Magic Charly #2 Bienvenue à Saint-Fouettard – Audrey Alwett

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Bienvenue à Saint-Fouettard
est le second tome de la saga fantastique Magic Charly écrite par Audrey Alwett. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 17.5 euros.

De quoi ça parle ?
Suite aux évènements du premier volume, Charly et Sapotille sont envoyés à Saint-Fouettard, une institution vouée à redresser le comportement des jeunes magiciers. Les deux amis vont devoir se débrouiller pour s’en sortir avec presque rien tout en empêchant certaines personnes mal intentionnées de prendre le contrôle du peu de magie encore présente à Thadam.

Souvenez-vous ! Je vous ai déjà évoqué le premier volume dans le détail. Je commençais par souligner toute l’originalité de l’univers que certains rattacheront à Pratchett ou même à Rowling mais au sein duquel l’autrice imprime une touche française bien à elle, lui conférant une identité unique. Je parlais ensuite longuement du personnage principal, Charly, un adolescent de quatorze ans au caractère doux, entier et fidèle qui gagne encore en nuances dans ce tome. J’avais été totalement séduite par ce protagoniste qui a su me toucher. Tous ces éléments ont fait du premier tome un coup de cœur et comme ils sont également présent dans la suite, je vous annonce déjà qu’il s’agit également d’une lecture savoureuse dont j’ai dévoré les pages sans même m’en rendre compte…

Un univers qui s’étoffe.
Dans le premier volume, on retrouvait notamment des balais volants qui se transforment en buissons, des grimoires mystérieux, des dragons pétrifiés, des Allégories et des pâtisseries magiques. Dans celui-ci, place aux rumeurs (des petits reptiles dotés de nœud colorés au service du directeur de Saint-Fouettard), à des dragons (non pétrifiés cette fois), à des assiettes carnivores, à des poulpiquets (des lutins / champignons qui se nourrissent d’histoires), à des gants inséparables, à des petits pois poissards… Et tant d’autres. Chaque tome apporte de nouvelles idées originales et colorées sorties tout droit de la tête d’Audrey Alwett qui ne manque définitivement pas d’imagination. C’est un bonheur à découvrir et ça prête plus d’une fois à sourire.

C’est aussi l’occasion d’en apprendre davantage sur Thadam et surtout, l’institution de Saint-Fouettard où on rassemble toute la « mauvaise graine ». Comprenez, des jeunes en difficulté, qui vivent dans la précarité, à qui on se félicite de donner une bonne éducation alors qu’on ne leur apprend strictement rien -histoire de protéger les privilèges des puissants… En cela, le roman est également parsemé de thèmes forts, engagés socialement. On a droit au racisme (Charly est noir et certains professeurs notamment ne manquent pas de remarques de mauvais goût à ce sujet…), à la discrimination (par rapport aux jeunes mais aussi la discrimination sociale ou même féminine, il suffit de voir comment on traite Sapotille pour l’histoire de son grimoire…), au laisser-aller pédagogique, à la prédestination sociale et j’en oublie. L’autrice s’y prend très bien pour en parler, pour dénoncer, sans pour autant oublier son intrigue ou l’alourdir avec des explications surfaites. Les évènements et les révélations heurteront forcément le lecteur qui se sentira révolté avec les personnages et cherchera à se battre avec eux.

Charly dans la tourmente
Si l’univers de l’autrice est original et coloré, l’intrigue apporte une touche de noirceur certaine. En effet, la magie disparait petit à petit de Thadam, pour des raisons obscures, provoquant des pannes magiques (donc une incapacité pour tout le monde de s’en servir, malgré les gemmes de mémoire). Certains commencent donc à envisager des solutions radicales comme priver une partie de la population du droit d’utiliser cette magie… Dans ce tome, Audrey Alwett aborde frontalement la question des privilèges des nantis, la manière dont les plus démunis sont déconsidérés, la façon dont on peut combattre le système. C’est un roman qui se veut porteur d’espoir même si les difficultés s’entassent sur le chemin de Charly et Sapotille, qui font de leur mieux pour les surmonter sans pour autant que ça ne paraisse trop facile ni convenu à la lecture. Au contraire ! C’est passionnant, j’ai ressenti beaucoup de suspens au point d’enchainer les pages sans les sentir passer. 515 ? Vraiment ?!

Un mot sur l’objet livre.
Certains auront peut-être remarqué que le volume 2 coûte 1 euro plus cher que le premier mais soyons honnêtes : d’une, il est beaucoup plus épais (une grosse centaine de pages en plus !) et vaut largement son prix (très démocratique selon moi) rien que par le soin apporté par l’éditeur sur l’objet en tant que tel. La magnifique couverture signée Stan Manoukian n’est pas la seule chose remarquable. Bienvenue à Saint-Fouettard contient également une carte très détaillée de Thadam au début du volume ainsi que des petits dessins sur chaque début de chapitre, voués à illustrer son contenu. C’est soigné sans en faire trop, permettant au contenant d’être aussi enchanteur que le contenu. Très beau travail éditorial !

