#PLIB2020 : Les brumes de Cendrelune #1 le jardin des âmes – Georgia Caldera

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Le jardin des âmes
est le premier tome de la saga des brumes de Cendrelune écrite par l’autrice française Georgia Caldera. Publié chez J’ai Lu pour elle, vous trouverez ce roman au prix de 13.90 euros partout en librairie.
Je remercie les éditions J’ai Lu d’avoir offert l’epub dans le cadre du PLIB2020 !

Mon histoire avec Georgia Caldera est assez compliquée. J’avais commencé la lecture des Larmes Rouges dont tout le monde me vantait le contenu mais j’ai rapidement abandonné, agacée par l’héroïne. J’ai ensuite enchaîné avec Victorian Fantasy, un roman à l’univers superbe totalement gâché par une romance qui empêchait de l’exploiter correctement. L’autrice n’est pas dénuée de talent mais il est clair pour moi que je ne suis pas du tout son public cible. Quand son roman a été sélectionné parmi les finalistes du PLIB, j’ai grimacé, je dois l’admettre, pensant tenir un abandon potentiel. Pourtant, ça a au final été une agréable surprise malgré quelques défauts évidents.

De quoi ça parle ?
Céphise a 17 ans et rêve de se venger après la mort de ses parents, exécutés par l’Ombre – le bourreau d’Orion, l’Empereur-Dieu. Verlaine, lui, est le fils caché d’Orion et endosse un rôle lourd à porter pour ses épaules à demi-humaines. Ils vivent tous les deux à Cendrelune, royaume où les humains sont soumis aux Dieux et où leurs pensées sont épiées.

Un univers dystopique original.
Le roman prend place dans le royaume de Cendrelune, après une guerre qui a opposé les humains et menaçait de les détruire totalement, au point de mener à l’intervention des Dieux. Cette partie de l’histoire est encore assez floue, je le précise parce qu’on n’a pas de véritable certitude et je pense que cette genèse sera éclairée dans les tomes suivants. Ce royaume est dirigé par Orion, père des Dieux, une divinité capable (entre autre) de lire dans les esprits de ses sujets pour y trouver toute pensée séditieuse si bien qu’il produit chaque semaine une liste de ceux à exécuter afin de préserver la paix. L’autrice installe ainsi un climat de terreur efficace, d’autant que le roman s’ouvre sur l’arrestation des parents de Céphise et l’engagement forcé de son petit frère dans l’armée impériale.

Les dieux n’ont aucune réelle considération pour les humains et éprouvent le plus souvent du mépris pour eux. Ceux-ci travaillent dans des métiers pénibles pour des salaires de misère. La pauvreté règne mais tout crime commis peut valoir au criminel le statut de Rapiécié. Comme son nom le laisse sous-entendre, le criminel est condamné à perdre un membre ou plus (en fonction de la gravité de son acte), membre remplacé par un autre en métal, métal qui intensifie le contact mental avec Orion et permet une surveillance plus accrue. Comme vous vous en doutez, les Rapiéciés subissent rejet et discrimination pour leur condition.

Au sein de ce monde dystopique, la nature n’existe plus et les habitants ignorent même ce qu’est un animal, de l’herbe ou une pomme. Tout est synthétique, métallique, artificiel, aussi glacial que la pression subie au quotidien par les humains. Ce cadre angoissant est bien dépeint par l’autrice, je n’ai eu aucun mal à rentrer dedans et à trouver l’univers crédible.

Je précise à ce stade que je lis assez peu de dystopie car je n’apprécie pas spécialement ce genre littéraire. Du coup, pour moi, selon mes connaissances et mes goûts, cet univers est original mais j’ai lu à quelques reprises que certains le trouvaient classiques donc je préfère le préciser.

Un mélange des narrations qui induit quelques redondances.
Le roman se focalise sur deux personnages principal : Céphise et Verlaine dont les parties sont rédigées à la première personne. Toutefois, on retrouve également quelques chapitres du point de vue de deux autres personnages dont on suppose une importance à venir dans l’histoire : Proserpine et Lorien. Leurs chapitres à eux sont écrits à la troisième personne, choix que je questionne. Peut-être une volonté de distancier le « couple principal » des autres protagonistes ? C’est quand même assez dommage d’autant que le style de Georgia Caldera ne change pas du tout en fonction du personnage à qui elle donne la parole. Quel intérêt, du coup, d’opter pour une narration de ce type ? Je peux comprendre un choix comme celui-là quand l’autrice s’adapte à la psychologie et au parlé de son protagoniste sauf que ce n’est pas le cas ici, ce que je déplore vu que Céphise est une fille du peuple sans réelle éducation hormis pour son art musical. Difficile de concevoir qu’elle s’exprime comme un demi-dieu… Idem pour Lorien, un gamin de dix ans à peine, qui parle comme un adulte cultivé.

Céphise est une jeune fille de dix-sept ans qui n’a pas été épargnée par la vie. Au début de son adolescence, elle a vu ses parents se faire exécuter et a perdu un bras ainsi qu’une jambe en punition de leurs pensées séditieuses. Elle suit des cours à l’Académie des Arts, les Arts ayant une grande importance aux yeux des Dieux et son talent lui sauvera la vie. C’est du coup une personne pleine de haine, de ressentiments, qui s’est jurée d’éliminer Orion. En théorie, pour des pensées comme celles-là, elle aurait du mourir sauf qu’elle reste impunie sans savoir pour quelle raison. Rassurez-vous, on l’apprend au fil du roman.

Verlaine est un demi-dieu, onzième fils d’Orion, progéniture cachée car contre-nature (pas question de se mélanger avec les humains !). Doté un immense pouvoir utile à son père, il est son exécuteur des basses œuvres et souffre énormément au quotidien sur un plan moral. Il se questionne sans arrêt, n’a aucune estime pour lui-même, subit le rejet de la part des autres enfants de son père… Bref c’est un personnage torturé mais assez crédible dans ses tourments, du moins jusqu’à ce qu’il rencontre Céphise. À partir de là, ça vire un peu nœud-nœud mais je vais y revenir.

