Le compte-rendu de l’ombre : les Halliennales 2021

Coucou tout le monde !

Le 2 octobre 2021, je me suis rendue au salon des Halliennales près de Lille, dans le nord de la France. Premier gros salon pour moi depuis la foire du livre de Bruxelles en 2020, qui s’est déroulée une semaine avant le fameux lockdown… Ça valait bien un petit compte-rendu, non ?

243687826_2107983056037306_2146734146295458741_n
Je ne vous parle quasiment jamais des salons auxquels j’assiste parce que je m’y rends d’abord avec ma casquette d’autrice pour dédicacer mes romans et que je fais en sorte de dissocier le blog de cette activité, pour diverses raisons dont j’ai déjà pu parler. Pourtant, cette double casquette fait partie de moi et en lisant récemment un autre compte-rendu de salon, je me suis dit que ça pouvait peut-être se révéler intéressant de vous parler de ma façon de vivre ce genre d’évènement.

L’ombre en mode autrice.
242866460_4838134152903662_6765563587505147671_n
Le plus délicat pour moi consiste à gérer mon temps de loisir et de travail. Je viens avant tout pour présenter mes romans et donc être présente sur le stand Livr’S, peu importe la fréquentation du stand ou du salon. Une question de respect vis à vis de mon éditrice. C’est probablement le plus difficile quand on doit se contenter d’attendre un peu d’attention d’un.e lecteur.ice de passage pendant parfois une heure ou deux. Plus le temps passe et plus j’ai du mal à laisser mes fesses collées à ma chaise quand le battement est trop long. Je travaille dessus mais on ne va pas se mentir, ça ne fonctionne pas toujours.
Nous avons évidemment droit à des pauses mais il faut les gérer pour que chaque auteur.ice puisse avoir la sienne et donc ne pas abuser question disparition. J’avoue que je suis une spécialiste du « je reviens dans cinq minutes » qui se transforme en quinze. C’est devenu un running gag avec mon éditrice, qui est quand même la femme la plus patiente du monde (non, elle ne m’a pas contrainte à écrire ça !).

Lorsque je suis derrière mes romans, mon plus grand plaisir est de discuter avec des lecteur.ices. Pas forcément les mien.nes, juste des personnes qui s’arrêtent pour poser des questions (sur ce salon on m’a demandé deux fois des conseils éditoriaux par exemple), lire des quatrièmes de couverture, recevoir un conseil en fonction de leurs goûts. C’est ce que je préfère mais je me suis rendue compte que je m’épanouis davantage à vendre et conseiller les romans de mes collègues que les miens. Au point que je passe une partie de mes pauses sur le stand du Chat Noir (le plus souvent) à recommander tel ou tel titre. Tout le monde sait très bien que si je ne suis pas sagement assise, c’est le lieu où on a le plus de chance de me trouver. Cette constatation me fait me demander si je ne devrais pas plutôt participer à ces évènements en tant que « libraire » en soutien aux éditeur.ices et c’est une réflexion très sérieuse sur laquelle je me penche en ce moment.

L’ombre en mode… un peu des deux.
Quand je sors de derrière le stand, je redeviens (juste) Manon / OmbreBones, la lectrice et blogueuse. Pourtant, mes rapports avec les auteur.ices ont une dimension supplémentaire puisque je suis également vue comme une collègue par la plupart. On peut donc discuter de davantage de sujets internes au milieu puisque je possède les connaissances nécessaires pour cela. Avec Estelle Faye, on a par exemple parlé de Gilles Dumay et du très bon travail réalisé par AMI sur son roman. Comme elle en sortait un autre chez Rageot presque en même temps, on a pu échanger sur la manière dont chaque éditeur travaille et j’ai trouvé ça plutôt riche puisque ça m’a permis de comparer avec ma propre expérience.

Être une collègue, même d’une autre maison, permet également de se confier plus honnêtement sur les projets en cours et les sorties à venir, puisqu’on a conscience du devoir de réserve que cela implique tant que rien n’est officiellement annoncé. C’est un de mes plus grands plaisirs (coupables), de savoir ce qui va sortir plus ou moins quand l’année prochaine et de qui. Et non, je ne dirais rien !

Mais surtout, pour moi, un salon du livre, c’est en premier lieu une occasion de revoir des copains et des copines auteur.ices. Le milieu reste petit, on finit tous.tes par se connaître, s’appeler par nos prénoms, avoir des petites blagues entre nous (tellement attristée par l’absence de Monsieur Nyx aux Halliennales, franchement tout se perd !). Évidemment, on n’apprécie pas tout le monde de la même manière mais depuis mon premier salon en 2015 (ça commence à dater…) je reste dans l’ensemble ravie des rencontres et des relations tissées au sein du milieu littéraire. Je me rends compte que ces personnes m’ont manqué durant le confinement, que ce microcosme a laissé un vrai vide qui a été comblé samedi dernier. C’est mon statut d’autrice qui m’a permis d’avoir tout cela et pourtant, aujourd’hui, je ne me sens plus vraiment comme telle et c’est quelque chose qui m’a perturbé durant tout le salon. Je crois que je vis en ce moment une transition d’un statut à un autre (mais lequel ? Mystère…) et que je me cherche encore.

L’ombre en mode 100% lectrice.
Cela étant, j’ai évidemment acheté des romans. Six en tout, ce qui est très raisonnable quand on pense que j’avais pour habitude de repartir avec au moins le double, auparavant.

Eliott et la bibliothèque fabuleuse de Pascaline Nolot chez Rageot.
Les héritiers de Brisaine, tome 1 de David Bry chez Nathan.
À l’ombre du manoir, tome 1 de Lizzie Felton aux éditions du Chat Noir.
Lullaby de Cécile Guillot aux éditions du Chat Noir.
Widjigo d’Estelle Faye chez Albin Michel Imaginaire.
L’arpenteuse de rêves d’Estelle Faye chez Rageot.

Trois jeunesses et trois romans adultes, quatre formats courts et deux romans de taille normale. Vu que j’ai du mal à me motiver à lire, je me suis dit que ce serait une bonne idée de me concentrer sur des textes plus accessibles et qui demandent un moins gros investissement en terme de temps mais aussi sur des auteur.ices qui ont fait leur preuve pour moi et dont j’ai quasi systématiquement aimé les textes. On verra si j’ai eu raison !

D’ailleurs, cela me permet de vous parler d’une autre de mes habitudes de salon. Je ne lis jamais les dédicaces tout de suite. J’attends d’être rentrée chez moi, d’être posée dans ma chambre et juste avant de dormir, j’ouvre chaque livre en prenant le temps de me rappeler la discussion échangée avec l’auteur.ice, puis je lis le mot laissé dans le roman. Certains sont plutôt classiques (c’est très difficile d’être original dans une dédicace !) mais d’autres sont plus personnels, en fonction du degré d’amitié que je partage avec l’auteur.ice concerné.e et ça me fait toujours chaud au cœur.

Par exemple, le premier livre acheté aux Halliennales a été celui de Lizzie Felton parce que je savais que beaucoup de monde allait se ruer dessus et que je ne peux pas me permettre de faire la file pour une dédicace, j’ai donc « triché » en y allant avant l’ouverture officielle. Ce que tout le monde fait, en réalité… C’était sa toute première dédicace dans son nouveau roman, elle ne l’avait même pas encore vu ! Et elle s’est déroulée dans la pénombre vu que les lumières n’étaient pas encore allumées de notre côté de la salle… Toute une aventure ! Lizzie dédicace avec une équerre pour écrire bien droit et faire ça proprement (il y a une histoire assez drôle derrière cette habitude mais si vous la connaissez un peu, elle ne sera pas difficile à deviner :P). Un joli mot touchant avec des cœurs et une mention spéciale comme quoi je possède bien le tout premier Manoir dédicacé. Cela satisfait beaucoup mon côté collectionneuse.

Le mot de la fin… ou presque.
Des anecdotes, il y en a plein et si j’ai évoqué plus particulièrement celles-là, c’est parce que ce sont les plus intéressantes. J’aurais aussi pu (et même du) parler de la gentillesse de Pascaline, du sabotage de Mathieu (qui dresse son terminal à refuser ma carte mais pas de bol, j’ai de la ressource ! #niark), de l’honnêteté de David Bry (vis à vis de son roman jeunesse qui n’était probablement pas fait pour moi MAIS que j’ai quand même acheté parce que cet auteur est trop bien, lisez le !), insister sur l’énergie d’Estelle Faye, glisser un mot sur le succès du talentueux Ariel qui ne pourra décidément jamais aller manger à l’heure sur un salon (mais ce n’est rien à côté de la courageuse Georgia Caldera qui avait toujours une file d’au moins 20 personne pour l’attendre, elle doit avoir le poignet foulé o.o) et qui pourtant prend toujours le temps de discuter et de plaisanter, de l’adorable Céline avec qui on peut parler de tout, d’Estelle (Vagner) la déléguée commerciale officielle des télescopes (ne cherchez pas) mais aussi de Sonia qui a nourri tout le salon à elle toute seule grâce aux dons de ses admirateur.ices, de la jeune Aline qui a (enfin !)  connu son premier vrai gros salon, de mon voisin Bertrand avec qui on rigole toujours pour un millier de raisons… et j’en oublierais encore parce qu’on ne peut pas se rappeler de tout.

Merci à chaque personne qui a contribué à cette belle journée et merci à l’organisation d’avoir permis au salon de se tenir dans de bonnes conditions. 

Et voilà, on arrive à la fin de ce billet un peu décousu. Je ne sais pas trop ce que je cherche à raconter au milieu de toutes ces réflexions. Je crois que je souhaite surtout partager avec vous un petit pan de ma vie autrice / lectrice. J’espère que cela vous plaira et s’il y a des choses que vous souhaitez savoir en plus, n’hésitez pas à me poser la question !

#Focus : ma liste de livres à lire pour mes étudiant.es

Bonjour tout le monde !

C’est le retour de la rubrique focus où j’ai eu envie, cette fois, de vous évoquer un peu plus mon métier. Certain.es le savent déjà ou l’ont deviné mais je suis prof depuis la rentrée scolaire 2019 et je donne cours en promotion sociale. Pour mes ami.es français.es, la promotion sociale est un enseignement qui concerne uniquement les adultes, qui souvent n’ont pas le bac (CESS chez nous) et donc n’ont pas terminé le lycée, et qui reviennent chercher ce diplôme pour des raisons professionnelles (souvent parce qu’iels en ont besoin pour évoluer ou alors iels changent totalement de carrière et suivent une formation technique en même temps). Je donne également cours dans différents bacheliers (licences) en fonction des années et des besoins.

