Yellow Jessamine, secrets empoisonnés – Caitlin Starling

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Yellow Jessamine, secrets empoisonnés
est une novella de fantasy gothique écrite par l’autrice américaine Caitlin Starling et traduite par Hélène Mathis. Publiée aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce texte sur leur site internet au prix de 14.90 euros.

Cette novella traine depuis début d’année (moment de sa sortie) dans ma PàL sans que je puisse expliquer pour quelle raison j’ai attendu autant pour l’en tirer. Je le regrette après coup car il rejoint le rang des pépites dénichées par les éditions du Chat Noir dans la littérature anglosaxonne. On peut dire que l’éditrice a un sacré flair là-dessus car il est très rare (bien que ce soit déjà arrivé) que je sois déçue par l’une de leurs traductions.

De quoi ça parle ?
Lady Evelyn Perdanu dirige une société de transport maritime depuis la ville fictive de Delphinium (qui est le nom d’une plante, la boucle est bouclée !). La cité subit un blocus suite à une révolution au sein de l’Empire, ce qui l’isole de plus en plus. Pour ne rien arranger, une étrange maladie se répand, plongeant les personnes atteintes dans une étrange catatonie. Pour plusieurs raisons, Evelyn est certaine d’être liée à cette épidémie et tente de s’en protéger en s’enfermant dans son manoir où elle étouffe sous le poids de ses secrets.

Une fantasy gothique de haute volée.
Voilà un moment que je n’avais pas eu l’occasion de lire un texte gothique aussi bien maîtrisé. Il ne faut que quelques pages à l’autrice pour poser une ambiance sombre et angoissante, qui titillera les instincts claustrophobes des lecteurices les plus sensibles. Cette ambiance est la plus grande force de ce texte selon moi car on sent l’inévitable se rapprocher à chaque inspiration, à l’instar d’Evelyn qui sent la Mort venir et tente par tous les moyens de la repousser. Le lecteur s’interroge alors : qu’est-ce qui tient du réel ? Qu’est-ce qui tient de la paranoïa d’Evelyn ? Et qu’est-ce qui appartient véritablement au registre du surnaturel ? Car l’un des trois mots apparaissant sur la quatrième de couverture pour décrire ce roman est « folie » et on peut dire qu’elle prend en effet une ampleur considérable à mesure qu’on tourne les dernières pages…

Pour vous donner une idée, la novella s’ouvre sur un navire en train de brûler au large de la ville, après que des cas de peste s’y soient déclarés. Evelyn est alors appelée au port car il s’avère que le Vérité, l’un de ses propres navires, subit aussi les assauts d’une étrange maladie. Le ton est donné dés les premières lignes !

L’autre grande force de Yellow Jessamine est justement ce personnage d’Evelyn Perdanu, devenue héritière de cette compagnie maritime par la force des choses (tous les membres de sa famille meurent mystérieusement les uns après les autres) et spécialiste en botanique. Cette compétence lui permet de préparer des remèdes comme des poisons. Toute vêtue de noir, elle porte le voile du deuil depuis plus de vingt ans et n’a rien d’une héroïne classique. Deux facettes s’affrontent en elle : d’un côté son visage public, froid et digne, qui inspire une forme de respect pervertie par la crainte car son aide se révèle à double tranchant. De l’autre, c’est une personne fragile qui aspire simplement à être aimée, comprise, une attention que lui donne Violetta, son assistante. J’ai trouvé leur relation tragique et touchante, c’est la première fois depuis longtemps que je suis un duo uniquement féminin où aucun homme ne se mêle de leur dynamique. C’est rafraichissant. Bien évidemment, de nombreux secrets, sombres et empoisonnés, tournent autour de ce personnage, justifiant le sous-titre évocateur de la novella.

Pour ne rien gâcher, l’objet livre est, comme toujours, soigné. La couverture est identique à la version originale et on comprend pourquoi en lisant Yellow Jessamine. J’ai rarement vu une illustration coller à ce point au contenu ! Quant à l’intérieur, on reste sur une mise en page plus classique mais on retrouve tout de même quelques plantes illustrées, comme dans un livre de botanique. Des plantes, évidemment, liées à l’intrigue…

Tous ces éléments et d’autres que je vais taire pour ne pas gâcher votre lecture font de Yellow Jessamine une pépite dans le genre gothique que je recommande plus que chaudement.

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#S4F3s7 : 4e lecture

Sous les sabots des dieux (duologie) – Céline Chevet

Un petit avant-propos…
Ce n’est pas la première fois que je vous parle de Céline Chevet sur le blog. Je la découvrais en janvier 2019 avec son premier roman publié dans la collection Neko du Chat Noir : la fille qui tressait les nuages. Ce thriller fantastique qui se déroulait dans un Japon moderne, onirique et surréaliste m’avait conquise et c’est en toute confiance que je me suis lancée dans son second one-shot, édité quelques mois plus tard dans la même structure et intitulé cette fois les chaînes du silence. On y quittait le Japon pour une allégorie de l’Europe moyenâgeuse et une réappropriation astucieuse du mythe vampire au sein d’un roman de fantasy. Nous étions alors en avril 2020 et j’avais aussi été conquise bien que d’une façon différente. Nous voici alors en octobre 2020, toujours chez le même éditeur, avec l’annonce d’une série en deux volumes cette fois ! L’autrice retourne en Asie mais laisse le Japon pour la Corée et change encore d’époque. Toute à ma hâte et déjà bien convaincue du talent de Céline Chevet (qui n’a plus rien à prouver en ce qui me concerne) je me suis lancée dans cette lecture qui fut un succès.

Nous voici donc déjà en 2021, avril pour être exacte, où sortait le second (et dernier) tome du diptyque de Céline Chevet titré Sous les sabots des dieux et édité par le Chat Noir. Ce roman, à mes yeux atypique, se déroule en Corée au VIIe siècle et je vous en avais rédigé une présentation après ma lecture du premier tome. Je vous invite à la relire en cliquant ici. Pour le cas où vous auriez la flemme (ça arrive !) voici en quelques mots ce que j’en disais : « Le premier tome de Sous les sabots des dieux est une véritable réussite sur tous les plans. Céline Chevet emmène son lecteur en Corée, au VIIe siècle pour un roman historico-fantastique qui changera la face des Trois Royaumes ! À travers une galerie de personnages travaillés, l’autrice propose une intrigue solide aux thématiques multiples, maîtrisée de bout en bout. Impossible de reposer ce texte une fois commencé. »

Sans plus attendre, je peux déjà vous dire que la suite (et fin) recevra de ma part d’identiques louanges.

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C’est toujours délicat de chroniquer un tome 2 car la lecture de la chronique intéresse, a priori, uniquement les personnes qui ont déjà lu le premier tome puisque des divulgâchages sont possibles. J’étais à deux doigts d’éditer mon premier article afin d’y ajouter un encart mais j’ai finalement décidé de lui consacrer un billet entier parce que je me rends compte que cette série n’a pas eu, selon moi, le rayonnement qu’elle mérite -en partie par la faute de la situation sanitaire. Peut-être aussi à cause de ses thèmes, de son contexte historique, des craintes que certain.es pourraient avoir quant à la facilité de compréhension de tous ces mots / titres / lieux en coréen. Parfois, certains romans n’ont pas de chance mais j’espère que ce billet attirera votre attention sur cette duologie et vous donnera envie de la lire.

