Un château sous la mer – Greg Egan

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Un château sous la mer
est une nouvelle de (hard ?) science-fiction parue dans le hors série n°4 de la collection Une Heure Lumière du Bélial, pour l’année 2021. Elle a été traduite par l’incontournable FeydRautha du blog l’Épaule d’Orion.

Je précise que, contrairement aux autres hors-séries, celui-ci ne s’accompagne pas d’une interview destinée à mettre en avant l’un ou l’autre aspect de la chaîne du livre. Il contient par contre un catalogue complet de la collection en fin d’ouvrage, catalogue qui s’épaissit de plus en plus !

C’est la troisième fois que je parle de cet auteur sur le blog : d’abord avec Cérès et Vesta, sa première contribution à la collection Une Heure Lumière, puis avec sa nouvelle la Fièvre de Steve, parue dans le 101e Bifrost. Par deux fois, l’auteur qualifié d’incontournable par Olivier Girard dans la préface de ce hors-série a su me surprendre (dans le bon sens du terme) malgré mes appréhensions. Vous le savez, je débute en science-fiction et encore plus en hard sf. Je ressens toujours une pointe d’angoisse quand je commence un texte, même court, d’un monument comme Greg Egan parce que je crains tout simplement de passer à côté ou de ne pas tout comprendre, comme ce fut par exemple le cas pour Eriophora de Peter Watts.

Pourtant, Un château sous la mer est une nouvelle d’une petite cinquantaine de pages tout à fait accessible. Le postulat de départ est le suivant : quatre frères, prénommés Rufus, Linus, Caïus et Silus, sont nés et ont grandi une partie de leur vie à bord du Physalia, un navire qui rassemblait une sorte de secte, dont le but était de créer des individus dotés d’un esprit collectif (on parle de ruche) dans le but de développer les connaissances nécessaires à une conquête extraterrestre. Évidemment, ça ne plaisait pas à tout le monde. Les autorités ont donc démantelé la secte et le bateau, puis ont placé les enfants prodiges. On est ici en plein transhumanisme (pour rappel : le transhumanise consiste à dépasser l’humain, à le transformer pour le rendre supérieur à celui qui existe actuellement).

Le lecteur rencontre les quatre frères alors qu’ils sont adultes et avancent dans leur vie. Enfin… presque. Car Linus manque à l’appel. Lui qui vivait une existence en dilettante quelque part en Australie a soudainement coupé tout contact avec ses frères, contact quotidien qu’ils entretenaient par voie mentale en se partageant leur journée. Ce simple aspect se révèle très riche en conséquences puisque je n’ai pas pu m’empêcher de m’interroger sur le quotidien de ces frères depuis toutes ces années, la façon dont a pu se dérouler leur adolescence, sur leur intimité, sur la manière dont ils existent indépendamment les uns des autres malgré leurs esprits reliés…

Et c’est un peu la question que pose la nouvelle en toile de fond. Je ne savais pas trop où Egan voulait en venir à mesure que j’avançais dans ma lecture et la fin ne m’a pas plus éclairée que ça. Un gros point d’interrogation demeure et je pense que c’est un choix de l’auteur que de laisser son lecteur face à sa propre compréhension, sa propre interprétation. J’ignore si j’ai bien compris ce que j’ai lu, en tout cas j’ai apprécié le voyage qui m’a donné envie d’enchaîner avec À dos de crocodile, publié au même moment par le Bélial.

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Retour sur Titan – Stephen Baxter

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Retour sur Titan
est une novella de hard-sf écrite par l’auteur anglais Stephen Baxter. Publié par Le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte au prix de 9.90 euros partout en librairie ou encore sur leur site Internet.

Avant-propos.
Je n’ai pas toujours connu d’heureuses expériences avec des textes de hard-sf et ce malgré le très bon guide d’Apophis sur le sujet. Le souci principal que j’ai avec ce genre, c’est que j’ai régulièrement l’impression que les personnages n’ont pas grand intérêt et que l’intrigue n’a pas besoin d’être très travaillée pourvu que l’aspect scientifique et le fameux sense of wonder soit au rendez-vous. Je tombe peut-être dans les généralités mais en tout cas, c’est ainsi que je vois les choses et ça me rebute forcément car vu mes faibles connaissances, la science poussée me fascine un peu comme une forme de magie inaccessible, jolie à regarder, impossible à comprendre.

On ne va pas se mentir : Retour sur Titan ne brille pas d’originalité par son intrigue ni par la profondeur de ses personnages. Pourtant, la novella sort du lot et a su me séduire avec ce qui me bloque en général : son sense of wonder ! Elle méritait donc que je prenne le temps d’en parler sur le blog.

Deux informations supplémentaires avant d’aborder le texte en lui-même :
Premièrement, c’est la lecture du Bifrost consacré à Arthur C. Clarke qui m’a donné envie de découvrir Stephen Baxter car j’ai été séduite par son entretien. Je vous invite donc à y jeter un œil ! Deuxièmement, sachez que cette novella s’inscrit dans le cycle « Xeeles » du même auteur, publié par le Bélial mais n’a par contre aucun lien (si j’ai bien compris) avec le roman Titan, du même auteur… Je n’ai lu aucun de ces textes précités et cela n’a pas entaché ma compréhension du contenu ni mon plaisir de lecture.

