À l’ombre de Rocambole #2 { Eve (s1) & Graines de doctoresses (s1) }

Bonjour à toutes et à tous !

Aujourd’hui, nouvel article sur deux œuvres de l’application Rocambole qui ont deux éléments principaux en commun. Le premier, c’est de ne compter qu’une seule saison et a priori, cela restera comme ça. Le second, c’est d’évoquer l’image de la femme et de mettre en scène un désir d’émancipation.

Chaque texte le fait évidemment à sa façon et nous allons voir cela un peu plus dans le détail…

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Eve
, d’Anne Langlois est une réécriture parodique du mythe de la création. Le lecteur rencontre Eve, dans le jardin d’Eden, mariée à Adam qui est une caricature de ce qu’on peut trouver de pire chez l’homme « moderne ». Heureusement, Eve a ses copines pour tenir le coup ! Mais elle aimerait quand même bien qu’Adam évolue un peu et pour ça, il n’y a qu’une seule solution : lui faire manger le fruit interdit qu’elle a elle-même goûté un peu par hasard et qui lui a ouvert les yeux sur plein de choses…

À travers une dizaine d’épisodes, Anne Langlois utilise l’humour pour faire passer des réflexions pertinentes sur la place de la femme dans son foyer, le rôle de mère qu’on lui impose, les règles souvent stupides auxquelles la femme est soumise de la part des hommes (ici, de Dieu) et la façon dont l’homme considère la femme (inférieure) alors qu’il n’est pas capable d’accomplir ne fut-ce que la moitié des tâches qui lui sont dévolues. Malgré le fait qu’on soit sur une histoire inspirée du mythe de la création, l’autrice aborde des thèmes très modernes d’une manière judicieuse car les situations rocambolesques auxquelles Eve se retrouve confrontée prêtent souvent à sourire et même à rire de bon cœur. Une saga à dévorer !

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Dans un autre registre, Aurore Kaé invite son lecteur à suivre le parcours des premières femmes médecin en France dans Graines de doctoresses. Cette histoire de six épisodes prend place à la fin du 19e siècle et met d’abord en scène Madeleine Brès qui est un personnage historique très réel et la première femme à avoir eu accès à des études en médecine. On verra ensuite deux autres protagonistes, dans la même veine. Le récit s’étale donc sur plusieurs années.

Cette série historique ne manque pas d’intérêt. Elle permet de prendre conscience à quel point de nombreux domaines d’étude ont été jalousement gardés par la gent masculine pendant longtemps, alors même que certains admettent les qualités de Madeleine. L’autrice montre aussi la façon parfois violente dont cette femme et les suivantes ont été rejetées, ont du subir du sexisme, de la violence verbale et même de la violence physique. C’est terrifiant à lire car même s’il s’agit d’une fiction historique et donc par extension, qu’elle est romancée, je suis certaine qu’une bonne partie des faits relatés ont véritablement eu lieu.

La seule chose que je regrette dans Graines de doctoresses c’est la rapidité avec laquelle certains éléments sont traités, comme le décès du mari de Madeleine qui arrive à la fin d’un épisode alors que le suivant commence plusieurs mois après, comme si ça n’avait pas de réelle incidence sur sa vie en tant que femme médecin et mère. Il m’a manqué un peu de développement psychologique qui n’est pas, je pense, incompatible avec le format.

Malgré ce bémol, j’ai aimé découvrir cette histoire et cela m’a donné envie d’en apprendre plus au sujet de Madeline Brès et des pionnières de sa profession !

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Seizième et dix-septième lecture – pas de défi

#ProjetOmbre : { La machine différente – Jean Laurent Del Socorro ; Le roi de la clairière & Ce que l’homme croit – David Bry }

Salutations à toutes et à tous !

J’ai récemment pris comme résolution de vider ma PàL numérique, ce qui est l’occasion de me pencher sur des nouvelles qui attendent depuis quelques mois déjà dans ma liseuse. Des textes achetés uniquement sur base du nom des auteurs, sans même lire les résumés. Je me lançais donc totalement à l’aveugle même si je sais que ce sont des valeurs sûres. Ils le confirment d’ailleurs dans ces textes même si tout n’est pas parfait…

Pour en savoir plus sur les ouvrages de Jean Laurent Del Socorro : Ma chronique de Boudicca – Ma chronique de Royaume de vent et de colères – Ma chronique de Gabin sans aime et le vert est éternel – Ma chronique de La guerre des trois rois – Ma chronique de Je suis fille de rage.
Pour en savoir plus sur les ouvrages de David Bry : Ma chronique du Garçon et la Ville qui ne souriait plus – Ma chronique de Que passe l’hiver.

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Dans sa nouvelle, Jean-Laurent Del Socorro met en scène Ana, une machine par Ada Lovelace qui semble avoir développé une conscience alors qu’elle devait juste servir de grosse calculette. C’est l’occasion pour l’auteur d’offrir une préface au sujet d’Ada Lovelace en tant que mère de l’informatique, préface grâce à laquelle j’ai appris énormément. Avec son histoire, l’auteur fait donc la part belle aux personnages féminins.

Cette nouvelle est écrite du point de vue d’Ana, qui apprend, qui rencontre différents humains aux réactions pas toujours très positives. Si j’ai bien aimé l’idée de base et les valeurs véhiculées, j’ai trouvé ce texte trop rapide. Ana évolue extrêmement vite et ces évolutions semblent un peu sorties de nulle part. Je pense qu’une mise en place un peu plus longue et détaillée aurait été bienvenue pour que j’arrive à me plonger véritablement dans cette histoire.

Vous pouvez vous procurer ce texte sur le site de son éditeur.

D’autres avis : Une bulle de fantasy – vous ?

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Deux nouvelles sont contenues au sein du même ouvrage : Le roi de la clairière et Ce que l’homme croit. Dans la première, le lecteur suit un loup au fil du temps qui revient dans la même clairière pour s’en déclarer le roi, royauté acceptée par les autres animaux, jusqu’à ce que l’homme s’en mêle. C’est un texte très court mais percutant, d’une poésie littéraire à laquelle l’auteur a habitué son lecteur. Il n’a finalement besoin que de quelques courtes pages pour nous en mettre plein la vue… C’était superbe !

J’ai été un peu moins emballée par la seconde mais c’est surtout une question de goût. Dans Ce que l’homme croit, le lecteur rencontre un roi et son mage. Le premier demande au second d’invoquer… quelque chose qui ressemble à une femme (je ne vous gâche pas la nature exacte) et l’ecclésiastique au service de ce roi va découvrir une supercherie. Le texte est très humain, il souligne la fragilité humaine, mais il m’a manqué un petit truc en plus pour vraiment accrocher.

Vous pouvez vous procurer ce texte sur le site de son éditeur.

