Les larmes de l’araignée – Pascaline Nolot

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Les larmes de l’araignée
est un roman jeunesse fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot. Publié par le Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés, vous trouverez ce texte via leur site Internet au prix de 10 euros.

Je vous ai déjà parlé du travail de cette autrice sur le blog, notamment avec son roman Rouge et sa participation dans l’anthologie Montres Enchantées.

De quoi ça parle ?
Dans la ville de Prudenge, l’ambiance est plutôt morose alors quand le Cirque d’Opale y fait escale, ça attire forcément les enfants ! C’est ainsi que Lucas et Gabin rencontrent Éloïse, une jeune funambule avec qui ils vont se retrouver piégés dans une usine désaffectée, devenue le repaire d’Arachné…

Un conte jeunesse déconcertant.
Les larmes de l’araignée a beau être publié dans la collection jeunesse du Chat Noir (public cible 9 – 12 ans) il ne se destine pas uniquement à ce public puisque Pascaline Nolot y propose une double grille de lecture, à la fois pour ravir un public jeunesse sans pour autant perdre les adultes au passage grâce à certains thèmes que je vais développer plus bas. Au final, j’ai retrouvé avec les Larmes de l’araignée le même plaisir qu’avec Fingus Malister d’Ariel Holzl (qui a lui aussi une double grille de lecture), sauf que l’autrice se situe dans un registre plus mélancolique avec un contexte peut-être plus oppressant, sentiment peut-être induit par la présence d’araignées.

Ce roman est donc très riche sur un plan thématique. On y évoque par exemple l’intolérance à travers la réaction des enfants vis à vis du cirque (Éloïse a subi du harcèlement dans son ancienne école) mais aussi celle d’un groupe de trois garçons qui ennuient Gabin pour son mutisme traumatique. On y parle aussi de la manière dont un trop plein d’ego peut se retourner (injustement ou non à nous de décider) contre quelqu’un et le sentiment de vengeance qui peut en découler, à nouveau justifié ou non quoi qu’il soit bien clair que la vengeance ne mène à rien de bon, au contraire. On retrouve finalement dans ce roman un aspect conte renforcé par la présence d’Arachné et le mythe développé autour d’elle. Les larmes de l’araignée réussit même à évoquer la crise sociale via la fermeture de l’usine de dentelle qui souffre, comme beaucoup de commerces, de la mondialisation. Enfin, on y parle de deuil, celui d’un parent et la manière d’y faire face à travers un élément fantastique qui participe au mystère d’ensemble. Le tout sans rien sacrifier à l’aventure ou à l’intérêt de l’intrigue, encore moins aux beaux messages de résilience et de ténacité ni aux valeurs de l’amitié.

Pour ne rien gâcher, Pascaline Nolot use d’un vocabulaire qui, tout en étant accessible à son public cible, ne sacrifie rien à la poésie de ses mots qui toucheront le cœur de tous ses lecteurs.

La conclusion de l’ombre :
J’ai énormément aimé ce texte à la double grille de lecture, qui permet d’être savouré autant par un public pré-adolescent qu’un public adulte et parvient à traiter en une petite centaine de pages beaucoup de thèmes forts sans donner l’impression d’un méli-mélo informe. Arachnophobes s’abstenir car ce texte déborde de petites bêtes à huit pattes, depuis la couverture jusqu’aux illustrations intérieures en début de chaque chapitre notamment. Illustrations superbes signées Mina M. comme toujours pour cette collection ! Voici un ouvrage très recommandable vers lequel se tourner entre deux pavés, qui permet de souffler et de découvrir les secrets de l’usine de dentelle noire.

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J’ai (enfin) lu la Passe-miroir de Christelle Dabos !

La-Pae-miroir
Et oui, ça y est ! Comme le hurle le titre, j’ai ENFIN lu la totalité de la Passe-miroir de Christelle Dabos grâce au coffret collector proposé en édition limitée par Gallimard que j’ai décidé arbitrairement de m’offrir pour Noël. C’est donc le moment de débriefer (à retardement je sais) sur ce phénomène littéraire francophone.

La Passe-miroir et moi.
Voilà des années que j’entends parler de cette saga, ayant plusieurs amies vraiment fans. J’ai toujours été intriguée par ce titre sans jamais vraiment oser sauter le pas pour une bête raison : le premier volume contenait le terme « fiancés » dans son titre et je craignais que la romance ne prenne une trop grosse place dans l’intrigue. De plus, tout l’engouement autour de la saga me rendait encore plus frileuse parce que j’ai ma propre logique (bancale) et que quand tout le monde adore quelque chose, ça me donne surtout envie de ne pas m’y arrêter. Cherchez pas, je suis montée à l’envers.

Mais j’ai finalement lu le premier tome il y a presque deux ans, après avoir vu à quel point l’autrice était populaire et surtout, super gentille. Pour vous donner une idée, sa présence aux Imaginales rendait la bulle du livre quasiment inaccessible parce que la file pour la voir s’étendait d’un bout à l’autre du chapiteau. C’était de la folie ! Une amie m’a alors prêté les fiancés de l’hiver, dont je vous avais parlé en détail sur le blog. Pour vous résumer ma première impression : j’avais adoré l’héroïne et le world-building mais je trouvais l’intrigue assez longue à se mettre en place et quelques maladresses stylistiques, lourdeurs et longueurs diverses, un peu surprenantes pour un éditeur aussi gros que Gallimard. J’avais tout de même eu envie de lire la suite, par curiosité, mais vous connaissez ma tendance à la procrastination.

Nous voilà donc des années (okey, deux, mais ça reste un pluriel) plus tard. Gallimard sort un coffret collector en édition limité qu’une amie achète pour lire les deux derniers volumes et posséder la saga complète dans une belle édition. C’est son enthousiasme (car je la sais très carrée, étant elle-même éditrice (oui c’est Émilie donc)) qui m’a fait sauter le pas. J’ai décidé de passer la fin d’année 2020 et le début de 2021 dans cet univers et je vous propose un billet sur mon ressenti global parce que je trouve ça plus pertinent que de fournir une chronique de chaque tome. Non pas que la matière manque pourtant mais quand j’ai la possibilité de tout faire en une fois, je ne m’en prive pas. D’autant que les chroniques de suite ont tendance à être moins lues, ce qui est logique.

À ce stade il est important de rappeler que cet article se concentre sur ma lecture de la saga entière et plus spécifiquement des tomes 2, 3 et 4. Elle contiendra donc des éléments d’intrigue et j’ai même prévu un paragraphe sur la fin. Si vous n’avez pas lu cette saga et que vous comptez le faire, n’allez pas plus loin !

Une édition collector de qualité.
Avant de me lancer dans la saga en elle-même, je dois m’arrêter sur l’édition collector proposée par Gallimard, limitée à 7000 exemplaires. Les tomes sont magnifiques, le dos du livre porte les mentions de tomaison avec une dorure de couleur différente pour chaque là où la couverture se dédie entièrement au dessin d’origine réalisé par Laurent Gapaillard. Chaque volume, à partir du second, s’ouvre sur un élément d’annexe comme une carte des différentes roses des vents / arches, une liste de tous les esprits de famille, une présentation / rappel de chaque personnage, etc. Je ne sais pas si c’est également présent dans les tomes d’origine mais je trouve ces initiatives vraiment intéressantes. D’autant que l’autrice fait un résumer des informations importantes de l’intrigue au début de chaque nouveau volume, ce qui est excellent pour la mémoire. Forcément, quand on les enchaine comme moi, ce n’est pas utile mais pour celles et ceux qui suivaient la parution depuis le début, ça ne manquait pas d’utilité.

