Les Chroniques Homérides (trilogie) – Alison Germain

Connaissez-vous les Chroniques Homérides ? Il s’agit d’une trilogie d’urban fantasy inspirée par la mythologie grecque et écrite par l’autrice française Alison Germain. Son nom ne vous dit peut-être rien comme ça mais il est plus probable que vous la connaissiez sous son pseudo de booktubeuse : Lili Bouquine.

Le premier tome de sa série est sorti en octobre 2017 et je me rappelle très bien de son avant première aux Halliennales où elle a du en dédicacer une bonne centaine sur sa journée. Si vous suivez un peu, vous savez qu’Alison est aussi une amie et lui voir une telle réussite m’a vraiment fait plaisir. Surtout que ce premier tome était également son tout premier roman ! Que de pression.

J’avais chroniqué un peu plus dans le détail le tome 1 intitulé le Souffle de Midas ainsi que le suivant, l’Ultime Oracle. Mon achat et ma lecture du troisième volume, la Marque de Cronos, est l’occasion pour moi de vous présenter la série dans son ensemble mais aussi de vous partager une petite réflexion sur la manière dont les auteur·ices peuvent évoluer au fil d’une saga.

Les chroniques Homérides, en quelques mots :
Louise est anglaise et étudiante en lettres. En rentrant chez elle un soir, elle entend une femme hurler dans un parc et décide de lui porter secours. Elle assiste à ses derniers instants et va hériter de son don : celui de transformer ce qu’elle touche en or (le fameux souffle de Midas du titre). Sa vie va alors totalement basculer. Louise va découvrir qu’il existe toute une société de gens appelés Homérides qui possèdent des fragments de pouvoirs divins, cachés en eux par les dieux de l’Olympe au moment où la foi des hommes a commencé à faiblir. Une société qui, évidemment, court un danger.

Un pitch on ne peut plus classique, toutefois on ne rappellera jamais assez que classique ne signifie pas mauvais ou ennuyeux. Il est clair que cette trilogie respecte les codes de l’urban fantasy mais parvient à se démarquer sur deux points. D’une part, son univers et d’autre part, ses personnages. Personnellement, quand je lis de l’urban fantasy, je cherche surtout des protagonistes intéressants à suivre et avec lesquels je vais avoir envie de vivre des aventures, pour lesquels je vais m’inquiéter, trembler, dont je vais me soucier. Je veux m’investir émotionnellement dans ma lecture et c’est ce qui est arrivé ici.

Une exploitation réussie de la mythologie grecque :
Hormis Percy Jackson (uniquement vu en film), je n’ai pas en mémoire de saga littéraire d’urban fantasy récente qui s’inspire de la mythologie grecque. Je dois cependant avouer que je ne suis pas spécialiste du genre et que j’ai pu en louper…. Bref ! On sent que l’autrice aime la Grèce (elle y a voyagé), sa culture et sa mythologie, qu’elle réutilise plutôt habilement pour offrir un univers original qui s’étoffe à mesure de l’avancée des tomes. Pour moi qui ai fait des études dites de culture classique durant mes secondaires (le lycée pour les français), c’était un vrai régal de pouvoir chercher toutes les références, de croiser certaines divinités, de comparer les légendes originelles à ce que l’autrice en a fait… Clairement, la lecture des Chroniques Homérides avait un côté ludique pour moi qui devrait plaire à toutes les personnes qui s’y connaissent un peu en la matière, sans pour autant laisser les autres sur le bord de la route.

Des personnages attachants :
Louise est sans conteste le personnage principal et une jeune femme très agréable à suivre. Je me suis sentie proche d’elle, déjà par ses références culturelles mais aussi par son caractère. Elle sonne vrai et n’a rien d’une super-héroïne qui gère tout, toute seule. Ses émotions sont sa force (quoi qu’en disent certains) et son bon cœur ne la rend pas stupide pour autant ni inconséquente, comme cela arrive souvent. Sauf peut-être au tout début quand elle se dit que c’est une bonne idée d’aller toute seule dans un parc la nuit après avoir entendu une femme hurler en espérant lui porter secours, mais bon. Il fallait bien un déclencheur à l’histoire !

Pour ne rien gâcher, l’autrice ajoute à partir du second tome des chapitres d’autres points de vue, également à la première personne, ce qui permet d’enrichir l’intrigue et de densifier les évènements qui s’enchainent de plus en plus vite -sans pour autant que ça soit trop rapide. Je me suis rapidement attachée aux protagonistes de cette histoire, ce qui est quand même fondamental dans ce type de récit. Au rang des autres personnages principaux, on retrouve Ellie, la dernière Pythie d’Apollon, une jeune fille attachante qui porte un lourd fardeau. Dans le tome 3, c’est Marshall, le frère de Louise, qui partage la narration et devient un personnage central après avoir été handicapé par Néoclès dans le tome précédent. Jeune homme dans la fleur de l’âge, se retrouver aveugle du jour au lendemain est un coup dur pour lui et la manière dont Alison traite ce protagoniste ainsi que ses émotions m’a plu.

Une évolution de style à saluer :
Alison Germain a commencé à écrire cette histoire il y a neuf ans et elle la publiait sur Wattpad. J’ai donc connu Louise à ses débuts et je me réjouissais déjà de l’accompagnement éditorial des éditions du Chat Noir sur le premier tome, comme je l’avais mentionné dans son billet car on sentait déjà une grosse évolution littéraire. Il restait des maladresses, des à-coups, des transitions mal exécutées mais on en trouve généralement dans tous les premiers romans -les miens en tête. Entre 2012 et aujourd’hui, presque dix années se sont écoulées et c’est un laps de temps extrêmement long pour un·e auteur·ice. Personnellement, j’observe déjà des changements radicaux chez moi dans mes goûts et ma façon d’écrire sur six mois alors on aurait pu craindre le pire pour les Chroniques Homérides… Comme, par exemple, que l’autrice s’en lasse et ne parvienne pas à achever sa trilogie ou qu’elle la bâcle pour dire d’y mettre un point final (comment ça tout le monde n’est pas comme moi ? Mais !).

Ce n’est pas le cas, je vous rassure. Si je trouvais le premier tome un peu trop orienté sur la romance naissante avec Angus et la mise en place parfois maladroite, les défauts relevés avaient déjà été gommés dans le suivant qui offrait un développement narratif plus sombre, avec davantage d’enjeux. L’autrice continue sur cette voie avec ce dernier volume qui parvient à se concentrer sur ce qui importe vraiment dans l’histoire, sans laisser d’éventuels hormones tout gâcher et ça, c’est beau ! Parce que cette fin de saga, honnêtement, me satisfait et c’est assez rare pour être soulignée.

Pourquoi je vous parle de tout ça ? Parce que ce changement implique que tout qui se lancera dans la lecture des Chroniques Homérides sentira cette différence de qualité et devra passer par un premier tome porteur des défauts qu’on s’imagine voir dans un premier roman pour découvrir deux suites beaucoup plus enthousiasmantes. J’ai trouvé l’exercice intéressant car il m’a permis de constater de manière claire l’évolution d’une autrice au fil du temps, ce sur quoi on ne s’arrête pas toujours. Ainsi, si vous avez lu le premier volume sans aller plus loin, je vous encourage à jeter un œil à la suite car vous risqueriez d’avoir une bonne surprise.

À qui recommander cette série ?
-Aux personnes qui aiment la mythologie grecque.
-Aux personnes qui aiment l’urban fantasy.
-Aux personnes qui n’ont pas forcément besoin d’une romance omniprésente pour aimer une histoire.
-Aux personnes qui souhaitent découvrir une autrice française prometteuse et soutenir une petite structure éditoriale.