D’autres avisUne bulle de fantasy – vous ?

printempsimaginaire2017
Douzième, treizième et quatorzième lecture – pas de défi.
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Avancée du challenge : 25 nouvelles lues.

Fragments et cicatrices – Sophie Dabat

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Fragments et cicatrices
est un recueil de nouvelles écrites par l’autrice française Sophie Dabat. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous le trouverez sur leur boutique au prix de 19.90 euros.

De quoi ça parle ?
À travers quinze textes qui s’inscrivent dans différents genres de l’imaginaire, l’autrice met en scène des femmes. Des femmes ordinaires, des femmes mythiques, des déesses oubliées, des créatures surnaturelles, des femmes qui essaient de se battre pour leur droit à être ce qu’elles désirent.

Un recueil aux genres pluriels.
Fragments et cicatrices ne s’inscrit pas dans un seul genre littéraire et ça a été ma première surprise. Puisqu’il était publié au Chat Noir en 2014, je m’attendais à lire des nouvelles appartenant toutes au registre du fantastique mais la plupart tiennent plutôt de la fantasy et même, pour deux d’entre elles, de la science-fiction. Ce sont des genres quasiment absents du catalogue de cet éditeur (totalement même en ce qui concerne la SF). Ce n’est pas un problème mais je ne m’y attendais pas et cela a participé à la richesse thématique du recueil. Je dois aussi préciser que certaines de ces nouvelles ne sont pas inédites et ont été publiées dans des revues comme le Calepin Jaune, Lanfeust Mag, Caprophanaeus, Éclats de rêve, Station fiction, Dragon et Microship ou Notes et Merveilles. J’avoue humblement n’en connaitre aucune. Du coup, six textes seulement sont inédits pour le Chat Noir.

Je ne vais pas m’attarder sur chaque texte de manière individuelle mais sachez que vous allez trouver, en vrac : une chevalière, une nécropasseuse, une polymorphe, une vampire, une sorcière, une Parque et bien d’autres. Aucun texte ne ressemble au précédent ce qui fait que je n’ai jamais ressenti de lassitude ou de redondance. Il y en a vraiment pour tous les goûts et je vous propose de mettre en avant les trois qui m’ont le plus touchée en tant que lectrice.

Je précise aussi que sur les 15, je n’ai pas achevé la lecture de deux textes parce qu’ils ne correspondaient pas trop à ce que j’avais envie de lire sur le moment, ce qui fait que je n’en compte « que » 13 pour le #ProjetOmbre.

Hamadryade
Hamadryade raconte l’histoire d’un arbre à travers le temps et de l’esprit féminin qui l’habite. On le suit depuis sa naissance il y a deux millénaires jusqu’à sa fin dans un futur pas si lointain. On voit l’évolution des hommes, de leurs croyances, de leur rapport à la nature, la cruauté de certains actes et de certains modèles de pensées. L’autrice le met en scène à travers les échanges et les liens que la hamadryade va tisser avec eux. J’ai été très touchée par cette nouvelle au ton résolument pessimiste qui, pourtant, est bien trop d’actualité. Un petit bijou !

Réminiscences
Nolwenn doit écrire une rédaction en français autour du thème du dragon et on ne peut pas dire qu’elle soit très inspirée… Elle s’endort et rêve qu’elle est une dragonne, libre et forte, pourtant pourchassée par les hommes qui lui volent de plus en plus de territoire. Les deux situations sont évidemment liées… Même si le thème de la transformation en créature mythique reste assez classique, je trouve que l’autrice a bien retranscrit l’aspect métamorphose et force féminine notamment face aux parents démissionnaires (père violent, mère victime). En quelques pages, Sophie Dabat aborde beaucoup de thèmes sans que ça ne paraisse lourd ou fourre-tout. Toutefois, j’ai tellement apprécié le principe que j’aurais aimé un texte plus long, plus développé, où j’aurais pu retrouver Nolwenn. Il y avait ici de la matière à écrire un bon roman.

La femme diamantée
Cette nouvelle raconte l’histoire d’une dame âgée qui chute sur un trottoir dans l’indifférence générale et se blesse au bras. Le début du texte a provoqué en moi un profond sentiment de révolte mêlé à de la compassion pour cette pauvre femme que personne ne s’arrête pour redresser et ce pendant plus d’une heure. Le pire c’est que je suis certaine que ça doit arriver tous les jours… La nouvelle se poursuit en montrant les soucis de santé qui découlent de cet accident ainsi qu’une mystérieuse transformation qui va s’opérer dans le corps de cette dame. L’autrice choisit ici d’écrire comme un enchaînement d’instantanés. Des situations courtes, parfois de quelques lignes, un dialogue ou l’autre, qui avancent dans le temps au fil des mois pour montrer l’évolution de cette pathologie. C’est la phrase de conclusion prononcée par le prêtre qui m’a vraiment touchée et m’a donné envie de sourire durablement. Une très belle réussite avec beaucoup de sensibilité et de subtilité.

La conclusion de l’ombre :
Fragments et cicatrices est un recueil de nouvelles fantastiques, fantasy et de science-fiction toutes écrites par l’autrice française Sophie Dabat. Leur autre point commun est de mettre en scène des personnalités féminines dans des situations très diverses, parfois avec des réécritures de mythe, parfois des femmes ordinaires, qui ont toutes un but et une existence propre. L’autrice maîtrise parfaitement le genre de la nouvelle (ce qui n’est pas toujours le cas partout hélas) et c’est un régal à découvrir ! Voilà un recueil tout à fait recommandable.

printempsimaginaire2017
Septième lecture – Défi « contes fantastiques »
(lire un recueil de nouvelles)
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+13 nouvelles
Avancée du challenge : 22 nouvelles lues)

Quelques mots dans l’ombre #1 { Le boudoir aux souvenirs de Cécile Guillot }

Bonjour tout le monde !

Bienvenue dans ce nouveau rendez-vous intitulé Quelques mots dans l’ombre qui va mettre l’accent sur des articles courts. Si vous tenez un blog, vous savez qu’on n’a pas toujours l’inspiration ni la matière pour écrire beaucoup ou pour analyser en profondeur certains textes. Parfois parce qu’ils ne s’y prêtent pas, parfois parce que l’exercice ne nous tente pas avec tel texte ou tel autre, parfois ce sont des suites et on n’a rien de transcendant à rajouter… Cela ne nous empêche pas de vouloir en parler ! C’est ainsi qu’est née cette petite rubrique où on trouvera donc un peu de tout et qui ne se focalisera pas uniquement sur un texte précis mais aussi parfois sur un/e auteurice ou sur une thématique qui me vient en lien avec un texte lu. C’est un premier test ici, vos remarques me permettront de peaufiner le concept donc n’hésitez pas.