Premier point important : l’autrice a tout fait pour rendre son univers accessible. Tout le monde ne porte pas intérêt à la culture asiatique, tout le monde n’a pas l’habitude des noms et des mots avec cette consonnance, alors Céline Chevet a non seulement proposé une carte mais aussi un lexique des personnages (avec leurs titres rappelés en note de bas de page) ainsi qu’un résumé du volume précédent / du contexte historique. Elle donne vraiment toutes les clés pour que Sous les sabots des dieux puisse être lu par le plus grand nombre.

Contexte de l’histoire :
Le roman se déroule sur le territoire géographique de l’actuelle Corée, au VIIe siècle. À cette époque, on parle des Trois Royaumes (Silla, Baekje et Goguryeo) au sein desquels les alliances et les conflits rythment le quotidien. Un ennemi puissant se dresse d’ailleurs à leur frontière, incarnée par les Tang de Chine et leurs visées expansionnistes. Le roi de Silla va décider de s’allier avec eux, provoquant la colère de Baekje et, évidemment, un nouveau conflit. Il s’agit donc tout d’abord d’un roman politique (et guerrier) puisque ce fond contextuel va influencer sur les différents protagonistes.

Il s’agit également d’un roman religieux puisqu’à cette époque, le bouddhisme prend de plus en plus d’ampleur et remplace les divinités polythéistes du shintoïsme. Haneul, la protagoniste principale, étant prêtresse et fille de prêtresse, on assiste aux tensions inéluctables entre les anciennes croyances et les nouvelles, qui cherchent non pas à les absorber mais à les éradiquer, les décrédibiliser. Ces anciennes croyances apportent la touche de fantastique mystique du roman puisque Haneul, à l’aide de complexes rituels, peut visiter l’entre-monde et recevoir des messages des dieux sous forme de métaphore qu’elle doit apprendre à décrypter. Ces messages, elle doit les délivrer à la famille royale quand ceux-ci se tournent vers elle, afin de les guider dans leurs choix politiques et guerriers.

Enfin, il s’agit également d’un roman social puisque plus d’une fois, l’autrice met en scène la société de l’époque avec ses travers, ses castes, ses mœurs, ses exigences. Au départ, on pourrait croire que la lutte ne concerne que les puissants mais deux personnages particuliers vont se préoccuper du devenir du peuple, incapables de comprendre pourquoi la vie de quelqu’un qui n’est pas de sang royal ou noble vaut moins. Même si ce n’est pas le cœur de l’intrigue, cet aspect n’est pas négligeable et renvoie des messages forts.

Les femmes sous les sabots des dieux.
Je vous ai déjà détaillé les différents protagonistes principaux dans mon précédent article, je ne vais donc pas y revenir hormis pour parler de Haneul et des figures féminines qui gravitent autour d’elle au sein du second volume. Cette partie ne contiendra aucune révélation, rassurez-vous !

En réalité, Sous les sabots des dieux raconte bien évidemment de quelle manière les Trois Royaumes vont être unifiés (non je ne divulgâche rien, vous vous doutez bien que si on l’appelle maintenant Corée, c’est qu’il y a une raison !) mais il relate surtout l’histoire d’une femme qui s’étend sur plusieurs années et même plusieurs décennies. Une femme qu’on rencontre presque à l’enfance, qu’on voit grandir, changer face aux épreuves, gagner en maturité, souffrir, se battre, aimer et haïr, trahir et regretter. Même si le roman ne se concentre pas uniquement sur son point de vue, tous les évènements sont reliés à elle d’une manière ou d’une autre et ont une influence plus ou moins grande sur sa vie. Pour ne rien gâcher, Haneul est un personnage complexe, ambigu, qu’on apprécie parfois, qu’on déteste souvent mais qu’on comprend toujours, finalement, parce qu’on n’aurait sûrement pas fait mieux à sa place.

Dans le second volume, l’autrice a rajouté des personnages féminins passionnants (la reine Jaeui en est le parfait exemple) et même une femme transgenre, ce qui pourrait surprendre vu le contexte historique mais ce serait oublier que ces questions ne sont pas apparues par miracle au 21e siècle, même si certain/es se plaisent à le croire. Pirate (c’est son prénom / surnom) est une belle réussite à mes yeux car Céline Chevet retransmet bien sa souffrance qu’implique le fait de devoir vivre dans un corps qui ne lui correspond pas (sans pour autant le faire tomber dans le mélodrame dépressif), l’irrespect des gens qui ne comprennent pas sa volonté d’être un homme, d’être genré en homme et qui le ramènent toujours à sa féminité physique quand ils cherchent à l’humilier ou à prendre l’ascendant sur sa personne. Tous ces éléments, on s’en rend d’autant plus compte au sein de cette société aussi codifiée et sexiste.
La dynamique relationnelle qui existe entre Haneul et Pirate ne manque pas de panache. Finalement, quand on prend un peu de recul et qu’on réfléchit, ce sont ces personnages plus que les rois et les militaires qui tiennent entre leurs mains l’avenir de ces Trois Royaumes. L’époux de Jaeui reconnait d’ailleurs Haneul pour son érudition, son intellect, sa capacité à analyser les choses politiques plus que pour ses pouvoirs mystiques ou son physique. Cela ne signifie pas que les hommes sont mis de côté car plusieurs figures historiques ont un rôle fondamental à jouer, rôle que l’autrice ne leur nie pas un seul instant (pensons à Kim Yushin et à la force de ses valeurs morales !) et Pirate, en tant qu’homme, en tant qu’ami, est fondamental au bien être de Haneul.

Finalement, cette duologie, c’est pour qui ? 
Selon moi, Sous les sabots des dieux est à recommander à des personnes qui aiment l’Histoire, la politique et les intrigues de cour en tout premier lieu plus qu’à des lecteurs purement orientés sur l’imaginaire car iels pourraient ressortir frustré.es de leur lecture s’iels ne sont pas prévenu.es avant du contenu exact de ces deux volumes. C’est un roman humain dans tout ce que ce terme comprend de paradoxe et de souffrance mais aussi de réalité crue, cruelle et frustrante, il faudra donc que le/a lecteur.ice accepte d’être bousculé.e. De puissantes émotions se dégagent de ce texte, accompagnées par une noirceur mélancolique qui laisse songeur quand on referme le second volume. Sa lecture ne laisse donc pas indifférent.e.
Enfin, dernier conseil : lisez les deux tomes à la suite l’un de l’autre car je trouve qu’il s’agit plus vite d’une seule œuvre coupée en deux pour des raisons éditoriales que de deux romans distincts.

Envie de tenter l’aventure ?
Vous pouvez commander le tome 1 et le tome 2 sur le site des Éditions du Chat Noir !

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Les Chuchoteurs #1 le prince des oubliés – Estelle Vagner

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Le prince des oubliés
est le premier tome de la nouvelle saga d’urban fantasy de l’autrice française Estelle Vagner, saga intitulée les Chuchoteurs. Publié aux éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman sur leur site au prix de 19.90 euros dans sa version papier.

J’ai déjà eu l’occasion de parler de l’autrice et ce dés les débuts du blog puisque j’ai découvert sa première saga, Kayla Marchal, trois mois après mes débuts sur la blogo. Vous pouvez (re)lire mes chroniques du tome 1du tome 2du tome 3. En quelques mots, Estelle Vagner écrit de l’urban fantasy qui se déroule toujours en France, est divertissante et sans prise de tête, avec une dose d’humour mais aussi une certaine noirceur. Ces ingrédients donnaient un cocktail détonnant et réussi qui explique le très grand succès de sa série (prix Imaginales notamment et du propre aveu de l’éditeur, plus gros succès commercial du Chat Noir).
Un succès mérité.

