Fantasy & Histoire(s) – actes du colloque des Imaginales 2018 sous la direction d’Anne Besson

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Fantasy & Histoire(s)
est un ouvrage scientifique sous la direction de la chercheuse universitaire Anne Besson. Publié chez ActuSF, vous le trouverez au prix de 24.90 euros au format papier.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Je parle assez peu de livres non-fiction sur le blog, je pense même qu’il s’agit du premier auquel je consacre un article entier. Il faut dire qu’il le vaut bien puisqu’il reprend les actes du premier colloque universitaire organisé lors du festival des Imaginales en 2018. Ce colloque était entièrement consacré au genre de la fantasy et aux rapports que celui-ci entretient avec l’Histoire. Croyez-moi, cette thématique est aussi vaste que plurielle. J’ai immédiatement été intéressée par cet ouvrage puisque l’année dernière, étant en stage en maison d’édition, je n’ai pu suivre aucune conférence alors que je suis passionnée par l’Histoire. Bref, tout ça pour dire que j’ai enfin pu rattraper mon retard et je ne remercierais jamais suffisamment ActuSF pour cette opportunité.

Quel beau travail, d’ailleurs ! L’objet livre est soigné, la couverture épurée mais évocatrice. L’intérieur est mis en page de manière à ce que la lecture soit agréable, l’interligne donne un sentiment aéré au texte, la division en différentes parties est aussi bien réfléchie. Bref, autant sur la forme que sur le fond, Fantasy & Histoire(s) est un petit bijou théorique à avoir chez soi pour tous les fans du genre.

Précision avant de nous lancer: Il est assez délicat de « chroniquer » cet ouvrage si bien que ce billet prendra davantage la forme d’une présentation et de quelques réflexions qui me sont venues durant ma lecture. Les articles suivis d’un « ♥ » sont ceux qui m’ont vraiment passionnée.

L’avant-propos présente le pourquoi de cet ouvrage et la préface d’Anne Besson apporte deux idées intéressantes. Déjà, l’utilisation du terme « histoire-fiction » pour qualifier le genre fantasy qui me parait d’une grande justesse et que j’ai très envie d’utiliser désormais même si j’ai conscience des problèmes de référencement que ça pourrait poser mais bon. C’est comme écrire autrice au lieu d’auteure, soit on choisit de s’engager avec la bonne féminisation du mot, soit on se contente du « e » et jamais rien ne change. D’ailleurs une bonne fois pour toute à ce sujet, lisez l’article édifiant d’Audrey Alwett.

Ensuite, une petite remarque pertinente de Mme Besson :

« (…) Ainsi, alors même qu’il s’agit d’un genre intensément nostalgique, tourné vers le passé et souvent soupçonné de s’y complaire, la fantasy accompagne les transformations du regard que nos sociétés portent sur le monde, et la façon dont elles relisent leur propre mémoire. »

Voilà, je pose ça là et je vous laisse y réfléchir.
Nous entrons dans le vif du sujet avec une table ronde animée par Stéphanie Nicot, avec Fabien Cerutti, Jean-Laurent Del Soccorro, Estelle Faye, Jean-Philippe Jaworski et Johan Heliot. On en apprend plus sur les différents textes des auteurs (sur ce que les auteurs pensent des complots politiques aussi, clin d’œil à Fabien Cerutti qui m’a fait mourir de rire sur sa remarque) et sur les raisons de leur choix d’un fond historique pour leur intrigue. C’est l’occasion de placer une belle citation d’Estelle Faye, qui m’a marquée :

« (…) me documenter sur la fin des empires m’a permis de me rendre compte qu’aussi bloquée que paraisse une situation, aussi puissant que paraisse un pouvoir, il y a toujours un moment où il finit par s’effondrer et en général d’une manière qu’il n’attendait absolument pas ; et ça, pour moi, c’est énormément porteur d’espoir. C’est cet espoir-là que j’essaie de partager avec mes lecteurs, face à ceux qui pensent que, dans le monde d’aujourd’hui, on ne peut plus rien faire, que s’engager, ça ne sert plus à rien ou qu’essayer simplement de faire une petite différence, c’est perdu d’avance.»

