Axiomatique – Greg Egan (partie 2/2)

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Il y a une semaine, je vous présentais un premier billet au sujet du recueil Axiomatique de l’auteur australien Greg Egan, édité au Bélial. Je vous racontais un peu mon rapport à l’auteur ainsi que le pourquoi j’en étais venue à lire cet ouvrage, très aimablement offert par l’éditeur.

Dans le présent billet, je vais vous détailler mon sentiment et mon appréciation sur les neuf dernières nouvelles contenues dans Axiomatique. Nous verrons ainsi si mon sentiment général, positif jusqu’ici, se confirme. Sans plus attendre, c’est parti !

En apprenant à être moi :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
Chaque humain reçoit, à la naissance, un cristal implanté dans son crâne qui enregistre absolument tout ce qui constitue sa personnalité. Vers l’âge de trente ans, chacun peut décider de faire détruire son cerveau humain -trop fragile, faillible- pour être totalement remplacé par le cristal aussi appelé dispositif Ndoli. On suit les pensées d’un homme depuis son enfance et ses réactions face à ce procédé ainsi que l’évolution de sa perception de celui-ci.

C’est une nouvelle très introspective qui questionne les composantes de notre identité et par extension, de notre existence. Toutefois, le principe même du dispositif Ndoli me parait tellement aberrant que j’ai eu du mal à m’investir dans ce texte.

Les douves :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
La nouvelle s’ouvre sur un avocat qui subit du harcèlement parce qu’il défend les réfugiés climatiques. Chaque jour, il retrouve son bureau tagué. À travers lui, Egan dresse le portrait d’une Australie qui cherche à protéger sa population à tout prix et qui a des idées très arrêtées sur l’accueil à réserver à ces personnes qui ont tout perdu. Ce n’est pas la première fois qu’il parle de la question des réfugiés, souvenons-nous de Cérès et Vesta
Parallèlement à cela, la compagne de l’avocat, qui travaille dans un laboratoire d’analyse médico-légale, tombe sur une anomalie dans l’une des preuves biologiques qu’elle doit étudier. Quel lien, me demanderez-vous ? Et bien disons que certaines personnes iraient très loin pour protéger leur territoire…

Je me refuse à en dire trop pour ne pas gâcher la découverte des personnes qui liraient ce recueil. Cette nouvelle fait froid dans le dos parce qu’elle est plausible, tout simplement. En arrivant à la dernière ligne, j’ai ressenti un malaise qui m’a fait me demander : et si. Pour moi, c’est la marque d’un grand texte.

La marche :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Deux hommes marchent dans la forêt. L’un menace l’autre avec une arme et on comprend qu’il va l’exécuter parce qu’il y a un contrat sur sa tête. L’autre sait que sa vie arrive à son terme et essaie de négocier.

J’ai eu du mal à voir où Egan voulait en venir ici. On retrouve la même technologie que dans la nouvelle Axiomatique, avec des questionnements un peu semblables quoi qu’ici on va plus loin en évoquant les probabilités pour qu’un jour, il existe quelqu’un qui soit par hasard exactement identique à nous. C’est très… philosophique et redondant. Pas un mauvais texte mais certainement pas mon préféré.

Le pti mignon :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
Frank veut désespérément un enfant. La nouvelle s’ouvre sur une dispute entre sa compagne et lui. Elle ne veut pas entendre parler de maternité et lui avance tous les arguments possibles en faveur, affirmant qu’il s’en occupera, qu’elle n’aura rien à faire, qu’elle n’est même pas obligée de porter l’enfant… Cette introduction dure une page et demi mais elle m’a crispée à un point tel que j’ai failli arracher la page et demi en question. Pourtant, je me doutais qu’il y avait plus que cela et j’ai bien fait d’aller plus loin !

Après que sa compagne l’ait quitté, Frank décide d’investir dans un dispositif appelé pti mignon qui créé un simulacre de bébé destiné à mourir à l’âge de quatre ans -et donc à rester un bébé au stade de bébé toute sa « vie ». Il va le porter lui-même (les hommes enceints ne sont pas une curiosité dans cette société) et s’en occuper mais petit à petit, alors que la date fatidique approche, Frank va tout remettre en question vu qu’il aime sincèrement cette enfant, prénommée Ange. Il ne peut pas la laisser mourir. Si elle parle, si elle lui sourit, alors elle a forcément une conscience, au contraire de ce qui est affirmé par les fabricants de ce dispositif…

C’est une nouvelle assez osée et dérangeante. Elle m’a mise mal à l’aise, en partie parce que je ne ressens pas du tout ce désir de maternité, donc j’ai du mal à comprendre pourquoi Frank allait aussi loin. Pourtant, c’est un texte très riche qui pose des questions intéressantes sur ce fameux impératif biologique. Brillant.

Vers les ténèbres :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
John est un coureur. Son travail consiste à se déplacer au sein d’une anomalie qui apparait par hasard dans une ville donnée et d’en sauver les gens coincés dedans. Cette anomalie répond à plusieurs règles dont je vous épargne le détail.

Le concept même du métier de John est intéressant, par contre je crois que je suis totalement passée à côté des enjeux de cette nouvelle parce qu’une fois celle-ci terminée, je me suis demandée de quoi ça parlait, en fait…

Un amour approprié :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
Et le titre le plus ironique revient à…
Chris, le mari de Carla, a été grièvement blessé dans un accident de train. Son corps ne s’en remettra pas mais son cerveau est intact et la technologie qui existe dans ce monde permettrait de lui créer une nouvelle enveloppe sans problème. Hélas… Cela prendra du temps, au moins deux ans ! Et leur police d’assurance dispose d’une clause qui oblige Carla à opter pour la solution de conservation la moins chère. Cela signifie donc que pour conserver le cerveau de Chris aussi longtemps, il faudra l’implanter… dans son utérus.

Évidemment, Carla passe par tout un tas de phases et d’émotions mais elle finira par accepter cette horreur et par être enceinte (avec tous les symptômes qui vont avec) pendant DEUX ANS avec tout ce que cela implique. Cette nouvelle met en scène l’instrumentalisation du corps féminin dans tout ce qu’elle a de plus abject. J’ai trouvé la maîtrise psychologique dont Egan fait preuve ici vraiment impressionnante. On sent les traumatismes profonds que la situation a créé chez Carla, ce que tout ça implique dans ses relations à autrui et notamment à Chris… C’est franchement brillant.

Et immonde.
Mais brillant.

La Morale et le Virologue :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Une nouvelle à ne pas lire par les temps qui courent… Ni après une pandémie.
Un scientifique qui s’avère être également fanatique religieux se met en tête de créer un super virus du SIDA afin de punir les homosexuels mais aussi les personnes adultères et celles qui couchent en dehors des liens du mariage. Ce virus meurtrier fonctionnerait d’une façon très simple et peut-être un peu trop car quand certaines questions vont commencer à se poser – grâce à ironiquement un dialogue avec une prostituée- l’homme se demande s’il n’a pas fait une connerie.

Franchement, si vous n’étiez pas paranoïaque avant, vous risquez de le devenir après la lecture de ce texte car un peu comme pour Les douves, on ne peut pas s’empêcher de se demander : et si. Surtout quand on constate avec quelle facilité la mondialisation permet la circulation d’un virus…

Plus près de toi :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
On retrouve dans cette nouvelle le fameux dispositif Ndoli évoqué plus haut. On suit ici un couple qui cherche à savoir ce que ça fait vraiment d’être l’autre, en fusionnant temporairement leurs cristaux par exemple. Malheureusement, le résultat risque de ne pas être à la hauteur de leurs espérances…

On repart ici dans un registre très psycho-philosophique sur les notions d’identité et d’intimité qui rend la nouvelle longuette et pas spécialement passionnante à lire, surtout quand on a un désintérêt profond pour les relations de couple.

Orbites instables dans la sphère des illusions :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Alors ce n’est pas que je n’ai rien compris… Mais presque. Je pense que cette nouvelle s’inscrit peut-être dans la continuité des évènements de Vers les ténèbres mais pas sûre… Dans ce que j’ai pu comprendre, un évènement a rendu les psychés de tout le monde lisibles par autrui et donc influençables puisqu’on entend les certitudes des autres dans sa tête. Il existerait des machines qui ont une influence sur la psyché humaine en les rassemblant par « idéologie » et le couple qu’on suit essaierait de vivre en dehors de ces influences.

