Les abandons de l’Ombre : Summerland, Unity et Ymir.

Voilà un moment que j’hésitais à lancer ce format d’article, surtout que les abandons s’enchaînent cette année. Je n’ai pas toujours envie d’évoquer tous les textes que j’abandonne et ce pour diverses raisons mais les cas présentés ici sont particuliers. Déjà, il s’agit de service presse alors si on prend le temps de me les envoyer -sous divers formats- je peux bien prendre le temps d’écrire un mot à leur sujet. Surtout quand, objectivement, ce sont de bons livres dont le seul tord est de ne pas correspondre à mes goûts de lecture.

Je me propose donc d’aborder chaque texte séparément puis de tirer un constat général. Après chaque court retour, je vous référencerais d’autres chroniques qui offre un regard différent du mien sur ces romans, afin de vous permettre d’accéder à davantage d’avis.


L’histoire se déroule en 1938 au sein d’une uchronie où le point de divergence se situe après la Première Guerre Mondiale, notamment dans les vainqueurs qui redessinent le paysage politique. On a d’un côté la Grande-Bretagne et de l’autre la Russie qui, comme de juste, continuent de se méfier l’un de l’autre. Ce n’est pas la seule chose qui a changé car côté anglais, on a découvert Summerland à savoir l’endroit où on se rend après la mort. Il est donc possible désormais de discuter avec des gens décédés et toute la société s’est construite autour d’un système de ticket à avoir au moment de son décès pour ne pas se perdre. Le concept est très pointu et intéressant. Hélas, passé la découverte initiale, ça devient vite ennuyeux à mon goût.

C’est la chronique d’Apophis qui avait attiré mon attention sur ce roman et donné envie d’essayer, ce qui est assez paradoxal puisque les éléments qui m’ont finalement poussé à abandonner ont tous été détaillés dans son retour très complet. Ce qui, pour lui, étaient des qualités ont, pour moi, été source d’ennui ce qui rappelle aussi qu’il peut être intéressant et même important de parler d’une lecture décevante puisque cela pourrait donner envie à d’autres personnes de lire le livre en question. Ce qui nous déplait peut séduire d’autres lecteurs et vice versa.

Histoire d’être un peu plus claire : je suis intellectuellement capable de reconnaître la qualité de l’univers qui a été construit ainsi que son ambition mais je ne suis pas parvenue à m’intéresser aux personnages qui ont plus une fonction qu’une âme, ce qui est un gros handicap pour moi qui ne peut pas me contenter d’une bonne idée, surtout pas sur un format long. De plus, l’intrigue type espionnage dans les années 30 n’est pas ce que je préfère, même au sein d’une uchronie, sans que je puisse vraiment donner une raison recevable à ça autre que : les goûts et les couleurs. La mise en scène du sexisme propre à l’époque sert à le dénoncer mais ça ne suffit pas pour relever mon intérêt.

Il paraît que le livre s’épanouit dans son dernier tiers sauf que je suis assez lassée de devoir me taper deux tiers d’un livre ennuyeux pour enfin arriver à quelque chose d’excitant. Ce n’est pas le type de construction narrative qui me convient, j’ai donc décidé de ne pas poursuivre la découverte.

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Unity est un roman cyber-punk / thriller / post-apo / sûrement d’autres genres que j’oublie. L’humanité vit en partie sous l’océan, dans des cités bulles qui sont sous le contrôle d’une puissance totalitaire. Pourquoi vivre sous l’eau ? Parce que sur la terre, c’est bien foireux et il ne reste pas grand chose hormis du désert -ce qui n’empêche pas les gens d’essayer d’y survivre. Dans ce contexte, on rencontre Danaë, une femme pas comme les autres qui s’avère rapidement être plus qu’une humaine : elle porte en elle une sorte de conscience collective dont on ne savait pas grand chose au moment où j’ai arrêté ma lecture.

Encore un roman repéré chez Apophis (décidément on n’est plus sur la même longueur d’onde en ce moment) que j’ai reçu un peu par hasard en demandant les sorties de la rentrée littéraire chez AMI (j’entendais par là Marguerite Imbert et Émilie Querbalec). Comme il a été envoyé avec les autres fichiers, j’y ai quand même jeté un œil et ce qui m’a perdue ici, c’est l’absence de contexte clair. Il y a bien trop d’informations, données trop vites et trop mélangées. J’ai eu le sentiment que l’autrice avait une check-list de thèmes et de concepts qu’elle voulait absolument aborder et qu’elle avait peur d’en oublier si elle ne s’y mettait pas directement. On se retrouve balancé au milieu de l’intrigue sans avoir les bases de l’univers ce qui implique un vocabulaire spécifique qui ne renvoie à rien pour la lectrice novice en SF que je suis, ce que j’ai un temps mis de côté pour essayer de me plonger dans l’intrigue sauf que celle-ci prend la forme d’une sorte de course poursuite. Quelqu’un veut tuer le personnage principal, qui elle veut s’enfuir d’une cité sous-marine pour ne pas mourir, c’est un trope qui m’ennuie au plus haut point parce que c’est rare de croiser un·e auteur·ice qui maîtrise la tension narrative.

Pour ne rien arranger, je n’ai pas accroché au personnage de Danaë, je trouvais Alexeï plus intéressant mais cela n’a pas suffit pour me donner envie de continuer à tourner les pages. Enfin, l’ambiance « régime totalitaire et complot global » me hérisse depuis quelques mois, je ne le gère plus bien du tout. Sans doute l’écho avec notre réalité, notre quotidien. J’ai envie d’un autre genre de lecture.

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Yorick est un mercenaire qui a quitté Ymir, sa planète natale, bien des années plus tôt en jurant de ne plus jamais y remettre les pieds. Le problème, c’est que son employeur se moque pas mal de ses états d’âme et le détourne durant sa stase pour l’envoyer chasser le grendel -un genre de monstre cybernétique. À cette traque va se mêler des échos du passé de Yorick et notamment le retour de son frère, qui lui a arraché la mâchoire bien des années plus tôt.

J’ai déjà parlé plus d’une fois de Rich Larson sur le blog, que ce soit pour l’excellent recueil La fabrique des lendemains ou pour ses nouvelles parues dans le Bifrost. De mémoire, je n’avais pas encore été déçue par l’auteur et il fallait bien que ça arrive un jour. C’est juste dommage que ce soit avec son premier roman…

J’ai décidé d’arrêter ma lecture à la moitié pour plusieurs choses : déjà, à nouveau, l’ambiance. On est sur une planète inhospitalière, on évolue dans des bas-fonds crasseux, il y a une méga entreprise hyper totalitaire, c’est très sombre, oppressant, ça ne correspond pas du tout à ce que j’ai envie / besoin de lire pour le moment.

Pourtant, j’ai persévéré parce que je connaissais déjà le travail de l’auteur et que j’avais confiance. Je me disais qu’il méritait bien que je m’accroche un peu, que je lui laisse le bénéfice du doute. Hélas, j’ai rapidement eu l’impression que l’histoire racontée aurait pu aisément tenir dans une novella et que le roman souffrait de longueurs, de digressions, sans parler des flashbacks nébuleux mélangés à des trips de drogue qui n’aident pas à s’accrocher malgré la brièveté de ses chapitres parfois longs de deux ou trois pages seulement. Ce dernier point a été relevé comme négatif par d’autres mais c’est quelque chose que j’ai apprécié et qui m’a d’ailleurs poussé à aller aussi loin dans ma lecture.

Autre élément en faveur du roman : le personnage de Yorick et la mise en scène de ses pulsions autodestructrices. C’est quelque chose qui m’accroche bien en général sauf qu’ici, ça manquait d’âme par moment, de sentiments, de densité, comme si l’auteur n’arrivait pas bien à jongler entre son univers, son intrigue et son protagoniste au point de me perdre en route car mon intérêt pour Yorick n’a pas suffit à éclipser mon malaise face à l’univers. Même s’il a des qualités indéniables, ce ne sont pas celles qui m’attirent dans un roman, encore moins en ce moment. Je tournais les pages sans réelle envie d’en savoir plus, ce qui a conduit à mon abandon un peu après la moitié du livre.

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Quelles conclusions en tirer ?
Depuis quelques mois, il semble évident que je ne suis plus du tout attirée par les romans étouffants, crasseux, qui mettent en scène des régimes tyranniques et la misère humaine. Peut-être (sans doute) que ça a un rapport avec l’actualité, peut-être que mes goûts évoluent simplement, mais je recherche tout autre chose dans mes lectures. Le souci, c’est que je ne sais pas quoi précisément donc je navigue en aveugle, au petit bonheur la chance.

Je suis aussi de plus en plus attirée par le format court. Ces romans ne sont pourtant pas très épais, ils font entre 350 et 450 pages ce qui est dans la norme et même dans la norme basse mais j’ai remarqué que j’éprouvais davantage d’indulgence envers une nouvelle ou une novella qui m’ennuie qu’un roman. J’ai besoin d’un certain type de construction narrative pour m’accrocher sur le long terme et surtout, de m’intéresser aux personnages. J’ai besoin qu’ils aient une âme, pas juste qu’ils servent une intrigue ou jouent les pantins dans un monde-super-bien-construit-pour-nous-en-mettre-plein-la-vue.

