Feuillets de cuivre – Fabien Clavel

21
Feuillets de cuivre
est un roman policier / steampunk écrit par l’auteur français Fabien Clavel. Publié à l’origine en 2015 chez ActuSF, vous trouverez la réédition de ce texte dans une nouvelle édition type beau livre au prix de 19.90 euros.
Je remercie les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Paris, 19e siècle. L’inspecteur Ragon mène plusieurs enquêtes afin de résoudre des crimes aussi odieux que sanglants en s’aidant avant tout de son esprit et de son amour de la littérature.

J’ai découvert pour la première fois cet inspecteur dans l’anthologie Montres Enchantées des éditions du Chat Noir. J’avais été très emballée par ce texte et je m’étais promis de lire Feuillets de cuivre pour cette raison. Cela m’aura pris du temps pour me lancer mais je n’ai pas de regrets !

Un hommage aux feuilletons, mais pas que.
Avant toute autre chose, Feuillets de cuivre est un roman policier qui exploite les codes classiques du genre et propose une figure du détective atypique qui emprunte pourtant à Hercule Poirot (ce qu’on ressent tout de suite quand il utilise sa célèbre expression des petites cellules grises, triture sa moustache ou préfère utiliser son cerveau de manière générale) comme à Sherlock Holmes. Chaque enquête forme a priori une nouvelle, une histoire close sur elle-même. Il faut arriver dans la dernière partie du texte pour se rendre compte que tout est lié avec maestria.

La construction narrative rappelle celle des romans feuilletons et ceux-ci sont plusieurs fois évoqués durant les enquêtes de Ragon. On sent que l’auteur possède une passion pour la littérature, surtout celle du 19e siècle (ou alors, il la feint brillamment !) car tout crime en revient toujours, d’une façon ou d’une autre, à un ou plusieurs livres. D’ailleurs, Ragon le dit lui-même : si l’affaire n’est pas liée à un livre, alors il s’agit d’un crime vulgaire et sans intérêt. Le ton est donné ! Le nœud central de l’œuvre s’article donc autour du livre au sens large et quand on arrive à la fin, on prend conscience d’avec quelle minutie Fabien Clavel a tout mis en place depuis les premières lignes pour construire les Feuillets de cuivre. J’en suis restée pantoise.

Par contre, une fois de plus et comme ç’avait déjà été le cas avec Anergique de Célia Flaux chez le même éditeur, le terme steampunk me parait ici mal employé. Il s’agit plutôt d’un roman fantastique qui exploite par moment une forme d’énergie appelée éther mais qui ne répond pas aux codes stricto sensu du steampunk. Cela pourrait dérouter celles et ceux qui s’y attendraient, je préfère donc prévenir. Il y a bien une esthétique particulière, oppressante, désenchantée, salie par des vapeurs noires mais plutôt celles de l’humanité que des vapeurs charbonneuses. Il y a une petite étincelle en plus mais qui appartient davantage au registre du fantastique classique qu’autre chose.

Les enquêtes de Ragon.
Feuillets de cuivre se compose de plusieurs histoires qui s’étendent sur une quarantaine d’années. Chaque en-tête de chapitre renseigne l’année concernée et comporte une citation issue des classiques littéraires. On rencontre Ragon au tout début de sa carrière et on le suit d’affaire en affaire, jusqu’au dénouement final. Le personnage est atypique, déjà par son physique puisqu’il est obèse et tombe au fil du temps dans l’obésité morbide. C’est la première fois que je croise un personnage principal comme lui et je trouve ça finalement interpellant quand on pense à l’importance que prend la représentation de nos jours. Chapeau à Fabien Clavel pour cela d’autant qu’il ne réduit pas son personnage à son physique, au contraire. J’ai surtout retenu de Ragon son intelligence aiguisée et sa passion pour la littérature grâce à laquelle il résout ses affaires. Le voir évoluer tout au long de sa carrière ne manque pas d’intérêt, hélas c’est le seul personnage véritablement développé du roman. Comme souvent dans les romans policiers classiques, cette figure d’enquêteur éclipse les autres qui en sont presque réduits à des fonctions au point qu’on ne ressent pas grand chose face à leur disparition, que celle-ci soit ou non brutale. Quant aux femmes, n’en cherchez pas. Les seules présentes sont des prostituées, ce qui n’en fait pas un roman sexiste pour la cause ! À aucun moment l’auteur ne m’a donné ce sentiment. Simplement, elles ne tiennent aucun rôle dans les enquêtes de Ragon et les rares fois où cela arrive, ce sont des personnages très secondaires (même l’épouse de Ragon, ancienne prostitué, disparait vite après la première enquête). Je sais que cela peut déranger certain/es lecteur/ices donc je préfère le noter.

