Teacher Killer #1 – Hanten Sharoh

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Teacher Killer
est le nouveau seinen de chez Soleil dont le premier tome vient de sortir pour la Japan Expo. Scénarisé et dessiné par le mangaka débutant Hanten Sharoh, vous trouverez ce manga au prix de 7.99 euros.

Riko Asiru suit des cours de meurtre, avec son professeur de biologie, Mr Satou. Ils se rejoignent après la classe pour étudier des affaires en cours et châtier les tueurs. Riko abhorre les meurtriers et plus particulièrement Mr Satou, responsable de la mort de ses parents. Elle a juré de se venger et il l’a prise sous son aile pour lui apprendre à le tuer correctement.

Le concept m’a immédiatement séduite. Une fille traumatisée et paumée qui entretient une relation borderline et malsaine avec son professeur, qui est aussi un serial-killer plutôt badass (et sexy, c’était la minute superficielle)… Y’avait tous les ingrédients pour me plaire. Et de fait, j’ai adoré découvrir ce premier tome !

Le schéma reste semblable au fil des chapitres: le duo une affaire, piège le tueur et l’assassine d’une manière semblable à son mode opératoire. J’ai d’abord craint la redondance mais les affaires étudiées sont toutes différentes et originales. De plus, l’aspect psychologique est bien développé ce qui créé un équilibre avec le côté gore du manga.

Pour ne rien gâcher, le chara-design est soigné et moderne. Aucun fan-service à l’horizon et des détails maîtrisés pour les scènes de meurtre, c’est tout ce qu’on désire en lisant ce genre de titres. Le mangaka ne tombe à aucun moment dans la surexposition, ce qui n’est pas simple surtout que c’est un peu la mode en ce moment.

Pour résumer, le premier tome de Teacher Killer est une réussite qui parvient à conserver un bel équilibre entre l’aspect psychologique et visuel des meurtres. Il ne tombe jamais dans l’excès et propose un concept sympathique qu’il exploite correctement. Quand on le referme, on n’a qu’une envie : arriver en octobre pour la sortie du second tome !

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Ice Pig #1 – Asada Yukai

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Ice Pig est un seinen thriller terminé en cinq volumes dont le premier tome vient de sortir chez Delcourt Tonkam. Dessiné et scénarisé par le mangaka Asada Yukai connu aussi pour Woodstock et Tokkô Zero, vous trouverez chaque tome au prix de 7.99 euros.

Vespa est un orphelin sans revenus fixes qui vit dans une chambre exigüe en plein Tokyo. En recherche d’argent pour investir dans son jeu en ligne, il se fait embarquer dans un plan a priori simple : conduire un camion de marchandise d’un point A à un point B. Sauf qu’il se rend compte que les marchandises en question sont des femmes… En les libérant, il se met à dos la société Farm qui le vend comme esclave. Acheté par Ice Pig, lycéenne doublée d’une pirate informatique, ils déclarent ensemble la guerre à la société Farm.

La première chose qui frappe en ouvrant ce manga, c’est son esthétique qui s’éloigne des canons habituels et populaires à l’heure actuelle. Les personnages ont des défauts visibles, aucun n’est complètement beau gosse ou lisse même si certains sont plus agréables à regarder que d’autres (dont Vespa, bien entendu). Les lycéennes autour d’Ice Pig sont parfois franchement laides ou vulgaires et je pense que c’est un parti pris esthétique de la part du mangaka pour souligner la laideur du monde qu’il dénonce.

Difficile de savoir si on est vraiment dans un manga imaginaire type dystopie d’un avenir proche ou s’il existe véritablement toujours de l’esclavage au Japon. D’un autre côté, Ice Pig s’engage en dénonçant justement le monde dans lequel on vit et la naïveté des gens qui préfèrent détourner le regard, ne pas croire aux horreurs que d’autres peuvent commettre pour de l’argent parce qu’on est dans la vraie vie et pas dans un film. Si certaines scènes peuvent paraître caricaturales tout comme certains méchants (achevez ce clown, pitié) on ne peut s’empêcher d’y réfléchir à deux fois en se demandant : et si.

