Kabu kabu – Nnedi Okorafor

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Kabu Kabu
est un recueil de nouvelles écrit par l’autrice américaine d’origine nigériane Nnedi Okorafor. Réédité par ActuSF, vous trouverez cet ouvrage dans la collection Perles d’épice au prix de 18.9 euros.
Je remercie Jérôme, Gaëlle et les Éditions ActuSF pour ce service presse.
Je valide avec ce recueil 4 nouvelles lues sur deux semaines pour le Projet Maki !

Kabu Kabu est un recueil composé de 21 nouvelles, chacune unique à sa manière. Certaines s’inscrivent dans le genre dystopie, d’autres dans ce qui parait être notre réalité, plusieurs comportent du fantastique qui tire vers l’horreur… Il est très difficile de cantonner cette lecture à un seul genre et c’est le premier point positif à mes yeux. J’ai voyagé. J’ai voyagé à travers les pays (entre l’Afrique et les États-unis) mais aussi dans la culture africaine de manière générale. J’ai découvert un nombre conséquent de légendes qui se mélangeaient avec le propre imaginaire de l’autrice et je me suis sentie dépaysée à chaque ligne. C’est, en soi, déjà un tour de force.

Il serait peut-être plus facile pour moi de vous présenter chaque nouvelle une par une mais l’amie Elhyandra a déjà fait ça très bien dans son article. Je ne vois aucun intérêt à poster la même chose, ni pour vous, ni pour moi, ni pour l’éditeur. Du coup, je vous propose plutôt de me concentrer uniquement sur les nouvelles grâce auxquelles j’ai vibré et ce dans l’ordre de lecture plutôt que dans celui de la préférence. En tout, il y en a quatre. Et là, vous vous dites, ouais quatre sur vingt-et-un c’est pas terrible comme score… Alors je vais éclaircir tout de suite la situation : j’ai aimé chaque nouvelle hormis peut-être une ou deux (je pense par exemple à celle sur les babouins, mais j’aime vraiment pas les singes…). Certaines moins que d’autres mais elles sont toutes de bonne qualité et chacune a le mérite d’être unique bien que quelques unes se répondent, notamment en ce qui concerne les coureuses de vent. Je vous encourage à aller lire l’article d’Elhyandra pour avoir un aperçu plus neutre du contenu de ce recueil.

4 février 2020 : Le nègre magique
Lance est un chevalier tout ce qu’il y a de plus chevaleresque à ceci près qu’il va mourir bientôt. En effet, on le trouve au bord d’une falaise, acculé par des ombres terrifiantes. Puis soudain arrive un sorcier africain qui lui sauve la mise. Mon premier sentiment à la lecture a été de me dire que c’était beaucoup trop classique et cliché, qu’il y avait forcément anguille sous roche. Et de fait, j’avais raison ! Le retournement m’a totalement surprise et j’ai failli m’étouffer avec mes céréales (on sous-estime les dangers de la lecture au petit-déjeuner) tellement ça m’a fait rire. J’étais déjà conquise et séduite par la plume ainsi que le choix narratif de l’autrice. Clairement, cette nouvelle plante le décor et nous donne le ton pour la suite. Pas tant pour l’humour que sur la manière dont on va considérer les personnages africains. J’ai adoré.

6 février 2020 : Tumaki
Tumaki est une nouvelle qui se déroule dans le futur et dont le narrateur est un méta-humain. Il doit dissimuler ses pouvoirs pour éviter de se faire tuer (vive les superstitions). On le rencontre au moment où il doit faire réparer un appareil électronique dans une boutique tenue par une femme portant une burqa, un vêtement qu’il déteste pour ce qu’il représente. Pourtant, et là se trouve l’intelligence de cette nouvelle, la burqa est en réalité un instrument de liberté car en se cachant, Tumaki peut se promener comme elle le souhaite en compagnie de Dikéogu (le narrateur) et leur relation peut se développer. J’ai trouvé ce parti-pris intelligent et ça m’a poussé à réfléchir sur ma propre conception de cet habit. De plus, dans cette nouvelle, l’autrice parle aussi des crimes motivés par le racisme (envers les autres humains mais aussi envers d’autres espèces car le narrateur entend le discours d’un prêcheur qui parle d’une race extra-terrestre, si j’ai bien compris). On ressent très bien la tension et l’angoisse, l’atmosphère est maîtrisée par l’autrice. J’ai trouvé ce texte d’une grande richesse, surtout sur le fond.

9 février – Popular Mechanic
J’ai beaucoup aimé cette nouvelle parce que pendant ma lecture je n’arrêtais pas de me demander si le Nigéria était vraiment un grand producteur de pétrole et si les États-unis agissaient vraiment de cette manière sur place. Apparemment il y a bien un fond de vérité et c’est glaçant. Je sais qu’il n’y a pas de technologie aussi développée (on évoque quand même un bras cybernétique, quoi que remarquez… J’en sais rien en fait) mais j’ai été heurtée dans mes certitudes d’occidentale quand j’ai constaté à quel point on prive ces gens des ressources qui viennent pourtant de chez eux et à quelles extrémités cela peut pousser. C’est le genre de choses qu’on sait mais dont on n’a pourtant jamais vraiment conscience. C’est une nouvelle clairement dans le genre de la science-fiction (encore que ça reste léger) mais ça me paraît surtout une nouvelle d’actualité écrite pour pousser le lecteur à se rendre compte de la réalité. Autant dire que j’ai adoré.