La conclusion de l’ombre :
Je ne pense pas que j’aurais lu cette série si Alison n’avait pas été une amie mais, en toute honnêteté, je ne regrette pas un instant de l’avoir fait car c’est un chouette divertissement qu’on aimerait d’ailleurs voir adapté en série télévisée. Ça aurait de la gueule ! Voilà une belle première aventure éditoriale qui s’achève.

D’autres avis : pas dans mon cercle de blogo mais manifestez-vous si je vous ai loupé.

Informations éditoriales :
Les Chroniques Homérides (3 tomes) par Alison Germain. Éditeur : Le Chat Noir. Couverture : Miesis. Prix à l’unité : 19.90 euros.

Chronique de trois abandons successifs (ou presque !)

Il y a des périodes où, malheureusement, s’enchainent les lectures décevantes même quand on se tourne vers des valeurs sûres. En règle générale, je n’écris pas à leur sujet mais je vais faire une exception puisque j’ai quand même abandonné deux UHL presque coup sur coup et terminé une novella publiée au Chat Noir en me forçant. Ça valait bien un petit billet d’autant qu’il en fallait un pour valider la dernière lecture pour le Winter Short Stories of SFFF…

image (1)
Quand on décide de compléter une collection littéraire, il est certain qu’on n’appréciera pas tous les ouvrages publiés en son sein de la même manière. Il me reste encore peu d’UHL à lire et si je ne les ai pas encore lus, c’est pour une raison : souvent parce que le résumé ne m’attirait pas tant que ça. Pourtant, je tiens à essayer et c’est ainsi que je me suis lancée dans la lecture d’Helstrid de Christian Léourier.

Il faut savoir que, jusqu’ici, j’ai apprécié les quelques textes courts lus chez l’auteur. Je partais donc avec confiance et j’ai rapidement déchanté en me rendant compte que le personnage principal provoquait chez moi un fort sentiment de rejet. J’ignore à quoi cela est du mais la manière dont l’I.A. Anne-Marie est mise en scène m’a également fait ressentir un malaise. N’étant pas capable de passer outre, j’ai tout simplement laissé le livre de côté. Parfois, ça ne sert à rien de s’acharner et j’ai appris à dire stop.

J’insiste : je ne remets pas en cause les qualités de l’auteur. Juste, je n’ai pas accroché…

D’autres avis : Le dragon galactiqueLes critiques de YuyineNevertwhere – L’épaule d’Orion – Les lectures de Xapur – Le culte d’Apophis – Les lectures du maki – La bibliothèque d’Aelinel – Au pays des cave trolls – Lorhkan et les mauvais genres – 233°C – L’ours inculte – vous ?

image (2)
Et ça a été la même chose avec le second UHL : La Chose (justement…) qui est pourtant un texte important dans le paysage de la SF, un texte qui date de 1938 et a été traduit par Pierre-Paul Durastanti dans la présente édition. Hélas, dés le début, je me suis ennuyée. Les personnages manquent de consistance, si bien que je ne suis pas parvenue à me sentir concernée par eux et donc l’ambiance horrifique n’a pas du tout fonctionné puisque je me fichais de ce qui pouvait leur arriver. Une fois à la moitié, j’ai lu en diagonale jusqu’à la fin, par curiosité puisqu’il s’agit d’un monument. Si j’ai bien aimé ce qu’elle ouvre comme perspectives, cela ne va pas plus loin.

D’autres avis : L’épaule d’OrionAlbédo – Le culte d’Apophis – Au Pays des Cave Trolls – Le post-it sfff – Lorhkan – vous ?

Du coup, me voilà bien embêtée avec le challenge de l’amie Trollesse puisque je stagne sans rien valider. Ainsi, quand j’ai reçu Quand vient le dégel de Jayson Robert Ducharme aux éditions du Chat Noir (traduit par Cécile Guillot), j’en ai profité et me suis fait violence pour aller au bout des 96 pages.

15
Il faut savoir que la novella s’ouvre sur une note de l’auteur qui explique avoir écrit son texte en réponse à l’appropriation culturelle de la fameuse forêt du suicide au Japon, qu’il qualifie de fascination morbide à usage commercial. Il voulait, dit-il, apporter sa propre pierre à l’édifice contre cette appropriation sauf qu’il le fait en… écrivant une fiction sur le sujet à usage commercial ? J’ai du passer à côté de quelque chose dans sa logique.

Son texte raconte l’histoire d’Eleanor qui se rend dans la forêt Adrienne (inspirée de celle d’Aokigahara) à la recherche de son fils de dix-sept ans qui a des pensées suicidaires. Je ne peux pas vraiment en dire plus sans dévoiler le nœud de l’intrigue et le retournement de situation qui permet de comprendre ce qui paraissait, de prime abord, être des incohérences. L’ambiance n’a pourtant, une fois de plus, pas fonctionné sur moi d’autant que je ne me suis pas attachée au personnage d’Eleanor qui a des préoccupations très éloignées des miennes. La fin a aussi été relativement décevante, pourtant il y avait de chouettes idées. Mettons ça sur mon côté macabre…

D’autres avis : Livraisons Littéraires – vous ?

Je dois avouer que je suis un peu saoulée par ces abandons multiples, j’ai donc décidé de faire une pause dans le format court pour me réfugier dans une valeur sûre avec l’Alphabet des créateurs d’Ada Palmer.

Et vous, des déceptions récemment ?

logochallenge
+ 1 nouvelle
Avancée du challenge : 38 textes lus.
Bonus : Lire un texte qui fait peur.

Dames de rêves, dames d’ombres : la littérature gothique féminine anglo-saxonne du XXème siècle à nos jours – Cécile Guillot

11
Voilà une éternité (hop tout de suite j’exagère) que j’entendais parler de ce projet mené par Cécile Guillot, fondatrice et éditrice des éditions du Chat Noir : écrire un essai sur la littérature gothique. J’attendais sa réalisation avec impatience car le genre littéraire gothique a eu une forte influence sur moi durant mes études universitaires et même en tant qu’autrice, quoi que je m’en sois depuis éloignée par lassitude envers ses thématiques répétitives et la romance omniprésente qui a tendance à, aujourd’hui, m’ennuyer.

Il n’empêche que je ne pouvais pas manquer la sortie de l’ouvrage dont il sera question aujourd’hui. Sans y aller par quatre chemins : si j’ai apprécié ma lecture, j’en ressors également frustrée et c’est en partie ma faute puisque je n’ai pas lu correctement le sous-titre ni même la quatrième de couverture. J’ai foncé dedans en m’attendant à quelque chose de précis mais qui n’était pas ce que la maison d’édition annonçait de base. Ma faute, donc.

L’essai comporte trois parties réparties sur 136 pages, ce qui est assez peu d’autant que la mise en page est plutôt aérée et comporte des images ainsi que des sauts de page réguliers. Cela rend toutefois la lecture fluide et confortable. J’ai aussi regretté -tant qu’on parle de mise en page- que le Chat Noir n’ait pas apporté à cet essai le même soin esthétique qu’à ses autres ouvrages à ce niveau. Les citations issues de diverses œuvres, par exemple, se perdent au milieu du reste du texte en étant signalées uniquement par des guillemets et ne sont même pas mises en italiques ou écrites dans une taille de police plus petite. C’est un détail mais c’est dommage.

