Prise de tête – John Scalzi

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Prise de tête
est un roman policier / science-fiction / uchronie écrit par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce texte au prix de 21.9 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Avant d’aller plus loin, sachez que Prise de tête s’inscrit dans le même univers et dans la continuité des Enfermés, texte dont je vous ai parlé en octobre. Comme souvent dans les sagas policières, les deux volumes peuvent se lire de manière indépendante à condition d’accepter de louper un clin d’œil ou l’autre de temps en temps. Rien de fondamental en soi. Les deux enquêtes sont séparées chronologiquement d’une année. Je vous encourage à jeter un oeil à ma chronique sur les Enfermés pour comprendre le contexte dans lequel Scalzi évolue. En quelques mots : un virus s’est développé au sein de la population humaine, attaquant le cerveau et enfermant des gens dans leur propre corps. La science et la technologie ont du se développer à toute vitesse pour libérer ces enfermés, ainsi sont arrivés les réseaux neuronaux, les transports personnels (cispés) etc. Je parle d’uchronie car on a bien un évènement qui modifie le cours de notre Histoire. Simplement, il a lieu dans notre passé proche.

Prise de tête exploite cette fois-ci le monde du sport si cher aux américains. L’hilketa est une discipline prisée par les haddens où il faut décapiter l’adversaire et marquer un but avec sa tête. Forcément, ça se joue avec des cispés (des robots de transport personnel), pas de panique. La ligue d’hilketa se développe de plus en plus et cherche à exister sur le marché mondial. Pas de chance, pendant un match amical supposé attirer les investisseurs, l’un des joueurs décède vraiment pendant le match. Les agents Shane et Vann vont donc devoir mener l’enquête pour savoir s’il s’agit ou non d’un accident.

Non content de proposer une enquête intéressante, dynamique et bien tournée, John Scalzi exploite surtout de nouvelles thématiques fortes. La fameuse loi qui sucre aux haddens une partie de leurs avantages fiscaux est passée, ce qui change la donne dans le monde des affaires. Les sociétés spécialisées dans la fabrication des cispés vont devoir élargir leur marché pour ne pas déposer le bilan. Arrive alors la perspective que les personnes valides utilisent des cispés en se faisant poser un réseau neuronal, comme s’ils étaient eux aussi victimes du syndrome. Les applications sont nombreuses : robots sexuels, facilités dans les voyages, accès à l’Agora, cet espace en ligne utilisé par les haddens… Ce qui m’a le plus marquée, c’est la manière dont les gens valides (donc qui ne sont pas enfermés dans leur corps) cherchent à s’approprier les technologies développées pour réinsérer les victimes du syndrome dans la société. On en est au point où des gens manifestent devant les stades d’hilketa sous prétexte qu’il est injuste que tous les joueurs soient des haddens (et donc des handicapés, techniquement !). Et oui, désolée, ça m’a choqué. Je pense que le but de Scalzi est de confronter le lecteur à l’absurdité et à l’hypocrisie de notre société et il s’en sort très bien.

Le roman compte 336 pages et on ne les sent pas passer. C’est en partie grâce au duo d’agents du FBI. Scalzi opte pour une narration à la première personne du point de vue de Chris Shane mais sa coéquipière est aussi très présente avec son caractère haut en couleur et très rentre dedans. Un régal. D’ailleurs, j’en profite pour souligner que dans ce volume-ci aussi, l’auteur ne genrifie pas Chris. On ignore toujours s’il s’agit d’une femme ou d’un homme et depuis que ma Troll préférée me l’a fait remarquer, j’ai fait la chasse au pronom pour m’en assurer. Mais non, rien. Quel coup de génie !

Une fois de plus, les dernières pages du roman sont consacrées au développement d’un point important de l’univers. Ici, l’hilketa. Comme pour un article de présentation encyclopédique, Scalzi nous en explique l’origine, les règles, les polémiques et j’ai apprécié que ça apparaisse à la fin plutôt qu’au début.

Je me rends compte que je n’ai pas énormément à dire sur ce roman. Ce n’est pas, fondamentalement, ma série favorite chez Scalzi mais je prends tout de même beaucoup de plaisir à la lire car on retrouve sa personnalité et son style inimitable tout au long du texte. Si je le préfère en space-opera, il s’en sort honorablement dans le genre polar SF uchronique et en profite pour amener une critique subtile de notre société. Ce texte s’adressera en priorité aux lecteurs qui ont envie de le découvrir mais qui ont peur de se lancer en science-fiction spatiale ou, tout simplement, qui n’aiment pas ça.

Pour résumer, Prise de tête est une nouvelle réussite à afficher au palmarès de ce talentueux auteur. John Scalzi propose un polar uchronique dans une société technologiquement un peu plus avancée que la nôtre grâce (ou à cause ?) du virus hadden. Il réutilise un duo d’agents du FBI qui fonctionne merveilleusement bien pour proposer une enquête dans le milieu sportif, enquête dont les rouages et l’intrigue ne manquent pas d’intérêt. Ce page-turner permet de passer un bon moment en compagnie de cet écrivain incontournable dont je vous recommande plus que chaudement la bibliographie complète.

