BML #25 – juillet 2020

Bonjour à tous !
J’espère que votre été débute bien, qu’il ne fait pas trop chaud par chez vous (je touche du bois, pour le moment en Belgique c’est assez agréable sauf aujourd’hui où on a droit à 35° maiiiiis bon.) et que vous avez connu de belles découvertes littéraires. De mon côté ça a été un mois à nouveau un peu compliqué où l’excellence côtoie les déceptions et les abandons. Il est temps de faire le point…

Côté roman :

Les neiges de l’éternel – Claire Krust (ActuSF)
Les brumes de Cendrelune #1 – Georgia Caldera (J’ai Lu pour elle)
Le secret du colibri – Jaye Robin Brown (Chat Noir)
Bläckbold – Émilie Ansciaux (Livr’S)
L’homme qui peignit le dragon Griaule – Lucius Shepard (Le Bélial)
La survie de Molly Southbourne – Tade Thompson (Le Bélial)
Les Damnés de Dana #3 Les larmes de Dana – Ambre Dubois (Chat Noir)
Nouvelles Ères (partie 1partie 2) – anthologie (Livr’S)
La ville sans vent – Eléonore Devillepoix (Hachette, lecture en cours)

J’ai lu sept romans, une nouvelle solitaire et une anthologie, ce qui n’est pas trop mal même s’il y a aussi eu un bon nombre d’abandons. Déjà, Félines que je devais lire pour le PLIB et au sujet duquel je me suis exprimée ici avec une certaine, disons… verve (ça a été l’article le plus lu du mois, à croire que vous aimez quand je m’énerve :D) ensuite le Dragon Griaule dont j’ai abandonné la lecture de l’intégrale vu que je n’accrochais pas au style et enfin Poumon Vert dont j’ai laborieusement lu +-20% avant d’arrêter les frais, impossible de m’immerger dedans alors que les bonnes idées me sautent aux yeux. Mais j’arrive juste pas.

Parmi les romans lus, il n’y a pas eu de véritable coup de coeur ce mois-ci, seulement des bonnes surprises venues du Chat Noir et de l’anthologie Livr’S. Dans l’ensemble, je vais qualifier cette fournée de « sympathique » mais sans plus (notez qu’à l’heure où j’écris ces lignes je suis à la moitié de la Ville sans vent qui est un cran au-dessus de juste « sympa » mais à voir). Heureusement, y’a eu les mangas…

Côté mangas :

Noragami #19, #20 (Pika)
Black Butler #15, #16, #17, #18 (Kana)
Beastars #7, #8, #9, #10, #11 (Kioon)

On reste sur des valeurs sûres ! J’ai rattrapé la publication de Noragami ainsi que de Beastars, les deux sont de gros coups de coeur mais je dois admettre que Beastars un chouilla plus que Noragami bien que les deux soient excellents et ne soient pas comparables. Je cherche toujours une bonne manière de vous parler de ce manga, d’ailleurs. Quant à Black Butler, il s’agit de ma relecture d’une valeur sûre. Je pense continuer en août pour vous présenter un nouvel arc qui se déroule en Allemagne.

J’ai également reçu pour mon anniversaire les deux premiers tomes de NeverenD un manga français auto-édité inspiré d’Alice au pays des merveilles. J’ai lu le premier que j’ai trouvé sympathique, bien dessiné, toutefois ça manquait d’un travail éditorial pour pointer les grosseurs scénaristiques. À voir ce que réserve le second !

Pour un total de 12 tomes.

Côté comics & autre :

Ashe, chef de guerre
League of Legends : realms of Runeterra

Avec mon anniversaire, j’ai reçu le comics manquant à ma collection RIOT à savoir Ashe, chef de guerre que j’ai dévoré. Je cherche toujours un moyen de vous en parler d’une manière intéressante. Quant à Realmsof Runeterra, il s’agit d’un guide de l’univers dans lequel on retrouve plusieurs nouvelles, le tout en anglais ! Je suis toujours en train de l’explorer et j’adore. Il fera aussi l’objet d’un article à part pour les nouvelles (histoire d’avoir un combo Maki et S4F3)

Petit bonheur du mois :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. À nouveau ce mois a été un peu… plat pour plusieurs raisons toutefois avant le durcissement des mesures liées à la reprise du COVID en Belgique, j’ai pu fêter mon anniversaire avec des amies chères (#TeamLivrS !!) à Pairi Daiza et les revoir une semaine plus tard pour un autre anniversaire. Nous avons toujours bien respecté les mesures de distanciation sociale, chaque fois ça se déroulait en extérieur. Je dois avouer que cette petite parenthèse a été très salutaire pour le moral. C’est ce que j’ai envie de retenir de ce mois-ci.

Et voilà, ce bilan se termine déjà. J’espère que le mois d’août sera plus enthousiasmant sur un plan littéraire au moins et de manière générale ! Je vous souhaite le meilleur, profitez de vos vacances (si vous en avez, dans le cas contraire : COURAGE !) ♥

#TAG – mes 9 incontournables (récents) en SFFF

incontournablesSFFF
Tout a commencé un jour d’été…
Enfin, plus ou moins. Tout a commencé par une prise de conscience de Nevertwhere. Souvent, au début des périodes type « vacances » on voit fleurir bon nombre de listes, des conseils sur les romans incontournables… Mais si, tu la connais, cette liste où on te dit que tu dois lire Tolkien et Asimov et Martin et machin et ainsi de suite des fois que tu vives dans une grotte et que tu n’aies jamais entendu parler des classiques SFFF. Sauf que, spoiler alert, il existe d’excellents romans récents qu’on peut également classer parmi les incontournables de la SFFF. Par récent, on entend tout ce qui a été publié au 21e siècle donc après 2000. La date de publication en VO fait foi mais j’ai noté celle en VF parce que bah… Je lis en français donc voilà. J’ai vérifié quand même, les neuf titres respectent la règle !

Comme plusieurs blogpotes, je réponds donc présente à cet appel et je génère ma propre liste qui compte neuf romans. Croyez moi, ça n’a pas été simple de les choisir… J’ai fixé ma bibliothèque en me demandant pourquoi ce roman-là plutôt que celui d’à côté, raison pour laquelle je publie trois plombes après tout le monde. J’ai finalement opté pour des textes qui -selon moi- sont innovants, différents, qui apportent vraiment quelque chose au genre qu’ils représentent pour une raison ou une autre que je vais évidemment détailler au lieu de « juste » prendre les romans que j’ai aimé lire. Si vous cliquez sur le titre, vous retrouverez chaque fois le lien de ma chronique complète qui vous apportera un complément non négligeable d’informations.

Je songe d’ailleurs à adapter ce tag pour les mangas dans un futur plus ou moins proche mais on aura l’occasion d’en reparler. N’hésitez pas à me donner votre avis sur cette idée !

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Terra Ignota #1 Trop semblable à l’éclair – Ada Palmer (Le Bélial en 2016)
Immense surprise que de trouver ce roman dans cette liste, n’est-ce pas (non.) ? À ce jour il compte parmi les plus grosses claques littéraires que j’ai pu prendre dans ma vie et je vous détaille pour quelle raison dans ma chronique. Ce roman n’est pas accessible à tous, je pense qu’il est nécessaire de préparer en amont sa lecture pour en profiter correctement toutefois c’est très clairement un énorme chef-d’œuvre incontournable.