Trois parties, donc, disais-je. La première se consacre au gothique dans la littérature dite féminine et romantique. Cécile Guillot a choisi d’aborder les différentes thématiques du genre à travers le portrait de diverses autrices (Daphné du Maurier, Victoria Holt ou encore V.C. Andrews) ce qui est une bonne idée même si, sur un plan personnel, j’aurais préféré l’inverse : traiter des caractéristiques du genre et de leur évolution en donnant divers exemples à travers l’histoire littéraire. Encore une fois, c’est propre à moi.

La seconde partie aborde le gothique dans la littérature fantastique ou dite d’horreur (c’est inscrit tel quel). Je trouve le titre un brin tendancieux, il me donne personnellement l’impression que fantastique = horreur alors que ce n’est pas le cas (que quelqu’un ranime Apophis !) même si j’ai conscience qu’il s’agit d’une maladresse. L’éditrice du Chat Noir est bien placée pour savoir que ces deux genres ne se mélangent pas systématiquement et quand j’en ai discuté avec elle, elle me l’a encore réaffirmé. Ce chapitre est l’occasion pour Cécile Guillot d’aborder d’autres autrices comme Angela Carter, Shirley Jackson, Susan Hill ou encore Anne Rice, toujours en suivant le modèle précédent.

J’ai appris beaucoup de choses dans ces deux parties, déjà des noms des grandes figures féminines de cette littérature. En cela, l’ouvrage apporte une pierre à l’édifice du devoir de mémoire sur les femmes en littérature dont je parlais justement dans ma chronique sur les Grandes Oubliées de l’Histoire.

Cécile Guillot consacre également un chapitre à la question du young adult gothique et la façon dont ce genre renouvelle le gothique féminin de nos jours. C’est un chapitre relativement court qui aborde l’évolution de la représentation féminine dans la littérature mais aussi de la représentation tout court au sens plus large (communauté LGBTQIA+, handicap, etc.) qui a une place fondamentale dans le champ littéraire de l’imaginaire et aurait pu donner lieu à une analyse plus poussée. Vous me direz, ce n’est pas le sujet premier de l’ouvrage toutefois la porte a été ouverte… Ici, l’autrice choisit de s’arrêter particulièrement sur une œuvre en particulier : La Maison de la nuit, que je n’ai pas lue donc sur laquelle je ne peux pas dire grand chose. Arrive ensuite une conclusion assez courte et succincte qui n’en est pas vraiment une puisqu’il reste encore une troisième partie, intitulée Ouverture, qui évoque le gothique à l’écran, le gothique ailleurs dans le monde et enfin l’influence des autrices anglo-saxonnes sur la littérature francophone.

La principale source de ma frustration après ma lecture c’est qu’en peu de pages, Cécile Guillot aborde énormément de thèmes différents sans forcément créer systématiquement des liens entre eux ou les approfondir. Elle dit elle-même à la fin de la partie sur le gothique dans le monde qu’il faudrait y consacrer un ouvrage entier et j’espère qu’elle le fera tout comme il y aurait matière à écrire un ouvrage sur chacune des questions que j’ai pu me poser, comme les liens entre les genres par exemple. Bref, le présent essai est davantage une introduction au genre gothique « classique ». Il est tout indiqué pour quelqu’un qui souhaite découvrir le mouvement gothique, avec des parties historiques bien documentées dans lesquelles on ressent toute la passion qu’a Cécile Guillot pour ce genre. Malheureusement -et c’est propre à moi- j’en attendais davantage. J’espérais plus de réflexions sur la façon dont le gothique vit aujourd’hui, peut-être un parallèle avec tout ce qui est « bit-lit » puisqu’elle évoque la figure du vampire notamment en parlant d’Anne Rice. D’ailleurs quand elle aborde la Maison de la nuit, Cécile Guillot titre « un YA entre bit-lit et gothique » mais l’un ne serait-il pas la version moderne de l’autre ? Pas de façon systématique toutefois on retrouve des caractéristiques du gothique dans beaucoup de sagas bit-lit. J’aurais aimé que la question soit posée directement pour pousser le lectorat à s’interroger ou que Cécile se fende d’une tentative de réponse (ce qu’elle a fait quand on a débattu ensemble après ma lecture ceci dit).

Mais surtout, j’espérais qu’une plus grande place serait laissée à la production francophone, encore plus dans un ouvrage publié aux éditions du Chat Noir qui est quand même spécialisé là-dedans et qui a quelques belles plumes du genre ou approchant dans son catalogue. Cela aurait rendu l’essai presque avant-gardiste puisqu’à ma connaissance, c’est un sujet assez peu exploité dans les réflexions sur les genres de l’imaginaire. Et c’est dommage parce que cette littérature a eu une énorme influence sur beaucoup de lecteur.ices de ma génération -dont moi je l’avoue.

La conclusion de l’ombre :
Cet essai sur la littérature gothique est une bonne porte d’entrée dans le genre d’un point de vue historique. Cécile Guillot offre un travail de synthèse soigné et très bien référencé qui permettra à son lectorat de pousser plus loin s’il le souhaite. Malheureusement, à mon goût, l’essai convient davantage à une personne qui débute en gothique qu’à quelqu’un qui a déjà des notions et qui chercherait un ouvrage plus moderne ou même davantage centré sur la production francophone. D’un autre côté, le sous-titre de l’essai est assez clair et si j’avais connecté deux neurones au moment de le lire, j’aurais su à quoi m’attendre. Cela ne m’a pas empêché de noter quelques titres intrigants dont les romans de Daphné du Maurier.

D’autres avis : Zoé prend la plume – vous ?

Informations éditoriales :
Dames de rêves, dames d’ombres écrit par Cécile Guillot. Éditeur : le Chat Noir. Illustration de couverture : Mina M. Prix : 14.90 euros.

Ici se cachent les monstres – Amelinda Bérubé

13
Ici se cachent les monstres
est un roman young-adult horrifique écrit par l’autrice canadienne Amelinda Bérubé. Disponible aux éditions du Chat Noir dans la collection Cheshire, vous trouverez ce texte sur leur site Internet au prix de 19.90 euros.

De quoi ça parle ?
Avant toute chose je vous invite à ne PAS lire la quatrième de couverture qui dévoile un élément qui se passe après la moitié du roman. Ce n’est pas, en soi, un trop gros souci mais quand même, ça oriente la lecture.
Skye a seize ans et en a marre de sa sœur, Deirdre, qui fait tout (et surtout le pire) pour attirer l’attention. Leur déménagement à l’autre bout du pays semble être une bonne occasion de tout reprendre de zéro, de se faire de nouveaux amis. Évidemment, Deirdre prend très mal cette volonté qu’a sa sœur de rencontrer d’autres personnes. Alors quand Deirdre disparait, Skye pense d’abord à une fugue avant de se demander s’il n’y aurait pas quelque chose qui se cache dans ces bois…

Une histoire de sœurs.
Comme régulièrement quand Cécile Guillot repère un texte, on retrouve une histoire qui met principalement en scène des personnages féminins et même des sœurs dont la relation est, ici, compliquée. Tant mieux, j’adore !

Voilà des années que Skye protège Deirdre, Deirdre qui est si étrange, qui invente un monde imaginaire où elles sont toutes les deux des Reines et vivent des aventures dangereuses mais passionnantes. Sauf que les rumeurs vont vite et Deirdre devient un souffre douleur qu’il faut protéger des enfants cruels. Skye ira assez loin dans cette démarche. Après leur déménagement, elle estime que les choses doivent changer et que Deirdre doit apprendre à se débrouiller toute seule. Elle cesse donc leurs jeux, rencontre William, Sophie et Kevin, tente de s’inclure socialement tout en gérant les crises de folie de Deirdre qui créé des monstres à partir de morceaux d’os, de bâtons et de boue.

