À l’ombre du Japon #47 : { Shangri-La Frontier & Goodnight World, deux manières d’aborder le jeu-vidéo en manga }

Ohayô minasan !

L’histoire est longue entre le manga et le jeu-vidéo. On ne compte plus les adaptations au format papier ou animé (No Game No Life, Sword Art Online, la Gameuse et son chat, Je suis un assassin et je surpasse le héros, Overlord, etc etc etc.) avec des univers qui ne font parfois qu’évoquer le jeu-vidéo ou qui se déroulent dans un univers aux codes semblables à ceux d’un jeu, avec un système de point de vie, de compétence, de classe et autre.

Étant passionnée de manga ET de jeu-vidéo, j’ai découvert un certain nombre de ces séries et j’ai rarement été au bout, vite lassée par des concepts qui tournent en rond. Pourtant, rarement un premier tome m’aura autant enthousiasmé que pour les deux séries dont il est ici question. Et, comme vous allez le voir, la manière de présenter le jeu-vidéo diffère assez fort d’une à l’autre…

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Dans Shangri-La Frontier, on rencontre Sunraku, un jeune homme passionné par le jeu-vidéo et plus spécifiquement par les jeux très mauvais qu’on appelle les bouses : ceux qui sont truffés de bugs ou que tout le monde déteste parce qu’ils ont été mal codés, que les quêtes sont impossibles, bref vous voyez le genre… Sunraku aime le défi que ça représente. Au début du manga, pourtant, il décide de faire une pause dans les bouses et de se mettre à un MMORPG très en vue, Shangri-La Frontier…

L’avantage dans ce titre, c’est que Sunraku commence le jeu au début. Il est donc très facile pour un novice de comprendre en quoi il consiste ainsi que les différents systèmes d’évolution, de quête, les secrets du jeu… Parce qu’on suit tout en même temps que le protagoniste principal. L’immersion est totale et plutôt réussie car Sunraku a un esprit d’analyse qui permet d’éviter les inutiles scènes d’exposition et de découvrir ces éléments au fur et à mesure de l’aventure, quand il s’y confronte en tant que joueur. C’est assez rare dans ce type de manga.

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Si on suit un nouveau joueur dans Shangri-La Frontier, c’est tout le contraire dans Goodnight World ! Taichirô est un hikikomori -bien que le terme ne soit pas utilisé dans le manga, il en a toutes les caractéristiques. Ce jeune homme est enfermé dans sa chambre toute la journée à jouer à Planet avec les trois autres membres de sa guilde. Il y joue depuis plusieurs années au point de développer une véritable vie sociale au sein du jeu. Dans ce titre, les scènes IRL s’alternent avec les scènes virtuelles et le lecteur comprend rapidement que Taichirô déteste sa famille, probablement en raison d’un drame dont il porte la responsabilité (du moins c’est ce qu’il sous-entend).

Une intention qui diffère…
Si dans Shangri-La Frontier, l’intention première semble être de proposer un divertissement d’aventure en mettant en avant des gamers qui cherchent à progresser dans un jeu et à en découvrir ses secrets. La majorité de l’action se passe à l’intérieur du jeu si bien qu’il en deviendrait presque un prétexte pour développer un univers de fantasy un peu fun. Avec Goodnight World, on part sur totalement autre chose puisque l’auteur semble plutôt questionner le rapport au réel dans nos relations familiales et amicales sans pour autant tomber dans le binaire. La quatrième de couverture l’annonce d’ailleurs bien : un manga d’action complexe qui questionne sur les univers virtuels. Retenons les termes complexe et questionne, pas juge… Ce titre se veut incontestablement davantage ancré dans le réel.

…mais une technologie semblable.
La technologie de réalité virtuelle évolue chaque jour et j’ai déjà eu l’occasion de tester certains dispositifs plutôt… perturbants dans l’ensemble. Que ce soit dans Shangri-La Frontier ou dans Goodnight World, les joueurs utilisent de simples lunettes posées sur leurs yeux qui permettent d’entrer dans le jeu de manière littérale. Tout s’y déroule alors comme dans la réalité. Dans le premier cas, il s’agit plutôt d’une astuce de mise en scène pour ne pas se prendre trop la tête. Dans le second, par contre, ces lunettes ont une véritable importance puisqu’un problème dans le jeu va faire dysfonctionner une paire et provoquer des blessures chez l’un des personnages de la guilde. De plus, elles symbolisent véritablement le passage d’un monde à l’autre, c’est un objet clé dans les difficultés sociales rencontrées par Taichirô qui se dépêchera toujours de les remettre pour échapper aux soucis du quotidien auxquels il est confronté.

La conclusion de l’ombre : 
Malgré leur thématique centrale commune, Shangri-La Frontier et Goodnight World sont des mangas totalement différents adressés à deux publics différents. Le premier ravira les fans d’univers fantasy et de jeu-vidéo en mode hardcore gaming en plus de faire rêver à la perspective de pouvoir, un jour, accéder à un tel jeu. L’accent est clairement mis sur la découverte du monde et l’aventure. Le second séduira les personnes en recherche d’un titre plus axé sur des thématiques psycho-sociales et sur la manière dont le jeu peut (ou non) influencer la sociabilité. Les deux n’en sont pas moins prometteurs et je me réjouis de lire la suite pour savoir si mon sentiment se confirme ou non !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

Informations éditoriales :
Shangri-La Frontier. Scénariste : Katarina. Dessin : Ryosuke Fuji. Éditeur v.f. : Glénat
Statut : en cours, nombre de tomes inconnu.
Goodnight World . Dessin et scénario : Okabe Uru. Éditeur v.f. : Akata
Statut : en cours de publication, série finie en 5 tomes.

À l’ombre du Japon #46 : { Je m’instruis sur l’histoire du manga moderne ! }

Ohayô minasan !

En discutant avec mes étudiants qui souhaitaient un cours dédié au manga pour apprendre à connaître ce genre (ce sont des adultes, parents pour la plupart, pas forcément des consommateurs de mangas à l’exception de deux élèves, iels sont donc curieux.ses de comprendre), je me suis rendue compte que je ne possédais pas énormément de connaissances sur l’histoire de ce format que j’adore pourtant. Je me suis donc rendue chez Kazabulles et j’ai demandé conseil d’un ouvrage de référence. C’est ainsi que j’en suis venue à lire Histoire(s) du manga moderne (1952 – 2020) de Matthieu Pinon et Laurent Lefebvre chez Ynnis Editions.

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J’ai trouvé leur travail passionnant et bien documenté, raison pour laquelle j’ai eu envie de lui consacrer un article sur le blog.

L’ouvrage contient plusieurs parties. La première est une introduction à l’histoire du Japon, de sa politique, des grands moments historiques avant le 20e siècle afin de poser le contexte. On arrive ensuite dans le vif du sujet où 69 pages doubles sont consacrées à la présentation de mangakas, chacun illustrant une année, ce qui est prétexte à l’ajout d’un contexte historique, social, politique et culturel plus poussé sur la page de droite alors que celle de gauche se consacre à l’œuvre du ou de la mangaka en question. C’est donc un ouvrage historique plutôt bien documenté qui m’a fait découvrir des auteur.ices que je ne connaissais pas ou que de nom mais qui m’a aussi donné une nouvelle perspective pour celles et ceux que je connaissais déjà.

À ce stade, j’ai une petite remarque. Je sais qu’il n’était pas possible d’inclure tous les mangakas et je trouve les choix réalisés plutôt excellents dans l’ensemble. Toutefois, j’ai été surprise de ne pas trouver de page dédiée à Kishimoto (Naruto), Kubo (Bleach) ou même Mashima (Fairy Tail) vu l’influence qu’ont eu ces auteurs sur la scène manga, du moins j’en avais le sentiment. Je me serais contentée d’une page double, comme ça a été le cas pour Yana Toboso qui partage sa page avec Natsumi Aida (un scan-dale, Yana Toboso mérite une pleine page voyons ! Mais au moins est-elle là, j’en ai été ravie).

Autre remarque, certaines personnes pourraient regretter qu’il y ait plus de mangakas masculins plutôt que féminins qui sont représentés mais j’ai trouvé que les auteurs équilibraient bien les choses en parlant des figurines féminines importantes dans l’histoire de ce format. Ce n’est pas de leur faute s’il s’agit d’un milieu très masculin, au départ…

Une fois ce premier tour d’horizon effectué, une première conclusion précède des pages thématiques qui rassemblent les mangas non plus par auteur.ice mais par contenu : les mangas qui parlent de mangaka, de sport, d’humour, de robot, d’otaku, de boy’s love, vie de quartier, cuisine, esprit de combat, fin du Japon… J’ai bien aimé cette idée d’autant qu’ils précisent si les mangas sont ou non en arrêt de commercialisation sur le marché français. C’est très chouette d’alterner les formes de présentation comme ça.

