À l’ombre du Japon #57 { retour sur ma découverte d’Adabana }

Adabana est un manga en trois tome dessiné et scénarisé par NON. Selon le site manga-news, il s’agit d’une femme d’une trentaine d’année d’origine japonaise mais on en sait assez peu à son sujet, si ce n’est qu’elle s’est occupée d’Adabana et a en série en cours dont le titre est Hare-Kon, un manga seinen érotique qui compte pour le moment vingt tomes au Japon et n’a pas (encore ?) été traduit chez nous. C’est donc a priori une mangaka qui est au début de sa carrière et qui aime aborder des thèmes assez sombres et controversés puisque Hare-Kon parle d’emprise psychologique, de jalousie, etc. au sein d’une relation dite polyamoureuse. Je n’en sais pas plus et n’y voyez pas une critique de ma part sur le concept de polyamour. J’ai pour habitude de dire que tant que tout le monde est consentant, l’intimité des gens ne regarde personne d’autre qu’eux-mêmes !

Bref, Adabana raconte comment Mizuki Aikawa aurait tué sa meilleure amie, Mako Igarashi, dont le corps est retrouvé démembré près d’un lac. Très vite, on se rend compte qu’il y a anguille sous roche malgré les affirmations de Mizuki et on découvre l’histoire par une série de flashbacks.

Après ma lecture du premier tome, j’ai décidé d’attendre la sortie des deux suivants pour tout lire d’une traite et j’ai bien fait car si le premier volume posait des bases prometteuses, la série a un impact bien plus grand quand on peut la découvrir en une fois, comme un one-shot. Ce thriller psychologique qui met en scène deux adolescentes aborde des thématiques vraiment difficiles. On y évoque les relations toxiques sur un plan parental et amoureux, on y aborde la question du revenge porn, des abus sexuels sur une mineure, de la perception de soi au milieu de tout ce carnage. De plus, Adabana est aussi l’occasion d’aborder la question de la justice et des défaillances du système, notamment pour protéger les victimes de harcèlement et d’abus psychologiques car comme le dit très bien l’avocate de Mizuki à la fin : « une société dans laquelle les enfants ne peuvent pas compter sur les adultes (…) c’est vraiment une société de merde. »

Toutes ces scènes difficiles sont explicites pour la plupart mais sans jamais que ça ne tombe dans le voyeurisme. Tout le manga dénonce justement les abus et ces scènes sont là pour créer un malaise palpable, une révolte et un dégoût chez le lectorat -ce qui a très bien fonctionné sur moi. Elles servent à renforcer le propos et malheureusement, ce n’est pas si courant sur ce type médium.

Outre cet aspect très sombre, Adabana est aussi et avant tout une histoire d’amitié. La relation qui existe entre Mizuki et Mako a su me toucher droit au cœur. Les deux adolescentes se débrouillent comme elles peuvent dans un monde où elles ne peuvent compter que l’une sur l’autre pour se protéger. L’aspect coup de poing est bien présent et j’ai trouvé en cela les choix narratifs sur la fin particulièrement assumés et convaincants.

Si on veut éventuellement lui trouver un défaut, on pourrait dire que Mizuki a un sacré sang froid et une maturité qui sonne peut-être faux chez une adolescente de son âge mais ce n’est pas quelque chose qui a été problématique pour moi, au contraire. Ça servait l’histoire puis les épreuves de la vie font souvent grandir bien trop vite…

La conclusion de l’ombre :
En conclusion de ce court billet, je ne peux que vous recommander la lecture de cette trilogie que je vais qualifier de nécessaire. Elle est très réussie dans son propos comme dans son graphisme, elle explore brillamment la psychologie des différents protagonistes et ouvre une fenêtre sur la noirceur humaine qu’on a ensuite du mal à refermer.

D’autres avis : Les blablas de Tachan – L’Apprenti Otaku (le tome 1les tomes 2 et 3) vous ?

Informations éditoriales :
Adabana, scénario et dessin par NON. Traduction : Sophie Lucas. Éditeur : Kana. Prix par volume : 12,90 euros.

À l’ombre du Japon #56 { Premier contact avec Horimiya }

Parfois, il m’arrive de lire une romance / tranche de vie dans un lycée. C’est une période de la vie qui m’intéresse beaucoup et dont je suis par moment nostalgique. Pourtant, je me méfie parce que c’est rare pour moi d’y trouver mon compte. Avant de me lancer dans Horimiya, j’ai donc lu le premier chapitre en ligne sur le site de l’éditeur et j’ai tout de suite accroché autant au dessin qu’au principe.

Au moment où je rédige cet article, j’ai déjà lu 6 tomes. 16 en tout sont prévus, la série est terminée au Japon. Dans cet article, je souhaite revenir sur ce qui me plait dans cette série mais aussi sur deux éléments potentiellement « red flag » pour moi.

De quoi ça parle ?
À l’école, Kyôko Hori est une lycéenne aimée de tous pour sa gentillesse et ses bons résultats. Malheureusement, ses parents sont souvent absents et elle doit s’occuper de son petit frère, ce qui l’empêche de sociabiliser en dehors de l’école et d’avoir une adolescence normale. Personne n’est au courant de cela, jusqu’à ce qu’Izumi Miyamura le découvre par accident…

Miyamura est quant à lui un jeune homme qualifié de bizarre par les autres lycéens. Il a des tatouages et des piercings, juste parce qu’il aime ça (et non parce qu’il appartient à une bande de yakuzas !). Au collège, il était très seul et souffrait visiblement de tendances suicidaires. En entrant au lycée, il s’est fait petit à petit des amis notamment Hori, qui deviendra ensuite sa copine. Grâce à ces gens qui lui portent un intérêt sincère, Miyamura commence à accepter ses qualités et prendre conscience de sa valeur.

L’histoire d’amour entre Hori et Miyamura se développe lentement et pendant les cinq premiers tomes, on est plutôt sur une tranche de vie qui parle de la difficulté pour les adolescents d’être soumis trop tôt à de trop lourdes responsabilités et au poids du regard des autres. Leurs sentiments grandissent tout en douceur et c’est très intéressant. La tension narrative est bien gérée ainsi que la manière dont leur intimité est mise en scène, avec subtilité et ce qu’il faut d’ellipse pour qu’on comprenne ce qui a pu se passer entre eux sans pour autant tomber dans le vulgaire ou le voyeurisme.

Autour de Hori et Miyamura gravitent une série de personnages attachants qui sont autant d’intrigues secondaires. Pour une fois, celles-ci ne prennent pas le dessus sur le couple principal qui, jusqu’ici, reste au centre de la série. Ils sont assez prometteurs et je suis curieuse de savoir comment iels vont continuer d’intervenir dans les vies d’Hori et de Miyamura.