On entre ensuite dans la première partie de l’ouvrage, intitulée « Pensées de l’histoire en fantasy » et qui comprend les conférences suivantes:
– Viviane Bergue, « Primhistoire, temporalité cyclique et chronologie linéaire : le temps de la Fantasy »
– Maureen Attali, « Du mythe à la fantasy. Enjeux historiographiques de la réécriture contemporaine de l’Énéide dans Lavinia d’Ursula K. Le Guin »
– Isabelle Pantin, « L’histoire au miroir de la légende dans l’œuvre de Tolkien »
– Noémie Budin, « Les Fées historiques, entre Histoire et fiction »
– Joanna Pavlevski-Malingre, « Une fée dans l’Histoire, Mélusine à la croisée des genres : chroniques historiques légendaires, roman historique merveilleux, fantasy historique »

Je n’ai rien de transcendant à dire au sujet de cette partie-ci. Les chercheuses évoquent la manière dont se construit l’Histoire au sein des diégèses, aux parallèles qui existent avec notre propre façon d’écrire cette histoire et comment on peut y ajouter des éléments surnaturels tout en gardant l’aspect crédible. En gros hein, il y a davantage que ça. J’avais déjà pas mal réfléchi sur le sujet dans le cadre de mes études donc je n’ai rien appris de vraiment neuf. Ce qui n’enlève rien à l’intérêt de ces articles !

La seconde partie s’intitule « des univers inscrits dans le temps ». Elle contient les articles suivants :
– Florian Besson, « Sortir des Moyen Âge imaginaires : le rythme historique de la fantasy médiévaliste »
– Laura Muller-Thoma et Marie-Lucie Bougon, « Le pouvoir des mots : les personnages de conteurs et de bardes, ou comment la parole façonne la réalité » ♥
– Ewa Drab, « La (re)création de l’histoire dans la littérature fantasy d’expression polonaise »
– Marc Rolland, « E.R. Eddison et son inscription dans l’Histoire »
– Silène Edgar « L’Histoire dans l’histoire : chasse aux sorcières, contestation sociale et anti-fascisme dans Harry Potter » ♥

C’est la partie qui m’a le plus enthousiasmée car elle contient des articles passionnants qui font réfléchir notamment sur la figure du barde, la transmission orale et le moment charnière où on passe à l’écrit, la façon dont l’auteur se projette dans sa diégèse avec des personnages qui racontent eux-mêmes une histoire et évidemment, l’article qui parle des références politiques et morales placées par Rowling dans Harry Potter. J’ai lu cette partie quasiment d’une traite.

On arrive à la troisième partie, qui a un titre très accrocheur « la fantasy, revanche des oubliés de l’Histoire ? » mais qui, finalement, est surtout intéressante pour l’article consacré aux races orcs.
– William Blanc, « Progressisme ou Barbarie ? Les Orques dans l’histoire des univers de fantasy » ♥
– Caroline Duvezin-Caubet, « The Empire Writes Back : uchronie et steampunk postcolonial »
– Justine Breton, « “When you look at me, do you see a hero ?” : Game of Thrones ou la fantasy des évincés de l’histoire »

Enfin, dernière partie la plus enthousiasmante pour moi puisque intitulée « Histoire et imaginaire en jeu » (vu que je suis rôliste textuelle depuis plus de dix ans, tout ça) qui m’a surtout intéressée pour l’article sur Pirates des Caraïbes, ayant eu du mal à rentrer dans les deux derniers. La partie contient les articles suivants:
– Olivier Caïra, « Histoire et fantasy dans Pirates des Caraïbes »
– Laurent Di Filippo, « La mise en scène ludique de l’Histoire : l’époque viking comme cadre de jeu pour Advanced Dungeons and Dragons »
– Audrey Tuaillon-Demesy, « L’expérience ludique de l’histoire. L’exemple des combats en reconstitution historique »

L’ouvrage se termine sur une présentation des chercheurs ayant participé à la rédaction des articles du colloque.

Ce que je retiens de cette lecture? Avant tout une impression positive de voir que la fantasy gagne de plus en plus ses lettres de noblesse auprès des universitaires, même si la route reste longue. J’ai moi-même fait mes études et rédigé mon mémoire sur des sujets liés et ça me donne un vrai espoir pour l’évolution des études littéraires qui ont encore dix ans de retard sur beaucoup de sujets. Sans compter que j’ai découvert plusieurs textes très intéressants que je ne connaissais absolument pas et ça n’a pas fait du bien à la taille de ma wishlist.

