Feuillets de cuivre – Fabien Clavel

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Feuillets de cuivre
est un roman policier / steampunk écrit par l’auteur français Fabien Clavel. Publié à l’origine en 2015 chez ActuSF, vous trouverez la réédition de ce texte dans une nouvelle édition type beau livre au prix de 19.90 euros.
Je remercie les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Paris, 19e siècle. L’inspecteur Ragon mène plusieurs enquêtes afin de résoudre des crimes aussi odieux que sanglants en s’aidant avant tout de son esprit et de son amour de la littérature.

J’ai découvert pour la première fois cet inspecteur dans l’anthologie Montres Enchantées des éditions du Chat Noir. J’avais été très emballée par ce texte et je m’étais promis de lire Feuillets de cuivre pour cette raison. Cela m’aura pris du temps pour me lancer mais je n’ai pas de regrets !

Un hommage aux feuilletons, mais pas que.
Avant toute autre chose, Feuillets de cuivre est un roman policier qui exploite les codes classiques du genre et propose une figure du détective atypique qui emprunte pourtant à Hercule Poirot (ce qu’on ressent tout de suite quand il utilise sa célèbre expression des petites cellules grises, triture sa moustache ou préfère utiliser son cerveau de manière générale) comme à Sherlock Holmes. Chaque enquête forme a priori une nouvelle, une histoire close sur elle-même. Il faut arriver dans la dernière partie du texte pour se rendre compte que tout est lié avec maestria.

La construction narrative rappelle celle des romans feuilletons et ceux-ci sont plusieurs fois évoqués durant les enquêtes de Ragon. On sent que l’auteur possède une passion pour la littérature, surtout celle du 19e siècle (ou alors, il la feint brillamment !) car tout crime en revient toujours, d’une façon ou d’une autre, à un ou plusieurs livres. D’ailleurs, Ragon le dit lui-même : si l’affaire n’est pas liée à un livre, alors il s’agit d’un crime vulgaire et sans intérêt. Le ton est donné ! Le nœud central de l’œuvre s’article donc autour du livre au sens large et quand on arrive à la fin, on prend conscience d’avec quelle minutie Fabien Clavel a tout mis en place depuis les premières lignes pour construire les Feuillets de cuivre. J’en suis restée pantoise.

Par contre, une fois de plus et comme ç’avait déjà été le cas avec Anergique de Célia Flaux chez le même éditeur, le terme steampunk me parait ici mal employé. Il s’agit plutôt d’un roman fantastique qui exploite par moment une forme d’énergie appelée éther mais qui ne répond pas aux codes stricto sensu du steampunk. Cela pourrait dérouter celles et ceux qui s’y attendraient, je préfère donc prévenir. Il y a bien une esthétique particulière, oppressante, désenchantée, salie par des vapeurs noires mais plutôt celles de l’humanité que des vapeurs charbonneuses. Il y a une petite étincelle en plus mais qui appartient davantage au registre du fantastique classique qu’autre chose.

Les enquêtes de Ragon.
Feuillets de cuivre se compose de plusieurs histoires qui s’étendent sur une quarantaine d’années. Chaque en-tête de chapitre renseigne l’année concernée et comporte une citation issue des classiques littéraires. On rencontre Ragon au tout début de sa carrière et on le suit d’affaire en affaire, jusqu’au dénouement final. Le personnage est atypique, déjà par son physique puisqu’il est obèse et tombe au fil du temps dans l’obésité morbide. C’est la première fois que je croise un personnage principal comme lui et je trouve ça finalement interpellant quand on pense à l’importance que prend la représentation de nos jours. Chapeau à Fabien Clavel pour cela d’autant qu’il ne réduit pas son personnage à son physique, au contraire. J’ai surtout retenu de Ragon son intelligence aiguisée et sa passion pour la littérature grâce à laquelle il résout ses affaires. Le voir évoluer tout au long de sa carrière ne manque pas d’intérêt, hélas c’est le seul personnage véritablement développé du roman. Comme souvent dans les romans policiers classiques, cette figure d’enquêteur éclipse les autres qui en sont presque réduits à des fonctions au point qu’on ne ressent pas grand chose face à leur disparition, que celle-ci soit ou non brutale. Quant aux femmes, n’en cherchez pas. Les seules présentes sont des prostituées, ce qui n’en fait pas un roman sexiste pour la cause ! À aucun moment l’auteur ne m’a donné ce sentiment. Simplement, elles ne tiennent aucun rôle dans les enquêtes de Ragon et les rares fois où cela arrive, ce sont des personnages très secondaires (même l’épouse de Ragon, ancienne prostitué, disparait vite après la première enquête). Je sais que cela peut déranger certain/es lecteur/ices donc je préfère le noter.