La conclusion de l’ombre :
Feuillets de cuivre est un texte brillant et érudit qui ravira les amateurs d’histoire littéraire comme de romans policiers. Fabien Clavel rend hommage autant à Holmes qu’à Poirot avec son inspecteur Ragon qui résout ses affaires par la force de son intelligence et non de ses poings. Les éléments des différentes enquêtes paraitront de prime abord classiques et violents pour le plaisir du spectacle mais Feuillets de cuivre ne prend sa complète ampleur qu’avec les révélations finales où on se rend compte à quel point Fabien Clavel s’est montré minutieux et brillant. Une belle réussite tout à fait recommandable !

D’autres avis : Fantasy à la carteLivraisons LittérairesAu pays des cave trollsLes lectures du MakiDionysosUn papillon dans la luneBoudiccaLorkhanGromovarSometimes a book – vous ?

26 réflexions sur “Feuillets de cuivre – Fabien Clavel

  1. Pingback: [Chronique] Feuillets de cuivre, de Fabien Clavel – Sometimes a book

  2. Ah bah je suis carrément tentée! J’aime beaucoup ces enquêtes à la Poirot/Holmes et aucun doute sur la qualité de l’univers avec Fabien Clavel aux commandes.

  3. « D’ailleurs, Ragon le dit lui-même : si l’affaire n’est pas liée à un livre, alors il s’agit d’un crime vulgaire et sans intérêt. » : c’est marrant, je me souviens que j’avais retenu la même citation. ^^
    Vraiment un excellent roman, avec un vrai amour pour les livres. Le nouveau récit de l’auteur dans le même univers, « Les Héritiers », a par contre des retours plus mitigés. Tu comptes le lire ?

    • Ça ne me surprend pas, c’est assez marquant !
      Oui je vais le lire, c’est mon tout dernier sp d’ailleurs. Je vais essayer d’achever ça ce mois ci mais les retours plus mitigés ainsi que la taille du livre me font un peu peur. 😅 Du coup je repousse tout le temps.

  4. C’est vrai tu donnes envie de le lire. Je le note pour une lecture prochaine. Est ce que c’est la même version que chez Libretto car on parle de plusieurs versions. Merci.

    • Excellente question 🤔 probablement mais je n’ai pas de certitudes. Si ça a le même titre, ça doit être le cas car s’il y a plusieurs éditions de l’ouvrage, le texte reste le même. Par contre, plusieurs parties de cet ouvrage ont été présentées dans des anthologies, c’est d’autant plus impressionnant que l’auteur soit parvenu à une telle construction d’ensemble sur la cohérence de son texte !

  5. J’ai la première version qui a fini par se perdre dans les limbes de mon esprit et de ma bibliothèque. Du coup, merci pour ton avis qui me permet de penser sans trop de risque que je vais adorer ce livre ! Ragon a l’air d’être exactement le genre de personnages que j’aime.

  6. Oui, certains utilisent le terme Etherpunk (ce n’est pas le seul roman dans ce genre la) mais je sais qu’en général le grand public préfèrent utiliser le terme Steampunk pour tout ce qui est imaginaire et ressemble à notre monde façon historique de ces années la avec une esthétique particulière, même si ce n’est pas du « steam ».

    De mon coté j’avoue que mon rendez vous avec ce roman a échoué à l’époque de sa sortie. J’avais commencé mais j’ai juste perdu tout intérêt (je n’aime pas les nouvelles, de base) et je ne l’ai jamais continué. Je l’ai considéré comme « en cours » pendant 6 mois et ensuite j’ai dit que c’était fini xD

    • Je comprends bien que pour le grand public c’est plus simple mais ça me semble important de le préciser pour celles et ceux qui, justement, sont un peu plus à cheval là dessus.
      Ça ne peut pas fonctionner avec tous les textes, tu as bien fait de le laisser tomber si au bout de 6 mois tu n’avais toujours pas envie de le reprendre !

  7. Tu me donnes très envie avec ta description de cette narration hyper bien pensée qui réserve une petite surprise. En plus, l’ambiance a vraiment l’air chouette. Je note 😁
    Merci pour la découverte !

  8. Dans ma pal avec la version reliée de 2015, je ne l’ai toujours pas lu.
    Je suis super intéressée par ton analyse du texte vis à vis du Steampunk. Il faudra que je le lise pour me rendre compte 😁
    Déjà quelque chose m’interpelle : l’auteur joue avec le texte et les références littéraires, ce qui est très steampunk.
    Mais tu parles d’ambiance fantastique. Du coup ça m’intrigue 🧐🧐🧐.
    Merci pour ta critique détaillée. 😁

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s