Proserpine est une humaine, du moins on l’imagine même si elle est douée d’un pouvoir lui permettant de voir le futur ainsi que son évolution en fonction des actions de chacun. Elle est enfermée d’une façon assez odieuse par Orion qui, on l’apprend vers la fin quoi qu’on le devine si on a deux neurones connectés, se sert d’elle pour un dessein plus grand.

Enfin, Lorien est un enfant du peuple, orphelin abandonné qui se retrouve entrainé dans un début de révolte et sera puni pour cela. Les chapitres de son point de vue permettent de donner une dimension supplémentaire au texte qui est plutôt bienvenue ainsi que de garder un œil sur ce qui se fait en dehors du Palais à partir du moment où Céphise y est infiltrée.

Ces personnages sont parvenus à m’intéresser bien que Céphise et Lorien moins que les autres. J’ai tout de même apprécié les efforts de nuance de la part de l’autrice qui construit des protagonistes en souffrance assez crédibles (hormis pour Céphise encore une fois mais je crois que je n’accrocherais jamais aux héroïnes féminines de Georgia Caldera) Tout n’est pas blanc ni noir et il y a clairement un aspect malsain dans les relations, surtout dans celle entretenue par Céphise et Verlaine. Parce que, bien entendu, une relation se créé. Céphise le hait pour la mort de ses parents et lui la rencontre par le plus grand des hasards en découvrant que « quelque chose » les lie, quelque chose de surnaturel qui sent le deus ex machina au sens propre du terme. Vous me direz, dans un roman avec des Dieux, on peut à la rigueur l’excuser sauf que… À voir le développement dans les tomes suivants. Je ne sais pas trop quoi en penser. Pendant ma lecture, cela ne m’a pas dérangé toutefois en réfléchissant après coup, j’ai quand même grimacé. On ne peut d’ailleurs pas, selon moi, parler de romance à ce stade et je me demande même pour quelle raison il est classé dans la collection « J’ai lu pour elle ».

Je dois aussi avouer avoir passé quelques pages parce que le roman souffre de répétitions à cause justement des choix narratifs de Georgia Caldera. À chaque fois que l’autrice change de point de vue, elle remonte un peu en arrière pour donner l’impression du personnage concerné sur les évènements qui viennent de se dérouler et ce de manière systématique. Du coup on a chaque fois quatre ou cinq pages (format epub) de redondances diverses et variées qui n’apportent rien en plus de prendre le lecteur par la main. Dommage !

Une intrigue classique mais intéressante.
Dans ce premier tome, Georgia Caldera s’inspire de la traditionnelle quête de vengeance d’une adolescente malmenée par la vie dans un univers dystopique maîtrisé. On sent venir certains rebondissements toutefois je ne me suis pas ennuyée un seul instant, curieuse de découvrir jusqu’où l’autrice irait avec son concept et ses protagonistes. Comme je l’ai dit, le jardin des âmes est un premier volume, il pose des bases qu’il sera nécessaire d’approfondir par la suite et se termine sur un gigantesque cliffhanger qui laisse le lecteur sur sa faim. Si vous pensez être le public cible et apprécier ce roman, je ne peux que vous conseiller d’acheter les deux premiers tomes d’un coup parce que couper à cet endroit-là… C’est cruel et vraiment limite parce que ça m’a personnellement donné l’impression d’avoir seulement la moitié d’un roman entre les mains. Je sais qu’il faut bien choisir un endroit où couper dans les sagas mais bon… Bref, c’est mon sentiment personnel.

La conclusion de l’ombre :
Le jardin des âmes est le premier tome d’une saga dystopique prometteuse où Georgia Caldera met en scène des personnages torturés par la vie sous l’égide de Dieux assez cruels. Malgré son classement dans une collection romance, je ne trouve pas que ce roman soit à mettre en premier lieu dans ce genre littéraire et cela peut induire des lecteurs en erreur -comme ça a été mon cas. Pour ma part ça a été une plutôt bonne surprise au final puisque je n’apprécie pas la romance mais cela rebutera peut-être justement les personnes en quête d’une histoire collant aux codes de ce genre littéraire. Malgré quelques redondances et défauts de style, j’ai passé un agréable moment en compagnie de Céphise et Verlaine et je suis contente d’avoir finalement lu ce roman pour le PLIB car je ne l’aurais jamais ouvert autrement.

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#PLIB2020 Magic Charly #1 l’apprenti – Audrey Alwett

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L’apprenti
est le premier tome de la saga Magic Charly écrit par l’autrice française Audrey Alwett. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce roman au prix de 16.5 euros dans toutes les librairies.

Charly a quatorze ans, possède un chat susceptible appelé Mandrin et est le fils de la directrice de son école. Il est aussi le petit-fils de Dame Mélisse, célèbre dans la société des magiciers pour sa puissance et ses pâtisseries. Sa grand-mère réapparait subitement dans sa vie au bout de cinq ans, amnésique, physiquement diminuée, les affres de la vieillesses lui dit-on… Ou peut-être pas. À l’aide d’un message dans un miroir, Charly apprend que la magie existe et que pour sauver sa grand-mère, il va devoir devenir apprenti magicier.

J’ai lu deux chroniques élogieuses au sujet de Magic Charly et elles m’ont donné envie de me le procurer immédiatement. J’avais déjà les Poisons de Katharz (de la même autrice) dans ma PàL mais sans l’avoir lu à ce moment-là. Pas grave, je sentais que ce livre allait me plaire et… J’avais raison. Mille fois raisons ! Pourtant, hormis le talent de l’autrice, ils n’ont pas grand chose en commun.

L’intrigue commence sur les chapeaux de roue. En moins de trois chapitres l’action s’installe et le lecteur suit Charly dans sa découverte de l’univers des magiciers. Comme à son habitude, l’autrice ne manque pas d’idées ni d’originalité et si certains relèveront une double inspiration (Rowling – Pratchett) je trouve plutôt qu’Audrey Alwett imprime une french touch délicieuse sur l’ensemble de son œuvre, afin de lui donner une vraie personnalité. Mention spéciale à Pépouze la serpillère, d’ailleurs. Au menu: des balais volants qui se transforment en buissons, des grimoires mystérieux, des dragons pétrifiés, des allégories, des pâtisseries magiques… Surtout des pâtisseries. Franchement, lire ce roman m’a ouvert l’appétit et j’espère qu’on aura droit à des recettes plus précises tirées de Gourmandise ! Juste pour le plaisir de cuisiner de bonnes tartes (et si y’a un truc pour que la partie magique de la recette fonctionne, je suis preneuse).

