Pornarina – Raphaël Eymery

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Pornarina est un roman d’enquête fantastique écrit par l’auteur français Raphaël Eymery. Publié chez Denoël dans la collection Lunes d’encre, vous trouverez ce livre au prix de 19 euros.
Je remercie FungiLumini du blog Livraisons Littéraires pour m’avoir prêté ce roman découvert grâce à sa chronique.

Pornarina est aussi connue comme la prostituée-à-tête-de-cheval. Elle sévit en Europe depuis plusieurs décennies et sa particularité est d’émasculer les hommes, qui en meurent sur le coup. Figure quasi mythologique, elle déchaine les passions au sein d’un cercle de spécialistes – les pornarinologues- auquel appartient le Dr Blazek. Nous suivons principalement sa fille adoptive, Antonie, contorsionniste naturel. Elle assiste son père dans sa quête de Pornarina ce qui la pousse à fréquenter tout un tas de personnes pas franchement fréquentables, justement.

Il est vraiment difficile de parler de ce roman à mi chemin entre une enquête et une étude des « monstres ». D’ailleurs, par moment, on est vraiment davantage dans un texte (pseudo) scientifique que dans un récit de fiction. Le roman s’ouvre sur un « nous » dont on ne saura jamais rien et qui ramène à la vie le célèbre détective, Sherlock Holmes. Ce « Nous » enquête sur le Dr Blazek dont nous apprenons le passé à travers les archives de Sherlock. Après cette introduction qui est un prétexte pour poser le personnage du docteur, nous faisons connaissance avec Antonie dans des chapitres à la troisième personne au style littéraire assez percutant. La personnalité du récit s’y marque bien et c’est une grande force de ce livre.

Antonie est une jeune fille aux os en caoutchouc. Orpheline trouvée dans la banlieue de Kiev, elle est élevée par le docteur pour devenir son assistante. Il est de plus en plus âgé et a du mal à continuer son enquête sur Pornarina. C’est donc Antonie qu’il envoie sur ses traces en espionnant un pornarinologue, surnommé Fel, qui semble avoir des informations intéressantes à ce propos.

Plus que Pornarina, à mon sens, c’est Antonie le personnage principal et la figure mythique sert simplement de prétexte pour faire avancer le récit et réfléchir sur une multitude de sujets dont, entre autre, la guerre des sexes, les déviances et la mythification des tueurs en série. Quand je dis qu’Antonie est le personnage principal, c’est parce qu’on suit son évolution ou plutôt, sa descente dans les abîmes de la folie jusqu’au chapitre final qui était peut-être un peu trop abrupt à mon goût. Antonie est une mise en abîme des propos tenus tout au long du texte et l’auteur le réalise d’une manière aussi maîtrisée qu’intelligente.

Pornarina est un roman de freaks, avec des personnages pervers et des scènes franchement malsaines. Il n’est pas à mettre entre toutes les mains mais je l’ai trouvé original autant dans son procédé narratif que dans cette façon qu’il a d’enseigner à son lecteur les perversions humaines. J’ai appris énormément de termes que je ne connaissais pas et j’ai eu le sentiment de me retrouver dans un immense cabinet des curiosités. La quatrième de couverture parle de ressusciter la tradition française du Grand-Guignol et je suis assez d’accord là-dessus. Si ce roman souffre des défauts induit par son culot, je reconnais volontiers le talent de Raphaël Eymery et espère que ça ne soit pas son dernier texte.

Pour résumer, Pornarina est un roman qui sort des sentiers battus et n’est pas à mettre entre toutes les mains. Ses indéniables qualités stylistiques et philosophiques se heurteront aux valeurs traditionnelles des lecteurs et ne pourra pas le laisser indifférent. Au lecteur à garder l’esprit ouvert ! Les thématiques de déviance et de différence développées tout au long du texte ont vraiment su me plaire et je recommande ce titre aux lecteurs avertis.