Je ne suis pourtant pas mécontente d’avoir essayé de les lire car même si j’ai abandonné en cours de route, l’expérience m’a appris des choses sur moi-même et permis d’affiner davantage mes critères de sélection d’un livre. Une chance que ça ait chaque fois été avec des services presses numériques (à l’exception d’Ymir qui, avec l’accord du Bélial, sera offert à la bibliothèque de mon village afin d’en faire profiter le plus grand nombre), si bien que ça n’a rien coûté à personne hormis un mail et un peu de temps.

Et vous, est-ce que vous avez abandonné un livre récemment ?

Le privilège de l’épée – Ellen Kushner

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Il y a des romans qui ne peuvent décemment rester longtemps dans une PàL. Le Privilège de l’épée est de ceux-là et ce, pour de multiples raisons. Déjà, j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer l’autrice lors des Imaginales 2022 et elle m’a laissée une très forte impression (plus que positive). Ensuite, j’avais déjà lu À la pointe de l’épée, également publié chez ActuSF, et ç’avait été un énorme coup de cœur. Même plusieurs années après, je gardais un excellent souvenir de mon incursion dans cette fantasy de mœurs aux personnages si particuliers.

Pouvoir retourner à Bords-d’Eaux ? J’en rêvais !
Et tout s’est encore mieux déroulé qu’espéré.

Quelques mots sur le contexte.
Si vous n’avez pas lu ma chronique du roman précédent de l’autrice, je vais vous résumer en quelques mots l’univers dans lequel évoluent les personnages. Il s’agit d’une société inspirée par l’Ancien Régime français où la fracture sociale est bien réelle. On y retrouve une mentalité très patriarcale et la seule différence notable avec notre propre passé historique est la figure du duelliste. Pour régler un conflit au sein de la noblesse, il est courant d’en appeler à des escrimeurs professionnels qui se battent au premier sang ou à mort, en fonction de l’arrangement préalable entre les deux parties. C’est cette profession qu’on découvre en profondeur dans À la pointe de l’épée, via le personnage de Saint-Vière et c’est ce que le Duc espère faire de Katherine.

On parle de fantasy parce que l’univers est inventé et qu’on ne trouve pas trace de nos personnages historiques. Toutefois, il n’y a aucune trace de magie ou d’un quelconque bestiaire, ni même de légendes extraordinaires. D’où le terme fantasy de mœurs (avancé par Jérôme Vincent à l’époque). Il me semble important de le souligner car je sais que cela ne plait pas à tout le monde. Personnellement, j’adore et je suis conquise.

Quelques mots sur les personnages.
Cette fois-ci, nous suivons principalement Katherine, nièce du Duc Fou de Trémontaine, personnage central (avec Richard Saint-Vière) d’À la pointe de l’épée. Rassurez-vous, nul besoin d’avoir lu les deux mais je le recommande évidemment vu la qualité de l’ouvrage précédent. Katherine, donc, est une jeune fille de quinze ans qui vit avec sa mère et ses frères à la campagne. On apprend rapidement que cette branche de la famille est en conflit depuis des années avec le fameux Duc car celui-ci propose de solder les comptes en échange… de Katherine. Non pas avec des intentions dépravées, simplement il veut que sa nièce se rende à la ville, à ses côtés, et qu’elle apprenne l’art de l’épée.

Au début du roman, Katherine est une jeune fille sérieuse, bien éduquée, innocente dans de nombreux domaines et qui rêve de la ville afin de se rendre à des bals, de se créer des relations, bref comme n’importe quelle personne d’une quinzaine d’années dans un tel contexte. Très vite, elle tombe de haut en se rendant compte qu’elle aura interdiction de porter des robes pour les six prochains mois et qu’elle devra pratiquer l’escrime quotidiennement, auprès de différents maîtres.

Si on suit principalement son évolution au sein de chapitres rédigés à la première personne, Katherine n’est pas le seul personnage sur lequel se focalise la narration. L’autrice propose également des incursions dans l’esprit du Duc Fou (pour mon plus grand bonheur car je gardais une tendresse infinie pour ce personnage depuis À la pointe de l’épée et ce malgré (ou à cause ?) de son côté malsain) mais également d’Artemisia Fitz-Lévy, une jeune femme du même âge que Katherine qui va croiser sa route. Artemisia est une mondaine très superficielle qui cherche le meilleur parti possible afin de se marier. Elle pense l’avoir trouvé en la personne de Lord Ferris, ennemi de Trémontaine, et tombera malheureusement de haut. En plus d’elle, il nous arrivera de suivre son cousin Lucius ou encore une célèbre actrice de théâtre, la Rose Noire. Leurs chapitres tiennent de l’anecdotique au milieu des autres toutefois les deux revêtent une importance certaine au sein de l’intrigue.

Quelques mots sur les thématiques.
Lorsque j’évoquais À la pointe de l’épée, je m’émerveillais de la façon dont Ellen Kushner s’engageait pour la cause LGBTQIA+ en proposant un petit monde où personne ne s’inquiétait que deux hommes s’aiment. Ce n’était pas plus anormal qu’un couple hétérosexuel. Dans Le privilège de l’épée, l’autrice aborde cette fois la question du rôle de la femme par rapport à l’homme et il s’avère que la femme ne dispose pas de beaucoup de droits… Elle n’en a même aucun ou presque. Et toute l’intrigue du roman va s’atteler à le montrer en soulignant des comportements inqualifiables qui sont la norme non seulement pour la majorité des personnages masculins mais aussi pour les féminins.

La première approche a lieu via le personnage même de Katherine qui arrive en ville avec ses conceptions campagnardes de ce que doit être une femme et des objectifs à atteindre en tant que telle. Je l’ai d’ailleurs trouvée assez agaçante au départ à se soucier de son apparence et à geindre vis à vis de son entrainement. Très vite, pourtant, sa personnalité s’affine à mesure que diverses situations se présentent à elle.

Mais c’est surtout via le personnage d’Artemisia que le combat féministe prend tout son sens. Fiancée à Lord Ferris, elle insiste auprès de lui pour l’accompagner à une réception grivoise et secrète où la bonne société ne doit normalement pas être vue. Une fois sur place, son fiancé montre son vrai visage et consomme leur union de manière physique avant même les noces, en se passant de son consentement. En clair, il la viole. En l’apprenant, Katherine va mettre son épée au service de son amie mais c’est bien la seule à s’inquiéter de ses sentiments… Ses parents, pourtant au courant, ne pensent qu’à maintenir la noce et minimisent le traumatisme subi. Les propos tenus sont d’une rare violence et on comprend à plus d’une reprise que la femme n’est qu’un objet de luxe quand la jeune fille est qualifiée de « gâtée » puisque plus vierge…

Ainsi l’un des enjeux du roman sera de venger cet honneur bafoué mais pas uniquement. De manière subtile, les intrigues s’entremêlent pour dresser différents portraits de personnages féminins de diverses puissances, de diverses intelligences aussi. Un peu comme Teresa Grey, une artiste (qui peint de la poterie et écrit des pièces de théâtre) mariée à un noble ivrogne qu’elle décide de fuir et qui subit la honte sociale alors qu’elle n’a fait que se protéger ainsi que le harcèlement de sa belle-famille qui veut absolument un héritier… ou encore Flavia, surnommée la Laideronne à cause de son physique disgracieux, qui dispose pourtant d’une redoutable intelligence dans le domaine des mathématiques et est protégée par le Duc. C’est également la première à être attaquée et moquée lorsque qu’une personne sans honneur décide de s’en prendre à Trémontaine, et la première à devoir se retirer pour se protéger.

C’est donc un roman de cape et d’épées qui se veut féministe et déculpabilisant envers les femmes. J’apprécie beaucoup le message que fait passer le chapitre final où Katherine montre qu’on peut allier les attributs féminins (robe, etc) à ceux de l’épée, qu’on peut être une femme, ressembler à une femme, se comporter comme une femme et avoir tous les droits sur sa propre liberté. C’est cela qui est sublimement représenté sur la couverture, qui prend une toute autre dimension une fois l’ouvrage refermé.

Et outre ces thématiques importantes, on retrouve un roman dans le roman qui montre l’influence (positive) que peut avoir la littérature sur les (jeunes) esprits, une pièce de théâtre, des duels à l’épée et qui pose aussi la question de savoir ce qu’est la folie, finalement. Rappelant qu’on est fou face à une norme… Et que les plus grands penseurs, les personnalités les plus libres, sont souvent décriées parce qu’incomprises.

La conclusion de l’ombre : 
Le privilège de l’épée est un bijou à l’égal d’À la pointe de l’épée. Ellen Kushner retourne dans les Bords-d’Eaux pour proposer une fantasy de mœurs qui se penche cette fois sur la condition féminine. À travers le personnage de Katherine (héroïne principale) et d’autres figures aussi fortes qu’originales, l’autrice propose une intrigue haletante qui met en avant le meilleur de ce que le cape et d’épée a à offrir. C’est un coup de cœur pour moi et je me réjouis de lire d’autres textes de cette grande dame de l’imaginaire.

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Informations éditoriales :
Le privilège de l’épée par Ellen Kushner. Éditeur : ActuSF. Traduction : Patrick Marcel. Illustration de couverture : Zariel. Prix : 22.90 euros.

