étais enfant qui m’a fait tomber dans le terrier d’un lapin, lapin qui est un animal poilu donc ça colle avec l’énigme wouhou ! Parce que c’est connu, dans la forêt, y’a que les lapins qui ont des poils et vivent dans des terriers.

Je grossis un peu le trait mais à peine. Je vous donne d’ailleurs deux exemples, malheureusement il y en a davantage et c’est tellement dommage ! Quand on a un univers aussi génial et des personnages vraiment réussis, tomber dans ces facilités me fend le cœur. Je ne dis pas que le roman en devient inintéressant, non. Les pages se tournent sans qu’on y prenne garde et ça reste un bon divertissement toutefois il y manquait un petit quelque chose de plus pour lui accoler l’adjectif grandiose. Même l’affrontement final ne comporte pas de grande surprise. On nous parle d’un ennemi pendant 900 pages, on aurait aimé qu’il soit présent en personne plus que trois pages et demi. En refermant le texte, j’ai eu un goût de : tout ça pour ça ? Sauf que comme j’étais attachée à certains personnages, c’est presque passé crème.

Par contre, le Prieuré de l’oranger peut tout à fait se vanter d’être moderne et rien que pour ça, il vaut le coup qu’on s’y arrête.

Un objet-livre encombrant.
Je me sens obligée de dédier un paragraphe au sujet de l’objet-livre en lui-même. Il est magnifique, les éditions de Saxus ont vraiment fait un travail de dingue sur la couverture qui attire l’œil et donne envie de s’y plonger. Le dragon brille et la matière tient bien (au contraire des dorures de chez certains éditeurs *tousse*Gallimard*tousse*), on sent la qualité de fabrication pour un prix somme toute ridicule. 24.9 euros pour 1000 pages. C’est ce que vous payez pour un grand format Bragelonne avec trois fois moins de contenu… Sur ce point, rien à dire hormis un grand bravo.

Par contre, dans les faits, l’objet n’est pas pratique à manipuler ou même à transporter. Je l’ai acheté parce qu’à cause du confinement, je pouvais le lire dans mon lit mais même ainsi je ne pouvais pas m’allonger avec, craignant de me fouler le poignet en lisant (ne riez pas c’est arrivé à ma mère quand elle lisait l’Oracle Della Luna…). C’est plutôt frustrant et je n’ose pas imaginer ceux qui lisent dans les transports, comme c’est mon cas habituellement. Je n’aurais jamais pu le glisser facilement dans mon sac. J’ai conscience qu’on ne peut pas tout avoir mais voilà, sachez-le et investissez peut-être plutôt dans la version numérique si c’est quelque chose qui vous dérange.

La conclusion de l’ombre
Le Prieuré de l’oranger est un one-shot de fantasy d’une incroyable richesse, inspiré de nombreuses cultures. L’autrice propose des personnages crédibles et travaillés qui sont un point fort du roman. De plus, le texte se révèle très moderne par sa représentation de la femme et son absence de sexisme. Hélas, l’intrigue reste assez classique et si l’action est au rendez-vous, ce n’est pas le cas de la surprise. Je recommande ce roman à ceux qui cherchent une bouffée d’air frais dans ce genre qui commence seulement à se renouveler. Pour moi, ça a été un chouette divertissement !