Charly est un personnage attachant que j’ai adoré suivre. Pour ses quatorze ans, il est plutôt grand et imposant physiquement mais ça ne reflète pas son caractère doux et pacifique. On sent que c’est un adolescent qui a un bon fond même s’il est aisément victime de préjugés. Depuis un accident survenu cinq ans plus tôt dont il ne garde pas de souvenir conscient, il a tendance à contrôler ses émotions, peut-être plus qu’il ne le devrait. C’est un garçon aimable, souriant, très résilient et empathique. Je l’ai trouvé profondément humain, c’est une belle réussite et les autres protagonistes ne sont pas en reste. June est une vraie tempête qui enchaîne les bêtises en espérant décevoir ses parents. Sapotille parait d’abord comme un stéréotype avant de gagner en profondeur. Maître Lin n’est pas vraiment le mentor de l’année (j’ai adoré son obsession pour ses cheveux) quant la mère de Charly, elle a un caractère excentrique très amusant. La galerie des protagonistes, riche et variée, m’a ravie. Je ne parle volontairement pas de Dame Mélisse pour ne rien vous gâcher.

Côté univers, cette société des magiciers n’a rien d’idéale. La milice abuse de ses pouvoirs et favorise très clairement la jeunesse de Thadam au mépris des gens comme Charly. À savoir que si on perd les trois étoiles de son sablier qui rationne la magie, on est envoyé à Saint-Fouettard ! Un nom qui suffit à terroriser tous les personnages du livre et qui pose du coup beaucoup de questions (réponses à venir dans le tome suivant j’imagine). La lutte entamée par la grand-mère de Charly prend petit à petit tout son sens, Audrey Alwett en profite pour passer de beaux messages de justice et de tolérance. En lisant un article sur son blog consacré à ce roman, j’ai appris qu’elle en avait eu l’idée en voyant des personnes proches perdre petit à petit leurs souvenirs, suite à une maladie. En y réfléchissant, Magic Charly est aussi (et surtout) un roman familial basé sur l’idée de transmission de l’héritage. Et de transmission tout court, d’ailleurs. Pour avoir eu une grand-mère dans un cas semblable (même si j’étais plus jeune que Charly à l’époque) ça m’a durablement marquée et j’ai donc été particulièrement touchée par ce roman d’Audrey Alwett.

Les pages se tournent toutes seules. Quatre cents feuillets de pur bonheur au terme desquels on n’a qu’une envie: réclamer la suite de toute urgence ! Elle travaille déjà dessus, je croise donc les doigts pour ne pas attendre trop longtemps même si, finalement, Magic Charly est sorti seulement en juin 2019. En parlant de l’objet-livre, d’ailleurs… Je le trouve particulièrement soigné et magnifique à hauteur du contenu. Le titre en relief, les différents éléments graphiques représentatifs de l’univers… Regardez cette couverture attentivement avant puis après votre lecture, c’est bluffant de voir un artiste respecter à ce point le travail de l’autrice. Quant à l’intérieur, chaque chapitre se surmonte d’un petit dessin lié aux évènements à venir, de façon propre et soignée. Le tout sur un papier de bonne qualité. Chapeau à l’éditeur !

Vous l’aurez compris, j’ai eu un coup de cœur pour Magic Charly qui n’est pas uniquement destiné à un public adolescent. Il marche dignement sur les traces de Harry Potter (tout en affichant une personnalité bien à lui) en proposant un univers crédible, riche et excentrique avec de bonnes idées (vive les apocachips et les serpillères !). La touche de noirceur et de danger apporte un bel équilibre au sein d’une intrigue qui promet d’encore s’assombrir vu les dernières pages. Pour ne rien gâcher, le roman dispose de plusieurs niveaux de lecture et conviendra à un large public. Le lecteur s’accroche immédiatement au personnage de Charly et ne rêve que d’une publication rapide pour un tome deux. Je n’ai donc plus que quatre mots à dire : Bien vite la suite ! ♥

Gigant #1 – Oku Hiroya

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Gigant est un seinen de science-fiction actuellement en cours (4 tomes sont déjà parus au Japon) scénarisé et dessiné par Oku Hiroya qu’on connait notamment pour son travail sur Gantz. Édité chez Ki-oon, vous trouverez ce manga au prix de 7.90 euros.

Rei est un lycéen ordinaire fan de cinéma. Il ne l’avouera pas mais son actrice préférée n’est autre que Papico, une actrice porno. Un soir, des affiches injurieuses à l’encontre de son idole fleurissent dans son quartier. Rei décide donc de les retirer et c’est comme ça qu’il la rencontre. Ça aurait pu s’arrêter là… Sauf que Papico tombe sur un vieil homme qui lui colle un drôle de disque sur le bras avant de se transformer en peluche. Désormais, elle est capable de changer sa taille à volonté ! On pourrait craindre un délire pervers digne d’un hentaï mais non. Et c’est ce qui m’a séduite dans ce titre. Rien n’y est comme on le penserait au premier abord.

Rei est passionné par le cinéma. C’est un lycéen discret, pas populaire mais pas marginal non plus. Il discute énormément avec son ami, ils ont prévu de tourner un film ensemble mais se font planter par le premier rôle qui subit les humeurs d’un copain jaloux. Un peu comme Papico, c’est un motif récurent dans le manga et j’apprécie qu’on en parle. Cette dernière a une relation vraiment toxique avec son mec qui m’a plus d’une fois révoltée. J’ai eu envie de la secouer jusqu’à comprendre à quel point cette fille est vraiment trop gentille. Elle se fait juger par tout le monde et exploiter pour son argent mais elle reste digne sans se plaindre. Elle a un bon fond. L’un comme l’autre se révèlent comme héros inhabituels, surtout dans un manga.