C’est l’autrice Cécile Guillot qui ouvre le bal avec sa nouvelle Le boudoir aux souvenirs qu’elle propose en autoédition.

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Pour rappel, Cécile est autrice dans plusieurs maisons d’édition. Elle publie du jeunesse (souvent avec Mina M pour les illustrations) et du young adult en plus d’être la fondatrice et l’éditrice des éditions du Chat Noir. Ce n’est donc pas une débutante en littérature et cela se sent quand on lit le boudoir aux souvenirs… Ni une inconnue sur la scène littéraire de l’imaginaire francophone. Je me suis donc interrogée sur le pourquoi choisir l’autoédition dans son cas. C’est une question complexe et qui peut paraître orientée ou condescendante mais rassurez-vous, ce n’est pas le cas. Je reste persuadée que l’autoédition n’est pas un choix par défaut (je vous en parlais dans cet article réflexion) toutefois on peut se demander pourquoi une professionnelle du milieu fait ce choix au lieu de rester dans un schéma éditorial plus classique. Envie de tester un nouveau modèle, peut-être ? Elle a eu la gentillesse de m’expliquer que, selon elle, il est difficile de publier des nouvelles à l’unité au sein d’une structure éditoriale à l’heure actuelle (sous-entendu ça n’est pas rentable donc dans le rapport coût / bénéfice). La solution aurait été d’attendre un appel à texte qui correspondrait peut-être au sein d’une structure fiable mais il n’est pas évident de réunir toutes ces conditions. Elle a donc préféré la mettre à disposition des lecteurs via une plateforme d’autopublication afin de ne pas juste la laisser dans un tiroir. Une bonne idée parce que ç’aurait effectivement été dommage de ne pas partager ce texte ! 

Je n’avais pas lu le résumé de cette nouvelle qu’elle m’a proposée à la lecture il y a plus d’un an déjà et qui patientait dans ma liseuse parce que je procrastine beaucoup parfois. Je ne savais donc pas à quoi m’attendre et j’ai été agréablement surprise par l’ensemble même si on retrouve dans ce texte des thématiques récurrentes chez cette autrice, notamment son amour du vintage et de l’Histoire de la mode. Le personnage principal possède en effet une petite boutique appelée le boudoir où elle vend des tenues qui lui ont appartenues. Ce sont des éléments que je relie sans mal à Cœur Vintage, son roman young-adult publié dans la collection Chat Blanc des éditions du Chat Noir.

Mais on y parle aussi de féminisme et d’image de la femme à travers la figure du vampire. Notre protagoniste a été transformée sans son accord des décennies auparavant et abandonnée ensuite par son bourreau avec lequel elle entretenait une relation ambiguë où la haine et le dégoût ont petit à petit pris le dessus sur la fascination et la dépendance. On retrouve ici un schéma classique de la littérature gothico-vampirique à la différence que cette protagoniste décide de prendre son destin en main. De quelle manière, cela, je vous laisse le lire pour ne pas vous gâcher la nouvelle. On est donc sur une nouvelle plutôt moderne par rapport au genre dans lequel elle s’inscrit.

Ce texte compte une trentaine de pages en plus d’annexes visuelles au sujet des robes évoquées dans l’histoire, ce qui est un plus pour en apprendre davantage sur l’univers de la mode. Ça reste court. Un peu trop même à mon goût et c’est mon seul regret car je pense que le concept, l’idée globale, donnait matière à davantage de développement, ne fut-ce qu’autour du personnage principal -qui, sauf erreur de ma part, n’a pas de prénom- et de son évolution, de son engagement dans la cause féminine. 

En résumé, c’est une chouette nouvelle à découvrir pour le #ProjetOmbre comme pour le #PrintempsImaginaireFR si vous aimez le fantastique et le vintage. Je la recommande !

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Sixième lecture – Défi « un trésor oublié »
(lire une relique de ma PàL)
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(avancée du challenge : 9 nouvelles lues)

Les orphelins du sommeil – Pascaline Nolot

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Les orphelins du sommeil
est un roman jeunesse fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce texte uniquement au format papier sur leur site internet au prix de 10 euros.

De quoi ça parle ?
L’institut Dormance est une école un peu spéciale, isolée du reste du monde, où chaque élève souffre d’un trouble du sommeil plus ou moins rare. Marcus, atteint de paralysie du sommeil, essaie de retrouver des nuits normales. Il va se lier d’amitié avec Joane, insomniaque, mais également Sam, un jeune rêveur lucide surdoué. Les enfants vont alors découvrir que l’Institut cache un secret qui pourrait bien concerner le directeur…

Un roman jeunesse qui accroche dés les premières pages.
Voilà comment on pourrait résumer les orphelins du sommeil qui s’ouvre sur un prologue assez angoissant où un jeune garçon est terrifié par une ombre malfaisante dans sa chambre, ombre qui se détourne finalement de lui pour s’en prendre à sa sœur, le laissant impuissant. Dés le début, le ton est donné : on oscillera entre les rêves et les cauchemars, avec une préférence pour ces derniers à travers la figure des Ombreux. Mais sont-ils véritablement diaboliques ? Suspens. Outre cette introduction très efficace, la plume de Pascaline Nolot est ici particulièrement soignée. J’ai déjà eu l’occasion de lire l’autrice en jeunesse avec les larmes de l’araignée puis en young adult avec Rouge, je savais donc à quoi m’attendre d’autant que ce n’est pas la première fois que je relève sa tendance à user de l’allitération et des rimes. Ici, c’est souvent autour du son « é » mais ça fonctionne très bien et donne au texte un aspect chantant, enfantin, un peu comptine parfois, tout simplement savoureux.

Des personnages qui marquent.
Le premier chapitre permet au lecteur de rencontrer Marcus, un garçon de treize ans qui souffre de paralysie du sommeil. J’avais déjà entendu parler de ce trouble sans vraiment me rendre compte de tout ce que ça pouvait impliquer. Marcus en devient très impressionnant pour sa résilience face à ces moments de terreur ! C’est aussi un gentil garçon qui m’a, par moment, un peu rappelé Charly, le héros d’Audrey Alwett (Magic Charly), avec qui il partage bien plus de points communs que leur couleur de peau. J’aime beaucoup ce nouvel archétype de préadolescent avec un bon fond, de bonnes manières, de l’empathie, qui affrontent les difficultés la tête haute sans s’oublier en chemin. Ça change agréablement.
Outre Marcus, le lecteur suit parfois Joane, une jeune fille atteinte d’insomnie. Comme tout le monde, cela m’est arrivé une fois ou deux de ne pas réussir à dormir (souvent, c’est quand je suis malade !) et de me dire que, bon sang, c’est long une nuit… Je n’ai donc eu aucun problème à comprendre les problématiques tissées autour de Joane et j’ai apprécié son caractère franc. Pourtant, mon cœur a fondu pour le jeune Sam, un surdoué de sept ans qui a son petit ego mais dont la candeur est tout simplement adorable. Enfin, le trio va être rejoint par Mina, un personnage mystérieux qui souffre d’un mal aussi terrible que poétique. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir un clin d’œil à l’illustratrice de la collection Chatons Hantés, Mina M, ce qui a été confirmé dans les remerciements de l’autrice. Je trouve ce type d’attention vraiment très sympa et c’est vrai que le personnage ressemble un peu à l’image que renvoie Mina d’elle-même, en tout cas sur les réseaux. Et oui, c’est un compliment !