L’ouvrage continue en interrogeant des éditeurs et des libraires sur le marché du manga en France. C’est la partie que j’ai trouvé la plus riche car elle nous en apprend beaucoup sur la manière dont une série se négocie mais aussi comment la relation entre les éditeurs français et japonais a évolué au fil du temps ou encore le rapport qu’ont les mangakas avec leur traduction chez nous.

Du côté des libraires, le livre évoque la question de la scantrad (les bénévoles qui traduisent les chapitres qui sortent au Japon et permettent leur lecture gratuitement par le plus grand nombre) et du fait que l’expansion d’Internet a complètement réécrit les règles du marché du manga, si bien que les éditeurs (japonais comme français) doivent s’adapter pour survivre et réfléchir à un nouveau modèle économique. Modèle qu’ils n’ont pas encore trouvé, d’ailleurs, car le point sur la situation actuelle des magazines de prépublication est affolant, surtout quand on compare à leur âge d’or…

Le débat est lancé ! L’un des libraires dit clairement que les gens qui veulent uniquement du contenu gratuit ne se rendent pas compte des conséquences de leurs actes puisque c’est retirer le pain de la bouche des créateur.ices. La problématique existe d’ailleurs également en roman et dans le milieu de l’édition de manière générale. C’est important d’y réfléchir et de questionner nos habitudes de lecture pour permettre aux artistes de continuer à exercer leur métier, de préférence dans de bonnes conditions. Plus d’une fois, l’ouvrage témoigne en effet des conditions de vie des mangakas et plusieurs d’entre eux sont décédés de surmenage… C’est glaçant.

Bref, Histoire(s) du manga moderne ne se contente pas de compiler des portraits de mangaka fameux.ses, les deux auteurs ont réalisé un travail de recherche impressionnant qui fait de cet ouvrage un texte de référence pour toute personne passionnée par le manga, par l’histoire du Japon et par les questions éditoriales modernes. Je n’ai rien trouvé de vraiment négatif, pas même le prix de 29.90 euros qui pourrait freiner certain.es mais vu la qualité du papier, le contenu couleur et l’épaisseur du volume, je trouve qu’Ynnis s’efforce de rester accessible à toutes les bourses.

Bref, si ces thèmes vous intéressent, n’attendez plus pour acquérir cet ouvrage.

À l’ombre du Japon #45 : { Je (re)lis Tokyo Ghoul (et j’aurais du m’abstenir) – arc final }

Ohayô minasan !

Cinquième article sur le manga Tokyo Ghoul dont j’ai entrepris la relecture après en avoir eu envie pendant un moment. J’avais lu ce manga il y a quelques années, au moment de sa sortie je pense, et j’en gardais un excellent souvenir plus qu’enthousiaste. J’étais donc curieuse de savoir comment j’allais appréhender cette œuvre aujourd’hui… Et force est de constater que les trois derniers tomes n’ont vraiment pas été à la hauteur ni de ma mémoire, ni de mes attentes.

On en est où ?
(Re lire mes articles sur : Arc introductifArc du GourmetArc d’AogiriArc du Dr Kano )
Ken retourne à l’Antique pour poser ses questions au patron et comprendre qui est la mystérieuse Chouette à l’œil écarlate. Dans la foulée, il se confronte à Touka qui le remet à sa place en pointant le fait que personne ne lui a jamais demandé de se sacrifier pour qui que ce soit et qu’il agit comme un petit égoïste. Chamboulé par cette accusation, Ken décide de reprendre sa vie comme avant en tant que serveur de l’Antique. Pas de chance, le CCG est persuadé que la Chouette s’y cache et monte donc une opération d’envergure pour la débusquer. Le combat final arrive !

Comment gâcher un personnage prometteur.
Le premier gros reproche que j’ai à adresser à Sui Ishida c’est la façon dont il a bousillé le potentiel de son personnage principal. Après tout ce qui lui est arrivé et tout ce qu’il a entrepris pour atteindre son objectif (à savoir sauver ses amis), Ken abandonne tout en une page, le temps de se prendre une droite de Touka qui souligne que tous ses actes sont purement égoïstes puisqu’il agit ainsi uniquement pour ne pas se retrouver seul. Cela donne lieu à un court flashback où Ken se rend compte que oui, s’il veut sauver la vie de ses amis, c’est parce qu’il ne veut plus jamais souffrir de la solitude et qu’il devrait plutôt profiter d’eux tant qu’ils sont là.
Mais…
QUOI ?!
Je veux dire, déjà, vouloir sauver ses amis n’a rien de mal et reste un peu la base de tout manga shônen qui se respecte où on met toujours en avant l’importance de l’amitié (et même si j’ai du mal à le comprendre, Tokyo Ghoul est classé et vendu comme un shônen). Là où c’est problématique, c’est quand tu prends les décisions à leur place et que tu te tourmentes alors qu’iels n’ont rien demandé. Sur cet aspect, je rejoins volontiers Touka sauf qu’en théorie, la détermination du héros doit quand même se révéler plus forte que ça et si elle ne l’était pas, comment se fait-il que personne n’ait pu lui ouvrir les yeux avant ? Sans compter que le fait de ne pas vouloir se retrouver seul est presque présenté comme quelque chose de négatif alors que c’est humain, de souhaiter être entouré, protéger celleux qu’on aime…

Le pire n’est pas là… Je l’ai dit, le CCG lance un assaut final sur le café l’Antique qui pousse le patron et deux autres employés à se « sacrifier » afin de sauver les autres goules. Évidemment, pile au moment où Ken décide de retourner y travailler… Et plutôt que de respecter le choix de ces trois goules qui ont de bonnes raisons d’agir ainsi, il va foutre leur plan en l’air en se mêlant de la situation, pour un résultat final lamentable et un combat « au sommet » contre le meilleur inspecteur du CCG, Kisho Arima, dont on entend tout le temps parler mais qu’on ne voit jamais ou presque. Un combat réglé en deux coups de cuiller à pot (je n’exagère pas, c’est extrêmement court) et assez ridicule dans la manière dont Ken agonise.

Tout ça… pour ça ?

Parce que oui, Ken meurt ! Enfin… Celui qu’on connait, du moins. Il est présent dans Tokyo Ghoul RE: mais pas en tant que Ken Kaneki. C’est commode de perdre la mémoire parce que Mr Arima lui a fait un gros trou dans la tête, mh ? Littéralement. Son quinque lui a percé le cerveau et je suppose que les pouvoirs de régénération exceptionnels de Lize lui ont permis de s’en tirer, avec quelques séquelles mémorielles. Comme c’est pratiiiiiique. Et puisqu’il a été humain, fruit d’une expérience contre son gré, il rejoint une unité particulière au sein du CCG, composée de sujets d’expérimentation qui luttent contre les goules. Pas de chance, il va retrouver la mémoire au bout de plusieurs tomes… Et ne pas trop apprécier le lavage de cerveau.

À l’époque, fan absolue, j’ai lu Tokyo Ghoul :RE jusqu’au volume 9 puis j’avais arrêté parce que je trouvais que ça tournait en rond et je n’appréciais pas du tout la nouvelle personnalité de Ken, Sasaki. En relisant la série de base, j’avais pour projet de laisser une autre chance à cette suite et voir si ça valait la peine que j’achète les tomes suivants. Comme vous vous en doutez, mes projets ont changé et j’ai été me divulgâcher la fin pour voir si ça valait la peine de continuer.

Je vous le dis tout de suite : non. Je ne vais pas davantage en révéler mais selon moi, autant mettre son temps et son argent dans d’autres séries.

La notion de fin n’est pas la même pour tout le monde…
Peut-on vraiment parler de fin quand rien n’est résolu ? Il reste des centaines de question sans réponse lorsqu’on referme le quatorzième tome de Tokyo Ghoul. On ignore par exemple ce que devient Aogiri. On nous montre qui est en réalité responsable de l’agression de Lize et Ken du début de la série (et donc un peu à l’origine de tout ou presque) sauf qu’on n’explique pas du tout pourquoi. On ignore ce que deviennent les deux Chouettes, ce que sont devenus Touka, Nishiki, Shu, Hinami et tout un tas d’autres personnages qui n’ont pas participé à ce combat final alors qu’ils ont été présents depuis le début. Je suis désolée mais à mon sens, il ne s’agit pas d’une fin acceptable. J’ai le sentiment qu’on a obligé Sui Ishida à conclure trop vite ou que lui en avait assez, allez savoir. Le truc c’est qu’il y a une suite, en réalité, sous un autre titre… Donc si on l’a contraint à arrêter, pourquoi publier la suite ? C’est un grand mystère.