La vie de Papico bascule quand elle tombe sur un vieil excentrique qui se fait renverser devant ses yeux. Il lui colle sur le poignet une sorte de disque métallique qui lui permet de modifier sa taille à volonté -d’où le titre du manga qui n’a donc rien en commun avec la grosseur de sa poitrine même si cette dernière est évidemment particulièrement volumineuse. Je pense que le mangaka a choisi de prendre le contrepied des habitudes. Il assume que son héroïne ait des gros seins, elle les utilise dans son métier d’actrice porno mais ça ne la défini pas en tant que personne.Un autre bon point.

À partir du moment où son pouvoir se révèle, le manga prend une tournure carrément surnaturelle. L’éditeur parle de SF et on comprend par certaines touches, notamment via le DVD, que ce manga nous réserve encore bien des surprises.

Le chara-design est, quant à lui, dans la veine assez réaliste sur les traits des personnages et sur les décors au point que j’en viens à me demander si on n’a pas dessiné par-dessus des photos. En général, ce n’est pas ce que j’apprécie mais ici, ça passe super bien et ça rend les personnages encore plus attachants. J’ai adoré le duo principal, on ressent une vraie alchimie entre eux qui donne envie de tourner les pages sans s’arrêter.

Pour résumer, ce premier tome pose les bases d’un concept surprenant avec un contexte inhabituel. Une actrice porno en héroïne avec son fan en prime, on pourrait craindre un hentai déguisé mais ce n’est pas du tout le cas, au contraire. J’ai trouvé le fond vraiment bien pensé et dense, on sent que les choix narratifs servent à quelque chose et ça a été une belle surprise. Je me réjouis de la sortie du second tome !

Fingus Malister, Feux follets, mandragore et cadavre frais – Ariel Holzl

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Fingus Malister, Feux follets, mandragores et cadavre frais
est le premier tome d’une saga jeunesse écrite par l’auteur français Ariel Holzl. À paraître chez Rageot pour le 2 octobre, vous trouverez ce roman au prix de 12.5 euros dans toutes les bonnes librairies !
Je remercie les Éditions Rageot et NetGalley pour ce service presse.
Ceci est ma vingtième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Fingus Malister est un seigneur maléfique en herbe qui désire entrer à l’académie de magie pour étudier la nécromancie. Pour ça, il doit éblouir le jury et quoi de mieux qu’une potion capable de ramener les morts à la vie? Le problème, c’est qu’il a besoin d’ingrédients spécifiques et de l’aide de Polly, sa seule ami, afin d’affronter les obstacles qui se dresseront sur sa route.

J’ai lu ce texte d’une traite dans le train pour un salon, ça m’a pris un peu moins de deux heures. On reconnait immédiatement la plume efficace d’Ariel Holzl avec son humour noir d’une rare finesse et ses jeux de mots ravageurs. Difficile de reposer ce roman quand on le commence alors méfiez-vous !

Dans le village de Bedlam, les Malister n’ont pas bonne réputation. D’ailleurs, une foule en colère a brûlé leur château quand Fingus était encore un bébé, si bien qu’il a été élevé par une femme un peu folle décédée trois ans auparavant. Depuis, il se débrouille tout seul dans une vieille maison avec un kraken qui ravage sa cave. Fingus n’a que douze ans et il subit l’exclusion de la part de ses concitoyens, hormis la famille de Polly qui l’accueille toujours à bras ouverts. Je n’ai pas pu m’empêcher de compatir même si Fingus n’a pas vraiment bon caractère. Quand on y pense, sa situation est horrible ! J’apprécie beaucoup le fait qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture, autant pour les plus jeunes qui ne tiqueront pas forcément sur tout que pour les lecteurs plus vieux. Une belle réussite et des questionnements intéressants qui se posent sur l’hérédité, le harcèlement, le rejet de l’inconnu.

Ariel Holzl propose une nouvelle galerie de personnages intrigants comme Polly, l’amie sorcière de Fingus, n’aime pas utiliser sa magie et rechigne toujours à s’exécuter, ce qui lui vaut les moqueries du jeune Malister. Il est assez cruel avec elle, difficile de savoir s’il l’apprécie vraiment ou si elle n’est pour lui qu’un sous-fifre, comme expliqué dans son manuel. Pour un futur seigneur du mal, on ne peut pas dire que Fingus soit bien équipé : un vieux libre à moitié brûlé, le crâne de son défunt grand-père à qui il parle tout le temps et un chapeau sans fond.

Parviendra-t-il à rassembler tous les ingrédients nécessaires à la préparation de sa potion ? C’est le fil conducteur du récit qui consiste en une quête assez classique et à sa résolution. Ça reste un roman jeunesse, après tout. Le dernier chapitre indique clairement une suite à venir et c’est appréciable car plusieurs questions restent en suspend et le retournement de situation final s’est révélé inattendu. J’aurai quand même aimé que ça soit annoncé de façon claire dans le titre, je sais que c’est le genre de surprise qui déplait à certains lecteurs.

Pour résumer, Fingus Malister est certes un roman jeunesse mais qui séduira les petits comme les grands grâce à ses différents niveaux de lecture. Avec le style qu’on lui connait, Ariel Holzl propose l’histoire d’un seigneur du mal en herbe qui a peut-être un bon fond… Ou peut-être pas. Ce texte dynamique, drôle et intelligent se lit d’une traite et on a qu’une hâte: découvrir la suite ! Une grande réussite que je recommande chaudement.

L’espace d’un an – Becky Chambers

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L’espace d’un an
est le premier tome de la série Voyageur écrit par l’autrice américaine Becky Chambers. Publié chez l’Atalante dans sa collection La Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman au prix de 23.90 euros partout en librairie.
Je remercie Emma et les Éditions l’Atalante pour ce service presse !

Le Voyageur est un vaisseau tunnelier, c’est à dire qu’il creuse l’espace pour créer des passages entre différentes galaxies. Rosemary vient d’être engagée comme greffière à son bord et semble fuir un lourd passé. Dans une narration à différents points de vue, Becky Chambers nous raconte le voyage d’un an effectué par le Voyageur pour rejoindre une lointaine planète torémi qui doit être reliée au reste de l’Union Galactique suite à des accords diplomatiques qui ne font pas franchement l’unanimité.

