Nixi Turner contre les croquemitaines #1 Baba Yaga – Fabien Clavel

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Nixi Turner
est une saga composée de cinq volumes -dont deux déjà édités- écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés (9 – 12 ans) vous trouverez ce roman court au prix de 10 euros.

Nawel angoisse à l’idée de faire sa rentrée au collège Gustave-Caillebotte et l’avenir lui donnera raison. Harcelée à cause de ses origines modestes, elle est en plus la proie de Baba Yaga. Heureusement, Nixi Turner traine dans les parages. Les adultes ne peuvent pas la voir et elle n’a qu’une mission : traquer les croquemitaines.

Le concept de cette collection est vraiment plaisant. En quelques mots, il s’agit de traiter des thèmes sombres du quotidien dans des romans gothiques à destination d’un public jeune. Tout un pari et je le trouve assez réussi pour le moment. Ma lecture m’a donné envie d’approfondir mes découvertes.

Nixi Turner, c’est Buffy contre les vampires version collège ! Selon l’éditeur, le concept est de traiter de problèmes rencontrés par cette tranche d’âge à travers des créatures surnaturelles qui vont les personnifier. Ici, par exemple, Baba Yaga incarne la rumeur et toutes ses dérives. Je trouve l’idée vraiment judicieuse. Fabien Clavel s’en sort très bien pour horrifier son lecteur. Pas tant avec les croquemitaines qu’avec les comportements intolérables des autres élèves ! J’ai été choquée plus d’une fois, j’avais même du mal à croire que ce soit possible d’aller aussi loin. Et pourtant…

Nixi Turner c’est donc un roman qui apprend et qui divertit en même temps. J’ai déjà croisé le style de Fabien Clavel dans Asynchrone et s’il a rendu sa plume accessible, il ne l’a pas infantilisé pour autant comme cela arrive parfois dans les romans jeunesses. Nouveau bon point.

Quant au dernier et non des moindres, il s’agit de l’héroïne. Nixi Turner intrigue par son apparence, par son caractère. Les chapitres s’alternent tantôt de son point de vue, tantôt de celui de Nawel mais on ignore beaucoup à son sujet. Pourquoi chasse-t-elle les croquemitaines? Qui lui donne ses missions? Où vit-elle normalement? J’ai hâte de découvrir cela dans les prochains volumes. Quant à Nawel, elle ne laisse pas indifférente et je l’ai trouvée très humaine. Fabien Clavel ne la transforme pas en sainte. Elle a ses préoccupations égoïstes, ressent des émotions très fortes. Quand Hugo lui tend la main, elle le repousse parce qu’elle craint que sa popularité ne chute encore plus au lieu de s’allier avec lui, ce qui est cruel. On la sent perdue et on a envie de la secouer plus d’une fois. J’ai beaucoup aimé le traitement des personnages, qui me parait réaliste.

Pour résumer, le premier tome de Nixi Turner pose les bases d’une saga prometteuse à destination d’un public pré-adolescent mais qui peut aussi bien être lue par des adultes. Fabien Clavel propose un concept simple mais efficace: personnifier les problèmes rencontrés par les jeunes en les incarnant à travers un bestiaire fantastique ici inspiré de la mythologie slave. L’auteur s’en sort très bien dans le respect de son public cible et offre un roman court qui secoue. On le lit volontiers d’une traite et on le recommandera aux parents comme aux professeurs. Une réussite !

Le Carrousel Éternel #2 Paper Dolls – Anya Allyn

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Le Carrousel Éternel est une saga fantastico-horrifique en quatre tomes écrite par l’autrice australienne Anya Allyn, Paper Dolls en est le second volume. Publié dans sa version française aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros. Sachez que la série est complète à ce jour donc vous pouvez très bien vous lancer sans attendre !

Rappelez-vous, je vous ai parlé du premier tome lors de sa sortie en 2017. Cette chronique contient des éléments cachés pour m’éviter de vous divulgâcher le contenu du roman. Il suffit de surligner les passages incriminés pour qu’ils se révèlent à vous.

