Les grandes oubliées, pourquoi l’Histoire a effacé les femmes – Titiou Lecoq

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Avant-propos – un peu d’histoire de l’Ombre.
J’ai commencé à m’intéresser à la question du rapport entre l’Histoire et les femmes il y a trois ans d’ici, en entamant ma carrière d’enseignante car je donnais un cours sur les acquis sociaux et leur histoire. Au fil de mes recherches, je suis tombée sur le documentaire «
les femmes machines » dont je gardais un vague souvenir de mes années dans le secondaire. Il s’agit d’un film documentaire racontant les trois mois de grève des femmes de la FN Herstal en 1966. Dans les écoles liégeoises et surtout celle où j’étais alors (à Herstal) c’était courant de montrer ce film au cours de morale (devenu citoyenneté) et d’en discuter.

Je me suis alors souvenue que ma grande-tante avait été une de ces femmes machines, elle l’avait déjà évoqué sans que je ne comprenne vraiment de quoi il s’agissait (normal, j’étais jeune !). J’ai alors regardé ce reportage, vraiment regardé, une fois adulte et j’ai été enfin capable de prendre conscience de l’ampleur du combat qu’elles avaient mené. De là, j’ai commencé à lire, à me renseigner, à me passionner sur le sujet et entretenir une sorte de devoir de mémoire personnel.

Puis je me suis rendue compte que pendant mes cours d’Histoire, personne ne m’avait parlé de ces femmes. La pièce est tombée un peu plus tard, ça n’a pas été immédiat. Ni à l’école primaire, ni secondaire, pas même à l’Université… Alors que cette grève n’était pas du tout un épisode anodin dans le combat pour les acquis sociaux… Par contre, les révoltes des ouvriers (au masculin) ça…

Je me suis donc demandée pourquoi.
Et le hasard a voulu que Titiou Lecoq lise visiblement dans mes pensées puisqu’elle a publié peu de temps après un livre qui répond très spécifiquement à cette question.

De quoi s’agit-il ?
Les grandes oubliées
est un ouvrage didactique qui vise à expliquer de quelle manière et pour quelle(s) raison(s) les femmes ont été effacées de l’Histoire. Titiou Lecoq commence son voyage à la Préhistoire où elle explique comment cette période lui a été enseignée. Je dois avouer que son histoire a eu un fort écho en moi puisque je me rappelle très bien qu’au moins deux années complètes ont été consacrées à la Préhistoire où, finalement, j’ai appris que les hommes chassaient, que les femmes cueillaient, et… voilà. Rien de plus. Pourtant, c’est une période historique bien plus riche qu’il n’y parait et également plus intéressante que ce que mon souvenir me laissait croire.

C’est l’occasion de relever le premier grand point fort de ce livre : Titiou Lecoq ne fait pas que transmettre, elle vulgarise avec brio et dynamisme en recoupant sa propre expérience scolaire avec ses lectures récentes. Elle ne culpabilise pas non plus l’ignorance des gens, préférant remettre en question la manière dont l’enseignement est dispensé. Cela rend l’ouvrage aisé à lire et surtout, vivant.

Il faut toutefois bien avoir à l’esprit qu’en un peu plus de trois cents pages, il est difficile de se montrer pleinement exhaustive. Titiou Lecoq ne pouvait décemment pas parler de tout (qui le pourrait ?). J’ai lu quelques retours qui trouvaient dommage qu’elle n’ait pas évoqué les salons littéraires tenus par les bourgeoises et même moi je me suis dit que quand même, elle aurait pu avoir un mot pour les femmes machines… Toutefois, force m’est d’admettre que le travail effectué par elle est déjà énorme, déjà de grande qualité et qu’il a surtout le mérite d’ouvrir la porte aux suivant.es.x si pas de créer des intérêts ou des vocations. J’aurais adoré lire ce livre à l’Université parce que j’aurais très probablement écrit mon mémoire sur ce thème, même si j’ai pu y évoquer le mot autrice et l’invisibilisation des femmes dans l’histoire littéraire. C’était déjà pas mal, quoi que mon jury n’ait pas jugé bon de m’en parler après ma présentation…

J’ai précédemment parlé de vulgarisation et de dynamisme, cela passe par un ton familier et des adresses à son lectorat. Personnellement, ça m’a permis de davantage m’immerger et me sentir concernée mais je sais que cela peut rebuter certaines personnes qui ont une préférence pour les essais au sens plus classique du terme -et qui ont tendance à m’ennuyer, d’où le fait que j’en lis peu mais de plus en plus depuis l’année dernière car la nouvelle génération d’essayistes semble avoir compris mon problème.

Revenons à nos grandes oubliées ! L’autrice revisite les grandes périodes historiques, rappelant qu’il y a eu des reines en France au début du Moyen-Âge, que de nombreux métiers étaient en réalité également accessibles aux femmes (des peinteresses, des chevaleresses mais aussi des bâtisseuses de cathédrale ! ) et que la conception masculiniste de notre Histoire est en réalité une construction consciente et non pas strictement sociale, comme on pourrait le croire. La genrification des métiers, l’effacement de certains mots du dictionnaire de l’Académie française (pour plus d’informations à ce sujet je vous renvoie sur mon billet au sujet de l’importance d’utiliser le mot autrice) jusqu’au vol pur et simple des œuvres féminines par des hommes qui n’ont été que récemment remises en question.

Le cas de Catherine Bernard, un exemple parmi tant d’autres :
À cet égard, j’ai retenu plus particulièrement un exemple que je tenais à vous partager parce qu’il est particulièrement évocateur du propos du livre et qu’il marquera probablement autant votre esprit que le mien. Il s’agit de Catherine Bernard, une dame de théâtre au talent reconnu puisqu’elle touchait une pension de Louis XIV. Elle décède en 1712 et quelques années plus tard, Voltaire fait jouer une pièce intitulée Brutus… qui ressemble étrangement à celle de l’autrice, qui porte d’ailleurs le même titre. Pas de chance, certains critiques s’en rappellent ! Pour se défendre, Voltaire dit que de toute manière, ce n’est pas Catherine Bernard qui a écrit Brutus mais un certain Fontenelle. Il ne nie même pas le plagiat mais vous pensez bien qu’il ne va pas admettre avoir plagié une femme… À cause de cela, quand il doit rédiger la notice au sujet de Catherine Bernard dans sa fameuse encyclopédie, il la qualifie comme « auteur de quelques pièces de théâtre, conjointement avec le célèbre Bernard de Fontenelle, qui a fait presque tout le Brutus. » Bernard de Fontenelle qui, au fil du temps, devient son cousin, et comme c’est son cousin, ça fait d’elle la nièce d’un certain Corneille…

Voici donc comment on réécrit l’Histoire, même l’Histoire littéraire. Et si mon exemple en est tiré parce que je suis particulièrement sensible aux questions théâtrales, j’aurais également pu évoquer la façon dont les femmes sont gommées des conflits armés et révolutions diverses alors qu’elles ont fait leur part. Tout cela aussi, Titiou Lecoq en parle à travers ses 17 chapitres auxquels s’ajoute une conclusion.

Réécrire l’Histoire, mode d’emploi :
Mais comment est-ce possible, vous demanderez-vous ? Les raisons sont multiples et l’une d’elle est une croyance profondément ancrée depuis l’Antiquité que la femme est en réalité un homme raté, dont l’anatomie n’est pas sortie parce que l’enfant avait eu froid dans le ventre de sa mère (grosso modo). Puis, aux premières Modernités, avec la propagation de la dissection, les scientifiques affirment désormais que l’homme et la femme sont deux espèces différentes… Et comme l’homme est plus grand, plus fort, qu’il a un crâne plus grand, il est forcément supérieur à la femme.

La société s’inscrit ainsi dans une conception résolument binaire, ce qui explique notamment pourquoi beaucoup de gens ont énormément de mal à accepter les concepts de non-binarité ou d’intersexe. Et qui explique aussi pourquoi il a été nécessaire de systématiquement se battre pour obtenir le moindre droit, comme celui de voter, de disposer de son propre corps (notamment sur la question de l’avortement) et j’en passe. Un combat qu’il faut continuer à mener tous les jours et face auxquels certains se sentent menacés alors qu’il s’agit bien de conquérir le droit, pour la femme, d’être considérée comme un être égal. Notez également que des combats pour les droits de la femme, il y en a à travers l’Histoire qui se parsème de victoires mais surtout de reculs en la matière. Titiou Lecoq montre que rien n’est jamais définitivement acquis et que nous devons bien prendre garde à cela.

Et cela passe par l’éducation. J’ai été profondément choquée par le contenu des programmes d’Histoire en France, qui ont soi-disant été revus mais le manuel publié en 2019 chez Hachette ne consacre que 16 pages sur 277 aux femmes… SEIZE PAGES.
Cela pousse à réfléchir.
En tant qu’enseignante, je suis plus déterminée que jamais à consacrer une séquence complète à la question dans mes cours de français et j’ai déjà transmis les références de ce livre à ma collègue qui donne Histoire afin qu’elle puisse s’en servir. Je le suis d’autant plus que le livre de Titiou Lecoq m’a montré à quel point l’école a entretenu chez moi des préconceptions fausses et m’a inculquée une vision masculiniste du monde, au point de ne même pas me demander pourquoi il n’y avait pas de femmes chevaliers et de me satisfaire de l’évidence selon laquelle « je suis chanceuse de vivre dans un monde aussi évolué, progressiste et égalitaire »
Alors que… Non.
Je sais que j’ai déjà eu cette pensée quasiment en l’état. La lecture de ce livre m’a permis de mettre des mots sur un malaise insidieux et je ne pourrais jamais assez remercier son autrice pour cela.

La conclusion de l’ombre :
Je vous recommande chaudement la lecture de ce livre, que vous soyez ou non passionné.es.x par l’Histoire ou la reconnaissance féminine. Cet ouvrage dynamique et didactique est très accessible et bien référencé. L’autrice remonte le fil de notre Histoire pour mettre en avant ce qui en a été gommé et permettre de réfléchir sur notre éducation et nos préconceptions, tout en proposant des pistes de solution. Je vais me pencher sur ses publications antérieures et probablement reparler d’elle bientôt sur le blog.

D’autres avis : Pages versicoloresThe unamed bookshelfAu milieu des livresÔ Grimoire22h05 rue des dames – vous ?

Informations éditoriales :
Les grandes oubliées, écrit par l’autrice Titiou Lecoq. Éditeur : l’Iconoclaste. Prix : 20.90 euros.

Une histoire de genres : guide pour comprendre et défendre les transidentités – Lexie

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Une histoire de genres est un livre écrit par l’autrice Lexie qui possède également un compte Instagram (Agressively_trans) sur lequel elle évoque avec pédagogie les problématiques autour des transidentités. Ce livre est édité par Marabout et vous le trouverez partout en librairie au prix de 19.90 euros.

J’ai découvert ce livre sur le blog Ma Lecturothèque (que je remercie chaleureusement au passage ! ) et je l’ai aussitôt acheté car c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup. Je me considère comme une alliée mais je me suis rendue compte qu’on ne trouvait pas si facilement des informations claires et justes sur le sujet complexe qu’est la transidentité (ou que sont LES transidentités). Il me semblait donc légitime de me référer à un livre écrit par une personne trans, qui sait donc de quoi elle parle, et qui a effectué un vrai travail de recherche et de synthèse sur le sujet, ne se limitant donc pas à une autobiographie ou un témoignage. Je souhaitais apprendre, découvrir et surtout, réfléchir sur mes constructions socio-culturelles.