Pour ne rien gâcher, l’édition collector contient également un petit livre sur l’univers de la Passe-miroir qui reprend en réalité tous les bonus contenus dans les tomes mais propose également plusieurs croquis des travaux du dessinateur ainsi qu’une partie « notes » où le lecteur peut écrire tout ce qui lui plait. Plus que l’objet en lui-même, c’est ce qu’il représente qui compte et qui est rappelé par cette simple phrase : « Chaque esprit de famille a un Livre. »

Passons (enfin) au cœur du sujet.

Un world-building époustouflant.
C’est ce que je retiens principalement de ma lecture. Christelle Dabos a imaginé un univers d’une grande richesse qui déborde d’imagination. Il s’agit, contre toute attente, d’un roman qu’on peut classer stricto sensu dans le post-apocalyptique, pourtant l’ambiance est loin de ce qu’on peut lire d’habitude dans ce genre. En quelques mots : il y a eu, à une époque, un Effondrement de ce qu’on suppose être notre monde, qui fait qu’il est maintenant divisé en plusieurs Arches à la tête de laquelle on trouve un Esprit de Famille. Leurs descendants sont des personnes dotées de pouvoirs divers et variés allant de l’animisme au contrôle des sens, des illusions, des éléments et j’en oublie. Les sociétés se sont adaptées à leurs arches, à leurs esprits de famille et à leurs pouvoirs, proposant des modèles sociaux aussi divers que variés.

L’intrigue s’articule autour de trois arches : Anima, le Pôle et Babel. Anima est l’arche des animistes, dont est issue Ophélie, l’héroïne. Elle possède un pouvoir de liseuse, c’est à dire qu’en posant ses mains sur un objet, elle peut en voir le passé et les émotions / souvenirs qui y sont imprégnés. Elle est également capable d’animer certains objets (dont la fameuse écharpe, meilleur accessoire jamais inventé en littérature ♥) et de passer d’un miroir à un autre sur une certaine distance, d’où le titre de la saga. Anima est une arche à l’ambiance particulière où les objets sont animés, ont un caractère, des émotions, c’est un joyeux boxon donc là où le Pôle est une arche beaucoup plus rude sur bien des plans. Alors quand la pauvre Ophélie va devoir s’y rendre pour se marier, elle va être dépaysée…

J’ai souvent lu une comparaison entre Christelle Dabos et J. K. Rowling, ce que je conçois dans une certaine mesure. Les deux autrices partagent en effet un type d’imagination commun dans le sens où elles créent des univers entiers, des sociétés entières, originales, loufoques, extravagantes mais crédibles et ce en se souciant des moindres détails et en s’inspirant de notre Histoire. Christelle Dabos ne copie pourtant pas le moins du monde Rowling, elle s’inscrit simplement dans une idéologie créatrice semblable, ce que j’ai adoré retrouver.

Une intrigue en dent-de-scie.
La Passe-miroir commence avec les fiançailles d’Ophélie et de Thorn, organisées par les Doyennes d’Anima qui ne se soucient pas trop d’obtenir l’aval de la jeune fille. On comprend vite que Thorn souhaite l’épouser pour obtenir ses pouvoirs de liseuse car le mariage, au Pôle, est accompagné d’un rituel qui permettent aux époux de mélanger leurs pouvoirs. Thorn souhaite devenir liseur afin de lire le Livre de Farouk, l’esprit de famille du Pôle, et découvrir grosso modo les secrets du monde, de sa création, de son état actuel. De nombreuses péripéties vont venir étoffer ce concept basique, le complexifiant jusqu’à le rendre vertigineux. L’autrice m’a très régulièrement surprise car je n’imaginais pas une seconde que l’histoire prendrait un tel tournant. J’étais persuadée qu’elle se développerait au Pôle, endroit que j’appréciais beaucoup. Le tome 2 est d’ailleurs mon favori ! En réalité, la majeure partie des évènements importants se déroulent sur Babel (les tomes 3 et 4) et rabattent complètement les cartes tant au niveau de l’ambiance globale (de plus en plus sombre) que des éléments d’intrigue (de plus en plus complexe).

Quel tournant, vous demandez-vous peut-être ? Et bien on y parle de Dieu, de métaphysique, de corne d’abondance, de sciences aussi d’une certaine manière (quoi qu’elle soit propre à cet univers), de politique, de changement, de ce qui est bon ou non pour l’humanité, et finalement on pourrait presque résumer tout ça en : l’enfer est pavé de bonnes intentions. Tout ce qui tourne autour de Dieu est franchement bluffant et bien trouvé, jusqu’à la faute d’orthographe qui remet tous les éléments en perspective. L’autrice a, de ce point de vue, vraiment bien joué avec son lecteur et même finalement un peu trop…

En effet, même si je trouve que l’univers créé par Christelle Dabos ainsi que les explications apportées par elle lors du final se tiennent bien, je regrette un manque de préparation. Les tomes sont assez épais, pourtant les différents éléments qui constituent l’explication finale me semblaient parfois un peu sortis de nulle part si bien que je restais décontenancée en tournant les pages, à me demander si je n’avais pas loupé une marche. Je réfléchissais tellement que je sortais de ma lecture. En réalité, je ne m’attendais tellement pas à tout ce qui est arrivé et à la tournure prise par l’histoire que j’ai eu un peu de mal, je pense, à me laisser embarquer et ce malgré la richesse des personnages.

Ophélie, Thorn et… Victoire ?
Je ne vais pas m’attarder sur la galerie très variée et riche des personnages qui se développent d’un tome à l’autre autour d’Ophélie. J’ai rarement croisé une autrice capable de créer des protagonistes secondaires aussi attachants et bien fichus. On sent qu’il y a un soin très particulier apporté à cela et ça a été un vrai plaisir pour moi de rencontrer ces différents acteurs qui gravitent dans cette intrigue un peu folle. Il y aurait beaucoup à dire sur chacun d’eux alors je vais surtout me concentrer sur ceux qui ont des chapitres de leur point de vue, bien que tout soit rédigé à la troisième personne.

Les deux premiers tomes sont relatés exclusivement du point de vue d’Ophélie. À partir du troisième, qui se déroule presque trois ans après la fin du deuxième, on découvre certains chapitres dédiés à la jeune Victoire, fille de Farouk et Berenilde (la tante de Thorn). Ces chapitres permettent d’avoir un œil sur les évènements qui se déroulent au Pôle et sur la tante de Thorn mais ils n’ont, en réalité, aucun véritable intérêt pour l’intrigue et sont assez secondaires si pas un brin lourd. Dans le dernier volume, l’autrice décide d’écrire deux chapitres du point de vue de Thorn et à nouveau, ils sortent un peu de nulle part bien qu’ils aient, eux, un sens. Ces chapitres étaient tellement bons, tellement intéressants puisque Thorn est un personnage très singulier, que j’ai soudain regretté que Christelle Dabos n’ait pas rédigé toute sa saga dans une alternance de point de vue entre Ophélie et lui.

Un tel choix aurait par ailleurs permis de développer un peu mieux la relation entre eux qui me parait, encore aujourd’hui, sortie de nulle part. En tout cas, l’aspect amoureux. En effet, l’intendant du Nord est présenté pendant presque deux tomes comme quelqu’un de froid, de distant, qui a des émotions mais ne sait pas les exprimer, plutôt asocial, renfermé sur lui-même, bourré de manies, de tocs, très carré, très porté sur l’hygiène absolue, la ponctualité, la régularité, etc. C’est un homme rude, rigoureux, qu’on a du mal à cerner si bien que quand il souffle son amour à Ophélie pour la première fois dans le tome 2, c’est totalement incongru, du moins pour moi. Idem, le comportement d’Ophélie par la suite n’a pas de sens car rien dans sa psychologie ne prépare vraiment à son revirement. Je sais qu’elle passe beaucoup de temps à se voiler la face, mais bon… J’aurai trouvé bien plus crédible et intéressant qu’ils soient amis ou développent à la limite une relation platonique car les quelques écarts intimes du dernier tome tombaient, selon moi à nouveau, comme un cheveu sur la soupe.