Voilà grosso modo. Je ne peux pas donner un avis sur le texte en lui-même parce que je suis passée à côté de ses enjeux et de son thème. Le recueil ne se termine donc pas aussi bien qu’il a commencé mais ça n’enlève rien à ses qualités.

La conclusion de l’ombre :
Je craignais de lire Axiomatique car Greg Egan m’effrayait par son aura et sa réputation. Toutefois, on ne rappellera jamais assez que hard-sf ne signifie pas compliqué ou accessible uniquement à quelqu’un disposant d’un doctorat dans un domaine scientifique comme la physique, la biologie ou que sais-je. La plupart des textes de ce recueil sont accessibles et invitent à des réflexions intéressantes sur ses domaines aussi variés que l’identité, la maternité, la génétique, le dérèglement climatique… J’ai pris beaucoup de plaisir à lire et à réfléchir sur Axiomatique. Je vous en recommande donc chaudement la lecture, que vous soyez ou non des spécialistes en sciences ! Foncez.

D’autres avis : LorkhanYuyineL’Épaule d’OrionAlbédoAu pays des cave trolls – vous ?

INFORMATIONS ÉDITORIALES :
AXIOMATIQUE DE GREG EGAN. TRADUCTION PRÉCISÉE SOUS CHAQUE NOUVELLE. ÉDITEUR : LE BÉLIAL. ILLUSTRATION PAR NICOLAS FRUCTUS. PRIX : 23,90 EUROS
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Axiomatique – Greg Egan (partie 1/2)

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Lire ou ne pas lire Greg Egan… Telle est la question ! À laquelle j’ai pour ma part trouvé une réponse définitive qui se veut plus que positive. Pourtant, celui qu’on appelle le pape de la hard-sf me terrifiait par son aura. Je craignais qu’il soit trop exigeant pour moi, même s’il parait qu’il s’est vulgarisé avec le temps. Du coup, même en ayant lu ses trois titres dans la collection Une Heure Lumière (Cérès et Vesta, À dos de crocodile, Un château sous la mer) et une de ses nouvelles dans le Bifrost (La Fièvre de Steve), même en les ayant aimé et en ayant au moins écrit quatre fois que : hey c’est compréhensible en fait Egan, même quand on n’a pas de culture scientifique (avec une nuance pour Un château sous la mer à cause de la fin, mais j’ai compris le début et le milieu, c’est déjà pas mal !) je continue d’avoir ce petit pincement de stress avant de me lancer dans un de ses écrits. Le dit pincement, d’ailleurs, est responsable du fait que le recueil a attendu au moins une semaine sur la table de mon salon avant que j’ose l’ouvrir…

Je tiens au passage à remercier le Bélial qui m’en a fait cadeau (non, ce n’est pas un service presse, c’est bien un cadeau, j’ai un message qui le prouve :D) ce qui a été une très chouette surprise dans une journée où j’en avais besoin. Un tout grand merci à eux pour leur gentillesse !

Comme toujours lorsque je critique un recueil qui compte plus de dix nouvelles, je vais couper ma chronique en deux car j’ai envie d’aborder chaque texte. C’est d’autant plus vrai ici que chacun d’entre eux en vaut vraiment le détour et qu’ils sont au nombre de dix-huit. Il y aura donc une seconde partie à cette article qui sortira très bientôt.

C’est parti pour mon petit retour d’expérience de novice en terre eganienne !

Je rappelle juste avant (et après promis on évoque les nouvelles) que hard-sf ne signifie pas forcément difficile d’accès, son nom est trompeur ! Comme le rappelle Apophis dans son guide de lecture sur la Hard-SF : « ce qui définit avant tout la Hard SF, c’est son respect des théories scientifiques / des lois physiques telles qu’elles sont formulées ou comprises au moment de la rédaction du livre concerné. » Et pour ça, très clairement, Egan est un maître.

-L’assassin infini :
(Traduction : Francis Lustman et Quarante-Deux)
Le recueil commence avec une nouvelle assez complexe sur le plan des concepts. On y suit un homme qui travaille pour la Firme, que je suppose être un organisme de contrôle transdimensionnel. Cet homme doit veiller à ce que les dimensions ne s’écroulent pas les unes sur les autres. Pourquoi le feraient-elles ? Et bien il est possible de consommer une drogue qui permet de vivre des futurs possibles et d’éventuellement choisir de s’y installer ad vitam, ce qui cause un certain nombre de soucis.

Ce n’est qu’à la fin que j’ai vraiment pris conscience de l’ampleur du concept et des possibilités offertes. Et ça m’a retourné le cerveau…

-Lumière des évènements :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Dans cette nouvelle, dés l’âge de neuf ans, tout le monde reçoit par morceaux des éléments de son futur qui ont été consignés par eux-mêmes, plus tard, au sein d’un journal. Je vous passe les explications scientifiques pour justifier ce phénomène qui ont l’air plausible à la novice que je suis. Ce n’est pas ce que j’ai trouvé le plus important.

On se rend rapidement compte que les évènements reçus ne racontent pas forcément la vérité toute crue. Une agression est par exemple minimisée afin de ne pas causer de traumatisme anticipé à l’enfant, un bonheur conjugal est feint pour sauvegarder les apparences… Finalement, Egan pose la question de la Vérité Historique car quand le personnage comprend ces petites modifications, il commence à remettre en question ce que dit « l’actualité ».

J’ai trouvé l’ensemble vertigineux dans ses implications.

-Eugène :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Dans un monde de plus en plus automatisé, Angela et Bill gagnent par hasard à la loterie et décident donc d’avoir un enfant puisqu’ils auront les moyens de l’élever dignement. Le problème, c’est qu’ils n’arrivent pas à concevoir naturellement. Ils se rendent donc chez un généticien qui leur propose de choisir toutes les caractéristiques physiques et les qualités de leur futur enfant -déjà prénommé Eugène. Un choix qui met mal à l’aise ces personnes simples qui pensent qu’il faut laisser le hasard faire les choses, hormis en ce qui concerne les maladies génétiques.

La question qui se pose est la suivante : si vous pouviez créer un enfant capable de changer le monde, le feriez-vous ? Le généticien appuie sur la culpabilité des parents qui voudraient trouver des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique, pour enrayer toutes les crises actuelles et à venir. Les qualités exceptionnelles de leur enfant pourraient tout arranger. Mais…

Honnêtement, cette lecture m’a chamboulée par ses implications. J’ai eu besoin d’une pause pour m’en remettre.

-La caresse :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valery, harmonisé par Quarante-Deux)
Un flic doit résoudre le meurtre d’une vieille dame riche assassinée chez elle. Dans le sous-sol de sa maison, il découvre une chimère de femme tigre et se demande ce qui peut pousser quelqu’un à créer une forme de vie comme celle-là. L’enquête va l’entrainer dans le milieu artistique, à la rencontre d’un mouvement initié par le peintre Lindhquist (figure inventée, selon ma brève recherche) qui consiste à reproduire une œuvre dans la réalité car la peinture serait une fenêtre ouverte sur une dimension inaccessible à l’homme.

C’est là que tout va partir en vrille car la chimère a évidemment été créée dans le but de servir cet idéal artistique et de reproduire un tableau bien précis. Le problème ? Il manque le second protagoniste… Je vous laisse imaginer la suite.

Je suis ressortie de cette lecture fascinée et gênée d’être fascinée.

-Sœurs de sang :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Deux jumelles se font la promesse de vivre et mourir ensemble. Des années plus tard, l’âge adulte a séparé leurs chemins. Elles ne se ressemblaient pas tant que ça, de toute façon… L’une d’elle déclare alors une maladie génétique et en informe sa sœur, sauf qu’une seule va survivre alors qu’elles ont pris le même traitement… Mais était-ce vraiment le même ?

Cette nouvelle traite du concept d’essais cliniques et de leur absurdité. Je n’avais jamais réfléchi à cela mais c’est vrai qu’accepter consciemment de donner un médicament placébo à quelqu’un de condamné alors qu’un traitement pourrait potentiellement leur sauver la vie, même expérimental, c’est assez cruel. Ça m’a du coup rappelé un ancien épisode de Grey’s Anatomy (on a les références qu’on mérite ->) sur le sujet que je vois sous un autre angle.