En tant que lectrice, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour Skye, tiraillée entre l’amour qu’elle porte à sa sœur et l’envie de vivre, légitimement, pour elle-même. La relation n’est jamais nommée comme toxique mais on la ressent ainsi à travers les pages. Deirdre apparait comme une petite fille immature et égoïste sauf que rien n’est aussi tranché. La narration à la première personne, du point de vue de Skye, empêche la balance de pencher totalement d’un côté ou de l’autre car rien n’est inscrit dans le marbre. Skye remet sans arrêt les choses en perspective en fonction des évènements et, en cela, j’ai trouvé le choix narratif bien exploité.

Une histoire d’horreur.
N’oublions pas qu’avant d’être un récit de famille ou une histoire de sœurs, Ici se cachent les monstres est un roman à l’ambiance horrifique bien maîtrisée, qui va crescendo à mesure que les trois parties du texte se dévoilent. Les descriptions de l’autrice sont simples et efficaces. Elle n’a besoin d’aucune fioriture pour décrire l’atmosphère qui entoure la forêt toute proche ou l’urgence qui devient de plus en plus prégnante à mesure que les créatures posent des ultimatums à Skye. L’aspect horrifique paraîtra probablement classique à certain.es lecteur.ices adeptes du genre, toutefois classique ne signifie pas mauvais (on ne le rappellera jamais assez) et il est assez rare que je tombe sur des textes d’une telle efficacité.

Une histoire… plurielle.
Ici se cachent les monstres est un page-turner efficace avec des protagonistes principales particulièrement bien réussies mais ce n’est pas son seul atout. En toile de fond, on y évoque aussi le harcèlement scolaire et ses conséquences tout en peignant le portrait d’une famille comme il en existe tant, avec une mère qui travaille trop et un père dépassé par les évènements, une aînée sur qui repose la charge familiale et une cadette en constant besoin d’attention. Le principe parait banal mais c’est justement parce qu’il est à la portée de compréhension de n’importe qui qu’il fonctionne aussi bien, qu’on se prend autant au jeu. De plus, le roman nous oblige à nous confronter à des questions dérangeantes sur les choix que nous ferions et les extrémités auxquelles nous serions prêtes à aller pour protéger quelqu’un de cher. Et c’est en ça qu’il est brillant puisqu’à l’instar de textes comme ceux d’Anya Allyn (traduits chez le même éditeur), il oblige le.a lecteur.ice à considérer la légitimité de ses certitudes et de ses préconceptions. L’autrice bannit le manichéisme de l’équation, ce dont je me réjouis.

La conclusion de l’ombre : 
Ici se cachent les monstres est une one-shot horrifique young adult efficace et nuancé. C’est un roman qui dérange parce que rien n’y est simple, le manichéisme n’y a pas sa place. J’ai adoré me plonger dans ce texte et je le recommande plus que chaudement aux amateur.ices d’horreur.

D’autres avis : pas encore !

Lullaby – Cécile Guillot

4
Lullaby
est une novella fantastique écrite par l’autrice française Cécile Guillot. Publiée aux éditions du Chat Noir dans la nouvelle collection F. nigripes, vous trouverez ce texte sur leur site Internet ou en salon sur leur stand au prix de 12 euros. La couverture est signée Mina M.

Ça y est, les éditions du Chat Noir ouvrent une collection dédiée au format court, judicieusement intitulée F. nigripes pour felis nigripis qui est un félin nocturne, le plus petit qui existe d’ailleurs. Je fais celle qui savait mais je l’ai appris en lisant le descriptif de la collection… L’idée est de proposer le même format que Chatons Hantés (9×13) mais avec un style plus proche de Griffe Sombre, leur collection gothico-horrifique. Deux textes ouvrent le bal en octobre 2021: Quand vient le dégel de Jay Robert Ducharme et Lullaby de Cécile Guillot, dont il est ici question.

De quoi ça parle ?
Cette novella écrite à la première personne se déroule aux États-Unis dans les années 1920. On y rencontre Hazel, une jeune femme qui aime écrire des histoires horrifiques dans son carnet et semble entretenir certains sentiments envers Blanche, sa voisine française. Vu la période, on devine sans peine qu’au moment où ses parents vont découvrir ses diverses « déviances », ils ne vont pas bien réagir du tout. De fait, ils décident de l’interner à l’asile Montrose…

Une histoire d’émancipation… mais pas que.
Une fois de plus, Cécile Guillot signe un texte où les personnages féminins se retrouvent en majorité et subissent les affres du patriarcat de plein fouet, cherchant ainsi à dénoncer des travers qu’on pourrait croire derrière nous mais qui sont hélas toujours d’actualité, même si on peut se réjouir d’une progression manifeste des droits de la femme. C’était déjà le cas dans sa nouvelle Le boudoir aux souvenirs où la protagoniste principale avait été transformée par un vampire sans son accord puis embarquée dans une relation malsaine, mais aussi dans Coeur Vintage où Mina, son héroïne, se retrouve prise dans une relation avec un garçon qui cachait bien son jeu et où des sauts temporels permettaient de suivre une autre histoire, celle d’une femme qui a aussi subi les obligations sociales de son époque (dans les années cinquante). Cette fois, c’est au tour de Hazel d’être rejetée par ses parents (sa mère va jusqu’à la traiter de monstre) parce qu’elle est en dehors de la norme imposée par les hommes. Une fois enfermée à l’asile, elle va y rencontrer Joséphine alias Jo, une femme internée par son mari pour ses convictions profondément féministes et son engagement dans la défense des droits des femmes.

Lullaby aborde donc l’émancipation de la femme et l’autrice choisit de le faire en se plaçant dans une époque où on éduquait justement les femmes à ne pas être indépendantes. Il faut garder cela à l’esprit quand on lit cette novella, notamment une fois la fin venue. Je ne vous expliquerais pas pourquoi d’autant que Cécile Guillot le fait très bien dans une note ajoutée à la fin qui contient également des références bibliographiques d’ouvrages en anglais qui lui ont permis d’écrire son histoire en restant au plus proche des horreurs de la psychiatrie d’antan ainsi que de la manière dont la société traitait (traite toujours parfois…) les femmes victimes d’abus (quels qu’ils soient).

Si Cécile Guillot a tenu à rester proche du réel, cela n’empêche pas sa novella de contenir une dimension onirique qui permet à Lullaby de se classer dans les genres de l’imaginaire. On peut débattre longtemps de ce qui tient de la métaphore, du jeu de l’esprit ou de la simple imagination de Hazel. Les réponses dépendront du / de la lecteur.ice. Toujours est-il que le texte fonctionne dans l’ensemble et qu’il colle parfaitement à ce qu’on attend d’une histoire publiée aux éditions du Chat Noir.

Enfin, l’autrice y évoque aussi en filigrane l’homosexualité féminine avec la douceur qui la caractérise et qu’on aime retrouver dans ses écrits. Elle passe aussi, pour cela, par les poèmes de Renée Vivien qui est une poétesse britannique que je ne connaissais pas mais dont la plume a su me toucher. Ses textes parsèment le récit et l’enrichissent.