Ce livre est parfait pour cela ! Il se divise en sept chapitres qui se répartissent ainsi :

Le premier explique ce qu’est « être trans » en insistant sur le fait que le genre n’est pas quelque chose de biologique. C’est culturel et social, à la différence du sexe. Ce sont des principes souvent mélangés et j’avoue que je les mélangeais moi-même avant. C’est aussi là que l’autrice explique qu’il n’y a pas une transidentité mais DES transidentités, et qu’on ne doit pas se focaliser sur la binarité masculin / féminin pour les comprendre. Cela paraît évident mais je me suis rendue compte que je m’y référais souvent malgré tout et quand je discute avec des personnes qui ne comprennent pas le fait d’être genderfluid, par exemple, c’est souvent ce qui coince puisque nous sommes élevé.es.x dans une société qui nous inculque de base la binarité.

Le second chapitre s’axe sur l’importance du vocabulaire et des mots. En tant qu’enseignante en français et communication, je suis sincèrement persuadée du pouvoir des mots et du fait qu’on nie une réalité en refusant de la qualifier, de la reconnaître avec un vocabulaire adéquat et surtout, choisi par les personnes concernées par cette réalité ! Parce que oui, s’il y a bien une chose qui transparait dans ce livre, c’est qu’on demande rarement (si pas jamais) l’avis des personnes trans pour décider de leur vie. C’est encore plus développé dans le chapitre suivant…

Le troisième chapitre parle du coming-out et des transitions, autant sur un plan social, biologique que juridique en expliquant comment cela se passe en France de manière très concrète et en démontant des idées reçues selon lesquelles transitionner passe forcément par une opération chirurgicale. Je dois avouer que, dans mon esprit, c’était le cas et ça m’a surprise d’apprendre le contraire. De plus, l’autrice explique aussi que quand des politiques votent des lois qui concernent les personnes trans ou se mettent d’accord sur les procédures à imposer pour réussir à changer de prénom, de genre sur leur carte d’identité, etc. c’est toujours décidé par des personnes cis qui sont rarement spécialistes du sujet, et ça passe donc par toute une série d’étapes humiliantes et déshumanisantes.

Le quatrième chapitre parle de transphobie, de son aspect volontaire ou pas, de la manière d’aider dans ces cas là, il sert aussi à définir le rôle des allié.es.x dans ces situations. J’y ai appris énormément et je me suis rendue compte que, parfois, malgré moi, j’avais des pensées qui sont en réalité transphobes alors que je ne le suis pas du tout. J’ai du faire une petite pause après la lecture de ce chapitre pour prendre le temps d’y réfléchir et je fais attention depuis à me corriger consciemment si ça se produit.

Le cinquième chapitre évoque la transidentité à travers le monde. L’autrice prend divers exemples sur tous les continents et montre non seulement que la transidentité est quelque chose d’ancien (on retrouve des traces d’autres genres que les binaires masculin / féminin à travers l’histoire, jusqu’en 4000 ACN) mais aussi de culturel, qui a finalement chez nous été influencé par le principe dominant de la binarité. C’était très intéressant, j’étais loin de me douter que ce principe remontait à si loin et avait été si répandu dans d’autres sociétés. Comme j’aime beaucoup l’Histoire, forcément, ce chapitre m’a parlé.

Le sixième chapitre parle des luttes que la communauté trans doit mener et pour quelle raison elle y est contrainte. Ce chapitre évoque également le fait que, régulièrement, la défense des droits des personnes trans rejoint, par exemple, celle pour les droits des femmes car une femme transgenre est confrontée à une double discrimination… Idem pour une personne racisée. Cela paraît évident quand on en parle mais je dois avouer qu’en tant que femme blanche, je n’y avais pas vraiment pensé de manière concrète. Cela m’a chamboulé mais dans le bon sens du terme !

Et enfin, le septième chapitre parle de la manière dont les personnes trans sont représentées dans les médias et dans la fiction. Lexie met en avant le fait que, régulièrement, les articles de presse sont écrits par des personnes cisgenres qui n’ont pas l’ouverture d’esprit nécessaire pour traiter correctement les faits liés à la communauté ni même le vocabulaire adéquat. Elle donne pour cela divers exemples, celui qui m’a le plus marqué étant le suicide d’une personne transgenre qui a été qualifié dans certains médias comme « un homme en robe »…. Sans déconner.
Idem pour la fiction, les films mettant en scène des personnes transgenres (déjà peu courants) ne sont quasiment jamais réalisés par des personnes trans et les personnages trans ne sont pas joués par des acteur/ices/x trans à UNE SEULE exception… C’est interpellant et cela s’applique aussi pour d’autres communautés. Je vis probablement dans le monde merveilleux des bisounours mais ça me semblerait pourtant logique de laisser la main aux personnes concernées pour parler de leur vie, de leur quotidien, au lieu d’extrapoler ce qu’on ne connait pas. On rejoint ici un peu les débats qu’il y a parfois autour du concept de sensitivity readers, que je trouve pourtant très pertinent de mon côté.

Ce que je retire de ce livre :
Et bien, énormément de choses ! J’en ai cité quelques unes à travers ma présentation mais c’est loin d’être complet tant cette lecture a été très riche. Je compte d’ailleurs relire l’ouvrage plusieurs fois à l’avenir, afin de m’en imprégner, de surligner des passages qui me semblent importants et d’effectuer un travail plus poussé sur moi et mes conceptions. Je ressors vraiment enthousiasmée de cette lecture parce qu’elle m’a humainement enrichie.

De plus, j’y ai appris l’existence d’une terminaison neutre. Depuis quelques temps, j’utilise l’écriture inclusive mais je restais sur l’expression du masculin et du féminin. La particule x désigne le genre neutre, pour les personnes non-binaires, et j’ai décidé de l’utiliser également même si la transition risque de prendre un peu de temps.

J’ai aussi conscientisé et accepté que, même en me pensant ouverte d’esprit et tolérante, je véhiculais des stéréotypes ou des modèles de pensée problématiques, comme par exemple le fait que je me demande toujours quel était le sexe biologique de départ de la personne trans, alors que ça n’a aucun intérêt de le savoir. Il faut se concentrer sur le genre dans lequel la personne s’identifie, point final. Le reste ne me regarde pas. Ce sont des exemples parmi d’autres mais c’est ainsi qu’on avance, petit pas par petit pas.

Je pourrais continuer longtemps à parler de ce que ce livre m’a apporté et appris mais je pense vous en avoir donné un aperçu suffisamment fidèle et enthousiasmé pour que vous ayez envie de sauter le pas de sa découverte par vous-même. C’est d’autant plus important que la transphobie est partout : les médias, les réseaux sociaux, parfois même dans la littérature… L’idée de ce livre, c’est de pouvoir s’éduquer, s’éveiller et comprendre. Ce livre se veut accessible à tous.te : les personnes trans, les allié.es.x, les simples curieux.ses.x, n’hésitez pas !

FOCUS sur… Arcane, un chef-d’œuvre d’animation.

Bonjour tout le monde !

Je n’écris d’habitude pas sur les séries que je regarde mais je vais faire une exception pour le chef d’œuvre qu’est Arcane.

(les images présentent cet article sont la propriété de RIOT et ne servent qu’à illustrer mon propos.)

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Avant-propos : RIOT et moi.
Il me parait important de poser un peu le contexte. Je joue à League of Legends depuis 2011 / 2012 soit une petite dizaine d’années, presque depuis le début du jeu. Avec WoW (que j’ai fini par arrêter), c’est le jeu qui m’a tenu le plus longtemps sur la durée et sur lequel je suis devenue une hardcore gameuse (que je ne suis plus aujourd’hui parce que vie d’adulte, tout ça…). Il y a une époque où je jouais tous les jours jusque tard dans la nuit, à enchaîner les parties en équipe avec une bande d’amis. De bons souvenirs.

Donc même si le jeu n’est pas parfait, que j’y ai eu des hauts et des bas, on peut dire que je suis passionnée. Il n’y a pas que le jeu en lui-même qui a su captiver mon intérêt mais aussi tout le lore créé autour, toutes les histoires des différents personnages, les évènements thématiques organisés, bref les bonus créés par RIOT qui va jusqu’à monter des groupes de musique virtuels (KDA, Pentakill, True Damage), élaborer des clips vidéos, des cinématiques, des cérémonies d’ouverture de folie aussi pour les championnats du monde… League of Legends n’a jamais été « juste » un jeu. C’est un univers complet, bien plus qu’il n’y parait et quoi qu’en disent ses détracteurs.

Mais il y manquait quelque chose. Quelque chose que j’attendais personnellement depuis des années.

Le film. Ou, dans ce cas-ci, la série.

Au départ, quand Arcane a été annoncé, je ne savais pas trop quoi penser. La bande-annonce et les premières images promettaient sur le plan visuel mais j’avoue n’avoir aucune grosse affinité avec les personnages de Piltover (à l’exception d’Orianna qui n’est pas présente ici) et de Zaun. Je trouvais Jinx cool, j’ai toujours bien aimé la voir apparaître dans un clip ou l’autre (l’inoubliable chanson Get Jinxed par exemple qui apparait en clin d’oeil dans la série) mais ça n’allait pas plus loin. J’étais donc impatiente… et un peu déçue aussi de ne pas voir mes personnages favoris mis en avant. Surtout que j’étais persuadée que les premières à avoir droit à leur série, ce seraient forcément d’abord Lux puis Ashe.

Mais j’avais confiance en RIOT malgré tout, parce qu’ils ont toujours fait les choses bien.
Même comme ça, je n’étais pas prête.
Définitivement pas prête pour la claque astronomique que je me suis prise avec le visionnage de ces trois parties. Et c’est la raison pour laquelle je vous en parle sur le blog.

Arcane, de quoi ça parle ?
À Piltover, la cité du progrès, un jeune chercheur découvre une nouvelle source d’énergie mêlant magie et technologie, qu’il souhaite exploiter pour aider les habitants alors que son vieux mentor craint que des esprits mal intentionnés ne s’en servent comme d’une arme. Parallèlement, dans les bas fonds de la ville, Vi et sa sœur Powder survivent comme elles peuvent alors que l’ombre de Silco s’étend sur elles…

Des personnages forts.
Arcane a été divisé et diffusé en trois parties contenant chacune trois épisodes. La première partie se concentre sur la jeunesse des personnages, que ce soit Vi, Powder, Ekko, Jayce, Viktor, Caitlyn… L’histoire passe d’un personnage à l’autre, permettant ainsi de comprendre facilement les enjeux mais également les grandes disparités sociales qui existent entre le haut et le bas de Piltover.

Vi et Powder sont sœurs, elles ont perdu leurs parents dans un raid des forces de l’ordre de Piltover et ont été recueillies par Vander, qui maintient l’ordre dans les bas fonds. Vi est l’aînée, elle sait user de ses poings pour défendre sa cadette, qui préfère inventer des gadgets qu’elle espère réussir à faire fonctionner un jour.

Ekko est un jeune orphelin passionné de mécanique qui travaille dans une petite boutique des bas fonds de la cité. Il est ami avec Vi et Powder.