La conclusion de l’ombre :
C’est toujours délicat d’évoquer des suites sans dévoiler des éléments d’intrigue et donc de proposer une analyse un peu plus poussée sur différents éléments. Cette chronique a été compliquée à écrire pour moi car je cherchais à vous donner un aperçu des merveilles contenues dans cette saga tout en vous partageant tout l’enthousiasme qu’a déclenché chez moi la lecture de ce second tome, le tout sans rien vous gâcher.

Audrey Alwett m’a rappelé qu’un/e bon/ne auteurice n’a besoin que de quelques lignes pour enchanter son lectorat. Qu’il existe toujours ce que j’appelle des plumes magiques, catégorie à laquelle l’autrice de Magic Charly appartient sans hésitation sur la scène francophone, aux côtés de, notamment, Ariel Holzl. Et que si j’enchaîne des romans moyens ou simplement divertissants, il y a toujours dans les rayons d’une librairie des perles comme celles-ci qui ne demandent qu’à être lues, qu’à être découvertes.

Alors n’hésitez pas à laisser sa chance à Magic Charly, même si l’étiquette « jeunesse » peut rebuter certain/e. C’est une saga tout public, qui peut se dévorer à tout âge et qui recèle tellement de qualités qu’un seul billet ne suffirait pas à toutes les lister. C’est inclusif, rythmé, imaginatif, riche, bref c’est une pépite que je recommande plus que chaudement.

D’autres avis : Sometimes a book – vous ?

printempsimaginaire2017
Deuxième lecture – défi « un pavé contre le vent »
(lire un livre de plus de 500 pages)

J’ai (enfin) lu la Passe-miroir de Christelle Dabos !

La-Pae-miroir
Et oui, ça y est ! Comme le hurle le titre, j’ai ENFIN lu la totalité de la Passe-miroir de Christelle Dabos grâce au coffret collector proposé en édition limitée par Gallimard que j’ai décidé arbitrairement de m’offrir pour Noël. C’est donc le moment de débriefer (à retardement je sais) sur ce phénomène littéraire francophone.

La Passe-miroir et moi.
Voilà des années que j’entends parler de cette saga, ayant plusieurs amies vraiment fans. J’ai toujours été intriguée par ce titre sans jamais vraiment oser sauter le pas pour une bête raison : le premier volume contenait le terme « fiancés » dans son titre et je craignais que la romance ne prenne une trop grosse place dans l’intrigue. De plus, tout l’engouement autour de la saga me rendait encore plus frileuse parce que j’ai ma propre logique (bancale) et que quand tout le monde adore quelque chose, ça me donne surtout envie de ne pas m’y arrêter. Cherchez pas, je suis montée à l’envers.

Mais j’ai finalement lu le premier tome il y a presque deux ans, après avoir vu à quel point l’autrice était populaire et surtout, super gentille. Pour vous donner une idée, sa présence aux Imaginales rendait la bulle du livre quasiment inaccessible parce que la file pour la voir s’étendait d’un bout à l’autre du chapiteau. C’était de la folie ! Une amie m’a alors prêté les fiancés de l’hiver, dont je vous avais parlé en détail sur le blog. Pour vous résumer ma première impression : j’avais adoré l’héroïne et le world-building mais je trouvais l’intrigue assez longue à se mettre en place et quelques maladresses stylistiques, lourdeurs et longueurs diverses, un peu surprenantes pour un éditeur aussi gros que Gallimard. J’avais tout de même eu envie de lire la suite, par curiosité, mais vous connaissez ma tendance à la procrastination.

Nous voilà donc des années (okey, deux, mais ça reste un pluriel) plus tard. Gallimard sort un coffret collector en édition limité qu’une amie achète pour lire les deux derniers volumes et posséder la saga complète dans une belle édition. C’est son enthousiasme (car je la sais très carrée, étant elle-même éditrice (oui c’est Émilie donc)) qui m’a fait sauter le pas. J’ai décidé de passer la fin d’année 2020 et le début de 2021 dans cet univers et je vous propose un billet sur mon ressenti global parce que je trouve ça plus pertinent que de fournir une chronique de chaque tome. Non pas que la matière manque pourtant mais quand j’ai la possibilité de tout faire en une fois, je ne m’en prive pas. D’autant que les chroniques de suite ont tendance à être moins lues, ce qui est logique.

À ce stade il est important de rappeler que cet article se concentre sur ma lecture de la saga entière et plus spécifiquement des tomes 2, 3 et 4. Elle contiendra donc des éléments d’intrigue et j’ai même prévu un paragraphe sur la fin. Si vous n’avez pas lu cette saga et que vous comptez le faire, n’allez pas plus loin !

Une édition collector de qualité.
Avant de me lancer dans la saga en elle-même, je dois m’arrêter sur l’édition collector proposée par Gallimard, limitée à 7000 exemplaires. Les tomes sont magnifiques, le dos du livre porte les mentions de tomaison avec une dorure de couleur différente pour chaque là où la couverture se dédie entièrement au dessin d’origine réalisé par Laurent Gapaillard. Chaque volume, à partir du second, s’ouvre sur un élément d’annexe comme une carte des différentes roses des vents / arches, une liste de tous les esprits de famille, une présentation / rappel de chaque personnage, etc. Je ne sais pas si c’est également présent dans les tomes d’origine mais je trouve ces initiatives vraiment intéressantes. D’autant que l’autrice fait un résumer des informations importantes de l’intrigue au début de chaque nouveau volume, ce qui est excellent pour la mémoire. Forcément, quand on les enchaine comme moi, ce n’est pas utile mais pour celles et ceux qui suivaient la parution depuis le début, ça ne manquait pas d’utilité.