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#PLIB2019 La fille qui tressait les nuages – Céline Chevet

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La fille qui tressait les nuages est un thriller psychologique / tranche de vie surréaliste écrit par l’autrice française Céline Chevet. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Neko, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros.
Ce roman fait partie des 21 sélectionnés pour le #PLIB2019.

Ce roman se déroule dans un Japon à la fois contemporain et surréaliste (j’y reviens plus bas). Nous y rencontrons Julian, un métis (anglais / japonais) et lycéen ordinaire qui souffre toujours du deuil de la fille dont il était amoureux: la petite sœur de son meilleur ami Souichiro. Il ne parvient pas à tourner la page, d’autant que sa mémoire occulte une grande partie de ce qui est arrivé ce jour-là. Au fil de l’histoire, Julian ne va plus pouvoir se voiler la face et aidé par Akiko, il s’emploiera à dénouer les fils du mystère.

Le résumé que je viens de fournir ne rend pas justice au roman et peut paraître aussi pauvre que niais, si pas ennuyeux. Détrompez-vous ! Il est simplement assez difficile de parler d’un roman surréaliste sans vous gâcher le plaisir de la découverte. Quand je dis surréaliste, ce n’est pas tant dans le mode d’écriture (après, je ne sais pas comment l’autrice s’y est prise :p) que dans son expression littéraire au sein de cette diégèse. Pour les novices, le surréalisme selon André Breton est un « automatisme psychique pur, par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. » Dans ce Japon contemporain, la pensée se manifeste de manière physique. Céline Chevet propose ainsi un univers fort avec un absurde poétique tout nippon. Le plus beau, c’est que pour les personnages, tout cela est normal et personne n’essaie de l’expliquer. Ça existe, c’est tout. C’est comme ça. J’ai trouvé ce parti pris rafraichissant.

On peut considérer la fille qui tressait les nuages comme un thriller psychologique et onirique à la fois, sur fond de tourments adolescents. L’enjeu du roman, c’est de découvrir la vérité quant au décès de la petite sœur de Souichiro. Ainsi, l’autrice joue avec une alternance de point de vue et de temps. Julian, par exemple, le protagoniste principal, a des chapitres rédigés à la première personne du singulier. On a parfois l’impression qu’il raconte certains des autres chapitres comme un narrateur omniscient mais cette certitude se brouille à d’autres moments en proposant presque un jeu de piste narratif quand ce sont d’autres personnages, comme Souichiro ou Akiko, qui reprennent la main dans une narration, cette fois à la troisième personne. À un moment du récit, l’apparition d’un journal intime romancé (je n’en révèle pas plus pour ne pas spoiler) permet d’en apprendre davantage sur le passé de la famille et sur le mal dont souffrait la petite sœur (je tais volontairement son prénom depuis le début sinon je vous gâche tout 🙂 ). Ce journal contient une sacrée dose de macabre et les amoureux des chats en auront l’estomac retourné. Vous êtes prévenus !

On se rend rapidement compte que des histoires assez sombres et malsaines hantent le passé de la famille Sakai. Si j’ai deviné certains éléments de l’intrigue, d’autres ont réussi à me prendre totalement au dépourvu ! Une chose est sûre, ce titre est très addictif même s’il ne déborde pas d’une action haletante comme ce qu’on imagine souvent en parlant de thriller. Il prend aux tripes, donne envie de le scruter sous tous les angles et d’avancer jusqu’au grand final. D’ailleurs, je l’ai lu sur une journée, emportée par la plume sûre et poétique de Céline Chevet dont c’est, je pense, le premier roman bien qu’elle ait publié deux ou trois nouvelles dans des anthologies (dont celle du Bal Masqué au Chat Noir).

Pour résumer, la fille qui tressait les nuages est une vraie réussite et un premier roman excellent pour la nouvelle collection Neko des Éditions du Chat Noir. Céline Chevet nous emmène dans un Japon contemporain et surréaliste pour détisser la trame d’un drame familial. Avec des personnages à la personnalité marquée et des psychologies touchantes, elle embarque son lecteur qui aura du mal à poser son roman avant d’en avoir tourné la dernière page. Je recommande très chaudement ce titre qui fera sans hésitation partie de ma sélection pour les cinq finalistes du PLIB !