-Axiomatique :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
La nouvelle qui donne son titre au recueil, rien de moins ! À travers le personnage d’un homme meurtri par le deuil, Egan brosse une société où il est possible, grâce à des implants, de choisir ses goûts, ses centres d’intérêt, ses convictions, comme sur catalogue. Il serait par exemple possible de devenir un fervent chrétien du jour au lendemain ! Ou de remettre en cause le sacré de la vie… Et donc être capable du pire.

De prime abord il s’agit d’une banale histoire de vengeance. Toutefois, le propos en toile de fond, s’il n’est pas le plus original, n’en reste pas moins interpellant. Finalement, qu’est-ce qui définit notre personnalité dans un monde où on peut tout changer en s’insérant une puce dans le nez ?

-Le coffre-fort :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
Tous les jours, un homme se réveille dans un corps différent et ce, depuis sa plus tendre enfance. Il ignore qui il est, son propre nom, sa propre identité, ses origines. Il vit la vie de plusieurs personnes différentes au sein de la même ville, dans un certain rayon de distance, uniquement certains types de personnes (des hommes nés en une certaine année) si bien qu’il lui arrive de retourner dans des corps déjà occupés. Il ne contrôle rien, c’est le complet fruit du hasard.

Depuis des années, il note le détail de ses journées dans un carnet qu’il dépose dans un coffre, afin de disposer de données à analyser pour essayer de comprendre ce qui lui arrive. Et si ce matin-là, il ne s’était pas réveillé dans le corps d’un soignant en psychiatrie… Il serait probablement toujours dans l’ignorance.

À nouveau Egan questionne la notion de ce qui forme notre identité et rappelle à quel point nous sommes obsédés par nos origines.

-Le point de vue du plafond :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Après s’être fait tirer dessus, un producteur de cinéma acquiert une perspective différente et voit tout depuis le plafond, tout… Même son propre corps. Je dois avouer que je n’ai pas compris le contenu du texte et surtout, à son intérêt. J’ai du passer à côté de quelque chose. Par contre, en le lisant, j’avais un peu mal au cœur, comme si je souffrais moi aussi d’un souci neurologique. C’était bizarre.

-L’enlèvement :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
David reçoit une demande de rançon pour sa femme, qui n’a pourtant pas été enlevée.
Étrange ? Oui, tant qu’on ne sait pas que, dans ce monde, il est coutume d’enregistrer une copie numérique de soi, de ses souvenirs. Ce que la femme de David se refuse à faire… Mais n’est-il pas possible d’en créer une grâce aux souvenirs de David, justement ? Et si oui, cette copie possède-t-elle des sentiments ? L’enfermement de sa conscience ne serait-il pas une forme de torture ? Une torture possible à cause de David et de son choix de s’enregistrer ?

Au départ, j’ai trouvé David stupide dans sa réaction puis j’ai réfléchi et je dois avouer que le doute m’a aussi saisie. Finalement, j’ai compris sa démarche et j’admets que cette lecture m’a perturbée à cause de cela.

Conclusion (intermédiaire) de l’ombre :
À ce stade je dois avouer que ce recueil ne me pose aucun difficulté en matière de compréhension ni de contenu. Hormis une nouvelle à côté de laquelle je suis passée, j’ai réussi à aisément comprendre le propos des histoires racontées, à me sentir concernée par les personnages et j’ai chaque fois eu envie de réfléchir sur ce que je lisais. C’est une lecture intellectuellement très stimulante et qui achève définitivement de lever mes doutes sur Egan. J’ai hâte de poursuivre !

Merci d’avoir lu cette première partie de mon retour ! On se retrouve très vite pour la suite.

D’autres avis : LorkhanYuyineL’Épaule d’OrionAlbédoAu pays des cave trollsDrums’n’Books – vous ?

Informations éditoriales :
Axiomatique de Greg Egan. Traduction précisée sous chaque nouvelle. Éditeur : Le Bélial. Illustration par Nicolas Fructus. Prix : 23,90 euros.
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Green Lady – Aeph

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J’ai eu l’occasion de découvrir le travail d’Aeph l’année dernière grâce à une proposition de service presse de la part d’YBY. C’est dans ce cadre que j’ai lu La Hyène, la sorcière et le garde-manger dont je vous recommande également la lecture. J’avais beaucoup apprécié cette expérience aussi quand j’ai cherché par où commencer ma découverte plus en profondeur du catalogue d’YBY, il était évident pour moi que cela passerait par un autre texte de cet auteur.

Un texte de SF, qui plus est !

Alice est un hologramme domotique qui appartient à Monica, une femme au tempérament solitaire. Depuis cinq ans, Alice accompagne Monica dans son quotidien et celle-ci développe des sentiments amoureux envers cette I.A. au point de lui commander un corps physique.

Je dois avouer que j’ai froncé un peu les sourcils au début car je craignais que l’histoire ne sombre dans le malsain et le voyeurisme. Quand la plupart des auteur.ices parlent d’amour, iels y ajoutent forcément un volet physique et donc sexuel, ce qui a tendance à m’agacer. Aeph en joue d’ailleurs tout du long avec brio car pour diverses raisons, le corps commandé par Monica est celui d’une love doll. Les gens avec qui elle est en contact lui prêtent donc forcément des envies de cette nature…

Heureusement, Aeph ne tombe pas dans les écueils que je craignais. L’auteur propose ici un texte solide qui pose des questions qui, certes, ne sont pas neuves en science-fiction mais qui restent intéressantes en montrant de quelle manière les I.A. pourraient évoluer jusqu’à obtenir une forme de conscience, ce que ça impliquerait dans ces cas-là, comment et pourquoi on peut tomber amoureux.ses.x d’un programme… Et finalement, qu’est-ce qu’un programme ?

La nouvelle est écrite avec doigté et sensibilité pour finalement proposer une jolie histoire sensible que j’ai pris plaisir à lire. Je vais continuer à surveiller le travail de cet auteur !

D’autres avis : pas à ma connaissance mais manifestez-vous !

Informations éditoriales :
Green Lady écrit par Aeph. Éditeur : YBY. Illustration(s) : Diego Tripodi. Prix : 6.50 euros en papier et 2.99 euros en numérique.
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L’irrequiem – Weggen

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Cette nouvelle écrite par Weggen se distingue avant toute chose par la mise en page qui, il est important de le dire, a été transférée sur le format numérique. Chapeau ! À l’instar de The Dead House de Dawn Kurtagich, l’auteur joue avec les mots au sens littéral. Au menu : du texte qui tombe sur la page, en gras, en italique, en taille plus petite pour ajouter une emphase, un rythme, et renforcer les mots utilisés. J’aime beaucoup ces jeux de mise en page qui, en plus, renforcent le style d’écriture que je trouve poétique et travaillé.

L’histoire se déroule dans un monde à l’agonie. Des musiciens se servent de leur art pour faire fonctionner un navire et tenter de rejoindre les étoiles -si j’ai bien compris. Pour cell.eux qui ont besoin de détails techniques ou de world-building solide, ça n’ira pas beaucoup plus loin mais, personnellement, ça ne m’a pas dérangé car l’écriture très graphique de Weggen permet aisément de s’immerger dans cet univers et surtout, cette atmosphère. Une atmosphère particulière qui mobilise plusieurs arts : musical, écriture en prose, poésie des mots, le visuel aussi… C’est un très beau travail qui a été réalisé.

Le lecteur suit Allegria qui a perdu Faustine, la femme qu’elle aimait, et qui essaie d’accomplir son rêve et de rester en vie pour garder vivace le souvenir de Faustine. Sauf que les éléments et le Monde de manière générale semblent décidés à l’en empêcher…

Je n’en dirai pas davantage pour ne rien dévoiler du twist, je me contenterai de dire que vu le ton global, j’espérais un autre type de fin mais c’est propre à moi et ne m’a pas empêché de sourire. L’irrequiem est un texte intéressant, inspiré, prometteur aussi qui donne envie de suivre les prochaines publications de Weggen.

D’autres avis : pas à ma connaissance mais signalez-vous.

Informations éditoriales :
L’irrequiem écrit par Weggen. Éditeur : YBY. Illustration(s) : Clays. Prix : 6.50 en papier, 2.99 en numérique.
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Chronique de trois abandons successifs (ou presque !)