Pour ne rien gâcher, l’édition collector contient également un petit livre sur l’univers de la Passe-miroir qui reprend en réalité tous les bonus contenus dans les tomes mais propose également plusieurs croquis des travaux du dessinateur ainsi qu’une partie « notes » où le lecteur peut écrire tout ce qui lui plait. Plus que l’objet en lui-même, c’est ce qu’il représente qui compte et qui est rappelé par cette simple phrase : « Chaque esprit de famille a un Livre. »

Passons (enfin) au cœur du sujet.

Un world-building époustouflant.
C’est ce que je retiens principalement de ma lecture. Christelle Dabos a imaginé un univers d’une grande richesse qui déborde d’imagination. Il s’agit, contre toute attente, d’un roman qu’on peut classer stricto sensu dans le post-apocalyptique, pourtant l’ambiance est loin de ce qu’on peut lire d’habitude dans ce genre. En quelques mots : il y a eu, à une époque, un Effondrement de ce qu’on suppose être notre monde, qui fait qu’il est maintenant divisé en plusieurs Arches à la tête de laquelle on trouve un Esprit de Famille. Leurs descendants sont des personnes dotées de pouvoirs divers et variés allant de l’animisme au contrôle des sens, des illusions, des éléments et j’en oublie. Les sociétés se sont adaptées à leurs arches, à leurs esprits de famille et à leurs pouvoirs, proposant des modèles sociaux aussi divers que variés.

L’intrigue s’articule autour de trois arches : Anima, le Pôle et Babel. Anima est l’arche des animistes, dont est issue Ophélie, l’héroïne. Elle possède un pouvoir de liseuse, c’est à dire qu’en posant ses mains sur un objet, elle peut en voir le passé et les émotions / souvenirs qui y sont imprégnés. Elle est également capable d’animer certains objets (dont la fameuse écharpe, meilleur accessoire jamais inventé en littérature ♥) et de passer d’un miroir à un autre sur une certaine distance, d’où le titre de la saga. Anima est une arche à l’ambiance particulière où les objets sont animés, ont un caractère, des émotions, c’est un joyeux boxon donc là où le Pôle est une arche beaucoup plus rude sur bien des plans. Alors quand la pauvre Ophélie va devoir s’y rendre pour se marier, elle va être dépaysée…

J’ai souvent lu une comparaison entre Christelle Dabos et J. K. Rowling, ce que je conçois dans une certaine mesure. Les deux autrices partagent en effet un type d’imagination commun dans le sens où elles créent des univers entiers, des sociétés entières, originales, loufoques, extravagantes mais crédibles et ce en se souciant des moindres détails et en s’inspirant de notre Histoire. Christelle Dabos ne copie pourtant pas le moins du monde Rowling, elle s’inscrit simplement dans une idéologie créatrice semblable, ce que j’ai adoré retrouver.

Une intrigue en dent-de-scie.
La Passe-miroir commence avec les fiançailles d’Ophélie et de Thorn, organisées par les Doyennes d’Anima qui ne se soucient pas trop d’obtenir l’aval de la jeune fille. On comprend vite que Thorn souhaite l’épouser pour obtenir ses pouvoirs de liseuse car le mariage, au Pôle, est accompagné d’un rituel qui permettent aux époux de mélanger leurs pouvoirs. Thorn souhaite devenir liseur afin de lire le Livre de Farouk, l’esprit de famille du Pôle, et découvrir grosso modo les secrets du monde, de sa création, de son état actuel. De nombreuses péripéties vont venir étoffer ce concept basique, le complexifiant jusqu’à le rendre vertigineux. L’autrice m’a très régulièrement surprise car je n’imaginais pas une seconde que l’histoire prendrait un tel tournant. J’étais persuadée qu’elle se développerait au Pôle, endroit que j’appréciais beaucoup. Le tome 2 est d’ailleurs mon favori ! En réalité, la majeure partie des évènements importants se déroulent sur Babel (les tomes 3 et 4) et rabattent complètement les cartes tant au niveau de l’ambiance globale (de plus en plus sombre) que des éléments d’intrigue (de plus en plus complexe).

Quel tournant, vous demandez-vous peut-être ? Et bien on y parle de Dieu, de métaphysique, de corne d’abondance, de sciences aussi d’une certaine manière (quoi qu’elle soit propre à cet univers), de politique, de changement, de ce qui est bon ou non pour l’humanité, et finalement on pourrait presque résumer tout ça en : l’enfer est pavé de bonnes intentions. Tout ce qui tourne autour de Dieu est franchement bluffant et bien trouvé, jusqu’à la faute d’orthographe qui remet tous les éléments en perspective. L’autrice a, de ce point de vue, vraiment bien joué avec son lecteur et même finalement un peu trop…

En effet, même si je trouve que l’univers créé par Christelle Dabos ainsi que les explications apportées par elle lors du final se tiennent bien, je regrette un manque de préparation. Les tomes sont assez épais, pourtant les différents éléments qui constituent l’explication finale me semblaient parfois un peu sortis de nulle part si bien que je restais décontenancée en tournant les pages, à me demander si je n’avais pas loupé une marche. Je réfléchissais tellement que je sortais de ma lecture. En réalité, je ne m’attendais tellement pas à tout ce qui est arrivé et à la tournure prise par l’histoire que j’ai eu un peu de mal, je pense, à me laisser embarquer et ce malgré la richesse des personnages.