Elle revient 3 années plus tard presque jour pour jour avec une nouvelle série intitulée les Chuchoteurs. J’avais compris qu’il s’agissait d’une duologie MAIS je vois que le nombre de tomes exact n’est pas renseigné sur le site donc peut-être qu’on aura droit à une trilogie ? Suspens. C’est toutefois sans la moindre crainte que je me suis lancée dans cette lecture car j’étais certaine d’y retrouver tout ce qui m’avait séduite dans sa première série. Et j’avais raison !

De quoi ça parle ?
Jonah et Lucas sont orphelins depuis l’âge de 4 ans et ils en ont 16 le jour où d’étranges pouvoirs liés aux éléments se déclenchent quand ils sont au lycée. Ils découvrent qu’ils sont tous les deux des Chuchoteurs, à l’instar de Martin, leur oncle et tuteur. Ils vont devoir apprendre à maîtriser leur pouvoir très rapidement car leur arrivée dessine une cible sur le front des jumeaux. Un Chasseur en veut aux Chuchoteurs et ils vont devoir se battre pour sauver leur peau.

Un pitch classique, vous vous dites.
Ne tombez pas dans le panneau.

De l’urban fantasy à la sauce… pokémon.
Les Chuchoteurs sont des humains qui parlent (chuchotent plus exactement) aux éléments pour s’en faire obéir. Ils peuvent se lier avec un cryptide, qui est un animal doté de certains pouvoirs et capables de posséder une forme évoluée. Un chien, un lapin, un loup, un serpent, une araignée, on trouve ces bestioles un peu partout et elles s’attaquent d’emblée, de manière un peu aléatoire, à tout Chuchoteur non lié… Nancy devient alors presque aussi dangereuse que les hautes herbes de Kanto, dans lesquelles je me suis perdue des heures sur ma vieille Game Boy Color.

Les Chuchoteurs gagnent de la puissance de différentes façons. Tuer les cryptides en est une, se lier à eux aussi mais ils ne peuvent se lier qu’à un seul animal et n’ont pas le choix de celui-ci. Il faut espérer avoir de la chance… Cela donne une galerie de personnages humains et non humains vraiment délirante puisque les cryptides sont doués de conscience et donc ont des noms, peuvent parler à leur Chuchoteur, faire de l’humour… Le rendu d’ensemble est assez fun et permet de se confronter à des personnalités animalières aussi diverses que déjantées. Mention spéciale à Orion grâce à qui j’ai eu des barres de rire mais je ne vous divulgâcherai pas sa nature pour autant.

J’ai souvent l’impression que l’urban fantasy a du mal à se renouveler mais Estelle Vagner prouve le contraire. Certes, l’intrigue est classique (découverte de pouvoirs chez des adolescents, quête de puissance, ennemi taré et cruel à éliminer) et certains archétypes bien présents chez les personnages. Pourtant, ça fonctionne du tonnerre, transformant ce premier tome en un efficace page-turner.

Des personnages crédibles et attachants.
L’histoire alterne plusieurs parties et points de vue. Le lecteur suit majoritairement Jonah dans une narration à la première personne. Jonah est le jumeau le plus raisonnable, un peu faible de caractère qui refuse de tuer des cryptides pour augmenter son propre pouvoir. C’est un adolescent vraiment sympa, qui possède ses forces et ses faiblesses. Je l’ai trouvé très humain et crédible, davantage plaisant que son frère -du moins à mon goût.

L’autrice rédige parfois un ou deux chapitres du point de vue de Lucas, toujours à la première personne, qui servent à nuancer certains propos tenus et à avoir un autre point de vue. Enfin, elle inclut des pages du journal intime de ce fameux Prince des oubliés (toujours à la première personne) qui permettront, à terme, de comprendre les motivations des antagonistes après s’être fait balader la moitié du bouquin avec une certaine efficacité.

Mais la palme du personnage humain le plus cool revient à Yann, le meilleur ami, qui est pourtant un archétype du meilleur pote geek pas du tout flippé par ce qui arrive alors que quand même, c’est énorme… Estelle Vagner lui a donné une véritable personnalité, une véritable utilité et me l’a rendu très attachant. Il m’a rappelé l’un de mes propres personnages, ça a beaucoup joué.

Par contre, je me dois de préciser que la majorité des personnages principaux de ce roman sont masculins. Cela ne me dérange pas sur un plan personnel car ça n’a rien d’une démarche sexiste (d’autant que dans sa précédente saga, l’héroïne était une femme et quelle femme !), c’est juste que l’histoire est celle de jumeaux, de leur meilleur ami et de leur tuteur mais je sais que c’est un élément qui peut fâcher certain/es lecteur/ices donc je préfère prévenir.

La conclusion de l’ombre :
Au cas où ce n’était pas clair, j’ai été très emballée par ce nouveau roman d’Estelle Vagner qui est un excellent divertissement et me donne envie de lire davantage d’urban fantasy de cette qualité. C’est fun, sombre juste comme il faut, très inventif et bien rythmé. De quoi passer un bon moment de lecture avec ce page-turner efficace !

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

printempsimaginaire2017
Dix-neuvième lecture – pas de défi

Fragments et cicatrices – Sophie Dabat

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Fragments et cicatrices
est un recueil de nouvelles écrites par l’autrice française Sophie Dabat. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous le trouverez sur leur boutique au prix de 19.90 euros.

De quoi ça parle ?
À travers quinze textes qui s’inscrivent dans différents genres de l’imaginaire, l’autrice met en scène des femmes. Des femmes ordinaires, des femmes mythiques, des déesses oubliées, des créatures surnaturelles, des femmes qui essaient de se battre pour leur droit à être ce qu’elles désirent.

Un recueil aux genres pluriels.
Fragments et cicatrices ne s’inscrit pas dans un seul genre littéraire et ça a été ma première surprise. Puisqu’il était publié au Chat Noir en 2014, je m’attendais à lire des nouvelles appartenant toutes au registre du fantastique mais la plupart tiennent plutôt de la fantasy et même, pour deux d’entre elles, de la science-fiction. Ce sont des genres quasiment absents du catalogue de cet éditeur (totalement même en ce qui concerne la SF). Ce n’est pas un problème mais je ne m’y attendais pas et cela a participé à la richesse thématique du recueil. Je dois aussi préciser que certaines de ces nouvelles ne sont pas inédites et ont été publiées dans des revues comme le Calepin Jaune, Lanfeust Mag, Caprophanaeus, Éclats de rêve, Station fiction, Dragon et Microship ou Notes et Merveilles. J’avoue humblement n’en connaitre aucune. Du coup, six textes seulement sont inédits pour le Chat Noir.

Je ne vais pas m’attarder sur chaque texte de manière individuelle mais sachez que vous allez trouver, en vrac : une chevalière, une nécropasseuse, une polymorphe, une vampire, une sorcière, une Parque et bien d’autres. Aucun texte ne ressemble au précédent ce qui fait que je n’ai jamais ressenti de lassitude ou de redondance. Il y en a vraiment pour tous les goûts et je vous propose de mettre en avant les trois qui m’ont le plus touchée en tant que lectrice.

Je précise aussi que sur les 15, je n’ai pas achevé la lecture de deux textes parce qu’ils ne correspondaient pas trop à ce que j’avais envie de lire sur le moment, ce qui fait que je n’en compte « que » 13 pour le #ProjetOmbre.