De quoi ça parle ?
3685, l’humanité est partie depuis longtemps à la conquête des merveilles de l’univers et ce en partie grâce à Harry Poole et à son fils, Michael, génies du développement technologique. Ceux-ci s’intéressent aujourd’hui à Titan, un satellite de Saturne globalement inexploré à cause de son environnement hostile. Mais il en faut plus aux Poole pour renoncer…

Une hard-sf accessible.
Beaucoup de lecteurices (dont je fais régulièrement partie) craignent la hard-sf et son côté scientifique pointu qui empêche de s’immerger dans l’intrigue, en partie parce que celle-ci passe au second plan. Il y a des textes qui appartiennent à cette catégorie et sont destinés à un public initié qui aiment s’en prendre plein les yeux sans se préoccuper de la qualité du développement des personnages ou de l’intrigue mais il y en a d’autres qui exploitent brillamment ces mêmes éléments scientifiques en les rendant compréhensible des novices, ce qui est le cas ici.

Cela est peut-être lié au narrateur, Jovik Emry, sorte de raté fils à papa qui occupe un poste administratif de surveillant planétaire (Gardien de la Sentience, ça claque comme titre non ?) et est enlevé par les Poole pour prendre part à cette expédition. Même si Jovik est un raté, il connait les procédures administratives qui permettront de rendre leur intrusion invisible aux yeux des autres Gardiens.
Mais pourquoi chercher à se rendre sur cette planète hostile ? Et bien les Poole aimeraient savoir si Titan abrite une vie sentiente afin de potentiellement l’exploiter et enfin rentabiliser l’espèce de passage dimensionnel qu’ils ont contribué à construire vers Saturne. S’ils trouvent de la sentience, tout est foutu. Mais si, par chance (pour eux) Titan en est dépourvue, alors…
C’est là le début de la (mes)aventure pour Emry, Michael, Bill et Miriam, la fine équipe envoyée sur place. On ne peut d’ailleurs pas dire que ces personnages brillent par leur amabilité ou leur originalité. Ils sont des fonctions, même Jovik qu’on suit pourtant dans une narration interne à la première personne. J’ai tout de même trouvé intéressant de rassembler plusieurs personnages corrompus et amoraux au sein de la même équipe. Déjà, ça change un peu puis ça donne au récit une dimension plutôt cynique quant à l’Humanité et j’aime bien ça moi, le cynisme.

Titan et ses merveilles.
Le texte s’attache surtout, comme je l’ai dit, à décrire Titan et tout ce qui s’y trouve. En lisant d’autres chroniques, j’ai appris que Stephen Baxter se basait sur les résultats de la mission spatiale Cassini-Huygens qui a exploré la vraie Titan. Je suppose donc que l’auteur a extrapolé tout son texte autour des découvertes réalisées dans ce cadre, notamment l’aspect vie autour du méthane, formes d’existence avec d’autres acides aminées que celles que nous connaissons et même autre que le carbone. C’est tellement bien monté (aux yeux d’une novice comme moi en tout cas) que j’avais vraiment le sentiment que tout cela existait bel et bien et que Stephen Baxter nous racontait ce qu’il avait pu voir de ses yeux. Son écriture m’a parue puissante et évocatrice tout en restant didactique, pédagogique. Cela, en partie grâce au narrateur qui n’est PAS un scientifique et pour qui les autres vulgarisent au moins un peu.

À ce stade, on pourrait craindre un rythme plus lent et un aspect contemplatif mais ce n’est pas le cas. L’action est au rendez-vous tout comme la tension narrative de savoir si les personnages vont tenir deux semaines sur Titan ou non. Quant à l’épilogue, il m’a mis une grosse claque. Je pense qu’on peut sans problème accoler l’adjectif « vertigineux » à cette novella.

La conclusion de l’ombre :
Retour sur Titan est une novella de hard-sf que je juge accessible aux novices (dont je fais partie). ELle s’axe sur la découverte du satellite avec tout ce que ça implique comme apports scientifiques. Les personnages existent surtout pour leur fonction et l’intrigue reste classique, pourtant l’ensemble fonctionne car l’auteur nous en met plein les yeux avec un sense of wonder de folie.  Vertigineux ! Je recommande.

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#S4F3s7 : 5e lecture

Le fini des mers – Gardner Dozois

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Le fini des mers
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur américain Gardner Dozois. Publiée dans la collection UHL (Une Heure Lumière) du Bélial avec une traduction de Pierre-Paul Durastanti, vous trouverez ce texte partout en librairie ou sur le site de l’éditeur au prix de 8.90 euros. 

De quoi ça parle ?
Un jour, en même temps que les premières neiges, quatre vaisseaux extra-terrestres débarquent sur Terre. Trois se posent aux États-Unis, un quatrième au Venezuela. Évidemment, c’est la panique.
Au même moment, le jeune Tommy joue et traine sur le chemin de l’école, peu motivé à retrouver la désagréable Mlle Frédéricks qui semble avoir une dent contre lui…

Un texte incompris.
C’est Apophis le premier qui l’a souligné dans sa chronique (que je vous encourage à lire) : Le fini des mers est une novella qui se vend très mal dans sa version originale et qui semble déplaire à une bonne partie de la blogosphère. En collectant les articles des blogpotes pour les référencer à la fin de ce billet, j’ai pu remarquer que beaucoup sont passés à côté (selon leurs propres mots) ou n’ont pas apprécié le pessimisme qui se dégage des lignes de Dozois. Ce n’est pas mon cas et ce même si j’ai lu le texte en plusieurs fois (les aléas de la vie) et que j’ai été assez déconcertée, au départ, par sa construction. Une fois cet UHL refermé, je me suis dit qu’il appartient sans conteste à la catégorie de textes à relire et à prendre en exemple. Il compte désormais également parmi mes préférés de la collection.