La suite, donc, le fameux Tokyo Ghoul :RE. Mais là aussi, quel intérêt de modifier le titre alors qu’il s’agit simplement de la suite directe ? Avec le même personnage principal, en plus ? Certes, amnésique une partie du temps… et alors ? Est-ce que ça justifiait une nouvelle série ? Surtout vu la manière dont cette nouvelle série se termine. On pourrait dire que plusieurs mois s’écoulent, ce qui justifierait cela mais ça a déjà été le cas après l’arc d’Aogiri donc la question demeure entière. Pour moi, Tokyo Ghoul aurait du continuer et compter trente tomes en tout au lieu de 14 d’un côté et 16 de l’autre. Il s’agit peut-être aussi d’un coup marketing pour contrer l’effet repoussoir qu’une série longue peut avoir sur certain.es lecteur.ices ? Si c’est le cas, ça ne vaut pas mieux que les maisons d’édition qui ne numérotent pas les romans pour sortir une saga déguisée…

Mon ressenti final.
Dire que je suis déçue tient de l’euphémisme, au point que j’enfreins ma règle de ne pas écrire sur ce qui me déplait. Le souci c’est qu’ayant entamé une relecture détaillée dans plusieurs articles, je ne pouvais décemment pas rester sans achever cette aventure en vous expliquant ce qui ne va pas, à mon sens, dans ce manga.
Peut-être que dans la version animée, ces défauts sont moins dérangeants. Je ne le sais pas, je n’ai pas regardé l’animé et je ne compte pas le faire. Dans la version papier, je peux dire que l’auteur s’est une fois de plus foiré sur les combats qui paraissent brouillons et sur sa mise en scène de manière générale. Je suis frustrée et presque en colère quand je vois le matériel de qualité que Sui Ishida avait entre les mains, les perspectives alléchantes, les bonnes idées, tout ça… Pour ça ? Vraiment ? J’ai presque envie de me remettre à écrire de la fanfiction pour m’enlever cette fichue frustration de l’esprit.

Relire une œuvre qu’on aime, la fausse bonne idée ?
Finalement, cette expérience m’aura fait remettre les choses en perspective et me rend plus prudente aussi dans les conseils de lecture que je peux donner. En effet, depuis plusieurs années, je classais Tokyo Ghoul dans le top 3 des meilleurs mangas de tous les temps… Il est clair aujourd’hui, si vous avez lu cet article en entier, que ce n’est plus le cas mais à quel moment exactement j’ai changé à ce point ? D’autant qu’en 2021, j’ai commencé à prendre le temps de relire des œuvres qui me plaisaient il y a quelques années. Ça a été un franc succès pour Tokyo Vice de Jake Adelstein tout comme pour le manga Black Butler avec lequel je me suis régalée tout au long des trente tomes déjà parus, sans une seule fausse note ou encore avec Im : Great Priest Imhotep qui a été un pur plaisir.

Alors pourquoi pas Tokyo Ghoul ? Je me suis posée la question, j’y ai réfléchi mais j’ignore vraiment ce qui a fait la différence. Peut-être qu’il y a cinq ou six ans je n’avais pas en main les cartes pour me rendre compte de toutes les maladresses narratives de l’auteur ? Que ma sensibilité à la mise en scène brouillonne n’était pas la même ? Il faut dire que j’ai énormément lu entre temps, non seulement du roman mais aussi du manga, chose que j’avais arrêté de faire pendant un temps sans trop savoir pour quelle raison. J’ai un peu le même souci avec la fantasy et la bit-lit : j’en ai tellement dévoré qu’à l’heure actuelle, il est très difficile de me faire aimer une œuvre de ce type parce que j’ai le sentiment que tout se ressemble, que j’ai déjà lu mieux, plus original. Vous voyez l’idée ? Je me dis qu’il doit y avoir des éléments de réponse au milieu de tout ça.

Pour conclure sur Tokyo Ghoul, il serait intéressant de voir si ces éléments problématiques ont été mieux gérés dans l’adaptation animée de l’œuvre toutefois je ne me sens pas la force de m’y confronter pour le moment. Cette question restera donc sans réponse, sauf si quelqu’un a déjà effectué l’expérience ! Et si c’est le cas, que la personne n’hésite pas à se manifester.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #44 : { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du Dr Kano) }

Ohayô minasan !

Quatrième article concernant ma relecture de ce manga. J’y allais à reculons puisque, comme je l’expliquais dans mon dernier billet, la fin du tome 8 ne m’avait pas trop plu, ni l’arc d’Aogiri de manière générale que je trouvais mal géré et mal scénarisé. Le début du tome 9 m’a d’ailleurs fait craindre le pire mais j’ai eu tort de m’inquiéter. Voyons pourquoi !

Attention, cet article concerne les tomes 9 à 11 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

Où en est-on ?
L’histoire reprend six mois après les évènements du tome 8. Ken, en compagnie de Shu, Hinami et Banjo continue d’enquêter sur le passé de Lize tout en cherchant le docteur Kano. En parallèle, Amon obtient une promotion au sein du CCG et reçoit son premier subordonné à former, qui n’est autre que la fille de Mado, son ancien chef !

Deux axes narratifs clairs.
Sui Ishida rattrape l’un des gros soucis de sa narration précédente en cessant de multiplier les points de vue pour se concentrer sur deux personnages : Ken et Amon. Tant mieux, ce sont deux protagonistes intéressants qui permettent d’être au cœur de l’intrigue puisque Ken est tout de même le personnage principal (en théorie) et qu’Amon met le lecteur en contact avec le CCG ainsi que d’autres membres de l’organisation, qu’on apprend petit à petit à connaître et pour qui, donc, on développe un intérêt, même minime. Ce ne sont plus seulement des noms ni des bulles de dialogues informatifs balancés vite fait pour justifier leur présence. Des personnalités se dessinent et c’est tant mieux.

Un point sur le Docteur Kano.
Je vous ai parlé de ce médecin dans le tout premier article. Souvenez-vous ! C’est lui qui décide de greffer l’un des organes de Lize à Ken, afin de lui sauver la vie. On pourrait croire qu’il s’agit d’un déplorable accident mais on apprend ici de manière certaine (il y avait antérieurement quelques soupçons) que ce praticien a agi en connaissance de cause et s’est même servi de Ken pour mener à bien une expérience. On découvre également que Lize est vivante et sert de vivier d’organes qui sont greffés à d’autres humains pour tenter de créer des hybrides. Ç’avait toujours été un projet du docteur, même quand il travaillait pour le CCG, et il avait été écarté à cause des problèmes éthiques d’une telle démarche. Cela ne l’a pas empêché d’exercer dans la clinique privée familiale où il avait toute latitude pour saisir des occasions comme celles-là.

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Ainsi, on comprend que Ken n’est pas le seul hybride à l’œil écarlate. Il y en a au moins deux autres qui sont des expériences réussies (parmi ce qui semble être des centaines d’échecs…) à savoir des jumelles qui, ironie du sort, sont orphelines justement suite à une attaque de goules. Ici, Sui Ishida commence à tisser des liens entre ses différents personnages secondaires puisque ces deux filles ont également côtoyé Juzo, un jeune inspecteur du CCG complètement dingue, probablement sociopathe (dans le meilleur des cas). Leur affrontement et la manière dont Juzo est développé dans cet arc sont bien mieux amenés que les révélations antérieures sur d’autres personnages et c’est tant mieux. Peut-être une affaire de gain d’expérience ?

Le thème de l’expérience scientifique pour améliorer les humains en vue justement de défendre l’humanité n’a rien de nouveau et pose des questions aussi éthiques que philosophiques puisque Kano créé « des monstres » qui ne sont plus humains mais sont supposés les protéger quand même… Il me semble d’ailleurs que ce thème sera développé davantage dans Tokyo Ghoul : RE, de mémoire. On est ici en plein dans le transhumanisme avec tout ce que ça implique même si on ignore toujours d’où viennent les goules et depuis quand elles existent en tant qu’espèce en parallèle à l’humanité.