L’Ombre des arches – Vincent Mondiot

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L’Ombre des arches
est un roman de fantasy écrit par l’auteur français Vincent Mondiot. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce texte au prix de 21 euros.
Je remercie Estelle, Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse.

Rappelez-vous, l’année dernière, je vous ai parlé des Mondes-Miroirs, premier roman de Vincent Mondiot coécrit avec Raphaël Lafargue qui prenait place dans le même univers, avec des personnages semblables pour la plupart. L’Ombre des arches se déroule une année après les évènements relatés dans le volume susmentionné et je suis un peu surprise qu’il ne soit pas clairement annoncé comme une suite. En effet, même si L’Ombre des arches peut se lire de manière indépendante, je trouve que le lecteur passera à côté de liens importants s’il n’a pas précédemment pris contact avec l’univers posé par l’auteur. C’est toutefois un avis purement personnel et il y a probablement une bonne raison éditoriale à cela.

L’Ombre des arches raconte donc le voyage diplomatique d’Elsy et Elodianne. Le Palais central a envoyé la magicienne miroitiste en mission dans la province d’Aurterre afin de démontrer les nouvelles avancées magiques permises par la fréquentation des terroristes de Teliam Vore, présents dans le premier volume. Elsy accompagne Elodianne comme garde du corps et prend son rôle un peu par dessus la jambe, persuadée qu’il s’agit de vacances. Hélas ! Un évènement tragique va transformer les deux jeunes femmes en otages et les rendre complices malgré elles d’une tentative d’insurrection politique.

Souvenez-vous, dans le premier volume, j’avais relevé de nombreuses qualités que j’ai eu le plaisir de retrouver ici. Premièrement, la construction narrative ainsi que le rythme qui évoquent le médium manga. Vincent Mondiot découpe son intrigue et sa narration comme s’il s’agissait de planches dessinées japonaises. Les scènes d’action sont rédigées de manière claires et efficaces, très imagées. On n’a aucun mal à se projeter et c’est tant mieux car écrire une bonne scène d’action immersive n’est vraiment pas donné à tout le monde. Il laisse aussi une grande part aux dialogues ce qui apporte au lecteur un rythme stimulant, transformant l’Ombre des arches en page-turner. Ces dialogues, d’ailleurs, ne manquent pas de piquant. On retrouve par exemple Elsy, fidèle à elle-même, vulgaire, provocatrice et qui n’a pas sa langue dans sa poche. À elle seule, l’héroïne constitue un ressort comique qui passe ou qui casse. Je l’ai trouvé lassante par moment mais l’auteur est parvenu à la remettre dans mes bonnes grâces à mesure que l’histoire avançait en laissant entrevoir des pans de son passé qui surprennent, attendrissent.

J’avais également relevé la richesse des personnages. Dans l’Ombre des arches, le lecteur retrouve certaines têtes connues, déjà avec Elsy et Elodianne, mais Vincent Mondiot ajoute de nouveaux protagonistes afin de proposer un roman chorale d’une grande richesse non seulement sur la politique mais aussi sur l’Histoire de son univers. Corbès Salven, sa femme Linne, son neveu Alken, son âme damnée Rekvan ou encore l’un ou l’autre protagoniste éphémère, permettent de prendre conscience d’une nouvelle dimension de Mirinèce (sa géographie, son histoire, sa politique notamment) mais aussi de dévoiler au bon moment des éléments cachés d’une intrigue de grande ampleur, plus complexe que ce qu’on imagine au premier abord.

Comme je l’ai évoqué, suite à un évènement tragique, le légat d’Aurterre, Corbès Salven, développe des visées indépendantistes par rapport à la capitale Mirinèce (où se déroulait l’intrigue du premier roman) et à son ami Damnis à qui il avait prêté allégeance après la guerre contre les rebuts, trente ans plus tôt. Corbès charge donc son épouse de mener une délégation secrète à travers différentes provinces pour convaincre les légats de se rallier à sa cause et proposer un contre-pouvoir fort. Vincent Mondiot ne cherche pas à donner dans l’inspiration politique ou même dans le pamphlet engagé. Il propose un roman très réaliste et même assez désenchanté, cynique, sombre dans son ton, dans son déroulé, au point de confiner parfois à l’horreur lors de certaines scènes. La manière dont l’auteur présente les évènements rappelle une fois de plus l’aspect manga. Cela m’a notamment frappé à la fin quand les deux compères d’Elsy éclatent le crâne de Linne Salven et massacrent la délégation d’Aurterre en enchaînant les blagues et les remarques légères. C’est tellement typique d’un seinen, ce décalage complet, surtout avec les sentiments d’effroi de la part d’Elsy et Elodianne qui ont tout fait jusque là pour sauver leurs ravisseurs… Ce n’est qu’un exemple, d’autres me viennent à l’esprit comme cette protagoniste qui entretient des pensées suicidaires assez fortes sous le coup de la culpabilité ou le syndrome de Stockholm évident développé par Elsy et Elodianne, à des degrés différents, ce qui est aussi intéressant puisque ça aura des conséquences sur l’affrontement final du roman. Vincent Mondiot traite tous ces thèmes avec une certaine justesse, en s’y arrêtant juste comme il faut, sans trop appuyer ce qui évite le sentiment d’artificialité.