Est-ce que je conseille pour autant cet ouvrage à tout le monde? Et bien oui ! Si réfléchir sur la fantasy vous intéresse, chaque article est accessible, peu importe votre degré de familiarité avec les textes universitaires. Les chercheurs écrivent dans un vocabulaire clair sans utiliser de tournures tarabiscotées. N’attendez plus !

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Underground Airlines – Ben H. Winters

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Underground Airlines est un one-shot uchronique proposé par l’auteur américain Ben H. Winters. Publié par ActuSF en 2018, vous trouverez ce roman en format papier au prix de 19.90 euros et en numérique à 9.99 euros.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Dans cette oppressante uchronie construite comme un roman policier, Lincoln a été assassiné avant la guerre de Sécession – qui n’a donc pas eu lieu- si bien que quatre états pratiquent toujours l’esclavage au 21e siècle. Il existe une route, qui tient presque de la légende: l’Underground Airlines, qui permet à certains esclaves plus chanceux que d’autres d’échapper à leur terrible condition. Hélas, la légalité de l’esclavage est inscrite dans la Constitution et est immuable. C’est pour cela que des gens comme Victor existent. Victor, c’est un ancien esclave engagé par les U.S. Marshals pour traquer les Noirs en fuite. Jusqu’au jour où on lui confie le dossier de Jackdaw…

Underground Airlines est un roman coup de poing dont on ne ressort pas indemne. Je viens de le terminer donc j’écris ma chronique à chaud et une chose est sûre : il ne laisse pas indifférent !

Déjà par sa thématique. Il s’agit d’une uchronie, d’une manipulation de l’Histoire, mais les thèmes traitées par l’auteur sont malheureusement toujours très actuels. Ben H. Winters dénonce les mentalités américaines, le racisme mais aussi la facilité avec laquelle on peut fermer les yeux sur l’horreur et la difficulté qu’on a à changer les choses. Tout le texte est traversé par une noirceur et un cynisme qui me parlent beaucoup.

Ce propos est porté par un anti-héros de qualité. Victor a signé un pacte avec le diable pour s’en sortir et ne pas retourner à la ferme dont il s’est échappé. Après deux ans d’une vie tranquille dans le Nord, le gouvernement le retrouve et l’oblige à travailler pour lui en le mettant face à un choix impossible. On découvre son histoire petit à petit et via ses souvenirs, l’horreur du quotidien d’un esclave mais aussi la façon dont les mentalités se développent en condition extrême. Dans cette Amérique moderne, on a interdit l’esclavage violent mais on soumet les Noirs à bien pire quand on n’ignore pas simplement les règles. La pression psychologique est énorme, autant que l’impact du roman sur son lecteur.

La narration à la première personne permet au lecteur de vivre avec Victor, de suivre ses pensées, ses dilemmes. Il est terriblement humain, dans tout ce que ce mot peut avoir de laid. Il ressent de la honte, du désespoir et plus le récit avance, plus il s’enfonce dans cette spirale. Victor essaie de faire les bons choix pour lui et il se rend compte de ce que ça coûte. Et on comprend. Moi en tout cas, je l’ai compris et ça m’a mise mal à l’aise d’en venir à cautionner, en quelque sorte. Pourtant, Victor n’essaie pas de se trouver des excuses. Il expose sa situation de la manière la plus crue qui soit, il se sait coupable et partage ce que ça lui inspire. Je n’ai pas pu m’empêcher de compatir. Le roman ne peut pas laisser indifférent, il nous prend en otage et nous oblige à contempler une réalité pas si éloignée de la fiction, ce que j’ai adoré. J’aime qu’on me bouscule dans mes lectures et c’est ce qu’a fait Underground Airlines.

Un malaise, c’est ce que j’ai ressenti tout au long de ma lecture. Un malaise ponctué par des moments de dégoûts et une solide prise de conscience. On se dit toujours qu’on sait ce qu’est le racisme, qu’on a conscience que ça existe mais c’est différent de le vivre. Évidemment, ça passe à travers un personnage de fiction mais ça reste beaucoup plus percutant qu’une bête intellectualisation du problème. Le plus surprenant, c’est que j’ai cru pendant toute ma lecture que l’auteur était noir… Et j’ai appris dans la postface que pas du tout ! Ça aussi, l’air de rien, ça a son importance symbolique, surtout pour les États-Unis. On pourrait alors craindre lire un roman où le pauvre Noir perdu est sauvé par un Blanc… Heureusement, il n’en est rien. Exit le manichéisme dans Underground Airlines. Et ça n’en renforce que plus le roman.

