Passing Strange – Ellen Klages

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Passing Strange
est un one-shot fantastique écrit par l’autrice américaine Ellen Klages. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce roman dans la collection Perles d’Épice au prix de 18.9 euros.
Je remercie Jérôme, Gaëlle et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Passing Strange raconte l’histoire de six femmes dans le San Francisco des années 1940. Six femmes homosexuelles qui ne cherchent qu’à obtenir le droit de vivre comme elles l’entendent.

J’ai parlé d’un roman fantastique et j’ai conscience que ma manière de résumer ce texte ne le laisse pas penser. Il y a bien une dose de surnaturelle mais elle s’apparente plutôt à une forme de magie belle, douce et subtile que je ne peux pas détailler par crainte de vous gâcher la fin (quelle fin, franchement ! ♥). Sachez toutefois que l’une des protagonistes pratique un art appelé ori-kami qui est celui du pliage de papier et qui permet de tordre le tissu spatial. J’ai trouvé l’idée intéressante, originale. La touche de fantastique permet d’ajouter une certaine poésie au roman mais ce qui marque surtout, ce sont ses thèmes.

Dans les années 1940, vous imaginez bien que l’homosexualité n’était pas vraiment bien considérée. J’ai été effarée de découvrir les lois en vigueur à cette époque (que je présume malheureusement exactes puisque l’autrice semble avoir mené des recherches consciencieuses). Pour vous donner une idée, une femme n’a pas le droit de s’habiller « en homme », elle doit porter au moins trois accessoires féminins sur elle et les agents peuvent évidemment vérifier à leur aise… Il n’y a personne pour défendre leurs libertés et elles doivent se rejoindre dans des espaces vaguement clandestins comme le bar « chez Mona » que la police laisse ouvert parce que ça « participe au tourisme ». Les gens du commun s’y rendent pour se donner des frissons en contemplant ce qui est nommé « débauche ». J’ai conscience que tout ça a évolué (dans la théorie en tout cas) mais ça m’a glacée le sang et révoltée à plus d’une reprise.

Pourtant, Ellen Klages ne transforme pas son roman en pamphlet politique et c’est aussi ce que donne de la force à ses thématiques. Elle raconte une belle histoire d’amour, d’amitié aussi, entre Haskel et Émilie, entre Helen, Franny, Polly et Babs. Elle en profite pour évoquer le racisme (envers les asiatiques, une communauté à laquelle Helen appartient et dont on ne parle pas si souvent), l’inégalité entre les hommes et les femmes (Polly ne peut pas entrer dans l’université de son choix car il n’est pas admis que des femmes y étudient) avec une subtilité qui instille chez le lecteur un sentiment d’horreur, d’incompréhension.

Passing Strange, c’est donc tout cela mais aussi et surtout la (ou en tout cas l’une) plus belle romance que j’ai pu lire. Ce roman est doux, sincère, bien écrit, les pages se tournent sans qu’on ressente la moindre longueur. Ellen Klages plonge son lecteur dans un San Francisco si bien détaillé qu’on pourrait s’y promener les yeux fermés. Je n’ai pas grand chose de négatif à dire sur ce texte hormis peut-être sur la couverture car celle en anglais est, selon moi, beaucoup plus attirante mais c’est un détail et celle en français n’est pas non plus dénuée d’intérêt en ce sens qu’elle rappelle les techniques d’Haskel.

Pour résumer, Passing Strange est une grande réussite sur tous les plans. Ce one-shot légèrement fantastique traite avec poésie et sincérité de l’homosexualité dans les années 1940 à San Francisco. Il raconte l’histoire de six femmes, six amies, qui ne demandent qu’à vivre comme elles l’entendent, comme elles le méritent. J’ai aimé la manière dont l’autrice m’a transportée dans son histoire, les émotions qu’elle est parvenue à m’inspirer et je ne peux que vous recommander la découverte de ce titre. Pourtant, sachez-le, je n’aime pas la romance en général… Imaginez à quel point ce roman est bon !

Les poisons de Katharz – Audrey Alwett

Les poisons de Katharz est un one-shot de l’autrice française Audrey Alwett. D’abord publié chez ActuSF en 2016 pour 19 euros dans un grand format, il existe une version poche chez Pocket au prix de 9.5 euros.