Pour résumer, l’Ombre des arches est une suite à la hauteur des Mondes-Miroirs. Le lecteur retrouve Elsy et Elodianne dans un roman de fantasy axé sur le voyage, la politique et le développement de nouvelles théories magiques. Avec un ton résolument sombre malgré des moments d’humour un peu potache parfois, Vincent Mondiot continue de dévoiler des pans entiers de son univers d’une incroyable richesse à travers ce page-turner addictif. Pour ne rien gâcher, l’ouvrage contient quelques illustrations réussies qui apportent un cachet supplémentaire à cette œuvre. Je vous recommande vivement la découverte de cet auteur talentueux !

Passing Strange – Ellen Klages

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Passing Strange
est un one-shot fantastique écrit par l’autrice américaine Ellen Klages. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce roman dans la collection Perles d’Épice au prix de 18.9 euros.
Je remercie Jérôme, Gaëlle et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Passing Strange raconte l’histoire de six femmes dans le San Francisco des années 1940. Six femmes homosexuelles qui ne cherchent qu’à obtenir le droit de vivre comme elles l’entendent.

J’ai parlé d’un roman fantastique et j’ai conscience que ma manière de résumer ce texte ne le laisse pas penser. Il y a bien une dose de surnaturelle mais elle s’apparente plutôt à une forme de magie belle, douce et subtile que je ne peux pas détailler par crainte de vous gâcher la fin (quelle fin, franchement ! ♥). Sachez toutefois que l’une des protagonistes pratique un art appelé ori-kami qui est celui du pliage de papier et qui permet de tordre le tissu spatial. J’ai trouvé l’idée intéressante, originale. La touche de fantastique permet d’ajouter une certaine poésie au roman mais ce qui marque surtout, ce sont ses thèmes.

Dans les années 1940, vous imaginez bien que l’homosexualité n’était pas vraiment bien considérée. J’ai été effarée de découvrir les lois en vigueur à cette époque (que je présume malheureusement exactes puisque l’autrice semble avoir mené des recherches consciencieuses). Pour vous donner une idée, une femme n’a pas le droit de s’habiller « en homme », elle doit porter au moins trois accessoires féminins sur elle et les agents peuvent évidemment vérifier à leur aise… Il n’y a personne pour défendre leurs libertés et elles doivent se rejoindre dans des espaces vaguement clandestins comme le bar « chez Mona » que la police laisse ouvert parce que ça « participe au tourisme ». Les gens du commun s’y rendent pour se donner des frissons en contemplant ce qui est nommé « débauche ». J’ai conscience que tout ça a évolué (dans la théorie en tout cas) mais ça m’a glacée le sang et révoltée à plus d’une reprise.

Pourtant, Ellen Klages ne transforme pas son roman en pamphlet politique et c’est aussi ce que donne de la force à ses thématiques. Elle raconte une belle histoire d’amour, d’amitié aussi, entre Haskel et Émilie, entre Helen, Franny, Polly et Babs. Elle en profite pour évoquer le racisme (envers les asiatiques, une communauté à laquelle Helen appartient et dont on ne parle pas si souvent), l’inégalité entre les hommes et les femmes (Polly ne peut pas entrer dans l’université de son choix car il n’est pas admis que des femmes y étudient) avec une subtilité qui instille chez le lecteur un sentiment d’horreur, d’incompréhension.

Passing Strange, c’est donc tout cela mais aussi et surtout la (ou en tout cas l’une) plus belle romance que j’ai pu lire. Ce roman est doux, sincère, bien écrit, les pages se tournent sans qu’on ressente la moindre longueur. Ellen Klages plonge son lecteur dans un San Francisco si bien détaillé qu’on pourrait s’y promener les yeux fermés. Je n’ai pas grand chose de négatif à dire sur ce texte hormis peut-être sur la couverture car celle en anglais est, selon moi, beaucoup plus attirante mais c’est un détail et celle en français n’est pas non plus dénuée d’intérêt en ce sens qu’elle rappelle les techniques d’Haskel.

Pour résumer, Passing Strange est une grande réussite sur tous les plans. Ce one-shot légèrement fantastique traite avec poésie et sincérité de l’homosexualité dans les années 1940 à San Francisco. Il raconte l’histoire de six femmes, six amies, qui ne demandent qu’à vivre comme elles l’entendent, comme elles le méritent. J’ai aimé la manière dont l’autrice m’a transportée dans son histoire, les émotions qu’elle est parvenue à m’inspirer et je ne peux que vous recommander la découverte de ce titre. Pourtant, sachez-le, je n’aime pas la romance en général… Imaginez à quel point ce roman est bon !