Je ne savais pas précisément à quoi m’attendre avec ce roman. En général, quand je lis de la SF, j’espère des batailles spatiales, du militaire, de gros enjeux scientifiques. Comme je débute dans ce genre, je me réfère beaucoup à ce que je connais : Scalzi, Weber… Il n’y a pas grand chose de tout cela au sein de l’Espace d’un an et pourtant, j’ai vraiment apprécié ce texte.

Becky Chambers prend le parti d’une SF orientée sur les sentiments, les émotions, la famille que constitue le Voyageur. Sur le social, devrais-je dire, et sur tout l’aspect anthropologique / xénologique. Ainsi, les personnages et leurs cultures sont la grande force du récit. L’autrice les présente les uns après les autres, via des scènes clés et chaque en-tête de chapitre permet de suivre la date où se déroulent ces moments quotidiens, parfois séparés de longues périodes à vide.

Le lecteur rencontre d’abord Rosemary et c’est une entrée en matière qui m’a un peu refroidie car au premier abord, elle me paraissait très clichée, peu intéressante. Une humaine qui fuit sa planète natale (Mars) sans jamais trop en révéler… Ce qui est arrivé est tellement horrible, blablabla. Je roulais des yeux. Puis sont arrivés les autres. Le capitaine Ashby Santoro, un humain exodien droit dans ses bottes qui essaie de jongler avec ses différentes casquettes et la relation secrète qu’il entretient avec une autre capitaine d’une race différente de la sienne. Sissix, la pilote reptilienne appartenant à la race aandrisk qui a une culture et des mœurs très éloignés de ce qu’on croise habituellement au coin de la rue. Jenks, le technicien de petite taille et étrangement formé qui est amoureux de Lovey, l’IA dotée d’une personnalité qui gère le vaisseau. Le Docteur Miam, l’un des derniers représentants d’une race en voie de disparition qui apporte son lot de sagesse. Ohan, infecté par un virus qui fait de lui une paire sianate et lui permet de percevoir l’imperceptible dans l’espace. Kizzy, l’autre technicienne totalement excentrique qui n’aurait pas cloché dans Borderlands. Corbin, le misanthrope qui s’occupe des algues (et donc du carburant) du vaisseau, un spéciste franchement désagréable à qui on collerait bien une claque ou deux.

Ce panel de personnage permet d’une part de développer plusieurs cultures intéressantes et d’autre part d’exploiter des thématiques vraiment importantes qui cassent nos habitudes anthropocentristes. Quand Rosemary rencontre l’équipage pour la première fois, elle essaie de comprendre les mœurs aliens avec ses propres valeurs et doit se rappeler sans arrêt que ça n’a pas de sens. Comme Becky Chambers multiplie les points de vue, ça permet aussi d’être dans la tête des aliens comme Sissix qui a du mal avec les habitudes des humains, qu’elle trouve prise de tête. D’ailleurs, dans une discussion qu’elle a avec le Docteur Miam, elle dit une phrase qui m’a fait sourire: si seulement ils pouvaient être NORMAUX ! Ça nous fait grandement relativiser le concept de normalité et j’ai adoré ce bousculement dans mes habitudes.

L’univers en lui-même m’a paru bien construit et crédible. Becky Chambers donne un certain nombre d’informations pertinentes sans trop noyer le lecteur (même s’il y a des longueurs) et utilise certaines astuces comme des échanges de mail ou des recherches effectuées par Rosemary. Hélas… Tout cela a beau créer un roman riche, il est aussi assez lent. Les trois premiers quarts du roman sont consacrés à la vie quotidienne de l’équipage et s’il y a parfois un peu d’action, elle disparait vite au profit des conséquences psychologiques sur chacun d’eux et des intrigues privées de l’un ou l’autre. Cela plaira aux lecteurs qui aiment quand le récit se met tranquillement en place mais L’espace d’un an est très clairement un tome introductif, voué à poser les bases, initier le lecteur pour la suite que j’imagine plus intense en action. C’est seulement sur le dernier quart que survient un évènement violent mais il ne dure finalement pas si longtemps que ça. Ses conséquences, par contre…

Malgré cette lenteur, j’ai vraiment aimé ma lecture et le soin apporté par l’autrice, par exemple, à l’utilisation de pronoms comme iel pour désigner les espèces asexuées ou le pluriel pour la paire sianate (ce qui donne de drôles de phrase !) vu qu’ils sont deux dans un seul corps. Tout, dans ce livre, jusqu’à la forme du récit, passe un message de respect des différences et de tolérance qui ne peut qu’avoir un gros écho dans notre société actuelle.

Pour résumer, l’Espace d’un an est un très bon livre que je conseille plutôt à des débutants en SF (ce que je suis !). Becky Chambers propose de peindre le portrait d’une famille de cœur à bord du vaisseau tunnelier Voyageur. Son roman, très orienté sur la psychologie et la découverte de son univers, est clairement un tome d’introduction qui souffre d’un rythme assez lent sur la majorité du titre car il prend pas mal le lecteur par la main en enchainant les scènes d’exposition afin de détailler les particularités socio-culturelles de chacun. Il doit très clairement être lu dans l’optique de continuer la saga et en acceptant son statut introductif. L’autrice réussit très bien ses personnages auxquels on s’attache et pour qui on se passionne. Elle a créé un univers crédible (selon moi) et intéressant au sujet duquel j’ai très envie d’en apprendre davantage. Je vais donc continuer avec plaisir la saga Voyageur que je recommande pour débuter dans le genre.

Le Sorceleur #1 le dernier vœu – Andrzej Sapkowski

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Le dernier vœu
est le premier tome de la célèbre saga du Sorceleur écrite par l’auteur polonais Andrzej Sapkowski. Traduit par Laurence Dyèvre et publié chez Bragelonne dans une nouvelle édition, vous trouverez ce roman au prix de 15.90 euros.
Ceci est ma dix-neuvième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Geralt de Riv est un sorceleur avec son propre code d’honneur qui affronte les créatures surnaturelles néfastes en échange d’un paiement. Ce premier tome se construit sous forme de recueil de nouvelles, toutes liées entre elles par « la voix de la raison » qui se divise en sept parties entre lesquelles s’intercalent certaines aventures importantes pour Geralt et où on rencontre des personnages qui comptent pour lui. Je suppose que ces personnages deviennent récurrents par la suite.