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Les poisons de Katharz – Audrey Alwett (ActuSF en 2016)
Un one-shot brillant bourré d’humour noir qui prend place dans un univers medieval fantasy. L’autrice prend le contrepied des codes du genre et s’éclate avec, ça se sent. Tout est parfait dans ce texte, ça a été un coup de coeur magistral que je recommande à ceux qui d’une part aiment ce genre mais aussi qui ont une petite affinité avec la parodie à la Pratchett / Lang.

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Je suis ton ombre – Morgane Caussarieu (Mnémos – 2014)
Grosse surprise aussi pour celui-là, pas vrai (non, encore.) ? Si vous trainez un peu sur le blog, vous savez à quel point je vénère Morgane Caussarieu en tant qu’autrice. Pour moi, elle est la reine du genre vampirique et elle atteint sa quintessence dans ce roman aussi cruel que décadent. Un must read.

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Redshirts – John Scalzi (L’atalante – 2013)
Il s’agit du premier Scalzi que j’ai lu et je garde une affection toute particulière pour lui parce que ça a été une grosse claque ainsi que la découverte d’un de mes auteurs devenu préféré. Dans Redshirts, on se retrouve dans un univers qui rappelle les séries à la Star Trek où les personnages sans grade ont tendance à mourir alors que leurs supérieurs survivent toujours. Étrange… On va donc suivre l’un de ces sans grade qui va essayer de comprendre pourquoi les siens meurent et comment y échapper. C’est aussi drôle qu’intelligent, un équilibre parfait comme seul Scalzi peut en trouver. Franchement, si vous ne devez en lire qu’un seul dans votre vie, choisissez celui-ci.

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Royaume de vent et de colères – Jean-Laurent Del Socorro (ActuSF – 2018)
J’ai lu ce texte récemment et je l’ai trouvé parfait. Certes il s’agit davantage d’un roman historique avec une pointe de magie toutefois il appartient au genre SFFF et mérite d’être lu. Avec Fabien Cerutti, je trouve que cet auteur fait autorité dans le genre historico-magique (bien que les deux soient très différents dans leur approche) et moi qui adore l’Histoire, forcément… Pour ne rien gâcher, Jean-Laurent Del Socorro maîtrise très bien la psychologie de ses personnages et ce à un remarquable degré. N’hésitez pas ! J’ai opté pour ce roman parce que c’est celui que j’ai préféré dans la bibliographie de l’auteur mais sachez que chacun de ses textes est tout à fait recommandable.

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La fille qui tressait les nuages – Céline Chevet (Chat Noir – 2018)
Proposer un roman surréaliste en 2018, fallait déjà l’oser. Le placer au Japon ? Encore plus. Pourtant, ce texte n’arrête pas de surprendre, de vivre, de décrocher des prix aussi. Je le comprends aisément. Tout qui possède une petite sensibilité avec la culture et l’ambiance nippone ne peut qu’adhérer à ce thriller fantastique maîtrisé de bout en bout et porteur d’une délicieuse touche de cruauté. Franchement ça a été une énorme claque pour moi et la découverte d’une autrice talentueuse à suivre assurément.

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L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu (Le Bélial – 2016)
Cette novella reste à ce jour et selon moi le meilleur UHL publié par le Bélial. En une centaine de pages et avec une narration originale sous forme de documentaire, Ken Liu interroge, révèle, dérange avec une maîtrise stupéfiante. J’ai rarement lu un texte qui m’a autant fait me questionner. En plus, on est dans la SF, oui, mais avec un fort bagage historique sur des évènements de la seconde guerre mondiale qu’on connaît assez peu.

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Le Bâtard de Kosigan – Fabien Cerutti (Mnémos – 2014)
Outre le fait qu’il s’agit du premier Mnémos que j’ai lu dans ma vie -ce qui lui donne une saveur particulière- je trouve cette saga incontournable dans le paysage de la fantasy moderne, même s’il s’agit de fantasy historique. Fabien Cerutti est passionné par l’Histoire avec un grand H et s’amuse à exploiter ses failles en proposant un folklore et un concept vraiment novateur. Et si les légendes avaient existé ? Et si quelqu’un avait effacé leur présence des archives humaines? Et si…
Outre un solide background, l’auteur créé aussi des personnages intéressants et une intrigue où on ne s’ennuie jamais.

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Les Seigneurs de Bohen – Estelle Faye (Critic – 2017)
Je ne vais pas dire que je gardais le meilleur pour la fin… Mais pas loin. Pour moi Estelle Faye est à la tête d’une nouvelle vague en fantasy francophone qui met l’accent sur la représentation et la diversité dans ses textes, sans sacrifier à son intrigue et sans tomber dans le manichéisme. L’univers de Bohen est passionnant et on y est vite accro grâce à ses personnages riches. Il existe une suite, les Révoltés de Bohen, que je trouve encore meilleure (c’est dire !) donc je recommande bien entendu la lecture de l’ensemble.

Comme je l’ai signalé au début de ce billet, la liste a été difficile à établir pour moi et c’est en lisant celle des blogpotes que d’autres idées me sont venues. Je vous invite donc à vraiment découvrir chacune des listes ci-dessous afin de vous en inspirer au maximum pour vos prochaines lectures 🙂

D’autres listes : LorkhanLes notes d’AnouchkaChut… Maman lit !l’ours incultele chien critiqueL’épaule d’OrionAu pays des cave trollsLa bibliothèque d’AelinelLes chroniques d’AcherontiaXapur – Lianne de livres en livres (fantasySF) – vous ?

Vous aussi, fournissez votre propre liste et partagez la avec le #incontournablesSFFF !

Les Neiges de l’éternel – Claire Krust

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Les Neiges de l’éternel
est un one-shot fantastique inspiré du Japon féodal écrit par l’autrice française Claire Krust. Publié par ActuSF, vous trouverez ce titre au prix de 18.9 euros en grand format et 8.9 euros en poche, partout en librairie.

De quoi ça parle ?
Japon, époque féodale fantasmée. Dans un texte divisé en cinq parties écrites comme des nouvelles, l’autrice donne la parole à un personnage chaque fois différent pour raconter un morceau de leur existence liée à une noble famille déchue. Yuki, Akira, Sayuri, Takeshi et Seimei sont autant victimes que protagonistes de cette tragédie.

Un roman en cinq parties.
Par facilité, je vais diviser cette chronique en cinq parties et vous dire quelques mots sur chacune d’elle avant de vous proposer une synthèse d’ensemble.

1) La fille qui chevauche
Le texte s’ouvre sur le personnage de Yuki qui part dans la montagne à la recherche d’un guérisseur capable de sauver la vie de son frère, malade depuis longtemps et sur le point de mourir. Le lecteur suit donc son périple. Fille de noble qui n’est jamais sortie du palais, elle se déguise en garçon pour arriver jusqu’à un village. Là, elle rencontre la courtisane Sayuri qui reviendra dans une autre histoire. Elle arrive enfin jusqu’au guérisseur et fait la connaissance de Seimei, le fils de ce dernier. Hélas pour elle, tout ne se passera pas comme prévu.

