Vertèbres – Morgane Caussarieu

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Vertèbres
est un roman fantastico-horrifique écrit par l’autrice française Morgane Caussarieu. Publié au Diable Vauvert, vous trouverez ce texte au prix de 17 euros partout en librairie.

De quoi ça parle ?
En 1997, dans une station balnéaire des Landes, Jonathan, dix ans, est enlevé par une femme dans une camionnette. Il réapparait une semaine plus tard et n’est plus tout à fait le même…

Le problème de la narration « journal intime » (selon moi).
Le roman possède une double narration. Celle du point de vue de Sasha, dix ans (enfin, neuf ans et demi), qui écrit dans son journal intime Diddl et celle de Marylou, la mère de Jonathan. Je vais m’arrêter sur chacune d’elles en commençant par Sasha puisque cela va me permettre de partager une petite réflexion sur la forme du récit.

L’utilisation du journal intime est quelque chose qu’on retrouve régulièrement en littérature, que ce soit blanche ou de l’imaginaire. L’auteur.ice se projette dans son personnage et se met dans sa peau pour confier à un journal, au format papier ou numérique, tout ce qu’il vit, pense, ressent de manière générale, comme cela a pu nous arriver à tous.te un jour dans notre vie. Le problème que j’ai avec cette façon d’écrire, c’est qu’elle demande une sacrée suspension de l’incrédulité de la part du lecteur.ice ou une certaine maestria de la part de l’auteur.ice pour être crédible.

En effet, il est probable qu’un jour dans votre enfance ou dans votre vie, vous ayez tenu un journal intime. Cela a été mon cas et quand je lis ces journaux fictifs, je n’ai jamais le sentiment de lire un véritable journal intime. J’ai conscience qu’il s’agit d’un trucage littéraire pour se montrer original, le souci c’est que quitte à opter pour une narration hors du commun, autant pousser le concept jusqu’au bout comme le font certains éditeurs, en incluant des ratures, des fautes d’orthographe, en acceptant que tout ne soit pas dit ou pas clair, etc. au lieu de se cantonner à la langue littéraire telle qu’on l’attend dans un livre, bien proprette, avec un certain vocabulaire et des phrases qui n’ont pas de sens comme d’écrire dans le journal qu’on s’arrête prendre une pause pipi… De plus, trouver des dialogues au sein d’un journal intime n’a pas de sens (personne n’a une aussi bonne mémoire…), pas plus que des descriptions précises qui donnent le sentiment d’être dans un roman. On oublie trop souvent qu’un journal intime n’a, en théorie, pas pour vocation d’être lu par quelqu’un. C’est quelque chose de personnel, ce qui implique qu’il ne doit pas forcément contenir des explications ou des justifications.

Ici, l’autrice fait comme si Diddl était une entité vivante à laquelle Sasha se confie, la petite fille l’interpelle d’ailleurs plusieurs fois. Cela pourrait être une justification au format, sauf que non. Personne ne raconte une histoire de manière littéraire à qui que ce soit, à l’oral ou à l’écrit. On résume toujours. Du coup, le trucage tombe à l’eau puisqu’on pourrait tout aussi bien avoir une narration à la première personne au sens classique du terme, comme on le voit régulièrement en littérature young-adult (mais pas que).

Malheureusement, Vertèbres n’a pas fait exception à mon sentiment par rapport à ce type de narration. Je n’ai cru à aucun moment être en train de lire le journal d’une petite fille de dix ans, encore moins neuf ans et demi. Déjà à cause du souci expliqué plus haut mais également à cause du langage qui fait faussement naïf. Aucun enfant de dix ans ne s’exprime de cette manière, n’a autant de vocabulaire, n’inclut autant de références, sans faute de langage ou même d’orthographe, et la plupart des enfants n’ont pas la maturité émotionnelle pour exprimer tout ce que partage Sasha. Et je ne parle pas du fait qu’elle se genre au masculin en affirmant ne pas vouloir être une petite fille. Au contraire, je suis persuadée qu’il y a des enfants qui n’ont pas envie de se conformer à leur genre de naissance, sans tout l’aspect théorique que nous, adultes, mettons derrière cela, et qui se comportent donc comme leur cœur le leur dicte. C’est un aspect que j’ai beaucoup apprécié dans ce personnage car on en voit assez peu finalement, surtout traité de manière frontale. On ressent vraiment son cri du cœur, son désespoir, du fait d’être dans un corps de fille, avec tout ce que ça implique comme normes sociales.

L’émotion est donc là mais c’est tout le contours qui me gêne. Si Sasha avait été un/e adolescent/e, je ne dis pas, mais là… À mon goût (et c’est tout personnel) cette partie du récit aurait été plus efficace avec une narration classique à la troisième personne (où l’autrice aurait pu jouer sur les pronoms pour embrouiller le.a lecteur.ice) ou mieux, avec une narration à la deuxième personne, comme c’est le cas pour Marylou.

Je précise que ça ne m’a pas empêché de m’y plonger mais j’ai profité de l’occasion pour écrire un peu sur le sujet.

Écrire en « tu », une prise de risque qui paie.
Je me suis régalée des chapitres consacrés à Marylou, la mère de Jonathan. Non seulement le personnage ne manquait pas d’intérêt mais en prime, je suis une fervente partisane de la narration en « tu », qu’on retrouve malheureusement assez peu au sein de la littérature, pour une raison qui m’échappe complètement. Selon moi, c’est une façon efficace et différente de mettre un personnage face à ses contradictions, de dévoiler ses secrets sans que cela ne paraisse artificiel (comme dans une narration en « je ») ou trop descriptif (comme dans une narration classique à la troisième personne) mais aussi de rythmer le récit. En général, une narration en « tu » implique des phrases courtes, percutantes, ça en devient musical à la lecture et honnêtement, j’adore.

Parce que Marylou n’est pas qu’une mère éplorée. On découvre petit à petit le portrait d’une femme laissée seule avec sa maternité, qui a reconstruit sa vie autour de son enfant dont elle ne voulait pas vraiment au départ, qui l’a couvé, sans réussir à couper le cordon, qui a été jusqu’à certaines extrémités pour ne pas le laisser s’en aller. C’est une bonne mère, Marylou, enfin, elle essaie et ça la mène à perpétrer des actes qui en terrifieront plus d’un.e. C’est glaçant et fascinant. Dans ces parties, j’ai retrouvé la touche dérangeante sans être gratuite qui m’a fait aimer les romans de Morgane Caussarieu quand j’ai commencé à lire l’autrice il y a maintenant quelques années. J’espère qu’elle se prêtera de nouveau à l’exercice de cette narration dans ses prochains textes.

Un roman à ne pas mettre entre toutes les mains.
Il me semble nécessaire de le préciser car on y parle d’enlèvement, de maltraitance, d’abus divers (et sexuels) sur des enfants, de maltraitance animale assez sanglante… On n’est pas au stade d’un Je suis ton ombre mais on s’en rapproche et il vaut mieux le savoir avant de se lancer dans la lecture de Vertèbres. J’ai lu des chroniques chez des blogpotes qui ont été chamboulés, qui ont lu ce livre à un mauvais moment pour eux et ce serait quand même dommage de passer à côté à cause de ça.

