Fingus Malister, Feux follets, mandragore et cadavre frais – Ariel Holzl

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Fingus Malister, Feux follets, mandragores et cadavre frais
est le premier tome d’une saga jeunesse écrite par l’auteur français Ariel Holzl. À paraître chez Rageot pour le 2 octobre, vous trouverez ce roman au prix de 12.5 euros dans toutes les bonnes librairies !
Je remercie les Éditions Rageot et NetGalley pour ce service presse.
Ceci est ma vingtième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Fingus Malister est un seigneur maléfique en herbe qui désire entrer à l’académie de magie pour étudier la nécromancie. Pour ça, il doit éblouir le jury et quoi de mieux qu’une potion capable de ramener les morts à la vie? Le problème, c’est qu’il a besoin d’ingrédients spécifiques et de l’aide de Polly, sa seule ami, afin d’affronter les obstacles qui se dresseront sur sa route.

J’ai lu ce texte d’une traite dans le train pour un salon, ça m’a pris un peu moins de deux heures. On reconnait immédiatement la plume efficace d’Ariel Holzl avec son humour noir d’une rare finesse et ses jeux de mots ravageurs. Difficile de reposer ce roman quand on le commence alors méfiez-vous !

Dans le village de Bedlam, les Malister n’ont pas bonne réputation. D’ailleurs, une foule en colère a brûlé leur château quand Fingus était encore un bébé, si bien qu’il a été élevé par une femme un peu folle décédée trois ans auparavant. Depuis, il se débrouille tout seul dans une vieille maison avec un kraken qui ravage sa cave. Fingus n’a que douze ans et il subit l’exclusion de la part de ses concitoyens, hormis la famille de Polly qui l’accueille toujours à bras ouverts. Je n’ai pas pu m’empêcher de compatir même si Fingus n’a pas vraiment bon caractère. Quand on y pense, sa situation est horrible ! J’apprécie beaucoup le fait qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture, autant pour les plus jeunes qui ne tiqueront pas forcément sur tout que pour les lecteurs plus vieux. Une belle réussite et des questionnements intéressants qui se posent sur l’hérédité, le harcèlement, le rejet de l’inconnu.

Ariel Holzl propose une nouvelle galerie de personnages intrigants comme Polly, l’amie sorcière de Fingus, n’aime pas utiliser sa magie et rechigne toujours à s’exécuter, ce qui lui vaut les moqueries du jeune Malister. Il est assez cruel avec elle, difficile de savoir s’il l’apprécie vraiment ou si elle n’est pour lui qu’un sous-fifre, comme expliqué dans son manuel. Pour un futur seigneur du mal, on ne peut pas dire que Fingus soit bien équipé : un vieux libre à moitié brûlé, le crâne de son défunt grand-père à qui il parle tout le temps et un chapeau sans fond.

Parviendra-t-il à rassembler tous les ingrédients nécessaires à la préparation de sa potion ? C’est le fil conducteur du récit qui consiste en une quête assez classique et à sa résolution. Ça reste un roman jeunesse, après tout. Le dernier chapitre indique clairement une suite à venir et c’est appréciable car plusieurs questions restent en suspend et le retournement de situation final s’est révélé inattendu. J’aurai quand même aimé que ça soit annoncé de façon claire dans le titre, je sais que c’est le genre de surprise qui déplait à certains lecteurs.

Pour résumer, Fingus Malister est certes un roman jeunesse mais qui séduira les petits comme les grands grâce à ses différents niveaux de lecture. Avec le style qu’on lui connait, Ariel Holzl propose l’histoire d’un seigneur du mal en herbe qui a peut-être un bon fond… Ou peut-être pas. Ce texte dynamique, drôle et intelligent se lit d’une traite et on a qu’une hâte: découvrir la suite ! Une grande réussite que je recommande chaudement.