Le roman s’offre donc une postface de Bertrand Campeis qui ne manque pas d’intérêt pour comprendre la portée et l’importance de ce roman, traduit en Europe. Il parle d’une Amérique toujours en lutte avec elle-même et c’est très éclairant pour analyser son actualité. J’ai apprécié retrouver ce billet à la fin du roman et non au début comme on le voit trop souvent car j’y ai prêté un réel intérêt et j’ai pu confronter mes propres perceptions avec l’analyse de Bertrand Campeis, qui donne une nouvelle dimension à ce texte.

Pour résumer, Underground Airlines est un roman percutant qui met en scène un antihéros essayant de survivre par tous les moyens, même les pires. Doté d’un fort propos engagé, il nous raconte une Amérique uchronique qui parait pourtant très actuelle. On ne ressort pas indemne de cette lecture que je recommande très chaudement !

La Fée, la Pie et le Printemps – Elisabeth Ebory

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La Fée, la Pie et le Printemps est un one-shot de fantasy écrit par l’autrice française Elisabeth Ebory. Publié chez ActuSF dans la collection Bad Wolves, vous trouverez ce roman réédité en poche au prix de 8.90 euros.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour l’envoi de ce service presse.
Ceci est ma 24e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 4e lecture pour le Mois de la Fantasy, il valide les catégories suivantes: un livre écrit par une femme, un livre écrit par un auteur francophone.

Dans ce roman, on suit deux personnages principaux ou plutôt, deux opposées. D’un côté, Philomène est une fée voleuse habituée à détrousser ses semblables. Elle rencontre sur son chemin un drôle de groupe composé de Clem (un beau gosse un peu trop accueillant), Vik (une garce hautaine), Od (un cuisinier bizarre qui tente de vous empoisonner à chaque repas) et S (un ado qui a passé sa vie à se perdre) auquel elle va se joindre afin de regagner Londres. Pourquoi Londres? Et bien parce qu’elle traque une fée, apparue le matin même, et qui doit forcément posséder des objets de valeur. De l’autre, Rêvage, la proie de Philomène, est venue sur les terres fermes pour une bonne raison. Son but ultime : détruire la prison des fées pour que les monstres et légendes retrouvent leurs pouvoirs sur l’humanité.

Je vous annonce tout de suite être passée à côté de ce titre. Je remarque bien ses qualités mais il n’a pas su me séduire sur un plan personnel. Développons…

L’autrice narre son histoire à plusieurs voix. Certains chapitres sont rédigés du point de vue de Philomène, à la première personne. D’autres alternent principalement avec Rêvage puis les autres membres du groupe comme S, Vik ou Clem et même Od, mais à la troisième personne. Je n’ai pas compris les raisons de ce choix si ce n’est que les chapitres de Philomène ont parfois quelques accointances avec les règles du théâtre mais ce n’est même pas régulier et ça me donne une sensation d’inachevé, comme si l’autrice n’avait pas osé aller au bout de son délire.

Parce que ce roman est un peu délirant. En fait, il me rappelle un peu les textes de Karim Berrouka avec ce ton à mi chemin entre la parodie et l’aspect léger tout en traitant d’éléments plus sombres quoi que classiques. Du coup, si le style avait suivi, ç’aurait pu donner quelque chose d’assez chouette et original là où, finalement, le roman ne parvient pas à se démarquer. Ni son déroulement, ni sa conclusion ne revêtent  de vraie surprise ou de rebondissements inattendus, ce que j’ai trouvé assez dommage parce qu’il y avait le matériel pour sortir des sentiers battus. Hélas, dès le début, on devine assez aisément ce qui va se passer et si ça rend la lecture divertissante, j’ai eu du mal à la trouver passionnante.

Après, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. La Fée, la Pie et le Printemps n’est pas un mauvais roman. On sent que l’autrice ne manque pas de culture en matière de mythologie et de contes. Des petits clins d’œil se glissent tout au long du récit et on s’amuse à chercher les références. Cela rend son univers sympathique et agréable à découvrir, tout en restant accessible à tous les types de lecteur.

Pour résumer, la Fée, la Pie et le Printemps tient davantage de bon divertissement qu’autre chose. L’autrice exploite une intrigue assez classique dans un univers marqué par la féérie et les contes, rendant ainsi son texte accessible à tous. Je le recommande plutôt aux débutants en fantasy et à ceux qui cherchent une lecture légère.

