Axiomatique – Greg Egan (partie 2/2)

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Il y a une semaine, je vous présentais un premier billet au sujet du recueil Axiomatique de l’auteur australien Greg Egan, édité au Bélial. Je vous racontais un peu mon rapport à l’auteur ainsi que le pourquoi j’en étais venue à lire cet ouvrage, très aimablement offert par l’éditeur.

Dans le présent billet, je vais vous détailler mon sentiment et mon appréciation sur les neuf dernières nouvelles contenues dans Axiomatique. Nous verrons ainsi si mon sentiment général, positif jusqu’ici, se confirme. Sans plus attendre, c’est parti !

En apprenant à être moi :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
Chaque humain reçoit, à la naissance, un cristal implanté dans son crâne qui enregistre absolument tout ce qui constitue sa personnalité. Vers l’âge de trente ans, chacun peut décider de faire détruire son cerveau humain -trop fragile, faillible- pour être totalement remplacé par le cristal aussi appelé dispositif Ndoli. On suit les pensées d’un homme depuis son enfance et ses réactions face à ce procédé ainsi que l’évolution de sa perception de celui-ci.

C’est une nouvelle très introspective qui questionne les composantes de notre identité et par extension, de notre existence. Toutefois, le principe même du dispositif Ndoli me parait tellement aberrant que j’ai eu du mal à m’investir dans ce texte.

Les douves :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
La nouvelle s’ouvre sur un avocat qui subit du harcèlement parce qu’il défend les réfugiés climatiques. Chaque jour, il retrouve son bureau tagué. À travers lui, Egan dresse le portrait d’une Australie qui cherche à protéger sa population à tout prix et qui a des idées très arrêtées sur l’accueil à réserver à ces personnes qui ont tout perdu. Ce n’est pas la première fois qu’il parle de la question des réfugiés, souvenons-nous de Cérès et Vesta
Parallèlement à cela, la compagne de l’avocat, qui travaille dans un laboratoire d’analyse médico-légale, tombe sur une anomalie dans l’une des preuves biologiques qu’elle doit étudier. Quel lien, me demanderez-vous ? Et bien disons que certaines personnes iraient très loin pour protéger leur territoire…

Je me refuse à en dire trop pour ne pas gâcher la découverte des personnes qui liraient ce recueil. Cette nouvelle fait froid dans le dos parce qu’elle est plausible, tout simplement. En arrivant à la dernière ligne, j’ai ressenti un malaise qui m’a fait me demander : et si. Pour moi, c’est la marque d’un grand texte.

La marche :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Deux hommes marchent dans la forêt. L’un menace l’autre avec une arme et on comprend qu’il va l’exécuter parce qu’il y a un contrat sur sa tête. L’autre sait que sa vie arrive à son terme et essaie de négocier.

J’ai eu du mal à voir où Egan voulait en venir ici. On retrouve la même technologie que dans la nouvelle Axiomatique, avec des questionnements un peu semblables quoi qu’ici on va plus loin en évoquant les probabilités pour qu’un jour, il existe quelqu’un qui soit par hasard exactement identique à nous. C’est très… philosophique et redondant. Pas un mauvais texte mais certainement pas mon préféré.

Le pti mignon :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
Frank veut désespérément un enfant. La nouvelle s’ouvre sur une dispute entre sa compagne et lui. Elle ne veut pas entendre parler de maternité et lui avance tous les arguments possibles en faveur, affirmant qu’il s’en occupera, qu’elle n’aura rien à faire, qu’elle n’est même pas obligée de porter l’enfant… Cette introduction dure une page et demi mais elle m’a crispée à un point tel que j’ai failli arracher la page et demi en question. Pourtant, je me doutais qu’il y avait plus que cela et j’ai bien fait d’aller plus loin !