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La machine de Léandre – Alex Evans

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La machine de Léandre
est un one-shot écrit par l’autrice française Alex Evans. Nouveauté de la rentrée littéraire chez ActuSF, vous trouverez ce roman au prix de 18.90 euros partout en librairie.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse.
Il s’agit de ma dix-huitième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Ce roman se déroule dans le même univers que Sorcières Associées mais il peut se lire de manière indépendante. Pour preuve, j’ai découvert l’autrice avec la machine de Léandre. Pas d’inquiétudes donc, si vous vous posiez la question !

Constance Agdal est professeur en sciences magiques, elle a même été titularisée ce qui n’est pas une mince affaire dans ce monde très masculin. Elle travaille à ses recherches quand on lui apprend la disparition de son collègue à laquelle Constance va se retrouver mêlée malgré elle. En effet, ce dernier travaillait avec Philidor Magnus sur une machine légendaire et son aide est requise pour la terminer dans les temps. Évidemment, rien n’est aussi simple qu’il n’y parait et les difficultés vont se multiplier pour Constance…

Ce texte contient également une nouvelle bonus où le personnage principal change. Le lecteur suit cette fois Cassandre de Galata à qui on confie la mission de retrouver un livre ancien, très puissant et prétendument perdu.

Je vais d’abord commencer par évoquer l’univers original. Dans ce monde, la magie arrive et repart de manière cyclique. Elle n’est revenue que récemment, le temps pour une secte religieuse de farcir la tête de ses adeptes avec des mensonges. D’ailleurs, Constance vient de la cité de Tourmayeur, un endroit où les enfants possédant le Don disparaissent très jeunes. Cela lui a causé un traumatisme et a contribué à l’intériorisation de ses pouvoirs. J’ai apprécié cette idée de magie qui va et qui vient, cela permet de la redécouvrir dans un univers de raison et de l’étudier avec des procédures scientifiques modernes. Je dis moderne mais sachez que le roman se déroule dans une sorte de fin 19e / début 20e alternatif. C’est du moins l’ambiance décrite par l’autrice telle que je l’ai ressentie.

Comme la magie a disparu pendant un certain temps et vient de revenir, les civilisations ont oublié pas mal d’éléments, comme la manière de conjurer des démons. Quelle surprise d’en voir apparaître en pleine ville, potentiellement sans raison ! Et si c’était lié avec les travaux de son collègue? Constance rencontre malgré elle l’incube concerné, prénommé Albert, et essaie de l’aider tout en préservant sa vertu.

J’ai vraiment apprécié le personnage de Constance. J’avais un peu peur de tomber sur une espèce d’urban fantasy / romance / trio amoureux mais ce n’est absolument pas le cas. Alex Evans propose un traitement intéressant de la femme qui fait son maximum pour s’imposer dans un monde masculin afin d’être reconnue à sa juste valeur. Constance n’est pas très féminine ni sexuée, elle est intelligente et n’a pas envie de céder aux dictats sociaux qui la poussent à se marier, à enfanter. Constance ressent pourtant des sentiments très humains, elle a aussi envie qu’on l’apprécie et a des désirs mais ils ne la rendent ni cruche ni potiche pour autant. Alex Evans propose un bel équilibre sur son héroïne, qu’on retrouve également dans l’autre nouvelle. Le personnage de Cassandra est plutôt belle, féminine, consciente de ses charmes mais n’en use pas et rêve surtout de devenir exploratrice.

Du côté de l’intrigue, elle reste assez classique et on sent arriver le twist final. Pourtant, ça ne m’a pas dérangé plus que ça parce que tout s’enchaîne très vite et je ne me suis pas du tout ennuyée pendant ma lecture. Sans doute grâce au style d’écriture de l’autrice qui est simple, dynamique et percutant. Par contre, j’ai un peu moins apprécié l’intrigue de la nouvelle à l’exception de la fin (puis c’est quoi ce délire avec son cousin, franchement ?!). Je pense, vu toutes les informations données qui déséquilibrent le récit, que l’histoire aurait mérité un roman à part qui aurait pris davantage son temps pour poser les protagonistes. Dommage ! Le potentiel était là.

