L’enceinte 9 – Ophélie Bruneau

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L’enceinte 9
est une dystopie young adult écrite par l’autrice française Ophélie Bruneau. Publié chez Éditions Lynks, vous trouverez ce roman au prix de 18.90 euros partout en librairie.
Je remercie Bleuenn et les éditions Lynks pour ce service presse.

L’humanité a du affronter un virus dangereux et s’est repliée dans différentes enceintes, chacune sous le contrôle d’un programme de Gestion des ressources. L’action du roman se déroule dans l’Enceinte 9, un siècle après le Repli. C’est là que vit Ysa, une jeune fille surnuméraire (née sans autorisation de naissance et abandonnée par ses parents dont elle ignore tout) qui entre dans les forces de l’ordre à l’âge de dix-huit ans. Le système, elle, elle y croit… Jusqu’à ce que la réalité la rattrape. Les gens ont faim, certains groupes extrémistes ont des idées bien arrêtées sur l’avenir de l’humanité et des évènements bizarres s’enchaînent, comme cette série de suicides à laquelle la jeune enquêtrice assiste malgré elle. Ysa va donc enquêter et découvrir le monde de l’ombre.

Ce qui est assez remarquable dans ce roman et que je vais relever en premier, c’est l’univers. Ophélie Bruneau imagine une situation crédible et l’exploite d’une manière intelligente. Je n’ai aucun problème à imaginer que des Enceintes viennent à exister un jour ni que l’humanité soit confrontée à des soucis similaires avec la gestion des ressources. Au fond, on s’en rapproche. Subtilement, l’autrice propose une critique politico-sociale avec des solutions envisageables. Le roman est d’ailleurs très orienté là-dessus: comment changer, comment le faire correctement, comment se rebeller contre un système immobiliste qui n’est plus en accord avec la réalité du monde. Ce sont des questions qui me parlent beaucoup, surtout dans le climat actuel de l’Europe. Et l’autrice les traite sans transformer son roman en manifeste, chapeau.
Je n’ai eu aucun problème à croire que la vie dans l’Enceinte 9 soit possible. Contrairement à plusieurs titres populaires dans cette veine littéraire que j’ai pu lire, Ophélie Bruneau prend le temps d’expliquer comment s’organise les gestions de ressource, de matériel, etc. Parfois directement dans le texte en y confrontant ses personnages et parfois par des articles de presse, extraits de journaux anciens, etc. qui se glissent entre chaque chapitre. Ça parasite un peu le rythme du roman mais ça reste suffisamment intéressant pour ne pas devenir agaçant.

On sent bien que l’autrice a beaucoup réfléchi sur son sujet et l’a travaillé soigneusement. Je ne suis pas une adepte de la dystopie, encore moins young adult, mais celle-ci était bien menée sans tourner au manichéen. Un très bon point.

Chaque chapitre débute par une indication chronologique. Il se passe souvent plusieurs jours si pas plusieurs semaines entre deux d’entre eux et j’ai parfois éprouvé une sensation de rapidité, de résumé, ce que j’ai trouvé dommage. Je conçois parfaitement que le roman était déjà gros (500 pages avec une mise en page aérée, ça fait une belle brique) mais j’aurai aimé avoir davantage l’occasion de m’attacher aux personnages. Peut-être en se focalisant sur un unique point de vue? Ysa est présentée comme l’héroïne sur la quatrième de couverture et il est vrai que le lecteur la suit majoritairement, mais d’autres personnages parlent et par moment, j’ai éprouvé un sentiment de redondance dans les propos, dans les explications. Je ne ressentais pas la personnalité de chacun, la narration était à la fois trop ciblée sur des pensées spécifiques et pas suffisamment différente en fonction du point de vue du personnage. Je le précise, c’est mon propre goût et je suis certaine que c’est une façon de raconter qui conviendra à d’autres gens. Finalement, je me suis assez peu attachée aux protagonistes et le seul qui m’a plu, qui m’a un peu touchée, ironiquement, c’est Zéro… Soit l’I.A. présente dans l’œil d’Ysa.

J’ai conscience de ne pas être le public cible de ce texte, pourtant Ophélie Bruneau a réussi l’exploit de me faire tourner les pages sans que je m’en rende compte et ce malgré les quelques longueurs et redondances soulignées plus haut. Sa plume est efficace, maîtrisée, on ne sent pas passer le temps. Lynks propose donc à nouveau un page-turner de bonne qualité.