La conclusion de l’ombre :
Feuillets de cuivre est un texte brillant et érudit qui ravira les amateurs d’histoire littéraire comme de romans policiers. Fabien Clavel rend hommage autant à Holmes qu’à Poirot avec son inspecteur Ragon qui résout ses affaires par la force de son intelligence et non de ses poings. Les éléments des différentes enquêtes paraitront de prime abord classiques et violents pour le plaisir du spectacle mais Feuillets de cuivre ne prend sa complète ampleur qu’avec les révélations finales où on se rend compte à quel point Fabien Clavel s’est montré minutieux et brillant. Une belle réussite tout à fait recommandable !

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Nixi Turner contre les croquemitaines #5 le roi des Aulnes – Fabien Clavel

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Le Roi des Aulnes
est le cinquième (et dernier) tome de la saga jeunesse Nixi Turner contre les croquemitaines écrite par Fabien Clavel et magnifiquement illustrée par Mina M. Publié par les éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au format papier uniquement au prix de 10 euros.

Souvenez-vous, je vous ai déjà évoqué les quatre tomes précédents : Baba Yaga (1) – La Goule (2) – le Père Fouettard (3) – Le Marchand de Sable (4). Je ne vais donc pas revenir sur le concept en lui-même – déjà exposé à plusieurs reprises – ni sur le contenu des tomes précédents.

De quoi ça parle ?
Ses camarades de classe la pensent folle, pourtant Jennifer ne l’est pas : elle subit l’influence d’un croquemitaine en la personne du Roi des Aulnes, dernier ennemi encore debout de Nixi. Cette dernière, blessée dans son affrontement contre le Marchand de Sable, va devoir faire face avec ses amis à ses côtés…

Un thème fort : la maltraitance…
Pour ce dernier opus au ton globalement plus sombre que les précédents, Fabien Clavel choisit d’évoquer la maltraitance parentale subie par Jennifer dont le père alcoolique frappe à la moindre contrariété. Du moins je l’ai compris comme ça. Le flou perdure quant à la part d’influence du croquemitaine là-dedans puisque la jeune fille finit par choisir de vivre chez sa mère à la fin du roman alors que j’ai eu l’impression que tout venait du croquemitaine à l’origine – même si j’admets qu’on n’a pas été confronté au père de l’année. C’est un peu flou, ce que je trouve dommage surtout avec un thème aussi important que celui-là parce qu’il passe, selon moi, à côté de son intérêt premier à savoir personnifier un mal auquel les jeunes peuvent être confrontés et donner une solution pour y remédier. À nouveau, comme pour les tomes précédents, il m’a manqué une petite liste de numéros ou d’associations à contacter pour les plus jeunes qui subissent ce genre de choses, comme cela a pu être fait dans d’autres romans de ce type.

… qui s’efface devant l’action.
Si ce thème a le mérite d’exister, d’ouvrir une discussion dans un cadre pédagogique ou parental, il disparait pourtant devant l’action, ce qui m’a rappelé un épisode final d’une saison de Buffy. Tous les évènements s’enchaînent avec trop de rapidité, des solutions sortent de nulle part… J’ai ressenti une forme de frustration induite par la facilité avec laquelle tout se résout, tout trouve une explication au détour d’un dialogue sans qu’un indice (ou alors je ne l’ai pas relevé, c’est possible aussi) ne soit donné auparavant pour atténuer ce sentiment. C’est dommage. D’autant que ce dernier ennemi est supposé être plus puissant que les autres mais on ne le ressent pas du tout ainsi.

On ne peut toutefois pas nier que ça bouge : on ne s’ennuie pas, les pages passent sans qu’on s’en rende compte et le public cible se laissera séduire sans soucis, je pense. Moi, par contre, j’ai un peu de mal à y voir autre chose qu’un divertissement empreint de nostalgie puisque ça me rappelle vraiment mes visionnages de ces vieilles séries fantastiques à la Buffy, avec les défauts inhérents.