La cité de Katharz est une ville-prison où la Trisalliance entasse ses criminels. Dirigée par Ténia Harsnik dite la tyranne (le féminin, c’est important) cette dernière doit tout tenter pour garder la population sous le seuil fatidique des 100 000 âmes au risque que le terrifiant démon Sälbeth ne se réveille. L’aide de Dame Carasse ne suffira peut-être pas alors que la limite est presque atteinte…

Dès les premières pages de ce roman, j’ai su qu’il serait un coup de cœur. Le livre s’ouvre sur un extrait d’une vieille légende qui donne déjà le ton humoristique du livre. Inspirée du travail de Terry Pratchett, l’autrice s’inscrit dans une veine semblable et le revendique dans les remerciements. Elle m’a d’ailleurs donné très envie de découvrir l’univers de ce célèbre auteur. D’autres que moi seront plus à-même de proposer un parallèle entre les deux comme Pierre-Marie Sencarrieu qui qualifie l’autrice de digne successeur du maître. Pour ma part, j’ai surtout vu des ressemblances avec le travail de John Lang (surtout pour la clé finale !) et de JBX donc les adeptes s’y retrouveront. quant à savoir qui inspire l’autre, au fond, peu importe tant qu’ils continuent tous à écrire des textes d’une telle qualité !

Le ton décalé n’empêche pas l’univers d’être assez sombre. Dans la ville de Katharz, le meurtre n’est pas illégal et les crimes sont légions. On y trouve des créatures terribles (du croquemitaine au zombie administratif, lequel des deux est le pire à votre avis ?), on y croise des personnes improbables aussi. L’autrice a créé tout un univers crédible, délirant et malsain où j’ai pris grand plaisir à évoluer. À travers une pléthore de situations, elle parvient à glisser quelques éléments de critique sociale et même de critique sur les clichés de la littérature. Rien que sur les licornes et les princesses, ça valait de l’or. Les notes en bas de page valent aussi le détour, sans être trop nombreuses, et apportent juste le supplément nécessaire pour pimenter encore davantage cet excellent texte.

Le ton est admirablement servi par une plume fine et maîtrisée. Le rythme du texte est fabuleux, on ne s’ennuie pas une seule seconde, on ne ressent pas un seul moment de longueur ou à l’inverse, de rapidité. Les échanges entre les personnages sont dynamiques, les situations s’enchaînent parfaitement pour que rien ne nuise à la compréhension tout en entretenant le suspens et la douce ironie de la conclusion me plait beaucoup. Je n’avais plus eu un coup de cœur pour un talent littéraire depuis longtemps et ça me fait du bien.

Les personnages ne sont pas en reste au milieu de cette avalanche de compliments. Évidemment, vu le contexte, l’autrice utilise beaucoup d’archétypes mais elle parvient à leur donner une vie propre. Ténia est touchante à sa manière, je pense que c’est la protagoniste qui m’a le plus marquée et surprise aussi dans son développement car je ne m’attendais pas à certains éléments (faut dire que je suis un peu naïve parfois). Elle change des héroïnes habituelles et assume malgré son jeune âge. Quant à Dame Carasse, c’est une vraie sorcière comme on en aimerait en croiser plus souvent !

J’aimerai trouver des éléments négatifs à relever mais, à mon goût, ce roman est parfait. Il exploite un genre que j’adore (la fantasy) en y ajoutant un humour bien maîtrisé (ni trop lourd, ni trop péteux) avec une intrigue solide et des personnages attachants. J’ai souvent ris comme si je lisais un roman du Donjon de Naheulbeuk, le côté jeu de rôle en moins et avec une finesse de ton digne de Reflets d’Acide. J’ai eu du mal à reposer mon livre ne fut-ce que pour dormir. Ce texte d’Audrey Alwett est une magnifique réussite et je ne regrette qu’une seule chose : ne pas l’avoir découvert plus tôt !

Pour résumer, les Poisons de Katharz est un roman de fantasy humoristique qui remplit son rôle de bon divertissement et d’hommage à Terry Pratchett tout en gardant une vraie personnalité. Un one-shot à dévorer de tout urgence et un vrai coup de cœur pour moi, je le recommande chaudement !

La machine de Léandre – Alex Evans

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La machine de Léandre
est un one-shot écrit par l’autrice française Alex Evans. Nouveauté de la rentrée littéraire chez ActuSF, vous trouverez ce roman au prix de 18.90 euros partout en librairie.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse.
Il s’agit de ma dix-huitième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Ce roman se déroule dans le même univers que Sorcières Associées mais il peut se lire de manière indépendante. Pour preuve, j’ai découvert l’autrice avec la machine de Léandre. Pas d’inquiétudes donc, si vous vous posiez la question !

