À l’ombre du Japon #42 ; { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du Gourmet) }

Ohayô minasan !

Nouvel article sur le manga Tokyo Ghoul dont je continue la relecture. J’avais commencé à vous en parler avec les trois premiers tomes qui couvraient le prologue et le premier arc véritablement narratif. Ce billet sera consacré à l’arc du Gourmet, soit les tomes 4 et 5. Il contiendra donc des éléments d’intrigue.

Attention, cet article concerne les tomes 4 et 5 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

On en est où ?
Suite à ce qui est arrivé dans le tome 3, Ken espère pouvoir enfin souffler. C’est sans compter sur Shuu Tsukiyama alias le Gourmet, qui l’approche au café l’Antique. Conscient que sa réputation le précède, Shuu manipule Ken en se faisant passer pour une goule incomprise. Ken se laisse berner par les apparences. En effet, de prime abord, Shuu est un homme soigné, il porte de beaux vêtements, s’exprime correctement, partage avec Ken une passion pour la littérature… Le jeune homme accepte donc de passer une journée avec lui, durant laquelle ils vont faire du sport avant de se détendre dans un café littéraire où, parait-il, l’écrivain favori de Ken se rend de temps en temps.

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Si Ken accepte ce rendez-vous, c’est aussi dans l’espoir de pouvoir questionner le Gourmet sur un restaurant dédié aux goules pour le compte d’une amie de l’Antique qui a fait de l’information son métier. Elle sait des choses sur Lize, la goule dont Ken porte un organe, et sur ce qui serait plus probablement un assassinat qu’un malheureux accident. Ken, évidemment curieux d’en savoir plus, accepte d’exploiter l’intérêt que lui porte Shuu, sans se douter une seconde de ce qui va arriver…

Un restaurant pour goules… Ou le début de l’horreur.
C’est à ce moment-là que le manga gagne, selon moi, sa mention « pour public averti » très judicieusement ajoutée par Glénat sur la 4e de couverture puisqu’on atteint à ce stade un niveau de violence physique et psychologique supérieur aux trois tomes précédents. On y voyait aussi du sang, des combats, des membres tranchés et des goules décrire avec force de détails sordides leur façon de manger ou leurs parties du corps humain préférées. Toutefois, à partir du moment où Ken arrive dans ce restaurant, le/a lecteur.ice est confronté de plein fouet à ce que les goules ont de pire en eux. L’extrait ci-dessous est plutôt parlant…

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C’est intéressant que cela arrive à ce stade de l’intrigue et juste après le drame qui a frappé les Fueguchi. En tant que lecteur.ice, on se prenait de compassion pour les goules, on tenait forcément avec elleux face aux inspecteurs du CCG mais être confronté à l’horreur au sein de ce restaurant chamboule totalement les perspectives et oblige à plus de nuances. On se rend compte que, finalement, les goules sont très semblables aux humains, même sur un plan psychologique puisqu’il existe aussi des humains n’ayant aucune considération pour la vie et d’autres qui s’en inquiètent.

Il faut aussi savoir que Shuu emmène Ken là-bas non pas pour consommer mais pour servir de repas ! Il a eu l’occasion de sentir son sang et est persuadé que son statut d’hybride, déjà très rare, en fera un met de choix. Ken n’échappe à son funeste sort qu’à partir du moment où le Gourmet se rend compte qu’il n’a qu’un seul Œil Écarlate, comme la goule de la légende. Il va donc le libérer afin de… se le garder pour lui, évidemment.

Pour comprendre l’intérêt de mon propos suivant, je dois vous parler en quelques mots d’un personnage apparu précédemment : Nishiki Nishio. Il s’agit d’une des premières goules que Ken va rencontrer après sa transformation et il n’est pas très aimable de prime abord puisqu’il attaque Hide, l’ami de Ken, avant d’essayer de s’en prendre à Ken lui-même. Pas de chance, en utilisant le kagune de Lize, Ken va le battre sans difficultés et le blesser gravement… Ce personnage va revenir ici parce qu’il entretient une relation amoureuse avec Kimi, une humaine qui connait son identité de goule et l’accepte tel qu’il est.

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Cette relation parait incompréhensible aux yeux de Ken, qui se demande comment Kimi peut tolérer tous les risques que cela implique. De son côté, Nishiki est tellement blessé qu’il manque de s’attaquer à Kimi et la met hors de son appartement pour la préserver. Celle-ci se rend donc à l’Antique pour supplier Ken de chasser à la place de Nishiki, afin qu’il puisse retrouver ses forces. Malheureusement, quand le Gourmet va les voir ensemble, il va enlever Kimi et se servir d’elle pour attirer Ken dans un piège. Son grand fantasme à ce stade est de manger Ken pendant que lui-même mange Kimi… Ouais, je sais, quel homme sympathique !

Ainsi, l’arc du Gourmet est fascinant et important à deux niveaux : déjà, il permet de fréquenter directement une goule dans ce qu’elles ont de plus laid à montrer, de plus effrayant. Mais il permet aussi de montrer qu’il est possible pour goule et humain de vivre ensemble, à travers la relation qu’entretiennent Kimi et Nishiki. Ce dernier deviendra d’ailleurs serveur à l’Antique et ami de Ken.

Ainsi, cet arc me paraît fondamental pour ce qui arrivera ensuite tout en se révélant formateur pour le personnage de Ken. Le pauvre n’est pas sorti de l’auberge puisque, dans l’arc suivant, il va se confronter pour la première fois à Aogiri et c’est hélas là que tout va basculer pour lui…

J’ajoute que dans ces deux tomes, on trouve également un chapitre « hors série » sur le passé de Lize et qu’on retourne un peu auprès des colombes du CCG avec l’arrivée du remplaçant de Mado et la mise en place de ce qui ressemble à un plan de plus grande envergure pour reprendre le contrôle des différents districts. Mais ça, ce sera pour le prochain article !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #41 { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du prologue + le drame des Fueguchi) }

Ohayô minasan !

J’ai récemment entamé une nouvelle relecture, cette fois consacrée au manga Tokyo Ghoul qui m’avait fait forte impression il y a quelques années lorsque j’ai lu d’une traite les quatorze tomes de la série principale. Je n’hésite d’ailleurs jamais à le citer comme l’un de mes mangas favoris… Mais est-ce toujours le cas à l’heure actuelle ? Comment est-ce que je considère l’œuvre en 2021 ? Et de quoi ça parle, au fait, Tokyo Ghoul ? Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre dans cette nouvelle série d’articles, sur le même format que ma relecture de Black Butler, en évoquant les différents arcs narratifs qui parsèment le manga.

Attention, cet article concerne les tomes 1 à 3 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

De quoi ça parle ?
Ken Kaneki est mortellement blessé un soir et ne doit la vie qu’à la greffe de l’organe d’une goule effectuée par un médecin peu scrupuleux. Dans ce Tokyo alternatif, les goules vivent en parallèle des humains et leur existence est connue. Elles se nourrissent de chair humaine et sont traquées par le CCG. Avec un pied dans les deux mondes, Ken Kaneki va devoir mettre de côté ses préjugés pour apprendre à survivre…

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Premier arc : prologue.
Le prologue couvre les neuf premiers chapitres du manga qui servent à poser les bases de l’univers et des réflexions philosophico-morales qui vont le parcourir. En quelques mots, voici ce qu’il faut savoir : l’histoire se déroule à Tokyo, une capitale nippone divisée en une vingtaine de secteurs dans lesquels les goules se mêlent aux humains. Les goules existent depuis très longtemps, peut-être même depuis toujours ou du moins, c’est ce qu’il semble à première vue mais on dispose de peu d’informations à ce sujet, du moins à ce stade. Dans ce monde moderne, elles sont traquées par les inspecteurs du CCG (Centre de Contrôle des Goules) puisque certaines d’entre elles attaquent des humains pour s’en nourrir.

Une goule ressemble physiquement à un humain hormis sur les points suivants : en théorie, on nait goule, on ne le devient pas. Il s’agit donc d’une espèce à part avec ses propres règles et valeurs. Une goule ne se nourrit que de chair humaine, toute nourriture « normale » a un goût immonde, elle doit donc apprendre à le cacher pour se fondre dans la masse. Une goule est plus forte qu’un humain et plus résistante aussi, si bien qu’elle ne peut être blessée que par une autre goule. Une goule a des yeux rouges qui se manifestent notamment quand elle a faim. Et enfin, une goule possède un kagune, qui prend différentes formes en fonction du type de goule (ailé, blindé, écailleux et à queue). Ce kagune est une arme qui permet à la goule de se battre et de conquérir, par exemple, un territoire. Ou de se défendre.