Cassie a réussi à sortir de la maison des poupées et à ramener de l’aide pour sauver ceux encore prisonniers. Elle tente de retrouver une vie normale après ces tragiques événements mais personne ne la laisse oublier. Encore moins certains fantômes bien décidés à se servir d’elle. Parallèlement à ça nous suivons l’histoire de Jessamine en 1920 ce qui permet d’en apprendre davantage sur les origines de cette tragédie.

J’ai lu le premier tome à sa sortie il y a deux ans et je n’en gardais que de vagues souvenirs. Pourtant, il ne m’a pas fallu 10 pages pour replonger tête la première dans cet univers incroyable. Anya Allyn dispose de cette magie des mots qui nous ensorcelle et nous fascine. Difficile de lâcher ce roman une fois entamé. Je l’ai d’ailleurs lu en moins de vingt-quatre heures.

Les parties sur Cassie comme celles de Jessamine sont rédigées à la première personne et chaque héroïne est bien caractérisée. Du côté de Cassie, on la suit dans son quotidien pendant qu’elle essaie de se remettre. J’apprécie ce personnage mais j’ai déploré sa naïveté plus d’une fois. Je ne la trouve pas suffisamment méfiante envers les autres vu ce qu’elle a vécu. On pourrait se dire qu’elle reste une ado de 15 ans mais quand même, comment ne pas se rendre compte que Zack et Emerson étaient trop gentils? Et prévenants? Et que dire de leurs parents ?! Outre un nom de famille qui donne un indice au lecteur attentif, on se doute directement qu’il y a anguille sous roche et on a envie de passer des pages pour enfin arriver à la grande révélation car ces parties trainent un peu trop en longueur et en shopping / moments superficiels entre filles / il est trop beau et embrasse trop bien. J’ai eu envie de secouer Cassie pour qu’elle utilise son cerveau, alors qu’elle s’en sert très bien pour tout le reste. C’est hélas l’aspect un peu trop young adult du roman, les filles deviennent idiotes quand un beau garçon se retrouve mêlé à leur quotidien, surtout quand un autre garçon vient juste de les trahir… Heureusement, dans ce cas précis, même si je l’ai relevé, ça ne m’a pas non plus empêchée de me passionner pour ce texte justement parce que je pense que l’autrice a écrit son roman de cette manière totalement à dessein. Et ce qui se déroule tout à la fin renforce ma certitude.

Les parties sur Jessamine aident beaucoup à l’addictivité de Paper Dolls. J’ai apprécié me retrouver dans cette ambiance de cirque au début du 20e siècle , tous ces mystères, ces horreurs, cette sensibilité chez cette fille qui nous terrifiait dans le premier volume. J’ai ressenti énormément d’empathie pour elle et je me pose encore pas mal de questions à son sujet, j’espère qu’on la reverra. D’autant que ça nous donne des explications sur les mystères habilement tissés dans le premier tome et sans que ça paraisse forcé. Selon moi, l’autrice a beaucoup mieux maîtrisé ces passages de son roman que ceux avec Cassie mais ce ressenti m’est tout personnel.

Paper Dolls de classe dans l’horreur autant que dans le fantastique. La frontière n’est pas toujours claire, on est parfois tenté de croire que ce n’est pas réel jusqu’à ce que le texte assume complètement sa composante surnaturelle. J’ai été très surprise qu’elle exploite la thématique du multivers d’une manière aussi crédible. C’est quelque chose qu’on retrouve beaucoup dans les comics et moins dans les romans, encore moins dans ce type-ci et ce qu’Anya Allyn dessine pour le moment me plait. L’autrice joue très bien avec son lecteur, elle le balade et le rend accro puis termine systématiquement sur un cliffhanger de folie. Personnellement, je n’avais plus tourné les pages avec une telle avidité depuis un moment et je ne suis pas vraiment le public cible… Je crois qu’on peut parler d’une réussite.

Pour résumer, Paper Dolls est une suite à la hauteur de Dollhouse et gagne même en qualité ce qui est de bon augure pour la suite. Le roman est digne de sa magnifique couverture (signée par Mina M.) en offrant un texte fantastico-horrifique très addictif, plein d’émotions, écrit avec une narration à la première personne maîtrisée. Je suis bien contente d’avoir les deux derniers tomes dans ma PàL et j’affirme qu’ils n’y resteront pas longtemps. Je vous recommande chaudement cette saga qui n’aura pas fini de vous surprendre !

