How to save a life – Lauren K. McKellar

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How to save a life
est un roman one-shot tranche de vie publié par l’autrice australienne Lauren K. McKellar. Traduit aux Éditions du Chat Noir dans la collection Chat Blanc, ce titre est disponible au prix de 19.90 euros.

Vous avez le droit de vous indigner. C’est vrai que je lis assez peu de romans de ce style là et qu’en général, je les évite largement. Toutefois, en découvrant la quatrième de couverture, j’avoue… Il me tentait bien. Je ne sais toujours pas pourquoi à l’heure actuelle mais j’ai profité qu’une amie me le prête pour m’y essayer parce que quand même, il me titillait depuis l’annonce de sa sortie qui date d’octobre 2018. Y’a des mystères, comme ça.

Lia est une lycéenne de dix-sept ans qui cache un assez lourd secret et n’a pas la vie facile. Entre son passif, sa mère alcoolique et les difficultés dans son job, elle compte les jours pour enfin se tirer de chez elle et vivre à Melbourne même si ça implique de laisser sa mère. Pour cette raison, Lia essaie absolument de la soigner avant de s’en aller, par peur qu’elle se tue. Son objectif? Décrocher une bourse dans un célèbre conservatoire afin de jouer du piano, instrument qu’elle maîtrise à la perfection. Mais tout n’est pas si simple dans cette petite ville australienne.

Je suis toujours un peu entre deux sentiments concernant ce livre. Je l’ai lu très rapidement et je l’aurai même dévoré d’une traite si je n’avais pas été fatiguée par la foire du livre de Bruxelles. Sans aucun doute, How to save a life est un page turner plutôt bien écrit (et bien traduit) puisqu’il déborde d’émotions maîtrisées par son autrice. On a envie de connaître la suite et on la lit avec une sorte de fascination morbide en se demandant ce qui va bien pouvoir encore arriver à cette pauvre fille. D’un autre côté, j’ai eu plus d’une fois envie de secouer Lia pour qu’elle ouvre les yeux sur les horreurs qui se déroulent autour d’elle. Entre son copain, le nouveau mec de sa mère, sa mère elle-même et les traumatismes qu’elle a subi avec son père… Quand on découvre son histoire d’un œil extérieur, on a plus d’une fois envie de hurler et de la pousser à faire ce qu’il faut pour se sortir de là. D’ailleurs, sans vous spoiler, je ne comprends toujours pas comment elle peut supporter de se retrouver en compagnie de Kat. Il y a des choses que je ne cautionne pas et ça franchement…

Et c’est là, je trouve, qu’on peut parler de roman réussi. Parce que j’ai ressenti des émotions. Que j’étais prise dans le texte. Lauren McKellar évoque des thématiques graves qu’on a tendance à minimiser ou pire, à banaliser. L’alcoolisme d’un parent, l’inversion des rôles parent-enfant, le désir qu’on a de voir ses proches heureux quitte à se sacrifier pour ça, le choix de garder le silence face à l’horreur pour protéger sa mère, la peur de se dévoiler et le regard des autres, tout ça sont des sujets importants et je pense que ce roman peut amener une réelle prise de conscience par ses lecteurs. Je trouve d’ailleurs que la psychologie de Lia sonne assez juste et que les éléments aberrants de sa vie n’en sont que renforcés.

Venant de donner un cours sur l’alcoolisme, je peux aussi affirmer que la façon dont l’autrice parle des alcooliques est aussi (et hélas) très réelle. On sent un investissement émotionnel conséquent à travers ces lignes. Alors, évidemment, on est dans de la littérature young adult même s’il y a quand même des scènes sexuelles (non explicites). Et il y a quand une romance. Sans vous spoiler la fin, vous la devinez plus que probablement. Ces éléments me laissent un petit arrière-goût d’agacement mais il est quand même minime dans l’ensemble parce que je m’étais attachée à Lia et que contrairement à l’idée reçue générale, je ne suis pas un monstre. Sans compter que j’ai apprécié le fait que ce garçon ne prenne pas toute la place. Lia se sent bien avec lui mais elle ne se jette pas à ses pieds pour qu’il la sauve. Alors évidemment, le gars est super beau, super sexy, super gentil, super tout ce qu’on veut mais elle se débrouille d’abord et avant tout par elle-même, bien que ça la fasse souffrir. Ça, ça me plait !