Il s’agit assez clairement d’un tome d’introduction qui permet de poser le personnage de Geralt, son entourage ainsi que ses motivations principales. Je n’ai pas eu l’occasion de jouer à The Witcher donc je ne vais pas effectuer de parallèle avec un autre médium. Je voulais lire ce livre en prévision de la série qui va arriver en novembre sur Netflix et si j’ai apprécié ma lecture, je n’ai pas pour autant ressenti un engouement particulier ni l’envie de continuer sur le tome suivant puisque celui-ci peut parfaitement se suffire à lui-même.

Pourtant, on ne peut pas dire que le Sorceleur soit un mauvais livre ou qu’on s’ennuie en le lisant, loin de là. L’univers, très inspiré de la mythologie slave avec des créatures dont je n’avais même jamais entendu parler, se révèle enthousiasmant et d’une grande richesse. J’ai apprécié ce dépaysement et le fait que l’action se déroule principalement dans des lieux de vie communs plutôt que des cours pleines de complots, ça change. Geralt ne travaille pas vraiment pour l’élite, pas plus qu’il n’est apprécié pour son métier. Il le dit lui-même, les temps changent et le monde devient trop civilisé pour les sorceleurs. On arrive sur une sorte d’entente entre les humains et les monstres (parfois toute relative) qui marque un tournant dans son époque. J’ai apprécie ce ton désenchanté, ce blues du personnage principal. Ainsi, l’auteur parvient à aborder une multitude de thèmes qui sont encore très actuels puisque nous vivons également un tournant dans notre époque qui parait difficile et terrifiant pour beaucoup de gens et un certain nombre de professions.

Andrzej Sapkowski s’inspire également de contes de fées comme Blanche Neige ou la Belle et la Bête, qu’il réadapte à sa sauce. Je ne suis pas suffisamment spécialiste pour savoir si c’est très proche des contes originaux mais j’ai à chaque fois pris un certain plaisir à lire les aventures liées. Par contre, l’auteur a vraiment raté son coup avec la nouvelle sur Yennefer et la façon dont il traite sa relation avec Geralt. Ça tombe comme un cheveu sur la soupe, comme s’il fallait absolument une romance quelque part, c’est dommage.

De plus, j’ai trouvé la construction narrative un peu brouillonne. Le fait que des espèces de flashback s’intercalent dans l’action principale constituée par « le dernier vœu » m’a dérangé car ça me coupait systématiquement dans mon élan et m’embrouillait, ça manquait de naturel. En effectuant quelques recherches, j’ai appris que ce premier tome constituait une sorte d’intégrale de plusieurs nouvelles donc je suppose que le choix de la chronologie revient à l’éditeur plus qu’à l’auteur. Dommage !

D’ailleurs, sur un plan purement formel, je vais qualifier les dialogues d’empathique voir carrément théâtraux. C’est original mais ça m’empêche de vraiment prendre au sérieux le contenu du roman au ton trop vieille école. Je m’amusais à le visualiser sur une scène, avec de vrais acteurs et un aspect un peu grand guignol. Cela vient peut-être du fait que la saga a commencé en 1990 soit avant ma naissance, à une époque où les codes ainsi que les goûts étaient différents. Si on prend la peine de la replacer dans son contexte, elle est innovante et très enthousiasmante. Mais ce n’est pas ce que je recherche à l’heure actuelle.

Pour résumer, ce premier tome du Sorceleur m’a laissé un arrière-goût de trop peu. Si j’ai passé un agréable moment et que j’ai apprécié découvrir cet univers dont tout le monde parle ainsi que le fameux Geralt de Riv, ce n’est pas une saga que je vais continuer au format papier d’autant que ce premier tome peut très bien se suffire à lui-même. Du coup, si vous aussi vous êtes curieux, vous pourrez très bien vous contenter d’un tome ! Je recommande ce titre aux adeptes de fantasy plus classique qui ont envie de se dépayser au sein de la mythologie slave.

La malédiction de Loki #1 – Hachi

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La malédiction de Loki est une série d’aventure fantastique en cours de parution, scénarisée et dessinée par Hachi dont ça semble être le premier manga. Édité chez Delcourt-Tonkam, vous trouverez chaque tome au prix de 7.99 euros. Actuellement, cinq volumes sont édités au Japon et la série est toujours en cours.

Vous le savez, je vous parle souvent des premiers tomes prometteurs que je lis et septembre rime avec rentrée littéraire, aussi bien chez les éditeurs romans que les éditeurs mangas. C’est donc avec plaisir que j’ai découvert la Malédiction de Loki et je ne vais pas y aller par quatre chemins, c’est un coup de cœur. J’en profite pour préciser qu’il n’y a pas de lien flagrant avec la mythologie nordique, du moins pas à ma connaissance. Il ne s’agit pas du tout ici d’une aventure mettant en scène le dieu Loki donc ne soyez pas déçus si c’est ce que vous attendiez !

Aisya est une jeune orpheline au macabre talent. Quand elle peint avec son propre sang, ses œuvres prennent vie ! Si Aisya a de bonnes intentions et tente d’aider les gens, elle finira enfermée, exploitée et ses peintures seront baptisées « les peintures maudites de la sorcière ». Comprenant à quel point l’humain est sombre, Aisya supplie alors Loki, son unique ami, de détruire les 144 tableaux…

Le premier élément très touchant de ce manga, c’est le personnage d’Aisya et sa relation avec Loki. Je n’avais plus eu un tel pincement au cœur depuis longtemps. Celle qu’on surnomme la sorcière est innocente, douce et un peu naïve. Son histoire se révèle tragique et touchante, impossible de rester de marbre face à une telle pureté. Loki incarne quant à lui un anti-héros dont on ne peut que soutenir la quête. On se rend rapidement compte qu’il est lui aussi un tableau, un dessin créé par Aisya pour avoir un ami, qui a pris vie pour réaliser l’ultime vœu  de la sorcière. Il déteste les humains, est assez taciturne et renfermé. Il a rejoint une guilde pour traquer les tableaux avec plus de facilités. La seconde partie du manga se déroule d’ailleurs une centaine d’années plus tard, toujours de son point de vue.

