Les damnés de Dana #3 les larmes de Dana – Ambre Dubois

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Les damnés de Dana
est une trilogie historico-fantastique écrite par l’autrice française Ambre Dubois. Les larmes de Dana est son troisième (et dernier donc !) tome. Publié au Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce roman actuellement en promotion au prix de 10 euros au format papier.

Je vous ai déjà parlé de cette saga avec son premier tome (la dame sombre) et son second (les brumes du crépuscule). Comme il s’agit d’un troisième tome, cette chronique contiendra inévitablement des éléments divulgâchés. Vous êtes prévenus !

De quoi ça parle ?
Avec un nouvel empereur à sa tête, Rome décide d’attaquer les villages au nord du mur d’Hadrien afin de reprendre la conquête de cette terre qui ne lui a que trop résisté. Comme le craignait Mévéa, les deux étrangers dirigeant cette armée corrompent le Seuil des Anciens et rompe les liens qui existaient encore avec le monde des ombres. C’est la fin d’une ère qui se dessine…

Une conclusion surprenante.
Quand je lis une saga comme celle-là, je m’attends toujours à être déçue par sa conclusion, habituée comme je l’ai été avec la vague bit-lit à voir naître au fil des pages des solutions tarabiscotées et sans enjeux à des problèmes pourtant présentés comme insolubles. Il n’y a rien qui m’agace plus que cela, j’entamais donc la lecture de ce troisième tome un peu à reculons en craignant de revivre la même chose mais ça n’a pas du tout été le cas.

Avec les larmes de Dana, on comprend pour quelle raison ce cycle a été classé dans la collection Griffe Sombre du Chat Noir. L’autrice opte pour des choix osés. Elle décrit la guerre, les massacres, des tactiques douloureuses pour gagner un peu de terrain, des pratiques assez immondes et pourtant très crédibles selon moi. Je ne suis pas spécialiste de la période concernée ou même de l’Empire romain toutefois Ambre Dubois paraît avoir effectué des recherches solides sur ces sujets. Elle n’hésite pas à sacrifier des personnages récurrents et à faire prendre aux survivants des décisions radicales, offrant un épilogue qui m’a donné des frissons et un peu de vague à l’âme. Je n’en dis pas plus toutefois la surprise et l’intelligence du propos, de la démarche, ont vraiment su me surprendre dans le bon sens.

Alors comprenez moi, ça ne veut pas dire que tout le monde meurt dans la souffrance et les larmes, qu’il ne reste finalement rien à sauver. Non. J’entends par mon commentaire qu’Ambre Dubois a effectué des choix crédibles, judicieux, apportant un peu d’espoir sans que cela ne devienne risible ou improbable. L’autrice a trouvé un bon équilibre qui permet d’y croire jusqu’au bout. Au sein de ce genre littéraire, je n’avais plus lu cela depuis un moment.

Une héroïne déchue.
Il arrive fréquemment dans les histoires typées bit-lit que l’héroïne soit en réalité une espèce d’élue ou l’unique représentante d’une caste éteinte, pour grossir un peu le trait. Mévéa se dirigeait dans cette direction, gagnant en puissance petit à petit pour finalement terminer la saga… comme une simple humaine sans pouvoirs. Je m’attendais à ce qu’elle se montre déterminante dans les affrontements, à ce qu’elle sauve tout le monde en tant que Morrigane… mais non. J’ai aimé ce retour à l’humanité, finalement l’autrice illustre dans sa saga les derniers mots du Père des druides, se répondant à elle-même d’une façon assez astucieuse. Bien pensé !

Finalement, cette trilogie, c’est pour quel public ?
Pour le reste, je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà pu dire dans mes deux autres chroniques. Les défauts relevés (propres au genre) sont toujours là et les qualités également. La trilogie reste très constante à ce niveau, ce qui n’est pas plus mal.

Je recommande donc la lecture de cette saga :
À ceux qui aiment la mythologie celtique. C’est vraiment un pan important de la trilogie. S’y connaître n’est pas nécessaire mais apprécier les anciennes religions polythéistes est indispensable puisqu’une grosse partie de l’intrigue se construit justement dans l’opposition entre le christianisme et les croyances antérieures.
À ceux qui aiment la culture vampirique. Ambre Dubois a beau proposer une interprétation différente et liée à la mythologie celtique de leur existence, ces créatures respectent les codes institués dans le genre bit-lit. Même si l’autrice apporte des réponses sur l’attirance de Morcant pour Mévéa dans le dernier tome, cela peut rebuter les lecteurs qui ont eu leur dose.
À ceux qui aiment la période historique correspondant à la conquête de Britannia. L’autrice ne prétend pas du tout écrire un roman historique (elle le dit dans sa post-face) toutefois elle a effectué des recherches et adapté ce qu’elle a trouvé à son propre imaginaire. Un spécialiste y verra peut-être des énormités incohérentes toutefois le commun des mortels (auquel j’appartiens !) appréciera probablement de découvrir une saga qui se déroule à ce moment peu exploité de l’Histoire dans ce genre littéraire particulier.

La conclusion de l’ombre :
Alors que je commençais la lecture de cette trilogie sans trop y croire et que je lui ai trouvé certains défauts propres à son genre (des défauts qui tiennent d’une affaire de goût) je termine ma lecture sur une bonne surprise et un sentiment positif. Je suis contente d’avoir laissé sa chance à cette saga qui compte parmi les premières publiées aux éditions du Chat Noir. Je vous en recommande la lecture si vous entrez dans les conditions listées précédemment dans cet article, vous ne serez pas déçu(e)s !

D’autres avis : aucun, c’est le moment de lui faire une place 🙂

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Bläckbold – Émilie Ansciaux

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Bläckbold
est une novella écrite par l’autrice belge Émilie Ansciaux. Publié dans la collection « Névroses » de Livr’S Éditions, vous trouverez ce texte au prix de 12 euros.

De quoi ça parle ?
Matthias est un connard. Un vrai, égoïste, sans considération pour qui que ce soit, salaud jusqu’au bout des ongles. Pourtant, en 2020, une étrange culpabilité le rattrape et il décide de mettre fin à ses jours. Une tentative qui lui coûtera très cher…

À la croisée des genres.
Bläckbold commence de manière très classique en présentant un personnage détestable à qui il va arriver une tuile assez énorme. Alors qu’il tente de se suicider à l’encre de Chine (pourquoi pas vous me direz !), il subit une agression, tue son agresseur sans savoir comment et se fait embarquer dans un univers underground peuplé par des vampires -l’agresseur étant lui-même une de ces créatures. Tout se passe très rapidement, une tatoueuse prénommée Mia lui balance les règles de son nouveau monde, les évènements s’enchaînent aussi vite que le temps, le Temps avec un T majuscule même puisque celui-ci va filer en sauts de plusieurs siècles au détour d’une page, emmenant le lecteur dans un futur dévasté. À ce stade, la novella abandonne le fantastique classique pour un futur post-apocalyptique où on parle de magie, de science-fiction, on ne sait pas très bien.

Tant qu’on est dans la partie fantastique, l’autrice reste très classique en respectant les codes du genre vampirique et même de la bit-lit si on veut se montrer honnête. Bien entendu, elle apporte une forme d’originalité sur la manière dont on devient un vampire et sur l’autorégulation plutôt intelligente de cette population. C’est bien mais ça ne me suffit pas en tant que lectrice car j’ai été lassée par ce genre littéraire qui a du mal à se réinventer (à quelques notables exceptions). À mon goût, c’est vraiment dans la seconde partie de l’intrigue que Bläckbold gagne en intérêt, quand on se retrouve avec un vampire propulsé dans un univers post-apocalyptique où il reste quelques humains à peine qui se mangent les uns les autres (et procréent juste dans ce but). C’est sale, écœurant, la mise en place à ce stade fonctionne assez bien.