Parce qu’outre ces éléments qui paraissent de prime abord négatifs, Vertèbres est aussi (et surtout ?) un roman qui transpire la nostalgie des années 1990 avec de très nombreuses références (vous vous souvenez des Minikeums ? Et du minitel ?) bienvenues. On y retrouve des éléments classiques du mythe loup-garou et on repart sur un texte horrifique qui rappelle un peu (sur le principe de base quoi) la série Stranger Things dans son ambiance aussi rétro que sanglante. Pourtant, l’aspect fantastique sert surtout, à mon sens, de métaphore sur la fin de l’enfance et l’entrée dans la puberté, avec tout ce que cela comporte de cauchemardesque.

C’est aussi une histoire d’amitiés, l’amitié qui unit trois enfants laissés pour compte, rejetés parce qu’ils sont différents, pas nés dans la bonne famille, qui ne vivent pas au bon endroit. Une amitié qui parvient à passer outre l’horreur qu’inspire la condition de Jonathan mais ne résiste pourtant pas à tous les affronts.

Enfin, c’est une histoire de monstres dans tout ce que ce terme a de pluriel. Monstres, humains ou non, sont légions comme toujours dans les romans de cette autrice.

Et ça fonctionne. Même si je n’ai pas accroché à la façon de raconter la partie de Sasha, l’histoire est rythmée correctement et jouit d’une richesse thématique surprenante. Je l’ai d’ailleurs lu d’une traite, on ne sent pas les pages se tourner et bien qu’on devine comment ça va s’achever si on connait un peu l’autrice et qu’on a l’habitude de ce genre littéraire, ce n’est à aucun moment ennuyeux ou mal fichu.

Je n’irais toutefois pas jusqu’à dire, comme l’indique l’éditeur sur la quatrième de couverture, que Morgane Caussarieu signe ici son roman le plus ambitieux. Pas à mon goût, en tout cas (et c’est tout personnel comme remarque). Mais elle signe un bon texte qui mérite d’être lu à condition que les TW dont j’ai parlé ne vous posent pas de problèmes.

La conclusion de l’ombre : 
Vertèbres est un roman fantastico-horrifique qui traite du mythe du loup-garou dans les années 1990. Un petit garçon de dix ans disparait pendant une semaine et revient profondément changé. L’autrice choisit de raconter l’histoire du point de vue de Sasha, dix ans également et meilleure amie de Jonathan (la victime) ainsi que de Marylou, la mère de Jonathan. L’alternance des points de vue et des narrations (un journal intime et une narration en « tu ») offre une certaine profondeur au récit crade et malsain, comme Morgane Caussarieu les écrit si bien. Ce n’est pas un texte à mettre entre toutes les mains toutefois je suis ravie d’avoir eu l’occasion de le lire d’une traite.

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Ici se cachent les monstres – Amelinda Bérubé

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Ici se cachent les monstres
est un roman young-adult horrifique écrit par l’autrice canadienne Amelinda Bérubé. Disponible aux éditions du Chat Noir dans la collection Cheshire, vous trouverez ce texte sur leur site Internet au prix de 19.90 euros.

De quoi ça parle ?
Avant toute chose je vous invite à ne PAS lire la quatrième de couverture qui dévoile un élément qui se passe après la moitié du roman. Ce n’est pas, en soi, un trop gros souci mais quand même, ça oriente la lecture.
Skye a seize ans et en a marre de sa sœur, Deirdre, qui fait tout (et surtout le pire) pour attirer l’attention. Leur déménagement à l’autre bout du pays semble être une bonne occasion de tout reprendre de zéro, de se faire de nouveaux amis. Évidemment, Deirdre prend très mal cette volonté qu’a sa sœur de rencontrer d’autres personnes. Alors quand Deirdre disparait, Skye pense d’abord à une fugue avant de se demander s’il n’y aurait pas quelque chose qui se cache dans ces bois…

Une histoire de sœurs.
Comme régulièrement quand Cécile Guillot repère un texte, on retrouve une histoire qui met principalement en scène des personnages féminins et même des sœurs dont la relation est, ici, compliquée. Tant mieux, j’adore !

Voilà des années que Skye protège Deirdre, Deirdre qui est si étrange, qui invente un monde imaginaire où elles sont toutes les deux des Reines et vivent des aventures dangereuses mais passionnantes. Sauf que les rumeurs vont vite et Deirdre devient un souffre douleur qu’il faut protéger des enfants cruels. Skye ira assez loin dans cette démarche. Après leur déménagement, elle estime que les choses doivent changer et que Deirdre doit apprendre à se débrouiller toute seule. Elle cesse donc leurs jeux, rencontre William, Sophie et Kevin, tente de s’inclure socialement tout en gérant les crises de folie de Deirdre qui créé des monstres à partir de morceaux d’os, de bâtons et de boue.

En tant que lectrice, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour Skye, tiraillée entre l’amour qu’elle porte à sa sœur et l’envie de vivre, légitimement, pour elle-même. La relation n’est jamais nommée comme toxique mais on la ressent ainsi à travers les pages. Deirdre apparait comme une petite fille immature et égoïste sauf que rien n’est aussi tranché. La narration à la première personne, du point de vue de Skye, empêche la balance de pencher totalement d’un côté ou de l’autre car rien n’est inscrit dans le marbre. Skye remet sans arrêt les choses en perspective en fonction des évènements et, en cela, j’ai trouvé le choix narratif bien exploité.

Une histoire d’horreur.
N’oublions pas qu’avant d’être un récit de famille ou une histoire de sœurs, Ici se cachent les monstres est un roman à l’ambiance horrifique bien maîtrisée, qui va crescendo à mesure que les trois parties du texte se dévoilent. Les descriptions de l’autrice sont simples et efficaces. Elle n’a besoin d’aucune fioriture pour décrire l’atmosphère qui entoure la forêt toute proche ou l’urgence qui devient de plus en plus prégnante à mesure que les créatures posent des ultimatums à Skye. L’aspect horrifique paraîtra probablement classique à certain.es lecteur.ices adeptes du genre, toutefois classique ne signifie pas mauvais (on ne le rappellera jamais assez) et il est assez rare que je tombe sur des textes d’une telle efficacité.