Jayce est le fils d’industriels qui fabriquent des marteaux. Il est fasciné par la magie depuis l’enfance car un arcaniste a sauvé la vie de sa mère. Il est persuadé qu’on peut allier technologie et magie et mène des recherches dans ce sens.

Caitlyn est fille d’une famille influente du Conseil de Piltover et amie de Jayce. Elle est très douée au tir et veut entrer dans les forces de l’ordre, malgré la désapprobation de sa mère.

Enfin, Viktor est un jeune homme malade et handicapé physiquement qui vient de la basse cité et a décidé de s’en extirper. Il a rencontré Heimerdinger, membre du conseil, qui a été impressionné par son intelligence et sa force de caractère, au point d’en faire son assistant. Viktor va s’intéresser aux recherches de Jayce et l’aider dans celles-ci. Ils vont devenir amis.

D’autres personnages du jeu sont présents de manière secondaire, avec toute une série d’easter eggs mais je ne vais pas tout vous dévoiler non plus ! Sans compter qu’évidemment, leurs destins et lignes narratives vont se croiser à un moment ou à un autre, ce qui remettra en question leurs préconceptions…

Les personnages sont la première grande force de la série tout comme ils sont celle du jeu League of Legends. Ce ne sont pas simplement des archétypes, ils possèdent une personnalité bien affirmée et subtile. Ici, pas de manichéisme. Au contraire ! Ces personnages vivent tellement que j’ai regardé la série en me passionnant pour Viktor, alors que dans le jeu, il ne m’a jamais intéressé… De même, la série ne se restreint pas à mettre en scène des champions du jeu. Elle créé de nouveaux protagonistes, comme Silco et Vander, qui sont passionnants chacun à leur façon. Même si Silco porte l’étiquette du « méchant », je pense qu’il serait plus judicieux de le qualifier d’antagoniste, et encore… tout dépend du côté duquel on se place.

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Selon moi, c’est l’un des personnages les plus réussis parce qu’il restera ambigu jusqu’à la toute fin, avec d’un côté ses ambitions, la manière brutale dont il tente de concrétiser son objectif mais aussi sa relation avec Jinx. C’était sublime.

Les grandes thématiques :
La série traite de nombreuses thématiques mais on peut en retenir certaines avant les autres. Premièrement, il s’agit de dépeindre une lutte des classes très à propos dans l’époque à laquelle on vit. Elle a ceci de différent que les habitants des bas quartiers se battent plutôt pour obtenir une indépendance de Piltover et donc fonder la nation de Zaun, imaginée par Silco et pour laquelle il va œuvrer durant toute la série.

Deuxièmement, on y parle de développement technologique et on illustre l’adage selon lequel l’enfer est pavé de bonnes intentions. Viktor et Jayce sont jeunes, idéalistes, ils veulent aider les gens, mettre au point des outils pour soutenir les ouvriers dans leurs travaux pénibles, en s’aidant de la technologie Hextech qu’ils développent. Même si Heimerdinger les met en garde sur les risques et sur l’importance d’y aller doucement, ils n’écouteront évidemment pas, encore moins une fois que Piltover sera frontalement menacée par Jinx…

Outre ces éléments, on y parle de relations familiales difficiles, de résilience, on y dépeint une société en souffrance comme on tire une sonnette d’alarme.

Un rythme narratif inégalable.
J’ai parlé des personnages, des thèmes, il me faut donc maintenant parler de la construction narrative et de la manière brillante dont les scénaristes ont agencé les éléments pour permettre aux personnes qui n’ont jamais joué au jeu de s’immerger totalement tout en surprenant les joueurs / fans. Les trois premiers épisodes posent les bases, un peu l’origin story des protagonistes, afin de comprendre où ils en sont une fois que commence l’épisode 4, qui se déroule quelques années après les trois premiers.

Aucune scène d’exposition artificielle, aucun moment qui sonne creux ou faux. Tout est construit d’une manière à ce qu’on ne sente pas passer les 42 minutes de chaque épisode. C’est incroyablement fluide. Les scènes fortes s’enchainent, s’alternent avec des affrontements superbement chorégraphiés. Du génie.

Un visuel impeccable.
Mais ce qu’on retiendra peut-être avant tout ce que j’ai évoqué, c’est l’aspect visuel qui, pour une série télévisée, a son importance. C’est le studio français Fortiche qu’on retrouve à l’animation, studio qui s’occupait déjà notamment des clips KDA. Ils n’en sont pas à leur première collaboration avec RIOT, donc, et pas la dernière j’espère parce qu’ils gèrent tellement que j’en pleurerais de joie.

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Ce n’est pas qu’une question de design des personnages, c’est aussi une ambiance, une finesse dans les décors. Il suffit de voir la dichotomie criante entre Piltover et ce qui deviendra Zaun qui se traduit au niveau des couleurs et des textures mais aussi l’intelligence avec laquelle ont été chorégraphiées certaines scènes de combat, comme celle entre Ekko et Jinx ou entre Vi et Sevika.

Des musiques inoubliables.
Pour compléter l’ensemble, on peut compter sur Imagine Dragon (qui n’en est pas non plus à sa première collaboration avec RIOT, comment oublier Warriors, l’hymne des worlds de 2014 ?) pour signer un générique efficace mais aussi sur de nombreux autres artistes qui apportent une BO électro trash de folie. Je fredonne Enemy depuis trois semaines… J’écoute les musiques en boucle, je crois que ma préférée restera quand même Dirty Little Animals de Bones UK.

Arcane, c’est pour qui ?
Vous vous posez peut-être la question. En tout cas, on me l’a beaucoup posée sur Twitter après que j’ai partagé mon enthousiasme sur les trois premiers épisodes. Beaucoup de gens pensaient qu’il fallait absolument jouer à League of Legends pour apprécier Arcane mais ce n’est pas le cas du tout, au contraire.

Vous aimerez Arcane si vous appréciez l’esthétique steam / cyber punk, si vous aimez l’animation adulte sérieuse, si vous aimez les intrigues solides aux thématiques plurielles et que vous ne craignez pas de finir en PLS à la fin de l’épisode 9 qui m’a foutu une telle claque que je n’en suis toujours pas remise actuellement.

Pour moi, Arcane est une pépite. Un chef-d’œuvre. Je n’ai plus été aussi enthousiaste au sujet d’une série depuis longtemps et la dernière fois, ça devait être Rick et Morty. Autant dire qu’on est sur deux catégories très différentes… Alors n’hésitez pas à laisser sa chance à cette série, elle vaut le coup.

D’autres avis : L’Épaule d’OrionÉvasion Imaginaire – vous ?

Et vous, avez-vous regardé Arcane ? Qu’en avez-vous pensé ?
Est-ce que ça vous tente ? 

RÉFLEXION – s’il vous plait, les maisons d’édition : respectez votre lectorat !

Bonjour tout le monde !

Si vous me suivez sur Twitter, vous ne devriez pas être surpris.e de lire cet article aujourd’hui.

Petite mise en contexte :
Hier matin, j’ai commencé à lire le roman Three Dark Crowns de Kendare Blake chez Léha. Je l’avais acheté en librairie, attirée par le concept et par le fait qu’il y ait trois personnages féminins mis en avant. J’ai lu une centaine de pages avant de voir passer sur Twitter une chronique partagée par la maison d’édition. Dans cette chronique, Le Point explique qu’il s’agit d’un premier tome et que quand on arrive à la fin, on a hâte de lire la suite vu le gros twist.

Avant de m’énerver, j’ai quand même été vérifier sur mon exemplaire s’il n’y avait pas une mention « tome 1 » quelque part qui m’aurait échappée mais non. Rien sur la couverture, rien dans le résumé, rien non plus sur les premières pages ou dans les mentions légales. Par contre, dans la bibliographie de l’autrice fournie par l’éditeur il est bien noté « la série Three Dark Crowns » mais j’estime que c’est gravement insuffisant, comme une information donnée vite fait en espérant que personne ne s’en rende compte… J’ai quand même effectué une seconde vérification parce qu’il s’agissait peut-être de tomes indépendants. J’ai donc été lire le résumé du 2 et… Non, on y retrouve exactement les mêmes personnages, ça semble être une suite totalement directe, comme le sous-entend la chronique partagée par la maison d’édition d’ailleurs.

Je précise avant d’aller plus loin que si cette expérience a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, de nombreuses maisons d’édition comme Mnémos avec notamment Chevauche-Brumes (l’éditeur donne une explication à ce sujet suite au partage de cet article, vous pouvez la lire en cliquant ici), ActuSF avec Rouge Toxic et Rouge Venom qui sont deux tomes liés entre eux sans que ça soit mentionné ou encore Denoël qui est aussi pas mal doué pour ça encore récemment avec Vers Mars qui est la suite de Vers les étoiles avec la même héroïne et tout (cette liste n’est pas complète, j’ai noté les premiers titres qui me viennent à l’esprit) ont contribué à le remplir, ce vase. Mon but ici n’est pas de taper sur Léha (ni sur les autres) mais simplement, d’une part, de vous informer si vous comptiez lire ce roman (enfin cette saga donc…) et d’autre part, de discuter de ce qui est, pour moi, un vrai souci et une grosse rupture de confiance.

Lire en dehors de la blogosphère.
Je pense important de dédier au moins un paragraphe à une petite mise au point, parce que ça n’est pas toujours clair dans tous les esprits. La blogosphère SFFF est un microcosme, un entre-soi où on se connait tous.tes plus ou moins, ne fut-ce que de nom, où on échange régulièrement avec les mêmes personnes quand on lit des romans étiquetés « imaginaire adulte ». On a vite le sentiment que l’univers des lecteur.ices s’y réduit et j’oublie moi-même parfois que ce n’est pas le cas.

En réalité, je pense que plus de 90 si pas 95% du lectorat ne tient pas de blog et n’en lit même pas. Ces personnes achètent leurs romans en librairie et vont les emprunter à la bibliothèque, iels en parlent peut-être autour d’elleux mais c’est tout. Iels ne sont donc pas spécialement au courant de l’actualité littéraire, que ce soit française ou à l’étranger et s’en… moquent en fait. Nous appartenions tous.tes, auparavant, à cette catégorie de lecteur.ice. Personnellement, j’allais à la FNAC de ma ville (Kazabulles n’existait pas encore) je flânais dans le rayon SFFF (qui était surtout bit-lit B. à ce moment-là), je lisais un résumé, j’étais attirée par une couverture, mais je ne cherchais pas de références sur Internet. À la limite, je demandais conseil à la dame responsable du rayon et ça s’arrêtait là. C’est ainsi qu’agit la majorité du lectorat. Donc ce qui est une évidence pour les personnes qui lisent en VO ou qui sont au top de l’actualité littéraire SFFF francophone ne l’est pas pour la plupart des gens.

En voyant un roman sans mention de tomaison, l’innocent.e lecteur.ice pensera logiquement qu’il s’agit d’un volume unique et se fera avoir.