La Forêt des araignées tristes – Colin Heine

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La Forêt des araignées tristes est un one-shot écrit par l’auteur français Colin Heine. Prévu chez ActuSF pour février 2019, vous trouverez ce premier roman au prix de 19 euros dans la collection Trois Souhaits.
Je remercie Samantha et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Avant d’aller plus loin dans cette chronique, je pense sincèrement être passée à côté du roman.  Je préfère prévenir d’entrée de jeu. Je ne compte pas démolir le premier roman de Colin Heine mais il y a des éléments qui ne m’ont pas plu. Le fait que je m’attendais à un tout autre texte (rien que par son titre) n’aide pas. Je trouve toutefois que la Forêt des araignées tristes a certaines qualités qui séduiront les amateurs, d’où ma chronique.

Nous évoluons dans un monde post apocalyptique recouvert par la vape. La vape, c’est un brouillard qui enveloppe le monde sur une grande partie de sa surface. Une catastrophe a eu lieu, dont on nous parle dans l’introduction, puis l’homme est parvenu à se relever, à se reconstruire. Plusieurs cités émergent et coexistent. L’action principale se passe à Gale, dans ce que j’identifie comme un équivalent de la France.
Quand je dis post apocalyptique, il faut garder à l’esprit que la société reconstruite tient davantage du steampunk belle époque. L’action aurait d’ailleurs sans problème pu se dérouler au 19e siècle.

À travers des points de vue multiples, nous suivons tantôt Bastien (un paléontologue) tantôt Ernest (un explorateur), tantôt Agathe (la vieille servante acariâtre de Bastien) et tantôt… Beaucoup de personnages, en fait. Une rebelle allemande qui arrive à la moitié du roman sans qu’on sache trop d’où elle sort, un fleuriste assassin qui est de loin le personnage le plus intéressant (mon côté cruelle, tout ça), un détective aux buts douteux, et j’en oublie. C’est probablement le premier reproche que j’adresse au roman: la multiplication des points de vue est bien trop nombreuse à mon goût. Si les personnages sont majoritairement bien caractérisés (et c’est déjà bien, vous me direz) tous ne sont pas utiles, loin de là. Certains chapitres rallongeaient inutilement le texte en créant des longueurs plutôt gênantes à la lecture.

C’est le second souci de la Forêt des araignées tristes : les longueurs. Déjà, chaque chapitre est assez volumineux (du moins j’en ai eu le sentiment sur la version numérique) mais en plus, certains sont carrément redondants. Par exemple, Bastien vit toute une mésaventure. Il rentre chez lui, la raconte à Agathe et Ernest, mais sans ellipse. Bastien réexplique donc mot pour mot tout ce que le lecteur a lu juste avant. Pour quelle raison? S’assurer que le lecteur a tout compris? C’est dommage parce que ce sentiment d’être prise par la main m’a vraiment gênée. La tentation de passer des pages était forte et, très honnêtement, si ça n’avait pas été un service presse, j’y aurai cédé. C’est dommage, parce qu’une révision sur ce point aurait rendu ce roman et son intrigue bien plus dynamique.

Ce texte a tout de même certaines qualités. Outre la caractérisation des personnages, je trouve que l’univers inventé par Colin Heine est bien fichu et regorge de métaphores autant sociales qu’écologiques. C’est sans conteste un texte engagé, imagé et inspiré. Dommage, finalement, que l’intrigue ne le serve pas mieux. En lisant la quatrième de couverture en plus du titre, on ne s’attend pas à une enquête aussi classique. On ne s’attend même pas vraiment au contenu, d’autant que Bastien n’est même pas tellement le personnage principal. Pas plus que d’autres. Moi, j’imaginais une exploration dans les Vaineterres avec un Bastien obligé d’embarquer sur une expédition d’Ernest pour échapper à ses poursuivants et découvrant des étendues sauvages peuplées d’araignées géantes avec qui il parviendrait à communiquer, quelque chose dans ce goût-là.  On en est assez loin. Peut-être que ma déception vient de là. Mais en même temps, sur le papier, ça aurait dû y ressembler si on se fie au package du roman.