Il y a des périodes où, malheureusement, s’enchainent les lectures décevantes même quand on se tourne vers des valeurs sûres. En règle générale, je n’écris pas à leur sujet mais je vais faire une exception puisque j’ai quand même abandonné deux UHL presque coup sur coup et terminé une novella publiée au Chat Noir en me forçant. Ça valait bien un petit billet d’autant qu’il en fallait un pour valider la dernière lecture pour le Winter Short Stories of SFFF…

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Quand on décide de compléter une collection littéraire, il est certain qu’on n’appréciera pas tous les ouvrages publiés en son sein de la même manière. Il me reste encore peu d’UHL à lire et si je ne les ai pas encore lus, c’est pour une raison : souvent parce que le résumé ne m’attirait pas tant que ça. Pourtant, je tiens à essayer et c’est ainsi que je me suis lancée dans la lecture d’Helstrid de Christian Léourier.

Il faut savoir que, jusqu’ici, j’ai apprécié les quelques textes courts lus chez l’auteur. Je partais donc avec confiance et j’ai rapidement déchanté en me rendant compte que le personnage principal provoquait chez moi un fort sentiment de rejet. J’ignore à quoi cela est du mais la manière dont l’I.A. Anne-Marie est mise en scène m’a également fait ressentir un malaise. N’étant pas capable de passer outre, j’ai tout simplement laissé le livre de côté. Parfois, ça ne sert à rien de s’acharner et j’ai appris à dire stop.

J’insiste : je ne remets pas en cause les qualités de l’auteur. Juste, je n’ai pas accroché…

D’autres avis : Le dragon galactiqueLes critiques de YuyineNevertwhere – L’épaule d’Orion – Les lectures de Xapur – Le culte d’Apophis – Les lectures du maki – La bibliothèque d’Aelinel – Au pays des cave trolls – Lorhkan et les mauvais genres – 233°C – L’ours inculte – vous ?

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Et ça a été la même chose avec le second UHL : La Chose (justement…) qui est pourtant un texte important dans le paysage de la SF, un texte qui date de 1938 et a été traduit par Pierre-Paul Durastanti dans la présente édition. Hélas, dés le début, je me suis ennuyée. Les personnages manquent de consistance, si bien que je ne suis pas parvenue à me sentir concernée par eux et donc l’ambiance horrifique n’a pas du tout fonctionné puisque je me fichais de ce qui pouvait leur arriver. Une fois à la moitié, j’ai lu en diagonale jusqu’à la fin, par curiosité puisqu’il s’agit d’un monument. Si j’ai bien aimé ce qu’elle ouvre comme perspectives, cela ne va pas plus loin.

D’autres avis : L’épaule d’OrionAlbédo – Le culte d’Apophis – Au Pays des Cave Trolls – Le post-it sfff – Lorhkan – vous ?

Du coup, me voilà bien embêtée avec le challenge de l’amie Trollesse puisque je stagne sans rien valider. Ainsi, quand j’ai reçu Quand vient le dégel de Jayson Robert Ducharme aux éditions du Chat Noir (traduit par Cécile Guillot), j’en ai profité et me suis fait violence pour aller au bout des 96 pages.

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Il faut savoir que la novella s’ouvre sur une note de l’auteur qui explique avoir écrit son texte en réponse à l’appropriation culturelle de la fameuse forêt du suicide au Japon, qu’il qualifie de fascination morbide à usage commercial. Il voulait, dit-il, apporter sa propre pierre à l’édifice contre cette appropriation sauf qu’il le fait en… écrivant une fiction sur le sujet à usage commercial ? J’ai du passer à côté de quelque chose dans sa logique.

Son texte raconte l’histoire d’Eleanor qui se rend dans la forêt Adrienne (inspirée de celle d’Aokigahara) à la recherche de son fils de dix-sept ans qui a des pensées suicidaires. Je ne peux pas vraiment en dire plus sans dévoiler le nœud de l’intrigue et le retournement de situation qui permet de comprendre ce qui paraissait, de prime abord, être des incohérences. L’ambiance n’a pourtant, une fois de plus, pas fonctionné sur moi d’autant que je ne me suis pas attachée au personnage d’Eleanor qui a des préoccupations très éloignées des miennes. La fin a aussi été relativement décevante, pourtant il y avait de chouettes idées. Mettons ça sur mon côté macabre…

D’autres avis : Livraisons Littéraires – vous ?

Je dois avouer que je suis un peu saoulée par ces abandons multiples, j’ai donc décidé de faire une pause dans le format court pour me réfugier dans une valeur sûre avec l’Alphabet des créateurs d’Ada Palmer.

Et vous, des déceptions récemment ?

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Bonus : Lire un texte qui fait peur.

Simulacres Martiens – Eric Brown

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Sherlock Holmes sur Mars !

Simulacres Martiens est une novella qui s’inspire de la Guerre des mondes écrit par H. G. Wells et du célèbre duo créé par Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes et le Dr. Watson. Je dois confesser que je n’ai pas lu le roman de Wells et que même si j’aime beaucoup la figure de Holmes (notamment grâce à l’excellente série Sherlock) je n’ai lu qu’un seul de ses textes : le chien des Baskerville. J’ai donc abordé ce texte sans attentes particulières ni point de comparaison spécifique.

Concept :
Les Martiens ont envahi la Terre il y a une dizaine d’années, apportant avec eux quelques bénéfices pour l’humanité. La novella est racontée par le Docteur Watson, comme c’est toujours le cas pour les textes de Doyle mettant en scène Holmes. Watson évoque une enquête (à lire dans le Bifrost 105 dont j’attends l’arrivée sous peu dans ma boîte aux lettres) qui a tissé des liens entre Sherlock et l’ambassade de Mars. Ainsi, l’ambassadeur lui demande son aide pour tenter de résoudre un nouveau meurtre qui aurait été commis… Sur Mars.

Le célèbre détective et son ami devront donc embarquer dans un vaisseau pour trente-cinq jours de voyage ! Une aubaine pour Sherlock Holmes qui se passionne pour la culture martienne et a même appris leur langue. Mais pourquoi en appeler à lui spécifiquement pour résoudre un meurtre sur une autre planète qui dispose probablement d’enquêteurs compétents ? Rapidement, on se rend compte qu’il y a anguille sous roche…

Mon ressenti :
J’ai lu ce texte avec un certain plaisir. Les pages s’enchainent, les informations sur l’univers nous parviennent sans exposition inutile et on a envie de savoir où tout cela va mener. C’est bien maîtrisé dans l’ensemble toutefois j’ai été surprise par le déroulé des évènements. Quand on me parle de Sherlock Holmes, j’ai tendance à m’attendre à une véritable enquête théoriquement impossible à résoudre qui mettra à profit son intellect. Ici, on est plutôt dans une aventure au sens classique du terme et les talents de Sherlock ne servent pas à grand chose, si pas… à rien du tout. Tout comme Watson, il est spectateur des évènements et des rebondissements politiques qui se présentent à lui au point que j’ai l’impression que sa présence est davantage un prétexte à mettre en avant pour attirer l’œil sur le texte qu’autre chose. En soi, cela ne m’a pas gêné mais les personnes plus intéressées par l’aspect victorien-holmesien resteront probablement sur leur faim.

En parlant de fin (vous excuserez le jeu de mots !), je dois admettre que celle de cette novella me laisse perplexe. Rétrospectivement, Simulacres Martiens constitue plutôt une introduction au concept d’Eric Brown car le dernier chapitre ne conclut rien, que du contraire. Il annonce d’autres évènements à venir qui ne manqueront certainement pas d’intérêt ! Et que, je suppose, le Bélial traduira quand le moment sera venu. Mais du coup, j’ai l’impression d’avoir lu une sorte de bande-annonce très complète…

À ce stade, vous avez probablement l’impression que ma lecture s’est avérée, au mieux, mitigée mais ce n’est pas le cas. J’ai beaucoup apprécié le principe d’une uchronie victorienne où des envahisseurs aliens s’en prennent à l’humanité et où une faction rebelle tente de les chasser. C’est pourtant un principe classique mais l’époque de départ change tout pour moi, ça me séduit. Et la présence de Sherlock en rajoute une couche même s’il ne brille pas le moins du monde, au contraire du personnage de Freya Hadfield-Bell qui est très intéressante dans son rôle de rebelle militante et femme d’action. Je me demande si elle conservera cette saveur dans la suite.