Vingt plus 1 – Livre anniversaire des éditions ActuSF

Bonjour à tous/tes/x !

Il y a déjà plusieurs mois que ce petit ouvrage anniversaire trainait dans ma PàL. Il m’a gentiment été offert par une librairie indépendant qui en avait de trop et je l’avais laissé de côté, sans raison particulière. Le Winter Short Stories of SFFF a été l’occasion qu’il me manquait pour le sortir et le découvrir.

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Les 20 ans +1 d’ActuSF.

Cette introduction rédigée par Jérôme Vincent raconte l’histoire de la maison d’édition et en fait ensuite sa présentation succincte en expliquant ses différentes collections et initiatives. J’ai bien aimé découvrir la genèse de ce géant qu’est devenu ActuSF. L’éditeur (autrement nommé Grand Chef 😉 ) nous offre une origin story touchante qui brosse un peu ce qu’était le panorama de la littérature de l’imaginaire il y a vingt ans. Un document qui deviendra historique !

Cinq nouvelles sont ensuite proposées, écrites par des auteur.ices.x phares de la maison d’édition.

Sacrée saison – Karim Berrouka
Sacrée saison est une histoire de… héros et de vilains ! Surprenant, et pourtant… Le concept est simple : l’humanité a connu une épidémie de super-héros. Vous avez bien lu : une épidémie. Il y en avait beaucoup trop par rapport au reste de la population à sauver. Du coup, ceux-ci sont devenus fous et certains ont viré super-vilains… Je n’entre pas dans les détails pour ne pas divulgâcher le contenu de la nouvelle.

Pourquoi ce titre ? Et bien ces héros ne se réveillent que durant l’été, un mois sur douze donc (oui il y a un contrôle climatique strict) au cours duquel une agence tente de les détruire. On suit le déroulement de cette fameuse saison et, avec elle, un plan ambitieux des pouvoirs en place pour parvenir à totalement éradiquer cette menace…

Comme souvent avec les textes de Karim Berrouka, j’ai d’abord été déconcertée par ma lecture. Puis, en avançant, j’y ai décelé plusieurs messages sociaux comme la façon de traiter les personnes qui sortent de la norme, la stigmatisation d’une partie de la population pour des raisons arbitraires, le fait d’œuvrer à sa propre mise au chômage ou encore l’incapacité des politiciens à voir sur le long terme, préférant se concentrer sur les effets immédiats pour impressionner l’électorat.

Difficile de dire dans l’ensemble si j’ai aimé ou non cette lecture (comme souvent avec l’auteur) mais je salue l’imagination !

Mosquito Toast – Jeanne A. Debats
Cette nouvelle se passe dans l’ouest américain, pendant l’épidémie de fièvre jaune, et raconte l’histoire d’un vampire qui traque son créateur prénommé Gilles (vu la manière dont il est décrit ainsi que ses goûts pour les enfants, je pense que c’est une référence à Gilles de Rais si pas Gilles de Rais lui-même). Ce dernier a pour ambition de créer une sorte d’éden vampirique sur le territoire d’une tribu indigène. Cette tribu va engager notre vampire pour l’en empêcher.

Je n’ai pas grand chose à dire sur ce texte parce qu’il m’a semblé trop classique et prévisible. Il faut dire que je ne suis plus le public cible et que j’ai trop lu d’histoires de ce type pour vraiment m’y retrouver. C’est toutefois bien écrit, à la première personne du point de vue du vampire, et les lecteur.ices.x adeptes de ce type d’histoire y trouveront leur compte.

Danser dans la tempête – Morgan of Glencoe
Yuri quitte temporairement le Japon pour rencontrer la famille de sa mère à l’occasion d’une célébration annuelle où, se fiant à une ancienne légende, les femmes de l’île dansent avec les kelpies, nues, durant une nuit.

C’est ce que raconte cette nouvelle. En quelques pages, Morgan of Glencoe arrive à instiller des éléments inclusifs comme une femme transgenre qui participe à la célébration, ce qui surprend d’abord Yuri avant que son amie ne lui dise que l’important, c’est que la personne se considère comme une femme, pas ce qu’elle a entre les jambes. C’est tout à fait vrai et la réflexion ainsi que la réponse se marient bien au reste du récit. Ça n’a rien d’artificiel. Ainsi, l’autrice raconte une jolie petite histoire qui m’a finalement bien plu alors que je n’avais pas terminé le premier tome de sa saga. Comme quoi !

Toi que j’ai bue quatre fois – Sylvie Lainé
Je vais être honnête, je n’ai pas su terminer cette nouvelle. J’ai lu une page et elle m’est tombée des mains, tout simplement parce que l’érotisme et moi, ça fait douze. Je n’apprécie plus du tout en lire et je n’avais pas tilté qu’il s’agissait de ce type d’écrit à la base. Cela ne remet pas en question la qualité du texte ou son contenu, ce sont mes goûts personnels mais j’ai ressenti un malaise au bout de quelques lignes, si bien que j’ai préféré laisser tomber.

Gabin sans « aime » – Jean Laurent Del Socorro
Je vous ai déjà parlé de cette nouvelle dans un article antérieur car j’avais eu le plaisir de la découvrir dans l’édition collector de Royaume de Vent et Colères. Ç’avait été un absolu coup de cœur, j’ai donc pris beaucoup de plaisir à la relire et j’en ressors tout aussi bouleversée. Jean Laurent Del Socorro est sans conteste l’un de mes auteurs francophones favoris !

La conclusion de l’ombre :
Vingt plus un est un petit ouvrage collector sympathique et indispensable pour toutes les personnes qui aiment les éditions ActuSF. Une chouette initiative pour fêter leur anniversaire. On ne peut que leur souhaiter une longue vie !

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+4 nouvelles
Avancée du challenge : 31 textes lus
Bonus : Lire un/e auteur/ice francophone + faire preuve d’éclectisme.

Feuillets de cuivre – Fabien Clavel

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Feuillets de cuivre
est un roman policier / steampunk écrit par l’auteur français Fabien Clavel. Publié à l’origine en 2015 chez ActuSF, vous trouverez la réédition de ce texte dans une nouvelle édition type beau livre au prix de 19.90 euros.
Je remercie les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Paris, 19e siècle. L’inspecteur Ragon mène plusieurs enquêtes afin de résoudre des crimes aussi odieux que sanglants en s’aidant avant tout de son esprit et de son amour de la littérature.

J’ai découvert pour la première fois cet inspecteur dans l’anthologie Montres Enchantées des éditions du Chat Noir. J’avais été très emballée par ce texte et je m’étais promis de lire Feuillets de cuivre pour cette raison. Cela m’aura pris du temps pour me lancer mais je n’ai pas de regrets !

Un hommage aux feuilletons, mais pas que.
Avant toute autre chose, Feuillets de cuivre est un roman policier qui exploite les codes classiques du genre et propose une figure du détective atypique qui emprunte pourtant à Hercule Poirot (ce qu’on ressent tout de suite quand il utilise sa célèbre expression des petites cellules grises, triture sa moustache ou préfère utiliser son cerveau de manière générale) comme à Sherlock Holmes. Chaque enquête forme a priori une nouvelle, une histoire close sur elle-même. Il faut arriver dans la dernière partie du texte pour se rendre compte que tout est lié avec maestria.

La construction narrative rappelle celle des romans feuilletons et ceux-ci sont plusieurs fois évoqués durant les enquêtes de Ragon. On sent que l’auteur possède une passion pour la littérature, surtout celle du 19e siècle (ou alors, il la feint brillamment !) car tout crime en revient toujours, d’une façon ou d’une autre, à un ou plusieurs livres. D’ailleurs, Ragon le dit lui-même : si l’affaire n’est pas liée à un livre, alors il s’agit d’un crime vulgaire et sans intérêt. Le ton est donné ! Le nœud central de l’œuvre s’article donc autour du livre au sens large et quand on arrive à la fin, on prend conscience d’avec quelle minutie Fabien Clavel a tout mis en place depuis les premières lignes pour construire les Feuillets de cuivre. J’en suis restée pantoise.

Par contre, une fois de plus et comme ç’avait déjà été le cas avec Anergique de Célia Flaux chez le même éditeur, le terme steampunk me parait ici mal employé. Il s’agit plutôt d’un roman fantastique qui exploite par moment une forme d’énergie appelée éther mais qui ne répond pas aux codes stricto sensu du steampunk. Cela pourrait dérouter celles et ceux qui s’y attendraient, je préfère donc prévenir. Il y a bien une esthétique particulière, oppressante, désenchantée, salie par des vapeurs noires mais plutôt celles de l’humanité que des vapeurs charbonneuses. Il y a une petite étincelle en plus mais qui appartient davantage au registre du fantastique classique qu’autre chose.

