Entends la nuit – Catherine Dufour

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Entends la nuit est un one-shot fantastique écrit par l’autrice française Catherine Dufour. Publié chez l’Atalante dans sa collection La Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman au prix de 21.90 euros.
Ce roman est ma 23e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ce roman est ma 3e lecture pour le mois de la fantasy qui peut valider les catégories suivantes: un livre écrit par une femme, un roman écrit par un auteur francophone, une relique de ma PàL.

Entends la nuit met en scène le personnage de Myriame. Vingt-cinq ans, master en communication en poche (non c’est pas moi, j’vous jure) elle retourne sur Paris pour obtenir un job ingrat et sous payé dans une grande compagnie, la Z. Il faut bien vivre et assumer l’âge adulte ! Ç’aurait pu s’arrêter là si, en arrivant, elle ne découvrait pas un bureau limite insalubre, une responsable vraiment pénible, des caméras sur les ordinateurs qui fliquent les employés… Pas le choix d’accepter pour espérer décrocher un CDI. CDI qu’elle va obtenir grâce à Duncan Vane, l’un de ses patrons qui se met à lui parler sur le réseau social de l’entreprise, pour ne plus la lâcher.

Ça vous dit quelque chose? Ouais, à moi aussi. D’ailleurs en lisant le résumé pour la première fois, j’ai roulé des yeux en me disant: pitié, non. Puis j’ai découvert quelques chroniques sur la blogo qui ont su m’intriguer. Ainsi, Entends la nuit n’est pas ce qu’il parait? Après ma lecture, je peux affirmer haut et fort que oui, ce texte est complètement atypique.

Mais pas dès le départ. Pendant le premier tiers du roman, on suit Myriame dans sa petite vie foireuse où je me retrouvais plutôt bien. Immédiatement, la critique sociale proposée par l’autrice m’a touchée et je tournais les pages en me demandant où elle voulait en venir et en jurant de brûler le livre si un milliardaire sexy pervers narcissique venait subitement la tirer de là pour ses beaux yeux. J’ai failli. Vraiment. Mais au final, la quatrième de couverture ne ment pas, on est bien devant un anti-twilight et même un anti-50shades.

Pourquoi ce parallèle avec Twilight? Pour interpeller le grand public, sans doute, car les créatures du roman ne sont pas à proprement parler des vampires. Elles ne sont qu’une facette de ce mythe et j’ai trouvé l’exploitation de ce folklore vraiment très intéressant. Je n’en avais jamais réellement entendu parler et avoir un personnage dont l’esprit habite normalement la pierre, qui parvient à s’incarner en dévorant la chair… Ouais, ça me bottait plutôt bien. Le tout évoluant au sein d’une société parisienne totalement réaliste, dans un équilibre bien maîtrisé. D’ailleurs, une grande partie du roman traite de ce rapport qu’a l’humain avec la pierre, avec la construction et par extension, avec le progrès. Une belle métaphore.

Mais… Parce qu’il y a un mais… Franchement, difficile de s’attacher aux personnages. Autant j’aimais bien Myriame au départ, autant son évolution au fil des pages et des évènements m’a donné envie de lui coller trois paires de claque par trente pages. En tout cas, jusqu’à la toute fin et le dernier chapitre. Globalement, la plupart des protagonistes sont assez détestables parce que bassement humains, égoïstes et froids. Surtout les lémures ! Vane est un connard modèle géant qui se justifie par son état, qui joue à je te veux ouais moi non plus, puis qui manque clairement de discernement. Il a deux neurones qui fonctionnent et il les a sûrement oublié dans une brique… Les collègues de Myriame ne valent pas beaucoup mieux et sa mère… SA MÈRE ! J’ai halluciné quand elle lui dit « Je ne suis pas sûre d’aimer ton petit ami, tu reviens pleine de gnons depuis que tu sors avec lui mais bon, qu’est-ce qu’il est beau. » Euh… Ouais. Tout va bien.