10 février – L’artiste araignée
Probablement la nouvelle avec laquelle j’ai ressenti le plus d’émotion. La narratrice (dont on ignore le nom il me semble) est battue par son mari et va souvent se réfugier près des pipelines pour jouer de la guitare. Elle y rencontre un petit robot chargé de la surveillance des pipelines en question et dont l’espèce a une terrifiante réputation. Ce petit robot aime l’écouter jouer et une relation va se développer entre eux. J’ai trouvé ce texte plein de douceur, d’émotions avec un fond de réflexion sur le concept d’intelligence artificielle (bien que le petit robot ne parle pas). J’ai vraiment été emballée et j’aurai aimé en lire encore plus bien que l’histoire se suffit à elle-même.

Voici donc mes quatre nouvelles coups de cœur concernant le recueil Kabu Kabu de l’autrice Nnedi Okorafor. Une lecture qui m’a vraiment bousculée dans mes habitudes autant que dans mes certitudes.

J’en profite pour noter quelques remarques faites durant ma lecture et exceptionnellement, j’utilise le format liste :
– À plus d’une reprise, on retrouve une même famille (des prénoms reviennent) et dans la dernière nouvelle, il y a même un personnage qui s’appelle Nnedi. Pour moi, très clairement, il y a des passages autobiographiques dans ces nouvelles qui sont probablement fantasmés (sauf pour la toute dernière) mais qui permettent de donner une profondeur supplémentaire à Kabu Kabu.
– Plusieurs nouvelles évoquent ou développent l’univers du roman Qui a peur de la mort ? ce qui peut interpeller le lecteur novice qui n’a pas encore lu ce texte (ce qui est mon cas). Ou plutôt, disons que ces nouvelles ont moins d’impact parce que j’ai eu l’impression de ne pas avoir toutes les clés en main pour les comprendre.
– On est peut-être dans un recueil de l’imaginaire mais les thématiques (comme le racisme, le pétrole, le poids des traditions, les écarts culturels, les superstitions, etc.) sont d’actualité et ça m’a souvent perturbée (dans le bon sens).

Pour résumer, j’ai adoré mon expérience avec les vingt-et-une nouvelles contenues dans Kabu Kabu. Ce recueil ne manque pas d’intérêt pour tout qui apprécie le dépaysement. Il dépeint une culture nigériane très riche, pleine de légendes, de mythes, de superstitions qui se heurte souvent avec la modernité et la technologie. Les nouvelles sont toutes différentes et les genres se mélangent, si bien qu’il y en aura pour tous les goûts. J’ai passé un excellent moment et je recommande chaudement la lecture de Kabu Kabu.

Maki

#PLIB2020 Le Phare au Corbeau – Rozenn Illiano

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Le Phare au Corbeau
est un roman fantastique écrit par l’autrice française Rozenn Illiano. Édité chez Critic, vous trouverez cet ouvrage au prix de 20 euros.
Je remercie les éditions Critic pour avoir offert l’epub aux membres du jury du PLIB 2020. C’est dans ce cadre que je le découvre.

Agathe et Isaïah exercent la profession d’exorcistes. Ils se complètent puisque Agathe peut voir les fantômes, invisibles à son partenaire, tandis qu’Isaïah dispose des connaissances théoriques nécessaires à la pratique de leur art. Via le réseau social des sorciers, ils apprennent que le domaine de Ker ar Bran (en Bretagne) est hanté et qu’il faut déloger le fantôme qui squatte la future maison d’hôtes de Léna et Thomas. Rien de bien compliqué, à première vue. Mais une fois sur place, les choses se corsent.

Le Phare au Corbeau est écrit à la première personne, du point de vue d’Agathe. Agathe est un personnage auquel je me suis immédiatement attachée : elle souffre du syndrome de l’imposteur à cause de ses pouvoirs incomplets, elle est déprimée, intériorise ses émotions et essaie d’avancer malgré les difficultés de la vie. Sa famille l’a rejetée à cause de ses pouvoirs et elle a eu la chance de rencontrer celle d’Isaïah, composée de personnes dotées de dons surnaturels qui n’ont pas hésité à l’adopter. Cela permet à l’autrice de rappeler que si on ne choisit pas sa famille biologique, on peut s’en trouver une meilleure d’adoption et que même si le monde parait noir, il y a probablement une lueur quelque part. Des principes simples qu’il est bon de rappeler parfois.
Je n’ai eu aucune difficulté à comprendre Agathe et à ressentir de l’empathie pour elle. C’est très agréable de suivre une héroïne qui ne gère pas du début à la fin ou qui se découvre comme par miracle un pouvoir qui va la sortir de la mouise. Agathe est telle qu’elle est et doit vivre avec, un choix fort de la part de l’autrice auquel j’adhère totalement. C’est, à mes yeux, la vraie force de ce roman.