Je n’ai pas grand chose à dire de plus au sujet de cette saga puisque j’ai chroniqué chaque tome de manière indépendante (pour rappel, les liens sont au-dessus). Je me propose donc de vous offrir un résumé rapide des points positifs et négatifs afin que vous puissiez décider si elle vous tente ou non.

Nixi Turner contre les croquemitaines, en bref :
– Une jeune fille mystérieuse débarque dans un Collège pour aider les élèves tourmentés par des Croquemitaines. Chaque tome correspond à un monstre qui incarne lui-même un mal lié à la jeunesse / adolescence : harcèlement, anorexie, maladie, maltraitance, abandon…
– Une saga très « jeunesse » dans sa structure au sens où elle manque de subtilité à mon goût et ne prend pas suffisamment son temps pour poser les différents éléments (pourtant prometteurs) qui la composent. Je n’aime pas trop utiliser ce qualificatif de jeunesse ici parce que j’ai lu d’autres romans dit jeunesses qui n’ont pas ce défaut toutefois c’est quand même un souci qui revient régulièrement à mon goût. Elle reste accessible et attirante pour son public cible, moins pour des personnes dotées d’un certain bagage littéraire sauf si vous ressentez une forte nostalgie des années Buffy (mais à ce tarif-là, tournez-vous plutôt vers Elvira Time de Mathieu Guibé).
– À recommander aux parents de collégiens ou à des professeurs de français car elle contient des pistes didactiques intéressantes à un prix tout à fait abordable, surtout compte tenu des belles illustrations à l’intérieur. Le rapport qualité / prix est clairement à l’avantage du lecteur.

D’autres avis : vous ?

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Nixi Turner contre les Croquemitaines #4 le Marchand de Sable – Fabien Clavel

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Nixi Turner contre les croquemitaines
est une saga jeunesse fantastique en 5 tomes écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce roman en papier (uniquement !) au prix de 10 euros.

Pour vous rafraichir la mémoire, je vous invite à lire mon retour sur les trois premiers volumes : Baba Yaga, la Goule et le Père Fouettard.

De quoi ça parle ?
Nixi Turner, c’est la Buffy du collège made in France. La jeune fille sort de nulle part et vient combattre les Croquemitaines qui sévissent à Paris en prenant les enfants pour cible. Dans ce quatrième tome, on suit Kylian, le type qui harcelait Nawel dans le premier volume et qui crush sur Chora dans le troisième. Petit loubard doté d’un lourd passif négatif avec la bande à Nixi, il essaie pourtant de les rejoindre parce qu’il aime vraiment bien Chora et a envie de faire des efforts pour elle. Sauf qu’il se rend compte que tout n’est pas si simple dans la vie. Encore moins quand sa mère biologique débarque, sortie de nulle part.

Personnifier les maux des pré-adolescents : amour parental et existence par le regard des autres.
Kylian a été adopté et il le sait. Il adore ses deux parents, un couple homosexuel, ce qui ne l’empêche pas de se poser des questions sur ses origines. Il reçoit un mystérieux SMS d’une femme qui se présente comme sa mère biologique et qui, onze ans plus tard, aimerait le rencontrer. Il hésite, ressent une forte culpabilité d’avoir envie de la connaître mais décide tout de même de se rendre au rendez-vous. Les révélations que cette femme a à lui faire sont surprenantes et le lecteur attentif comprend qu’il y a anguille sous roche. Pourtant, Kylian se laisse manipuler.

Pour un lecteur adulte, les ficelles paraitront grosses et elles le sont un peu. Une inconnue débarque et sans même donner de vraies preuves de leur lien, il la croit ? Elle lui parle d’éléments surnaturels et pareil, il se laisse convaincre très facilement ? Ici plus que jamais, il faut se remémorer le public auquel est dédié cette saga et cette collection : les 9 – 12 ans. En fait, Kylian a la réaction d’un enfant normal, un peu naïf et mal dans sa peau même si, comme il le dit lui-même, il n’a aucune raison de l’être puisque ses deux parents l’aiment. Cela ne l’empêche pas de rechercher une figure maternelle ou plutôt, de ressentir ce besoin humain consistant à connaître ses origines.