Pourtant, ce n’est pas un défaut. Pas ici. Non, ne hurlez pas ! L’autrice décide de traiter et de mettre en scène des relations toxiques, autant avec les parents de Myriame que sur sa vie privée. Et elle le fait de manière parodique, en forçant tellement le trait sur les situations que ça en devient évident. Ces relations s’épanouissent sous l’œil de plus en plus choqué du lecteur. D’autant que Catherine Dufour écrit à la première personne. Du coup, on vit vraiment l’histoire depuis la tête de Myriame qui s’exprime dans un registre familier assez haché pour marquer stylistiquement les hésitations et les pensées de l’héroïne. Sauf qu’ici, contrairement à beaucoup de roman, l’autrice n’essaie pas de faire passer ça pour la norme. Elle tente de provoquer une prise de conscience et elle réussit plutôt bien. Ça prend en réalité tout son sens dans le dernier quart du roman, parce qu’on doute quand même jusque là. Mais son choix… Ah, jouissif ! Vraiment.

Pour résumer, Entends la nuit est un texte atypique comme on en trouve souvent chez l’Atalante. Il bouscule les codes de la romance paranormale et les parodie d’une manière intelligente pour déranger son lecteur dans le but de mettre en évidence des aberrations sociales trop bien établies. Ce n’est pas le genre de roman qu’on peut juste aimer ou pas, parce qu’il est cru dans sa réalité, original dans son surnaturel tout en dépeignant la descente aux enfers moderne d’une anti-héroïne actuelle, paumée et dépendante affective. Ce texte me parait tellement particulier qu’il ne plaira pas à tous les types de lecteur et m’a, honnêtement, plus d’une fois agacé. Pourtant, je ne regrette pas ma lecture ni la réflexion qui suivit. À lire donc et surtout, sans s’arrêter à l’impression donnée par les premiers chapitres.

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Le dernier chant d’Orphée – Robert Silverberg

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Le dernier chant d’Orphée
est un one-shot court écrit par l’auteur américain Robert Silverberg. Réédité en avril chez ActuSF dans la collection poche Helios, vous trouverez ce texte en papier au prix de 5.90 euros.
Je remercie l’équipe d’ActuSF pour l’envoi de ce service presse.

Sans davantage de suspens, j’avoue être complètement passée à côté de ce texte et de cet auteur. Du coup, je vous recommande la lecture de l’article « Pourquoi avons-nous choisi de publier (…) » pour comprendre les motivations de l’éditeur et l’intérêt de cette œuvre.

Comme son titre l’indique, le dernier chant d’Orphée est en fait une histoire écrite par Orphée lui-même à destination de son fils, Musée. Cette histoire, c’est la sienne, des éléments les plus connus comme sa descente aux Enfers pour retrouver Eurydice avec d’autres qui m’étaient moins familiers comme sa participation à l’expédition de Jason ou son règne en tant que roi de Thrace. Des quelques recherches effectuées pour rédiger ce billet à des fins comparatives, je constate que l’auteur a pris quelques libertés scénaristiques mais dans le cadre de la réécriture d’un mythe, je n’y vois rien de gênant. Au contraire ! Ces libertés permettent à l’auteur d’exploiter des thèmes qui lui semblent importants, comme on l’apprend dans les documents annexes au roman lui-même. Notamment les thématiques du divin et du destin.

Ce roman court est précédé d’une préface rédigée par Pierre-Paum Durastanti qui analyse les intentions de l’auteur dans le détail, le genre de chose que je déteste et que je passe systématiquement parce que je ne supporte pas qu’on me dise en amont comment interpréter une œuvre. Mon côté casse-pied qui me pousse à tout remettre en question et qui a posé de monstrueux problèmes en atelier d’analyse littéraire, d’ailleurs. J’aurai préféré trouver cela en post-face pour me permettre de confronter mon propre avis avec celui du préfacier, mais bon. Il me parait difficile de réécrire les conventions littéraires pour coller à mes préférences.
À la fin de l’histoire, on trouve également une interview de presque vingt pages où Eric Holstein, auteur lui-même et cofondateur d’ActuSF, pose des questions à un Robert Silverberg que j’ai trouvé froid et limite condescendant dans ses réponses. Vous savez, je fonctionne beaucoup au sentiment et là je n’ai ressenti aucune empathie pour cet auteur, au contraire. Lire ses réponses n’a pas stimulé mon intérêt pour cette œuvre ou les autres issues de sa plume. Notez aussi que quand on compte sur la centaine de pages affichée par ma liseuse, on en perd déjà une trentaine en diverses annexes.