C’est flou et ça va (trop) vite.
Voilà ce que je me suis dit en lisant Bläckbold. La novella compte 128 pages au format papier et il s’en passe des choses ! On cligne à peine des yeux qu’on se prend des ellipses énormes sur le coin de la figure, les décors changent, Matthias évolue, de nouveaux protagonistes arrivent, c’est presque le résumé d’un roman qui aurait pu, aurait du, être plus long, plus dense, plus travaillé. J’ai eu un goût de trop peu. De frustration. Y’avait un tel potentiel !

Puis vient la fin. Et là, attention, je suis obligée de divulgâcher salement le twist pour appuyer mon propos donc arrêtez de lire à partir d’ici si vous voulez garder la surprise.

/!\ JE DIVULGÂCHE À PARTIR D’ICI. /!\
Au début de l’histoire, Matthias apprend quelques éléments de la mythologie vampire, notamment qu’il y a Sept immortels à l’origine des gens comme lui (eux-mêmes engendrés par un frère et une sœur à présent disparus). Sauf que lui, il est spécial. Un immortel a couché avec sa mère, donnant naissance à une sorte d’hybride, ce dont Matthias n’avait pas conscience avant qu’un vampire n’essaie de le bouffer, entrainant sa combustion spontanée. Bah oui, on ne se mange pas entre membres de la même espèce. Matthias a dans l’idée de retrouver les Sept pour poser ses questions et Mia veut l’emmener sauf qu’elle se fait assassiner par un envoyé des Sept, ce qui gonfle bien Matthias. Il décide donc, plutôt que de parler avec eux, de les tuer. Sauf qu’il faut encore les trouver et ça prend des plombes, d’où les ellipses.

Je schématise ici hein.

Vous me direz, ça continue d’aller beaucoup trop vite et vous avez raison. SAUF QUE ! Matthias est finalement capturé par les Sept et on se rend compte qu’il sert en réalité de divertissement pour eux. Il est enfermé pendant des millénaires dans un dispositif qui permet de « reboot » sa vie selon une suite de codes visuels, lui faisant revivre des morceaux, changer carrément d’orientation en fonction de son humeur, provoquer des avances rapides, ce qui justifie alors toute la narration précédente et ce sentiment de décalage qu’on ressent !

Le procédé est ingénieux, original mais risqué. Si ça n’avait pas été un roman d’Émilie Ansciaux, je n’aurais probablement pas été au bout malgré son petit nombre de pages car je ressentais un certain agacement au départ entre l’aspect classique et les avances trop rapides de l’intrigue. C’est donc un roman à lire jusqu’à la toute dernière ligne pour le juger dans sa totalité. On peut saluer l’idée, l’originalité, mais je pense que ça aurait pu être davantage abouti parce que même en ayant connaissance du twist, je continue à regretter la cinquantaine de pages manquantes.

/!\ JE NE DIVULGÂCHE PLUS À PARTIR D’ICI. /!\

Matthias, le roi des connards.
Autre prise de risque de la part de l’autrice : proposer un personnage principal vraiment détestable. Il est marié à une femme qu’il laisse se prostituer en lui ponctionnant en plus une partie de ses revenus. Il a provoqué la mort de son père dans un accident alors qu’il était lui-même bourré et s’est contenté de lui piquer son portefeuille au lieu d’appeler une ambulance. Il regarde les femmes comme des objets, semble avoir des tendances homophobes (si on en juge à ses réactions avec Phil) bref c’est typiquement le genre de type qu’on a envie de claquer tête la première sur un trottoir avec, de préférence, une crotte de chien sur le trajet de ses dents.

Du coup, on lit ce livre en attendant qu’il lui arrive un truc horrible en mode retour de karma. C’est une expérience assez différente de mes habitudes et ça m’a vraiment plu de la vivre. Là-dessus, l’autrice a bien géré et elle propose vraiment un roman différent, à considérer d’une manière différente.

De plus, ça peut paraître bête mais le personnage est belge et l’action de 2020 (en plus d’une partie de celle dans le futur) se déroule à Mons, ville où réside l’autrice. J’apprécie cet aspect local original qui permet de développer la littérature imaginaire belge.

La conclusion de l’ombre :
Bläckbold est une novella à la croisée des genres un peu OLNI sur les bords. L’autrice raconte l’histoire de Matthias à la première personne, un personnage qui va évoluer à travers les millénaires, empruntant à la tradition du vampire avec quelques touches originales et en la mêlant au post-apocalyptique / à la science-fiction. Son antihéros à 100% détestable entraine le lecteur dans une expérience différente et exacerbe les instincts sadiques de chacun dans l’attente qu’un évènement horrible lui tombe dessus. Si je regrette quelques éléments dont la rapidité avec laquelle Émilie Ansciaux exploite ses bonnes idées, je me sens dans l’ensemble satisfaite de ma découverte et je recommande ce texte à ceux qui ont envie de sortir de leur zone de confort !

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Les Neiges de l’éternel – Claire Krust

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Les Neiges de l’éternel
est un one-shot fantastique inspiré du Japon féodal écrit par l’autrice française Claire Krust. Publié par ActuSF, vous trouverez ce titre au prix de 18.9 euros en grand format et 8.9 euros en poche, partout en librairie.

De quoi ça parle ?
Japon, époque féodale fantasmée. Dans un texte divisé en cinq parties écrites comme des nouvelles, l’autrice donne la parole à un personnage chaque fois différent pour raconter un morceau de leur existence liée à une noble famille déchue. Yuki, Akira, Sayuri, Takeshi et Seimei sont autant victimes que protagonistes de cette tragédie.

Un roman en cinq parties.
Par facilité, je vais diviser cette chronique en cinq parties et vous dire quelques mots sur chacune d’elle avant de vous proposer une synthèse d’ensemble.

1) La fille qui chevauche
Le texte s’ouvre sur le personnage de Yuki qui part dans la montagne à la recherche d’un guérisseur capable de sauver la vie de son frère, malade depuis longtemps et sur le point de mourir. Le lecteur suit donc son périple. Fille de noble qui n’est jamais sortie du palais, elle se déguise en garçon pour arriver jusqu’à un village. Là, elle rencontre la courtisane Sayuri qui reviendra dans une autre histoire. Elle arrive enfin jusqu’au guérisseur et fait la connaissance de Seimei, le fils de ce dernier. Hélas pour elle, tout ne se passera pas comme prévu.

J’ai été un peu décontenancée par cette première partie. L’ambiance posée par Claire Krust m’a semblé à la fois d’une douce cruauté et d’une naïveté évidente. On se doute assez tôt de la manière dont va tourner l’aventure de Yuki, on la regarde se débattre avec pitié face aux évènements. J’ai apprécié l’aura de ce texte sans toutefois être totalement plongée dedans.

2) Le mort au pinceau
Cette partie est narrée du point de vue d’Akira, le frère de Yuki, cinquante ans après sa mort. Par ses yeux, le lecteur rencontre Shota, un jeune garçon qui à l’instar d’Akira de son vivant, souffre d’une maladie qui le condamne à mourir assez jeune. C’est une nouvelle davantage empreinte de surnaturelle avec la présence d’un fantôme et d’une question : pourquoi seul Shota parvient-il à voir Akira ?

J’ai préféré ce texte au premier car la mélancolie cruelle d’Akira m’a davantage parlée. L’autrice distille lentement les éléments de son histoire, ses rencontres sur ces cinquante dernières années. J’ai vraiment été touchée et émue par ce protagoniste, très enthousiasmée par la perspective de lire la suite. Le duo avec Shota fonctionne bien et le passif entre Akira et le père de Shota était très intéressant. Mon seul regret c’est de ne pas en avoir eu davantage, toutefois c’est à mon sens le texte le plus abouti et le mieux équilibré.