Ken, dans la tourmente.
Qu’a fait Ken durant ces six mois ? Il a enquêté mais pas que. Il a développé sa force en se nourrissant d’autres goules, toujours incapable de manger de la chair humaine là où celle de ses semblables parait un sacrifice acceptable. On l’apprend au détour d’une remarque de Shu, personnage dont on comprend difficilement les actes puisqu’un coup, c’est un vrai connard hautain et un autre, il s’improvise protecteur et parle de respect à ses ennemis. Je le cerne difficilement mais sa présence apporte réellement quelque chose au sein du groupe formé par Ken, ne fut-ce que sur un plan moral. On dirait que Ken veut l’avoir sous les yeux pour éviter justement de sombrer, ce qui ne fonctionne pas très bien…

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Parce que oui, manger de la chair d’autres goules et donc donner dans le vrai cannibalisme pur et dur n’est pas sans conséquence. Ken semble développer un trouble dissociatif de la personnalité quand il incarne le « scolopendre » (surnom donné par le CCG) et porte son masque. Il devient une personne différente, violente et très agressive, comme s’il laissait ses instincts prendre le dessus tout en essayant de les contrôler malgré tout du mieux qu’il peut. C’est intéressant parce qu’on sent qu’il essaie véritablement de rester « quelqu’un de bien » par tous les moyens. Sui Ishida illustre ici un combat pour ses valeurs face aux atrocités et aux difficultés du monde, soignant davantage l’aspect psychologique qu’il ne l’avait fait jusqu’ici.

Alors, mieux ou pas ?
Et bien oui, beaucoup mieux que l’arc d’Aogiri ! J’ignore si Sui Ishida a eu un accident de parcours mais les tomes 9 (passé les deux premiers chapitres) à 11 qui sont concernés par ce billet s’avèrent beaucoup plus intéressants à lire, mieux rythmés aussi (même s’il reste quelques longueurs) avec des affrontements intéressants et des révélations qui arrivent d’une façon plus harmonieuse. Je suis bien plus motivée à la perspective de (re)lire les trois derniers volumes que je ne l’étais à l’écriture de mon dernier billet.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #43 { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc d’Aogiri) }

Ohayô minasan !

Troisième article concernant ma relecture du manga Tokyo Ghoul qui va cette fois se concentrer sur les tomes 6, 7 et 8. Ces trois volumes couvrent l’arc que je vais appeler d’Aogiri, le huitième tome se terminant sur un changement radical au sein de l’intrigue. Je rappelle que ces articles contiennent des éléments de la dite intrigue pour appuyer mon propos.

Je vous rappelle les liens de mes articles pour les tomes 1 à 34 à 5.

On en est où ?
Après avoir échappé au Gourmet, Ken est enlevé par Aogiri, une organisation pro-goule dont le but est de dominer l’humanité. Au sein de cette organisation, il rencontre des goules qu’on a contraint de participer à tout ça et qui vont tenter de s’échapper. Malheureusement, la fuite tourne mal puisqu’ils sont découverts. Une goule d’un rang supérieur va alors proposer à Ken de se sacrifier pour permettre aux autres de s’enfuir, ce que Ken va évidemment accepter. C’est ainsi qu’il va terminer entre les mains du terrible Jason, qui va le torturer…

Jason, moteur de changement.
Jason est une goule baptisée en l’honneur du film vendredi 13 et qui est connue pour être d’une rare violence. Il a été enfermé dans la prison pour goules et été torturé par des humains jusqu’au jour où il a choisi de renverser le paradigme pour devenir lui-même un tortionnaire. Depuis, il s’en prend aux autres pour contrôler ses pulsions destructrices mais aussi parce qu’il considère que ça le rend plus fort. En tombant sur Ken, qui possède le kagune de Lize le rendant extrêmement résistant, il a trouvé un jouet à sa mesure puisqu’il peut donc le torturer longtemps, en alternant ces moments avec des instants calmes où il va le nourrir pour lui permettre de régénérer les parties du corps qu’il aura préalablement découpé.

Être torturé, surtout pendant une dizaine de jours, c’est quelque chose d’extrêmement violent et de formateur. Il est logique que ça ait un impact sur l’évolution du personnage principal. Le souci, c’est que j’ai trouvé cet aspect mal géré par l’auteur et j’en suis la première dépitée. Déjà, hormis une mention manuscrite, on ne ressent pas du tout le passage du temps. L’auteur choisit de montrer une première scène de torture et c’est tout. On ne sait pas vraiment quand elle se place dans la ligne temporelle, du coup on n’a pas un sentiment de répétition, ce qui amoindri considérablement son impact…

Ensuite, il y a une multiplication des points de vue et des « groupes » d’intervention, si bien qu’on ne se concentre pas assez sur Ken. En effet, le CCG lance un assaut là où Ken est détenu, puisqu’il s’agit du commissariat du 11e arrondissement tombé entre les mains des goules et qu’ils veulent récupérer. Le CCG affronte donc Aogiri pendant que les goules de l’Antique s’infiltrent au milieu de tout ça pour tenter de retrouver Ken. Au sein du CCG, trois ou quatre nouveaux personnages arrivent au milieu de l’ensemble, avec des chara-designs pas toujours très distincts, si bien qu’on les mélange et qu’on se fiche un peu de ce qui va leur arriver. Idem pour les goules d’Aogiri, dont les noms des « cadres » sont cités en insistant bien que ça provoque un effet de peur chez celleux qui en parlent sauf que cette peur, on ne la ressent pas du tout.

La mise en place maladroite empêche cet arc d’apporter ce qu’il est supposé. L’intrigue devrait ici gagner en puissance mais les changements que les évènements impliquent ne se ressentent pas du tout.

Et je ne vais même pas évoquer les retrouvailles entre Touka et son frère, qui donnent lieu à un autre flashback qui tombe lui aussi comme un cheveu sur la soupe au point que j’en ai eu un sentiment de remplissage… Ce qui m’énerve, parce que j’aimais beaucoup ces deux personnages dont il y avait moyen de faire quelque chose de mieux, à ce stade.

Selon ma sensibilité et mes goûts, l’auteur a effectué un mauvais choix en essayant de trop en dire trop vite au lieu d’exploiter un personnage principal prometteur. Je l’ai mentionné, la torture de Jason est montrée une seule fois, on sent la violence qu’elle implique mais on n’a pas le sentiment du temps qui passe si bien qu’on n’arrive pas à comprendre le point de rupture de Ken ni pourquoi ou comment il gagne autant en puissance (au sens force de frappe du terme). La métaphore autour de Lize paraît artificielle, de même que les souvenirs de son enfance qui tombent un peu comme un cheveu sur la soupe bien qu’ils expliquent son caractère initial. Ç’aurait du arriver bien plus tôt et revenir par petites touches en guise de rappel. Là, j’ai le sentiment que l’auteur s’est rendu compte qu’il avait oublié de dire plein de choses antérieurement et qu’il a voulu se rattraper pour que la suite ait du sens…

C’est très dommage parce que toutes les idées sont présentes pour écrire une bonne histoire mais, mal mises en scène, le souffle retombe assez vite. C’est d’autant plus vrai sur les dernières planches puisque Ken annonce qu’il ne va pas retourner à l’Antique. Il a des choses à faire, à découvrir par lui-même, et va donc aller ailleurs (où ? Suspens), accompagné par certains personnages mais en rejetant Touka, qui est quand même là pour lui depuis le début… Cette décision semble aussi sortir de nulle part, d’autant qu’il a à sa disposition plusieurs goules expérimentées et dotées d’un solide réseau d’informateurs.

Honnêtement, je n’ai pas le souvenir d’avoir eu ce sentiment lors de ma première lecture. Du coup, je me demande à quel point ma vision des choses a pu évoluer… Si la suite ne s’améliore pas, le quatrième article risque d’être le dernier et de reprendre les tomes 9 à 14 mais je verrais comment ça se présente.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #42 ; { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du Gourmet) }

Ohayô minasan !

Nouvel article sur le manga Tokyo Ghoul dont je continue la relecture. J’avais commencé à vous en parler avec les trois premiers tomes qui couvraient le prologue et le premier arc véritablement narratif. Ce billet sera consacré à l’arc du Gourmet, soit les tomes 4 et 5. Il contiendra donc des éléments d’intrigue.

Attention, cet article concerne les tomes 4 et 5 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

On en est où ?
Suite à ce qui est arrivé dans le tome 3, Ken espère pouvoir enfin souffler. C’est sans compter sur Shuu Tsukiyama alias le Gourmet, qui l’approche au café l’Antique. Conscient que sa réputation le précède, Shuu manipule Ken en se faisant passer pour une goule incomprise. Ken se laisse berner par les apparences. En effet, de prime abord, Shuu est un homme soigné, il porte de beaux vêtements, s’exprime correctement, partage avec Ken une passion pour la littérature… Le jeune homme accepte donc de passer une journée avec lui, durant laquelle ils vont faire du sport avant de se détendre dans un café littéraire où, parait-il, l’écrivain favori de Ken se rend de temps en temps.