Archives de l’exode – Becky Chambers

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Archives de l’exode
est le troisième volume (après l’Espace d’un an et Libration) d’une saga de science-fiction composée de tomes indépendants et écrite par l’autrice américaine Becky Chambers. Édité chez l’Atalante, vous trouverez ce roman au prix de 21.9 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Ce roman se déroule cette fois-ci principalement dans la Flotte. Pour rappel, à l’origine, les humains qui composent la Flotte en question ont été les derniers à quitter une Terre dévastée en espérant survivre et préserver leur espèce. Ils ont adopté un mode de vie bien à eux très inspiré des bons côtés du communisme, au point d’exister dans une forme d’utopie crédible car imparfaite. Dans ce roman, Becky Chambers nous propose à nouveau de suivre une galerie de personnages très divers aux vies ordinaires. Si vous avez envie d’intrigue à grande échelle ou d’action haletante, les textes de cette autrice ne sont pas faits pour vous.

Fidèle à ses habitudes, Becky Chambers propose une science-fiction tournée vers l’individu et la richesse apportée par les autres cultures. Son roman chorale lui permet d’aborder de nombreux thèmes et peindre beaucoup de profils. Voyez plutôt. Le lecteur rencontre d’abord Tessa. Elle est mère de deux enfants et travaille dans un secteur menacé par les intelligences artificielles. Isabel est une personne âgée qui travaille aux Archives et est chargée de préserver le souvenir de leur Histoire pour les générations futures. Eyas est une soignante, c’est à dire qu’elle s’occupe des morts et les transforme en composte pour qu’ils continuent d’être utiles à la communauté en servant à faire pousser les récoltes car dans la Flotte, rien ne se perd. Kip est un adolescent comme n’importe quel autre, que l’ennui pousse à mener des expériences idiotes et à s’interroger sur le sens de son existence. Quant à Sawyer, c’est un humain extérieur qui ne trouve pas son compte sur une planète après avoir perdu un énième travail et ressent l’envie de vivre au sein de la Flotte car leur mode de vie l’attire. Pour terminer, Ghuh’loloan est une ethnologue alien qui apparait dans les chapitres d’Isabel mais aussi à chaque début de partie (le texte est divisé en sept) sous forme de compte-rendu de ses recherches dans une simulation de publication scientifique.

Cette accumulation de profil permet au lecteur de se retrouver dans au moins l’un des protagonistes. L’intrigue des Archives de l’exode est assez simple. Il s’agit surtout d’écrire des tranches de vie et de culture, de montrer au lecteur toutes les phases d’une vie, de son commencement à sa presque fin. On a en effet un adolescent, un jeune adulte, une femme active célibataire, une mère, une personne âgée… C’est assez fascinant à découvrir et très différent de ce dont on a l’habitude. J’évoquais les thèmes abordés par l’autrice, ils sont aussi pluriels que ses personnages: le devoir de mémoire, le vivre ensemble, l’importance d’appartenir à une communauté… C’est une véritable ode à la tolérance et à l’ouverture.

Comme pour ses autres textes, je me dois de souligner la richesse de l’univers créé par l’autrice, surtout d’un point de vue des sciences humaines au sens large: les différentes races, leurs mœurs, leurs cultures, leur Histoire, Becky Chambers ne néglige pas le moindre détail au point qu’on ne s’étonnerait presque pas de croiser un aéluon au coin de la rue.

Archives de l’exode est un texte calme qui permet de souffler et de réfléchir à son propre quotidien, à ses propres habitudes. Sur un plan personnel, il y a notamment une phrase qui m’a marquée au point que je la photographie pour la retranscrire ici. Quand l’un des personnages apprend que son travail est menacé, elle écrit à son compagnon qui voyage pour son travail et lui dit : Pourquoi apprendre si tout est dans les Liens et qu’il suffit d’interroger l’IA? C’est, je trouve, une problématique terriblement actuelle et ce n’est pas la seule. Voici un exemple parmi tant d’autres de la richesse portée par les romans de cette autrice atypique dans la veine de la science-fiction. Atypique, je le précise, sur base de mes modestes connaissances du genre.

Pour résumer, Archives de l’exode est une réussite qui ne plaira certes pas à tout le monde pour son aspect très humain et social (ce qui induit une presque absence d’action) mais qui ne manque pas de qualités sur la forme comme sur le fond. Becky Chambers s’inscrit dans un nouveau genre de science-fiction typé sciences humaines pour proposer un texte riche sur bien des thématiques. À découvrir, l’expérience vaut le coup !

#PLIB2020 Rouge Sang et Noir Corbeau #1 – L’apprentie faucheuse – J. Robin

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L’apprentie faucheuse
est le premier tome du diptyque Rouge Sang et Noir Corbeau écrit et illustré par l’autrice française J. Robin. Publié au Héron d’Argent, vous trouverez ce roman au prix de 20 euros.
Je remercie le Héron d’Argent pour ce service presse dans le cadre du #PLIB2020.