Pour rappel, Kylian, c’est un peu la brute du collège. En suivant l’histoire de son point de vue, on comprend qu’il se comporte comme un enfoiré sans trop savoir pourquoi. Brutaliser les autres lui permet d’exister à leurs yeux, il le dit d’ailleurs lui-même. Les plus faibles rejoignent sa bande, lui accordent de l’attention, c’est ce qu’il veut… Comme la majorité des enfants, en fait. Kylian n’en reste pas moins un petit con, un petit con qui se remet quand même en question grâce à Chora et qui a envie de changer pour devenir meilleur. J’ai trouvé l’idée intéressante, ça permet de gommer un peu le manichéisme qu’on sert trop souvent aux enfants. Parfois, on est une brute sans raison, il n’y a pas toujours une histoire tragique derrière. Et oui, parfois, on peut vouloir changer avec plus ou moins de succès.

L’homosexualité parentale.
C’est presque un détail dans cette histoire toutefois j’ai été contente de lire un roman jeunesse où on présente un couple homosexuel qui a adopté et qui gère assez bien dans son rôle de parent. À aucun moment Kylian n’a un problème avec l’orientation sexuelle de ses adoptants. La seule chose qui le gêne, c’est qu’ils sont plus âgés que les parents de ses camarades et… C’est tout. Fabien Clavel traite le sujet sans l’aborder de front, c’est encore la meilleure manière de s’y confronter quand on s’adresse à des jeunes puisque, ainsi, il l’inclut dans une dynamique de normalité.

Un peu plus de noirceur dans ce monde pas si brutal.
Ce tome est, selon moi, plus violent que les trois précédents. Entendons-nous, ça ne se massacre pas dans tous les sens mais il y a du sang, des paroles dures, on y envisage même le meurtre de sang froid. Ce n’est pas pour me déplaire, notez ! J’ai l’impression d’arriver à l’avant dernier épisode d’une saison de Buffy et de devoir attendre la reprise de diffusion après les vacances d’hiver. Frustration intense. D’ailleurs la saga fait de plus en plus référence à la tueuse de vampire, allant jusqu’à donner des surnoms des personnages aux protagonistes afin de les relier à un archétype. Excellent pour ceux de ma génération, un peu moins pour le public cible qui n’aura probablement jamais (hélas) regardé un épisode de la série.

La conclusion de l’ombre :
Ce quatrième tome des aventures de Nixi Turner marque clairement un tournant dans la saga et précède un dernier volume qui promet en intensité. On y traite ici de la quête d’attention / d’identité d’un pré-adolescent et des extrêmes auxquels cela peut pousser. Page-turner qu’on lit d’une traite, Fabien Clavel propose à nouveau un roman jeunesse efficace. Je recommande aux plus jeunes mais aussi aux parents et aux professeurs car il constitue un matériel didactique intéressant.

Nixi Turner contre les croquemitaines #3 le Père Fouettard – Fabien Clavel

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Nixi Turner contre les croquemitaines
est une saga jeunesse fantastique en 5 tomes écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce roman en papier (uniquement !) au prix de 10 euros.

Pour vous rafraichir la mémoire, je vous invite à lire mon retour sur les deux premiers volumes : Baba Yaga et la Goule.

De quoi ça parle ?
Nixi Turner, c’est la Buffy du collège made in France. La jeune fille sort de nulle part et vient combattre les Croquemitaines qui sévissent à Paris en prenant les enfants pour cible. Dans ce troisième volume, la bande d’amis qui gravite autour de Nixi décide de la suivre quand elle annonce devoir temporairement repartir d’où elle vient. Cette filature dans les rues de Paris se termine par une descente aux Enfers… Au sens propre.