Là, vous vous demandez peut-être comment s’y prennent les inspecteurs du CCG pour les tuer si on ne peut blesser une goule qu’avec une autre goule ? Et bien en s’emparant du kagune des goules pour le transformer en quinque, ce qui leur permet donc de les affronter et même de les battre. Et ainsi de récupérer de nouveaux kagunes…

Tous ces éléments sont découverts petit à petit par Ken qui, jusqu’ici, était un humain tout à fait normal qui pensait que les goules étaient toutes des prédatrices et donc que les éliminer relevait du bon sens. Recevoir l’un des organes de Lize (une goule qui a essayé de le manger, d’ailleurs) va changer la donne puisqu’il va développer un appétit pour la chair humaine ainsi qu’un kagune, tout en conservant ses valeurs morales. Il refusera pendant longtemps de se nourrir de chair humaine, ce qui apportera évidemment son lot de problème. Ses convictions et certitudes vont être mises à mal par sa rencontre avec des goules qui ne collent pas au stéréotype véhiculé dans les médias. Petit à petit, Ken va se rendre compte que les goules sont comme les humains. Certaines sont « gentilles » et d’autres sont de vraies sociopathes. Ainsi, le manga paraitra manichéen au départ mais les nuances arriveront petit à petit.

Deuxième arc : le drame des Fueguchi
Très tôt dans le manga, Ken va rencontrer Hinami et sa mère, qui sont des goules incapables de chasser. Elles se fournissent donc en viande au café l’Antique qui est un sanctuaire pour goules. De prime abord, Hinami et sa mère paraissent inoffensives et se cachent d’ailleurs des inspecteurs du CCG qui ont tué leur mari / père récemment. Impossible de ne pas compatir à leur histoire. Comme cette révélation intervient très tôt, on comprend vite qu’il existe différents styles de vie chez les goules et que peu importe celui qu’elles adoptent, elles seront quand même tuées à vue sans que les inspecteurs ne cherchent plus loin. Il faut dire qu’ils semblent victimes d’un gros bourrage de crâne…

Cette enquête va permettre au lecteur de changer de point de vue pour pénétrer au sein même du CCG afin d’y rencontrer les inspecteurs Amon et Mado. Le premier vient de sortir de l’Académie et est en binôme avec le second qui le forme sur le terrain. Mado est un personnage assez dérangeant et malsain qui est passionné par les quinques et n’a aucune considération pour la vie des goules. Il suffit de voir comment se déroule son affrontement avec Mme Fueguchi pour s’en convaincre… Amon est comme lui et ne remet rien en question, jusqu’à sa rencontre avec Ken qui va le pousser à s’interroger. La manière dont il se remet en question, lentement, par petites touches, apporte une crédibilité au personnage et un grand intérêt car on sent qu’au contraire de Mado, il y a une place pour une évolution chez Amon que je vois un peu comme le pendant « humain » de Ken Kaneki.

Cet arc se déroule du chapitre 10 au chapitre 29 (plus ou moins) et apporte de premières pistes réflexives sur la nature des goules, sur une cohabitation possible avec les humains (les goules de l’Antique se nourrissent par exemple des corps des personnes suicidées, ce qui ne fait pas de mal) mais aussi sur la notion de vengeance, une décision à laquelle Hinami se retrouvera confrontée. Ce sont des évènements denses et intenses qui s’enchaînent à un rythme maîtrisé, offrant ainsi un page-turner efficace. Notez d’ailleurs que tout ce dont je vous ai parlé jusqu’ici se passe sur seulement trois tomes ! Au quatrième, on change déjà d’arc narratif. Un article complet y sera consacré car il marque, je trouve, un gros tournant au sein du manga.

Ken Kaneki, un protagoniste principal enthousiasmant.
Outre le chara-design sublime et l’écriture soignée en terme non seulement d’intrigue mais aussi de réflexion, un des gros points forts du manga est Ken Kaneki, son protagoniste principal. On le rencontre alors qu’il est étudiant à l’université et se rend au café l’Antique (sans savoir qu’il s’agit d’un repaire de goules…) avec son ami Hide. Là-bas, il craque sur une fille, Lize, parce qu’elle lit un roman de son auteur préféré : Sen Takatsuki. Il s’agit d’un auteur fictif inventé dans la diégèse du manga (et qui aura son importance plus loin dans l’intrigue) mais Ken est, dans l’ensemble, un littéraire dans l’âme si bien que le texte est parsemé de citations et de références diverses à la littérature ou à la philosophie. Je pense que c’est un des points qui m’a le plus enthousiasmé au départ en tant que littéraire. D’autant que lors de ma première découverte du manga, j’étudiais moi-même cette matière…

Ken est un garçon avec des principes mais qui accepte de se remettre en question. Il est même curieux de comprendre, d’évoluer, il cherche donc à échanger avec des personnes dont le point de vue diverge du sien afin de l’intégrer dans sa réflexion. Le monde brutal des goules est à des années lumières de sa personnalité et il n’y aurait probablement pas survécu sans l’aide de Toka ou du patron de l’Antique, mais on reviendra là-dessus car évidemment, l’arc suivant amorce déjà un changement assez radical avec l’arrivée du Gourmet… On en reparlera dans un prochain article.

Et voilà, on arrive au bout de cette première mise en bouche sur le manga Tokyo Ghoul et ma relecture de celui-ci qui est, pour le moment, aussi enthousiasmante que ma première découverte ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, on se retrouve bientôt pour un billet sur les arcs suivants.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

{ À l’ombre du Japon #40 ; je (re)découvre Card Captor Sakura ! }

Ohayo mina !

Il y a quelques mois, j’ai eu envie de lire le manga Card Captor Sakura en version papier. Durant mon enfance, je regardais la version animée sur Club RTL et j’étais absolument fan. Je faisais de l’équitation à l’époque et on jouait avec les cravaches en imaginant qu’il s’agissait du sceptre de Clow, qu’on capturait des cartes… Vous voyez l’idée ! C’est le premier manga que j’ai profondément adoré, profondément aimé et beaucoup de beaux souvenirs d’amitié y sont reliés. Je me suis donc lancée dans cette aventure avec une pointe d’anxiété : et si je gâchais mes souvenirs ? C’est toujours délicat, de revenir à une œuvre qui nous a tellement marqué dans notre enfance, je trouve. Faisons le point !

Un peu d’histoire…
Card Captor Sakura est un manga qui a été prépublié entre 1996 (j’avais 3 ans !) et 2000 dans le magazine Nakayoshi (spécialisé en shojo). Il est issu du collectif CLAMP qui est un groupe de quatre mangakas féminines spécialisées dans le shojo même si elles se sont essayés, plus tard, à d’autres genres. Ce collectif est assez connu par chez nous grâce à Pika qui a récupéré les droits de leurs œuvres, comme Tsubasa Reservoir Chronicle, Magic Knight Rayeheart, xxxHOLIC ou encore Chobits, dont je vous ai parlé la semaine dernière.

Le manga raconte l’histoire de Sakura Kinomoto qui est dans sa dernière année de primaire quand elle ouvre par accident le livre de Clow, libérant des cartes magiques aux dangereux pouvoirs. Aidée par Kélo, le gardien du livre, elle va devoir toutes les rassembler !

Comme je vous aime bien, je vous mets le générique de l’animé en version remasterisée ET en français pour les nostalgiques. C’est cadeau.

Un shôjo magical girl plutôt classique.
Les premiers volumes sont assez répétitifs et se concentrent sur la recherche des cartes échappées, dans un enchainement de chapitres qui ont tous cet objectif. En plus, l’aspect pratique, c’est que les cartes sont toutes restées dans l’environnement immédiat de Sakura et se manifestent pile là où elle se trouve. Alala, ces coïncidences bienheureuses ! C’est un schéma narratif qui peut devenir lassant à la longue, surtout qu’il y a une petite vingtaine de cartes à récupérer et que, comme on est dans un shôjo gentillet, Sakura parvient toujours à s’en tirer grâce à la pureté de son cœur, la force de ses sentiments et / ou une astuce glissée l’air de rien par Kélo. Au bout du 6e volume plus ou moins, l’histoire prend un autre tournant avec l’arrivée d’un nouveau personnage mystérieux qui semble en vouloir à Sakura qui, de son côté, développe ses propres pouvoirs magiques. Ce personnage mystérieux semble lié au grand magicien Clow puisqu’il dégage une énergie semblable ! Que de mystères…

Je ne vais pas vous mentir : je pense que sans ma nostalgie, je n’aurais pas forcément poussé le titre jusqu’au bout. C’est joliment dessiné, très positif, ça déborde de beaux sentiments mais parfois, c’est un peu trop guimauve et évident à mon goût. Si vous cherchez quelque chose de beau qui donne le sourire, c’est parfait mais en tant qu’adulte blasée, ma suspension d’incrédulité en a pris un certain coup. De plus, les nœuds de l’intrigue sont assez grossiers. Le mystère que les autrices tentent de tisser ne tiennent jamais bien longtemps tant les réponses paraissent évidentes, en tout cas aux yeux d’un.e lecteur.ice confirmé.e. Toutefois, pour son public cible, je pense que le titre fait le job, comme on dit.

