L’Anti-magicien #1 – Sébastien de Castell

gallimard508555-2018
L’Anti-magicien
est une saga de fantasy en cours qui compte actuellement 5 tomes en français et écrite par l’auteur canadien Sébastien de Castell. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce premier tome (qui est l’objet de cette chronique) partout en librairie au prix de 18 euros.

De quoi ça parle ?
Kelen approche de ses 16 ans et est le fils d’un grand mage. Tout naturellement, il prépare ses épreuves pour obtenir son nom de mage. Hélas pour lui, ses maigres pouvoirs disparaissent petit à petit, ce qui va l’obliger à ruser -ce qui déclenchera au passage toute une série d’évènements dramatiques. Soutenu par Furia, une vagabonde sortie de nulle part, et par Rakis, un chacureuil féroce, Kelen va devoir remettre en question tout ce qu’il croyait savoir.

Un point sur l’univers.
Le monde créé par Sébastien de Castell paraît classique au premier abord. Il comporte trois grands peuples : les Jan’tep qui sont les magiciens, les Daromans qui sont davantage portés sur la puissance militaire et les Besaresq qui sont un peu les illuminés religieux du coin. L’histoire se déroule au sein du peuple Jan’tep qui place la protection de la famille avant tout. Pour cette raison, il est nécessaire de devenir un mage au risque de se voir relégué au rang de Sha’tep à savoir de serviteur à la limite de l’esclavage.

On devient mage en passant quatre épreuves l’année de ses seize ans. Dans cet univers, la magie est divisée en six disciplines : fer, sang, sable, soie, souffle et braise. Il en existe une septième, l’ombre, mais elle est interdite. Pour accéder à cette magie, il faut faire scintiller une bande sur son avant-bras, bande qu’on tatoue aux enfants dés leur plus jeune âge. Il y a donc six bandes, une pour chaque magie. Il est possible de combiner plusieurs types de magie, qu’on pratique avec des mots et des symboles effectués avec les doigts.

La société Jan’tep est totalement organisée autour de la magie et s’est construite sur les cendres des Madhek, réputés pour pratiquer la magie de l’ombre en étant soutenus par des familiers démoniaques. Ce peuple est entré dans la culture populaire comme les grands méchants et on se doute assez vite que tout est un brin plus compliqué que ça.

Si le fond de l’univers est donc relativement classique, le système de magie a le mérite d’être original tout en restant facile d’accès pour le lecteur novice. Un très bon point !

Un roman addictif.
J’ai dévoré ce texte en trois jours et encore, parce que je m’obligeais à faire des pauses. Dés les premières lignes, l’auteur m’a happée dans son univers avec un style accessible, écrit à la première personne du point de vue de Kelen. Je me suis rapidement prise d’affection pour ce personnage et pour ceux qui gravitent autour. L’auteur a construit des protagonistes intéressants, différents, crédibles, diluant suffisamment de mystère pour nous accrocher sans pour autant tomber dans le trop. Il a également pensé au familier, Rakis, un chacureuil que j’adore pour son mauvais caractère et son petit côté diablotin qui apporte un vent de fraicheur bienvenu.

Mon enthousiasme m’a permis de passer outre quelques défauts. Certains morceaux de l’intrigue restent prévisibles (notamment ce qui tourne autour des Jan’teps et qui reste assez sous exploité au final) et les antagonistes de ce tome sont méchants sans véritable raison ni but original hormis celui de contrôler la société dans laquelle ils vivent. Ces éléments sont toutefois contrebalancés par un enchaînement d’actions efficaces et un protagoniste principal très solide qui utilise volontiers son cerveau, ce qui est rafraichissant.

De plus, en toile de fond, l’auteur brasse énormément de thèmes sur la pression familiale, la place de chacun dans la société, la nécessité d’accepter les dons qu’on a pu recevoir et les développer au lieu d’essayer de ressembler à ce qu’on n’est pas. Il les traite avec force, sans lésiner sur les scènes chocs et les réflexions qui heurtent (ce qui tourne autour d’Abydos, l’oncle, m’a vraiment fait froid dans le dos sans parler de l’épilogue). C’est finalement un beau roman initiatique avec un héros pour qui on développe immédiatement de l’empathie, au point de vouloir enchaîner ses aventures les unes à la suite des autres.

Un roman jeunesse / young adult ?
Ce n’est pas la première fois que j’écris une réflexion à ce sujet mais hormis l’âge du protagoniste, je ne vois pas spécialement en quoi ce roman mérite une classification jeunesse puisqu’il peut parfaitement se lire par un public adulte. Sans parler de certaines scènes ou thématiques qui se révèlent plutôt dures. C’est dommage parce que ce classement adolescent pourrait rebuter certains lecteurs plus vieux ou blasés. Si vous passez par ici, soyez donc rassurés : ce roman est plutôt tout public que vraiment destiné à des adolescents.

La conclusion de l’ombre :
Avec ce premier tome de l’Anti-magicien, Sébastien de Castell propose un roman de fantasy tout public (et non pas juste pour adolescents) qui se révèle aussi intéressant qu’addictif. L’univers paraît classique de prime abord mais le système de magie et tout ce qui tourne autour est assez original. L’intrigue bien rythmée et un protagoniste principal très attachant permet de passer outre les quelques faiblesses au niveau des antagonistes qui, j’en suis sûre, vont se corriger à mesure qu’on avancera dans l’histoire. J’ai dévoré ce roman et je me suis immédiatement commandée le tome 2 ! Une très belle réussite.