Globalement, ma lecture se révèle plutôt en demi-teinte mais je le précise, c’est uniquement par goût personnel. Si vous désirez découvrir un mythe grec revisité alors ce roman vous est incontestablement destiné. L’auteur aime l’Histoire et il se montre minutieux dans ses recherches ainsi que dans l’utilisation d’autres mythes pour nourrir sa propre intrigue. Une expertise sur un sujet se montre nécessaire quand on cherche à le modifier. Les meilleurs uchroniciens sont historiens de formation, y’a une raison à ça. Sur ce plan, ce roman ne manque ni de richesse, ni d’intérêt.

Malheureusement, le style narratif n’a pas su m’emballer même s’il colle assez au genre antique et donc reste très pertinent. C’est vraiment une question de goût personnel. Orphée raconte avec emphase les moments clés de sa vie à son fils, dans un dernier chant qu’il lui destine. Les dialogues sont très peu nombreux, le ton du personnage principal ne me plaisait pas et appelait à de trop nombreuses ellipses. Ç’aurait pu être un très grand texte vraiment captivant si l’auteur s’était donné la peine d’en détailler le contenu dans une optique d’aventure. Finalement, le dernier chant d’Orphée est davantage un roman philosophique et reste ainsi fidèle aux habitudes grecques en la matière. Je comprends ce choix narratif mais en tant que lectrice, ce n’est pas ce que je recherche. Du coup, malheureusement, me voilà passée à côté.

Pour résumer, le dernier chant d’Orphée n’a pas su me séduire en tant que lectrice mais n’en reste pas moins un bon livre à prix très abordable et soigné dans sa présentation. Il plaira aux adeptes de la mythologie grecque, de récits philosophiques et à ceux qui aiment les histoires racontées à l’antique.

Le songe d’une nuit d’octobre – Roger Zelazny

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Le songe d’une nuit d’octobre est un one-shot fantastique écrit par l’auteur américain Roger Zelazny. Publié d’abord chez ActuSF en grand format, il a été récemment réédité en poche par Helios au prix de 7.90 euros.
Je remercie Samantha et Jérôme de chez ActuSF pour l’envoi de ce service presse !

L’histoire commence au premier jour du mois d’octobre, courant du XIXe siècle. Le lecteur découvre qu’un Jeu est en cours pour les trente-et-un prochains jours. Le but? Pour les ouvreurs, permettre aux Grands Anciens de déferler sur le monde. Pour les fermeurs, empêcher que cela se produise. Les participants distribuent les cartes et la fête commence avec Jack, Jill, le Docteur mais aussi le Comte, le Grand Détective et quelques autres…

Si ce roman est très inspiré de mythologie lovecraftienne, il n’est pourtant pas nécessaire de s’y connaître pour apprécier le titre car je suis totalement novice en la matière et j’ai passé un bon moment malgré cela. En effet, s’il est très référencé sur Lovecraft, il l’est également sur la littérature populaire anglaise et les grandes figures ayant marqué son histoire occulte. Ainsi, les clins d’œil cachés au fil du texte en raviront plus d’un. D’ailleurs, les protagonistes sont rarement nommés. Sherlock Holmes est toujours appelé « Le Grand Détective » par Snuff, Jack est juste Jack, le Docteur Frankenstein est « Le Bon Docteur », etc. C’est assez plaisant de traquer les indices laissés au détour d’une phrase par Roger Zelazny. Cela apporte au roman une dimension ludique vraiment plaisante.

Le point fort de ce texte est, à mon sens, la narration menée par… un chien. Snuff est le chien de Jack (oui, ce Jack là) et son compagnon ésotérique. Chaque joueur en possède un et nous suivons les interactions entre ces différents compagnons. Chat, rat, hibou, corbeau, écureuil, serpent, tout ce petit monde coopère et / ou s’affronte pour obtenir ou échanger des informations capitales afin de remporter la victoire. Si ces animaux sont très humanisés car doués d’intelligence, ils se différencient assez bien des êtres humains pour apporter une dose de peps plutôt agréable à ce roman court et bien rythmé.

Si le style d’écriture n’est pas transcendant, il sert efficacement le récit riche en rebondissement et en action très graphique. Les chapitres courts concernent chacun une journée jusqu’au grand final qui m’a un peu laissée sur ma faim. C’est l’un des seuls reproches que j’ai à adresser au texte mais je suis peut-être passée à côté d’un clin d’œil, qui sait ?