Pour résumer, l’Enceinte 9 est une dystopie young adult plutôt réussie. Ophélie Bruneau propose un univers cohérent et crédible avec des questionnements d’actualité. Si j’ai été un peu moins convaincue par les personnages que par l’univers, j’ai apprécié l’absence de romance pour se consacrer sur les thèmes centraux du roman qui sont eux, vraiment bien exploités. Je pense que ce texte séduira les adeptes du genre ainsi que ceux qui, comme moi, aimeraient pouvoir s’y retrouver sans jamais y parvenir vraiment. Un chouette texte engagé, comme on en trouve toujours chez Lynks, avec une fin ouverte porteuse d’espoir pour l’humanité.

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Délius, une chanson d’été – Sabrina Calvo

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Délius, une chanson d’été est un one-shot doublé d’une nouveauté littéraire de la rentrée écrit par l’autrice française Sabrina Calvo. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.
Je remercie Nathalie et les Éditions Mnémos pour ce service presse.
Ceci est ma seizième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Durant un bien étrange 19e siècle, une série de meurtres est commise par le criminel connu sous le sobriquet de Fleuriste. Quoi de plus naturel pour un botaniste de mener l’enquête? Lacejambe et son fidèle Fenby se lancent donc à la poursuite de cet homme, à cheval sur la France, l’Angleterre, l’Amérique mais aussi la Féérie…

Quand on commence la lecture de Délius, on se demande sur quoi on vient de tomber. Tout se met en place assez lentement, les chapitres courts s’enchaînent en multipliant les points de vue et sans que les liens ne sautent aux yeux. Sans parler de l’aspect limite absurde de certaines phrases / scènes. On reste perplexe pour tenter de garder une vue d’ensemble mais c’est brouillon et probablement voulu par l’autrice pour renforcer le côté onirique. Après coup, je trouve ce choix pertinent, hélas sur le moment ça m’a assez déboussolée pour me faire presque abandonner le roman. Heureusement, c’était un service presse sans quoi je serai passée à côté d’une pépite donc n’hésitez pas à vous accrocher, ça vaut vraiment le coup.

Le rêve a une place prépondérante au sein de ce récit. Déjà, rien que sur la forme. L’écriture de Sabrina Calvo est d’une grande qualité et dotée d’une vraie personnalité littéraire. Elle déborde de poésie et a un petit côté absurde qui n’est pas pour me déplaire une fois passée la première surprise. Il lui arrive aussi souvent d’utiliser des verbes métaphoriques dans leur sens premier, ce qui en fait une jongleuse des mots très douée.  L’autrice aime jouer avec la langue française autant qu’avec l’imagination et on le ressent.

À mon sens, ce roman de fantasy française s’inscrit également dans la veine surréaliste. Déjà en exploitant la figure du rêve mais aussi de la force de l’inconscient. Pour ne rien gâcher, il s’offre une métaphore sur la Nature et son conflit avec la Rationalité, l’une perdant du terrain face à l’autre. C’est très beau, très mélancolique aussi. Avec une grande justesse, l’autrice exploite le bestiaire féérique en baladant son lecteur à la frontière entre deux mondes et les scènes en Féérie renforce ce côté amer, cet accablement face à la fin d’une ère.

En prime, Sabrina Calvo propose une galerie de personnages insolites et attachants par leur excentricité et leur spontanéité. Lacejambe ne manque pas de piquant et rappelle Sherlock Holmes par certains côtés (ce qui est voulu si j’en crois les références dans le texte) en beaucoup plus excentrique. En fait je devrais plutôt dire qu’il rappelle notre conception moderne de Sherlock Holmes. Fenby est un Watson à l’ancienne au destin plutôt comique (j’ai beaucoup apprécié l’aspect ironique de la chose mais je n’en dis pas trop pour éviter de gâcher la surprise). Le garçon triste (je ne cite pas son prénom pour des raisons identiques) est fascinant et que dire de Délius, si touchant ? Puis Josh, avec son innocence et sa spontanéité enfantine à la limite du malsain. Si je me sentais perdue et déconcertée par tous ces changements de point de vue au début du roman, j’ai finalement trouvé que l’autrice proposait un rythme narratif maîtrisé et cohérent au sein de son histoire.

Pour résumer, Délius, une chanson d’été est une vraie réussite sur tous les plans. Sabrina Calvo écrit avec maîtrise et personnalité une fantasy francophone teintée de surréalisme. C’est un roman savoureux, autant sur la forme travaillée avec un vrai talent littéraire que sur le fond, qui marquera sa génération. Pour ne rien gâcher, sa galerie de personnages riches et excentriques sauront séduire les lecteurs avides de changement. À découvrir absolument !