Contrairement à beaucoup, je suis par contre très satisfaite de la fin et du choix de l’autrice. C’était osé, franchement, bravo !

La conclusion de l’ombre :
La saga de la Passe-miroir de Christelle Dabos est particulièrement remarquable au niveau de son world-building et de son héroïne atypique avec laquelle j’aurais apprécié grandir. L’autrice ne manque pas d’imagination et apporte un soin particulier à la construction de ses personnages, ce qui les rend tous intéressants et attachants d’une manière ou d’une autre. Si je ne regrette ni ma lecture ni ma découverte, je ne peux pour autant pas parler d’un coup de cœur monumental comme ça a été le cas chez beaucoup car je me suis sentie trop déboussolée par la tournure prise par l’intrigue et par sa conclusion où tout s’emboîte bien sans pour autant que j’y ai été correctement préparée en tant que lectrice. J’apprécie par contre le choix final de l’autrice concernant Thorn et Ophélie, qui ne manque pas d’audace. Dans l’ensemble, cette saga ne peut pas laisser indifférent et je comprends à présent pourquoi elle a déjà séduit tant de lecteurs. C’est un texte tout à fait recommandable qui a beaucoup plus à offrir que ce qu’on pourrait croire de prime abord.

D’autres chroniques : il y en a plus de 1300 rien que pour le premier tome sur Babelio donc je vous avoue que j’ai un peu abandonné l’idée de trier. Par contre si vous suivez le blog, n’hésitez pas à me renseigner vos chroniques dans les commentaires pour que je les ajoute à cet article 🙂

« L’Homme Chocolat » & « L’Arbre d’Imagination » – Aurélie Mendonça

Bonjour tout le monde !

Petit article dédié à la fois à une autrice et au Projet Maki. puisque je vais réunir ici deux nouvelles écrites par Aurélie Mendonça et publiées par les éditions 1115. Je vous ai déjà évoqué le travail de cette autrice à travers son roman Pandémonium publié aux éditions du Chat Noir. Il est désormais temps de voir comment elle se débrouille sur le format court.

Attention, comme il s’agit d’un format (très) court, cette chronique contiendra des éléments clés de ces textes pour pouvoir en parler d’une façon pertinente et intéressante. Vous êtes prévenu(e)s !

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L’Homme Chocolat
(lecture au 11/12/2020)
1115 éditions – 2 euros – 32 pages.
L’Homme Chocolat est une très courte nouvelle d’à peine 12 pages sur ma liseuse et en enlevant les mentions légales, on en arrive facilement à 9. On y rencontre un personnage féminin qui est obsédé par un personnage masculin. Ces personnages n’ont pas de noms et la narration est à la première personne, du point de vue de la (jeune ?) femme. Il faut savoir que cette nouvelle a été publiée à l’occasion de la Saint Valentin, ce que j’ai appris seulement après ma lecture.

Au départ, je me pensais dans une histoire classique quoi que notre héroïne (appelons la ainsi) soit un brin obsédée et entreprenante ce qui s’éloigne des standards du genre. Puis je me suis demandée s’il ne s’agissait pas plutôt d’une histoire de zombies… Avant que la toute fin ne m’oriente vers une interprétation plus littérale du titre avec une femme obsédée par le chocolat. À l’heure actuelle, j’ignore encore pour quelle interprétation opter et je pense qu’en cela réside justement la force de ce texte puisqu’Aurélie Mendonça propose une nouvelle aux multiples lectures ce qui est une vraie expérience en soi. Je ne peux pas la réduire à « j’ai aimé » ou « je n’ai pas aimé », par contre l’expérience de lecture m’a beaucoup plu !

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L’Arbre d’Imagination (lecture au 16/12/2020)
1115 éditions – 4 euros – 64 pages
Keryan est élève au CE1 dans une petite école de village. Du haut de ses sept ans, il est très excité à l’idée des sorties à la bibliothèque, organisées par l’école, qui reprennent justement cette année grâce à l’arrivée d’une nouvelle bibliothécaire. Celle-ci apparait tout de suite un peu magique aux élèves avec ses cheveux bleus… Sans compter qu’elle essaie de mordre l’un d’eux ! La faute à celui qui lui a volé (littéralement) son cœur. Keryan va donc devoir plonger dans l’Arbre d’Imagination pour la sauver et récupérer l’organe dérobé.

Ce court texte jeunesse déborde de douceur et de magie enfantine. Impossible de ne pas retomber en enfance avec cette fantastique aventure et cette véritable ode au pouvoir de l’imagination au sein d’un monde de plus en plus rationnel. À nouveau, en peu de pages, Aurélie Mendonça réussit l’exploit de nous toucher en plein cœur (si aucun sorcier maléfique ne vous l’a volé !). Je trouve d’ailleurs que son concept pose les bases pour éventuellement un roman jeunesse qui s’annoncerait bien sympathique à découvrir. Je précise toutefois que l’histoire est bien close sur elle-même, l’autrice maitrise les codes de la nouvelle. C’est simplement moi qui extrapole. Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup aimé cette nouvelle et son message. 

D’autres avis : je n’en ai pas trouvé ! N’hésitez pas à me communiquer le lien vers votre chronique 🙂

Maki

 

Vilain chien ! – Morgane Caussarieu

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Vilain chien !
est le nouveau roman jeunesse de l’autrice française Morgane Caussarieu. Publié aux éditions du Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés, vous trouverez ce texte sur leur site au prix de 10 euros.

De quoi ça parle ?
Québec, au milieu de la forêt. Zach vient de perdre son père dans un accident de chasse et n’accepte pas sa disparition. Le soir d’Halloween, son étrange voisin lui offre un chiot, un chiot plutôt spécial…

Adapter son écriture au public.
Morgane Caussarieu s’est illustrée dans l’écriture de fiction pour adulte, que ce soit dans l’imaginaire (Dans les veinesJe suis ton ombreRouge ToxicRouge Venom) ou dans la littérature blanche (ChéloïdesTechno Freaks). C’est par ce biais que je l’ai connue et que je suis devenue accro à sa plume et à sa façon de raconter une histoire. Quand j’ai appris qu’elle s’essayait au roman jeunesse, je ne savais pas trop quoi en penser ni, surtout, quoi en attendre. J’ai très clairement acheté ce livre à cause du nom de son autrice et j’ai bien fait de croire en son talent !

L’exercice difficile quand on écrit pour la jeunesse est d’adapter son style littéraire au public visé et Morgane Caussarieu a relevé le défi haut la main sans pour autant tomber dans l’infantilisation. Il faut dire que ce n’est pas la première fois qu’elle écrit du point de vue d’un enfant (Poil de Carotte, les journaux de Gabriel) et même si le contexte est ici moins sombre (heureusement pour le pauvre Zach) son expérience se ressent dans la maîtrise qu’elle met dans cet exercice. Son écriture possède une vraie personnalité, une vraie originalité, qui vient aussi du lieu où se déroule l’histoire, à savoir le Québec. En effet, l’autrice a parsemé son roman d’expressions locales mises en italique pour avertir le public français que non, il ne s’agit pas d’une faute, juste d’une expression qui parait d’emblée exotique à tout lecteur non québécois (et c’est une belge qui vous le dit). De plus, même si le roman est écrit à la troisième personne du point de vue de Zach, le lecteur n’a aucun mal à s’immerger dans l’ambiance un peu angoissante qui est dépeinte, un brin fantastique aussi à sa façon. Au contraire, le point de vue de l’enfant renforce l’aspect émotionnel. Rien que sur ce point, j’ai été bluffée.