Constance Agdal est professeur en sciences magiques, elle a même été titularisée ce qui n’est pas une mince affaire dans ce monde très masculin. Elle travaille à ses recherches quand on lui apprend la disparition de son collègue à laquelle Constance va se retrouver mêlée malgré elle. En effet, ce dernier travaillait avec Philidor Magnus sur une machine légendaire et son aide est requise pour la terminer dans les temps. Évidemment, rien n’est aussi simple qu’il n’y parait et les difficultés vont se multiplier pour Constance…

Ce texte contient également une nouvelle bonus où le personnage principal change. Le lecteur suit cette fois Cassandre de Galata à qui on confie la mission de retrouver un livre ancien, très puissant et prétendument perdu.

Je vais d’abord commencer par évoquer l’univers original. Dans ce monde, la magie arrive et repart de manière cyclique. Elle n’est revenue que récemment, le temps pour une secte religieuse de farcir la tête de ses adeptes avec des mensonges. D’ailleurs, Constance vient de la cité de Tourmayeur, un endroit où les enfants possédant le Don disparaissent très jeunes. Cela lui a causé un traumatisme et a contribué à l’intériorisation de ses pouvoirs. J’ai apprécié cette idée de magie qui va et qui vient, cela permet de la redécouvrir dans un univers de raison et de l’étudier avec des procédures scientifiques modernes. Je dis moderne mais sachez que le roman se déroule dans une sorte de fin 19e / début 20e alternatif. C’est du moins l’ambiance décrite par l’autrice telle que je l’ai ressentie.

Comme la magie a disparu pendant un certain temps et vient de revenir, les civilisations ont oublié pas mal d’éléments, comme la manière de conjurer des démons. Quelle surprise d’en voir apparaître en pleine ville, potentiellement sans raison ! Et si c’était lié avec les travaux de son collègue? Constance rencontre malgré elle l’incube concerné, prénommé Albert, et essaie de l’aider tout en préservant sa vertu.

J’ai vraiment apprécié le personnage de Constance. J’avais un peu peur de tomber sur une espèce d’urban fantasy / romance / trio amoureux mais ce n’est absolument pas le cas. Alex Evans propose un traitement intéressant de la femme qui fait son maximum pour s’imposer dans un monde masculin afin d’être reconnue à sa juste valeur. Constance n’est pas très féminine ni sexuée, elle est intelligente et n’a pas envie de céder aux dictats sociaux qui la poussent à se marier, à enfanter. Constance ressent pourtant des sentiments très humains, elle a aussi envie qu’on l’apprécie et a des désirs mais ils ne la rendent ni cruche ni potiche pour autant. Alex Evans propose un bel équilibre sur son héroïne, qu’on retrouve également dans l’autre nouvelle. Le personnage de Cassandra est plutôt belle, féminine, consciente de ses charmes mais n’en use pas et rêve surtout de devenir exploratrice.

Du côté de l’intrigue, elle reste assez classique et on sent arriver le twist final. Pourtant, ça ne m’a pas dérangé plus que ça parce que tout s’enchaîne très vite et je ne me suis pas du tout ennuyée pendant ma lecture. Sans doute grâce au style d’écriture de l’autrice qui est simple, dynamique et percutant. Par contre, j’ai un peu moins apprécié l’intrigue de la nouvelle à l’exception de la fin (puis c’est quoi ce délire avec son cousin, franchement ?!). Je pense, vu toutes les informations données qui déséquilibrent le récit, que l’histoire aurait mérité un roman à part qui aurait pris davantage son temps pour poser les protagonistes. Dommage ! Le potentiel était là.

Pour résumer, la Machine de Léandre est un bon divertissement qui ravira les adeptes de magie, de 20e siècle et de sciences occultes. Alex Evans propose une intrigue classique mais dynamique, portée par des personnages originaux et attachants. Je recommande ce texte aux lecteurs avides d’un agréable moment de détente, il vous accompagnera parfaitement !