Dernière remarque au sujet du roman, on parle de steampunk sur la quatrième de couverture mais je n’ai pas du tout retrouvé cet aspect dans le texte. Du coup, je m’interroge un peu sur ce que l’éditeur a voulu dire par là? Si quelqu’un a éventuellement la réponse pour m’éclairer, n’hésitez pas !

Pour résumer, le songe d’une nuit d’octobre est un texte qui plaira autant aux amateurs de Lovecraft qu’aux novices. Il propose une histoire sympathique et prenante racontée du point de vue d’un chien, ce qui change de nos habitudes. C’est un bon divertissement qui ne restera pas indéfiniment dans ma mémoire mais que j’ai été contente de découvrir.

Waterwitch – Alex Bell

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Waterwitch est un one-shot fantastique horrifique écrit par l’autrice anglaise Alex Bell. Traduit par les Éditions du Chat Noir dans sa collection Cheshire, vous trouverez ce texte au prix de 19.90 euros au format papier.

Emma revient en Cornouailles sept ans après un accident qui lui a coûté l’usage de ses jambes. Sa grand-mère est malade et elle veut passer du temps avec elle avant qu’il ne soit trop tard. Accompagnée par son chien guide Bailey, Emma retrouve également son meilleur ami d’enfance, Jem et sa petite sœur Shell. Pour échapper à un père violent, tous les deux vivent à Waterwitch, une auberge jadis rachetée par la grand-mère d’Emma qui est désormais mise en vente. Le bâtiment est réputé hanté car selon la légende, il aurait été construit avec le bois d’un bateau maudit, le fameux Waterwitch qui lui a donné son nom. Et l’esprit de la cave est particulièrement en colère contre nos héros.

Partant d’un postulat assez classique (un groupe de jeunes, un bâtiment hanté, les mises en garde trop nombreuses qui poussent encore plus Emma à s’approcher de l’auberge alors qu’on te l’avait dit hein, de pas y aller) et même cliché sur les premières pages, Waterwitch se révèle rapidement original et prenant.

Amoureux de la mer, de la sorcellerie et des superstitions, cet ouvrage comblera toutes vos attentes. Il sent l’iode et laisse les doigts poisseux de sel. On respire un grand bol d’air marin entre deux scènes oppressantes magistralement maîtrisées par l’autrice. Voilà une horreur crédible qui a su me jouer des tours et ce n’est pourtant pas si facile car je ne suis pas friande de ce genre. Souvent, je le trouve peu crédible mais Alex Bell sait y faire.

Contrairement à ce que laisse entendre le résumé de l’éditeur, Emma n’est pas l’héroïne de ce roman. Assez présente au début et très intéressante par son statut de personne à mobilité réduite, elle s’efface petit à petit au profit de Shell dont l’intérêt grandit en même temps que ses pouvoirs. Je tiens ici à préciser mon emploi du mot « intéressant » à côté de «personne à mobilité réduite » histoire que ça ne soit pas mal interprété. Souvent et surtout en littérature, on trouve des héros et des héroïnes en bonne santé qui marchent sur leurs deux jambes et souffrent de maux moraux ou psychologiques. Je ne me souviens pas avoir lu un jour un roman dans les genres de l’imaginaire avec une héroïne en fauteuil roulant. Je ne dis pas que ça n’existe pas, juste que je n’en ai jamais eu dans les mains alors que j’en lis quand même pas mal. Je n’imaginais pas forcément tout ce que pouvait impliquer une situation comme celle-là. L’autrice traite le handicap d’Emma d’une manière assez juste et intelligente en montrant les difficultés auxquelles ces personnes sont confrontées au quotidien sans pour autant la transformer en victime. À aucun moment elle n’inspire la pitié, au contraire. Franchement, les personnages sont un gros point fort dans Waterwitch.

Comme je le disais, Emma n’est pas vraiment l’héroïne du livre. Il y en a plutôt trois car Jem et Shell ne sont pas en reste. D’ailleurs, les chapitres courts proposent une alternance des points de vue à la première personne. Le nom du personnage qui s’exprime est chaque fois précisé dans l’en-tête.
Jem est un jeune homme qui cherche à  protéger sa sœur de leur père violent et qui se heurte aux réalités de la vie. Il fait ce qu’il peut pour gagner suffisamment d’argent afin de pouvoir manger chaque jour et ce n’est pas toujours possible. Quant à Shell, on se demande pendant tout le roman si elle est folle ou si elle a vraiment des pouvoirs. Ce doute qui plane se transmet aussi au lecteur et on tourne avidement les pages pour essayer de découvrir la vérité à son sujet.