Deux lignes narratives pour un texte surprenant.
La novella s’ouvre sur ce fameux début d’invasion. Quatre vaisseaux extra-terrestres se posent : un dans une vallée du Delaware, un dans l’Ohio, un dans le Colorado et un dernier au Venezuela. Certains atterrissages ont de nombreux témoins, si bien que la première impulsion du gouvernement de garder cela secret devient rapidement impossible et ce malgré les mesures assez violentes prises par les forces armées. Ces parties sont très descriptives et possèdent un ton un brin condescendant (que je trouve personnellement plaisant) saupoudré de cynisme car elles décrivent de quelle manière probable le gouvernement gèrerait une crise comme celle-là. C’est-à-dire de manière bourrine et inadaptée. Je n’ai aucun mal à croire que ça se passerait presque exactement comme le raconte Gardner Dozois et ce même si son texte date de 1973. En cela, il a extrêmement bien vieilli et aurait pu être écrit hier sans qu’on ne voit la différence.

Dans ces parties, le lecteur rencontre également les Intelligences Artificielles qui développent une forme de conscience et d’existence en parallèle de l’humanité, sans pour autant aspirer à une révolte quelconque (et en prenant soin de ne pas informer leurs « maîtres humains » de cet état). Ce sont elles qui, en premier, parviendront à dialoguer avec ces visiteurs (venus d’ailleuuuurs) et découvriront une information plus que surprenante… 

La seconde ligne narrative invite le lecteur à suivre Tommy, un jeune garçon qui vit sous le toit d’un père violent et d’une mère passive / dépressive dans un climat de peur et d’angoisse permanente. À l’école, la situation ne vaut guère mieux puisque son professeur semble s’acharner sur lui à cause de ses retards et de son refus de faire signer les feuilles qui y sont liés (ce qu’on comprend aisément vu sa situation familiale). Elle s’obstine donc à l’envoyer chez le psychologue scolaire, qui ne brille pas spécialement par sa compétence professionnelle. J’ai ressenti beaucoup d’empathie pour ce petit garçon qui existe en quelque sorte en dehors de nos normes sociales, auquel on colle une étiquette de « différent » comme si cela avait un sens quelconque ou pire, que c’était problématique ! 
Heureusement, Tommy possède un don spécial car il est capable de voir « les Autres » qu’on peut assimiler au Petit Peuple, aux fées, aux créatures tirées de ce folklore que tous les enfants peuvent voir jusqu’à un certain âge avant de les oublier. Mais pas Tommy. Il est capable de dialoguer avec elles en se rendant dans un Lieu (avec une majuscule !) adéquat. Sauf que, depuis l’arrivée des vaisseaux, les Autres se comportent étrangement…

A priori, ces deux lignes narratives n’ont rien en commun, et pourtant… Apophis livre dans sa chronique une analyse très fine des possibilités d’interprétation, que je vous invite à découvrir avant et après votre lecture car ça ouvre des pistes de réflexion passionnantes. Je ne me permettrais pas de reprendre son travail, je vais plutôt conclure par l’effet que m’a procuré cette lecture car c’est a priori pour cela que vous passez par ici.

Le fini des mers m’a d’abord laissée perplexe puis m’a petit à petit attrapé dans ses filets, proposant une dose de cynisme dans laquelle je me retrouve totalement en parallèle de l’histoire touchante d’un enfant à la situation familiale difficile et à l’imagination (vraiment ?) débordante. Je trouve que ce texte transmet de nombreuses émotions (parfois sombres je l’admets) et est une belle métaphore sur les difficultés de la communication ainsi que sur les conséquences de cet échec de communication, non seulement sur un plan mondial (vis à vis des extra-terrestres) mais aussi sur un plan très humain (vis à vis de Tommy à l’école ou avec ses parents). Ces 112 pages sont d’une richesse incroyable et j’espère sincèrement que cet UHL connaitra un succès plus grand dans sa version française que dans sa version originale. 

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#S4F3s7 : 2e lecture

Toutes les saveurs – Ken Liu

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Toutes les saveurs
est une novella écrite par l’auteur sino-américain Ken Liu. Publié dans sa version française au Bélial au sein de la collection Une Heure Lumière (traduction par Pierre-Paul Durastanti), vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 9.90 euros ou sur le site de l’éditeur.

Ce n’est pas la première fois que je lis Ken Liu, encore moins dans la collection UHL. Je l’ai découvert avec le Regard, une nouvelle de science-fiction qui avait manqué de force pour moi, surtout que j’attendais beaucoup de l’auteur vu les nombreux éloges à son égard. J’ai ensuite dévoré l’Homme qui mit fin à l’histoire et comprit pour quelle raison la blogosphère encense tellement cet auteur. Cette novella a été un coup de cœur magistral que je continue de recommander chaudement.

Un partout, donc ! Qu’en est-il de ce texte particulier ? Va-t-il faire pencher la balance en faveur de Ken Liu ? Et bien si on peut dire quelque chose au sujet de cet auteur, c’est qu’il n’écrit pas deux textes identiques et aime varier les genres… D’ailleurs, si vous avez envie d’en apprendre plus à son sujet, je vous recommande d’écouter la rencontre organisée par Le Bélial avec lui. Je trouve qu’elle complète extrêmement bien la lecture de Toutes les saveurs et qu’elle donne un éclairage supplémentaire sur l’œuvre de ce talentueux écrivain.

Un étonnant mélange des genres.
Toutes les saveurs se déroule pendant la période de conquête de l’ouest américain, à Idaho City. Lily est une jeune fille très intriguée par les prospecteurs chinois qui vivent entre eux, s’entassent dans d’étroites habitations et cuisinent des plats à l’odeur totalement nouvelle pour ses narines. Elle se lie d’amitié avec l’un d’entre eux, Lao Guan, qui va lui apprendre quelques morceaux de sa culture notamment le jeu du wei qi ainsi que les récits du dieu de la guerre Guan Yu.