D’autres avis : l’ours inculte (que je remercie car j’ai découvert la saga grâce à lui ! ) – Lianne (de livres en livres) – Phooka (Bookenstock) – vous ?

26 réflexions sur “L’Anti-magicien #1 – Sébastien de Castell

  1. Pingback: L’anti-magicien #2 l’ombre au noir – Sébastien de Castell | OmbreBones

  2. Pingback: BML #29 – novembre 2020 | OmbreBones

  3. Je l’ai lu (et j’en ai parlé sur le blog l’année dernière) mais j’ai été beaucoup moins enthousiaste. Sur le coup, je me demandais si j’étais passée à côté parce que, logiquement, c’est le genre de fantasy qui est susceptible de me plaire. Mais j’ai trouvé ça très cliché aussi. pas convaincue, donc (et je n’ai pas essayé les suivants).

    • Je pense que parfois c’est aussi une question d’instant de lecture. Je n’avais plus lu une saga de ce type depuis très longtemps et j’ai eu pas mal de déceptions littéraires cette année donc peut être que mon état d’esprit a fait que j’étais plus ouverte, je ne sais pas 🤔 dommage que tu n’aies pas trop apprécié ta lecture du coup !

  4. Mais de rien !
    Content qu’il t’ai plu en tous cas, j’aime vraiment cet auteur et j’attends le tome 6 avec impatience (qui sera le dernier).

    Comme d’hab, le « feeling » young adult est tellement flou et indéfinissable que chacun le met à sa sauce, donc je saurai pas dire si ça en est ou pas

    Mais je m’en fous un peu 🙂

  5. « je ne vois pas spécialement en quoi ce roman mérite une classification jeunesse puisqu’il peut parfaitement se lire par un public adulte » : C’est plutôt l’inverse dans le fonctionnement, non ? C’est parce qu’il peut être lu par des jeunes qu’il est classé en jeunesse ? C’est la catégorie adulte qui est limitative (=pas vraiment fait pour les jeunes), pas la catégorie jeunesse (=peut aussi être lu par des adultes).
    (évidemment tout « peut être lu » par des jeunes, mais de manière plus évidente et pensé pour on va dire. ^^)

    • Certes mais je trouve ça très réducteur comme manière de penser pour les éditeurs en fait. Parce que la catégorie jeunesse le prive de lecteurs plus âgés qui craindront justement de tomber sur une œuvre qui ne correspondrait pas à leurs attentes ou leurs critères en tant qu’adultes. En fait j’aimerai que les critères de public soient explicités plus clairement dans les romans ^^’ Quels éléments sont obligatoirement présents dans une œuvre jeunesse ? Ou obligatoirement absents ?
      Pour exemple, j’avais onze ans et je lisais les romans d’Agatha Christie. J’étais donc jeune, est-ce que les enquêtes d’Hercule Poirot deviennent jeunesse pour la cause ? Puisqu’elles peuvent être lues par des jeunes ? Tu me diras, l’exemple est un peu extrême mais c’est pour essayer d’illustrer mon point de vue sur la question.

      • Et les publier en « adultes » les privera de lecteurs plus jeunes qui craindront de tomber sur une œuvre qui ne leur correspondra pas, ça marche dans les deux sens. ^^
        Après je comprends hein, et je chipote pour le plaisir. Mais il n’y a pas de critère obligatoire, ce sont des catégories artificielles de toute façon, donc ça se fait à la « moyenne » je pense. Autant éduquer les lecteurs à ne pas se dire qu’un roman jeunesse est seulement pour les enfants, ça me paraît plus simple. ^^

    • C’est drôle y’a vraiment deux catégories dans les commentaires, ceux qui ont trouvé ça jeunesse et les autres. C’est dingue je trouve un tel écart sur le même livre o.o Je trouve ça vraiment intéressant !
      Si tu lis la suite un jour je serai curieuse de comparer nos avis 🙂

  6. Moi j’adore. J’en suis au tome 5. Ce que j’aime par dessus tout c’est que la héros reste toujours un anti-héros et qu’il fait de ses faiblesses des forces. L’auteur ne va pas vers la facilité d’en faire d’un seul coup un super héros.

  7. Personnellement je l’ai trouvé très jeunesse. C’est très cliché sur l’ado qui ne trouve pas sa place et je ne me retrouve pas vraiment en tant qu’adulte dans ce genre de sujets qui sont à mon avis bien plus ciblé pour les jeunesse. Si il n’y avait que ça, à la limite, mais il y avait quand même quelques facilités sur le reste qui ont renforcé cette impression générale.

    • Ah c’est marrant je n’ai pas du tout eu ce sentiment de jeunesse et pourtant je suis moi-même adulte (enfin, sur le papier ->)
      Je pense que le fait de ne pas trouver sa place peut parler aussi bien à un ado qu’à un adulte, ça dépend du cheminement de chacun (moi ça m’a beaucoup parlé) et je ne trouve pas que ce soit un thème plus ciblé sur les jeunes même s’il est évident que tout jeune risque d’y être confronté. Mais je comprends ton ressenti, l’approche qu’on a d’un roman dépend de notre propre cheminement.

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