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Si Ken accepte ce rendez-vous, c’est aussi dans l’espoir de pouvoir questionner le Gourmet sur un restaurant dédié aux goules pour le compte d’une amie de l’Antique qui a fait de l’information son métier. Elle sait des choses sur Lize, la goule dont Ken porte un organe, et sur ce qui serait plus probablement un assassinat qu’un malheureux accident. Ken, évidemment curieux d’en savoir plus, accepte d’exploiter l’intérêt que lui porte Shuu, sans se douter une seconde de ce qui va arriver…

Un restaurant pour goules… Ou le début de l’horreur.
C’est à ce moment-là que le manga gagne, selon moi, sa mention « pour public averti » très judicieusement ajoutée par Glénat sur la 4e de couverture puisqu’on atteint à ce stade un niveau de violence physique et psychologique supérieur aux trois tomes précédents. On y voyait aussi du sang, des combats, des membres tranchés et des goules décrire avec force de détails sordides leur façon de manger ou leurs parties du corps humain préférées. Toutefois, à partir du moment où Ken arrive dans ce restaurant, le/a lecteur.ice est confronté de plein fouet à ce que les goules ont de pire en eux. L’extrait ci-dessous est plutôt parlant…

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C’est intéressant que cela arrive à ce stade de l’intrigue et juste après le drame qui a frappé les Fueguchi. En tant que lecteur.ice, on se prenait de compassion pour les goules, on tenait forcément avec elleux face aux inspecteurs du CCG mais être confronté à l’horreur au sein de ce restaurant chamboule totalement les perspectives et oblige à plus de nuances. On se rend compte que, finalement, les goules sont très semblables aux humains, même sur un plan psychologique puisqu’il existe aussi des humains n’ayant aucune considération pour la vie et d’autres qui s’en inquiètent.

Il faut aussi savoir que Shuu emmène Ken là-bas non pas pour consommer mais pour servir de repas ! Il a eu l’occasion de sentir son sang et est persuadé que son statut d’hybride, déjà très rare, en fera un met de choix. Ken n’échappe à son funeste sort qu’à partir du moment où le Gourmet se rend compte qu’il n’a qu’un seul Œil Écarlate, comme la goule de la légende. Il va donc le libérer afin de… se le garder pour lui, évidemment.

Pour comprendre l’intérêt de mon propos suivant, je dois vous parler en quelques mots d’un personnage apparu précédemment : Nishiki Nishio. Il s’agit d’une des premières goules que Ken va rencontrer après sa transformation et il n’est pas très aimable de prime abord puisqu’il attaque Hide, l’ami de Ken, avant d’essayer de s’en prendre à Ken lui-même. Pas de chance, en utilisant le kagune de Lize, Ken va le battre sans difficultés et le blesser gravement… Ce personnage va revenir ici parce qu’il entretient une relation amoureuse avec Kimi, une humaine qui connait son identité de goule et l’accepte tel qu’il est.

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Cette relation parait incompréhensible aux yeux de Ken, qui se demande comment Kimi peut tolérer tous les risques que cela implique. De son côté, Nishiki est tellement blessé qu’il manque de s’attaquer à Kimi et la met hors de son appartement pour la préserver. Celle-ci se rend donc à l’Antique pour supplier Ken de chasser à la place de Nishiki, afin qu’il puisse retrouver ses forces. Malheureusement, quand le Gourmet va les voir ensemble, il va enlever Kimi et se servir d’elle pour attirer Ken dans un piège. Son grand fantasme à ce stade est de manger Ken pendant que lui-même mange Kimi… Ouais, je sais, quel homme sympathique !

Ainsi, l’arc du Gourmet est fascinant et important à deux niveaux : déjà, il permet de fréquenter directement une goule dans ce qu’elles ont de plus laid à montrer, de plus effrayant. Mais il permet aussi de montrer qu’il est possible pour goule et humain de vivre ensemble, à travers la relation qu’entretiennent Kimi et Nishiki. Ce dernier deviendra d’ailleurs serveur à l’Antique et ami de Ken.

Ainsi, cet arc me paraît fondamental pour ce qui arrivera ensuite tout en se révélant formateur pour le personnage de Ken. Le pauvre n’est pas sorti de l’auberge puisque, dans l’arc suivant, il va se confronter pour la première fois à Aogiri et c’est hélas là que tout va basculer pour lui…

J’ajoute que dans ces deux tomes, on trouve également un chapitre « hors série » sur le passé de Lize et qu’on retourne un peu auprès des colombes du CCG avec l’arrivée du remplaçant de Mado et la mise en place de ce qui ressemble à un plan de plus grande envergure pour reprendre le contrôle des différents districts. Mais ça, ce sera pour le prochain article !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #41 { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du prologue + le drame des Fueguchi) }

Ohayô minasan !

J’ai récemment entamé une nouvelle relecture, cette fois consacrée au manga Tokyo Ghoul qui m’avait fait forte impression il y a quelques années lorsque j’ai lu d’une traite les quatorze tomes de la série principale. Je n’hésite d’ailleurs jamais à le citer comme l’un de mes mangas favoris… Mais est-ce toujours le cas à l’heure actuelle ? Comment est-ce que je considère l’œuvre en 2021 ? Et de quoi ça parle, au fait, Tokyo Ghoul ? Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre dans cette nouvelle série d’articles, sur le même format que ma relecture de Black Butler, en évoquant les différents arcs narratifs qui parsèment le manga.

Attention, cet article concerne les tomes 1 à 3 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

De quoi ça parle ?
Ken Kaneki est mortellement blessé un soir et ne doit la vie qu’à la greffe de l’organe d’une goule effectuée par un médecin peu scrupuleux. Dans ce Tokyo alternatif, les goules vivent en parallèle des humains et leur existence est connue. Elles se nourrissent de chair humaine et sont traquées par le CCG. Avec un pied dans les deux mondes, Ken Kaneki va devoir mettre de côté ses préjugés pour apprendre à survivre…

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Premier arc : prologue.
Le prologue couvre les neuf premiers chapitres du manga qui servent à poser les bases de l’univers et des réflexions philosophico-morales qui vont le parcourir. En quelques mots, voici ce qu’il faut savoir : l’histoire se déroule à Tokyo, une capitale nippone divisée en une vingtaine de secteurs dans lesquels les goules se mêlent aux humains. Les goules existent depuis très longtemps, peut-être même depuis toujours ou du moins, c’est ce qu’il semble à première vue mais on dispose de peu d’informations à ce sujet, du moins à ce stade. Dans ce monde moderne, elles sont traquées par les inspecteurs du CCG (Centre de Contrôle des Goules) puisque certaines d’entre elles attaquent des humains pour s’en nourrir.

Une goule ressemble physiquement à un humain hormis sur les points suivants : en théorie, on nait goule, on ne le devient pas. Il s’agit donc d’une espèce à part avec ses propres règles et valeurs. Une goule ne se nourrit que de chair humaine, toute nourriture « normale » a un goût immonde, elle doit donc apprendre à le cacher pour se fondre dans la masse. Une goule est plus forte qu’un humain et plus résistante aussi, si bien qu’elle ne peut être blessée que par une autre goule. Une goule a des yeux rouges qui se manifestent notamment quand elle a faim. Et enfin, une goule possède un kagune, qui prend différentes formes en fonction du type de goule (ailé, blindé, écailleux et à queue). Ce kagune est une arme qui permet à la goule de se battre et de conquérir, par exemple, un territoire. Ou de se défendre.

Là, vous vous demandez peut-être comment s’y prennent les inspecteurs du CCG pour les tuer si on ne peut blesser une goule qu’avec une autre goule ? Et bien en s’emparant du kagune des goules pour le transformer en quinque, ce qui leur permet donc de les affronter et même de les battre. Et ainsi de récupérer de nouveaux kagunes…

Tous ces éléments sont découverts petit à petit par Ken qui, jusqu’ici, était un humain tout à fait normal qui pensait que les goules étaient toutes des prédatrices et donc que les éliminer relevait du bon sens. Recevoir l’un des organes de Lize (une goule qui a essayé de le manger, d’ailleurs) va changer la donne puisqu’il va développer un appétit pour la chair humaine ainsi qu’un kagune, tout en conservant ses valeurs morales. Il refusera pendant longtemps de se nourrir de chair humaine, ce qui apportera évidemment son lot de problème. Ses convictions et certitudes vont être mises à mal par sa rencontre avec des goules qui ne collent pas au stéréotype véhiculé dans les médias. Petit à petit, Ken va se rendre compte que les goules sont comme les humains. Certaines sont « gentilles » et d’autres sont de vraies sociopathes. Ainsi, le manga paraitra manichéen au départ mais les nuances arriveront petit à petit.