Ce sont ces récits qui apportent à Toutes les saveurs une touche surnaturelle ou plutôt, mystique. Le lecteur s’enfonce dans le mystère sans savoir ce qui tient de la réalité ou de la légende fantaisiste. C’est l’occasion de découvrir cette Chine impériale dont on ne connait généralement pas grand chose et de revenir sur une période assez nébuleuse (pour moi du moins) de l’histoire américaine. Comme tout le monde, j’ai entendu parler de cette fameuse conquête de l’ouest pour l’avoir vue dans de nombreux films ou dessins animés (j’ai grandi avec Lucky Luke donc voilà, j’assume mes références foireuses) mais je ne me rendais pas bien compte que la place du peuple chinois y avait été si importante et à quel point ils avaient été exploités dans la construction du chemin de fer. Une fois de plus, Ken Liu instruit son lecteur sur un morceau peu connu de l’Histoire et s’en sert efficacement au sein d’une fiction qu’on dévore. C’est moins « coup de poing » que dans l’Homme qui mit fin à l’histoire mais ça reste joliment maîtrisé.

En 128 pages, Ken Liu parvient à brosser efficacement une histoire qui parle d’Histoire avec un grand H mais aussi d’immigration, d’intégration, d’identité culturelle et de mélange des cultures, des thèmes qui sont très actuels encore aujourd’hui et dans lesquels on se retrouve aisément. J’ai passé un excellent moment de lecture et je vous recommande ce texte.

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#S4F3s7 : 1ere lecture.

Retour à n’dau – Kij Johnson

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Retour à n’dau
est une novella écrite par l’autrice américaine Kij Johnson. Elle figure dans le Hors-série Une Heure Lumière 2020 du Bélial que vous pouvez obtenir gratuitement à l’achat de deux titres de la collection. Attention, les quantités sont limitées donc n’attendez plus !

Je précise que ce hors-série contient davantage que la novella. Comme chaque fois, il s’ouvre sur un petit mot d’Olivier Girard (le grand chef du Bélial, pour ceux qui l’ignorent 🙂 ) qui passe ensuite la parole aux traducteurs et aux traductrices de la collection UHL en leur demandant quel est leur rapport au format novella et quelles difficultés ils ont pu rencontrer dans la traduction de ce type de texte. J’ai trouvé ce dossier passionnant au point de lui consacrer un article réflexion qui arrivera bientôt sur le blog. Je ne vais donc pas m’étendre dessus ici.

Retour à n’dau est une novella que je peine à classer au sein d’un genre littéraire donc je vais laisser de plus érudits que moi s’en charger (coucou Apophis). L’intrigue se déroule sur une autre planète, nommée Ping. Son climat particulier oblige les gens à se déplacer en même temps que la planète tourne sur elle-même (si j’ai bien compris) au risque de mourir brûlé par le soleil. Comme les différents peuples sont en constant mouvement, la famille Winden au sein de laquelle vit Katia, la narratrice, ne connait pas grand chose des potentielles autres cultures. Ils vivent en group restreint à une famille, élèvent des chevaux et des chiens, sont nomades… Cela m’a directement évoqué, dans mon imaginaire, une tribu amérindienne mais j’ai lu sur d’autres chroniques qu’on effectuait plutôt un parallèle avec l’Asie, surtout la Mongolie. Je suppose que ça dépend de nos références.

Un jour, des étrangers arrivent pour s’emparer des chevaux de Katia et de son savoir de guérisseuse. Toute sa famille est tuée, sauf elle et sa nièce, qui deviennent prisonnières de ces envoyés d’un Empereur dont elles n’ont jamais entendu parler. L’Empire en question compte beaucoup sur les chevaux qui font partie intégrante de leur style de vie mais un mystérieux mal les ronge, les tue, mal qui semble épargner les chevaux de Katia.

C’est la première fois que je lis un texte de cette autrice et il m’a déconcerté -dans le bon sens. Je ne m’attendais pas aux évènements narrés tout comme je n’ai pas pu anticiper la fin. En peu de pages, l’autrice aborde des thèmes forts avec finesse et intelligence : comment se reconstruire après un drame ? Comment réadapter une société entière quand la base de sa culture disparait ? Remplacez les chevaux pour l’outil informatique par exemple et vous obtenez une très belle métaphore. C’est poétique, efficace, un vrai plaisir.

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Acadie – Dave Hutchinson

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Acadie
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur anglais Dave Hutchinson. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous le trouverez partout en librairie au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Duke est le Président malgré lui de la Colonie, une constellation d’habitats qui se cachent des autorités terriennes. La faute à Isabelle Potter, généticienne de génie qui a contrarié les mauvaises personnes. S’ils réussissent à passer entre les mailles du filet pendant cinq cents ans, la rancune de la Terre est tenace. Alors quand une sonde pénètre dans leur système, c’est le branlebas de combat.

Duke la malchance
Duke est le narrateur de cette histoire en plus d’être un personnage vraiment attachant. Il a du fuir la Terre un siècle plus tôt où il exerçait la profession d’avocat, ce après avoir révélé certaines malversations du client qu’il était supposée défendre. Son coup d’éclat a attiré sur lui l’attention de Connie, qui travaille pour Isabelle Potter.

Isabelle Potter est une généticienne de génie qui a eu le malheur de manipuler le génome humain alors même que de strictes lois le lui interdisait. Poursuivie comme une criminelle, elle s’est enfuie avec l’aide de plusieurs de ses anciens étudiants pour fonder cette colonie qu’elle espérait hors de portée de l’Agence. Le souci ? Pour couvrir sa fuite, elle a plus ou moins pris en otage un vaisseau colon où se trouvaient quarante milles individus en stase, individus avec lesquels elle a fondé sa propre colonie pour ceux qui le souhaitaient, renvoyant les autres chez eux.