Autour d’Agathe gravite une galerie de personnages plus ou moins intéressants mais on retiendra surtout ceux qui ont droit à leurs propres chapitres. En effet, à plusieurs reprises, l’autrice revient dans le passé en montrant des morceaux de l’histoire du domaine de Ker ar Bran et de ses habitants, cassant la narration à la première personne (bien que les révélations finales permettent de nuancer cette affirmation mais loin de moi l’envie de vous divulgâcher quoi que ce soit). Ainsi, le lecteur suit Théophile, un vieil homme de la ville qui a emménagé dans ce petit village en 1921 après avoir racheté le manoir réputé maudit. Théophile est un chercheur, un universitaire passionné par le surnaturel dont il essaie de prouver l’existence. Il travaille sur son propre livre, un essai comprenant pas mal de théories différentes un peu obscures à la lecture autant pour nous lecteur que pour Agathe quand elle s’y plonge. Est-ce vraiment le hasard qui le pousse à se porter acquéreur d’un manoir hanté? La lecture du Phare au Corbeau répondra à cette question. Théophile n’est pas le seul personnage à avoir droit à des chapitres dans le passé. L’autrice développe également Gwennyn, une jeune fille qui vivait là-bas en 1839 et semble détenir quelques pouvoirs surnaturels. Une nouvelle pas spécialement bonne pour l’époque, surtout quand on n’est pas très riche et qu’on a des envies de liberté.

L’intrigue entière tourne autour de Ker ar Bran et de sa malédiction. Concrètement, l’histoire racontée reste assez classique et exploite les topiques du genre. Je n’ai pas été surprise par les révélations amenées au fil du roman et j’en avais deviné certaines, tout comme j’ai senti venir la fin cent pages avant d’y être. Pourtant, ça ne m’a pas fondamentalement gênée parce que ce roman remplit son rôle de bon divertissement. Je ne sais pas précisément à quoi ça tient, je l’ai simplement ressenti ainsi. L’ambiance posée par l’autrice est plutôt crédible, de même que les réactions de ses personnages à l’exception de certaines scènes dans le passé qui me paraissaient parfois un brin forcées. Le phare au corbeau a le mérite de nous rappeler que classique n’est pas synonyme d’ennuyeux. Ç’aurait été encore mieux sans l’aspect répétitif de certaines scènes (notamment les exorcismes) et si l’autrice ne prenait pas un peu trop son lecteur par la main. Je suis plutôt naïve quand je lis mais comme je l’ai signalé, j’avais deviné une partie de la fin ce qui m’arrive rarement. Dommage !

Pour résumer, le Phare au Corbeau est un bon divertissement dans le genre fantastique qui plaira aux adeptes mais séduira plus probablement les novices. L’héroïne change des personnages qu’on a l’habitude de côtoyer dans cette veine littéraire et c’est très plaisant. Malheureusement, l’intrigue a manqué pour moi de surprise et j’ai par moment ressenti quelques longueurs, ce qui ne m’a toutefois pas empêchée d’aller jusqu’au bout. Je ne pense pas que ce roman figurera dans mes finalistes pour le PLIB mais j’ai été contente de le découvrir.

L’estrange malaventure de Mirella – Flore Vesco

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L’estrange malaventure de Mirella
est un tome unique fantastique inspiré du conte du joueur de flûte de Hamelin et écrit par l’autrice française Flore Vesco. Destiné à un public 11 – 13 ans (mais on va en reparler) vous trouverez ce roman édité à l’école des loisirs au prix de 15.5 euros.

Vous avez probablement tous entendu au moins à une reprise l’histoire du joueur de flûte de Hamelin. Et bien, oubliez ce que vous pensez connaître à ce propos ! La véritable histoire est bien plus sombre et le lecteur peut la découvrir grâce à la malaventure de la pauvre Mirella, jeune fille de 15 ans, porteuse d’eau dans la ville de Hamelin.

J’ai découvert ce roman grâce à Sometimes a book. Sans elle, je ne pense pas que mon regard se serait posé sur ce texte malgré le soin apporté par l’éditeur au livre objet comme à la couverture et je tiens à la remercier chaleureusement car sans son intervention, je serais passée à côté du premier coup de cœur de l’année !

L’estrange malaventure de Mirella est un roman remarquable sur bien des points. Je vais d’abord évoquer le style d’écriture de Flore Vesco. Elle a choisi de mélanger l’ancien français avec le nouveau en utilisant des mots tels que « iceux » ou « maugré » (je précise, il ne s’agit qu’un échantillon très très partiel car elle se sert de pas mal de vocabulaire ancien) ce qui donne un ton vraiment unique et immersif au roman. Vous craignez que cela constitue un obstacle à votre lecture? Ne vous inquiétez pas ! La plupart des mots sont assez proches du français pour qu’on établisse un lien avec leur sens. Si ce n’est pas le cas, tout est compréhensible avec le contexte. Et si vous avez encore des doutes, l’autrice a prévu un lexique en fin de roman que vous pouvez consulter à loisir.