En 1850, Amélia Pratt est une jeune domestique qui n’a rien de particulier. Elle meurt assassinée pour renaître dans le rôle de Red Death, la petite faucheuse chargée de récupérer les âmes des meurtriers. Elle commence par celle de l’homme à qui elle doit la mort, Rain, et en fait son esclave dans le rôle d’Ankou. Son rêve dans la vie? Devenir Grande Faucheuse. Hélas pour elle, ça ne va pas être si simple…

Ce qui m’a vraiment marquée dans l’Apprentie Faucheuse, c’est son héroïne. Le personnage d’Amélia est vraiment détestable. Si on a de la compassion pour elle dans le premier chapitre, celle-ci disparaît rapidement à la lecture de la suite. De petite servante timide et maladroite qui n’a pas beaucoup de chance, on passe à une égoïste carriériste et sadique qui torture son meurtrier depuis 150 ans. Je ne l’ai appréciée à aucun moment après ça et c’est quand même un tour de force de réussir à me faire détester un personnage à ce point. Heureusement, la narration ne tourne pas qu’autour d’elle puisque J. Robin alterne les points de vue entre Amélia et Gabriel, son Ankou, que tout le monde surnomme Rain.

Ironiquement, c’est pour lui que je ressentais de la compassion. On comprend rapidement que ce n’est pas un mauvais gars, qu’il avait des raisons à ses actes et qu’il ne mérite certainement pas tous les abus dont il est victime. Le pire, c’est qu’il pourrait se justifier ou se défendre mais il garde le silence sur son passé et ses motivations, du moins face à Amélia. En tant que lecteur, on n’a pas encore les informations mais des indices laissent présager de bonnes explications. J’ai trouvé cela bien amené par l’autrice. La relation entre Amélia et lui est vraiment malsaine et j’ai trouvé l’idée plutôt originalz car on ne le voit pas souvent de manière aussi assumée. Moi, j’ai apprécié mais je ne suis pas sûre que ça soit le cas de tout le monde.

L’univers crée par J. Robin est plutôt sympa et n’aurait pas dénoté dans une série américaine pour adolescents. La mort est organisée comme une entreprise avec la grande faucheuse, les petites faucheuses, les fossoyeuses et les scribes. C’est une affaire qui roule où chaque petite faucheuse a sa spécialité. Elles doivent remplir une sorte de puits d’âme dont le score s’affiche sur un panneau et tous les 150 ans, une cérémonie dite « Mitclan » s’organise pour désigner la meilleure. En gagner 3 permet de devenir grande faucheuse. L’autrice a développé tout un folklore intéressant en empruntant à différentes cultures et qui réserve encore des surprises.

J’ai lu ce roman en ebook mais j’ai pu feuilleter la version papier qui est un très beau livre-objet. Non contente d’écrire, l’autrice illustre et elle le fait merveilleusement bien !

Malheureusement malgré ces points positifs, ce n’est pas un roman qui m’a séduite dans l’ensemble tout simplement parce que je n’appartiens plus à son public cible. Ce texte m’aurait éclatée quand j’étais ado mais aujourd’hui je trouvais l’intrigue assez prévisible et les personnages secondaires plutôt caricaturaux. De plus, j’ai rencontré un souci avec la narration sur deux niveaux. Le premier, c’est le ton avec lequel s’exprime Amélia dans le premier chapitre en 1850. Comme elle parle à la première personne, je n’ai pas trouvé son vocabulaire très crédible pour l’époque ni pour sa condition, mais bon, c’est un détail. Par contre, je n’ai pas compris pourquoi l’autrice avait choisi d’écrire les chapitres de Heaven à la troisième personne. Heaven est une semeuse qui arrive un peu après la moitié du roman et qui est ennemie d’Amélia, grosso modo. Se trouver de son point de vue permet d’apprendre quelques éléments sur le pourquoi d’un évènement (je ne vous divulgâche pas lequel) sauf que l’autrice la remet en contact avec Amélia par la suite. Elle aurait donc très bien pu introduire tout ça à ce moment-là au lieu de rajouter une troisième protagoniste. Et si elle y tenait, pourquoi ne pas conserver l’homogénéité de la narration à la première personne? En soi, ce n’est ni une erreur d’écriture ni une erreur éditoriale mais, sur un plan personnel, je n’ai pas trop apprécié ce choix qui m’a sortie de ma lecture.

Pour résumer, ces quelques points négatifs ne m’empêchent pas d’avoir passé un bon moment avec l’Apprentie Faucheuse, premier tome d’un diptyque (urban?) fantasy dont la suite arrive en mars de l’année prochaine. J. Robin livre un premier roman sympathique où elle se réapproprie le folklore de la mort de manière intéressante. Si son héroïne est détestable (à dessein, je pense) et que l’intrigue manque de surprise, ce roman se lit tout seul grâce au personnage de Gabriel / Rain, à la relation qu’il entretient avec Red Death et à un rythme narratif soutenu. On peut sans hésiter le qualifier de bon divertissement et parfois, on n’a pas besoin de plus.