Pour résumer, la Machine de Léandre est un bon divertissement qui ravira les adeptes de magie, de 20e siècle et de sciences occultes. Alex Evans propose une intrigue classique mais dynamique, portée par des personnages originaux et attachants. Je recommande ce texte aux lecteurs avides d’un agréable moment de détente, il vous accompagnera parfaitement !

Les meurtres de Molly Southbourne – Tade Thompson

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Les meurtres de Molly Southbourne
est une novella écrite par l’auteur anglais Tade Thompson. Publié dans la collection Une Heure Lumière chez le Bélial, vous trouverez ce texte au prix de 9.90 euros.
Ceci est ma dix-septième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Molly Southbourne souffre d’une étrange malédiction. Quand elle saigne, elle créé des clones d’elle-même qui tentent parfois de la tuer. Ses parents mettent alors un certain nombre de règles en place pour la sauvegarder. Cette histoire, c’est donc celle de Molly…

Difficile en réalité de vous résumer cette novella avec mes propres mots sans spoiler beaucoup d’éléments. Mais quel coup de cœur ça a été ! Je l’ai d’ailleurs lu d’une traite (d’accord elle fait 125 pages mais quand même) impossible de la lâcher tant j’ai été prise dedans, fascinée par ce que je lisais.

Le roman s’ouvre sur une mystérieuse fille, attachée dans un sous-sol par des chaines rouillées, assise dans une marre de sang. Une autre fille lui rend visite, lui parle, la lave, l’habille et elle finit par lui raconter son histoire. C’est ainsi que le lecteur est amené à rencontrer Molly Southbourne.

La novella est construite sur un enchaînement de scènes relativement courtes qui constituent l’histoire de Molly. Ses débuts avec ses parents, la façon dont elle gère sa maladie, son désir de voir le monde au lieu d’obéir et de rester sagement enfermée dans la ferme familiale. J’ai immédiatement adoré ce concept et cette narration efficace, sobre, dynamique. L’auteur maîtrise très bien sa plume et c’est un régal. Chaque scène explose dans le cerveau du lecteur avec une étonnante clarté pour s’imprimer durablement dans ses neurones.

Ce texte est assez psychologique. Le lecteur suit Molly dans son évolution, dans son apprentissage aussi parce qu’il faut bien savoir comment survivre quand on peut se faire attaquer à n’importe quel moment dès qu’on a ses règles. On constate avec effroi et fascination la façon dont elle se refroidit à chaque étape de son existence, comment elle perd l’innocence enfantine pour expérimenter d’une façon assez glauque ce qui touche aux mollys, puis grandir, sombrer dans la sociopathie. Éblouissant et glaçant, voilà deux mots qui résument parfaitement cette novella.

La seule chose qui me gêne un peu, c’est la perspective d’une suite au sein d’une collection qui, si je l’ai bien compris, met en avant des one-shots. En effet, une interview se trouve à la fin du texte où l’auteur répond à certaines questions sur les influences de son roman et sur ses projets, ce qui est assez intéressant à découvrir. D’ailleurs, ça m’a donné envie de lire davantage de sa bibliographie. Mais bref, je trouve dommage qu’une suite possible vienne entacher la fin superbe des meurtres de Molly Southbourne !

Pour résumer, les meurtres de Molly Southbourne est un coup de cœur pour moi. Cette novella maîtrisée axée sur la psychologie propose de suivre un personnage atypique, une anti-héroïne fascinante dans un univers teinté de science-fiction même si ça reste assez léger. C’était ma première incursion au Bélial et certainement pas la dernière si tous leurs textes ont cette qualité. Je le recommande plus que chaudement mais attention, âmes sensibles s’abstenir car ce texte est glauque, plutôt malsain et n’épargne personne. Moi, c’est ma came ! Et vous?