Fantasy & Histoire(s) – actes du colloque des Imaginales 2018 sous la direction d’Anne Besson

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Fantasy & Histoire(s)
est un ouvrage scientifique sous la direction de la chercheuse universitaire Anne Besson. Publié chez ActuSF, vous le trouverez au prix de 24.90 euros au format papier.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Je parle assez peu de livres non-fiction sur le blog, je pense même qu’il s’agit du premier auquel je consacre un article entier. Il faut dire qu’il le vaut bien puisqu’il reprend les actes du premier colloque universitaire organisé lors du festival des Imaginales en 2018. Ce colloque était entièrement consacré au genre de la fantasy et aux rapports que celui-ci entretient avec l’Histoire. Croyez-moi, cette thématique est aussi vaste que plurielle. J’ai immédiatement été intéressée par cet ouvrage puisque l’année dernière, étant en stage en maison d’édition, je n’ai pu suivre aucune conférence alors que je suis passionnée par l’Histoire. Bref, tout ça pour dire que j’ai enfin pu rattraper mon retard et je ne remercierais jamais suffisamment ActuSF pour cette opportunité.

Quel beau travail, d’ailleurs ! L’objet livre est soigné, la couverture épurée mais évocatrice. L’intérieur est mis en page de manière à ce que la lecture soit agréable, l’interligne donne un sentiment aéré au texte, la division en différentes parties est aussi bien réfléchie. Bref, autant sur la forme que sur le fond, Fantasy & Histoire(s) est un petit bijou théorique à avoir chez soi pour tous les fans du genre.

Précision avant de nous lancer: Il est assez délicat de « chroniquer » cet ouvrage si bien que ce billet prendra davantage la forme d’une présentation et de quelques réflexions qui me sont venues durant ma lecture. Les articles suivis d’un « ♥ » sont ceux qui m’ont vraiment passionnée.

L’avant-propos présente le pourquoi de cet ouvrage et la préface d’Anne Besson apporte deux idées intéressantes. Déjà, l’utilisation du terme « histoire-fiction » pour qualifier le genre fantasy qui me parait d’une grande justesse et que j’ai très envie d’utiliser désormais même si j’ai conscience des problèmes de référencement que ça pourrait poser mais bon. C’est comme écrire autrice au lieu d’auteure, soit on choisit de s’engager avec la bonne féminisation du mot, soit on se contente du « e » et jamais rien ne change. D’ailleurs une bonne fois pour toute à ce sujet, lisez l’article édifiant d’Audrey Alwett.

Ensuite, une petite remarque pertinente de Mme Besson :

« (…) Ainsi, alors même qu’il s’agit d’un genre intensément nostalgique, tourné vers le passé et souvent soupçonné de s’y complaire, la fantasy accompagne les transformations du regard que nos sociétés portent sur le monde, et la façon dont elles relisent leur propre mémoire. »

Voilà, je pose ça là et je vous laisse y réfléchir.
Nous entrons dans le vif du sujet avec une table ronde animée par Stéphanie Nicot, avec Fabien Cerutti, Jean-Laurent Del Soccorro, Estelle Faye, Jean-Philippe Jaworski et Johan Heliot. On en apprend plus sur les différents textes des auteurs (sur ce que les auteurs pensent des complots politiques aussi, clin d’œil à Fabien Cerutti qui m’a fait mourir de rire sur sa remarque) et sur les raisons de leur choix d’un fond historique pour leur intrigue. C’est l’occasion de placer une belle citation d’Estelle Faye, qui m’a marquée :

« (…) me documenter sur la fin des empires m’a permis de me rendre compte qu’aussi bloquée que paraisse une situation, aussi puissant que paraisse un pouvoir, il y a toujours un moment où il finit par s’effondrer et en général d’une manière qu’il n’attendait absolument pas ; et ça, pour moi, c’est énormément porteur d’espoir. C’est cet espoir-là que j’essaie de partager avec mes lecteurs, face à ceux qui pensent que, dans le monde d’aujourd’hui, on ne peut plus rien faire, que s’engager, ça ne sert plus à rien ou qu’essayer simplement de faire une petite différence, c’est perdu d’avance.»