Du positif, mais…
Je l’ai dit en introduction, deux éléments m’inquiètent quant à la suite de la série et à la tournure que prendra celle-ci. Il y a d’abord cette fille exécrable introduite dans le tome 4 qui est amoureuse de Hori (elle sort littéralement de nulle part…) et donne lieu au premier « red flag » du manga par son comportement mais aussi par les réactions de Hori et de Miyamura face à elle. La première se montre plutôt gentille et ne la repousse pas très fermement, ce que je ne trouve pas hyper sain que ce soit par souci de respect au sein de son couple mais aussi parce que ça laisse à cette fille la possibilité de se bercer d’illusions… Miyamura est évidemment jaloux et se sent mis en danger car Hori n’est pas sécurisante puisqu’elle invite cette fille chez elle et veut qu’elle et Miyamura deviennent amis alors qu’elles ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam (ou alors c’est vraiment mal expliqué dans le manga papier…) ce que je n’ai pas compris. Pourquoi ? Je ne cherche pas à dire que c’est à la figure féminine de se montrer rassurante mais la situation aurait été inversée que j’aurais tenu le même discours. Il y a un manque de respect assez évident. Disons que c’est peut-être un souci culturel…

Le second « red flag » concerne encore Hori et il s’agit de sa violence physique. Elle passe son temps à distribuer des coups, d’abord à son père qui apparait dans le tome 4 du manga (et qui ressemble plus à un ado attardé qu’autre chose) ce qui est déjà surprenant même s’il s’agit d’un ressort comique plutôt convenu et connu. Je pense spontanément au père d’Ichigo dans Bleach où ils se collent mutuellement des coups sans arrêt et j’admets que dans ce cadre-là, je n’avais pas été choquée -ce qui me pose question. Le souci c’est qu’elle fait aussi preuve d’abus envers Miyamura, déjà rien qu’en se permettant de consulter les messages de son téléphone (que tu aies ou non quelque chose à cacher, je trouve que ça ne se fait juste pas). Quand elle croit en trouver un d’une autre fille, ils se disputent et elle le frappe puis elle le griffe, si bien que Miyamura a un pansement sur la joue le lendemain en cours mais c’est tourné à la plaisanterie. Je sais que culturellement parlant, au Japon, ça doit être difficile à admettre qu’une femme puisse frapper un homme mais ça arrive et c’est de la maltraitance. Même si Hori n’a pas de mauvaises intentions, même si elle s’excuse et même si elle a trop de pression sur les épaules. Je n’aurais pas eu de soucis à ce que cet évènement se produise mais seulement si on le montrait comme problématique, ce qui n’est pas explicitement le cas quoi qu’un ami de Miyamura lui conseille de ne pas laisser passer et de recevoir des excuses de la part de Hori. En tout cas ça ne l’est pas dans le tome 6 mais peut-être que ça le deviendra, je laisse donc le bénéfice du doute.

Hori n’est toutefois pas la seule à user de violence. Miyamura dévoile par moment cette facette de lui même si ce n’est jamais à l’encontre de Hori et plutôt envers son meilleur ami du collège. Je ne sais pas trop si cette banalisation des coups est voulue ou non, si elle va par la suite raconter quelque chose, si ce n’est qu’un effet qui se veut « comique »… Mais ça m’interpelle et ça me questionne.

La conclusion (temporaire) de l’ombre :
Ces deux red flags me gênent dans ce manga mais ils ne parviennent pas à éclipser la douceur (je sais ça peut paraître paradoxal) des sentiments entre Hori et Miyamura, ni la manière dont l’amour est mis en scène dans leurs interactions ou chez les personnages secondaires. C’est un titre beau graphiquement (je suis parfois siiii superficielle…) qui n’idéalise pas la vie pour autant et pose d’intéressantes questions sur l’adolescence mais aussi sur l’avenir. J’ai envie de continuer ma lecture pour savoir comment s’achèvera leur histoire car ils ont vraiment pris vie pour moi, je me sens concernée par eux. Affaire à suivre, on en reparlera sûrement une fois la publication achevée chez nous !

Informations éditoriales :
Horimiya, titre dessiné par Daisuke Hagiwara et scénarisé par HERO. Traduction en français par Gaëlle Ruel. Éditeur VF : Nobi-Nobi dans sa collection Genki. Prix par tome : 7,20 euros. Série finie au Japon en 16 tomes.

À l’ombre du Japon #55 { à la découverte d’un manga auto-édité français : While }

J’aurais pu renommer ma rubrique pour l’occasion, vous me direz…

Vous le savez, je me suis rendue à la Japan Expo mi juillet et j’avais envie de découvrir des artistes indépendants, d’ouvrir mes horizons. J’ai eu entre les mains un certain nombre de mangas peu intéressants, pas très propres ni prometteurs sur leur intrigue mais je suis quand même parvenue à dénicher quelques titres qui me semblaient intéressants et suffisamment aboutis pour que j’ai envie de les lire. C’est ainsi que je suis repartie avec le diptyque While de JennyMiki.

Un mot sur l’ouvrage en lui-même :
Déjà, premier bon point : l’intérieur est propre et donne un sentiment de professionnalisme. J’aurais pu sans problème croire que les planches venaient d’une autrice professionnelle éditée par une structure solide sans les fautes d’orthographe présentes déjà sur les quatrièmes de couverture. Mais bon, il n’y en a « que » une dizaine sur les deux tomes alors je préfère passer au-dessus pour me concentrer sur le reste. Directement, j’ai été séduite donc par ce dessin maîtrisé et propre dont vous aurez un exemple un peu plus bas. Je précise que l’extrait appartient à son autrice et que vous pouvez lire le manga en ligne gratuitement sur le lien référencé dans les informations éditoriales. 

Ensuite, la lecture se fait dans le sens asiatique ! Ce qui est assez surprenant car c’est loin d’être une constante. Certains trouveront peut-être cela ridicule mais pas moi, je suis assez carrée là-dessus et lire un manga dans le sens de lecture occidental, ça me perturbe (par contre une BD, ça va, cherchez l’erreur…)

De quoi ça parle ?
Luna n’a pas une vie facile mais elle fait en sorte de garder le moral. Un matin, elle tombe du toit de l’université après s’être isolée et reprend conscience dans un endroit étrange. Très vite, elle y meurt… et y revit en boucle. Que fait-elle ici ? Qui est le mystérieux Y qui lui écrit des mots sur des bouts de papier ? Est-elle vraiment seule ?

Le manga m’a été présenté comme traitant de dépression et je m’attendais donc à lire une tranche de vie. Je n’ai pas jeté un œil au résumé avant d’entamer ma lecture si bien que j’ai été assez surprise par la tournure du récit. Pourtant, on ne m’a pas menti. Si, de prime abord, While ressemble à une sorte de survival horror, dans les faits, il est davantage que cela mais il faut s’accrocher un peu pour s’en rendre compte…

Un début longuet et répétitif.
Le premier chapitre est assez efficace et met bien les éléments en place. On rencontre Luna qui apprend une mauvaise nouvelle et on ne sait pas exactement si elle a sauté du toit ou s’il s’agit d’un accident. Quand elle arrive dans cet endroit étrange -qui s’avère être un autre monde- la violence n’attend pas pour se manifester. Jusque là, tout va bien, c’est après que ça se corse car Luna se retrouve à mourir souvent de tout un tas de façons différentes, à oublier ce qui se passe entre chaque mort… Et vous le savez si vous me lisez souvent : le trope de l’amnésie, ça a tendance à me taper sur le système.

Mais le « pire » reste la répétition du schéma narratif car Luna n’est évidemment pas seule et va rencontrer de nouveaux personnages. On comprend via Y que ce n’est pas normal du tout et on se demande vraiment pourquoi ces personnes se retrouvent ensemble, d’autant qu’elles ont des attitudes étranges -qui sont toutefois justifiées dans le tome 2.