J’ai donc tendance à prendre Ice Pig comme un thriller social qui a pour but de conscientiser les gens sur les conséquences de leurs actes et les spirales infernales qu’ils peuvent entrainer. Le tout avec une intrigue assez dynamique puisqu’il se passe énormément de choses dans ce premier volume ! On tourne les pages sans s’en rendre compte et en arrivant à la fin, on a très envie de découvrir la suite.

Le cœur d’Ice Pig, c’est aussi le duo formé par la hackeuse et le geek au grand cœur accro à sa liberté. S’il est sympathique, il manque hélas de crédibilité. Vespa ne jure que par sa liberté pendant tout le début du tome mais il se laisse réduire en esclavage assez facilement avec la simple menace qu’un virus efface tout le contenu de sa sauvegarde sur le jeu en ligne auquel il est accro. Vive le sens des priorités. Je me dis que si Ice Pig avait été moche, il se serait rebellé un peu plus et je ne sais pas précisément pour quelle raison je tique là-dessus. Ça me semble important de le relever.

Toutefois, ça n’enlève rien à l’intérêt du manga pour sa réflexion sociale et son ambiance assez rude qui a su me séduire. Le tout accompagné par une esthétique marquée propre au mangaka, qui ajoute au réalisme. J’ai hâte de lire le prochain tome dont la sortie est prévue au mois d’août !

La cour d’Onyx #1 Minuit jamais ne vienne – Marie Brennan

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Minuit jamais ne vienne est le premier tome de la saga La cour d’Onyx écrite par l’autrice américaine Marie Brennan. Publié chez l’Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne, vous trouverez cet ouvrage au prix de 21.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Ce roman réécrit de manière imaginaire le règne de la reine Elisabeth Ière d’Angleterre. Il s’ouvre d’ailleurs avec elle, prisonnière dans la Tour de Londres, qui passe un pacte avec une mystérieuse fae prénommée Invidiana. Quelques années plus tard, Michael Denven arrive à la cour pour devenir protecteur de la reine mortelle pendant que Lune, courtisane déchue, tente de survivre aux pièges de la cour d’Onyx. Leurs destins vont inextricablement se lier quand ils découvriront certains secrets pourtant bien dissimulés.Des secrets qui les pousseront à vouloir destituer la reine.

Minuit jamais ne vienne est une fantasy historique bien documentée mais malheureusement pas trop à la portée des novices. Si, comme moi, vous êtes davantage familiers des détails de l’histoire de France alors vous allez lire ce roman en vous demandant à toutes les pages qui est qui et passer à côté d’une flopée de références qui sont sûrement ultra intéressantes quand on s’y connait. Le pire, c’est qu’on les ressent mais on devrait presque avoir un manuel de cours spécialisé à côté pour tout relever. Marie Brennan ne cherche pas à enseigner un morceau de l’histoire d’Angleterre, elle s’adresse plutôt à un public davantage érudit sur la question. À ce titre, pari réussi ! Elle s’y prend si bien que ça ne me surprendrait même pas d’apprendre qu’il y a un fond de vérité dans son roman. Malheureusement, ça m’a catapultée au rang de spectatrice du récit et m’a empêché de m’immerger.

Je ne juge pas cela comme un point spécialement négatif, une autrice a bien le droit de souhaiter viser un certain public. Hélas, il n’y a pas que pour l’aspect historique que Marie Brennan manque de pédagogie. Elle utilise tout un bestiaire faerique qu’elle décrit finalement très peu. J’ai réussi à plus ou moins m’y retrouver car je connais quelques éléments du folklore rattaché à l’univers mais elle évoque des créatures dont le nom même ne me disait rien, ce qui n’est pas un mince exploit… En les citant juste, sans un mot d’explication. J’aurai vraiment aimé qu’elle prenne davantage le temps de tout placer, de mieux décrire les différentes races pour brosser un panorama bien plus vivant de son matériel de base qui est pourtant si riche. Ce n’est qu’une fois arrivée à la fin que j’ai compris pour qu’elle raison elle ne l’avait pas fait.