Une pratique malhonnête.
Je juge la pratique malhonnête de la part des maisons d’édition. J’ai conscience qu’une série se vend moins bien auprès du grand public, que c’est un pari du coup plus risqué, sauf que ça ne constitue en rien une excuse. En ce moment, je n’ai pas envie de m’investir dans des séries parce que je trouve davantage mon compte à lire du one-shot, du roman court ou de la novella. C’est mon droit le plus strict. Si j’ai arrêté les SP, c’était pour retrouver le contrôle de mes lectures. Le contrôle total. Avec des pratiques éditoriales comme celles-là, on m’en empêche et ce n’est pas normal. La confiance est déjà rompue à ce moment-là mais il reste encore un argument de poids…

Le budget ! Car oui, l’argent ne s’est toujours pas décidé à pousser sur les arbres (franchement, il abuse !). J’ai dépensé 20 euros pour un roman qui en comptera finalement trois autres sans compter deux novellas, si j’en crois la page de l’autrice. Rien que pour les romans, si le prix se maintient (et vu les problèmes de papier en ce moment, j’ai comme un doute), ça signifie qu’au lieu d’un investissement à 20 euros, je pars a priori sur un investissement à 80 euros ! Ce n’est plus vraiment la même chose et je sais que pour certain.es lecteur.ices, c’est une dépense trop importante qu’iels ne peuvent pas forcément se permettre. Idem pour les bibliothèques ! On m’a fait remarquer sur Twitter que ça arrivait sans arrêt au sein des bibliothèques de commander des romans qui sont en fait des premiers tomes déguisés. On oublie aisément que ces institutions ont des budgets très serrés…

Alors oui, c’est malhonnête et j’en ai marre. Les premières fois où j’ai été confrontée à cette pratique, je n’ai rien dit (rien osé dire, je l’avoue j’ai même parfois défendu les structures concernées en m’obligeant à croire que oui il s’agissait bien de tomes indépendants (NON en fait !!)) parce que ça concernait des auteurs que j’apprécie ou des maisons d’édition que je respectais encore à ce moment-là, avec lesquelles je travaillais. J’ai ressenti un malaise mais je n’avais pas les mots et j’osais moins rentrer dedans. Aujourd’hui, alors que je me suis détachée de ces structures en n’acceptant plus de services presses, je suis redevenue une simple lectrice qui paie ses romans et qui n’a pas envie d’être menée en bateau par une maison d’édition. Une simple lectrice qui se sent, du coup, le droit de dire qu’elle est contrariée.

J’ai payé pour un one-shot. J’ai reçu un premier tome.
Ce n’est pas la même chose. Pas du tout.
Et bien mon argent ira désormais à des maisons d’édition plus éthiques qui ont la décence d’inscrire la tomaison sur leur saga.
Si je n’avais pas acheté ce roman chez un librairie indépendant, j’aurais même été me le faire rembourser.
J’ai conscience que ça ne représente rien pour ces structures mais ça me permet d’être en paix avec moi-même que de prendre cette décision et de m’y tenir. Je n’appelle pas au boycotte, je n’essaie pas de lancer une révolution ou de culpabiliser les personnes qui n’y voient aucun problème. Chacun.e est libre de penser ce qu’iel veut et d’agir comme iel l’entend.

J’espère juste que l’un.e ou l’autre responsable éditoriale passera par ici et qu’iel réfléchira deux minutes sur cette problématique, la prochaine fois qu’on lui proposera de faire passer un tome 1 pour un one-shot.

S’il vous plait, respectez votre lectorat.

Le compte-rendu de l’ombre : les Halliennales 2021

Coucou tout le monde !

Le 2 octobre 2021, je me suis rendue au salon des Halliennales près de Lille, dans le nord de la France. Premier gros salon pour moi depuis la foire du livre de Bruxelles en 2020, qui s’est déroulée une semaine avant le fameux lockdown… Ça valait bien un petit compte-rendu, non ?

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Je ne vous parle quasiment jamais des salons auxquels j’assiste parce que je m’y rends d’abord avec ma casquette d’autrice pour dédicacer mes romans et que je fais en sorte de dissocier le blog de cette activité, pour diverses raisons dont j’ai déjà pu parler. Pourtant, cette double casquette fait partie de moi et en lisant récemment un autre compte-rendu de salon, je me suis dit que ça pouvait peut-être se révéler intéressant de vous parler de ma façon de vivre ce genre d’évènement.

L’ombre en mode autrice.
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Le plus délicat pour moi consiste à gérer mon temps de loisir et de travail. Je viens avant tout pour présenter mes romans et donc être présente sur le stand Livr’S, peu importe la fréquentation du stand ou du salon. Une question de respect vis à vis de mon éditrice. C’est probablement le plus difficile quand on doit se contenter d’attendre un peu d’attention d’un.e lecteur.ice de passage pendant parfois une heure ou deux. Plus le temps passe et plus j’ai du mal à laisser mes fesses collées à ma chaise quand le battement est trop long. Je travaille dessus mais on ne va pas se mentir, ça ne fonctionne pas toujours.
Nous avons évidemment droit à des pauses mais il faut les gérer pour que chaque auteur.ice puisse avoir la sienne et donc ne pas abuser question disparition. J’avoue que je suis une spécialiste du « je reviens dans cinq minutes » qui se transforme en quinze. C’est devenu un running gag avec mon éditrice, qui est quand même la femme la plus patiente du monde (non, elle ne m’a pas contrainte à écrire ça !).

Lorsque je suis derrière mes romans, mon plus grand plaisir est de discuter avec des lecteur.ices. Pas forcément les mien.nes, juste des personnes qui s’arrêtent pour poser des questions (sur ce salon on m’a demandé deux fois des conseils éditoriaux par exemple), lire des quatrièmes de couverture, recevoir un conseil en fonction de leurs goûts. C’est ce que je préfère mais je me suis rendue compte que je m’épanouis davantage à vendre et conseiller les romans de mes collègues que les miens. Au point que je passe une partie de mes pauses sur le stand du Chat Noir (le plus souvent) à recommander tel ou tel titre. Tout le monde sait très bien que si je ne suis pas sagement assise, c’est le lieu où on a le plus de chance de me trouver. Cette constatation me fait me demander si je ne devrais pas plutôt participer à ces évènements en tant que « libraire » en soutien aux éditeur.ices et c’est une réflexion très sérieuse sur laquelle je me penche en ce moment.

L’ombre en mode… un peu des deux.
Quand je sors de derrière le stand, je redeviens (juste) Manon / OmbreBones, la lectrice et blogueuse. Pourtant, mes rapports avec les auteur.ices ont une dimension supplémentaire puisque je suis également vue comme une collègue par la plupart. On peut donc discuter de davantage de sujets internes au milieu puisque je possède les connaissances nécessaires pour cela. Avec Estelle Faye, on a par exemple parlé de Gilles Dumay et du très bon travail réalisé par AMI sur son roman. Comme elle en sortait un autre chez Rageot presque en même temps, on a pu échanger sur la manière dont chaque éditeur travaille et j’ai trouvé ça plutôt riche puisque ça m’a permis de comparer avec ma propre expérience.

Être une collègue, même d’une autre maison, permet également de se confier plus honnêtement sur les projets en cours et les sorties à venir, puisqu’on a conscience du devoir de réserve que cela implique tant que rien n’est officiellement annoncé. C’est un de mes plus grands plaisirs (coupables), de savoir ce qui va sortir plus ou moins quand l’année prochaine et de qui. Et non, je ne dirais rien !

Mais surtout, pour moi, un salon du livre, c’est en premier lieu une occasion de revoir des copains et des copines auteur.ices. Le milieu reste petit, on finit tous.tes par se connaître, s’appeler par nos prénoms, avoir des petites blagues entre nous (tellement attristée par l’absence de Monsieur Nyx aux Halliennales, franchement tout se perd !). Évidemment, on n’apprécie pas tout le monde de la même manière mais depuis mon premier salon en 2015 (ça commence à dater…) je reste dans l’ensemble ravie des rencontres et des relations tissées au sein du milieu littéraire. Je me rends compte que ces personnes m’ont manqué durant le confinement, que ce microcosme a laissé un vrai vide qui a été comblé samedi dernier. C’est mon statut d’autrice qui m’a permis d’avoir tout cela et pourtant, aujourd’hui, je ne me sens plus vraiment comme telle et c’est quelque chose qui m’a perturbé durant tout le salon. Je crois que je vis en ce moment une transition d’un statut à un autre (mais lequel ? Mystère…) et que je me cherche encore.

L’ombre en mode 100% lectrice.
Cela étant, j’ai évidemment acheté des romans. Six en tout, ce qui est très raisonnable quand on pense que j’avais pour habitude de repartir avec au moins le double, auparavant.

Eliott et la bibliothèque fabuleuse de Pascaline Nolot chez Rageot.
Les héritiers de Brisaine, tome 1 de David Bry chez Nathan.
À l’ombre du manoir, tome 1 de Lizzie Felton aux éditions du Chat Noir.
Lullaby de Cécile Guillot aux éditions du Chat Noir.
Widjigo d’Estelle Faye chez Albin Michel Imaginaire.
L’arpenteuse de rêves d’Estelle Faye chez Rageot.

Trois jeunesses et trois romans adultes, quatre formats courts et deux romans de taille normale. Vu que j’ai du mal à me motiver à lire, je me suis dit que ce serait une bonne idée de me concentrer sur des textes plus accessibles et qui demandent un moins gros investissement en terme de temps mais aussi sur des auteur.ices qui ont fait leur preuve pour moi et dont j’ai quasi systématiquement aimé les textes. On verra si j’ai eu raison !

D’ailleurs, cela me permet de vous parler d’une autre de mes habitudes de salon. Je ne lis jamais les dédicaces tout de suite. J’attends d’être rentrée chez moi, d’être posée dans ma chambre et juste avant de dormir, j’ouvre chaque livre en prenant le temps de me rappeler la discussion échangée avec l’auteur.ice, puis je lis le mot laissé dans le roman. Certains sont plutôt classiques (c’est très difficile d’être original dans une dédicace !) mais d’autres sont plus personnels, en fonction du degré d’amitié que je partage avec l’auteur.ice concerné.e et ça me fait toujours chaud au cœur.

Par exemple, le premier livre acheté aux Halliennales a été celui de Lizzie Felton parce que je savais que beaucoup de monde allait se ruer dessus et que je ne peux pas me permettre de faire la file pour une dédicace, j’ai donc « triché » en y allant avant l’ouverture officielle. Ce que tout le monde fait, en réalité… C’était sa toute première dédicace dans son nouveau roman, elle ne l’avait même pas encore vu ! Et elle s’est déroulée dans la pénombre vu que les lumières n’étaient pas encore allumées de notre côté de la salle… Toute une aventure ! Lizzie dédicace avec une équerre pour écrire bien droit et faire ça proprement (il y a une histoire assez drôle derrière cette habitude mais si vous la connaissez un peu, elle ne sera pas difficile à deviner :P). Un joli mot touchant avec des cœurs et une mention spéciale comme quoi je possède bien le tout premier Manoir dédicacé. Cela satisfait beaucoup mon côté collectionneuse.