Mais…
J’aurais pu abandonner par lassitude sauf que c’était un cadeau, je voulais donc aller au bout et j’ai bien fait car les idées introduites par l’autrice sont plutôt intéressantes ! Les personnages se sont suicidés pour diverses raisons (transphobie, trahison, perte d’un être cher, maltraitance) qu’on apprend petit à petit alors qu’ils se rassemblent, trouvent une astuce pour ne rien oublier entre deux morts et avancent dans les niveaux. La cohésion de groupe ne fonctionne pas très bien, les caractères ne se marient pas toujours et un personnage en particulier est absolument détestable, ce qui rend leurs interactions plutôt crédibles. Ce sont les personnages, leurs secrets et ce qu’ils sont forcés de montrer qui est intéressant. Surtout dans le chapitre final quand ils doivent traverser une vingtaine de niveaux, avec les conséquences psychologiques que ça implique, et qu’ils se retrouvent à devoir jouer autour de la table le type de mort qu’ils subiront…

La révélation finale m’a surprise tout comme le ton général du manga qui est en réalité assez sombre, graphiquement violent et dur psychologiquement. L’air de rien, ces protagonistes meurent et se regardent mourir d’une manière de plus en plus horrible à mesure que l’histoire avance, ce qui laisse forcément des traces. Ça aurait mérité quelques TW même si c’est bien passé pour moi.

La conclusion de l’ombre :
Dans l’ensemble je trouve le travail de JennyMiki proche de celui d’un·e pro. Au niveau du dessin et du découpage, il n’y a rien à redire. Il reste du boulot sur le rythme narratif et la correction de fond mais dans l’ensemble, l’artiste s’avère prometteuse et je vais suivre son travail avec curiosité.

Informations éditoriales :
Whilte (deux tomes) par JennyMiki pour le scénario et le dessin. Auto-édition. Site Officiel. Lire les premières pages. Prix : 9 euros par tome.

À l’ombre du Japon #54 { Premier contact avec Iruma à l’école des démons }

Ohayo mina-san !
Voici quelques semaines que je découvre tranquillement le manga Iruma à l’école des démons. L’Apprenti Otaku en parlait depuis longtemps mais il a fallu attendre les 48h BD et son premier tome à 2 euros pour que je lui laisse sa chance. À l’heure où j’écris ces lignes, j’ai déjà lu les six premiers volumes et je dois avouer bien accrocher. J’en suis la première surprise car en général, la ligne éditoriale de cette maison d’édition ne colle pas trop à mes goûts, je la trouve trop jeunesse. Et pourtant…

Notez que ce billet a pour vocation de partager mes impressions plutôt que de véritablement poser une analyse. J’ai envie de parler de ce manga depuis des semaines pour vous transmettre, je l’espère, mon enthousiasme à son sujet… Je précise également que toutes les images utilisées dans l’article sont la propriété de Nobi-Nobi et d’Osamu Nishi, elles sont présentes à seul but d’illustration de mon propos.

De quoi ça parle ?
Iruma a 14 ans et a été vendu par ses parents indignes à… un démon. Et pas n’importe lequel, l’un des plus puissants des Enfers, qui est aussi le proviseur de Babyls, une école pour jeunes démons. Rassurez-vous, Iruma va très bien et celui qu’il appelle Papi ne voulait rien d’autre qu’un petit-fils à gâter. Le seul souci c’est qu’Iruma est un humain et doit cacher sa nature au risque de finir dans l’estomac d’un de ses camarades…

Un héros attachant.
Souvent je reproche aux shônens des héros un brin stupide, casse-cou, qui foncent dans le tas sans réfléchir et ne comptent que sur leur force brute pour affronter des ennemis toujours plus puissants et atteindre un objectif qui, souvent, les placera au-dessus des autres (Naruto veut devenir hokage, Luffy veut devenir le roi des pirates, bon je grossis le trait mais vous voyez ce que je veux dire). Iruma est complètement à l’opposé alors que le titre coche toutes les cases des critères du shônen dans sa construction. Quel paradoxe ! Comme quoi, il suffit d’une exécution bien menée, même avec des ingrédients déjà bien connus…

Naïf, profondément gentil, Iruma est une bonne poire que tout le monde exploite et qui a le cœur sur la main. Habitué aux catastrophes, il a développé une incroyable capacité d’esquives qui lui permettra de s’imposer par complet accident au sein de sa classe. Le qui pro quo est vraiment le cœur de ce récit. Plus c’est absurde et improbable, plus ça passe !

Iruma est un garçon porteur de fortes valeurs qui a pourtant été maltraité toute sa vie par des parents négligents, ce qui l’a obligé à mûrir plus vite. Ironiquement, c’est en arrivant en Enfers qu’il va pouvoir se trouver une famille, nouer des amitiés et enfin vivre la vie d’un adolescent « normal ».

Une galerie de personnages qui n’est pas en reste.
C’est sans doute une des plus grandes forces de ce manga. Dans les six premiers volumes, on rencontre divers personnages qui deviendront plus ou moins importants dans la vie d’Iruma. Ses deux meilleurs amis déjà : Alice Asmodeus qui est le démon le plus prometteur, utilisateur d’une magie de feu, il se fait vaincre par Iruma dans le premier tome, d’une telle manière qu’il décide de l’appeler Maître et de le servir, ainsi que Clara Valac qui est une tornade vivante avec la capacité de sortir de sa poche tout objet qu’elle aurait déjà vu. Ce trio explosif va rencontrer d’autres protagonistes dont Amélie, la cheffe du BDE (bureau des élèves) que je trouve particulièrement savoureuse dans son dilemme car elle soupçonne très vite Iruma d’être un humain. Pour s’en assurer, elle lui donne à lire un ouvrage interdit qui vient de son monde et s’avère être un manga d’amour… Une routine s’installe alors entre eux où Iruma lui fait la lecture des tomes dont elle ne pouvait comprendre que les images jusqu’ici puisque les démons ne parlent pas les langues humaines et ne connaissent en réalité pas grand chose à leur monde. L’idée est toute simple mais vraiment judicieuse.

Outre ceux-ci, on peut également souligner le professeur Callego Naberius au très mauvais caractère qui se retrouve serviteur d’Iruma par accident ce qui donne lieu à des situations hilarantes. En effet, au début de l’année scolaire, les étudiants doivent se lier avec un familier mais comme Iruma est humain (ce qui personne ne sait) il fait d’un démon son familier et ce démon, c’est justement le professeur présent… Oups ? Il m’a spontanément fait penser à une parodie de Severus Rogue par son attitude, je me demande de quelle manière il va évaluer. Je me dois aussi de parler d’Ali, la bague d’Iruma, qui est devenu mon personnage préféré avec Amélie dés l’instant de son apparition. J’ai tellement hâte de savoir ce qui lui arrivera ensuite !

Notez qu’il faut attendre le quatrième tome pour rencontrer le premier antagoniste qui nous rappelle que nous sommes dans un monde démoniaque… et c’est tant mieux ! J’ai beaucoup aimé la manière dont l’autrice met en scène les désirs de ce personnage ainsi que la résolution de la situation. Cela ne signifie pas que les trois premiers manquent d’intérêt, au contraire. Ils se concentrent simplement sur la présentation du monde et les relations entre les personnages.