 

Délius, une chanson d’été – Sabrina Calvo

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Délius, une chanson d’été est un one-shot doublé d’une nouveauté littéraire de la rentrée écrit par l’autrice française Sabrina Calvo. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.
Je remercie Nathalie et les Éditions Mnémos pour ce service presse.
Ceci est ma seizième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Durant un bien étrange 19e siècle, une série de meurtres est commise par le criminel connu sous le sobriquet de Fleuriste. Quoi de plus naturel pour un botaniste de mener l’enquête? Lacejambe et son fidèle Fenby se lancent donc à la poursuite de cet homme, à cheval sur la France, l’Angleterre, l’Amérique mais aussi la Féérie…

Quand on commence la lecture de Délius, on se demande sur quoi on vient de tomber. Tout se met en place assez lentement, les chapitres courts s’enchaînent en multipliant les points de vue et sans que les liens ne sautent aux yeux. Sans parler de l’aspect limite absurde de certaines phrases / scènes. On reste perplexe pour tenter de garder une vue d’ensemble mais c’est brouillon et probablement voulu par l’autrice pour renforcer le côté onirique. Après coup, je trouve ce choix pertinent, hélas sur le moment ça m’a assez déboussolée pour me faire presque abandonner le roman. Heureusement, c’était un service presse sans quoi je serai passée à côté d’une pépite donc n’hésitez pas à vous accrocher, ça vaut vraiment le coup.

Le rêve a une place prépondérante au sein de ce récit. Déjà, rien que sur la forme. L’écriture de Sabrina Calvo est d’une grande qualité et dotée d’une vraie personnalité littéraire. Elle déborde de poésie et a un petit côté absurde qui n’est pas pour me déplaire une fois passée la première surprise. Il lui arrive aussi souvent d’utiliser des verbes métaphoriques dans leur sens premier, ce qui en fait une jongleuse des mots très douée.  L’autrice aime jouer avec la langue française autant qu’avec l’imagination et on le ressent.

À mon sens, ce roman de fantasy française s’inscrit également dans la veine surréaliste. Déjà en exploitant la figure du rêve mais aussi de la force de l’inconscient. Pour ne rien gâcher, il s’offre une métaphore sur la Nature et son conflit avec la Rationalité, l’une perdant du terrain face à l’autre. C’est très beau, très mélancolique aussi. Avec une grande justesse, l’autrice exploite le bestiaire féérique en baladant son lecteur à la frontière entre deux mondes et les scènes en Féérie renforce ce côté amer, cet accablement face à la fin d’une ère.

En prime, Sabrina Calvo propose une galerie de personnages insolites et attachants par leur excentricité et leur spontanéité. Lacejambe ne manque pas de piquant et rappelle Sherlock Holmes par certains côtés (ce qui est voulu si j’en crois les références dans le texte) en beaucoup plus excentrique. En fait je devrais plutôt dire qu’il rappelle notre conception moderne de Sherlock Holmes. Fenby est un Watson à l’ancienne au destin plutôt comique (j’ai beaucoup apprécié l’aspect ironique de la chose mais je n’en dis pas trop pour éviter de gâcher la surprise). Le garçon triste (je ne cite pas son prénom pour des raisons identiques) est fascinant et que dire de Délius, si touchant ? Puis Josh, avec son innocence et sa spontanéité enfantine à la limite du malsain. Si je me sentais perdue et déconcertée par tous ces changements de point de vue au début du roman, j’ai finalement trouvé que l’autrice proposait un rythme narratif maîtrisé et cohérent au sein de son histoire.

Pour résumer, Délius, une chanson d’été est une vraie réussite sur tous les plans. Sabrina Calvo écrit avec maîtrise et personnalité une fantasy francophone teintée de surréalisme. C’est un roman savoureux, autant sur la forme travaillée avec un vrai talent littéraire que sur le fond, qui marquera sa génération. Pour ne rien gâcher, sa galerie de personnages riches et excentriques sauront séduire les lecteurs avides de changement. À découvrir absolument !