On entre ensuite dans la première partie de l’ouvrage, intitulée « Pensées de l’histoire en fantasy » et qui comprend les conférences suivantes:
– Viviane Bergue, « Primhistoire, temporalité cyclique et chronologie linéaire : le temps de la Fantasy »
– Maureen Attali, « Du mythe à la fantasy. Enjeux historiographiques de la réécriture contemporaine de l’Énéide dans Lavinia d’Ursula K. Le Guin »
– Isabelle Pantin, « L’histoire au miroir de la légende dans l’œuvre de Tolkien »
– Noémie Budin, « Les Fées historiques, entre Histoire et fiction »
– Joanna Pavlevski-Malingre, « Une fée dans l’Histoire, Mélusine à la croisée des genres : chroniques historiques légendaires, roman historique merveilleux, fantasy historique »

Je n’ai rien de transcendant à dire au sujet de cette partie-ci. Les chercheuses évoquent la manière dont se construit l’Histoire au sein des diégèses, aux parallèles qui existent avec notre propre façon d’écrire cette histoire et comment on peut y ajouter des éléments surnaturels tout en gardant l’aspect crédible. En gros hein, il y a davantage que ça. J’avais déjà pas mal réfléchi sur le sujet dans le cadre de mes études donc je n’ai rien appris de vraiment neuf. Ce qui n’enlève rien à l’intérêt de ces articles !

La seconde partie s’intitule « des univers inscrits dans le temps ». Elle contient les articles suivants :
– Florian Besson, « Sortir des Moyen Âge imaginaires : le rythme historique de la fantasy médiévaliste »
– Laura Muller-Thoma et Marie-Lucie Bougon, « Le pouvoir des mots : les personnages de conteurs et de bardes, ou comment la parole façonne la réalité » ♥
– Ewa Drab, « La (re)création de l’histoire dans la littérature fantasy d’expression polonaise »
– Marc Rolland, « E.R. Eddison et son inscription dans l’Histoire »
– Silène Edgar « L’Histoire dans l’histoire : chasse aux sorcières, contestation sociale et anti-fascisme dans Harry Potter » ♥

C’est la partie qui m’a le plus enthousiasmée car elle contient des articles passionnants qui font réfléchir notamment sur la figure du barde, la transmission orale et le moment charnière où on passe à l’écrit, la façon dont l’auteur se projette dans sa diégèse avec des personnages qui racontent eux-mêmes une histoire et évidemment, l’article qui parle des références politiques et morales placées par Rowling dans Harry Potter. J’ai lu cette partie quasiment d’une traite.

On arrive à la troisième partie, qui a un titre très accrocheur « la fantasy, revanche des oubliés de l’Histoire ? » mais qui, finalement, est surtout intéressante pour l’article consacré aux races orcs.
– William Blanc, « Progressisme ou Barbarie ? Les Orques dans l’histoire des univers de fantasy » ♥
– Caroline Duvezin-Caubet, « The Empire Writes Back : uchronie et steampunk postcolonial »
– Justine Breton, « “When you look at me, do you see a hero ?” : Game of Thrones ou la fantasy des évincés de l’histoire »

Enfin, dernière partie la plus enthousiasmante pour moi puisque intitulée « Histoire et imaginaire en jeu » (vu que je suis rôliste textuelle depuis plus de dix ans, tout ça) qui m’a surtout intéressée pour l’article sur Pirates des Caraïbes, ayant eu du mal à rentrer dans les deux derniers. La partie contient les articles suivants:
– Olivier Caïra, « Histoire et fantasy dans Pirates des Caraïbes »
– Laurent Di Filippo, « La mise en scène ludique de l’Histoire : l’époque viking comme cadre de jeu pour Advanced Dungeons and Dragons »
– Audrey Tuaillon-Demesy, « L’expérience ludique de l’histoire. L’exemple des combats en reconstitution historique »

L’ouvrage se termine sur une présentation des chercheurs ayant participé à la rédaction des articles du colloque.

Ce que je retiens de cette lecture? Avant tout une impression positive de voir que la fantasy gagne de plus en plus ses lettres de noblesse auprès des universitaires, même si la route reste longue. J’ai moi-même fait mes études et rédigé mon mémoire sur des sujets liés et ça me donne un vrai espoir pour l’évolution des études littéraires qui ont encore dix ans de retard sur beaucoup de sujets. Sans compter que j’ai découvert plusieurs textes très intéressants que je ne connaissais absolument pas et ça n’a pas fait du bien à la taille de ma wishlist.

Est-ce que je conseille pour autant cet ouvrage à tout le monde? Et bien oui ! Si réfléchir sur la fantasy vous intéresse, chaque article est accessible, peu importe votre degré de familiarité avec les textes universitaires. Les chercheurs écrivent dans un vocabulaire clair sans utiliser de tournures tarabiscotées. N’attendez plus !