Pour résumer, j’ai aimé How to save a life et je suis contente de l’avoir lu. Je ne suis absolument pas le public cible sans compter que certains codes de la romance sont présents (ce qui m’agace), pourtant j’ai trouvé ce texte intéressant grâce à ses thématiques et son héroïne. Il prend aux tripes et ce page-turner ne manquera pas de plaire aux amateurs du genre. Je le recommande à ceux qui cherchent un texte contemporain avec des thématiques fortes et un personnage principal crédible.

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Le Château Noir – Anne Mérard de Saint-Just

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Le Château Noir, sous-titré les souffrances de la jeune Ophelle, est un roman de l’autrice française Anne Mérard de Saint-Just publié pour la première fois en 1799. Réédité aux Éditions du Chat Noir dans le cadre de leur collection Gothicat. Vous trouverez ce titre au prix de 14.90 euros.

Comme certains assidus du blog le savent déjà, j’aime beaucoup les œuvres anciennes et classiques. Passionnée par l’histoire littéraire, je trouve cette initiative de sortir de l’oubli des ouvrages gothiques, surtout francophones, vraiment admirable car ça permet d’attirer l’attention du grand public sur celles-ci. Toutefois, la difficulté est évidemment, en tant que lecteur, de parvenir à replacer l’œuvre dans son contexte et de la lire avec l’œil critique adapté. C’est particulièrement vrai concernant le Château Noir.

Ce roman est construit comme un très long courrier envoyé par la meilleure amie d’Ophelle. Ce qui explique, d’ailleurs, l’absence de chapitre et donc d’endroit où cesser sa lecture pour souffler un moment. Il commence en annonçant la mort d’Ophelle et raconte toute son existence pour expliquer comment le drame arriva. Le procédé manque assez de crédibilité puisque, même à l’époque, je doute que quiconque aurait écrit ce genre de lettre avec autant de détails et de dialogues. Toutefois, c’était un procédé narratif assez prisé et posé dès le commencement du livre. Puis il peut justifier les libertés prises avec la concordance des temps.

Ophelle a tout d’une héroïne tragique. Jeune fille pure et fragile, elle tombe amoureuse du comte d’Eloncour et en est éloignée par sa belle-mère qui partage son affection pour cet homme. Je ne vous en dit pas davantage car l’histoire peut être entièrement résumée en quelques lignes. L’intérêt de ce texte réside plutôt sur deux grands axes. Le premier, c’est l’image donnée par l’autrice de la femme à l’époque, qui nous en apprend beaucoup sur la condition féminine et, pour citer la préface de Vincent Tassy, sur la pression patriarcale et l’importance du rôle social. Le second, c’est la façon dont on parlait à l’époque des émotions et des transports amoureux. Forcément, c’est très grandiloquent et exacerbé mais j’ai apprécié la traitement proposé par Anne Mérard de Saint-Just, surtout pour l’aspect folie d’Ophelle. Les lecteurs contemporains risquent de souvent lever les yeux au ciel sans s’y retrouver mais sur un plan personnel, c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup.

Petit conseil d’ailleurs aux futurs lecteurs de ce texte: lisez la préface après le roman. Cela peut paraître curieux mais j’ai préféré découvrir le texte puis réfléchir sur lui grâce aux informations données par Vincent Tassy plutôt que de tout savoir à l’avance car l’air de rien, sur un roman aussi court, la préface donne un peu trop d’informations. Mais c’est personnel.

En bref, le Château Noir est un roman que je recommande aux amateurs de littérature gothique classique (ou classique tout court) pour son intérêt dans l’histoire littéraire et sociale de son époque. J’ai passé un bon moment en le lisant mais ce n’est pas un texte qui me marquera l’esprit durablement. Toutefois, il n’est pas dénué d’intérêt alors si vous êtes un peu curieux, ça vaut la peine !