La conclusion de l’ombre :
Simulacres Martiens est une uchronie de science-fiction où les Martiens ont envahi la Terre au début du 20e siècle. Contemporain de cette situation, Sherlock Holmes est sollicité par eux pour résoudre un crime sur Mars. Si j’ai regretté que le personnage de Sherlock Holmes soit plus un spectateur qu’autre chose et que la novella soit finalement une introduction plus qu’un texte terminé sur lui-même, les idées d’Éric Brown et son concept ont su m’intriguer et je me réjouis de lire ce qu’il écrira d’autre dans cet univers.

Informations éditoriales :
Simulacres Martiens écrit par Éric Brown. Éditeur : Le Bélial. Traducteur : Michel Pagel. Illustration de couverture par Aurélien Police. Prix : 9.90 euros.

D’autres avis : Lutin82XapurGromovarLe Syndrome de QuicksonLe nocher des livresL’épaule d’OrionAu pays des cave trolls – vous ?

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Bonus : Lire un texte se déroulant sur Mars

Vingt plus 1 – Livre anniversaire des éditions ActuSF

Bonjour à tous/tes/x !

Il y a déjà plusieurs mois que ce petit ouvrage anniversaire trainait dans ma PàL. Il m’a gentiment été offert par une librairie indépendant qui en avait de trop et je l’avais laissé de côté, sans raison particulière. Le Winter Short Stories of SFFF a été l’occasion qu’il me manquait pour le sortir et le découvrir.

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Les 20 ans +1 d’ActuSF.

Cette introduction rédigée par Jérôme Vincent raconte l’histoire de la maison d’édition et en fait ensuite sa présentation succincte en expliquant ses différentes collections et initiatives. J’ai bien aimé découvrir la genèse de ce géant qu’est devenu ActuSF. L’éditeur (autrement nommé Grand Chef 😉 ) nous offre une origin story touchante qui brosse un peu ce qu’était le panorama de la littérature de l’imaginaire il y a vingt ans. Un document qui deviendra historique !

Cinq nouvelles sont ensuite proposées, écrites par des auteur.ices.x phares de la maison d’édition.

Sacrée saison – Karim Berrouka
Sacrée saison est une histoire de… héros et de vilains ! Surprenant, et pourtant… Le concept est simple : l’humanité a connu une épidémie de super-héros. Vous avez bien lu : une épidémie. Il y en avait beaucoup trop par rapport au reste de la population à sauver. Du coup, ceux-ci sont devenus fous et certains ont viré super-vilains… Je n’entre pas dans les détails pour ne pas divulgâcher le contenu de la nouvelle.

Pourquoi ce titre ? Et bien ces héros ne se réveillent que durant l’été, un mois sur douze donc (oui il y a un contrôle climatique strict) au cours duquel une agence tente de les détruire. On suit le déroulement de cette fameuse saison et, avec elle, un plan ambitieux des pouvoirs en place pour parvenir à totalement éradiquer cette menace…

Comme souvent avec les textes de Karim Berrouka, j’ai d’abord été déconcertée par ma lecture. Puis, en avançant, j’y ai décelé plusieurs messages sociaux comme la façon de traiter les personnes qui sortent de la norme, la stigmatisation d’une partie de la population pour des raisons arbitraires, le fait d’œuvrer à sa propre mise au chômage ou encore l’incapacité des politiciens à voir sur le long terme, préférant se concentrer sur les effets immédiats pour impressionner l’électorat.

Difficile de dire dans l’ensemble si j’ai aimé ou non cette lecture (comme souvent avec l’auteur) mais je salue l’imagination !

Mosquito Toast – Jeanne A. Debats
Cette nouvelle se passe dans l’ouest américain, pendant l’épidémie de fièvre jaune, et raconte l’histoire d’un vampire qui traque son créateur prénommé Gilles (vu la manière dont il est décrit ainsi que ses goûts pour les enfants, je pense que c’est une référence à Gilles de Rais si pas Gilles de Rais lui-même). Ce dernier a pour ambition de créer une sorte d’éden vampirique sur le territoire d’une tribu indigène. Cette tribu va engager notre vampire pour l’en empêcher.

Je n’ai pas grand chose à dire sur ce texte parce qu’il m’a semblé trop classique et prévisible. Il faut dire que je ne suis plus le public cible et que j’ai trop lu d’histoires de ce type pour vraiment m’y retrouver. C’est toutefois bien écrit, à la première personne du point de vue du vampire, et les lecteur.ices.x adeptes de ce type d’histoire y trouveront leur compte.

Danser dans la tempête – Morgan of Glencoe
Yuri quitte temporairement le Japon pour rencontrer la famille de sa mère à l’occasion d’une célébration annuelle où, se fiant à une ancienne légende, les femmes de l’île dansent avec les kelpies, nues, durant une nuit.

C’est ce que raconte cette nouvelle. En quelques pages, Morgan of Glencoe arrive à instiller des éléments inclusifs comme une femme transgenre qui participe à la célébration, ce qui surprend d’abord Yuri avant que son amie ne lui dise que l’important, c’est que la personne se considère comme une femme, pas ce qu’elle a entre les jambes. C’est tout à fait vrai et la réflexion ainsi que la réponse se marient bien au reste du récit. Ça n’a rien d’artificiel. Ainsi, l’autrice raconte une jolie petite histoire qui m’a finalement bien plu alors que je n’avais pas terminé le premier tome de sa saga. Comme quoi !

Toi que j’ai bue quatre fois – Sylvie Lainé
Je vais être honnête, je n’ai pas su terminer cette nouvelle. J’ai lu une page et elle m’est tombée des mains, tout simplement parce que l’érotisme et moi, ça fait douze. Je n’apprécie plus du tout en lire et je n’avais pas tilté qu’il s’agissait de ce type d’écrit à la base. Cela ne remet pas en question la qualité du texte ou son contenu, ce sont mes goûts personnels mais j’ai ressenti un malaise au bout de quelques lignes, si bien que j’ai préféré laisser tomber.

Gabin sans « aime » – Jean Laurent Del Socorro
Je vous ai déjà parlé de cette nouvelle dans un article antérieur car j’avais eu le plaisir de la découvrir dans l’édition collector de Royaume de Vent et Colères. Ç’avait été un absolu coup de cœur, j’ai donc pris beaucoup de plaisir à la relire et j’en ressors tout aussi bouleversée. Jean Laurent Del Socorro est sans conteste l’un de mes auteurs francophones favoris !

La conclusion de l’ombre :
Vingt plus un est un petit ouvrage collector sympathique et indispensable pour toutes les personnes qui aiment les éditions ActuSF. Une chouette initiative pour fêter leur anniversaire. On ne peut que leur souhaiter une longue vie !

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Bonus : Lire un/e auteur/ice francophone + faire preuve d’éclectisme.

Colonie Kitej : Afterwave – Vincent Mondiot & Élodie Denis

Afterwave est un volume intermédiaire au sein de la trilogie Colonie Kitej écrite par Vincent Mondiot et édité (si on peut dire…) par les Saisons de l’Étrange. Il contient cinq nouvelles se déroulant entre Toute entrée est définitive, dont je vous ai précédemment parlé sur le blog, et Élections et exécutions, la suite qui se trouve dans ma PàL.

Mais avant toute chose… 
Au départ, honnêtement, je ne voulais pas écrire d’article sur mon blog à propos de ces titres parce que ça donne de la visibilité à une initiative éditoriale qui, selon moi, n’en mérite pas vu le peu de considération qu’elle semble (c’est ce que je constate de l’extérieur en tout cas) avoir pour ses propres titres (aucune annonce pour la sortie officielle, mauvais suivi pour les envois aux contributeurs, etc.). Mais j’apprécie Vincent. J’apprécie son travail. Et je suis autrice moi-même. Je sais ce que ça fait d’écrire un titre « dans l’eau », un titre qui nous tient à cœur parce qu’on y a mis notre âme, qu’on y a mis tout ce qu’on aime, tout ce qu’on est, pour lequel on ressent une profonde fierté, mais que personne ou presque ne va lire, sur lequel personne ou presque ne va écrire, parce qu’invisible dans la masse. C’est le jeu de l’édition, me direz-vous. Sauf qu’ici, Kitej n’a même pas eu le début d’une chance… Et merde, c’est injuste.