La conclusion de l’ombre :
Pour résumer en quelques mots, Lullaby ouvre le bal d’une nouvelle collection prometteuse où le format court se pare d’atours gothico-horrifique, pour notre plus grand plaisir. Cécile Guillot propose un texte sur l’émancipation féminine avec des personnages féminins comme elle sait si bien en écrire et des thèmes hélas encore d’actualité. On est ici sur un texte classique du Chat Noir tant sur la forme que sur le fond et c’est tant mieux puisque c’est en général ce que je recherche quand j’achète un titre dans cette maison d’édition.

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

9 (anthologie)

24
9
est la dernière anthologie en date des éditions du Chat Noir, sortie pour fêter leur 9e année d’existence. Vous pourrez la trouver uniquement au format papier sur le site de l’éditeur, au prix de 14.90 euros.

Au sommaire :
La justice des ogres de Jérôme Akkouche
La 9e symphonie de Mathilde Verboz
Les larmes du Kyubiko d’Émilie Malherbe
La maison des Gabory de Clémence Godefroy
Le pendu de Sophie Abonnenc
Nine de Jean Vigne
Kaibyo de Céline Chevet
Neuf jours pour l’enfer d’Aiden R. Martin
Les 9 fantômes de Mayfair de Gwendolyn Kist

L’anthologie est dirigée par Mathieu Guibé.

Le principe de l’anthologie est de ressembler neuf texte autour de la thématique du chiffre neuf. On a donc des histoires très diverses avec un peu d’imaginaire à chaque fois, des imaginaires venus du monde entier, des mythologies japonaises et nordiques, de la musique, de l’historique, de la magie orientale… L’avantage, c’est la diversité. Aucun texte ne ressemble à un autre et j’ai trouvé intéressant de voir comment les auteur.ices ont décidé d’exploiter ce thème.

Toutefois, je dois dire qu’à mon goût, deux nouvelles se détachent clairement du lot, à savoir les deux dernières même si celle de Céline Chevet amorce déjà cette fin en apothéose.

La première est donc Neuf jours pour l’enfer où Aiden R. Martin raconte l’histoire de Jane Grey, la reine des neuf jours qui a précédé bien malgré elle le règne de Marie Tudor en Angleterre à la fin du 16e siècle. Le lecteur suit son parcours, le complot dans lequel elle se retrouve embarquée par sa famille et les conséquences de tout cela sur sa vie. La nouvelle se déroule sur plusieurs années et est écrite à la première personne, avec Jane en guise de narratrice avec des alternances entre le passé et le présent, ce qui donne des scènes courtes mais percutantes. Au moment des faits, Jane n’a que dix-sept ans et vu trop de choses dans sa courte vie… Le grand atout de ce texte réside dans la plume de l’auteur, immersive et détonante. Il s’agit en plus de sa toute première publication ! Un beau succès, je vais surveiller sa carrière de près.

La seconde est, sans trop de surprise je crois, les 9 fantômes de Mayfair de Gwendolyn Kiste à qui on doit également le roman Filles de rouille paru aux éditions du Chat Noir l’année dernière, dont j’ai déjà eu le plaisir de parler. Il s’agit d’une visite guidée d’un lieu mystérieux où se trouvent neuf fantômes, qu’un.e narrateur.ice nous décrit à l’imagine d’un.e guide de foire ou de lieu culturel fantastico-gothique. C’est très original et bien mené, l’autrice n’a besoin que de quelques pages pour développer son idée, simple mais efficace. Le meilleur, cette fois-ci, se trouvait effectivement à la fin ! J’ai dévoré ce texte et je me réjouis de lire d’autres romans de cette autrice.

La conclusion de l’ombre : 
L’anthologie 9 des éditions du Chat Noir marque l’anniversaire de la maison d’édition et se compose de neuf nouvelles, chacune tournant autour du chiffre 9. C’était la seule consigne de l’éditeur et ça a donné des textes très diversifiés, proposés par des auteur.ices débutant.es ou non. Pour un prix plus que modique (moins de 15 euros !), on retrouve un ouvrage intéressant qui vaut le coup d’œil.

D’autres avis : pas encore, du moins à ma connaissance.

capture-decc81cran-2021-06-06-acc80-15.04.03
#S4F3 : 16e lecture

Yellow Jessamine, secrets empoisonnés – Caitlin Starling

26
Yellow Jessamine, secrets empoisonnés
est une novella de fantasy gothique écrite par l’autrice américaine Caitlin Starling et traduite par Hélène Mathis. Publiée aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce texte sur leur site internet au prix de 14.90 euros.

Cette novella traine depuis début d’année (moment de sa sortie) dans ma PàL sans que je puisse expliquer pour quelle raison j’ai attendu autant pour l’en tirer. Je le regrette après coup car il rejoint le rang des pépites dénichées par les éditions du Chat Noir dans la littérature anglosaxonne. On peut dire que l’éditrice a un sacré flair là-dessus car il est très rare (bien que ce soit déjà arrivé) que je sois déçue par l’une de leurs traductions.

De quoi ça parle ?
Lady Evelyn Perdanu dirige une société de transport maritime depuis la ville fictive de Delphinium (qui est le nom d’une plante, la boucle est bouclée !). La cité subit un blocus suite à une révolution au sein de l’Empire, ce qui l’isole de plus en plus. Pour ne rien arranger, une étrange maladie se répand, plongeant les personnes atteintes dans une étrange catatonie. Pour plusieurs raisons, Evelyn est certaine d’être liée à cette épidémie et tente de s’en protéger en s’enfermant dans son manoir où elle étouffe sous le poids de ses secrets.

Une fantasy gothique de haute volée.
Voilà un moment que je n’avais pas eu l’occasion de lire un texte gothique aussi bien maîtrisé. Il ne faut que quelques pages à l’autrice pour poser une ambiance sombre et angoissante, qui titillera les instincts claustrophobes des lecteurices les plus sensibles. Cette ambiance est la plus grande force de ce texte selon moi car on sent l’inévitable se rapprocher à chaque inspiration, à l’instar d’Evelyn qui sent la Mort venir et tente par tous les moyens de la repousser. Le lecteur s’interroge alors : qu’est-ce qui tient du réel ? Qu’est-ce qui tient de la paranoïa d’Evelyn ? Et qu’est-ce qui appartient véritablement au registre du surnaturel ? Car l’un des trois mots apparaissant sur la quatrième de couverture pour décrire ce roman est « folie » et on peut dire qu’elle prend en effet une ampleur considérable à mesure qu’on tourne les dernières pages…

Pour vous donner une idée, la novella s’ouvre sur un navire en train de brûler au large de la ville, après que des cas de peste s’y soient déclarés. Evelyn est alors appelée au port car il s’avère que le Vérité, l’un de ses propres navires, subit aussi les assauts d’une étrange maladie. Le ton est donné dés les premières lignes !

L’autre grande force de Yellow Jessamine est justement ce personnage d’Evelyn Perdanu, devenue héritière de cette compagnie maritime par la force des choses (tous les membres de sa famille meurent mystérieusement les uns après les autres) et spécialiste en botanique. Cette compétence lui permet de préparer des remèdes comme des poisons. Toute vêtue de noir, elle porte le voile du deuil depuis plus de vingt ans et n’a rien d’une héroïne classique. Deux facettes s’affrontent en elle : d’un côté son visage public, froid et digne, qui inspire une forme de respect pervertie par la crainte car son aide se révèle à double tranchant. De l’autre, c’est une personne fragile qui aspire simplement à être aimée, comprise, une attention que lui donne Violetta, son assistante. J’ai trouvé leur relation tragique et touchante, c’est la première fois depuis longtemps que je suis un duo uniquement féminin où aucun homme ne se mêle de leur dynamique. C’est rafraichissant. Bien évidemment, de nombreux secrets, sombres et empoisonnés, tournent autour de ce personnage, justifiant le sous-titre évocateur de la novella.