Ophélie, Thorn et… Victoire ?
Je ne vais pas m’attarder sur la galerie très variée et riche des personnages qui se développent d’un tome à l’autre autour d’Ophélie. J’ai rarement croisé une autrice capable de créer des protagonistes secondaires aussi attachants et bien fichus. On sent qu’il y a un soin très particulier apporté à cela et ça a été un vrai plaisir pour moi de rencontrer ces différents acteurs qui gravitent dans cette intrigue un peu folle. Il y aurait beaucoup à dire sur chacun d’eux alors je vais surtout me concentrer sur ceux qui ont des chapitres de leur point de vue, bien que tout soit rédigé à la troisième personne.

Les deux premiers tomes sont relatés exclusivement du point de vue d’Ophélie. À partir du troisième, qui se déroule presque trois ans après la fin du deuxième, on découvre certains chapitres dédiés à la jeune Victoire, fille de Farouk et Berenilde (la tante de Thorn). Ces chapitres permettent d’avoir un œil sur les évènements qui se déroulent au Pôle et sur la tante de Thorn mais ils n’ont, en réalité, aucun véritable intérêt pour l’intrigue et sont assez secondaires si pas un brin lourd. Dans le dernier volume, l’autrice décide d’écrire deux chapitres du point de vue de Thorn et à nouveau, ils sortent un peu de nulle part bien qu’ils aient, eux, un sens. Ces chapitres étaient tellement bons, tellement intéressants puisque Thorn est un personnage très singulier, que j’ai soudain regretté que Christelle Dabos n’ait pas rédigé toute sa saga dans une alternance de point de vue entre Ophélie et lui.

Un tel choix aurait par ailleurs permis de développer un peu mieux la relation entre eux qui me parait, encore aujourd’hui, sortie de nulle part. En tout cas, l’aspect amoureux. En effet, l’intendant du Nord est présenté pendant presque deux tomes comme quelqu’un de froid, de distant, qui a des émotions mais ne sait pas les exprimer, plutôt asocial, renfermé sur lui-même, bourré de manies, de tocs, très carré, très porté sur l’hygiène absolue, la ponctualité, la régularité, etc. C’est un homme rude, rigoureux, qu’on a du mal à cerner si bien que quand il souffle son amour à Ophélie pour la première fois dans le tome 2, c’est totalement incongru, du moins pour moi. Idem, le comportement d’Ophélie par la suite n’a pas de sens car rien dans sa psychologie ne prépare vraiment à son revirement. Je sais qu’elle passe beaucoup de temps à se voiler la face, mais bon… J’aurai trouvé bien plus crédible et intéressant qu’ils soient amis ou développent à la limite une relation platonique car les quelques écarts intimes du dernier tome tombaient, selon moi à nouveau, comme un cheveu sur la soupe.

Contrairement à beaucoup, je suis par contre très satisfaite de la fin et du choix de l’autrice. C’était osé, franchement, bravo !

La conclusion de l’ombre :
La saga de la Passe-miroir de Christelle Dabos est particulièrement remarquable au niveau de son world-building et de son héroïne atypique avec laquelle j’aurais apprécié grandir. L’autrice ne manque pas d’imagination et apporte un soin particulier à la construction de ses personnages, ce qui les rend tous intéressants et attachants d’une manière ou d’une autre. Si je ne regrette ni ma lecture ni ma découverte, je ne peux pour autant pas parler d’un coup de cœur monumental comme ça a été le cas chez beaucoup car je me suis sentie trop déboussolée par la tournure prise par l’intrigue et par sa conclusion où tout s’emboîte bien sans pour autant que j’y ai été correctement préparée en tant que lectrice. J’apprécie par contre le choix final de l’autrice concernant Thorn et Ophélie, qui ne manque pas d’audace. Dans l’ensemble, cette saga ne peut pas laisser indifférent et je comprends à présent pourquoi elle a déjà séduit tant de lecteurs. C’est un texte tout à fait recommandable qui a beaucoup plus à offrir que ce qu’on pourrait croire de prime abord.

D’autres chroniques : il y en a plus de 1300 rien que pour le premier tome sur Babelio donc je vous avoue que j’ai un peu abandonné l’idée de trier. Par contre si vous suivez le blog, n’hésitez pas à me renseigner vos chroniques dans les commentaires pour que je les ajoute à cet article 🙂

BML #30 – décembre 2020

Bonjour à toutes et à tous !

Nous voici (déjà ?) à la fin du mois de décembre, c’est donc l’heure du dernier bilan mensuel avant 2021 (sauf si un 13e mois pope le 31 décembre à minuit, perso je ne m’étonne plus de rien…) et il a été plutôt fructueux comme vous allez le constater.