Dans mon introduction, je précise que l’école des loisirs destine ce texte à des enfants entre 11 et 13 ans, des préadolescents donc. J’ai discuté avec une chroniqueuse qui le trouvait vraiment sombre et mature pour un tel public puisqu’on y évoque entre autre les déboires de Mirella, dont les hommes tentent d’abuser à plusieurs reprises ou qu’on y décrit les ravages de la maladie. Déjà, l’autrice ne présente pas ses éléments sous un angle malsain comme on peut le retrouver régulièrement dans d’autres genres littéraires et ensuite, je trouve extrêmement important d’aborder ces thématiques avec les plus jeunes. Dans notre société, les filles comme les garçons sont confrontés de plus en plus tôt à la sexualité. Les notions de consentement ne sont pas toujours assez claires dans leurs esprits (merci aussi la télé pour ça et Internet, et euh… bon d’accord je passe pour une vieille réactionnaire mais à un moment, faut ouvrir les yeux) et proposer des romans qui caricaturent suffisamment ces comportements déviants pour que les plus jeunes comprennent qu’il s’agit d’attitudes à ne pas adopter, je trouve l’idée excellente et très importante socialement.

D’ailleurs, les mots clés de référence sur le site de l’école des loisirs sont clairs : dans l’estrange malaventure de Mirella, on parle du statut de la femme mais aussi de la condition sociale. Le Moyen-Âge est une très bonne période pour exploiter cela puisqu’il existait des classes sociales qu’on peut aisément caricaturer dans un roman jeunesse. En effet, Mirella est une orpheline qui a grandi chez les sœurs et se retrouve exploitée comme porteuse d’eau dans cette ville où le bourgmestre se félicite d’avoir fait installer l’eau courante (entendez par là que la ville est divisée en quartier, chacun attribué à un porteur d’eau qui court quand on sonne la cloche pour l’appeler. D’où l’eau courante quoi, au sens propre.) Elle doit y travailler dix années pour rembourser les « bienfaits » que la ville lui a accordé (en ne la laissant pas mourir de faim hein, rien de plus). Mirella grandit donc en jeune fille servile qui a conscience de sa place dans la société, est impressionnée par les plus puissants et tient même mentalement une liste de l’ordre social tel qu’elle le conçoit. Liste où elle se situe quasiment tout en bas, juste au-dessus des enfants et des lépreux. Elle accepte d’ailleurs tout ce qu’on lui demande, hormis quand ça touche à sa vertu. Mirella n’est pas une rebelle dans l’âme, c’est un personnage profondément bon, humain, dédié totalement aux autres en s’oubliant parfois elle-même. C’est au point que, quand le prêtre la surprend à chanter puis danser et la traite de sorcière, elle s’agenouille et se laisse humilier parce qu’elle n’a pas le choix. Elle ne ressent pas de réelle révolte, juste la terreur du bûcher. J’ai trouvé ce parti-pris de l’autrice très cohérent avec l’époque. Ça aide à s’immerger dans l’ambiance moyenâgeuse, maîtrisée avec brio par Flore Vesco. Je ne suis pas spécialiste, j’ignore si tout est historiquement exact mais en totu cas, elle dépeint la société du Moyen-Âge telle que visualisée dans l’imaginaire collectif et ça fonctionne très bien.

Heureusement, Mirella va évoluer petit à petit, gagner en assurance en découvrant les dons qu’elle possède mais aussi en étant confrontée à certains personnages comme les pesteux, Gastun ou Peest. Ici, on touche en plein à la condition de la femme. Comme mon explication contient un spoil, je la dissimule et je vous laisse passer votre souris dessus pour la découvrir si vous le souhaitez. Dans le dernier tiers du roman, Mirella rencontre Peest qui est décrit comme un homme vraiment très beau par lequel elle se sent attirée. Celui-ci lui réclame un baiser en échange de sa survie mais Mirella, bien que tentée, ne se laisse pas faire. Déjà là, j’avais envie de sortir les pancartes de la victoire. Quand, plus tard, il lui demande de vivre avec lui pour régner sur Hamelin ensemble, elle refuse également car elle comprend que ça implique de sacrifier sa liberté, son libre arbitre. Elle choisit donc de partir seule sur les routes avec les enfants survivants de la ville et les pesteux qui sont venus à son aide pour la remercier de sa gentillesse passée. Toutefois, elle ne le rejette pas totalement. Elle l’embrasse de sa propre initiative et propose qu’ils se retrouvent un jour pour un rendez-vous. Je trouve ce message parfait car il ne pousse pas les jeunes filles dans l’extrême qu’on voit parfois émerger ces derniers temps. L’autrice montre qu’en tant que femme, on a le droit d’aimer, le droit d’avoir envie d’être avec une autre personne, que ça ne nous rend pas plus faible pour la cause tant que le choix vient de nous et qu’on ne se soumet pas aux exigences d’autrui. Et ça, pour moi, c’est un message très important à faire passer aux enfants, peu importe leur sexe. Si vous pensiez que Flore Vesco s’arrêtait là, vous vous trompez. Grâce à la figure des pesteux, elle parvient également à faire passer un message de tolérance, d’entraide et de charité envers les plus démunis, en montrant que finalement, Mirella qui agit de manière désintéressée, est finalement récompensée pour ses bonnes actions passées car elle inspire aux autres l’envie de lui venir en aide.