Je suis prof de français et communication. Parfois, j’hérite des cours de communication professionnelle (ce ne sont pas mes favoris, je ne vais pas mentir…) mais je m’arrange pour avoir aussi les cours de français « littérature », au moins une ou deux classes par an, parce que j’adore donner cette matière (je sais, ça vous surprend grandement). Qui dit cours de français dit forcément livres à lire et donc la fameuse liste de lectures qui angoisse beaucoup mes étudiant.es car la plupart du temps, iels ont arrêté de lire quand iels ont stoppé l’école et n’ont jamais été touchés par un roman qui leur aurait donné envie de continuer. Quand mes étudiant.es sont plus proches de la vingtaine, il arrive qu’iels lisent des mangas ou des BDs, mais ça reste des exceptions, comme celle.ux qui sont déjà de gros.ses lecteur.ices. J’en ai eu deux ou trois depuis 2019, sur presque une centaine d’étudiant.es…

Ma problématique est donc la suivante : les encourager à la lecture, développer chez ell.eux le plaisir de lire, de réfléchir sur leurs lectures aussi, leur démontrer que c’est un passe-temps très actuel qui parle de thèmes qui peuvent les toucher. Pour moi, cela signifie leur donner des textes modernes qui ont été publiés pour la première fois il y a moins de cinq ans. Je ne veux pas relancer un débat, d’autant que j’adore les classiques littéraires mais j’estime que je dois d’abord les réconcilier avec la lecture avant de les orienter vers « l’ancien ».

Dés ma première année, j’ai donc proposé une liste de vingt lectures dans laquelle iels devaient piocher au moins un livre, sur lequel iels seraient interrogés à l’examen. Sur le contenu du livre, pour m’assurer qu’il avait été lu mais aussi avec une question de réflexion non préparée, puisque l’un des acquis qu’iels doivent obtenir c’est d’être capable de mener une réflexion critique, à l’écrit comme à l’oral.

Évidemment, pour cela, je propose uniquement des romans que j’ai pu lire et qui ont, je trouve, quelque chose à apporter dans un cadre pédagogique. Par exemple, en ouvrant une réflexion sur tel ou tel point culturel, social, politique, etc. Une des difficultés que je rencontre, c’est que mes étudiant.es manquent souvent de confiance en ell.eux et me disent très régulièrement qu’iels sont « bêtes » et qu’iels ne vont « jamais comprendre un tel livre ». Pourtant, iels y parviennent la plupart du temps et c’est la partie la plus gratifiante de mon travail que de leur rendre confiance.

Voici le contexte, donc, dans lequel se place cet article !

Cette année, en plus de la liste des 20, j’ai décidé d’imposer la lecture de 6 nouvelles obligatoires qui seront lues et discutées en classe à raison d’une par mois (le cours commence mi octobre jusque fin avril).  Ces nouvelles ont à chaque fois été aimablement offertes au format numérique par les éditeur.ices concerné.es, qu’iels en soient remercié.es.

L’apocalypse n’aura pas lieu (une seconde fois) de Corentin Macé (Nouvelles Ères, Livr’S)
Sans Nom d’A.D. Martel (Nouvelles Orléans, Livr’S)
Neufs jours pour l’enfer d’Aiden R. Martin (9, Chat Noir)
Les 9 fantômes de Mayfair de Gwendolyn Kiste (9, Chat Noir)
Guide sorcier de l’évasion d’Alix E. Harrow (Bifrost, le Bélial)
L’Étoile d’Arthur C. Clarke (Bifrost, le Bélial)

Ce sont des nouvelles lues par moi dans l’année écoulée et qui m’ont toutes parlées d’une manière ou d’une autre. On pourrait s’étonner de l’absence de Ken Liu ou de Rich Larson mais ne soyez pas trop inquiet.es… J’ai sélectionné ces textes parce qu’ils couvrent différents genres littéraires, il y a donc plus de chance qu’au moins l’un d’eux fonctionne sur mes étudiant.es et leur donne envie d’aller voir plus loin. Les classiques croisent les auteur.ices francophones comme anglophones, je fais une exception à ma règle des cinq ans pour Clarke parce que je trouve que l’Étoile peut vraiment apporter un débat passionnant. Si ça vous intéresse, je vous dirais de quoi il en aura retourné !

À présent, voici la fameuse liste des 20 romans dans laquelle iels doivent en lire au moins un avec une brève explication du pourquoi ce roman est présent dans la liste :

2
L’estrange malaventure de Mirella
– Flore Vesco (L’école des loisirs)
Un roman « jeunesse » (tout public en réalité) qui parle du statut de la femme et de la condition sociale avec un fond d’émancipation pour les deux. Le style d’écriture atypique (mélangé avec de l’ancien français) est un gros plus qui permet de revenir sur ces thématiques et d’en plus aborder des questions d’écriture, type de narration, etc.

50275281._sy475_
Rouge
– Pascaline Nolot (Gulfstream)
La réécriture d’un conte qui traite du harcèlement, du culte des apparences et du sexisme ordinaire.

Les-poisons-de-Katharz
Les poisons de Katharz
– Audrey Alwett (ActuSF / J’ai Lu)
Une fantasy humoristique qui permet d’aborder la question de la parodie mais aussi des archétypes au sein d’un récit.

13
La fille qui tressait les nuages
– Céline Chevet (Chat Noir)
Un roman fantastique / thriller psychologique qui se déroule au Japon et permet de parler du mouvement surréaliste.

82331907_612882919473118_1820494082514878464_n
The dead house
– Dawn Kurtagich (Chat Noir)
Un young adult fantastico-horrifique à la narration atypique, qui passe par des articles de journaux, des extraits vidéos etc. Cela me permet de parler justement des types de narration et de ce qui se fait de nos jours.

15
Ormeshadow
– Priya Sharma (Le Bélial)
Un roman fantastique qui brouille les frontières entre l’imaginaire et le réel tout en parlant des enfants, de la transmission de mémoire mais aussi de la façon dont l’imaginaire peut aider à supporter le réel.

metamorphose_t1_vitanostra.indd
Vita Nostra
– Maria & Sergueï Diatchenko (L’Atalante)
Un OLNI dans toute sa splendeur, j’admets volontiers qu’il est dans ma liste parce que je suis curieuse de voir de quelle manière il serait reçu par mes étudiant.es tout en mettant ma main à couper qu’aucun.e ne le prendra. Hélas !

17
Filles de rouille
– Gwendolyn Kiste (Chat Noir)
Un roman fantastique qui aborde des questions sociales et permet de faire un parallèle avec les révoltes ouvrières de Belgique, d’ouvrir éventuellement sur le documentaire des Femmes machines que j’affectionne puisqu’on y voit ma nonna et que les femmes de ma famille de cette génération ont toutes été concernées d’une manière ou d’une autre par ces sujets.

12
Les miracles du bazar Namiya
– Keigo Higashino (Actes Sud)
Un roman fantastique mais pas trop qui met l’accent sur l’humain et les émotions, j’aime bien donner des auteur.ices étranger.es parce que ça permet de faire des parallèles culturels et de réfléchir sur notre façon de voir le monde à travers notre prisme culturel justement.

16
La maison au milieu de la mer céruléenne
– TJ Klune (De Saxus)
Mon dernier gros coup de cœur en date qui parle des enfants placés et différents mais aussi de l’aliénation au travail, très pertinent vu le public.

12
L’homme qui mit fin à l’histoire
– Ken Liu (Le Bélial)
Encore un texte que je donne depuis le début, qui parle du concept même d’Histoire et de vérité historique, qui permet de remettre en question pas mal de choses. Je dois encore vérifier quelle collègue va leur donner le cours d’histoire mais ce sera peut-être une lecture obligatoire pour cet autre cours. Suspens !

6
Cérès et Vesta
– Greg Egan (Le Bélial)
Une novella qui parle de discrimination et d’immigration, très actuelle et une bonne porte d’entrée au genre hard-sf, je trouve.

27
Retour sur Titan
– Stephen Baxter (Le Bélial)
De nouveau de la hard-sf accessible qui permet d’aborder le principe de sense of wonder mais également de poser des questions sur la science, ses bienfaits qui deviennent parfois des méfaits, l’importance qu’on donne au progrès.

chambers_v2.indd
Apprendre, si par bonheur
– Becky Chambers (L’atalante)
De la science-fiction positive et humaine pour démonter leurs idées reçues mais aussi permettre de parler des questions d’inclusion.

24
Le fini des mers
– Gardner Dozois (Le Bélial)
Cette novella est dans la liste pour la même raison qu’Ormshadow mais aussi pour ses deux interprétations possibles. C’est donc un peu, comme Vita Nostra, une expérience que je tente avec les étudiant.es qui vont le lire.

19
La divine proportion
– Céline Saint-Charle (Livr’S)
Un thriller qui permet d’aborder le genre dystopie mais aussi de réfléchir sur le concept de justice, notre propre système judiciaire, ses failles, etc.

23
Les anges oubliés
– Graham Masterton (Livr’S)
Encore un roman d’horreur qui est un peu là pour remplir les cotas, j’avoue, mais également pour aborder les codes du genre et les comparer avec ce qui se fait à la télévision / au cinéma. Ç’avait été une question d’examen l’année dernière avec la Mélodie, d’ailleurs.

6
Tu es belle Apolline
– Marianne Stern (éditions du Chat Noir)
Young adult et littérature blanche, un combo qui fonctionne bien chez les éducateur.ices et les aides soignant.es / familiales d’autant que ce roman parle d’anorexique, de comment l’aborder, etc. C’est intéressant de s’interroger sur la perception qu’on a de ces maladies trop souvent banalisées.

7
Les derniers des branleurs
– Vincent Mondiot (Actes Sud JR)
Un roman nécessaire pour cell.eux qui manquent de confiance en eux, afin de réfléchir sur le système scolaire, ses problèmes, de relativiser ce à quoi iels ont pu être confronté.e dans leur parcours aussi. Ce roman, je crois que je ne l’oublierai jamais tellement il a résonné en moi en tant que prof.

36
Permis de mourir
– Delphine Dumouchel (Livr’S)
Une novella young adult du point de vue d’une jeune fille dans le coma suite à un abus d’alcool. Encore un texte nécessaire qui parlera surtout aux éducateur.ices et aux aides soignant.es / familiales. Il est présent dans la liste pour la même raison qu’Apolline.

Comme vous le voyez, je mélange allègrement les genres afin que tous.tes puissent trouver au moins un roman qui collerait à ses goûts. Comme je donne ce cours notamment aux informaticien.nes, aux éducateur.ices, aux aides-familial.es et soignant.es ainsi qu’aux assistant.es pharmacie, je fais en sorte de mettre des textes capables de les toucher même dans leur pratique professionnelle. Raison pour laquelle les trois derniers romans sont de la littérature « blanche » stricto sensu. Toutefois, en me basant sur les choix effectués par elle.ux les deux autres années, les étudiant.es ont plutôt tendance à se tourner vers l’imaginaire, sauf cell.eux hyper réfractaires à la lecture et qui n’acceptent de lire que ce qui a un lien avec leur métier. Mais au moins, iels lisent et c’est déjà une victoire.