Côté romans : 

Acadie de Dave Hutchinson au Bélial.
La ville sans vent #2 d’Éléonore Devillepoix chez Hachette (SP).
L’Anti-magicien #2 de Sébastien de Castell chez Gallimard.
Hors-série 2020 Une Heure Lumière du Bélial.
L’homme chocolat d’Aurélie Mendonça chez 1115 éditions.
L’arbre d’imagination d’Aurélie Mendonça chez 1115 éditions.
La Première Loi #2 Haut et court de Joe Abercrombie chez Bragelonne.
La passe-miroir #2 les disparus du Clairdelune de Christelle Dabos chez Gallimard. (chronique à venir)
La passe-miroir #3 la mémoire de Babel de Christelle Dabos chez Gallimard. (chronique à venir)

Nous avons donc 5 romans, 2 novellas et 2 nouvelles ! Je compte également deux abandons ce mois-ci, deux services presses numériques dans lesquels je ne suis pas parvenue à me plonger. Du coup, j’ai préféré les laisser de côté pour m’en tenir à mes bonnes résolutions et ne plus me contraindre à la lecture. J’ai également décidé de me lancer dans la lecture de la Passe-miroir en enchainant les tomes puisque je me suis offert le coffret collector proposé par Gallimard en édition limitée. Je passe pour le moment un excellent moment et je ne regrette pas ma décision de finir 2020 avec ces romans. Pour rappel, j’avais lu le premier tome il y a presque deux ans maintenant…

Côté mangas :

Nos temps contraires #1, #2 (akata)
Comme sur un nuage #1 (akata)
Cautious hero #1 (doki-doki)
Chobits #4 (pika)
Je suis un assassin (et je surpasse le héros) #2 (doki-doki)
Blue Flag #7 (kurokawa)
Black Butler #23 -> #27 (kana)

Pour un total de 12 mangas avec uniquement de bonnes lectures (ou relectures) et pas le moindre abandon. Wouhou ! Pour le moment je n’ai parlé que de Nos temps contraires et Comme sur un nuage dans un article dédié mais j’ai déjà écrit les prochains billets sur les autres tomes, ils sont programmés pour début 2021. Encore un peu de patience !

Côté comics :

Harleen de Stjepan Sejic (Urban comics)
Joker, le deuil de la famille (Urban comics)
Sunstone #1 et #2 de Stjepan Sejic (Panini comics)

J’ai lu davantage de comics ce mois-ci avec quatre titres en tout donc trois du même auteur qui m’a tant séduite avec Harleen que j’ai souhaité continuer à découvrir son œuvre. Sunstone est radicalement différent mais pas dénué d’intérêt ni de talent, au contraire ! J’ai reçu tous les tomes pour Noël donc je compte écrire un article global dessus lorsque j’aurai tout lu. Ces deux volumes sont déjà prometteurs. Quant au Deuil de la famille, je ne vais pas m’appesantir dessus tant j’ai été déçue. Les trois quart du tome sont vraiment dingues, malsaines et tout ce qu’on veut, puis la fin gâche tout en annulant tous les enjeux posés précédemment… Je n’ai vraiment pas compris l’intérêt de ne pas assumer jusqu’au bout, surtout pour un album relié au Joker. Dommage !

Petit bonheur du mois : 
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. Ce mois-ci je vais surtout retenir l’achat de ma première voiture ! J’ai mon permis depuis juin 2019 et un travail stable depuis novembre 2019, il était temps que je saute le pas et m’offre cette beauté qui me facilite déjà tellement la vie. Enfin ça se ressentira surtout quand on sortira du confinement (ouais je suis comme ça moi, je m’offre une voiture quand je peux le moins m’en servir ._.) mais je n’ai pas de regrets. J’ai l’impression de devenir adulte, c’est perturbant.

C’est déjà la fin de ce bilan qui sera le dernier article publié en 2020 ! 2021 s’ouvrira sur le bilan annuel et parlera également de l’avenir du blog, de ce que j’ai envie d’accomplir, de mes bonnes résolutions littéraires. J’espère que vous serez au rendez-vous et je vous souhaite déjà une très belle année, prenez soin de vous ♥

L’anti-magicien #2 l’ombre au noir – Sébastien de Castell

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L’ombre au noir
est le second tome de la saga l’Anti-magicien écrite par Sébastien de Castell. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce tome au prix de 18 euros partout en librairie.

Rappelez-vous, je vous ai récemment évoqué le tome 1.
Attention, puisqu’il s’agit d’une suite, cette chronique risque de contenir quelques éléments d’intrigue même si je fais en sorte de l’éviter au maximum.

De quoi ça parle ?
Kelen a suivi Furia jusque dans les terres de la Frontière en espérant échapper aux mercenaires qui cherchent à le tuer. Pourquoi ? Et bien parce que Kelen a l’ombre au noir, une terrible malédiction qui infecte certains mages et les ronge jusqu’à les rendre fous. Évidemment, si Kelen traine du côté de la Frontière, c’est aussi dans l’espoir de trouver une solution à son problème. Et, comme par hasard, il rencontre une jeune fille atteinte du même mal que lui.