Pour en revenir à Duke, il a rejoint bon gré mal gré cette Colonie et s’y plaisait plutôt bien jusqu’à ce qu’on l’élise à la Présidence. En effet, dans cette société un brin loufoque, on prend soin d’élire les personnes qui souhaitent le moins obtenir le pouvoir politique. En règle générale, les moins motivés mènent une campagne acharnée pour être disqualifié d’office mais cette fois là, Duke a un peu négligé l’histoire et le voilà à devoir gérer cette sonde qui débarque soudain dans leur système.

Duke n’a rien d’un génie, contrairement à la plupart des personnes qu’il fréquente sur la Colonie. C’est intéressant que l’histoire se déroule justement de son point de vue, celui d’un homme lambda qui n’a plus ou moins rien demandé à personne. Dave Hutchinson met si bien en place son personnage que les révélations finales sont complètement imprévisibles. Tout fonctionne parfaitement bien pour entretenir l’intérêt du lecteur jusqu’au bout.

Une science-fiction transhumaniste.
Pour celles et ceux qui l’ignorent, le transhumanisme est un courant de pensée qui dit que l’humain pourrait être amélioré grâce à la science, que ce soit sur un plan physique ou intellectuel. Je le précise parce que j’ai moi-même du chercher ce terme il y a un moment à force de le voir apparaître dans des chroniques et je me dis que ce n’est pas spécialement inutile. Bref, pour revenir au transhumanisme, ce texte s’inscrit très clairement dans cette vague puisqu’il est question de manipulation génétique et d’améliorations. Dave Hutchinson en parle à la fois d’un ton presque comique (les Écrivains -comme sont nommés ces généticiens- qui se modifient au point d’incarner des races de fantasy) qui gagne en sérieux à mesure que les révélations de l’intrigue s’enchaînent, jusqu’à un final glaçant et imprévisible. Je ne peux pas en dire davantage sans divulgâcher l’intrigue. Je me dois toutefois de préciser que la fin a fait passer ce texte de « moui c’est sympa » à « bin mince alors c’est dingue ! ». Donc laissez vous porter jusqu’au bout.

La conclusion de l’ombre :
Acadie est une novella de science-fiction transhumaniste au narrateur attachant et à l’intrigue maîtrisée. En peu de pages, l’auteur parvient à questionner pas mal d’éléments reliés au prisme du transhumanisme jusqu’à proposer un final inattendu. Encore un texte remarquable dans la collection une heure lumière du Bélial !

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Maki

Cérès et Vesta – Greg Egan

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Cérès et Vesta
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur australien Greg Egan. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie ou sur le site de l’éditeur au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Cérès et Vesta sont deux astéroïdes colonisés par l’Homme et aux échanges commerciaux étroits : la glace d’un côté, la roche de l’autre. Un beau jour, sur Cérès, un homme politique pointe du doigt les Sivadier, les accusant de « crimes » soi-disant commis par leurs ancêtres. Commence alors un apartheid que vont fuir beaucoup de vestiens, tournant définitivement le dos à leur planète d’origine, faisant d’eux des traitres. Jusqu’au jour où Vesta va réclamer l’un d’eux à Cérès…

Greg Egan & la hard-SF
Cérès et Vesta est le premier texte que je lis de cet auteur réputé pour écrire dans le genre Hard-SF. J’en ai toujours entendu beaucoup de bien et j’ai même acheté Axiomatique qui patiente gentiment dans ma liseuse depuis des mois. J’avais un peu peur du degré d’accessibilité pour une novice comme moi et je dois vous rassurer : tout est parfaitement compréhensible, même la page et demie qui explique de quelle manière s’y prennent les surfeurs pour traverser (qui a quand même son importance) reste intelligible. C’est donc, je pense, une bonne porte d’entrée pour se familiariser avec la plume de Greg Egan. Une porte d’entrée qui donne très envie de découvrir ses autres textes, tout en sachant que ceux-ci sont bien moins accessibles, je pense.

Discrimination
La discrimination est le point central de cette novella. Sur Vesta, une homme commence soudain à vouloir imposer à une partie de la population un impôt plus important en invoquant pour cela des actes commis par leurs ancêtres il y a bien longtemps. Les personnes qui descendent de ce groupe, les Sivadier, sont divisées à ce propos. Certaines préfèrent accepter cet impôt pour garantir leur tranquillité et leur sécurité là où d’autres s’y opposent par principe. Le lecteur va donc suivre Camille, l’une des résistantes qu’on voit quitter la planète au début du roman pour sauver sa vie.

Camille ne sera pas la seule narratrice de ce texte rédigé à la troisième personne. Le lecteur va également rencontrer Anna, qui dirige le spatioport de Cérès et va accueillir les réfugiés de Vesta. Cela permet de multiplier les points de vue et d’avoir la vision de chacun des astéroïdes, ce qui enrichit le propos.

Les parties de Camille se déroulent dans le passé et permettent d’expliciter la situation sur Vesta. On y voit l’apparition de cette improbable proposition de loi et l’apartheid qu’elle déclenche. Infirmière dans un hôpital, Camille va encaisser des menaces ainsi que le refus de patients de se laisser toucher par une descendante des Sivadier. La situation prend des proportions énormes en très peu de temps et n’est pas sans rappeler des morceaux de notre histoire pas si lointaine. La métaphore est puissante et fonctionne un peu trop bien, embarquant le lecteur dans le choix impossible d’Anna. Choix que je ne vais pas vous détailler puisque l’intrigue repose là-dessus. Sachez toutefois qu’on ne peut rester de marbre à la lecture du dernier chapitre.