Une ambiance démoniaque ?
Malgré le pitch de base assez triste (un enfant se fait quand même vendre par ses parents…), le manga ne tombe jamais dans le mélodramatique. Les situations décrites dans les premiers tomes servent surtout à présenter l’univers et ses principes comme le fonctionnement de l’école, les rangs démoniaques, les différents cours, les clubs (appelés batoras) etc. toujours sous un angle amusant sans être lourd. Quand on a un manga qui parle de démons, on a généralement deux solutions : soit quelque chose de très sombre, soit une parodie. Iruma à l’école des démons se retrouve entre les deux car si les situations comiques s’enchaînent (sans lourdeur, je le rappelle) et que la mangaka met en scène des démons adolescents, en toile de fond, il y a quand même des situations plutôt difficiles comme le fait que les parents d’Iruma le vendent pour de l’argent ou les pulsions que ressentent certains démons… Il suffit de voir pour quelle raison Kiriwo souhaite détruire l’école ! C’est une pulsion qu’on comprend et conçoit très bien de la part d’un démon. Pourtant, ça reste assez violent et dénué de compassion ! L’ensemble est présenté d’une façon dédramatisée mais il n’empêche que ça me rappelle l’excellent Dolorine à l’école d’Ariel Holzl qui opte pour un ton semblable.

La conclusion de l’ombre :
Vous l’aurez compris, mon premier contact avec Iruma à l’école des démons s’est très bien passé et j’en redemande ! Je trouve l’univers proposé riche et prometteur, les personnages attachants et le dessin vraiment propre et dynamique. De plus, le rythme de publication en français est assez soutenu chez Nobi Nobi (un tome tous les deux mois) ce qui permet de suivre sans trop de frustration. Je compte me mettre à jour bientôt et peut-être réécrire d’autres articles sur le sujet notamment pour analyser le personnage de Kiriwo (j’attends de voir s’il va réapparaître) que j’ai trouvé particulièrement intéressant ou revenir sur la relation entre Iruma et Amélie (mais vu qu’il s’agit d’un shonen, je ne me fais pas trop d’illusions…) bref vous l’aurez compris, je suis très enthousiaste sur cette série et je vous encourage à la découvrir si ce n’est pas déjà fait.

D’autres avis : L’Apprenti OtakuMa vie de bib’ – vous ?

Informations éditoriales :
Iruma à l’école des démons par Osamu Nishi (dessin et scénario). Éditeur VF : Nobi-Nobi. Traduction : Yohan Leclerc. Prix par tome : 7,20 euros.

À l’ombre du Japon #53 { Le tome 0 de Toilet-bound Hanako-kun, ce bijou caché }

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J’ai commencé il y a quelques mois à suivre le manga Toilet-Bound Hanako-Kun grâce à la chronique de l’Apprenti Otaku et si j’accrochais bien au départ notamment grâce au magnifique chara-design et au principe qui me laissait espérer une sorte d’ambiance un peu « Black Butler des débuts », les deux derniers tomes m’ont moins plu pour diverses raisons dont notamment le personnage de Néné qui est superficielle et problématique dans ses réflexions ainsi que le rapport au corps de manière générale entretenu dans le manga. Je n’avais pas tiqué dessus au début mais avec le recul, je me rends compte que c’est présent assez tôt et que je me suis laissée aveugler par la beauté du dessin. Je me désespère face à ma propre superficialité parfois…

Je pensais franchement à arrêter et je regrettais d’avoir acquis ce tome 0 une fois le tome 7 lu (j’avais acheté les deux ensemble). Mais bon, puisqu’il était là, autant le lire ! Et je dois dire que ce fut une sacrée bonne surprise.

Ce tome 0 est un peu particulier car il propose les trois chapitres d’origine du manga qu’Aidalro a ensuite modifié pour donner ceux qu’on connait. Il s’agit donc d’une histoire non pas dans le canon de l’œuvre mais plutôt à sa genèse et je dois dire qu’elle est bien plus réussie que la série en elle-même. Cela pose quand même certaines questions comme l’injonction aux séries longues dans le milieu du manga où le one-shot n’est vraiment pas la norme. Dommage parce que ça aurait mieux fonctionné ici -encore une fois selon moi.

De quoi ça parle ?
Néné Yashiro se rend dans les toilettes à la recherche de mademoiselle Hanako, le fantôme qui a la réputation d’exaucer un vœu. Elle souhaite que son ex petit-ami meurt pour l’avoir trompée et laissée tomber. Hors, elle rencontre non pas une femme mais… un garçon qui serait le troisième Hanako ! Commence alors une histoire courte autour de ce souhait formulé par Néné qui changera ensuite d’avis avant la réalisation, ce qui forcera Hanako à lui en accorder un autre. Évidemment, la situation tourne mal…

Quand tout fonctionne mieux au format court…
J’ai trouvé le rythme bien meilleur sur cette histoire courte en trois chapitres qui propose une intrigue claire en esquissant un univers certes plus riche mais dans lequel on ne ressent pas le besoin d’obtenir toutes les réponses. De plus, le personnage de Néné s’avère davantage intéressant car même si elle se comporte aussi de façon superficielle (son plus gros grief vis à vis de son ex c’est surtout qu’il a qualifié ses jambes de navet, une insulte qui revient souvent dans le manga mais dont je ne comprends pas trop la portée vu la forme d’un navet… bref) elle en prend conscience et finit par évoluer. Les rapports entre Hanako et elle n’en sont que plus savoureux car elle peut rapidement se concentrer sur ce qui importe.

De même, le personnage de Hanako est très réussi car il dégage une forme de mélancolie et affirme un désir de rédemption malgré la noirceur affichée de son âme. Dans le manga classique, cet aspect est également présent (quoi que pas trop pour la rédemption, plutôt pour la noirceur de son âme) mais distillé sur beaucoup plus de chapitres si bien que ça traine en longueur quand on ne peut pas enchainer les tomes.

Le ton diffère également un peu, surtout pour la fin. Si la série principale tombe souvent dans le comique (le comique LOURD) avec quelques moments plus sombres, c’est ici un ton désenchanté et désillusionné qui prédomine et lui donne une certaine puissance bien plus satisfaisante que toutes les histoires développées dans la série principale. J’adhère à 100% !

Comme quoi, imaginer un univers original, c’est bien. L’exploiter correctement, avec parcimonie, c’est mieux. En tant qu’autrice, je sais à quel point on a envie de tout partager avec son lectorat pour montrer qu’on a pensé à tout mais c’est rarement bien exécuté. Mieux vaut taire des éléments que d’assommer son public avec ou de le perdre dans une multitude de sous-intrigues au mieux vaguement divertissantes.

Si j’ai donc un conseil à donner c’est plutôt d’acheter ce tome 0 et de faire l’impasse sur le reste de la série car ce volume unique possède, à mon goût, bien plus de qualités.

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My Dear Living Dead

Ce tome 0 est aussi l’occasion pour Pika de publier un court one-shot d’Aidalro qui met en scène Cult et Lily, un duo de nécromanciens d’une quinzaine d’années qui vivent dans un monde où des morts-vivants attaquent des villes sous l’impulsion d’une entité Mère qu’ils doivent donc tuer pour se débarrasser des envahisseurs. Ils travaillent pour l’Église qui a la main mise sur eux comme sur tous les enfants porteurs d’une marque les désignant comme détenteurs de capacités spéciales.

En peu de pages, le monde posé dégage déjà une atmosphère rude. Comme précédemment, Aidalro maîtrise beaucoup mieux la manière de contextualiser son histoire et ne cherche pas à répondre inutilement à toutes les questions qui pourraient venir à son lectorat alors même que ce background ne manque pas d’intérêt.