Une ambiance à la mode de l’Ouest.
C’est le premier élément qui m’a frappé dans ce tome. On quitte l’Arcanocratie Jan’tep pour plonger dans les territoires de la Frontière dont le descriptif n’est pas sans rappeler une esthétique très western, que ce soit par la présence de saloons, du sable, de gens un peu barbares et agressifs, de mauvais alcool… Cette esthétique se heurte à celle de l’Académie construite à Teleidos, ville où se déroule la majeure partie de l’intrigue. Cette Académie part d’un beau rêve : celui de réunir les enfants des familles puissantes du monde entier afin qu’ils apprennent ensemble et, à terme, qu’ils puissent former un peuple plus uni en passant au-delà de leurs préjugés et de leurs différences. Une idée qui n’est visiblement pas au goût de tout le monde puisqu’un mystérieux groupe s’en prend aux enfants du directeur, Tynn et Seneira.

Seneira, c’est la jeune fille dont je vous parlais qui est également atteinte par l’ombre au noir et qui rencontre Kelen alors qu’il essaie tant bien que mal d’échapper à deux chasseurs de prime. Seneira est accompagnée par une Argosi surnommée Rosie, qui semble avoir un certain passif avec Furia. Ce tome sera l’occasion d’en apprendre davantage sur les différentes voies des Argosi et sur ce qu’appartenir à ce… peuple ? groupe ? signifie.

Toujours aussi addictif, mais…
À l’instar du premier tome, j’ai dévoré ce roman assez vite. Il ne faut pas se fier au nombre de pages, la mise en page de Gallimard ainsi que la tendance qu’a l’auteur d’écrire beaucoup de dialogues (ce que j’adore) font qu’on dévore ces romans à toute vitesse. Sébastien de Castell est décidément doué pour proposer une intrigue intéressante et faire en sorte que le lecteur s’intéresse au devenir de ses personnages. Les interactions entre eux sont d’ailleurs toujours aussi réussies, c’est vraiment le gros point fort de cet auteur selon moi.

Hélas, le plaisir que je prends à cette lecture détente ne m’empêche pas de relever quelques points qui me chagrinent. Déjà, cette tendance à toujours devoir inclure une histoire d’amour ou d’attirance. Ici, elle ne prend pas encore trop le pas sur l’intrigue mais elle sort vraiment de nulle part et n’apporte absolument rien au récit. Ensuite, certains évènements arrivent trop rapidement, comme par exemple ce qui concerne Revian. J’ai regretté de ne pas avoir pu davantage le connaître car son sort, du coup, me touche beaucoup moins que ce qu’il devrait. Enfin, les adultes dont le père de Seneira ont un peu trop tendance à se reposer sur Kelen et à le mettre sur une espèce de piédestal en lui adressant des propositions pour son avenir qui sortent elles aussi de nulle part et qui n’ont pas de vrai fond.

Cela ne m’a pas empêché de passer un bon moment de lecture mais c’est très clairement une saga que je lis pour me détendre, sans prise de tête, qui brille surtout pour son trio de personnages principaux : Kelen le paria, Furia l’Argosi et Rakis le chacureuil qui reste à ce jour une des meilleures bestioles / familiers que j’ai pu croiser dans un roman de fantasy.

La conclusion de l’ombre :
L’ombre au noir est le second volume de la saga l’Anti-magicien et est à la hauteur du précédent. L’auteur continue de proposer un trio de personnages intéressants à suivre ainsi qu’une intrigue sans temps morts, qui va peut-être même parfois un peu vite. Sébastien de Castell n’a rien perdu de son talent pour les dialogues, ce qui me réjouit ! En tout cas, une chose est sûre : quand on arrive à la fin, on n’a qu’une envie, enchaîner sur le tome 3 pour connaître la suite. Je l’ai donc commandé sans plus attendre chez mon libraire.

D’autres avis : l’ours inculteBookenstock (Phooka) – Museaurania – vous ?

L’Anti-magicien #1 – Sébastien de Castell

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L’Anti-magicien
est une saga de fantasy en cours qui compte actuellement 5 tomes en français et écrite par l’auteur canadien Sébastien de Castell. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce premier tome (qui est l’objet de cette chronique) partout en librairie au prix de 18 euros.

De quoi ça parle ?
Kelen approche de ses 16 ans et est le fils d’un grand mage. Tout naturellement, il prépare ses épreuves pour obtenir son nom de mage. Hélas pour lui, ses maigres pouvoirs disparaissent petit à petit, ce qui va l’obliger à ruser -ce qui déclenchera au passage toute une série d’évènements dramatiques. Soutenu par Furia, une vagabonde sortie de nulle part, et par Rakis, un chacureuil féroce, Kelen va devoir remettre en question tout ce qu’il croyait savoir.

Un point sur l’univers.
Le monde créé par Sébastien de Castell paraît classique au premier abord. Il comporte trois grands peuples : les Jan’tep qui sont les magiciens, les Daromans qui sont davantage portés sur la puissance militaire et les Besaresq qui sont un peu les illuminés religieux du coin. L’histoire se déroule au sein du peuple Jan’tep qui place la protection de la famille avant tout. Pour cette raison, il est nécessaire de devenir un mage au risque de se voir relégué au rang de Sha’tep à savoir de serviteur à la limite de l’esclavage.