Selon moi, du moins, c’est parce que ce roman, même si narré comme un roman, est en réalité une pièce de théâtre en cinq actes qui s’étale sur plusieurs années. Le texte se divise d’ailleurs comme tel avec des intitulés qui le prouvent. Des flashback s’y intercalent et je vous conseille d’être attentifs aux dates pour ne pas vous perdre dans les lignes narratives.

La narration, d’ailleurs, se divise majoritairement en deux points de vue. Celui de Michael Denven pour les humains et de Lune pour les Faes. Le premier appartient à la garde d’honneur de la reine Élisabeth et ambitionne de se faire un nom à la cour. Il va pour cela devoir flatter les bons egos sans y sacrifier son patriotisme. Lune, de son côté, essaie surtout de survivre à la cour d’Onyx sous le joug de la terrible Invidiana qui la disgracie par caprice. Les deux mondes sont rudes à leur façon mais celui des faes paraît encore pire. Chacun mène sa petite intrigue dans son coin, échafaude son petit complot pour servir ses intérêts ou ceux des plus grands. Les dialogues y sonnent comme des répliques de planche. Ce sentiment se renforce avec la narration, si contemplative qu’on pourrait croire que Marie Brennan a assisté à la pièce pour la retranscrire, sans penser que son lecteur n’était pas dans la salle avec elle et qu’il lui manque des clés pour tout décoder. Au final, heureusement qu’elle propose certains flash-back au lecteur pour lui permettre d’y voir plus clair dans tout ça bien qu’ils ne commencent à trouver leur sens qu’en arrivant dans le dernier quart du roman.

Notre amie Troll l’explique bien dans sa chronique, c’est une fantasy qui prend son temps pour plaire. Malheureusement, elle en a trop pris avec moi et j’avais à peine commencé à me passionner pour le contenu que la fin est arrivée pour me décevoir par son côté trop facile et trop niais. Une fin qui colle au genre théâtral en réalité mais pas à celui du roman de fantasy historique que j’attendais. L’intrigue mise en place par l’autrice ne manque pourtant pas d’envergure ou de complexité mais elle se résout avec des raccourcis narratifs assez dommageables pour la qualité globale du livre.

C’est frustrant parce qu’on sent que Marie Brennan est passionnée par son sujet et qu’elle s’investit dans ce qu’elle raconte. Je trouve aussi assez remarquable le fait de tenter une expérience littéraire en croisant les genres comme ceux-là, il fallait oser. La sauce n’a pas pris avec moi mais je ne doute pas une seconde que la cour d’Onyx a trouvé son public et continuera à le trouver. Je n’y appartiens simplement pas.

Pour résumer, Minuit jamais ne vienne est un premier tome assez contemplatif dans un genre bâtard à mi chemin entre le théâtre et le roman. Marie Brennan s’adresse à un public de connaisseur, autant sur le plan de l’Histoire anglaise que sur celui de la mythologie celtique, en manquant de pédagogie pour les novices qui auront du mal à s’y retrouver. Si je n’ai pas été séduite par cette lecture, je lui reconnais néanmoins des qualités qui me donnent envie d’en parler et de le recommander à un public un peu plus érudit que moi sur ces deux sujets.

Les héritiers d’Higashi #1 Okami-Hime – Clémence Godefroy

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Okami-Hime est le premier tome de la saga des héritiers d’Higashi écrite par l’autrice française Clémence Godefroy. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Neko, vous trouverez ce titre au prix de 14.90 euros.
Ceci est ma 25e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 5e lecture pour le Mois de la Fantasy, il valide les catégories suivantes: un livre écrit par une femme, un livre écrit par un auteur francophone, une nouveauté de ma PàL et un livre avec une couverture bleue.