J’ai aussi remarqué qu’iels ont tendance à se tourner vers le livre le plus court. Grande était ma naïveté, je sais… Mon erreur avait été de mettre un seul UHL (Ken Liu, lu par deux étudiants) et une novella (La Mélodie, chez Livr’S) si bien que j’ai enchaîné sept ou huit examens sur le même livre, retiré cette année de la liste uniquement pour cette raison (ce qui a beaucoup fait rire l’autrice, je vous rassure 😉 ). Je ne peux plus entendre cette histoire ni la voir en peinture !
Cette fois-ci, j’ai multiplié les formats courts, soit nouvelles / novellas, soit des romans pas trop épais, en laissant un ou deux pavés et un roman moins abordable de prime abord pour un.e lecteur.ice lambda, pour l’étudiant.e possédant déjà un gros bagage culturel / littéraire. L’année dernière, j’avais mis Terra Ignota (je sais, grande est votre surprise) mais j’ai changé cette fois pour Vita Nostra. Je précise que personne n’avait lu Palmer, je le vis comme un échec personnel.

J’espère que ce billet / réflexion / partage d’expérience vous aura plu ! En fonction de vos retours, je peux prévoir un article un peu bilan après leurs examens pour voir ce qui a fonctionné ou non, émettre des hypothèses, réfléchir pour l’année prochaine aussi car ma liste change (hormis quelques livres qui restent genre Ken Liu) d’une année à l’autre en fonction de mes lectures.

N’hésitez pas à me dire quel livre vous donneriez, à ma place, et pourquoi 🙂

#ProjetOmbre : clap de fin anticipé

Logo ProjetOmbre
Bonjour à toutes et à tous !

Si vous me suivez sur Twitter, cet article ne devrait pas être une grande surprise pour vous. Le 18 mai dernier, je réalisais un sondage au sujet du #ProjetOmbre pour prendre un peu la température face à un potentiel arrêt anticipé du challenge et j’ai été confrontée à beaucoup de bienveillance et de compréhension autour de cette question. Merci pour ça ♥

Je pense qu’il est important de vous expliquer un peu mon cheminement de pensée sur le sujet. Donc installez-vous, prenez un petit thé, on va causer.

Quand j’ai repris le #ProjetMaki pour sa seconde édition, je savais plus ou moins à quoi je m’attaquais : un challenge littéraire d’envergure, avec une cinquantaine de participants, à animer toute l’année pour maintenir l’intérêt. J’étais motivée et pleine de bonnes intentions, sincèrement. J’avais envie d’aller au bout de l’aventure.

Mais.

Déjà, je me suis rendue compte qu’il y a plusieurs degrés de « savoir » et que même quand « on sait » une fois qu’on se confronte à la réalité, on tombe de haut. De plus, entre temps, mon rapport au blog a évolué. J’en ai un peu parlé dans mon dernier bilan mensuel et je compte en reparler plus tard une fois mon dernier service presse lu. En quelques mots : je me suis rendue compte que je me mettais trop de pression pour publier un quota d’articles par semaine, que je lisais en me demandant ce que je pourrais écrire sur tel livre ou tel autre et j’en ai eu ma claque. Ce n’est pas un rapport comme celui-là que je veux avoir avec la lecture. Je veux retrouver ce plaisir simple de lire tel livre parce que j’en ai envie et pas parce qu’il vient de sortir. De relire des romans ou des mangas et ne pas juste me concentrer sur la découverte des nouveautés. De laisser de côté un livre pendant deux ou trois jours si je n’ai pas le temps / l’envie de l’ouvrir sans pour autant commencer à paniquer en me demandant ce que je vais bien pouvoir écrire sur mon blog.

Ces réflexions m’ont mené à une diminution de mes articles mais aussi de ma présence sur les réseaux sociaux. Parce que la pression, je me la mettais là aussi : je dois publier pour dire ce que je lis, ce que je fais, pour échanger avec les autres… Sauf que, pourquoi ? C’est la question que je me suis posée. Pourquoi « je dois » ? Est-ce que j’en ai seulement envie ?
De là, j’ai mis mon compte Instagram en pause, je traine sur Twitter quand j’en ai envie et si je n’ai rien à dire, je ne me contrains pas à poster des trucs « pour faire du like ». Je précise que j’avais déjà entamé ce processus il y a des mois et que je n’ai jamais été du genre à étaler ma vie (sauf ma vie littéraire) sur les réseaux. Donc peut-être que la plupart d’entre vous n’ont rien remarqué et finalement, tant mieux. Bref, avec cette nouvelle façon de considérer ma pratique du blogging, il est difficile de s’improviser community manager sur un challenge littéraire, encore moins sur une aussi longue période de temps. J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour les personnes qui s’en sortent là-dessus parce que c’est chronophage et que c’est un aspect qui, personnellement, ne m’intéresse pas vraiment. Et j’en ai marre de me contraindre à faire des choses qui ne m’intéressent pas vraiment sur mon temps libre, parce que je le fais assez au boulot.

Du coup, avec moins de rappel, d’animation etc. de ma part, forcément, le  rythme du challenge a beaucoup ralenti pour la plupart des participant/es à quelques notables exceptions. Vous me direz, s’il y a toujours des personnes actives, pourquoi arrêter ? Et bien peut-être par égoïsme mais je l’assume. Je ne pense pas que mon bien-être doive passer au second plan car ce blog est un hobby, pas mon travail. Je ne me sens plus apte, aujourd’hui, à porter correctement ce challenge jusqu’au bout. De plus, je considère que ce serait un manque de respect envers les participant/es que de faire les choses à moitié ou par-dessus la jambe. Mon principe, c’est de faire bien ou de m’abstenir. C’est peut-être radical mais voilà… Je préfère offrir une belle fin à ce challenge, remplir les attentes (au moins en partie) des participant/es et des éditeur/ices qui ont offert des lots, puis passer à autre chose pour me libérer l’esprit de ces contraintes.

Je vous annonce donc officiellement que le challenge prendra fin le 30 juin 2021.

Pourquoi le 30 juin ? Déjà parce que ça fait six mois tout pile donc c’est plutôt bien. Puis parce que les challenges estivaux vont commencer et cela libèrera du temps pour celleux qui souhaitent y participer. Ce qui ne sera pas mon cas car je me suis aussi rendue compte que les challenges littéraires ont du mal à m’accrocher sur le long terme, que ce soit le Printemps de l’Imaginaire Francophone ou encore le S4F3 même si, l’année où l’amie Lutine postait presque toutes les semaines (ou mois ?) un récapitulatif, je réussissais à bien m’accrocher et m’investir car il y avait un gros aspect ludique. Toutefois, ça demande un temps monstrueux ! Et j’ai beaucoup d’admiration pour elle d’y être ainsi arrivée.

Sachez qu’une personne s’est déjà montrée potentiellement intéressée pour la reprise du challenge mais sur un autre format. Mon expérience aura au moins servi de leçon et de matériel pour une réflexion à ce sujet. Je pense qu’il faudra le revoir en profondeur en terme de durée et d’animation afin que ça soit plus gérable pour tout le monde : la personne qui l’organise comme les lecteurs. D’autant que j’ai reçu plusieurs remarques très pertinentes sur le sujet de lecteurices qui ne participaient pas justement parce qu’un an c’est trop long et trop chronophage.
Toutefois, si l’idée d’animer ce challenge vous tente aussi, n’hésitez pas à vous manifester. Après tout, on pensait déjà de base le faire voyager chaque année d’un blog à l’autre alors ce serait l’occasion.

Voilà où j’en suis actuellement et le pourquoi du comment de ma décision. Je trouvais important de me montrer transparente envers toutes les personnes qui ont pris la peine de participer, à un moment ou à un autre, mais aussi d’expliquer en détail ma réflexion parce que ça pourrait être utile à quelqu’un qui envisagerait de se lancer dans cette grande aventure qu’est l’organisation d’un challenge littéraire.

Sur un aspect plus pratique :
-Les lectures compteront jusqu’au 30 juin 2021 à minuit.
-Vous aurez jusqu’au 7 juillet 2021 à minuit pour renseigner vos chroniques. Si elles ne sont toujours pas publiées à cette date, vous pourrez remplir le formulaire avec les bonnes infos et me poster par la suite votre lien dans l’article récapitulatif pour que je l’ajoute. Le formulaire disparaîtra le 8 juillet 2021 au matin.
-L’article récapitulatif final sera publié le 9 juillet 2021, y seront également annoncés les gagnant/es du tirage au sort ! Ces personnes devront me contacter pour choisir leur lot parmi ceux offerts par les maisons d’édition et elles le recevront au plus tôt dans la foulée.

Voilà tout ce que j’avais à dire sur le sujet !
Merci de m’avoir lue jusqu’ici et surtout, prenez soin de vous ♥

Papotage de lecteur #1

Bonjour tout le monde !

Le 1er mai, Cécile (du blog la Bougie de Vinâyaka) lançait un nouveau concept qu’elle encourageait à reprendre si l’envie nous disait : le papotage de lecteur. En quelques mots, elle expliquait qu’elle avait envie d’échanges axés davantage sur le lecteur en tant que tel et pas toujours les chroniques littéraires. Tout comme elle, j’aime savoir qui se cache derrière une critique ou derrière un roman. J’aime découvrir l’aspect humain des gens que je lis régulièrement et je trouve que ce rendez-vous est l’occasion de s’intéresser aux multiples personnalités présentes sur la blogosphère.

Ce premier papotage tourne autour du thème de notre première rencontre avec la lecture. Comment sommes-nous devenu/es des lecteur.ices régulier.es ?

Ma propre histoire n’est pas extraordinaire mais j’ai quand même envie de la partager. En la rédigeant, je me rends compte que plusieurs évènements ont eu lieu à peu de temps d’intervalles et qu’ils ont tous joué un rôle à leur manière. Je ne me souviens pas exactement de la chronologie, parce que j’ai 28 ans au moment où j’écris ces lignes et une mauvaise mémoire… Mais je vais quand même essayé de mettre un peu d’ordre.

L’influence d’Harry Potter.
Ah tu l’attendais pas hein, celle-là ! Bah oui, je suis de la génération qui a eu 11 ans quand les premiers livres sont arrivés en français… Donc forcément… Je ne peux pas faire comme si cette saga n’avait pas eu d’impact.
Un jour, ma maman est revenue avec un coffret des quatre premiers tomes d’Harry Potter parce qu’on avait été voir le premier film au cinéma et que j’avais adoré. Elle les avait vu dans un magasin Carrefour et elle s’est dit que ça me plairait. Je me rappelle d’ailleurs que la salle de cinéma était tellement comble que j’ai passé le film sur ses genoux et qu’on a changé à l’entracte avec mon petit frère (assis par terre sur les marches…) parce qu’il n’y avait plus que deux places pour nous trois.

J’ai donc lu directement le deuxième roman (j’ai mis très très longtemps à lire le premier, bizarrement… Je crois que j’avais trop le film en tête) et ça a été un gros coup de foudre. Je les relisais en boucle tellement j’étais fan ! Quand je dis que je les ai lu une vingtaine de fois dans ma vie, je n’exagère même pas. Je sais qu’il y a de nombreuses polémiques récentes sur l’autrice mais ça n’enlève rien à ce que sa saga m’a apporté en tant qu’être humain et en tant que lectrice. Pour la première fois, je plongeais dans l’imaginaire et j’étais fascinée par cet univers si original à mes yeux, encore plus à l’époque où je n’avais aucun point de comparaison.