La question des relations trop tendancieuses dans Card Captor Sakura.
!! Attention, ça me semble évident mais cette partie contient des éléments d’intrigue, impossible de faire autrement pour accompagner ma réflexion !!
Quand on discute de cette œuvre, il y a deux écoles : les nostalgiques comme moi qui ont un souvenir d’enfance de l’animé et donc beaucoup de tendresse pour le titre, et les gens qui ont découvert l’histoire une fois adulte ou en tout cas ado, qui ont donc vu ce qu’en tant qu’enfant, on ne comprend pas. C’est déjà une réflexion que je m’étais faite vis à vis d’un autre titre du collectif CLAMP, à savoir Chobits. Est-ce que l’ambiguïté dans les relations (amoureuses) est quelque chose qu’on retrouve dans tous les manga de ces autrices ? Si quelqu’un a lu les autres, qu’iel n’hésite pas à me donner son avis !

Qu’est-ce que j’entends par « relations tendancieuses » ? Prenons l’exemple le plus connu : le professeur principal de la classe de Sakura entretient une relation que je juge anormale avec une de ses élèves (pour rappel, elles sont en primaire…). On voit que la fille en question est clairement amoureuse de lui (jusque là pourquoi pas, ça arrive de crusher sur un prof, même à son âge) sauf que lui a des gestes et des attitudes qui laissent entendre une certaine affection entre eux. Mais jusqu’où va-t-elle, cette affection ? Est-ce qu’il la voit plutôt comme sa fille ou comme une partenaire potentielle ? Ce n’est jamais très clair même si on le remarque parfois troublé par un regard appuyé de cette élève (c’est encore plus flagrant dans l’animé…) et cette ambiguïté est clairement le gros souci du manga parce que ça sous-entend qu’une relation de ce type est acceptable. Ou alors, il y a une subtilité que je ne saisis pas…

Autre exemple : la mère de Sakura s’est mariée avec son professeur alors qu’elle était encore au lycée, et Sakura elle-même a des sentiments envers le meilleur ami de son frère, qui est lycéen (on comprend plus tard qu’elle confondait l’amour romantique et l’amour au sens plus familial du terme, ça je veux bien surtout chez une aussi jeune fille). La manière dont les sentiments sont abordés dans ce manga me laisse assez perplexe parce qu’on a d’un côté des ambiguïtés aberrantes et de l’autre, une certaine modernité si on considère que le titre a vingt ans.

Parce que oui, heureusement, il y a aussi de belles choses au niveau émotionnel. Tomoyo, par exemple, la meilleure amie de Sakura, tient tellement à elle que j’ai l’impression qu’elle l’aime au sens romantique du terme. Plusieurs éléments le sous-entendent tout au long du titre et je trouve ça hyper positif de représenter l’homosexualité féminine dans un manga à destination d’un jeune public féminin, justement. C’est important. Seulement voilà, Tomoyo sait que Sakura l’adore, l’aime, mais comme une amie, rien de plus, donc elle s’efface totalement à son profit et dit à plusieurs reprises que quand on aime vraiment quelqu’un, voir cette personne heureuse suffit. Alors oui… et non. S’effacer, d’accord, mais je pense qu’il y a des limites pour que la relation reste saine. De plus, Tomoyo passe son temps à suivre Sakura dans toutes ses interventions magiques, à la filmer, lui confectionne des costumes pour qu’elle soit jolie devant la caméra… Elle est soit officiellement la meilleure amie du monde, soit une stalkeuse obsessionnelle. Une obsession génétique puisque la mère de Tomoyo se comportait de la même façon avec la mère de Sakura.

Autre exemple de relation à caractère homosexuel, cette fois entre le frère de Sakura (Toya) et son meilleur ami (Yukito). À nouveau, ce qualificatif n’est jamais posé mais on comprend qu’il y a davantage entre eux que de l’amour amical à mesure qu’on avance dans l’histoire. Ce que je trouve très bien aussi, d’autant qu’on est presque sur une relation saine ici. Je dis presque parce que Yukito abrite quand même Yué dans son corps et n’existe pas vraiment en dehors de cette incarnation, il n’a d’ailleurs pas les souvenirs de Yué alors que l’inverse n’est pas vraie. M’enfin, Toya (le frère de Sakura) est tout à fait au courant et semble s’en accommoder sans soucis.

Finalement, le seul amour relativement sain dans ce manga, c’est celui entre Sakura et Shaolan qui se développe dans les deux derniers chapitres du manga (après une avalaaaaanche de quiproquo divers et variés) et j’admets que c’est plutôt mignon. Le souci c’est qu’à aucun moment je n’avais l’impression d’être face à une fille de primaire, que ce soit dans ses interactions sociales ou dans sa manière de se battre, d’affronter les épreuves. Pour moi, elle était au minimum à la fin du collège, rien qu’en me basant sur ses réflexions parfois trop matures sur les sentiments et le fait que le couple, l’amour, semble avoir une telle importance. Personnellement, en primaire, je me préoccupais surtout de jouer avec mes copines dans la cour de récré mais je suis peut-être une exception ?

Et donc, recommandable ou pas ?
Je pense qu’il est très intéressant de lire Card Captor Sakura comme un classique du genre magical girl et donc en le replaçant dans son contexte. Après tout, le manga a plus de vingt ans et bien des choses ont changé depuis, que ce soit dans nos sociétés ou même au Japon. Je me demande d’ailleurs ce que donne la suite, intitulée Clear Card, commencée bien plus récemment. Je compte la lire pour effectuer un comparatif. Toutefois, cela n’excuse pas l’ambiguïté de certaines relations décrites dans le manga, surtout celle avec le professeur.
Le manga fait partie de ces titres fondateurs d’un genre et importants dans l’histoire de ce média, donc culturellement parlant, c’est déjà un bel apport.
Il faut également garder à l’esprit qu’il s’agit d’un shôjo destiné à des enfants / préadolescentes avant tout. Cela implique que l’intrigue reste assez prévisible et dégouline de bons sentiments. Si vous aimez ce qui est guimauve, alors ce titre est fait pour vous mais si vous cherchez quelque chose de plus nuancé, de moins gentillet, mieux vaut passer son tour. Toutefois, le lire aujourd’hui avec un regard d’adulte a été une expérience très intéressante car ça m’a obligé à remettre en question mes souvenirs et à y poser un œil bien plus critique qu’autrefois. Ça reste une œuvre qui transpire la bonté et transmet de jolies valeurs qu’on devrait inculquer aux plus jeunes.

À l’ombre du Japon #39 { J’ai terminé de lire Chobits ! }

Ohayo mina !

Au début du mois de juillet, Pika achevait de ressortir les huit tomes du manga Chobits, titre phare du collectif Clamp et du catalogue de l’éditeur, digne manière de fêter les vingt ans de la série. Vingt ans déjà ! Comment ce titre a-t-il vieilli ? Que peut-on en dire aujourd’hui ? Ce billet a pour ambition de proposer une réponse à ces questions.

FLASHBACK !
Avant d’aller plus loin, je pense pertinent d’évoquer mon propre rapport à ce manga. Lorsque j’avais une dizaine d’années -je ne me souviens plus combien exactement- l’animé Chobits était diffusé sur MCM entre One Piece et GTO. J’avais commencé à regarder, envoûtée par les belles robes de Chii, avant de ressentir un malaise au bout de quelques épisodes. Un malaise que je ne m’expliquais pas. Peut-être était-ce lié aux sous-entendus sexuels qui traversent le manga ? À ces questionnements plus profonds sur des questions d’intelligence artificielle et d’émotions qu’on trouve tout au long de la série et pour lesquels je n’avais pas encore les clés de compréhension ? Toujours est-il que je changeais de chaîne à chaque fois que le manga commençait et que je n’en gardais donc pas un super souvenir, l’étiquetant à destination de personnes un peu perverses.

Pourquoi je vous raconte ça ? Tout simplement parce qu’en lisant le manga dans sa version papier et avec mon regard, mon recul et ma maturité (enfin euh…) d’aujourd’hui, j’en ai une opinion totalement différente.

De quoi ça parle, Chobits ?
En quelques mots, l’histoire raconte comment Hideki Motosuwa trouve un jour un pc humanoïde dans une poubelle près de chez lui. Hideki, c’est typiquement le gars campagnard sur les bords, pas très au courant des avancées technologiques ni très porté dessus, qui débarque à la capitale pour suivre des études et semble tomber tout droit dans un autre monde Le choisir comme narrateur permet d’expliquer les bases de l’univers. Hideki, donc, trouve ce pc humanoïde qui ressemble à une jeune fille (toute nue enroulée dans des bandelettes) et décide de la ramener chez lui pour voir s’il peut en faire quelque chose. La réparer, hein, ne pensez pas mal ! (hum)

Par chance, le PC s’allume mais semble vierge de tout programme hormis un logiciel d’apprentissage, ainsi que de toute capacité langagière. Elle doit donc TOUT réapprendre de zéro. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais de mystérieuses photos font leur apparition, désignant Chii comme une / la légendaire chobits, ce qui va éveiller les mauvaises intentions de certain.es.

L’intrigue en elle-même n’a rien d’original et le dénouement final est dans l’ensemble attendu. Pourtant, Chobits reste très intéressant pour ses thématiques.