Hamadryade
Hamadryade raconte l’histoire d’un arbre à travers le temps et de l’esprit féminin qui l’habite. On le suit depuis sa naissance il y a deux millénaires jusqu’à sa fin dans un futur pas si lointain. On voit l’évolution des hommes, de leurs croyances, de leur rapport à la nature, la cruauté de certains actes et de certains modèles de pensées. L’autrice le met en scène à travers les échanges et les liens que la hamadryade va tisser avec eux. J’ai été très touchée par cette nouvelle au ton résolument pessimiste qui, pourtant, est bien trop d’actualité. Un petit bijou !

Réminiscences
Nolwenn doit écrire une rédaction en français autour du thème du dragon et on ne peut pas dire qu’elle soit très inspirée… Elle s’endort et rêve qu’elle est une dragonne, libre et forte, pourtant pourchassée par les hommes qui lui volent de plus en plus de territoire. Les deux situations sont évidemment liées… Même si le thème de la transformation en créature mythique reste assez classique, je trouve que l’autrice a bien retranscrit l’aspect métamorphose et force féminine notamment face aux parents démissionnaires (père violent, mère victime). En quelques pages, Sophie Dabat aborde beaucoup de thèmes sans que ça ne paraisse lourd ou fourre-tout. Toutefois, j’ai tellement apprécié le principe que j’aurais aimé un texte plus long, plus développé, où j’aurais pu retrouver Nolwenn. Il y avait ici de la matière à écrire un bon roman.

La femme diamantée
Cette nouvelle raconte l’histoire d’une dame âgée qui chute sur un trottoir dans l’indifférence générale et se blesse au bras. Le début du texte a provoqué en moi un profond sentiment de révolte mêlé à de la compassion pour cette pauvre femme que personne ne s’arrête pour redresser et ce pendant plus d’une heure. Le pire c’est que je suis certaine que ça doit arriver tous les jours… La nouvelle se poursuit en montrant les soucis de santé qui découlent de cet accident ainsi qu’une mystérieuse transformation qui va s’opérer dans le corps de cette dame. L’autrice choisit ici d’écrire comme un enchaînement d’instantanés. Des situations courtes, parfois de quelques lignes, un dialogue ou l’autre, qui avancent dans le temps au fil des mois pour montrer l’évolution de cette pathologie. C’est la phrase de conclusion prononcée par le prêtre qui m’a vraiment touchée et m’a donné envie de sourire durablement. Une très belle réussite avec beaucoup de sensibilité et de subtilité.

La conclusion de l’ombre :
Fragments et cicatrices est un recueil de nouvelles fantastiques, fantasy et de science-fiction toutes écrites par l’autrice française Sophie Dabat. Leur autre point commun est de mettre en scène des personnalités féminines dans des situations très diverses, parfois avec des réécritures de mythe, parfois des femmes ordinaires, qui ont toutes un but et une existence propre. L’autrice maîtrise parfaitement le genre de la nouvelle (ce qui n’est pas toujours le cas partout hélas) et c’est un régal à découvrir ! Voilà un recueil tout à fait recommandable.

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Septième lecture – Défi « contes fantastiques »
(lire un recueil de nouvelles)
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Avancée du challenge : 22 nouvelles lues)

Les orphelins du sommeil – Pascaline Nolot

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Les orphelins du sommeil
est un roman jeunesse fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce texte uniquement au format papier sur leur site internet au prix de 10 euros.

De quoi ça parle ?
L’institut Dormance est une école un peu spéciale, isolée du reste du monde, où chaque élève souffre d’un trouble du sommeil plus ou moins rare. Marcus, atteint de paralysie du sommeil, essaie de retrouver des nuits normales. Il va se lier d’amitié avec Joane, insomniaque, mais également Sam, un jeune rêveur lucide surdoué. Les enfants vont alors découvrir que l’Institut cache un secret qui pourrait bien concerner le directeur…

Un roman jeunesse qui accroche dés les premières pages.
Voilà comment on pourrait résumer les orphelins du sommeil qui s’ouvre sur un prologue assez angoissant où un jeune garçon est terrifié par une ombre malfaisante dans sa chambre, ombre qui se détourne finalement de lui pour s’en prendre à sa sœur, le laissant impuissant. Dés le début, le ton est donné : on oscillera entre les rêves et les cauchemars, avec une préférence pour ces derniers à travers la figure des Ombreux. Mais sont-ils véritablement diaboliques ? Suspens. Outre cette introduction très efficace, la plume de Pascaline Nolot est ici particulièrement soignée. J’ai déjà eu l’occasion de lire l’autrice en jeunesse avec les larmes de l’araignée puis en young adult avec Rouge, je savais donc à quoi m’attendre d’autant que ce n’est pas la première fois que je relève sa tendance à user de l’allitération et des rimes. Ici, c’est souvent autour du son « é » mais ça fonctionne très bien et donne au texte un aspect chantant, enfantin, un peu comptine parfois, tout simplement savoureux.

Des personnages qui marquent.
Le premier chapitre permet au lecteur de rencontrer Marcus, un garçon de treize ans qui souffre de paralysie du sommeil. J’avais déjà entendu parler de ce trouble sans vraiment me rendre compte de tout ce que ça pouvait impliquer. Marcus en devient très impressionnant pour sa résilience face à ces moments de terreur ! C’est aussi un gentil garçon qui m’a, par moment, un peu rappelé Charly, le héros d’Audrey Alwett (Magic Charly), avec qui il partage bien plus de points communs que leur couleur de peau. J’aime beaucoup ce nouvel archétype de préadolescent avec un bon fond, de bonnes manières, de l’empathie, qui affrontent les difficultés la tête haute sans s’oublier en chemin. Ça change agréablement.
Outre Marcus, le lecteur suit parfois Joane, une jeune fille atteinte d’insomnie. Comme tout le monde, cela m’est arrivé une fois ou deux de ne pas réussir à dormir (souvent, c’est quand je suis malade !) et de me dire que, bon sang, c’est long une nuit… Je n’ai donc eu aucun problème à comprendre les problématiques tissées autour de Joane et j’ai apprécié son caractère franc. Pourtant, mon cœur a fondu pour le jeune Sam, un surdoué de sept ans qui a son petit ego mais dont la candeur est tout simplement adorable. Enfin, le trio va être rejoint par Mina, un personnage mystérieux qui souffre d’un mal aussi terrible que poétique. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir un clin d’œil à l’illustratrice de la collection Chatons Hantés, Mina M, ce qui a été confirmé dans les remerciements de l’autrice. Je trouve ce type d’attention vraiment très sympa et c’est vrai que le personnage ressemble un peu à l’image que renvoie Mina d’elle-même, en tout cas sur les réseaux. Et oui, c’est un compliment !

Ces personnages possèdent tous une personnalité et une existence tangible. Ils sont très réussis chacun à leur façon, sans que les personnages secondaires ne soient en reste. La bibliothécaire excentrique est géniale, le directeur recèle aussi quelques surprises… Rien n’est à jeter !

En apprendre plus sur le sommeil.
Pascaline Nolot ne se contente pas d’une aventure rondement menée dans un monde onirique, que nenni ! Le texte se parsème d’informations intéressantes sur les troubles du sommeil et sur le sommeil de manière générale, si bien que j’en ai appris énormément. Chaque chapitre est également surmonté d’une berceuse, ce qui permet de rester dans le champ sémantique du sommeil. Outre tous ces éléments, l’autrice développe une mythologie originale autour du monde des rêves avec ses règles, ses créatures,  etc. Une mythologie qui aurait finalement mérité un roman plus dense, plus long ou mieux : d’autres aventures ! Parce que même si ce titre est le plus épais des Chatons Hantés (il compte plus de 200 pages) je pense qu’il recèle le potentiel, autant sur les personnages que sur l’univers, pour beaucoup plus et j’espère que l’autrice finira par y revenir un jour.