Les enquêtes de Ragon.
Feuillets de cuivre se compose de plusieurs histoires qui s’étendent sur une quarantaine d’années. Chaque en-tête de chapitre renseigne l’année concernée et comporte une citation issue des classiques littéraires. On rencontre Ragon au tout début de sa carrière et on le suit d’affaire en affaire, jusqu’au dénouement final. Le personnage est atypique, déjà par son physique puisqu’il est obèse et tombe au fil du temps dans l’obésité morbide. C’est la première fois que je croise un personnage principal comme lui et je trouve ça finalement interpellant quand on pense à l’importance que prend la représentation de nos jours. Chapeau à Fabien Clavel pour cela d’autant qu’il ne réduit pas son personnage à son physique, au contraire. J’ai surtout retenu de Ragon son intelligence aiguisée et sa passion pour la littérature grâce à laquelle il résout ses affaires. Le voir évoluer tout au long de sa carrière ne manque pas d’intérêt, hélas c’est le seul personnage véritablement développé du roman. Comme souvent dans les romans policiers classiques, cette figure d’enquêteur éclipse les autres qui en sont presque réduits à des fonctions au point qu’on ne ressent pas grand chose face à leur disparition, que celle-ci soit ou non brutale. Quant aux femmes, n’en cherchez pas. Les seules présentes sont des prostituées, ce qui n’en fait pas un roman sexiste pour la cause ! À aucun moment l’auteur ne m’a donné ce sentiment. Simplement, elles ne tiennent aucun rôle dans les enquêtes de Ragon et les rares fois où cela arrive, ce sont des personnages très secondaires (même l’épouse de Ragon, ancienne prostitué, disparait vite après la première enquête). Je sais que cela peut déranger certain/es lecteur/ices donc je préfère le noter.

La conclusion de l’ombre :
Feuillets de cuivre est un texte brillant et érudit qui ravira les amateurs d’histoire littéraire comme de romans policiers. Fabien Clavel rend hommage autant à Holmes qu’à Poirot avec son inspecteur Ragon qui résout ses affaires par la force de son intelligence et non de ses poings. Les éléments des différentes enquêtes paraitront de prime abord classiques et violents pour le plaisir du spectacle mais Feuillets de cuivre ne prend sa complète ampleur qu’avec les révélations finales où on se rend compte à quel point Fabien Clavel s’est montré minutieux et brillant. Une belle réussite tout à fait recommandable !

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Du roi je serai l’assassin – Jean Laurent Del Socorro

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Du roi je serai l’assassin
est le nouveau roman fantastico-historique de l’auteur français Jean-Laurent Del Socorro. Publié par ActuSF, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 19.90 euros.

Restituons un peu…
Du roi je serai l’assassin
se déroule dans l’univers de Royaume de Vent et de Colères qui comportait jusqu’ici un roman (du même nom), une novella graphique (la Guerre des Trois Rois) et deux nouvelles (Gabin sans aime et le vert est éternel). Ces différentes histoires se déroulent toutes durant le 16e siècle, pendant la période des guerres de religion, en France. Le roman qui nous occupe met en scène un personnage secondaire qu’un lecteur assidu aura déjà rencontré : l’assassin Silas que j’ai toujours énormément apprécié. Je le trouvais intriguant, intéressant, bref j’avais très envie d’en savoir plus à son sujet. Comme s’il lisait dans mon esprit, voilà que l’auteur propose un roman entier où il est le narrateur ! Impossible, donc, de passer à côté.

Je précise aussi que ce texte aurait pu se lire indépendamment sans la partie finale qui ramène l’action à Marseille et tisse des liens avec le roman précédent mais surtout avec la nouvelle sur Gabin (une des plus belles nouvelles que j’ai pu lire de ma vie). Je pense que ce texte reste abordable en tant que one-shot car on sent que l’auteur a tout fait pour mais le lecteur qui n’aura pas lu les autres textes trouvera peut-être que le dernier quart dénote du reste, sort « de nulle part ».

De toute manière, face à une telle qualité littéraire, pourquoi bouder son plaisir ? Lisez donc toute la bibliographie de l’auteur !

Silas, entre l’Espagne et la France.
Ce roman est majoritairement narré par Silas à un autre personnage, ce qui lui permet de revenir sur les détails de son enfance et de son parcours. C’est un procédé plutôt usé mais l’auteur s’en sert très bien. Je n’ai eu aucun mal à m’immerger dans cette succession de chapitres courts qui comptent parfois seulement deux ou trois pages, transformant ce récit en véritable page-turner sans temps morts.

L’action commence à Grenade où se plante un premier décor : celui d’une Espagne catholique de plus en plus extrême qui rejette tout ce qui n’est pas de sa religion. La famille de Silas est morisque, cela signifie qu’ils sont d’anciens musulmans convertis, une situation que le père de Silas vit très très mal. Le lecteur entre donc directement dans une ambiance assez rude, renforcée par les accès de violence du père sur ses enfants. Une violence aussi bien physique que psychologique envers Silas mais surtout envers ses deux sœurs : Rufaida (sa jumelle) et Sahar (sa cadette). Quant à la mère, c’est une femme soumise, transparente, qui a laissé son cœur dans son pays natal (la Turquie) et semble incapable de vraiment aimer sa progéniture. Elle ne la déteste pas non plus, notez. L’indifférence a un pouvoir terrible.

L’intrigue s’étend ensuite à la France au moment où Silas et Rufaida partent à Montpellier, une fois devenus adultes. C’est l’occasion de fréquenter de près des calvinistes qui se battent pour leur liberté de culte, avec plus ou moins de succès. Je vais m’arrêter ici pour ne pas trop en dire, sachez simplement que c’est aussi l’occasion pour l’auteur de se rallier à la cause de l’égalité des genres et de parler des discriminations envers les femmes à travers le personnage de Rufaida qui aimerait devenir médecin mais ne peut accéder qu’aux études de chirurgien-barbier à cause de son sexe, alors même qu’elle dispose de grandes capacités académiques.

Un roman aux thématiques riches et variées.
L’ambiance générale du roman est plutôt sombre. Un extrait de la fin résume assez bien ce que vous y trouverez. J’ai volontairement coupé les passages qui gâcheraient l’intrigue. : « C’est l’histoire d’une haine ordinaire, qui tue une peau trop sombre, un pays qui n’est pas le sien ou un dieu qui n’est pas le bon. Une peste qui te gangrène de colère sans jamais te faire crever tout à fait. (…) C’est l’histoire d’un frère, gavé de tant de violence, qu’il ne voyait même plus l’amour. C’est l’histoire d’un enfant, frappé si fort et si souvent, que son cœur en a boité toute sa vie. »

On parle de guerres de religion (avec ce que ça implique comme massacre, racisme, etc), de discrimination, de violence sur des enfants mais on parle aussi d’une magie au coût trop grand, d’une promesse presque tenue, d’une vengeance très très froide… et de l’importance qu’ont l’amour comme l’amitié sur les actes d’un homme.

Et l’imaginaire dans tout ça ?
Lors de la sortie de Je suis fille de rage, un autre roman de l’auteur, j’ai lu beaucoup de frustration de la part des lecteurs au sujet de la dimension fantastique assez faible au sein du roman. Jean Laurent Del Socorro écrit avant tout (selon moi) des romans historiques sociaux, centrés sur l’humain et sur les conséquences que les grands bouleversements politiques ont sur les gens du commun. Dans Royaume de vent et de colères, le lecteur se familiarise avec une sorte de pierre magique qui revient ici en tant que pierre du Dragon, un artefact recherché par Silas et ses sœurs depuis qu’ils en ont entendu parler via leur préceptrice qui est un petit peu plus qu’une dame ordinaire. Cette quête va exister en parallèle de toute l’intrigue familiale et religieuse de Du roi je serai l’assassin et j’y ai vu une métaphore du cheminement de Silas pour vaincre la colère que son père attise en lui depuis vingt ans. L’aspect imaginaire n’est clairement pas le point central du roman même s’il est davantage présent que dans les autres textes du même univers. Sachez-le, donc, si vous le commencez en espérant de grands effets lumineux / pyrotechniques avec des affrontements épiques. Vous n’aurez rien de tout cela. Vous aurez par contre un excellent roman historique et familial avec une pointe de surnaturel.

La conclusion de l’ombre :
En 350 pages, voilà ce que parvient à écrire Jean Laurent Del Socorro : un roman historique avec une pointe de magie, qui plonge son lecteur au milieu des guerres de religion en adoptant un point de vue humain, de celles et ceux qui en subissent les conséquences au quotidien, bien loin des puissants et de leurs intrigues. L’auteur reste en cela fidèle à lui-même et l’épilogue de ce bijou a ravi la passionnée d’Histoire de France en moi.
C’était magistral.
Merci pour ce roman Jean Laurent et bien vite les suivants !

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Montès – Isabelle Bauthian

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Montès
est le nouveau roman fantasy de l’autrice française Isabelle Bauthian. Publié par ActuSF, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 20.90 euros.
Je remercie Jérôme Vincent et les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Depuis quarante ans, la paix règne sur Civilisation… Mais la guerre revient frapper aux portes de Montès, baronnie martiale dirigée depuis peu par un homme souffrant de folie des grandeurs (c’est la façon polie de dire que c’est un c*****d). En effet, les mi-hommes envahissent la troisième province de Montès pour se venger des visées expansionnistes du nouveau Baron. Pour empêcher cette guerre de coûter encore plus de vie, Oditta, la ministre des frivolités, décide d’agir dans le dos de son souverain, accompagnée par nul autre que Thélman, le redoutable chef de la guilde des épiciers qui est aussi son plus vieil ennemi. Commence alors un long périple Outre-Civilisation…

Avant d’aller plus loin, je me dois de signaler que l’autrice a écrit deux autres romans dans le même univers que celui-ci, avec des personnages qu’on retrouve parfois de l’un à l’autre, tout en réussissant l’exploit de les rendre véritablement indépendants. Je n’ai lu ni Grish-Mère, ni Anasterry (ce qui va changer sous peu !) et cela ne m’a pas empêché de comprendre la totalité de ce texte. À l’heure où beaucoup d’éditeurs proposent de faux one-shot, je pense important de préciser que Montès en est bien un. J’en profite pour, du coup, saluer le travail de l’autrice à ce sujet. 