Loin de lui le soleil – Vincent Tassy

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Loin de lui le soleil
est le nouveau roman gothique de l’auteur français Vincent Tassy. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce titre au prix de 14.90 euro à partir du 31 octobre 2019, date de sa sortie officielle.

Ce texte est une préquelle du roman Apostasie dont je vous ai déjà parlé par le passé. Un texte si enthousiasmant que j’en ai écrit une chronique sur le blog alors que je l’ai lu un an avant, lors de sa sortie en 2016. Si vous ne connaissez pas cet auteur ou son travail, je vous encourage très chaudement à vous jeter dessus sans attendre une seconde de plus. Évidemment, son univers particulier et sa plume unique ne plaira pas à tout le monde mais pour ma part, je le lis chaque fois avec un plaisir immense.

À l’instar d’Apostasie, il me parait difficile de chroniquer Loin de lui le soleil. Du moins, pas d’une manière classique. Il y a des romans qu’on ne peut simplement pas résumer ou expliquer sans en gâcher la magie. Il m’est seulement possible, en quelques mots, de vous dévoiler le contexte: Alvare a aimé Alphée dés qu’il a posé les yeux sur lui. Il imagine donc son histoire passée et raconte la leur à partir de leur rencontre. Alvare l’explique lui même, ce livre dévoile peut être la vérité, peut être pas. Il l’ignore. La réponse n’arrive jamais vraiment et au fond, on n’en a pas besoin.

Comme d’habitude, Vincent Tassy nous offre un roman puissant et onirique au seuil duquel il vaut mieux laisser son esprit cartésien. Il ne faut pas chercher à comprendre, à poser des mots ou des concepts modernes sur ce qu’on lit. Le lecteur doit se laisser porter par la musicalité du texte, intensifiée par une ponctuation totalement signifiante. Un magnifique travail d’auteur. J’entendais les mots chanter dans ma tête à mesure que je tournais les pages et une fois arrivée à la fin, au moment de refermer le livre, j’ai ressenti un vide, un tournis. Il est assez rare qu’un auteur parvienne à me captiver autant. Lire un roman de Vincent Tassy, c’est une expérience toujours savoureuse et unique. Chaque texte se ressemble et pourtant, ses lecteurs le comprendront, chacun d’eux a sa propre personnalité.

Je ne vais pas en dire davantage. Il y a des romans sur lesquels il n’est pas nécessaire de disserter en long et en large. Des textes qu’on ne doit pas déconstruire pour les réduire à une liste de thématiques car ça revient à révéler des secrets que vous, lecteur, méritez de découvrir seuls en tête à tête avec ces pages. Loin de lui le soleil est un roman inscrit dans la mouvance gothique, assez dur et sombre mais sublime dans sa noirceur. Il ne vous laissera pas indifférent pourvu que vous acceptiez de jouer le jeu de l’auteur. C’est une histoire d’amour, celle d’une passion dévorante qui mériterait qu’on lui invente un terme pour rendre justice à son intensité. C’est aussi une histoire de vampires, comme on aimerait en lire plus souvent.

Pour résumer et si ce n’était pas clair, Loin de lui le soleil est un coup de cœur dont je recommande la lecture. Comme tous les romans de Vincent Tassy, il peut se lire de manière indépendante et ce même s’il est bien une préquelle à l’excellent Apostasie. Texte gothique et onirique servi par une plume poétiquement sublime, Loin de lui le soleil est une nouvelle réussite pour l’excellente collection Griffe Sombre des Éditions du Chat Noir.

Le club des érudits hallucinés – Marie-Lucie Bougon

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Le club des érudits hallucinés est un one-shot steampunk écrit par l’autrice française Marie-Lucie Bougon. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Black Steam, vous trouverez cet ouvrage au prix de 19.90 euros.