J’ai trouvé ce premier tome bien équilibré et rondement mené. Les informations sont correctement distillées pour répondre aux questions mais sans abrutir le lecteur. Du coup, j’ai eu tout le loisir de m’attacher aux personnages, d’admirer les décors et le souci du détail d’Hachi. On est de suite touché par ce qui se passe et chaque phase de la traque des tableaux apporte son lot d’émotions. Le retournement de situation qui conclut ce tome est double et donne envie d’en apprendre plus. Ça brûle littéralement les doigts ! Je vous conseille donc de vous lancer en achetant les deux premiers volumes, que l’éditeur a eu la bonne idée de commercialiser en même temps.

Le dessin est très soigné et maîtrisé, plutôt classique au sens usuel du terme mais ça me plaît et les personnages sont très bien caractérisés. Impossible de se tromper ou de confondre deux personnages secondaires, ce qui est appréciable parce que ça arrive malheureusement trop souvent. On sent qu’Hachi a pris soin de chaque détail.

Pour résumer en quelques mots, la Malédiction de Loki est un manga très prometteur porté par une intrigue intelligente et des personnages touchants. Pour ne rien gâcher, le dessin soigné d’Hachi offre un premier tome de qualité. Il me tarde de lire la suite !

Teacher Killer #1 – Hanten Sharoh

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Teacher Killer
est le nouveau seinen de chez Soleil dont le premier tome vient de sortir pour la Japan Expo. Scénarisé et dessiné par le mangaka débutant Hanten Sharoh, vous trouverez ce manga au prix de 7.99 euros.

Riko Asiru suit des cours de meurtre, avec son professeur de biologie, Mr Satou. Ils se rejoignent après la classe pour étudier des affaires en cours et châtier les tueurs. Riko abhorre les meurtriers et plus particulièrement Mr Satou, responsable de la mort de ses parents. Elle a juré de se venger et il l’a prise sous son aile pour lui apprendre à le tuer correctement.

Le concept m’a immédiatement séduite. Une fille traumatisée et paumée qui entretient une relation borderline et malsaine avec son professeur, qui est aussi un serial-killer plutôt badass (et sexy, c’était la minute superficielle)… Y’avait tous les ingrédients pour me plaire. Et de fait, j’ai adoré découvrir ce premier tome !

Le schéma reste semblable au fil des chapitres: le duo une affaire, piège le tueur et l’assassine d’une manière semblable à son mode opératoire. J’ai d’abord craint la redondance mais les affaires étudiées sont toutes différentes et originales. De plus, l’aspect psychologique est bien développé ce qui créé un équilibre avec le côté gore du manga.

Pour ne rien gâcher, le chara-design est soigné et moderne. Aucun fan-service à l’horizon et des détails maîtrisés pour les scènes de meurtre, c’est tout ce qu’on désire en lisant ce genre de titres. Le mangaka ne tombe à aucun moment dans la surexposition, ce qui n’est pas simple surtout que c’est un peu la mode en ce moment.

Pour résumer, le premier tome de Teacher Killer est une réussite qui parvient à conserver un bel équilibre entre l’aspect psychologique et visuel des meurtres. Il ne tombe jamais dans l’excès et propose un concept sympathique qu’il exploite correctement. Quand on le referme, on n’a qu’une envie : arriver en octobre pour la sortie du second tome !

Ice Pig #1 – Asada Yukai

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Ice Pig est un seinen thriller terminé en cinq volumes dont le premier tome vient de sortir chez Delcourt Tonkam. Dessiné et scénarisé par le mangaka Asada Yukai connu aussi pour Woodstock et Tokkô Zero, vous trouverez chaque tome au prix de 7.99 euros.

Vespa est un orphelin sans revenus fixes qui vit dans une chambre exigüe en plein Tokyo. En recherche d’argent pour investir dans son jeu en ligne, il se fait embarquer dans un plan a priori simple : conduire un camion de marchandise d’un point A à un point B. Sauf qu’il se rend compte que les marchandises en question sont des femmes… En les libérant, il se met à dos la société Farm qui le vend comme esclave. Acheté par Ice Pig, lycéenne doublée d’une pirate informatique, ils déclarent ensemble la guerre à la société Farm.

La première chose qui frappe en ouvrant ce manga, c’est son esthétique qui s’éloigne des canons habituels et populaires à l’heure actuelle. Les personnages ont des défauts visibles, aucun n’est complètement beau gosse ou lisse même si certains sont plus agréables à regarder que d’autres (dont Vespa, bien entendu). Les lycéennes autour d’Ice Pig sont parfois franchement laides ou vulgaires et je pense que c’est un parti pris esthétique de la part du mangaka pour souligner la laideur du monde qu’il dénonce.

Difficile de savoir si on est vraiment dans un manga imaginaire type dystopie d’un avenir proche ou s’il existe véritablement toujours de l’esclavage au Japon. D’un autre côté, Ice Pig s’engage en dénonçant justement le monde dans lequel on vit et la naïveté des gens qui préfèrent détourner le regard, ne pas croire aux horreurs que d’autres peuvent commettre pour de l’argent parce qu’on est dans la vraie vie et pas dans un film. Si certaines scènes peuvent paraître caricaturales tout comme certains méchants (achevez ce clown, pitié) on ne peut s’empêcher d’y réfléchir à deux fois en se demandant : et si.

J’ai donc tendance à prendre Ice Pig comme un thriller social qui a pour but de conscientiser les gens sur les conséquences de leurs actes et les spirales infernales qu’ils peuvent entrainer. Le tout avec une intrigue assez dynamique puisqu’il se passe énormément de choses dans ce premier volume ! On tourne les pages sans s’en rendre compte et en arrivant à la fin, on a très envie de découvrir la suite.

Le cœur d’Ice Pig, c’est aussi le duo formé par la hackeuse et le geek au grand cœur accro à sa liberté. S’il est sympathique, il manque hélas de crédibilité. Vespa ne jure que par sa liberté pendant tout le début du tome mais il se laisse réduire en esclavage assez facilement avec la simple menace qu’un virus efface tout le contenu de sa sauvegarde sur le jeu en ligne auquel il est accro. Vive le sens des priorités. Je me dis que si Ice Pig avait été moche, il se serait rebellé un peu plus et je ne sais pas précisément pour quelle raison je tique là-dessus. Ça me semble important de le relever.