Ces personnages possèdent tous une personnalité et une existence tangible. Ils sont très réussis chacun à leur façon, sans que les personnages secondaires ne soient en reste. La bibliothécaire excentrique est géniale, le directeur recèle aussi quelques surprises… Rien n’est à jeter !

En apprendre plus sur le sommeil.
Pascaline Nolot ne se contente pas d’une aventure rondement menée dans un monde onirique, que nenni ! Le texte se parsème d’informations intéressantes sur les troubles du sommeil et sur le sommeil de manière générale, si bien que j’en ai appris énormément. Chaque chapitre est également surmonté d’une berceuse, ce qui permet de rester dans le champ sémantique du sommeil. Outre tous ces éléments, l’autrice développe une mythologie originale autour du monde des rêves avec ses règles, ses créatures,  etc. Une mythologie qui aurait finalement mérité un roman plus dense, plus long ou mieux : d’autres aventures ! Parce que même si ce titre est le plus épais des Chatons Hantés (il compte plus de 200 pages) je pense qu’il recèle le potentiel, autant sur les personnages que sur l’univers, pour beaucoup plus et j’espère que l’autrice finira par y revenir un jour.

La conclusion de l’ombre :
Les orphelins du sommeil est un roman jeunesse fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot pour la collection Chatons Hantés du Chat Noir. Ce texte invite son lecteur au sein de l’institut Dormance où il pourra suivre une bande de préadolescents très attachants qui chercheront à éclaircir certains mystères qui planent autour de leur école. Tout fonctionne parfaitement dans ce texte très bien rythmé et mon seul regret est que l’univers original créé par l’autrice autour du monde des rêves ne soit pas davantage développé dans une saga. C’est donc un roman jeunesse plus que recommandable !

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printempsimaginaire2017
Quatrième lecture – défi « la cafetière »
(lire un livre qui parle de rêves)

Magic Charly #2 Bienvenue à Saint-Fouettard – Audrey Alwett

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Bienvenue à Saint-Fouettard
est le second tome de la saga fantastique Magic Charly écrite par Audrey Alwett. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 17.5 euros.

De quoi ça parle ?
Suite aux évènements du premier volume, Charly et Sapotille sont envoyés à Saint-Fouettard, une institution vouée à redresser le comportement des jeunes magiciers. Les deux amis vont devoir se débrouiller pour s’en sortir avec presque rien tout en empêchant certaines personnes mal intentionnées de prendre le contrôle du peu de magie encore présente à Thadam.

Souvenez-vous ! Je vous ai déjà évoqué le premier volume dans le détail. Je commençais par souligner toute l’originalité de l’univers que certains rattacheront à Pratchett ou même à Rowling mais au sein duquel l’autrice imprime une touche française bien à elle, lui conférant une identité unique. Je parlais ensuite longuement du personnage principal, Charly, un adolescent de quatorze ans au caractère doux, entier et fidèle qui gagne encore en nuances dans ce tome. J’avais été totalement séduite par ce protagoniste qui a su me toucher. Tous ces éléments ont fait du premier tome un coup de cœur et comme ils sont également présent dans la suite, je vous annonce déjà qu’il s’agit également d’une lecture savoureuse dont j’ai dévoré les pages sans même m’en rendre compte…

Un univers qui s’étoffe.
Dans le premier volume, on retrouvait notamment des balais volants qui se transforment en buissons, des grimoires mystérieux, des dragons pétrifiés, des Allégories et des pâtisseries magiques. Dans celui-ci, place aux rumeurs (des petits reptiles dotés de nœud colorés au service du directeur de Saint-Fouettard), à des dragons (non pétrifiés cette fois), à des assiettes carnivores, à des poulpiquets (des lutins / champignons qui se nourrissent d’histoires), à des gants inséparables, à des petits pois poissards… Et tant d’autres. Chaque tome apporte de nouvelles idées originales et colorées sorties tout droit de la tête d’Audrey Alwett qui ne manque définitivement pas d’imagination. C’est un bonheur à découvrir et ça prête plus d’une fois à sourire.

C’est aussi l’occasion d’en apprendre davantage sur Thadam et surtout, l’institution de Saint-Fouettard où on rassemble toute la « mauvaise graine ». Comprenez, des jeunes en difficulté, qui vivent dans la précarité, à qui on se félicite de donner une bonne éducation alors qu’on ne leur apprend strictement rien -histoire de protéger les privilèges des puissants… En cela, le roman est également parsemé de thèmes forts, engagés socialement. On a droit au racisme (Charly est noir et certains professeurs notamment ne manquent pas de remarques de mauvais goût à ce sujet…), à la discrimination (par rapport aux jeunes mais aussi la discrimination sociale ou même féminine, il suffit de voir comment on traite Sapotille pour l’histoire de son grimoire…), au laisser-aller pédagogique, à la prédestination sociale et j’en oublie. L’autrice s’y prend très bien pour en parler, pour dénoncer, sans pour autant oublier son intrigue ou l’alourdir avec des explications surfaites. Les évènements et les révélations heurteront forcément le lecteur qui se sentira révolté avec les personnages et cherchera à se battre avec eux.

Charly dans la tourmente
Si l’univers de l’autrice est original et coloré, l’intrigue apporte une touche de noirceur certaine. En effet, la magie disparait petit à petit de Thadam, pour des raisons obscures, provoquant des pannes magiques (donc une incapacité pour tout le monde de s’en servir, malgré les gemmes de mémoire). Certains commencent donc à envisager des solutions radicales comme priver une partie de la population du droit d’utiliser cette magie… Dans ce tome, Audrey Alwett aborde frontalement la question des privilèges des nantis, la manière dont les plus démunis sont déconsidérés, la façon dont on peut combattre le système. C’est un roman qui se veut porteur d’espoir même si les difficultés s’entassent sur le chemin de Charly et Sapotille, qui font de leur mieux pour les surmonter sans pour autant que ça ne paraisse trop facile ni convenu à la lecture. Au contraire ! C’est passionnant, j’ai ressenti beaucoup de suspens au point d’enchainer les pages sans les sentir passer. 515 ? Vraiment ?!