J’ai été un peu décontenancée par cette première partie. L’ambiance posée par Claire Krust m’a semblé à la fois d’une douce cruauté et d’une naïveté évidente. On se doute assez tôt de la manière dont va tourner l’aventure de Yuki, on la regarde se débattre avec pitié face aux évènements. J’ai apprécié l’aura de ce texte sans toutefois être totalement plongée dedans.

2) Le mort au pinceau
Cette partie est narrée du point de vue d’Akira, le frère de Yuki, cinquante ans après sa mort. Par ses yeux, le lecteur rencontre Shota, un jeune garçon qui à l’instar d’Akira de son vivant, souffre d’une maladie qui le condamne à mourir assez jeune. C’est une nouvelle davantage empreinte de surnaturelle avec la présence d’un fantôme et d’une question : pourquoi seul Shota parvient-il à voir Akira ?

J’ai préféré ce texte au premier car la mélancolie cruelle d’Akira m’a davantage parlée. L’autrice distille lentement les éléments de son histoire, ses rencontres sur ces cinquante dernières années. J’ai vraiment été touchée et émue par ce protagoniste, très enthousiasmée par la perspective de lire la suite. Le duo avec Shota fonctionne bien et le passif entre Akira et le père de Shota était très intéressant. Mon seul regret c’est de ne pas en avoir eu davantage, toutefois c’est à mon sens le texte le plus abouti et le mieux équilibré.

3) L’enfant et la courtisane
Cette nouvelle se déroule cinq ans après la première et ramène le lecteur auprès de la courtisane Sayuri. L’autrice y décrit son quotidien, son état d’esprit général et s’offre quelques longueurs. C’est l’occasion toutefois d’une nouvelle rencontre avec Yuri qui ne va pas se terminer comme prévu pour Sayuri…

Sayuri est un personnage qui m’a plus d’une fois agacée, je ne suis pas parvenue à m’attacher du coup son sort me laissait relativement indifférente. J’ai trouvé la fin un peu absurde avec un goût de hasard qui « fait bien les choses », c’est probablement le texte qui m’a le moins convaincue même si tout n’est pas à jeter. J’ai par exemple été intéressée par le personnage de la très jeune courtisane, Tae Hee. La scène entre elle et Sayuri a été pour moi le seul vrai moment plaisant de cette partie.

4) L’intrus dans la maison
Un siècle après les mésaventures de Yuki, un jeune homme pénètre par effraction dans la demeure du Daimyo, abandonnée depuis longtemps. Il est à la recherche du fantôme d’Akira afin d’accéder aux dernières volontés de Shota, son grand-père.

Les deux tiers de cette nouvelle servent de mise en place avec un texte très descriptif, sans vrai dialogue. Vous le savez, c’est quelque chose que je n’apprécie pas toutefois c’est purement une affaire de goût parce que l’autrice s’en sort plutôt bien. Par contre, les interactions entre Takeshi (le jeune homme en question) et Akira sont intéressantes, complexes, tendues. J’ai beaucoup aimé la fin de ce texte toutefois j’ai eu un goût de trop peu car à mon sens l’histoire en elle-même aurait du commencer à cet endroit au lieu de s’y achever.

5) Le fils du guérisseur
Le dernier texte permet au lecteur de retrouver Seimei et d’apprendre ce qu’il devient (des fois qu’on se pose la question même si j’avoue, c’était pas mon cas). Après la mort de son père, il décide de quitter sa montagne afin de vivre libre, loin de la pression induite par son héritage. Pas de chance il va rapidement être rattrapé par le seigneur du coin qui exige de lui des soins pour son épouse mourante.

Seimei se révèle être un personnage plutôt antipathique bien que j’apprécie son honnêteté et ses tourments intérieurs. Cette partie souffre du même défaut (selon mes goûts) que la précédente à savoir beaucoup de mise en place et d’introspection répétitive. J’aurais trouvé plus judicieux d’intervertir les deux derniers textes afin de terminer sur l’intrus dans la maison car je ressens clairement un goût de trop peu à achever ma lecture ici.

Une impression d’ensemble mitigée.
J’ai lu de très bonnes chroniques sur ce texte toutefois sur un plan personnel, je suis plus mitigée. Selon moi, les Neiges de l’éternel a de vraies qualités mais souffre des défauts d’un premier roman en ne poussant pas les choses assez loin, d’une part, et en enchainant de longueurs, d’autre part.

Claire Krust propose de raconter un drame familial sur plusieurs générations dans un Japon féodal qui se révèle fantasmé si on en croit la courte interview à la fin. Le concept a de quoi séduire d’autant qu’elle propose des personnages qui sont, pour la plupart, nuancés. La palme revenant à Akira qui est mon protagoniste favori au sujet duquel j’ai envie d’en avoir encore davantage. Toutefois, à mon sens, les Neiges de l’éternel s’achève là où il aurait plutôt du commencer (c.f. la fin de la quatrième partie) et souffre de longueurs inutiles, notamment dans les introspections des personnages qui se répètent trop à mon goût. Claire Krust ne laisse pas le lecteur comprendre les choses par lui-même et le prend trop par la main sauf quand elle est censée donner des informations qu’on attend depuis trois parties. Encore une fois, c’est un sentiment tout personnel parce que certains lecteurs apprécient cela, ce n’est juste pas mon cas. D’ailleurs, ironiquement, l’autrice ne va jamais révéler ce qui est arrivé à Yuki durant sa vie même si la fin de la cinquième partie laisse une piste possible. Pourtant, cette information sur son histoire se retrouve importante dans au moins deux textes sur les cinq : d’abord quand Akira en parle à Shota (enfin commence puis s’arrête sans jamais terminer) puis quand Yuki elle-même raconte tout à Sayuri dans la troisième partie sauf que c’est l’occasion d’une ellipse… Après ça, plus rien et c’est quand même un élément qui tient le lecteur en haleine. Alors oui, clairement, j’ai un goût de trop peu en refermant ce livre, ce qui est dommage mais j’y mettais probablement trop d’attentes vu l’enthousiasme de la blogo à son propos.

Je pense que l’autrice a d’abord cherché à poser une ambiance et elle a visiblement réussi pour beaucoup mais moi qui aime le Japon, la littérature japonaise et qui ait lu d’autres romans de ce type avant, je ne suis pas plus convaincue que cela. Ce qui n’empêche pas ce texte d’être bon, il ne me convient tout simplement pas en tant que public. Pour cette raison, j’ai tout de même choisi de vous en parler car je suis convaincue par ses qualités et son intérêt, pour quelqu’un d’autre que moi.

La conclusion de l’ombre :
Les Neiges de l’éternel est un texte imprégné de fantastique se déroulant dans un Japon féodal fantasmé. À travers cinq nouvelles où les personnages se croisent, l’autrice retrace la déchéance d’une famille aristocratique sur plusieurs générations via des narrateurs pluriels et nuancés. Claire Krust n’hésite pas à mettre en scène des protagonistes antipathiques et à s’attarder -un peu trop à mon goût- sur la construction d’une ambiance désenchantée. Si le texte souffre de quelques défauts typiques des premiers romans, il n’en reste pas moins tout à fait recommandable pour ceux qui apprécient les romans d’ambiance axés sur l’introspection.