La conclusion de l’ombre :
Les orphelins du sommeil est un roman jeunesse fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot pour la collection Chatons Hantés du Chat Noir. Ce texte invite son lecteur au sein de l’institut Dormance où il pourra suivre une bande de préadolescents très attachants qui chercheront à éclaircir certains mystères qui planent autour de leur école. Tout fonctionne parfaitement dans ce texte très bien rythmé et mon seul regret est que l’univers original créé par l’autrice autour du monde des rêves ne soit pas davantage développé dans une saga. C’est donc un roman jeunesse plus que recommandable !

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Quatrième lecture – défi « la cafetière »
(lire un livre qui parle de rêves)

Papier noir, lueur d’espoir – Mina M.

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Papier noir, lueur d’espoir
est un roman jeunesse fantastico-onirique écrit et illustré par Mina M. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce titre uniquement au format papier au prix de 10 euros. N’hésitez pas à commander directement par leur site Internet pour les soutenir !

De quoi ça parle ?
Numa a douze ans. Orphelin plutôt taiseux passionné par l’origami, il est le souffre douleur de ses compagnons d’infortune. Son seul bonheur dans la vie : Emi, avec qui il partage une profonde amitié. Hélas, lors d’une tempête, la jeune fille chute et tout le monde accuse Numa, qui s’enfuit dans la forêt où il se perdra entre les mondes…

Mina M, artiste aux nombreuses facettes.
Certain(e)s parmi vous connaissent peut-être déjà le travail de Mina M. en tant qu’illustratrice. Son trait si particulier se retrouve sur beaucoup de couvertures des éditions du Chat Noir et elle est celle qui illustre tous les titres de la collection Chatons Hantés, autant pour l’image de couverture que pour des illustrations internes. Son parcours professionnel ne s’arrête pas là puisqu’elle travaille aussi ponctuellement avec d’autres éditeurs.

Je connaissais donc déjà son talent artistique et son coup de crayon particulier, tout en rondeur, porteur d’une beauté onirique parfois sombre. C’est la toute première fois que je lis un de ses textes et une chose est certaine : je me réjouis que son premier roman adulte sorte au Chat Noir cette année car en tant qu’autrice, Mina M. ne manque pas non plus de potentiel.

Onirisme et métaphores
L’univers proposé ici par Mina s’inspire, selon moi, de Lewis Carroll car il a un petit côté absurde et sombre à la fois qui fait qu’on ne peut pas éviter ce comparatif. Cela se retrouve dans la description des décors et des divers personnages auxquels le héros est confronté. Numa est un jeune garçon en souffrance qui pense avoir tué sa meilleure amie (ou son amoureuse, j’avais compris qu’ils étaient en couple mais la quatrième de couverture de l’éditeur me met le doute…). Accusé par les parents de celle-ci, il s’enfuit dans la forêt où il se perd, jusqu’à tomber sur le Corbu, une créature à l’allure improbable. De cette rencontre découlera l’arrivée de Numa dans la Demeure sens dessus dessous, domaine de Dame Résilience.

Cet endroit semble être une sorte de havre où plusieurs personnages jeunes adolescents tentent de résoudre leurs troubles, d’exorciser leurs démons intérieurs. Bien entendu, cet univers n’existe pas dans notre réalité mais bien à part et il est menacé par Dame Mélancolie, la sœur de Dame Résilience. Chacun/e des pensionnaires possède une pièce qui s’accorde à ce qu’ils sont et se modifie en profondeur en fonction de ce qui les hante. Ils s’entraident, chacun pouvant devenir la clé de la guérison de l’autre. Mina traite ainsi de la manière dont on peut guérir ses tourments en s’ouvrant aux autres, en dialoguant et en acceptant la douleur plutôt qu’en la repoussant. Ce sont des messages vraiment forts qui me parlent bien. Toutefois, je me demande si le public cible y serait vraiment réceptif ? J’ai un peu de mal à me projeter pour répondre à cette question, je suppose que ça dépendra de la sensibilité des enfants.

Divers personnages très originaux prennent vie sous la plume de Mina, des adolescents qui vont s’unir pour sauver Numa et combattre le sbire de Dame Mélancolie, le terrible Bile Noire. Sur une petite centaine de pages, l’autrice propose une belle histoire avec une plume très poétique qui se marie à merveille avec les dessins de l’ouvrage. Voilà encore un titre tout à fait recommandable pour cette collection atypique !

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Les larmes de l’araignée – Pascaline Nolot

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Les larmes de l’araignée
est un roman jeunesse fantastique écrit par l’autrice française Pascaline Nolot. Publié par le Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés, vous trouverez ce texte via leur site Internet au prix de 10 euros.

Je vous ai déjà parlé du travail de cette autrice sur le blog, notamment avec son roman Rouge et sa participation dans l’anthologie Montres Enchantées.

De quoi ça parle ?
Dans la ville de Prudenge, l’ambiance est plutôt morose alors quand le Cirque d’Opale y fait escale, ça attire forcément les enfants ! C’est ainsi que Lucas et Gabin rencontrent Éloïse, une jeune funambule avec qui ils vont se retrouver piégés dans une usine désaffectée, devenue le repaire d’Arachné…

Un conte jeunesse déconcertant.
Les larmes de l’araignée a beau être publié dans la collection jeunesse du Chat Noir (public cible 9 – 12 ans) il ne se destine pas uniquement à ce public puisque Pascaline Nolot y propose une double grille de lecture, à la fois pour ravir un public jeunesse sans pour autant perdre les adultes au passage grâce à certains thèmes que je vais développer plus bas. Au final, j’ai retrouvé avec les Larmes de l’araignée le même plaisir qu’avec Fingus Malister d’Ariel Holzl (qui a lui aussi une double grille de lecture), sauf que l’autrice se situe dans un registre plus mélancolique avec un contexte peut-être plus oppressant, sentiment peut-être induit par la présence d’araignées.

Ce roman est donc très riche sur un plan thématique. On y évoque par exemple l’intolérance à travers la réaction des enfants vis à vis du cirque (Éloïse a subi du harcèlement dans son ancienne école) mais aussi celle d’un groupe de trois garçons qui ennuient Gabin pour son mutisme traumatique. On y parle aussi de la manière dont un trop plein d’ego peut se retourner (injustement ou non à nous de décider) contre quelqu’un et le sentiment de vengeance qui peut en découler, à nouveau justifié ou non quoi qu’il soit bien clair que la vengeance ne mène à rien de bon, au contraire. On retrouve finalement dans ce roman un aspect conte renforcé par la présence d’Arachné et le mythe développé autour d’elle. Les larmes de l’araignée réussit même à évoquer la crise sociale via la fermeture de l’usine de dentelle qui souffre, comme beaucoup de commerces, de la mondialisation. Enfin, on y parle de deuil, celui d’un parent et la manière d’y faire face à travers un élément fantastique qui participe au mystère d’ensemble. Le tout sans rien sacrifier à l’aventure ou à l’intérêt de l’intrigue, encore moins aux beaux messages de résilience et de ténacité ni aux valeurs de l’amitié.