Pour ne rien gâcher, l’objet livre est, comme toujours, soigné. La couverture est identique à la version originale et on comprend pourquoi en lisant Yellow Jessamine. J’ai rarement vu une illustration coller à ce point au contenu ! Quant à l’intérieur, on reste sur une mise en page plus classique mais on retrouve tout de même quelques plantes illustrées, comme dans un livre de botanique. Des plantes, évidemment, liées à l’intrigue…

Tous ces éléments et d’autres que je vais taire pour ne pas gâcher votre lecture font de Yellow Jessamine une pépite dans le genre gothique que je recommande plus que chaudement.

D’autres avis : Livraisons LittérairesZoé prend la plume – vous ?

Logo ProjetOmbre
+1 novella
Avancée du challenge : 38 formats courts lus en 2021.
capture-decc81cran-2021-06-06-acc80-15.04.03
#S4F3s7 : 4e lecture

Sous les sabots des dieux (duologie) – Céline Chevet

Un petit avant-propos…
Ce n’est pas la première fois que je vous parle de Céline Chevet sur le blog. Je la découvrais en janvier 2019 avec son premier roman publié dans la collection Neko du Chat Noir : la fille qui tressait les nuages. Ce thriller fantastique qui se déroulait dans un Japon moderne, onirique et surréaliste m’avait conquise et c’est en toute confiance que je me suis lancée dans son second one-shot, édité quelques mois plus tard dans la même structure et intitulé cette fois les chaînes du silence. On y quittait le Japon pour une allégorie de l’Europe moyenâgeuse et une réappropriation astucieuse du mythe vampire au sein d’un roman de fantasy. Nous étions alors en avril 2020 et j’avais aussi été conquise bien que d’une façon différente. Nous voici alors en octobre 2020, toujours chez le même éditeur, avec l’annonce d’une série en deux volumes cette fois ! L’autrice retourne en Asie mais laisse le Japon pour la Corée et change encore d’époque. Toute à ma hâte et déjà bien convaincue du talent de Céline Chevet (qui n’a plus rien à prouver en ce qui me concerne) je me suis lancée dans cette lecture qui fut un succès.

Nous voici donc déjà en 2021, avril pour être exacte, où sortait le second (et dernier) tome du diptyque de Céline Chevet titré Sous les sabots des dieux et édité par le Chat Noir. Ce roman, à mes yeux atypique, se déroule en Corée au VIIe siècle et je vous en avais rédigé une présentation après ma lecture du premier tome. Je vous invite à la relire en cliquant ici. Pour le cas où vous auriez la flemme (ça arrive !) voici en quelques mots ce que j’en disais : « Le premier tome de Sous les sabots des dieux est une véritable réussite sur tous les plans. Céline Chevet emmène son lecteur en Corée, au VIIe siècle pour un roman historico-fantastique qui changera la face des Trois Royaumes ! À travers une galerie de personnages travaillés, l’autrice propose une intrigue solide aux thématiques multiples, maîtrisée de bout en bout. Impossible de reposer ce texte une fois commencé. »

Sans plus attendre, je peux déjà vous dire que la suite (et fin) recevra de ma part d’identiques louanges.

12
C’est toujours délicat de chroniquer un tome 2 car la lecture de la chronique intéresse, a priori, uniquement les personnes qui ont déjà lu le premier tome puisque des divulgâchages sont possibles. J’étais à deux doigts d’éditer mon premier article afin d’y ajouter un encart mais j’ai finalement décidé de lui consacrer un billet entier parce que je me rends compte que cette série n’a pas eu, selon moi, le rayonnement qu’elle mérite -en partie par la faute de la situation sanitaire. Peut-être aussi à cause de ses thèmes, de son contexte historique, des craintes que certain.es pourraient avoir quant à la facilité de compréhension de tous ces mots / titres / lieux en coréen. Parfois, certains romans n’ont pas de chance mais j’espère que ce billet attirera votre attention sur cette duologie et vous donnera envie de la lire.

Premier point important : l’autrice a tout fait pour rendre son univers accessible. Tout le monde ne porte pas intérêt à la culture asiatique, tout le monde n’a pas l’habitude des noms et des mots avec cette consonnance, alors Céline Chevet a non seulement proposé une carte mais aussi un lexique des personnages (avec leurs titres rappelés en note de bas de page) ainsi qu’un résumé du volume précédent / du contexte historique. Elle donne vraiment toutes les clés pour que Sous les sabots des dieux puisse être lu par le plus grand nombre.

Contexte de l’histoire :
Le roman se déroule sur le territoire géographique de l’actuelle Corée, au VIIe siècle. À cette époque, on parle des Trois Royaumes (Silla, Baekje et Goguryeo) au sein desquels les alliances et les conflits rythment le quotidien. Un ennemi puissant se dresse d’ailleurs à leur frontière, incarnée par les Tang de Chine et leurs visées expansionnistes. Le roi de Silla va décider de s’allier avec eux, provoquant la colère de Baekje et, évidemment, un nouveau conflit. Il s’agit donc tout d’abord d’un roman politique (et guerrier) puisque ce fond contextuel va influencer sur les différents protagonistes.

Il s’agit également d’un roman religieux puisqu’à cette époque, le bouddhisme prend de plus en plus d’ampleur et remplace les divinités polythéistes du shintoïsme. Haneul, la protagoniste principale, étant prêtresse et fille de prêtresse, on assiste aux tensions inéluctables entre les anciennes croyances et les nouvelles, qui cherchent non pas à les absorber mais à les éradiquer, les décrédibiliser. Ces anciennes croyances apportent la touche de fantastique mystique du roman puisque Haneul, à l’aide de complexes rituels, peut visiter l’entre-monde et recevoir des messages des dieux sous forme de métaphore qu’elle doit apprendre à décrypter. Ces messages, elle doit les délivrer à la famille royale quand ceux-ci se tournent vers elle, afin de les guider dans leurs choix politiques et guerriers.

Enfin, il s’agit également d’un roman social puisque plus d’une fois, l’autrice met en scène la société de l’époque avec ses travers, ses castes, ses mœurs, ses exigences. Au départ, on pourrait croire que la lutte ne concerne que les puissants mais deux personnages particuliers vont se préoccuper du devenir du peuple, incapables de comprendre pourquoi la vie de quelqu’un qui n’est pas de sang royal ou noble vaut moins. Même si ce n’est pas le cœur de l’intrigue, cet aspect n’est pas négligeable et renvoie des messages forts.

Les femmes sous les sabots des dieux.
Je vous ai déjà détaillé les différents protagonistes principaux dans mon précédent article, je ne vais donc pas y revenir hormis pour parler de Haneul et des figures féminines qui gravitent autour d’elle au sein du second volume. Cette partie ne contiendra aucune révélation, rassurez-vous !

En réalité, Sous les sabots des dieux raconte bien évidemment de quelle manière les Trois Royaumes vont être unifiés (non je ne divulgâche rien, vous vous doutez bien que si on l’appelle maintenant Corée, c’est qu’il y a une raison !) mais il relate surtout l’histoire d’une femme qui s’étend sur plusieurs années et même plusieurs décennies. Une femme qu’on rencontre presque à l’enfance, qu’on voit grandir, changer face aux épreuves, gagner en maturité, souffrir, se battre, aimer et haïr, trahir et regretter. Même si le roman ne se concentre pas uniquement sur son point de vue, tous les évènements sont reliés à elle d’une manière ou d’une autre et ont une influence plus ou moins grande sur sa vie. Pour ne rien gâcher, Haneul est un personnage complexe, ambigu, qu’on apprécie parfois, qu’on déteste souvent mais qu’on comprend toujours, finalement, parce qu’on n’aurait sûrement pas fait mieux à sa place.