Underground Airlines – Ben H. Winters

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Underground Airlines est un one-shot uchronique proposé par l’auteur américain Ben H. Winters. Publié par ActuSF en 2018, vous trouverez ce roman en format papier au prix de 19.90 euros et en numérique à 9.99 euros.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Dans cette oppressante uchronie construite comme un roman policier, Lincoln a été assassiné avant la guerre de Sécession – qui n’a donc pas eu lieu- si bien que quatre états pratiquent toujours l’esclavage au 21e siècle. Il existe une route, qui tient presque de la légende: l’Underground Airlines, qui permet à certains esclaves plus chanceux que d’autres d’échapper à leur terrible condition. Hélas, la légalité de l’esclavage est inscrite dans la Constitution et est immuable. C’est pour cela que des gens comme Victor existent. Victor, c’est un ancien esclave engagé par les U.S. Marshals pour traquer les Noirs en fuite. Jusqu’au jour où on lui confie le dossier de Jackdaw…

Underground Airlines est un roman coup de poing dont on ne ressort pas indemne. Je viens de le terminer donc j’écris ma chronique à chaud et une chose est sûre : il ne laisse pas indifférent !

Déjà par sa thématique. Il s’agit d’une uchronie, d’une manipulation de l’Histoire, mais les thèmes traitées par l’auteur sont malheureusement toujours très actuels. Ben H. Winters dénonce les mentalités américaines, le racisme mais aussi la facilité avec laquelle on peut fermer les yeux sur l’horreur et la difficulté qu’on a à changer les choses. Tout le texte est traversé par une noirceur et un cynisme qui me parlent beaucoup.

Ce propos est porté par un anti-héros de qualité. Victor a signé un pacte avec le diable pour s’en sortir et ne pas retourner à la ferme dont il s’est échappé. Après deux ans d’une vie tranquille dans le Nord, le gouvernement le retrouve et l’oblige à travailler pour lui en le mettant face à un choix impossible. On découvre son histoire petit à petit et via ses souvenirs, l’horreur du quotidien d’un esclave mais aussi la façon dont les mentalités se développent en condition extrême. Dans cette Amérique moderne, on a interdit l’esclavage violent mais on soumet les Noirs à bien pire quand on n’ignore pas simplement les règles. La pression psychologique est énorme, autant que l’impact du roman sur son lecteur.

La narration à la première personne permet au lecteur de vivre avec Victor, de suivre ses pensées, ses dilemmes. Il est terriblement humain, dans tout ce que ce mot peut avoir de laid. Il ressent de la honte, du désespoir et plus le récit avance, plus il s’enfonce dans cette spirale. Victor essaie de faire les bons choix pour lui et il se rend compte de ce que ça coûte. Et on comprend. Moi en tout cas, je l’ai compris et ça m’a mise mal à l’aise d’en venir à cautionner, en quelque sorte. Pourtant, Victor n’essaie pas de se trouver des excuses. Il expose sa situation de la manière la plus crue qui soit, il se sait coupable et partage ce que ça lui inspire. Je n’ai pas pu m’empêcher de compatir. Le roman ne peut pas laisser indifférent, il nous prend en otage et nous oblige à contempler une réalité pas si éloignée de la fiction, ce que j’ai adoré. J’aime qu’on me bouscule dans mes lectures et c’est ce qu’a fait Underground Airlines.

Un malaise, c’est ce que j’ai ressenti tout au long de ma lecture. Un malaise ponctué par des moments de dégoûts et une solide prise de conscience. On se dit toujours qu’on sait ce qu’est le racisme, qu’on a conscience que ça existe mais c’est différent de le vivre. Évidemment, ça passe à travers un personnage de fiction mais ça reste beaucoup plus percutant qu’une bête intellectualisation du problème. Le plus surprenant, c’est que j’ai cru pendant toute ma lecture que l’auteur était noir… Et j’ai appris dans la postface que pas du tout ! Ça aussi, l’air de rien, ça a son importance symbolique, surtout pour les États-Unis. On pourrait alors craindre lire un roman où le pauvre Noir perdu est sauvé par un Blanc… Heureusement, il n’en est rien. Exit le manichéisme dans Underground Airlines. Et ça n’en renforce que plus le roman.