Si l’autrice a parfois oublié de se servir des virgules, elle n’en a pas moins un style immersif et maîtrisé. Non seulement Alex Bell offre un roman fantastico-horrifique au top mais en plus elle parvient à traiter de sujets sociaux forts à travers ses trois héros: handicap, violence domestique, jeunes laissés seuls face à eux mêmes et à la difficulté de se nourrir, pour ne citer que les principaux. Ces deux aspects de ce roman se marient et s’équilibrent à merveille.

Pour conclure, je ne peux que vous recommander la lecture de Waterwitch qui se révèle une très belle découverte. Ce one-shot fantastico-horrifique séduira les adeptes du genre. Son ambiance marine sur fond de sorcellerie et de malédiction parait peut-être clichée sur le papier mais Alex Bell a plus d’un tour dans son sac ! Surtout avec ses personnages forts et attachants. Une très belle réussite (une de plus) pour les Éditions du Chat Noir.

Chambre Nymphale – Maude Elyther

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Chambre Nymphale est le premier roman de l’autrice française Maude Elyther. Publié chez Noir d’Absinthe dans la collection Onyria, vous trouverez ce roman en papier au prix de 17.90 euros.
Je remercie la maison d’édition pour ce service presse numérique.
Ceci est ma seconde lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone 2019.

Résumer ce texte est assez compliqué, comme souvent dans les romans oniriques. Du coup, pour cette fois, je vous propose de mettre directement la quatrième de couverture tirée du site de l’éditeur:
« À la suite d’un traumatisme, Otto se trouve confronté à un paysage de désolation et de ténèbres. En proie à ses démons, il évolue dans un univers de sombres fantasmagories, recréant la réalité en l’arpentant dans sa sensibilité, flirtant ou communiant avec la folie. Entre ses instincts archaïques et le Monstre dévorant, la métamorphose opère. »

L’autrice nous emporte dans un univers cauchemardesque au cœur de la folie qui secoue Otto. Elle joue habilement avec le lecteur en le perdant entre les frontières des genres. Du fantastique? Des hallucinations? Difficile de savoir où commencent les névroses et où le surnaturel prend le relais. Les deux restent, au long du texte, intimement liés ce qui offre un roman atypique et expérimental (le terme est utilisé par l’autrice elle-même).

La plume de Maude Elyther est déjà très affirmée et pleine de personnalité. On ressent l’influence des symbolistes et des décadents, à l’instar d’Apostasie quoi que le texte de Maude soit un peu plus moderne et plus jeune. Écrit à la première personne, le lecteur suit Otto durant sa convalescence jusqu’à sa rencontre avec Stéphane. Finalement, Chambre Nymphale est une romance mais pas de débordante de bons sentiments ou d’espoir. On y évoque une relation crue et dure entre deux hommes marqués par des traumatismes et secoués par des pulsions socialement inavouables. Maude articule son récit autour des émotions et offre une réflexion sur la notion si particulière d’identité. Pour en apprendre plus au sujet de Chambre Nymphale et des intentions de l’autrice, je vous renvoie à l’article de présentation sur son blog qu’il serait inutile de bêtement paraphraser dans ma chronique. Tout y est, finalement et c’est presque dommage que tout soit préalablement détaillé sans laisser une vraie place à l’interprétation des lecteurs.

Sur le papier, Chambre Nymphale avait tout pour me plaire car l’autrice partage un certain nombre d’influences avec moi et son interview sur le blog de sa maison d’édition avait titillé mon intérêt. C’est d’ailleurs suite à sa lecture que j’ai demandé le service presse sur Simplement.Pro. Pourtant, voilà, la sauce n’a pas pris et je peux vous dire que ça me désole. Tout est là ! L’autrice est quelqu’un que j’apprécie humainement, mais je suis passée à côté de son texte sans que je puisse me l’expliquer. Je lui décèle de réelles qualités, pourtant il n’a pas su me prendre aux tripes et j’ai déploré certains choix narratifs. Peut-être en attendais-je ? En tout cas, j’ai eu du mal à tourner les pages et à me sentir emportée par le personnage d’Otto. C’est son petit nombre de pages (150 sur ma liseuse) qui m’a fait le lire quasiment d’une traite.