La controverse de Zara XXIII – John Scalzi

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La controverse de Zara XXIII
est un one-shot de science-fiction proposé par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante, vous trouverez cet ouvrage au prix de 19.90 euros.
Ceci est ma quatorzième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !
Je remercie Emma et les Éditions l’Atalante pour ce service presse.

Jack Holloway est prospecteur indépendant sur la planète Zara XXIII. Il y travaille  comme sous traitant pour l’immense compagnie Zarathoustra et c’est dans le cadre de ce contrat qu’il découvre un filon de pierres précieuses qui promet de faire sa fortune. Hélas (pour lui), il découvre une nouvelle espèce jusqu’ici inconnue sur la planète. De gros enjeux pèsent alors sur les épaules du prospecteur car si cette espèce est reconnue intelligente, la compagnie va perdre des milliards de crédit ainsi que le droit d’exploiter la planète. Et lui, tout l’argent lié au filon. Ainsi débute la fameuse controverse.

Dans une courte présentation, Scalzi explique que ce roman se veut comme une refonte des Hommes de poche de H. Beam Piper publié en 1962. De son propre aveu, il en garde certains éléments dont la trame principale ainsi que plusieurs personnages auxquels il ajoute ses personnages à lui, de nouveaux rebondissements et la touche toute scalzienne à laquelle je suis très sensible. Je n’ai pas lu les Hommes de poche donc il ne m’est pas possible d’effectuer une comparaison mais je trouve l’honnêteté intellectuelle dont Scalzi fait preuve vraiment à son honneur.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce texte conseillé par la responsable des services presses chez l’Atalante quand je lui ai dit vouloir continuer à lire du Scalzi sans savoir par quel bout le prendre. J’ai retrouvé avec plaisir sa plume maîtrisée et son grain de folie. En effet, le roman s’ouvre sur Jack qui s’apprête à déclencher une explosion… ou plutôt, à demander à son chien, Carl, de le faire pour lui ! Malheureusement, ça provoque une réaction en chaine qui cause de sacrés dégâts et son supérieur ne va pas se priver de le virer. Il faut dire que l’homme a déjà un sacré passif, c’était un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase. J’ai immédiatement apprécié ce personnage plutôt roublard, ancien avocat radié du barreau qui va toujours chercher la petite bête. Une réussite.

Il n’est d’ailleurs pas le seul. Si le roman se concentre sur les enjeux philosophico-éthiques de la controverse, il n’oublie pas de développer des personnages crédibles et attachants que ce soit du côté humain (Bourne, Isabel, Sullivan) ou du côté des toudous. Il réussit même l’exploit avec Carl le chien !

Mais ce qui marque surtout dans ce texte, ce ne sont pas tant les protagonistes que le fond. La Controverse de Zara XXIII a beau dater des années soixante, on y trouve des thématiques très fortes à l’heure actuelle. D’ailleurs je parle de science-fiction mais le texte pourrait très bien se dérouler dans notre monde et à notre époque, il se classe dans cette catégorie parce qu’on a une planète autre que la Terre, exploitée par une société humaine pour ses richesses ainsi qu’un plus grand développement sur les procédures de préservation (au passage, y’a des idées à appliquer, avis aux politiciens de passage).
Jack découvre donc une nouvelle espèce qu’il prend pour animale et se rend rapidement compte de leur intelligence. Il va donc consulter son ex, une biologiste douée qui va leur prêter une intelligence forte, douée de raison, à la hauteur de celle des humains. Commence alors des débats aux enjeux faramineux. Jack a tout à perdre dans la reconnaissance de cette intelligence car il ne pourra pas exploiter son filon. D’un autre côté, il s’attache à ceux qu’il a appelé « les toudous » et va devoir lutter contre les pontes de la compagnie qui essaient de le faire taire d’une façon assez violente. Et définitive.

Le lecteur est alors embarqué dans des péripéties juridiques et des retournements de situation assez inattendus. Je me sentais comme dans une bonne série avec des avocats talentueux qui trouvent toujours des ruses pour arriver à leur fin. Personnellement, ça me passionne et j’ai eu très difficile de lâcher ce texte.

Scalzi aborde des questions fondamentales dans ce roman confirmant, selon l’éditeur, ses penchants humanistes (je ne connais hélas pas l’auteur personnellement mais vu ses textes, je veux bien le croire). Finalement, qu’est-ce qui définit une race comme intelligente? Peut-on se contenter d’une liste de critères abstraits ? Qu’apporte la parole au débat? Qui doit-on protéger dans un écosystème et pourquoi? Est-ce qu’il suffit d’obliger des compagnies exploitantes à remettre tout en état quand elles ont terminé pour autoriser n’importe quoi? Peut-on tout autoriser si les bénéfices à la clé sont suffisants? Quelle est la valeur d’une vie? J’ai trouvé à cet égard la Controverse de Zara XXIII d’une remarquable intelligence.