Alors aujourd’hui, j’enfile ma cape et mes collants (de modératrice) j’écris ce billet pour soutenir un auteur que j’aime et lui montrer que oui, ses textes valent le coup qu’on écrive une chronique à leur sujet. J’écris pour Vincent et pour vous encourager à le suivre LUI directement. Il prépare des surprises sympas pour cette année, ce serait dommage de rater ça :  Son facebookson twitterson blog.

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Rentrons dés à présent dans le vif du sujet ! Parce qu’on est là pour parler littérature, au départ, quand même.

Niveau 1.18,5 : la voie du modérateur.
Ce texte d’introduction multiplie les points de vue. Le lecteur retrouve Mme Azul qui désespère d’avoir rouvert son bar, rencontre Arthur Bones alias Skull, un modérateur plutôt extrême ainsi que deux criminels à la petite semaine. L’intrigue est assez linéaire mais sert surtout à poser une ambiance et à illustrer un peu plus dans le détail la profession de modérateur, sorte de vigilant qui se chargent de faire vaguement respecter une forme de justice sur la colonie Kitej.

Pour vous donner une petite idée du ton, voici comment se conclut ce texte: « (…) le nombre de modérateurs dans la colonie spatiale Kitej était estimé à deux mille cent individus, pour une population totale de six millions d’habitants. Parmi ces modérateurs, seuls quarante-neuf détenaient une licence professionnelle accordée par la Mairie. »

Chaque nouvelle s’achève d’ailleurs par un paragraphe en italique qui donne une information surprenante, un brin ironique et surtout qui prête à sourire (si on aime l’humour noir).

Niveau 1.2 : Kitej Plage
Probablement la nouvelle qui m’a le plus parlée. On y rencontre Hayden Tegan, amie de Soraya (une des principales protagonistes du premier volume) qui se désespère des idées débiles de la Mairie (après, j’admets, Kitej Plage, il fallait l’oser… ) et porte un regard plutôt cynique sur le monde.

Hayden est une jeune adulte, avec des réflexions et des considérations propres à son âge. Elle est pourtant très touchante dans sa colère et sa rébellion intérieure. C’est une nouvelle à taille humaine, qui parle d’amitié et du passage à l’âge adulte, de l’angoisse du futur. Un thème qu’on va retrouver dans le texte suivant.

Niveau 1.3 : Afterwave
Dieter Papadiamandis est le plus célèbre DJ de Kitej, connu sous le pseudonyme de Saintish. Comme beaucoup d’artistes, il a l’impression que son activité est vaine et semble souffrir d’une forme de dépression. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une forme de catharsis de la part de l’auteur ? Dans ce texte, on le retrouve aux côtés d’Ariane, une fan qui semble au départ avoir juste envie d’un contact sexuel avec lui (c’est la manière polie de dire qu’elle lui demande toutes les deux minutes s’il a envie qu’elle le suce) mais avec qui il partagera finalement bien davantage.

C’est un texte assez touchant sur le passage du temps, le sens de la vie et le fait de se contenter des petites choses pour être heureux. Si Ariane m’agaçait au départ dans sa manière de tout ramener au sexe, j’ai finalement vu davantage derrière ce personnage. L’esquisse est subtile, c’est un texte qui comporte beaucoup de non-dits mais aussi d’émotions, du moins j’en ai ressenti en le lisant. Une belle réussite !

Niveau 1.4 : Dentaculaire (par Élodie Denis)
Dans ce texte, le seul du recueil qui ne soit pas écrit par Vincent Mondiot, on retrouve Soraya et Guillermo, personnages principaux de Toute entrée est définitive, dans une enquête qui va leur faire rencontrer un nouveau modérateur justicier et qui va évoquer la cause animale sur la colonie… un sujet que je n’aurais pas pensé être abordé ici !

C’est également le texte le plus long, un peu plus de 40 pages. Je n’ai pas grand chose à en dire car je l’ai trouvé divertissant mais sans plus. Il lui manquait la portée émotionnelle des deux précédents pour vraiment réussir à me toucher.

Niveau 2.1,5 : ni juge ni bourreau
Ce texte est très court, huit pages à peine, et me fait plutôt l’impression d’un prologue ou d’un teasing, d’une mise en bouche quoi, pour Élections et exécutions (le second tome de Colonie Kitej) plutôt que d’une nouvelle au sens classique du terme car les dernières lignes ne terminent rien, que du contraire ! Elles lancent le tout et donnent envie de découvrir ce qui va se passer…

Et pourquoi pas, d’ailleurs ? Il n’a jamais été annoncé nulle part sur cet ouvrage qu’il s’agissait uniquement de nouvelles au sens classique du terme.

La conclusion de l’ombre :
Ce volume intermédiaire et bonus de Colonie Kitej est un divertissement efficace qui permet de se plonger davantage dans l’univers désenchanté imaginé par Vincent Mondiot. C’est sombre, étouffant mais c’est aussi terriblement humain, avec plein d’action et une esthétique toujours indubitablement influencée par le manga. À consommer sa modération (ni modérateur, si vous tenez à la vie).

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Avancée du challenge : 27 nouvelles lues.
Bonus : Lire un auteur francophone + lire un texte qui se passe dans une ville spécifique.

Le robot qui rêvait – Isaac Asimov (2/2)

Bonjour à tous.tes.x !

Début du mois, j’ai commencé la lecture du recueil « Le robot qui rêvait » d’Isaac Asimov publié chez J’ai Lu au prix de 8 euros et j’avais décidé de couper en deux ma chronique, pour des raisons pratiques. Voici donc mon retour sur les 9 derniers textes (sur 19). Si vous souhaitez savoir ce que j’ai pensé des dix premiers, rendez-vous ici.

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Les nouvelles :
Est-ce que l’abeille se soucie ? :
Cette nouvelle compte à peine quelques pages. On y rencontre Kane, qui travaille à la construction d’une fusée (ou d’un vaisseau) et qui s’y cache lors du décollage afin de partir dans l’espace. Pour quelle raison ? Difficile d’en dire davantage sans gâcher le twist donc je vais m’abstenir. C’est court mais ça suffit et ça remet encore une fois en question la raison des progrès humains. En cela, Est-ce que l’abeille se soucie ? rejoint le concept de Gestation et du Plaisantin dont je vous ai parlé dans mon autre billet.

Artiste de lumière :
Mrs Lardner est une dame plutôt riche connue pour ses sculptures de lumière, qu’elle créée sans autre raison que le plaisir de l’art. C’est aussi une personne qui aime les robots, elle les traite bien et les considère comme des êtres pensants. Alors quand un ingénieur se permet de venir en régler l’un des siens derrière son dos… Autant dire que Mrs Lardner ne va pas le prendre bien du tout.

De nouveau, ce texte ne compte que quelques pages et est plutôt amusant sur son ton et son ironie. Le ton, justement, m’a évoqué le genre du conte. J’ai trouvé l’ensemble inspiré et plaisant.

La sensation du pouvoir :
Dans un monde où les ordinateurs font tous les calculs, un homme invente un procédé pour calculer… De tête ! Asimov renverse le principe du progrès par la technique en imaginant que l’homme se libère des machines. L’idée est toute bête mais je l’ai trouvé brillante. Le déroulement de la nouvelle m’a provoqué un sentiment d’incrédulité, en constatant de quelle manière les scientifiques concernés se sentent de plus en plus puissants en développant l’autonomie de leurs cerveaux, en les affranchissant de la machine. La nouvelle date de 1958 mais on aurait très bien pu l’écrire aujourd’hui tant sa thématique est toujours très actuelle…

Mon nom s’écrit avec un s :
Et si changer une seule lettre de son nom de famille permettait à un physicien de connaître le succès tant espéré ? Il n’y croit pourtant pas quand le numérologue que sa femme l’oblige à consulter le lui conseille… Et il n’agit pas tout de suite. Pourtant, la transformation d’un Z en S va enclencher une série d’évènements complètement inattendus. C’est presque trop gros, pourtant ça fonctionne très bien.