Terre de Brume #2 le choix des élues – Cindy Van Wilder

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Le choix des élues est le second (et dernier) volet de la saga Terre de Brume écrite par l’autrice belge Cindy Van Wilder. Publié chez Rageot, vous trouverez ce volume au prix de 16.90 euros dans toutes les librairies.
Ceci est ma quinzième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Souvenez-vous, je vous avais parlé du premier tome lu dans le cadre du PLIB2019.
Je vous rappelle en quelques mots le principe car je ne compte pas vous spoiler le contenu de l’histoire. Au sein d’un univers typé fantasy, l’utilisation de la magie génère une Brume qui finit par provoquer le Bouleversement. La Brume prend une trop grande ampleur et devient corrosive, ce qui est néfaste pour le monde au point de détruire beaucoup d’éléments de l’ancien monde, dont la nature. Les humains survivent dans des bastions, sous la protection de praticiens d’une magie élémentaire (eau, feu, air ou terre). On apprend aussi que certaines formes de magie semblent disparues et on en ignore pour l’instant la cause. Le roman se centre sur Héra, une prêtresse de l’eau et Intissar, une Sœur de Feu qui vont s’unir pour affronter les vagues de monstres dans la Brume et chercher une solution définitive à ce problème.

En tant que tome 2, le choix des élues s’inscrit assez bien dans la continuité de ce que proposait l’autrice : métaphore écologique, héroïnes résilientes, pour les points positifs et facilités scénaristiques en plein deus ex machina pour les points négatifs. Ma chronique va se présenter un peu différemment de d’habitude car j’ai envie de relever plusieurs points qui me paraissent importants.

Déjà, sur la construction narrative. Chaque début de chapitre propose un extrait d’une autre histoire, racontée par un conteur qui s’adresse directement au lecteur en lui expliquant ce qui est arrivé au dieu Aïstos. On comprend rapidement que c’est lié à l’intrigue en cours. Toutefois, ça nuit cruellement au rythme narratif en cassant la fluidité des changements de chapitre. Je pense que cette histoire aurait gagné à figurer en prologue ou alors à la toute fin du roman car nous en découvrons des éléments importants via Héra et Intissar au moment où elles rencontrent les Semeurs. Sauf que quand les héroïnes apprennent la vérité, quel intérêt de la répéter dans ces en-têtes ? Hormis à insister trop lourdement sur le fait que Aïstos est vraiment trop gentil vu toutes les saloperies qu’il a pu subir.

De plus, une grande partie du roman est écrite à la première personne, toujours pour Héra et Intissar, mais des chapitres sont rédigés à la troisième, pour la Brume et Saraï, ce que je n’ai pas compris et qui me pose un problème en terme d’homogénéité narrative. Qu’on propose un prologue ou un épilogue d’un point de vue différent, d’accord, mais qu’on jongle pendant tout le livre? C’est vraiment dommage et ça sort de l’intrigue. D’autant que les chapitres sur la Brume n’apportent pas grand chose hormis montrer que cet antagoniste manque de peps et d’enjeu, surtout comparé à celui du premier tome qui inspirait quand même une certaine peur, un intérêt, une angoisse. La Brume est beaucoup trop manichéenne à mon goût, j’aurai apprécié plus de nuances.

Je trouve ça d’autant plus dommage que les idées de l’autrice sont bonnes. J’ai lu plusieurs chroniques qui déploraient les facilités scénaristiques et j’ai relevé plusieurs deus ex machina -comme je l’ai signalé plus haut. Toutefois… Pendant tout le roman, on nous parle de « Maktoub » soit un concept de destin auxquels même les dieux sont soumis. À partir du moment où l’existence de ce concept est admis clairement par l’autrice et les protagonistes, je n’ai plus de problèmes avec ce qui aurait pu passer pour des facilités car ça devient un parti-pris narratif. Si un destin existe, c’est qu’une intelligence quelconque a tissé une trame et donc qu’elle a prévu de bousiller un coup le libre arbitre de tout le monde, de parfois forcer la chance, comme ça lui convient à elle. Peut-être que c’est une métaphore tordue du métier d’autrice et globalement, ce n’est pas ce que j’apprécie mais c’est un choix justifié par Cindy Van Wilder au sein de son univers. Il est assumé, clairement admis donc je ne me sens pas en droit de critiquer ce point hormis par pure préférence personnelle.