Christian Grenier et les enquêtes de Logicielle.
Pour être honnête, je ne me rappelle plus si j’ai lu ces textes avant ou après Harry Potter. Je les revois côte à côte dans ma petite bibliothèque et je me souviens avec quel plaisir j’ai dévoré @ssassins.net ! Pour vous resituer le contexte, j’ai toujours été attirée par le théâtre car je suivais les cours et les stages organisés par mon école primaire après journée et pendant les vacances. J’avais une animatrice extraordinaire prénommée Caroline, que je n’ai d’ailleurs toujours pas oubliée aujourd’hui. Alors quand je suis tombée sur un livre, je pense dans la bibliothèque de l’école mais sans certitude, qui parlait de Cyrano de Bergerac, d’enquête dans une réalité virtuelle, j’ai sauté sur l’occasion ! J’ai lu Rostand assez jeune d’ailleurs mais j’étais fascinée par ce personnage de Cyrano, par sa verve, son côté Gascon qui m’attirera ensuite chez Dumas et d’Artagnan (qui restera toujours mon premier bookboyfriend, j’assume !). J’ai aussi lu Coups de théâtre, L’ordinatueur, Arrêtez la musique, bref quasiment toutes les enquêtes de Logicielle. J’adorais ce personnage, la preuve c’est que je ne l’ai pas oubliée plus de 15 ans après. Ces livres ont eu un énorme impact sur moi, je pense d’ailleurs que Logicielle a été la première héroïne femme à laquelle je m’identifiais. Je rêvais de devenir comme elle ! C’est important, l’air de rien, dans la vie d’une petite fille. Alors merci du fond du cœur monsieur Grenier.

Agatha Christie et Hercule Poirot.
Ma maman a toujours été une grande fan de romans policiers, principalement ceux d’Agatha Christie. J’ai toujours vu ces livres dans notre bibliothèque. Je ne sais plus si j’ai été attirée par eux à cause de l’excellente série avec David Suchet en acteur principal ou si j’ai d’abord lu un roman avant de regarder la série… Toujours est-il que ce personnage m’a séduite par son intellect, son esprit de déduction et son style de manière générale (j’ai un truc avec les anglais, cherchez pas…). Le premier roman lu, c’était les vacances d’Hercule Poirot puis le Meurtre de Roger Ackroyd. J’en ai découvert quelques uns ensuite dont le titre m’échappe, d’autant que je dois avouer avoir bien plus regardé la série. Pourtant, ces livres ont eu une vraie importance pour moi parce que je les voyais comme « mon premier livre d’adulte ». Quand je les lisais, du haut de mes douze ou treize ans, j’avais vraiment l’impression d’être une grande et j’étais très fière de dire à mes professeurs ce que je lisais. Oui j’étais ce genre de gamine avec un ego énorme type première de la classe… J’adorais les impressionner, j’adorais qu’iels me donnent des livres différents, plus poussés, à lire, qu’iels m’encouragent sur cette voie.

Le mot de la fin :
J’éprouve une grande reconnaissance à l’égard de ma maman. Elle travaillait toute seule pour élever deux enfants, elle se débrouillait avec son seul salaire et elle trouvait quand même le moyen de me mettre des livres entre les mains. C’est vraiment grâce à elle que j’ai attrapé ce virus de la lecture à l’origine, parce qu’elle a posé ses yeux sur un coffret dans un magasin et qu’elle s’est dit que ça me plairait et parce qu’elle a accepté que je lise les romans de sa bibliothèque, même si j’étais encore jeune. Ce goût pour la lecture a aussi été entretenu par des professeurs de français extraordinaires (il n’y a qu’une seule année sur mes six de secondaire où j’en ai eu une vraiment nulle) qui ne considéraient pas d’un mauvais œil les littératures de l’imaginaire et quand je lis certains témoignages ou certaines histoires, je me rends compte que j’ai été très chanceuse là-dessus.

Petite réflexion pour conclure : je trouve amusant que deux des trois séries qui ont fait de moi une lectrice régulière (acharnée ?) soient des romans policiers alors que je n’en lis quasiment plus aujourd’hui… Comme quoi !

Et vous, quelle est votre histoire ? Votre genèse en tant que lecteur ?
Racontez-moi ♥

FOCUS – Je découvre l’application Rocambole !

Salutations à toutes et tous !

Comme l’indique le titre de ce billet, je vais aujourd’hui vous parler de ma découverte de l’application Rocambole à laquelle je me suis abonnée le 27 mars de cette année pour une durée d’un mois, afin de l’essayer à fond. C’est donc tout récent toutefois j’en entends parler depuis un moment, sans pour autant oser me lancer parce que, comme tout le monde, j’ai des préjugés à la noix. Le principal, c’est de réussir à les dépasser ! Mais replaçons les choses dans leur contexte…

5f96ebbd5147f3407098a964_Logo_noir_fond_transparent

Mes préjugés et moi…
Il y a plusieurs mois maintenant, j’ai été contactée par l’équipe de Rocambole qui me proposait de découvrir leur application ainsi qu’une série de mon choix, un peu sur le modèle du service presse. J’avoue qu’en lisant le mail, je ne savais pas trop quoi penser d’un concept de ce type là d’autant que je ne comprenais pas l’attrait de lire sur son téléphone. J’ai une liseuse mais le confort de lecture est totalement différent… J’imaginais quelque chose comme Wattpad, où n’importe qui pouvait poser n’importe quoi, avec juste un ou deux modérateurs pour surveiller, j’étais persuadée que j’allais me tuer les yeux, que la qualité littéraire ne serait pas au rendez-vous, tout ça tout ça.

Bref, je n’ai pas trop regardé plus loin même si j’avais promis de le faire dans mon mail.
J’ai un peu péché par suffisance, condescendance même, comme si une application ne pouvait pas proposer de la vraie et bonne littérature de qualité. Je crois qu’inconsciemment, c’est ce que je pensais, même si je n’avais pas envie de me l’avouer frontalement.

J’ai donc oublié cette application, jusqu’à récemment. Il y a quelques jours à peine, en vérité, quand j’ai lu le tweet d’un auteur de chez eux qui expliquait leur modèle de financement : le fait qu’il avait touché un à-valoir, que les droits d’auteur étaient calculés tous les six mois au lieu de tous les ans, sur base du succès de la série, etc. J’ai été positivement surprise d’un tel professionnalisme de la part « d’une plateforme juste numérique » et donc j’ai décidé de m’y pencher dans le détail pour me faire mon opinion et casser la g… figure à mes préjugés. 

Rocambole, c’est quoi ?
roc1Rocambole m’évoque un peu Netflix (jusque dans son interface) : c’est une structure qui publie ici de la littérature sous forme épisodique et dans tous les genres littéraires, allant de la fiction (fantasy, fantastique, polar, etc) à la non-fiction. Le lecteur paie un abonnement pour une somme modique qui lui permet d’accéder à la totalité du contenu dont il peut jouir à sa guise. Cet abonnement coûte 4.09 euros par mois (soit moins qu’un livre de poche et même moins qu’un roman au format numérique chez beaucoup d’éditeurs) ou une quarantaine d’euros pour une année complète. Je précise que ce prix semble être celui en Belgique car le site annonce 3.99 euros pour l’abonnement mensuel en France. C’est un détail vous me direz, mais c’est toujours bien de le savoir.

Même si le système fonctionne sur base d’abonnement, il est possible d’utiliser / de tester l’application gratuitement :
-Les trois premiers épisodes de chaque série sont disponibles gratuitement à la lecture.
-Il est possible de suivre certaines séries « en temps réel » et donc de lire un épisode toutes les semaines de manière gratuite.
-Certaines séries sont remises pendant un laps de temps données à disposition gratuite du public, souvent quand la suite va sortir si suite il y a.
-Certaines séries, comme Arsène Lupin de Maurice Blanc par exemple, sont gratuites puisque du domaine public mais toutefois accessibles via cette application, ce qui est vraiment intéressant. J’espère que d’autres vont la rejoindre.
-Une période d’essai totale de 14 jours est offerte au lecteur, sans engagement.

Enfin, il faut pour cela demander une formule d’abonnement en un an mais le débit ne se fait pas avant que les quatorze jours soient passés, il suffit donc de l’annuler via Google Play avant la fin du temps imparti. Et donc oui, le paiement s’effectue par votre compte Google uniquement.

Un système éditorial 2.0
Rocambole est une structure française qui met (pour l’instant) en avant la littérature francophone avec des auteurices qui écrivent en langue française au format épisodique ou feuilleton, tel qu’on pouvait en trouver dans les journaux du 19e siècle. C’est un exercice d’écriture assez différent du roman puisqu’il faut attiser l’intérêt du lecteur d’épisode en épisode pour ne pas le perdre en chemin. Chaque épisode compte +- 10 000 signes espace compris ce qui équivaut à 1500 / 2000 mots (j’ai vérifié pour vous) et donc cinq ou six minutes de lecture par épisode. Pour le moment, les séries lues respectent très bien ce format mais ce n’est guère étonnant puisque Rocambole possède une équipe éditoriale complète avec éditeur, coach littéraire, correcteur, bref la totale.

Si je parle de système « 2.0 » c’est parce que, comme je l’ai dit, Rocambole semble avoir à cœur de valoriser le statut de l’auteurice en rémunérant dignement le créateurice et en lui payant un à-valoir, ce qui est assez rare dans le milieu quand on ne porte pas un grand nom. Le calcul des droits d’auteur parait également régulier et transparent si on en croit le témoignage lu il y a quelques jours (ainsi que ceux reçus dans les commentaires de cet article) et surtout, il y a bien un travail éditorial effectué. Il semble donc possible d’allier (vraie) littérature à technologie 2.0 et de s’adapter aux habitudes de lecture de la nouvelle génération. En tant que prof, j’ai déjà pu constater que certains étudiants ont tendance à lire beaucoup sur leur téléphone justement. C’est donc peut-être le moyen idéal pour les « réconcilier » avec la lecture à moindre coût puisque tout le monde n’a pas les moyens d’acheter régulièrement des romans au format papier ou d’investir dans une liseuse.

Et le confort de lecture ?
Cela a été l’un de mes premiers freins puisque je ne me voyais pas lire sur mon téléphone. De fait, je ne lis toujours pas dessus puisque j’ai récemment acheté une tablette… Toutefois, sachez qu’il est possible de moduler la taille de la police, de la changer mais aussi de choisir un mode de lecture (fond blanc, fond noir, fond clair / beige) ce qui est très agréable. Il est également possible de lire sur son ordinateur, via l’application.

Petit plus : l’application informe du temps de lecture moyen pour chaque série et chaque épisode. On sait ainsi directement dans quoi se lancer en fonction du temps dont on dispose !