3) L’enfant et la courtisane
Cette nouvelle se déroule cinq ans après la première et ramène le lecteur auprès de la courtisane Sayuri. L’autrice y décrit son quotidien, son état d’esprit général et s’offre quelques longueurs. C’est l’occasion toutefois d’une nouvelle rencontre avec Yuri qui ne va pas se terminer comme prévu pour Sayuri…

Sayuri est un personnage qui m’a plus d’une fois agacée, je ne suis pas parvenue à m’attacher du coup son sort me laissait relativement indifférente. J’ai trouvé la fin un peu absurde avec un goût de hasard qui « fait bien les choses », c’est probablement le texte qui m’a le moins convaincue même si tout n’est pas à jeter. J’ai par exemple été intéressée par le personnage de la très jeune courtisane, Tae Hee. La scène entre elle et Sayuri a été pour moi le seul vrai moment plaisant de cette partie.

4) L’intrus dans la maison
Un siècle après les mésaventures de Yuki, un jeune homme pénètre par effraction dans la demeure du Daimyo, abandonnée depuis longtemps. Il est à la recherche du fantôme d’Akira afin d’accéder aux dernières volontés de Shota, son grand-père.

Les deux tiers de cette nouvelle servent de mise en place avec un texte très descriptif, sans vrai dialogue. Vous le savez, c’est quelque chose que je n’apprécie pas toutefois c’est purement une affaire de goût parce que l’autrice s’en sort plutôt bien. Par contre, les interactions entre Takeshi (le jeune homme en question) et Akira sont intéressantes, complexes, tendues. J’ai beaucoup aimé la fin de ce texte toutefois j’ai eu un goût de trop peu car à mon sens l’histoire en elle-même aurait du commencer à cet endroit au lieu de s’y achever.

5) Le fils du guérisseur
Le dernier texte permet au lecteur de retrouver Seimei et d’apprendre ce qu’il devient (des fois qu’on se pose la question même si j’avoue, c’était pas mon cas). Après la mort de son père, il décide de quitter sa montagne afin de vivre libre, loin de la pression induite par son héritage. Pas de chance il va rapidement être rattrapé par le seigneur du coin qui exige de lui des soins pour son épouse mourante.

Seimei se révèle être un personnage plutôt antipathique bien que j’apprécie son honnêteté et ses tourments intérieurs. Cette partie souffre du même défaut (selon mes goûts) que la précédente à savoir beaucoup de mise en place et d’introspection répétitive. J’aurais trouvé plus judicieux d’intervertir les deux derniers textes afin de terminer sur l’intrus dans la maison car je ressens clairement un goût de trop peu à achever ma lecture ici.

Une impression d’ensemble mitigée.
J’ai lu de très bonnes chroniques sur ce texte toutefois sur un plan personnel, je suis plus mitigée. Selon moi, les Neiges de l’éternel a de vraies qualités mais souffre des défauts d’un premier roman en ne poussant pas les choses assez loin, d’une part, et en enchainant de longueurs, d’autre part.

Claire Krust propose de raconter un drame familial sur plusieurs générations dans un Japon féodal qui se révèle fantasmé si on en croit la courte interview à la fin. Le concept a de quoi séduire d’autant qu’elle propose des personnages qui sont, pour la plupart, nuancés. La palme revenant à Akira qui est mon protagoniste favori au sujet duquel j’ai envie d’en avoir encore davantage. Toutefois, à mon sens, les Neiges de l’éternel s’achève là où il aurait plutôt du commencer (c.f. la fin de la quatrième partie) et souffre de longueurs inutiles, notamment dans les introspections des personnages qui se répètent trop à mon goût. Claire Krust ne laisse pas le lecteur comprendre les choses par lui-même et le prend trop par la main sauf quand elle est censée donner des informations qu’on attend depuis trois parties. Encore une fois, c’est un sentiment tout personnel parce que certains lecteurs apprécient cela, ce n’est juste pas mon cas. D’ailleurs, ironiquement, l’autrice ne va jamais révéler ce qui est arrivé à Yuki durant sa vie même si la fin de la cinquième partie laisse une piste possible. Pourtant, cette information sur son histoire se retrouve importante dans au moins deux textes sur les cinq : d’abord quand Akira en parle à Shota (enfin commence puis s’arrête sans jamais terminer) puis quand Yuki elle-même raconte tout à Sayuri dans la troisième partie sauf que c’est l’occasion d’une ellipse… Après ça, plus rien et c’est quand même un élément qui tient le lecteur en haleine. Alors oui, clairement, j’ai un goût de trop peu en refermant ce livre, ce qui est dommage mais j’y mettais probablement trop d’attentes vu l’enthousiasme de la blogo à son propos.

Je pense que l’autrice a d’abord cherché à poser une ambiance et elle a visiblement réussi pour beaucoup mais moi qui aime le Japon, la littérature japonaise et qui ait lu d’autres romans de ce type avant, je ne suis pas plus convaincue que cela. Ce qui n’empêche pas ce texte d’être bon, il ne me convient tout simplement pas en tant que public. Pour cette raison, j’ai tout de même choisi de vous en parler car je suis convaincue par ses qualités et son intérêt, pour quelqu’un d’autre que moi.

La conclusion de l’ombre :
Les Neiges de l’éternel est un texte imprégné de fantastique se déroulant dans un Japon féodal fantasmé. À travers cinq nouvelles où les personnages se croisent, l’autrice retrace la déchéance d’une famille aristocratique sur plusieurs générations via des narrateurs pluriels et nuancés. Claire Krust n’hésite pas à mettre en scène des protagonistes antipathiques et à s’attarder -un peu trop à mon goût- sur la construction d’une ambiance désenchantée. Si le texte souffre de quelques défauts typiques des premiers romans, il n’en reste pas moins tout à fait recommandable pour ceux qui apprécient les romans d’ambiance axés sur l’introspection.

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Les anges oubliés – Graham Masterton

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Les anges oubliés
est le nouveau roman d’horreur / policier de l’auteur anglais Graham Masterton. Publié chez Livr’S, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.

De quoi ça parle ?
Londres, de nos jours. Des phénomènes étranges se produisent : des femmes qui viennent d’avorter sont en réalité toujours enceintes de bébés déformés. Des agents de nettoyage des égouts se font agresser par ce qui ressemble à des spectres -des spectres qui lancent des clés. Quelqu’un découpe des innocents à la scie. Le détective Pardoue et la sergente Patel sont appelés en renfort. Après tout, ils ont l’habitude des affaires étranges (c.f. Ghost Virus) alors ils devraient s’en sortir.
Ou… pas.

Un roman horrifique à l’ambiance maîtrisée.
Je me rends compte que je ne lis pas souvent des romans horrifiques parce que la plupart du temps, c’est suivi par une grosse déception. Soit je n’ai pas eu peur une seconde, soit je trouve les éléments trop gros, pas crédibles, bref ennuyeux et too much. Au mieux, je rigole un coup et je dois admettre que j’avais un peu peur que ça se passe comme ça avec Graham Masterton. L’auteur a beau se trainer une grosse réputation, je crains toujours qu’elle soit un brin usurpée.

Ici ça n’a pas été le cas.
DU-TOUT.

Peut-être est-ce du à mon manque d’habitude (bah oui vu que souvent déçue, je n’en lis quasiment plus) mais le premier soir où j’ai commencé le roman, j’ai eu des cauchemars la nuit ce qui ne m’était plus arrivé depuis… Euh… Au moins tout ça. Je comprends désormais pour quelle raison Graham Masterton est connu comme maître de l’horreur et si je me base sur les anges oubliés, je dois dire qu’il n’a pas usurpé son titre.