Chobits et les questions technologico-psychologiques :
Plus notre technologie évolue, plus il devient nécessaire de s’interroger sur des points moraux : quel est notre rapport aux ordinateurs ? Aux intelligences artificielles ? Qu’est-ce que le développement de ces technologies nous apporte ? Et si, un jour, notre ordinateur commençait à développer des sentiments ? Ces émotions seraient-elles moins valides parce qu’issues d’un programme ? Est-ce que deux ordinateurs peuvent tomber amoureux au sens où nous l’entendons ? Tout cela appartient au registre de la science-fiction mais aussi de l’humain. Aucune réponse n’est franchement donnée dans Chobits, le titre invite plutôt à une prise de conscience et à une réflexion. Pourtant, selon moi, sa plus grande richesse se situe ailleurs, dans la manière dont est abordée l’image de la femme.

Si vous vous intéressez un peu au Japon, vous savez que les relations hommes / femmes ne sont pas comparables à ce qu’on connait en occident. La pression sociale est énorme, pourtant, paradoxalement, c’est très difficile pour de nombreux japonais d’approcher une femme. Je n’ai pas de chiffres à avancer, il s’agit seulement d’une réalité sociale bien connue. Ainsi, l’existence de pc humanoïdes comme dans Chobits montre ce que serait une société où il est possible de s’acheter un.e compagnon.ne  de vie, à programmer comme on le souhaite. Comment une femme humaine pourrait-elle rivaliser avec cela ? On peut aussi retourner la question dans l’autre sens et demander comment un homme humain pourrait être à la hauteur d’un pc programmé pour coller à 100% aux envies de sa partenaire. Dans le manga, c’est mis en scène à travers une amie de Hideki qui était amoureuse d’un homme, homme qui avait épousé précédemment son pc. Un pc qui lui ressemblait physiquement. Quand elle l’a appris, sa confiance en elle et en leur amour naissant a été profondément ébranlée, ce qu’on peut comprendre.

À ce stade, je souhaite vous partager une réflexion toute personnelle liée à la fin du manga. Attention, le paragraphe suivant contiendra des révélations ! Je vous invite à cesser votre lecture ici pour éviter que je vous divulgâche des choses si vous comptez lire le manga.

Une ode à l’amour platonique ?
On réduit, comme souvent, le support humanoïde des pc à une fonction sexuelle. C’est bassement humain mais compréhensible puisque beaucoup de gens y auraient pensé. Pourtant, ce que je trouve beau dans Chobits, c’est que la fin (bien qu’attendue et sans surprise) propose un twist intéressant sur ce point quand Hideki apprend qu’il lui sera impossible d’avoir des relations sexuelles avec Chii puisque son bouton de redémarrage se trouve dans son intimité. Ainsi, s’il y a pénétration, elle va se reboot et tout perdre : nom, souvenirs, identité dans son ensemble, et ne sera donc plus Chii. Hideki clame que cela lui importe peu et la dernière case du manga le montre marié avec Chii, tous les deux visiblement très heureux.

Certain.es pourraient y voir une pudibonderie toute nippone pour le sexe mais je ne suis pas d’accord. Avec ce choix scénaristique, le collectif libère plutôt la femme de son rôle d’objet de plaisir auquel on la réduit trop souvent tout en rappelant que l’acte sexuel n’est pas forcément ce qui importe dans un couple, qu’on peut aimer sans l’aspect physique, entretenir une belle relation, ressentir du bonheur, sans écarter les cuisses. C’est un très beau message d’une modernité sidérante pour un manga datant de plus de vingt ans ! Évidemment, chacun.e interprète cela comme iel le sent mais c’est ainsi que moi, je l’ai compris. Je précise également que chacun.e a le droit d’attendre ce qu’iel veut du couple, avec ou non une proximité physique, pour peu que son/sa partenaire soit d’accord avec ça. Je ne porte pas non plus de jugements sur les personnes pour qui l’acte sexuel a de l’importance. Je me réjouis simplement de lire une œuvre où ce n’est pas le cas.

Mais… ?
Parce qu’il y a quand même un mais. Chii est un ordinateur, doté d’une intelligence artificielle. Aucun problème pour moi qu’elle puisse ressentir des émotions, même si celles ci viennent d’un programme. Je ne les trouve pas moins valides que les émotions humaines. Par contre, Chii devant tout réapprendre de zéro, ayant été « reboot » jusqu’à oublier les bases du langage et des codes sociaux, elle me fait davantage penser à un enfant (si pas un bébé) qu’à une femme envers qui on peut éprouver un désir physique ou même de l’amour. Sa candeur charme probablement beaucoup de gens (hommes ou femmes) mais quand même…

Sur cette base, (attention, je divulgâche !) quand Hideki lui dit « je t’aime » et déclare qu’elle est la personne la plus importante dans son cœur, j’aurais presque préféré ne pas voir de bagues à leur doigt dans la dernière case puisqu’on sort alors du cadre d’un amour fraternel ou même paternel, ce qui peut interroger sur l’aspect sain de toute ça. Il reste une certaine ambiguïté au sujet de laquelle je ne sais pas trop quoi penser. Toutefois, l’acte sexuel ayant été retiré de l’équation et le manga touchant à un type de relation auquel on peut plus difficilement appliquer les codes moraux de notre société, je me contente de le souligner sans pour autant porter un jugement de valeurs. Mais je pense que ça peut déranger certain.es alors je trouve important d’en parler.

La conclusion de l’ombre :
Pour toutes ces raisons, je ne regrette pas de m’être plongée dans la version papier de ce manga qui m’avait laissé, plus jeune, une si mauvaise impression car même si le tome huit est (trop) court et semble un peu rapide comparé au reste de la série, il n’empêche que les questions posées par le collectif CLAMP ainsi que la fin sont très intéressant.es à lire. Chobits est donc un manga en huit tomes à découvrir et sur lequel réfléchir longuement !

À l’ombre du Japon #38 { The Voices of a Distant Star (one-shot) }

Ohayo mina !

The Voices of a Distant Star est un one-shot de science-fiction adapté du court-métrage du même nom par Mizu Sahara. Le court métrage en question date de 2002, il a été réalisé et scénarisé par Makoto Shinkai à qui on doit également : Your Name, les enfants du temps et 5 cm per second, également disponibles chez Pika au format papier.

En quelques mots, il s’agit de l’histoire de deux jeunes collégiens sur le point d’entrer au lycée. Mikako est engagée après un tirage au sort dans la flotte spatiale des Nations Unies afin de piloter un mécha à la recherche de Tharsiens, une race extraterrestre possédant une technologie que l’humanité envie. Sur Terre, son meilleur ami Noboru l’attend. Ils échangent des messages, messages qui mettent de plus en plus de temps à arriver à mesure que la distance grandit…

Je n’aurais pas cru être à ce point touchée par une histoire comme celle-là. Les points de vue alternent entre Mikako dont la vie change radicalement et Noboru, qui s’accroche au passé grâce aux messages de son amie. Hélas, ces transmissions prennent de plus en plus de temps à arriver sur Terre, à mesure que Mikako s’éloigne. Au début, il suffit d’une semaine mais divers évènements vont contraindre le vaisseau où se trouve Mikako à prendre encore plus de distance si bien que le message suivant arrive au bout d’une année, puis de huit. Et, forcément, le temps ne s’écoule pas de la même façon pour Mikako que pour Noboru !

Sur dix chapitres seulement (vingt-cinq minutes à peine pour le court-métrage !) , Makoto Shinkai propose une histoire solide, à la fois simple dans son déroulement mais d’une incroyable richesse sur la psychologie de ses deux personnages. La manière dont Noboru gère cette distance, persuadé que Mikako l’oublie quand l’un des messages prend plus de temps à arriver, puis la culpabilité de l’avoir pensé alors qu’une bonne raison justifiait ce retard, rappelle notre humanité et notre fragilité face à l’incertitude des sentiments au sein d’une relation.

Mikako, de son côté, apprend à connaître les autres membres de son groupe de mission, se fait une nouvelle amie, sans jamais oublier Noboru et en allant jusqu’à mettre sa vie en danger pour essayer de lui envoyer un dernier message avant le saut qui va encore allonger la distance de transmission.

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Cette scène est particulièrement poignante car on la voit tendre les doigts vers son téléphone qui flotte dans son mécha, paniquée à la perspective d’échouer à l’attraper pour finalement devoir abandonner, ce qui la laissera en larmes et seule face à cette solitude. On sent beaucoup de résilience en chacun, beaucoup d’abnégation aussi et de dévouement dans leur relation qui, évidemment, transcende le qualificatif d’amitié pour se révéler être de l’amour. En règle générale, je n’apprécie pas ce genre de choses mais ici, cela fonctionne parfaitement.

J’ai ressenti beaucoup d’émotions à la lecture de ce texte. Je n’ai hélas pas pu voir l’animé, pas encore, mais je compte bien m’y pencher dés que possible.

La conclusion de l’ombre :
The Voices of a Distant Star est l’adaptation au format manga papier d’un court-métrage réalisé brillamment par Makoto Shinkai. En un one-shot, Shahara Mizu donne vie à cette superbe histoire d’une relation longue distance qui, dans un contexte de science-fiction, parle surtout de psychologie et de relation humaine et ce de manière très fine. J’ai adoré !

À l’ombre du Japon #38 { Beast complex, le format court version manga ! }

Ohayo mina !