Quelques mots sur le contexte
Le roman prend place en Civilisation, un rassemblement de plusieurs baronnies articulées autour de la Capitale (avec une majuscule donc). Montès est une baronnie à tendance martiale qui protège une large partie des frontières de Civilisation. Chaque baronnie possède un peu sa spécialité, sa particularité et ses coutumes. L’univers créé par l’autrice est ainsi d’une très grande richesse, ce qui lui permet de traiter beaucoup de thématiques sociales en les mettant en scène à travers les différences qui existent entre les baronnies.

Dans Montès, c’est plus particulièrement l’opposition entre les mi-hommes et les humains qui est exploitée. Il s’agit donc d’aborder les thèmes de l’intégration, de la peur de l’inconnu, de la peur des autres cultures. Quand le nouveau baron prend les commandes à la mort de son père, il décide de rejeter tous les mi-hommes présents dans la société de Montès, les mettant dans le même sac que ceux qui attaquent sa province. Et si ça ne vous rappelle rien, que dites-vous de ceci ? Je surinterprète peut-être mais j’ai vu dans ce roman une métaphore de notre propre société : notre modernité s’est construite sur une économie de guerre, notre prospérité occidentale, nos avancées scientifiques, tout aurait pris beaucoup plus de temps en période de paix. Pourtant, la guerre coûte des vies, répand le malheur, on se bat contre elle tout en continuant à l’entretenir dans certaines régions du monde. C’est ce qu’on voit finalement dans Montès : le paradoxe de la guerre, qu’on veut stopper sans savoir quel type de société cela engendrera. Et comme on a peur de l’inconnu, on veut changer les choses mais pas trop quand même hein, faut pas déconner.

On y évoque aussi le danger des généralités, le fait de mettre « dans le même sac » tous les individus issus d’un même endroit sans prendre en compte la multiplicité des cultures, des personnalités, des opinions. Certains mi-hommes veulent la guerre, d’autres espèrent la paix, et parmi ceux qui désirent la paix, certains la pensent possibles alors que d’autres se montrent cyniques à ce propos. Isabelle Bauthian dresse un tableau nuancé dont tout manichéisme est banni. Et quand on pense qu’elle va sauter à pied joins dans la facilité, elle esquive habilement l’écueil, apportant une sacrée dose de surprise et transformant son texte en page-turner. Personnellement, je n’ai rien vu venir à aucun moment et tout ce à quoi je m’attendais n’est pas arrivé. 

L’autrice propose donc un roman de fantasy, oui. Mais comme beaucoup de bons romans de l’imaginaire, elle y aborde des thématiques modernes qu’on peut aisément transposer à notre propre monde. 

Oditta, une protagoniste remarquable
Isabelle Bauthian écrit à la troisième personne et se place presque exclusivement du point de vue d’Oditta, à l’exception de la lettre en début de roman et de l’épilogue. J’ai rarement rencontré un personnage aussi solide et aussi développé. L’alternance entre le passé et le présent permet de découvrir petit à petit comment la naïve ministre des frivolités gagne en maturité, montre son courage et sa détermination, sans jamais que cela ne me donne l’impression d’être trop ou mal équilibré. Oditta est attachante en tant que femme de bonne condition, élevée pour être une gentille fille, une bonne épouse, qui n’a pas forcément d’avis sur les questions d’importance mais qui apprend petit à petit à aiguiser son esprit, à devenir indépendante, à remettre son éducation en question sans pour autant se renier totalement. On sent en elle toute la contradiction de ceux qui aimeraient changer le monde sans réussir à assumer ou même imaginer les conséquences.

Elle forme, avec Thélban, un duo délicieux. Cet homme est parti de rien et a réussi à s’élever tout au sommet du monde commercial de Montès, devenant très riche et pouvant se permettre de défendre ses convictions. Pour lui, les mi-hommes ne sont pas des sous créatures et il embarque Oditta dans une mission diplomatique alors même que tous les deux se détestent depuis des années. On comprend qu’il y a derrière cette situation des histoires de cœur, de jalousie, Oditta se sentant menacée par Thélban dans le cœur de son mari, mais on comprend aussi qu’il y a plus que cela. Les subtilités sont apportées petit à petit par l’autrice et vraiment bien distillées. J’ai apprécié que (surlignez pour dévoiler le spoiler) cela ne finisse pas en passion interdite ni même en triangle amoureux. D’ailleurs, il n’y a pas de romance dans Montès. Oditta est mariée, elle aime son mari, on les voit ensemble mais ce n’est pas le sujet du texte et j’ai trouvé ça vraiment rassénérant. 

La conclusion de l’ombre 
Montès est un roman de fantasy tout à fait remarquable grâce auquel je prends contact pour la première fois avec la plume d’Isabelle Bauthian. Si ce texte se place dans le même univers que les deux autres romans de l’autrice (Anasterry et Grish-Mère), il est véritablement indépendant et peut se lire en premier ou en dernier, au choix du lecteur. Le travail effectué sur l’univers était déjà à lui seul remarquable mais Oditta, la protagoniste principale du roman, est l’un des personnages féminins les mieux construits que j’ai pu croiser dans ce genre littéraire. J’ai adoré chaque ligne de Montès que je recommande très chaudement !

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printempsimaginaire2017
Quinzième lecture – Pas de défi

Le jour où l’humanité a niqué la fantasy – Karim Berrouka

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Le jour où l’humanité a niqué la fantasy
est un one-shot d’urban fantasy écrit par l’auteur français Karim Berrouka. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 19.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

Souvenez-vous ! Je vous ai déjà évoqué cet auteur à plusieurs reprises sur le blog avec Fées, weed et guillotine, Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu et son meilleur roman (selon moi) : le club des punks contre l’apocalypse zombie. Il est plutôt connu pour proposer des histoires très excentriques au point que l’expression : what the fuck se retrouve souvent associée à son nom. Sur un plan plus personnel, disons que c’est un auteur avec qui soit ça passe à 200%, soit ça casse justement. Pour la première fois, j’ai trouvé un roman qui se met entre les deux.

De quoi ça parle ?
Un lutin prend des otages dans une bibliothèque en hurlant : vous avez niqué la fantasy !
Le coup d’un soir d’Olga fout littéralement le feu à son appartement avec sa bite, ce qui l’oblige à lui défoncer la tête avec une batte.
Un duo d’enquêteurs du paranormal essaie de mettre de l’ordre dans tout ce chaos.
Des auteurs sont enlevés lors d’une conférence aux Imaginales.
Et avec tout ça, 30 ans plus tôt, un groupe de punk se rend dans un coin paumé de la France pour le plus grand festival punk de tous les temps qui se déroule à côté d’une forêt franchement cheloue.

Une bonne dose d’absurde et de folie…
Voilà ce que le lecteur va retrouver principalement dans ce roman. Karim Berrouka reste fidèle à lui-même en proposant des personnages paumés, des situations improbables et différentes lignes narratives qui n’ont rien en commun de prime abord mais qui finissent par se rejoindre de la plus surprenante des façons. Pour se lancer dans ce texte, mieux vaut donc ne pas avoir un esprit trop cartésien ou s’attendre à ce que tout se déroule comme on l’attend.

Si, à première vue, on est sur un gros délire sous acide, en réalité… L’auteur propose un sous-texte vraiment riche. Chaque chapitre (et ils sont courts !) comprend des petites piques et réflexions diverses sur la société, l’imaginaire et même sur le statut des auteurs. C’est le genre d’ouvrage à relire plusieurs fois pour traquer les références et prendre conscience de l’ampleur du travail effectué par Karim Berrouka. Chapeau là-dessus.

… avec quelques bémols.
Ou plutôt, des bémols à mon goût. Peut-être n’étais-je pas dans le bon état d’esprit mais ce texte m’a, par moment, provoqué un effet de « trop ». Je me sentais perdue dans l’absurde, dans l’improbable, ce qui n’a pas été en s’arrangeant dans la dernière partie du roman. Ironiquement, la fin m’a laissé un goût de trop peu, de trop rapide, de trop simple en quelque sorte. Je me suis dit ah okey, tout ça pour ça ?

J’ai aussi eu le sentiment que la problématique autour de la fantasy finissait par s’oublier à mesure qu’on avançait dans l’intrigue. Pourtant, tous les éléments sont présents (les créatures, les tentatives de rééducation des auteurs humains, etc.) mais quand on en vient à se focaliser sur le groupe de punks et sur les deux enquêteurs, ça perd de sa saveur première et de ce que j’imaginais lire dans ce texte.