Et donc Rocambole, finalement, c’est bien ?
(cette partie a été mise à jour le 24 avril 2021 après utilisation de l’application pendant un mois)
Dans l’ensemble je trouve l’idée de l’application plutôt positive pour permettre un accès plus vaste et aisé à la littérature. De plus, son traitement des auteurs parait très respectueux, ce qui n’est pas négligeable. Je pense aussi que le concept peut convenir à beaucoup de lecteurs qui ne soit pas déjà assidu sur les romans ou les ebooks. En effet, si j’ai été très enthousiaste lors de ma découverte des premières séries, je me suis finalement lassée au bout de deux semaines. Soit en tombant sur des histoires qui me branchaient moins, me paraissaient moins soignées, moins intéressantes, soit tout simplement parce que je voulais lire les livres présents dans ma PàL. J’ai donc du mal à effectuer un réel changement dans mes habitudes de lecture et je pense que ce sera le cas de beaucoup parmi les blogueurs et les lecteurs déjà assidus. Aussi, j’ai suspendu mon abonnement au terme de ce premier mois, quitte à le reprendre plus tard si l’envie se fait sentir, mais probablement chaque fois pour une courte période. 
C’est donc une affaire de goût personnel et d’habitudes de lecture ! Le seul vrai bémol de Rocambole, c’est qu’il faut posséder un smartphone ou une tablette (logique) et payer son abonnement via GooglePlay, ce qui ne dérange peut-être que moi mais bon, on a tous et toutes nos petites névroses pas vrai ? En tout cas, je suis contente d’avoir testé par moi-même cette application et d’avoir pu réfléchir sur mes préjugés en littérature. 

Et vous, utilisez-vous cette application ?
Avez-vous également certains préjugés à ce sujet ? 

#ProjetOmbre : chez quel(s) éditeur(s) lire du format court ?

Logo ProjetOmbre

Il y a quelques jours, je lançais le #ProjetOmbre (saison 2 du #ProjetMaki) qui consiste à lire un maximum de format court, de manière régulière, sur l’année 2021. Je me suis rendue compte, lors de ma première participation au challenge, qu’il n’est pas toujours aisé de savoir vers quel éditeur se tourner pour trouver des textes qui collent autant au challenge qu’à nos goûts et cette liste a pour but de vous aider. Elle est vouée à évoluer tout au long de l’année, non seulement par vos apports (n’hésitez pas à me dire ce que j’ai oublié dans les commentaires !) mais aussi au fil de mes propres découvertes.

Je précise également qu’Anne-Laure du blog Chut Maman Lit ! a proposé une liste semblable à celle-ci pour le #ProjetMaki donc n’hésitez pas à y jeter un œil.

Quelques précisions :
-La liste n’est pas organisée par ordre alphabétique ou de préférence mais plutôt par ordre de ce qui m’est venu quand je l’ai rédigée. Je sais, ma rigueur laisse à désirer. 
-La liste contient des maisons d’édition qui ont pour habitude de publier régulièrement ou des nouvelles ou des anthologies et / ou qui ont une collection dédiée. Je sais qu’il y a des recueils disponibles ponctuellement chez d’autres éditeurs mais ce serait vraiment compliqué de tout référencer ici sans que l’article ne devienne imbuvable… N’hésitez toutefois pas à les signaler en commentaire pour celles et ceux qui le souhaitent 🙂
-Je vous mets chaque fois le lien direct vers la boutique de l’éditeur pour vous permettre de trouver facilement chaussure à votre pied. Y’a plus qu’à cliquer.

Sans plus attendre, commençons !

liste_Le-Belial-lediteur-des-mondes-imaginaires_3846
Le Bélial vous permet de lire du format court grâce à sa mythique collection Une Heure Lumière (dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur le blog) mais également grâce au Bifrost dont chaque numéro contient entre 2 et 6 nouvelles de SFFF. C’est, à mes yeux et dans mon cœur, vraiment l’éditeur incontournable d’un challenge dédié au format court. Bien évidemment, c’est tout personnel 🙂

téléchargement
Il arrive à AMI de proposer des nouvelles écrites dans l’univers des romans édités en papier. Ces nouvelles sont numériques mais rien ne vous empêche de les découvrir ! Je vous renvoie sur leur site pour trouver ces titres. De plus, au mois de Janvier 2021, va paraître Émissaire des morts qui contient 4 nouvelles en plus d’un roman court et qui permet de valider la première mission du challenge. Notez que la première de ces quatre nouvelles est disponible gratuitement en numérique. La boucle est bouclée !

ActuSF-logo
AMI n’est pas le seul éditeur à proposer des nouvelles dans l’univers de ses romans publiés. ActuSF le fait aussi et depuis plusieurs années, pour plusieurs de ses auteurs francophones. Il n’y en a pas moins de quatorze disponibles sur Emaginaire avec des textes notamment de Jean Laurent Del Socorro, Morgane Caussarieu, Alex Evans ou encore Karim Berrouka ! J’en ai déjà lu une partie et ça a été un régal à chaque fois. Sachez également que l’éditeur propose des recueils de nouvelles, y’a plus qu’a.

55
Tous les ans, Livr’S Éditions propose une anthologie thématique. Il n’y en aura pas en 2021 (la pandémie a chamboulé le planning éditorial) mais il en existe déjà cinq avec chaque fois une petite dizaine de textes et presque exclusivement des auteurs et autrices francophones. Ces anthologies existent en papier et en numérique pour certaines et je n’en parle pas parce que j’ai écrit une nouvelle dans l’une d’elle. Au passage, ma préférée est Nouvelles Eres, celle de 2020, qui propose des textes assez chouettes dans le registre de la dystopie et de la science-fiction. De plus, la maison propose aussi des novellas au prix de 10 euros qui, hélas, ne sont pas regroupées dans une collection particulière mais vous pouvez les retrouver sur le site. Il s’agit de La Mélodie, de Kidnapping et de Club 27.

K96pMYWO
Maison découverte en 2020 pour moi, elle est spécialisée dans le format court et propose de nombreux textes d’auteurs francophones aussi divers que variés tels que Lionel Davoust, Aurélie Mendonça, Jean Laurent Del Socorro, David Bry, etc. Rendez-vous sur leur site pour découvrir leur sélection !

LogoChatNoir
Presque tous les ans depuis leur existence, les éditions du Chat Noir propose également des anthologies thématiques. Je vous en a déjà évoqué certaines sur le blog dont l’excellente Montres Enchantées. D’autres ne sont plus disponibles mais je sais que notamment cette année, leur anthologie anniversaire est prévue au programme et elle aura pour thème le chiffre « 9 ». À surveiller donc !

4d12f8d93012402e190e5cd70cc78fecaa70bd46.Rivière blanche logo
La maison d’édition Rivière Blanche est connue pour proposer plusieurs anthologies à leur catalogue. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’en lire mais voilà une piste sérieuse si vous aimez les antho’ !

VECTORISATION LOGO
À l’instar de sa voisine du dessus, les éditions Luciférines sont connues dans le milieu de l’imaginaire pour proposer des anthologies thématiques dont celle sur les Démons Japonais qui me fait de l’œil depuis longtemps ou encore la Belle Époque. En plus, les prix sont vraiment abordables en papier comme en numérique.

elenya
Elenya éditions est une maison qui publie des anthologies, souvent liées au Salon Fantastique d’ailleurs mais pas uniquement si je ne me trompe pas. Les thèmes sont multiples, allant de la fantasy au super-héros, en passant par l’horreur fantastique. Franchement, il y a largement de quoi se faire plaisir dans ces anthologies et avec de très beaux noms qui plus est.

Mnemos_logo_NB
Mnémos est une maison qu’on ne présente plus et qui s’occupe, chaque année, d’éditer l’anthologie thématique du salon des Imaginales. La première remonte à 2009, il y a donc de quoi faire même si, attention, certaines sont en rupture de stock ou uniquement disponibles sur les salons.

le-passager_logo_250
Maison d’édition que je découvre grâce à une recommandation sur Twitter, le passager clandestin propose une collection intitulée Dyschroniques qui se dédie à la nouvelle et, plus spécifiquement, des nouvelles de science-fiction et d’anticipation.

logo-site-new
Autre maison d’édition que je découvre via une recommandation sur Twitter : ArchéoSF, un label de Publie.net qui met à disposition des textes au format court issu de la science-fiction ancienne donc 19e, 20e siècle. On trouve sur leur site des textes courts mais également des feuilletons ! Certains sont en accès libre via l’onglet textes en ligne et je sens que je vais passer du temps sur ce site pour trouver des textes sympas à faire lire à mes étudiants. Bref, merci Zoé pour le tuyau !

téléchargement
Encore une chouette recommandation via Twitter : les éditions YBY qui propose de la littérature inclusive et met en avant la diversité dans la fiction. Il n’y a pas que du format court chez eux mais ils ont plusieurs collectifs à leur catalogue avec des textes très prometteurs. 

logo_ok
Nutty Sheep est une maison d’édition déjantée à la folie assumée qui est connue pour ses anthologies thématiques et son fameux logo mouton. Vous aurez largement le choix dans leur catalogue, en format papier comme numérique, pour trouver des textes qui vous intéressent : parodie, science-fiction, fantastique, fantasy, il y en a pour tous les goûts !

bla
Je n’avais jamais entendu parler auparavant de Nitchevo (une fois de plus, merci à Zoé !) pourtant ils rééditent actuellement toute l’oeuvre de Léa Silhol au sein de laquelle on retrouve énormément de nouvelles et d’anthologies. Ça peut être une très bonne piste si vous souhaitez, en prime, découvrir cette autrice !

téléchargement (1)
Enfin, dernier et non des moindres… Je sais que j’ai dit au début de l’article que je me concentrais sur les éditeurs qui ont des collections dédiées au format court mais je ne peux pas achever cette liste sans évoquer l’Atalante qui, outre l’excellentissime « Apprendre si par bonheur » de Becky Chambers, traduit également d’autres novellas comme celles de Martha Wells qui font forte impression sur la blogosphère. De plus, les deux derniers « tomes » du Vieil Homme et la Guerre de Scalzi sont aussi construits comme des recueils de nouvelles. 

Vous connaissez d’autres maisons d’édition qui pourraient entrer dans cette liste ? N’hésitez pas à les renseigner en commentaire !

(dernière mise à jour : 07/01/2021
À rajouter : Noir d’absinthe, les saisons de l’étrange, le Grimoire, Malpertuis, les Vagabonds du Rêve, Realm et Short éditions)

RÉFLEXION : l’évolution de mon rapport au format court dans la littérature

Salutations à vous, lecteurs et lectrices fidèles ! Nous sommes déjà le 24 décembre et le Père Noël des ombres a décidé de vous offrir un petit article réflexif qui lui est venu après avoir lu l’excellent hors-série 2020 de la collection Une Heure Lumière du Bélial. Commençons donc par replacer quelques éléments dans leur contexte, afin de comprendre comment j’en suis arrivée à l’écriture de cet article. 