D’ailleurs, si je dis que je suis totalement passée à côté du texte, c’est aussi en partie parce que je cherche toujours la signification du titre. Il y a bien des araignées géantes présentes à certains moments mais j’ai eu le sentiment qu’elles restaient au second plan et je n’ai absolument pas compris ce qu’essayait de dire le chapitre final. Je ne sais pas si c’est lié à ma panne de lecture (ça ne me surprendrait pas), si je suis lente à la détente (ça arrive !) ou si c’est une volonté esthétique que je n’ai pas saisie / à laquelle je ne suis pas sensible… Toutefois, je referme ce roman avec les sourcils froncés, sans trop savoir ce que j’en pense précisément. Je crois qu’on peut résumer en disant que ce texte n’était pas fait pour moi. Ce qui n’en fait pas un mauvais livre pour autant, qu’on se le dise !

En bref, La Forêt des araignées tristes souffre de certaines longueurs et manque parfois de clarté dans son exposition. Toutefois, Colin Heine signe un premier roman assez convainquant sur son univers et ses personnages, doublé d’un texte socialement et écologiquement engagé. Un auteur avec un potentiel certain mais qui ne m’a pas convaincue ici.

L’école des mauvais méchants #1 – Stéphanie S. Sanders

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L’école des mauvais méchants
est une saga jeunesse à partir de 9 ans écrite par l’autrice américaine Stéphanie Sanders. Elle compte actuellement deux tomes et la publication date de 2014 chez Nathan. Vous pourrez vous la procurer dans toutes les librairies au prix de 12.95 euros.

Être méchant, ça s’apprend ! La preuve au centre de redressement de Veldrin Drexler qui a pour objectif de rééduquer les Mauvais Méchants pour les transformer en Mauvais Accomplis. Dans un récit à la première personne, nous suivons Rune qui va devoir mener à bien un complot afin de gagner son grade de Félon. Aidé par ses deux coconspirateur, Loup Junior et la Comtesse Jezebel, Rune a pour mission d’enlever un bébé, kidnapper une princesse, trouver un homme de main pour en faire son esclave et renverser un royaume. Rien que ça ! Le tout en une semaine…

Cette chronique ne sera pas spécialement longue ou analytique mais j’avais vraiment envie de vous parler de ce titre avec lequel j’ai passé un super bon moment de détente. Parfois, on a besoin d’un roman sans prétention, bien fichu avec une touche d’originalité et c’est ce qu’est l’École des Mauvais Méchants. Laure-Anne me l’a prêté, persuadée que ça me plairait et ce fut le cas ! J’ai vraiment bien aimé le concept et la réinterprétation des mythes « monstrueux » pour coller à un public plus jeune. Sans pour autant tomber dans le bling bling ou le gnan gnan. L’intrigue est relativement simple, surtout pour les amateurs de SFFF plus poussé, toutefois on s’y laisse prendre. D’autant que les pages se tournent rapidement ! C’est certes un grand format mais la mise en page aérée conviendra très bien aux jeunes lecteurs.

La force de ce roman, ce sont évidemment ses personnages et la manière dont la plume de l’autrice interprète Rune. La narration à la première personne apporte juste ce qu’il faut d’humour et de remarques cocasses pour réjouir le lecteur. C’est certes destiné à un public jeunesse mais ça se lit quel que soit l’âge grâce à ses multiples niveaux de lecture. Un adulte ira plus loin dans l’interprétation de certains évènements et ça rend le tout vraiment agréable.