Le deuil et les animaux
Le père de Zach était un chasseur là où son fils a tendance à plutôt aimer les animaux et ne pas vouloir les tuer. Petite nuance importante, l’autrice ne se contente pas de juste cracher sur les chasseurs, elle explique leur façon de considérer la nature, l’empaillement de leurs proies, etc. C’est intéressant car même si on sent (ou on croit sentir en tout cas) que leur opinion n’est pas partagée par elle, Morgane Caussarieu ne tombe à aucun moment dans le manichéisme.

Le texte s’ouvre sur une scène de chasse où l’enfant se révèle incapable d’appuyer sur la détente et de tuer un orignal, ce qui a entrainé une déception paternelle. Pourtant, le père n’est pas décrit comme un stéréotype du chasseur macho et barbare. Il est nuancé, différent, on ressent à son sujet des sentiments ambivalents. Sa perte est difficile à vivre pour Zach même s’il est persuadé que son père va revenir puisque dans son schéma de pensée, quand on est mort, on est forcément empaillé donc si on a mis son père dans une boîte, c’est qu’il va revenir. Ai-je oublié de préciser que l’homme était taxidermiste ? Quoi qu’il en soit, cette négation de l’évidence entre en conflit avec le deuil maternel. La mère a du mal à remonter la pente et une chance qu’un ami de la famille pense à apporter des courses sans quoi l’enfant aurait été laissé en plan…

L’arrivée du chiot va tout chambouler, chiot dont Zach ne veut même pas vraiment mais dont il va s’occuper, faisant montre d’un sens des responsabilités plutôt aiguisé pour son âge (dix ans à peine). Leurs interactions et leur relation vont évoluer jusqu’à un final surprenant qui m’a émue aux larmes. Qu’on possède ou non un chien, impossible de rester de marbre face à ces 140 pages.

Les animaux ont donc une grande place dans Vilain chien ! déjà à travers le personnage du chiot mais aussi avec ce qui tourne autour de la chasse et de la taxidermie. L’autrice en profite pour glisser un discours sur le respect des animaux et de la nature qui a tout de suite trouvé un écho en moi et ne manquera pas d’atteindre les jeunes lecteurs comme les moins jeunes. La richesse thématique de ce court roman est vraiment sidérante, quel boulot !

De belles illustrations (comme toujours !)
Comme vous le savez peut être, chaque texte de la collection Chatons Hantés est illustré par la talentueuse Mina M qui est également à l’origine de la couverture. Il y a sept illustrations dans ce volume et elles représentent toutes un moment clé de l’histoire. Je suis particulièrement sous le charme de celle du chien dans le fauteuil et j’espère qu’on pourra la trouver sous format de carte ou quelque chose comme ça parce qu’elle me rappelle un peu mon Loki et je trouve ça sympa. Bref, tout ça pour dire que ces dessins apportent une vraie plus-value au roman et accompagnent magnifiquement les mots de l’autrice.

La conclusion de l’ombre :
Vilain chien ! est un roman jeunesse intense et émouvant. Morgane Caussarieu propose un protagoniste attachant et traite avec brio de thématiques difficiles comme le deuil d’un parent en y ajoutant l’importance de défendre la nature et les animaux. Vilain chien ! est un texte d’une grande richesse devant lequel on ne peut rester indifférent, peu importe notre âge. J’en suis la première surprise mais il s’agit d’un coup de cœur pour moi que je recommande chaudement aux parents mais aussi à celles et ceux qui ont envie de lire un texte court, touchant et bien fichu sur tous les points.

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Vita nostra – Marina & Sergueï Diatchenko

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Vita nostra
est le premier tome des Métamorphoses, une trilogie écrite par deux auteurs ukrainiens : Marina et Sergueï Diatchenko. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 25.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Notez que s’il s’agit bien d’une trilogie intitulée « Les Métamorphoses », chaque tome se veut indépendant.

De quoi ça parle ?
Alors qu’elle passe des vacances d’été avec sa mère, Sacha rencontre un mystérieux homme qui lui demande d’accomplir certaines tâches afin d’entrer à l’institut des technologies spéciales de Torpa. Torpa, un coin paumé à la campagne… Quant à cet institut, impossible de savoir ce qu’on y étudie véritablement, pourquoi les professeurs les contraignent à lire un livre incompréhensible ou encore pour quelle raison les étudiants plus âgés sont aussi bizarres. Hélas, contrainte par la peur, Sacha ne va pas avoir le choix que de donner le meilleur d’elle-même afin d’éviter que ses proches en paient le prix.

Un roman que l’on vit.
Difficile d’écrire en long en large et en travers au sujet de Vita nostra car tenter une analyse littéraire classique menacerait de rendre fou tout qui s’y attaquerait en profondeur. Évidemment, on pourrait parler de cette école étrange qui semble enseigner une forme de magie -bien que le terme ne soit jamais prononcé ou même écrit. On pourrait évoquer les obstacles auxquels sont confrontés les étudiants, qui doivent sacrifier leur moi profond dans leur pratique afin d’être reconstruits pour réussir à atteindre le véritable pouvoir et donc dire qu’il s’agit d’un roman initiatique avec une métaphore sur le passage à l’âge adulte. On pourrait évoquer le lien qui existe avec la philosophie, parler d’Ovide et parler du concept de Verbe (parce qu’au commencement était le Verbe, il paraît). On pourrait feindre avec un peu de poudre aux yeux d’avoir tout compris à chaque instant…

Mais ce serait un mensonge.

Vita nostra est un roman qui se vit, qui se ressent, qu’on doit lire en acceptant de ne pas tout saisir à chaque seconde tout en, paradoxalement, comprenant ce qui y est raconté -au moins sur le fond. C’est un texte au sein duquel on se plonge avec délice, terreur mais aussi un brin de voyeurisme malsain qui nous pousse à tourner les pages pour savoir ce qui arrivera ensuite, dans une frénésie incompréhensible. On tremble pour Sacha, on se demande si elle réussira à atteindre les objectifs exigés par ses professeurs ou si elle devra encaisser les conséquences de ses échecs. On s’interroge, on essaie de résoudre les mystères posés par ce duo d’auteurs et chaque fois qu’un début de réponse arrive, elle ne colle jamais à ce qu’on aurait pu imaginer.

On la suit, Sacha, pendant les trois premières années de sa scolarité. On la voit évoluer. On se sent proche d’elle, de plus en plus. On s’engage sur un chemin parallèle au sien. Nous aussi, en tant que lecteur, on change probablement un peu à la lecture de ce texte. C’est toute la magie de Vita nostra.

Vita nostra est brillant, voilà. On peut le résumer ainsi sans que ça ne lui rende totalement justice. Difficile d’en parler, difficile de mettre en avant des éléments au lieu d’autres car tout a été minutieusement tricoté pour former un ensemble cohérent, solide, addictif. C’était une lecture puissante, passionnante, marquante, que je ne peux que recommander chaudement. Je suis vraiment heureuse d’avoir lu ce roman dans ma vie.

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À l’ombre du (100e) Bifrost : la bête du loch Doine & Décapiter est la seule manière de vaincre – Thomas Day

Bonjour à tous !