Nous voici de retour avec un petit article manga qui va un peu traverser les formats puisqu’il commencera par une réflexion inspirée par ma récente expérience du #ProjetOmbre mais aussi par l’édito de la semaine chez l’Apprenti Otaku tout en vous parlant du très bon Beast Complex de l’inégalable Paru Itagaki.

Une question de terminologie…
Pour vous résumer grossièrement en deux mots, l’Apprenti Otaku expliquait que consommer du manga implique souvent un rapport de fidélité de longue durée car beaucoup de séries ont tendance à s’étaler sur au moins une dizaine de tomes. Alors que côté roman, c’est plutôt l’inverse. Il est assez rare (même si ça existe) de trouver des séries aussi étendues. Les raisons sont multiples mais viennent surtout, je pense, du modèle économique classique de notre édition. Du coup, j’ai eu envie de vous inviter à une petite réflexion à ce sujet, comme ça en passant.

Le format court est quelque chose qu’on connait bien en littérature : nouvelles, novelettes, novellas, autant de mots pour désigner des textes de moins de 40 000 mots, en fonction de leur longueur réelle. Le genre connait des hauts et des bas, des éditeurs comme Le Bélial lancent des collections dédiées, pour notre plus grand bonheur… Et de là, la question se pose : est-ce qu’il existe des mangas au format court ? Des mangas « nouvelles » ? Est-il pertinent d’accoler ces deux termes ?

C’est une réflexion un brin étrange, j’en conviens. On peut déjà se demander s’il est pertinent de chercher à appliquer des termes littéraires à un format axé sur le visuel. De plus, si vous lisez du manga, vous savez qu’il existe ce qu’on appelle des one-shot, des titres terminés en un seul tome. Est-ce qu’on peut considérer ces titres comme des nouvelles / novellas ? Ou est-ce qu’ils répondent à d’autres codes qui font que ces termes ne peuvent se transférer d’un format à l’autre ? Je vous le dis tout de suite, je n’ai pas la réponse à ces questions mais n’hésitez pas à me donner votre avis parce que l’échange autour de ce sujet m’intéresse sincèrement.

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Et Beast Complex, dans tout ça ?
Toujours est-il qu’avec Beast Complex, Paru Itagaki s’approche, à mes yeux, du format nouvelle tel qu’on le trouve classiquement en littérature (oui, tout ce blabla pour en arriver là !). La série comptera en tout trois volumes, chacun possédant plusieurs chapitres mais chaque chapitre racontant une histoire achevée sur elle-même, un peu à la manière d’un recueil, finalement. Peut-on dire qu’un chapitre = une nouvelle si ce chapitre raconte une histoire close au format court ? Et pourquoi pas, après tout… Car j’ai vraiment eu, lors de ma lecture, le même sentiment que quand je découvre un recueil au sens classique du terme. Sans parler des nombreuses qualités inhérentes à cette mangaka, dont j’ai déjà pu longuement vous parler dans d’autres articles sur Beastars.

Je sais que le manga divise, que son trait ne plait pas toujours, mais selon moi, cette femme est brillante, fine psychologue, curieuse de tout et a réussi l’exploit de me faire adorer une histoire avec des animaux anthropomorphisés, ce que j’ai en général en horreur. Je me suis longtemps demandée ce qui faisait la différence et elle y a répondu un peu par hasard dans la postface de ce premier volume en expliquant que, petite, elle aimait déjà dessiner les animaux et qu’elle se posait plein de questions concrètes sur les relations qui peuvent les unir en fonction des espèces. Du coup, ses réponses à ces interrogations me paraissent très crédibles et il y a une certaine logique dans la façon dont toutes ces espèces agissent entre elles.

C’est ce qui est raconté dans ce premier volume qui se compose de six chapitres -donc de six histoires closes sur elles-mêmes. La première est intitulée : le lion et la chauve-souris, elle met en scène des adolescents au lycée. Le lion Raul, chef de classe, est envoyé par son professeur pour apporter des notes de cours à un étudiant absent de longue durée, une chauve-souris prénommée Azumo. Sa mission est simple : convaincre l’élève de revenir en cours pour passer son équivalent BAC. Mais vu le drame qui a frappé Azumo, Raul n’est peut-être pas la personne la mieux placée pour réussir !
On découvre ensuite l’histoire du tigre et du castor qui raconte la touchante amitié de deux enfants d’une dizaine d’année qui n’appartiennent donc pas à la même espèce et approchent de l’âge fatidique où les carni’ développent leur envie de manger de la viande. Pourtant, ils sont amis depuis toujours et n’imaginent pas devoir se séparer…
Arrive alors le dromadaire et la louve, où on est cette fois confronté à des adultes. Elle dévoile comment Galom, journaliste sur le point de raccrocher, rencontre Abby, une mystérieuse louve avec qui il passera la nuit, nuit qui changera son destin… On part ensuite dans une ambiance plutôt désenchantée avec le kangourou et la panthère noire qui parle d’un gérant d’hôtel qui accueille une cliente bizarre porteuse d’une valise dont elle refuse de se séparer… Paru Itagaki revient ensuite sur un registre un peu plus léger tout en traitant le cœur de son concept avec le crocodile et la gazelle. Luna travaille depuis cinq ans dans l’émission de cuisine Happy Happy Cooking où elle est commis. Le chef herbi prend sa retraite et est remplacé… Par un crocodile ! De quoi effrayer la pauvre gazelle, surtout que son nouveau binôme enchaîne les remarques tendancieuses au sujet de la viande. Toutefois, il se peut que la personnalité du crocodile lui réserve des surprises… Enfin, ce premier tome se conclut sur la renarde et le caméléon, une belle histoire d’amitié dans un lycée qui évoque le thème du harcèlement et l’importance d’aider ses amis.

Une fois de plus, la mangaka parvient à aborder énormément de sujets en peu de pages et ce, avec efficacité. Dire que c’est sa première série ! Je n’en reviens toujours pas. Parce que oui, j’ai oublié de le préciser mais elle a commencé sa carrière avec Beast Complex qui, séduisant son éditeur, a donné ensuite naissance à Beastars

La conclusion de l’ombre :
Avec Beast Complex, Paru Itagaki propose un titre indispensable pour tous les fans de Beastars mais également parfait pour entrer dans son univers et la découvrir puisque ces histoires courtes n’influent pas du tout sur la trame principale que l’on connait, avec Legoshi, Louis, Haru et compagnie. Fidèle à ses qualités que l’on connait (un trait personnel et plein de caractère, une fine psychologie, une efficacité narrative prouvée), la mangaka aborde de nombreuses thématiques à travers six histoires courtes qui marqueront le/a lecteur/ice. J’ai adoré cette découverte et je me réjouis que la suite paraisse chez nous.

À l’ombre du Japon #37 { Pourquoi Im – Great Priest Imhotep est-il mon shônen préféré ? }

Bonjour à toutes et à tous !

En mai 2019, je publiais sur le blog un article qui présentait les deux premiers volumes de la série Im afin de vous partager mon enthousiasme. Je m’étais dit que j’allais écrire un article plus dense une fois que j’aurais lu les 11 tomes mais je ne l’ai jamais fait… Du coup, comme j’ai décidé qu’en 2021, j’allais me poser pour relire plusieurs sagas phares dans mon cœur, je fais d’une pierre deux coups !

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Im
est la première (et pour le moment la seule, en tout cas à ma connaissance et traduite en français) série de la mangaka Morishita Makoto qui s’est fait remarquée en arrivant deuxième à un concours manga organisé par Square Enix. Elle a travaillé sur Im entre 2015 et 2018 même si elle explique dans la postface du dernier tome qu’elle a dessiné plusieurs premiers jets sur lui à partir de 2013. C’est en visitant une exposition sur l’Égypte Antique qu’elle a eu envie de raconter une histoire sur ce prêtre légendaire et on peut dire qu’elle a été bien inspiré.

Mais de quoi ça parle ?
Hinome est issue d’une famille un peu bizarre qui a mauvaise réputation. Du coup, tout le monde l’évite et la dit maudite. À raison puisque qu’à chaque fois qu’elle tente de prononcer un mot, du feu sort de sa bouche ! Alors qu’elle rentre du lycée, elle tombe sur un drôle de gusse en cavale dans les rues qui s’invite chez elle en déclarant qu’il est le grand prêtre Imhotep, celui de l’Égypte antique, maintenu en sommeil pendant 3 000 ans par les dieux à cause d’un crime terrible qu’il aurait commis… Il a été réveillé pour combattre les magaïs, ces démons issus des Enfers, et il va commencer avec celui qui possède la pauvre Hinome !

Comme je vous ai déjà présenté le manga (voir ici) je ne vais pas revenir sur les concepts de base ou les personnages mais plutôt l’aborder par ses thématiques et surtout la plus importante d’entre elle : l’amitié.