Le mot de la fin… ou presque.
Des anecdotes, il y en a plein et si j’ai évoqué plus particulièrement celles-là, c’est parce que ce sont les plus intéressantes. J’aurais aussi pu (et même du) parler de la gentillesse de Pascaline, du sabotage de Mathieu (qui dresse son terminal à refuser ma carte mais pas de bol, j’ai de la ressource ! #niark), de l’honnêteté de David Bry (vis à vis de son roman jeunesse qui n’était probablement pas fait pour moi MAIS que j’ai quand même acheté parce que cet auteur est trop bien, lisez le !), insister sur l’énergie d’Estelle Faye, glisser un mot sur le succès du talentueux Ariel qui ne pourra décidément jamais aller manger à l’heure sur un salon (mais ce n’est rien à côté de la courageuse Georgia Caldera qui avait toujours une file d’au moins 20 personne pour l’attendre, elle doit avoir le poignet foulé o.o) et qui pourtant prend toujours le temps de discuter et de plaisanter, de l’adorable Céline avec qui on peut parler de tout, d’Estelle (Vagner) la déléguée commerciale officielle des télescopes (ne cherchez pas) mais aussi de Sonia qui a nourri tout le salon à elle toute seule grâce aux dons de ses admirateur.ices, de la jeune Aline qui a (enfin !)  connu son premier vrai gros salon, de mon voisin Bertrand avec qui on rigole toujours pour un millier de raisons… et j’en oublierais encore parce qu’on ne peut pas se rappeler de tout.

Merci à chaque personne qui a contribué à cette belle journée et merci à l’organisation d’avoir permis au salon de se tenir dans de bonnes conditions. 

Et voilà, on arrive à la fin de ce billet un peu décousu. Je ne sais pas trop ce que je cherche à raconter au milieu de toutes ces réflexions. Je crois que je souhaite surtout partager avec vous un petit pan de ma vie autrice / lectrice. J’espère que cela vous plaira et s’il y a des choses que vous souhaitez savoir en plus, n’hésitez pas à me poser la question !

#Focus : ma liste de livres à lire pour mes étudiant.es

Bonjour tout le monde !

C’est le retour de la rubrique focus où j’ai eu envie, cette fois, de vous évoquer un peu plus mon métier. Certain.es le savent déjà ou l’ont deviné mais je suis prof depuis la rentrée scolaire 2019 et je donne cours en promotion sociale. Pour mes ami.es français.es, la promotion sociale est un enseignement qui concerne uniquement les adultes, qui souvent n’ont pas le bac (CESS chez nous) et donc n’ont pas terminé le lycée, et qui reviennent chercher ce diplôme pour des raisons professionnelles (souvent parce qu’iels en ont besoin pour évoluer ou alors iels changent totalement de carrière et suivent une formation technique en même temps). Je donne également cours dans différents bacheliers (licences) en fonction des années et des besoins.

Je suis prof de français et communication. Parfois, j’hérite des cours de communication professionnelle (ce ne sont pas mes favoris, je ne vais pas mentir…) mais je m’arrange pour avoir aussi les cours de français « littérature », au moins une ou deux classes par an, parce que j’adore donner cette matière (je sais, ça vous surprend grandement). Qui dit cours de français dit forcément livres à lire et donc la fameuse liste de lectures qui angoisse beaucoup mes étudiant.es car la plupart du temps, iels ont arrêté de lire quand iels ont stoppé l’école et n’ont jamais été touchés par un roman qui leur aurait donné envie de continuer. Quand mes étudiant.es sont plus proches de la vingtaine, il arrive qu’iels lisent des mangas ou des BDs, mais ça reste des exceptions, comme celle.ux qui sont déjà de gros.ses lecteur.ices. J’en ai eu deux ou trois depuis 2019, sur presque une centaine d’étudiant.es…

Ma problématique est donc la suivante : les encourager à la lecture, développer chez ell.eux le plaisir de lire, de réfléchir sur leurs lectures aussi, leur démontrer que c’est un passe-temps très actuel qui parle de thèmes qui peuvent les toucher. Pour moi, cela signifie leur donner des textes modernes qui ont été publiés pour la première fois il y a moins de cinq ans. Je ne veux pas relancer un débat, d’autant que j’adore les classiques littéraires mais j’estime que je dois d’abord les réconcilier avec la lecture avant de les orienter vers « l’ancien ».

Dés ma première année, j’ai donc proposé une liste de vingt lectures dans laquelle iels devaient piocher au moins un livre, sur lequel iels seraient interrogés à l’examen. Sur le contenu du livre, pour m’assurer qu’il avait été lu mais aussi avec une question de réflexion non préparée, puisque l’un des acquis qu’iels doivent obtenir c’est d’être capable de mener une réflexion critique, à l’écrit comme à l’oral.

Évidemment, pour cela, je propose uniquement des romans que j’ai pu lire et qui ont, je trouve, quelque chose à apporter dans un cadre pédagogique. Par exemple, en ouvrant une réflexion sur tel ou tel point culturel, social, politique, etc. Une des difficultés que je rencontre, c’est que mes étudiant.es manquent souvent de confiance en ell.eux et me disent très régulièrement qu’iels sont « bêtes » et qu’iels ne vont « jamais comprendre un tel livre ». Pourtant, iels y parviennent la plupart du temps et c’est la partie la plus gratifiante de mon travail que de leur rendre confiance.

Voici le contexte, donc, dans lequel se place cet article !

Cette année, en plus de la liste des 20, j’ai décidé d’imposer la lecture de 6 nouvelles obligatoires qui seront lues et discutées en classe à raison d’une par mois (le cours commence mi octobre jusque fin avril).  Ces nouvelles ont à chaque fois été aimablement offertes au format numérique par les éditeur.ices concerné.es, qu’iels en soient remercié.es.

L’apocalypse n’aura pas lieu (une seconde fois) de Corentin Macé (Nouvelles Ères, Livr’S)
Sans Nom d’A.D. Martel (Nouvelles Orléans, Livr’S)
Neufs jours pour l’enfer d’Aiden R. Martin (9, Chat Noir)
Les 9 fantômes de Mayfair de Gwendolyn Kiste (9, Chat Noir)
Guide sorcier de l’évasion d’Alix E. Harrow (Bifrost, le Bélial)
L’Étoile d’Arthur C. Clarke (Bifrost, le Bélial)

Ce sont des nouvelles lues par moi dans l’année écoulée et qui m’ont toutes parlées d’une manière ou d’une autre. On pourrait s’étonner de l’absence de Ken Liu ou de Rich Larson mais ne soyez pas trop inquiet.es… J’ai sélectionné ces textes parce qu’ils couvrent différents genres littéraires, il y a donc plus de chance qu’au moins l’un d’eux fonctionne sur mes étudiant.es et leur donne envie d’aller voir plus loin. Les classiques croisent les auteur.ices francophones comme anglophones, je fais une exception à ma règle des cinq ans pour Clarke parce que je trouve que l’Étoile peut vraiment apporter un débat passionnant. Si ça vous intéresse, je vous dirais de quoi il en aura retourné !

À présent, voici la fameuse liste des 20 romans dans laquelle iels doivent en lire au moins un avec une brève explication du pourquoi ce roman est présent dans la liste :

2
L’estrange malaventure de Mirella
– Flore Vesco (L’école des loisirs)
Un roman « jeunesse » (tout public en réalité) qui parle du statut de la femme et de la condition sociale avec un fond d’émancipation pour les deux. Le style d’écriture atypique (mélangé avec de l’ancien français) est un gros plus qui permet de revenir sur ces thématiques et d’en plus aborder des questions d’écriture, type de narration, etc.

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Rouge
– Pascaline Nolot (Gulfstream)
La réécriture d’un conte qui traite du harcèlement, du culte des apparences et du sexisme ordinaire.

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Les poisons de Katharz
– Audrey Alwett (ActuSF / J’ai Lu)
Une fantasy humoristique qui permet d’aborder la question de la parodie mais aussi des archétypes au sein d’un récit.

13
La fille qui tressait les nuages
– Céline Chevet (Chat Noir)
Un roman fantastique / thriller psychologique qui se déroule au Japon et permet de parler du mouvement surréaliste.

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The dead house
– Dawn Kurtagich (Chat Noir)
Un young adult fantastico-horrifique à la narration atypique, qui passe par des articles de journaux, des extraits vidéos etc. Cela me permet de parler justement des types de narration et de ce qui se fait de nos jours.

15
Ormeshadow
– Priya Sharma (Le Bélial)
Un roman fantastique qui brouille les frontières entre l’imaginaire et le réel tout en parlant des enfants, de la transmission de mémoire mais aussi de la façon dont l’imaginaire peut aider à supporter le réel.

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Vita Nostra
– Maria & Sergueï Diatchenko (L’Atalante)
Un OLNI dans toute sa splendeur, j’admets volontiers qu’il est dans ma liste parce que je suis curieuse de voir de quelle manière il serait reçu par mes étudiant.es tout en mettant ma main à couper qu’aucun.e ne le prendra. Hélas !

17
Filles de rouille
– Gwendolyn Kiste (Chat Noir)
Un roman fantastique qui aborde des questions sociales et permet de faire un parallèle avec les révoltes ouvrières de Belgique, d’ouvrir éventuellement sur le documentaire des Femmes machines que j’affectionne puisqu’on y voit ma nonna et que les femmes de ma famille de cette génération ont toutes été concernées d’une manière ou d’une autre par ces sujets.

12
Les miracles du bazar Namiya
– Keigo Higashino (Actes Sud)
Un roman fantastique mais pas trop qui met l’accent sur l’humain et les émotions, j’aime bien donner des auteur.ices étranger.es parce que ça permet de faire des parallèles culturels et de réfléchir sur notre façon de voir le monde à travers notre prisme culturel justement.

16
La maison au milieu de la mer céruléenne
– TJ Klune (De Saxus)
Mon dernier gros coup de cœur en date qui parle des enfants placés et différents mais aussi de l’aliénation au travail, très pertinent vu le public.

12
L’homme qui mit fin à l’histoire
– Ken Liu (Le Bélial)
Encore un texte que je donne depuis le début, qui parle du concept même d’Histoire et de vérité historique, qui permet de remettre en question pas mal de choses. Je dois encore vérifier quelle collègue va leur donner le cours d’histoire mais ce sera peut-être une lecture obligatoire pour cet autre cours. Suspens !

6
Cérès et Vesta
– Greg Egan (Le Bélial)
Une novella qui parle de discrimination et d’immigration, très actuelle et une bonne porte d’entrée au genre hard-sf, je trouve.

27
Retour sur Titan
– Stephen Baxter (Le Bélial)
De nouveau de la hard-sf accessible qui permet d’aborder le principe de sense of wonder mais également de poser des questions sur la science, ses bienfaits qui deviennent parfois des méfaits, l’importance qu’on donne au progrès.

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Apprendre, si par bonheur
– Becky Chambers (L’atalante)
De la science-fiction positive et humaine pour démonter leurs idées reçues mais aussi permettre de parler des questions d’inclusion.

24
Le fini des mers
– Gardner Dozois (Le Bélial)
Cette novella est dans la liste pour la même raison qu’Ormshadow mais aussi pour ses deux interprétations possibles. C’est donc un peu, comme Vita Nostra, une expérience que je tente avec les étudiant.es qui vont le lire.

19
La divine proportion
– Céline Saint-Charle (Livr’S)
Un thriller qui permet d’aborder le genre dystopie mais aussi de réfléchir sur le concept de justice, notre propre système judiciaire, ses failles, etc.

23
Les anges oubliés
– Graham Masterton (Livr’S)
Encore un roman d’horreur qui est un peu là pour remplir les cotas, j’avoue, mais également pour aborder les codes du genre et les comparer avec ce qui se fait à la télévision / au cinéma. Ç’avait été une question d’examen l’année dernière avec la Mélodie, d’ailleurs.