D’autres avis : LutinBazar de la littératureSonges d’une WalkyrieMa LecturothèqueAux petits bonheursLe monde d’Elhyandra – Les Dream-Dream d’une bouquineuseLes chroniques d’AcherontiaCélinedanaeXapurLorkhanBoudiccaSometimes a book – vous ?

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BML #24 – juin 2020

Bonjour à tous !
J’espère que vous allez bien et que votre mois de juin a été riche en lectures agréables. Nous nous retrouvons (déjà !) pour le bilan mensuel et vous allez le voir, il y a eu quelques abandons, quelques déceptions, mais pas que car même dans l’ombre, on garde le moral 😀

Côté romans :

Les brigades fantômes – John Scalzi (SP – l’Atalante)
Thunder #1 – David S. Khara (SP – ActuSF)
Les secrets du premier coffre – Fabien Cerutti (SP – Mnémos)
La guerre des trois rois – Jean-Laurent Del Socorro (ActuSF Graphic)
Yardam – Aurélie Wellenstein (Scrineo)
Les anges oubliés – Graham Masterton (Livr’S – lecture en cours)

J’ai terminé seulement six romans et j’en ai abandonné deux. D’abord Rocaille dont j’attendais beaucoup hélas le texte m’a rapidement lassée avec sa romance inutile et son protagoniste principal qui n’est pas vraiment celui qu’on croit -et que je n’ai pas apprécié. Ensuite j’ai tenté le Tour Décrou au Chat Noir (comme quoi vous voyez y’a aussi des Chat Noir auxquels je n’accroche pas :P) mais là c’est le style d’écriture et le choix narratif qui n’a pas su me convaincre, j’ai préféré le mettre de côté pour le reprendre à un moment plus propice. Le truc c’est que ces deux textes, surtout Rocaille, m’ont pris pas mal de temps parce que je repoussais sans arrêt le moment de les abandonner. Pour ne rien arranger, les autres romans lus (à l’exception des valeurs sûres : Fabien Cerutti et Jean-Laurent Del Socorro) ne m’ont pas plus emballée que ça. C’était sympa, divertissant, pas transcendant du coup j’ai eu un goût de trop peu sur mon mois. Même le Scalzi, je l’ai trouvé en-dessous des qualités habituelles de l’auteur donc je suis restée sur ma faim. Espérons que la tendance s’améliorera avec le mois de juillet !

Côté mangas :

Chobits #2 (Pika)
Otaku Otaku #4 -> #7 (Kana)
Noragami #12 -> #18 (Pika)
Beastars #6 (Ki-oon)
Assistant Assassin #1 (Omaké)
Anonyme ! #1 (Soleil)

Heureusement les mangas ont bien rattrapé les déceptions littéraires. J’ai continué avec plaisir la saga Noragami à laquelle je suis accro. Je vous en ai d’ailleurs parlé dans un article spécial d’À l’ombre du Japon, tout comme Otaku Otaku qui a eu droit à son focus. Enfin, j’ai testé une nouvelle formule thématique en chroniquant deux mangas qui usent du même archétype en donnant pourtant un résultat totalement différent. Il reste également Chobits que j’ai pris plaisir à découvrir (je dois écrire dessus d’ailleurs) ainsi que Beastars dont je continue la découverte, en papier cette fois ! Un article à ce sujet viendra bientôt une fois que j’aurais pu récupérer les tomes suivants.

Petit bonheur du mois :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. Ce mois-ci a été un peu compliqué, pas très heureux dans l’ensemble (rien de dramatique rassurez-vous 😉 ) mais en creusant j’ai réussi à trouver quelques éléments positifs. Déjà, j’ai pu retourner à l’éducation canine avec Loki ce qui nous fait beaucoup de bien à tous les deux. Ensuite, le challenge S4F3 a commencé et c’est probablement mon défi littéraire préféré de tous les temps ♥

Et voilà, ce bilan se termine déjà. J’espère que vous passerez de bonnes vacances d’été et un beau mois de juillet ! 😀

La Guerre des Trois Rois – Jean-Laurent Del Socorro

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La Guerre des Trois Rois est une novella graphique écrite par l’auteur français Jean-Laurent Del Socorro. Publié par ActuSF dans sa collection Graphic, vous trouverez ce texte illustré par Marc Simonetti au prix de 19 euros partout en librairie.

De quoi ça parle ?
Situé dans l’univers de Royaume de vent et de colères, la Guerre des Trois Rois se passe à Paris en 1588 (soit 8 ans avant le roman). Les guerres de Religion font rage entre Henri III, le Duc de Guise et Henri de Navarre. Au milieu de tout ça, on retrouve la Compagnie du Chariot sous la direction d’Axelle. Ils ont été engagé par Henri III qui est en fâcheuse posture, assez pour se tourner vers la magie en demandant l’aide d’une praticienne de l’Artbon. Quant à savoir si c’était vraiment une bonne idée…

Journal d’un conflit…
À l’instar de la nouvelle Le vert est éternel dont je vous ai déjà parlé sur le blog, N’a-qu’un-oeil est le narrateur de ce roman court à travers ce qu’il écrit dans le journal de la compagnie mais aussi via une narration plus traditionnelle à la première personne. Tout comme dans sa nouvelle précédemment citée, Jean-Laurent Del Socorro démontre sa maîtrise de ce type de narration qui se veut immersive pour le lecteur. Les pages s’enchaînent sans qu’on les sente passer et on arrive à la fin avec la frustration collée au ventre. Non pas parce que le texte manque de profondeur, d’enjeux ou d’intérêt, justement parce qu’il est tellement bon qu’on en voudrait encore plus.

… illustré !
Le journal de la compagnie sert donc de prétexte à l’aspect illustré du texte grâce au personnage de Tremble-voix, l’artiste bègue de la compagnie passionné par le dessin qui croque tout ce qu’il voit. Je ne connaissais pas encore le travail de Marc Simonetti -du moins pas que je sache- mais j’ai été charmée par son trait et par l’ambiance qu’il réussit à traduire via ses dessins. Le duo fonctionne à merveille et on ne peut qu’espérer une nouvelle collaboration.

Le respect de l’Histoire.
Fidèle à ses habitudes, Jean-Laurent Del Socorro réécrit l’Histoire sans vraiment y toucher. Les éléments historiques présents dans le récit sont réels : l’assassinat du Duc de Guise, celui d’Henri III (spoiler alert pour ceux qui dormaient en cours ->) jusqu’à se montrer précis dans les dates. L’auteur parvient pourtant à inclure un élément surnaturel grâce à l’Artbon qu’il met au service de l’Histoire ainsi que de son histoire pour expliquer certains complots et conflits. Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises dans mes chroniques au sujet de cet auteur mais c’est réellement sa qualité la plus remarquable. À cela s’ajoute un talent certain pour imaginer des personnages humains, crédibles, auxquels on s’attaque sans même s’en rendre compte.

Je me rends compte que cette chronique pourrait tenir en une ligne : du grand Jean-Laurent Del Socorro. Voilà un auteur qui n’a plus rien à prouver et dont j’achète les parutions les yeux fermés tant j’ai confiance en ses qualités. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de faire comme moi sans plus attendre !