Après que sa compagne l’ait quitté, Frank décide d’investir dans un dispositif appelé pti mignon qui créé un simulacre de bébé destiné à mourir à l’âge de quatre ans -et donc à rester un bébé au stade de bébé toute sa « vie ». Il va le porter lui-même (les hommes enceints ne sont pas une curiosité dans cette société) et s’en occuper mais petit à petit, alors que la date fatidique approche, Frank va tout remettre en question vu qu’il aime sincèrement cette enfant, prénommée Ange. Il ne peut pas la laisser mourir. Si elle parle, si elle lui sourit, alors elle a forcément une conscience, au contraire de ce qui est affirmé par les fabricants de ce dispositif…

C’est une nouvelle assez osée et dérangeante. Elle m’a mise mal à l’aise, en partie parce que je ne ressens pas du tout ce désir de maternité, donc j’ai du mal à comprendre pourquoi Frank allait aussi loin. Pourtant, c’est un texte très riche qui pose des questions intéressantes sur ce fameux impératif biologique. Brillant.

Vers les ténèbres :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
John est un coureur. Son travail consiste à se déplacer au sein d’une anomalie qui apparait par hasard dans une ville donnée et d’en sauver les gens coincés dedans. Cette anomalie répond à plusieurs règles dont je vous épargne le détail.

Le concept même du métier de John est intéressant, par contre je crois que je suis totalement passée à côté des enjeux de cette nouvelle parce qu’une fois celle-ci terminée, je me suis demandée de quoi ça parlait, en fait…

Un amour approprié :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
Et le titre le plus ironique revient à…
Chris, le mari de Carla, a été grièvement blessé dans un accident de train. Son corps ne s’en remettra pas mais son cerveau est intact et la technologie qui existe dans ce monde permettrait de lui créer une nouvelle enveloppe sans problème. Hélas… Cela prendra du temps, au moins deux ans ! Et leur police d’assurance dispose d’une clause qui oblige Carla à opter pour la solution de conservation la moins chère. Cela signifie donc que pour conserver le cerveau de Chris aussi longtemps, il faudra l’implanter… dans son utérus.

Évidemment, Carla passe par tout un tas de phases et d’émotions mais elle finira par accepter cette horreur et par être enceinte (avec tous les symptômes qui vont avec) pendant DEUX ANS avec tout ce que cela implique. Cette nouvelle met en scène l’instrumentalisation du corps féminin dans tout ce qu’elle a de plus abject. J’ai trouvé la maîtrise psychologique dont Egan fait preuve ici vraiment impressionnante. On sent les traumatismes profonds que la situation a créé chez Carla, ce que tout ça implique dans ses relations à autrui et notamment à Chris… C’est franchement brillant.

Et immonde.
Mais brillant.

La Morale et le Virologue :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Une nouvelle à ne pas lire par les temps qui courent… Ni après une pandémie.
Un scientifique qui s’avère être également fanatique religieux se met en tête de créer un super virus du SIDA afin de punir les homosexuels mais aussi les personnes adultères et celles qui couchent en dehors des liens du mariage. Ce virus meurtrier fonctionnerait d’une façon très simple et peut-être un peu trop car quand certaines questions vont commencer à se poser – grâce à ironiquement un dialogue avec une prostituée- l’homme se demande s’il n’a pas fait une connerie.

Franchement, si vous n’étiez pas paranoïaque avant, vous risquez de le devenir après la lecture de ce texte car un peu comme pour Les douves, on ne peut pas s’empêcher de se demander : et si. Surtout quand on constate avec quelle facilité la mondialisation permet la circulation d’un virus…

Plus près de toi :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
On retrouve dans cette nouvelle le fameux dispositif Ndoli évoqué plus haut. On suit ici un couple qui cherche à savoir ce que ça fait vraiment d’être l’autre, en fusionnant temporairement leurs cristaux par exemple. Malheureusement, le résultat risque de ne pas être à la hauteur de leurs espérances…

On repart ici dans un registre très psycho-philosophique sur les notions d’identité et d’intimité qui rend la nouvelle longuette et pas spécialement passionnante à lire, surtout quand on a un désintérêt profond pour les relations de couple.