Deuxième arc : le drame des Fueguchi
Très tôt dans le manga, Ken va rencontrer Hinami et sa mère, qui sont des goules incapables de chasser. Elles se fournissent donc en viande au café l’Antique qui est un sanctuaire pour goules. De prime abord, Hinami et sa mère paraissent inoffensives et se cachent d’ailleurs des inspecteurs du CCG qui ont tué leur mari / père récemment. Impossible de ne pas compatir à leur histoire. Comme cette révélation intervient très tôt, on comprend vite qu’il existe différents styles de vie chez les goules et que peu importe celui qu’elles adoptent, elles seront quand même tuées à vue sans que les inspecteurs ne cherchent plus loin. Il faut dire qu’ils semblent victimes d’un gros bourrage de crâne…

Cette enquête va permettre au lecteur de changer de point de vue pour pénétrer au sein même du CCG afin d’y rencontrer les inspecteurs Amon et Mado. Le premier vient de sortir de l’Académie et est en binôme avec le second qui le forme sur le terrain. Mado est un personnage assez dérangeant et malsain qui est passionné par les quinques et n’a aucune considération pour la vie des goules. Il suffit de voir comment se déroule son affrontement avec Mme Fueguchi pour s’en convaincre… Amon est comme lui et ne remet rien en question, jusqu’à sa rencontre avec Ken qui va le pousser à s’interroger. La manière dont il se remet en question, lentement, par petites touches, apporte une crédibilité au personnage et un grand intérêt car on sent qu’au contraire de Mado, il y a une place pour une évolution chez Amon que je vois un peu comme le pendant « humain » de Ken Kaneki.

Cet arc se déroule du chapitre 10 au chapitre 29 (plus ou moins) et apporte de premières pistes réflexives sur la nature des goules, sur une cohabitation possible avec les humains (les goules de l’Antique se nourrissent par exemple des corps des personnes suicidées, ce qui ne fait pas de mal) mais aussi sur la notion de vengeance, une décision à laquelle Hinami se retrouvera confrontée. Ce sont des évènements denses et intenses qui s’enchaînent à un rythme maîtrisé, offrant ainsi un page-turner efficace. Notez d’ailleurs que tout ce dont je vous ai parlé jusqu’ici se passe sur seulement trois tomes ! Au quatrième, on change déjà d’arc narratif. Un article complet y sera consacré car il marque, je trouve, un gros tournant au sein du manga.

Ken Kaneki, un protagoniste principal enthousiasmant.
Outre le chara-design sublime et l’écriture soignée en terme non seulement d’intrigue mais aussi de réflexion, un des gros points forts du manga est Ken Kaneki, son protagoniste principal. On le rencontre alors qu’il est étudiant à l’université et se rend au café l’Antique (sans savoir qu’il s’agit d’un repaire de goules…) avec son ami Hide. Là-bas, il craque sur une fille, Lize, parce qu’elle lit un roman de son auteur préféré : Sen Takatsuki. Il s’agit d’un auteur fictif inventé dans la diégèse du manga (et qui aura son importance plus loin dans l’intrigue) mais Ken est, dans l’ensemble, un littéraire dans l’âme si bien que le texte est parsemé de citations et de références diverses à la littérature ou à la philosophie. Je pense que c’est un des points qui m’a le plus enthousiasmé au départ en tant que littéraire. D’autant que lors de ma première découverte du manga, j’étudiais moi-même cette matière…

Ken est un garçon avec des principes mais qui accepte de se remettre en question. Il est même curieux de comprendre, d’évoluer, il cherche donc à échanger avec des personnes dont le point de vue diverge du sien afin de l’intégrer dans sa réflexion. Le monde brutal des goules est à des années lumières de sa personnalité et il n’y aurait probablement pas survécu sans l’aide de Toka ou du patron de l’Antique, mais on reviendra là-dessus car évidemment, l’arc suivant amorce déjà un changement assez radical avec l’arrivée du Gourmet… On en reparlera dans un prochain article.

Et voilà, on arrive au bout de cette première mise en bouche sur le manga Tokyo Ghoul et ma relecture de celui-ci qui est, pour le moment, aussi enthousiasmante que ma première découverte ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, on se retrouve bientôt pour un billet sur les arcs suivants.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

{ À l’ombre du Japon #40 ; je (re)découvre Card Captor Sakura ! }

Ohayo mina !

Il y a quelques mois, j’ai eu envie de lire le manga Card Captor Sakura en version papier. Durant mon enfance, je regardais la version animée sur Club RTL et j’étais absolument fan. Je faisais de l’équitation à l’époque et on jouait avec les cravaches en imaginant qu’il s’agissait du sceptre de Clow, qu’on capturait des cartes… Vous voyez l’idée ! C’est le premier manga que j’ai profondément adoré, profondément aimé et beaucoup de beaux souvenirs d’amitié y sont reliés. Je me suis donc lancée dans cette aventure avec une pointe d’anxiété : et si je gâchais mes souvenirs ? C’est toujours délicat, de revenir à une œuvre qui nous a tellement marqué dans notre enfance, je trouve. Faisons le point !

Un peu d’histoire…
Card Captor Sakura est un manga qui a été prépublié entre 1996 (j’avais 3 ans !) et 2000 dans le magazine Nakayoshi (spécialisé en shojo). Il est issu du collectif CLAMP qui est un groupe de quatre mangakas féminines spécialisées dans le shojo même si elles se sont essayés, plus tard, à d’autres genres. Ce collectif est assez connu par chez nous grâce à Pika qui a récupéré les droits de leurs œuvres, comme Tsubasa Reservoir Chronicle, Magic Knight Rayeheart, xxxHOLIC ou encore Chobits, dont je vous ai parlé la semaine dernière.

Le manga raconte l’histoire de Sakura Kinomoto qui est dans sa dernière année de primaire quand elle ouvre par accident le livre de Clow, libérant des cartes magiques aux dangereux pouvoirs. Aidée par Kélo, le gardien du livre, elle va devoir toutes les rassembler !

Comme je vous aime bien, je vous mets le générique de l’animé en version remasterisée ET en français pour les nostalgiques. C’est cadeau.

Un shôjo magical girl plutôt classique.
Les premiers volumes sont assez répétitifs et se concentrent sur la recherche des cartes échappées, dans un enchainement de chapitres qui ont tous cet objectif. En plus, l’aspect pratique, c’est que les cartes sont toutes restées dans l’environnement immédiat de Sakura et se manifestent pile là où elle se trouve. Alala, ces coïncidences bienheureuses ! C’est un schéma narratif qui peut devenir lassant à la longue, surtout qu’il y a une petite vingtaine de cartes à récupérer et que, comme on est dans un shôjo gentillet, Sakura parvient toujours à s’en tirer grâce à la pureté de son cœur, la force de ses sentiments et / ou une astuce glissée l’air de rien par Kélo. Au bout du 6e volume plus ou moins, l’histoire prend un autre tournant avec l’arrivée d’un nouveau personnage mystérieux qui semble en vouloir à Sakura qui, de son côté, développe ses propres pouvoirs magiques. Ce personnage mystérieux semble lié au grand magicien Clow puisqu’il dégage une énergie semblable ! Que de mystères…

Je ne vais pas vous mentir : je pense que sans ma nostalgie, je n’aurais pas forcément poussé le titre jusqu’au bout. C’est joliment dessiné, très positif, ça déborde de beaux sentiments mais parfois, c’est un peu trop guimauve et évident à mon goût. Si vous cherchez quelque chose de beau qui donne le sourire, c’est parfait mais en tant qu’adulte blasée, ma suspension d’incrédulité en a pris un certain coup. De plus, les nœuds de l’intrigue sont assez grossiers. Le mystère que les autrices tentent de tisser ne tiennent jamais bien longtemps tant les réponses paraissent évidentes, en tout cas aux yeux d’un.e lecteur.ice confirmé.e. Toutefois, pour son public cible, je pense que le titre fait le job, comme on dit.

La question des relations trop tendancieuses dans Card Captor Sakura.
!! Attention, ça me semble évident mais cette partie contient des éléments d’intrigue, impossible de faire autrement pour accompagner ma réflexion !!
Quand on discute de cette œuvre, il y a deux écoles : les nostalgiques comme moi qui ont un souvenir d’enfance de l’animé et donc beaucoup de tendresse pour le titre, et les gens qui ont découvert l’histoire une fois adulte ou en tout cas ado, qui ont donc vu ce qu’en tant qu’enfant, on ne comprend pas. C’est déjà une réflexion que je m’étais faite vis à vis d’un autre titre du collectif CLAMP, à savoir Chobits. Est-ce que l’ambiguïté dans les relations (amoureuses) est quelque chose qu’on retrouve dans tous les manga de ces autrices ? Si quelqu’un a lu les autres, qu’iel n’hésite pas à me donner son avis !