Le shônen & la notion d’amitié.
Dans le genre du shônen, l’amitié est une valeur mise en avant et au centre de tout. Il suffit de regarder les titres les plus vendus dans cette catégorie éditoriale pour s’en assurer. Une amitié profonde lie les membres de Fairy Tail comme l’équipage Mugiwara. C’est son amitié pour Rukia qui pousse Ichigo à se rendre au Seireitei pour la sauver de son exécution tout comme c’est l’amitié que Naruto porte à Sasuke qui est un des grands moteurs de l’intrigue du manga du même nom. Les exemples sont légions et je trouve qu’Im matérialise cela encore mieux puisque c’est l’amitié qui se retrouve au centre de toutes les relations et de toute l’intrigue du manga, du début à la fin. C’est elle qui a poussé Im à devenir un criminel il y a 3 000 ans, c’est elle aussi qui donne à Hinome la force de défendre le grand prêtre quand il le faut, elle encore qui permet aux enfants du corbeau d’avancer et de surpasser leurs traumatismes. L’amitié est mise en scène sous toutes ses formes et l’autrice montre toute la puissance qui peut en émaner tout comme les extrémités auxquelles elle peut pousser.

Deux extraits marquants :
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Dans le premier tome, Hinome explique qu’elle rejette tout le monde pour éviter qu’iels soient blessé.es à cause de ses pouvoirs incontrôlables, ce qui ne l’empêche pas de souffrir d’une profonde solitude. Son rêve est d’ailleurs d’avoir dans sa vie une personne avec qui partager son déjeuner. C’est touchant et on comprend qu’Im se retrouve en elle puisqu’il y a 3 000 ans, le prince Djéser l’a lui aussi sorti de la profonde solitude inhérente à sa fonction de grand juge des enfers.

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C’est ce que montre l’extrait ci-dessus dans l’un des flashbacks qui détaille le fameux crime dont Imhotep est accusé. Cette scène se déroule après qu’Im ait sauvé la vie d’un enfant alors même que les prêtres et la famille royale sont en conflit, si bien que les premiers ne veulent pas aider le peuple dont la famille royale est responsable, afin de rappeler à tous et toutes leur importance. Ouais, c’est pas joli… Toujours est-il que Djéser est un prince un peu particulier, qui trouve que ces petites gué-guerres ne mènent à rien et qui aimeraient changer les choses. Un idéaliste quoi. Quand Im décide de sauver ce garçon, Djéser voit quelque chose en lui qui le pousse à vouloir devenir son ami, avec les conséquences que vous découvrirez en lisant ce manga.

Je suis personnellement bien plus sensible aux questions d’amitié que d’amour. Pour moi, l’amitié est fondamental dans la vie et j’aspire à des relations peut-être trop idéalisée, justement influencée par tous ces shônens avec lesquels j’ai grandi. Je n’ai aucun regret par rapport à cela mais ça explique que ce manga résonne autant en moi et que j’ai toujours les larmes aux yeux en lisant les dernières planches qui comptent parmi les plus belles conclusions d’histoire que j’ai pu lire dans ma vie.

Ma seule grande interrogation c’est : pourquoi Morishita Makoto n’a-t-elle plus publié depuis ? Dans la postface, elle explique qu’elle est reconnaissante d’avoir pu aller au bout de son œuvre même si elle n’a jamais pu faire la couverture du magazine où elle la publiait et qu’elle n’a pas eu le succès escompté. D’ailleurs, elle espérait une adaptation en animé qui, sauf erreur de ma part, n’a jamais eu lieu et c’est un très grand mystère pour moi quand je vois ce qu’on peut adapter… À mes yeux, Im est clairement un manga qui mériterait un plus grand rayonnement et qui fait partie de ces œuvres injustement délaissées alors que tout y est très bon, du chara-design au découpage de l’action, avec un rythme d’intrigue constant et bien mené, une galerie de personnages plutôt variée et tous.tes doté.es d’une vraie personnalité… Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?

Brève réflexion sur l’interculturalité entre l’Égypte et le Japon
Je me souviens de m’être dit que j’avais vu beaucoup de mangas sur le thème de l’Égypte antique et ça m’avait intrigué. Je l’ai même écrit il n’y a pas si longtemps dans une autre chronique manga. Pourtant, en effectuant quelques recherches, les seuls mangas vraiment basés sur cette période sont Reine d’Égypte et Im, tous les deux chez Ki-oon et tous les deux excellents dans leur genre. On notera aussi Cléopâtre chez Nobi-Nobi mais je ne l’ai pas lu donc je ne me permets pas d’en parler. Je pense que mon erreur vient du fait que les deux titres sont arrivés sur le marché du manga plus ou moins en même temps et que je les ai connu à quelques mois d’intervalle mais aussi que, d’une manière plus générale, j’ai grandi en étant baignée dans la mythologie égyptienne avec des œuvres comme Papyrus ou encore les films de la Momie. À l’instar du Japon, la mythologie égyptienne est polythéiste et très riche, elle déborde de mythes, de légendes, de dieux avec des figures semblables (y’a des serpents partout ! #Apophisme4ever) et c’est peut-être la raison pour laquelle il n’y a pas davantage de mangas inspirés par cette culture ? Les japonais ne la trouve probablement pas aussi originale et inspirante que nous, européen.nes ? Si vous avez des idées ou des théories à ce sujet, n’hésitez pas à les partager.

(Édit 20/06/2021: On me rappelle dans les commentaires qu’il y a également le manga Yu Gi Oh qui est très inspiré de l’Égypte antique, comment ai-je pu l’oublier ?! J’ai énormément regardé l’animé et lu les deux ou trois premiers tomes du manga. Le fameux « c’est l’heure du dudududu-el restera à jamais dans les mémoires… Merci Nana Coubo pour avoir réparé cet oubli.)

Quoi qu’il en soit, j’espère que ma petite présentation vous aura donné envie de jeter un œil à ce manga si cher à mon cœur et surtout, que ce sera pour vous une belle découverte ! 

À l’ombre du Japon #36 { Je me réconcilie avec Urasawa grâce à Pluto ! }

Bonjour tout le monde !

Voici un titre un peu racoleur et surtout, un peu interpelant si on n’a pas la référence… Non, je ne vais pas parler ici de Disney et son célèbre chien mais bien du manga Pluto dessiné et scénarisé par Naoki Urasawa, aidé au scénario par Nagasaki Takashi. Naoki Urasawa est un mangaka qu’on ne présente plus tant il possède une bibliographie impressionnante qui a marqué l’histoire du manga. Il est très aimé et encensé, notamment par l’ami Apprenti Otaku qui désespérait de lire que je ne parvenais pas à accrocher à ses œuvres. En effet, pour rappel, j’avais commencé Billy Bat et si j’avais d’abord été très impressionnée par le concept, j’ai décroché au bout d’une dizaine de tomes à cause d’un gros souci de rythme, trop lent pour moi. Et pourtant, j’enchainais les tomes puisqu’on me les prêtait et qu’en plus, la série est terminée depuis plusieurs années…

Je m’étais donc détournée de l’œuvre du mangaka, pas plus attirée que ça par ses autres titres, jusqu’à lire un article très enthousiaste de l’Apprenti Otaku (encore lui !) au sujet de Pluto. Comme c’est lui qui m’a fait sauter le pas de l’achat, il me semble juste de vous inviter à lire son billet. Ainsi, par sa faute, j’ai acheté les 8 tomes parus chez Kana et je les ai lu sur le mois de mai. On peut donc dire qu’il s’agit d’une réussite ! 

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De quoi ça parle ?

Pluto est une œuvre de commande réalisée pour l’anniversaire d’Astro qui, dans le manga éponyme, a été créé en 2003. Pluto se présente comme une réécriture mais n’ayant pas lu Astro, je ne peux pas l’affirmer. Par contre, il est tout à fait possible de lire Pluto sans rien connaître à Astro. Mon libraire le recommande même car dans le cas contraire, il paraît qu’on devine rapidement les tenants et aboutissants de l’intrigue. 
Pluto se déroule dans un futur proche du nôtre quoi que dans un monde à la géographie redessinée, où les robots ont une apparence humaine et des droits civils. Quelqu’un commence à assassiner les robots les plus perfectionnés de la Terre ainsi que des personnes pro-robots, ce qui mène à une enquête dirigée par Gesicht, un inspecteur robot d’Europol. Par le biais de cette enquête et de l’intrigue, le lecteur va rencontrer les robots les plus perfectionnés de ce monde qui sont des cibles, va voyager au sein de plusieurs pays et va découvrir que toute l’affaire est peut-être lié à la 39e Guerre d’Asie à laquelle les sept robots en question ont plus ou moins participé d’une façon ou d’une autre…