Ce troisième hors-série tiré de cette très fameuse collection dont je parle régulièrement sur le blog s’ouvre sur un focus autour des traducteurs et des traductrices de la maison d’édition, celles et ceux qui travaillent notamment à traduire les novellas de la collection UHL. Il leur était demandé d’aborder leur rapport à ce genre et d’expliciter les difficultés qu’iels pouvaient rencontrer dans l’exercice de la traduction par rapport à celle, par exemple, d’un roman.

10
Jusqu’à encore récemment, je ne lisais quasiment jamais de format court, que ce soit la novella ou la nouvelle, car je nourrissais à leur encontre un certain nombre d’apriori. Selon moi, il n’était pas possible de développer une bonne histoire en si peu de pages. Forcément, des éléments allaient passer à la trappe et cela donnerait un texte pas suffisamment abouti. Une certitude héritée de je ne sais pas trop où, d’ailleurs… Peut-être un traumatisme scolaire ? Honnêtement, impossible de me rappeler. Du coup, par principe ou plutôt par habitude ancrée, j’évitais régulièrement de lire des recueils de nouvelles, des anthologies ou même des novellas au sens strict du terme. Je ne vais d’ailleurs pas revenir sur la terminologie et allègrement mélanger nouvelle et novella. Je sais qu’il existe une différence entre les deux notamment au niveau de la longueur mais il a fallu attendre que cet article soit publié pour que je sache précisément laquelle. Merci Apophis, à nouveau ! Voici donc, pour votre culture personnelle (et la mienne), les terminologies à utiliser : moins de 7500 = nouvelle, 7500 – 17499 = novelette, 17500 – 39999 = novella, plus de 40 000 = roman.

Bref, je cesse de digresser.

Je fuyais donc ce genre… Puis il y a eu la blogo. Ces blogpotes qui parlaient de la collection Une Heure Lumière (je ne cite personne pour ne vexer personne mais les concerné/es se reconnaitront 😉 ) du Bélial, qui écrivaient des retours sur leur lecture du Bifrost… J’ai fini par craquer en me lançant dans l’excellent Les Meurtres de Molly Southbourne (lecture en septembre 2019 seulement… Imaginez !) qui a eu le mérite de démolir toutes mes certitudes à propos de ce format. Poussée par la curiosité, j’ai donc consacré une partie de l’année 2020 à me prouver que j’avais eu tort en lisant des anthologies, des nouvelles isolées et des novellas. En cela, j’ai été aidée par le Projet Maki qui consistait à lire de manière régulière des textes au format court. J’insiste sur l’aspect régularité du challenge, qui m’a aidé à modifier mes habitudes de lectrice. Au point que j’ai fini par m’abonner moi-même au Bifrost ! Comme quoi…

2

Bien entendu, toutes ces expériences ne se sont pas soldées par une grande réussite. Certaines anthologies ne m’ont pas plu, certains textes collaient aux craintes que j’avais concernant les nouvelles (le sentiment de ne pas avoir toutes les réponses ou pire, de lire le début d’un roman). Mais je me suis aussi rendue compte que, quand un/e auteurice maitrise les codes du format court, cela donne naissance à des textes incroyablement percutants avec lesquels j’ai vécu certains de mes plus beaux moments littéraires de 2020. Impossible, par exemple, d’oublier l’excellentissime l’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu ou encore la très qualitative anthologie steampunk Montres Enchantées au Chat Noir (partie 1partie 2) ou même les nouvelles de Jean-Laurent Del Socorro, incluent dans la version collector de Royaume de Vent et de Colères. Ce ne sont que trois exemples parmi d’autres qui, selon moi, méritent d’être soulignés.

Ce que j’aime précisément dans la novella ? C’est simple ! Le format court me permet de m’immerger totalement dans un texte et d’y rester du début à la fin d’une seule traite, sans en sortir au milieu, car je peux y consacrer le temps adéquat pour cela sans peser trop lourd sur ma journée et sur mon temps de travail. Du coup, en tant que lectrice, je m’imprègne bien mieux du concept, de l’idée, de l’univers, des personnages. Les auteurices doivent montrer toute leur habilité à agripper l’attention du lecteur, ils n’ont pas le droit de trop prendre leur temps, ce que je reproche parfois à des romans et qui m’empêche d’avoir envie d’en continuer la lecture. L’équilibre doit être parfait entre l’attachement aux personnages, les informations sur l’univers, le thème abordé et l’intrigue. Plus ça va et plus je me complais vraiment dans ce type de lecture qui, en prime, a l’avantage de mieux s’adapter à mon style de vie pour le moment. Je ne suis pas en train de renier le roman, rassurez-vous ! Simplement, c’est agréable de se plonger par moment dans des aventures plus courtes, surtout quand elles ont autant de qualités.

De plus, en tant qu’autrice, c’est un genre que j’ai vraiment envie d’apprendre à maîtriser car je pense qu’il convient bien mieux que le roman à mon style d’écriture et surtout, à mon style narratif. J’en ai pris conscience seulement cette année et ça marque un gros tournant dans mon monde littéraire.

Finalement, je tiens donc à remercier le Maki pour son défi qui m’a poussée à dépasser mes aprioris et au Bélial pour s’être lancé dans l’aventure Une Heure Lumière dont tous les textes ou presque ont été de véritables enchantements à lire, contribuant ainsi à faire évoluer positivement mon opinion sur le format court. Je sais que beaucoup de gens nourrissent encore, à l’heure actuelle, le même genre d’aprioris que moi il y a un an / un an et demi sur ce format et j’espère que ce petit billet contribuera à amorcer un changement dans leur mentalité ou, en tout cas, à leur donner envie de laisser sa chance à des nouvelles et des novellas de qualité.

Et vous, vous aimez le format court ou justement pas ? Pour quelle raison ?

RÉFLEXION – la place des autrices francophones en science-fiction

Bonjour à tous !
Petit article réflexion aujourd’hui sur un sujet qui me tient à cœur. Vous le savez, je défends énormément la littérature francophone mais également la mise en avant des autrices dans le paysage littéraire, me rendant compte qu’on parle plus souvent des hommes que des femmes alors que la qualité de leurs écrits se vaut largement. J’ai donc eu envie de rédiger ce (long) billet.

Avant d’aller plus loin, sachez que :
– Je ne tape pas sur le festival des Utopiales ni sur son organisation. Leur sélection pour leur prix a été le départ de ma réflexion, d’où le fait que j’en parle, mais ils ne portent pas une plus grande responsabilité que d’autres dans cette problématique. Je ne vais pas revenir dessus en profondeur, si mon avis vous intéresse vous pouvez consulter mon compte Twitter.
– Ce billet est purement personnel et a pour ambition d’ouvrir la réflexion, pas d’apporter des réponses ou des solutions. Il manque de chiffres clairs et le sujet mériterait d’être traité dans le cadre d’un mémoire universitaire avec une méthode scientifique rigoureuse que je n’ai pas le temps de mettre en place moi-même.
– Votre avis sur le sujet m’intéresse mais je vous prie de rester courtois dans les commentaires 🙂

Qu’est-ce qui s’est passé ?
Le 16 juin, les Utopiales ont dévoilé la sélection pour leur prix, cinq romans adultes et cinq romans jeunesses. Presque aussi vite, la blogo s’est enflammée en constatant qu’il n’y avait aucune femme nommée chez les adultes. Anouchka (du blog les Notes d’Anouchka) a même eu la gentillesse de nous sortir des statistiques sur les années précédentes.

Et, sans mentir, je me suis sentie mal en les lisant.

nouchka

Partant du principe que ce prix récompensait des œuvres de SF (on m’a corrigée par la suite donc mea culpa) j’ai commencé par m’offusquer de ne pas y voir Ada Palmer qui, selon moi, écrase largement la totalité de la sélection par sa qualité littéraire. On m’a ensuite dit que ce prix était réservé à l’Europe (ce qui n’est indiqué nulle part mais soit on ne va pas revenir là-dessus) de là, je me suis demandée quelle(s) autrice(s) pourraient y prétendre et j’ai eu… Un trou. Je vais y revenir.

Un auteur, une autrice, quelle différence ?
Je vous ai déjà évoqué la problématique de la représentation des autrices dans la littérature de l’imaginaire adulte dans certains articles, notamment 10 autrices incontournables et bien vivantes dans l’imaginaire francophone. Un billet écrit lui aussi en réponse à une sélection qui proposait seulement deux femmes parmi les autrices incontournables (et bien vivantes) en fantasy contre huit hommes et qui avait donc selon moi facilement dix ans de retard. Révélateur.

Quand on regarde une sélection comme celle des Utopiales, on peut s’interroger :
-Pourquoi trouve-t-on majoritairement des hommes en lice pour ce type de prix à destination des adultes ?
-Pourquoi met-on systématiquement ou presque les femmes en littérature jeunesse ?

Alors attention ! Je ne dis pas que les hommes écrivent de mauvais romans. J’aime beaucoup le travail de plusieurs auteurs masculins, en vrac : Jean-Laurent Del Socorro, Ariel Holzl, Adrien Tomas, Thibaud Latil-Nicolas, Patrick Moran Mathieu Guibé et ce sont seulement les premiers qui me viennent à l’esprit. Je ne dis pas que leurs romans doivent être écartés pour laisser la place au travail des autrices. Par contre, je pense qu’on devrait prêter davantage attention au travail en question et juger les textes de manière totalement impartiale, sans tenir compte du sexe de l’auteur. Vous allez me dire : meuf, t’es pas dans le jury, tu sais pas comment ils ont sélectionné tout ça. Ils n’ont peut être juste aimé aucun roman écrit par une femme sans que ça ait de lien avec son sexe ! Vous n’avez pas tort, sauf que j’ai du mal à croire à une simple coïncidence vu les chiffres montrés par Anouchka et ce qu’on peut observer au quotidien dans le monde littéraire.

Selon moi, nous vivons une période charnière dans la littérature qui s’accompagne d’une profonde prise de conscience, surtout au niveau du sexisme ordinaire et de la représentation. J’en ai déjà parlé sur le blog dans certaines réflexions, d’autres l’ont fait mieux que moi (coucou Planète Diversité) et je ne vais pas revenir précisément là-dessus. Toutefois j’ai le sentiment (oui je le mets en gras souligné pour qu’on comprenne bien que j’exprime un avis purement personnel et pas une affirmation qui fait loi) que les femmes sont encore moins représentées dans le paysage de la science-fiction et je m’interroge sur le pourquoi. Je n’ai d’ailleurs aucune vraie réponse à apporter. Est-ce que la science est une affaire purement masculine dont on écarte les femmes? Je me souviens d’un épisode de The Big Bang Theory qui tournait autour de cette problématique de pousser les filles vers les études scientifiques. Est-ce que le monde littéraire considère les femmes comme moins aptes ou moins crédibles à aborder des sujets liés aux sciences ? Est-ce que ces sujets intéressent moins les autrices et donc les poussent à se tourner vers d’autres genres littéraires ? On peut tout imaginer. Je ne possède pas de chiffres sur le sujet donc je me contente d’émettre des hypothèses.