Pour résumer, j’ai adoré ce one-shot difficile à lâcher ! La Controverse de Zara XXIII est un bijou. À travers une idée qui peut paraître simple et déjà exploitée (la découverte d’une nouvelle espèce sur une planète au sol assez riche pour attirer les convoitises), John Scalzi use de tout le talent qu’on lui connait pour s’intéresser à la préservation de la faune. Il propose un antihéros attachant et laisse la part belle aux espèces extraterrestres dont il se sert pour porter sa réflexion. L’intrigue est passionnante, le style d’écriture toujours aussi dynamique et les quelques pointes d’humour teinté de cynisme bien dosé font qu’on reconnait sans peine le style du maître qui ne se repose visiblement pas sur ses lauriers. Je recommande chaudement ce roman à tout le monde, que vous soyez habitués de science-fiction ou non car cet aspect reste léger (surtout comparé aux habitudes de Scalzi) et tourne vraiment davantage autour des questions philosophiques ainsi que les aspects juridiques inhérents à une telle controverse. Encore une magnifique réussite pour l’Atalante !

Morts – Philippe Tessier

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Morts
est un one-shot fantastique et délirant écrit par l’auteur français Philippe Tessier. Publié chez Léha Éditions, vous trouverez ce roman en papier partout en librairie au prix de 19 euros.
Ceci est ma treizième lecture (coïncidence ?) dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Joseph vient de mourir. Si tôt après, il ouvre les yeux et se rend compte qu’il dispose toujours d’une conscience. Puis le sol se dérobe dans son dos et il arrive dans des galeries pleines de squelettes animés, eux aussi morts mais pas tout à fait. Joseph, lui, a encore sa peau et ses organes, la faute à un embaumeur très (trop?) qualifié. Il est donc le parfait représentant pour la nation des morts qui aimerait entrer en contact avec les vivants, sans trop de risques. Sauf que les choses ne se passent jamais vraiment comme prévu.

Morts est un texte remarquablement intelligent. À travers un concept délirant, Philippe Tessier propose un roman dynamique construit comme une critique sociale. Les morts ont des avis sur beaucoup de sujets contemporains. Ils essaient de ne pas reproduire les erreurs des vivants mais sont confrontés à des problèmes similaires. De ce point de vue, Morts brasse énormément de thèmes politiques, culturels et sociaux. Il s’inscrit comme une synthèse de nos tourments modernes et fascinera probablement les futurs étudiants en lettres d’ici un siècle ou deux. Selon moi, ce texte est voué à marquer sa génération sur un plan littéraire.

Il est également bourré de références culturelles. Tous les personnages présents dans ce roman sont issus de notre Histoire (enfin presque tous, mention spéciale à notre ami l’extra-terrestre. Encore que, pour ce qu’on en sait…) et on peut deviner leur identité grâce à l’initiale qui suit leur prénom. C’est plus évident pour certains que pour d’autres mais ça permet de découvrir des personnalités et de s’amuser à deviner qui est qui. Ces personnages viennent tous d’époques et de lieux différents, ce qui permet également de confronter les opinions. Évidemment, le plus fameux d’entre eux est la Mort, concept asexué qui souffre de névroses meurtrières (mais elle se soigne avec Sigmund !) et ne manque pas une occasion de remettre Joseph à sa place quand il se montre trop critique avec l’humanité dont il est pourtant issu. Ce personnage de la Mort est particulièrement réussi et attachant, elle offre un point de vue beaucoup plus neutre et même optimiste sur notre humanité, un tour de force.

Joseph n’est pas en reste. Homme somme toute normal qui a connu une vie banale, il ne s’attendait pas à devoir continuer à vivre après sa mort ni à être désigné par un mystérieux bout de papier comme représentant auprès des vivants. Évidemment, la situation va se gâter et Joseph ne va plus servir à grand chose hormis observer parfois passivement les évènements. Il permet au lecteur de suivre tout ce qui se passe dans cette société avec force de cynisme à l’égard de l’humanité, ce qui m’a bien plu. Même si le roman est écrit à la troisième personne, Joseph est clairement le point focal de la narration.