Ce texte joue sur la paranoïa de la guerre froide avec habilité, je l’ai trouvé très astucieux dans sa construction et dans son déroulement. Une fois de plus, Asimov démontre sa maîtrise du format court…

Le petit garçon très laid :
Une technologie récemment développée permet de ramener un petit garçon de la préhistoire. Une infirmière est chargée de s’en occuper pendant que les scientifiques se passionnent d’abord pour la physiologie du petit garçon, puis pour son évolution psychologique. Le texte se déroule sur plusieurs années et montre l’évolution du projet mais aussi celle des considérations du groupe. Car quand la technologie en question se développe au point de pouvoir ramener quelqu’un de l’Histoire, on se désintéresse soudain du pauvre Timmie, dont la présence même pose un problème. En effet, pour ancrer quelque chose du passé dans le présent, il faut une quantité phénoménale d’énergie et cette personne ou cet objet, cet animal, est cantonné à un seul endroit, prisonnier. Du coup, il est temps pour Timmie de repartir d’où il vient, peu importe qu’il ait passé des années dans notre présent à s’instruire, à apprendre la langue, etc.

La nouvelle est écrite du point de vue de l’infirmière, Miss Fellowes, qui est engagée pour s’occuper de lui. L’évolution de leur relation et des sentiments maternels que l’enfant lui inspirent est très crédible et touchante. Même si j’avais deviné la manière dont ça tournerait avant la fin, j’ai tout de même trouvé de texte poignant et d’une grande richesse car il pose finalement la question de ce qu’on est prêt à sacrifier aux avancées scientifiques tout en rappelant que les gens ne sont pas des objets interchangeables.

La boule de billard :
Une nouvelle de hard SF rédigée du point de vue d’un journaliste qui a quelques soupçons au sujet d’une expérience qui a mal tournée. Elle est écrite comme une sorte de journal de notes prises par le journaliste en question, qui raconte la relation entre deux scientifiques, l’un théoricien et l’autre inventeur, l’un reconnu surtout par ses pairs et l’autre, adoré par le grand public, très riche, sorte de Stark avant l’heure si on me permet la comparaison.

Il tente de mettre au point une machine qui simulerait la gravité zéro, alors que son confrère théoricien affirme que c’est impossible. Quand il y parvient, il invite tout le monde à la démonstration… qui tourne mal, comme je l’ai dit. Sympa et bien construit mais pas transcendant non plus pour moi.

L’amour vrai :
C’est le retour du Multivac ! Ou presque car la nouvelle s’intéresse ici à Joe, une partie du programme qu’un scientifique conçoit afin qu’il l’aide à trouver le véritable amour. Pour cela, il lui parle des semaines durant afin de copier sa personnalité dans le programme et lui permettre d’effectuer des recherches sur toutes les femmes du monde, en se basant sur une série de critères. Dans l’esprit du scientifique, si l’ordinateur le connait sur le bout des doigts, il lui trouvera une partenaire compatible à ses goûts.

Mais tout ne se passe pas comme prévu… Une nouvelle moderne qui fait réfléchir sur la numérisation de nos données et de nos personnalités. Elle s’avère plus que bien fichue et je me demande si on n’en a pas tiré des films, ou si c’est l’inverse et Asimov qui s’est inspiré du cinéma…

La dernière réponse :
Murray est mort. Il arrive quelque part où une entité lui annonce qu’il a été choisi pour réfléchir pour l’éternité, parce que ses réflexions vont distraire l’entité en question… L’idée ne plait pas beaucoup à Murray, qui va plutôt réfléchir à un moyen de se délivrer.

Un texte intéressant sur la quête des savoirs et nos raisons de les rechercher. Le texte est construit comme un dialogue philosophique, il se lit tout seul.

De peur de nous souvenir :
John est un homme désespérément moyen jusqu’à ce qu’une injection d’un produit, lors d’une expérience, lui offre la mémoire absolue. Mais mémoire ne signifie pas intelligence… et il va rapidement l’apprendre.

La nouvelle est divisée en plusieurs courts chapitres où on rencontre d’abord John, qui va se marier dans quelques jours, puis sa fiancée, les personnes responsables de l’expérience… On connait donc le personnage avant et après son injection, un produit qui va profondément le changer en lui donnant la folie des grandeurs.

Une très chouette conclusion à ce recueil ! J’ai trouvé le texte ambitieux, rythmé et fascinant, avec une conclusion plus que satisfaisante.

La conclusion de l’ombre :
Avec ce recueil d’Isaac Asimov, je termine ma découverte des fameux Big Three (Asimov, Heinlein et Clark) tous lus au format court. Je dois dire que j’avais des appréhensions avant de me lancer dans la découverte d’un géant comme Asimov, dont j’entends parler depuis des années. Je craignais qu’il ait mal vieilli, j’avais peur de trouver beaucoup de sexisme dans ses textes ou des propos datés mais il n’en est rien. La plupart des nouvelles pourraient avoir été écrites de nos jours. La maîtrise de l’auteur m’a beaucoup impressionné et je vais continuer à découvrir sa bibliographie sans tarder !

Je tiens d’ailleurs à remercier Apophis, sans qui je n’aurais pas franchi le pas.

D’autres avis : pas que je sache mais manifestez-vous si jamais !

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Avancée du challenge : 22 nouvelles lues

Le robot qui rêvait – Isaac Asimov (1/2)

8
Le robot qui rêvait
est un recueil de 19 nouvelles de science-fiction écrites par Isaac Asimov dont la première publication remonte à 1986 en version originale. Les nouvelles de ce recueil ont été écrites entre les années 50 et début des années 80. Vous pourrez le trouver chez J’ai Lu au prix de 8 euros.

Ce billet va concerner les dix premiers textes. Un autre arrivera pour vous parler des neuf autres, afin de vous évoquer chaque nouvelle individuellement.

Je précise que pour parler d’une manière intéressante de ces textes, je devrais parfois révéler leur twist final. Attention donc si vous ne souhaitez pas être divulgâché.

Introduction :
Je n’avais, jusqu’ici, jamais lu Isaac Asimov car je craignais que l’auteur ait mal vieilli, qu’il soit trop misogyne ou tout simplement dépassé. Pourquoi ? Et bien parce qu’il a commencé à écrire, sauf erreur de ma part, dans les années quarante et que je suis parfois pleine de stéréotypes et de préjugés. Jetez moi la pierre… Toutefois, grâce à un article enthousiaste d’Apophis sur l’une des nouvelles de ce recueil, j’ai eu envie de tenter l’expérience et j’ai bien fait car j’ai été tout simplement bluffée par la maestria de l’auteur sur ce format.

Et je dois dire que ça m’a fait beaucoup de bien d’être autant emballée par une lecture car ça ne m’était plus arrivé depuis un moment. J’abandonne régulièrement des romans ou des textes parce que je ne m’y retrouve pas. Mais là… J’ai retrouvé un véritable et sincère plaisir de lecture des plus stimulants, même sur des textes qui me parlaient moins. J’avais d’ailleurs, au départ, décidé de lire une nouvelle par semaine pour découvrir petit à petit toutefois je n’ai pas envie d’attendre plus longtemps pour dévorer ce recueil, donc… tant pi ! Je dévore.

Les nouvelles :
Le robot qui rêvait :
Il s’agit du texte d’ouverture, qui donne son nom au recueil. Il est assez court mais n’a pas besoin de plus pour nous en mettre plein les yeux. On assiste à la discussion entre deux scientifiques : l’une d’elle a construit un robot, Elvex, en utilisant un type de circuit visant à développer un cerveau semblable à celui de l’humain. L’autre est sa mentor, plutôt mécontente car le robot en question a déclaré qu’il rêvait depuis quelques temps déjà…

Un rêve qui inquiète les deux humaines et les poussera à prendre une décision radicale. J’ai trouvé ce texte vertigineux dans son approche et dans ses thématiques car, sans trop en dire, Isaac Asimov laisse son lecteur avec des questions et des considérations sur lesquelles réfléchir. Ce texte date de 1986 et pourtant, il reste très actuel. Fabuleux ! Je peux vous dire qu’après sa lecture, j’ai enchaîné avec le suivant.

Gestation :
Le docteur Ralson est un génie… et il a des envies de suicide depuis qu’il a découvert la vérité sur l’humanité. Et si nous n’étions, finalement, que l’expérience d’un autre peuple ? Je dois avouer que je me suis déjà posée la question, au détour d’un épisode de série qui l’évoquait ou d’un dessin animé qui s’y basait. Dans cette nouvelle, Asimov matérialise cela et se demande comment réagirait quelqu’un, dans ce cas-ci un humain, si cette hypothèse s’avérait fondée.