Le roman s’ouvre sur un cas étrange d’une femme ayant subi un avortement mais qui conserve des symptômes de grossesse. En effectuant une échographie, le médecin découvre un fœtus si difforme qu’il ose à peine lui apposer un qualificatif humain. Plus que l’apparence, c’est le comportement de la créature qui créé l’effroi et l’auteur le distille à travers des chapitres du point de vue de personnages secondaires qui subissent des évènements pas hyper rassurants. Ces personnages secondaires incarnent monsieur et madame tout le monde, ça pourrait très bien être le lecteur ce qui permet de s’immerger et donne au texte un aspect très efficace -qui a en tout cas fonctionné sur moi.

L’ambiance globale du livre doit aussi être mise en avant. Une partie du roman se déroule dans les égouts londoniens, ce qui permet d’en apprendre beaucoup sur le métier de nettoyeur. J’ignorais ce qu’était un grassberg (et j’avoue j’aurais aimé que ça continue ->) ou tout ce qu’on peut trouver sous nos pieds. C’est un des aspects du roman qui m’a vraiment bien plu parce qu’il m’a permis de découvrir plein de choses dont je ne soupçonnais pas l’existence. Alors, certes, ce sont des éléments assez dégueulasses mais quand même ! Pas de regrets, j’ai dit.

Des protagonistes intéressants.
Pendant la première partie des anges oubliés, Graham Masterton alterne énormément les points de vue avec ces fameux personnages secondaires (certains apparaissent le temps d’un chapitre seulement) dans le but de poser son ambiance. Ensuite, il se centre davantage sur le détective Pardoe et la sergente Patel, un duo qu’on retrouve déjà au cœur du roman Ghost Virus. À ce moment-là, le texte s’accélère en sortant de l’aspect introductif pour enchaîner sur l’action pure et dure. Comme c’est souvent le cas avec les sagas policières, les deux histoires sont vraiment indépendantes l’une de l’autre et on retrouve assez peu de mentions au titre précédent. Ne pas l’avoir lu n’empêche pas de se plonger dans celui-ci. La preuve, c’est mon cas ! Du coup, pas de panique, il ne s’agit pas d’une suite déguisée non assumée.

Le détective Pardoe est un flic entre deux âges qui a une petite fille de huit ans et est divorcé. Il se débrouille bien dans son boulot, a un humour un peu vieux con parfois même si j’ai souri à certaines blagues. Il incarne un archétype pas très original toutefois cela ne m’a pas gênée le moins du monde dans la lecture, en partie parce qu’il inspire une forme de sympathie mais également parce que l’auteur propose d’autres personnages aboutis.

La sergente Patel m’a assez vite séduite. C’est une femme issue de la communauté pakistanaise, de confession musulmane, qui a du caractère sans en faire des tonnes. Je trouve que Graham Masterton a très bien géré non seulement l’aspect représentation de son roman (avec quelques références culturelles pas lourdes du tout qui ne donne pas l’impression d’être dans une expo’ sur la culture du Pakistan) mais aussi la crédibilité de son personnage féminin. La sergente a des failles, elle a peur par moment, elle ne se laisse pas draguer ni considérer comme un bout de viande bien que peu d’hommes la voient de cette façon. Elle se montre utile à l’enquête, ouverte d’esprit face au surnaturel sans pour autant tomber tête la première dedans ou s’en remettre à Dieu au moindre problème. Au contraire ! La subtilité de l’auteur est vraiment ici à souligner.

Parmi les personnages secondaires j’ai également relevé une femme qui ne manque pas de peps en la personne de Gemma. C’est une jolie fille, Pardoe la décrit tout de suite comme telle : blonde, élancée, la totale. Pourtant, elle enfile sans broncher une combinaison et descend au quotidien dans les égouts pour littéralement nettoyer la merde des autres. Elle s’y connait dans son métier, a de bonnes idées et du plomb dans la tête. J’ai apprécié le fait que l’auteur propose des femmes qui ont de la substance et ne se limitent pas à leur physique, ça a été un autre grand point positif de ce roman pour moi. Le fait qu’un homme relève en premier lieu son physique avant de se prendre un claque vis à vis de son métier a été plutôt plaisant et démontre, selon moi, un vif désir de casser les stéréotypes de la part de Graham Masterton.

Une mythologie horrifique assez classique….
J’ai beau ne pas m’y connaître dans le genre horrifique, j’ai eu l’occasion de lire certains romans ou visionner certains films / séries. Les éléments surnaturels sont tirés de la religion catholique et du folklore des sorcières, des poncifs usés jusqu’à la corde et pourtant je trouve que Graham Masterton les utilise judicieusement. En général, je suis la première à rouler des yeux face à un manque d’originalité comme celui-là mais pas ici parce que tout s’imbrique très bien.

…. avec une fin qui laisse sur sa faim
Le seul élément que je regrette dans les anges oubliés, c’est la fin. J’ai trouvé la résolution un peu rapide, le texte aurait mérité une vingtaine de pages supplémentaires pour être un coup de cœur, surtout avec le chapitre final. Cela ne gâche pas en soi le plaisir que j’ai eu à découvrir ce titre toutefois ce regret reste présent. D’ailleurs on peut s’interroger, y aura-t-il une suite ou non ? La porte reste ouverte bien que Graham Masterton pourrait choisir de s’arrêter là sans qu’on y perde.

La conclusion de l’ombre :
Les anges oubliés est un roman policier horrifique d’une rare efficacité. Graham Masterton réutilise son duo de détective déjà à l’œuvre dans Ghost Virus pour offrir un one-shot de qualité qui ne manquera pas de coller des frissons au lecteur. Tous les éléments fonctionnent bien ensemble et s’imbriquent les uns dans les autres pour donner un titre plus que recommandable qui ravira les fans du genre. Attention, âmes sensibles s’abstenir !

D’autres avis : Célinedanae

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Thunder #1 – David S. Khara

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Thunder
est un premier tome (et le titre de la série) écrit par l’auteur français David S. Khara. Réédité cette année chez ActuSF dans la collection Naos (parution initiale chez Rageot), vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

De quoi ça parle?
Ilya vient de perdre son père dans d’étranges circonstances. Envoyé à Londres pour être pris en charge par sa grand-mère qu’il n’a jamais vue, sa vie change du tout au tout. Il essaie de trouver sa place dans son monde en éclats quand des hommes tentent de l’agresser. Aidé par quatre camarades, Ilya va tenter de comprendre ce qui lui arrive.

Classique, Ô si classique.
Honnêtement en lisant les chroniques de certains blogpotes (référencées à la fin) et la présentation du roman, je m’attendais à autre chose et j’ai ressenti une certaine déception en arrivant au bout de cette lecture qui a au moins le mérite d’être rapide (140 pages sur ma liseuse, 240 en format papier). Déception parce que je voulais un texte original qui sortirait des sentiers battus et que j’ai finalement lu l’équivalent d’un énième blockbuster américain.

ActuSF propose ici un roman young-adult inspiré par la vague super-héros très populaire ces dernières années. L’auteur ne réinvente rien et propose une histoire déjà lue mille fois dans de nombreux comics. Si j’y vois une forme d’hommage de sa part, j’ai regretté l’absence d’innovation, ayant l’impression de juste lire un comics sans dessin avec une trame cousue de fil blanc et un style d’écriture direct à défaut de mieux. Certes, beaucoup de lecteurs « romans » ne lisent pas de comics ce qui ne leur posera donc aucun souci mais pour moi qui connaît bien ces univers, Thunder n’a pas apporté la moindre surprise que ce soit au niveau de ses personnages, de sa narration ou de ses rebondissements. J’ai tout senti venir et deviné le dénouement bien avant la fin. Et si vous me connaissez un peu, vous savez que je suis normalement facile à balader…

Des personnages archétypaux.
Ilya est le protagoniste principal de ce roman. D’origine russe, il est le fils d’un riche homme d’affaire qui meurt dans le prologue du roman. Privilégié, il pratique les arts martiaux et a une personnalité plutôt froide -nécessaire pour survivre dans son petit univers d’enfant riche. Maître de lui-même, il s’impose naturellement comme meneur du petit groupe quand les ennuis commencent. En arrivant à Excelsior (sa nouvelle école et non je ne déconne pas sur le nom), il rencontre Angela, une jeune fille secrète mais extravertie avec qui il se lie tout de suite d’amitié (et même davantage puisqu’il l’appelle « mon Angie » dans sa tête en moins de cinq minutes). Arrive ensuite Jennifer, qui a des sens très développés, tout autant que sa libido (je vais me taire.). Pad, le petit génie en informatique issu d’une minorité qui fait son beurre au lycée en piratant d’un claquement de doigts téléphones, boîtes mail et autres réseaux du haut de ses quinze pauvres années. Et enfin Carrie, une championne de boxe. Ces personnages sont des archétypes de comics qu’on retrouve dans tous les groupes super-héroïques adolescents. Dans ce premier tome, ils n’ont absolument rien d’originaux ou de remarquable.