Orbites instables dans la sphère des illusions :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Alors ce n’est pas que je n’ai rien compris… Mais presque. Je pense que cette nouvelle s’inscrit peut-être dans la continuité des évènements de Vers les ténèbres mais pas sûre… Dans ce que j’ai pu comprendre, un évènement a rendu les psychés de tout le monde lisibles par autrui et donc influençables puisqu’on entend les certitudes des autres dans sa tête. Il existerait des machines qui ont une influence sur la psyché humaine en les rassemblant par « idéologie » et le couple qu’on suit essaierait de vivre en dehors de ces influences.

Voilà grosso modo. Je ne peux pas donner un avis sur le texte en lui-même parce que je suis passée à côté de ses enjeux et de son thème. Le recueil ne se termine donc pas aussi bien qu’il a commencé mais ça n’enlève rien à ses qualités.

La conclusion de l’ombre :
Je craignais de lire Axiomatique car Greg Egan m’effrayait par son aura et sa réputation. Toutefois, on ne rappellera jamais assez que hard-sf ne signifie pas compliqué ou accessible uniquement à quelqu’un disposant d’un doctorat dans un domaine scientifique comme la physique, la biologie ou que sais-je. La plupart des textes de ce recueil sont accessibles et invitent à des réflexions intéressantes sur ses domaines aussi variés que l’identité, la maternité, la génétique, le dérèglement climatique… J’ai pris beaucoup de plaisir à lire et à réfléchir sur Axiomatique. Je vous en recommande donc chaudement la lecture, que vous soyez ou non des spécialistes en sciences ! Foncez.

D’autres avis : LorkhanYuyineL’Épaule d’OrionAlbédoAu pays des cave trolls – vous ?

INFORMATIONS ÉDITORIALES :
AXIOMATIQUE DE GREG EGAN. TRADUCTION PRÉCISÉE SOUS CHAQUE NOUVELLE. ÉDITEUR : LE BÉLIAL. ILLUSTRATION PAR NICOLAS FRUCTUS. PRIX : 23,90 EUROS
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Axiomatique – Greg Egan (partie 1/2)

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Lire ou ne pas lire Greg Egan… Telle est la question ! À laquelle j’ai pour ma part trouvé une réponse définitive qui se veut plus que positive. Pourtant, celui qu’on appelle le pape de la hard-sf me terrifiait par son aura. Je craignais qu’il soit trop exigeant pour moi, même s’il parait qu’il s’est vulgarisé avec le temps. Du coup, même en ayant lu ses trois titres dans la collection Une Heure Lumière (Cérès et Vesta, À dos de crocodile, Un château sous la mer) et une de ses nouvelles dans le Bifrost (La Fièvre de Steve), même en les ayant aimé et en ayant au moins écrit quatre fois que : hey c’est compréhensible en fait Egan, même quand on n’a pas de culture scientifique (avec une nuance pour Un château sous la mer à cause de la fin, mais j’ai compris le début et le milieu, c’est déjà pas mal !) je continue d’avoir ce petit pincement de stress avant de me lancer dans un de ses écrits. Le dit pincement, d’ailleurs, est responsable du fait que le recueil a attendu au moins une semaine sur la table de mon salon avant que j’ose l’ouvrir…

Je tiens au passage à remercier le Bélial qui m’en a fait cadeau (non, ce n’est pas un service presse, c’est bien un cadeau, j’ai un message qui le prouve :D) ce qui a été une très chouette surprise dans une journée où j’en avais besoin. Un tout grand merci à eux pour leur gentillesse !

Comme toujours lorsque je critique un recueil qui compte plus de dix nouvelles, je vais couper ma chronique en deux car j’ai envie d’aborder chaque texte. C’est d’autant plus vrai ici que chacun d’entre eux en vaut vraiment le détour et qu’ils sont au nombre de dix-huit. Il y aura donc une seconde partie à cette article qui sortira très bientôt.

C’est parti pour mon petit retour d’expérience de novice en terre eganienne !

Je rappelle juste avant (et après promis on évoque les nouvelles) que hard-sf ne signifie pas forcément difficile d’accès, son nom est trompeur ! Comme le rappelle Apophis dans son guide de lecture sur la Hard-SF : « ce qui définit avant tout la Hard SF, c’est son respect des théories scientifiques / des lois physiques telles qu’elles sont formulées ou comprises au moment de la rédaction du livre concerné. » Et pour ça, très clairement, Egan est un maître.