À Higashi, il existe plusieurs espèces de bakemonos qui prennent soin de vivre cachées depuis la fin de la grande guerre qui les opposa au clan Odai. Ces derniers règnent sans partage sur l’archipel depuis plus d’un siècle et c’est dans ce contexte que nous suivons l’histoire d’une série de personnages féminins. Ayané est une discipline de la Main Pure qui brûle de se voir confier une mission d’importance. Cela arrive quand on lui demande de protéger / surveiller une princesse otage de guerre, Numié Dayut. Une femme pas comme les autres, héritière d’un clan du Nord qui tient encore tête aux Odai.
Si l’intrigue principale se concentre sur Ayané et Numié, une intrigue parallèle se développe avec le personnage de Yoriko, une nekomata accro au jeu. Pour fuir ses dettes, elle va s’engager au palais et grimper les échelons jusqu’à devenir dame de compagnie. Cela permet au lecteur d’avoir un œil sur ce qui se passe là-bas et de comprendre davantage les tenants et aboutissants de l’univers sur un plan politique mais aussi social.

Un univers d’une grande richesse, donc. Clémence Godefroy exploite la mythologie japonaise avec brio et dépeint avec justesse cette ambiance toute nippone qui se ressent à chaque page du roman. Si elle n’a pas incorporé de lexique, cela ne se révèle pas gênant pour autant puisqu’elle prend la peine d’expliquer (et sans longueurs s’il vous plait) les différents termes en langue étrangère. Notez toutefois que je suis une habituée de ce type de littérature et que je consomme énormément de mangas, donc je manque peut-être un peu de recul là-dessus.

C’est toutefois justement la raison qui m’a fait dévorer ce roman: j’avais le sentiment de lire un manga. L’écriture maîtrisée de Clémence Godefroy permet d’aisément visualiser les différentes scènes, ce qui donne à son texte une dimension graphique dont je suis friande. Notez que ce qui est une qualité pour moi peut se transformer en défaut pour d’autres. Comme dans les mangas, les personnages paraissent parfois trop empreints d’émotions brutes, tout ce qui touche à la sphère sentimentale sera peut-être jugé comme trop passionné si pas illogique par certains mais là où ça me gêne dans les romans traditionnels, je n’ai eu aucun souci ici. Peut-être justement parce que je lisais Okami-Hime comme un manga plus que comme un roman.

Je le précise parce que, on ne va pas se mentir, il y a une romance assez présente dans le texte. Mais si elle a une certaine importance, elle n’éclipse pas non plus la totalité de l’univers pour s’épanouir. Au contraire ! Dans cette diégèse, ça colle. Et j’ai apprécié la justesse de l’autrice qui a su jongler avec les différents éléments de son roman pour trouver un bon équilibre. Outre le folklore et les évolutions de chaque protagoniste, Clémence Godefroy nous propose aussi de découvrir un morceau de société japonaise médiévale, principalement grâce à Yoriko, ce qui n’est pas dénué d’intérêt.

Quoi qu’il en soit, j’ai adoré ce texte dévoré presque d’une traite. J’ai du m’arrêter pour aller bosser mais je continuais sur mes pauses, avide de me replonger dans cet univers dont on s’imprègne si facilement. La passion de l’autrice pour le Japon se ressent au fil des pages et se transmet. Elle s’approprie cet univers si particulier à nos yeux occidentaux pour lui donner une identité propre et l’ensemble rend très bien.

Pour résumer, le premier tome des héritiers d’Higashi est une réussite. L’autrice emporte son lecteur dans un Japon médiéval et alternatif sur les traces des bakemonos. Dans un univers typé merveilleux et poétique comme un Ghibli avec une touche de peps et de modernité, Clémence Godefroy propose une intrigue tout public qui plaira aux aficionados de la culture nippone comme à ceux qui débutent car le texte reste, selon moi, très accessible. Je recommande chaudement ce roman et j’attends avec impatience de pouvoir lire la suite !

Dead mount death play #1 – Ryohgo Narita & Shinta Fujimoto

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Dead mount death play est un manga en cours de publication au Japon (2 tomes pour le moment) scénarisé par Ryogho Narita et dessiné par Shinta Fujimoto. Publié chez Ki-oon dans sa collection Seinen, vous trouverez ce titre au prix de 8.65 euros.