Le dernier chant d’Orphée – Robert Silverberg

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Le dernier chant d’Orphée
est un one-shot court écrit par l’auteur américain Robert Silverberg. Réédité en avril chez ActuSF dans la collection poche Helios, vous trouverez ce texte en papier au prix de 5.90 euros.
Je remercie l’équipe d’ActuSF pour l’envoi de ce service presse.

Sans davantage de suspens, j’avoue être complètement passée à côté de ce texte et de cet auteur. Du coup, je vous recommande la lecture de l’article « Pourquoi avons-nous choisi de publier (…) » pour comprendre les motivations de l’éditeur et l’intérêt de cette œuvre.

Comme son titre l’indique, le dernier chant d’Orphée est en fait une histoire écrite par Orphée lui-même à destination de son fils, Musée. Cette histoire, c’est la sienne, des éléments les plus connus comme sa descente aux Enfers pour retrouver Eurydice avec d’autres qui m’étaient moins familiers comme sa participation à l’expédition de Jason ou son règne en tant que roi de Thrace. Des quelques recherches effectuées pour rédiger ce billet à des fins comparatives, je constate que l’auteur a pris quelques libertés scénaristiques mais dans le cadre de la réécriture d’un mythe, je n’y vois rien de gênant. Au contraire ! Ces libertés permettent à l’auteur d’exploiter des thèmes qui lui semblent importants, comme on l’apprend dans les documents annexes au roman lui-même. Notamment les thématiques du divin et du destin.

Ce roman court est précédé d’une préface rédigée par Pierre-Paum Durastanti qui analyse les intentions de l’auteur dans le détail, le genre de chose que je déteste et que je passe systématiquement parce que je ne supporte pas qu’on me dise en amont comment interpréter une œuvre. Mon côté casse-pied qui me pousse à tout remettre en question et qui a posé de monstrueux problèmes en atelier d’analyse littéraire, d’ailleurs. J’aurai préféré trouver cela en post-face pour me permettre de confronter mon propre avis avec celui du préfacier, mais bon. Il me parait difficile de réécrire les conventions littéraires pour coller à mes préférences.
À la fin de l’histoire, on trouve également une interview de presque vingt pages où Eric Holstein, auteur lui-même et cofondateur d’ActuSF, pose des questions à un Robert Silverberg que j’ai trouvé froid et limite condescendant dans ses réponses. Vous savez, je fonctionne beaucoup au sentiment et là je n’ai ressenti aucune empathie pour cet auteur, au contraire. Lire ses réponses n’a pas stimulé mon intérêt pour cette œuvre ou les autres issues de sa plume. Notez aussi que quand on compte sur la centaine de pages affichée par ma liseuse, on en perd déjà une trentaine en diverses annexes.

Globalement, ma lecture se révèle plutôt en demi-teinte mais je le précise, c’est uniquement par goût personnel. Si vous désirez découvrir un mythe grec revisité alors ce roman vous est incontestablement destiné. L’auteur aime l’Histoire et il se montre minutieux dans ses recherches ainsi que dans l’utilisation d’autres mythes pour nourrir sa propre intrigue. Une expertise sur un sujet se montre nécessaire quand on cherche à le modifier. Les meilleurs uchroniciens sont historiens de formation, y’a une raison à ça. Sur ce plan, ce roman ne manque ni de richesse, ni d’intérêt.

Malheureusement, le style narratif n’a pas su m’emballer même s’il colle assez au genre antique et donc reste très pertinent. C’est vraiment une question de goût personnel. Orphée raconte avec emphase les moments clés de sa vie à son fils, dans un dernier chant qu’il lui destine. Les dialogues sont très peu nombreux, le ton du personnage principal ne me plaisait pas et appelait à de trop nombreuses ellipses. Ç’aurait pu être un très grand texte vraiment captivant si l’auteur s’était donné la peine d’en détailler le contenu dans une optique d’aventure. Finalement, le dernier chant d’Orphée est davantage un roman philosophique et reste ainsi fidèle aux habitudes grecques en la matière. Je comprends ce choix narratif mais en tant que lectrice, ce n’est pas ce que je recherche. Du coup, malheureusement, me voilà passée à côté.

Pour résumer, le dernier chant d’Orphée n’a pas su me séduire en tant que lectrice mais n’en reste pas moins un bon livre à prix très abordable et soigné dans sa présentation. Il plaira aux adeptes de la mythologie grecque, de récits philosophiques et à ceux qui aiment les histoires racontées à l’antique.