Anima – Wajdi Mouawad

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Anima est un one-shot de l’auteur franco-libanais Wajdi Mouawad. Publié chez Actes Sud dans la collection Babel, vous trouverez ce livre au prix de 9.70 euros.

Je n’avais jamais entendu parler de cet auteur ou de ce roman avant de tomber sur l’article de Book’s Anatomy il y a un an de cela. La façon dont elle a tourné sa chronique m’a immédiatement donné envie de le découvrir. Vous pensez bien ! Malsain, dur, un coup de poing dans l’âme… Je ne pouvais que foncer dessus. Aussitôt commandé en librairie, reçu la semaine suivante, il est pourtant resté perdu dans ma PàL pendant toute l’année 2018. Finalement, ma bookjar s’est décidée à le sortir et j’en suis plus qu’heureuse. Quelle claque !

Nous suivons le personnage de Wahhch Debch qui découvre sa femme enceinte assassinée dans son appartement. Choqué, il cherche des réponses que la police refuse de lui donner. Ces réponses concernent le meurtre de sa femme, mais pas seulement. Wahhch a des traumatismes anciens qui datent de son enfance dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila. La violence à laquelle il a assisté les remonte petit à petit à la surface et avec eux, de nouvelles questions qui vont mettre à mal son identité.

Le pitch de ce roman peut sembler banal: une épouse assassinée, un homme en quête de vengeance… Déjà-vu? Pas vraiment. D’ailleurs, on ne parle même pas de revanche mais ça, je vous laisse le découvrir dans le texte.
Premièrement, ce roman se distingue des autres par sa narration particulière. Ce n’est pas Wahhch qui raconte son histoire mais bien… les animaux ! Ceux dont il croise la route tout au long de son périple. Chiens, chats, oiseaux, souris, serpents, insectes, parfois dans des chapitres très courts d’une seule phrase qui nous permettent de savoir où il en est, d’entendre ses conversations, de comprendre les émotions qu’il dégage avec la sensibilité propre à chaque espèce. Le tout sans jamais être dans sa tête et ça, c’est un vrai tour de force puisque ça ne m’a pas empêchée de ressentir énormément d’empathie pour lui. Pour savoir quel animal l’observe, chaque chapitre commence par l’énonciation du nom latin de la bête en question. Autant certains sont évidents, autant pour d’autres c’est un peu plus flou mais on réussit toujours à s’y retrouver.

Le fait que des animaux racontent des moments de la vie de Wahhch permet aussi de mettre en lumière le rapport entre l’homme et l’animal. Il y a des chapitres vraiment horribles, comme ceux dans la bétaillère avec les chevaux. Il en faut beaucoup pour me dégoûter mais plus d’une fois, ce roman m’a prise aux tripes. L’auteur a eu un sacré coup de génie en choisissant de narrer Anima de cette manière. Rien que pour cela, le titre est remarquable. Mais il l’est aussi par sa dimension poétique, critique et mélancolique, induite justement par le point de vue des animaux. Ça donne au roman un côté onirique cru, frôlant le cauchemar et le fantastique. Saisissant.

Quant à l’intrigue, si elle souffre de quelques longueurs et aurait pu se passer de certains chapitres, elle est d’une rare puissance émotionnelle. Aucune censure, alors âmes sensibles s’abstenir. C’est vrai que ce livre est malsain et très dur, mais il permet aussi de parler d’un pan entier de l’histoire récente dont on ignore tout: ce qui se passe en Israël, les massacres qui y sont commis, l’amnistie qu’on accorde aux bourreaux (sérieusement ?!) je n’en avais jamais entendu parler ou alors vaguement et franchement, j’ai honte. Honte de la censure médiatique, honte qu’on puisse cautionner cela (parce que oui, pardonner, c’est cautionner). Suivre un personnage déraciné, d’une culture éloignée de la mienne avec une telle sensibilité et un tel angle narratif m’a bouleversée. Je suis vraiment heureuse d’avoir lu un roman aussi marquant. Je comprends pourquoi il est sur la liste de lecture de certaines facs.

Pour résumer, Anima est un roman original, inspiré et coup de poing. Il prend aux tripes, n’a aucun tabou. Son langage cru mais bien manié propulse le lecteur en plein cauchemar aux côtés de Wahhch, à travers le regard de multiples animaux dont on oublie trop souvent la voix dans notre quotidien. C’est un coup de cœur, à découvrir absolument !