Alors, bien entendu, on se doute -avant d’apprendre- que ces jeunes sont particuliers, qu’ils possèdent des pouvoirs, des prédispositions. On peut donc pardonner ce écueil vu et revu des adolescents surdoués qui sont meilleurs que les adultes puisque ça reste cohérent dans le genre littéraire et même dans la diégèse du livre. Le truc c’est que ça manque de surprise, d’originalité et parfois de crédibilité. Pour moi, ces personnages n’ont pas de profondeur et comment pourrait-il en être autrement sur si peu de pages? Dans la chronique d’Aelinel, elle explique que l’auteur a donné une interview en fin de livre pour expliquer que ce tome était introductif et qu’il comptait davantage développer la psychologie de ses personnages dans les romans suivants. Je l’espère pour ses futurs lecteurs ! Malheureusement, l’interview n’était pas incluse dans la version numérique donc je ne peux pas en dire davantage sur le sujet.

Et le classique, c’est mal en fait ou… ?
Si vous arrivez à ce stade de la chronique, vous vous demandez sûrement pourquoi je parle de ce roman sur le blog puisque je le démonte dans les grandes largeurs. Et encore, j’ai pas parlé des expériences nazies (je déconne pas, y’en a. et oui, je vais continuer à garder le silence) ! Je vais donc rappeler deux choses essentielles : d’une, je ne suis pas le public cible. Du tout. Thunder est un roman de la collection Naos, à destination d’adolescents qui n’ont pas forcément mon bagage et qui y trouveront probablement leur compte. De deux, classique ne signifie pas mauvais. Sans surprise ne signifie pas inintéressant. Tout dépend des goûts de chacun et de la personne qui aura ce livre entre les mains. Non, Thunder n’est pas mauvais, il suffit de voir à quel point d’autres chroniqueurs l’encensent avec un plaisir non dissimulé. Il ne me convenait tout simplement pas en tant que lectrice et je pense qu’il est important de savoir faire la part des choses. Si vous êtes un peu comme moi, passez votre chemin. Mais si vous aimez les ambiances d’équipe héroïque en construction avec des adolescents en guise de héros, c’est un roman parfait pour vous alors jetez vous dessus sans attendre.

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de Thunder se veut clairement introductif. Il pose les bases d’un univers classique dans la veine super-héros qui ne surprendra pas son lecteur, avec des personnages qui manquent encore, à ce stade, de profondeur. L’auteur souhaite construire sa saga sur le long terme et cela se sent, il faudra donc voir ce que donnera le tome 2. Cette introduction n’est pas à jeter pour autant et se veut un bon divertissement pour les novices en matière super-héroïque comme pour les adolescents. Une porte d’entrée recommandable pour encourager ce public à la lecture !

D’autres avis :
Bookenstock (Phooka) – Bookenstock (Dup) – La bibliothèque d’AelinelAux petits bonheurs – vous ?

Rouge – Pascaline Nolot

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Rouge
est un one-shot fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot. Publié par Gulfstream dans sa collection Électrogène, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 17 euros.

Je remercie FungiLumini du blog Livraisons Littéraires pour m’avoir prêté ce roman. Allez lire sa chronique, elle m’a mis l’eau à la bouche ! Ce roman a été repoussé suite à la crise du COVID-19, il devait à l’origine sortir en avril. N’hésitez pas à lui faire un bon accueil et à vous montrer curieux pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli 🙂

De quoi ça parle?
Dans une époque moyenâgeuse indéterminée, Rouge vit dans le petit village maudit de Malombre. Pour être exacte, elle y survit, rejetée et malmenée par les autres habitants pour sa face défigurée et son ascendance prétendument maléfique. Si Rouge n’a pas péri au berceau, c’est parce qu’elle est une fille et que la Grand-Mère réclame toutes celles du village qui commencent à saigner. Qu’arrive-t-il à ces Bannies? Rouge va le découvrir car son tour arrive…

Une réécriture sombre de conte.. mais pas que.
Ce qui saute aux yeux en premier lieu quand on entame la lecture de ce roman, c’est sa parenté avec l’histoire du Petit Chaperon Rouge notamment au niveau des figures représentées : le Chasseur (on pense d’abord à Blanche Neige d’ailleurs mais j’ai vérifié, il y en a un aussi dans une réécriture plus tardive du Petit Chaperon Rouge), les loups, la Grand-Mère, le village qui s’oppose à la forêt. Pourtant, ce sont bien là les seuls points communs tant Pascaline Nolot se réapproprie l’histoire avec brio au point de modifier en profondeur les rôles de chaque protagoniste. Je ne peux m’étendre davantage sur le sujet sans divulgâcher le contenu du roman toutefois en dehors des noms, finalement… L’histoire d’origine n’a plus grand chose en commun avec celles de Perrault ou des frères Grimm bien qu’on retrouve l’idée d’une marche en forêt tendant vers un but : aller voir la Grand-Mère en lui apportant un panier avec des victuailles. Comme quoi, avec un concept vu et revu depuis des siècles (littéralement !) on peut toujours innover.

L’originalité et la réappropriation de ce conte connu par l’autrice est un des éléments que j’ai le plus aimé parce qu’il permet de sortir le lecteur de ses certitudes. Il ne s’agit pas bêtement de moderniser une histoire vue et revue avec des thématiques modernes, non ! Pascaline Nolot joue avec nous en nous empêchant de nous fier à ce qu’on croit connaître. J’adore !

Rouge : une héroïne attachante.
Le personnage de Rouge est la seconde grande force de ce roman. La jeune fille survit à Malombre et subit des traitements assez horribles de la part des villageois. Sa mère lui a donné naissance alors qu’elle sombrait dans la folie, une folie induite par le démon avec qui elle aurait forniqué, toute entière obsédée par son désir de maternité (enfin, c’est ce qu’on dit au village). Selon les Malombreux, cela explique sa face rouge. Ils la pensent même contagieuse : si on la touche, on risque d’attraper son mal. Depuis la vieille nourrice qui l’a prise en charge jusqu’à ses quatre ans (et est décédée ensuite, la faute à Rouge ?), Rouge n’a plus eu le moindre contact humain. Personne n’a de considération pour elle à l’exception du Père François qui essaie de tempérer un peu les ardeurs de ses ouailles en délimitant les périodes où ils ont le droit d’être agressifs avec Rouge et de Liénor, son meilleur ami qui manque un peu de courage pour la défendre sans pour autant cesser de la fréquenter.

Rouge possède une psychologie soignée, nuancée, la rendant ainsi très crédible dans son rôle de victime harcelée sans pour autant tomber dans le larmoyant lourd. La jeune fille garde la tête haute, encaisse, souffre mais ne s’apitoie jamais. Un bel exemple ! J’ai vraiment adoré la suivre jusqu’au bout de son histoire.