6
Tu es belle Apolline
– Marianne Stern (éditions du Chat Noir)
Young adult et littérature blanche, un combo qui fonctionne bien chez les éducateur.ices et les aides soignant.es / familiales d’autant que ce roman parle d’anorexique, de comment l’aborder, etc. C’est intéressant de s’interroger sur la perception qu’on a de ces maladies trop souvent banalisées.

7
Les derniers des branleurs
– Vincent Mondiot (Actes Sud JR)
Un roman nécessaire pour cell.eux qui manquent de confiance en eux, afin de réfléchir sur le système scolaire, ses problèmes, de relativiser ce à quoi iels ont pu être confronté.e dans leur parcours aussi. Ce roman, je crois que je ne l’oublierai jamais tellement il a résonné en moi en tant que prof.

36
Permis de mourir
– Delphine Dumouchel (Livr’S)
Une novella young adult du point de vue d’une jeune fille dans le coma suite à un abus d’alcool. Encore un texte nécessaire qui parlera surtout aux éducateur.ices et aux aides soignant.es / familiales. Il est présent dans la liste pour la même raison qu’Apolline.

Comme vous le voyez, je mélange allègrement les genres afin que tous.tes puissent trouver au moins un roman qui collerait à ses goûts. Comme je donne ce cours notamment aux informaticien.nes, aux éducateur.ices, aux aides-familial.es et soignant.es ainsi qu’aux assistant.es pharmacie, je fais en sorte de mettre des textes capables de les toucher même dans leur pratique professionnelle. Raison pour laquelle les trois derniers romans sont de la littérature « blanche » stricto sensu. Toutefois, en me basant sur les choix effectués par elle.ux les deux autres années, les étudiant.es ont plutôt tendance à se tourner vers l’imaginaire, sauf cell.eux hyper réfractaires à la lecture et qui n’acceptent de lire que ce qui a un lien avec leur métier. Mais au moins, iels lisent et c’est déjà une victoire.

J’ai aussi remarqué qu’iels ont tendance à se tourner vers le livre le plus court. Grande était ma naïveté, je sais… Mon erreur avait été de mettre un seul UHL (Ken Liu, lu par deux étudiants) et une novella (La Mélodie, chez Livr’S) si bien que j’ai enchaîné sept ou huit examens sur le même livre, retiré cette année de la liste uniquement pour cette raison (ce qui a beaucoup fait rire l’autrice, je vous rassure 😉 ). Je ne peux plus entendre cette histoire ni la voir en peinture !
Cette fois-ci, j’ai multiplié les formats courts, soit nouvelles / novellas, soit des romans pas trop épais, en laissant un ou deux pavés et un roman moins abordable de prime abord pour un.e lecteur.ice lambda, pour l’étudiant.e possédant déjà un gros bagage culturel / littéraire. L’année dernière, j’avais mis Terra Ignota (je sais, grande est votre surprise) mais j’ai changé cette fois pour Vita Nostra. Je précise que personne n’avait lu Palmer, je le vis comme un échec personnel.

J’espère que ce billet / réflexion / partage d’expérience vous aura plu ! En fonction de vos retours, je peux prévoir un article un peu bilan après leurs examens pour voir ce qui a fonctionné ou non, émettre des hypothèses, réfléchir pour l’année prochaine aussi car ma liste change (hormis quelques livres qui restent genre Ken Liu) d’une année à l’autre en fonction de mes lectures.

N’hésitez pas à me dire quel livre vous donneriez, à ma place, et pourquoi 🙂

#ProjetOmbre : clap de fin anticipé

Logo ProjetOmbre
Bonjour à toutes et à tous !

Si vous me suivez sur Twitter, cet article ne devrait pas être une grande surprise pour vous. Le 18 mai dernier, je réalisais un sondage au sujet du #ProjetOmbre pour prendre un peu la température face à un potentiel arrêt anticipé du challenge et j’ai été confrontée à beaucoup de bienveillance et de compréhension autour de cette question. Merci pour ça ♥

Je pense qu’il est important de vous expliquer un peu mon cheminement de pensée sur le sujet. Donc installez-vous, prenez un petit thé, on va causer.

Quand j’ai repris le #ProjetMaki pour sa seconde édition, je savais plus ou moins à quoi je m’attaquais : un challenge littéraire d’envergure, avec une cinquantaine de participants, à animer toute l’année pour maintenir l’intérêt. J’étais motivée et pleine de bonnes intentions, sincèrement. J’avais envie d’aller au bout de l’aventure.

Mais.

Déjà, je me suis rendue compte qu’il y a plusieurs degrés de « savoir » et que même quand « on sait » une fois qu’on se confronte à la réalité, on tombe de haut. De plus, entre temps, mon rapport au blog a évolué. J’en ai un peu parlé dans mon dernier bilan mensuel et je compte en reparler plus tard une fois mon dernier service presse lu. En quelques mots : je me suis rendue compte que je me mettais trop de pression pour publier un quota d’articles par semaine, que je lisais en me demandant ce que je pourrais écrire sur tel livre ou tel autre et j’en ai eu ma claque. Ce n’est pas un rapport comme celui-là que je veux avoir avec la lecture. Je veux retrouver ce plaisir simple de lire tel livre parce que j’en ai envie et pas parce qu’il vient de sortir. De relire des romans ou des mangas et ne pas juste me concentrer sur la découverte des nouveautés. De laisser de côté un livre pendant deux ou trois jours si je n’ai pas le temps / l’envie de l’ouvrir sans pour autant commencer à paniquer en me demandant ce que je vais bien pouvoir écrire sur mon blog.

Ces réflexions m’ont mené à une diminution de mes articles mais aussi de ma présence sur les réseaux sociaux. Parce que la pression, je me la mettais là aussi : je dois publier pour dire ce que je lis, ce que je fais, pour échanger avec les autres… Sauf que, pourquoi ? C’est la question que je me suis posée. Pourquoi « je dois » ? Est-ce que j’en ai seulement envie ?
De là, j’ai mis mon compte Instagram en pause, je traine sur Twitter quand j’en ai envie et si je n’ai rien à dire, je ne me contrains pas à poster des trucs « pour faire du like ». Je précise que j’avais déjà entamé ce processus il y a des mois et que je n’ai jamais été du genre à étaler ma vie (sauf ma vie littéraire) sur les réseaux. Donc peut-être que la plupart d’entre vous n’ont rien remarqué et finalement, tant mieux. Bref, avec cette nouvelle façon de considérer ma pratique du blogging, il est difficile de s’improviser community manager sur un challenge littéraire, encore moins sur une aussi longue période de temps. J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour les personnes qui s’en sortent là-dessus parce que c’est chronophage et que c’est un aspect qui, personnellement, ne m’intéresse pas vraiment. Et j’en ai marre de me contraindre à faire des choses qui ne m’intéressent pas vraiment sur mon temps libre, parce que je le fais assez au boulot.

Du coup, avec moins de rappel, d’animation etc. de ma part, forcément, le  rythme du challenge a beaucoup ralenti pour la plupart des participant/es à quelques notables exceptions. Vous me direz, s’il y a toujours des personnes actives, pourquoi arrêter ? Et bien peut-être par égoïsme mais je l’assume. Je ne pense pas que mon bien-être doive passer au second plan car ce blog est un hobby, pas mon travail. Je ne me sens plus apte, aujourd’hui, à porter correctement ce challenge jusqu’au bout. De plus, je considère que ce serait un manque de respect envers les participant/es que de faire les choses à moitié ou par-dessus la jambe. Mon principe, c’est de faire bien ou de m’abstenir. C’est peut-être radical mais voilà… Je préfère offrir une belle fin à ce challenge, remplir les attentes (au moins en partie) des participant/es et des éditeur/ices qui ont offert des lots, puis passer à autre chose pour me libérer l’esprit de ces contraintes.

Je vous annonce donc officiellement que le challenge prendra fin le 30 juin 2021.

Pourquoi le 30 juin ? Déjà parce que ça fait six mois tout pile donc c’est plutôt bien. Puis parce que les challenges estivaux vont commencer et cela libèrera du temps pour celleux qui souhaitent y participer. Ce qui ne sera pas mon cas car je me suis aussi rendue compte que les challenges littéraires ont du mal à m’accrocher sur le long terme, que ce soit le Printemps de l’Imaginaire Francophone ou encore le S4F3 même si, l’année où l’amie Lutine postait presque toutes les semaines (ou mois ?) un récapitulatif, je réussissais à bien m’accrocher et m’investir car il y avait un gros aspect ludique. Toutefois, ça demande un temps monstrueux ! Et j’ai beaucoup d’admiration pour elle d’y être ainsi arrivée.

Sachez qu’une personne s’est déjà montrée potentiellement intéressée pour la reprise du challenge mais sur un autre format. Mon expérience aura au moins servi de leçon et de matériel pour une réflexion à ce sujet. Je pense qu’il faudra le revoir en profondeur en terme de durée et d’animation afin que ça soit plus gérable pour tout le monde : la personne qui l’organise comme les lecteurs. D’autant que j’ai reçu plusieurs remarques très pertinentes sur le sujet de lecteurices qui ne participaient pas justement parce qu’un an c’est trop long et trop chronophage.
Toutefois, si l’idée d’animer ce challenge vous tente aussi, n’hésitez pas à vous manifester. Après tout, on pensait déjà de base le faire voyager chaque année d’un blog à l’autre alors ce serait l’occasion.

Voilà où j’en suis actuellement et le pourquoi du comment de ma décision. Je trouvais important de me montrer transparente envers toutes les personnes qui ont pris la peine de participer, à un moment ou à un autre, mais aussi d’expliquer en détail ma réflexion parce que ça pourrait être utile à quelqu’un qui envisagerait de se lancer dans cette grande aventure qu’est l’organisation d’un challenge littéraire.

Sur un aspect plus pratique :
-Les lectures compteront jusqu’au 30 juin 2021 à minuit.
-Vous aurez jusqu’au 7 juillet 2021 à minuit pour renseigner vos chroniques. Si elles ne sont toujours pas publiées à cette date, vous pourrez remplir le formulaire avec les bonnes infos et me poster par la suite votre lien dans l’article récapitulatif pour que je l’ajoute. Le formulaire disparaîtra le 8 juillet 2021 au matin.
-L’article récapitulatif final sera publié le 9 juillet 2021, y seront également annoncés les gagnant/es du tirage au sort ! Ces personnes devront me contacter pour choisir leur lot parmi ceux offerts par les maisons d’édition et elles le recevront au plus tôt dans la foulée.

Voilà tout ce que j’avais à dire sur le sujet !
Merci de m’avoir lue jusqu’ici et surtout, prenez soin de vous ♥

Papotage de lecteur #1

Bonjour tout le monde !

Le 1er mai, Cécile (du blog la Bougie de Vinâyaka) lançait un nouveau concept qu’elle encourageait à reprendre si l’envie nous disait : le papotage de lecteur. En quelques mots, elle expliquait qu’elle avait envie d’échanges axés davantage sur le lecteur en tant que tel et pas toujours les chroniques littéraires. Tout comme elle, j’aime savoir qui se cache derrière une critique ou derrière un roman. J’aime découvrir l’aspect humain des gens que je lis régulièrement et je trouve que ce rendez-vous est l’occasion de s’intéresser aux multiples personnalités présentes sur la blogosphère.

Ce premier papotage tourne autour du thème de notre première rencontre avec la lecture. Comment sommes-nous devenu/es des lecteur.ices régulier.es ?