#PLIB2020 Les Lames Vives #1 Obédience – Ariel Holzl

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Obédience
est le premier tome du diptyque des Lames Vives écrit par l’auteur français Ariel Holzl. Publié chez Mnémos sous le label Naos, vous trouverez ce roman au prix de 18 euros.
Je remercie Estelle et les éditions Mnémos pour ce service presse !

Les Lames Vives raconte l’histoire de six personnages différents dont les destins vont se croiser dans une fantasy orientale clairement dystopique, qui tourne autour de la thématique des luttes (au sens large du terme). Le lecteur découvre donc Gryff, Minah, Ellinore, Nazeem, Saabr et ???. Non, je n’ai pas oublié le dernier prénom, il n’a juste pas d’identité pendant la plus grande partie du livre.

Avant de vous évoquer plus en détail les personnages, je me dois d’esquisser l’univers où Ariel Holzl nous invite à évoluer. Dans un passé pas trop lointain, une révolte a eu lieu qui a permis aux anciens esclaves Muedins de devenir les maîtres. C’est ainsi que nait la république d’Obédience où les Haa’thi n’ont même pas le droit d’être des citoyens. Au passage, Obédience n’a de république que le nom… Je ne connais pas très bien l’histoire orientale mais ça m’a surtout évoquée la traite des Noirs, dans la manière dont on refusait à ce peuple les droits les plus élémentaires tout en les utilisant comme ouvriers ou domestiques. Les Haa’thi sont fondamentalement nécessaires à la société mais totalement écrasés par le joug des Muedins, en guise de revanche pour leur propre condition d’esclave par le passé. Concrètement, tout un peuple paie donc la folie tyrannique de quelques uns. Je m’explique: auparavant, certains Haa’thi possédaient un don d’Empathie. Ce don permet de contrôler les émotions et de lier à soi des personnes sous la contrainte. Vous sentez venir les abus? Bah vous n’avez encore rien vu.

Au sein de cette république, le gouvernement effectue des expériences et améliore certaines personnes pour créer une élite soldatesque. Il y a les Lames, considérées comme des chiens obéissants, des marionnettes mortelles et il y a les Magnites qui appartiennent à l’élite de la société. Les lames sont infectées au vif-argent et ont une espérance de vie d’une dizaine d’années, pour celles qui survivent à l’entrainement. Pour les Magnites, c’est un peu différent : ils possèdent des nanites en grande quantité qu’ils contrôlent à leur guise. Ici donc, pas de magie stricto sensu mais bien une forme de technologie avancée et plutôt bien inspirée. Comme le dit très bien l’auteur dans une interview donnée à ActuSF: la magie, c’est simplement la science qu’on n’a pas encore expliqué. Je paraphrase.

Dans ce tome, Ariel Holzl se concentre plus particulièrement sur les Lames. Via les personnages de Gryff et Saabr, on en apprend beaucoup sur leurs mœurs, leur entrainement, leur réputation monstrueuse… Tout ce qui touche aux Lames et à Obédience de manière générale m’a laissée avec un sentiment assez sordide. Cet univers est terrible et plus on le découvre, plus on se rend compte que l’auteur a encore des horreurs en réserve. Globalement, je l’ai trouvé plutôt dur et ça m’a plu. Si vous vous attendez à retrouver quelque chose de semblable aux Sœurs Carmines, abandonnez tout de suite vos prétentions. Ariel Holzl nous montre avec brio qu’il peut se distinguer dans plus d’un genre littéraire.

Au début du roman, Gryff « meurt » lors du sac d’un village ordonné par la République. Il demande une faveur à Saabr : celle de ne pas le laisser dans l’incinérateur et de plutôt jeter son corps dans l’océan. Celle-ci accepte et Gryff est retrouvé, agonisant, par Minah et Nazeem. Ces derniers sont des Haa’thi renégats qui vivent sur une cité flottante, dérivant elle-même sur ce fameux océan noir et pollué. Même si ce n’est pas clairement dit, on sent qu’il y a eu une catastrophe écologique à un moment donné et ça permet d’esquisser un futur possible pour notre propre monde. Ces gens, qui vivent dans la cité flottante nommée Pha’Rodia, sont considérés comme des hors-la-loi par la république et ils détestent les Lames. Ils auraient dû achever Gryff sauf que… Minah recherche désespérément sa sœur jumelle depuis des années. Cette dernier, prénommée Norah, a été enlevée par la République lors du sac de leur village et Minah refuse de croire à sa mort. Elle affirme qu’elle la sent en vie et cela justifie toute une expédition pour la capitale, afin de la retrouver. Je ne vous gâche rien, c’est vraiment le début du roman.