-L’assassin infini :
(Traduction : Francis Lustman et Quarante-Deux)
Le recueil commence avec une nouvelle assez complexe sur le plan des concepts. On y suit un homme qui travaille pour la Firme, que je suppose être un organisme de contrôle transdimensionnel. Cet homme doit veiller à ce que les dimensions ne s’écroulent pas les unes sur les autres. Pourquoi le feraient-elles ? Et bien il est possible de consommer une drogue qui permet de vivre des futurs possibles et d’éventuellement choisir de s’y installer ad vitam, ce qui cause un certain nombre de soucis.

Ce n’est qu’à la fin que j’ai vraiment pris conscience de l’ampleur du concept et des possibilités offertes. Et ça m’a retourné le cerveau…

-Lumière des évènements :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Dans cette nouvelle, dés l’âge de neuf ans, tout le monde reçoit par morceaux des éléments de son futur qui ont été consignés par eux-mêmes, plus tard, au sein d’un journal. Je vous passe les explications scientifiques pour justifier ce phénomène qui ont l’air plausible à la novice que je suis. Ce n’est pas ce que j’ai trouvé le plus important.

On se rend rapidement compte que les évènements reçus ne racontent pas forcément la vérité toute crue. Une agression est par exemple minimisée afin de ne pas causer de traumatisme anticipé à l’enfant, un bonheur conjugal est feint pour sauvegarder les apparences… Finalement, Egan pose la question de la Vérité Historique car quand le personnage comprend ces petites modifications, il commence à remettre en question ce que dit « l’actualité ».

J’ai trouvé l’ensemble vertigineux dans ses implications.

-Eugène :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Dans un monde de plus en plus automatisé, Angela et Bill gagnent par hasard à la loterie et décident donc d’avoir un enfant puisqu’ils auront les moyens de l’élever dignement. Le problème, c’est qu’ils n’arrivent pas à concevoir naturellement. Ils se rendent donc chez un généticien qui leur propose de choisir toutes les caractéristiques physiques et les qualités de leur futur enfant -déjà prénommé Eugène. Un choix qui met mal à l’aise ces personnes simples qui pensent qu’il faut laisser le hasard faire les choses, hormis en ce qui concerne les maladies génétiques.

La question qui se pose est la suivante : si vous pouviez créer un enfant capable de changer le monde, le feriez-vous ? Le généticien appuie sur la culpabilité des parents qui voudraient trouver des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique, pour enrayer toutes les crises actuelles et à venir. Les qualités exceptionnelles de leur enfant pourraient tout arranger. Mais…

Honnêtement, cette lecture m’a chamboulée par ses implications. J’ai eu besoin d’une pause pour m’en remettre.

-La caresse :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valery, harmonisé par Quarante-Deux)
Un flic doit résoudre le meurtre d’une vieille dame riche assassinée chez elle. Dans le sous-sol de sa maison, il découvre une chimère de femme tigre et se demande ce qui peut pousser quelqu’un à créer une forme de vie comme celle-là. L’enquête va l’entrainer dans le milieu artistique, à la rencontre d’un mouvement initié par le peintre Lindhquist (figure inventée, selon ma brève recherche) qui consiste à reproduire une œuvre dans la réalité car la peinture serait une fenêtre ouverte sur une dimension inaccessible à l’homme.

C’est là que tout va partir en vrille car la chimère a évidemment été créée dans le but de servir cet idéal artistique et de reproduire un tableau bien précis. Le problème ? Il manque le second protagoniste… Je vous laisse imaginer la suite.

Je suis ressortie de cette lecture fascinée et gênée d’être fascinée.

-Sœurs de sang :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Deux jumelles se font la promesse de vivre et mourir ensemble. Des années plus tard, l’âge adulte a séparé leurs chemins. Elles ne se ressemblaient pas tant que ça, de toute façon… L’une d’elle déclare alors une maladie génétique et en informe sa sœur, sauf qu’une seule va survivre alors qu’elles ont pris le même traitement… Mais était-ce vraiment le même ?