Un thriller de science-fiction efficace aux thèmes multiples.
Pluto est, comme je l’ai dit, un thriller de science-fiction. Thriller parce que Gesicht doit contrecarrer les plans du mystérieux criminel qui élimine les robots et leurs alliés les uns après les autres. Le suspens est rondement mené grâce à un découpage efficace et très cinématographique. Science-fiction parce qu’on évolue dans un univers où les robots sont tellement perfectionnés qu’ils ressemblent aux humains sur un plan physique… et même mental, à quelques détails près. Ce qui permet d’aborder des grands thèmes propres à ce genre littéraire comme le développement de l’intelligence artificielle et la notion de conscience. En effet, les robots existent, possèdent une IA, copient les humains jusqu’à feindre de boire et de manger. À force de copier, ils imitent également les émotions au point d’arriver à les ressentir spontanément quand la situation s’y prête. Cela pose énormément de questions sur ce qui compose la vie comme la conscience. Certaines références y sont d’ailleurs très littéraires, on y retrouve les lois d’Asimov bien qu’elles ne soient pas citées comme telles. Il est par exemple impossible pour un robot de faire du mal à un humain… Quoi que ? Toujours est-il que, les robots appartenant totalement à notre société, ils doivent parfois affronter du racisme de la part d’autres humains et même si des lois les protègent, certains groupes extrémistes existent et veulent les réduire au statut d’esclave. C’était d’ailleurs une partie des motivations de la fameuse 39e Guerre d’Asie…

Le traitement des émotions est véritablement au cœur du récit. Malheureusement, je ne peux pas en parler dans le détail au risque de vous gâcher des éléments d’intrigue mais je peux par contre vous dire que j’ai trouvé l’approche intelligente, réussie et subtile. Je vous ai sélectionné deux extraits plutôt parlant, l’un du premier tome et l’un du troisième. Aucun ne divulgâche l’intrigue, rassurez-vous ! Comme on m’a fait remarquer que les éditeurs mangas aimaient bien qu’on mette des extraits visuels, je teste une première fois pour voir si ça vous intéresse. Évidemment, les droits de ces images appartiennent à Kana et sont utilisés ici dans le but d’agrémenter mes explications au sujet de l’œuvre. 

Le premier est une scène où Gesicht rend visite à l’épouse d’un policier robot décédé en service afin de lui apporter sa puce mémoire. Tout, dans l’attitude de Gesicht (lui-même robot !) à celle de son épouse rappelle finalement un échange qui pourrait très bien se dérouler dans une série policière contemporaine. Dans sa posture, on sent la peine ressentie par l’épouse et dans celle de Gesicht, le respect qu’il voue à une vie, même robotique.

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Le second est une discussion entre Astro et sa petite sœur qui est capable de ressentir les émotions des humains et qui les comprend très bien. La manière dont ils en parlent montre que les robots ne sont pas insensibles, loin de là ! Ils abordent juste les émotions d’une autre façon.

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Je l’ai signalé plus haut, l’intrigue de Pluto se déroule dans plusieurs endroits du monde. C’est la seconde œuvre d’Urasawa que je lis qui a un encrage très européen et, par extension, un trait réaliste qui représente bien les morphologies occidentales. Si je le précise, c’est parce que cela peut dépayser les lecteurices qui cherchent du manga typé japonais dans le trait et l’univers. Il n’y a rien de tout cela ici, hormis pour ce qui est lié directement à Astro vu que le petit robot vit au Japon et a été créé par un japonais.
Je dis une œuvre très européenne mais je devrais également parler d’une œuvre très américaine. Les causes de la 39e Guerre d’Asie rappelleront de manière très troublante notre histoire récente tout comme un certain ours en peluche semble être une métaphore d’un certain président. Les clins d’œil et les références sont nombreux et raviront les amateurices d’Histoire ! J’ai été impressionnée par cet aspect et ça m’a poussé à m’interroger.

Réflexion personnelle : l’interculturalité Europe – Japon.
Je n’ai pas pour ambition d’écrire un essai sur le sujet mais le hasard veut qu’un de mes étudiants prépare actuellement un TFE sur l’interculturalité entre l’Europe et le Japon, ce qui l’a poussé à s’intéresser à pas mal d’œuvres et moi à réfléchir également sur le sujet pour l’aider. Comme Pluto s’y prête, j’en profite pour partager ça avec vous.

J’ai l’impression qu’à l’instar de l’Égypte antique et de l’Angleterre victorienne (on en reparlera dans le détail ultérieurement), l’Europe moderne exerce une fascination sur plusieurs mangakas japonais au point d’en faire leur marque de fabrique, ce qui se remarque tout particulièrement chez Urasawa. Si vous avez d’autres exemples, d’ailleurs, n’hésitez pas à me les renseigner ! C’est interpellant car on a souvent l’impression que l’inspiration ne va que dans un sens : ici, en Europe (je parle surtout pour la France et la Belgique, je ne connais pas tous les milieux littéraires européens) je remarque une fascination de plus en plus présente pour le Japon qu’on retrouve beaucoup représenté dans les romans (il suffit de voir la collection Neko du Chat Noir, par exemple) mais aussi dans la bande-dessinée avec l’apparition du « manga français » (dessins typés nippons et format) ou, plus subtil, un trait « manga » dans un format BD européen classique. Preuve en est avec Pluto que cet intérêt va dans les deux sens et qu’on est vraiment dans un échange interculturel. Ça m’intéresserait de savoir à quel point les japonais/es sont fascinés (ou non) par notre culture ! Si vous avez des ouvrages qui en parlent, n’hésitez pas à me les renseigner aussi. 

Évidemment, je n’ai pas de chiffres précis à présenter et je n’ai pas lus tous les mangas qui existent (loin s’en faut !) donc ce paragraphe n’a aucune valeur scientifique. C’est simplement une réflexion personnelle qui vise à échanger sur le sujet si vous en ressentez l’envie. 

La conclusion de l’ombre :
Pluto est un thriller de science-fiction réalisé par Naoki Urasawa et Nagasaki Takashi, inspiré par l’histoire d’Astro Boy d’Ozamu Tezuka. Gesicht, un inspecteur robot, cherche à résoudre une série de crimes qui semble viser les robots les plus perfectionnés du monde et les personnes qui sont favorables à cette science robotique. L’enquête est presque un prétexte pour aborder des questions fondamentales qu’on retrouve régulièrement en science-fiction : l’intelligence artificielle, son développement, la frontière du vivant / conscience et l’importance des émotions. Le découpage précis, quasiment cinématographique, permet une gestion du suspens admirable. Cette œuvre riche de multiples références et clins d’œil à notre propre Histoire récente mérite vraiment le détour !

À l’ombre du Japon #35 { Blue Flag #8 ; Tokyo Revengers #11 ; Chobits #6 }

Ohayo minasan !
On se retrouve pour un nouvel épisode d’À l’ombre du Japon et je vous le dis tout de suite, ça ne va pas être tout rose. Vous le savez, je n’aime pas spécialement évoquer les romans / mangas que je n’ai pas aimé parce que je préfère me concentrer sur le positif. Le souci, c’est que j’ai parlé des séries concernées sur le blog en des termes élogieux et que les tomes concernés par le présent article (à l’exception de Chobits) ont provoqué un revirement sur les avis en question. Je me sens donc obligée de nuancer ce que j’ai pu écrire précédemment et c’est à travers ce billet que je vais m’y coller.

Attention, cela me semble logique mais je tiens à préciser que, comme j’évoque des suites, les avis qui suivent contiendront des éléments d’intrigue. Si vous poursuivez votre lecture, c’est à vos risques et périls !

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J’ai été assez élogieuse sur chacun des tomes de cette série qui parle d’homosexualité, de la façon dont on se découvre à l’adolescence, bref des thèmes qui m’intéressent et me tiennent à cœur. Je vous avais présenté le premier tome puis j’avais attendu d’avoir lu la totalité de la série pour vous proposer un article récapitulatif même si j’avais eu envie de parler du tome 7, qui ne faisait vraiment pas l’unanimité. Je me sentais comme un devoir de défendre cette série que j’aimais tellement. Bref, j’attendais beaucoup de la conclusion de la série et malheureusement, ça a été un échec pour moi.

Pour bien comprendre mon propos, vous devez savoir que le tome 8 se divise en deux parties sur la temporalité. La première reste au lycée et va régler les intrigues lancées durant les sept tomes antérieurs. La seconde, dans le dernier chapitre, se déroule quelques années plus tard à travers les yeux d’un personnage qu’on n’identifie pas tout de suite.

Concernant la première partie, plus j’avançais dans la lecture du tome et plus je trouvais les échanges entre les personnages assez artificiels. Que ce soit la manière dont Tôma et Futaba règlent leur différent, la façon dont Taichi s’y prend pour enfin parler en face à face à Tôma, rien ne sonne juste selon moi du coup j’ai eu l’impression d’une pseudo happy end forcée. Cela m’a profondément déçue même si, en y regardant bien, les prémices de cela se dessinaient déjà dans la mise en scène du tome 7. J’ai conscience que ce sentiment reste très personnel, j’ai lu des articles plutôt élogieux sur ces points donc c’est peut-être lié à ma propre sensibilité, à mon propre vécu. La sauce n’a tout simplement pas pris.