Ces thèmes forts, l’autrice a choisi de les traiter dans une intrigue passionnante qui réécrit le conte original du joueur de flûte de Hamelin en trouvant le bon équilibre. C’est en réfléchissant après coup qu’on remarque son engagement. Pendant la lecture, on se concentre sur Mirella, ses malaventures, ses choix puis quand on tourne la dernière page et qu’on se pose quelques minutes pour digérer cette jolie claque littéraire, on se rend compte qu’il s’agit de bien plus qu’un texte divertissant. J’ai adoré ce roman de la première à la dernière ligne. Il m’a séduite comme je ne l’avais plus été depuis un moment (le dernier coup de cœur aussi fort remonte à Magic Charly, pour vous situer) et je me félicite d’avoir craqué quand je l’ai vu en librairie. La seule chose que je regrette c’est qu’il ne soit pas dans les 20 sélectionnés pour le PLIB 2020 parce que j’aurai voté pour lui sans une hésitation. Il se place dans mon top 5 sans difficulté et ça me déçoit qu’il n’ait pas eu sa chance.

Pour résumer, l’estrange malaventure de Mirella est un gros coup de cœur pour moi. Dans cette réécriture du conte du joueur de flûte de Hamelin, l’autrice écrit en utilisant les tournures et une partie du vocabulaire de l’ancien français tout en restant accessible à tous. S’il s’agit d’un roman étiqueté jeunesse, il peut se lire à tous les âges car il n’est pas infantilisant, loin de là. On se passionne rapidement pour l’héroïne, Mirella, et pour les thèmes abordés intelligemment par Flore Vesco comme le statut de la femme ou les conditions sociales. Je recommande cette lecture avec beaucoup d’enthousiasme ♥

#PLIB2020 Je suis fille de rage – Jean Laurent Del Socorro

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Je suis fille de rage
est un one shot fantastique écrit par l’auteur français Jean Laurent Del Socorro. Publié chez ActuSF dans une belle édition à couverture cartonnée et reliée, vous trouverez ce texte au prix de 23.9 euros.
Je remercie Gaëlle, Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

Je suis fille de rage est un roman découpé en cinq parties, une pour chaque année que dure la guerre de Sécession. Le lecteur suit de nombreux personnages dans les deux camps et côtoie même la Mort en personne au fil de ce conflit dont on a tous entendu parler mais dont on sait en réalité peu de choses.

Difficile de résumer autrement et d’une meilleure manière ce texte qui est un véritable roman choral. Jean-Laurent Del Socorro propose une narration à la première personne en variant chaque fois les points de vue. Des en-têtes de chapitre avec des métaphores nous permettent de comprendre qui nous suivons (bien que ça demande un effort de mémorisation parce que les personnages sont vraiment nombreux). Ces chapitres, l’auteur les veut courts, percutants, efficaces. Il alterne une intrigue romancée avec des documents officiels, existants, avec une traduction personnelle. Ces textes sont autant de communiqués de presse (pour se rendre compte à quel point l’honnêteté journalistique, c’est subjectif), des échanges officiels que des correspondances privées entre de fameux généraux et leurs épouses ou enfants. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur une petite notice explicative qui aide vraiment à s’y plonger pour comprendre les codes utilisés. Il se termine sur une notice bibliographique qui nous montre à quel point Jean Laurent Del Socorro s’est investi dans ses recherches.

C’est d’ailleurs la première grande force du roman, cette minutie, cette crédibilité, induites toutes les deux par des documents pertinents et un déroulé clair des affrontements auxquels le lecteur assiste. Quand je dis assiste, je dois nuancer. Les batailles sont soit éclipsées, soit vécues du point de vue d’un simple soldat qui n’y comprend pas grand chose, qui suit les ordres, qui a un objectif final et essaie surtout de sauver sa vie. En s’intéressant aux Généraux mais aussi aux simples soldats, l’auteur parvient à brosser un portrait terriblement humain de ce conflit. On croise parfois des personnages quelques lignes, le temps de les voir mourir, souvent bêtement. Personne n’est épargné et le lecteur ne peut pas rester indifférent devant ces évènements qui tendent vers l’absurde. Surtout quand il se rend compte qu’à de nombreuses reprises, une autre décision prise par une autre personne aurait pu permettre à ce conflit de causer bien moins de victimes. C’est frustrant.

Ne vous attendez pas à trouver un roman de l’imaginaire comme on le conçoit habituellement. Il y a bien ici une pointe de surnaturel, à travers le personnage de la Mort qui échange avec Lincoln et s’incarne comme une espèce de conscience. On la recroise à certains autres moments du récit, ce qui apporte toujours un petit peps narratif. J’ai beaucoup aimé cette idée. Son décompte à la craie apporte une violence subtile, une réalité terrible à cette guerre pour le Président qui ne la vit pas directement. Impossible de réduire les morts à de simples chiffres… Glaçant. Brillant.

Comme je l’ai dit, Je suis fille de rage n’est pas le genre de texte qui laisse indifférent, qu’on soit ou non des spécialistes de cette période. Personnellement, je ne connaissais rien du tout sur cette guerre hormis ce que j’ai pu en entendre dans des séries télévisées. J’ai donc découvert avec grand plaisir les tenants et les aboutissants des affrontements, rencontré quelques batailles célèbres, quelques militaires dont l’Histoire a retenu le nom mais ce qui m’a surtout marqué, finalement, c’est l’équilibre subtil trouvé par l’auteur entre transmission historique et Histoire romancée. Jean Laurent Del Socorro apporte ses propres personnages en plus de ceux laissés par l’Histoire et parvient à brosser une multitude de profils : des hommes, des femmes, des Blancs, des Noirs, des unionistes, des confédérés, des observateurs extérieurs. Il ne se concentre pas que sur les affrontements mais aussi sur leurs conséquences, sur la maladie, sur les pertes, sur le découragement, sur la vie et sa fragilité. Finalement, ceux qui survivent ont surtout eux plus de chance que leur voisin… C’est délicieusement cynique.