Une histoire… plurielle.
Ici se cachent les monstres est un page-turner efficace avec des protagonistes principales particulièrement bien réussies mais ce n’est pas son seul atout. En toile de fond, on y évoque aussi le harcèlement scolaire et ses conséquences tout en peignant le portrait d’une famille comme il en existe tant, avec une mère qui travaille trop et un père dépassé par les évènements, une aînée sur qui repose la charge familiale et une cadette en constant besoin d’attention. Le principe parait banal mais c’est justement parce qu’il est à la portée de compréhension de n’importe qui qu’il fonctionne aussi bien, qu’on se prend autant au jeu. De plus, le roman nous oblige à nous confronter à des questions dérangeantes sur les choix que nous ferions et les extrémités auxquelles nous serions prêtes à aller pour protéger quelqu’un de cher. Et c’est en ça qu’il est brillant puisqu’à l’instar de textes comme ceux d’Anya Allyn (traduits chez le même éditeur), il oblige le.a lecteur.ice à considérer la légitimité de ses certitudes et de ses préconceptions. L’autrice bannit le manichéisme de l’équation, ce dont je me réjouis.

La conclusion de l’ombre : 
Ici se cachent les monstres est une one-shot horrifique young adult efficace et nuancé. C’est un roman qui dérange parce que rien n’y est simple, le manichéisme n’y a pas sa place. J’ai adoré me plonger dans ce texte et je le recommande plus que chaudement aux amateur.ices d’horreur.

D’autres avis : pas encore !

La maison au milieu de la mer céruléenne – TJ Klune

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La maison au milieu de la mer céruléenne
est un one-shot fantasy écrit par l’auteur américain TJ Klune. Publié par de Saxus (qui n’a pas de site Internet ?) vous pourrez trouver ce texte partout en librairie au prix de 18.90 euros.

Il y a parfois des romans dont j’ai envie de vous parler sans pour autant me livrer à une analyse précise de son contenu ni de le décortiquer parce que j’estime que ça détruirait la magie dont on a tous.te bien besoin. Ce sont des romans qui accélèrent notre rythme cardiaque, qui font monter les larmes aux yeux. Des romans qu’on n’a pas envie de refermer alors même que la nuit avance, que l’aube se rapproche et avec elle, la nécessité de se lever. Des romans qui laissent une trace indélébile dans l’esprit d’un.e lecteur.ice.

C’est ce qu’a été La maison au milieu de la mer céruléenne pour moi.

La chronique de Sabine a été mon déclencheur. J’avais vu passer le roman sur les réseaux sociaux sans que le titre ne m’inspire quoi que ce soit. J’ignorais jusqu’à son résumé et j’avoue que ça ne m’intéressait pas plus que ça. Il s’était perdu dans la masse mais cette chronique a tout changé, me donnant envie de le lire. J’ai quand même attendu quelques semaines après ça, peut-être par crainte que le texte ne tienne pas ses promesses.

Et pourtant…

De quoi ça parle ?
Linus Baker a la quarantaine, il vit seul avec une chatte au fort caractère et travaille au MJM, le Ministère de la Jeunesse Magique. Il est inspecteur et se rend dans les orphelinats un peu particuliers pour s’assurer qu’on y traite bien les enfants. Un jour, ses supérieurs l’envoient sur l’île de Marsyas, un lieu très secret où résident six enfants plus que spéciaux. Sans parler du directeur… Réussira-t-il à faire son travail de manière aussi objective que d’habitude ?

Un coup de cœur.
Dés les premières pages, j’ai été envoutée par l’écriture de TJ Klune qui me semble superbement traduite par Cécile Tasson. On y perçoit une forme de magie dans cette narration à la troisième personne concentrée sur Linus et riche d’une inimitable personnalité. Il y a des auteur.ices capables de donner vie à leurs mots, qui ne se contentent pas de décrire froidement un décor ou une ambiance. C’est parfois léger, parfois plus marqué et je suis très sensible à cela. Pour vous donner une idée, j’ai ressenti le même genre de plaisir et de satisfaction qu’en lisant Magic Charly d’Audrey Alwett.

Ici, l’auteur choisit de mettre en scène un quarantenaire comme les autres qui n’est pas un canon de beauté, souffre d’un surpoids et n’a rien qui le sort de l’ordinaire, si ce n’est sa conscience professionnelle et son bon fond. Le lecteur avance dans les pas de Linus, Linus qui rêve de la mer, Linus qui est enfermé dans un travail ingrat avec des collègues sans intérêts et une superviseuse incompétente. Linus personnifie le désenchantement qu’on peut ressentir en tant qu’employé, que ce soit ou non pour le service public, avec ce sentiment d’absurdité, de vain, pour les tâches qu’on peut nous confier. Son arrivée sur l’île va lui apporter une bouffée d’air frais et lui permettre de se plonger dans un monde littéralement magique. Linus est un protagoniste comme j’aimerais en voir plus qui est traité avec respect par son auteur. À aucun moment il n’y a de bodyshaming dans ce roman et ça fait un bien fou !

Linus est déjà un personnage très réussit mais que dire des enfants ? Chacun possède sa personnalité, son histoire et ses rêves. Ils vivent intensément au sein des pages de TJ Klune et touchent, font sourire, rire parfois. Il y a Talia, une gnome barbue qui adore jardiner et menacer celleux qui l’ennuient avec sa pelle. Il y a Phee, une esprit de la forêt qui ferait tout pour protéger les siens. Il y a Théodore, une vouivre qu’on pourrait confondre avec un animal mais qui rappelle que le fait de ne pas partager le même langage ne signifie pas l’absence de raisonnement complexe. Il y a Chauncey, une créature inconnue qui rêve de devenir groom parce qu’il veut plus que tout aider les gens. Il y a Sal, un enfant capable de se métamorphoser en chien qui a beaucoup souffert et manque cruellement de confiance en lui à force d’avoir été transporté d’un foyer à l’autre. Et il y a Lucy, Lucy à l’illustre ascendance qui porte le poids d’un héritage trop grand, possède un humour noir douteux mais adore la musique… Je me suis attachée à chacun d’eux à une vitesse folle. Je tournais les pages comme si je vivais moi-même à leurs côtés, pressée de découvrir ce qui allait leur arriver.

La maison au milieu de la mer céruléenne, c’est finalement l’histoire d’un homme qui se bat à sa hauteur pour changer le regard qu’on porte sur ces enfants particuliers. L’histoire d’un petit employé de bureau endoctriné qui déploie ses ailes et qui apprend autant au contact des enfants qu’eux au sien. L’histoire de six enfants qui décident de former ensemble une famille. Une histoire sur la tolérance, sur l’espoir et sur l’amour aussi, l’amour qu’on ressent sur un plan filial sans que les liens du sang y soient pour quoi que ce soit et l’amour romantique envers une personne qui parait parfaite malgré ses défauts et ses cicatrices. Je ne suis pas adepte de la romance mais celle présente dans le livre est tellement subtile et belle que j’ai versé ma petite larme, sans compter qu’elle n’envahit pas inutilement l’histoire en écrasant tout le reste sur son passage, au contraire.

Ce roman est beau, voilà. Une beauté touchante qui laisse sa marque sur notre cœur en papier, fin et fragile. Terry Brooks écrivait à son sujet qu’il vous redonnera foi en l’humanité et je trouve qu’il a parfaitement raison. C’est l’un des plus beaux livres que j’ai pu lire et j’espère sincèrement que beaucoup d’entre vous lui laisseront une chance.