Le manga s’ouvre dans un univers médiéval où le Broyeur de Fléau s’en va affronter le Maître des corps, un terrible nécromancien qui sème la mort et la destruction. Le héros est sur le point de l’emporter mais au moment de porter le coup fatal, il comprend que quelque chose cloche…
Brusquement, le lecteur est catapulté dans un Japon contemporain au milieu du quartier du Shinjuku. Polka Shinoyama se réveille avec la gorge tranchée mais toujours vivant. Poursuivi par une mystérieuse fille jusque dans un immeuble abandonné hanté par des esprits tourmentés, il prend alors conscience de ses pouvoirs de nécromancien.

J’ai immédiatement été attirée par la couverture macabre et mystérieuse qui promettait un titre sanglant. Le résumé ne manquait pas d’attrait non plus : de la nécromancie dans un Tokyo contemporain, si c’était bien exploité, ça pouvait fonctionner. Et de fait, ce tome 1 m’a totalement convaincue, ce qui n’était plus arrivé depuis un moment.

Contrairement à la tendance dans beaucoup de nouvelles séries, ce tome 1 réussit à poser les bases du concept et de l’univers sans être introductif à l’excès ni enchainer les scènes d’exposition peu crédibles. Le lecteur est par moment dépaysé mais il apprend ce qu’il doit savoir sur la nécromancie et sur les personnages au fil d’une intrigue qui commence doucement à se dessiner. Qui a mis un contrat sur la tête du jeune Polka, seize ans seulement? En se confrontant à la négociatrice, il comprend que pour accéder à la tranquillité dont il rêve, il va devoir gagner de l’argent et accumuler du pouvoir. Deux façons pour cela: fréquenter des lieux hautement chargés en énergie négative ou aspirer des diamants. Autant dire qu’il n’est pas sorti de l’auberge.

Le chara-design des personnages se révèle moderne et très expressif, pile dans ce que j’apprécie. On n’a aucune difficulté à discerner les personnages, comme cela arrive parfois et les décors restent soignés que ce soit dans l’époque du Moyen-Âge ou dans le Tokyo contemporain. Pour les yeux, ce titre est un régal et même les moments un peu plus ecchi n’arrivent pas comme un cheveu sur la soupe. Évidemment, la tueuse qui en veut à Polka traque sa proie en uniforme de lycéenne et on voit sa culotte à plusieurs reprises mais hey… Manga quoi. Disons ça.

Pour ne rien gâcher, le lecteur est amené à fréquenter plusieurs anti héros. Polka considère les autres comme des jouets mais des jouets dont il aime prendre soin. Misaki tue ses proies avec le sourire (elle a un gros grain) en optant toujours pour des criminels jusqu’à accepter le contrat sur Polka, un « innocent », afin de tester ses limites. Takumi observe le monde à travers ses drones et juge aussi facilement qu’il est lâche. À la fois intrigants et stimulants par leur décalage avec nos valeurs sociales / morales, ces protagonistes ne manquent pas de panache ni d’intérêt.

Petit bémol, on trouve à la fin un chapitre entièrement écrit qui nous ramène dans l’univers moyenâgeux et j’aurai largement préféré qu’il soit aussi dessiné. Je n’achète pas un manga pour lire un extrait de roman, surtout à la traduction aussi maladroite. Dommage parce que visuellement, dans ma tête en tout cas, la scène rendait très bien !

Pour résumer, j’ai adoré ce premier tome de Dead mount death play qui tient ses promesses autant sur le visuel que sur le fond. Les mangakas dosent bien l’humour et l’action au sein d’une intrigue rythmée et accrocheuse. De plus, ce manga met en scène des anti-héros très inspirés qui marquent l’esprit du lecteur. Je n’ai qu’une chose à dire: bien vite la sortie du tome 2 !

Magus of the Library #1 – Mitsu Izumi

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Magus of the Library est le premier tome d’un manga proposé par Ki-oon dans sa collection Kizuna. Dessiné et scénarisé par Mitsu Izumi, vous trouverez chaque tome au prix de 7.90 euros.