Immigration
Le thème tristement actuel de l’immigration est également abordé en réponse à cette discrimination subie par les Sivadier sur Vesta. Il n’est en théorie pas permis de quitter la planète, les Sivadier doivent donc ruser et devenir des « surfeurs » c’est à dire s’accrocher à des cargaisons échangées entre Cérès et Vesta, se mettre en état de cryogénisation et réaliser ainsi le voyage qui dure assez longtemps (entre un et trois ans, je ne suis pas bien sûre).

Une fois arrivés sur Cérès, ils sont plutôt bien accueillis mais les échanges qu’a Anna avec l’une de ses amies permettent de réfléchir sur cette question de l’immigration et de s’interroger sur notre propre vision des choses. À nouveau, impossible de ne pas réaliser un parallèle avec notre histoire récente. Plus qu’une novella de science-fiction, ce texte est, à mon sens, une critique sociale qui oblige son lecteur à se poser les bonnes questions. J’ai vraiment été sensible à sa puissance signifiante.

La conclusion de l’ombre :
Cérès et Vesta est une novella de science-fiction qui parle d’immigration et de discrimination. En une centaine de pages à peine, Greg Egan parvient à écrire un texte choc et social qui ne peut pas laisser indifférent. Une nouvelle réussite à ajouter au palmarès du Bélial dans sa collection Une Heure Lumière !

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Cookie Monster – Vernor Vinge

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Cookie Monster est une novella de science-fiction écrite par l’auteur américain Vernor Vinge. Publié par le Bélial dans la collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie (ou sur leur site Internet) au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Dixie Mae commence un nouveau job au service client d’une grande société très portée sur la haute technologie : LotsaTech. Lors de son premier jour, elle reçoit un message mystérieux qui lui est personnellement destiné et contient sur elle des informations que personne n’est supposé connaître. Dixie Mae se lance donc à la recherche de son émetteur…

Pour parler de ce texte correctement et en suscitant un minimum d’intérêt, ma chronique va contenir des éléments de l’intrigue. Attention donc si vous comptez la lire, vous êtes prévenu(e)s.

Les dérives de la technologie.
Le texte de Vernor Vinge commence de manière assez classique : une jeune femme enchaîne les boulots un peu pourris et se voit offrir une chance sans précédent d’entrer dans une grosse boîte. Au service client, d’accord, mais tout de même. Après six jours de formation, elle saute enfin dans le grand bain et reçoit alors un message surprenant qui lui révèle sur elle-même des secrets que personne ne peut connaître. Très agacée, Dixie Mae va mener l’enquête en suivant des indices relevés dans le message, accompagnée par l’antipathique Victor et rejointe ensuite par d’autres personnages.

La manière dont débute ce texte court m’a semblé un peu tiré par les cheveux. Dixie Mae va chercher assez loin les indices au sein du message, l’ensemble parait de prime abord un peu gros et sa réaction disproportionnée. Sur une petite centaine de pages, l’intrigue en elle-même n’est pas renversante mais le propos derrière rattrape largement cela. On se rend compte que l’homme qui les a engagé et qui leur a fait passer des tests psychologiques a réussi à mettre au point la numérisation des personnalités (et donc des compétences intellectuelles qui vont avec). Cela lui permet d’avancer à pas de géants dans ses différentes recherches puisque le temps ne s’écoule pas de la même manière dans cette réalité numérique que dans notre réalité standard. Il a commencé par numériser son doctorant le plus prometteur et a construit autour de lui une réalité virtuelle alternative qui donne à sa victime le sentiment de travailler sur un projet top secret alors que ce n’est pas du tout le cas. Le jeune homme n’a aucun souvenir de sa numérisation et se croit toujours « vivant » à l’instar de Dixie Mae. Une fois qu’il a terminé en résolvant le problème posé, il est tout simplement « reboot ». Forcément, ils vont finir par s’en rendre compte mais réussiront-ils à y changer quoi que ce soit ?

De la hard sf.
C’est donc un propos assez effrayant et une dérive qui fait froid dans le dos que propose l’auteur. Elle y trouve plusieurs applications : Dixie Mae va rencontrer un groupe d’étudiants qui corrige les copies du professeur en question et ont donc une boucle de quelques heures. Au service client, on les reboot après chaque première journée pour que leur motivation reste intacte. Et, ayant travaillé dans un service client pendant quelques mois, l’idée en elle-même fait complètement sens. Dans un autre projet classé top secret, on les reboot environ tous les trois mois. Notez que ces laps de temps ne signifient rien au fond puisqu’il s’agit d’une réalité virtuelle alternative. En temps standard, une année s’est écoulée, voir un peu plus, pour les plus anciens présents. Mais vu le nombre de reboots, ils ont pu faire avancer les recherches du professeur de plusieurs siècles. Et cet aspect-là, cette dérive-là, je n’ai eu aucun mal à y croire. Je suis même persuadée qu’on finira par la vivre un jour.

Malheureusement, si le fond est solide, la forme m’a moins convaincue d’autant que je débute en Hard SF et j’ai parfois eu l’impression d’assister à une discussion scientifique dont je ne possédais pas les clés de compréhension, surtout dans les dialogues entre les deux Ellen. Ça a été assez perturbant de me sentir mise à l’écart du texte que j’étais en train de lire. Cela ne m’a pas empêché de comprendre l’ensemble mais j’ai ressenti une certaine frustration tout de même. Soyez donc avertis avant de vous lancer dans cette novella !