Personnifier les maux des pré-adolescents : la maladie grave.
En plus de Nixi, cette fois-ci, c’est Chora que nous suivons et qui est aux prises avec un Croquemitaine : le Père Fouettard. Cette narratrice souffre d’une malformation cardiaque assez grave : son cœur peut s’arrêter à n’importe quel moment. Elle a toujours su que quelque chose clochait mais cela ne fait que quelques mois qu’elle a pu mettre un nom dessus. Le concept prend aux tripes et pousse à la réflexion. Comment vivre, comment s’intéresser au monde, comment se sentir exister, quand on ne peut rien planifier sur le long terme ? D’un œil adulte, ces questionnements induisent une réflexion particulièrement mature et je trouve que ce tome s’éloigne des thématiques standards de la sphère pré-adolescente pour offrir une nouvelle dimension à son personnage. Un personnage que les lecteurs attentifs reconnaîtront…

Tisser des liens entre ses univers : de Nixi à Asynchrone.
En effet, Chora est l’héroïne du roman Asynchrone, un autre texte de l’auteur dans la veine Young Adult publié cette fois chez Lynks. J’aime bien l’idée de tisser des liens entre ses œuvres, surtout destinées à un public différent. Je garde un excellent souvenir de ce titre, cela a été ma première découverte de la maison d’édition et je ne m’attendais pas à un tel coup de poing. J’en profite pour vous le recommander chaudement.

Un tome mieux équilibré.
Je reprochais aux tomes précédents un équilibre parfois maladroit entre le traitement des thématiques (harcèlement scolaire puis anorexie) qui n’allait pas assez loin à mon goût et l’aspect aventure qui était par moment trop rapidement expédié. Dans le Père Fouettard, je trouve que Fabien Clavel a vraiment gommé les défauts ressentis sur les deux premiers opus à ce niveau. Les actions s’enchaînent comme dans un épisode de Buffy à l’ancienne. Tout colle, on a même droit à l’introduction d’une nouvelle facette chez un personnage inattendu. On en apprend aussi davantage sur Nixi en tant que personne, ce qui permet de lever des mystères sur ses origines qui n’avaient que trop traîné. J’ai aimé les choix de l’auteur à son sujet qui éclaircissent bien des choses dites dans les premiers tomes.

La mythologie grecque : une approche didactique.
Ce roman s’inscrit clairement dans la mythologie grecque puisque la bande se retrouve dans les Enfers affiliés. Ce sera l’occasion de croiser Perséphone, de découvrir qui sont vraiment les Croquemitaines et surtout, d’apprendre quelques anecdotes plutôt intéressantes grâce aux interventions du Professeur Hugo. Une excellente initiative pour son public cible !

La conclusion de l’ombre:
Le Père Fouettard est le troisième tome de la saga Nixi Turner contre les croquemitaines et sans doute celui que j’ai le plus aimé à ce jour. Je l’ai dévoré d’une traite avec un réel enthousiasme tant l’auteur a amélioré l’équilibre entre les différentes facettes de son texte. Le mal traité ici ne manque pas d’intérêt (la maladie grave) et est plutôt bien exploité. Pour ne rien gâcher, Fabien Clavel s’illustre dans une approche ludico-didactique qui m’aurait séduite à l’époque de mes 10-12 ans. Une saga qui se bonifie avec le temps et qui est plus que recommandable aux plus jeunes ainsi qu’aux parents qui ont envie de faire lire leurs enfants.

Nixi Turner contre les croquemitaines #2 la goule – Fabien Clavel

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La Goule
est le second tome de la saga Nixi Turner contre les croquemitaines composée de cinq volumes en tout et écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés (9 – 12 ans) vous trouverez ce roman court au prix de 10 euros.

Souvenez-vous, je vous ai déjà chroniqué premier tome : Baba Yaga.

De quoi ça parle ?
Après les vacances de Toussaint, Imane revient à l’école et ses camarades de classe remarquent qu’elle a perdu beaucoup de poids. Nawel s’en inquiète d’autant que pour Nixi, pas de doutes, c’est l’œuvre d’un croquemitaine !

Personnifier les maux des plus jeunes.
C’est le principe de la saga Nixi Turner, notre Buffy du collège. Chaque croquemitaine représente un problème rencontré par les préadolescents dans leur quotidien. Lors du premier tome, l’auteur évoquait le harcèlement à travers la figure de Baba Yaga. Ici, il se concentre sur l’anorexie et le culte de l’apparence qui est dévastateur chez beaucoup de femmes, jeunes ou non. On ne va pas se mentir, peu importe notre sexe, nous avons probablement un jour ressenti un complexe à ce sujet. Je n’ai aucune honte à affirmer que ça a été mon cas pendant des années et que j’ai eu beaucoup de mal à faire évoluer mon regard sur moi-même. Du coup, j’étais impatiente de découvrir comment l’auteur mettait cela en scène.