Pour ne rien gâcher, Pascaline Nolot use d’un vocabulaire qui, tout en étant accessible à son public cible, ne sacrifie rien à la poésie de ses mots qui toucheront le cœur de tous ses lecteurs.

La conclusion de l’ombre :
J’ai énormément aimé ce texte à la double grille de lecture, qui permet d’être savouré autant par un public pré-adolescent qu’un public adulte et parvient à traiter en une petite centaine de pages beaucoup de thèmes forts sans donner l’impression d’un méli-mélo informe. Arachnophobes s’abstenir car ce texte déborde de petites bêtes à huit pattes, depuis la couverture jusqu’aux illustrations intérieures en début de chaque chapitre notamment. Illustrations superbes signées Mina M. comme toujours pour cette collection ! Voici un ouvrage très recommandable vers lequel se tourner entre deux pavés, qui permet de souffler et de découvrir les secrets de l’usine de dentelle noire.

D’autres avis : La bibliothèque d’AelinelLivraisons LittérairesThe Notebook 14Saveur littéraire – vous ?

#ProjetOmbre : chez quel(s) éditeur(s) lire du format court ?

Logo ProjetOmbre

Il y a quelques jours, je lançais le #ProjetOmbre (saison 2 du #ProjetMaki) qui consiste à lire un maximum de format court, de manière régulière, sur l’année 2021. Je me suis rendue compte, lors de ma première participation au challenge, qu’il n’est pas toujours aisé de savoir vers quel éditeur se tourner pour trouver des textes qui collent autant au challenge qu’à nos goûts et cette liste a pour but de vous aider. Elle est vouée à évoluer tout au long de l’année, non seulement par vos apports (n’hésitez pas à me dire ce que j’ai oublié dans les commentaires !) mais aussi au fil de mes propres découvertes.

Je précise également qu’Anne-Laure du blog Chut Maman Lit ! a proposé une liste semblable à celle-ci pour le #ProjetMaki donc n’hésitez pas à y jeter un œil.

Quelques précisions :
-La liste n’est pas organisée par ordre alphabétique ou de préférence mais plutôt par ordre de ce qui m’est venu quand je l’ai rédigée. Je sais, ma rigueur laisse à désirer. 
-La liste contient des maisons d’édition qui ont pour habitude de publier régulièrement ou des nouvelles ou des anthologies et / ou qui ont une collection dédiée. Je sais qu’il y a des recueils disponibles ponctuellement chez d’autres éditeurs mais ce serait vraiment compliqué de tout référencer ici sans que l’article ne devienne imbuvable… N’hésitez toutefois pas à les signaler en commentaire pour celles et ceux qui le souhaitent 🙂
-Je vous mets chaque fois le lien direct vers la boutique de l’éditeur pour vous permettre de trouver facilement chaussure à votre pied. Y’a plus qu’à cliquer.

Sans plus attendre, commençons !

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Le Bélial vous permet de lire du format court grâce à sa mythique collection Une Heure Lumière (dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur le blog) mais également grâce au Bifrost dont chaque numéro contient entre 2 et 6 nouvelles de SFFF. C’est, à mes yeux et dans mon cœur, vraiment l’éditeur incontournable d’un challenge dédié au format court. Bien évidemment, c’est tout personnel 🙂

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Il arrive à AMI de proposer des nouvelles écrites dans l’univers des romans édités en papier. Ces nouvelles sont numériques mais rien ne vous empêche de les découvrir ! Je vous renvoie sur leur site pour trouver ces titres. De plus, au mois de Janvier 2021, va paraître Émissaire des morts qui contient 4 nouvelles en plus d’un roman court et qui permet de valider la première mission du challenge. Notez que la première de ces quatre nouvelles est disponible gratuitement en numérique. La boucle est bouclée !

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AMI n’est pas le seul éditeur à proposer des nouvelles dans l’univers de ses romans publiés. ActuSF le fait aussi et depuis plusieurs années, pour plusieurs de ses auteurs francophones. Il n’y en a pas moins de quatorze disponibles sur Emaginaire avec des textes notamment de Jean Laurent Del Socorro, Morgane Caussarieu, Alex Evans ou encore Karim Berrouka ! J’en ai déjà lu une partie et ça a été un régal à chaque fois. Sachez également que l’éditeur propose des recueils de nouvelles, y’a plus qu’a.

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Tous les ans, Livr’S Éditions propose une anthologie thématique. Il n’y en aura pas en 2021 (la pandémie a chamboulé le planning éditorial) mais il en existe déjà cinq avec chaque fois une petite dizaine de textes et presque exclusivement des auteurs et autrices francophones. Ces anthologies existent en papier et en numérique pour certaines et je n’en parle pas parce que j’ai écrit une nouvelle dans l’une d’elle. Au passage, ma préférée est Nouvelles Eres, celle de 2020, qui propose des textes assez chouettes dans le registre de la dystopie et de la science-fiction. De plus, la maison propose aussi des novellas au prix de 10 euros qui, hélas, ne sont pas regroupées dans une collection particulière mais vous pouvez les retrouver sur le site. Il s’agit de La Mélodie, de Kidnapping et de Club 27.

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Maison découverte en 2020 pour moi, elle est spécialisée dans le format court et propose de nombreux textes d’auteurs francophones aussi divers que variés tels que Lionel Davoust, Aurélie Mendonça, Jean Laurent Del Socorro, David Bry, etc. Rendez-vous sur leur site pour découvrir leur sélection !

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Presque tous les ans depuis leur existence, les éditions du Chat Noir propose également des anthologies thématiques. Je vous en a déjà évoqué certaines sur le blog dont l’excellente Montres Enchantées. D’autres ne sont plus disponibles mais je sais que notamment cette année, leur anthologie anniversaire est prévue au programme et elle aura pour thème le chiffre « 9 ». À surveiller donc !

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La maison d’édition Rivière Blanche est connue pour proposer plusieurs anthologies à leur catalogue. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’en lire mais voilà une piste sérieuse si vous aimez les antho’ !

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À l’instar de sa voisine du dessus, les éditions Luciférines sont connues dans le milieu de l’imaginaire pour proposer des anthologies thématiques dont celle sur les Démons Japonais qui me fait de l’œil depuis longtemps ou encore la Belle Époque. En plus, les prix sont vraiment abordables en papier comme en numérique.

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Elenya éditions est une maison qui publie des anthologies, souvent liées au Salon Fantastique d’ailleurs mais pas uniquement si je ne me trompe pas. Les thèmes sont multiples, allant de la fantasy au super-héros, en passant par l’horreur fantastique. Franchement, il y a largement de quoi se faire plaisir dans ces anthologies et avec de très beaux noms qui plus est.

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Mnémos est une maison qu’on ne présente plus et qui s’occupe, chaque année, d’éditer l’anthologie thématique du salon des Imaginales. La première remonte à 2009, il y a donc de quoi faire même si, attention, certaines sont en rupture de stock ou uniquement disponibles sur les salons.

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Maison d’édition que je découvre grâce à une recommandation sur Twitter, le passager clandestin propose une collection intitulée Dyschroniques qui se dédie à la nouvelle et, plus spécifiquement, des nouvelles de science-fiction et d’anticipation.

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Autre maison d’édition que je découvre via une recommandation sur Twitter : ArchéoSF, un label de Publie.net qui met à disposition des textes au format court issu de la science-fiction ancienne donc 19e, 20e siècle. On trouve sur leur site des textes courts mais également des feuilletons ! Certains sont en accès libre via l’onglet textes en ligne et je sens que je vais passer du temps sur ce site pour trouver des textes sympas à faire lire à mes étudiants. Bref, merci Zoé pour le tuyau !