Pour ne rien gâcher, Morts contient aussi sa dose d’humour qui passe par les situations souvent absurdes vécues par les squelettes dans leur quête de ramener la vie au sein de leur monde. On sourit souvent et on ne s’ennuie jamais ! Je n’ai pas envie de vous donner des exemples pour gâcher la surprise mais j’ai ris au moins une fois par chapitre et de bon cœur. C’est le genre de lecture qui fait doublement du bien : d’abord au cerveau puis aux zygomatiques. Comme quoi, l’un n’exclut pas l’autre.

Le tout est servi par une écriture maîtrisée et efficace. L’auteur va droit au but et trouve un bon équilibre entre les descriptions et l’action, ce qui permet au lecteur de ne pas éprouver une seule fois un sentiment de longueur.

Pour résumer, Morts est un roman court (d’environ 200 pages) qui se lit d’une traite avec un certain plaisir. Sur fond de critique sociale assumée, Philippe Tessier propose un concept inspiré en partant d’un postulat simple qui lui permet, avec humour, de parler de la Vie… À travers les morts. Une belle réussite que je recommande plus que chaudement à tout le monde !

Zoomancie – Adrien Tomas

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Zoomancie
est le dernier roman en date de l’auteur français Adrien Tomas qui quitte la fantasy pour s’aventurer dans la dystopie young adult. Publié chez Lynks Éditions, vous trouverez ce texte au prix de 15.90 euros à partir du 22 août en librairie.
Je remercie Bleuenn et les éditions Lynks pour ce service presse.
Ceci est ma dixième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Dans un monde dévasté par la guerre et les catastrophes naturelles, la population mondiale s’est drastiquement réduite. Faustine travaille au refuge de Montvermeil, en plein Paris, où elle dirige les équipes de soigneurs animaliers. Elle survit et tente de ne pas succomber à la colère qui dévore la population quand une baleine s’échoue au cœur de la capitale. La jeune fille comprend qu’un lien existe entre elles, un lien qui va changer sa vie. Quelque part à Kuala Lampur, le death boker Spider a tissé une toile numérique inviolable. Quand la Num se rapproche de lui, il est déjà loin ou du moins, il le pense. Ses talents lui permettent de survivre sans problème… Jusqu’à ce qu’un autre hacker lui transmette un document crypté qui contient d’horribles secrets et va lui tracer une cible dans le dos. Quant à Kamili, il est gardien dans la réserve de Mwanga en Afrique, réserve qui subit une attaque terrible des Légion de Cendres. Accompagné par Ushingi, une des dernières femelles okapis du monde, il tente de rejoindre Paris afin de préserver cette espèce en danger.

Je vais d’abord évoquer le contexte de Zoomancie qui se place vers le milieu d’un 21e siècle aux allures terriblement prophétiques. Il y a eu toute une série de conflits entre plusieurs pays qui ont mené à la disparition de certains, à la refonte d’autres qui portent de nouveaux noms mais restent reconnaissables. Ce qui m’a marqué, c’est le renversement opéré avec ce qu’on connait aujourd’hui : l’Europe devient le tiers-monde avec un niveau de vie drastiquement bas et les pays en voie de développement saisissent leur chance sur le marché mondial. Adrien Tomas imagine un monde profondément transformé par la guerre, la crise énergétique et les catastrophes climatiques, le tout dans un futur pas si lointain qui ne manquera pas de provoquer un malaise dans la veine « coup de poing ». On a presque l’impression de lire une prophétie tant ça paraît crédible. On a droit au détail de certains évènements grâce aux documents confiés à Spider et franchement… Ça fait peur. Parce que ça pourrait arriver et parce qu’il se base sur des évènements en cours pour justifier certains choix dans la construction de son background. Le tout est, hélas pour nous, d’une crédibilité à toute épreuve. Je pense que ce genre de roman est très important à placer sur le paysage littéraire et j’espère qu’il sera lu par un grand nombre de personnes. Je salue déjà ici la performance de l’auteur sur ce point.