Petit point de détail, j’ai lu cet ouvrage en numérique mais j’ai eu l’occasion de feuilleter l’objet-livre en librairie. Il est fabuleux. Si vous n’avez pas encore tous vos cadeaux pour ce soir ou que vous avez envie de faire plaisir à un(e) lecteur(rice) c’est vraiment l’idéal. La seule chose que je regrette, ce sont les coquilles encore présentes dans le texte mais rien qui ne résistera à une relecture pour un second tirage, tirage que je ne doute pas de voir arriver tant Je suis fille de rage mérite de connaître un beau succès. Ce texte m’a vraiment convaincue et il a de grandes chances de figurer dans ma sélection des cinq pour le PLIB 2020.

Pour résumer, Je suis fille de rage est une véritable réussite. Jean Laurent Del Socorro nous parle avec justesse de la guerre de Sécession en trouvant le bon compromis entre devoir de mémoire et intrigue romancée. Ce roman n’est pas juste un livre sur la guerre, c’est aussi -et surtout- un ouvrage sur l’humain porté par des chapitres courts d’une redoutable efficacité. Je recommande très chaudement ce texte que j’ai pris un immense plaisir à découvrir !

Passing Strange – Ellen Klages

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Passing Strange
est un one-shot fantastique écrit par l’autrice américaine Ellen Klages. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce roman dans la collection Perles d’Épice au prix de 18.9 euros.
Je remercie Jérôme, Gaëlle et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Passing Strange raconte l’histoire de six femmes dans le San Francisco des années 1940. Six femmes homosexuelles qui ne cherchent qu’à obtenir le droit de vivre comme elles l’entendent.

J’ai parlé d’un roman fantastique et j’ai conscience que ma manière de résumer ce texte ne le laisse pas penser. Il y a bien une dose de surnaturelle mais elle s’apparente plutôt à une forme de magie belle, douce et subtile que je ne peux pas détailler par crainte de vous gâcher la fin (quelle fin, franchement ! ♥). Sachez toutefois que l’une des protagonistes pratique un art appelé ori-kami qui est celui du pliage de papier et qui permet de tordre le tissu spatial. J’ai trouvé l’idée intéressante, originale. La touche de fantastique permet d’ajouter une certaine poésie au roman mais ce qui marque surtout, ce sont ses thèmes.

Dans les années 1940, vous imaginez bien que l’homosexualité n’était pas vraiment bien considérée. J’ai été effarée de découvrir les lois en vigueur à cette époque (que je présume malheureusement exactes puisque l’autrice semble avoir mené des recherches consciencieuses). Pour vous donner une idée, une femme n’a pas le droit de s’habiller « en homme », elle doit porter au moins trois accessoires féminins sur elle et les agents peuvent évidemment vérifier à leur aise… Il n’y a personne pour défendre leurs libertés et elles doivent se rejoindre dans des espaces vaguement clandestins comme le bar « chez Mona » que la police laisse ouvert parce que ça « participe au tourisme ». Les gens du commun s’y rendent pour se donner des frissons en contemplant ce qui est nommé « débauche ». J’ai conscience que tout ça a évolué (dans la théorie en tout cas) mais ça m’a glacée le sang et révoltée à plus d’une reprise.

Pourtant, Ellen Klages ne transforme pas son roman en pamphlet politique et c’est aussi ce que donne de la force à ses thématiques. Elle raconte une belle histoire d’amour, d’amitié aussi, entre Haskel et Émilie, entre Helen, Franny, Polly et Babs. Elle en profite pour évoquer le racisme (envers les asiatiques, une communauté à laquelle Helen appartient et dont on ne parle pas si souvent), l’inégalité entre les hommes et les femmes (Polly ne peut pas entrer dans l’université de son choix car il n’est pas admis que des femmes y étudient) avec une subtilité qui instille chez le lecteur un sentiment d’horreur, d’incompréhension.

Passing Strange, c’est donc tout cela mais aussi et surtout la (ou en tout cas l’une) plus belle romance que j’ai pu lire. Ce roman est doux, sincère, bien écrit, les pages se tournent sans qu’on ressente la moindre longueur. Ellen Klages plonge son lecteur dans un San Francisco si bien détaillé qu’on pourrait s’y promener les yeux fermés. Je n’ai pas grand chose de négatif à dire sur ce texte hormis peut-être sur la couverture car celle en anglais est, selon moi, beaucoup plus attirante mais c’est un détail et celle en français n’est pas non plus dénuée d’intérêt en ce sens qu’elle rappelle les techniques d’Haskel.