Je n’ai pas tout de suite compris où l’auteur allait, le texte est assez long mais l’ensemble est grandiose, on ne s’ennuie pas une seconde grâce au personnage du psychiatre qui suit le docteur Ralson et qui s’interroge sur son état, sur ce qu’il prend d’abord pour des délires, avant de comprendre… Clairement, pour moi, cette nouvelle est brillante.

Les hôtes :
Rose est biologiste et reçoit chez elle un alien en visite, dont son mari, policier, ne veut pas. Pourtant, il change brusquement d’avis… Et cela l’interpelle. Que lui cache-t-il ? Voilà une question que Rose aurait mieux fait de ne pas se poser… Car les réponses ne vont pas lui plaire et c’est peu de le dire.

La majeure partie de la nouvelle se déroule autour d’un dîner entre les deux hôtes et leur invité. C’est l’occasion d’en apprendre davantage sur la biologie particulière de ce visiteur (venu d’ailleuuuurs) ainsi que sur le type de société dont il est issu. Évidemment, l’échange ne manque pas de piquant quand les deux cultures se confrontent. C’est quelque chose que, sur un plan personnel, j’apprécie énormément.

La nouvelle ne se contente pas de confronter deux cultures différentes. Elle va plus loin dans ses implications non seulement au niveau de l’humanité mais aussi du reste de l’univers. Elle pose la question des choix difficiles et extrêmes, des décisions complexes à prendre et des dégâts que pourrait causer une naïveté mal placée. C’était passionnant.

Sally :
Il existe des voitures dont le moteur n’est jamais arrêté, que personne ne conduit jamais, dont le moindre désir est satisfait. Elles sont 51 à la Ferme, sorte de havre pour voitures autonomes qui, visiblement, développent une personnalité propre grâce aux particularités de leur moteur.

Et si quelqu’un essayait de s’en emparer.. que feraient elles pour se protéger ? Jusqu’où iraient-elles ? Ici, Asimov imagine une technologie qui gagne petit à petit en autonomie, qui développe des sentiments, à leur manière, soit en s’inspirant des humains, soit en parallèle, allez savoir. Ce texte est assez dérangeant ou plutôt, malaisant, parce que très crédible je trouve. J’avais l’impression de lire un futur proche plausible, ce qui me fait qualifier cette nouvelle de glaçante autant que d’efficace.

Le briseur de grève :
Un sociologue se rend sur une colonie où tout doit être recyclé pour permettre la vie. L’homme qui s’en occupe et sa famille sont mis à l’écart de la société, parce qu’ils sont amenés à toucher les déchets et les cadavres. Cela rappelle les sociétés de caste, comme il en existe toujours (en Inde par exemple), ou la discrimination qui existait jadis autour de la profession de bourreau. Évidemment, ces gens n’en peuvent plus de cette solitude. On leur envoie des jeunes filles orphelines pour qu’ils les élèvent et se reproduisent avec, jeunes filles qui meurent assez tôt de désespoir. Vous imaginez l’ambiance…

L’homme sur lequel pèse ce fardeau décide donc de faire grève, afin d’assurer un meilleur avenir à son fils unique. Cette grève est un danger pour les habitants de la colonie, pas tant parce qu’ils risquent de mourir de faim mais parce que les potentielles maladies développées au contact des déchets achèveront avant leur système immunitaire, qui ne sont plus habitués aux diverses bactéries et virus. Il faut donc agir et vite… Mais pas question pour les habitants de la colonie de briser le tabou ! Le sociologue propose donc une idée, qui finira par se retourner contre lui.

J’ai trouvé ce texte assez désenchanté et cruel. Je ne sais pas ce que l’auteur cherchait à dire avec lui. Peut-être que l’intérêt de la communauté ne doit pas primer sur celui d’un individu ? En tout cas, j’ai encore une fois été soufflée par la maîtrise car en quelques pages, Asimov développe efficacement une idée porteuse de beaucoup de sens, qui invite à réfléchir.

La machine qui gagna la guerre :
Trois hommes discutent après la fin d’un conflit qui aurait été gagné grâce au Multivac et à ses calculs. Le Multivac est donc une sorte d’ordinateur capable de prévisions mathématiques. De fil en révélation, on se rend compte que ce n’est pas tout à fait exact…

Un texte très court et efficace, teinté d’une certaine ironie qui n’est pas pour me déplaire. Il interroge sur notre rapport à la technologie, sur la confiance qu’on lui porte et nous pousse un peu à repenser nos usages, finalement. Cette nouvelle date de 1961, en pleine guerre froide donc. Je pense que tout qui la replacera dans son contexte en s’y connaissant un peu en Histoire y verra tout un tas de significations qui m’échappent peut-être.

Les yeux ne servent pas qu’à voir :
Ames et Brock sont des êtres d’énergie. Ames se rappelle ce que c’était d’être constitué de matière… Et désire mener une expérience pour voir s’il ne serait pas possible de revenir à cet état, quitté il y a trois trillions d’année plus tôt.

Peu de pages mais une forte réflexion sur notre nature intrinsèque. Je reste toujours épatée par la portée psycho-philosophique de ce texte.

Le votant :
La nouvelle se déroule dans ce qui, pour l’auteur, est le futur puisqu’elle a été écrite en 1955 et se déroule en 2008. Je trouve toujours ça amusant de voir comment les auteurs imaginaient les années 2000 ! Bref, dans ce futur alternatif, donc, Asimov imagine que les progrès technologies autour du Multivac (vous constaterez que ce super ordinateur revient régulièrement dans ce recueil) lui permettent d’anticiper les intentions de vote des citoyens en demandant à l’un d’eux et un seul (un homme bien entendu, les femmes ne sont pas autorisées à voter…) de choisir le futur dirigeant.

Et cela tombe sur un pauvre type qui n’avait rien demandé et ne voulait pas de cette responsabilité car si le dirigeant s’en sort mal, tout lui retombera dessus. C’est une nouvelle intéressante pour questionner le fondement même de notre démocratie représentative, je la trouve très à-propos vu la période mais sur un plan personnel, j’ai moins apprécié cette lecture tout simplement parce que le sujet me parlait moins. Cela n’enlève rien à l’intérêt ni à la qualité du texte.

Le plaisantin :
D’où vient l’humour ? C’est la question posée à Multivac (encore lui !) par un Grand Maître. Le Grand Maître, c’est un individu unique et plus intelligent que les autres qui peut dialoguer avec l’ordinateur, lui transmettre des informations utiles pour ses raisonnements et lui poser des questions afin de l’aider à complexifier ses raisonnements. Il en existe une petite dizaine seulement dans le monde, ce qui implique des individus plutôt solitaires et marginaux.

C’est le cas de l’homme qui pose cette question incongrue à l’ordinateur… et sa réponse va remettre en question le fondement même de la plaisanterie ! Au départ, je ne comprenais pas trop où l’auteur voulait en venir mais le dénouement de l’intrigue (et donc la réponse à la question) est assez vertigineux. Il rejoint en cela la nouvelle Gestation, présente au début du recueil et je trouve très intéressant la manière dont Asimov relie ses textes entre eux sans en avoir l’air.

La dernière question :
Une nouvelle… Vraiment perturbante qui me laisse un sentiment de malaise, malgré son twist final qui m’a fait sourire. J’ai du mal à même l’expliquer. Disons que pendant des trillions d’année, une question posée au Multivac restera sans réponse… Et quand la réponse arrivera, ce sera bien trop tard.

J’ai du mal à l’analyser et à comprendre ce que l’auteur a voulu dire ici. Je reste dans le flou même si l’ami Apophis a quelques explications supplémentaires sur le sujet. Mais sur le moment, des points d’interrogation dansaient dans mes yeux.

Conclusion intermédiaire : 
Les dix premiers textes de ce recueil possèdent de grandes qualités en terme d’efficacité d’écriture et de narration au sens plus large. Les idées développées par Asimov ne manquent pas d’intérêt et sont très accessibles à la compréhension du lectorat. Je me réjouis de lire la suite ! On en reparlera bientôt sur le blog.

D’autres avis : Apophis (pour La dernière question) – vous ?

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