Un mot sur l’objet livre.
Certains auront peut-être remarqué que le volume 2 coûte 1 euro plus cher que le premier mais soyons honnêtes : d’une, il est beaucoup plus épais (une grosse centaine de pages en plus !) et vaut largement son prix (très démocratique selon moi) rien que par le soin apporté par l’éditeur sur l’objet en tant que tel. La magnifique couverture signée Stan Manoukian n’est pas la seule chose remarquable. Bienvenue à Saint-Fouettard contient également une carte très détaillée de Thadam au début du volume ainsi que des petits dessins sur chaque début de chapitre, voués à illustrer son contenu. C’est soigné sans en faire trop, permettant au contenant d’être aussi enchanteur que le contenu. Très beau travail éditorial !

La conclusion de l’ombre :
C’est toujours délicat d’évoquer des suites sans dévoiler des éléments d’intrigue et donc de proposer une analyse un peu plus poussée sur différents éléments. Cette chronique a été compliquée à écrire pour moi car je cherchais à vous donner un aperçu des merveilles contenues dans cette saga tout en vous partageant tout l’enthousiasme qu’a déclenché chez moi la lecture de ce second tome, le tout sans rien vous gâcher.

Audrey Alwett m’a rappelé qu’un/e bon/ne auteurice n’a besoin que de quelques lignes pour enchanter son lectorat. Qu’il existe toujours ce que j’appelle des plumes magiques, catégorie à laquelle l’autrice de Magic Charly appartient sans hésitation sur la scène francophone, aux côtés de, notamment, Ariel Holzl. Et que si j’enchaîne des romans moyens ou simplement divertissants, il y a toujours dans les rayons d’une librairie des perles comme celles-ci qui ne demandent qu’à être lues, qu’à être découvertes.

Alors n’hésitez pas à laisser sa chance à Magic Charly, même si l’étiquette « jeunesse » peut rebuter certain/e. C’est une saga tout public, qui peut se dévorer à tout âge et qui recèle tellement de qualités qu’un seul billet ne suffirait pas à toutes les lister. C’est inclusif, rythmé, imaginatif, riche, bref c’est une pépite que je recommande plus que chaudement.

D’autres avis : Sometimes a book – vous ?

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Deuxième lecture – défi « un pavé contre le vent »
(lire un livre de plus de 500 pages)

À l’ombre du (101e) Bifrost : Le Serveur et la dragonne de Hannu Rajaniemi & La Barbe et les cheveux, deux morsures de Dan Simmons

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Il y a deux jours, je vous présentais les deux premières nouvelles contenues dans le 101e numéro du Bifrost. Je m’attaque cette fois-ci aux deux autres… et non des moindres, sachez-le puisque dans le tas, il y en a une traduite par le Grand Serpent en personne ainsi qu’une autre écrite par Dan Simmons.

Le Serveur et la dragonne – Hannu Rajaniemi (lecture le 16/02/2021)
Cette nouvelle est écrite du point de vue du Serveur, une entité type I.A. et c’est plus ou moins tout ce que j’ai compris de l’aspect technologie du texte. Nous sommes clairement ici dans de la hard-sf. Toutefois, il n’est pas nécessaire de posséder des notions scientifiques poussées pour ressentir des émotions en lisant les mots de Hannu Rajaniemi.

L’auteur propose une histoire assez émouvante et peut-être même une allégorie bien que je ne puisse le jurer, n’ayant pas tous les éléments en main pour. Le Serveur va rencontrer une dragonne, qui vit au sein de sa simulation et tente de dépasser les limites du ciel. Les deux vont se lier d’amitié et même un peu plus, ce qui tire le Serveur de sa solitude.

Je n’ai pas vu arriver le retournement final, du coup le choc a très bien fonctionné sur moi. Je suis restée transie par la surprise et un peu l’horreur, triste aussi devant cette trahison, soufflée enfin puisque l’auteur parvient tout de même à me secouer alors que je n’ai pas tout saisi aux subtilités scientifiques de son texte. J’apprécie beaucoup l’aspect poétique de son écriture qui fonctionne vraiment bien sur moi et je me réjouis de découvrir d’autres écrits sous sa plume.

D’autres avis : le dragon galactiqueAu pays des cave TrollsLorkhan – vous ?

La barbe et les cheveux : deux morsures – Dan Simmons (lecture le 17/02/2021)
L’histoire se divise en deux temporalités : le passé et le présent. Dans le passé, Tommy et Kevin sont deux enfants d’une dizaine d’années qui soupçonnent deux barbiers d’être en réalité des vampires. Kevin développe sa théorie autour de cette certitude en apportant des éléments historiques qui paraissent, de prime abord, solides. Du coup, les enfants vont enquêter pour essayer de découvrir le secret des deux hommes. Dans le présent, Tommy se rend tout simplement chez un barbier, le même a priori que celui soupçonné, et demande à se faire raser, comme tous les jours.

Dan Simmons joue habilement avec son lecteur puisqu’en représentant Tommy, adulte, qui se rend chez le même barbier que celui dont il soupçonnait le vampirisme durant son enfance, on pense naïvement qu’il n’en est rien et que c’est, au pire, une histoire amusante de deux gamins qui se montent la tête. Pourtant, on s’interroge légitimement sur l’intérêt d’une telle histoire…

Si j’étais bien emballée au début de ma lecture, l’enthousiasme est retombé à la fin puisque, d’une part, je n’ai pas bien cerné le twist mit en place et, d’autre part, je l’ai trouvé un brin convenu finalement. Je ne dis pas que la nouvelle est mauvaise, juste qu’après coup, elle manque de surprise et de saveur. Du moins à mon goût ! Puis ça a été l’occasion de me souvenir que j’avais en réalité déjà lu cet auteur il y a des années (je devais avoir quatorze ou quinze ans) avec l’échiquier du mal et que je n’avais pas accroché à l’époque (ce qui risque de me valoir des huées, hélas). Cela ne m’a pas empêché de découvrir avec intérêt la suite du dossier qui lui était consacré dans le Bifrost !

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Papier noir, lueur d’espoir – Mina M.

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Papier noir, lueur d’espoir
est un roman jeunesse fantastico-onirique écrit et illustré par Mina M. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce titre uniquement au format papier au prix de 10 euros. N’hésitez pas à commander directement par leur site Internet pour les soutenir !