Eugénia est l’andréïde, celle décrite dans l’Eve du futur, le célèbre roman précurseur en science-fiction rédigé par Villiers de l’Isle-Adam. Pourtant, sa réalité n’a rien avoir avec la fiction imaginée par l’auteur. Amnésique et recueillie par le professeur Brussière qui en fait son apprentie, Eugénia est en quête de ses origines. Pour répondre à ses questions existentielles, elle sera soutenue par les membres du Cénacle : la médium Barberine Fricka, l’explorateur Victor Cassieux, l’autre assistant du professeur, Eusèbe d’Orlille et le riche ennuyé Alcibiade de Voraise. Ensemble, ils tenteront de répondre à une simple question : une machine peut-elle avoir une âme?

J’ai un goût prononcé pour les romans steampunk dénichés par les Éditions du Chat Noir. Ils ne manquent jamais d’originalité, de personnalité ni de style et c’est ce que j’ai eu le plaisir de découvrir ici.

Le roman s’ouvre sur une nouvelle parue dans l’anthologie des Montres Enchantées et qui a été la genèse du roman. Si j’ai trouvé intéressant de pouvoir en prendre connaissance, j’ai malheureusement eu un sentiment de redondance avec le début du roman où l’autrice plaçait très bien ses personnages sans besoin de rappel. Heureusement, il s’agit du seul reproche que j’ai à adresser au roman en dehors de quelques petites coquilles qui seront promptement corrigées au second tirage.

En effet, Marie-Lucie Bougon propose un univers d’une grande richesse. La plupart de l’intrigue se déroule à Paris mais Eusèbe prend à un moment donné son envol pour l’intrigante République Savante d’Outremer. L’endroit, situé dans le grand nord, rassemble une importante communauté scientifique et se présente comme un éden de la science autant que de la culture tout en restant neutre vis à vis de la politique mondiale. J’ai trouvé l’idée séduisante. Ainsi, l’autrice ne se contente pas d’imaginer des machines incroyables ou de se questionner sur les fondements de l’âme, elle s’intéresse aussi à la politique, ce qui donne une dimension supplémentaire à son roman.

L’idée centrale du club des érudits hallucinés s’articule autour de la biomutation. Le professeur Brussière remarque en effet que certaines machines ou jouets qu’il a pu construire commencent à s’animer comme contaminés par les sentiments inspirés par ceux qui les possèdent. Il suffit de voir l’expérience de la tortue pour s’en convaincre. C’est ce propos qui va traverser tout le livre avec, d’un côté, des scientifiques qui y voient un miracle et de l’autre, une défaillance. Bien que le roman prenne place à la fin du 19e siècle, il a, je trouve, un questionnement extrêmement moderne pour notre époque où on s’interroge sur les I.A. et sur les avancées de la robotique. Voilà une métaphore bien élaborée !

Non contente d’écrire un roman intelligent, Marie-Lucie Goudin propose également des personnages aussi excentriques qu’attachants. Sans grande surprise, ma préférence va à Alcibiade mais chacun d’eux est plaisant à suivre. Alcibiade à ce côté esthète riche qui s’ennuie et se cherche un but dans la vie, qui s’habille avec goût mais originalité, qui excelle aux duels et surtout, qui ne recherche pas l’amour. D’ailleurs, le club des érudits hallucinés dégage beaucoup d’émotions mais pas un seul love interest (du moins déclaré), ce qui est aussi plaisant que remarquable.
Quant aux autres, Eusèbe est séduisant par sa naïveté et son désir d’apprendre. Le professeur Brussière est un scientifique curieux de tout mais paternel et bienveillant. Quant à Mme Fricka, on la prend d’abord pour une charlatante mais on découvre une complexité inattendue chez son personnage à mesure que le récit avance. Pour ne rien gâcher, Eugénia, qui est le point central de ce récit, est une fille sensible et fragile sans tomber dans les archétypes habituels. Elle commet des erreurs, déborde d’émotions, ne manque pas de cœur et tente de surmonter de profonds traumatismes dont les souvenirs lui reviennent à mesure que sa quête de réponses avance.