Shio est un jeune garçon pauvre qui vit dans les faubourgs de la ville avec sa sœur. Il adore la lecture mais la bibliothèque de sa ville refuse de lui prêter le moindre livre sous prétexte qu’il est trop miséreux pour en comprendre la valeur ou même en prendre soin. Heureusement, il est ami avec la fille du bibliothécaire qui lui permet de lire quand son père est absent. Martyrisé par les autres enfants à cause de ses différences physiques et de son goût pour l’école, Shio n’a plus que l’espoir et le rêve pour continuer à avancer, le rêve de cette ville des livres qui contient la bibliothèque centrale et avec elle, tous les livres édités dans le monde. Hélas, il n’a aucune chance de pouvoir s’y rendre… Du moins, pas sans un coup de pouce donné par le destin qui fera débarquer dans son petit village reculé quatre de ces gardiennes du savoir.

Magus of the Library est une ode au livre, à la lecture et à la préservation de notre patrimoine. On le sent dès les premières pages et tout lecteur amoureux des livres ne pourra qu’éprouver une grande empathie pour le personnage de Shio. C’est un enfant assez jeune quand le manga commence (si j’en crois le dernier chapitre, il a environ cinq ans… Ce qui casse un peu la crédibilité scénaristique mais allez, mettons, c’est un détail), assez naïf aussi mais très lumineux. Il résiste tant bien que mal au harcèlement, se montre fort face aux moqueries sans pour autant répliquer ou être un voyou. J’ai été séduite assez rapidement par notre passion commune pour les livres et par son désir d’en apprendre toujours plus. Par son tempérament, aussi, qui reste droit et fidèle à lui-même. Un bon petit héros de shônen sans le côté agaçant.

Dans cet univers de fantasy médiévale assez orientalisé (notamment sur les décors et les vêtements des personnages), l’imprimerie a rendu l’accès aux livres au plus grand nombre mais les disparités sociales existent toujours. Shio doit les subir alors même que sa sœur enchaîne trois boulots pour lui permettre d’aller à l’école. Ainsi, en plus d’une ode à la connaissance, c’est aussi un plaidoyer pour le respect des différences et de l’individualité. Et contre le harcèlement, par extension. Quand j’y réfléchis, ce manga brasse énormément de thèmes sur un seul tome.

Ce premier tome est introductif mais ne parait pas factice pour autant comme c’est souvent le cas avec des tomes 1 qui ont tendance à enchaîner les scènes d’exposition. Les informations sont distillées au long de l’histoire, avec une seule scène de ce genre, justifiée par les questions de Shio sur le monde du livre. Si une petite erreur s’est glissée sur l’orthographe d’un mot (pas de bol j’ai suivi le cours d’histoire du livre et des bibliothèques ->) le reste est assez exact et permet au lecteur non seulement d’en apprendre beaucoup sur ce médium qu’on utilise tous les jours mais aussi de prendre conscience de son importance. À travers son manga, Mitsu Izumi cultive avec brio son lecteur sans sacrifier au rythme narratif. Chapeau !

Le tout est servi par un dessin précis et aussi doux que son héros qui emporte le lecteur au fil des pages, entre rêve et réalité. Pour ne rien gâcher, les échanges entre Shio et les libraires permettent à la mangaka quelques accès philosophiques qui prennent aux tripes.

Pour résumer, la découverte de ce manga a été une très bonne surprise pour moi alors que ce n’est pas forcément le genre d’histoire que je recherche en temps normal. Magus of the Library est une magnifique ode au livre, aussi bien documentée que dessinée, qui ne peut que séduire les amoureux de la lecture. À découvrir d’urgence !

Neph et Shéa #1 La Fuite – Aline Wheeler

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La Fuite est le premier tome de la saga fantasy Neph et Shéa proposé par l’autrice belge Aline Wheeler. Disponible en auto-édition, vous trouverez cet ouvrage sur bon nombre de plateformes dédiées, autant en papier (au prix de 16 euros) qu’en numérique, avec également une version disponible pour les personnes dyslexiques !
Ce roman est ma huitième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Le roman se déroule en Tell’Andra, un monde imaginaire de fantasy médiévale. Nous y rencontrons deux personnages. D’un côté, Neph qui veut échapper à une destinée guerrière alors qu’il est barde et de l’autre Shéa, héritière de la Tour des Ombres qui doit s’enfuir pour sauver sa vie face aux velléités meurtrières de sa famille. Leurs chemins vont se croiser et les mener jusque chez Berth, un étrange vieux monsieur qui a plus d’un tour dans son sac et se révèle proche ami de la Reine. Cette dernière va leur confier une mission d’escorte qui en cache une autre, un peu moins officielle.