Toutefois, ça n’enlève rien à l’intérêt du manga pour sa réflexion sociale et son ambiance assez rude qui a su me séduire. Le tout accompagné par une esthétique marquée propre au mangaka, qui ajoute au réalisme. J’ai hâte de lire le prochain tome dont la sortie est prévue au mois d’août !

La cour d’Onyx #1 Minuit jamais ne vienne – Marie Brennan

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Minuit jamais ne vienne est le premier tome de la saga La cour d’Onyx écrite par l’autrice américaine Marie Brennan. Publié chez l’Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne, vous trouverez cet ouvrage au prix de 21.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Ce roman réécrit de manière imaginaire le règne de la reine Elisabeth Ière d’Angleterre. Il s’ouvre d’ailleurs avec elle, prisonnière dans la Tour de Londres, qui passe un pacte avec une mystérieuse fae prénommée Invidiana. Quelques années plus tard, Michael Denven arrive à la cour pour devenir protecteur de la reine mortelle pendant que Lune, courtisane déchue, tente de survivre aux pièges de la cour d’Onyx. Leurs destins vont inextricablement se lier quand ils découvriront certains secrets pourtant bien dissimulés.Des secrets qui les pousseront à vouloir destituer la reine.

Minuit jamais ne vienne est une fantasy historique bien documentée mais malheureusement pas trop à la portée des novices. Si, comme moi, vous êtes davantage familiers des détails de l’histoire de France alors vous allez lire ce roman en vous demandant à toutes les pages qui est qui et passer à côté d’une flopée de références qui sont sûrement ultra intéressantes quand on s’y connait. Le pire, c’est qu’on les ressent mais on devrait presque avoir un manuel de cours spécialisé à côté pour tout relever. Marie Brennan ne cherche pas à enseigner un morceau de l’histoire d’Angleterre, elle s’adresse plutôt à un public davantage érudit sur la question. À ce titre, pari réussi ! Elle s’y prend si bien que ça ne me surprendrait même pas d’apprendre qu’il y a un fond de vérité dans son roman. Malheureusement, ça m’a catapultée au rang de spectatrice du récit et m’a empêché de m’immerger.

Je ne juge pas cela comme un point spécialement négatif, une autrice a bien le droit de souhaiter viser un certain public. Hélas, il n’y a pas que pour l’aspect historique que Marie Brennan manque de pédagogie. Elle utilise tout un bestiaire faerique qu’elle décrit finalement très peu. J’ai réussi à plus ou moins m’y retrouver car je connais quelques éléments du folklore rattaché à l’univers mais elle évoque des créatures dont le nom même ne me disait rien, ce qui n’est pas un mince exploit… En les citant juste, sans un mot d’explication. J’aurai vraiment aimé qu’elle prenne davantage le temps de tout placer, de mieux décrire les différentes races pour brosser un panorama bien plus vivant de son matériel de base qui est pourtant si riche. Ce n’est qu’une fois arrivée à la fin que j’ai compris pour qu’elle raison elle ne l’avait pas fait.

Selon moi, du moins, c’est parce que ce roman, même si narré comme un roman, est en réalité une pièce de théâtre en cinq actes qui s’étale sur plusieurs années. Le texte se divise d’ailleurs comme tel avec des intitulés qui le prouvent. Des flashback s’y intercalent et je vous conseille d’être attentifs aux dates pour ne pas vous perdre dans les lignes narratives.

La narration, d’ailleurs, se divise majoritairement en deux points de vue. Celui de Michael Denven pour les humains et de Lune pour les Faes. Le premier appartient à la garde d’honneur de la reine Élisabeth et ambitionne de se faire un nom à la cour. Il va pour cela devoir flatter les bons egos sans y sacrifier son patriotisme. Lune, de son côté, essaie surtout de survivre à la cour d’Onyx sous le joug de la terrible Invidiana qui la disgracie par caprice. Les deux mondes sont rudes à leur façon mais celui des faes paraît encore pire. Chacun mène sa petite intrigue dans son coin, échafaude son petit complot pour servir ses intérêts ou ceux des plus grands. Les dialogues y sonnent comme des répliques de planche. Ce sentiment se renforce avec la narration, si contemplative qu’on pourrait croire que Marie Brennan a assisté à la pièce pour la retranscrire, sans penser que son lecteur n’était pas dans la salle avec elle et qu’il lui manque des clés pour tout décoder. Au final, heureusement qu’elle propose certains flash-back au lecteur pour lui permettre d’y voir plus clair dans tout ça bien qu’ils ne commencent à trouver leur sens qu’en arrivant dans le dernier quart du roman.

Notre amie Troll l’explique bien dans sa chronique, c’est une fantasy qui prend son temps pour plaire. Malheureusement, elle en a trop pris avec moi et j’avais à peine commencé à me passionner pour le contenu que la fin est arrivée pour me décevoir par son côté trop facile et trop niais. Une fin qui colle au genre théâtral en réalité mais pas à celui du roman de fantasy historique que j’attendais. L’intrigue mise en place par l’autrice ne manque pourtant pas d’envergure ou de complexité mais elle se résout avec des raccourcis narratifs assez dommageables pour la qualité globale du livre.

C’est frustrant parce qu’on sent que Marie Brennan est passionnée par son sujet et qu’elle s’investit dans ce qu’elle raconte. Je trouve aussi assez remarquable le fait de tenter une expérience littéraire en croisant les genres comme ceux-là, il fallait oser. La sauce n’a pas pris avec moi mais je ne doute pas une seconde que la cour d’Onyx a trouvé son public et continuera à le trouver. Je n’y appartiens simplement pas.

Pour résumer, Minuit jamais ne vienne est un premier tome assez contemplatif dans un genre bâtard à mi chemin entre le théâtre et le roman. Marie Brennan s’adresse à un public de connaisseur, autant sur le plan de l’Histoire anglaise que sur celui de la mythologie celtique, en manquant de pédagogie pour les novices qui auront du mal à s’y retrouver. Si je n’ai pas été séduite par cette lecture, je lui reconnais néanmoins des qualités qui me donnent envie d’en parler et de le recommander à un public un peu plus érudit que moi sur ces deux sujets.