Vous me direz, Gryff est une Lame, c’est l’ennemi, il ne va jamais accepter de leur filer un coup de main. De fait… Mais Minah est une Empathe, une des dernières, et elle va le lier à lui, corrompant ses sentiments et son libre arbitre. Elle ne comptait pas aller aussi loin mais elle déclenche chez lui un simulacre de passion amoureuse, qui fait qu’il lui obéit en tout et avec plaisir. Oui c’est malsain. Et comme Minah n’a rien d’une garce, elle s’en veut – quoi qu’un peu tard. Pour rajouter du piment à tout ça, Nazeem est évidemment jaloux de Gryff et de sa relation avec Minah. Lui-même s’apprêtait à la demander en mariage quand ils l’ont trouvé dans l’eau et Minah n’a aucune idée des sentiments de celui qu’elle considère comme son meilleur ami. Vous sentez venir les problèmes ? Vous n’imaginez même pas encore à quel point.

Parallèlement à ce plan très foireux, le lecteur évolue aussi dans la capitale via Saabr qui va être affectée à la protection d’Ellinore pour le festival solaire. Les chapitres du point de vue de Saabr dépeignent un personnage sociopathe, brutal, que je trouve vraiment très réussi et qui m’a plu du début à la fin. Ma préférée, largement. Grâce à Ellinore, on en apprend davantage sur les Magnites et sur la façon dont les Haa’this sont considérés. Cela permet également de donner une autre dimension à l’intrigue puisqu’il y aurait un traitre parmi les Magnites, qui aiderait les Haa’this à échapper à la République (je ne vous dévoile pas en quoi, là ce serait du spoil). Ellinore et trois autres Magnites sont chargés d’enquêter là-dessus.

On ne va pas se mentir, l’intrigue est assez classique dans l’ensemble. Si elle ne révolutionne pas le genre, elle se suit avec plaisir. D’autant plus avec sa narration type chorale plutôt bien maîtrisée par l’auteur. Sans parler du monde imaginé par Ariel Holzl, complexe, référencé et original. Je ne suis pas du tout adepte de la dystopie, pourtant j’ai aimé l’ambiance dépeinte par l’auteur. Il ne se contente pas de présenter des monstres et des victimes. Tout le monde a sa part d’ombre et sa part de lumière. J’apprécie particulièrement l’absence de manichéisme dans un roman estampillé young-adult tout comme l’absence de romance-en-cinq-secondes-chrono (à base de oh tu es si belle / beau, j’ai envie de toi et je vais abandonner tous mes principes… Si vous voyez ce que je veux dire). Les relations entre les personnages sont très ambiguës et pas toujours (rarement… ok, jamais) saines, comme c’est souvent le cas dans la réalité. Ce roman se distingue par un fort aspect crédible qui m’a vraiment séduite… Hormis pour tout ce qui touche à Minah. Je n’ai vraiment pas accroché à ce personnage mais c’est un goût tout personnel. Elle représente typiquement la fille pénible qui fait tout de travers et ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez. Héroïne standard quoi. Nazeem la talonne de près dans le genre casse-pied pitoyable. On a envie de les secouer tous les deux (quand je dis secouer, j’ai plutôt envie d’envoyer Monsieur Nyx en fait) mais s’ils prenaient les bonnes décisions… Disons que le roman deviendrai un peu plat.

J’ai beau ne pas avoir aimé certains des personnages, Ariel Holzl m’a fait ressentir des émotions et je me suis investie dans ma lecture, ce qui ne m’arrive plus si souvent (hélas). Je prenais parti, j’avais envie de connaître la suite, de découvrir où il nous emmenait. Si certains éléments paraissent évidents au lecteur (depuis le départ je la sentais pas, cette Aubéline !), il n’en tourne pas moins les pages avec avidité pour arriver au cliffhanger final et au lot habituel des malédictions envers l’auteur à base de : « elle est où la suite ?! » (et donc, elle est où la suite?)

Pour résumer, ce premier tome des Lames Vives est pour moi une réussite. S’il n’a rien en commun avec les Sœurs Carmines sur un plan de l’univers, on retrouve tout de même le talent d’Ariel Holzl, sa plume mordante et ses personnages riches, des qualités parfaitement reconnaissables entre toutes. Obédience pose les bases d’un univers de fantasy orientale inspiré et on n’a qu’une envie : lire la suite. À découvrir sans une hésitation !

Le Vieil Homme et la Guerre – John Scalzi

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Le Vieil Homme et la Guerre est le premier tome de la saga du même nom écrit par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros en grand format.
Je remercie Emma et les Éditions l’Atalante pour ce service presse.