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Emmurées – Alex Bell

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Emmurées
est un one-shot young-adult horrifique écrit par l’autrice anglaise Alex Bell. Publié chez Milan, vous trouverez ce texte au prix de 15.90 euros.

Je vous ai déjà parlé de cette autrice en 2019 lors de la publication du roman Waterwitch aux éditions du Chat Noir. Envoutée par ce texte, j’ai demandé à l’éditrice s’ils comptaient publier d’autres romans de l’autrice et, à ce moment là, c’était en projet. J’espère toujours que ça se concrétisera ! Il me semble toutefois qu’Alex Bell est maman depuis peu et a donc pris une pause bien méritée dans son métier.
Cécile Guillot m’a entre temps conseillé de lire Emmurées qui, selon elle, ne pouvait que me plaire. J’aurais mis le temps et ça aurait encore trainé si je ne l’avais pas par hasard trouvé à la bibliothèque. Comme souvent, le conseil de Cécile s’est révélé très sûr et j’ai dévoré ce roman d’une seule traite !

De quoi ça parle ?
Après la mort de son meilleur ami, Sophie se rend dans sa famille en Écosse pour essayer de passer à autre chose. Elle y retrouve ses cousins : Cameron, un garçon taciturne. Piper, une adolescente un peu trop parfaite. Lilia, une enfant troublée qui a la phobie des os. Et Rebecca, qui est morte sept ans plus tôt… et dont la chambre renferme d’angoissantes poupées.

Un roman young adult horrifique de haute volée.
Voilà comment résumer Emmurées en une phrase. Paradoxalement, on y retrouve pourtant tous les ingrédients convenus du genre : une famille à problèmes, une mort tragique qui revient sur le devant de la scène des années plus tard, des fantômes, des poupées maléfiques, une vieille bâtisse hantée, un décor écossais brumeux et tempétueux. Sur le papier, Emmurées n’a rien d’original si ce n’est le talent de son autrice.

Parce qu’à l’instar de Waterwitch, la magie d’Alex Bell a encore opéré ici alors même qu’il s’agit, sauf erreur de ma part, de son ou d’un de ses premiers romans. Tous les éléments s’imbriquent parfaitement, accompagnant le style efficace de l’autrice qui privilégie des phrases courtes, percutantes, dans une narration à la première personne maîtrisée.

Les malheurs de Sophie :
Sophie est la narratrice d’Emmurées, à l’exception du prologue et de l’épilogue. On la rencontre dans un café avec son meilleur ami Jay qui vient de télécharger une application pour utiliser une planche de Ouija sur son téléphone. Sophie n’y croit pas trop mais pense à sa cousine Rebecca, décédée plusieurs années auparavant, et tous les deux essaient de l’appeler. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu et c’est le début de la descente aux Enfers pour la jeune fille…

Je l’ai dit, la narration à la première personne est maîtrisée et ce n’est pas quelque chose d’aisé, je trouve. Le personnage de Sophie est crédible, subtile, et le fait de se focaliser sur elle n’empêche pas de développer d’autres protagonistes intéressants au sujet desquels on nourrit des doutes à mesure que la lecture avance. Qui est dérangé et qui ne l’est pas ? Qu’est-ce que la folie, au fond ? Peut-on tout mettre sur le dos des poupées ? Et d’où vient cette terrifiante comptine dont un morceau précède chaque chapitre ? La psychologie de Sophie est si bien développée, son cheminement si bien pensé, qu’on vit littéralement avec elle ces évènements terrifiants qui ont, parfois, un petit air de Shinning.

Tout fonctionne si bien qu’on se retrouve à lire un véritable page-turner impossible à reposer. Je n’ai pas vu passer ces 320 pages, je les tournais une après l’autre avec avidité, emprisonnée dans cette histoire comme les poupées emmurées dans les murs de cette ancienne école. L’ambiance, glaçante et très graphique, ne peut qu’inspirer des images claires et effrayantes dans l’esprit du lecteur. J’ai lu Emmurées par une matinée pluvieuse et j’aurais presque préféré le faire de nuit, pour le plaisir de sentir davantage ce nœud d’angoisse s’épanouir dans ma poitrine. Il est rare qu’un roman parvienne à me saisir à ce point.

La conclusion de l’ombre :
On a tendance à croire que le young adult ne se marie pas bien avec le genre horrifique mais Alex Bell démontrera efficacement le contraire à tous.tes les sceptiques. J’ai eu un coup de cœur pour ce livre ! Mon seul regret, c’est de ne pas le retrouver dans la même collection que Waterwitch car il a parfaitement sa place aux éditions du Chat Noir.

D’autres avis : Il y en a beaucoup sur Babelio mais aucun – sauf erreur de ma part – parmi les blogs que je suis.

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#S4F3s7 : 22e lecture

La princesse au visage de nuit – David Bry

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La princesse au visage de nuit est un one-shot fantastico-policier écrit par l’auteur français David Bry. Publié par l’Homme sans Nom, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 19.90 euros.

Ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’on parle de David Bry sur ce blog. L’auteur m’avait séduite (littérairement parlant !) avec Le garçon et la ville qui ne souriait plus édité chez Lynks, un texte touchant qui avait été un coup de cœur. Sans crainte, je me suis lancée dans Que passe l’hiver qui avait souligné la capacité extraordinaire de l’auteur à poser des ambiances mystérieuses, un brin surnaturelles. Par la suite, j’avais même essayé deux de ses textes au format court qui, une fois de plus, ont fait mouche. Vu son talent, on peut légitimement se demander pourquoi j’ai mis autant de temps à découvrir La princesse au visage de nuit.

De quoi ça parle ?
Hugo, trentenaire parisien, apprend la mort de ses parents et retourne dans son village natal, Saint-Cyr, pour leur enterrement. Pas de grande séquence émotions, Hugo est un enfant battu et placé qui tente de refaire sa vie loin du drame qui a secoué son enfance il y a vingt ans. Drame suite auquel ses deux meilleurs amis, Sophie et Pierre, ont disparu. Tous ces évènements ne seraient-ils pas liés entre eux ?

Un roman fantastique (dans tous les sens du terme !)
La princesse au visage de nuit est un roman qui s’inscrit principalement dans les genres fantastique et policier. Alors que Hugo retourne à Saint-Cyr, son passé le rattrape, se manifestant par des évènements étranges : des symboles anciens dessinés sur les murs, des objets normalement disparus qui réapparaissent, des ombres qui rôdent autour de sa maison… Sans parler de cette vieille légende, celle de la princesse au visage de nuit qui accepterait d’exaucer les vœux de certains enfants. C’est en la cherchant que Sophie et Pierre ont disparu il y a vingt ans. Seul Hugo est revenu de la forêt, amnésique.