La conclusion de l’ombre : 
Dans Cookie Monster, Vernor Vinge propose une réflexion pertinente et effrayante sur la problématique de la copie numérique d’un individu. Pour une novice en Hard SF, certains éléments me sont passés totalement au-dessus ce qui ne m’a pas empêché de lire cette novella d’une centaine de pages presque d’une traite et d’avoir apprécié ma découverte. Une belle pioche qui s’inscrit dans la continuité qualitative de la collection Une Heure Lumière mais qui m’a moins provoqué cet effet « wahou » lié à d’autres titres.

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Maki

Le Nexus du Docteur Erdmann – Nancy Kress

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Le Nexus du Docteur Erdmann
est une novella de science-fiction écrite par l’autrice américaine Nancy Kress. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie ainsi que sur leur site Internet au prix de 9.90 euros.

De quoi ça parle ?
Henry Erdmann a aujourd’hui 90 ans et était un physicien reconnu à son époque. Il continue tout de même à donner des cours à l’université jusqu’au jour où il fait un malaise. Il pense sa fin venue sauf que ce n’est pas une attaque, non. Plusieurs autres résidents de la maison de repos où il se trouve subissent un phénomène semblable…

Un héros du troisième âge.
Je n’ai pas pour habitude de croiser des héros du troisième âge lors de mes lectures. En tout cas, c’est assez rare pour être souligné et c’est un élément qui m’a poussé à lire ce texte. J’étais curieuse de découvrir de quelle manière Nancy Kress allait mettre en scène ces différents protagonistes et les problèmes qu’elle soulèverait quant au quotidien des personnages âgées. Elle parvient à évoquer l’égoïsme des proches, l’infantilisation de la part des soignants, les soucis de santé, en filigrane du propos principal avec une subtilité qui renforce davantage encore l’intérêt de cette lecture. L’autrice créé pour cela une galerie de personnages intéressants et colorés allant de la pipelette de service au vieux bougon mal embouché en passant par la vieille dame bien trop gentille dont ses enfants abusent sans pitié. L’autrice alterne les points de vue parfois de paragraphe en paragraphe, offrant une richesse et une dynamique appréciable à l’ensemble de son intrigue.

Henry Erdmann est en quelque sorte le personnage principal, celui qu’on suit le plus, nostalgique de ses belles années, un peu désespéré par les capacités de la génération actuelle, très axé sur la science – évidemment. C’est à travers lui que le lecteur est pour la première fois témoin de ces mystérieuses attaques et c’est grâce à ses capacités de déduction qu’on cherchera l’origine de ce mal un peu plus loin. Parce qu’au départ, tous pensaient à une rupture d’anévrisme ou une simple indigestion…

Henry est accompagné par Carrie, son aide-soignante d’une petite trentaine d’années qui est aussi une femme battue par son mari, un policier, qu’elle a quitté. Carrie est un personnage intéressant et attachant qui permet en plus de rajouter cette thématique des abus conjugaux à un récit déjà très riche. J’ai beaucoup apprécié sa relation avec Henry et la manière dont ils essaient de prendre soin l’un de l’autre. Tous les protagonistes ne sont donc pas âgés mais ils travaillent tous avec les personnes âgées d’une manière ou d’une autre.

De la science-fiction ?
L’élément science-fiction arrive d’une manière surprenante dans le récit par le biais d’un vaisseau qui s’exprime en italique à la fin de certains chapitres, en quelques lignes à peine. Je n’ai pas tout de suite compris où l’autrice voulait en venir mais les différents éléments se mettent en place à la fin d’une manière intéressante, offrant une réflexion sur la notion de choix et de libre arbitre. Ces courts passages permettent de faire monter la tension. On s’interroge : qu’est-ce qui arrive ? Quand ? Pour quelle raison ? Pourquoi cibler les personnes âgées ? J’avais envie d’obtenir ces réponses, ce qui me poussait à tourner les pages sans voir le temps passer.

Mais plus que de la science-fiction, le Nexus du Docteur Erdmann est -selon moi- une novella d’enquête où le personnage principal va tenter de comprendre ce qui est en train de leur arriver à tous. En cela, l’autrice opte pour un schéma plutôt classique avec peu de surprises au final pour un lecteur doté d’un peu de jugeote. Ce qui n’empêche pas la lecture d’être passionnante ni même solide pour ses thématiques sociales abordées l’air de rien.

La conclusion de l’ombre :
Le Nexus du Docteur Erdmann est une novella de science-fiction écrite par l’autrice américaine Nancy Kress. Celle-ci emmène son lecteur au sein de Saint-Sébastien, une maison de retraite où réside le docteur Erdmann. Lui et certains pensionnaires vont être victimes d’un phénomène étrange au sujet duquel il faudra mener l’enquête. En peu de pages, l’autrice brasse énormément de thèmes liés à la vieillesse et elle le fait avec beaucoup de sensibilité, sans pourtant en avoir l’air. Son style d’écriture dynamique permet de s’immerger totalement dans ce texte et d’en ressortir plus que satisfait en tournant la dernière page. J’ai beaucoup apprécié cette lecture atypique (selon mes habitudes) et la recommande !

D’autres avis ? CélindanaeDionysos – Aelinel BlackwolfL’Ours inculte – Albédo – NevertwhereLorhkanLe MakiLe chien critiqueDragon galactique – vous ?