John Perry a soixante-quinze ans et vient de s’engager dans les forces de défense coloniale. Il va partir dans l’espace, sans possibilité de revenir un jour sur Terre. De toute façon, rien ne l’y retient alors pourquoi ne pas aider à l’expansion de l’humanité dans l’univers ? John espère aussi (et surtout) que la technologie avancée des colonies lui permettra de retrouver une seconde jeunesse…

J’ai immédiatement été attirée par le postulat de départ et l’idée de suivre un protagoniste du quatrième âge. Pourquoi l’armée recruterait-elle des seniors? C’est la question qu’on se pose tout de suite à la lecture du résumé. Il y a forcement anguille sous roche. Comme le supposent la plupart des protagonistes, ils disposent bien d’une technologie pour les rendre « aptes au combat » quoi que cela puisse signifier. Attirés par la cure de jouvence promise, ils vont un peu déchanter en se rendant compte que ça implique de laisser son vieux corps derrière soi. Commence alors l’entrainement de John et de la bande des Vieux Cons, comme ils s’appellent. Pas des amis depuis toujours, simplement des gens qui se sont rencontrés en chemin et se sont liés d’amitié dans leur nouvelle vie, en l’espace d’une semaine. J’ai rapidement ressenti des affinités entre ces personnages et l’envie qu’ils puissent se retrouver même si Scalzi n’est pas tendre avec ses lecteurs de ce point de vue là. Je vais y revenir.

Comme son titre l’indique, le Vieil Homme et la Guerre est un roman construit autour de la chose militaire. On suit l’entrainement de John, son évolution dans l’armée, leurs missions et leurs implications morales / psychologiques. Si vous avez un problème avec tout ce qui touche à l’armée, alors Le Vieil Homme et la Guerre n’est pas pour vous. Par contre, si ce qui vous rebute en général dans ce genre littéraire c’est que vous craignez de ne rien comprendre, prêtez-y attention ! John est un type lambda comme vous et moi qui était écrivain. Il n’a aucune notion de physique quantique, n’est pas doué en math et débarque dans ce nouveau monde. Quand il apprend des concepts utiles ou importants pour la suite, on le lui explique en langage simple et je trouve que ce roman constitue une parfaite porte ouverte sur le genre space opera car, sans infantiliser son lecteur, Scalzi se montre très accessible. Chapeau.

Comme toujours, l’univers imaginé par l’auteur ne manque pas d’intérêt bien qu’il revête un aspect assez classique sur le fond. Une partie de l’humanité a quitté la Terre pour coloniser l’espace suite à des guerres entre pays. Ces colonies recrutent des soldats sur Terre mais uniquement parmi le quatrième âge -on apprend plus tard pour quelle raison. Dans leur course à la colonisation, l’humanité a rencontré d’autres espèces, d’autres mondes, et est très souvent entrée en guerre avec eux pour obtenir le contrôle d’une planète. Le concept ne révolutionne pas le genre mais ce qui est intéressant, c’est tout ce que Scalzi apporte dans son background. La manière dont il déconstruit nos préjugés (j »ai adoré la scène des photos aliens à l’académie !). Et surtout, ses personnages.

Sincèrement, John Perry est un protagoniste très agréable à suivre, l’un de ceux que j’ai préféré découvrir chez l’auteur. Le roman étant écrit à la première personne, on s’y attache très rapidement même si ça enlève une partie de la tension narrative car on se doute que rien de définitif ne va lui arriver. John est un homme touchant aux plaisirs simples, qui accepte son destin et se donne au maximum pour aller au bout de ce qu’on lui demande. Il ne manque pas de courage (à moins que ça ne soit de la folie ?) ni de malice. Il se distingue à quelques reprises et son statut de héros lui octroie une chance parfois insolente. C’est peut-être l’unique reproche que j’ai à formuler envers ce roman mais je l’ai tellement aimé que je lui pardonne assez volontiers. D’autant qu’il s’agit de son premier roman ! Quelle qualité, pour un premier texte, j’en suis soufflée.

La narration s’étale sur plusieurs mois, divisés en parties au sein du roman. D’abord tout ce qui précède l’engagement et l’arrivée sur Phénix, puis tout ce qui touche à l’entrainement et enfin l’aspect militaire à proprement parler. D’un chapitre à l’autre, plusieurs semaines peuvent s’écouler et on apprend parfois la disparition d’un des Vieux Cons dans ce laps de temps. John les raconte sans larmoiements inutiles, il reste factuel et ça renforce l’aspect à la fois terrible et inéluctable de la guerre. Chaque fois, j’ai ressenti un pincement au cœur, m’étant attachée au héros et à ses compagnons. Narration efficace donc et déjà bien maîtrisée.

Pour résumer, le Vieil Homme et la Guerre est pour moi une réussite. Il s’agit du premier roman de John Scalzi qui propose un space opera de qualité, très accessible aux novices dans le genre sans pour autant les prendre inutilement par la main. Dans ce premier volume d’une saga qui en comporte six, le lecteur rencontre John Perry, narrateur attachant qui s’exprime à la première personne et nous dessine les contours de cet univers riche en ouvrant des pistes enthousiasmantes pour la suite. Résolument militaire, comme son titre l’indique, l’aspect humain n’est pourtant pas exclu de l’équation, offrant ainsi une belle richesse au texte. Je recommande donc très chaudement la lecture de ce roman ! Ainsi que de tout texte de Scalzi qui reste une valeur sure.