Pornarina – Raphaël Eymery

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Pornarina est un roman d’enquête fantastique écrit par l’auteur français Raphaël Eymery. Publié chez Denoël dans la collection Lunes d’encre, vous trouverez ce livre au prix de 19 euros.
Je remercie FungiLumini du blog Livraisons Littéraires pour m’avoir prêté ce roman découvert grâce à sa chronique.

Pornarina est aussi connue comme la prostituée-à-tête-de-cheval. Elle sévit en Europe depuis plusieurs décennies et sa particularité est d’émasculer les hommes, qui en meurent sur le coup. Figure quasi mythologique, elle déchaine les passions au sein d’un cercle de spécialistes – les pornarinologues- auquel appartient le Dr Blazek. Nous suivons principalement sa fille adoptive, Antonie, contorsionniste naturel. Elle assiste son père dans sa quête de Pornarina ce qui la pousse à fréquenter tout un tas de personnes pas franchement fréquentables, justement.

Il est vraiment difficile de parler de ce roman à mi chemin entre une enquête et une étude des « monstres ». D’ailleurs, par moment, on est vraiment davantage dans un texte (pseudo) scientifique que dans un récit de fiction. Le roman s’ouvre sur un « nous » dont on ne saura jamais rien et qui ramène à la vie le célèbre détective, Sherlock Holmes. Ce « Nous » enquête sur le Dr Blazek dont nous apprenons le passé à travers les archives de Sherlock. Après cette introduction qui est un prétexte pour poser le personnage du docteur, nous faisons connaissance avec Antonie dans des chapitres à la troisième personne au style littéraire assez percutant. La personnalité du récit s’y marque bien et c’est une grande force de ce livre.

Antonie est une jeune fille aux os en caoutchouc. Orpheline trouvée dans la banlieue de Kiev, elle est élevée par le docteur pour devenir son assistante. Il est de plus en plus âgé et a du mal à continuer son enquête sur Pornarina. C’est donc Antonie qu’il envoie sur ses traces en espionnant un pornarinologue, surnommé Fel, qui semble avoir des informations intéressantes à ce propos.

Plus que Pornarina, à mon sens, c’est Antonie le personnage principal et la figure mythique sert simplement de prétexte pour faire avancer le récit et réfléchir sur une multitude de sujets dont, entre autre, la guerre des sexes, les déviances et la mythification des tueurs en série. Quand je dis qu’Antonie est le personnage principal, c’est parce qu’on suit son évolution ou plutôt, sa descente dans les abîmes de la folie jusqu’au chapitre final qui était peut-être un peu trop abrupt à mon goût. Antonie est une mise en abîme des propos tenus tout au long du texte et l’auteur le réalise d’une manière aussi maîtrisée qu’intelligente.

Pornarina est un roman de freaks, avec des personnages pervers et des scènes franchement malsaines. Il n’est pas à mettre entre toutes les mains mais je l’ai trouvé original autant dans son procédé narratif que dans cette façon qu’il a d’enseigner à son lecteur les perversions humaines. J’ai appris énormément de termes que je ne connaissais pas et j’ai eu le sentiment de me retrouver dans un immense cabinet des curiosités. La quatrième de couverture parle de ressusciter la tradition française du Grand-Guignol et je suis assez d’accord là-dessus. Si ce roman souffre des défauts induit par son culot, je reconnais volontiers le talent de Raphaël Eymery et espère que ça ne soit pas son dernier texte.

Pour résumer, Pornarina est un roman qui sort des sentiers battus et n’est pas à mettre entre toutes les mains. Ses indéniables qualités stylistiques et philosophiques se heurteront aux valeurs traditionnelles des lecteurs et ne pourra pas le laisser indifférent. Au lecteur à garder l’esprit ouvert ! Les thématiques de déviance et de différence développées tout au long du texte ont vraiment su me plaire et je recommande ce titre aux lecteurs avertis.