Enfin, je dois confesser que j’ai eu du mal à m’attacher aux protagonistes. Comme je suis une lectrice pour qui cet élément a son importance, ça a été un sacré problème. À l’exception finalement des deux punks et de Margo (au début) je n’ai pas su m’intéresser aux péripéties des autres. De plus, il faut savoir que certains personnages présents au sein du roman sont des auteurs qui existent sur la scène francophone ainsi que l’éditeur du roman, Jérôme Vincent en personne. Cela donne au livre un aspect private joke à côté duquel on passe un petit peu si, comme moi, on n’a pas encore lu ou apprécié les auteurices concerné/es. Je pense important de le souligner parce que je sais que ça a sorti au moins une lectrice de sa découverte, ce qui est dommage… Par contre je compatis sincèrement au sort de ce pauvre éditeur qui n’avait rien demandé !

La conclusion de l’ombre :
Le jour où l’humanité a niqué la fantasy est un roman d’urban fantasy déjanté et un brin absurde comme seul Karim Berrouka sait les écrire. Ce one-shot met en scène une révolution de la « fantasy véritable » et de tous ses représentants face aux humains qui n’ont décidément rien compris. Si le sous-texte possède une vraie richesse, l’intrigue tire hélas en longueur par moment, du moins à mon goût. De plus, j’ai eu un certain mal à m’intéresser au destin de certains personnages, ce qui a atténué mon enthousiasme initial. Néanmoins, cela reste un bon texte qui mériterait une relecture pour en tirer toutes les subtilités.

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printempsimaginaire2017
Cinquième lecture – pas de défi

Anergique – Célia Flaux

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Anergique
est un one-shot steampunk écrit par l’autrice française Célia Flaux. Publié par ActuSF sous le label Naos, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 17.90 euros.
Je remercie les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Lady Liliana Mayfair est une lyne qui appartient à la garde royale. Elle et son compagnon sont envoyés en Inde sur les traces d’une violeuse d’énergie qui sévit depuis des années. Une seule victime a, à ce jour, survécu : Aminat, agressé alors qu’il n’avait que dix ans et anergique depuis. De Londres à Surat, voici une enquête dans une Angleterre steampunk victorienne…

Du steampunk ?
C’est quand même le premier élément que je souhaitais relever car Anergique est qualifié de roman steampunk par son éditeur, toutefois je n’y ai pas retrouvé les codes du genre en le lisant. Ou, du moins, pas de manière suffisamment marquée pour que ça me saute aux yeux. Je me fie pour cela au guide d’Apophis qui, pour résumer, définit le genre de cette façon : Grossièrement, on pourrait définir le Steampunk comme une Uchronie (un monde où l’histoire s’est déroulée différemment par rapport à la nôtre) dans laquelle des technologies que nous qualifierions d’ « avancées » (typiquement : informatique, robotique, mechas et exosquelettes de combat, voire exploration spatiale) sont apparues à un stade bien plus précoce que dans notre monde, typiquement lors de la période Victorienne (d’où le « Steam » : ère de la vapeur).
Bien sûr, l’intrigue prend place dans une Angleterre victorienne mais à l’exception du dirigeable qui semble être plus développé (et encore, on a peu d’informations), il n’y a pas trace des éléments précités. Au contraire, c’est plutôt la magie qui est mise en avant. Attention donc si vous lisez ce livre en recherchant un roman à l’esthétique steampunk, vous serez probablement déçu. Personnellement, ça ne m’a pas vraiment dérangée car j’avais oublié ce point lors de ma lecture (je m’en suis souvenue en lisant le résumé de l’éditeur pour écrire ce billet) mais je pense important de le préciser.

Une violeuse ?
Autre point que je dois souligner, l’utilisation du terme violeuse qui a fait tiquer sur une autre chronique que j’ai pu lire. Il ne s’agit pas du tout d’une erreur de ma part ou de celle de l’éditeur. La lyne qui a agressé Aminat est bien qualifiée de violeuse et j’ai l’impression que ce terme heurte, choque aussi, peut-être par sa mise au féminin ? Pourtant, il est correctement employé par l’autrice car, dans la description de l’agression, on retrouve des bien des éléments reliés au viol. Ces points sont également présents dans la manière dont se sent la victime, dont elle essaie de surmonter son traumatisme. Ce mot est donc pertinent et son utilisation renforce les exactions de la criminelle.

Une métaphore sociale
Outre l’aspect enquête qui reste plutôt classique, la force du roman se situe, pour moi, dans la métaphore sociale que tisse l’autrice autour des concepts de lyne et de dena. Une lyne est un individu, de sexe masculin comme féminin, qui aspire l’énergie d’un dena (qui est donc un donneur, de sexe masculin comme féminin) pour se nourrir et être capable de prouesses magiques comme la création d’un bouclier ou le jet d’énergie. Cela ne sera pas sans rappeler à certain/e le mythe du vampire.

Je n’ai pas ressenti de discrimination genrée au sein de la société décrite dans le roman, ce qui est rafraichissant. Par contre, Célia Flaux dessine clairement, selon moi en tout cas, une métaphore sur le prolétariat face aux patrons puisque ceux qui produisent (ici les denas) sont exploités par les lynes qui dépendent pourtant d’eux pour survivre. De plus, les denas doivent se plier à tout un tas de règles. Il est par exemple interdit et tabou de donner son énergie à une plante en tant que dena. La problématique se pose avec Aminat, qui souffre d’un énorme traumatisme depuis son viol et n’arrive plus à nourrir qui que ce soit et donc à se débarrasser de ce surplus d’énergie. Quand sa mère le surprend à donner son énergie à un arbre, elle va jusqu’à qualifier son acte de blasphème envers les dieux.

Ces concepts sont abordables dans l’ensemble et exploités d’une manière assez intelligente pour faire passer le message voulu. L’univers créé par l’autrice n’est pas des plus fouillés ni des plus complexes mais il a le mérite de se tenir et d’induire de vraies thématiques. Je n’ai pas eu besoin de plus pour l’apprécier et m’y plonger.

Une narration à trois voix.
Ce roman est écrit à la première personne, au présent, et les points de vue alternent entre Liliana (la garde royale), Clément (son compagnon) et Aminat (la victime qui est aussi un ami d’enfance de Clément). Les transitions sont annoncées à chaque début de partie et on en a plusieurs au sein d’un même chapitre. Parfois, le changement se fait au bout d’une ou deux pages seulement (sur ma liseuse) ce qui permet un vrai dynamisme au sein de l’action et de l’intrigue. Les pages passent sans qu’on s’en rende compte, l’ensemble est plutôt efficace et bien mené. Les personnages sont suffisamment caractérisés pour qu’on ne les confonde pas même si les transitions restent rapides et parfois abruptes, ce qui peut gêner les lecteurs qui n’aiment pas trop qu’on les bouscule.

Liliana est une Lady issue d’une famille noble et en rébellion contre son père qui n’approuve pas sa relation avec Clément, qui n’est qu’un fils d’une famille bourgeoise. Elle a donc quitté le domicile familial et vit par elle-même depuis qu’elle a rejoint la Garde Royale, se mettant ainsi au service de la reine. J’ai vraiment aimé le fait de trouver un couple déjà formé au début du roman et entretenant une relation saine dés le départ puisque les intrigues / considérations amoureuses ont tendance à ne pas m’intéresser du tout. Le point de vue de Clément sert aussi à nuancer celui de Liliana mais également à apporter des informations sur Aminat et leur relation d’enfance. Aminat va ensuite prendre une plus grande part au sein de l’intrigue puisqu’il est le seul capable d’identifier cette violeuse, étant sa seule victime à avoir survécu. Cela a tissé un lien entre eux dont l’homme, devenu précepteur dans une noble famille, ne parvient pas à se débarrasser. Le traumatisme est toujours présent malgré les années. J’ai trouvé cet aspect vraiment intéressant et (surlignez la suite pour la lire mais attention, elle contient un élément d’intrigue) j’ai regretté qu’il disparaisse aussi vite tout comme je n’ai pas su me projeter dans l’évolution de la relation entre Liliana et Aminat, qui ne m’a pas semblée très crédible. L’aspect deuil et souffrance n’a pas su me toucher car trop vite oublié.  Après, c’est une affaire de goût, vous savez comment je suis avec les histoires de cœur…

Une postface enrichissante
J’ignore qui a rédigé la post-face (probablement Jean Laurent Del Socorro qui a dirigé l’ouvrage ?) toutefois celle-ci fait le point sur l’univers créé par Célia Flaux et sur la façon dont elle met en scène la magie, avec les lynes et les denas. C’est vraiment intéressant à lire même si ça peut paraître redondant à un lecteur attentif. Dans le cadre d’une collection comme Naos, qui se destine aux adolescents, je trouve que cette postface a une certaine utilité pour être exploitée, pourquoi pas, dans un cadre scolaire par exemple.

La conclusion de l’ombre :
Anergique est un roman qui se dit steampunk mais qui me parait plutôt de fantasy victorienne car l’esthétique du genre (définie plus haut dans ce billet) n’est pas pas présente. Cela ne l’empêche pas de proposer une enquête intéressante dans une Angleterre victorienne alternative qui a l’originalité de se dérouler en partie en Inde. Je retiendrais surtout la métaphore sociale tissée par l’autrice à travers ses concepts de lyne et de dena ainsi qu’une aventure menée sans temps morts dans une narration alternée plutôt efficace. J’ai passé un bon moment avec ce roman tout à fait recommandable !