Qu’est-ce que j’entends par « relations tendancieuses » ? Prenons l’exemple le plus connu : le professeur principal de la classe de Sakura entretient une relation que je juge anormale avec une de ses élèves (pour rappel, elles sont en primaire…). On voit que la fille en question est clairement amoureuse de lui (jusque là pourquoi pas, ça arrive de crusher sur un prof, même à son âge) sauf que lui a des gestes et des attitudes qui laissent entendre une certaine affection entre eux. Mais jusqu’où va-t-elle, cette affection ? Est-ce qu’il la voit plutôt comme sa fille ou comme une partenaire potentielle ? Ce n’est jamais très clair même si on le remarque parfois troublé par un regard appuyé de cette élève (c’est encore plus flagrant dans l’animé…) et cette ambiguïté est clairement le gros souci du manga parce que ça sous-entend qu’une relation de ce type est acceptable. Ou alors, il y a une subtilité que je ne saisis pas…

Autre exemple : la mère de Sakura s’est mariée avec son professeur alors qu’elle était encore au lycée, et Sakura elle-même a des sentiments envers le meilleur ami de son frère, qui est lycéen (on comprend plus tard qu’elle confondait l’amour romantique et l’amour au sens plus familial du terme, ça je veux bien surtout chez une aussi jeune fille). La manière dont les sentiments sont abordés dans ce manga me laisse assez perplexe parce qu’on a d’un côté des ambiguïtés aberrantes et de l’autre, une certaine modernité si on considère que le titre a vingt ans.

Parce que oui, heureusement, il y a aussi de belles choses au niveau émotionnel. Tomoyo, par exemple, la meilleure amie de Sakura, tient tellement à elle que j’ai l’impression qu’elle l’aime au sens romantique du terme. Plusieurs éléments le sous-entendent tout au long du titre et je trouve ça hyper positif de représenter l’homosexualité féminine dans un manga à destination d’un jeune public féminin, justement. C’est important. Seulement voilà, Tomoyo sait que Sakura l’adore, l’aime, mais comme une amie, rien de plus, donc elle s’efface totalement à son profit et dit à plusieurs reprises que quand on aime vraiment quelqu’un, voir cette personne heureuse suffit. Alors oui… et non. S’effacer, d’accord, mais je pense qu’il y a des limites pour que la relation reste saine. De plus, Tomoyo passe son temps à suivre Sakura dans toutes ses interventions magiques, à la filmer, lui confectionne des costumes pour qu’elle soit jolie devant la caméra… Elle est soit officiellement la meilleure amie du monde, soit une stalkeuse obsessionnelle. Une obsession génétique puisque la mère de Tomoyo se comportait de la même façon avec la mère de Sakura.

Autre exemple de relation à caractère homosexuel, cette fois entre le frère de Sakura (Toya) et son meilleur ami (Yukito). À nouveau, ce qualificatif n’est jamais posé mais on comprend qu’il y a davantage entre eux que de l’amour amical à mesure qu’on avance dans l’histoire. Ce que je trouve très bien aussi, d’autant qu’on est presque sur une relation saine ici. Je dis presque parce que Yukito abrite quand même Yué dans son corps et n’existe pas vraiment en dehors de cette incarnation, il n’a d’ailleurs pas les souvenirs de Yué alors que l’inverse n’est pas vraie. M’enfin, Toya (le frère de Sakura) est tout à fait au courant et semble s’en accommoder sans soucis.

Finalement, le seul amour relativement sain dans ce manga, c’est celui entre Sakura et Shaolan qui se développe dans les deux derniers chapitres du manga (après une avalaaaaanche de quiproquo divers et variés) et j’admets que c’est plutôt mignon. Le souci c’est qu’à aucun moment je n’avais l’impression d’être face à une fille de primaire, que ce soit dans ses interactions sociales ou dans sa manière de se battre, d’affronter les épreuves. Pour moi, elle était au minimum à la fin du collège, rien qu’en me basant sur ses réflexions parfois trop matures sur les sentiments et le fait que le couple, l’amour, semble avoir une telle importance. Personnellement, en primaire, je me préoccupais surtout de jouer avec mes copines dans la cour de récré mais je suis peut-être une exception ?

Et donc, recommandable ou pas ?
Je pense qu’il est très intéressant de lire Card Captor Sakura comme un classique du genre magical girl et donc en le replaçant dans son contexte. Après tout, le manga a plus de vingt ans et bien des choses ont changé depuis, que ce soit dans nos sociétés ou même au Japon. Je me demande d’ailleurs ce que donne la suite, intitulée Clear Card, commencée bien plus récemment. Je compte la lire pour effectuer un comparatif. Toutefois, cela n’excuse pas l’ambiguïté de certaines relations décrites dans le manga, surtout celle avec le professeur.
Le manga fait partie de ces titres fondateurs d’un genre et importants dans l’histoire de ce média, donc culturellement parlant, c’est déjà un bel apport.
Il faut également garder à l’esprit qu’il s’agit d’un shôjo destiné à des enfants / préadolescentes avant tout. Cela implique que l’intrigue reste assez prévisible et dégouline de bons sentiments. Si vous aimez ce qui est guimauve, alors ce titre est fait pour vous mais si vous cherchez quelque chose de plus nuancé, de moins gentillet, mieux vaut passer son tour. Toutefois, le lire aujourd’hui avec un regard d’adulte a été une expérience très intéressante car ça m’a obligé à remettre en question mes souvenirs et à y poser un œil bien plus critique qu’autrefois. Ça reste une œuvre qui transpire la bonté et transmet de jolies valeurs qu’on devrait inculquer aux plus jeunes.

À l’ombre du Japon #39 { J’ai terminé de lire Chobits ! }

Ohayo mina !

Au début du mois de juillet, Pika achevait de ressortir les huit tomes du manga Chobits, titre phare du collectif Clamp et du catalogue de l’éditeur, digne manière de fêter les vingt ans de la série. Vingt ans déjà ! Comment ce titre a-t-il vieilli ? Que peut-on en dire aujourd’hui ? Ce billet a pour ambition de proposer une réponse à ces questions.

FLASHBACK !
Avant d’aller plus loin, je pense pertinent d’évoquer mon propre rapport à ce manga. Lorsque j’avais une dizaine d’années -je ne me souviens plus combien exactement- l’animé Chobits était diffusé sur MCM entre One Piece et GTO. J’avais commencé à regarder, envoûtée par les belles robes de Chii, avant de ressentir un malaise au bout de quelques épisodes. Un malaise que je ne m’expliquais pas. Peut-être était-ce lié aux sous-entendus sexuels qui traversent le manga ? À ces questionnements plus profonds sur des questions d’intelligence artificielle et d’émotions qu’on trouve tout au long de la série et pour lesquels je n’avais pas encore les clés de compréhension ? Toujours est-il que je changeais de chaîne à chaque fois que le manga commençait et que je n’en gardais donc pas un super souvenir, l’étiquetant à destination de personnes un peu perverses.

Pourquoi je vous raconte ça ? Tout simplement parce qu’en lisant le manga dans sa version papier et avec mon regard, mon recul et ma maturité (enfin euh…) d’aujourd’hui, j’en ai une opinion totalement différente.

De quoi ça parle, Chobits ?
En quelques mots, l’histoire raconte comment Hideki Motosuwa trouve un jour un pc humanoïde dans une poubelle près de chez lui. Hideki, c’est typiquement le gars campagnard sur les bords, pas très au courant des avancées technologiques ni très porté dessus, qui débarque à la capitale pour suivre des études et semble tomber tout droit dans un autre monde Le choisir comme narrateur permet d’expliquer les bases de l’univers. Hideki, donc, trouve ce pc humanoïde qui ressemble à une jeune fille (toute nue enroulée dans des bandelettes) et décide de la ramener chez lui pour voir s’il peut en faire quelque chose. La réparer, hein, ne pensez pas mal ! (hum)

Par chance, le PC s’allume mais semble vierge de tout programme hormis un logiciel d’apprentissage, ainsi que de toute capacité langagière. Elle doit donc TOUT réapprendre de zéro. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais de mystérieuses photos font leur apparition, désignant Chii comme une / la légendaire chobits, ce qui va éveiller les mauvaises intentions de certain.es.

L’intrigue en elle-même n’a rien d’original et le dénouement final est dans l’ensemble attendu. Pourtant, Chobits reste très intéressant pour ses thématiques.

Chobits et les questions technologico-psychologiques :
Plus notre technologie évolue, plus il devient nécessaire de s’interroger sur des points moraux : quel est notre rapport aux ordinateurs ? Aux intelligences artificielles ? Qu’est-ce que le développement de ces technologies nous apporte ? Et si, un jour, notre ordinateur commençait à développer des sentiments ? Ces émotions seraient-elles moins valides parce qu’issues d’un programme ? Est-ce que deux ordinateurs peuvent tomber amoureux au sens où nous l’entendons ? Tout cela appartient au registre de la science-fiction mais aussi de l’humain. Aucune réponse n’est franchement donnée dans Chobits, le titre invite plutôt à une prise de conscience et à une réflexion. Pourtant, selon moi, sa plus grande richesse se situe ailleurs, dans la manière dont est abordée l’image de la femme.