Comme vous le savez si vous suivez ce blog avec attention, j’ai décidé de m’offrir un abonnement à la revue Bifrost à l’occasion de son 100e numéro. Depuis des mois et même des années, je lis des blogpotes parler de cette publication et j’ai fini par craquer. Je me tâte toujours à écrire un article concernant ma découverte en elle-même mais il me semblait intéressant d’en rédiger un au sujet des quatre nouvelles présentes au sein de ce numéro. Deux écrites par Thomas Day, une par Catherine Dufour et une autre par Rich Larson.

Je vais commencer par un article au sujet des nouvelles de Thomas Day et j’en écrirai un autre sur celles de Catherine Dufour et Rich Larson.

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La Bête du loch Doine – Thomas Day
Lecture le 30 octobre 2020.
Le numéro étant consacré à cet auteur, il est juste qu’une de ses nouvelles l’inaugure. La Bête du loch Doine se déroule dans une ambiance médiévale et a pour personnage principal Zeite, un juif qui a traversé une partie du monde pour se rendre dans les pays du nord et étudier la religion de l’Arbre après avoir perdu foi en la sienne. Pour cela, il rejoint un programme de noviciat mais subit la méfiance des autres apprentis. Un jour, le Grand Prêtre lui confie une mission : se rendre dans un village près du loch Doine et y rencontrer Ryhope, une veuve bûcheronne, pour qui il va devoir marquer des arbres. En effet, dans cet univers, il est interdit de couper un arbre sans l’accord d’un prêtre ou d’un représentant de la religion de l’Arbre.

Lors de cette mission, Zeite va être confronté à une créature qu’il ne pensait pas exister et cela va remettre ses priorités en question.

Cette nouvelle est extrêmement riche mais m’a laissée un goût de trop peu par sa fin qui n’en est pas vraiment une selon moi. Thomas Day esquisse un chouette concept avec un personnage principal venu de loin qui a déjà un certain bagage de vie et de spiritualité. Cela donne lieu à une conversation très intéressante avec le Grand Prêtre sur des notions de religiosité qui ne m’ont pas laissé indifférente.

Quand Zeite commence sa mission, il va rencontrer le personnage de Ryhope qui est une femme plutôt intéressante et différente de ce qu’on voit d’habitude. Veuve, un peu vieillie, elle dégage une aura de puissance tout en ayant une vulgarité de Burgonde (comprendra qui pourra 😉 ). Leurs interactions ne manquent pas d’intérêt, surtout dans le prisme de représentation féminine. Ryhope est forte et fidèle à elle-même, peu féminine au sens conventionnel du terme mais je l’ai trouvé rafraichissante.

C’est justement parce que tous les jalons mis en place par l’auteur sont très stimulants que je me retrouve avec cette frustration à la fin. Il reste encore beaucoup à exploiter vu le revirement connu par Zeite dans ses centres d’intérêt (justement suite à la rencontre avec la créature que je ne citerais pas) mais, comme c’est précisé dans la préface, l’auteur l’envisage pour un projet plus long. Hélas, comme le souligne cette même préface, ce n’est pas la première fois qu’il annonce cela pour une nouvelle et on l’attend encore. Je croise donc les doigts !

Décapiter est la seule manière de vaincre – Thomas Day
Lecture le 31 octobre 2020.
Tout qui a un peu lu la bibliographie de l’auteur sait que l’Asie tient une grande place dans son écriture. Pour ma part, j’ai déjà pu découvrir Dragon et la voie du sabre dans cette veine, deux textes dont je garde un assez bon souvenir. Je partais donc avec de grandes attentes concernant cette nouvelle.

Celle-ci se déroule dans un futur plus ou moins proche où la société Sony se trouve en position de trust dans le domaine de la technologie. Umezaki semble à sa tête et est régulièrement défié par la Renarde, une femme sortie de nulle part qui enchaîne les duels avec lui. Dans cette diégèse, les consciences des participants sont sauvegardées juste avant le combat, ce qui permet de s’entretuer sans réelles conséquences puisque les corps sont remis en état par la suite. Si la Renarde l’emporte sur Umezaki, elle gagnera en pouvoir au sein de la société et la perspective inquiète Kimiko, la fille d’Umezaki.

La narration s’alterne entre Umezaki et Kimiko, la première partie est intitulée Recto et l’autre Verso, ce qui me fait m’interroger sur une possible métaphore dont la substance principale m’échappe toutefois. Il me manque une clé pour bien saisir, à moins que ça ne soit voulu par l’auteur ? Ce n’est en aucun cas gênant, toutefois.

Ce texte est assez court, il occupe seulement 7 pages au sein du Bifrost et l’auteur arrive à esquisser un univers vraiment étonnant. Toutefois, à nouveau, j’ai le sentiment qu’il s’agit plus d’une mise en bouche pour un univers plus large que d’une nouvelle achevée sur elle-même. Elle n’en restait pas moins intéressante à lire et j’ai été surprise par son dénouement.

D’autres avis : pas encore à ce que j’ai pu voir mais cela ne saurait tarder !

Maki

Les miracles du bazar Namiya – Keigo Higashino

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Les miracles du bazar Namiya
est un one-shot fantastique écrit par l’auteur japonais Keigo Higashino. Publié chez Actes Sud, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 22.80 euros.

De quoi ça parle ?
2012. Après avoir commis un cambriolage, trois amis se réfugient dans un bazar abandonné, le temps d’une nuit. Là, ils découvrent une lettre vieille de 32 ans, adressée à l’ancien propriétaire qui était connu à l’époque pour apporter ses conseils sur tous les problèmes qu’on lui soumettait. Les trois hommes décident finalement d’apporter une réponse à cette lettre… et d’autres arrivent ! Toutes vont permettre de découvrir un morceau de l’histoire du fameux bazar Namiya.

Parler avec son cœur.
J’avais commencé à écrire au sujet de ce roman une chronique traditionnelle accompagnée par une sorte d’analyse sur cette idée de voyage dans le temps quejenaimepasmaisiciçapassecrème bref, vous voyez le tableau. Puis je me suis dit… Non. Juste non.

Je n’ai pas envie de m’appesantir pendant des paragraphes sur cette idée intéressante et subtile qui apporte l’élément fantastique indispensable au déroulement de l’intrigue. Je n’ai pas non plus envie de fournir une analyse sociologique de la société japonaise, de sa mentalité, des problèmes rencontrés par ceux qui demandent de l’aide au bazar ni même au concept de base qui ne peut décidément fonctionner QUE dans une société asiatique. Non. Pour lui rendre dignement hommage, je pense qu’il est nécessaire d’en parler humainement. Cette chronique sera donc plus courte et plus personnelle que d’habitude.

Parce que ce roman, il a provoqué en moi son lot d’émotions et c’est devenu assez rare pour que je le souligne. Je l’ai dévoré en deux jours, je le lisais même en marchant de la gare au boulot parce que j’avais envie de connaître la suite. Pourtant, je suis frileuse face à une thématique temporelle comme celle-là et je ne suis généralement pas très attirée par les romans dit « feel-good » (terme que j’ajoute après coup car je l’ai lu dans différentes chroniques sans que je ne le sache en amont). Mais ici, l’auteur a réussi l’exploit de me captiver grâce à ces petites tranches de vie nippones qui dépeignent les liens tissés entre différents protagonistes via ce fameux bazar. Ces histoires sont finalement les éléments les plus importants du texte, l’aspect fantastique sert surtout de prétexte pour voyager entre plusieurs époques (entre 1980 et 2012) au Japon et montrer l’évolution de ce pays sur plusieurs plans via les différents personnages. Donc, oui, il s’agit bien d’un roman choral divisé en plusieurs parties, chacune nommée par une en-tête concernant le surnom de la personne aidée.