Le roman s’offre donc une postface de Bertrand Campeis qui ne manque pas d’intérêt pour comprendre la portée et l’importance de ce roman, traduit en Europe. Il parle d’une Amérique toujours en lutte avec elle-même et c’est très éclairant pour analyser son actualité. J’ai apprécié retrouver ce billet à la fin du roman et non au début comme on le voit trop souvent car j’y ai prêté un réel intérêt et j’ai pu confronter mes propres perceptions avec l’analyse de Bertrand Campeis, qui donne une nouvelle dimension à ce texte.

Pour résumer, Underground Airlines est un roman percutant qui met en scène un antihéros essayant de survivre par tous les moyens, même les pires. Doté d’un fort propos engagé, il nous raconte une Amérique uchronique qui parait pourtant très actuelle. On ne ressort pas indemne de cette lecture que je recommande très chaudement !

La Fée, la Pie et le Printemps – Elisabeth Ebory

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La Fée, la Pie et le Printemps est un one-shot de fantasy écrit par l’autrice française Elisabeth Ebory. Publié chez ActuSF dans la collection Bad Wolves, vous trouverez ce roman réédité en poche au prix de 8.90 euros.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour l’envoi de ce service presse.
Ceci est ma 24e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 4e lecture pour le Mois de la Fantasy, il valide les catégories suivantes: un livre écrit par une femme, un livre écrit par un auteur francophone.

Dans ce roman, on suit deux personnages principaux ou plutôt, deux opposées. D’un côté, Philomène est une fée voleuse habituée à détrousser ses semblables. Elle rencontre sur son chemin un drôle de groupe composé de Clem (un beau gosse un peu trop accueillant), Vik (une garce hautaine), Od (un cuisinier bizarre qui tente de vous empoisonner à chaque repas) et S (un ado qui a passé sa vie à se perdre) auquel elle va se joindre afin de regagner Londres. Pourquoi Londres? Et bien parce qu’elle traque une fée, apparue le matin même, et qui doit forcément posséder des objets de valeur. De l’autre, Rêvage, la proie de Philomène, est venue sur les terres fermes pour une bonne raison. Son but ultime : détruire la prison des fées pour que les monstres et légendes retrouvent leurs pouvoirs sur l’humanité.

Je vous annonce tout de suite être passée à côté de ce titre. Je remarque bien ses qualités mais il n’a pas su me séduire sur un plan personnel. Développons…

L’autrice narre son histoire à plusieurs voix. Certains chapitres sont rédigés du point de vue de Philomène, à la première personne. D’autres alternent principalement avec Rêvage puis les autres membres du groupe comme S, Vik ou Clem et même Od, mais à la troisième personne. Je n’ai pas compris les raisons de ce choix si ce n’est que les chapitres de Philomène ont parfois quelques accointances avec les règles du théâtre mais ce n’est même pas régulier et ça me donne une sensation d’inachevé, comme si l’autrice n’avait pas osé aller au bout de son délire.

Parce que ce roman est un peu délirant. En fait, il me rappelle un peu les textes de Karim Berrouka avec ce ton à mi chemin entre la parodie et l’aspect léger tout en traitant d’éléments plus sombres quoi que classiques. Du coup, si le style avait suivi, ç’aurait pu donner quelque chose d’assez chouette et original là où, finalement, le roman ne parvient pas à se démarquer. Ni son déroulement, ni sa conclusion ne revêtent  de vraie surprise ou de rebondissements inattendus, ce que j’ai trouvé assez dommage parce qu’il y avait le matériel pour sortir des sentiers battus. Hélas, dès le début, on devine assez aisément ce qui va se passer et si ça rend la lecture divertissante, j’ai eu du mal à la trouver passionnante.

Après, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. La Fée, la Pie et le Printemps n’est pas un mauvais roman. On sent que l’autrice ne manque pas de culture en matière de mythologie et de contes. Des petits clins d’œil se glissent tout au long du récit et on s’amuse à chercher les références. Cela rend son univers sympathique et agréable à découvrir, tout en restant accessible à tous les types de lecteur.

Pour résumer, la Fée, la Pie et le Printemps tient davantage de bon divertissement qu’autre chose. L’autrice exploite une intrigue assez classique dans un univers marqué par la féérie et les contes, rendant ainsi son texte accessible à tous. Je le recommande plutôt aux débutants en fantasy et à ceux qui cherchent une lecture légère.