Pour résumer, Passing Strange est une grande réussite sur tous les plans. Ce one-shot légèrement fantastique traite avec poésie et sincérité de l’homosexualité dans les années 1940 à San Francisco. Il raconte l’histoire de six femmes, six amies, qui ne demandent qu’à vivre comme elles l’entendent, comme elles le méritent. J’ai aimé la manière dont l’autrice m’a transportée dans son histoire, les émotions qu’elle est parvenue à m’inspirer et je ne peux que vous recommander la découverte de ce titre. Pourtant, sachez-le, je n’aime pas la romance en général… Imaginez à quel point ce roman est bon !

Les attracteurs de Rose Street – Lucius Shepard

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Les attracteurs de Rose Street
est une novella fantastique écrite par l’auteur américain Lucius Shepard. Publiée dans la collection Une Heure Lumière aux éditions du Bélial, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 9.90 euros.

Londres, 19e siècle. Samuel Prothero est un jeune aliéniste qui fait ses premiers pas dans la Société des Inventeurs. Il rencontre par ce biais Jeffrey Richmond, inventeur lui aussi qui souffre d’une très mauvaise réputation et subit la loi du silence chaque fois qu’il se rend au club. Un soir, Jeffrey aborde Samuel en rue pour lui proposer un travail d’un jour ou deux dans sa maison de Rose Street. Pour ce service, Jeffrey est prêt à payer le double du tarif habituel de l’aliéniste qui le suit, poussé par la curiosité. C’est alors que Samuel découvre l’existence des fantômes et plus particulièrement celui de Christine, la sœur de Jeffrey…

Les attracteurs de Rose Street est un texte narré à la première personne dans un style très 19e en Angleterre: une forme de journal, de compte-rendu faussement romancé d’un témoin privilégié d’évènements surprenants. Ce n’est pas sans rappeler les habitudes d’auteurs comme Conan Doyle et je trouve que le sujet, ainsi que l’époque, s’y prêtent très bien. Le narrateur est donc Samuel Prothero, auquel on s’attache rapidement grâce à son traitement terriblement humain. On le suit donc avec plaisir dans ses découvertes des mystères de Rose Street.

Il apparaît que Christine, la sœur de Jeffrey, a été assassinée et que celui-ci cherche à débusquer le coupable. Jeffrey exerce la profession d’inventeur : il a mis au point des machines supposées attirer les particules néfastes qui planent sur Londres afin de purifier l’air. D’une manière assez étrange, ses machines attirent plutôt des fantômes, des esprits, des reliquats d’âmes, on ne sait pas très bien. Comme il s’est installé dans l’ancienne maison de sa sœur, celle-ci revient à de nombreuses reprises, condamnée à rejouer des scènes du passé allant de son meurtre à d’autres activités bien plus suggestives. Parce que Christine tenait visiblement une maison de passe et ça ne plait pas trop à Jeffrey…

J’avais déjà fait connaissance avec l’auteur en lisant sa novella Abimagique et j’ai trouvé certaines similitudes entre les deux textes, surtout dans l’ambiance et l’atmosphère qui s’en dégage. À nouveau, Lucius Shepard ne cherche pas à donner une explication aux phénomènes surnaturels qu’il met en scène car Samuel, chargé de les étudier, a l’esprit ailleurs à cause de la belle Jane. Jane est une ancienne employée de Christine qui se montre étrangement fidèle à Jeffrey. Elle prend de plus en plus de place dans les pensées et le cœur de notre héros si bien qu’il se détourne de sa mission et met trop longtemps à comprendre des éléments évidents pour le lecteur. Si je n’ai pas été surprise par la plupart des rebondissements de l’intrigue, je n’en ai pas moins apprécié ma lecture.

Et c’est en grande partie grâce aux personnages évoqués plus haut mais également à l’atmosphère sombre, étouffante, qui se dégage de cette novella. Lucius Shepard use de descriptions précises, courtes et efficaces qui immergent le lecteur sans lui laisser la possibilité de refermer ce texte avant de l’avoir terminé. La première qui m’a marquée est sans conteste celle du quartier où se trouve la maison de Richmond. On approche du génie. Lucius Shepard nous transmet les expériences et les sentiments de Samuel avec brio. Il use de ce même talent pour nous peindre une galerie de protagonistes qui, s’ils entrent dans des archétypes, n’en restent pas moins intéressants dans l’expression de leurs passions qui frise parfois la folie. À cet égard, Jeffrey Richmond est pour moi une délicieuse réussite.

Comme je l’ai dit, l’intrigue ne m’a pas véritablement surprise dans son déroulement. Par contre, j’ai apprécié les choix finaux de l’auteur tant pour Samuel que pour Jeffrey.

Pour résumer, les attracteurs de Rose Street est une novella fantastique très agréable à lire. Elle prend pour cadre le Londres du 19e siècle, étouffant et sombre, pour proposer une histoire de fantômes à l’atmosphère maîtrisée et aux personnages fascinants. Si l’intrigue reste, à mon goût, assez classique, Lucius Shepard offre tout de même une fin très satisfaisante. Je vous recommande volontiers ce texte qui s’ajoute au palmarès des réussites dans la collection Une Heure Lumière !

Le Carrousel Éternel #3 Marionette – Anya Allyn

Marionette (en anglais pour ceux qui se posent la question donc non, ce n’est pas une faute de ma part 😛 ) est le troisième (et pénultième (j’ai pas pu m’en empêcher)) tome de la saga Carrousel Éternel écrite par Anya Allyn. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au sein de la collection Cheshire au prix de 19.90 euros.