Le texte de Keigo Higashino est plus qu’un roman avec une pointe de fantastique. C’est un texte social et surtout, un texte humain qui se concentre sur les individus, leurs vies, leurs choix, sans apporter de jugement sur ceux-ci. J’ai ressenti beaucoup de bienveillance au sein de ce texte, beaucoup de douceur aussi, le tout servi par une plume simple et directe, sans fioritures inutiles. Au fond, le concept du roman devrait s’appliquer dans notre vie de tous les jours : donner des conseils aux autres s’iels le sollicitent et le faire en prenant soin d’y réfléchir soigneusement avant. Je pense qu’on y gagnerait tous.

Malgré mon coup de cœur, je ne peux pas affirmer que ce roman est parfait ou qu’il conviendra à tout le monde. C’est aussi ce qui fait son charme. Les trois cambrioleurs sont parfois assez bruts de décoffrage, certains personnages ont d’étranges réactions aux évènements et certains enchainements temporels restent flous (volontairement ?) toutefois je n’ai aucun mal à l’oublier devant tout ce que ce roman a à offrir. D’autant que ces éléments peuvent totalement se justifier par la culture nippone de manière globale. Ainsi, ce ne sont pas des défauts en soi, plutôt des différences par rapport à nos habitudes qu’il faudra accepter pour rentrer pleinement dans ce si merveilleux texte. Je n’ai eu, pour ma part, aucun mal à m’y plier.

J’espère que vous serez nombreux/ses à tenter l’aventure du bazar Namiya.

La conclusion de l’ombre :
Les miracles du bazar Namiya est un roman fantastique / tranche de vie profondément humain. Difficile de le poser une fois entamé car la plume et l’histoire dégagent une forme de magie subtile qui rend accro à ces mots et donne envie de tourner frénétiquement les pages pour voir où Keigo Higashino va nous emmener. C’est un coup de cœur, un de mes plus gros de l’année, et je vous le recommande donc très chaudement.

D’autres avis : Chut ! Maman lit.Phooka (Bookenstock) – Sur mes brizéesYuyineLe Dragon Galactique – vous ?

Sous les sabots des dieux #1 – Céline Chevet

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Sous les sabots des dieux
est le premier tome d’une duologie historico-fantastique écrite par l’autrice française Céline Chevet. Publié aux éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman dans la collection Neko au prix de 19.90 euros. 
Je remercie Mathieu, Alison et les éditions du Chat Noir pour ce service presse !

De quoi ça parle ?
Une fois n’est pas coutume, je vais renseigner le résumé de l’éditeur sans quoi tout va se mélanger.
« Corée, VIIème siècle. Complots au royaume de Silla.
La Chine des Tang est plus écrasante que jamais. Comment unifier les Trois Royaumes lorsque qu’il faut se méfier de ses frères autant que de ses ennemis ?
Amour, politique, trahison, vengeance, foi, Haneul va devoir apprendre à se servir des armes qui sont les siennes pour survivre dans cette époque chaotique de l’Histoire, où ses croyances sont mises à mal.
Prêtresse du temple Céleste, élevée au sein du palais royal, elle voit ses dieux se faire avaler par un Bouddhisme de plus en plus influent. Ne cache-t-il pas dans son ombre les sombres desseins des Tang qui veulent s’emparer du pays ?
Alors que Silla est plus fragile que jamais, où ira sa loyauté ? À la famille royale ou à la nation ?Haneul, sa soeur l’empoisonneuse, son amant l’écuyer, Mok le prince bâtard, autant de destins qui vont se croiser autour de cette question tragique…»

Un contexte historique solide.
Je ne sais pas vous mais c’est la première fois que je lis un roman qui se passe en Corée, à plus forte raison au VII siècle de notre ère. Étant plutôt portée sur le Japon, je ne connais quasiment rien à ce pays, son Histoire ou même ses mœurs. Je craignais donc de m’y perdre… C’est pourtant avec plaisir que j’ai découvert tous ces éléments, les figures historiques réutilisées par l’autrice ainsi que les croyances religieuses, la montée du Bouddhisme, les complots de cour, les us et coutumes… Sous les sabots des dieux est très bien documenté et l’autrice distille ces nombreuses informations avec parcimonie, sans jamais alourdir le texte. De plus, le roman s’ouvre non seulement sur une carte mais également sur une généalogie et un résumé du contexte historique dans lequel on se trouve. Tout cela tient sur une double page et permet de renseigner le lecteur de manière directe, sans pour autant l’obliger à étudier un cours d’histoire pour comprendre de quoi on parle. J’ai particulièrement apprécié cet aspect.

Une pointe de fantastique.
Le roman appartient au genre de l’imaginaire par la présence du divin, du mystique. Haneul est une prêtresse du temple Céleste. Cela signifie que, grâce à des rituels, elle parvient à entrer en contact avec les nombreuses divinités de la religion shintoïste ou plutôt, leurs manifestations. Les visions de Haneul sont toujours métaphoriques : elle chevauche un cheval, souvent un étalon, qui l’emmène observer des scènes porteuses d’un double sens qu’elle doit analyser par elle-même. Pour cela, sa mère la soumet à un enseignement assez strict et vaste qui recoupe bien des domaines. Haneul doit être érudite afin de ne pas se tromper sur la signification de ce qu’elle voit… Mais aussi être capable d’adapter ce qu’elle dit à la situation car, parfois, les dieux sont capricieux et restent silencieux. On a donc une réelle présence du surnaturel par l’aspect divin mais aussi, ironiquement, une forme de recul de cet aspect par le comportement de ces dieux qui manquent de clarté dans leur communication. Cet aspect apporte une vraie force au texte qui laisse la part belle à la force des mots. Lorsqu’on referme Sous les sabots des dieux, on se rend compte qu’il a suffit d’une phrase pour que l’Histoire entière bascule. C’est fascinant. 

Des personnages passionnants.
Céline Chevet nous offre une galerie de personnages aussi divers que variés, tous travaillés et maîtrisés. Le lecteur rencontre d’abord Haneul, une jeune prêtresse qui a dédié sa vie à l’Empereur de Jade. Elle est la fille de la Grande Prêtresse même si cette information est tenue secrète. Sa mère a également accouché de Min Jee, qui est sa sœur jumelle et qui exerce quant à elle la profession d’empoisonneuse. Rien avoir donc… Le premier contact avec Haneul dépeint une jeune fille pieuse, naïve, qui entretient une relation platonique avec un esclave travaillant aux écuries, Dokman. La mise en place est réussie, l’héroïne attire la sympathie et on attend avec appréhension de voir ce qui va lui tomber dessus. Son évolution est d’ailleurs assez remarquable et m’a fait passer par tous les états émotionnels, du meilleur… Au pire. Je me suis vraiment sentie concernée par l’héroïne, par ses choix, ses erreurs, c’est la première fois que ça m’arrive depuis un moment.

Le second personnage important du roman est le prince bâtard Mok. Alors que les Tang de Chine étendent leur influence, il craint que Silla ne soit absorbée par cet empire et n’en devienne qu’une province de plus. Il se bat pour son peuple avant tout mais son existence ainsi que ses ambitions défient les conventions sociales acceptables. Le personnage parait rustre et désagréable au premier abord mais on comprend rapidement qu’il a une vraie profondeur ainsi qu’une ambiguïté qui nous oblige à le détester sans pour autant y parvenir totalement. À ce stade je dois lutter contre mon envie d’écrire beaucoup plus à son sujet et de partager avec vous tout ce que j’ai pu ressentir pour ce personnage et son évolution. Une fois de plus, l’autrice n’a eu aucun mal à me faire me sentir concernée par les problématiques de son roman et le destin de ses protagonistes. Chapeau !