Ma propre histoire n’est pas extraordinaire mais j’ai quand même envie de la partager. En la rédigeant, je me rends compte que plusieurs évènements ont eu lieu à peu de temps d’intervalles et qu’ils ont tous joué un rôle à leur manière. Je ne me souviens pas exactement de la chronologie, parce que j’ai 28 ans au moment où j’écris ces lignes et une mauvaise mémoire… Mais je vais quand même essayé de mettre un peu d’ordre.

L’influence d’Harry Potter.
Ah tu l’attendais pas hein, celle-là ! Bah oui, je suis de la génération qui a eu 11 ans quand les premiers livres sont arrivés en français… Donc forcément… Je ne peux pas faire comme si cette saga n’avait pas eu d’impact.
Un jour, ma maman est revenue avec un coffret des quatre premiers tomes d’Harry Potter parce qu’on avait été voir le premier film au cinéma et que j’avais adoré. Elle les avait vu dans un magasin Carrefour et elle s’est dit que ça me plairait. Je me rappelle d’ailleurs que la salle de cinéma était tellement comble que j’ai passé le film sur ses genoux et qu’on a changé à l’entracte avec mon petit frère (assis par terre sur les marches…) parce qu’il n’y avait plus que deux places pour nous trois.

J’ai donc lu directement le deuxième roman (j’ai mis très très longtemps à lire le premier, bizarrement… Je crois que j’avais trop le film en tête) et ça a été un gros coup de foudre. Je les relisais en boucle tellement j’étais fan ! Quand je dis que je les ai lu une vingtaine de fois dans ma vie, je n’exagère même pas. Je sais qu’il y a de nombreuses polémiques récentes sur l’autrice mais ça n’enlève rien à ce que sa saga m’a apporté en tant qu’être humain et en tant que lectrice. Pour la première fois, je plongeais dans l’imaginaire et j’étais fascinée par cet univers si original à mes yeux, encore plus à l’époque où je n’avais aucun point de comparaison.

Christian Grenier et les enquêtes de Logicielle.
Pour être honnête, je ne me rappelle plus si j’ai lu ces textes avant ou après Harry Potter. Je les revois côte à côte dans ma petite bibliothèque et je me souviens avec quel plaisir j’ai dévoré @ssassins.net ! Pour vous resituer le contexte, j’ai toujours été attirée par le théâtre car je suivais les cours et les stages organisés par mon école primaire après journée et pendant les vacances. J’avais une animatrice extraordinaire prénommée Caroline, que je n’ai d’ailleurs toujours pas oubliée aujourd’hui. Alors quand je suis tombée sur un livre, je pense dans la bibliothèque de l’école mais sans certitude, qui parlait de Cyrano de Bergerac, d’enquête dans une réalité virtuelle, j’ai sauté sur l’occasion ! J’ai lu Rostand assez jeune d’ailleurs mais j’étais fascinée par ce personnage de Cyrano, par sa verve, son côté Gascon qui m’attirera ensuite chez Dumas et d’Artagnan (qui restera toujours mon premier bookboyfriend, j’assume !). J’ai aussi lu Coups de théâtre, L’ordinatueur, Arrêtez la musique, bref quasiment toutes les enquêtes de Logicielle. J’adorais ce personnage, la preuve c’est que je ne l’ai pas oubliée plus de 15 ans après. Ces livres ont eu un énorme impact sur moi, je pense d’ailleurs que Logicielle a été la première héroïne femme à laquelle je m’identifiais. Je rêvais de devenir comme elle ! C’est important, l’air de rien, dans la vie d’une petite fille. Alors merci du fond du cœur monsieur Grenier.

Agatha Christie et Hercule Poirot.
Ma maman a toujours été une grande fan de romans policiers, principalement ceux d’Agatha Christie. J’ai toujours vu ces livres dans notre bibliothèque. Je ne sais plus si j’ai été attirée par eux à cause de l’excellente série avec David Suchet en acteur principal ou si j’ai d’abord lu un roman avant de regarder la série… Toujours est-il que ce personnage m’a séduite par son intellect, son esprit de déduction et son style de manière générale (j’ai un truc avec les anglais, cherchez pas…). Le premier roman lu, c’était les vacances d’Hercule Poirot puis le Meurtre de Roger Ackroyd. J’en ai découvert quelques uns ensuite dont le titre m’échappe, d’autant que je dois avouer avoir bien plus regardé la série. Pourtant, ces livres ont eu une vraie importance pour moi parce que je les voyais comme « mon premier livre d’adulte ». Quand je les lisais, du haut de mes douze ou treize ans, j’avais vraiment l’impression d’être une grande et j’étais très fière de dire à mes professeurs ce que je lisais. Oui j’étais ce genre de gamine avec un ego énorme type première de la classe… J’adorais les impressionner, j’adorais qu’iels me donnent des livres différents, plus poussés, à lire, qu’iels m’encouragent sur cette voie.

Le mot de la fin :
J’éprouve une grande reconnaissance à l’égard de ma maman. Elle travaillait toute seule pour élever deux enfants, elle se débrouillait avec son seul salaire et elle trouvait quand même le moyen de me mettre des livres entre les mains. C’est vraiment grâce à elle que j’ai attrapé ce virus de la lecture à l’origine, parce qu’elle a posé ses yeux sur un coffret dans un magasin et qu’elle s’est dit que ça me plairait et parce qu’elle a accepté que je lise les romans de sa bibliothèque, même si j’étais encore jeune. Ce goût pour la lecture a aussi été entretenu par des professeurs de français extraordinaires (il n’y a qu’une seule année sur mes six de secondaire où j’en ai eu une vraiment nulle) qui ne considéraient pas d’un mauvais œil les littératures de l’imaginaire et quand je lis certains témoignages ou certaines histoires, je me rends compte que j’ai été très chanceuse là-dessus.

Petite réflexion pour conclure : je trouve amusant que deux des trois séries qui ont fait de moi une lectrice régulière (acharnée ?) soient des romans policiers alors que je n’en lis quasiment plus aujourd’hui… Comme quoi !

Et vous, quelle est votre histoire ? Votre genèse en tant que lecteur ?
Racontez-moi ♥

FOCUS – Je découvre l’application Rocambole !

Salutations à toutes et tous !

Comme l’indique le titre de ce billet, je vais aujourd’hui vous parler de ma découverte de l’application Rocambole à laquelle je me suis abonnée le 27 mars de cette année pour une durée d’un mois, afin de l’essayer à fond. C’est donc tout récent toutefois j’en entends parler depuis un moment, sans pour autant oser me lancer parce que, comme tout le monde, j’ai des préjugés à la noix. Le principal, c’est de réussir à les dépasser ! Mais replaçons les choses dans leur contexte…

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Mes préjugés et moi…
Il y a plusieurs mois maintenant, j’ai été contactée par l’équipe de Rocambole qui me proposait de découvrir leur application ainsi qu’une série de mon choix, un peu sur le modèle du service presse. J’avoue qu’en lisant le mail, je ne savais pas trop quoi penser d’un concept de ce type là d’autant que je ne comprenais pas l’attrait de lire sur son téléphone. J’ai une liseuse mais le confort de lecture est totalement différent… J’imaginais quelque chose comme Wattpad, où n’importe qui pouvait poser n’importe quoi, avec juste un ou deux modérateurs pour surveiller, j’étais persuadée que j’allais me tuer les yeux, que la qualité littéraire ne serait pas au rendez-vous, tout ça tout ça.

Bref, je n’ai pas trop regardé plus loin même si j’avais promis de le faire dans mon mail.
J’ai un peu péché par suffisance, condescendance même, comme si une application ne pouvait pas proposer de la vraie et bonne littérature de qualité. Je crois qu’inconsciemment, c’est ce que je pensais, même si je n’avais pas envie de me l’avouer frontalement.

J’ai donc oublié cette application, jusqu’à récemment. Il y a quelques jours à peine, en vérité, quand j’ai lu le tweet d’un auteur de chez eux qui expliquait leur modèle de financement : le fait qu’il avait touché un à-valoir, que les droits d’auteur étaient calculés tous les six mois au lieu de tous les ans, sur base du succès de la série, etc. J’ai été positivement surprise d’un tel professionnalisme de la part « d’une plateforme juste numérique » et donc j’ai décidé de m’y pencher dans le détail pour me faire mon opinion et casser la g… figure à mes préjugés. 

Rocambole, c’est quoi ?
roc1Rocambole m’évoque un peu Netflix (jusque dans son interface) : c’est une structure qui publie ici de la littérature sous forme épisodique et dans tous les genres littéraires, allant de la fiction (fantasy, fantastique, polar, etc) à la non-fiction. Le lecteur paie un abonnement pour une somme modique qui lui permet d’accéder à la totalité du contenu dont il peut jouir à sa guise. Cet abonnement coûte 4.09 euros par mois (soit moins qu’un livre de poche et même moins qu’un roman au format numérique chez beaucoup d’éditeurs) ou une quarantaine d’euros pour une année complète. Je précise que ce prix semble être celui en Belgique car le site annonce 3.99 euros pour l’abonnement mensuel en France. C’est un détail vous me direz, mais c’est toujours bien de le savoir.

Même si le système fonctionne sur base d’abonnement, il est possible d’utiliser / de tester l’application gratuitement :
-Les trois premiers épisodes de chaque série sont disponibles gratuitement à la lecture.
-Il est possible de suivre certaines séries « en temps réel » et donc de lire un épisode toutes les semaines de manière gratuite.
-Certaines séries sont remises pendant un laps de temps données à disposition gratuite du public, souvent quand la suite va sortir si suite il y a.
-Certaines séries, comme Arsène Lupin de Maurice Blanc par exemple, sont gratuites puisque du domaine public mais toutefois accessibles via cette application, ce qui est vraiment intéressant. J’espère que d’autres vont la rejoindre.
-Une période d’essai totale de 14 jours est offerte au lecteur, sans engagement.

Enfin, il faut pour cela demander une formule d’abonnement en un an mais le débit ne se fait pas avant que les quatorze jours soient passés, il suffit donc de l’annuler via Google Play avant la fin du temps imparti. Et donc oui, le paiement s’effectue par votre compte Google uniquement.

Un système éditorial 2.0
Rocambole est une structure française qui met (pour l’instant) en avant la littérature francophone avec des auteurices qui écrivent en langue française au format épisodique ou feuilleton, tel qu’on pouvait en trouver dans les journaux du 19e siècle. C’est un exercice d’écriture assez différent du roman puisqu’il faut attiser l’intérêt du lecteur d’épisode en épisode pour ne pas le perdre en chemin. Chaque épisode compte +- 10 000 signes espace compris ce qui équivaut à 1500 / 2000 mots (j’ai vérifié pour vous) et donc cinq ou six minutes de lecture par épisode. Pour le moment, les séries lues respectent très bien ce format mais ce n’est guère étonnant puisque Rocambole possède une équipe éditoriale complète avec éditeur, coach littéraire, correcteur, bref la totale.