En bref, L’école des mauvais méchants est un divertissement de qualité pour petits et grands qui renverse les points de vue moraux via des personnages diversifiés et attachants. Je recommande, surtout à ceux d’entre vous qui sont parents 🙂

La Voie Verne – Jacques Martel

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La Voie Verne est un one-shot d’anticipation / science-fiction proposé par l’auteur français Jacques Martel. Nouveauté de chez Mnémos pour Janvier 2019, vous le trouverez en grand format au prix de 20 euros.
Je remercie Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse !

Avant d’aller plus loin je dois préciser que ce roman a été difficile à chroniquer sans spoil et qu’il manque plusieurs éléments que je choisis d’écarter pour vous permettre de découvrir le texte dans sa totalité. Qu’on veuille bien me le pardonner pour cela.

L’histoire de la Voie Verne est racontée à la première personne par le personnage de John, à travers ce qui ressemble à un journal vocal (et je lui fais ici le même reproche que dans Frankenstein Délivré, du coup). Au début du roman, John se présente à la demeure des Dumont-Lieber en espérant obtenir la place de majordome vacante depuis quelques temps. Agathe, la châtelaine, y vit avec deux domestiques et Gabriel, son petit fils autiste. Ce dernier passe toutes ses journées dans le Halo, une réalité virtuelle dans laquelle on entre à l’aide de lunettes spéciales. Gabriel est aussi passionné par les Voyages Extraordinaires de Jules Verne même si beaucoup de gens semblent l’avoir oublié.

Le point fort de ce texte est sans conteste son univers et l’engagement idéologique qui en découle. Nous sommes toujours au XXIe siècle où le progrès technologie a peu à peu effacé le papier, raison pour laquelle je parle d’anticipation. La numérisation paraissait être la bonne solution pour tout le monde, jusqu’à ce que le Big Worm, un virus informatique, efface une grande quantité de données. En fait, les données de Z à V dans leur totalité et quelques autres des lettres suivantes, avant d’être arrêté. Du coup, impossible pour John, spécialiste de Jules Verne (et peut-être davantage ), de consulter ses œuvres puisque lui-même avait tout stocké en ligne. Sur différents espaces de stockage mais ça ne change pas grand chose. Heureusement, si posséder du papier est presque un crime dans cette France d’anticipation, John soupçonne les Dumont-Lieber de disposer une bibliothèque secrète, vu la passion bien connue de la famille pour Jules Verne. Voilà comment il se retrouve à travailler pour la châtelaine.

Jacques Martel propose ici un roman à cheval sur plusieurs genres. J’ai évoqué l’anticipation qui tourne à la science-fiction sur certains points du récit (du moins par rapport à notre époque mais d’une, ça se discute et de deux, ne soyons pas scolaires dans la classification littéraire 🙂 ). On trouve également des concepts métaphysiques qui ne parleront peut-être pas à tout le monde. Il devise énormément sur la force du mythe dans l’immortalité du corps (et de l’esprit), sur l’égrégore, la métempsychose, qui sont des éléments centraux du roman justifiant le projet de John et surtout, le soutien qu’il cherchera auprès de Gabriel. Si toutefois il parvient à communiquer avec lui… Ces points font également entrer ce texte dans la veine fantastique.

Sur un plan signifiant, la Voie Verne est très fort et engagé. J’ai hélas trouvé que, parfois, le propos théorique alourdissait le texte, provoquait des longueurs et entravait la rythmique de l’intrigue. Puis j’ai définitivement un souci avec ce type de narration qui paraît trop factice pour me permettre d’entrer dans la diégèse du roman. Fidèle à son modèle, l’auteur a cherché à enseigner, dans ses textes. À transmettre. Et en ça, on peut dire qu’il réussit, même si je trouve que c’est au détriment de l’histoire racontée. Il faut savoir que de Jules Verne, je n’ai lu que Michel Strogoff et je n’en garde pas spécialement un agréable souvenir. Si j’appréciais la démarche éducationnelle, je lui trouvais souvent des digressions techniques / théoriques qui ne conviennent plus, je pense, aux lecteurs de ma génération. C’est principalement une question de goût mais c’est ce qui m’a empêché de rentrer dans ce roman.