Rouge Venom – Morgane Caussarieu

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Rouge Venom
est la suite du roman Rouge Toxic écrit par l’autrice française Morgane Caussarieu. Publié chez ActuSF dans la collection Naos, vous trouverez ce titre au prix de 16.90 euros.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse ! Rendez-vous en mai 2019 pour la sortie de ce roman.
Ceci est ma 18e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Attention, cette chronique a été écrite environ cinq minutes (d’accord, dix) après la fin de ma lecture. Elle déborde donc d’un enthousiasme totalement immodéré mais elle me plaisait bien comme ça. Je trouvais qu’elle rendait bien hommage au grain de folie de l’autrice et qu’elle collait au texte. Du coup, pardonnez moi d’avance ! Allez, on va stopper tout de suite le suspens: J’ai adoré du début à la fin. Quel kiff, disons le clairement, de retrouver ces personnages que je côtoie maintenant depuis juillet 2017. Morgane Caussarieu m’a rendue aussi accro que JF aux bains de sang ! Mais reprenons depuis le début…

Rouge Venom est la suite directe de Rouge Toxic et se place dans le même univers que Dans les veines et Je suis ton ombre. On y retrouve d’ailleurs certains personnages, notamment mes deux chouchous, JF et Gabriel. La Red saga (marque déposée, non je déconne 😉 ) peut se lire indépendamment des deux textes édités chez Mnemos mais ce serait une grave erreur de les bouder. Même si l’autrice place des rappels et des références, je pense qu’on ne peut profiter pleinement de Rouge Venom qu’à condition de connaître les histoires racontées dans dans les précédents romans, ce qui était moins le cas avec Rouge Toxic. Du coup, je ressens Rouge Venom comme un tome de transition, un retour aux sources pour Morgane Caussarieu qui se laisse une porte ouverte pour une suite. Et je prie pour qu’elle l’écrive !

Dans Rouge Venom, nous retrouvons Barbie qui a découvert la nature de l’expérience que son père a pratiqué sur elle ainsi que Faruk, toujours amoureux de cette fille littéralement programmée pour le tuer. Tous les deux sont paumés et cherchent leur chemin. Les chapitres à la première personne s’enchaînent alors mais pas seulement de leur point de vue comme c’était le cas dans Rouge Toxic. On suit désormais aussi Emma, la scientifique devenue vampire qui a synthétisé le sérum de sevrage ainsi que JF, le vampire trash punk qui ne connait pas le sens du mot limite. Sans compter Gabriel et d’autres petites surprises dont je ne vous parle pas pour ne pas vous spoiler. Chaque personnage s’exprime différemment mais tous ont globalement des tons assez familiers voire argotiques à certains moments, ce qui peut déplaire à certains lecteurs mais moi, j’ai trouvé ce choix super immersif. Ça dynamise le texte qui se lit très vite.

Très et presque trop. Je l’ai dévoré en un peu plus de deux heures de lecture. Allez, trois, je l’ai achevé le lendemain matin parce que je suis rentrée de salon trop épuisée et mes yeux se fermaient tout seul. L’action s’enchaine sans temps mort et certains ressentiront probablement un manque à ce niveau. Parfois, tout va trop vite et si j’arrive à suivre sans problème parce que je pense être dans le même ordre d’idées que l’autrice, je sais d’avance que certains lecteurs ne vont pas toujours s’y retrouver. L’intrigue reste assez standard au fond mais la forme nous permet de l’oublier sans problème. Parce qu’on s’intéresse aux personnages et à leur devenir avant tout le reste.

Le classement young adult du récit empêche l’autrice de s’attarder sur des scènes qui auraient été davantage développées dans ses premiers textes. Non pas que je suis affamée de gore et de malsain (si si, je vous jure) mais quand on aime JF et Gabriel… Après, j’admets, c’est sans doute mon fangirlisme qui parle un peu. Beaucoup. Désolée. On reste donc dans un état d’esprit young adult pour ce qui est du sexe. Par contre, il y a pas mal de violence et ça reste globalement un récit plutôt malsain. Ça me pousse à dire que Rouge Venom se positionne plutôt à la frontière de plusieurs genres et de plusieurs types de lectorat. Je ne sais pas si je l’aurai édité en Naos, personnellement, mais j’ai toujours un peu de mal à juger où se situe la limite.