David Bry déploie son talent pour poser une ambiance efficace qui prend directement aux tripes. Il alterne entre le présent à Saint-Cyr, le présent à Paris (en suivant Hugo) et le passé, en 1999 (principalement pour Hugo mais également pour Sophie et Pierre). Cela permet de voir le protagoniste principal à différentes étapes de sa vie, lui qui essaie de se reconstruire après les drames qu’il a vécu et qui continuent pourtant, inlassablement, de revenir le hanter. Le ton général du roman tire plutôt vers la mélancolie. C’est sombre, difficile, de se replonger dans le passé de Hugo, dans ses traumatismes, dans sa souffrance. Pourtant, ce n’est jamais malsain ou voyeuriste, l’auteur réussit à rester dans le registre du poétique avec un surprenant brio.

Doté de chapitres courts, de dialogues qui sonnent toujours justes et des descriptions courtes mais percutantes, l’auteur donne un rythme maîtrisé à son récit au cœur duquel on ne s’ennuie jamais. Petit à petit, il pose les balises de ce mystère de grande ampleur et met en scène un village où tout le monde a son petit secret honteux. L’aspect fantastique est bien présent par légères touches surnaturelles qui laissent planer un doute. Hugo est-il fou ? La princesse existe-t-elle ? Qu’est-il arrivé à Sophie et Pierre ? Accompagné par Anne, la sœur de Sophie, le jeune homme va tenter de le découvrir.

Anne étant gendarme, on reste sur le récit d’enquête plutôt classique avec ses rebondissements mais, comme je l’ai déjà dit, rondement mené par l’auteur si bien qu’on ne s’ennuie pas. Toutefois, outre l’aspect policier et l’aspect surnaturel, La princesse au visage de nuit est un roman profondément humain qui met en scène un protagoniste en souffrance, au sein d’un groupe d’ami.es qui dissimulent vainement un malaise typique de notre 21e siècle. La façon dont David Bry se sert de ces éléments pour l’intégrer à son récit est très réussie, l’équilibre est présent et l’auteur a le bon goût de rester cohérent jusqu’à la fin de son histoire.

Enfin, ce roman se révèle également être un texte sur l’amitié, l’amitié entre enfants mais aussi entre adultes, qui traverse tout le récit et se révèle d’une importance capitale. Pour une fois, c’est cela qui prime et non les peines de cœur, ce qui m’a particulièrement touchée.

La conclusion de l’ombre : 
La princesse au visage de la nuit est un one-shot fantastico-policier dont l’intrigue principale prend place dans le village de Saint-Cyr, en France. Hugo, enfant battu et survivant d’une nuit d’horreur dans la forêt, doit retourner sur place à la mort de ses parents et affronter les spectres de son passé. De prime abord, on pourrait craindre un texte vu et revu mais ce serait mal connaître David Bry qui déploie tout son talent pour proposer une intrigue efficace dotée d’une ambiance sombre, soignée, accolant ainsi à son roman le qualificatif de page-turner. J’ai adoré !

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#S4F3s7 : 18e lecture

L’Apocalypse selon Sandra – Céline Saint-Charle

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L’Apocalypse selon Sandra
est un one-shot post-apo zombie écrit par l’autrice française Céline Saint-Charle. Publié chez Livr’S Éditions, le titre est actuellement en précommande jusqu’au 15 septembre pour une sortie en librairie prévue le 1er octobre.

Céline Saint-Charle a un incroyable talent…
Céline Saint-Charle, c’est une autrice dont je ne pensais pas aimer les livres. Elle écrit systématiquement dans les genres que je n’apprécie pas, voir que je déteste, et je me retrouve pourtant chaque fois à lire son bouquin, par un improbable concours de circonstance. J’aime pas le post-apo ? BAM ! Elle sort #SeulAuMonde qui m’a agréablement surprise par son humanité. J’aime pas la dystopie ? BIM ! Elle m’envoie la Divine Proportion en pleine face, qui a été un énorme coup de cœur et ce dés le comité de lecture (quand j’y étais encore) alors imaginez mon plaisir quand j’ai relu la version éditée. J’ai une aversion profonde pour les zombies ? ZBEM ! Voilà qu’elle débarque avec l’Apocalypse selon Sandra, roman avec lequel j’ai passé un excellent moment et qui déborde de bonnes idées.

Je vis à présent dans la crainte qu’elle se mette à la romance.

De quoi ça parle ?
Sandra Cochrane est une jeune texane qui travaille dans le ranch familial. Le jour où l’apocalypse commence, Sandra accompagne son frère Tom pour tester l’une de ses inventions quand le shérif Perkins arrive. Il vient arrêter Diego, un gars pourtant sans histoire, qu’il accuse du meurtre de sa femme. On comprend rapidement que Perkins est un cliché du flic texan dans toute sa splendeur, avec le racisme et l’abus de pouvoir qui vont avec. Alors quand il devient un zombie et que Sandra finit menottée à lui, on n’imagine pas une seule seconde qu’on finira par éprouver de la sympathie à son égard…

Revisiter le genre.
Céline Saint-Charle semble passionnée par l’apocalypse et les zombies, cela se sent dans son récit car elle s’amuse à démonter un par un les codes du genre. Elle illustre parfaitement l’intérêt, pour un.e auteur.ice, de connaître le genre dans lequel iel écrit afin de pouvoir se le réapproprier et même, pourquoi pas, le renouveler. Quand je pense post-apo zombie, j’ai des images de The Walking Dead, d’intrigues violentes et gores autour de plusieurs groupes de survivants aux idéologies opposées, la loi du plus fort qui règne, la crasse, le désespoir, etc. Ici, on a tout ça, mais au lieu de se pencher sur les humains, l’autrice se place du côté des… zombies ! Et oui, même avec Sandra en narratrice dans une écriture à la première personne. On se rend vite compte que les véritables monstres ne sont pas ceux qu’on croit…

Avec une vingtaine de chapitres dynamiques intitulés « épisodes », l’autrice découpe son roman comme une série efficace, mâchant le travail de la firme qui ne manquera pas de racheter les droits de cette œuvre. Vous pensez que je m’emballe ? C’est parce que vous n’avez pas encore découvert l’Apocalypse selon Sandra.

Toute l’histoire est racontée par Sandra, qui doit déployer une grande capacité de résilience pour ne pas perdre l’esprit alors qu’elle avance au milieu de cette horde zombie, sans savoir pour quelle raison elle ne sert pas de repas comme les autres. L’autrice développe finement la psychologie de sa protagoniste, insistant sur les différentes étapes de son évolution mentale comme morale, sur la manière dont l’humain s’adapte pour simplement survivre et ne pas sombrer dans la folie. La présence de Sandra au sein de la horde permet d’observer le comportement des créatures, qui s’éloigne de ce dont on a l’habitude au cinéma, dans les séries ou même dans les romans / BD sur le sujet. En règle générale, on tient toujours pour l’humanité dont on espère la survie et l’apocalypse apporte une bonne occasion de remettre en question les différents excès contemporains que nous vivons au quotidien. Ici, Céline Saint-Charle met le nez de l’Humanité dans (son) caca (de vache) et n’a pas la prétention d’offrir le moindre pardon à qui que ce soit. Il fallait l’oser et j’ai personnellement trouvé ça savoureux !