La conclusion de l’ombre :
Avec La Guerre des Trois Rois, Jean-Laurent Del Socorro signe une novella illustrée par Marc Simonetti de grande qualité autant graphique que littéraire dans l’univers du Royaume de vent et de colères. Il y évoque les guerres de Religion et le conflit qui opposa Henri III, le Duc de Guise et Henri de Navarre sur les années 1588 – 1589. L’auteur y apporte une touche de magie non pas pour tordre l’Histoire mais pour la préciser, s’inscrivant non seulement comme un grand romancier historique mais aussi comme un maître du mélange des genres. À l’instar de toute la bibliographie de l’auteur, ce texte est à lire absolument.

D’autres avis : Dionysos, Célinedanae , vous ?

Thunder #1 – David S. Khara

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Thunder
est un premier tome (et le titre de la série) écrit par l’auteur français David S. Khara. Réédité cette année chez ActuSF dans la collection Naos (parution initiale chez Rageot), vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

De quoi ça parle?
Ilya vient de perdre son père dans d’étranges circonstances. Envoyé à Londres pour être pris en charge par sa grand-mère qu’il n’a jamais vue, sa vie change du tout au tout. Il essaie de trouver sa place dans son monde en éclats quand des hommes tentent de l’agresser. Aidé par quatre camarades, Ilya va tenter de comprendre ce qui lui arrive.

Classique, Ô si classique.
Honnêtement en lisant les chroniques de certains blogpotes (référencées à la fin) et la présentation du roman, je m’attendais à autre chose et j’ai ressenti une certaine déception en arrivant au bout de cette lecture qui a au moins le mérite d’être rapide (140 pages sur ma liseuse, 240 en format papier). Déception parce que je voulais un texte original qui sortirait des sentiers battus et que j’ai finalement lu l’équivalent d’un énième blockbuster américain.

ActuSF propose ici un roman young-adult inspiré par la vague super-héros très populaire ces dernières années. L’auteur ne réinvente rien et propose une histoire déjà lue mille fois dans de nombreux comics. Si j’y vois une forme d’hommage de sa part, j’ai regretté l’absence d’innovation, ayant l’impression de juste lire un comics sans dessin avec une trame cousue de fil blanc et un style d’écriture direct à défaut de mieux. Certes, beaucoup de lecteurs « romans » ne lisent pas de comics ce qui ne leur posera donc aucun souci mais pour moi qui connaît bien ces univers, Thunder n’a pas apporté la moindre surprise que ce soit au niveau de ses personnages, de sa narration ou de ses rebondissements. J’ai tout senti venir et deviné le dénouement bien avant la fin. Et si vous me connaissez un peu, vous savez que je suis normalement facile à balader…

Des personnages archétypaux.
Ilya est le protagoniste principal de ce roman. D’origine russe, il est le fils d’un riche homme d’affaire qui meurt dans le prologue du roman. Privilégié, il pratique les arts martiaux et a une personnalité plutôt froide -nécessaire pour survivre dans son petit univers d’enfant riche. Maître de lui-même, il s’impose naturellement comme meneur du petit groupe quand les ennuis commencent. En arrivant à Excelsior (sa nouvelle école et non je ne déconne pas sur le nom), il rencontre Angela, une jeune fille secrète mais extravertie avec qui il se lie tout de suite d’amitié (et même davantage puisqu’il l’appelle « mon Angie » dans sa tête en moins de cinq minutes). Arrive ensuite Jennifer, qui a des sens très développés, tout autant que sa libido (je vais me taire.). Pad, le petit génie en informatique issu d’une minorité qui fait son beurre au lycée en piratant d’un claquement de doigts téléphones, boîtes mail et autres réseaux du haut de ses quinze pauvres années. Et enfin Carrie, une championne de boxe. Ces personnages sont des archétypes de comics qu’on retrouve dans tous les groupes super-héroïques adolescents. Dans ce premier tome, ils n’ont absolument rien d’originaux ou de remarquable.

Alors, bien entendu, on se doute -avant d’apprendre- que ces jeunes sont particuliers, qu’ils possèdent des pouvoirs, des prédispositions. On peut donc pardonner ce écueil vu et revu des adolescents surdoués qui sont meilleurs que les adultes puisque ça reste cohérent dans le genre littéraire et même dans la diégèse du livre. Le truc c’est que ça manque de surprise, d’originalité et parfois de crédibilité. Pour moi, ces personnages n’ont pas de profondeur et comment pourrait-il en être autrement sur si peu de pages? Dans la chronique d’Aelinel, elle explique que l’auteur a donné une interview en fin de livre pour expliquer que ce tome était introductif et qu’il comptait davantage développer la psychologie de ses personnages dans les romans suivants. Je l’espère pour ses futurs lecteurs ! Malheureusement, l’interview n’était pas incluse dans la version numérique donc je ne peux pas en dire davantage sur le sujet.

Et le classique, c’est mal en fait ou… ?
Si vous arrivez à ce stade de la chronique, vous vous demandez sûrement pourquoi je parle de ce roman sur le blog puisque je le démonte dans les grandes largeurs. Et encore, j’ai pas parlé des expériences nazies (je déconne pas, y’en a. et oui, je vais continuer à garder le silence) ! Je vais donc rappeler deux choses essentielles : d’une, je ne suis pas le public cible. Du tout. Thunder est un roman de la collection Naos, à destination d’adolescents qui n’ont pas forcément mon bagage et qui y trouveront probablement leur compte. De deux, classique ne signifie pas mauvais. Sans surprise ne signifie pas inintéressant. Tout dépend des goûts de chacun et de la personne qui aura ce livre entre les mains. Non, Thunder n’est pas mauvais, il suffit de voir à quel point d’autres chroniqueurs l’encensent avec un plaisir non dissimulé. Il ne me convenait tout simplement pas en tant que lectrice et je pense qu’il est important de savoir faire la part des choses. Si vous êtes un peu comme moi, passez votre chemin. Mais si vous aimez les ambiances d’équipe héroïque en construction avec des adolescents en guise de héros, c’est un roman parfait pour vous alors jetez vous dessus sans attendre.

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de Thunder se veut clairement introductif. Il pose les bases d’un univers classique dans la veine super-héros qui ne surprendra pas son lecteur, avec des personnages qui manquent encore, à ce stade, de profondeur. L’auteur souhaite construire sa saga sur le long terme et cela se sent, il faudra donc voir ce que donnera le tome 2. Cette introduction n’est pas à jeter pour autant et se veut un bon divertissement pour les novices en matière super-héroïque comme pour les adolescents. Une porte d’entrée recommandable pour encourager ce public à la lecture !

D’autres avis :
Bookenstock (Phooka) – Bookenstock (Dup) – La bibliothèque d’AelinelAux petits bonheurs – vous ?

Gabin sans « aime » & Le vert est éternel – Jean-Laurent Del Socorro

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Gabin sans « aime »
et le vert est éternel sont deux nouvelles écrites par l’auteur français Jean-Laurent Del Socorro et présentes dans l’édition collector de son roman Royaume de Vent et de Colères dont je vous ai parlé il y a quelques jours. Édités par ActuSF, Le vert est éternel est même disponible gratuitement en numérique !
Lecture dans le cadre du Projet Maki.

