Trois hourras pour Lady Évangeline – Jean-Claude Dunyach

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Trois hourras pour Lady Évangeline
est un one-shot de space-opera écrit par l’auteur français Jean-Claude Dunyach. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.
Ce roman est ma sixième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Lady Évangeline a contrarié son père ambassadeur une fois de trop. Direction l’internat sur une planète isolée. Pas de chance, cette dernière subit l’invasion de la Ruche, une entité collective qui recycle tout. Absolument tout. Seule Évangeline survit, opportunément cachée dans un conteneur. Au contact de cette espèce totalement différente d’elle, la jeune fille va profondément changer.
Parallèlement à ces évènements, le vaisseau qui abrite le père d’Évangeline est confronté à un nuage de particules, destructeur et intelligent, qui dévore tout ce qu’il rencontre et recycle la matière. Leurs deux situations ont évidemment un lien et pour parvenir à s’en sortir, Évangeline et son père vont devoir s’entraider.

Je vous ai déjà évoqué le travail de Jean-Claude Dunyach dont j’ai lu deux romans chez le même éditeur : l’Instinct du Troll et l’Enfer du Troll, une fantasy à l’humour très administratif. Ce roman est assez différent mais n’en est pas moins chouette à lire. On reconnait d’ailleurs la patte de l’auteur, notamment sur le traitement des espèces non humaines et son rejet de l’anthropocentrisme (ce que j’adore !).

Le sujet principal de ce roman est, à mon sens, celui de la communication. Il se développe sur plusieurs axes: Évangeline et son père, Évangeline et la ruche, Évangeline avec le nuage mais surtout, Évangeline au sein de la société humaine. L’auteur exploite, par ce biais, un grand nombre de thématiques intéressantes. Avec l’aspect familial, Jean Claude Dunyach montre à son lecteur une jeune fille paumée qui essaie simplement d’attirer l’attention pour combler le vide qu’elle ressent. Avec l’aspect société, il montre l’importance que revêt l’apparence et le paraître pour certains, la manière dont on se cache derrière les procédures. Avec l’aspect Ruche et nuage, l’auteur développe une réflexion pertinente sur les origines des conflits qui sont le plus souvent dus à la mauvaise utilisation d’un langage ou à l’impossibilité de se comprendre. Ces métaphores trouvent forcément un écho dans notre actualité et au sein de l’humanité. Un aspect très bien géré.

Dans Trois hourrah pour Lady Évangeline, Jean-Claude Dunyach met en scène le corps qui est représenté dans le détail. Il accorde une importance particulière aux odeurs et aux fluides qui sont des moyens de communication non-verbaux centraux à l’échelle du récit. Cela offre au roman une dimension supplémentaire assez originale. Personnellement, depuis le Parfum de Suskind je n’avais plus lu de texte de ce genre et ça m’a plu justement parce que ça sort du lot.

Fidèle à son habitude, l’auteur propose aussi d’explorer des êtres non humains. Cette fois, le narrateur n’est pas un Troll et la narration n’est pas à la première personne. Il reste dans la tête tantôt d’Évangeline, tantôt de son père, parfois en incluant un personnage ou l’autre parmi les fusiliers. Et là, vous vous dites… Mais t’as parlé de non humains, ils sont humains ces gens non ? Oui, mais… Pendant la première moitié du texte, Évangeline abandonne petit à petit son humanité pour s’intégrer à la Ruche et lire son évolution (ou sa régression, à chacun son point de vue !) a quelque chose de fascinant. Cela permet d’observer la société « Ruche » de l’intérieur qui ne s’embarrasse pas de longs discours. Tous ces passages ne comportent d’ailleurs aucun dialogue, ce qui peut gêner certains lecteurs.

Si l’intrigue reste classique (une civilisation humaine face à une menace inconnue et destructrice que personne sauf une personne n’arrive à comprendre) le personnage d’Évangeline et son évolution sont très intéressants à suivre. On commence avec une adolescente qui parait très superficielle et enfant gâtée, réduite à rien par la terreur suite à l’invasion et son désir de survivre, au point de changer en profondeur puis de saisir l’occasion qui se présente pour revenir à la civilisation, même si elle ne le désire pas et ne s’y sent pas épanouie. Son expérience au sein de la Ruche lui permettra d’avoir l’ouverture d’esprit nécessaire pour proposer des solutions utiles à l’équipage et qui serviront à régler la situation de crise. Il y a, derrière tout ça, une belle métaphore sur l’importance de ne pas s’arrêter aux apparences. Que ce soit celle d’Évangeline ou de la Ruche.

Enfin, dernier point positif et non des moindres, j’ai trouvé ce roman de science-fiction vraiment accessible à tous les lecteurs. Il est particulier dans sa forme avec sa mise en avant du corps mais n’utilise pas trop de termes techniques ni de concepts propres au genre. Au contraire: on ignore la majeure partie des choses qui composent cet univers, on sait juste que les voyages spatiaux s’effectuent par une série de « sauts » et qu’il y a un nuage qui apparait un jour, doté d’une forme de conscience. En même temps, on n’a pas besoin d’en savoir davantage puisque toute l’intrigue se déroule sur et en orbite de la planète Esmeralda, théâtre des drames.

Pour résumer, Trois hourrah pour Lady Évangeline est un one-shot de space-opera vraiment sympathique à découvrir qui met en scène l’importance que revêt la communication et ce, en exploitant plusieurs axes. Il accorde une grande importance au corps et à ses fluides, ce qui dégoûtera peut-être certains lecteurs mais qui a le mérite d’apporter un aspect très réaliste au roman. Porteur d’une intrigue assez classique, ce texte se lit tout seul et ne manque pas d’intérêt. J’en recommande la lecture à tous les adeptes de SF mais aussi aux novices car il est assez accessible !

14 réflexions sur “Trois hourras pour Lady Évangeline – Jean-Claude Dunyach

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    • Oui c’est vrai que ça peut faire peur, surtout quand on n’est pas habitué à la SF ! Et le contenu est différent des habitudes, enfin de mes habitudes en tout cas, du coup j’ai aimé être bousculée dans ma représentation de l’héroïne, du corps, des odeurs, c’était une chouette expérience. Puis le message sur la communication était bien amené.

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