Cérès et Vesta – Greg Egan

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Cérès et Vesta
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur australien Greg Egan. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie ou sur le site de l’éditeur au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Cérès et Vesta sont deux astéroïdes colonisés par l’Homme et aux échanges commerciaux étroits : la glace d’un côté, la roche de l’autre. Un beau jour, sur Cérès, un homme politique pointe du doigt les Sivadier, les accusant de « crimes » soi-disant commis par leurs ancêtres. Commence alors un apartheid que vont fuir beaucoup de vestiens, tournant définitivement le dos à leur planète d’origine, faisant d’eux des traitres. Jusqu’au jour où Vesta va réclamer l’un d’eux à Cérès…

Greg Egan & la hard-SF
Cérès et Vesta est le premier texte que je lis de cet auteur réputé pour écrire dans le genre Hard-SF. J’en ai toujours entendu beaucoup de bien et j’ai même acheté Axiomatique qui patiente gentiment dans ma liseuse depuis des mois. J’avais un peu peur du degré d’accessibilité pour une novice comme moi et je dois vous rassurer : tout est parfaitement compréhensible, même la page et demie qui explique de quelle manière s’y prennent les surfeurs pour traverser (qui a quand même son importance) reste intelligible. C’est donc, je pense, une bonne porte d’entrée pour se familiariser avec la plume de Greg Egan. Une porte d’entrée qui donne très envie de découvrir ses autres textes, tout en sachant que ceux-ci sont bien moins accessibles, je pense.

Discrimination
La discrimination est le point central de cette novella. Sur Vesta, une homme commence soudain à vouloir imposer à une partie de la population un impôt plus important en invoquant pour cela des actes commis par leurs ancêtres il y a bien longtemps. Les personnes qui descendent de ce groupe, les Sivadier, sont divisées à ce propos. Certaines préfèrent accepter cet impôt pour garantir leur tranquillité et leur sécurité là où d’autres s’y opposent par principe. Le lecteur va donc suivre Camille, l’une des résistantes qu’on voit quitter la planète au début du roman pour sauver sa vie.

Camille ne sera pas la seule narratrice de ce texte rédigé à la troisième personne. Le lecteur va également rencontrer Anna, qui dirige le spatioport de Cérès et va accueillir les réfugiés de Vesta. Cela permet de multiplier les points de vue et d’avoir la vision de chacun des astéroïdes, ce qui enrichit le propos.

Les parties de Camille se déroulent dans le passé et permettent d’expliciter la situation sur Vesta. On y voit l’apparition de cette improbable proposition de loi et l’apartheid qu’elle déclenche. Infirmière dans un hôpital, Camille va encaisser des menaces ainsi que le refus de patients de se laisser toucher par une descendante des Sivadier. La situation prend des proportions énormes en très peu de temps et n’est pas sans rappeler des morceaux de notre histoire pas si lointaine. La métaphore est puissante et fonctionne un peu trop bien, embarquant le lecteur dans le choix impossible d’Anna. Choix que je ne vais pas vous détailler puisque l’intrigue repose là-dessus. Sachez toutefois qu’on ne peut rester de marbre à la lecture du dernier chapitre.

Immigration
Le thème tristement actuel de l’immigration est également abordé en réponse à cette discrimination subie par les Sivadier sur Vesta. Il n’est en théorie pas permis de quitter la planète, les Sivadier doivent donc ruser et devenir des « surfeurs » c’est à dire s’accrocher à des cargaisons échangées entre Cérès et Vesta, se mettre en état de cryogénisation et réaliser ainsi le voyage qui dure assez longtemps (entre un et trois ans, je ne suis pas bien sûre).

Une fois arrivés sur Cérès, ils sont plutôt bien accueillis mais les échanges qu’a Anna avec l’une de ses amies permettent de réfléchir sur cette question de l’immigration et de s’interroger sur notre propre vision des choses. À nouveau, impossible de ne pas réaliser un parallèle avec notre histoire récente. Plus qu’une novella de science-fiction, ce texte est, à mon sens, une critique sociale qui oblige son lecteur à se poser les bonnes questions. J’ai vraiment été sensible à sa puissance signifiante.

La conclusion de l’ombre :
Cérès et Vesta est une novella de science-fiction qui parle d’immigration et de discrimination. En une centaine de pages à peine, Greg Egan parvient à écrire un texte choc et social qui ne peut pas laisser indifférent. Une nouvelle réussite à ajouter au palmarès du Bélial dans sa collection Une Heure Lumière !

D’autres avis :  Au pays des cave trolls – Les lectures du Maki – Albédo – RSF Blog – Lorhkan – Nevertwhere – L’épaule d’Orion – Les lectures de Xapur – Le chien critiquele Dragon Galactique – vous ?

26 réflexions sur “Cérès et Vesta – Greg Egan

  1. Pingback: BML #29 – novembre 2020 | OmbreBones

  2. Pingback: Cérès et Vesta | Greg Egan – Le dragon galactique

  3. En effet, très bonne porte d’entrée pour l’auteur. Qui me fait un peu peur aussi. Mais avant celui-ci j’avais lu des nouvelles isolées de lui via Bifrost et les nouvelles gratuites du Bélial. Elles m’ont à chaque fois retournées le cerveau comme une chaussette en mode 😮 (plus que celle-ci d’ailleurs). En y allant mollo avec cet auteur, il y a moyen. L’étape suivante pour moi ce sera Zendegi, qui est un roman, mais qui est dans ma PàL depuis des lustres. On m’a dit que niveau compréhension ça allait.

  4. Pingback: Cérès et Vesta – Greg Egan – Les Lectures de Xapur

  5. Pingback: Cérès et Vesta de Greg Egan – Albédo

  6. Pingback: Cérès et Vesta – Greg Egan | Le culte d'Apophis

  7. Toujours content de voir un rappel de l’accessibilité du texte – #TeamEganMeFaitPeur – ça me confirme que je pourrai le tenter un jour, surtout que les thématiques sont « tentantes ».

  8. Pingback: Cérès et Vesta – Greg Egan – L'épaule d'Orion

  9. Franchement, quand tu parle des ouvrages de cet éditeur ça donne toujours envie, et la faible taille est vraiment un gros plus pour moi, ainsi que pour la mediatheque. Je pense que pour intéresser le public à la SF, des ouvrages plus courts mais percutants devrait aider.
    Je te dirai au fil du temps si les titres que tu recommande et que je prends trouvent un public (évidement si la crise sanitaire s’arrête, car actuellement clairement, c’est pas possible de faire de médiation et les seuls emprunts qu’on a sont soit des personnes âgées qui savent ce qu’elles veulent et ne sortent pas de leur zone de confort, soit des parents qui prennent des ouvrages jeunesse pour leurs enfants.

    • La faible taille et le faible coût finalement, cette collection a vraiment tout pour plaire car pour ne rien gâcher ce sont des ouvrages percutants, intelligents, bien fichus, bref… Des pépites. Je suis très curieuse de savoir si les UHL trouveront leur public en médiathèque, n’hésites pas à m’écrire à ce sujet 🙂 Je me doute qu’en ce moment c’est pas la joie… Espérons que la situation se stabilise bientôt 😦

  10. Pingback: Cérès et Vesta-Greg Egan – Au pays des cave trolls

  11. J’ai découvert Greg Egan avec Diaspora (sauf erreur de ma part ><) auquel j'avais pas du tout accroché. J'avais donc peur concernant cette nouvelle qui me tentait. Tu lèves mes doutes côté accessibilité et intrigue. Je l'ajoute donc à ma wishlist 😁

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