De quoi ça parle ?
Ces deux nouvelles prennent place au sein de l’univers développé par l’auteur dans son premier roman, Royaume de Vent et de Colères. Gabin sans « aime » raconte l’histoire de Gabin, le commis de cuisine qui travaille à la Roue de la Fortune en compagnie d’Axelle. Personnage secondaire du roman, ce jeune garçon qui semble souffrir d’autisme se dévoile dans ce texte dont on prend toute l’ampleur après la lecture du roman. C’est sans doute la raison pour laquelle il n’est pas disponible à part, au contraire de Le vert est éternel.

Le vert est éternel se déroule après les évènements du roman, au sein de la compagnie du Chariot qui était auparavant dirigée par Axelle. N’a-qu’un-oeil a repris le flambeau et il participe au siège d’Amiens quand le roi lui envoie Fatima, sa chroniqueuse royale. Vous comprenez, ce n’est pas très bon de s’afficher avec une femme musulmane et espagnole alors qu’on assiège justement des espagnols à Amiens… Les deux vont se rapprocher et la nouvelle raconte leur histoire à tous les deux avec, en fond, les évènements du siège.

Des nouvelles bouleversantes.
Les deux textes ont chacun une dimension émotionnelle très forte et bien dosée par l’auteur. Dans Gabin sans « aime », le lecteur suit ce jeune garçon qui a perdu sa mère dans les premières années de sa vie et doit partager le toit d’un père violent qui n’accepte pas sa différence. Il souffre aussi de maltraitance de la part des autres enfants du quartier, ce qui n’enlève rien à sa pureté. Gabin aime son père même si l’homme le terrifie et qu’il cherche à s’en cacher pour ne pas devoir affronter la violence mal contenue en lui. C’est comme ça qu’il va grimper sur son toit, rencontrer Silas, puis s’enfuir pour ne plus quitter l’auberge d’Axelle. C’est dans cette situation que nous le rencontrons dans le roman, d’ailleurs.

La naïveté du personnage ne peut pas laisser de marbre. C’est touchant, c’est beau, ce texte écrit à la première personne déborde de sincérité au point que j’en ai eu les larmes aux yeux à la fin. Une vraie perfection.

Dans le vert est éternel, on rencontre cette fois N’a-qu’un-oeil, qu’on connait de nom grâce aux scènes du passé d’Axelle dans le roman. C’était le seul à savoir lire et la nouvelle s’ouvre sur un de ses hommes qui lui demande de déchiffrer le contenu d’un édit royal placardé partout. On comprend qu’il s’agit du fameux édit de Nantes qui prône la tolérance envers toutes les religions sur le territoire du royaume. Quand on vient de lire tout un roman à ce sujet et qu’on a pris conscience des tragédies induites par sa propre guerre, on a envie d’aller lui coller deux baffes à ce fichu roi. Mais c’est prétexte à un flashback de N’a-qu’un-oeil au sujet du siège d’Amiens, d’une tragédie qui a touché l’un de ses hommes et de sa rencontre avec Fatima.

Fatima est un personnage féminin fort. Femme simple, elle a refusé d’abjurer sa religion et a fuit l’Espagne. Elle est lettrée, c’est une astronome passionnée par les arts qui dégage une belle personnalité. On s’y attache immédiatement. Sa relation avec N’a-qu’un-oeil est plutôt touchante et le dénouement de la nouvelle ne peut que nous serrer le cœur. J’ai trouvé la mise en scène intelligente, rude mais harmonieuse avec le contexte historique.

Des personnages différents.
Que ce soit Gabin, Fatima ou N’a-qu’un-oeil, Jean-Laurent Del Socorro continue à mettre en scène des personnages du commun tout en versant subtilement dans la représentation de la diversité. Un enfant autiste, une femme maure de confession musulmane, un homme borgne, c’est très agréable et pertinent en plus d’être bien écrit.

Un style efficace.
Toutes les nouvelles sont rédigées à la première personne et au présent, ce qui permet une immersion totale. Maîtriser un tel type de narration n’est pas donné à n’importe quel auteur car l’exercice est plus compliqué qu’il n’y paraît. Ici, on ressent très bien la personnalité de chaque personnage à sa manière de s’exprimer, une réflexion que je m’étais déjà faite à la lecture du roman. L’exercice est plus que bien réussi pour l’auteur dont on n’a qu’une envie : lire de nouveaux textes.

La conclusion de l’ombre :
Gabin sans « aime » et Le vert est éternel sont deux nouvelles qui se placent dans l’univers du Royaume de vent et de colères. Écrites à la première personne dans un style maitrisé qui met en avant la personnalité de chaque personnage, Jean-Laurent Del Socorro nous propose d’en découvrir davantage au sujet de deux protagonistes secondaires du roman : Gabin et N’a-qu’un-oeil. Leurs histoires provoquent beaucoup d’émotions à la lecture et ces deux textes sont pour moi des coups de cœur. Je vous encourage plus que vivement à les découvrir !

Maki

Royaume de vent et de colères – Jean-Laurent Del Socorro

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Royaume de vent et de colères
est un one-shot fantastico-historique écrit par l’auteur français Jean-Laurent Del Socorro. Édité par ActuSF, vous trouverez ce roman dans une magnifique édition collector au prix de 20 euros.

Je vous ai déjà parlé de cet auteur avec ses deux autres œuvres : BoudiccaJe suis fille de rage. Royaume de Vent et de colères est son premier texte (oui j’ai tout lu à l’envers, j’assume !) et celui qui m’a le plus fait vibrer. Il mérite largement son prix reçu en 2015 pour le meilleur roman de fantasy française !

De quoi ça parle ?
Marseille, 1596. La France s’embrase sous les guerres de religion et la République de Marseille s’oppose au Roi Henri IV en espérant conserver son indépendance. C’est dans ce contexte que s’épanouit la fresque du roman qui propose de suivre le quotidien de plusieurs personnages plus ou moins ordinaires.

Une uchronie historique rondement menée.
Je classe ce roman dans le genre de l’uchronie mais nous pourrions débattre à ce sujet. En effet, les évènements décrits par l’auteur ont réellement eu lieu, les personnages historiques cités ont agi plus ou moins comme Jean-Laurent Del Socorro le raconte. On est donc davantage dans le roman historique puisqu’il s’agit de romancer un morceau de notre histoire. Pourquoi, alors, m’embarrasser à évoquer l’uchronie? Et bien parce qu’une forme de magie existe dans cette réécriture. L’Artbon est une pratique assez rare venue d’Orient et maîtrisée par quelques élus seulement dont se sert le roi Henri IV pour reconquérir les différentes villes de France aux mains de ses nombreux et multiples ennemis. C’est d’ailleurs cette guerre que fuit un couple d’Artbonniers, persuadés d’y trouver la mort. L’Artbon aura même un rôle central à jouer dans la chute de Marseille puisqu’un sort empêchera la flotte espagnole de rejoindre le port à temps. Je n’ai pas pu vérifier si c’était bien arrivé à Marseille (je suppose que oui vu le soin apporté par l’auteur à ce genre de détails) mais il est amusant de constater que la même année, l’Invincible (ahem) Armada espagnole subit un sort semblable face à l’Angleterre. Réappropriation historique ou simple clin d’œil ? L’auteur joue à la frontière des genres et il s’y emploie plus que bien.