Ce que je regrette car je lui trouve pas mal de bons côtés et je suis certaine qu’il touchera son public de destination, auquel je n’appartiens pas. La Voie Verne propose une réflexion très intéressante sur des thèmes contemporains forts en plus de mettre positivement en avant la différence, à travers le personnage de Gabriel. J’ai beaucoup aimé son discours sur l’autisme et les formes d’intelligence. On est sans conteste face à un auteur érudit qui a peut-être été maladroit en voulant traiter trop de sujets d’un coup. Toutefois, la Voie Verne a des qualités et vaut la peine rien que pour son propos théorique. Je pense qu’il vaut mieux d’ailleurs le prendre comme une tentative de croisement entre l’essai et le roman plutôt que comme un roman « normal » (si tant est qu’il soit pertinent d’affirmer qu’il existe une norme au sein du genre roman. Là aussi, on peut discuter…). La Voie Verne touchera les adeptes de Jules Verne mais aussi les curieux qui chercheront à découvrir ce petit ovni littéraire à cheval entre passé, présent et avenir. Un nouveau texte qui ose et sort des sentiers battus pour Mnémos !

Les Questions dangereuses – Lionel Davoust

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Les Questions dangereuses est un roman court proposé par l’auteur français Lionel Davoust. Quand je dis court, c’est court puisque ce texte comporte 55 pages au format numérique ! La version papier compte, quant à elle, 128 pages et est accompagnée d’un entretien de l’auteur réalisé par Nicolas Barret. Publié chez ActuSF pour une sortie le 3 Janvier 2019, Les Questions dangereuses est édité dans la collection Trois Souhaits.
Je remercie Samantha de chez ActuSF pour l’envoi de ce service presse.

L’intrigue se déroule en 1637 dans une France alternative. Nous suivons le mancequetaire Thésard de la Meulière, qui s’occupe de résoudre le meurtre odieux et sanguinaire du docteur Lacanne pendant l’enterrement d’un célèbre philosophe. Ce crime va le mener à affronter l’ennemi anglais mais aussi des Questions aux réponses trop vagues pour sa santé mentale…

J’ai lu ce texte court d’une traite, embarquée dans le style littéraire de l’auteur. Lionel Davoust s’inspire des maîtres classiques du roman de cape et d’épée, ce qui ne peut que faire mouche chez moi qui adore ce type de narration. On sent que l’auteur a lu beaucoup de cette littérature et qu’il l’aime puisqu’il la détourne avec habilité et maestria.

J’ai aussi été séduite par le concept. Ici, le fleuret et le mousquet sont remplacés par le Libram, livre d’énigmes propre à chaque mancequetaire. On se bat à la force des mots, en posant des Questions dont l’adversaire doit trouver la réponse au risque de subir des douleurs physiques importantes, voir de trouver la mort. La métaphore sur le pouvoir du verbal face à la violence brute est inspirée et bien maîtrisée. Et les énigmes sont vraiment tordues ! Bon, je n’ai jamais été très douée à ce jeu mais j’aurai fait une piètre mancequetaire.

On pourrait penser que, dans un texte aussi court, Lionel Davoust ne soigne pas ses personnages et propose une intrigue peut-être un peu bancale mais il n’en est rien. Si le déroulement reste assez classique (une enquête autour d’un meurtre), on ne s’ennuie pas un seul instant et le style particulier de narration permet aisément de dépeindre les personnages qui servent brillamment l’intrigue.

Dernier point fort et non des moindres, la quantité astronomique de clins d’œil tout au long du texte qui raviront les amateurs de littérature classique !

En bref, les Questions dangereuses est un texte court et inspiré à l’univers vraiment original. Mon seul regret? Qu’il n’ait pas fait l’objet d’un roman plus long car l’auteur nous met vraiment l’eau à la bouche avec ses idées, son concept et son héros. J’ai passé un excellent moment et je ne peux que vous recommander chaudement cette lecture.