Entre passé et présent, une narration alternée.
L’autrice opte pour une narration en alternance entre le présent de Rouge et les différents éléments de son passé, notamment ce qui concerne sa mère. Ainsi, le lecteur apprend petit à petit de quelle manière Rouge a véritablement été conçue, comment sa mère a pu accoucher, comment les villageois ont interagis avec elle, etc. L’idée est bonne mais j’ai souvent trouvé ces passages redondants à mesure que j’avançais puisque les informations revenaient souvent. Parfois pour révéler un mensonge mais la majorité du temps, non. En se plongeant dans la psyché d’autres protagonistes, Pascaline Nolot se répète un peu trop sur les éléments de son histoire et c’est le seul vrai point noir de ce roman selon moi. Heureusement, il a bien d’autres qualités ! Notamment la plume de l’autrice qui se plie à l’ambiance ancienne de Malombre avec des tournures de phrase qui offrent une belle musicalité au texte.

Un drame ordinaire pour des thématiques modernes.
Pascaline Nolot met en scène un drame ordinaire (vous comprendrez en lisant) qui prend des proportions gigantesques à cause de l’avidité / stupidité (choisissez votre mot favori) humaine. Elle traite ainsi plusieurs thématiques hélas trop actuelles : le harcèlement, le culte des apparences, le fanatisme religieux mais aussi le sexisme ordinaire dans tout ce qu’il a de plus répugnant. Pour exemple (ceci est un divulgâchage donc surlignez pour lire 😉 ) je pense surtout au Père François qui excuse son comportement obscène en affirmant que le Diable a pris possession de son corps et que grâce à sa foi, il a réussi à ne pas devenir fou au contraire de la pauvre femme dont il abuse, viol qui donnera finalement naissance à Rouge. Les chapitres de son point de vue sont admirablement maîtrisés et provoquent un choc rehaussé d’indignation à mesure qu’on avance.

La conclusion de l’ombre :
Pascaline Nolot signe ici la réécriture d’un conte sombre et dérangeant qui met en avant des thématiques tristement actuelles telles que le harcèlement, le culte des apparences mais aussi la femme en tant qu’être-objet. L’autrice se réapproprie des archétypes connus en y apportant une véritable originalité. Si on peut déplorer quelques longueurs sur les parties du roman consacrées au passé de l’héroïne, cela n’empêche pas de dévorer ce page-turner en quelques heures à peine. Un texte tout à fait recommandable qui n’épargnera pas les sentiments du lecteur.

D’autres avis : FungiLumini, les Dream-Dream d’une bouquineuse, l’ourse bibliophile.

Nixi Turner contre les Croquemitaines #4 le Marchand de Sable – Fabien Clavel

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Nixi Turner contre les croquemitaines
est une saga jeunesse fantastique en 5 tomes écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce roman en papier (uniquement !) au prix de 10 euros.

Pour vous rafraichir la mémoire, je vous invite à lire mon retour sur les trois premiers volumes : Baba Yaga, la Goule et le Père Fouettard.

De quoi ça parle ?
Nixi Turner, c’est la Buffy du collège made in France. La jeune fille sort de nulle part et vient combattre les Croquemitaines qui sévissent à Paris en prenant les enfants pour cible. Dans ce quatrième tome, on suit Kylian, le type qui harcelait Nawel dans le premier volume et qui crush sur Chora dans le troisième. Petit loubard doté d’un lourd passif négatif avec la bande à Nixi, il essaie pourtant de les rejoindre parce qu’il aime vraiment bien Chora et a envie de faire des efforts pour elle. Sauf qu’il se rend compte que tout n’est pas si simple dans la vie. Encore moins quand sa mère biologique débarque, sortie de nulle part.

Personnifier les maux des pré-adolescents : amour parental et existence par le regard des autres.
Kylian a été adopté et il le sait. Il adore ses deux parents, un couple homosexuel, ce qui ne l’empêche pas de se poser des questions sur ses origines. Il reçoit un mystérieux SMS d’une femme qui se présente comme sa mère biologique et qui, onze ans plus tard, aimerait le rencontrer. Il hésite, ressent une forte culpabilité d’avoir envie de la connaître mais décide tout de même de se rendre au rendez-vous. Les révélations que cette femme a à lui faire sont surprenantes et le lecteur attentif comprend qu’il y a anguille sous roche. Pourtant, Kylian se laisse manipuler.

Pour un lecteur adulte, les ficelles paraitront grosses et elles le sont un peu. Une inconnue débarque et sans même donner de vraies preuves de leur lien, il la croit ? Elle lui parle d’éléments surnaturels et pareil, il se laisse convaincre très facilement ? Ici plus que jamais, il faut se remémorer le public auquel est dédié cette saga et cette collection : les 9 – 12 ans. En fait, Kylian a la réaction d’un enfant normal, un peu naïf et mal dans sa peau même si, comme il le dit lui-même, il n’a aucune raison de l’être puisque ses deux parents l’aiment. Cela ne l’empêche pas de rechercher une figure maternelle ou plutôt, de ressentir ce besoin humain consistant à connaître ses origines.

Pour rappel, Kylian, c’est un peu la brute du collège. En suivant l’histoire de son point de vue, on comprend qu’il se comporte comme un enfoiré sans trop savoir pourquoi. Brutaliser les autres lui permet d’exister à leurs yeux, il le dit d’ailleurs lui-même. Les plus faibles rejoignent sa bande, lui accordent de l’attention, c’est ce qu’il veut… Comme la majorité des enfants, en fait. Kylian n’en reste pas moins un petit con, un petit con qui se remet quand même en question grâce à Chora et qui a envie de changer pour devenir meilleur. J’ai trouvé l’idée intéressante, ça permet de gommer un peu le manichéisme qu’on sert trop souvent aux enfants. Parfois, on est une brute sans raison, il n’y a pas toujours une histoire tragique derrière. Et oui, parfois, on peut vouloir changer avec plus ou moins de succès.

L’homosexualité parentale.
C’est presque un détail dans cette histoire toutefois j’ai été contente de lire un roman jeunesse où on présente un couple homosexuel qui a adopté et qui gère assez bien dans son rôle de parent. À aucun moment Kylian n’a un problème avec l’orientation sexuelle de ses adoptants. La seule chose qui le gêne, c’est qu’ils sont plus âgés que les parents de ses camarades et… C’est tout. Fabien Clavel traite le sujet sans l’aborder de front, c’est encore la meilleure manière de s’y confronter quand on s’adresse à des jeunes puisque, ainsi, il l’inclut dans une dynamique de normalité.

Un peu plus de noirceur dans ce monde pas si brutal.
Ce tome est, selon moi, plus violent que les trois précédents. Entendons-nous, ça ne se massacre pas dans tous les sens mais il y a du sang, des paroles dures, on y envisage même le meurtre de sang froid. Ce n’est pas pour me déplaire, notez ! J’ai l’impression d’arriver à l’avant dernier épisode d’une saison de Buffy et de devoir attendre la reprise de diffusion après les vacances d’hiver. Frustration intense. D’ailleurs la saga fait de plus en plus référence à la tueuse de vampire, allant jusqu’à donner des surnoms des personnages aux protagonistes afin de les relier à un archétype. Excellent pour ceux de ma génération, un peu moins pour le public cible qui n’aura probablement jamais (hélas) regardé un épisode de la série.

La conclusion de l’ombre :
Ce quatrième tome des aventures de Nixi Turner marque clairement un tournant dans la saga et précède un dernier volume qui promet en intensité. On y traite ici de la quête d’attention / d’identité d’un pré-adolescent et des extrêmes auxquels cela peut pousser. Page-turner qu’on lit d’une traite, Fabien Clavel propose à nouveau un roman jeunesse efficace. Je recommande aux plus jeunes mais aussi aux parents et aux professeurs car il constitue un matériel didactique intéressant.