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Encore une chouette recommandation via Twitter : les éditions YBY qui propose de la littérature inclusive et met en avant la diversité dans la fiction. Il n’y a pas que du format court chez eux mais ils ont plusieurs collectifs à leur catalogue avec des textes très prometteurs. 

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Nutty Sheep est une maison d’édition déjantée à la folie assumée qui est connue pour ses anthologies thématiques et son fameux logo mouton. Vous aurez largement le choix dans leur catalogue, en format papier comme numérique, pour trouver des textes qui vous intéressent : parodie, science-fiction, fantastique, fantasy, il y en a pour tous les goûts !

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Je n’avais jamais entendu parler auparavant de Nitchevo (une fois de plus, merci à Zoé !) pourtant ils rééditent actuellement toute l’oeuvre de Léa Silhol au sein de laquelle on retrouve énormément de nouvelles et d’anthologies. Ça peut être une très bonne piste si vous souhaitez, en prime, découvrir cette autrice !

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Enfin, dernier et non des moindres… Je sais que j’ai dit au début de l’article que je me concentrais sur les éditeurs qui ont des collections dédiées au format court mais je ne peux pas achever cette liste sans évoquer l’Atalante qui, outre l’excellentissime « Apprendre si par bonheur » de Becky Chambers, traduit également d’autres novellas comme celles de Martha Wells qui font forte impression sur la blogosphère. De plus, les deux derniers « tomes » du Vieil Homme et la Guerre de Scalzi sont aussi construits comme des recueils de nouvelles. 

Vous connaissez d’autres maisons d’édition qui pourraient entrer dans cette liste ? N’hésitez pas à les renseigner en commentaire !

(dernière mise à jour : 07/01/2021
À rajouter : Noir d’absinthe, les saisons de l’étrange, le Grimoire, Malpertuis, les Vagabonds du Rêve, Realm et Short éditions)

À l’ombre du sapin : quels romans offrir en 2020 ?

Bonjour à tous et à toutes !

Vous le savez, qui dit mois de décembre dit forcément Noël et donc probablement sapin (ou équivalent) sous lequel déposer des livres pour vos proches. Cette année, j’inaugure un nouveau concept qui s’appelle « à l’ombre du sapin » (je sais, cette imagination débordante qui est la mienne vous laisse sans voix…). Sans grand surprise, il s’agit de revenir sur les titres lus cette année que je vous recommande d’offrir parce que je les ai adorés. Je vais chaque fois vous expliquer pour quelle raison en quelques mots et vous renvoyer vers ma chronique pour plus de détails. .

Je compte réitérer avec les mangas pour ensuite vous proposer ma propre liste au Père Noël, au rythme d’un article chaque vendredi de décembre et ce jusqu’au 25. N’hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette idée 🙂

Je précise que la liste qui suit est classée par ordre chronologique et non de préférence !

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Ma chronique.
Premier gros coup de cœur de 2020 avec l’estrange malaventure de Mirella, un roman classé en jeunesse qui contient pourtant sa part de noirceur ainsi que beaucoup d’originalité. L’autrice a choisi d’écrire en vieux français, ce qui donne au texte un aspect exotique et assez chantant. L’héroïne, Mirella, est fascinante et la condition de la femme y est brillamment abordée.

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Ma chronique.
Cette année, les éditions du Chat Noir ont commencé à traduire l’autrice anglaise Dawn Kurtagich et j’ai eu un gigantesque coup de cœur pour The Dead House. Ce roman d’horreur propose une narration atypique puisqu’il n’est pas écrit de manière linéaire. L’autrice a opté pour des morceaux de journaux, de dossiers judiciaires, de vidéos, afin d’immerger son lecteur dans le mystère de son intrigue. Brillant et passionnant, je l’ai adoré de bout en bout mais attention, il se destine à un public averti.

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Ma chronique.
Vous le savez, j’ai passé l’année 2020 à explorer la collection Une Heure Lumière du Bélial et ce texte est toujours premier dans mon classement. Il propose lui aussi un point de vue original puisqu’il est construit comme un documentaire et raconte un pan de l’Histoire assez méconnu, celui de l’Unité 731 qui a sévi entre 1936 et 1945. Passionnant, glaçant, profondément humain et intelligent, une vraie pépite à déposer sous tous les sapins mais vu la difficulté du propos, il n’est pas adapté à de trop jeunes lecteurs.

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Ma chronique.
Vous le savez peut-être, j’aime les romans historiques même si j’en lis moins depuis quelques années. J’ai acheté ce texte après ma lecture de l’excellent Boudicca et j’ai été séduite par la manière dont l’auteur parvient à se réapproprier les évènements historiques, à les respecter tout en y apportant un angle neuf avec une pointe de surnaturel. De plus, Jean Laurent Del Socorro se concentre beaucoup sur l’humain et propose des personnages forts, fascinants, attachants. J’ai dévoré ce roman dans sa version collector qui fera un cadeau plus que superbe sous un sapin.

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Ma chronique.
Amateurs de thriller, ceci est pour vous ! Céline Saint Charle met tout son talent au service de cette intrigue passionnante et immersive dans une France où règne la loi du Talion. Un texte engagé, d’une fine intelligence, avec des personnages humains et très réussis… Ce roman est parfait pour tous les lecteurs qui ont peur de toucher aux textes de l’imaginaire, même si on approche clairement de la dystopie ici. Une belle pépite.

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Ma chronique.
Je vous ai très peu (ahem…) parlé d’Ada Palmer sur le blog (ADA RULES). Sans surprise, Trop semblable à l’éclair se retrouve dans ma sélection car ce roman a été plus qu’un coup de cœur pour moi : une véritable révélation littéraire, une claque comme je n’en avais plus prise depuis des années. Un chef-d’œuvre, voilà. Un chef-d’œuvre pas forcément facile à aborder, qui demande un certain investissement du lecteur mais quel plaisir… Si vous avez des amis ou de la famille davantage portés sur l’aspect intellectuel, ça peut être une bonne idée de cadeau !

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Ma chronique partie 1partie 2.
Cette année, grâce au Projet Maki, j’ai lu davantage de nouvelles et de textes courts. Tout naturellement, j’ai ouvert mon horizon sur les anthologies et je dois dire que celle-ci est, selon moi, la meilleure de celles publiées par Livr’S jusqu’ici. Chaque texte a su me séduire à sa façon. On est dans de la science-fiction au sens large, l’ouvrage fourmille de bonnes idées, le tout sous le parrainage de Victor Fleury. Il n’y a pas à hésiter !

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Ma chronique.
J’avais acheté ce roman à cause de son auteur, que j’apprécie beaucoup sur un plan humain. Je n’en attendais rien… et ça a été un coup de cœur. Ici, point de surnaturel. Juste une bande de potes pas très doués à l’école. Ils essaient de trouver un moyen de réussir au bac, on les suit durant leur dernière année. C’est moderne, rafraichissant mais aussi diablement intelligent et touchant. Franchement, c’est un roman que j’aurais aimé lire durant mon agrégation pour devenir prof, même si ça se passe en France et non en Belgique. Il y a beaucoup à en tirer et il plaira forcément aux adolescents mais pas que.