Apocalypsis (intégrale 2) – Eli Esseriam

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Apocalypsis
est une saga fantastique de cinq romans écrit par l’autrice française Eli Esseriam. Cette seconde partie a été rééditée dans la collection RE:Lynks en avril 2018. Elle contient deux romans à savoir : Cavalier Pâle, Elias et Omega. Vous retrouverez cette intégrale chez Lynks au prix de 14.90 euros.
Je remercie Bleuenn de chez Lynks Éditions pour l’envoi de ce service presse.

Rappelez-vous, je vous ai récemment évoqué le coup de cœur qu’avait été la première intégrale de cette saga. J’étais plus qu’impatiente de commencer la suite mais je craignais aussi d’être déçue. La fin d’un roman, c’est déjà quelque chose de difficile alors d’une saga de cette envergure? J’étais tellement attaché à ces personnages, à leurs particularités… Je ne me voyais pas les quitter comme ça. Mais je n’allais pas transformer Apocalypsis en roman de Schrödinger non plus ! Du coup, je vais vous parler en détail de chaque volume avant de vous donner mon retour global.

Cavalier Pâle, Elias:
Ce roman est principalement constitué par des souvenirs et est donc rédigé à la deuxième personne du singulier. Le procédé narratif est très original et m’a beaucoup marquée (et inspirée, j’avoue). Elias étant le cavalier capable d’influer sur le temps, un Elias « du futur » écrit à l’Elias « du présent » (je mets des guillemets parce que c’est relatif et un brin plus complexe, mais vous comprendrez en lisant) afin de l’éveiller et de le mettre en garde. Dans sa réalité, il a commis des erreurs qui empêchèrent l’apocalypse et il pense que cet Elias, celui « du présent » sera plus à même que lui de les éviter. Pour l’aider, il lui évoque des éléments clés de sa vie, des personnes importantes, en mélangeant les époques et les dates. Cela peut paraître un brin brouillon au lecteur mais j’ai trouvé ce procédé aussi génial qu’immersif. Il permet vraiment de se glisser dans la peau et la psyché d’Elias, qui reste l’un des plus touchants parmi les Quatre.

Omega:
Ce roman multiplie les points de vue à la première personne. On repart donc dans une narration plus classique et qui perdra peut-être certains lecteurs puisque les débuts de chapitre ne mentionnent pas qui parle précisément. Et ce ne sont pas spécifiquement les cavaliers. On le devine à travers les informations glanées dans le texte, comme un vrai jeu de pistes. C’est quelque chose que j’ai su apprécier, d’autant que le roman parait construit comme une succession de plans. Un peu comme un film.
Cette narration permet de s’arrêter sur des personnages secondaires de la saga, de découvrir leur destin, certains secrets aussi. Le docteur Chazeranne, Iris, Noémie, Héloïse, entre autres. Je ne peux pas trop en dire sur le contenu de ce roman ou même ses thématiques, au risque de spoiler l’intrigue et des évènements clés, mais j’ai d’abord été dépaysée par Omega, incrédule aussi face aux choix de l’autrice. Puis, finalement… Je n’imagine pas une autre tournure. À mon sens, la conclusion est assez brillante et riche de signification. Puis les derniers chapitres m’ont vraiment bien bottées, les personnages qu’ils présentent sont intéressants. Ce qui a rajouté à ma frustration, finalement.

Apocalypsis est une saga addictive, profonde et bien écrite qui mérite de marquer l’histoire de la littérature fantastique française. Son autrice ose proposer des personnages qui sortent du lot, s’essaie à des styles narratifs originaux qui fonctionnent bien et opte pour un final intelligent, lourd de sens. Voilà une œuvre comme je les aime, qui offre plusieurs niveaux de lecture, où tout n’est pas blanc, noir, mais bien en nuances de gris plus ou moins sombres. Ce fut l’une de mes meilleures découvertes pour cette année et je ne peux que chaudement recommander cette quintologie !