Des autrices en SF ? Qui donc ?
Revenons-en à mon trou de tout à l’heure. Quand j’ai commencé à réfléchir à des exemples de nom à balancer pour prouver par A+B qu’il y a des autrices en SF talentueuses en Europe (enfin surtout francophone j’avoue parce que je ne m’y connais pas très bien pour les autres pays hors anglo-saxons), j’ai un brin séché.

Évidemment j’ai songé à Estelle Faye avec ses Nuages de Magellan, j’ai aussi pensé à Audrey Pleynet dont j’entends beaucoup parler via la blogo et Aurélie Wellenstein avec son récent Mers Mortes parce que je considère comme de la SF d’anticipation / post-apocalyptique (et si vous vous demandez pourquoi je vous recommande la lecture de l’excellent guide d’Apophis qui apportera la lumière dans vos vies. Je ne suis pas sûre qu’on ait le droit de mettre deux sous-genres mais je le prends et ceux qui ont lu le roman comprendront pourquoi.) sauf que trois autrices, aussi talentueuses soient-elles, dans tout le paysage éditorial, même juste francophone bah… C’est peu non d’une pipe !

J’ai donc eu envie de réaliser une petite liste d’autrices qui auraient pu concourir cette année pour le prix et qui n’ont pas été sélectionnées. Ma liste comporte donc une double restriction : la période de temps (2019 – 2020) et uniquement les textes en français d’origine donc en excluant les traductions.

Je sais qu’il y a d’autres autrices comme Cindy Van Wilder (Memorex) ou encore Agnès Marot (IRL, Erreur 404) qui mériteraient d’être citées (autant pour leur humanité que pour leur travail remarquable), tout comme il y en a énormément que je ne connais pas du tout et que j’ai eu le plaisir de découvrir par le biais d’échanges sur les réseaux sociaux.
Si le sujet vous intéresse, je vous mets le lien vers mon message facebook afin que vous puissiez récupérer à votre guise toutes les références citées par les personnes ayant voulu aider. Je vous mets également un lien vers le message facebook d’Émilie Querbalec qui a reçu énormément de réponses en posant la question il y a un gros mois d’ici. Je précise enfin que je n’ai pas lu une partie de ces romans donc je me base sur ce qui m’a été dit pour juger de leur parenté avec la SF. S’il y a une erreur quelque part, n’hésitez pas à me le signaler.

BASSETERRE Luce (La Débusqueuse de mondes – Le Livre de Poche – 13 mars 2019)
DOKE Sara (L’autre moitié du ciel – Mü éditions – avril 2019
EDGAR Silène (les Affamés – J’ai Lu – 8 mai 2019)
FAYE Estelle (Les nuages de Magellan – Scrineo – 4 octobre 2018 / Folio SF – 7 Juillet 2020)
Li-Cam (Résolution – la volte – 10 octobre 2019)
MARTEL A.D. (Revival – autoédition – 27 mars 2020)
MARTIGNOLE Danielle (Rémanence #3 – 1115 – février 2019)
ROZENFELD Carina (Le Démêleur de rêves – Scrineo – 10 octobre 2019 + Le Mystère Olphite – L’Atalante – 26 septembre 2019)
WELLENSTEIN Aurélie (Mers Mortes – Scrineo – 14 mars 2019 + La Mort du temps – Pocket – avril 2019)

Alors vous pourriez m’objecter que dans la liste, il y a des rééditions et peut-être des titres young-adult qu’on a tendance à classer en jeunesse.
Oui. Bien entendu, vous avez raison.
À cela, je vais vous répondre qu’il n’a jamais été fait mention d’un texte inédit mais bien d’une parution ou d’une traduction dans l’année littéraire qui précède le prix. Pour moi, une réédition compte en parution (c’est mon avis, pas un absolu 😉 ). Ensuite, le YA n’est pas forcément que pour les adolescents, d’ailleurs jeune adulte ça veut bien dire ce que ça veut dire… Un adulte jeune, certes, mais un adulte quand même. Pas un enfant. Du coup j’en profite pour pousser un petit coup de gueule à ce sujet : je ne trouve pas normal qu’on colle toujours les romans young-adult avec le jeunesse parce que ce sont deux publics qui n’ont pas grand chose en commun dans leurs attentes vis à vis des thématiques et des types d’histoire. Si on tient absolument à nuancer les catégories éditoriales alors il faut aussi faire évoluer les prix dans ce sens. Toutefois, c’est un autre débat que nous aurons à un autre moment dans un article dédié quand je disposerais de suffisamment de connaissances solides pour l’écrire.

L’humble conclusion de l’ombre.
Les autrices francophones sont présentes dans le paysage de la science-fiction et en plus grand nombre qu’on le pense à première vue. Toutefois, la part de leur publication est inférieure à celle des hommes et elles paraissent moins mises en avant de manière générale, donc moins connues du grand public. Pourquoi ? Je l’ignore et je ne peux que proposer les hypothèses déjà évoquées plus haut. Est-ce que tous les genres littéraires doivent afficher une parité complète et absolue ? Non, bien entendu, car tous les textes ne se valent pas et le sexe de l’auteurice ne devrait pas entrer en ligne de compte. Toutefois, je n’ai pas l’impression qu’on laisse suffisamment de place aux autrices pour s’exprimer ou s’épanouir dans les genres de l’imaginaire à destination d’un public adulte et c’est encore plus vrai dans la science-fiction. Ce n’est pas un absolu, certaines s’en sortent avec les honneurs comme Becky Chambers ou Ada Palmer sur la scène internationale mais ça reste peu au regard des hommes présents dans le rayon SF de votre libraire. Je ne demande qu’à avoir tort et qu’à voir la situation évoluer mais à l’heure actuelle, ce sont les conclusions que je tire de mes quelques recherches sur le sujet et de ma récente réflexion.

Voilà.
Je sais que cet article n’est pas parfait. Le sujet mériterait un travail universitaire tant il est vaste.
Je sais que je n’ai pas cité tout le monde parce que je n’en ai tout simplement pas la possibilité ni les moyens. Le but de ce billet n’est pas de râler dans le vent. Si j’écris ces lignes c’est pour vous sensibiliser à une problématique, vous inviter à réfléchir et peut-être à prendre conscience de vos biais en tant que lecteurices. Personnellement, je ne me considère pas comme meilleure qu’une autre parce que, pour être tout à fait honnête, je n’ai pas remarqué tout de suite que la sélection ne comportait que des hommes. J’ai du lire les tweets d’Anouchka et de l’ours inculte pour tilter.
Je m’en suis voulue, ça m’a poussé à réfléchir.
J’espère arriver un jour à voir ça tout de suite et par moi-même. J’espère en arriver un jour à vivre dans un monde littéraire qui prendra en considération l’ensemble de ses acteurs et pas juste les hommes blancs entre quarante et cinquante ans -et je ne dis pas ça pour culpabiliser ces hommes qui proposent aussi un travail de qualité. Je le dis parce qu’il n’y a pas qu’eux qui existent et il est temps pour certains d’en prendre conscience.

J’aimerais davantage de diversité.
Davantage de représentation.
Davantage de respect.

Merci pour votre lecture !
J’en profite également pour remercier Anne-Laure alias Chut ! Maman lit. qui a bien aidé à la réalisation de cet article avec ceux qu’elle a écrit l’année dernière sur les parutions des autrices ainsi que toutes les personnes qui ont pris le temps de répondre à ma publication sur facebook.

N’hésitez pas à échanger dans les commentaires mais s’il vous plait, n’oubliez pas le respect 🙂 Je répète que ce billet est purement personnel et ne ressort pas d’un travail scientifique rigoureux ! Si vous avez des chiffres, des thèses ou autre à ce sujet sous la main, je vous en prie, communiquez-moi les références que je puisse les lire.

RÉFLEXION – pour le respect de la littérature de l’imaginaire

Salutations amis lecteurs !
Aujourd’hui, c’est l’anniversaire du blog et j’avais prévu un joli petit article plein de fun, d’amour, de chiffres, histoire de fêter ça posément entre nous. Puis hier soir, sur Twitter, alors que je flânais innocemment, je tombe sur le screen d’un article dont je te mets le lien ici. C’est Suck My K. Dick qui a partagé ça et il n’a pas fallu longtemps pour que ça tourne, pour que ça s’indigne…. Pour que ça me gonfle modèle géant au point de me donner envie d’écrire ce billet et de repousser la sortie de mon article festif à demain après-midi. Pour te montrer à quel point, je n’ai même pas mis de gif, c’est dire.

À partir d’ici, je vais m’adresser directement à toi, Journaliste Incompétent. Oui, t’as droit à des majuscules et à un mot que tu jugeras peut-être un peu fort. Mais on va en reparler tout au long de ce billet d’humeur. Une fois à la fin, je pense que tu comprendras pourquoi tu as droit à un tel qualificatif.

 

Un titre pire que maladroit
Commençons par le commencement : c’est quoi ce titre ? Meilleurs selon quoi ? Les chiffres de vente ? Les notes sur les sites d’avis de lecteurs ? La popularité ? Sur quoi se base exactement cet adjectif ? Aucune idée, ça n’est mentionné nulle part. Soit, admettons. Par contre, quand on découvre la liste liée à ce titre… On vérifie la date par acquis de conscience. Mais non, nous sommes le 27 mai pas le 1er avril. Alors on essaie de comprendre, on commence à lire et on facepalm un grand coup avec cette histoire de « passé modifié » qui justifie, à tes yeux, Journaliste Incompétent, l’entrée de certains romans clairement fantasy dans un classement science-fiction. Même si ça reste assez tendancieux parce que je ne suis pas persuadée que les romans cités puissent se classer dans un passé fictif de notre humanité. Il s’agit plutôt d’un monde inventé basé en partie sur notre Moyen-Âge (mais pas que). Bref.

Est-ce que tu connais la notion de vérification des sources? C’est un truc tout bête que tes profs t’apprennent en première année et je le sais parce que je suis diplômée d’un master en communication de l’Université de Liège, ce qui signifie que j’ai fait trois années de bachelier (votre équivalent de licence en France) avant d’entrer en master, avec des cours de journalisme au cas où j’aurais eu envie de me spécialiser là-dedans (ce qui n’a pas été le cas). Normalement, tes professeurs ont du t’expliquer que quand on écrit un article, on vérifie ce qu’on raconte dedans et on se renseigne un minimum en croisant les sources histoire de ne pas raconter n’importe quoi et de ne pas se fier à une seule voix. C’est aussi quelque chose que j’enseigne à mes étudiants de 15 ans, au passage. Je suppose que tu t’es laissé abuser par la définition présente sur Wikipédia qui évoque la possibilité d’un passé fictif du coup je te recommande de jeter un œil au travail de l’ami Apophis qui fait autorité en matière de classement littéraire et qui aurait été ravi de t’aider si tu avais des questions.