Le troisième personnage à prendre de l’importance par la suite des Lee Hyo Jin, un Hwarang (soldat d’élite) qui est aussi l’amant de Min Jee, la jumelle de Haneul. Le lecteur se confronte surtout à lui dans le dernier tiers du roman, ce qui permet de développer l’aspect militaire de l’histoire que j’ai trouvé très intéressant. C’est aussi l’occasion d’introduire l’espion Il Kwon, un personnage assez mystérieux au sujet duquel je me pose énormément de questions.  

Je pensais au départ ne suivre que les pensées de Haneul mais Céline Chevet a opté pour une narration interne où les points de vue s’alternent sans forcément dédier un chapitre entier à un seul personnage. C’est en général quelque chose que j’apprécie moins car j’ai des difficultés à me projeter mais l’autrice a parfaitement réussi à gérer son intrigue. Elle a construit des personnages qui paraissent archétypaux de prime abord mais qui ont en réalité une surprenante profondeur ainsi qu’une évolution cohérente quoi que parfois frustrante. 

Une intrigue bien ficelée.
Les rebondissements s’enchaînent au sein du roman, difficile de reposer l’ouvrage une fois commencé à moins de s’infliger une grande frustration. Commencez-le quand vous aurez du temps devant vous ! Si Sous les sabots des dieux s’ouvre calmement en posant son décor, il continue tambours battants en exploitant divers volets : l’amour, la politique, la guerre, la religion. L’ensemble donne un rendu très riche où tout le monde y trouvera son compte. Les visions de Haneul dans l’entre-monde sont claires et bien décrites. Les scènes de bataille sont maîtrisées avec des ellipses juste où il faut pour renforcer l’aspect évocateur des affrontements. Quant à la politique, les différents éléments sont présentés d’une manière limpide. Impossible de mélanger les noms à consonnance coréenne ou de confondre un personnage avec un autre. C’était ma crainte principale toutefois Céline Chevet a, selon moi, bien géré les différents aspects pour fournir un texte abouti et surprenant. 

Il y a énormément à dire sur ce roman, trop pour une seule chronique, trop pour ne rien divulgâcher de son contenu. J’espère que mon enthousiasme pour ce titre se ressentira suffisamment à travers ces lignes pour vous donner envie de découvrir ce premier tome plus que prometteur et cette autrice talentueuse qui est décidément à suivre. 

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de Sous les sabots des dieux est une véritable réussite sur tous les plans. Céline Chevet emmène son lecteur en Corée, au VIIe siècle pour un roman historico-fantastique qui changera la face des Trois Royaumes ! À travers une galerie de personnages travaillés, l’autrice propose une intrigue solide aux thématiques multiples, maîtrisée de bout en bout. Impossible de reposer ce texte une fois commencé, je l’ai dévoré et je le recommande avec enthousiasme au plus grand nombre. Une nouvelle pépite dénichée par le Chat Noir pour sa collection Neko… Et quelle pépite.

D’autres avis : pas encore car j’ai eu la chance de lire le roman en avant première ! 

Dragon – Thomas Day

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Dragon
est une novella écrite par l’auteur français Thomas Day. Premier texte publié dans la collection Une Heure Lumière du Bélial, vous le trouverez partout en librairie au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Ville de Bangkok, en Thaïlande, dans un futur si proche qu’il est renseigné comme « demain ». Un tueur surnommé Dragon s’en prend aux touristes sexuels, en particulier ceux qui abusent des enfants. Le lieutenant Ruedpokanon est chargé d’enquêter…

Ce texte a été plus d’une fois chroniqué et analysé, souvent avec plus de talent et de pertinence que moi, par des personnes qui connaissent l’auteur, son passif, ce qui permet donc de fournir davantage de matière à un commentaire poussé. Mon retour sera donc assez court et se concentrera sur les éléments qui m’ont marqué en tant que lectrice et qui sont, selon moi, particulièrement remarquables. Sachez également que cet adjectif s’accompagnera systématiquement d’un autre : dérangeant. Car Dragon est un texte pluriel : aussi brillant que terrible.

Un contexte glaçant.
Thomas Day a beau parler d’un demain, le contexte local qu’il dépeint est malheureusement assez actuel, du moins si je me base sur le peu que j’en connais ou que j’ai pu entendre au détour d’une série. Je n’ai jamais mis un pied en Thaïlande mais le pays est -hélas- réputé pour le tourisme sexuel qu’il suscite et pour la prostitution enfantine qui fait sa renommée. C’est ce visage de la Thaïlande que l’auteur dépeint. Je me souviens avoir lu quelque part qu’il y est déjà allé et cela se sent. Je n’ai eu aucun mal à m’immerger dans ce qu’il raconte, dans ce qu’il dépeint. Pour retranscrire efficacement autant son décor que les actes de ses protagonistes, Thomas Day choisit d’opter pour un style assez cru, direct, sans rien laisser à l’imagination. Avec un fond comme celui-là, il est clair que cette novella ne doit pas tomber entre n’importe quelles mains et que les âmes sensibles doivent s’abstenir de la lire. 

Outre le tourisme sexuel, Dragon est également l’occasion pour l’auteur d’évoquer la société thaïlandaise, le mélange des cultures asiatiques (ou non), la corruption, les tentatives de certain(e)s d’obtenir une forme de justice, d’évoluer mais aussi l’existence des ladyboys que je ne connaissais qu’à travers une chanson de Till Lindemann (chanson que j’aime beaucoup au passage). Enfin, pour être plus claire : je connais bien entendu le concept de transidentité mais j’ai découvert le terme ladyboy via la chanson. Sur 160 pages, Thomas Day brosse un décor vraiment riche et immersif mais surtout, terrifiant. Je me sentais honteuse d’apprécier à ce point ma lecture tant ce que l’auteur y raconte est horrible… 

Un genre littéraire flou et une esthétique bien particulière.
Une fois la novella terminée, on peut légitimement se poser la question du genre littéraire dans lequel se classe ce texte. Apophis est plus érudit que moi en la matière toutefois, au départ, je n’ai pas pu m’empêcher de chercher l’élément science-fictif ou surnaturel au milieu de ce qui ressemblait à un thriller policier, genre que je n’attendais pas vraiment au sein de la collection Une Heure Lumière du Bélial. Il faut arriver sur les dernières pages pour que la pièce tombe et qu’un élément fantastique se présente. Cet élément, je ne vais pas m’appesantir dessus pour ne rien divulgâcher toutefois il inscrit, selon moi, Dragon dans une esthétique asiatique qui ne se limite donc pas à sa localisation géographique. 

Cette esthétique se matérialise également par la crudité des scènes décrites par l’auteur. Celles de sexe, bien entendu, mais aussi la violence à travers les actes de Dragon et les tortures qu’il peut infliger à certains. C’est une façon de procéder qu’on peut retrouver assez souvent dans la littérature asiatique ou même dans son cinéma. Je ne suis pas spécialiste, bien entendu, toutefois c’est quelque chose que je raccroche assez aisément à ce que j’ai pu lire comme romans (surtout nippons) et vu comme films lors de mes études. Il faut bien évidemment se montrer sensible à cela pour apprécier pleinement Dragon

Une construction originale.
Stop à la construction linéaire ! L’auteur mélange les chapitres en commençant par le 17 pour enchaîner sur le 5 et ainsi de suite, dans un ordre qui n’a a priori pas de sens. Interpellée, j’ai craint à une erreur d’impression (quand même ç’aurait été pas de chance, juste dans le mien ! puis en comprenant que c’était voulu, de m’y perdre. Pourtant, tout s’enchaîne parfaitement entre les scènes « passées » et « présentes » (mais qu’est-ce que ces mots signifient quand tout est justement embrouillé ?). Ce jeu formel démontre tout le talent de l’auteur et ne manque pas d’intérêt car il permet de ménager le suspens et les effets narratifs plus longtemps et plus efficacement. Un très beau travail.