On devient mage en passant quatre épreuves l’année de ses seize ans. Dans cet univers, la magie est divisée en six disciplines : fer, sang, sable, soie, souffle et braise. Il en existe une septième, l’ombre, mais elle est interdite. Pour accéder à cette magie, il faut faire scintiller une bande sur son avant-bras, bande qu’on tatoue aux enfants dés leur plus jeune âge. Il y a donc six bandes, une pour chaque magie. Il est possible de combiner plusieurs types de magie, qu’on pratique avec des mots et des symboles effectués avec les doigts.

La société Jan’tep est totalement organisée autour de la magie et s’est construite sur les cendres des Madhek, réputés pour pratiquer la magie de l’ombre en étant soutenus par des familiers démoniaques. Ce peuple est entré dans la culture populaire comme les grands méchants et on se doute assez vite que tout est un brin plus compliqué que ça.

Si le fond de l’univers est donc relativement classique, le système de magie a le mérite d’être original tout en restant facile d’accès pour le lecteur novice. Un très bon point !

Un roman addictif.
J’ai dévoré ce texte en trois jours et encore, parce que je m’obligeais à faire des pauses. Dés les premières lignes, l’auteur m’a happée dans son univers avec un style accessible, écrit à la première personne du point de vue de Kelen. Je me suis rapidement prise d’affection pour ce personnage et pour ceux qui gravitent autour. L’auteur a construit des protagonistes intéressants, différents, crédibles, diluant suffisamment de mystère pour nous accrocher sans pour autant tomber dans le trop. Il a également pensé au familier, Rakis, un chacureuil que j’adore pour son mauvais caractère et son petit côté diablotin qui apporte un vent de fraicheur bienvenu.

Mon enthousiasme m’a permis de passer outre quelques défauts. Certains morceaux de l’intrigue restent prévisibles (notamment ce qui tourne autour des Jan’teps et qui reste assez sous exploité au final) et les antagonistes de ce tome sont méchants sans véritable raison ni but original hormis celui de contrôler la société dans laquelle ils vivent. Ces éléments sont toutefois contrebalancés par un enchaînement d’actions efficaces et un protagoniste principal très solide qui utilise volontiers son cerveau, ce qui est rafraichissant.

De plus, en toile de fond, l’auteur brasse énormément de thèmes sur la pression familiale, la place de chacun dans la société, la nécessité d’accepter les dons qu’on a pu recevoir et les développer au lieu d’essayer de ressembler à ce qu’on n’est pas. Il les traite avec force, sans lésiner sur les scènes chocs et les réflexions qui heurtent (ce qui tourne autour d’Abydos, l’oncle, m’a vraiment fait froid dans le dos sans parler de l’épilogue). C’est finalement un beau roman initiatique avec un héros pour qui on développe immédiatement de l’empathie, au point de vouloir enchaîner ses aventures les unes à la suite des autres.

Un roman jeunesse / young adult ?
Ce n’est pas la première fois que j’écris une réflexion à ce sujet mais hormis l’âge du protagoniste, je ne vois pas spécialement en quoi ce roman mérite une classification jeunesse puisqu’il peut parfaitement se lire par un public adulte. Sans parler de certaines scènes ou thématiques qui se révèlent plutôt dures. C’est dommage parce que ce classement adolescent pourrait rebuter certains lecteurs plus vieux ou blasés. Si vous passez par ici, soyez donc rassurés : ce roman est plutôt tout public que vraiment destiné à des adolescents.

La conclusion de l’ombre :
Avec ce premier tome de l’Anti-magicien, Sébastien de Castell propose un roman de fantasy tout public (et non pas juste pour adolescents) qui se révèle aussi intéressant qu’addictif. L’univers paraît classique de prime abord mais le système de magie et tout ce qui tourne autour est assez original. L’intrigue bien rythmée et un protagoniste principal très attachant permet de passer outre les quelques faiblesses au niveau des antagonistes qui, j’en suis sûre, vont se corriger à mesure qu’on avancera dans l’histoire. J’ai dévoré ce roman et je me suis immédiatement commandée le tome 2 ! Une très belle réussite.

D’autres avis : l’ours inculte (que je remercie car j’ai découvert la saga grâce à lui ! ) – Lianne (de livres en livres) – Phooka (Bookenstock) – vous ?

#PLIB2020 Magic Charly #1 l’apprenti – Audrey Alwett

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L’apprenti
est le premier tome de la saga Magic Charly écrit par l’autrice française Audrey Alwett. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce roman au prix de 16.5 euros dans toutes les librairies.

Charly a quatorze ans, possède un chat susceptible appelé Mandrin et est le fils de la directrice de son école. Il est aussi le petit-fils de Dame Mélisse, célèbre dans la société des magiciers pour sa puissance et ses pâtisseries. Sa grand-mère réapparait subitement dans sa vie au bout de cinq ans, amnésique, physiquement diminuée, les affres de la vieillesses lui dit-on… Ou peut-être pas. À l’aide d’un message dans un miroir, Charly apprend que la magie existe et que pour sauver sa grand-mère, il va devoir devenir apprenti magicier.