De quoi ça parle ?
Numa a douze ans. Orphelin plutôt taiseux passionné par l’origami, il est le souffre douleur de ses compagnons d’infortune. Son seul bonheur dans la vie : Emi, avec qui il partage une profonde amitié. Hélas, lors d’une tempête, la jeune fille chute et tout le monde accuse Numa, qui s’enfuit dans la forêt où il se perdra entre les mondes…

Mina M, artiste aux nombreuses facettes.
Certain(e)s parmi vous connaissent peut-être déjà le travail de Mina M. en tant qu’illustratrice. Son trait si particulier se retrouve sur beaucoup de couvertures des éditions du Chat Noir et elle est celle qui illustre tous les titres de la collection Chatons Hantés, autant pour l’image de couverture que pour des illustrations internes. Son parcours professionnel ne s’arrête pas là puisqu’elle travaille aussi ponctuellement avec d’autres éditeurs.

Je connaissais donc déjà son talent artistique et son coup de crayon particulier, tout en rondeur, porteur d’une beauté onirique parfois sombre. C’est la toute première fois que je lis un de ses textes et une chose est certaine : je me réjouis que son premier roman adulte sorte au Chat Noir cette année car en tant qu’autrice, Mina M. ne manque pas non plus de potentiel.

Onirisme et métaphores
L’univers proposé ici par Mina s’inspire, selon moi, de Lewis Carroll car il a un petit côté absurde et sombre à la fois qui fait qu’on ne peut pas éviter ce comparatif. Cela se retrouve dans la description des décors et des divers personnages auxquels le héros est confronté. Numa est un jeune garçon en souffrance qui pense avoir tué sa meilleure amie (ou son amoureuse, j’avais compris qu’ils étaient en couple mais la quatrième de couverture de l’éditeur me met le doute…). Accusé par les parents de celle-ci, il s’enfuit dans la forêt où il se perd, jusqu’à tomber sur le Corbu, une créature à l’allure improbable. De cette rencontre découlera l’arrivée de Numa dans la Demeure sens dessus dessous, domaine de Dame Résilience.

Cet endroit semble être une sorte de havre où plusieurs personnages jeunes adolescents tentent de résoudre leurs troubles, d’exorciser leurs démons intérieurs. Bien entendu, cet univers n’existe pas dans notre réalité mais bien à part et il est menacé par Dame Mélancolie, la sœur de Dame Résilience. Chacun/e des pensionnaires possède une pièce qui s’accorde à ce qu’ils sont et se modifie en profondeur en fonction de ce qui les hante. Ils s’entraident, chacun pouvant devenir la clé de la guérison de l’autre. Mina traite ainsi de la manière dont on peut guérir ses tourments en s’ouvrant aux autres, en dialoguant et en acceptant la douleur plutôt qu’en la repoussant. Ce sont des messages vraiment forts qui me parlent bien. Toutefois, je me demande si le public cible y serait vraiment réceptif ? J’ai un peu de mal à me projeter pour répondre à cette question, je suppose que ça dépendra de la sensibilité des enfants.

Divers personnages très originaux prennent vie sous la plume de Mina, des adolescents qui vont s’unir pour sauver Numa et combattre le sbire de Dame Mélancolie, le terrible Bile Noire. Sur une petite centaine de pages, l’autrice propose une belle histoire avec une plume très poétique qui se marie à merveille avec les dessins de l’ouvrage. Voilà encore un titre tout à fait recommandable pour cette collection atypique !

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Les larmes de l’araignée – Pascaline Nolot

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Les larmes de l’araignée
est un roman jeunesse fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot. Publié par le Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés, vous trouverez ce texte via leur site Internet au prix de 10 euros.

Je vous ai déjà parlé du travail de cette autrice sur le blog, notamment avec son roman Rouge et sa participation dans l’anthologie Montres Enchantées.

De quoi ça parle ?
Dans la ville de Prudenge, l’ambiance est plutôt morose alors quand le Cirque d’Opale y fait escale, ça attire forcément les enfants ! C’est ainsi que Lucas et Gabin rencontrent Éloïse, une jeune funambule avec qui ils vont se retrouver piégés dans une usine désaffectée, devenue le repaire d’Arachné…

Un conte jeunesse déconcertant.
Les larmes de l’araignée a beau être publié dans la collection jeunesse du Chat Noir (public cible 9 – 12 ans) il ne se destine pas uniquement à ce public puisque Pascaline Nolot y propose une double grille de lecture, à la fois pour ravir un public jeunesse sans pour autant perdre les adultes au passage grâce à certains thèmes que je vais développer plus bas. Au final, j’ai retrouvé avec les Larmes de l’araignée le même plaisir qu’avec Fingus Malister d’Ariel Holzl (qui a lui aussi une double grille de lecture), sauf que l’autrice se situe dans un registre plus mélancolique avec un contexte peut-être plus oppressant, sentiment peut-être induit par la présence d’araignées.

Ce roman est donc très riche sur un plan thématique. On y évoque par exemple l’intolérance à travers la réaction des enfants vis à vis du cirque (Éloïse a subi du harcèlement dans son ancienne école) mais aussi celle d’un groupe de trois garçons qui ennuient Gabin pour son mutisme traumatique. On y parle aussi de la manière dont un trop plein d’ego peut se retourner (injustement ou non à nous de décider) contre quelqu’un et le sentiment de vengeance qui peut en découler, à nouveau justifié ou non quoi qu’il soit bien clair que la vengeance ne mène à rien de bon, au contraire. On retrouve finalement dans ce roman un aspect conte renforcé par la présence d’Arachné et le mythe développé autour d’elle. Les larmes de l’araignée réussit même à évoquer la crise sociale via la fermeture de l’usine de dentelle qui souffre, comme beaucoup de commerces, de la mondialisation. Enfin, on y parle de deuil, celui d’un parent et la manière d’y faire face à travers un élément fantastique qui participe au mystère d’ensemble. Le tout sans rien sacrifier à l’aventure ou à l’intérêt de l’intrigue, encore moins aux beaux messages de résilience et de ténacité ni aux valeurs de l’amitié.

Pour ne rien gâcher, Pascaline Nolot use d’un vocabulaire qui, tout en étant accessible à son public cible, ne sacrifie rien à la poésie de ses mots qui toucheront le cœur de tous ses lecteurs.

La conclusion de l’ombre :
J’ai énormément aimé ce texte à la double grille de lecture, qui permet d’être savouré autant par un public pré-adolescent qu’un public adulte et parvient à traiter en une petite centaine de pages beaucoup de thèmes forts sans donner l’impression d’un méli-mélo informe. Arachnophobes s’abstenir car ce texte déborde de petites bêtes à huit pattes, depuis la couverture jusqu’aux illustrations intérieures en début de chaque chapitre notamment. Illustrations superbes signées Mina M. comme toujours pour cette collection ! Voici un ouvrage très recommandable vers lequel se tourner entre deux pavés, qui permet de souffler et de découvrir les secrets de l’usine de dentelle noire.

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J’ai (enfin) lu la Passe-miroir de Christelle Dabos !