À quoi sert ce billet, du coup? Et bien à vous inviter à vous forger votre propre opinion sur une autrice atypique qui traite de thèmes intéressants. Je persiste à dire que Chambre Nymphale n’est pas un mauvais livre, je suis simplement passée à côté. Je ne doute pas qu’il trouvera son public et je le recommande aux gens adeptes de l’onirisme cauchemardesque et des déviances humaines.

Ashwood #1 – C. J. Malarsky

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Ashwood est le premier tome d’une saga en deux volumes proposée par l’autrice américaine C. J. Malarsky. Vous trouverez ce roman dans sa version française aux Éditions du Chat Noir dans la collection Cheshire, au prix de 17.90 euros en papier.

Il s’agit du premier tome d’une série mais après discussion avec l’éditrice, il s’avère qu’Ashwood est vraiment construit comme un one-shot. Dans le « tome 2 » on voit à peine l’héroïne de celui-ci ce qui est bon à savoir car ça rend la fin vraiment osée. Du coup, j’en parle à dessein comme d’un tome unique.

Willow a 16 ans, aime les vêtements excentriques, la SFFF et les jeux vidéos. En compagnie de son cousin Devin et deux autres amis, elle part faire un shooting photo dans un asile abandonné. Le fameux Ashwood. Pas de bol, cet endroit est hanté et les peurs de Willow attirent sur elle l’attention malvenue d’esprits affamés qui mettent son âme en péril.

Je vous le concède volontiers: au premier abord, ça parait cliché. Dans les premiers chapitres aussi. Ça transpire le roman d’épouvante classique par toutes les lignes de la page au point que je lisais presque sans faire attention, comme quand on regarde un téléfilm sur AB3 (M6 en traduction pour la France) quoi. Un œil dessus et le reste du cerveau ailleurs.

Puis il s’est passé quelque chose de quasi miraculeux. Sans m’en rendre compte, Ashwood captait de plus en plus mon attention et je tournais les pages sans parvenir à le reposer. Pourtant, le style de l’autrice n’est pas particulièrement transcendant. Ni bon, ni mauvais, juste pas remarquable. Mais voilà, elle est parvenue à m’attraper dans ses filets (oserais-je dire à papillons?). Si bien que j’ai lu les 253 pages qui composent ce premier tome en une journée seulement. Un bon dimanche lecture comme je les aime !

C’est que, l’air de rien, le personnage de Willow est intéressant et inspire la sympathie. Pour une ado de seize ans, elle a une personnalité crédible et les mots de l’autrice nous transmettent très bien ses émotions. Willow est une lolita qui se passionne pour la pop culture, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des amis, une vie sociale, même si elle se sent un peu à l’écart. Les nuances apportées par C. J. Mallarsky sont plaisantes à trouver dans ce type de roman destiné à un public young adult.

Déjà dans l’asile, Willow n’est pas très rassurée et les blagues stupides d’Archimède (le colloc de son cousin alias la-tête-à-claque/enfoiré-de-première pitié qu’un mora mange ce type) ne font rien pour l’aider. Parce que c’est rigolo d’enfermer quelqu’un dans le tiroir d’une morgue, é-vi-de-mment. C’est là que Willow a ses premiers cauchemars et ça ne va pas aller en s’arrangeant. Au point que le réel se confond avec les ombres, même pour le lecteur qui ne sait plus à quel saint se vouer. Plus d’une fois, j’étais dans le doute et ça provoquait en moi une réelle tension. J’adore quand les auteurs parviennent à jouer avec mes nerfs et mes perceptions comme ça: chapeau !

L’intrigue d’Ashwood est simple mais prenante. Je trouve intéressant que l’autrice se soit inspirée de Jung (on en parle quand même moins que Freud) mais aussi de la mythologie russe pour tout ce qui touche à la dimension surnaturelle du roman. C’est plutôt rare comme choix et ça me parle bien.

Le seul petit point noir que j’ai à relever, c’est la présence de la pseudo romance avec Ilya. Elle ne me gênait pas trop jusqu’au dernier chapitre où j’ai roulé des yeux quand le mot « amour » a fait son apparition mais disons que le dernier paragraphe a rattrapé ce petit écart typique à la littérature young adult. Et ça reste cohérent avec le genre littéraire, c’est juste que je suis vite saoulée par ces détails.