Sachez toutefois que dans l’interview disponible sur le site d’ActuSF mais également à la fin de l’édition collector du roman, Jean-Laurent Del Socorro préfère ne pas parler d’uchronie parce que le résultat de la bataille ne change pas, malgré la présence de cette touche magique. Le débat est ouvert et j’ai bien conscience que c’est un peu pour le plaisir de titiller que j’écris tout ça (mais surtout parce que ça me donne un bon angle pour vous évoquer l’univers 😉 ).

L’Histoire par les petites gens.
Jean-Laurent Del Socorro écrit un roman chorale… à la première personne. Chaque chapitre court (ils ne font que deux, trois, maximum quatre pages !) plonge le lecteur dans l’esprit d’un personnage qui aura un rôle à jouer dans le conflit dont on parle ou qui tentera simplement d’y survivre. À ce titre, nous rencontrons dans le désordre : Gabriel, chevalier de St-Germain, un ancien protestant forcé de se convertir après le massacre de la St-Barthelemy qui lui a enlevé toute sa famille. Victoire, une vieille dame qui dirige pourtant la fameuse Guilde des assassins. Roland et Armand, un couple d’Artbonnier qui a fuit la guerre avant qu’on les mobilise de force et doivent souffrir du manque qui les ronge suite à l’abandon de leur art. Axelle, une ancienne capitaine mercenaire reconvertie en aubergiste à la Roue de la fortune. Et enfin, Silas, un maure qui est le second de Victoire et dont les chapitres sont rédigés comme un long monologue où il s’adresse au bourreau qui va puis qui l’a torturé afin de lui arracher des informations sur les attentats qui se préparent.

Ainsi, plus qu’un roman historique, c’est surtout un roman humain que propose l’auteur puisque chaque personnage a ses espoirs, ses rêves, ses déceptions, qui rejoignent parfois le contexte principal et parfois non. Ils ont tous réussi, d’une manière ou d’une autre, à me toucher. Comment rester de marbre face à la culpabilité qui ronge Gabriel ? Comment ne pas admirer Victoire pour son parcours émancipateur de son sexe ? Comment ne pas trembler face à la menace qui pèse sur Roland et Armand ? Comment ne pas comprendre Axelle qui regrette d’avoir raccroché, se trahissant elle-même d’une certaine manière ? Jean-Laurent Del Socorro donne vie à des protagonistes forts et fascinants qui portent son récit clairement son récit. D’ailleurs, je prie qu’il écrive à nouveau au sujet d’Axelle puisqu’il y a matière à, comme il le souligne dans son interview.

Une appréciable diversité.
Je l’ai dit, l’auteur propose de suivre plusieurs personnages forts, nuancés et intéressants. Parmi eux, un couple homosexuel, une femme guerrière noire, une tueuse qui prend la place des hommes, un maure, on croise même un jeune garçon qui semble souffrir d’une forme d’autisme. Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est que Jean-Laurent Del Socorro inclut ces éléments dans son récit sans en faire des caisses, à l’instar d’Ellen Kushner dans À la pointe de l’épée. Il est évident que l’homosexualité n’est pas tolérée dans un royaume catholique mais si Armand et Roland fuient, c’est avant tout pour échapper à la guerre. Axelle a commencé à diriger la Compagnie du Chariot au mérite et a arrêté pour embrasser une « vie de femme » en se mariant, en ayant un enfant dont elle ne voulait pas vraiment mais qu’elle tâche d’assumer. C’est un personnage complexe, tiraillé, très intéressant, qui permet de parler des pressions sociales que subissent les femmes sans tomber dans le pamphlet engagé trop insistant. Le message n’en est, selon moi, que plus fort. Victoire a décidé d’entrer dans la Guilde pour ne pas se tuer au travail comme l’a fait sa sœur, sœur qui l’encourage et lui témoigne toute sa fierté pour avoir eu la force d’y parvenir. Le milieu reste pourtant difficile et elle s’y impose sans prendre de gants ni de raccourcis (enfin elle raccourcit les gens ceci dit mais c’est un autre débat !) Silas, le maure, subit une forme de racisme mais s’épanouit quand même dans la Guilde en prouvant son mérite. Quant à Gabin, l’enfant autiste, je vais en parler plus longuement dans un second article consacré à l’une des nouvelles présentes à la fin du roman.

Un objet-livre superbe.
Enfin, je dois terminer ce retour en évoquant le travail magnifique réalisé par ActuSF sur cette édition collector de Royaume de vent et de colères. À l’instar du roman d’Ellen Kushner, il s’offre une couverture cartonnée et un signet en tissu ainsi qu’une belle calligraphie intérieure. Chaque en-tête de chapitre indique au lecteur qui il suit et la première lettre est calligraphiée. Quant aux pages d’ouverture, elles rappellent la mise en page des romans anciens par les imprimeurs de l’époque. Cela rajoute à l’immersion et c’est sans hésitation un objet à posséder d’urgence.

En plus du roman, cette édition contient deux nouvelles : Gabin sans « aime » et Le vert est éternel qui sont deux bijoux du genre au point que je vais consacrer un prochain article à vous en parler dans le détail. On y trouve également la version papier de l’interview de l’auteur, plusieurs fois évoquée précédemment.

La conclusion de l’ombre :
Royaume de vent et de colères est le premier roman de Jean-Laurent Del Socorro -que je découvre en dernier… et qui a été un magistral coup de cœur. J’ai ressenti énormément d’émotions à la lecture de ces chapitres courts qui prônent le dynamisme et l’immersion dans un récit poignant. L’auteur nous embarque à Marseille en 1596 pour nous offrir non pas un énième roman historique qui évoque la chute de la cité mais bien un roman humain, un roman des gens du peuple qui se débattent et survivent comme ils peuvent face à la folie des puissants. Un chef-d’œuvre que je conseille plus que chaudement au plus grand nombre d’entre vous !

Le syndrome de Pan – Morgane Caussarieu

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Le syndrome de Pan est une nouvelle fantastique écrite par l’autrice française Morgane Caussarieu. Publiée par ActuSF, vous retrouverez cette nouvelle gratuitement sur toutes les plateformes numériques !
Lecture dans le cadre du Projet Maki.

De quoi ça parle?
Evi doit partager la chambre de son frère Simon, maintenant que sa grande sœur Lucy est majeure et a besoin de son intimité. Elle prend sur elle malgré ce que ça lui inspire et lit tous les soirs au jeune garçon l’histoire de Peter Pan. Puis, une nuit, un enfant étrange débarque pour les inviter à jouer sortir. Pour Simon, aucun doute, c’est forcément Peter Pan…

L’univers vampire de Morgane Caussarieu.
Si vous êtes un(e) habitué(e) du blog, vous connaissez forcément Morgane Caussarieu qui est l’une de mes autrices préférées de tous les temps. Je vous ai déjà saoulé parlé de ses romans à de nombreuses reprises et sa nouvelle prend place dans son univers vampire qui concerne, dans l’ordre : Dans les veines, Je suis ton ombre, Rouge Toxic et Rouge Venom. Les lecteurs attentifs n’auront d’ailleurs aucun mal à reconnaitre « Peter » et à replacer chronologiquement cette nouvelle.