Quand Imane se regarde dans le miroir, elle y voit une fille obèse alors qu’elle ne l’est pas du tout et laisse avec plaisir la goule à tête de hyène dévorer sa graisse, malgré la douleur que cela engendre. L’idée de départ est plutôt bonne et les intentions de l’auteur sont clairement d’aider ses lecteurs à se poser les bonnes questions. À mesure que l’intrigue avance, Imane en vient à se demander si ce qu’elle voit dans le miroir est bien réel en essayant d’échapper à l’influence de la Goule sans y parvenir tout à fait. Pour cela, elle aura besoin de l’aide de ses amis.

La force de l’amitié, le meilleur traitement ?
Ce sont Chora, Hugo, Nawel et évidemment Nixi qui vont permettre à Imane de s’en sortir en réussissant à vaincre ses démons, une victoire personnifiée dans l’acceptation de sa maladie. Quand elle prononce pour la première fois le mot, elle s’y arrête et y réfléchit, franchissant une première étape. Malheureusement, l’auteur ne va pas plus loin et je le regrette. Il m’a manqué une réplique, quelques lignes ou une annexe où Fabien Clavel parlerait davantage du traitement d’Imane, de quelle manière des protocoles ont été mis en place. Le dernier chapitre la représente en train de discuter avec un psy et ses amis, et elle passe rapidement en disant qu’elle assiste à plein de groupes de paroles, texto. J’ai trouvé ça un peu… peu. Ça aurait pu suffire si, comme dans Nos vies en l’air de Manon Fargetton, l’auteur avait ajouté en annexe des numéros de centres ou d’ASBL spécialisées pour aider les jeunes souffrant d’anorexie mais ce n’est pas le cas. J’ai du coup eu un goût de trop peu, de non abouti dans la démarche de sensibilisation, ce qui m’a frustrée.

L’équilibre difficile entre aventure et engagement.
C’est un peu le souci, je pense, quand on veut écrire un texte, surtout jeunesse, qui s’engage pour sensibiliser sur un thème de société. Il y en aura toujours pour râler, soit parce que ça devient trop didactique, soit parce que ça ne l’est pas assez. Fabien Clavel écrit non seulement sur l’anorexie mais aussi sur Nixi Turner, une jeune fille mystérieuse qui chasse les croquemitaines pour une raison qu’on ignore toujours à la fin de ce tome 2. Il raconte une aventure qui met en scène un groupe d’amis préadolescents qui se battent contre des monstres, leurs doutes les uns envers les autres, on retrouve vraiment les ingrédients de ces séries que j’aimais regarder plus jeune. Au fond, c’est ça qu’on veut, non ? Peut-être ne faut-il pas toujours trop intellectualiser et laisser aux professeurs ou aux parents la possibilité de se servir de ce matériel pour justement pousser plus loin dans un second temps. Ainsi, la saga Nixi Turner constituerait surtout une porte d’entrée pour aborder avec les plus jeunes ces problèmes sociaux. En le considérant sous cet angle, je peux remballer ma frustration parce qu’au fond, c’est moi qui ai extrapolé la portée didactique de ces romans. Personne ne m’a rien confirmé ni assuré.

Et la question du public cible…
Pour ne rien arranger, il est clair que le public ciblé par ces romans est celui des 9-12 ans, catégorie que j’ai quitté depuis trop longtemps pour que j’ai vraiment envie de compter. En quinze ans (oups), j’ai évolué, j’ai lu beaucoup, j’ai affiné mes goûts et il m’est difficile de me rappeler ce que j’aurai aimé lire à ce moment-là d’autant qu’à douze ans, j’étais déjà une Potterhead jusqu’au bout des ongles. Cela ne m’empêche pas d’apprécier l’aventure et de lire ce roman court comme une bouffée d’oxygène entre deux pavés plus adultes. C’est très accessible, bien fichu, ça gagne en épaisseur à mesure qu’on avance puis l’auteur utilise des créatures qu’on n’a pas forcément l’habitude de croiser… Il accumule les bons points. Du coup, à qui recommander cette saga? Et bien aux parents, déjà, qui apprécieront probablement de faire lire ces romans à leurs enfants et qui en profiteront pour aborder certains sujets avec eux. Je doute d’avoir des lecteurs de cette tranche d’âge qui passent sur le blog donc sachez que si vous êtes professeur dans le primaire ou le début du secondaire (collège pour les copains français) c’est aussi une bonne piste. D’autant que ces petits romans à prix démocratique (10 euros seulement !) sont illustrés par la talentueuse Mina M ce qui ne manquera pas d’intéresser les plus réfractaires à la lecture.