La conclusion de l’ombre : 
Dragon est une novella à la croisée des genres qui se déroule dans la ville de Bangkok, dans un futur proche. Le tueur surnommé Dragon -qui donne donc son titre au roman- s’en prend aux touristes sexuels et un inspecteur est chargé de l’arrêter. Si le pitch de base semble classique, Thomas Day offre un texte coup de poing qui entraine le lecteur dans ce que la Thaïlande a de plus laid, ce que l’humanité a de plus rebutant. Avec un style d’écriture brut, cru et sans concession, l’auteur ouvre brillamment la collection Une Heure Lumière du Bélial et se hisse sans peine dans mon top 3 des meilleures novellas parues chez l’éditeur. Une réussite à ne pas mettre entre toutes les mains : âmes sensibles s’abstenir !

D’autres avis : Le culte d’ApophisL’épaule d’OrionL’ours inculte – Lorhkan – Albédo –  Nevertwhere – Aelinelle monde d’Elhyandra Dragon galactique – le Bibliocosme (Boudicca) – Xapur – Au pays des Cave Trolls – vous ?

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Les héritiers d’Higashi #2 Bakemono-san – Clémence Godefroy

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Bakemono-san
est le second tome de la trilogie des héritiers d’Higashi écrite par l’autrice française Clémence Godefroy. Publié par les éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman sur leur site Internet au prix de 14.90 euros.

Souvenez-vous, j’ai déjà parlé du premier tome sur le blog !

De quoi ça parle ?
Je vous propose ici de vous réexpliquer en quelques mots l’univers du roman : À Higashi, il existe plusieurs espèces de bakemonos qui vivent cachées depuis la fin de la grande guerre qui les opposa au clan Odai (des renards roux) et aurait mené à l’extermination de toutes les autres espèces animales à l’exception des renards roux et de leurs alliés les serpents. Ce clan règne  sans partage sur l’archipel depuis plus d’un siècle et c’est dans ce contexte que nous suivons l’histoire d’une série de personnages. Le premier tome se centrait surtout sur trois femmes : Ayané, une discipline de la Main Pure qui brûle de se voir confier une mission d’importance. Numié Dayut, héritière d’un clan de loup blanc du Nord qui a été faite prisonnière pour forcer les siens à ne plus défier les Odais. Et Yoriko, une nekomata (chat) qui va s’introduire au palais pour se faire oublier et découvrir… tout un tas de choses. Dans cette suite, l’intrigue continue de se développer en laissant la parole à d’autres personnages.

Un roman chorale
Comme pour le premier tome, celui-ci propose de suivre plusieurs protagonistes aux quatre coins d’Higashi, afin de ressentir efficacement l’évolution de l’intrigue. Plusieurs groupes vont donc se former :

Ayané va accompagner Tadashi vers le Sud après avoir découvert le secret de ses origines. Elle se pose beaucoup de questions sur elle-même ainsi que sur son ascendance mais va devoir les éclipser au profit de son ami tanuki ( = chien viverin) qui retourne dans sa tribu alors qu’il en a été banni. Il risque donc la mort ! Pourtant, le soutien des tanukis sera nécessaire dans la révolution qui se prépare…

Jinyu et Shunpei, deux nekomatas (= chat) vont quant à eux se diriger vers les forêts de l’Est à la recherche de l’Oni Vert, capable de rallier tous les yokais (= créature surnaturelle, c’est un terme générique car il en existe toute une flopée). Une puissance qui ne sera pas de trop dans leur lutte… En chemin, ils vont croiser la route de Temma, une jeune jorogumo (araignée) qui s’est mise en tête de les suivre, poussée sur ce chemin par son hélice. Malheureusement pour eux, ils vont rencontrer une terrifiante créature dont l’occupation va permettre de lever un voile sur le mystérieux métal flottant dont on fait les armures à Higashi. À mon avis, ces passages se révèleront clés dans le tome 3.

Enfin, Midori est une orochi (serpent) qui se rend au palais des Mille Flammes pour épouser Ren Ishida, le meilleur ami de Kaito Odai, voué à prendre la succession de l’Empereur. Successeur qui s’était entiché de Numié dans le premier tome au point de retarder ses fiançailles, on va avoir droit à une évolution de ce côté là d’ailleurs. Midori est une jeune fille bien sous tout rapport qui place l’honneur de sa famille avant son propre bonheur. Une fois au palais, elle va rencontrer un diplomate étranger prénommé frère Joachim, un homme qui reconnaitra son érudition. En effet, Midori étant de constitution fragile, elle s’est tournée vers la lecture au lieu de développer des aptitudes physiques comme c’est habituellement le cas au sein de son clan. Forcément, cette attention toute intellectuelle va créer un émoi…

À l’exception d’Ayané, les narrateurs de ce tome ont donc changé puisqu’on ne croise plus du tout la princesse Numié (partie en mission dans le Nord, on aura le fin mot de l’histoire dans le tome 3 je suppose) ni Yoriko qui s’effacent assez vite du paysage l’une et l’autre alors que leurs actions ont des conséquences au sein de l’intrigue. J’ai apprécié suivre ces nouveaux protagonistes avec une petite préférence pour Midori parce que sa force se situe dans les savoirs qu’elle recherche avidement et dans son goût pour la lecture. Clémence Godefroy choisit de mettre l’érudition en avant, j’adore !

Je dois toutefois avouer que j’ai eu besoin de quelques chapitres pour bien tout replacer. En cela, le mémo à la fin a un peu aidé mais j’aurai aimé un résumé du contenu du tome 1 -tant qu’on y était. Si je n’avais pas eu ma chronique pour me rafraichir la mémoire, j’aurai vraiment eu du mal. Je vous suggère donc de lire les tomes à peu de temps d’intervalle !

Une suite à la hauteur, avec des qualités identiques.
Difficile de se montrer très originale quand on chronique des suites, surtout quand celles-ci se révèlent d’une qualité identique au premier tome. En effet, j’ai retrouvé dans ce second tome tout ce que j’ai apprécié dans le premier, absolument tout ! La mythologie japonaise est bien exploitée et l’autrice a entendu la demande des lecteurs en incluant un petit explicatif concernant les mots japonais, les races et les suffixes afin que les novices puissent s’y retrouver. Personnellement, je n’avais pas ressenti de souci majeur mais il faut dire que je consomme énormément de mangas, donc je suis habituée… L’univers se développe et s’enrichit à mesure des chapitres, tout comme l’intrigue qui reste bien rythmée. Quant à l’écriture de l’autrice, elle dépeint si bien les décors, les personnages et les interactions que j’avais l’impression de lire un manga… Si vous voulez en savoir plus sur ces différents points, je vous invite à lire ma chronique précédente puisque je ne vois pas l’intérêt de réécrire identiquement la même chose 🙂

La conclusion de l’ombre :
Avec Bakemono-san, Clémence Godefroy signe un second tome tout aussi enthousiasmant que le premier en reprenant une recette qui a bien fonctionné et en s’y tenant : une mythologie japonaise maîtrisée (et cette fois rendue accessible même aux novices), une intrigue bien ficelée, des personnages intéressants… La qualité est au rendez-vous et une fois au bout de ce tome, on n’a qu’une envie : enchaîner sur le troisième ! Hélas, il va falloir attendre encore un peu pour cela mais il y a des romans pour lesquels cela vaut la peine et celui-ci en fait partie. Si ce n’était pas clair, je recommande très chaudement cette saga !

D’autres avis : Pas encore mais cela ne saurait tarder !

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