Au sein de cet univers évoluent plusieurs personnages. Adrien Tomas nous propose d’en suivre d’abord trois puis une quatrième qui arrive vers la moitié du roman en croisant la route d’un des premiers protagonistes. Chaque fois, la narration est à la première personne mais on ne s’y perd pas trop. Déjà parce que chaque chapitre a pour en-tête le nom du personnage concerné (et une citation musicale) mais aussi parce que chaque personnage possède sa propre personnalité bien marquée sans tomber dans le stéréotype. Chacun est bien travaillé mais j’ai regretté qu’il n’y ait pas des différences de langage plus marquées. D’autant que je sais l’auteur très capable sur ce point depuis que j’ai lu l’excellent Notre Dame des Loups.
Tous ont en commun le désir de protéger les animaux et la nature de manière générale. Pour Faustine, c’est une évidence depuis sa lecture, enfant, d’un manuel de zoologie. Pour Kamili, il n’a pas hésité à se mettre tout son village à dos pour travailler dans la réserve. Pour Spider, c’est un peu moins évident mais ça arrive avec le temps, surtout quand son existence se voit menacée. Quant à Nour, la quatrième protagoniste, dès qu’elle découvre Ushingi elle n’hésite pas à aider Kamili à atteindre son but. Toutefois, même si j’ai apprécié les qualités de chaque personnage, j’ai eu un peu de mal à m’attacher à eux. J’étais davantage intéressée par l’intrigue et l’univers, par son message, plutôt que par ses protagonistes.

L’histoire, d’ailleurs, est plutôt bien menée malgré peut-être une touche de facilité sur le dénouement final (même si je m’en doutais un peu puis on ne va pas mentir, c’était stylé) et surtout, dynamique. Je tournais les pages sans m’en rendre compte, portée par ce que je lisais. Comme toujours chez cet auteur, je souligne son sens du rythme. Toutefois, ce qu’on retient surtout de cette histoire, c’est son engagement. De nombreuses menaces pèsent sur la faune et la flore, entre les gens qui n’acceptent pas qu’on rogne des terres cultivables pour sauver des animaux, ceux qui appartiennent à des légions vengeresses meurtrières et ceux qui sont liés à une mystérieuse organisation d’hommes en bleu, les héros ne manquent ni d’ennemis ni d’obstacles à surmonter. Ce texte coup de poing s’inspire même d’éléments réels, comme on l’apprend dans les remerciements (mais je ne vous en dis pas plus pour que vous puissiez le découvrir par vous même) ce qui permet au lecteur de prendre conscience de certaines réalités. Finalement, c’est ce que je vais retenir de ce roman : son engagement, son importance idéologique. Et son message d’espoir.

Globalement, ce texte est une réussite. Sur un plan personnel, je regrette la présence de quelques amourettes (en fond toutefois donc ça ne prend pas trop de place, je vous rassure) et le fait que je n’ai pas réussi à m’attacher vraiment aux personnages. Je me prends un gros coup de vieux en disant ça mais il faut croire qu’à vingt-six ans, je suis déjà trop vieille pour le young-adult. Ou que je n’ai pas de cœur. Ou que la narration à la première personne offre un sentiment de sécurité trop important (quoi que je me rappelle un certain Notre Dame des Loups…(oui je radote)).

Pour résumer, Zoomancie prouve (si besoin en était) qu’Adrien Tomas est un auteur talentueux mais surtout qu’il est très possible de combiner un bon divertissement avec un engagement sérieux pour des thématiques actuelles sans tomber dans la niaiserie. Ce roman est une ode à la préservation de notre écosystème et dépeint un futur malheureusement (pour l’humanité) trop crédible. Avec ses héros, ce texte conviendra à des lecteurs dès le début de l’adolescence et j’ajoute même qu’il constitue un matériel pédagogique plus qu’appréciable. Je recommande donc chaudement ce roman qui vaut le détour, encore une belle réussite pour Lynks Éditions !

Stranger Things : Runaway Max – Brenna Yovanoff

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Runaway Max
est un roman one-shot lié à l’univers de Stranger Things. Écrit par l’autrice américaine Brenna Yovanoff, vous trouverez ce roman chez Hachette au prix de 15.90 euros.
Je remercie NetGalley et les Éditions Hachette pour ce service presse.
Ceci est ma neuvième lecture pour le challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

ATTENTION ! Cette chronique contient des éléments des deux premières saisons de Stranger Things puisque le roman s’y déroule en partie. Si vous avez du retard dans votre visionnage, je vous déconseille de la lire.

Runaway Max, comme son titre l’indique, propose un focus sur le personnage de Max qui débarque à Hawkins au début de la saison 2. Qui est-elle? D’où vient-elle? Pourquoi a-t-elle quitté la Californie pour l’Indiana? Ce roman se construit comme un ajout à la série, un préquel à cheval sur les évènements de la saison 2 qui permet d’en apprendre plus sur Max comme sur Billy.

Donc oui, il est nécessaire d’avoir vu la série pour le lire. Déjà, pour éviter de vous spoiler mais surtout parce que, même si les évènements sont résumés… Justement, ils sont juste résumés. Une personne non familière à l’univers n’y comprendra pas grand chose et aura le sentiment d’un texte bâclé, pas suffisamment approfondi. Ce roman est donc destiné aux fans, il constitue un réel complément à l’univers mais ne peut pas se découvrir indépendamment. Pas dans de bonnes conditions.