J’ai lu deux chroniques élogieuses au sujet de Magic Charly et elles m’ont donné envie de me le procurer immédiatement. J’avais déjà les Poisons de Katharz (de la même autrice) dans ma PàL mais sans l’avoir lu à ce moment-là. Pas grave, je sentais que ce livre allait me plaire et… J’avais raison. Mille fois raisons ! Pourtant, hormis le talent de l’autrice, ils n’ont pas grand chose en commun.

L’intrigue commence sur les chapeaux de roue. En moins de trois chapitres l’action s’installe et le lecteur suit Charly dans sa découverte de l’univers des magiciers. Comme à son habitude, l’autrice ne manque pas d’idées ni d’originalité et si certains relèveront une double inspiration (Rowling – Pratchett) je trouve plutôt qu’Audrey Alwett imprime une french touch délicieuse sur l’ensemble de son œuvre, afin de lui donner une vraie personnalité. Mention spéciale à Pépouze la serpillère, d’ailleurs. Au menu: des balais volants qui se transforment en buissons, des grimoires mystérieux, des dragons pétrifiés, des allégories, des pâtisseries magiques… Surtout des pâtisseries. Franchement, lire ce roman m’a ouvert l’appétit et j’espère qu’on aura droit à des recettes plus précises tirées de Gourmandise ! Juste pour le plaisir de cuisiner de bonnes tartes (et si y’a un truc pour que la partie magique de la recette fonctionne, je suis preneuse).

Charly est un personnage attachant que j’ai adoré suivre. Pour ses quatorze ans, il est plutôt grand et imposant physiquement mais ça ne reflète pas son caractère doux et pacifique. On sent que c’est un adolescent qui a un bon fond même s’il est aisément victime de préjugés. Depuis un accident survenu cinq ans plus tôt dont il ne garde pas de souvenir conscient, il a tendance à contrôler ses émotions, peut-être plus qu’il ne le devrait. C’est un garçon aimable, souriant, très résilient et empathique. Je l’ai trouvé profondément humain, c’est une belle réussite et les autres protagonistes ne sont pas en reste. June est une vraie tempête qui enchaîne les bêtises en espérant décevoir ses parents. Sapotille parait d’abord comme un stéréotype avant de gagner en profondeur. Maître Lin n’est pas vraiment le mentor de l’année (j’ai adoré son obsession pour ses cheveux) quant la mère de Charly, elle a un caractère excentrique très amusant. La galerie des protagonistes, riche et variée, m’a ravie. Je ne parle volontairement pas de Dame Mélisse pour ne rien vous gâcher.

Côté univers, cette société des magiciers n’a rien d’idéale. La milice abuse de ses pouvoirs et favorise très clairement la jeunesse de Thadam au mépris des gens comme Charly. À savoir que si on perd les trois étoiles de son sablier qui rationne la magie, on est envoyé à Saint-Fouettard ! Un nom qui suffit à terroriser tous les personnages du livre et qui pose du coup beaucoup de questions (réponses à venir dans le tome suivant j’imagine). La lutte entamée par la grand-mère de Charly prend petit à petit tout son sens, Audrey Alwett en profite pour passer de beaux messages de justice et de tolérance. En lisant un article sur son blog consacré à ce roman, j’ai appris qu’elle en avait eu l’idée en voyant des personnes proches perdre petit à petit leurs souvenirs, suite à une maladie. En y réfléchissant, Magic Charly est aussi (et surtout) un roman familial basé sur l’idée de transmission de l’héritage. Et de transmission tout court, d’ailleurs. Pour avoir eu une grand-mère dans un cas semblable (même si j’étais plus jeune que Charly à l’époque) ça m’a durablement marquée et j’ai donc été particulièrement touchée par ce roman d’Audrey Alwett.

Les pages se tournent toutes seules. Quatre cents feuillets de pur bonheur au terme desquels on n’a qu’une envie: réclamer la suite de toute urgence ! Elle travaille déjà dessus, je croise donc les doigts pour ne pas attendre trop longtemps même si, finalement, Magic Charly est sorti seulement en juin 2019. En parlant de l’objet-livre, d’ailleurs… Je le trouve particulièrement soigné et magnifique à hauteur du contenu. Le titre en relief, les différents éléments graphiques représentatifs de l’univers… Regardez cette couverture attentivement avant puis après votre lecture, c’est bluffant de voir un artiste respecter à ce point le travail de l’autrice. Quant à l’intérieur, chaque chapitre se surmonte d’un petit dessin lié aux évènements à venir, de façon propre et soignée. Le tout sur un papier de bonne qualité. Chapeau à l’éditeur !

Vous l’aurez compris, j’ai eu un coup de cœur pour Magic Charly qui n’est pas uniquement destiné à un public adolescent. Il marche dignement sur les traces de Harry Potter (tout en affichant une personnalité bien à lui) en proposant un univers crédible, riche et excentrique avec de bonnes idées (vive les apocachips et les serpillères !). La touche de noirceur et de danger apporte un bel équilibre au sein d’une intrigue qui promet d’encore s’assombrir vu les dernières pages. Pour ne rien gâcher, le roman dispose de plusieurs niveaux de lecture et conviendra à un large public. Le lecteur s’accroche immédiatement au personnage de Charly et ne rêve que d’une publication rapide pour un tome deux. Je n’ai donc plus que quatre mots à dire : Bien vite la suite ! ♥