Je sais que jusqu’ici, vous êtes en train de vous dire : mais bon sang elle démonte le roman, pourquoi elle en parle? C’est pas dans sa ligne éditoriale. Et bien… Tout simplement parce que j’ai passé un agréable moment avec ce second tome qui clôture correctement la saga. J’ai été surprise par certains choix (notamment Intissar, c’était osé ! ) au sein de l’intrigue et j’ai tourné les pages sans m’en rendre compte. Je pars du principe que quand on lit un roman et qu’on arrive à la fin en se disant « quoi? déjà? » c’est que l’autrice gère un minimum. Son écriture dynamique et sans fioritures inutiles permet de fournir un vrai page-turner et un bon divertissement. Parfois, on n’a pas besoin de plus. Et en ce moment, je termine mon blocus pour ma seconde session donc c’était parfaitement ce qu’il me fallait pour m’accompagner.

Mais ce que j’ai apprécié aussi, c’est le traitement d’une question d’identité genrée. Dans le roman, on rencontre un personnage d’abord présenté comme un garçon (je ne vous dis pas qui) et qui révèle qu’à l’intérieur, il se sent fille et subit une discrimination assez violente de la part de son peuple. Je trouve ça important de traiter ce type de sujet polémique au sein d’un roman à destination d’un public plus jeune. Ça a du sens et ça peut mener à une plus grande ouverture d’esprit. Ou au moins à se questionner sur son identité et à comprendre à quoi peut mener le rejet ou le harcèlement. Dommage que ça intervienne tard et presque au détour d’un chapitre, toutefois ça me tenait à cœur de le souligner.

En bref, le second tome de Terre de Brume est à la hauteur du premier. Cindy Van Wilder propose un bon divertissement sous forme d’un page-turner efficace en traitant de manière métaphorique de thématiques fortes comme l’écologie, la résilience ou l’identité de genre. Ce roman est à recommander à des lecteurs plus jeunes ou inexpérimentés qui s’y retrouveront là où les lecteurs confirmés et tatillons lui attribueront un certain nombre de défauts. Personnellement, j’ai passé un agréable moment de lecture et parfois, c’est tout ce qui compte.

La controverse de Zara XXIII – John Scalzi

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La controverse de Zara XXIII
est un one-shot de science-fiction proposé par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante, vous trouverez cet ouvrage au prix de 19.90 euros.
Ceci est ma quatorzième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !
Je remercie Emma et les Éditions l’Atalante pour ce service presse.

Jack Holloway est prospecteur indépendant sur la planète Zara XXIII. Il y travaille  comme sous traitant pour l’immense compagnie Zarathoustra et c’est dans le cadre de ce contrat qu’il découvre un filon de pierres précieuses qui promet de faire sa fortune. Hélas (pour lui), il découvre une nouvelle espèce jusqu’ici inconnue sur la planète. De gros enjeux pèsent alors sur les épaules du prospecteur car si cette espèce est reconnue intelligente, la compagnie va perdre des milliards de crédit ainsi que le droit d’exploiter la planète. Et lui, tout l’argent lié au filon. Ainsi débute la fameuse controverse.

Dans une courte présentation, Scalzi explique que ce roman se veut comme une refonte des Hommes de poche de H. Beam Piper publié en 1962. De son propre aveu, il en garde certains éléments dont la trame principale ainsi que plusieurs personnages auxquels il ajoute ses personnages à lui, de nouveaux rebondissements et la touche toute scalzienne à laquelle je suis très sensible. Je n’ai pas lu les Hommes de poche donc il ne m’est pas possible d’effectuer une comparaison mais je trouve l’honnêteté intellectuelle dont Scalzi fait preuve vraiment à son honneur.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce texte conseillé par la responsable des services presses chez l’Atalante quand je lui ai dit vouloir continuer à lire du Scalzi sans savoir par quel bout le prendre. J’ai retrouvé avec plaisir sa plume maîtrisée et son grain de folie. En effet, le roman s’ouvre sur Jack qui s’apprête à déclencher une explosion… ou plutôt, à demander à son chien, Carl, de le faire pour lui ! Malheureusement, ça provoque une réaction en chaine qui cause de sacrés dégâts et son supérieur ne va pas se priver de le virer. Il faut dire que l’homme a déjà un sacré passif, c’était un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase. J’ai immédiatement apprécié ce personnage plutôt roublard, ancien avocat radié du barreau qui va toujours chercher la petite bête. Une réussite.