La conclusion de l’ombre :
Pour résumer, la Goule est un second tome qui s’inscrit dans la lignée du premier. Fabien Clavel met à nouveau en scène Nixi Turner, une Buffy du collège made in France, pour combattre un croquemitaine qui personnifie cette fois l’anorexie. On retrouve dans ce volume une continuité dans la qualité et un étoffement bienvenu du bestiaire qui gagne en exotisme. C’est simple, efficace, parfaitement adapté pour son public. À lire si vous êtes parent ou prof ! Ou simplement curieux d’un petit tour en littérature jeunesse.

Nixi Turner contre les croquemitaines #1 Baba Yaga – Fabien Clavel

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Nixi Turner
est une saga composée de cinq volumes -dont deux déjà édités- écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés (9 – 12 ans) vous trouverez ce roman court au prix de 10 euros.

Nawel angoisse à l’idée de faire sa rentrée au collège Gustave-Caillebotte et l’avenir lui donnera raison. Harcelée à cause de ses origines modestes, elle est en plus la proie de Baba Yaga. Heureusement, Nixi Turner traine dans les parages. Les adultes ne peuvent pas la voir et elle n’a qu’une mission : traquer les croquemitaines.

Le concept de cette collection est vraiment plaisant. En quelques mots, il s’agit de traiter des thèmes sombres du quotidien dans des romans gothiques à destination d’un public jeune. Tout un pari et je le trouve assez réussi pour le moment. Ma lecture m’a donné envie d’approfondir mes découvertes.

Nixi Turner, c’est Buffy contre les vampires version collège ! Selon l’éditeur, le concept est de traiter de problèmes rencontrés par cette tranche d’âge à travers des créatures surnaturelles qui vont les personnifier. Ici, par exemple, Baba Yaga incarne la rumeur et toutes ses dérives. Je trouve l’idée vraiment judicieuse. Fabien Clavel s’en sort très bien pour horrifier son lecteur. Pas tant avec les croquemitaines qu’avec les comportements intolérables des autres élèves ! J’ai été choquée plus d’une fois, j’avais même du mal à croire que ce soit possible d’aller aussi loin. Et pourtant…

Nixi Turner c’est donc un roman qui apprend et qui divertit en même temps. J’ai déjà croisé le style de Fabien Clavel dans Asynchrone et s’il a rendu sa plume accessible, il ne l’a pas infantilisé pour autant comme cela arrive parfois dans les romans jeunesses. Nouveau bon point.

Quant au dernier et non des moindres, il s’agit de l’héroïne. Nixi Turner intrigue par son apparence, par son caractère. Les chapitres s’alternent tantôt de son point de vue, tantôt de celui de Nawel mais on ignore beaucoup à son sujet. Pourquoi chasse-t-elle les croquemitaines? Qui lui donne ses missions? Où vit-elle normalement? J’ai hâte de découvrir cela dans les prochains volumes. Quant à Nawel, elle ne laisse pas indifférente et je l’ai trouvée très humaine. Fabien Clavel ne la transforme pas en sainte. Elle a ses préoccupations égoïstes, ressent des émotions très fortes. Quand Hugo lui tend la main, elle le repousse parce qu’elle craint que sa popularité ne chute encore plus au lieu de s’allier avec lui, ce qui est cruel. On la sent perdue et on a envie de la secouer plus d’une fois. J’ai beaucoup aimé le traitement des personnages, qui me parait réaliste.

Pour résumer, le premier tome de Nixi Turner pose les bases d’une saga prometteuse à destination d’un public pré-adolescent mais qui peut aussi bien être lue par des adultes. Fabien Clavel propose un concept simple mais efficace: personnifier les problèmes rencontrés par les jeunes en les incarnant à travers un bestiaire fantastique ici inspiré de la mythologie slave. L’auteur s’en sort très bien dans le respect de son public cible et offre un roman court qui secoue. On le lit volontiers d’une traite et on le recommandera aux parents comme aux professeurs. Une réussite !