La mort n’est qu’un début – Ambelin et Ezekiel Kwaymullina

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La mort n’est qu’un début est un one-shot fantastico-policier écrit par Ambelin et Ezekiel Kwaymullina. Publié chez Rageot, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 14.9 euros.

De quoi ça parle ?
Beth a 15 ans pour toujours. Oui, elle est morte ! Présente en tant que fantôme, elle reste aux côtés de son père policier qui ne se remet pas de son décès du à un accident de la route. Ils vont mener ensemble l’enquête autour d’une incendie dans lequel semble impliquée Isobel, une jeune fille capable de voir Beth…

Une double narration en « je »
Dans ce roman, il n’y a pas une narratrice mais bien deux. Les premiers chapitres mettent le lecteur au contact de Beth, adolescente fauchée prématurément dans un banal accident de la route alors qu’elle se rendait à une fête en compagnie de sa tante. Cette narration n’a rien de particulier et est même plutôt commune au genre young-adult. La seconde narratrice se présente en la personne d’Isobel Capture (plus souvent nommée « Capture » d’ailleurs) et est bien plus intéressante puisque ses chapitres sont rédigés certes à la première personne mais avec un style littéraire qui se veut métaphorique composé de phrases courtes, évocatrices. Isobel raconte de quelle manière elle a fuit un autre univers où elle était prisonnière du Dévoreur, une créature qui lui mange ses couleurs. Au départ, on la prend au mot et on s’attend à voir débarquer les Happeurs. Puis on comprend qu’il y a bien davantage…

Du fantastique, du policier, mais pas que !
Les révélations d’Isobel sont entrecoupées par la résolution de l’enquête sur laquelle travaille le père de Beth, aidée par celle-ci. Un foyer pour jeunes a pris feu et un corps y a été découvert, trop abîmé pour réussir à l’identifier d’autant qu’il manque trois adultes à l’appel : le directeur, l’infirmier et le bienfaiteur. Qui est mort ? Et où se trouvent les deux autres ? L’énigme en elle-même reste très classique et ne surprendra pas les amateurs du genre, ni les lecteurs dotés d’un peu d’esprit. Là où le roman brille par son originalité, c’est dans son traitement du fantastique mais surtout dans la thématique du deuil qu’il exploite d’une manière intéressante.

Perdre son enfant adolescent dans un accident, on ne peut qu’imaginer l’horreur vécue par le père de Beth qui avait déjà perdu sa femme et n’avait donc plus que sa fille pour éclairer son monde. L’homme souffre et se raccroche au fantôme de Beth pour ne pas perdre pied. Pendant un temps, on se demande même si tout ceci n’est pas une hallucination produite par son esprit toutefois le choix narratif empêche le lecteur d’y croire. Dommage, il y avait quelque chose à exploiter ! À mesure que le roman avance, son concept prend forme. On comprend qu’il y a un après auquel Beth refuse d’accéder parce qu’elle craint de laisser son père. La thématique du deuil est donc traitée dans les deux sens : le mort qui craint d’avancer et le vivant qui vit dans le passé.

Comme l’expliquent les deux auteurs dans leur note de fin : raconter des histoires est une façon de guérir. Cette phrase prend tout son sens quand Isobel Capture confie ce qu’elle a vécu et qu’on saisit enfin à quoi correspond sa métaphore. Au fond, l’enquête sert surtout de prétexte pour découvrir les clés adéquates à la compréhension du mystère spirituel développé par les auteurs.

Une exploitation passionnante de la culture aborigène.
Il faut savoir que les auteurs sont frère et sœur et qu’ils appartiennent à la culture aborigène (ils sont issus du peuple palyku) australienne au sujet de laquelle je dois confesser mon ignorance complète. Durant ma lecture, il me semblait bien que La mort n’est qu’un début possédait un souffle différent, surtout sur les parties concernant Isobel Capture. C’est en lisant le mot des auteurs présents à la fin que tout s’est éclairé. Quelques pages qui expliquent ce qu’ils ont souhaité raconter avec La mort n’est pas une fin et les valeurs qu’ils ont cherché à transmettre. Ils y évoquent la mémoire du passé, l’importance du pardon et de la transmission, bref des thématiques qui me parlent. En réalité, ils produisent une analyse détaillée de leur propre roman sans laisser place aux interprétations des lecteurs. Généralement, ce type d’initiative me déplait toutefois ici je l’ai trouvée aussi importante que pertinente car ça m’a permis de saisir ce que je venais de lire. De plus, cette note contient de nombreux détails sur un pan de l’histoire d’Australie que peu d’européens doivent connaître.

Selon moi, c’est vraiment ce point qui donne au roman sa richesse et son originalité. L’atmosphère qui s’en dégage ne manquera pas de dépayser le lecteur habitué au surnaturel type européen.

La conclusion de l’ombre :
La mort n’est qu’un début est un one-shot à la frontière des genres fantastique et policier plutôt efficace quoi que assez classique. Si le deuil est la thématique principal, les auteurs ont souhaité transmettre des morceaux de leur propre culture (tirée des croyances du peuple palyku originaire d’Australie) ce qui donne une dimension supplémentaire vraiment intéressante au texte. Une petite curiosité littéraire young-adult que je recommande volontiers.

Nixi Turner contre les croquemitaines #3 le Père Fouettard – Fabien Clavel

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Nixi Turner contre les croquemitaines
est une saga jeunesse fantastique en 5 tomes écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce roman en papier (uniquement !) au prix de 10 euros.

Pour vous rafraichir la mémoire, je vous invite à lire mon retour sur les deux premiers volumes : Baba Yaga et la Goule.

De quoi ça parle ?
Nixi Turner, c’est la Buffy du collège made in France. La jeune fille sort de nulle part et vient combattre les Croquemitaines qui sévissent à Paris en prenant les enfants pour cible. Dans ce troisième volume, la bande d’amis qui gravite autour de Nixi décide de la suivre quand elle annonce devoir temporairement repartir d’où elle vient. Cette filature dans les rues de Paris se termine par une descente aux Enfers… Au sens propre.

Personnifier les maux des pré-adolescents : la maladie grave.
En plus de Nixi, cette fois-ci, c’est Chora que nous suivons et qui est aux prises avec un Croquemitaine : le Père Fouettard. Cette narratrice souffre d’une malformation cardiaque assez grave : son cœur peut s’arrêter à n’importe quel moment. Elle a toujours su que quelque chose clochait mais cela ne fait que quelques mois qu’elle a pu mettre un nom dessus. Le concept prend aux tripes et pousse à la réflexion. Comment vivre, comment s’intéresser au monde, comment se sentir exister, quand on ne peut rien planifier sur le long terme ? D’un œil adulte, ces questionnements induisent une réflexion particulièrement mature et je trouve que ce tome s’éloigne des thématiques standards de la sphère pré-adolescente pour offrir une nouvelle dimension à son personnage. Un personnage que les lecteurs attentifs reconnaîtront…

Tisser des liens entre ses univers : de Nixi à Asynchrone.
En effet, Chora est l’héroïne du roman Asynchrone, un autre texte de l’auteur dans la veine Young Adult publié cette fois chez Lynks. J’aime bien l’idée de tisser des liens entre ses œuvres, surtout destinées à un public différent. Je garde un excellent souvenir de ce titre, cela a été ma première découverte de la maison d’édition et je ne m’attendais pas à un tel coup de poing. J’en profite pour vous le recommander chaudement.