Pour évoquer le récit en lui-même, sachez qu’il se découpe en plusieurs styles formels. Un article de presse, une vingtaine de lettres pour évoquer la correspondance des protagonistes, le journal à souvenirs d’Eugénia (rédigé à la première personne) et des chapitres plus conventionnels. Je n’ai eu aucun problème à passer de l’un à l’autre. À mon sens, dans un roman steampunk, impossible de se couper totalement du style épistolaire que l’autrice maîtrise très bien.

Pour résumer, le club des érudits hallucinés est une belle découverte. Dernier né de la collection Black Steam des Éditions du Chat Noir, il est à la hauteur de ses prédécesseurs par son intelligence et son propos, servis par une intrigue passionnante et un univers riche. La plume de Marie-Lucie Bougon n’y est pas pour rien et transmet sans effort les émotions des personnages, auxquels on s’attache immédiatement. Je recommande chaudement la lecture de ce one-shot aux adeptes du steampunk mais plus globalement, à ceux qui ont envie de lire un très bon roman d’une autrice prometteuse car il n’est pas uniquement dédié à un public expert. J’espère qu’elle écrira à nouveau dans ce style littéraire !

#PLIB2020 Les héritiers d’Higashi #1 Okami-Hime – Clémence Godefroy

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Okami-Hime est le premier tome de la saga des héritiers d’Higashi écrite par l’autrice française Clémence Godefroy. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Neko, vous trouverez ce titre au prix de 14.90 euros.
Ceci est ma 25e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 5e lecture pour le Mois de la Fantasy, il valide les catégories suivantes: un livre écrit par une femme, un livre écrit par un auteur francophone, une nouveauté de ma PàL et un livre avec une couverture bleue.

À Higashi, il existe plusieurs espèces de bakemonos qui prennent soin de vivre cachées depuis la fin de la grande guerre qui les opposa au clan Odai. Ces derniers règnent sans partage sur l’archipel depuis plus d’un siècle et c’est dans ce contexte que nous suivons l’histoire d’une série de personnages féminins. Ayané est une discipline de la Main Pure qui brûle de se voir confier une mission d’importance. Cela arrive quand on lui demande de protéger / surveiller une princesse otage de guerre, Numié Dayut. Une femme pas comme les autres, héritière d’un clan du Nord qui tient encore tête aux Odai.
Si l’intrigue principale se concentre sur Ayané et Numié, une intrigue parallèle se développe avec le personnage de Yoriko, une nekomata accro au jeu. Pour fuir ses dettes, elle va s’engager au palais et grimper les échelons jusqu’à devenir dame de compagnie. Cela permet au lecteur d’avoir un œil sur ce qui se passe là-bas et de comprendre davantage les tenants et aboutissants de l’univers sur un plan politique mais aussi social.

Un univers d’une grande richesse, donc. Clémence Godefroy exploite la mythologie japonaise avec brio et dépeint avec justesse cette ambiance toute nippone qui se ressent à chaque page du roman. Si elle n’a pas incorporé de lexique, cela ne se révèle pas gênant pour autant puisqu’elle prend la peine d’expliquer (et sans longueurs s’il vous plait) les différents termes en langue étrangère. Notez toutefois que je suis une habituée de ce type de littérature et que je consomme énormément de mangas, donc je manque peut-être un peu de recul là-dessus.

C’est toutefois justement la raison qui m’a fait dévorer ce roman: j’avais le sentiment de lire un manga. L’écriture maîtrisée de Clémence Godefroy permet d’aisément visualiser les différentes scènes, ce qui donne à son texte une dimension graphique dont je suis friande. Notez que ce qui est une qualité pour moi peut se transformer en défaut pour d’autres. Comme dans les mangas, les personnages paraissent parfois trop empreints d’émotions brutes, tout ce qui touche à la sphère sentimentale sera peut-être jugé comme trop passionné si pas illogique par certains mais là où ça me gêne dans les romans traditionnels, je n’ai eu aucun souci ici. Peut-être justement parce que je lisais Okami-Hime comme un manga plus que comme un roman.