Dans le second volume, l’autrice a rajouté des personnages féminins passionnants (la reine Jaeui en est le parfait exemple) et même une femme transgenre, ce qui pourrait surprendre vu le contexte historique mais ce serait oublier que ces questions ne sont pas apparues par miracle au 21e siècle, même si certain/es se plaisent à le croire. Pirate (c’est son prénom / surnom) est une belle réussite à mes yeux car Céline Chevet retransmet bien sa souffrance qu’implique le fait de devoir vivre dans un corps qui ne lui correspond pas (sans pour autant le faire tomber dans le mélodrame dépressif), l’irrespect des gens qui ne comprennent pas sa volonté d’être un homme, d’être genré en homme et qui le ramènent toujours à sa féminité physique quand ils cherchent à l’humilier ou à prendre l’ascendant sur sa personne. Tous ces éléments, on s’en rend d’autant plus compte au sein de cette société aussi codifiée et sexiste.
La dynamique relationnelle qui existe entre Haneul et Pirate ne manque pas de panache. Finalement, quand on prend un peu de recul et qu’on réfléchit, ce sont ces personnages plus que les rois et les militaires qui tiennent entre leurs mains l’avenir de ces Trois Royaumes. L’époux de Jaeui reconnait d’ailleurs Haneul pour son érudition, son intellect, sa capacité à analyser les choses politiques plus que pour ses pouvoirs mystiques ou son physique. Cela ne signifie pas que les hommes sont mis de côté car plusieurs figures historiques ont un rôle fondamental à jouer, rôle que l’autrice ne leur nie pas un seul instant (pensons à Kim Yushin et à la force de ses valeurs morales !) et Pirate, en tant qu’homme, en tant qu’ami, est fondamental au bien être de Haneul.

Finalement, cette duologie, c’est pour qui ? 
Selon moi, Sous les sabots des dieux est à recommander à des personnes qui aiment l’Histoire, la politique et les intrigues de cour en tout premier lieu plus qu’à des lecteurs purement orientés sur l’imaginaire car iels pourraient ressortir frustré.es de leur lecture s’iels ne sont pas prévenu.es avant du contenu exact de ces deux volumes. C’est un roman humain dans tout ce que ce terme comprend de paradoxe et de souffrance mais aussi de réalité crue, cruelle et frustrante, il faudra donc que le/a lecteur.ice accepte d’être bousculé.e. De puissantes émotions se dégagent de ce texte, accompagnées par une noirceur mélancolique qui laisse songeur quand on referme le second volume. Sa lecture ne laisse donc pas indifférent.e.
Enfin, dernier conseil : lisez les deux tomes à la suite l’un de l’autre car je trouve qu’il s’agit plus vite d’une seule œuvre coupée en deux pour des raisons éditoriales que de deux romans distincts.

Envie de tenter l’aventure ?
Vous pouvez commander le tome 1 et le tome 2 sur le site des Éditions du Chat Noir !

D’autres avis : Fungi Lumini (sur le tome 1) – vous ?

Les Chuchoteurs #1 le prince des oubliés – Estelle Vagner

17
Le prince des oubliés
est le premier tome de la nouvelle saga d’urban fantasy de l’autrice française Estelle Vagner, saga intitulée les Chuchoteurs. Publié aux éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman sur leur site au prix de 19.90 euros dans sa version papier.

J’ai déjà eu l’occasion de parler de l’autrice et ce dés les débuts du blog puisque j’ai découvert sa première saga, Kayla Marchal, trois mois après mes débuts sur la blogo. Vous pouvez (re)lire mes chroniques du tome 1du tome 2du tome 3. En quelques mots, Estelle Vagner écrit de l’urban fantasy qui se déroule toujours en France, est divertissante et sans prise de tête, avec une dose d’humour mais aussi une certaine noirceur. Ces ingrédients donnaient un cocktail détonnant et réussi qui explique le très grand succès de sa série (prix Imaginales notamment et du propre aveu de l’éditeur, plus gros succès commercial du Chat Noir).
Un succès mérité.

Elle revient 3 années plus tard presque jour pour jour avec une nouvelle série intitulée les Chuchoteurs. J’avais compris qu’il s’agissait d’une duologie MAIS je vois que le nombre de tomes exact n’est pas renseigné sur le site donc peut-être qu’on aura droit à une trilogie ? Suspens. C’est toutefois sans la moindre crainte que je me suis lancée dans cette lecture car j’étais certaine d’y retrouver tout ce qui m’avait séduite dans sa première série. Et j’avais raison !

De quoi ça parle ?
Jonah et Lucas sont orphelins depuis l’âge de 4 ans et ils en ont 16 le jour où d’étranges pouvoirs liés aux éléments se déclenchent quand ils sont au lycée. Ils découvrent qu’ils sont tous les deux des Chuchoteurs, à l’instar de Martin, leur oncle et tuteur. Ils vont devoir apprendre à maîtriser leur pouvoir très rapidement car leur arrivée dessine une cible sur le front des jumeaux. Un Chasseur en veut aux Chuchoteurs et ils vont devoir se battre pour sauver leur peau.

Un pitch classique, vous vous dites.
Ne tombez pas dans le panneau.

De l’urban fantasy à la sauce… pokémon.
Les Chuchoteurs sont des humains qui parlent (chuchotent plus exactement) aux éléments pour s’en faire obéir. Ils peuvent se lier avec un cryptide, qui est un animal doté de certains pouvoirs et capables de posséder une forme évoluée. Un chien, un lapin, un loup, un serpent, une araignée, on trouve ces bestioles un peu partout et elles s’attaquent d’emblée, de manière un peu aléatoire, à tout Chuchoteur non lié… Nancy devient alors presque aussi dangereuse que les hautes herbes de Kanto, dans lesquelles je me suis perdue des heures sur ma vieille Game Boy Color.

Les Chuchoteurs gagnent de la puissance de différentes façons. Tuer les cryptides en est une, se lier à eux aussi mais ils ne peuvent se lier qu’à un seul animal et n’ont pas le choix de celui-ci. Il faut espérer avoir de la chance… Cela donne une galerie de personnages humains et non humains vraiment délirante puisque les cryptides sont doués de conscience et donc ont des noms, peuvent parler à leur Chuchoteur, faire de l’humour… Le rendu d’ensemble est assez fun et permet de se confronter à des personnalités animalières aussi diverses que déjantées. Mention spéciale à Orion grâce à qui j’ai eu des barres de rire mais je ne vous divulgâcherai pas sa nature pour autant.

J’ai souvent l’impression que l’urban fantasy a du mal à se renouveler mais Estelle Vagner prouve le contraire. Certes, l’intrigue est classique (découverte de pouvoirs chez des adolescents, quête de puissance, ennemi taré et cruel à éliminer) et certains archétypes bien présents chez les personnages. Pourtant, ça fonctionne du tonnerre, transformant ce premier tome en un efficace page-turner.