J’ai conscience de ne plus parvenir à parler de Morgane Caussarieu avec impartialité. J’aime son univers, son style et surtout, ses personnages. Je manque de recul, je vous le dis honnêtement. Alors, me demanderez vous, pouvez-vous croire un seul mot de ces lignes ? Et bien elle est quand même parvenue à me rendre accro… Ce qui n’est pas rien. Cette autrice est pour moi ce que le sang et le meurtre est à JF (c’était l’instant poésie). Je prends énormément de plaisir à la lire et j’espère qu’elle écrira encore pendant longtemps.

Par contre, même si je manque de recul, j’anticipe déjà les critiques qu’on fera au texte. Les nouveaux lecteurs auront l’impression d’être des témoins extérieurs qui n’ont pas toutes les cartes en main pour comprendre les références (raison pour laquelle je vous recommande ses autres livres AVANT et dans l’ordre chronologique s’il vous plait). Barbie est vraiment spectatrice de sa propre vie (de toute façon, je ne l’ai jamais aimée) et se réveille deux chapitres avant la fin (quand même, quelle scène !). Il y a trop de personnages pas forcément utiles (coucou Emma) et le traitement réservé aux femmes n’est pas politiquement correct (j’en connais qui vont grincer des dents, sans mauvais jeu de mots), surtout dans les chapitres du point de vue JF (en même temps, le gars nous vient des années soixante et est un vrai connard (cœur cœur)). Pourtant, dans l’univers Caussarieu, tout fonctionne bien, rien de tout cela ne me dérange et j’ai l’impression de retrouver un peu de ses premiers textes, de ceux qui m’ont totalement séduite il y a deux ans.

Alors oui, je vous recommande chaudement Rouge Venom. Et toute la bibliographie de l’autrice, comme d’habitude. Sauf si pour vous, les gentils vampires existent, qu’un personnage féminin fort et indépendant est obligatoire pour que l’histoire soit bonne ou que vous avez un souci avec le style littéraire familier. Si ce n’est pas le cas, jetez-vous sur ces textes de toute urgence !

Le songe d’une nuit d’octobre – Roger Zelazny

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Le songe d’une nuit d’octobre est un one-shot fantastique écrit par l’auteur américain Roger Zelazny. Publié d’abord chez ActuSF en grand format, il a été récemment réédité en poche par Helios au prix de 7.90 euros.
Je remercie Samantha et Jérôme de chez ActuSF pour l’envoi de ce service presse !

L’histoire commence au premier jour du mois d’octobre, courant du XIXe siècle. Le lecteur découvre qu’un Jeu est en cours pour les trente-et-un prochains jours. Le but? Pour les ouvreurs, permettre aux Grands Anciens de déferler sur le monde. Pour les fermeurs, empêcher que cela se produise. Les participants distribuent les cartes et la fête commence avec Jack, Jill, le Docteur mais aussi le Comte, le Grand Détective et quelques autres…

Si ce roman est très inspiré de mythologie lovecraftienne, il n’est pourtant pas nécessaire de s’y connaître pour apprécier le titre car je suis totalement novice en la matière et j’ai passé un bon moment malgré cela. En effet, s’il est très référencé sur Lovecraft, il l’est également sur la littérature populaire anglaise et les grandes figures ayant marqué son histoire occulte. Ainsi, les clins d’œil cachés au fil du texte en raviront plus d’un. D’ailleurs, les protagonistes sont rarement nommés. Sherlock Holmes est toujours appelé « Le Grand Détective » par Snuff, Jack est juste Jack, le Docteur Frankenstein est « Le Bon Docteur », etc. C’est assez plaisant de traquer les indices laissés au détour d’une phrase par Roger Zelazny. Cela apporte au roman une dimension ludique vraiment plaisante.

Le point fort de ce texte est, à mon sens, la narration menée par… un chien. Snuff est le chien de Jack (oui, ce Jack là) et son compagnon ésotérique. Chaque joueur en possède un et nous suivons les interactions entre ces différents compagnons. Chat, rat, hibou, corbeau, écureuil, serpent, tout ce petit monde coopère et / ou s’affronte pour obtenir ou échanger des informations capitales afin de remporter la victoire. Si ces animaux sont très humanisés car doués d’intelligence, ils se différencient assez bien des êtres humains pour apporter une dose de peps plutôt agréable à ce roman court et bien rythmé.