Si vous vous intéressez un peu au Japon, vous savez que les relations hommes / femmes ne sont pas comparables à ce qu’on connait en occident. La pression sociale est énorme, pourtant, paradoxalement, c’est très difficile pour de nombreux japonais d’approcher une femme. Je n’ai pas de chiffres à avancer, il s’agit seulement d’une réalité sociale bien connue. Ainsi, l’existence de pc humanoïdes comme dans Chobits montre ce que serait une société où il est possible de s’acheter un.e compagnon.ne  de vie, à programmer comme on le souhaite. Comment une femme humaine pourrait-elle rivaliser avec cela ? On peut aussi retourner la question dans l’autre sens et demander comment un homme humain pourrait être à la hauteur d’un pc programmé pour coller à 100% aux envies de sa partenaire. Dans le manga, c’est mis en scène à travers une amie de Hideki qui était amoureuse d’un homme, homme qui avait épousé précédemment son pc. Un pc qui lui ressemblait physiquement. Quand elle l’a appris, sa confiance en elle et en leur amour naissant a été profondément ébranlée, ce qu’on peut comprendre.

À ce stade, je souhaite vous partager une réflexion toute personnelle liée à la fin du manga. Attention, le paragraphe suivant contiendra des révélations ! Je vous invite à cesser votre lecture ici pour éviter que je vous divulgâche des choses si vous comptez lire le manga.

Une ode à l’amour platonique ?
On réduit, comme souvent, le support humanoïde des pc à une fonction sexuelle. C’est bassement humain mais compréhensible puisque beaucoup de gens y auraient pensé. Pourtant, ce que je trouve beau dans Chobits, c’est que la fin (bien qu’attendue et sans surprise) propose un twist intéressant sur ce point quand Hideki apprend qu’il lui sera impossible d’avoir des relations sexuelles avec Chii puisque son bouton de redémarrage se trouve dans son intimité. Ainsi, s’il y a pénétration, elle va se reboot et tout perdre : nom, souvenirs, identité dans son ensemble, et ne sera donc plus Chii. Hideki clame que cela lui importe peu et la dernière case du manga le montre marié avec Chii, tous les deux visiblement très heureux.

Certain.es pourraient y voir une pudibonderie toute nippone pour le sexe mais je ne suis pas d’accord. Avec ce choix scénaristique, le collectif libère plutôt la femme de son rôle d’objet de plaisir auquel on la réduit trop souvent tout en rappelant que l’acte sexuel n’est pas forcément ce qui importe dans un couple, qu’on peut aimer sans l’aspect physique, entretenir une belle relation, ressentir du bonheur, sans écarter les cuisses. C’est un très beau message d’une modernité sidérante pour un manga datant de plus de vingt ans ! Évidemment, chacun.e interprète cela comme iel le sent mais c’est ainsi que moi, je l’ai compris. Je précise également que chacun.e a le droit d’attendre ce qu’iel veut du couple, avec ou non une proximité physique, pour peu que son/sa partenaire soit d’accord avec ça. Je ne porte pas non plus de jugements sur les personnes pour qui l’acte sexuel a de l’importance. Je me réjouis simplement de lire une œuvre où ce n’est pas le cas.

Mais… ?
Parce qu’il y a quand même un mais. Chii est un ordinateur, doté d’une intelligence artificielle. Aucun problème pour moi qu’elle puisse ressentir des émotions, même si celles ci viennent d’un programme. Je ne les trouve pas moins valides que les émotions humaines. Par contre, Chii devant tout réapprendre de zéro, ayant été « reboot » jusqu’à oublier les bases du langage et des codes sociaux, elle me fait davantage penser à un enfant (si pas un bébé) qu’à une femme envers qui on peut éprouver un désir physique ou même de l’amour. Sa candeur charme probablement beaucoup de gens (hommes ou femmes) mais quand même…

Sur cette base, (attention, je divulgâche !) quand Hideki lui dit « je t’aime » et déclare qu’elle est la personne la plus importante dans son cœur, j’aurais presque préféré ne pas voir de bagues à leur doigt dans la dernière case puisqu’on sort alors du cadre d’un amour fraternel ou même paternel, ce qui peut interroger sur l’aspect sain de toute ça. Il reste une certaine ambiguïté au sujet de laquelle je ne sais pas trop quoi penser. Toutefois, l’acte sexuel ayant été retiré de l’équation et le manga touchant à un type de relation auquel on peut plus difficilement appliquer les codes moraux de notre société, je me contente de le souligner sans pour autant porter un jugement de valeurs. Mais je pense que ça peut déranger certain.es alors je trouve important d’en parler.

La conclusion de l’ombre :
Pour toutes ces raisons, je ne regrette pas de m’être plongée dans la version papier de ce manga qui m’avait laissé, plus jeune, une si mauvaise impression car même si le tome huit est (trop) court et semble un peu rapide comparé au reste de la série, il n’empêche que les questions posées par le collectif CLAMP ainsi que la fin sont très intéressant.es à lire. Chobits est donc un manga en huit tomes à découvrir et sur lequel réfléchir longuement !

À l’ombre du Japon #38 { The Voices of a Distant Star (one-shot) }

Ohayo mina !

The Voices of a Distant Star est un one-shot de science-fiction adapté du court-métrage du même nom par Mizu Sahara. Le court métrage en question date de 2002, il a été réalisé et scénarisé par Makoto Shinkai à qui on doit également : Your Name, les enfants du temps et 5 cm per second, également disponibles chez Pika au format papier.

En quelques mots, il s’agit de l’histoire de deux jeunes collégiens sur le point d’entrer au lycée. Mikako est engagée après un tirage au sort dans la flotte spatiale des Nations Unies afin de piloter un mécha à la recherche de Tharsiens, une race extraterrestre possédant une technologie que l’humanité envie. Sur Terre, son meilleur ami Noboru l’attend. Ils échangent des messages, messages qui mettent de plus en plus de temps à arriver à mesure que la distance grandit…

Je n’aurais pas cru être à ce point touchée par une histoire comme celle-là. Les points de vue alternent entre Mikako dont la vie change radicalement et Noboru, qui s’accroche au passé grâce aux messages de son amie. Hélas, ces transmissions prennent de plus en plus de temps à arriver sur Terre, à mesure que Mikako s’éloigne. Au début, il suffit d’une semaine mais divers évènements vont contraindre le vaisseau où se trouve Mikako à prendre encore plus de distance si bien que le message suivant arrive au bout d’une année, puis de huit. Et, forcément, le temps ne s’écoule pas de la même façon pour Mikako que pour Noboru !

Sur dix chapitres seulement (vingt-cinq minutes à peine pour le court-métrage !) , Makoto Shinkai propose une histoire solide, à la fois simple dans son déroulement mais d’une incroyable richesse sur la psychologie de ses deux personnages. La manière dont Noboru gère cette distance, persuadé que Mikako l’oublie quand l’un des messages prend plus de temps à arriver, puis la culpabilité de l’avoir pensé alors qu’une bonne raison justifiait ce retard, rappelle notre humanité et notre fragilité face à l’incertitude des sentiments au sein d’une relation.

Mikako, de son côté, apprend à connaître les autres membres de son groupe de mission, se fait une nouvelle amie, sans jamais oublier Noboru et en allant jusqu’à mettre sa vie en danger pour essayer de lui envoyer un dernier message avant le saut qui va encore allonger la distance de transmission.

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Cette scène est particulièrement poignante car on la voit tendre les doigts vers son téléphone qui flotte dans son mécha, paniquée à la perspective d’échouer à l’attraper pour finalement devoir abandonner, ce qui la laissera en larmes et seule face à cette solitude. On sent beaucoup de résilience en chacun, beaucoup d’abnégation aussi et de dévouement dans leur relation qui, évidemment, transcende le qualificatif d’amitié pour se révéler être de l’amour. En règle générale, je n’apprécie pas ce genre de choses mais ici, cela fonctionne parfaitement.

J’ai ressenti beaucoup d’émotions à la lecture de ce texte. Je n’ai hélas pas pu voir l’animé, pas encore, mais je compte bien m’y pencher dés que possible.

La conclusion de l’ombre :
The Voices of a Distant Star est l’adaptation au format manga papier d’un court-métrage réalisé brillamment par Makoto Shinkai. En un one-shot, Shahara Mizu donne vie à cette superbe histoire d’une relation longue distance qui, dans un contexte de science-fiction, parle surtout de psychologie et de relation humaine et ce de manière très fine. J’ai adoré !