Ce qui hante les bois – Dawn Kurtagich

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Ce qui hante les bois
est un one-shot fantastico-horrifique écrit par l’autrice anglais Dawn Kurtagich. Publié au Chat Noir, vous trouverez ce roman au prix de 19.9 euros.
Attention, ce titre ne sortira qu’en avril ! Je vous encourage à soutenir le Chat Noir (comprenez pourquoi en lisant Quand COVID19 menace la littérature) en le précommandant sur leur site Internet dés maintenant 🙂
Je remercie les éditions du Chat Noir pour ce service presse.

Je vous ai déjà évoqué en février cette nouvelle autrice récemment traduite par Cécile Guillot avec son premier roman, The Dead House, qui a été un gros coup de cœur. Sachez que Ce qui hante les bois est largement à la hauteur de son prédécesseur !

Silla et Nori sont maltraitées par leur père, ce qui les pousse à s’enfuir chez leur tante qui vit dans le manoir « La Baume ». Elles y rencontrent Cath, la tante en question, et y découvrent enfin une forme de bonheur, de sérénité. Mais qui est cet homme que seule Nori aperçoit ? Pourquoi les arbres se rapprochent de plus en plus ? Le manoir aux murs rouges cache d’horribles secrets…

Il m’est assez difficile de vous chroniquer cette œuvre dans le détail car cela implique de révéler des éléments clés de l’intrigue. Comme je tiens à ce que mes chroniques ne divulgâchent rien du tout, les éléments potentiellement problématiques seront, comme d’habitude, à surligner pour être lus.

Ce qui hante les bois est un roman intimiste en huit-clos avec La Baume pour seul décor et Silla comme narratrice à la première personne. Elle n’est pas la seule puisqu’on lit également des réflexions de Nori mais aussi des considérations de Cath, leur tante. Dawn Kurtagich a déjà démontré sa maîtrise de ce procédé narratif dans The Dead House et réitère l’exploit dans son second texte. Silla est un personnage ambigu, complexe et perturbant qui sombre petit à petit dans la folie. Cath paraît presque trop adorable pour être honnête. Quant à Nori, sa naïveté d’enfant devient effrayante à mesure que l’intrigue avance et que la tension monte crescendo. Cet état est doublement bien retranscrit. D’une part grâce à l’écriture musicale et extrêmement bien rythmée de l’autrice mais également grâce à la mise en page très soignée des éditions du Chat Noir.

Oui, même le texte joue le jeu ! Les tailles de police diffèrent en fonction de qui parle et dans quelles circonstances. Pour accentuer l’impression de chute, les mots appartenant à ce champ lexical sont eux-aussi représentés en train de tomber, une lettre après l’autre. Quand Silla a une crise, l’autrice n’hésite pas à dédier une page pleine -si pas deux- à ses délires sans queue ni tête. On a même droit à une page totalement noire, ce qui offre une symbolique puissante au moment où elle intervient. J’ai trouvé le Chat Noir très inspiré sur ces idées de mise en page qui apportent vraiment un plus qu’on risque de perdre dans la version numérique (une bonne raison supplémentaire de se le procurer en papier !)

Mais Ce qui hante les bois n’a pas juste un joli emballage sur un texte classique, que nenni. Ce serait mal connaître le nez affuté de Cécile Guillot pour dénicher des pépites. Si mon pitch et le résumé peuvent paraître basiques, dans les faits, Dawn Kurtagich va bien plus loin même si on ne le comprend pas tout de suite. Il faut se laisser emporter avec patience jusqu’au final magistral qui surprend même les plus attentifs. D’autant que certaines clés se devinent mais il reste encore des surprises impossibles à prévoir qui formeront une métaphore d’une rare intensité pour les lecteurs. Je suis même sûre que l’autrice a semé exprès certains indices pour détourner l’attention du reste. Chapeau !

Parce que oui, finalement, Ce qui hante les bois, c’est une métaphore du deuil, de la culpabilité et de la pression qu’on se met soi-même en toutes circonstances au point que ça en devient toxique. C’est aussi une mise en scène du corps dans tout ce qu’il a de plus répugnant, dans les états les plus pitoyables. Quand on sait que l’autrice a été gravement malade et qu’on devait la nourrir toutes les deux heures petit à petit , certaines scènes prennent une dimension toute autre qui glace le sang. On comprend aussi comment elle parvient à décrire si bien la sensation de faim. Si vous le lisez, prenez quelques instants pour graver cela dans vos esprits car ça a, après coup, changé encore plus positivement ma manière de considérer ce roman.

Pour conclure, Ce qui hante les bois est une réussite. Ce roman fantastico-horrifique vous propose de suivre Silla et sa sœur Nori qui se retrouvent piégées à la Baume, un manoir aux murs écarlates. Dawn Kurtagich revient sur des thèmes déjà exploités dans The Dead House et continue de réfléchir sur la folie avec une plume musicale dont le rythme ne peut que vous envouter. Pour ne rien gâcher, la mise en page du roman sert magnifiquement le texte d’une manière inspirée et astucieuse. Je vous recommande très chaudement la découverte de cette nouveauté 2020 qui signe une nouvelle réussite du Chat Noir !

12 réflexions sur “Ce qui hante les bois – Dawn Kurtagich

  1. Et puis la fin !!! Effectivement, moi je n’avais rien vu venir! Elle est juste parfaite je trouve ! J’ose pas en dire plus au cas où qqn tombe sur ce commentaire! Je ne voudrais pas le spoiler!

  2. Oh je ne savais pas pour l’autrice (enfin je savais pour la maladie mais pas le reste)…clairement ça rajoute encore une autre dimension au récit déjà tellement bien! 🙂 ❤ Par contre, je ne savais pas que la mise en page était spécifiquement du chat noir (je pensais qu'elle venait de la version anglaise). Après cela en m'étonne pas! 🙂

    • Alors je dois éclaircir ce point, c’est l’autrice qui a imaginé cette mise en page et l’a demandé ! Je ne sais pas si elle apparaît aussi en version anglaise. En tout cas elle est sublime 😍
      Toutes les infos sont dans la post face de Dead House en fait 🙂

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  5. Hmmm, ça ressemble à une petite claque littéraire, ça ! En tout cas, j’ai vraiment très envie de me le procurer, maintenant ! J’adore quand la mise en page, la police d’écriture jouent avec l’imagination du lecteur et viennent appuyer le récit.

    • Je te le recommande ! D’autant plus si tu aimes ces jeux de mise en page, tu ne vas pas être déçue.
      En plus ça permettra de soutenir les éditions du chat noir dans cette période difficile donc tu fais d’une pierre deux coups 🙂

    • Merci 🙂 J’espère aussi !
      Je l’ai en effet trouvé très bon. Après, j’ai quand même préféré The Dead House, son tout premier, mais les deux sont de qualité équivalente. C’est plus le concept qui me parle mieux en tant que lectrice.

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