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Ma chronique.
Cette novella de Becky Chambers est un bijou de science-fiction positive, tourné vers l’humain avec une base scientifique solide, crédible. L’autrice raconte l’histoire de quatre astronautes partis en mission pour trouver les origines de la vie. C’est un texte inclusif, parfaitement géré, équilibré, accessible à tous les types de lecteur/ices. C’est un des romans que je souhaite voir sous tous les sapins.

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Ma chronique.
Encore un texte sur lequel je ne taris pas d’éloges mais il faut dire qu’il m’a beaucoup impressionné. Trois voleurs se réfugient de nuit dans un bazar abandonné où ils vont trouver une lettre au sein de laquelle un problème est exposé. Ils vont y répondre et se rendre compte qu’une correspondance s’engage entre eux et de mystérieux protagonistes à l’extérieur… Impossible de le reposer une fois commencé, la plume de l’auteur est magique et nous entraine dans ce Japon à cheval sur plusieurs époques. Sublime, social, plein d’émotions, une pépite.

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Ma chronique.
Dernier coup de cœur de 2020 (je pense, sait-on jamais !) l’excellentissime et très étrange Vita Nostra. Un roman dont il est difficile de parler car c’est un texte qui doit se vivre et non s’analyser. Un roman brillant, passionnant, puissant, que j’ai refermé en me disant que j’étais vraiment contente d’avoir lu un texte comme celui-là dans ma vie. Vous imaginez l’impact qu’il a pu avoir sur moi…

Et vous, quel est le livre lu en 2020 que vous aimeriez offrir à tout le monde ? 🙂

Vilain chien ! – Morgane Caussarieu

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Vilain chien !
est le nouveau roman jeunesse de l’autrice française Morgane Caussarieu. Publié aux éditions du Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés, vous trouverez ce texte sur leur site au prix de 10 euros.

De quoi ça parle ?
Québec, au milieu de la forêt. Zach vient de perdre son père dans un accident de chasse et n’accepte pas sa disparition. Le soir d’Halloween, son étrange voisin lui offre un chiot, un chiot plutôt spécial…

Adapter son écriture au public.
Morgane Caussarieu s’est illustrée dans l’écriture de fiction pour adulte, que ce soit dans l’imaginaire (Dans les veinesJe suis ton ombreRouge ToxicRouge Venom) ou dans la littérature blanche (ChéloïdesTechno Freaks). C’est par ce biais que je l’ai connue et que je suis devenue accro à sa plume et à sa façon de raconter une histoire. Quand j’ai appris qu’elle s’essayait au roman jeunesse, je ne savais pas trop quoi en penser ni, surtout, quoi en attendre. J’ai très clairement acheté ce livre à cause du nom de son autrice et j’ai bien fait de croire en son talent !

L’exercice difficile quand on écrit pour la jeunesse est d’adapter son style littéraire au public visé et Morgane Caussarieu a relevé le défi haut la main sans pour autant tomber dans l’infantilisation. Il faut dire que ce n’est pas la première fois qu’elle écrit du point de vue d’un enfant (Poil de Carotte, les journaux de Gabriel) et même si le contexte est ici moins sombre (heureusement pour le pauvre Zach) son expérience se ressent dans la maîtrise qu’elle met dans cet exercice. Son écriture possède une vraie personnalité, une vraie originalité, qui vient aussi du lieu où se déroule l’histoire, à savoir le Québec. En effet, l’autrice a parsemé son roman d’expressions locales mises en italique pour avertir le public français que non, il ne s’agit pas d’une faute, juste d’une expression qui parait d’emblée exotique à tout lecteur non québécois (et c’est une belge qui vous le dit). De plus, même si le roman est écrit à la troisième personne du point de vue de Zach, le lecteur n’a aucun mal à s’immerger dans l’ambiance un peu angoissante qui est dépeinte, un brin fantastique aussi à sa façon. Au contraire, le point de vue de l’enfant renforce l’aspect émotionnel. Rien que sur ce point, j’ai été bluffée.

Le deuil et les animaux
Le père de Zach était un chasseur là où son fils a tendance à plutôt aimer les animaux et ne pas vouloir les tuer. Petite nuance importante, l’autrice ne se contente pas de juste cracher sur les chasseurs, elle explique leur façon de considérer la nature, l’empaillement de leurs proies, etc. C’est intéressant car même si on sent (ou on croit sentir en tout cas) que leur opinion n’est pas partagée par elle, Morgane Caussarieu ne tombe à aucun moment dans le manichéisme.

Le texte s’ouvre sur une scène de chasse où l’enfant se révèle incapable d’appuyer sur la détente et de tuer un orignal, ce qui a entrainé une déception paternelle. Pourtant, le père n’est pas décrit comme un stéréotype du chasseur macho et barbare. Il est nuancé, différent, on ressent à son sujet des sentiments ambivalents. Sa perte est difficile à vivre pour Zach même s’il est persuadé que son père va revenir puisque dans son schéma de pensée, quand on est mort, on est forcément empaillé donc si on a mis son père dans une boîte, c’est qu’il va revenir. Ai-je oublié de préciser que l’homme était taxidermiste ? Quoi qu’il en soit, cette négation de l’évidence entre en conflit avec le deuil maternel. La mère a du mal à remonter la pente et une chance qu’un ami de la famille pense à apporter des courses sans quoi l’enfant aurait été laissé en plan…

L’arrivée du chiot va tout chambouler, chiot dont Zach ne veut même pas vraiment mais dont il va s’occuper, faisant montre d’un sens des responsabilités plutôt aiguisé pour son âge (dix ans à peine). Leurs interactions et leur relation vont évoluer jusqu’à un final surprenant qui m’a émue aux larmes. Qu’on possède ou non un chien, impossible de rester de marbre face à ces 140 pages.

Les animaux ont donc une grande place dans Vilain chien ! déjà à travers le personnage du chiot mais aussi avec ce qui tourne autour de la chasse et de la taxidermie. L’autrice en profite pour glisser un discours sur le respect des animaux et de la nature qui a tout de suite trouvé un écho en moi et ne manquera pas d’atteindre les jeunes lecteurs comme les moins jeunes. La richesse thématique de ce court roman est vraiment sidérante, quel boulot !

De belles illustrations (comme toujours !)
Comme vous le savez peut être, chaque texte de la collection Chatons Hantés est illustré par la talentueuse Mina M qui est également à l’origine de la couverture. Il y a sept illustrations dans ce volume et elles représentent toutes un moment clé de l’histoire. Je suis particulièrement sous le charme de celle du chien dans le fauteuil et j’espère qu’on pourra la trouver sous format de carte ou quelque chose comme ça parce qu’elle me rappelle un peu mon Loki et je trouve ça sympa. Bref, tout ça pour dire que ces dessins apportent une vraie plus-value au roman et accompagnent magnifiquement les mots de l’autrice.

La conclusion de l’ombre :
Vilain chien ! est un roman jeunesse intense et émouvant. Morgane Caussarieu propose un protagoniste attachant et traite avec brio de thématiques difficiles comme le deuil d’un parent en y ajoutant l’importance de défendre la nature et les animaux. Vilain chien ! est un texte d’une grande richesse devant lequel on ne peut rester indifférent, peu importe notre âge. J’en suis la première surprise mais il s’agit d’un coup de cœur pour moi que je recommande chaudement aux parents mais aussi à celles et ceux qui ont envie de lire un texte court, touchant et bien fichu sur tous les points.

D’autres avis : FungiLumini (Livraisons Littéraires) – Les lectures de PippinSometimes a bookLa bibliothèque d’Aelinel – vous ?