Le centre de l’intrigue est cet amour que se vouent Cult et Lily qui en devient presque obscène au cœur de toute cette noirceur et leur histoire tournera d’ailleurs mal quand la marque de Lily commencera à s’estomper, signe qu’il est temps pour elle de quitter le service actif et donc de se séparer de Cult. Le dénouement a été une véritable surprise par son horreur et sa dureté. J’aime quand les mangakas assument jusqu’au bout !

La conclusion de l’ombre :
Finalement, ce tome 0 s’est révélé être une pépite cachée et inattendue. L’histoire d’origine de Toilet-Bound Hanako-Kun me parle davantage par son aspect plus sérieux et désenchanté ainsi que son rythme bien mieux maîtrisé. Quant au one-shot intégré dans ce volume, sa qualité rappelle que le format court devrait être plus souvent la norme dans les mangas. Je recommande très chaudement ce volume !

D’autres avis : l’Apprenti Otaku – vous ?

Informations éditoriales :
Toilet-Bound Hanako-Kun par Aidalro (texte et dessin). Éditeur : Pika. Traduction : Benjamin Moro. Prix : 7.50 euros.

À l’ombre du Japon #52 : { Retour sur le trop sous-estimé « Reine d’Égypte » }

En avril 2022, Ki-oon a mis un point final à la publication de la série Reine d’Égypte scénarisée et dessinée par Chie Inudoh. Ce fut l’occasion pour moi de relire les huit tomes avant de me lancer à la découverte du neuvième. Il faut dire que je lis la série depuis la sortie du premier en mars 2017. Je me rappelle très bien mon premier contact avec cette couverture que je trouvais peu attirante lors de Livre Paris. Je m’y trouvais en tant qu’autrice et Chie Inudoh avait été invitée par Ki-oon. J’ai fait la file pendant plus de deux heures avec des amis pour récupérer une signature à offrir à Kazabulles. Du coup, pour passer le temps, on a lu le premier tome dans la file et je suis tombée sous le charme.

Un charme qui est resté intact tout au long de la série.

Comme je vais évoquer l’ensemble, il est évident que ce billet comportera des éléments d’intrigue. Vous êtes prévenu·es ! Je précise également que les extraits du manga photographiés dans cet article appartiennent à Chie Inudoh et à Ki-oon, ils ne sont utilisés que pour appuyer mon propos sur le manga. 

De quoi ça parle ?
Hatchepsout se marie avec son frère Séthi qui devient le pharaon Thoutmosis II. Une nouvelle ère se dessine pour l’Égypte… Mais pas comme on l’imagine ! En effet, Hatchepsout rêve de devenir pharaon afin de suivre les pas de son père. Elle a de grands projets que personne n’écoute car elle est une femme… Elle va donc devoir se battre pour parvenir à ses fins.

Une œuvre profondément féministe.
S’il y a un questionnement qui traverse Reine d’Égypte, c’est bien celui qui concerne l’égalité entre les hommes et les femmes. Hatchepsout ne comprend pas en quoi son sexe biologique l’empêche d’être un aussi bon pharaon que son frère, qu’elle bat d’ailleurs à la lutte et au tir à l’arc. Elle refuse d’être réduite au rang d’épouse ou de mère, elle aspire à davantage et se débat dans sa réalité sociale pour parvenir à changer les mentalités.

Les neuf tomes sont traversés par un questionnement sur le genre. Une fois devenue pharaon, Hatchepsout va s’habiller comme un homme et clamer que son âme est celle d’un homme, enfermé dans un corps de femme. Pourtant, plus on avance et plus la questions se pose : pourquoi ne pas simplement rester femme et se battre pour avoir le droit d’être et puissante et de sexe féminin ? L’évolution de sa réflexion est intéressante et nuancée. On la voit sans cesse tiraillée entre l’image de pharaon et sa féminité qui s’exprime dans l’amour qu’elle porte à sa fille unique, conçue malgré elle, et à l’architecte Senmout, le seul homme qu’elle aimera jamais. Il faudra attendre d’arriver à la toute fin pour qu’une jeune fille, rencontrée au crépuscule de sa vie, s’étonne d’apprendre que le pharaon est une femme et lui adresse cette remarque pleine de bon sens :

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C’est finalement la société qui l’empêche d’être à la fois femme et dirigeante. L’autrice met très bien en scène la puissance dévastatrice du regard des autres, au point que Hatchepsout sacrifie son bonheur personnel à son ambition de paix et de prospérité.

Une œuvre qui s’inscrit dans le temps.
Le premier tome nous fait découvrir Hatchepsout enfant et on la retrouve dans le dernier au seuil de la mort. Plusieurs années passent parfois entre deux chapitres, ce qui permet de brosser un portrait de sa vie qui soit dynamique et évolutif. Tout prend forcément plus de temps dans l’Égypte ancienne, que ce soit les constructions, les échanges diplomatiques et commerciaux, le gain en âge des enfants… On suit ainsi les personnages tout au long de leur existence et on voit de quelle manière le règne d’Hatchepsout change les choses puisqu’au contraire de ses prédécesseurs, elle pense que la grandeur de l’Égypte n’a pas à se bâtir sur la guerre mais bien sur le commerce. Dans cet ordre d’idées, elle va tendre la main aux pays voisins, développer des routes commerciales sur la terre comme sur la mer, ce qui va permettre à l’Égypte de gagner en puissance et en prestige. Du moins, sur le papier car son genre posera toujours problème. Pour gagner les siens à sa cause, elle ira jusqu’à se rendre sur le champs de bataille et tuer de ses mains sans hésitation.

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La notion de temps est d’ailleurs importante dans le récit et elle revient souvent. Les pharaons rivalisent d’ambition et d’imagination afin de laisser une trace de leur passage sur terre. Hatchepsout se demande souvent comment les générations futures vont la considérer, ce qu’on va retenir de son règne, comment est-ce qu’on va la représenter. La fin n’en est que plus tragique puisque, comme nous le montre le chapitre final, toute trace de son existence va être effacée par ses petits enfants qui refusent qu’on se rappelle d’une femme pharaon, pour diverses raisons que je vous laisse découvrir. J’ai ressenti un pincement au coeur et énormément d’empathie envers Hatchepsout même si je n’ai pas toujours été en accord avec ses choix. J’ai vraiment été passionnée par elle, sa vie et les problématiques qu’elle soulevait.

Un manga historique ?
L’autrice explique que l’existence d’Hatchepsout n’a été découverte qu’assez tard, tout comme sa momie. Il s’agit donc bien d’un manga qui se veut historique mais largement romancé puisque les informations de l’époque ne sont pas nombreuses. On sent toutefois que Chie Inudoh a effectué beaucoup de recherche sur l’Égypte, ses croyances, ses rituels, ses divinités. Tout le manga est parsemé de clins d’œil à divers éléments culturels, d’explications sur les systèmes politiques et d’échanges, ce qui fait qu’on en apprend beaucoup tout en suivant une intrigue intéressante. Un gros plus !

Un plus qui explique peut-être le manque de rayonnement de ce manga, un peu comme Im chez le même éditeur, d’ailleurs. J’en parlais déjà dans un précédent billet où je m’interrogeais sur l’intérêt que les japonais peuvent prêter à la culture égyptienne quand eux-mêmes disposent d’une mythologie très riche. Est ce que l’Égypte fascine davantage l’Occident ? Je n’ai pas la réponse mais comme aucun animé Reine d’Égypte ne semble prévu et qu’on entend assez peu parler de ce manga sur les réseaux, je suppose qu’il va suivre le même triste chemin qu’Im. Pour ce que ça vaut, l’un comme l’autre auront toujours une place spéciale dans mon coeur et je continuerais de les défendre becs et ongles !