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Dragon – Thomas Day

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Dragon
est une novella écrite par l’auteur français Thomas Day. Premier texte publié dans la collection Une Heure Lumière du Bélial, vous le trouverez partout en librairie au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Ville de Bangkok, en Thaïlande, dans un futur si proche qu’il est renseigné comme « demain ». Un tueur surnommé Dragon s’en prend aux touristes sexuels, en particulier ceux qui abusent des enfants. Le lieutenant Ruedpokanon est chargé d’enquêter…

Ce texte a été plus d’une fois chroniqué et analysé, souvent avec plus de talent et de pertinence que moi, par des personnes qui connaissent l’auteur, son passif, ce qui permet donc de fournir davantage de matière à un commentaire poussé. Mon retour sera donc assez court et se concentrera sur les éléments qui m’ont marqué en tant que lectrice et qui sont, selon moi, particulièrement remarquables. Sachez également que cet adjectif s’accompagnera systématiquement d’un autre : dérangeant. Car Dragon est un texte pluriel : aussi brillant que terrible.

Un contexte glaçant.
Thomas Day a beau parler d’un demain, le contexte local qu’il dépeint est malheureusement assez actuel, du moins si je me base sur le peu que j’en connais ou que j’ai pu entendre au détour d’une série. Je n’ai jamais mis un pied en Thaïlande mais le pays est -hélas- réputé pour le tourisme sexuel qu’il suscite et pour la prostitution enfantine qui fait sa renommée. C’est ce visage de la Thaïlande que l’auteur dépeint. Je me souviens avoir lu quelque part qu’il y est déjà allé et cela se sent. Je n’ai eu aucun mal à m’immerger dans ce qu’il raconte, dans ce qu’il dépeint. Pour retranscrire efficacement autant son décor que les actes de ses protagonistes, Thomas Day choisit d’opter pour un style assez cru, direct, sans rien laisser à l’imagination. Avec un fond comme celui-là, il est clair que cette novella ne doit pas tomber entre n’importe quelles mains et que les âmes sensibles doivent s’abstenir de la lire. 

Outre le tourisme sexuel, Dragon est également l’occasion pour l’auteur d’évoquer la société thaïlandaise, le mélange des cultures asiatiques (ou non), la corruption, les tentatives de certain(e)s d’obtenir une forme de justice, d’évoluer mais aussi l’existence des ladyboys que je ne connaissais qu’à travers une chanson de Till Lindemann (chanson que j’aime beaucoup au passage). Enfin, pour être plus claire : je connais bien entendu le concept de transidentité mais j’ai découvert le terme ladyboy via la chanson. Sur 160 pages, Thomas Day brosse un décor vraiment riche et immersif mais surtout, terrifiant. Je me sentais honteuse d’apprécier à ce point ma lecture tant ce que l’auteur y raconte est horrible… 

Un genre littéraire flou et une esthétique bien particulière.
Une fois la novella terminée, on peut légitimement se poser la question du genre littéraire dans lequel se classe ce texte. Apophis est plus érudit que moi en la matière toutefois, au départ, je n’ai pas pu m’empêcher de chercher l’élément science-fictif ou surnaturel au milieu de ce qui ressemblait à un thriller policier, genre que je n’attendais pas vraiment au sein de la collection Une Heure Lumière du Bélial. Il faut arriver sur les dernières pages pour que la pièce tombe et qu’un élément fantastique se présente. Cet élément, je ne vais pas m’appesantir dessus pour ne rien divulgâcher toutefois il inscrit, selon moi, Dragon dans une esthétique asiatique qui ne se limite donc pas à sa localisation géographique. 

Cette esthétique se matérialise également par la crudité des scènes décrites par l’auteur. Celles de sexe, bien entendu, mais aussi la violence à travers les actes de Dragon et les tortures qu’il peut infliger à certains. C’est une façon de procéder qu’on peut retrouver assez souvent dans la littérature asiatique ou même dans son cinéma. Je ne suis pas spécialiste, bien entendu, toutefois c’est quelque chose que je raccroche assez aisément à ce que j’ai pu lire comme romans (surtout nippons) et vu comme films lors de mes études. Il faut bien évidemment se montrer sensible à cela pour apprécier pleinement Dragon

Une construction originale.
Stop à la construction linéaire ! L’auteur mélange les chapitres en commençant par le 17 pour enchaîner sur le 5 et ainsi de suite, dans un ordre qui n’a a priori pas de sens. Interpellée, j’ai craint à une erreur d’impression (quand même ç’aurait été pas de chance, juste dans le mien ! puis en comprenant que c’était voulu, de m’y perdre. Pourtant, tout s’enchaîne parfaitement entre les scènes « passées » et « présentes » (mais qu’est-ce que ces mots signifient quand tout est justement embrouillé ?). Ce jeu formel démontre tout le talent de l’auteur et ne manque pas d’intérêt car il permet de ménager le suspens et les effets narratifs plus longtemps et plus efficacement. Un très beau travail.

La conclusion de l’ombre : 
Dragon est une novella à la croisée des genres qui se déroule dans la ville de Bangkok, dans un futur proche. Le tueur surnommé Dragon -qui donne donc son titre au roman- s’en prend aux touristes sexuels et un inspecteur est chargé de l’arrêter. Si le pitch de base semble classique, Thomas Day offre un texte coup de poing qui entraine le lecteur dans ce que la Thaïlande a de plus laid, ce que l’humanité a de plus rebutant. Avec un style d’écriture brut, cru et sans concession, l’auteur ouvre brillamment la collection Une Heure Lumière du Bélial et se hisse sans peine dans mon top 3 des meilleures novellas parues chez l’éditeur. Une réussite à ne pas mettre entre toutes les mains : âmes sensibles s’abstenir !

D’autres avis : Le culte d’ApophisL’épaule d’OrionL’ours inculte – Lorhkan – Albédo –  Nevertwhere – Aelinelle monde d’Elhyandra Dragon galactique – le Bibliocosme (Boudicca) – Xapur – Au pays des Cave Trolls – vous ?

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