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printempsimaginaire2017
Première lecture – défi « nouveaux horizons »
(découvrir une nouvelle autrice)

La Machine #1 – Katia Lanero Zamora

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Ce premier tome de La Machine est un OLNI (objet littéraire non identifié) écrit par l’autrice belge Katia Lanero Zamora. Publié par ActuSF dans sa collection les Trois Souhaits, vous trouverez ce roman partout en librairie à partir du 19 février 2021 au prix de 19.90 euros.
Je remercie Jérôme Vincent et les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

Je vous ai déjà évoqué le travail de cette autrice belge (et même liégeoise, le hasard fait bien les choses !) sur le blog avec ma chronique des ombres d’Esver lu à sa sortie en novembre 2018. J’attendais depuis un nouveau texte de la part de Katia Lanero Zamora tant j’avais été emballée par celui-là. Si la Machine est résolument différent en terme d’ambiance et de concept, on y retrouve toutefois le même talent.

De quoi ça parle ?
Vian et Andrès Cabayol sont deux frères inséparables, élevés dans une famille aisée. Hélas, dans leur pays, la révolte gronde et les dissensions politiques sont nombreuses. Au milieu de ce chaos, il y a la Machine, un regroupement qui prône le partage équitable des terres et des ressources afin que plus aucun être humain ne soit exploité.

Une allégorie politique.
Quand j’ai demandé à l’autrice de quelle manière classer son roman (parce que je séchais un peu sur le moment…), elle m’a répondu que l’éditeur voyait la Machine comme une allégorie politique. En effet, difficile de simplement parler d’un roman imaginaire puisqu’il n’y a rien de surnaturel ni de futuriste au sein de ce roman, ce qui l’éloigne des définitions les plus communément admises même si j’ai bien conscience que c’est une remarque assez restrictive. En effet, Katia Lanero Zamora s’inspire surtout de l’histoire espagnole et des troubles qui ont secoué ce pays dans les années 1930 pour écrire son histoire. Chaque ligne du texte renvoie le lecteur dans cet univers hispanique : les noms des personnages et des lieux, les coutumes, la gastronomie, etc. L’autrice connait son sujet à fond et est parvenue à dresser un magnifique panorama très immersif.

Pourtant, la Machine ne se passe pas stricto sensu en Espagne mais dans un monde alternatif qui y ressemble très fort, devenant ainsi une allégorie du point de vue de l’éditeur. Pour rappel, l’allégorie est une figure de style qui consiste à utiliser une image pour exprimer une pensée concrète. Ici, l’allégorie s’inscrit sur l’aspect politique du roman puisque la Machine (le mouvement qui donne son titre au roman) peut très clairement être une représentation du socialisme libertaire, repris dans l’idéologie anarchiste.

Une représentation, oui, mais pas une idéalisation pour autant. Grâce à sa narration, Katia Lanero Zamora permet de voir ce qu’il y a de bon et de moins bon en chaque idée, en chaque combat, permettant ainsi une réflexion intéressante sur la nature de nos sociétés et de nos systèmes.

Vous l’aurez compris, ce roman appartient donc bien à la catégorie de l’imaginaire puisqu’il se déroule dans un monde différent du nôtre mais sans toutefois contenir des éléments surnaturels attendus par la majorité des lecteurs de l’imaginaire. C’est donc un imaginaire bigrement réaliste proposé par l’autrice et je me dois de le préciser car je sais que ç’avait gêné quelques blogpotes et autres lecteurs lors de la lecture d’un texte dans la même idéologie : Je suis fille de rage, de Jean Laurent Del Socorro. Et ici, même pas de Mort avec qui discuter ! Pour faire simple, si Katia avait placé son roman en Espagne dans les années 1930, la Machine serait un roman historique, point final. Elle a opté pour un autre choix, que je trouve judicieux parce qu’il lui permet d’adapter librement différents éléments politiques et idéologiques sans pour autant tomber dans l’exercice pas toujours évident de l’uchronie. J’adhère ! Puis on peut vouloir raconter une histoire inspirée de sans la faire coller à pour autant.

Quoi qu’il en soit, ces considérations de classement sont, finalement, purement éditoriales et nous pouvons les laisser ici pour plonger au cœur du texte.

Une histoire de famille.
Parce que la Machine, outre une allégorie politique, c’est avant tout une histoire de famille. La narration est partagée entre deux personnages : Andrès et Vian, deux frères très différents l’un de l’autre qui ont des opinions politiques et des ambitions très éloignées l’un de l’autre également, ce qui ne les empêche pas de se porter un amour fraternel profond qui va être mis à rude épreuve dans ce premier tome. J’ajoute à ce stade que ce premier tome de la Machine évolue sur deux temporalités : d’une part, le présent où les deux frères sont adultes et d’autre part, le passé où on découvre des éléments de leur enfance qui permettent de mieux cerner ce qu’ils sont devenus. Si j’ai été d’abord un peu déstabilisée par ce changement de temporalité que presque rien ne signale (mais je l’ai lu en version numérique donc il faut voir au format papier s’il y a davantage qu’une astérisque pas forcément bien décollée des paragraphes)  je me suis rapidement prise au jeu car ces flashbacks ont un réel intérêt pour le déroulement de l’intrigue.

Voici qui sont nos deux personnages principaux en quelques mots : Andrès est un révolutionnaire qui croit aux idées de la Machine et souhaite davantage de partage, d’égalité entre tous et ce malgré son statut de nanti, comme il est qualifié par les ongles sales (les gens du petit peuple, les paysans quoi). Andrès aime plutôt un bon vivant, il aime les jeux, les fêtes, l’alcool, les femmes aussi et surtout Lea dont il est amoureux et avec qui il entretient une relation tout feu tout flamme. Pendant toute la première partie du roman, c’est aussi un révolutionnaire en demi teinte, tiraillé entre deux mondes (sa famille et ses idées) qui est poussé par les évènements à faire un choix radial. Vian, de son côté, est le frère cadet. Il se montre plus timide, plus réservé, cherchant à faire la fierté de sa famille malgré un secret qui le ronge puisqu’il n’est pas attiré par les femmes, une orientation dangereuse dans cet univers qui peut lui valoir la mort pure et simple vu la foi très présente dans la vie de chacun. Je trouve très intéressant que l’autrice montre ce que ça fait d’être homosexuel à une époque où cela peut valoir la mort sans même un procès (et j’ai conscience que c’est toujours la réalité dans certains pays au 21e siècle, malheureusement…). Vian se bat donc contre ses désirs afin de ne pas entacher l’honneur familial, ce qui le rend très touchant et construit autour de lui une tragédie assez terrible dont on attend la fin avec angoisse parce qu’on sait que ça finira mal, forcément. On ne peut pas s’empêcher de compatir à ses tourments, surtout face à certaines réactions et réflexions de son entourage les rares moments où le sujet est abordé de front. Vian est également militaire, il a passé plusieurs années à l’école militaire et on vient de l’affecter pour quatre ans dans un pays étranger. Le roman s’ouvre sur une fête donnée en son départ, fête qui ne va pas du tout se passer comme il l’espérait…

Outre ces deux protagonistes, la Machine regorge de personnages variés, féminins comme masculins, qui ont tous une personnalité marquée et ne servent pas qu’à être des éléments de décor. Big up à Agostina, au passage ! Une très belle réussite supplémentaire à ajouter au crédit du texte.

Une histoire d’idées… et de liberté ?
J’ai parlé au début de ce billet de l’aspect politique du roman et c’est sans conteste un gros morceau de l’intrigue. À Panîm (le pays où se déroule l’action) la royauté a été récemment renversée pour mettre en place une République. Hélas, cette République reste assez inégalitaire. Le peuple a faim la moitié de l’année et n’a pas de travail en hiver, une saison à laquelle il survit tant bien que mal. Tout ce que réclame la Machine, c’est que les grands propriétaires terriens offrent une partie de leurs terres pour qu’elles soient cultivées par les paysans, ce qui leur permettrait de nourrir les leurs. Des terres dont la plupart des riches ne se servent même pas, d’ailleurs, puisqu’elles sont en jachères. Hélas, contre toute raison a priori, la plupart des riches et des nobles refusent et sont soutenus par l’église de l’Incréé (l’équivalent de l’église catholique). Quelques discussions au sein du roman, notamment celle entre Andrès et Danielo (le fils d’un boulanger) permettent de nuancer ces absolus parfois un peu simplistes qu’on véhicule quand on aborde ces idées et j’ai beaucoup apprécié cela. Bien entendu, la situation va créer des tensions qui commencent d’abord par des grèves et vont prendre de plus en plus d’ampleur. Katia Lanero Zamora matérialise ici un grand pan de l’histoire sociale du 20e siècle qui, personnellement, m’a un peu rappelé les grandes grèves ouvrières du bassin wallon en 1886 puis dans les années 1960 mais il faut dire que c’est un pan de l’histoire belge que je connais bien vu que je l’enseigne dans certains cours, donc j’ai peut-être un biais là-dessus. D’autant que ça ne s’est pas limité, bien entendu, à la Belgique. Aura-t-on un clin d’œil aux femmes machines dans le prochain tome ? 😉

La conclusion de l’ombre :
En bref et si ce n’était pas clair, ce premier tome de la Machine remplit bien ses objectifs en posant un univers réaliste proche de l’Espagne des années 1930 tout en le plaçant dans un monde alternatif nôtre afin de pouvoir prendre quelques libertés. Cette allégorie politique fonctionne très bien, tout comme son ambiance hispanique et ses personnages très humains auxquels on s’attache rapidement. Je n’ai qu’un regret à l’heure actuelle : ne pas pouvoir enchainer avec la suite ! Je vous recommande vivement ce roman mais attention, si vous cherchez de l’imaginaire à la sauce surnaturelle, alors passez votre chemin car il n’y en a point ici.