La conclusion de l’ombre :
Reine d’Égypte est un manga de qualité qui raconte l’histoire d’une reine égyptienne oubliée, certes de manière romancée mais tout à fait crédible que ce soit au niveau de l’intrigue ou celle de l’historicité. Pour ne rien gâcher, le dessin de Chie Inudoh est superbe que ce soit sur les décors ou les personnages. Malheureusement, on ne parle que trop peu de ce titre, soit à cause de son thème (l’Égypte antique ne fait-elle plus rêver ?) soit parce qu’il est perdu dans la masse. J’espère donc que ce billet vous donnera envie de suivre les traces d’Hatchepsout…

Informations éditoriales :
Reine d’Égypte, écrit et dessiné par Chie Inudoh. Traduction : Fédoua Lamodière. Éditeur : Ki-oon dans sa collection Kizuna. Prix d’un tome : 7.90 euros. Série terminée en 9 volumes.

À l’ombre du Japon #51 : { Kaguya-sama : Love is war ou « Il faut vraiment que j’arrête d’essayer de lire de la romance… » }

8
L’Apprenti Otaku
parle (coucou, ceci est un euphémisme) de cette série depuis plusieurs mois et, à force, j’ai fini par me laisser convaincre de l’essayer. Pourtant, la romance et moi… Vous le savez… Au mieux ça me laisse de marbre et au pire, ça m’énerve très fort. Je ne sais pas trop ce qui m’est passé par la tête au moment où j’ai embarqué ce manga à la librairie, mais bon. Disons que ça fait une expérience !

De quoi ça parle ?
Kaguya Shinomina est vice-présidente des élèves au sein de la prestigieuse académie Shûchiin et également l’héritière d’une famille extrêmement riche. Miyuki Shirogane, lui, n’a pas le même prestige dans son patrimoine mais ça ne l’empêche pas d’être le président des élèves. Tous les deux passent énormément de temps ensemble, si bien que les rumeurs vont bon train. Ils se plaisent, en effet… Hélas ! Leurs egos respectifs les empêchent de se déclarer. Du coup, au bout de six mois, ils en sont toujours au même point…

Un enchainement d’histoires courtes.
Ce premier tome est construit comme une série de situations / sketch qui s’enchainent, un peu comme Otaku Otaku mais au format chapitre un peu plus long. En général je n’ai rien contre mais ici, c’est rapidement redondant. Le postulat de départ affirme que celui qui se déclarera en premier aura perdu et sera un peu le ou la soumis·e du couple, sous-entendant que les sentiments sont finalement une faiblesse. Je ne savais pas trop quoi en penser et je ne le sais toujours pas à l’heure actuelle… Je crois que le principe même me pose déjà un problème et comme je n’ai aucun intérêt pour les choses de l’amour ou du couple, ça n’a rien arrangé.

Pourtant, le dessin est beau et maîtrisé, le fan-service n’est pas obscène et les deux protagonistes sont amusants dans l’enchainement des qui pro quo. Malheureusement, une fois qu’on a saisi le principe, il n’y a plus de surprise et ça ramène ce titre au rang de simple divertissement. Cela n’a rien de mal en soi ! Mais je crois que j’espérais autre chose. La suite devient peut-être meilleure, je l’ignore car je ne compte pas la lire. Je ne suis pas le public cible mais si vous souhaitez d’autres avis je vous recommande de lire celui de l’Apprenti Otaku ou de la Pomme qui rougit.

Une dernière anecdote sur ce titre…
J’ai proposé à une amie de lui offrir le manga car ça correspond davantage à ses goûts qu’aux miens et elle a d’abord été rebutée par cette couverture qui donne le sentiment, selon elle, que le manga est sanglant, malsain, violent. Et du coup, j’ai compris pourquoi moi, j’avais été attirée par le titre au départ, avant de lire le résumé… C’est probablement une façon d’illustrer l’aspect « bataille » entre eux mais c’est vrai que ce n’est pas vraiment l’illustration qu’on attend pour une comédie romantique au lycée !

La conclusion de l’ombre :
Il faut vraiment que j’arrête d’essayer de lire de la romance car hormis pour Otaku Otaku (et encore) ce n’est pas du tout un genre qui m’attire. Je n’apprécie ni ses codes, ni ses intrigues, et même si régulièrement le dessin est très beau, ça ne suffit définitivement pas / plus à justifier un achat. Je dois être intransigeante à l’avenir et accepter que ce genre pourtant si populaire n’est tout simplement pas pour moi.

Informations éditoriales :
Kaguya-sama : Love is War par Aka Akasaka. Éditeur : Pika. Traduction : Marylou Leclerc. Prix par tome : 7,20 euros. Série en cours.

À l’ombre du Japon #50 { Premier contact avec… Bakemonogatari }

Un peu d’histoire…
Le premier tome de cette série date de mai 2019 et j’ai tout de suite été attirée par la couverture. Il faut dire que le dessin de Oh ! Great à qui on doit également la série Air Gear (dont je garde un vague mais bon souvenir) est d’une qualité exceptionnelle. Pourquoi avoir attendu presque trois ans, dans ce cas ? Et bien tout simplement parce que le résumé parlait d’un lycée mordu par un vampire…

Et franchement, j’en ai ma claque des vampires.

J’en suis à un stade de rejet pathologique alors même que j’adorais cette créature et que j’ai du lire presque tout ce qu’on a écrit sur le sujet entre le début de la parution d’Anita Blake et 2017 / 2018. Bon, j’exagère, mais pas loin… Du coup, j’ai reposé le manga et j’ai acheté autre chose.

Puis récemment, j’ai vu la couverture du tome 13 et mon petit cœur a fondu alors même que C’EST CLICHÉ BORDEL. Tout dans la composition de cette couverture l’est mais je ne sais pas, ça a réveillé quelque chose en moi. Ne cherchez pas. Je me suis donc dit que j’avais peut-être jugé un peu vite, que parfois les histoires de vampires, c’est bien… Et en plus j’avais rien à acheter d’autre là tout de suite… Et c’est bien de découvrir de nouvelles choses…

Bref j’ai acheté le tome 1, puis j’ai lu le tome 1, puis… Puis j’ai acheté les tomes 2 et 3. Et j’envisage d’acheter le 4. Pourquoi seulement « envisage » ? On va y revenir.

De quoi ça parle ?
Koyomi Araragi est un lycée qui a été récemment mordu par une vieille vampire sauf que le premier tome ne tourne pas du tout autour de lui et les deux suivants non plus, pas que. Sa sensibilité aux choses surnaturelles lui permet de découvrir le problème d’une camarade de classe, la glaciale Hitagi, dont le poids a été volé par un kami…

Hitagi est un personnage étrange, atypique, froide et violente, qui s’exprime d’une drôle de façon et m’a tout de suite intriguée. Je ne sais pas encore comment me positionner à son sujet toutefois j’ai envie d’en savoir plus. Quant à Koyomi, il m’a un peu rappelé Ichigo en moins sanguin -il a même deux petites sœurs… Il semble disposer d’un cerveau en état de marche, il a des poses stylées et dégage une aura qui me plait bien. Mais…

Ce foutu fan-service.
Il y a du fan-service modèle géant sur les personnages féminins. Dans le premier tome, ça tourne autour d’une adolescente de dix-sept ans (ce qui est habituel dans les mangas quoi que problématique aussi on ne va pas se mentir) mais dans le suivant, on montre la culotte d’une collégienne à plusieurs reprises et on voit Koyomi renifler l’intérieur de sa chaussure, pour une raison qui m’échappe.