Des personnages crédibles et attachants.
L’histoire alterne plusieurs parties et points de vue. Le lecteur suit majoritairement Jonah dans une narration à la première personne. Jonah est le jumeau le plus raisonnable, un peu faible de caractère qui refuse de tuer des cryptides pour augmenter son propre pouvoir. C’est un adolescent vraiment sympa, qui possède ses forces et ses faiblesses. Je l’ai trouvé très humain et crédible, davantage plaisant que son frère -du moins à mon goût.

L’autrice rédige parfois un ou deux chapitres du point de vue de Lucas, toujours à la première personne, qui servent à nuancer certains propos tenus et à avoir un autre point de vue. Enfin, elle inclut des pages du journal intime de ce fameux Prince des oubliés (toujours à la première personne) qui permettront, à terme, de comprendre les motivations des antagonistes après s’être fait balader la moitié du bouquin avec une certaine efficacité.

Mais la palme du personnage humain le plus cool revient à Yann, le meilleur ami, qui est pourtant un archétype du meilleur pote geek pas du tout flippé par ce qui arrive alors que quand même, c’est énorme… Estelle Vagner lui a donné une véritable personnalité, une véritable utilité et me l’a rendu très attachant. Il m’a rappelé l’un de mes propres personnages, ça a beaucoup joué.

Par contre, je me dois de préciser que la majorité des personnages principaux de ce roman sont masculins. Cela ne me dérange pas sur un plan personnel car ça n’a rien d’une démarche sexiste (d’autant que dans sa précédente saga, l’héroïne était une femme et quelle femme !), c’est juste que l’histoire est celle de jumeaux, de leur meilleur ami et de leur tuteur mais je sais que c’est un élément qui peut fâcher certain/es lecteur/ices donc je préfère prévenir.

La conclusion de l’ombre :
Au cas où ce n’était pas clair, j’ai été très emballée par ce nouveau roman d’Estelle Vagner qui est un excellent divertissement et me donne envie de lire davantage d’urban fantasy de cette qualité. C’est fun, sombre juste comme il faut, très inventif et bien rythmé. De quoi passer un bon moment de lecture avec ce page-turner efficace !

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

printempsimaginaire2017
Dix-neuvième lecture – pas de défi

Fragments et cicatrices – Sophie Dabat

13
Fragments et cicatrices
est un recueil de nouvelles écrites par l’autrice française Sophie Dabat. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous le trouverez sur leur boutique au prix de 19.90 euros.

De quoi ça parle ?
À travers quinze textes qui s’inscrivent dans différents genres de l’imaginaire, l’autrice met en scène des femmes. Des femmes ordinaires, des femmes mythiques, des déesses oubliées, des créatures surnaturelles, des femmes qui essaient de se battre pour leur droit à être ce qu’elles désirent.

Un recueil aux genres pluriels.
Fragments et cicatrices ne s’inscrit pas dans un seul genre littéraire et ça a été ma première surprise. Puisqu’il était publié au Chat Noir en 2014, je m’attendais à lire des nouvelles appartenant toutes au registre du fantastique mais la plupart tiennent plutôt de la fantasy et même, pour deux d’entre elles, de la science-fiction. Ce sont des genres quasiment absents du catalogue de cet éditeur (totalement même en ce qui concerne la SF). Ce n’est pas un problème mais je ne m’y attendais pas et cela a participé à la richesse thématique du recueil. Je dois aussi préciser que certaines de ces nouvelles ne sont pas inédites et ont été publiées dans des revues comme le Calepin Jaune, Lanfeust Mag, Caprophanaeus, Éclats de rêve, Station fiction, Dragon et Microship ou Notes et Merveilles. J’avoue humblement n’en connaitre aucune. Du coup, six textes seulement sont inédits pour le Chat Noir.

Je ne vais pas m’attarder sur chaque texte de manière individuelle mais sachez que vous allez trouver, en vrac : une chevalière, une nécropasseuse, une polymorphe, une vampire, une sorcière, une Parque et bien d’autres. Aucun texte ne ressemble au précédent ce qui fait que je n’ai jamais ressenti de lassitude ou de redondance. Il y en a vraiment pour tous les goûts et je vous propose de mettre en avant les trois qui m’ont le plus touchée en tant que lectrice.

Je précise aussi que sur les 15, je n’ai pas achevé la lecture de deux textes parce qu’ils ne correspondaient pas trop à ce que j’avais envie de lire sur le moment, ce qui fait que je n’en compte « que » 13 pour le #ProjetOmbre.

Hamadryade
Hamadryade raconte l’histoire d’un arbre à travers le temps et de l’esprit féminin qui l’habite. On le suit depuis sa naissance il y a deux millénaires jusqu’à sa fin dans un futur pas si lointain. On voit l’évolution des hommes, de leurs croyances, de leur rapport à la nature, la cruauté de certains actes et de certains modèles de pensées. L’autrice le met en scène à travers les échanges et les liens que la hamadryade va tisser avec eux. J’ai été très touchée par cette nouvelle au ton résolument pessimiste qui, pourtant, est bien trop d’actualité. Un petit bijou !

Réminiscences
Nolwenn doit écrire une rédaction en français autour du thème du dragon et on ne peut pas dire qu’elle soit très inspirée… Elle s’endort et rêve qu’elle est une dragonne, libre et forte, pourtant pourchassée par les hommes qui lui volent de plus en plus de territoire. Les deux situations sont évidemment liées… Même si le thème de la transformation en créature mythique reste assez classique, je trouve que l’autrice a bien retranscrit l’aspect métamorphose et force féminine notamment face aux parents démissionnaires (père violent, mère victime). En quelques pages, Sophie Dabat aborde beaucoup de thèmes sans que ça ne paraisse lourd ou fourre-tout. Toutefois, j’ai tellement apprécié le principe que j’aurais aimé un texte plus long, plus développé, où j’aurais pu retrouver Nolwenn. Il y avait ici de la matière à écrire un bon roman.

La femme diamantée
Cette nouvelle raconte l’histoire d’une dame âgée qui chute sur un trottoir dans l’indifférence générale et se blesse au bras. Le début du texte a provoqué en moi un profond sentiment de révolte mêlé à de la compassion pour cette pauvre femme que personne ne s’arrête pour redresser et ce pendant plus d’une heure. Le pire c’est que je suis certaine que ça doit arriver tous les jours… La nouvelle se poursuit en montrant les soucis de santé qui découlent de cet accident ainsi qu’une mystérieuse transformation qui va s’opérer dans le corps de cette dame. L’autrice choisit ici d’écrire comme un enchaînement d’instantanés. Des situations courtes, parfois de quelques lignes, un dialogue ou l’autre, qui avancent dans le temps au fil des mois pour montrer l’évolution de cette pathologie. C’est la phrase de conclusion prononcée par le prêtre qui m’a vraiment touchée et m’a donné envie de sourire durablement. Une très belle réussite avec beaucoup de sensibilité et de subtilité.

La conclusion de l’ombre :
Fragments et cicatrices est un recueil de nouvelles fantastiques, fantasy et de science-fiction toutes écrites par l’autrice française Sophie Dabat. Leur autre point commun est de mettre en scène des personnalités féminines dans des situations très diverses, parfois avec des réécritures de mythe, parfois des femmes ordinaires, qui ont toutes un but et une existence propre. L’autrice maîtrise parfaitement le genre de la nouvelle (ce qui n’est pas toujours le cas partout hélas) et c’est un régal à découvrir ! Voilà un recueil tout à fait recommandable.

printempsimaginaire2017
Septième lecture – Défi « contes fantastiques »
(lire un recueil de nouvelles)
Logo ProjetOmbre
+13 nouvelles
Avancée du challenge : 22 nouvelles lues)