Si le style d’écriture n’est pas transcendant, il sert efficacement le récit riche en rebondissement et en action très graphique. Les chapitres courts concernent chacun une journée jusqu’au grand final qui m’a un peu laissée sur ma faim. C’est l’un des seuls reproches que j’ai à adresser au texte mais je suis peut-être passée à côté d’un clin d’œil, qui sait ?

Dernière remarque au sujet du roman, on parle de steampunk sur la quatrième de couverture mais je n’ai pas du tout retrouvé cet aspect dans le texte. Du coup, je m’interroge un peu sur ce que l’éditeur a voulu dire par là? Si quelqu’un a éventuellement la réponse pour m’éclairer, n’hésitez pas !

Pour résumer, le songe d’une nuit d’octobre est un texte qui plaira autant aux amateurs de Lovecraft qu’aux novices. Il propose une histoire sympathique et prenante racontée du point de vue d’un chien, ce qui change de nos habitudes. C’est un bon divertissement qui ne restera pas indéfiniment dans ma mémoire mais que j’ai été contente de découvrir.

FOCUS – Partenariat : ActuSF

Bonsoir tout le monde !
Demain commence la Foire du Livre de Bruxelles où vous pourrez retrouver les Indés de l’Imaginaire (et croyez moi, je vais squatter pas mal dans le coin !). Je vous ai déjà parlé de Mnémos dans un précédent focus et je profite de l’évènement pour attirer votre attention sur les éditions ActuSF qui est partenaire du blog depuis fin 2018.

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Les éditions ActuSF ont vu le jour en 2003 dans le sillage de la webzine ActuSF dont vous avez forcément entendu parler. Sous la direction de Jérôme Vincent, la maison d’édition compte plusieurs collections dont, notamment :
Les Trois Souhaits : pour la littérature de l’imaginaire.
Bad Wolf : pour la fantasy spécifiquement.
Perles d’Épice : pour les traductions d’auteurs étrangers.
À travers le collectif des Indés de l’Imaginaire dont ActuSF est un membre fondateur, on retrouve également leurs titres dans la collection poche avec Hélios et une collection jeunesse avec le label Naos.

Pourquoi parler d’ActuSF?
Déjà, parce qu’ils sont partenaires du blog donc ça parait logique. Ensuite parce que j’y ai fait certaines belles découvertes. Au départ, je m’intéressais surtout à leurs auteurs plus qu’à la structure. J’ai découvert la maison d’édition avec les romans de Karim Berrouka en 2017, chaudement conseillé par une autrice avec des goûts littéraires proches des miens. Le club des punks a su me séduire par son côté décalé et m’a donné envie d’en apprendre plus sur l’éditeur qui avait osé publier cette pépite. Puis une de mes autrices préférées, Morgane Caussarieu pour ne pas la citer, a publié un roman chez eux dans le label Naos et ça a vraiment attiré mon attention sur leur travail. Du coup, j’ai saisi une occasion au culot quand j’ai vu qu’il cherchait des partenaires presses.
Depuis, j’ai pu apprécier leur professionnalisme, leur amabilité et leur disponibilité par mail ainsi que leur ouverture d’esprit quand j’ai fourni une chronique plus mitigée pour un de leur titre. Il m’est très agréable de travailler avec eux et je me réjouis de découvrir leur catalogue encore plus en profondeur !

Pour rappel, voici les romans déjà lus et chroniqués sur le blog par ordre chronologique:
Le club des punks contre l’apocalypse zombie – Karim Berrouka
Rouge Toxic – Morgane Caussarieu
Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu – Karim Berrouka
Fées, weed et guillotines – Karim Berrouka
Les ombres d’Esver – Katia Lanero Zamora
Les hommes dénaturés – Nancy Kress
Les questions dangereuses – Lionel Davoust
La forêt des araignées tristes – Colin Heine

Si vous ne connaissez pas ActuSF, je vous conseille de combler cette lacune. Ils ont un catalogue assez impressionnant qui couvre tous les goûts ou presque. La webzine d’où est issue la maison d’édition propose une actualité SFFF riche et de qualité à l’instar du contenu éditorial de la maison d’édition. N’hésitez pas à les suivre sur leurs réseaux sociaux: FacebookTwitterInstagram.

Connaissez-vous ActuSF? Avez-vous déjà lu certains de leurs romans? Cette présentation vous donne-t-elle envie de le faire?