Sandra, une protagoniste qui marque.
Sandra Cochrane est un peu la texane typique, dans les standards de beauté et d’intelligence, douée de capacités au travail manuel. Elle n’a rien de spécial si ce n’est qu’elle tombe dans une fosse pleine de purin au moment où le zombie attaque le shérif, ce qui l’épargne dans un premier temps et l’oblige à suivre la horde, menottée à l’un de ses membres. Elle doit prendre sur elle pour ne pas craquer et on ne peut qu’éprouver une profonde admiration pour sa résilience. Elle n’est pas toujours angélique, elle ne prend pas toujours les meilleures décisions, toutefois elle ne fait rien que nous ne ferions pas à sa place. C’est une protagoniste crédible pour laquelle on ne peut que ressentir de l’empathie. J’ai adoré découvrir son cheminement, son parcours, ses rencontres, les obstacles sur sa route et la manière dont tout ça se « termine ».

Cette protagoniste, à la fois typique et surprenante, n’écrase pas pourtant de son aura les personnages secondaires qui croisent sa route. L’autrice a soigné l’ensemble de son roman, on sent le travail minutieux qu’elle a accompli et qui ne fait qu’amplifier le plaisir de lecture.

Un roman… pas très ragoutant.
Je me dois quand même de préciser que, pour lire l’Apocalypse selon Sandra, mieux vaut avoir le cœur bien accroché. Outre la violence inhérente à ce type de récit, l’autrice aborde divers points d’hygiène auxquels on ne pense jamais et qu’on peut trouver inutiles… Sauf que ça apporte une crédibilité supplémentaire à l’histoire. Ainsi, comment fait-on ses besoins lorsqu’on est menotté.e à un zombie ? Est-ce que les zombies ont ou non un système digestif ? Quelle est l’importance d’une bonne hygiène dans notre perception de nous-même, en tant qu’être humain ? Ces scènes ne sont jamais gratuites, je trouve qu’elles apportent vraiment quelque chose au sein de l’histoire.

La conclusion de l’ombre :
L’Apocalypse selon Sandra est un one-shot de zombie post-apo que j’ai lu avec grand plaisir alors même que je n’aime pas ce genre littéraire. Céline Saint-Charle a effectué un travail remarquable autant sur le fond que sur la forme, proposant une protagoniste à l’évolution psychologique minutieusement soignée qui se déplace malgré elle au sein d’une horde de zombies, renversant le point de vue habituel de ce type d’histoire pour voir si ces créatures n’auraient pas, par hasard, mieux à offrir que l’Humanité. Un roman surprenant à lire absolument !

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#S4F3s7 : 17e lecture

À l’ombre du Japon #38 { The Voices of a Distant Star (one-shot) }

Ohayo mina !

The Voices of a Distant Star est un one-shot de science-fiction adapté du court-métrage du même nom par Mizu Sahara. Le court métrage en question date de 2002, il a été réalisé et scénarisé par Makoto Shinkai à qui on doit également : Your Name, les enfants du temps et 5 cm per second, également disponibles chez Pika au format papier.

En quelques mots, il s’agit de l’histoire de deux jeunes collégiens sur le point d’entrer au lycée. Mikako est engagée après un tirage au sort dans la flotte spatiale des Nations Unies afin de piloter un mécha à la recherche de Tharsiens, une race extraterrestre possédant une technologie que l’humanité envie. Sur Terre, son meilleur ami Noboru l’attend. Ils échangent des messages, messages qui mettent de plus en plus de temps à arriver à mesure que la distance grandit…

Je n’aurais pas cru être à ce point touchée par une histoire comme celle-là. Les points de vue alternent entre Mikako dont la vie change radicalement et Noboru, qui s’accroche au passé grâce aux messages de son amie. Hélas, ces transmissions prennent de plus en plus de temps à arriver sur Terre, à mesure que Mikako s’éloigne. Au début, il suffit d’une semaine mais divers évènements vont contraindre le vaisseau où se trouve Mikako à prendre encore plus de distance si bien que le message suivant arrive au bout d’une année, puis de huit. Et, forcément, le temps ne s’écoule pas de la même façon pour Mikako que pour Noboru !

Sur dix chapitres seulement (vingt-cinq minutes à peine pour le court-métrage !) , Makoto Shinkai propose une histoire solide, à la fois simple dans son déroulement mais d’une incroyable richesse sur la psychologie de ses deux personnages. La manière dont Noboru gère cette distance, persuadé que Mikako l’oublie quand l’un des messages prend plus de temps à arriver, puis la culpabilité de l’avoir pensé alors qu’une bonne raison justifiait ce retard, rappelle notre humanité et notre fragilité face à l’incertitude des sentiments au sein d’une relation.

Mikako, de son côté, apprend à connaître les autres membres de son groupe de mission, se fait une nouvelle amie, sans jamais oublier Noboru et en allant jusqu’à mettre sa vie en danger pour essayer de lui envoyer un dernier message avant le saut qui va encore allonger la distance de transmission.

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Cette scène est particulièrement poignante car on la voit tendre les doigts vers son téléphone qui flotte dans son mécha, paniquée à la perspective d’échouer à l’attraper pour finalement devoir abandonner, ce qui la laissera en larmes et seule face à cette solitude. On sent beaucoup de résilience en chacun, beaucoup d’abnégation aussi et de dévouement dans leur relation qui, évidemment, transcende le qualificatif d’amitié pour se révéler être de l’amour. En règle générale, je n’apprécie pas ce genre de choses mais ici, cela fonctionne parfaitement.

J’ai ressenti beaucoup d’émotions à la lecture de ce texte. Je n’ai hélas pas pu voir l’animé, pas encore, mais je compte bien m’y pencher dés que possible.

La conclusion de l’ombre :
The Voices of a Distant Star est l’adaptation au format manga papier d’un court-métrage réalisé brillamment par Makoto Shinkai. En un one-shot, Shahara Mizu donne vie à cette superbe histoire d’une relation longue distance qui, dans un contexte de science-fiction, parle surtout de psychologie et de relation humaine et ce de manière très fine. J’ai adoré !

Temps mort – Ariel Holzl

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Temps mort
est un roman one-shot d’urban fantasy destiné à un public 13+ écrit par l’auteur français Ariel Holzl. Publié par Slalom, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 15.95 euros.

De quoi ça parle ?
Léo, dix-sept ans, arrive à Paris après la mort de ses parents pour être pris en charge par son oncle Théobald. L’homme vit claquemuré dans un étrange manoir et semble lié à un univers alternatif, le Périmonde, sorte de négatif de la ville de Paris. Léo s’y retrouve embarqué pour essayer de sauver la seule famille qu’il lui reste.