Ce n’est pas la première fois non plus que les lecteurs habitués à l’autrice entendront parler des enfants perdus ni ne côtoieront ces thèmes qu’elle exploite souvent grâce à l’un de ses personnages phares (que j’aime ♥ (mais je devrais pas…)). Peter va à la rencontre d’enfants entre 8 et 12 ans, il joue de la flûte pour les attirer (Peter Pan, flûte de Pan, double référence !) grâce à une mélodie envoutante. Evi a déjà douze ans, elle se situe à la frontière du monde des grands puisque ses poils poussent sous ses aisselles, ce qui indique le début de la puberté. On pourrait se demander pourquoi elle est attirée là-dedans jusqu’à ce que le mot « maman » soit prononcé.

Le paradoxe des enfants-monstres.
Dans le syndrome de Pan, les enfants perdus ne sont pas tout à fait des enfants ordinaires et non, ceci n’est pas un spoil, c’est une évidence. Peter est cruel comme peut parfois l’être un enfant quand on l’arme d’une loupe en plein soleil au-dessus d’une colonie de fourmis… Version pire. Il agresse un chien errant, il incite à la destruction, au vol, arguant que la nuit, tout est permis puisque aucun adulte n’est là pour les en empêcher. Une perspective séduisante pour Simon qui en vient à ne plus vouloir grandir mais un fait qui effraie Evi après qu’elle se soit laissée avoir dans un premier temps. Peter a beau clamer tout cela haut et fort, il pourtant est attiré par Evi dans l’espoir qu’elle devienne sa maman, qu’elle lui donne des ordres, un cadre, même s’il ne le dit jamais de manière claire. Ce paradoxe arrive à son apogée avec le final glaçant et triste qui condamne irrémédiablement l’enfance d’Evi. C’était parfait.

Ce paradoxe, on le retrouve dans tous les romans de l’autrice et je ne vais pas en dire plus pour ne pas gâcher le plaisir.

Une porte d’entrée sur un univers indispensable.
Je parle beaucoup des liens entre cette nouvelle et le reste des romans de Morgane Caussarieu mais en réalité, le Syndrome de Pan est une très chouette entrée dans l’univers de l’autrice. Il permet de tester sa plume crue et sans détour, de toucher l’ambiance malsaine qu’elle met en place, de voir si on se sent prêt à la découvrir vraiment ou si elle dérange trop pour qu’on s’y risque. Ce texte court a toutes les qualités qu’on attend d’un écrit de Morgane Caussarieu même si ce n’est clairement pas ce qu’elle a fait de pire. Je veux dire par là qu’elle est loin d’être à son maximum pour l’aspect crade, qu’on se comprenne bien.
Outre ça, c’est aussi une nouvelle à lire pour tous ceux qui aiment l’horreur et le surnaturel.

La conclusion de l’ombre :
Le syndrome de Pan est une nouvelle fantastico-horrifique de Morgane Caussarieu qui prend place dans son univers vampire mais peut se lire de manière totalement indépendante. Pour ses lecteurs assidus, c’est une lecture indispensable et délicieuse histoire de patienter jusqu’à son prochain roman. Pour les novices, c’est le moment de se lancer à la découverte d’une autrice talentueuse dans le genre malsain assumé et cru. Les gentils vampires n’existent pas, vous le saviez ? 😉 Vous ne risquez pas grand chose à vous lancer, d’autant qu’ActuSF met gratuitement cette nouvelle à votre disposition. On dit merci !

Le gnome qui voulut être fée – Audrey Alwett

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Le gnome qui voulut être fée est une nouvelle fantasy écrite par l’autrice française Audrey Alwett. Éditée par ActuSF, vous la trouverez gratuitement sur toutes les plateformes numériques !
Ceci est une lecture dans le cadre du Projet Maki.

De quoi ça parle ?
Mignard est un gnome, orphelin et souffre-douleur de son clan. Un jour, alors qu’il passe à proximité d’un étang, il sauve une fée qui venait d’être mangée par un crapaud. Hélas pour lui, son peuple et celui des follets se vouent une haine sans merci. Il n’a pas fini de regretter son geste de bonté…

Un univers connu.
Le gnome qui voulut être fée se déroule dans l’univers des Poisons de Katharz, un roman coup de cœur dont je vous ai déjà parlé à maintes reprises. On y évoque subtilement la cité des assassins ainsi que certains personnages qu’on a pu croiser dans l’autre texte. Toutefois, les deux peuvent se lire de manière indépendante et l’ebook propose d’ailleurs de découvrir le premier chapitre des Poisons pour vous donner un avant-goût.

Cette nouvelle exploite donc un monde déjà dessiné par l’autrice dans une œuvre plus longue. Elle est référencée et parle d’endroits qui n’évoqueront rien pour le novice qui n’a pas encore eu l’occasion de dévorer le roman. Ce qui ne l’empêche pas de développer sa propre originalité ni d’être abordable puisque l’autrice s’attarde sur un bestiaire inédit. Le lecteur apprend ainsi à découvrir le peuple des gnomes dont la hauteur sociale se définit par la taille et la couleur de leur chapeau. Il découvre aussi la superficialité et la cruauté des fées via le personnage de Mélissa et ses considérations pour son sauveur. En vingt pages, l’autrice réussit le tour de force de poser une intrigue qui tient la route et des protagonistes avec un vrai fond.

Mignard, le gnome qui voulut être fée.
En vingt pages, on peut s’étonner de ressentir autant de compassion pour un personnage. Il faut dire qu’il a de quoi inspirer la pitié… Mignard ne ressemble pas trait pour trait aux gnomes avec qui il vit. Il a moins de pustules, la peau plus saine, son caractère diffère des normes. Il ne se sent pas chez lui et s’il supportait relativement bien les brimades, les humiliations et l’exclusion jusqu’ici, sa rencontre avec les fées va tout changer. Audrey Alwett joue sur la notion d’identité pour construire ce qui s’apparente à une fable cruelle digne du monde dans lequel elle le place. J’ai particulièrement apprécié ce personnage et j’ai aimé l’alternance de points de vue avec Mélissa qui a droit à quelques parties dans son esprit. Cela permet de bien comprendre le gouffre qui existe entre les deux peuples et apporte une richesse supplémentaire. Détestable, la richesse. Mais quand même !

Un style reconnaissable.
Impossible de ne pas reconnaître la manière d’écrire si particulière d’Audrey Alwett, avec ses jeux de mots bien pensés et ses tournures de phrase qui dénotent une forte personnalité littéraire inspirée par Terry Pratchett sans pour autant s’y conformer tout à fait. Pour ceux qui ont déjà lu les Poisons de Katharz, le Gnome qui voulut être fée s’apparentera à un rappel bienvenu. Pour les autres, il permettra de tester cette autrice si particulière et de juger sur pièce si elle vaut la peine qu’on s’y intéresse. Spoiler alert, la réponse est oui.

La conclusion de l’ombre :
Le gnome qui voulut être fée est une nouvelle sympathique, simple mais efficace qui se place dans l’univers des Poisons de Katharz. Audrey Alwett reste fidèle à elle-même et à son talent pour proposer un texte solide aux personnages travaillés, à l’intrigue bien présente et à l’efficacité redoutable, le tout en seulement une vingtaine de pages. À lire sans l’ombre d’une hésitation, d’autant que la nouvelle est gratuite !

Maki