La-Pae-miroir
Et oui, ça y est ! Comme le hurle le titre, j’ai ENFIN lu la totalité de la Passe-miroir de Christelle Dabos grâce au coffret collector proposé en édition limitée par Gallimard que j’ai décidé arbitrairement de m’offrir pour Noël. C’est donc le moment de débriefer (à retardement je sais) sur ce phénomène littéraire francophone.

La Passe-miroir et moi.
Voilà des années que j’entends parler de cette saga, ayant plusieurs amies vraiment fans. J’ai toujours été intriguée par ce titre sans jamais vraiment oser sauter le pas pour une bête raison : le premier volume contenait le terme « fiancés » dans son titre et je craignais que la romance ne prenne une trop grosse place dans l’intrigue. De plus, tout l’engouement autour de la saga me rendait encore plus frileuse parce que j’ai ma propre logique (bancale) et que quand tout le monde adore quelque chose, ça me donne surtout envie de ne pas m’y arrêter. Cherchez pas, je suis montée à l’envers.

Mais j’ai finalement lu le premier tome il y a presque deux ans, après avoir vu à quel point l’autrice était populaire et surtout, super gentille. Pour vous donner une idée, sa présence aux Imaginales rendait la bulle du livre quasiment inaccessible parce que la file pour la voir s’étendait d’un bout à l’autre du chapiteau. C’était de la folie ! Une amie m’a alors prêté les fiancés de l’hiver, dont je vous avais parlé en détail sur le blog. Pour vous résumer ma première impression : j’avais adoré l’héroïne et le world-building mais je trouvais l’intrigue assez longue à se mettre en place et quelques maladresses stylistiques, lourdeurs et longueurs diverses, un peu surprenantes pour un éditeur aussi gros que Gallimard. J’avais tout de même eu envie de lire la suite, par curiosité, mais vous connaissez ma tendance à la procrastination.

Nous voilà donc des années (okey, deux, mais ça reste un pluriel) plus tard. Gallimard sort un coffret collector en édition limité qu’une amie achète pour lire les deux derniers volumes et posséder la saga complète dans une belle édition. C’est son enthousiasme (car je la sais très carrée, étant elle-même éditrice (oui c’est Émilie donc)) qui m’a fait sauter le pas. J’ai décidé de passer la fin d’année 2020 et le début de 2021 dans cet univers et je vous propose un billet sur mon ressenti global parce que je trouve ça plus pertinent que de fournir une chronique de chaque tome. Non pas que la matière manque pourtant mais quand j’ai la possibilité de tout faire en une fois, je ne m’en prive pas. D’autant que les chroniques de suite ont tendance à être moins lues, ce qui est logique.

À ce stade il est important de rappeler que cet article se concentre sur ma lecture de la saga entière et plus spécifiquement des tomes 2, 3 et 4. Elle contiendra donc des éléments d’intrigue et j’ai même prévu un paragraphe sur la fin. Si vous n’avez pas lu cette saga et que vous comptez le faire, n’allez pas plus loin !

Une édition collector de qualité.
Avant de me lancer dans la saga en elle-même, je dois m’arrêter sur l’édition collector proposée par Gallimard, limitée à 7000 exemplaires. Les tomes sont magnifiques, le dos du livre porte les mentions de tomaison avec une dorure de couleur différente pour chaque là où la couverture se dédie entièrement au dessin d’origine réalisé par Laurent Gapaillard. Chaque volume, à partir du second, s’ouvre sur un élément d’annexe comme une carte des différentes roses des vents / arches, une liste de tous les esprits de famille, une présentation / rappel de chaque personnage, etc. Je ne sais pas si c’est également présent dans les tomes d’origine mais je trouve ces initiatives vraiment intéressantes. D’autant que l’autrice fait un résumer des informations importantes de l’intrigue au début de chaque nouveau volume, ce qui est excellent pour la mémoire. Forcément, quand on les enchaine comme moi, ce n’est pas utile mais pour celles et ceux qui suivaient la parution depuis le début, ça ne manquait pas d’utilité.

Pour ne rien gâcher, l’édition collector contient également un petit livre sur l’univers de la Passe-miroir qui reprend en réalité tous les bonus contenus dans les tomes mais propose également plusieurs croquis des travaux du dessinateur ainsi qu’une partie « notes » où le lecteur peut écrire tout ce qui lui plait. Plus que l’objet en lui-même, c’est ce qu’il représente qui compte et qui est rappelé par cette simple phrase : « Chaque esprit de famille a un Livre. »

Passons (enfin) au cœur du sujet.

Un world-building époustouflant.
C’est ce que je retiens principalement de ma lecture. Christelle Dabos a imaginé un univers d’une grande richesse qui déborde d’imagination. Il s’agit, contre toute attente, d’un roman qu’on peut classer stricto sensu dans le post-apocalyptique, pourtant l’ambiance est loin de ce qu’on peut lire d’habitude dans ce genre. En quelques mots : il y a eu, à une époque, un Effondrement de ce qu’on suppose être notre monde, qui fait qu’il est maintenant divisé en plusieurs Arches à la tête de laquelle on trouve un Esprit de Famille. Leurs descendants sont des personnes dotées de pouvoirs divers et variés allant de l’animisme au contrôle des sens, des illusions, des éléments et j’en oublie. Les sociétés se sont adaptées à leurs arches, à leurs esprits de famille et à leurs pouvoirs, proposant des modèles sociaux aussi divers que variés.

L’intrigue s’articule autour de trois arches : Anima, le Pôle et Babel. Anima est l’arche des animistes, dont est issue Ophélie, l’héroïne. Elle possède un pouvoir de liseuse, c’est à dire qu’en posant ses mains sur un objet, elle peut en voir le passé et les émotions / souvenirs qui y sont imprégnés. Elle est également capable d’animer certains objets (dont la fameuse écharpe, meilleur accessoire jamais inventé en littérature ♥) et de passer d’un miroir à un autre sur une certaine distance, d’où le titre de la saga. Anima est une arche à l’ambiance particulière où les objets sont animés, ont un caractère, des émotions, c’est un joyeux boxon donc là où le Pôle est une arche beaucoup plus rude sur bien des plans. Alors quand la pauvre Ophélie va devoir s’y rendre pour se marier, elle va être dépaysée…

J’ai souvent lu une comparaison entre Christelle Dabos et J. K. Rowling, ce que je conçois dans une certaine mesure. Les deux autrices partagent en effet un type d’imagination commun dans le sens où elles créent des univers entiers, des sociétés entières, originales, loufoques, extravagantes mais crédibles et ce en se souciant des moindres détails et en s’inspirant de notre Histoire. Christelle Dabos ne copie pourtant pas le moins du monde Rowling, elle s’inscrit simplement dans une idéologie créatrice semblable, ce que j’ai adoré retrouver.