De l’urban fantasy classique à la sauce Ariel Holzl.
Soyons clairs : Ariel Holzl ne réinvente pas ici le genre de l’urban fantasy. Vous me direz, on ne le lui demande pas et vous avez totalement raison ! Ce que je veux dire par là, c’est qu’on retrouvera des éléments classiques de ce genre littéraire comme un monde alternatif (le Périmonde), des créatures issues du bestiaire des ombres (spectres, vampires, liches, goules), un adolescent précipité dans ce monde où il aura la chance d’avoir quelqu’un pour le guider (c’est pratique ces gens altruistes (ou pas) !), des puissants qui semblent porter une attention injustifiée à cet adolescent susmentionné, bref vous voyez le tableau. Toutefois, Temps Mort possède cette « patte holzlienne » qui lui permet de se distinguer.

Ce que j’entends par là c’est que j’ai retrouvé dans ce roman ce que j’aime chez l’auteur : cette ambiance grand-guignolesque à l’esthétique résolument 19e siècle, cet excentrisme assumé qui me donne presque l’impression de lire un manga, que ce soit par la façon dont les personnages se présentent ou la manière dont ils s’affrontent. Ce n’est certes pas sa production la plus inspirée en terme de création d’univers mais le roman reste plaisant.

Quelques éléments de contexte :
Il existe un Paris alternatif appelé Périmonde, qui est une version en négatif de la capitale française. Une cinquantaine d’individus immortels y (sur)vivent, des individus appelés les ichorides parce qu’ils dévorent l’ichore (l’âme, l’essence) des personnes qui meurent dans le Paris d’En-Haut. Ces ichorides sont répartis en quatre maisons : Léthé pour les liches qui façonnent les os, Cocyte pour les goules qui façonnent la chair, Achéron pour les vampires qui corrompent le sang et enfin Styx pour les spectres liés à l’âme. Chaque maison est dirigée par un dynaste, généralement l’ichoride le plus ancien et / ou le plus puissant. Mourir dans le Périmonde n’est pas très grave car à chaque fin de cycle, le Glas sonne et le Périmonde est en quelque sorte réinitialisé, ce qui permet aux personnes décédées de revenir comme avant, si toutefois personne n’a volé leur précieux ichor. Il existe bien entendu des lois pour empêcher cela mais c’est bien l’une des seules règles de cet univers où la quasi absence de trépas définitif rend les habitants plutôt extrêmes dans leurs interactions sociales (c’est la façon polie de dire que ce sont de grands tarés meurtriers.)

Sur le papier, l’univers est prometteur mais voilà : au contraire des Sœurs Carmines où Ariel Holzl a pu développer de petits détails amusants et évocateurs ainsi que des personnages iconiques sur trois tomes, il signe ici un one-shot où les idées sont présentes, tout comme le potentiel, mais où il n’y a décidément pas assez de pages pour m’empêcher de rester sur ma faim. Car si Léo (sur lequel je vais revenir) est très réussi, tout/es celles et ceux qui gravitent autour sont à peine esquissé/es au point de devenir des éléments de décor alors que, damned, rien que les Dynastes ont un potentiel de malade ! Et je ne dis pas ça parce que j’ai -évidemment- (quoi, t’es surpris/e, really ?) craqué sur le personnage de Monsieur.

Bref, c’est justement parce que les idées me plaisent que je ressors frustrée de ma lecture : j’en voudrais davantage.

Léo, protagoniste principal et narrateur.
Il existe des centaines, peut-être des milliers de roman qui sont racontés par leur protagoniste principal a posteriori, sous forme d’un journal très (trop ?) détaillé où, finalement, ce personnage devient romancier même s’il s’en défend à grands cris. Ariel Holzl fait le même choix ici avec un récit à la première personne, du point de vue de Léo. Là où l’auteur se montre original, c’est qu’il justifie l’existence de ce texte, de ce journal, d’une manière qui me semble assez solide par rapport aux standards habituels.

En effet, Léo souffre de la maladie de Huntington. En quelques mots, il s’agit d’une maladie neurodégénérative qui affecte les fonctions motrices, cognitives et émotionnelles. Ce n’est pas la première fois que je la croise dans la fiction (comment oublier Numéro 13 ?) et l’auteur la représente assez bien ici, avec les conséquences que cela a sur la vie de Léo. C’est d’ailleurs pour cela que l’adolescent écrit de manière détaillée son premier contact avec le Périmonde. Il s’adresse à son lui du futur, sans savoir si un traitement sera entre temps trouvé, s’il va oublier ce qui lui est arrivé ou non. Il écrit « au cas où » il oublierait et devrait se rappeler de tout ce qui concerne ce Paris alternatif, pour différentes raisons que vous découvrirez au fil du roman.

La conclusion de l’ombre :
Temps mort est un récit très holzlien avec tout ce que ce qualificatif comporte de compliments. Une urban fantasy certes classique mais à l’esthétique grand-guignolesque assumée qui la transforme en chouette moment de lecture en compagnie de Léo. Pourtant, je reste sur ma faim car ce texte fourmille d’excellentes idées qui ne sont pas suffisamment exploitées. Je me demande si l’auteur y reviendra un jour ou non. Quoi qu’il en soit, je continuerai à suivre ses publications.

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#S4F3s7 : 11e lecture

Tokyo, la nuit – Nick Bradley

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Tokyo, la nuit
est le premier roman de l’auteur anglo-allemand Nick Bradley. Publié par Belfond, vous trouverez ce texte au prix de 21 euros partout en librairie.

J’ai découvert ce texte grâce à Amélia Chatterton durant le Hanami Book Challenge, je la remercie pour cela et vous invite à lire sa chronique.

De quoi ça parle ?
À Tokyo, de nombreuses vies se croisent, se touchent et s’influencent sans en avoir conscience. Dans ce roman fix-up, le lecteur suit plusieurs personnages tous connectés entre eux d’une manière ou d’une autre et souvent par la présence d’un mystérieux chat…

Un roman à la frontière des genres.
De prime abord, on pourrait croire que Tokyo, la nuit est un texte de littérature blanche qui prend place dans un Japon moderne et décrit des tranches de vie (presque) banales. De prime abord seulement. En effet, on se rend rapidement compte que tout le roman est traversé par un sentiment de fantastique onirique, de surnaturel léger propre à la littérature japonaise. Ce n’est pas tout ! L’un des chapitres est également consacré à une nouvelle de science-fiction intitulée Copy-cat de Nishi Furuni, un écrivain fictif que l’auteur, dans une interview, avoue être inspiré en partie de Hoshi Shin’ichi. Cette nouvelle a tout à fait sa place dans Tokyo, la nuit puisqu’elle est traduite par l’un des personnages que l’on rencontre et que l’auteur en question est le père et le grand-père de trois autres protagonistes que l’on va suivre ensuite.
Vous pensiez les surprises terminées ? Que nenni ! Le roman contient aussi plusieurs planches d’un manga dessiné par un enfant qui met en scène sa rencontre avec un hikikomori, rencontre qui a lieu grâce au chat calico présent tout au long des différents récits.
Enfin, on pourrait même évoquer une uchronie puisque le roman se déroule en 2020, une année sans la moindre trace de pandémie au point que les Jeux Olympiques s’ouvrent dans les dernières pages. J’ai trouvé ça amusant et je me demande si c’est voulu par l’auteur (et si oui, quel message cela cache-t-il ?) puisque le roman semble avoir été publié en VO en 2020 justement…

Nous voici donc en compagnie d’un petit OLNI qui, non content de traverser les genres, traverse également les médias !