Cette nouvelle traite du concept d’essais cliniques et de leur absurdité. Je n’avais jamais réfléchi à cela mais c’est vrai qu’accepter consciemment de donner un médicament placébo à quelqu’un de condamné alors qu’un traitement pourrait potentiellement leur sauver la vie, même expérimental, c’est assez cruel. Ça m’a du coup rappelé un ancien épisode de Grey’s Anatomy (on a les références qu’on mérite ->) sur le sujet que je vois sous un autre angle.

-Axiomatique :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
La nouvelle qui donne son titre au recueil, rien de moins ! À travers le personnage d’un homme meurtri par le deuil, Egan brosse une société où il est possible, grâce à des implants, de choisir ses goûts, ses centres d’intérêt, ses convictions, comme sur catalogue. Il serait par exemple possible de devenir un fervent chrétien du jour au lendemain ! Ou de remettre en cause le sacré de la vie… Et donc être capable du pire.

De prime abord il s’agit d’une banale histoire de vengeance. Toutefois, le propos en toile de fond, s’il n’est pas le plus original, n’en reste pas moins interpellant. Finalement, qu’est-ce qui définit notre personnalité dans un monde où on peut tout changer en s’insérant une puce dans le nez ?

-Le coffre-fort :
(Traduction par Sylvie Denis et Francis Valéry, harmonisé par Quarante-Deux)
Tous les jours, un homme se réveille dans un corps différent et ce, depuis sa plus tendre enfance. Il ignore qui il est, son propre nom, sa propre identité, ses origines. Il vit la vie de plusieurs personnes différentes au sein de la même ville, dans un certain rayon de distance, uniquement certains types de personnes (des hommes nés en une certaine année) si bien qu’il lui arrive de retourner dans des corps déjà occupés. Il ne contrôle rien, c’est le complet fruit du hasard.

Depuis des années, il note le détail de ses journées dans un carnet qu’il dépose dans un coffre, afin de disposer de données à analyser pour essayer de comprendre ce qui lui arrive. Et si ce matin-là, il ne s’était pas réveillé dans le corps d’un soignant en psychiatrie… Il serait probablement toujours dans l’ignorance.

À nouveau Egan questionne la notion de ce qui forme notre identité et rappelle à quel point nous sommes obsédés par nos origines.

-Le point de vue du plafond :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
Après s’être fait tirer dessus, un producteur de cinéma acquiert une perspective différente et voit tout depuis le plafond, tout… Même son propre corps. Je dois avouer que je n’ai pas compris le contenu du texte et surtout, à son intérêt. J’ai du passer à côté de quelque chose. Par contre, en le lisant, j’avais un peu mal au cœur, comme si je souffrais moi aussi d’un souci neurologique. C’était bizarre.

-L’enlèvement :
(Traduction par Francis Lustman et Quarante-Deux)
David reçoit une demande de rançon pour sa femme, qui n’a pourtant pas été enlevée.
Étrange ? Oui, tant qu’on ne sait pas que, dans ce monde, il est coutume d’enregistrer une copie numérique de soi, de ses souvenirs. Ce que la femme de David se refuse à faire… Mais n’est-il pas possible d’en créer une grâce aux souvenirs de David, justement ? Et si oui, cette copie possède-t-elle des sentiments ? L’enfermement de sa conscience ne serait-il pas une forme de torture ? Une torture possible à cause de David et de son choix de s’enregistrer ?

Au départ, j’ai trouvé David stupide dans sa réaction puis j’ai réfléchi et je dois avouer que le doute m’a aussi saisie. Finalement, j’ai compris sa démarche et j’admets que cette lecture m’a perturbée à cause de cela.

Conclusion (intermédiaire) de l’ombre :
À ce stade je dois avouer que ce recueil ne me pose aucun difficulté en matière de compréhension ni de contenu. Hormis une nouvelle à côté de laquelle je suis passée, j’ai réussi à aisément comprendre le propos des histoires racontées, à me sentir concernée par les personnages et j’ai chaque fois eu envie de réfléchir sur ce que je lisais. C’est une lecture intellectuellement très stimulante et qui achève définitivement de lever mes doutes sur Egan. J’ai hâte de poursuivre !