Il n’est d’ailleurs pas le seul. Si le roman se concentre sur les enjeux philosophico-éthiques de la controverse, il n’oublie pas de développer des personnages crédibles et attachants que ce soit du côté humain (Bourne, Isabel, Sullivan) ou du côté des toudous. Il réussit même l’exploit avec Carl le chien !

Mais ce qui marque surtout dans ce texte, ce ne sont pas tant les protagonistes que le fond. La Controverse de Zara XXIII a beau dater des années soixante, on y trouve des thématiques très fortes à l’heure actuelle. D’ailleurs je parle de science-fiction mais le texte pourrait très bien se dérouler dans notre monde et à notre époque, il se classe dans cette catégorie parce qu’on a une planète autre que la Terre, exploitée par une société humaine pour ses richesses ainsi qu’un plus grand développement sur les procédures de préservation (au passage, y’a des idées à appliquer, avis aux politiciens de passage).
Jack découvre donc une nouvelle espèce qu’il prend pour animale et se rend rapidement compte de leur intelligence. Il va donc consulter son ex, une biologiste douée qui va leur prêter une intelligence forte, douée de raison, à la hauteur de celle des humains. Commence alors des débats aux enjeux faramineux. Jack a tout à perdre dans la reconnaissance de cette intelligence car il ne pourra pas exploiter son filon. D’un autre côté, il s’attache à ceux qu’il a appelé « les toudous » et va devoir lutter contre les pontes de la compagnie qui essaient de le faire taire d’une façon assez violente. Et définitive.

Le lecteur est alors embarqué dans des péripéties juridiques et des retournements de situation assez inattendus. Je me sentais comme dans une bonne série avec des avocats talentueux qui trouvent toujours des ruses pour arriver à leur fin. Personnellement, ça me passionne et j’ai eu très difficile de lâcher ce texte.

Scalzi aborde des questions fondamentales dans ce roman confirmant, selon l’éditeur, ses penchants humanistes (je ne connais hélas pas l’auteur personnellement mais vu ses textes, je veux bien le croire). Finalement, qu’est-ce qui définit une race comme intelligente? Peut-on se contenter d’une liste de critères abstraits ? Qu’apporte la parole au débat? Qui doit-on protéger dans un écosystème et pourquoi? Est-ce qu’il suffit d’obliger des compagnies exploitantes à remettre tout en état quand elles ont terminé pour autoriser n’importe quoi? Peut-on tout autoriser si les bénéfices à la clé sont suffisants? Quelle est la valeur d’une vie? J’ai trouvé à cet égard la Controverse de Zara XXIII d’une remarquable intelligence.

Pour résumer, j’ai adoré ce one-shot difficile à lâcher ! La Controverse de Zara XXIII est un bijou. À travers une idée qui peut paraître simple et déjà exploitée (la découverte d’une nouvelle espèce sur une planète au sol assez riche pour attirer les convoitises), John Scalzi use de tout le talent qu’on lui connait pour s’intéresser à la préservation de la faune. Il propose un antihéros attachant et laisse la part belle aux espèces extraterrestres dont il se sert pour porter sa réflexion. L’intrigue est passionnante, le style d’écriture toujours aussi dynamique et les quelques pointes d’humour teinté de cynisme bien dosé font qu’on reconnait sans peine le style du maître qui ne se repose visiblement pas sur ses lauriers. Je recommande chaudement ce roman à tout le monde, que vous soyez habitués de science-fiction ou non car cet aspect reste léger (surtout comparé aux habitudes de Scalzi) et tourne vraiment davantage autour des questions philosophiques ainsi que les aspects juridiques inhérents à une telle controverse. Encore une magnifique réussite pour l’Atalante !