Asynchrone – Fabien Clavel

Asynchrone

Asynchrone est un one-shot écrit par Fabien Clavel et publié en mars 2017 chez Lynks Édition, une nouvelle structure qui a d’ailleurs eu droit hier à sa soirée d’inauguration. Félicitations à eux ! Il s’agit d’un roman difficile à classer (je vous explique pourquoi plus bas) qui coûte 14.90 euros et qui est facilement commandable en librairie.

Lorsque j’ai lu la 4e de couverture pour la première fois, je m’attendais à de la romance. Je n’ai jamais lu Fabien Clavel auparavant, j’ignorais donc tout de son style, de ses habitudes, et comme il s’agissait du premier titre de la maison d’édition (avec Lena Wilder) difficile de pouvoir comparer ou se baser sur une ligne éditoriale claire. Pour être honnête, si Laure-Anne ne m’avait pas offert ce livre, je ne l’aurais pas forcément acheté de moi-même.

Et pourtant, comme souvent dans cette situation… Je serais passée à côté d’un excellent roman ! L’éditeur laisse bien planer le doute sur le contenu du roman, peut-être trop d’ailleurs? En tout cas, les choix de couverture, de citation, prennent tout leur sens après la lecture.

Asynchrone est, contre toute attention, un roman de science-fiction raconté par Chora à la première personne du singulier et au présent. Chora est atteinte d’une maladie cardiaque qui fait qu’elle peut mourir n’importe quand. Elle y est préparée, elle vit sa vie en fonction, jusqu’à ce qu’un évènement singulier se produise, qui va lui conférer certaines capacités et la confronter à des situations compliquées. J’ai très envie de développer davantage mais je refuse de vous gâcher la surprise du livre dans sa découverte. Pour moi, ça a été délicieux, innovant, j’aime qu’on me surprenne et ça n’arrive plus si souvent.

Ce one-shot est intelligemment construit. Au-delà du personnage de Chora qui est très attachant et dont la psychologie a su immédiatement me séduire, le texte pose certaines questions à mi-chemin entre la physique et la philosophie, explicitant des théories complexes (quoi que familières pour les accros aux comics et à la SF) qui servent sa thématique sans pour autant noyer le lecteur non initié. L’équilibre est bien dosé à ce niveau. Quant à l’action, elle est présente dans tout le roman qui se lit très rapidement. Quand je dis action, je ne veux pas dire des combats épiques ou ce genre de choses, j’entends par là que le roman est dépourvu de longueurs, il est dynamique et captivant.

Mais Asynchrone n’est pas qu’un roman de science-fiction. C’est aussi un roman sur les sentiments, sur les relations d’une personne malade avec autrui, sur le goût qu’a la vie. L’avantage du choix narratif (à la première personne) c’est que nous vivons tout au travers de Chora, non seulement sa maladie, mais également ses doutes, ses peurs, ses convictions. Si j’ai crains que son côté gothique soit trop cliché, j’ai rapidement été rassurée. L’auteur maîtrise son sujet et on ressent dans ce roman une ambiance assez 19e siècle dans les émotions décrites par Chora, dans sa psychologie et dans son ambiance. Évidemment, les citations d’auteurs de l’époque qui viennent illustrer certains de ces instants aident aussi à construire cette atmosphère.

A ce sujet, je me permets un extrait de l’ouvrage, page 175: « Des lèvres douces se posent sur les miennes. Je ne pouvais rêver baiser plus romantique. Bien sûr, je ne l’entends pas au sens des gamines en mal de rose. Je parle du romantisme noir, celui qui est hanté par la mort et la tempête. »

Il devrait suffire à convaincre beaucoup d’entre vous. Le style de Fabien Clavel, que je découvre, est immersif, juste, prenant et poétique. C’est un auteur très talentueux et je compte bien prêter attention au reste de ses œuvres.

Si ce n’était pas clair, je recommande très chaudement Asynchrone qui, si je ne me trompe pas, devrait être achetable ce week-end aux Halliénales sur le stand des éditions du Chat Noir !