Une intrigue en dent-de-scie.
La Passe-miroir commence avec les fiançailles d’Ophélie et de Thorn, organisées par les Doyennes d’Anima qui ne se soucient pas trop d’obtenir l’aval de la jeune fille. On comprend vite que Thorn souhaite l’épouser pour obtenir ses pouvoirs de liseuse car le mariage, au Pôle, est accompagné d’un rituel qui permettent aux époux de mélanger leurs pouvoirs. Thorn souhaite devenir liseur afin de lire le Livre de Farouk, l’esprit de famille du Pôle, et découvrir grosso modo les secrets du monde, de sa création, de son état actuel. De nombreuses péripéties vont venir étoffer ce concept basique, le complexifiant jusqu’à le rendre vertigineux. L’autrice m’a très régulièrement surprise car je n’imaginais pas une seconde que l’histoire prendrait un tel tournant. J’étais persuadée qu’elle se développerait au Pôle, endroit que j’appréciais beaucoup. Le tome 2 est d’ailleurs mon favori ! En réalité, la majeure partie des évènements importants se déroulent sur Babel (les tomes 3 et 4) et rabattent complètement les cartes tant au niveau de l’ambiance globale (de plus en plus sombre) que des éléments d’intrigue (de plus en plus complexe).

Quel tournant, vous demandez-vous peut-être ? Et bien on y parle de Dieu, de métaphysique, de corne d’abondance, de sciences aussi d’une certaine manière (quoi qu’elle soit propre à cet univers), de politique, de changement, de ce qui est bon ou non pour l’humanité, et finalement on pourrait presque résumer tout ça en : l’enfer est pavé de bonnes intentions. Tout ce qui tourne autour de Dieu est franchement bluffant et bien trouvé, jusqu’à la faute d’orthographe qui remet tous les éléments en perspective. L’autrice a, de ce point de vue, vraiment bien joué avec son lecteur et même finalement un peu trop…

En effet, même si je trouve que l’univers créé par Christelle Dabos ainsi que les explications apportées par elle lors du final se tiennent bien, je regrette un manque de préparation. Les tomes sont assez épais, pourtant les différents éléments qui constituent l’explication finale me semblaient parfois un peu sortis de nulle part si bien que je restais décontenancée en tournant les pages, à me demander si je n’avais pas loupé une marche. Je réfléchissais tellement que je sortais de ma lecture. En réalité, je ne m’attendais tellement pas à tout ce qui est arrivé et à la tournure prise par l’histoire que j’ai eu un peu de mal, je pense, à me laisser embarquer et ce malgré la richesse des personnages.

Ophélie, Thorn et… Victoire ?
Je ne vais pas m’attarder sur la galerie très variée et riche des personnages qui se développent d’un tome à l’autre autour d’Ophélie. J’ai rarement croisé une autrice capable de créer des protagonistes secondaires aussi attachants et bien fichus. On sent qu’il y a un soin très particulier apporté à cela et ça a été un vrai plaisir pour moi de rencontrer ces différents acteurs qui gravitent dans cette intrigue un peu folle. Il y aurait beaucoup à dire sur chacun d’eux alors je vais surtout me concentrer sur ceux qui ont des chapitres de leur point de vue, bien que tout soit rédigé à la troisième personne.

Les deux premiers tomes sont relatés exclusivement du point de vue d’Ophélie. À partir du troisième, qui se déroule presque trois ans après la fin du deuxième, on découvre certains chapitres dédiés à la jeune Victoire, fille de Farouk et Berenilde (la tante de Thorn). Ces chapitres permettent d’avoir un œil sur les évènements qui se déroulent au Pôle et sur la tante de Thorn mais ils n’ont, en réalité, aucun véritable intérêt pour l’intrigue et sont assez secondaires si pas un brin lourd. Dans le dernier volume, l’autrice décide d’écrire deux chapitres du point de vue de Thorn et à nouveau, ils sortent un peu de nulle part bien qu’ils aient, eux, un sens. Ces chapitres étaient tellement bons, tellement intéressants puisque Thorn est un personnage très singulier, que j’ai soudain regretté que Christelle Dabos n’ait pas rédigé toute sa saga dans une alternance de point de vue entre Ophélie et lui.

Un tel choix aurait par ailleurs permis de développer un peu mieux la relation entre eux qui me parait, encore aujourd’hui, sortie de nulle part. En tout cas, l’aspect amoureux. En effet, l’intendant du Nord est présenté pendant presque deux tomes comme quelqu’un de froid, de distant, qui a des émotions mais ne sait pas les exprimer, plutôt asocial, renfermé sur lui-même, bourré de manies, de tocs, très carré, très porté sur l’hygiène absolue, la ponctualité, la régularité, etc. C’est un homme rude, rigoureux, qu’on a du mal à cerner si bien que quand il souffle son amour à Ophélie pour la première fois dans le tome 2, c’est totalement incongru, du moins pour moi. Idem, le comportement d’Ophélie par la suite n’a pas de sens car rien dans sa psychologie ne prépare vraiment à son revirement. Je sais qu’elle passe beaucoup de temps à se voiler la face, mais bon… J’aurai trouvé bien plus crédible et intéressant qu’ils soient amis ou développent à la limite une relation platonique car les quelques écarts intimes du dernier tome tombaient, selon moi à nouveau, comme un cheveu sur la soupe.

Contrairement à beaucoup, je suis par contre très satisfaite de la fin et du choix de l’autrice. C’était osé, franchement, bravo !

La conclusion de l’ombre :
La saga de la Passe-miroir de Christelle Dabos est particulièrement remarquable au niveau de son world-building et de son héroïne atypique avec laquelle j’aurais apprécié grandir. L’autrice ne manque pas d’imagination et apporte un soin particulier à la construction de ses personnages, ce qui les rend tous intéressants et attachants d’une manière ou d’une autre. Si je ne regrette ni ma lecture ni ma découverte, je ne peux pour autant pas parler d’un coup de cœur monumental comme ça a été le cas chez beaucoup car je me suis sentie trop déboussolée par la tournure prise par l’intrigue et par sa conclusion où tout s’emboîte bien sans pour autant que j’y ai été correctement préparée en tant que lectrice. J’apprécie par contre le choix final de l’autrice concernant Thorn et Ophélie, qui ne manque pas d’audace. Dans l’ensemble, cette saga ne peut pas laisser indifférent et je comprends à présent pourquoi elle a déjà séduit tant de lecteurs. C’est un texte tout à fait recommandable qui a beaucoup plus à offrir que ce qu’on pourrait croire de prime abord.

D’autres chroniques : il y en a plus de 1300 rien que pour le premier tome sur Babelio donc je vous avoue que j’ai un peu abandonné l’idée de trier. Par contre si vous suivez le blog, n’hésitez pas à me renseigner vos chroniques dans les commentaires pour que je les ajoute à cet article 🙂