En bref, Ashwood est un page-turner d’épouvante classique mais bien mené avec quelques touches d’originalité qui font toute la différence. Ce premier tome présente une héroïne qui sonne juste et à laquelle on s’attache rapidement. Quant à la fin, elle est magistrale et comme il s’agit finalement d’un tome unique en ce qui concerne Willow du moins, je peux sans hésiter la qualifier d’osée, d’assumée et même de culottée. Je le recommande sans hésiter.

Pornarina – Raphaël Eymery

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Pornarina est un roman d’enquête fantastique écrit par l’auteur français Raphaël Eymery. Publié chez Denoël dans la collection Lunes d’encre, vous trouverez ce livre au prix de 19 euros.
Je remercie FungiLumini du blog Livraisons Littéraires pour m’avoir prêté ce roman découvert grâce à sa chronique.

Pornarina est aussi connue comme la prostituée-à-tête-de-cheval. Elle sévit en Europe depuis plusieurs décennies et sa particularité est d’émasculer les hommes, qui en meurent sur le coup. Figure quasi mythologique, elle déchaine les passions au sein d’un cercle de spécialistes – les pornarinologues- auquel appartient le Dr Blazek. Nous suivons principalement sa fille adoptive, Antonie, contorsionniste naturel. Elle assiste son père dans sa quête de Pornarina ce qui la pousse à fréquenter tout un tas de personnes pas franchement fréquentables, justement.

Il est vraiment difficile de parler de ce roman à mi chemin entre une enquête et une étude des « monstres ». D’ailleurs, par moment, on est vraiment davantage dans un texte (pseudo) scientifique que dans un récit de fiction. Le roman s’ouvre sur un « nous » dont on ne saura jamais rien et qui ramène à la vie le célèbre détective, Sherlock Holmes. Ce « Nous » enquête sur le Dr Blazek dont nous apprenons le passé à travers les archives de Sherlock. Après cette introduction qui est un prétexte pour poser le personnage du docteur, nous faisons connaissance avec Antonie dans des chapitres à la troisième personne au style littéraire assez percutant. La personnalité du récit s’y marque bien et c’est une grande force de ce livre.

Antonie est une jeune fille aux os en caoutchouc. Orpheline trouvée dans la banlieue de Kiev, elle est élevée par le docteur pour devenir son assistante. Il est de plus en plus âgé et a du mal à continuer son enquête sur Pornarina. C’est donc Antonie qu’il envoie sur ses traces en espionnant un pornarinologue, surnommé Fel, qui semble avoir des informations intéressantes à ce propos.

Plus que Pornarina, à mon sens, c’est Antonie le personnage principal et la figure mythique sert simplement de prétexte pour faire avancer le récit et réfléchir sur une multitude de sujets dont, entre autre, la guerre des sexes, les déviances et la mythification des tueurs en série. Quand je dis qu’Antonie est le personnage principal, c’est parce qu’on suit son évolution ou plutôt, sa descente dans les abîmes de la folie jusqu’au chapitre final qui était peut-être un peu trop abrupt à mon goût. Antonie est une mise en abîme des propos tenus tout au long du texte et l’auteur le réalise d’une manière aussi maîtrisée qu’intelligente.

Pornarina est un roman de freaks, avec des personnages pervers et des scènes franchement malsaines. Il n’est pas à mettre entre toutes les mains mais je l’ai trouvé original autant dans son procédé narratif que dans cette façon qu’il a d’enseigner à son lecteur les perversions humaines. J’ai appris énormément de termes que je ne connaissais pas et j’ai eu le sentiment de me retrouver dans un immense cabinet des curiosités. La quatrième de couverture parle de ressusciter la tradition française du Grand-Guignol et je suis assez d’accord là-dessus. Si ce roman souffre des défauts induit par son culot, je reconnais volontiers le talent de Raphaël Eymery et espère que ça ne soit pas son dernier texte.

Pour résumer, Pornarina est un roman qui sort des sentiers battus et n’est pas à mettre entre toutes les mains. Ses indéniables qualités stylistiques et philosophiques se heurteront aux valeurs traditionnelles des lecteurs et ne pourra pas le laisser indifférent. Au lecteur à garder l’esprit ouvert ! Les thématiques de déviance et de différence développées tout au long du texte ont vraiment su me plaire et je recommande ce titre aux lecteurs avertis.