Ça commence à devenir compliqué de résumer le contenu d’un troisième roman sans spoiler. Comme d’habitude, les éléments de divulgâchage (marque déposée ->) sont à surligner en blanc si vous désirez les lire.

Trahie par Zack et sa famille (quelle surprise…) Cassie et Molly sont prisonnières du Château. Elles ne peuvent en sortir que pour se rendre dans le monde des glaces à travers les Ombres, afin de retrouver le second volume du Speculum Nemus. Cassie apprend que cet univers glacé est en fait celui dont elle est originaire et elle y retrouve l’Ethan avec qui elle était prisonnière dans la Maison de Poupée. Ses sentiments refont surface mais ce serait bien beau si elle avait le temps de s’en soucier. Captive de ce château et de ses mœurs étranges, le sort s’acharne sur cette pauvre fille…

J’ai trouvé ce tome globalement assez inégal et si je vous en parle malgré tout, c’est principalement à cause de sa fin qui promet un ultime volume en apothéose. Pour moi, Marionette est très clairement une transition qui souffre de certaines longueurs et a un aspect un peu trop brouillon.

Le gros reproche que j’ai à adresser à ce titre, c’est qu’on a du mal à s’y retrouver avec ces histoires d’univers parallèles. Il faut attendre un moment avant que le volume fasse le point et j’ai toujours un peu de mal à accepter la théorie qui justifie l’aspect possible de tout cela. Enfin, pas tant l’existence d’un Multivers que ses conséquences. Par exemple, en quoi rencontrer son double dans une dimension implique forcément qu’on fusionne avec lui? Pourquoi tous les univers seraient identiques jusqu’à ce que quelque chose les modifie? Je vous remets ici la phrase quasi telle quelle que dans le livre… J’ai eu envie de dire… Bah oui, merci captain obvious. Du coup, l’autrice nous donne des clés qui finalement ne rentrent pas dans les serrures. J’aurai préféré pas d’explications du tout. Très honnêtement, j’ai décidé de passer outre pour continuer ma lecture mais je crois que je commence à lire trop de science-fiction pour me contenter de rester dans le vague à ce niveau. J’ai donc eu des difficultés à rentrer dans cette suite pendant tout le premier tiers du livre. Si je n’avais pas déjà lu deux tomes de cette saga, je l’aurai probablement reposé au bout de cent pages.

Après, heureusement, le talent de l’autrice pour transmettre des émotions reprend le dessus. Elle met en place une atmosphère sombre, de plus en plus désespérée et étrange, qu’on ressent très bien à la lecture. J’apprécie le fait que, si Cassie a conscience de ses sentiments envers Zach et Ethan, ça ne soit pas sa priorité. Ce qui ne nous épargne pas quelques scènes larmoyantes avec des garçons qui montrent un peu trop de ferveur pour être crédibles à mon goût mais on va mettre ça sur mon côté cynique. Cassie, donc, ne perd pas de vue l’essentiel. Son amitié avec Molly et le fait de survivre passent avant tout, ce qui est agréable. J’ai beaucoup aimé la maturité dans ses choix même s’ils ont un goût vain et désespéré. On ne peut pas rester de marbre devant de telles horreurs. La pression psychologique exercée sur elle par les Batiste est juste infâme et ça la contraint à des choix terribles. À nouveau, Anya Allyn gère très bien le côté psychologique. Le pire arrive sur le dernier quart du roman et c’est cette partie qui m’a décidé à quand même vous parler de Marionette mais surtout, de lire le dernier tome.

Un autre point m’a un peu gênée, c’est qu’il manque clairement une relecture à ce texte. En règle générale, soit je ne vois pas les fautes parce que je suis à fond dans l’histoire, soit il n’y en a qu’une ou deux et je n’ai aucun intérêt à le signaler. Sauf qu’ici, il y a plusieurs endroits où il manque un -s, où la terminaison du verbe n’est pas correcte, et je parle seulement de ce qui m’a sauté aux yeux. Et ce sont uniquement des fautes d’inattention qui auraient disparu avec une relecture attentive. Je sais que le rythme de parution pour cette saga a été assez rapide, que l’éditeur est une plus petite structure et qu’ils font leur maximum avec les moyens qu’ils ont mais c’est un peu dommage d’offrir un si bel emballage au roman (la couverture superbe, les en-têtes de chapitres travaillées) sans soigner suffisamment le texte en lui-même.

Marionette fut donc une lecture en demi-teinte qui s’est grandement bonifiée sur la fin car l’aspect gothique et horrifique prend des proportions aussi importantes que plaisantes. En refermant ce tome, j’ai ressenti l’envie de lire la suite, ce qui est plutôt un bon point.

Pour résumer, Marionette s’inscrit comme un tome de transition avant le grand final de la saga du Carrousel Éternel. Il faut attendre le dernier quart du roman pour que l’autrice déploie tout le talent qu’on lui connait à dépeindre des situations oppressantes, tragiques et horrifiques. Malgré les faiblesses de ce tome, ça vaut la peine de tenir le coup donc je continue de vous recommander cette saga. J’espère que le quatrième volume sera mieux équilibré.