Un tome mieux équilibré.
Je reprochais aux tomes précédents un équilibre parfois maladroit entre le traitement des thématiques (harcèlement scolaire puis anorexie) qui n’allait pas assez loin à mon goût et l’aspect aventure qui était par moment trop rapidement expédié. Dans le Père Fouettard, je trouve que Fabien Clavel a vraiment gommé les défauts ressentis sur les deux premiers opus à ce niveau. Les actions s’enchaînent comme dans un épisode de Buffy à l’ancienne. Tout colle, on a même droit à l’introduction d’une nouvelle facette chez un personnage inattendu. On en apprend aussi davantage sur Nixi en tant que personne, ce qui permet de lever des mystères sur ses origines qui n’avaient que trop traîné. J’ai aimé les choix de l’auteur à son sujet qui éclaircissent bien des choses dites dans les premiers tomes.

La mythologie grecque : une approche didactique.
Ce roman s’inscrit clairement dans la mythologie grecque puisque la bande se retrouve dans les Enfers affiliés. Ce sera l’occasion de croiser Perséphone, de découvrir qui sont vraiment les Croquemitaines et surtout, d’apprendre quelques anecdotes plutôt intéressantes grâce aux interventions du Professeur Hugo. Une excellente initiative pour son public cible !

La conclusion de l’ombre:
Le Père Fouettard est le troisième tome de la saga Nixi Turner contre les croquemitaines et sans doute celui que j’ai le plus aimé à ce jour. Je l’ai dévoré d’une traite avec un réel enthousiasme tant l’auteur a amélioré l’équilibre entre les différentes facettes de son texte. Le mal traité ici ne manque pas d’intérêt (la maladie grave) et est plutôt bien exploité. Pour ne rien gâcher, Fabien Clavel s’illustre dans une approche ludico-didactique qui m’aurait séduite à l’époque de mes 10-12 ans. Une saga qui se bonifie avec le temps et qui est plus que recommandable aux plus jeunes ainsi qu’aux parents qui ont envie de faire lire leurs enfants.

Les damnés de Dana #2 les brumes du crépuscule – Ambre Dubois

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Les brumes du crépuscule
est le second tome de la trilogie les Damnés de Dana écrit par l’autrice française Ambre Dubois et publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre. Quasiment épuisé, il reste toutefois quelques exemplaires papiers à 19.9 euros. Vous pouvez également profiter de la promotion numérique jusque début mai au prix de 1.99 euros.

Pour vous rafraichir la mémoire, je vous invite à lire mon retour sur le premier tome : la dame sombre.

De quoi ça parle ?
Le printemps arrive au nord du mur d’Hadrien, ce qui signifie que Rome risque d’y envoyer ses armées pour reprendre la conquête de ce territoire. Une perspective qui inquiète beaucoup Mévéa. Elle doit en plus subir le rejet de certaines femmes du village -jalouses de son succès avec Galen, soigner ce dernier mordu par un serpent et remettre la main sur le Père des druides pour palier au déclin de la foi en les dieux anciens. Un opus où elle n’aura pas le temps de souffler.

Une suite à la hauteur du premier tome… mais pas au-delà. 
Ce second tome a le mérite de rester dans une continuité par rapport au premier. On y retrouve des qualités identiques : son univers riche et celtique maîtrisé autant que renouvelé, son héroïne intéressante, un dynamisme qui participe à l’aspect divertissant avec des actions qui s’enchaînent sans nous laisser le temps de souffler. J’adore ! Mais les défauts relevés dans la dame sombre n’ont hélas pas disparu. Des défauts qui, je le rappelle, sont totalement subjectifs car en réalité il s’agit plutôt de coller aux codes du genre littéraire auquel les Damnés de Dana se rattache. Je vous en ai d’ailleurs parlé dans ma chronique du tome 1, je vais donc éviter de paraphraser.  Toutefois, si vous aimez les ambiances estampillés bit-lit, vous apprécierez cette saga.

Des vampires qui se révèlent… et des mâles qui s’effondrent.
Si l’autrice restait assez mystérieuse dans le premier opus, elle nous donne ici un certain nombre d’informations au sujet des suceurs de sang. On apprend par exemple qu’il existe une Reine au nord, Sabd, qui apparaît dans ce roman en tant que personnage actif et qui a des visions politiques assez différentes de celles de Derek. Ce n’est pas plus mal vu à quel point ce personnage est profondément agaçant. Derek, c’est le prince vampire du coin qui règne en maître sur la région, déteste les humains (évidemment) et est au passage le père de Prasus. Ce personnage est un parfait archétype du chef vampire ancien, cruel, détestable, inutilement borné, qui n’arrête pas de menacer tout le monde parce que vous comprenez, il est si fort et si puissant. Je le trouve ultra pénible, il manque de profondeur autant que de subtilité.

Et c’est finalement le cas de la majorité des personnages masculins, quand j’y réfléchis, car ils rentrent tous dans des cases aux bords bien nets, à l’exception de Brannos et Prasus. L’autrice s’en sort beaucoup mieux pour proposer des femmes à la psyché et au statut nuancé. La reine vampire m’a inspiré autant de curiosité que de sympathie. On sent qu’il reste des mystères à découvrir et que la gent féminine risque d’avoir le beau rôle dans la résolution de toute cette affaire. Enfin.. J’espère. La lecture du tome 3 nous en dira plus à ce sujet.

Les ravages du christianisme.
Ambre Dubois évoque, dans ce tome, une relation de nature homosexuelle. C’est l’occasion pour elle de donner dans la représentation active mais aussi de proposer une réflexion intéressante. Dans les religions qualifiées aujourd’hui de « païennes » la discrimination par rapport aux préférences sexuelles ne semblait pas exister. N’étant pas spécialiste de la question en profondeur, je prends des gants pour en parler et je m’appuie sur ce que l’autrice évoque dans son texte. On avait le droit de coucher avec des personnes du même sexe. Mévéa s’étonne d’ailleurs que les romains acceptent avec autant de ferveur une foi aussi restrictive quant à leurs pulsions. Deux personnages prennent des risques pour répondre à un amour naissant, non seulement parce qu’ils n’appartiennent pas au même camps mais aussi parce que la religion de l’un entrainera un aller simple sur le bucher si ça s’apprend. L’autrice aborde la thématique avec une certaine subtilité. Mévéa ne tombe pas dans le débat long et appuyé, cette partie ne prend pas une place démesurée. J’ai vraiment été enthousiaste face à cette idée qui rejoint les thèmes évoqués dans le premier volume : la défense de sa culture et de ses valeurs. face à ceux qui veulent imposer la leur.

Un bon divertissement.
Il est certain que les Damnés de Dana ne sera pas une saga coup de cœur et qu’elle ne révolutionnera pas son genre littéraire. On ne lui en demande pas tant. L’autrice gère bien l’aspect divertissant de sa trilogie, du moins jusqu’ici. Les actions s’enchaînent avec efficacité et clarté pendant que les intrigues se complexifient. Le lecteur obtient des réponses à certaines questions et d’autres mystères éclosent dans la foulée, maintenant son intérêt en alerte et provoquant un certain nombre de surprises inattendues (pas à chaque fois, notez). En lisant ce roman, je ressens la même émotion que devant une série télévisée dont on regarde la moitié de la saison en une soirée sans trop avoir compris comment on en arrivait à accrocher comme ça. Cette saga m’est agréable et provoque un effet un peu « couverture en pilou » (une métaphore qui, j’en conviens, fonctionne mieux en plein hiver) au point d’occulter ses défauts propres à son classement littéraire. Les scènes intimes superflues se passent aisément en sautant une page ou deux. La chance veut que l’autrice ne ressente pas le besoin de tout décrire en détail sur trois chapitres.

La conclusion de l’ombre :
Les brumes du crépuscule est une suite à la hauteur de son premier tome. L’opus ne se renouvèle pas et reste dans la continuité de ce que l’autrice a mis en place dans la dame sombre. Le lecteur sait donc dans quoi il s’engage : un bon divertissement à base de vampire et de mythologie celtique sur fond de conquête romaine au-delà du mur d’Hadrien. Si c’est votre tasse de thé, n’hésitez pas à vous lancer car c’est un bon cru !