#PLIB2019 Dix jours avant la fin du monde – Manon Fargetton

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Dix jours avant la fin du monde
est un one-shot pré-apocalyptique écrit par l’autrice française Manon Fargetton. Édité chez Gallimard Jeunesse (conseillé à partir de 13 ans) vous le trouverez au prix de 19 euros.

Vous le savez, j’adore Manon Fargetton et c’est pour cette raison que j’ai acheté ce roman. Pourtant, je n’aime pas vraiment les ambiances apocalyptiques et j’avais conscience de ne pas être le public cible. Mais quitte à sortir de sa zone de confort, autant que ce soit en compagnie d’une autrice talentueuse. Pari plutôt heureux je dois dire. Petit mot également sur le genre du texte: je préfère parler de pré-apocalyptique parce que ça se passe avant une apocalypse et je trouve que ce n’est pas vraiment de la science-fiction. Disons que ça laisse à interprétation. Du coup, voilà, je zut Gallimard et je fais mon classement à moi (rébellioooooon.) !

Nous suivons plusieurs protagonistes dans une alternance de point de vue au sein de chapitres courts : Lili-Ann, Valentin, Brahim, Gwen, Sara et Béatrice. Chacun d’eux est différent, a sa personnalité et son vécu. Leurs vies vont se croiser alors que la fin du monde approche. Ils ont encore dix jours à vivre, dix jours avant que les lignes d’explosion n’atteignent la France. Et vous, que feriez-vous dans la même situation? Chercheriez-vous à retrouver votre famille, comme Lili-Ann? À finir votre roman, comme Gwen? À aider votre prochain, comme Brahim? À respecter votre devoir jusqu’au bout, comme Béatrice? À rejoindre vos amis avec l’homme de votre vie, comme Sara? À vivre enfin, tout simplement, comme Valentin?

Manon Fargetton propose un texte davantage axé sur l’humain et sur la réflexion que sur l’action. Un peu comme Céline Saint Charle dans #SeulAuMonde, elle propose des portraits d’individus qui réagissent tous à leur manière face à ce drame à venir. Elle passe des messages forts quoi qu’un peu utopistes à mon goût mais ça reste un roman à destination d’un public plus jeune à qui il est important de véhiculer ce genre de valeurs.

Addictif, Dix jours avant la fin du monde l’est incontestablement. Malgré ses 464 pages, il se lit très rapidement et ne manque pas de rythme. On se sent proches des protagonistes et on tourne chaque page avec un décompte haletant dans notre tête. Plus on se rapproche de la fin et plus l’angoisse monte. Un pari réussi ! Ce succès tient aussi à la plume maîtrisée de l’autrice, qui ne perd rien de sa qualité au fil de ses parutions.

Si vous aimez les romans où on vous donne toutes les réponses, ce livre n’est pas pour vous. Manon Fargetton laisse une grande place à l’interprétation. Qu’est-ce qui déclenche les explosions? On l’ignore. Que se passe-t-il pour l’humanité, après ça? Pareil. Et finalement, le roman de Gwen… ? À vous de décider. On ne peut que deviner. De toute façon, ce roman n’est pas là pour parler d’une catastrophe ou d’une équipe qui sauvera / repeuplera le monde. Non. Il s’axe sur l’humain. Il en montre le beau comme le mauvais côté, laisse coexister des types de réactions, des visions de la vie, sans forcément apporter un jugement. C’est le genre de texte qui fait réfléchir.

En bref, Manon Fargetton signe un one-shot pré-apocalyptique humain, addictif et positif. Elle choisit d’axer son récit sur la psychologie de ses personnages et leurs états d’âme en proposant des protagonistes très diversifiés. Si le texte manque de réponses aux questions qu’il induit chez le lecteur, il lui laisse par contre une grande place pour l’interprétation et l’imagination. Une chouette lecture qui plaira aux amoureux du genre et que je vous recommande, comme toute la bibliographie de l’autrice.

#PLIB2019 La fille qui tressait les nuages – Céline Chevet

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La fille qui tressait les nuages est un thriller psychologique / tranche de vie surréaliste écrit par l’autrice française Céline Chevet. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Neko, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros.
Ce roman fait partie des 21 sélectionnés pour le #PLIB2019.