Morts – Philippe Tessier

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Morts
est un one-shot fantastique et délirant écrit par l’auteur français Philippe Tessier. Publié chez Léha Éditions, vous trouverez ce roman en papier partout en librairie au prix de 19 euros.
Ceci est ma treizième lecture (coïncidence ?) dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Joseph vient de mourir. Si tôt après, il ouvre les yeux et se rend compte qu’il dispose toujours d’une conscience. Puis le sol se dérobe dans son dos et il arrive dans des galeries pleines de squelettes animés, eux aussi morts mais pas tout à fait. Joseph, lui, a encore sa peau et ses organes, la faute à un embaumeur très (trop?) qualifié. Il est donc le parfait représentant pour la nation des morts qui aimerait entrer en contact avec les vivants, sans trop de risques. Sauf que les choses ne se passent jamais vraiment comme prévu.

Morts est un texte remarquablement intelligent. À travers un concept délirant, Philippe Tessier propose un roman dynamique construit comme une critique sociale. Les morts ont des avis sur beaucoup de sujets contemporains. Ils essaient de ne pas reproduire les erreurs des vivants mais sont confrontés à des problèmes similaires. De ce point de vue, Morts brasse énormément de thèmes politiques, culturels et sociaux. Il s’inscrit comme une synthèse de nos tourments modernes et fascinera probablement les futurs étudiants en lettres d’ici un siècle ou deux. Selon moi, ce texte est voué à marquer sa génération sur un plan littéraire.

Il est également bourré de références culturelles. Tous les personnages présents dans ce roman sont issus de notre Histoire (enfin presque tous, mention spéciale à notre ami l’extra-terrestre. Encore que, pour ce qu’on en sait…) et on peut deviner leur identité grâce à l’initiale qui suit leur prénom. C’est plus évident pour certains que pour d’autres mais ça permet de découvrir des personnalités et de s’amuser à deviner qui est qui. Ces personnages viennent tous d’époques et de lieux différents, ce qui permet également de confronter les opinions. Évidemment, le plus fameux d’entre eux est la Mort, concept asexué qui souffre de névroses meurtrières (mais elle se soigne avec Sigmund !) et ne manque pas une occasion de remettre Joseph à sa place quand il se montre trop critique avec l’humanité dont il est pourtant issu. Ce personnage de la Mort est particulièrement réussi et attachant, elle offre un point de vue beaucoup plus neutre et même optimiste sur notre humanité, un tour de force.

Joseph n’est pas en reste. Homme somme toute normal qui a connu une vie banale, il ne s’attendait pas à devoir continuer à vivre après sa mort ni à être désigné par un mystérieux bout de papier comme représentant auprès des vivants. Évidemment, la situation va se gâter et Joseph ne va plus servir à grand chose hormis observer parfois passivement les évènements. Il permet au lecteur de suivre tout ce qui se passe dans cette société avec force de cynisme à l’égard de l’humanité, ce qui m’a bien plu. Même si le roman est écrit à la troisième personne, Joseph est clairement le point focal de la narration.

Pour ne rien gâcher, Morts contient aussi sa dose d’humour qui passe par les situations souvent absurdes vécues par les squelettes dans leur quête de ramener la vie au sein de leur monde. On sourit souvent et on ne s’ennuie jamais ! Je n’ai pas envie de vous donner des exemples pour gâcher la surprise mais j’ai ris au moins une fois par chapitre et de bon cœur. C’est le genre de lecture qui fait doublement du bien : d’abord au cerveau puis aux zygomatiques. Comme quoi, l’un n’exclut pas l’autre.

Le tout est servi par une écriture maîtrisée et efficace. L’auteur va droit au but et trouve un bon équilibre entre les descriptions et l’action, ce qui permet au lecteur de ne pas éprouver une seule fois un sentiment de longueur.

Pour résumer, Morts est un roman court (d’environ 200 pages) qui se lit d’une traite avec un certain plaisir. Sur fond de critique sociale assumée, Philippe Tessier propose un concept inspiré en partant d’un postulat simple qui lui permet, avec humour, de parler de la Vie… À travers les morts. Une belle réussite que je recommande plus que chaudement à tout le monde !