D’un côté, il y a une logique à ce fan service puisque Koyomi est un adolescent et que je me rappelle avoir aussi été obsédée par le sexe et les attributs sexuels des personnes autour de moi à cette époque. J’étais intriguée parce qu’il y avait ce tabou autour du sujet, donc forcément… Ça fait partie de l’adolescence et ce serait plutôt malhonnête de ma part que d’affirmer le contraire. Je pense d’ailleurs que c’est le cas de beaucoup de gens et même si je ne suis plus comme ça aujourd’hui, je ne dois pas pour autant me poser en donneuse de leçons.

Bref, les hormones travaillent donc Koyomi, pourtant il ne se comporte pas comme un gros lourd obsessionnel et la narration montre qu’il est davantage intéressé par la personnalité des femmes que leur corps -même si leur corps l’intéresse aussi. Du coup, je n’arrive pas à me positionner vraiment sur la présence de ce fan-service, justement parce qu’il ne définit par le manga. De plus, quand la culotte de la collégienne est dessinée, Koyomi répète à plusieurs reprises qu’il n’est pas un pédophile et ne fantasme pas sur les filles plus jeunes que lui. Le problème c’est de définir pourquoi les auteurs se sentent obligés de sexualiser les femmes, surtout les mineures (en même temps on n’a pas encore croisé de femme adulte dans le manga hormis la vampire qui a mordu Koyomi mais on en sait trop peu sur elle), tout en tenant à côté un discours qui laisse penser qu’ils ne veulent pas les ramener qu’à leur corps…

Cette ambiguïté me perturbe et ça m’agace. J’ai envie de lire le quatrième tome pour voir comment l’histoire évolue et d’un autre côté, je n’ai pas envie de fermer les yeux sur cet aspect fan service, peu importe à quel point le dessin est magnifique et maîtrisé. D’un autre côté, si je veux être parfaitement honnête, les hommes sont aussi exposés d’une manière semblable. L’exorciste est torse nu la plupart du temps et on voit ses abdos bien dessinés, il est clairement sexy à sa manière, un peu style Urahara (décidément les parallèles avec Bleach…). C’est moins le cas pour Koyomi mais il n’en reste pas moins agréable à regarder dans le genre beau gosse ténébreux. Du coup j’ai un peu l’impression que tout le monde est sexualisé, finalement, et que c’est un parti-pris des auteurs. Un parti-pris qui se justifie aussi sur le fait que régulièrement, les histoires de vampire impliquent implicitement une érotisation. Ça pourrait être un argument qui expliquerait peut-être que ça me dérange moins (hormis pour la collégienne).

Et le scénario qui balaie les scrupules…
J’essaie de prendre du recul sur cette question complexe et de vous partager mes réflexions. Vous avez tout à fait le droit de décider que je me trouve des excuses ! Je n’ai aucune réponse à apporter. Toutefois, je tente de poser un regard critique sur cette question, motivée sans doute par la maîtrise scénaristique de NisiOisiN qui n’est probablement pas pour rien dans mon dilemme. Je l’ai dit plus haut, Bakemonogatari ne se réduit pas aux culottes, aux seins et aux abdos bien dessinés. L’histoire qui est racontée dans les trois premiers tomes me parait solide quoi qu’encore à ses débuts, sombre aussi comme j’aime et la psychologie des personnages, qu’ils soient féminins ou masculins, vraiment bien maîtrisées. Il y a une justesse dans le traitement des émotions négatives et dans la noirceur ambiante qui me fait me demander si, finalement, les instants culottes ne sont pas là pour offrir un peu de respiration au lectorat et ne pas le noyer dans les ténèbres.

Est-ce pour autant la meilleure technique ? Non. Pas à mes yeux. Mais je sais que je vais quand même lire au moins le tome 4 pour voir et que si l’histoire continue de m’ensorceler, je vais poursuivre. Sauf si les auteurs tombent dans les considérations pédophiles. J’ose espérer que ça aurait créé un scandale et que j’en aurais entendu parler, si c’était le cas.

Est-ce que je recommande cette série ? Après tout, vous êtes un peu là pour ça je suppose… Et bien oui, si le fan-service n’est pas un problème pour vous. Je réserve évidemment mon jugement final pour plus tard car je débute à peine mais à la lecture des trois premiers tomes, j’ai vraiment envie de voir au-delà.

Petite information ludique pour clôturer ce billet : chaque tome propose une jaquette réversible ! Il y a donc à chaque fois deux illustrations, dont une cachée, et un crayonné sur la couverture en elle-même. J’aime beaucoup.

D’autres avis : pas que je sache mais manifestez-vous !

Informations éditoriales :
Bakemonogatari scénarisé par NisiOisiN, dessiné par Oh ! Great. Éditeur : Pika. Traduction : Yohan Leclerc. Prix par volume : 7,20 euros. Série en cours de publication.

À l’ombre du Japon #49 { Look Back, un manga sur le manga… mais pas que. }

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Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai décidé d’acheter ce manga. Est-ce la chronique de l’Apprenti Otaku ? Est-ce ma libraire qui m’a dit que ouais, c’était bien (notez la puissance de son argumentation :D) ? Est-ce tout simplement le résumé qui a provoqué un écho en moi ? Un peu de tout ça ? Quoi qu’il en soit, j’ai décidé de passer outre ma mauvaise expérience avec Fire Punch pour laisser une chance au mangaka et j’ai bien fait.

Petite remarque personnelle avant d’aller plus loin : je ne comprends pas trop l’intérêt de l’autocollant rond et moche qui clame « par l’auteur de Chainsaw Man » car sauf erreur de ma part, Look Back n’a rien en commun que ce soit au niveau thématique ou de style avec le titre précité. Du coup, cela pourrait induire les acheteurs en erreur (ils s’attendraient à quelque chose de semblable et seraient déçus) ou au contraire, les repousser (ils s’attendraient à un titre d’un tel type alors que pas du tout et passeraient donc à côté). Honnêtement, si je n’avais rien lu sur le manga avant, je ne l’aurais pas acheté rien qu’à cause de ça. Les gens vraiment fans de l’auteur n’auront pas besoin de cette précision pour savoir que c’est la même personne… Le but est peut-être de vendre un maximum en profitant du succès commercial de la série précitée vu qu’il s’agit d’un one-shot toutefois je ne suis pas certaine que ce soit la meilleure démarche pour promouvoir ce titre car il risque d’y avoir une avalanche de retours négatifs de la part des personnes dont ce n’est tout simplement pas le style de manga. Enfin, c’est mon avis.