En l’état actuel, dans le meilleur des cas, tu devrais au minimum renommer ton article et l’intituler « Dix romans de l’imaginaire super mainstream que tout le monde connait déjà parce que j’ai eu la flemme de faire de vraies recherches pour écrire un article documenté sur les littératures de l’imaginaire. »

Fantasy et science-fiction : blanc bonnet, bonnet blanc ?
Je vais utiliser ici la définition proposée par le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales mais tu peux trouver grosso modo la même dans plein de dictionnaires.
Science-fiction : Genre littéraire et cinématographique décrivant des situations et des événements appartenant à un avenir plus ou moins proche et à un univers imaginé en exploitant ou en extrapolant les données contemporaines et les développements envisageables des sciences et des techniques.

Sur cette base, j’aimerais bien savoir dans quel avenir plus ou moins proche et sur base de quelles données contemporaines / développements scientifiques on a écrit l’Assassin Royal, Le Sorceleur, le Hobbit, À la croisée des mondes ou encore Game Of Thrones (qui au passage est le titre de la série télévisée, le roman s’appelle A Song of Ice and Fire en anglais ou le Trône de Fer en français. Oh et l’auteur c’est G.R.R. Martin, en plus t’oublies des lettres dans son nom… Are you fuckin’ serious ?) Alors j’admets que je n’ai jamais lu l’Assassin Royal et que ma lecture d’À la croisée des mondes remonte super loin, toutefois j’ai vérifié et les deux sont bien classés en fantasy, un genre qui ne peut se confondre avec la science-fiction. Cela signifie, cher Journaliste Incompétent, que sur dix romans tu as déjà la moitié que tu peux retirer de ton classement.

Je ne vais pas me prononcer sur la présence des cinq autres ouvrages parce que je ne les ai pas lus, je n’en ai jamais eu envie. Pourtant je les connais, je sais que pour certains, ils font autorité mais voilà j’ai un problème avec les romans « qui font autorité » dans leur domaine donc je passe mon tour. Je vais éviter aussi de te demander POURQUOI tu recommandes des tomes 2, ça n’a pas grand sens mais bon à la limite, tu vois, ça, c’est le moins grave.

La domination blanche et masculine : y’en a MARRE !
Non content de te foirer sur le genre littéraire tu proposes en plus uniquement des romans 1) écris par des hommes (à l’exception de Robin Hobb) et 2) qui datent de plusieurs années si pas décennies dans certains cas. Es-tu au courant, cher Journaliste Incompétent, qu’il existe dans ton beau pays (la France donc je suppose vu que tu publies dans le Parisien) des auteurs et des autrices bourré(e)s de talents ainsi que des éditeurs engagés dans la défense des littératures de l’imaginaire? Tu n’avais qu’à te baisser pour trouver de quoi étoffer ton classement. Si tu cherchais absolument à mettre en avant des auteurs anglo-saxons, il y en a plein chez Albin Michel Imaginaire ou même chez l’Atalante (qui publie quand même John Scalzi et David Weber qui sont deux grands noms incontournables que même moi, novice en SF, je connais et je lis, deux noms totalement absents de ton joli classement).  Tu aurais aussi pu pousser ta démarche en mettant en avant les talents locaux, locaux ET féminin. Je peux te citer sans réfléchir trois autrices françaises de SF : Estelle Faye (Les nuages de Magellan – Scrineo), Luce Basseterre (La Débusqueuse de Monde – Mü puis Le Livre de poche) et Audrey Pleynet (Ellipses – Amazon). J’ai fait exprès de te mettre du gros éditeur, du moyen et de l’AE pour que tu constates qu’en prime, t’avais pas à chercher bien loin pour trouver.

Visiblement tu as voulu faire l’effort d’incorporer dans ton classement un auteur auto-édité sur Amazon, Thomas Palpant. C’est bien de parler des AE, vraiment, mais quand même… On va s’arrêter deux minutes sur ce monsieur.

Le cas E-Storic
J’ai lu plusieurs commentaires sidérés de la part d’autres blogueurs qui ne comprenaient pas la présence de ce roman dans le classement. Tu sais quoi ? Moi, je l’ai lu ce texte et je te renvoie vers ma chronique pour le détail de mon avis. C’était bien, intéressant, ça poussait à la réflexion sur la notion de vie privée et nos addictions à la technologie mais est-ce qu’il mérite de figurer parmi les meilleurs livres de science-fiction ? Désolée… Non. Et si tu l’avais lu, si tu avais lu plus de deux romans et demi de science-fiction dans ta vie, cher Journaliste Incompétent, tu penserais la même chose que moi. À présent que je possède un peu plus d’expérience dans le genre (et je le dis, ce n’est qu’un peu car je me considère toujours comme novice !), je sais que ces thématiques sont largement traitées, vues et revues dans ce genre littéraire. Thomas Palpant propose donc un texte sympa qui se lit tout seul et fait son job mais il ne réinvente rien. Il n’a aucune légitimité pour figurer dans ce classement déjà bancal. Ce n’est pas ici une attaque envers lui de manière directe (même si je m’interroge, comment s’y est-il retrouvé ?) juste une dernière mise au point histoire de m’assurer d’avoir bien enfoncé le clou jusqu’au bout.

Le mot de la fin.
Voilà, j’en ai terminé avec toi, Journaliste Incompétent. J’ai perdu une heure de ma vie à écrire ce billet d’humeur parce que j’en ai assez. J’en ai assez que des gens méprisants se permettent d’écrire sur des sujets qui me tiennent à cœur sans prendre dix minutes pour se renseigner. J’en ai assez de cette fracture qui existe entre les littératures de l’imaginaire et la « littérature blanche » comme s’il y avait des genres littéraires plus nobles que d’autres. J’en ai assez de voir des journalistes français cracher sur la production française pourtant si riche et originale en ne lui accordant même pas un regard ou alors au détour d’un copinage maladroit. J’en ai assez que le monde littéraire se voile la face sur sa réalité. J’en ai assez de toujours voir apparaître des hommes qui ont l’âge de mon père dans ces classements sans qu’on n’accorde de place aux femmes. Pas qu’ils n’aient pas de talent (je vous ai dit à quel point je suis fan du travail de Scalzi ?) mais ils ne sont pas les seuls à en posséder (non je ne vais pas citer Ada Palmer mais ADA PALMER BORDEL ! Et Estelle Faye en tant que femme ET française ! Je ne vais pas me lancer sur la fantasy sinon on va me perdre toutefois j’avais déjà écrit un billet à ce sujet). Je ne sais pas si tu es juste maladroit, toi qui as envoyé cet article au Parisien, mais t’as pris pour tous les autres et j’espère que ça te poussera à réfléchir la prochaine fois qu’il te viendra l’envie d’écrire sur un sujet que tu ne connais pas du tout.

On peut échanger dans les commentaires mais en restant courtois et respectueux, merci ♥

#VendrediLecture (83 – édition spéciale)

Bonjour à tous !
Voilà deux semaines que je n’avais pas rédigé un #VendrediLecture et pour cause… Entre la foire du livre de Bruxelles (oui j’ai carrément oublié de programmer un article avant de partir :D) et la nécessité de vous parler de l’impact du COVID-19 sur le monde littéraire, ce rendez-vous était un peu passé à la trappe. Reprenons donc de saines habitudes !

Aujourd’hui, je vais surtout vous parler d’une maison d’édition qui, comme beaucoup dans le milieu, a besoin d’aide. Pourquoi eux plus que d’autres? Déjà parce qu’ils ont demandé de l’aide mais aussi parce que c’est la maison d’édition chez qui j’ai le plus lu, qu’ils sont partenaires du blog et que je les aime énormément sur un plan humain (pas forcément dans cet ordre 🙂 ) Je vous spamme un peu à ce sujet sur les réseaux sociaux, je l’admets mais c’est une cause qui me tient à cœur donc voilà. J’espère que vous ne m’en voulez pas trop.

Je vous l’ai dit dans mon article, les petits éditeurs souffrent de l’épidémie et du confinement à l’instar des libraires indépendants. À votre niveau, plusieurs solutions sont possibles :

Pour les romans / mangas / BDs issus de grosses structures -> attendre la réouverture de votre librairie et ne surtout pas céder aux sirènes d’Amazon. Vous avez tous une grosse PàL, je le sais. Alors s’il vous plait, pour vos libraires, attendez quelques semaines. Ils le méritent ! Moi aussi, je suis en manque de mangas, mais j’irai tout chercher chez Kazabulles à la fin du confinement. Pas question de craquer avant.
Pour les romans / mangas / BDs d’auteurs auto-édités et de maisons d’édition indépendantes -> les commander directement sur leur site Internet avec une livraison immédiate ou non en fonction des possibilités de chaque pays. En Belgique, par exemple, la poste travaille et chacun respecte les mesures de sécurité pour préserver les facteurs (notamment garder la distance adéquate ou les inviter à laisser le colis sur les marches le temps qu’on descende). Vous pouvez ainsi participer à la semaine Livr’S de lire chez l’éditeur partenaire Livr’S qui offre des réductions et des cadeaux en fonction de vos achats sur leur boutique.

Mais il y a aussi la solution du numérique ! Et c’est là que la promotion du jour est intéressante car les éditions du Chat Noir proposent tous leurs ebooks à 1.99 euros au lieu des prix habituels qui oscillent, en fonction de la taille du roman, entre 4.99 et 6.99. C’est donc le bon moment pour les lecteurs numériques de se lancer à la découverte de cette maison d’édition française à la ligne éditoriale originale 🙂 Cette promotion est valable jusque début mai. Je vous mets ici le lien de mon article focus chat noir grâce auquel vous pourrez facilement retrouver toutes mes chroniques, histoire de les découvrir.

En cliquant sur ce lien, vous pourrez facilement vous procurer ces ebooks ! Ou en passant par vos plateformes habituelles type Emaginaire ou 7Switch. Et si vous ne savez pas par où commencer, n’hésitez pas à me demander conseil. Je connais le catalogue sur le bout des doigts, je pense être capable de bien vous aiguiller 🙂 Évidemment, se tourner vers le numérique est aussi une solution pour soutenir d’autres éditeurs indépendants comme Mnémos, ActuSF, le Bélial ou encore l’Atalante (okey là on est sur du plus gros, j’admets 🙂 ) qui souffriront un peu moins grâce à leur distribution en librairie mais qui souffriront quand même. Il suffit de lire le message d’ActuSF posté tout à l’heure pour s’en convaincre.

De mon côté, j’ai eu la chance de recevoir ma commande hier matin. Je pense que c’est la dernière à avoir quitté le Chat Noir avant qu’ils ne ferment les envois papiers jusqu’à la fin du confinement donc je suis très contente. Comme j’ai envie de lire des récits courts en ce moment, j’ai décidé de commencer avec ceci :

Nixi Turner #2 La Goule – Fabien Clavel
Lecture perso’ – Éditions du Chat Noir

10« Après les vacances de la Toussaint, Nawal retrouve ses amis et découvre qu’Imane a perdu beaucoup de poids. Elle commence à s’inquiéter pour elle, mais Nixi ne s’y trompe pas, c’est certainement l’œuvre d’un Croquemitaine. Armée de son épée, la chasseuse est prête à reprendre le combat ! »

Quel est le dernier Chat Noir que vous avez lu ? 🙂