J’ai un moment hésité à chroniquer ce texte, je voulais prendre le temps de bien réfléchir sur ce que j’allais dire à son sujet. Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas mon genre de fantasy. Elle est trop accessible, trop tout public et comporte pas mal d’éléments trop attendus à mon goût. On reste dans un texte assez classique dans un univers médiéval qui répond aux codes du genre. Et ce n’est pas un mal ! Je ne doute pas que ce texte plaira à un grand nombre de lecteurs, simplement je ne suis pas le public cible.

Au fil de ma lecture, j’ai eu le sentiment de me retrouver dans un jeu vidéo. Le premier nom qui me vient à l’esprit étant World of Warcraft, mais c’est peut-être parce que j’y joue sans discontinuer depuis 2014. Rien que la couverture qui donne directement le ton, je trouve que le personnage féminin (pour représenter Shéa?) ressemble furieusement aux kaldoreis. Toutefois, ce n’est pas une gêne en soi puisque le contenu répond à l’attente du graphisme soigné (parce qu’elle claque quand même cette couverture !), surtout dans la forme narrative et dans la présentation des protagonistes.

En effet, les personnages entrent tous dans des cases attendues et propres au genre littéraire. J’aurai souhaité davantage de nuances sur leur psychologie et leur histoire personnelle. Il est certain qu’on ne peut pas révolutionner le genre à chaque livre toutefois la Fuite souffre des défauts inhérents à un premier roman. Il manque de prise de risque et les scènes d’exposition à travers laquelle l’autrice développe son univers, dans une série de dialogues entre plusieurs personnages, sonnent artificielles. Du coup, difficile de vraiment s’attacher à l’un des héros. Sans compter que le ton général est trop positif, trop de bons sentiments qui me paraissent faux mais j’admets volontiers que je suis miss cynisme et faux-semblants en mode esprit tordu, du coup forcément…. Peut-être que, dans le second tome, l’autrice étonnera ses lecteurs là-dessus mais pour le moment tout le monde fait confiance un peu trop facilement à des inconnus sous prétexte d’un lien familial inconnu jusqu’ici. Les personnages ne sont pas assez méfiants compte tenu de leur histoire personnelle (surtout Shéa) et c’est dommage. J’aurai aimé plus de tensions mais ces choix narratifs collent bien au message positif sur la ténacité et l’espérance qui traverse tout le roman.

Pourtant, ce texte est pas mal, d’autant qu’il s’agit d’un premier roman et en auto-édition ! Alors oui, il y a parfois des scènes d’exposition pas forcément utiles et quelques fautes se cachent encore au détour du texte mais je trouve que globalement, le travail de l’autrice est soigné, ce qui n’est pas une mince affaire quand on s’occupe de tout soi-même. Elle propose un univers bien à elle et hyper référencé qui plaira pourtant davantage aux novices qu’aux habitués mais il faut des romans pour tous les publics. Au fond, Neph et Shéa est parfait pour s’initier au genre de la fantasy et c’est davantage dans ce but que je le recommande. D’autant que la plume de l’autrice est simple et accessible. Aline Wheeler dépeint son univers avec brio et on n’a aucun mal à se représenter non seulement les paysages mais aussi les scènes d’action hautes en couleur qui rappellent le médium vidéoludique. J’ai beaucoup aimé ces sorts colorés, ces ombres insidieuses, ces combats bien menés, c’était rythmé et prenant.

Pour résumer, même si ce roman n’était pas accordé à mon goût personnel, je n’ai aucun mal à lui trouver des qualités qui en font un titre parfait pour s’initier à la fantasy. L’aspect jeunesse justifie certains de ses défauts et le travail en auto-édition de l’autrice est assez remarquable, surtout pour le paysage francophone. Son univers dispose d’une véritable identité et sa plume dynamique rend l’action vivante. En tant que lecteur, on n’a aucun mal à se laisser emporter dans ce bon divertissement de fantasy médiévale.