Ce roman se déroule dans un Japon à la fois contemporain et surréaliste (j’y reviens plus bas). Nous y rencontrons Julian, un métis (anglais / japonais) et lycéen ordinaire qui souffre toujours du deuil de la fille dont il était amoureux: la petite sœur de son meilleur ami Souichiro. Il ne parvient pas à tourner la page, d’autant que sa mémoire occulte une grande partie de ce qui est arrivé ce jour-là. Au fil de l’histoire, Julian ne va plus pouvoir se voiler la face et aidé par Akiko, il s’emploiera à dénouer les fils du mystère.

Le résumé que je viens de fournir ne rend pas justice au roman et peut paraître aussi pauvre que niais, si pas ennuyeux. Détrompez-vous ! Il est simplement assez difficile de parler d’un roman surréaliste sans vous gâcher le plaisir de la découverte. Quand je dis surréaliste, ce n’est pas tant dans le mode d’écriture (après, je ne sais pas comment l’autrice s’y est prise :p) que dans son expression littéraire au sein de cette diégèse. Pour les novices, le surréalisme selon André Breton est un « automatisme psychique pur, par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. » Dans ce Japon contemporain, la pensée se manifeste de manière physique. Céline Chevet propose ainsi un univers fort avec un absurde poétique tout nippon. Le plus beau, c’est que pour les personnages, tout cela est normal et personne n’essaie de l’expliquer. Ça existe, c’est tout. C’est comme ça. J’ai trouvé ce parti pris rafraichissant.

On peut considérer la fille qui tressait les nuages comme un thriller psychologique et onirique à la fois, sur fond de tourments adolescents. L’enjeu du roman, c’est de découvrir la vérité quant au décès de la petite sœur de Souichiro. Ainsi, l’autrice joue avec une alternance de point de vue et de temps. Julian, par exemple, le protagoniste principal, a des chapitres rédigés à la première personne du singulier. On a parfois l’impression qu’il raconte certains des autres chapitres comme un narrateur omniscient mais cette certitude se brouille à d’autres moments en proposant presque un jeu de piste narratif quand ce sont d’autres personnages, comme Souichiro ou Akiko, qui reprennent la main dans une narration, cette fois à la troisième personne. À un moment du récit, l’apparition d’un journal intime romancé (je n’en révèle pas plus pour ne pas spoiler) permet d’en apprendre davantage sur le passé de la famille et sur le mal dont souffrait la petite sœur (je tais volontairement son prénom depuis le début sinon je vous gâche tout 🙂 ). Ce journal contient une sacrée dose de macabre et les amoureux des chats en auront l’estomac retourné. Vous êtes prévenus !

On se rend rapidement compte que des histoires assez sombres et malsaines hantent le passé de la famille Sakai. Si j’ai deviné certains éléments de l’intrigue, d’autres ont réussi à me prendre totalement au dépourvu ! Une chose est sûre, ce titre est très addictif même s’il ne déborde pas d’une action haletante comme ce qu’on imagine souvent en parlant de thriller. Il prend aux tripes, donne envie de le scruter sous tous les angles et d’avancer jusqu’au grand final. D’ailleurs, je l’ai lu sur une journée, emportée par la plume sûre et poétique de Céline Chevet dont c’est, je pense, le premier roman bien qu’elle ait publié deux ou trois nouvelles dans des anthologies (dont celle du Bal Masqué au Chat Noir).

Pour résumer, la fille qui tressait les nuages est une vraie réussite et un premier roman excellent pour la nouvelle collection Neko des Éditions du Chat Noir. Céline Chevet nous emmène dans un Japon contemporain et surréaliste pour détisser la trame d’un drame familial. Avec des personnages à la personnalité marquée et des psychologies touchantes, elle embarque son lecteur qui aura du mal à poser son roman avant d’en avoir tourné la dernière page. Je recommande très chaudement ce titre qui fera sans hésitation partie de ma sélection pour les cinq finalistes du PLIB !