Merci d’avoir lu cette première partie de mon retour ! On se retrouve très vite pour la suite.

D’autres avis : LorkhanYuyineL’Épaule d’OrionAlbédoAu pays des cave trollsDrums’n’Books – vous ?

Informations éditoriales :
Axiomatique de Greg Egan. Traduction précisée sous chaque nouvelle. Éditeur : Le Bélial. Illustration par Nicolas Fructus. Prix : 23,90 euros.
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Avancée du challenge : 49 textes lus.

La fabrique des lendemains – Rich Larson

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La fabrique des lendemains
est un recueil de vingt-huit nouvelles de science-fiction écrites par l’auteur nigérien Rich Larson. Ce recueil ne connait pas d’équivalent en anglais, les nouvelles ont en effet été sélectionnées et rassemblées par Ellen Herzfeld et Dominique Martel. On retrouve Pierre-Paul Durastanti à la traduction et c’est heureux puisqu’il fait ça très bien. Intéressé.es ? Ce recueil se trouve sur le site de l’éditeur et dans toutes les bonnes librairies au prix de 23.90 euros.

Au sommaire :
Indolore
Circuits
Chute de données
Toutes ces merdes de robot
Carnivores
Une soirée en compagnie de Severyn Grimes
L’Usine à sommeil
Porque el girasol se llama el girasol
Surenchère
Don Juan 2.0
La Brute
Tu peux me surveiller mes affaires ?
Rentrer par tes propres moyens
De viande, de sel et d’étincelles
Six mois d’océan
L’Homme vert s’en vient
En cas de désastre sur la Lune
Il y avait des oliviers
Veille de Contagion à la Maison Noctambule
Innombrables Lueurs Scintillantes
Un rhume de tête
La jouer endo
On le rend viral
J’ai choisi l’astéroïde pour t’enterrer
Corrigé
Si ça se trouve, certaines de ces étoiles ont déjà disparu
La Digue
Faire du manège

Ce recueil contient également une préface signée par Ellen Herzfeld et Dominique Martel ainsi qu’une bibliographie de l’auteur qui reprend son roman et ses (très nombreuses) nouvelles soit 178 au moment de la publication de la fabrique des lendemains. Sauf erreur de ma part, il a dépassé les 200 aujourd’hui.

Un recueil sans équivalent.
La fabrique des lendemains n’existe pas en tant que tel en langue anglaise. Le Bélial a sélectionné vingt-huit textes pour proposer ce recueil dans sa collection Quarante-Deux, vingt-huit textes qui se déroulent dans un futur dans l’ensemble désenchanté et transhumaniste. On y évoque l’immigration, l’impact de différentes technologies sur la vie et l’écologie, les évolutions sociales pas toujours très heureuses et j’en passe. Je reste assez générale à dessein puisque je vais revenir plus bas en détails sur quelques unes de mes nouvelles favorites.

Certains de ces textes, si pas tous, semblent décrire un même monde (le nôtre) à différents moments de son Histoire et dans différents lieux géographiques. J’ai trouvé intéressant de réfléchir sur chaque texte en cherchant les points communs ou les éléments de divergence qui pourraient étayer cette théorie.

Mais ce que je vais surtout retenir de ce recueil, c’est son aspect profondément humain. En cela, Rich Larson m’évoque Ken Liu dans ce qu’il a de meilleur. Toutefois, quand je dis humain, il me faut nuancer puisque certains textes mettent en scène des espèces différentes…

Vu les nombreuses histoires présentes, je ne vais pas m’arrêter sur chacune d’elles. Apophis l’a fait dans sa chronique et l’a très bien fait, ce serait redondant. Je préfère revenir sur celles qui m’ont vraiment touché et vous expliquer pourquoi, espérant ainsi vous convaincre de lire cette merveille.