Pour ma part, j’ai passé un très bon moment avec ce roman lu d’une traite, un vrai page-turner ! Il est court (plus ou moins 150 pages) et l’écriture de Brenna Yovanoff est dynamique, immersive et on ne lui en demande pas plus. Rédigé à la première personne, Runaway Max nous dépeint les pensées d’une pré-adolescente en proie à des difficultés familiales, avec un père démissionnaire qu’elle idéalise pourtant, une mère soumise, un beau-père violent et un demi-frère carrément flippant. Le roman éclaircit des points à peine sous-entendus dans la série ce qui permet de ressentir beaucoup d’empathie pour Max… et de mieux comprendre le personnage de Billy qui se révèle vraiment intéressant.

Runaway Max remplit son rôle de divertissement tout en abordant des thèmes forts. J’ai évoqué la situation difficile de Max au niveau de sa famille mais le texte brasse également des sujets comme la difficulté de se faire de nouveaux amis, différencier une relation toxique d’une relation normale, sans parler des quelques réflexions de Max sur les femmes et leur rôle culturo-social. J’ai trouvé ces remarques pertinentes et importantes, surtout dans la bouche d’une héroïne pré-adolescente. Ce sont des thématiques assez régulières dans les romans de ce type mais j’ai trouvé que l’autrice les abordait correctement, de manière crédible, sans trop en rajouter. Et ça… Ce n’est pas si simple.

Hélas, plus la fin approche et plus le roman devient un résumé de la saison 2. Pendant les trois-quart du roman, l’autrice propose un certain nombre de scènes inédites et intéressantes mais dès qu’on arrive à la décharge (si vous avez vu la série, vous savez de quoi je parle) il n’y a plus rien d’inédit et c’est dommage. Qu’on s’entende, l’histoire se construit à cheval entre le présent (la saison 2) et les souvenirs de Max. Mais à la toute fin, il n’y a plus que le contenu de la saison 2 du coup le souffle retombe un peu pour le fan avide d’en avoir plus. La tentation de passer des pages brûle les doigts et je trouve ça dommage d’autant que tout va beaucoup trop vite. Il y aurait eu possibilité de transformer Runaway Max en un roman indépendant, lié à la série mais accessible à ceux qui ne l’ont pas encore vue. Personnellement, c’était un peu ce que j’attendais. Dommage !

En bref, Runaway Max remplit son rôle de préquel à la série et permet d’en apprendre davantage sur la mystérieuse Max. Véritable page-turner, il se révèle indispensable pour les fans et ne manque pas de qualités: son prix, sa longueur, ses thématiques fortes… Une réussite qui me donne envie de découvrir les autres romans liés à l’univers en espérant qu’ils soient tous aussi agréables. Attention toutefois, il ne peut pas être lu indépendamment du visionnage de Stranger Things car il contient énormément d’éléments de la saison 2 !

Torsepied – Ellen Potter

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Torsepied est un roman jeunesse écrit par l’autrice américaine Ellen Potter. Publié chez Alice Jeunesse Éditions dans la collection Deuzio, vous trouverez cet ouvrage au prix de 14 euros.
Ce roman est ma huitième lecture pour le challenge S4F3s5 organisé par le Lutin !

Les enfants Cherchemidi sont un peu spéciaux, tout le monde le dit à Petit-Corniflard. Surtout depuis la disparition de leur mère. Au nombre de trois (Otto, Lucia et Max) ils vivent seuls avec leur père qui est portraitiste de souverains déchus. Son métier l’oblige à effectuer de nombreux voyages, ce qui condamne les Cherchemidi à être gardé par une voisine désagréable avec un horrible furoncle dans le dos. Heureusement, pas cette fois-ci ! L’année scolaire étant terminée, les enfants vont à Londres chez leur tante. C’est alors que commence leur grande aventure.

La première chose qui a attiré mon attention lors de la Foire du Livre de Bruxelles, c’est la couverture magnifique de cet ouvrage qui lui correspond très bien. Elle m’évoquait un peu les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire et même s’il s’agit d’un roman à destination d’un public jeunesse (la collection Deuzio est pour les 10-13 ans), son petit prix et le soin apporté à l’objet livre m’ont finalement poussé à craquer.