De quoi ça parle ?
Look Back
c’est tout simplement l’histoire de deux adolescentes qui vont nouer une amitié autour de leur passion pour le dessin. D’un côté, il y a Fujino, une jeune fille qui écrit des mangas en quatre cases dans le journal de son école primaire et que tout le monde dit talentueuse, autant en dessin qu’en sport ou à l’école. De l’autre, il y a Kyômoto, qui suit une scolarité à domicile car elle serait malade. Elle aussi aime dessiner et va aussi publier dans le journal de l’école. Sauf que Kyômoto a un talent fou pour les décors et qu’à côté de ses dessins, ceux de Fujino paraissent tout juste moyens…

Fujino va alors passer par différentes phases : elle va vouloir battre Kyômoto en se donnant à fond pour progresser, puis abandonner quand elle n’y parviendra pas. Si son professeur n’avait pas insisté pour qu’elle aille déposer son diplôme à Kyômoto, l’histoire se serait arrêtée là…

Une amitié artistique.
Ce manga est donc le récit d’une amitié entre deux adolescentes qui vont travailler pour réaliser leur rêve. Et puis… du drame ordinaire qui va tout remettre en perspective.

C’est une histoire qui résonne particulièrement en moi car moi aussi, avant, j’avais une amitié un peu comme celle-là qui s’est terminée (mais pas de façon aussi définitive ni sanglante que la leur, heureusement) et qui m’a beaucoup marqué au point que je ne sois plus capable de me remettre à créer sans elle. Pour cette raison, ce titre a su directement me toucher et il est donc possible que mon avis soit totalement biaisé. D’un autre côté, tout avis est forcément subjectif…

Un manga qui parle de manga.
Look Back travaille finement les émotions des protagonistes et joue avec son support de manga qui parle de manga. Après qu’un malade à la hache ait tué son amie, Fujino réécrit dans son esprit la scène du moment où Kyômoto se fait assassiner par hasard en venant la sauver et en modifiant l’histoire de leur amitié car elle se sent responsable de sa mort. Elle considère en effet que si elles n’étaient pas devenues amies, Kyômoto ne serait pas sortie de chez elle, dans ce monde si dangereux… De plus, au début du manga, l’auteur adapte son style pour dessiner d’un côté comme Fujino, de l’autre comme Kyômoto, en plus de sa propre patte graphique. C’est un peu comme un auteur qui écrit sur un personnage écrivain qui a lui-même un texte dans la diégèse du roman. J’ai beaucoup apprécié le procédé.

D’autant qu’il est maîtrisé et que même si je ne suis pas sensible au type de dessin de Tatsuki Fujimoto, on ne peut pas lui retirer sa maîtrise sur la représentation des émotions. On sent le poids de la douleur, de la culpabilité illogique et pourtant bien réelle. On sent la perte. Pourtant, le dessin reste sobre et c’est là tout le talent de Tatsuki Fujimoto qui parvient à exprimer tellement d’émotions sans tomber dans l’excès sur l’expressivité de ses personnages. C’est presque pudique, à l’image de la façon qu’ont les japonais d’exprimer leur souffrance. Bizarrement, alors que je suis totalement passée à côté de My Broken Mariko que je trouvais terriblement superficiel -je compare car le sujet s’en rapproche un peu avec l’aspect manga en moins, j’ai été très touchée par cette histoire plus que les mots ne me permettent de le dire.

La conclusion de l’ombre :
Je ne peux décemment pas qualifier Look Back de coup de cœur, je vais plutôt parler de coup au cœur en partie à cause de mon histoire personnelle mais également des qualités du mangaka, des qualités que je n’avais pas perçues lors de mon expérience avec Fire Punch. Je suis ravie d’avoir découvert ce titre qui a en plus le bon goût d’être un one-shot !

D’autres avis : L’Apprenti OtakuSonge d’une nuit d’étéLa pomme qui rougit – vous ?

À l’ombre du Japon #48 : { mon premier contact avec Frieren }

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Frieren
semble être la grosse nouveauté de l’année 2022 au catalogue Ki-oon et, selon leur annonce, le plus beau démarrage de toute leur histoire. Le titre étant sorti récemment, je ne suis pas sûre des chiffres sur lesquels se base la maison d’édition pour affirmer une telle chose mais cela n’enlève rien au fait qu’on parle pas mal de Frieren et c’est tant mieux car ce manga possède beaucoup de qualités.

Je dois toutefois préciser que mon billet se base uniquement sur ma lecture du premier tome. Mon avis sera donc susceptible d’évoluer à mesure que continuera la série. D’autres billets arriveront sans doute par la suite car celle-ci compte déjà sept tomes au Japon et la série est toujours en cours.

De quoi ça parle ?
Frieren est une elfe mage qui appartenait à une bande d’aventuriers rendue célèbre pour avoir défait le roi des démons. L’histoire commence après cet exploit et nous raconte l’après, du point de vue de Frieren.

Deux grandes thématiques se dégagent : celle de la perception du temps et celle du destin des héros une fois le livre refermé.

And that’s all ?
Je vais commencer par évoquer la seconde car ce n’est pas spécialement neuf en fantasy quoi qu’à ma connaissance, cela reste rare. Parler de héros confirmés et de leur vie après leur grand exploit, c’est un peu le postulat de la saga Wyld de Nicholas Eames. Pourtant, là où Wyld remet des seniors à l’aventure qui nécessite d’oublier ses rhumatismes pour sauver le monde, Frieren s’attache plutôt à décrire un après de paix en consacrant chaque chapitre à une petite aventure très humaine.

Cela me fait dire que le manga va s’éloigner de la direction qu’on aurait pu imaginer pour lui dans le cadre d’une saga de fantasy et se concentrer sur la première thématique dont j’ai parlé : celle du temps.

Percevoir le temps.
La notion de temps est fondamentale et on le sent dés le début lorsque Frieren revient après cinquante ans pour retrouver ses compagnons extrêmement vieux. À la mort de l’un d’eux, une personne reprochera à l’elfe son manque d’émotion lors de l’enterrement et celle-ci répondra qu’elle l’a à peine connu car ils n’ont passé que dix ans ensemble. Un constat qui va la perturber et la pousser à s’interroger sur la vie si courte des humains, sur le moyen d’apprendre à mieux les connaître. Parce que souvenons-nous : Frieren est une elfe, elle possède donc une espérance de vie bien plus longue (on ignore combien précisément) et une apparence qui suggère qu’elle est encore très jeune pour sa race. Un sentiment renforcé par un échange entre elle et son apprentie où Frieren se fait la réflexion que ça y est, elle la dépasse, elle a grandi, elle vieillit.

Chaque chapitre parle donc du temps, d’une manière ou d’une autre, que ce soit pour montrer l’effacement des souvenirs, la manière dont l’Histoire devient une légende, l’évolution des recherches magiques ou s’interroger sur son terme, celui de la vie, de l’existence.

La conclusion de l’ombre :
On pourrait craindre un aspect trop contemplatif et philosophique mais, personnellement, je ne me suis ennuyée à aucun moment. C’est plutôt une histoire douce, intelligente et magnifiquement dessinée qui nous embarque dans un voyage calme et intéressant. L’Apprenti Otaku utilisait le terme de fantasy mélancolique et je l’aime beaucoup car il retranscrit très bien le contenu de ce manga. L’entrée en matière m’a conquise et mon seul regret, c’est finalement de ne pas avoir acheté directement le tome 2. Bien vite mon prochain passage chez Kazabulles !

D’autres avis : L’apprenti OtakuLes voyages de LyLes blablas de Tachan – vous ?

Informations éditoriales :
Frieren (série en cours), scénario par Kanehito Yamada, dessin par Tsukasa Abe. Éditeur : Ki-oon, coll. shônen. Traduction : Géraldine Oudin. Prix par tome : 7.90 euros.