Mes textes favoris : 
Je dois préciser, avant d’aller plus loin, qu’il n’y a, selon moi, pas un seul texte à jeter dans ce recueil. Il est assez rare que je lise une anthologie ou un recueil d’un.e même auteur.ice sans passer un texte ou l’autre, par ennui ou simplement parce qu’il ne réussit pas à me parler. Ici, ça n’a jamais été le cas. C’est tout de même important de le souligner car ça montre à la fois à la maestria de l’auteur mais aussi la qualité du travail des deux personnes à l’origine de La fabrique des lendemains.

Toutes ces merdes de robot est l’un des premiers textes à apparaître dans la fabrique des lendemains et un des plus réussi, à mon sens. On y suit un robot qui vit sur une île au sein d’une société archaïque composée de robots qui pensent avoir été créés par le soleil et non par les Hommes. D’ailleurs, des Hommes, il ne semble plus y en avoir. Sauf un, coincé sur l’île lui aussi, à qui le robot va demander de l’aide pour réparer une de ses camarades. Ce qui m’a surtout marqué dans ce texte, c’est l’humanité (dans le bon sens du terme) qui se dégage du robot et la façon dont les rôles sont renversés dans l’histoire. Un coup de génie.

Rentrer par tes propres moyens est un texte assez intimiste. On y suit Eliot, un jeune garçon qui va accueillir la conscience numérisée de son grand-père, le temps que sa mère réunisse assez d’argent pour acheter un clone et l’y transférer. Le dénouement de la nouvelle est attendu mais n’en reste pas moins touchant, d’autant que le texte pose des questions intéressantes sur la mort (et sur la vie par extension) ainsi que sur les privilèges de classe.

Innombrables lueurs scintillantes se déroule dans un monde aquatique au sein d’une espèce qui ressemble à des pieuvres. On y suit Quatre Courants Chauds qui a pour projet de creuser dans « le toit » de ce monde, ce qui engendre une certaine panique chez les autres membres de son espèce, panique qui tournera à la violence. J’ai été époustouflée par le world building de cette nouvelle, riche en restant accessible, ainsi que par sa conclusion très poétique. C’est vraiment original comme principe, je ne me rappelle pas avoir lu quelque chose de semblable ailleurs et j’espère que Rich Larson reviendra à cette espèce, à cet univers, un jour ou l’autre (si ce n’est pas déjà fait dans un autre texte en VO !).

Enfin, même si ces deux derniers textes ne sont pas les plus impressionnants en terme de construction ou de concept, j’ai été particulièrement touchée par Corrigé et par Faire du manège. Dans le premier, on rencontre Wyatt, un garçon d’une famille aisée qui a été corrigé, c’est à dire qu’on lui a gommé certains « défauts » ou éléments de sa personnalité qui posaient problème. Visiblement, la correction est quelque chose de banal et d’accepté au sein de cette société et je trouve que ça pose un nombre affolant de questions éthiques. Enfin, dans Faire du manège, Ostap et Alyce sont sur le point de se fiancer quand Alyce perd la vie dans un accident quantique au sein du laboratoire où elle travaillait. Mais est-elle vraiment décédée ? J’ai trouvé ce texte très touchant et plein d’émotion. Il clôt à merveille la fabrique des lendemains !

La conclusion de l’ombre :
La fabrique des lendemains est un recueil de très grande qualité où, selon moi, aucune nouvelle n’est à jeter. On en trouve certaines plus intimistes, d’autres davantage portées sur l’action mais chacune possède un fond solide, un propos fort et des personnages intéressants. Je suis époustouflée par la manière dont Rich Larson gère le format court et j’espère que le Bélial a prévu la publication d’autres recueils du même genre. C’est, à mon sens, un indispensable pour tout qui aime la science-fiction moderne et / ou si vous devez / voulez convaincre quelqu’un que ce genre littéraire a encore de très beaux jours devant lui (au cas où il fallait encore le prouver…) Bref, n’hésitez pas une seconde !

D’autres avis : Les chroniques du chroniqueurLe culte d’ApophisQuoi de neuf sur ma pile ?L’Épaule d’OrionNevertwhere – vous ?