Concernant la deuxième partie, je dois avouer que deux choses m’ont posé problème. Déjà, le traitement de Masumi m’a vraiment heurtée. Durant tout le manga, elle est amoureuse de Futaba, ce qui sous-entend une attirance pour les femmes et permettait d’évoquer l’homosexualité féminine en plus de la masculine. Je regrettais un peu que ça soit secondaire dans l’intrigue tout en ayant conscience qu’on ne peut pas parler de tout au premier plan. Arrive alors ce chapitre final où on la retrouve… mariée avec un homme qui me donne surtout l’impression d’être un bouche trou, comme si Masumi était « revenue à la raison » (et je mets de gros guillemets). Je sais que, dans la vie, ce sont des choses qui arrivent aussi, que l’attirance sexuelle ou amoureuse n’est pas purement binaire et qu’on ne doit pas l’y réduire. Ce sont des choses auxquelles je crois fermement. Toutefois, la façon dont c’est présenté ne donne pas une très bonne image du personnage en plus d’aller à l’encontre de ce que souhaitait raconter le titre. Ou de ce que je pensais qu’il souhaitait raconter. Qu’elle choisisse cette voie ne me pose pas de soucis mais cela doit être amené, le lecteur a besoin de davantage d’informations pour comprendre son évolution et la rupture temporelle ne le permet pas. Cela semble donc véritablement arriver de nulle part. Sans compter le choix final de mettre en couple Tôma et Taichi qui n’est pas du tout préparé durant l’intrigue ou alors, mis en scène d’une façon trop subtile pour que je l’ai compris avant que ça arrive. Finalement, les sept premiers tomes de Blue Flag se concentrent presque sur des détails et il manque une énorme partie pour comprendre le chapitre final.

Je me rends compte que c’est ça, mon plus gros souci. Il se passe plusieurs années après les évènements principaux de Blue Flag et le dernier chapitre mais j’ai presque l’impression de ne pas avoir lu l’histoire qui amène à cela. Si le mangaka avait pris le temps de mieux préparer sa fin, peut-être que mon sentiment aurait été différent mais peut-être ne le lui a-t-on pas permis ? Je l’ignore. En tout cas, je suis très triste de ne pas avoir adhéré à la fin de cette série qui était un coup de cœur jusque là et qui m’avait fait ressentir beaucoup d’émotions positives.

D’autres avis : Les voyages de LyLes blablas de Tachan – vous ?

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À l’instar de Blue Flag, j’ai déjà parlé à plusieurs reprises de ce manga sur le blog. D’abord en vantant son premier tome prometteur puis en accrochant bien au concept sur plusieurs tomes avant d’être déçue par l’une ou l’autre transition que je trouvais trop longue ou peu intéressante. J’attendais qu’un arc s’achève pour vous proposer un article plus complet sauf que ça n’arrive toujours pas vraiment là où j’en suis. Le tome 10 relevait clairement le niveau mais le 11 dont il est ici question m’a laissé un sentiment de lassitude.

Je me rends compte que je ne suis plus du tout intéressée par cette histoire. Et c’est triste parce qu’il y a plein de bonnes idées, malheureusement l’auteur s’éloigne du noyau dur posé au début et qui avait su me séduire (avec Mickey, Draken, Takemichi) au point que des personnages emblématiques sont totalement absents pour être remplacés par d’autres, qui manquent de profondeur.

Je pense donc arrêter la série. Ce qui a contribué à ma décision c’est d’apprendre que la saga comptait déjà une vingtaine de tomes au Japon et qu’on était loin de la fin. Si je trouve déjà des longueurs maintenant, je n’ose pas imaginer par la suite. Peut-être que le mangaka va se remettre sur les rails, hélas j’ai décidé de ne plus m’acharner sur des séries qui ne sont pas de qualité constante et Tokyo Revengers avait déjà eu droit à sa seconde chance sur des tomes précédents. Il y a trop de titres à lire pour que je puisse me le permettre. Dommage !

D’autres avis : Les blablas de Tachan – vous ?

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Après ces deux lectures mitigées, j’avais presque peur de me lancer dans la lecture de Chobits en me demandant si j’allais aussi être déçue par cette série -ce que j’aurais encore plus mal vécu. Ne dit on pas « jamais deux sans trois » ? Heureusement, CLAMP se confirme comme une valeur sûre dans le milieu du manga !

Ce tome met davantage l’accent sur la relation entre les humains puisque le Patron a enfin l’occasion de s’expliquer avec Yumi sur sa relation passée avec un ordinateur. En effet, pour rappel, Yumi a travaillé à la pâtisserie avant Chii et est tombée amoureuse de son gérant, avant d’apprendre que ce dernier avait épousé son PC et que le PC en question portait le même prénom qu’elle. L’explication sortie de son contexte parait effarante mais dans le prisme du manga, on comprend que le sujet est abordé pour offrir une forme de réflexion sur l’amour mais aussi sur la conscience et sur ce qu’on peut qualifier de « vivant ».

C’est aussi l’occasion de revenir un peu sur Minoru et son propre pc qu’il a construit à l’image de sa défunte sœur. Il l’a donc programmée pour être comme elle mais certains actes du PC posent question et laissent planer un doute sur la conscience développée par ces machines. La tension narrative reste à son comble et on se demande vraiment comment tout cela va se terminer.

Moderne et passionnant, voilà un manga que je ne regrette pas d’avoir découvert dans sa version papier. Il reste deux tomes avant la fin et je me réjouis de les lire pour vous proposer ensuite un article plus complet !

D’autres avis : pas que je sache !

Et voilà c’est déjà terminé ! J’espère que mes avis négatifs n’ont pas été trop désagréables à lire et que vous comprenez pour quelle raison je me sentais comme un devoir de rectifier ce que j’avais pu dire précédemment au sujet de ces séries. On se retrouve bientôt pour un épisode un peu plus positif !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #34 { Comme sur un nuage #2 ; Nos temps contraires #3 }

Ohayô minasan !

Nouvel article manga consacré cette fois-ci à deux nouveautés chez l’éditeur Akata dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler sur le blog. J’aime beaucoup leur engagement à promouvoir la diversité et ces deux séries sont des réussites pour moi, si bien que j’attends toujours le tome suivant avec impatience. Allons un peu plus dans le détail…

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On retrouve deux grandes parties au sein de ce volume. La première concerne l’amitié qui lie Sanada et Ayumi depuis l’école primaire. Noshiro comprend que la jeune fille voue à Sanada des sentiments qui semblent amoureux et essaie de les rapprocher, alors même qu’il sait que Sanada préfère les hommes ! Cela donnera lieu à des questionnements sur la nature de l’amour, sur le fait d’aimer ses amis et la différence entre amour et amitié. Est-ce vraiment si éloigné ? On sent beaucoup de maladresse dans le personnage de Noshiro qui essaie de bien faire, se démenant pour que tout le monde soit heureux. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions…

La seconde partie est consacrée à l’arrivée d’un nouveau protagoniste qui m’a vraiment gonflé : Makoto Morinaga. Il est également au lycée mais semble plus jeune d’un an ou deux que Noshiro, Sanada et Ayumi. Il est tombé amoureux de Noshiro en trois secondes à tout péter après que ce dernier ait performé lors d’une course relais. Depuis, il ne l’a plus lâché. Suite à un qui pro quo, Makoto est persuadé que Noshiro est homosexuel et donc qu’il a toutes ses chances avec lui ! Le flou va durer longtemps et c’est finalement Sanada qui va devoir régler la situation en mettant un peu de plomb dans la tête de ces deux andouilles.

Si j’ai retrouvé la bienveillance et l’intelligence dans le traitement des thématiques autour de la sexualité, ce nouveau personnage ne m’a pas vraiment convaincue et même plutôt refroidie. Comme la série s’achève au prochain tome, je vais tout de même l’acheter pour découvrir le dénouement mais je me demande un peu ce que ça va donner, vu la direction prise à la fin…

D’autres avis : Les blablas de Tachan – vous ?

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Encore un tome bourré d’émotions et de retournements de situation ! Comme le laisse penser la couverture, ce volume va davantage parler de Caesar et de Louis, du couple qu’ils forment, de comment ils en sont arrivés là et des conséquences que ça a sur leurs vies. Les deux néotènes souffrent et ne se comprennent décidément pas, ce qui va mener à des situations très problématiques, autant pour eux que pour Tara et Arata, leurs amis d’enfance.

Mais outre ces éléments, Gin Toriko va cette fois-ci évoquer un nouveau thème en lien avec la maladie de Daphnée, à savoir la pédophilie. On met ici en scène une déviance où la victime est manipulée puis punie par le système au contraire de son agresseur, ce qui révolte Tara et souligne un peu plus les disparités présentes dans cette société qu’on pourrait presque croire idéale au premier abord. La présence plus forte du personnage de Louis permet de le rappeler puisque, cynique et désenchanté, il met le doigt sur l’aspect plus sombre de cette vie dont il est déjà fatigué.

J’ai ressenti beaucoup d’émotions lors de ma lecture et un criant sentiment d’injustice mêlé à une bonne dose de frustration. C’est, finalement, la marque d’un bon manga puisque je me suis impliquée émotionnellement avec les personnages. Je suis très curieuse de découvrir la suite !

D’autres avis : Les blablas de Tachan – vous ?

Et voilà, c’est déjà terminé pour aujourd’hui ! J’espère que je vous ai donné envie de découvrir / continuer ces deux séries ou, en tout cas, de vous pencher sur le catalogue de l’éditeur. On se retrouve très bientôt pour parler d’autres suites.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)