Le Garçon et la Ville qui ne souriait plus – David Bry

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Le garçon et la ville qui ne souriait plus
est un one-shot d’uchronie historique proposé par l’auteur français David Bry. Publié chez Lynks, vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Je remercie Bleuenn et les éditions Lynks pour l’envoi (et le renvoi, merci la poste…) de ce service presse et pour tous les goodies qui accompagnaient le livre dans la box ! À savoir deux posters, une clé et un livret avec une courte nouvelle supplémentaire. C’est le genre de surprise qui fait plaisir 🙂

Avant de commencer, quelques mots sur le livre objet. Le travail éditorial est très soigné. Le roman contient quelques illustrations et chaque en-tête de chapitre propose un extrait de texte (légal, philosophique, une lettre ou autre) qui aide le lecteur à comprendre certains éléments du chapitre qui va suivre ainsi que l’univers. Je trouve ce procédé vraiment bien pensé car il évite d’alourdir l’intrigue avec des digressions. Les textes sont tous mis en page de manière différente en fonction de leur origine, ça rend très bien. Chapeau !

Nous suivons dans cette histoire le personnage de Romain de Sens. Il appartient à la haute société mais ne s’y sent pas du tout à sa place. Avec son ami Ambroise, ils ont l’habitude de fréquenter les cafés littéraires et de sortir en douce la nuit. Romain pousse même jusqu’à se rendre sur l’Île de la Cité, là où s’est développée la Cour des Miracles. Suite aux Lois de la Norme entrées en vigueur il y a cinquante ans, on y a parqué les « anormaux , ces gens qui ont des difformités physiques et / ou psychologiques. Là-bas, Romain se sent bien, à sa place… Alors quand il apprend qu’un complot menace l’Île de la destruction, il va devoir faire un choix entre sa famille de sang et celle de cœur.

Je pense honnêtement que David Bry a tout réussi dans ce roman. Ça ne m’arrive pas souvent de le dire et c’est peut-être lié au fait que ce roman m’a tirée de ma panne de lecture mais voilà, j’ai TOUT aimé dans ce texte. Je trouve aussi qu’il peut se lire par tous les types de public, autant des lecteurs plus jeunes que plus âgés parce que le message qu’il véhicule est important et que la mise en page éditoriale permet une lecture aussi rapide que fluide. Un très beau travail.

L’auteur propose un univers uchronique effrayant où la différence est une tare, ce qui invite son lecteur à réfléchir. Le message passé dans ce texte est une ode à la tolérance et à la diversité, à la richesse de l’individualité, ce à quoi je ne peux qu’être sensible. D’ailleurs, le prince a raison : si tout le monde se ressemble, on se sent rapidement seul… Dans notre société où le racisme et l’intolérance prennent de plus en plus de place, je pense qu’un livre comme le Garçon et la Ville qui ne souriait plus a toute son importance et sa pertinence.

Les personnages sont aussi une grande force dans ce texte. Romain est touchant comme héros adolescent, particulièrement réussi. Il est tiraillé entre son envie de plaire à sa famille et sa nature profonde. Le rendu de ses dilemmes par l’auteur est crédible et maîtrisé. Quand il essaie d’en parler à ses parents, il se heurte à un mur et c’est de pire en pire chaque jour. Une fois qu’il entre vraiment en contact avec la Cour des Miracles, on le sent plus épanoui. J’ai eu beaucoup d’empathie pour lui du début à la fin. Au point que je ne parvenais pas à reposer ce livre, que j’ai d’ailleurs lu en une journée !
Les personnages secondaires ne sont pas en reste. La Cour des Miracles est riche de profils très différents (mention spéciale pour Joséphine et le petit Zacharie ♥) et j’ai bien apprécié que l’auteur les fasse s’exprimer en argot. Ce choix renforce le côté immersif du roman. Pas de panique pour ceux que ça rebuterait, un lexique très complet est disponible à la fin mais ça reste compréhensible de toute façon.

En bref, le Garçon et la Ville qui ne souriait plus est un petit bijou. L’objet-livre est soigné à hauteur de la qualité du contenu, ce qui en dit long. David Bry propose une ode à l’individualité en passant des messages modernes sans sacrifier au côté divertissant avec un héros touchant et un univers uchronique réussi. J’ai eu un coup de cœur pour ce texte que je vous recommande chaudement ♥