Le dernier chant d’Orphée – Robert Silverberg

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Le dernier chant d’Orphée
est un one-shot court écrit par l’auteur américain Robert Silverberg. Réédité en avril chez ActuSF dans la collection poche Helios, vous trouverez ce texte en papier au prix de 5.90 euros.
Je remercie l’équipe d’ActuSF pour l’envoi de ce service presse.

Sans davantage de suspens, j’avoue être complètement passée à côté de ce texte et de cet auteur. Du coup, je vous recommande la lecture de l’article « Pourquoi avons-nous choisi de publier (…) » pour comprendre les motivations de l’éditeur et l’intérêt de cette œuvre.

Comme son titre l’indique, le dernier chant d’Orphée est en fait une histoire écrite par Orphée lui-même à destination de son fils, Musée. Cette histoire, c’est la sienne, des éléments les plus connus comme sa descente aux Enfers pour retrouver Eurydice avec d’autres qui m’étaient moins familiers comme sa participation à l’expédition de Jason ou son règne en tant que roi de Thrace. Des quelques recherches effectuées pour rédiger ce billet à des fins comparatives, je constate que l’auteur a pris quelques libertés scénaristiques mais dans le cadre de la réécriture d’un mythe, je n’y vois rien de gênant. Au contraire ! Ces libertés permettent à l’auteur d’exploiter des thèmes qui lui semblent importants, comme on l’apprend dans les documents annexes au roman lui-même. Notamment les thématiques du divin et du destin.

Ce roman court est précédé d’une préface rédigée par Pierre-Paum Durastanti qui analyse les intentions de l’auteur dans le détail, le genre de chose que je déteste et que je passe systématiquement parce que je ne supporte pas qu’on me dise en amont comment interpréter une œuvre. Mon côté casse-pied qui me pousse à tout remettre en question et qui a posé de monstrueux problèmes en atelier d’analyse littéraire, d’ailleurs. J’aurai préféré trouver cela en post-face pour me permettre de confronter mon propre avis avec celui du préfacier, mais bon. Il me parait difficile de réécrire les conventions littéraires pour coller à mes préférences.
À la fin de l’histoire, on trouve également une interview de presque vingt pages où Eric Holstein, auteur lui-même et cofondateur d’ActuSF, pose des questions à un Robert Silverberg que j’ai trouvé froid et limite condescendant dans ses réponses. Vous savez, je fonctionne beaucoup au sentiment et là je n’ai ressenti aucune empathie pour cet auteur, au contraire. Lire ses réponses n’a pas stimulé mon intérêt pour cette œuvre ou les autres issues de sa plume. Notez aussi que quand on compte sur la centaine de pages affichée par ma liseuse, on en perd déjà une trentaine en diverses annexes.

Globalement, ma lecture se révèle plutôt en demi-teinte mais je le précise, c’est uniquement par goût personnel. Si vous désirez découvrir un mythe grec revisité alors ce roman vous est incontestablement destiné. L’auteur aime l’Histoire et il se montre minutieux dans ses recherches ainsi que dans l’utilisation d’autres mythes pour nourrir sa propre intrigue. Une expertise sur un sujet se montre nécessaire quand on cherche à le modifier. Les meilleurs uchroniciens sont historiens de formation, y’a une raison à ça. Sur ce plan, ce roman ne manque ni de richesse, ni d’intérêt.

Malheureusement, le style narratif n’a pas su m’emballer même s’il colle assez au genre antique et donc reste très pertinent. C’est vraiment une question de goût personnel. Orphée raconte avec emphase les moments clés de sa vie à son fils, dans un dernier chant qu’il lui destine. Les dialogues sont très peu nombreux, le ton du personnage principal ne me plaisait pas et appelait à de trop nombreuses ellipses. Ç’aurait pu être un très grand texte vraiment captivant si l’auteur s’était donné la peine d’en détailler le contenu dans une optique d’aventure. Finalement, le dernier chant d’Orphée est davantage un roman philosophique et reste ainsi fidèle aux habitudes grecques en la matière. Je comprends ce choix narratif mais en tant que lectrice, ce n’est pas ce que je recherche. Du coup, malheureusement, me voilà passée à côté.

Pour résumer, le dernier chant d’Orphée n’a pas su me séduire en tant que lectrice mais n’en reste pas moins un bon livre à prix très abordable et soigné dans sa présentation. Il plaira aux adeptes de la mythologie grecque, de récits philosophiques et à ceux qui aiment les histoires racontées à l’antique.