Un roman mosaïque.
J’ai découvert ce terme en cherchant comment qualifier ce texte et il me semble tout à fait adapté. Dans Tokyo, la nuit, le lecteur suit une galerie de personnages très différents, à un moment de leur présent, durant l’année 2020. Un tatoueur à l’ancienne qui reçoit une étrange demande d’une femme pour un tatouage atypique, deux collègues qui se découvrent une passion commune pour Street Fighter, une traductrice américaine qui étouffe à Tokyo, un couple dysfonctionnel, des chauffeurs de taxi, des sans-abris qui disparaissent mystérieusement des rues, un détective à la recherche d’un jeune homme disparu… Ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres de profils qui permettent de brosser un portrait crédible et réaliste de la société japonaise aujourd’hui avec ses codes, ses attentes, ses frustrations, la sensation d’étouffement qu’un/e occidental/e (ou un/e japonais/e) peut ressentir à son contact mais aussi la beauté et la diversité de sa culture, de ses psychologies, de ses traditions.

Les pages se tournent sans qu’on n’y prenne garde, embarqué dans ces moments de vie volés souvent aperçus par notre mystérieux chat calico. La construction du récit est maîtrisée, cela laisse présager de belles choses pour les prochains textes de Nick Bradley car même s’il ne répond pas à toutes les questions et ne donne pas de clé à tous les mystères (notamment celui du chat -ce qui ne me pose pas de soucis car je ne suis pas une lectrice qui attend qu’on lui explique tout mais je sais que ça pourrait déranger certain/es) on sent chez lui une inventivité et un amour de la culture nippone, la vraie, qui me parle forcément.

La conclusion de l’ombre :
Tokyo, la nuit est un roman mosaïque à la frontière des genres qui saura séduire les japanophiles. Nick Bradley propose une multitude d’instantanés de la vie de plusieurs personnages en 2020 qui ont deux choses en commun : iels vivent à Tokyo et iels vont croiser la route d’un étrange chat calico. J’ai adoré l’ambiance générale qui se dégage de ce roman original et maîtrisé. Je le recommande très chaudement !

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#S4F3s7 : 8e lecture.

Yellow Jessamine, secrets empoisonnés – Caitlin Starling

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Yellow Jessamine, secrets empoisonnés
est une novella de fantasy gothique écrite par l’autrice américaine Caitlin Starling et traduite par Hélène Mathis. Publiée aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce texte sur leur site internet au prix de 14.90 euros.

Cette novella traine depuis début d’année (moment de sa sortie) dans ma PàL sans que je puisse expliquer pour quelle raison j’ai attendu autant pour l’en tirer. Je le regrette après coup car il rejoint le rang des pépites dénichées par les éditions du Chat Noir dans la littérature anglosaxonne. On peut dire que l’éditrice a un sacré flair là-dessus car il est très rare (bien que ce soit déjà arrivé) que je sois déçue par l’une de leurs traductions.

De quoi ça parle ?
Lady Evelyn Perdanu dirige une société de transport maritime depuis la ville fictive de Delphinium (qui est le nom d’une plante, la boucle est bouclée !). La cité subit un blocus suite à une révolution au sein de l’Empire, ce qui l’isole de plus en plus. Pour ne rien arranger, une étrange maladie se répand, plongeant les personnes atteintes dans une étrange catatonie. Pour plusieurs raisons, Evelyn est certaine d’être liée à cette épidémie et tente de s’en protéger en s’enfermant dans son manoir où elle étouffe sous le poids de ses secrets.

Une fantasy gothique de haute volée.
Voilà un moment que je n’avais pas eu l’occasion de lire un texte gothique aussi bien maîtrisé. Il ne faut que quelques pages à l’autrice pour poser une ambiance sombre et angoissante, qui titillera les instincts claustrophobes des lecteurices les plus sensibles. Cette ambiance est la plus grande force de ce texte selon moi car on sent l’inévitable se rapprocher à chaque inspiration, à l’instar d’Evelyn qui sent la Mort venir et tente par tous les moyens de la repousser. Le lecteur s’interroge alors : qu’est-ce qui tient du réel ? Qu’est-ce qui tient de la paranoïa d’Evelyn ? Et qu’est-ce qui appartient véritablement au registre du surnaturel ? Car l’un des trois mots apparaissant sur la quatrième de couverture pour décrire ce roman est « folie » et on peut dire qu’elle prend en effet une ampleur considérable à mesure qu’on tourne les dernières pages…

Pour vous donner une idée, la novella s’ouvre sur un navire en train de brûler au large de la ville, après que des cas de peste s’y soient déclarés. Evelyn est alors appelée au port car il s’avère que le Vérité, l’un de ses propres navires, subit aussi les assauts d’une étrange maladie. Le ton est donné dés les premières lignes !

L’autre grande force de Yellow Jessamine est justement ce personnage d’Evelyn Perdanu, devenue héritière de cette compagnie maritime par la force des choses (tous les membres de sa famille meurent mystérieusement les uns après les autres) et spécialiste en botanique. Cette compétence lui permet de préparer des remèdes comme des poisons. Toute vêtue de noir, elle porte le voile du deuil depuis plus de vingt ans et n’a rien d’une héroïne classique. Deux facettes s’affrontent en elle : d’un côté son visage public, froid et digne, qui inspire une forme de respect pervertie par la crainte car son aide se révèle à double tranchant. De l’autre, c’est une personne fragile qui aspire simplement à être aimée, comprise, une attention que lui donne Violetta, son assistante. J’ai trouvé leur relation tragique et touchante, c’est la première fois depuis longtemps que je suis un duo uniquement féminin où aucun homme ne se mêle de leur dynamique. C’est rafraichissant. Bien évidemment, de nombreux secrets, sombres et empoisonnés, tournent autour de ce personnage, justifiant le sous-titre évocateur de la novella.

Pour ne rien gâcher, l’objet livre est, comme toujours, soigné. La couverture est identique à la version originale et on comprend pourquoi en lisant Yellow Jessamine. J’ai rarement vu une illustration coller à ce point au contenu ! Quant à l’intérieur, on reste sur une mise en page plus classique mais on retrouve tout de même quelques plantes illustrées, comme dans un livre de botanique. Des plantes, évidemment, liées à l’intrigue…

Tous ces éléments et d’autres que je vais taire pour ne pas gâcher votre lecture font de Yellow Jessamine une pépite dans le genre gothique que je recommande plus que chaudement.

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#S4F3s7 : 4e lecture