Si je parle de système « 2.0 » c’est parce que, comme je l’ai dit, Rocambole semble avoir à cœur de valoriser le statut de l’auteurice en rémunérant dignement le créateurice et en lui payant un à-valoir, ce qui est assez rare dans le milieu quand on ne porte pas un grand nom. Le calcul des droits d’auteur parait également régulier et transparent si on en croit le témoignage lu il y a quelques jours (ainsi que ceux reçus dans les commentaires de cet article) et surtout, il y a bien un travail éditorial effectué. Il semble donc possible d’allier (vraie) littérature à technologie 2.0 et de s’adapter aux habitudes de lecture de la nouvelle génération. En tant que prof, j’ai déjà pu constater que certains étudiants ont tendance à lire beaucoup sur leur téléphone justement. C’est donc peut-être le moyen idéal pour les « réconcilier » avec la lecture à moindre coût puisque tout le monde n’a pas les moyens d’acheter régulièrement des romans au format papier ou d’investir dans une liseuse.

Et le confort de lecture ?
Cela a été l’un de mes premiers freins puisque je ne me voyais pas lire sur mon téléphone. De fait, je ne lis toujours pas dessus puisque j’ai récemment acheté une tablette… Toutefois, sachez qu’il est possible de moduler la taille de la police, de la changer mais aussi de choisir un mode de lecture (fond blanc, fond noir, fond clair / beige) ce qui est très agréable. Il est également possible de lire sur son ordinateur, via l’application.

Petit plus : l’application informe du temps de lecture moyen pour chaque série et chaque épisode. On sait ainsi directement dans quoi se lancer en fonction du temps dont on dispose !

Et donc Rocambole, finalement, c’est bien ?
(cette partie a été mise à jour le 24 avril 2021 après utilisation de l’application pendant un mois)
Dans l’ensemble je trouve l’idée de l’application plutôt positive pour permettre un accès plus vaste et aisé à la littérature. De plus, son traitement des auteurs parait très respectueux, ce qui n’est pas négligeable. Je pense aussi que le concept peut convenir à beaucoup de lecteurs qui ne soit pas déjà assidu sur les romans ou les ebooks. En effet, si j’ai été très enthousiaste lors de ma découverte des premières séries, je me suis finalement lassée au bout de deux semaines. Soit en tombant sur des histoires qui me branchaient moins, me paraissaient moins soignées, moins intéressantes, soit tout simplement parce que je voulais lire les livres présents dans ma PàL. J’ai donc du mal à effectuer un réel changement dans mes habitudes de lecture et je pense que ce sera le cas de beaucoup parmi les blogueurs et les lecteurs déjà assidus. Aussi, j’ai suspendu mon abonnement au terme de ce premier mois, quitte à le reprendre plus tard si l’envie se fait sentir, mais probablement chaque fois pour une courte période. 
C’est donc une affaire de goût personnel et d’habitudes de lecture ! Le seul vrai bémol de Rocambole, c’est qu’il faut posséder un smartphone ou une tablette (logique) et payer son abonnement via GooglePlay, ce qui ne dérange peut-être que moi mais bon, on a tous et toutes nos petites névroses pas vrai ? En tout cas, je suis contente d’avoir testé par moi-même cette application et d’avoir pu réfléchir sur mes préjugés en littérature. 

Et vous, utilisez-vous cette application ?
Avez-vous également certains préjugés à ce sujet ? 

#ProjetOmbre : chez quel(s) éditeur(s) lire du format court ?

Logo ProjetOmbre

Il y a quelques jours, je lançais le #ProjetOmbre (saison 2 du #ProjetMaki) qui consiste à lire un maximum de format court, de manière régulière, sur l’année 2021. Je me suis rendue compte, lors de ma première participation au challenge, qu’il n’est pas toujours aisé de savoir vers quel éditeur se tourner pour trouver des textes qui collent autant au challenge qu’à nos goûts et cette liste a pour but de vous aider. Elle est vouée à évoluer tout au long de l’année, non seulement par vos apports (n’hésitez pas à me dire ce que j’ai oublié dans les commentaires !) mais aussi au fil de mes propres découvertes.

Je précise également qu’Anne-Laure du blog Chut Maman Lit ! a proposé une liste semblable à celle-ci pour le #ProjetMaki donc n’hésitez pas à y jeter un œil.

Quelques précisions :
-La liste n’est pas organisée par ordre alphabétique ou de préférence mais plutôt par ordre de ce qui m’est venu quand je l’ai rédigée. Je sais, ma rigueur laisse à désirer. 
-La liste contient des maisons d’édition qui ont pour habitude de publier régulièrement ou des nouvelles ou des anthologies et / ou qui ont une collection dédiée. Je sais qu’il y a des recueils disponibles ponctuellement chez d’autres éditeurs mais ce serait vraiment compliqué de tout référencer ici sans que l’article ne devienne imbuvable… N’hésitez toutefois pas à les signaler en commentaire pour celles et ceux qui le souhaitent 🙂
-Je vous mets chaque fois le lien direct vers la boutique de l’éditeur pour vous permettre de trouver facilement chaussure à votre pied. Y’a plus qu’à cliquer.

Sans plus attendre, commençons !

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Le Bélial vous permet de lire du format court grâce à sa mythique collection Une Heure Lumière (dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur le blog) mais également grâce au Bifrost dont chaque numéro contient entre 2 et 6 nouvelles de SFFF. C’est, à mes yeux et dans mon cœur, vraiment l’éditeur incontournable d’un challenge dédié au format court. Bien évidemment, c’est tout personnel 🙂

téléchargement
Il arrive à AMI de proposer des nouvelles écrites dans l’univers des romans édités en papier. Ces nouvelles sont numériques mais rien ne vous empêche de les découvrir ! Je vous renvoie sur leur site pour trouver ces titres. De plus, au mois de Janvier 2021, va paraître Émissaire des morts qui contient 4 nouvelles en plus d’un roman court et qui permet de valider la première mission du challenge. Notez que la première de ces quatre nouvelles est disponible gratuitement en numérique. La boucle est bouclée !

ActuSF-logo
AMI n’est pas le seul éditeur à proposer des nouvelles dans l’univers de ses romans publiés. ActuSF le fait aussi et depuis plusieurs années, pour plusieurs de ses auteurs francophones. Il n’y en a pas moins de quatorze disponibles sur Emaginaire avec des textes notamment de Jean Laurent Del Socorro, Morgane Caussarieu, Alex Evans ou encore Karim Berrouka ! J’en ai déjà lu une partie et ça a été un régal à chaque fois. Sachez également que l’éditeur propose des recueils de nouvelles, y’a plus qu’a.

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Tous les ans, Livr’S Éditions propose une anthologie thématique. Il n’y en aura pas en 2021 (la pandémie a chamboulé le planning éditorial) mais il en existe déjà cinq avec chaque fois une petite dizaine de textes et presque exclusivement des auteurs et autrices francophones. Ces anthologies existent en papier et en numérique pour certaines et je n’en parle pas parce que j’ai écrit une nouvelle dans l’une d’elle. Au passage, ma préférée est Nouvelles Eres, celle de 2020, qui propose des textes assez chouettes dans le registre de la dystopie et de la science-fiction. De plus, la maison propose aussi des novellas au prix de 10 euros qui, hélas, ne sont pas regroupées dans une collection particulière mais vous pouvez les retrouver sur le site. Il s’agit de La Mélodie, de Kidnapping et de Club 27.

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Maison découverte en 2020 pour moi, elle est spécialisée dans le format court et propose de nombreux textes d’auteurs francophones aussi divers que variés tels que Lionel Davoust, Aurélie Mendonça, Jean Laurent Del Socorro, David Bry, etc. Rendez-vous sur leur site pour découvrir leur sélection !

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Presque tous les ans depuis leur existence, les éditions du Chat Noir propose également des anthologies thématiques. Je vous en a déjà évoqué certaines sur le blog dont l’excellente Montres Enchantées. D’autres ne sont plus disponibles mais je sais que notamment cette année, leur anthologie anniversaire est prévue au programme et elle aura pour thème le chiffre « 9 ». À surveiller donc !

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La maison d’édition Rivière Blanche est connue pour proposer plusieurs anthologies à leur catalogue. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’en lire mais voilà une piste sérieuse si vous aimez les antho’ !

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À l’instar de sa voisine du dessus, les éditions Luciférines sont connues dans le milieu de l’imaginaire pour proposer des anthologies thématiques dont celle sur les Démons Japonais qui me fait de l’œil depuis longtemps ou encore la Belle Époque. En plus, les prix sont vraiment abordables en papier comme en numérique.

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Elenya éditions est une maison qui publie des anthologies, souvent liées au Salon Fantastique d’ailleurs mais pas uniquement si je ne me trompe pas. Les thèmes sont multiples, allant de la fantasy au super-héros, en passant par l’horreur fantastique. Franchement, il y a largement de quoi se faire plaisir dans ces anthologies et avec de très beaux noms qui plus est.

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Mnémos est une maison qu’on ne présente plus et qui s’occupe, chaque année, d’éditer l’anthologie thématique du salon des Imaginales. La première remonte à 2009, il y a donc de quoi faire même si, attention, certaines sont en rupture de stock ou uniquement disponibles sur les salons.

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Maison d’édition que je découvre grâce à une recommandation sur Twitter, le passager clandestin propose une collection intitulée Dyschroniques qui se dédie à la nouvelle et, plus spécifiquement, des nouvelles de science-fiction et d’anticipation.

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Autre maison d’édition que je découvre via une recommandation sur Twitter : ArchéoSF, un label de Publie.net qui met à disposition des textes au format court issu de la science-fiction ancienne donc 19e, 20e siècle. On trouve sur leur site des textes courts mais également des feuilletons ! Certains sont en accès libre via l’onglet textes en ligne et je sens que je vais passer du temps sur ce site pour trouver des textes sympas à faire lire à mes étudiants. Bref, merci Zoé pour le tuyau !

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Encore une chouette recommandation via Twitter : les éditions YBY qui propose de la littérature inclusive et met en avant la diversité dans la fiction. Il n’y a pas que du format court chez eux mais ils ont plusieurs collectifs à leur catalogue avec des textes très prometteurs. 

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Nutty Sheep est une maison d’édition déjantée à la folie assumée qui est connue pour ses anthologies thématiques et son fameux logo mouton. Vous aurez largement le choix dans leur catalogue, en format papier comme numérique, pour trouver des textes qui vous intéressent : parodie, science-fiction, fantastique, fantasy, il y en a pour tous les goûts !

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Je n’avais jamais entendu parler auparavant de Nitchevo (une fois de plus, merci à Zoé !) pourtant ils rééditent actuellement toute l’oeuvre de Léa Silhol au sein de laquelle on retrouve énormément de nouvelles et d’anthologies. Ça peut être une très bonne piste si vous souhaitez, en prime, découvrir cette autrice !

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Enfin, dernier et non des moindres… Je sais que j’ai dit au début de l’article que je me concentrais sur les éditeurs qui ont des collections dédiées au format court mais je ne peux pas achever cette liste sans évoquer l’Atalante qui, outre l’excellentissime « Apprendre si par bonheur » de Becky Chambers, traduit également d’autres novellas comme celles de Martha Wells qui font forte impression sur la blogosphère. De plus, les deux derniers « tomes » du Vieil Homme et la Guerre de Scalzi sont aussi construits comme des recueils de nouvelles. 

Vous connaissez d’autres maisons d’édition qui pourraient entrer dans cette liste ? N’hésitez pas à les renseigner en commentaire !

(dernière mise à jour : 07/01/2021
À rajouter : Noir d’absinthe, les saisons de l’étrange, le Grimoire, Malpertuis, les Vagabonds du Rêve, Realm et Short éditions)