D’autres avis : l’ours inculteYuyineLes mots de MahaultSometimes a Book – vous ?

#ProjetOmbre : chez quel(s) éditeur(s) lire du format court ?

Logo ProjetOmbre

Il y a quelques jours, je lançais le #ProjetOmbre (saison 2 du #ProjetMaki) qui consiste à lire un maximum de format court, de manière régulière, sur l’année 2021. Je me suis rendue compte, lors de ma première participation au challenge, qu’il n’est pas toujours aisé de savoir vers quel éditeur se tourner pour trouver des textes qui collent autant au challenge qu’à nos goûts et cette liste a pour but de vous aider. Elle est vouée à évoluer tout au long de l’année, non seulement par vos apports (n’hésitez pas à me dire ce que j’ai oublié dans les commentaires !) mais aussi au fil de mes propres découvertes.

Je précise également qu’Anne-Laure du blog Chut Maman Lit ! a proposé une liste semblable à celle-ci pour le #ProjetMaki donc n’hésitez pas à y jeter un œil.

Quelques précisions :
-La liste n’est pas organisée par ordre alphabétique ou de préférence mais plutôt par ordre de ce qui m’est venu quand je l’ai rédigée. Je sais, ma rigueur laisse à désirer. 
-La liste contient des maisons d’édition qui ont pour habitude de publier régulièrement ou des nouvelles ou des anthologies et / ou qui ont une collection dédiée. Je sais qu’il y a des recueils disponibles ponctuellement chez d’autres éditeurs mais ce serait vraiment compliqué de tout référencer ici sans que l’article ne devienne imbuvable… N’hésitez toutefois pas à les signaler en commentaire pour celles et ceux qui le souhaitent 🙂
-Je vous mets chaque fois le lien direct vers la boutique de l’éditeur pour vous permettre de trouver facilement chaussure à votre pied. Y’a plus qu’à cliquer.

Sans plus attendre, commençons !

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Le Bélial vous permet de lire du format court grâce à sa mythique collection Une Heure Lumière (dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur le blog) mais également grâce au Bifrost dont chaque numéro contient entre 2 et 6 nouvelles de SFFF. C’est, à mes yeux et dans mon cœur, vraiment l’éditeur incontournable d’un challenge dédié au format court. Bien évidemment, c’est tout personnel 🙂

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Il arrive à AMI de proposer des nouvelles écrites dans l’univers des romans édités en papier. Ces nouvelles sont numériques mais rien ne vous empêche de les découvrir ! Je vous renvoie sur leur site pour trouver ces titres. De plus, au mois de Janvier 2021, va paraître Émissaire des morts qui contient 4 nouvelles en plus d’un roman court et qui permet de valider la première mission du challenge. Notez que la première de ces quatre nouvelles est disponible gratuitement en numérique. La boucle est bouclée !

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AMI n’est pas le seul éditeur à proposer des nouvelles dans l’univers de ses romans publiés. ActuSF le fait aussi et depuis plusieurs années, pour plusieurs de ses auteurs francophones. Il n’y en a pas moins de quatorze disponibles sur Emaginaire avec des textes notamment de Jean Laurent Del Socorro, Morgane Caussarieu, Alex Evans ou encore Karim Berrouka ! J’en ai déjà lu une partie et ça a été un régal à chaque fois. Sachez également que l’éditeur propose des recueils de nouvelles, y’a plus qu’a.

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Tous les ans, Livr’S Éditions propose une anthologie thématique. Il n’y en aura pas en 2021 (la pandémie a chamboulé le planning éditorial) mais il en existe déjà cinq avec chaque fois une petite dizaine de textes et presque exclusivement des auteurs et autrices francophones. Ces anthologies existent en papier et en numérique pour certaines et je n’en parle pas parce que j’ai écrit une nouvelle dans l’une d’elle. Au passage, ma préférée est Nouvelles Eres, celle de 2020, qui propose des textes assez chouettes dans le registre de la dystopie et de la science-fiction. De plus, la maison propose aussi des novellas au prix de 10 euros qui, hélas, ne sont pas regroupées dans une collection particulière mais vous pouvez les retrouver sur le site. Il s’agit de La Mélodie, de Kidnapping et de Club 27.

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Maison découverte en 2020 pour moi, elle est spécialisée dans le format court et propose de nombreux textes d’auteurs francophones aussi divers que variés tels que Lionel Davoust, Aurélie Mendonça, Jean Laurent Del Socorro, David Bry, etc. Rendez-vous sur leur site pour découvrir leur sélection !

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Presque tous les ans depuis leur existence, les éditions du Chat Noir propose également des anthologies thématiques. Je vous en a déjà évoqué certaines sur le blog dont l’excellente Montres Enchantées. D’autres ne sont plus disponibles mais je sais que notamment cette année, leur anthologie anniversaire est prévue au programme et elle aura pour thème le chiffre « 9 ». À surveiller donc !

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La maison d’édition Rivière Blanche est connue pour proposer plusieurs anthologies à leur catalogue. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’en lire mais voilà une piste sérieuse si vous aimez les antho’ !

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À l’instar de sa voisine du dessus, les éditions Luciférines sont connues dans le milieu de l’imaginaire pour proposer des anthologies thématiques dont celle sur les Démons Japonais qui me fait de l’œil depuis longtemps ou encore la Belle Époque. En plus, les prix sont vraiment abordables en papier comme en numérique.

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Elenya éditions est une maison qui publie des anthologies, souvent liées au Salon Fantastique d’ailleurs mais pas uniquement si je ne me trompe pas. Les thèmes sont multiples, allant de la fantasy au super-héros, en passant par l’horreur fantastique. Franchement, il y a largement de quoi se faire plaisir dans ces anthologies et avec de très beaux noms qui plus est.

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Mnémos est une maison qu’on ne présente plus et qui s’occupe, chaque année, d’éditer l’anthologie thématique du salon des Imaginales. La première remonte à 2009, il y a donc de quoi faire même si, attention, certaines sont en rupture de stock ou uniquement disponibles sur les salons.

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Maison d’édition que je découvre grâce à une recommandation sur Twitter, le passager clandestin propose une collection intitulée Dyschroniques qui se dédie à la nouvelle et, plus spécifiquement, des nouvelles de science-fiction et d’anticipation.

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Autre maison d’édition que je découvre via une recommandation sur Twitter : ArchéoSF, un label de Publie.net qui met à disposition des textes au format court issu de la science-fiction ancienne donc 19e, 20e siècle. On trouve sur leur site des textes courts mais également des feuilletons ! Certains sont en accès libre via l’onglet textes en ligne et je sens que je vais passer du temps sur ce site pour trouver des textes sympas à faire lire à mes étudiants. Bref, merci Zoé pour le tuyau !

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Encore une chouette recommandation via Twitter : les éditions YBY qui propose de la littérature inclusive et met en avant la diversité dans la fiction. Il n’y a pas que du format court chez eux mais ils ont plusieurs collectifs à leur catalogue avec des textes très prometteurs. 

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Nutty Sheep est une maison d’édition déjantée à la folie assumée qui est connue pour ses anthologies thématiques et son fameux logo mouton. Vous aurez largement le choix dans leur catalogue, en format papier comme numérique, pour trouver des textes qui vous intéressent : parodie, science-fiction, fantastique, fantasy, il y en a pour tous les goûts !

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Je n’avais jamais entendu parler auparavant de Nitchevo (une fois de plus, merci à Zoé !) pourtant ils rééditent actuellement toute l’oeuvre de Léa Silhol au sein de laquelle on retrouve énormément de nouvelles et d’anthologies. Ça peut être une très bonne piste si vous souhaitez, en prime, découvrir cette autrice !

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Enfin, dernier et non des moindres… Je sais que j’ai dit au début de l’article que je me concentrais sur les éditeurs qui ont des collections dédiées au format court mais je ne peux pas achever cette liste sans évoquer l’Atalante qui, outre l’excellentissime « Apprendre si par bonheur » de Becky Chambers, traduit également d’autres novellas comme celles de Martha Wells qui font forte impression sur la blogosphère. De plus, les deux derniers « tomes » du Vieil Homme et la Guerre de Scalzi sont aussi construits comme des recueils de nouvelles. 

Vous connaissez d’autres maisons d’édition qui pourraient entrer dans cette liste ? N’hésitez pas à les renseigner en commentaire !

(dernière mise à jour : 07/01/2021
À rajouter : Noir d’absinthe, les saisons de l’étrange, le Grimoire, Malpertuis, les Vagabonds du Rêve, Realm et Short éditions)