Dès le début du roman, on remarque la narration particulière de l’autrice. Ici, c’est l’un des enfants Cherchemidi qui raconte leur aventure et qui écrit un roman dessus. Du coup, l’action est parfois entrecoupée par des passages explicatifs de sa part qui s’adressent directement au lecteur. On ignore lequel enfant s’y colle, le jeu consiste à le deviner mais je vous rassure, ce n’est pas non plus extrêmement difficile. Ce mode narratif permet à l’autrice d’employer un langage jeune, accessible sans être faible et glisser des petites pointes d’humour bienvenues. L’enfant concerné parle d’ailleurs souvent de la manière dont son professeur d’anglais considère qu’une histoire doit être racontée ce qui donne une réflexion sympa sur les concepts narratifs. Mais je ne vais pas pousser trop loin, évitons de trop intellectualiser. N’empêche, Ellen Potter semble justifier ainsi certaines faiblesses de son texte, ce qui est plutôt culotté (mais bien joué). L’autrice inclut également des en-têtes de chapitre à l’ancienne où elle décrit ce qui va arriver dans le chapitre concerné. Personnellement, ça m’amuse et me rappelle les habitudes des feuilletonistes mais ça vous gâche un peu la découverte même si quelques surprises s’y cachent.

On se laisse rapidement embarquer dans les aventures rocambolesques de ce trio improbable. Le roman flirte à la frontière du fantastique et ce jusqu’à la toute dernière page qui dévoile un micro élément permettant de l’y classer. Il reste tout de même majoritairement un roman d’aventure fantaisiste: les trois enfants se rendent à Londres et se retrouvent sans toit. Du coup, ils errent dans les rues avec un peu d’argent et découvrent la ville de nuit, ses beautés mais aussi ses dangers. Finalement, grâce à une lettre trouvée dans le bureau de leur père, ils vont se rendre à Somnol-sur-mer pour rencontrer la sœur de leur mère disparue et peut-être résoudre ce mystère vient de plusieurs années.

Les trois enfants ne manquent ni de ressource ni de ruse ! Le plus vieux, Otto, s’exprime uniquement par gestes depuis la disparition de leur mère si bien que sa sœur doit tout traduire. Il est considéré comme le plus bizarre des trois, au point qu’une rumeur court comme quoi il aurait étranglé sa mère avec le foulard qu’il ne quitte plus. Lucia est l’enfant du milieu (prononcez son prénom à l’italienne !) une fille fière, proche de son aînée, pleine de mauvaise foi qui aime beaucoup lire (mais pas trop les romans policiers). Enfin, Max, le cadet, est le cerveau. Il réfléchit beaucoup et ne manque pas de perspicacité pour un garçon d’une dizaine d’années. Les personnages qui gravitent autour d’eux se révèlent également assez excentriques. Leur père revient toujours de ses voyages avec des histoires incroyables liées à son métier, ce qui participe à l’impression qu’a le lecteur de se trouver dans un roman fantastique car on a le sentiment que tout ça ne peut pas se passer dans notre réalité, et pourtant… Il y a aussi Saint-Georges, le marchand de curiosités, Chester le chat à cinq pattes, le Sultan… Autant de figures colorées qui ponctuent le récit.

Si l’ensemble est assez sympathique, j’ai tout de même trouvé quelques facilités scénaristiques et quelques points flous, peu logiques. Ce n’est pas parce qu’on destine l’ouvrage à un public plus jeune qu’on peut bâcler son intrigue… Notamment sur ce qui concerne Haddie mais aussi la difficulté de savoir à quelle époque précise se passe le livre (début du 20e siècle? Plus tard ? Probablement car on évoque un téléphone portable vers le milieu du bouquin). Je passais outre jusqu’au twist final qui m’a pas mal déçue en encrant trop le roman dans le réel alors qu’il s’en éloignait jusque là. Avec du recul, je comprends les choix de l’autrice (sans y adhérer) mais sur le moment, le souffle est retombé très brusquement. L’éclairage cru de la réalité a en quelque sorte brisé la bulle pleine de couleurs où évoluait les enfants jusqu’ici, a coupé net l’aventure et le rêve en les forçant à grandir. Ce n’est pas trop le genre de messages que j’apprécie trouver dans un livre, surtout à destination d’un jeune public. Mon côté Neverland, je crois. Je précise donc que c’est très personnel et je suis certaine que beaucoup d’enfants liront ce texte avec un grand plaisir.

Pour résumer, Torsepied est un roman d’aventure rocambolesque destiné à un public pré-adolescent. Son ton narratif ainsi que ses personnages principaux parviennent presque à faire oublier l’intrigue un peu faible pour ses facilités scénaristiques qui irriteront probablement les adultes. Ce n’est pas un roman parfait mais il remplit son rôle de bon divertissement.