Je le précise parce que, on ne va pas se mentir, il y a une romance assez présente dans le texte. Mais si elle a une certaine importance, elle n’éclipse pas non plus la totalité de l’univers pour s’épanouir. Au contraire ! Dans cette diégèse, ça colle. Et j’ai apprécié la justesse de l’autrice qui a su jongler avec les différents éléments de son roman pour trouver un bon équilibre. Outre le folklore et les évolutions de chaque protagoniste, Clémence Godefroy nous propose aussi de découvrir un morceau de société japonaise médiévale, principalement grâce à Yoriko, ce qui n’est pas dénué d’intérêt.

Quoi qu’il en soit, j’ai adoré ce texte dévoré presque d’une traite. J’ai du m’arrêter pour aller bosser mais je continuais sur mes pauses, avide de me replonger dans cet univers dont on s’imprègne si facilement. La passion de l’autrice pour le Japon se ressent au fil des pages et se transmet. Elle s’approprie cet univers si particulier à nos yeux occidentaux pour lui donner une identité propre et l’ensemble rend très bien.

Pour résumer, le premier tome des héritiers d’Higashi est une réussite. L’autrice emporte son lecteur dans un Japon médiéval et alternatif sur les traces des bakemonos. Dans un univers typé merveilleux et poétique comme un Ghibli avec une touche de peps et de modernité, Clémence Godefroy propose une intrigue tout public qui plaira aux aficionados de la culture nippone comme à ceux qui débutent car le texte reste, selon moi, très accessible. Je recommande chaudement ce roman et j’attends avec impatience de pouvoir lire la suite !

Les Chroniques Homérides #2 – l’Ultime Oracle – Alison Germain

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L’Ultime Oracle
est le second tome de la trilogie les Chroniques Homérides écrit par l’autrice française Alison Germain. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce tome au prix de 19.90 euros.
Ceci est ma 19e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Rappelez-vous, je vous avais déjà parlé du premier tome à sa sortie en octobre 2017 !

Nous retrouvons Louise aux portes d’Hestiapolis. Sauvée des griffes de Nicholas O’Flammel par l’un des Gardiens de la Cité, elle peut enfin souffler et retrouver les gens qui comptent pour elle : non seulement sa famille mais aussi certains homérides rencontrés dans le tome 1. Malheureusement pour Louise, son répit sera de courte durée car son ennemi rôde toujours et convoite le souffle de Midas. Pour la protéger, on la prive de liberté mais cela suffira-t-il à garder les menaces à distance?

Ce second tome réunit tous les éléments positifs du premier en s’améliorant encore. On sent que l’autrice a réfléchi sur son histoire mais surtout, sur son écriture. Le lecteur continue à suivre Louise dans une narration à la première personne, ce qui permet une immersion dans sa psyché. L’empathie se développe naturellement pour cette jeune femme autour de qui le monde s’écroule. Alison Germain propose un bel exemple de résilience avec Louise qui ne recule pas devant les difficultés sans pour autant trop en faire. Elle n’est pas infaillible mais elle surmonte les difficultés et fait des choix difficiles. Je l’ai trouvée assez juste, humaine et éloignée des héroïnes sans saveur qu’on trouve trop souvent dans l’urban fantasy. Sans compter qu’Angus étant absent de la cité une grande partie du roman, l’autrice se concentre beaucoup plus sur l’univers et sur l’intrigue ! Ce qui n’est pas pour me déplaire.

Louise n’est pas la seule à être suivie par le lecteur. Dans ce tome, quelques chapitres sont rédigés du point de vue d’Ellie, la prêtresse d’Apollon déjà croisée dans le tome précédent. J’ai apprécié cette plongée dans la vie et les tourments de cette éternelle adolescente qui a su me toucher par sa dévotion et ses émotions brutes. On sent son évolution au fil du roman et cela apporte un contraste bienvenu avec Louise ainsi qu’une richesse supplémentaire. Bonne idée de la part de l’autrice !

Le lecteur découvre avec avidité la réappropriation des mythes grecs antiques, la façon dont s’organisent les homérides, leurs légendes, leur style de vie, leurs coutumes, etc. On sent que l’autrice a effectué beaucoup de recherches ! À ce niveau, ce second tome est extrêmement riche et gagne en complexité en comparaison du premier qui servait, évidemment, d’introduction. Qui œuvre pour O’Flammel (je ne vous spoile pas sa véritable identité mais vous la connaîtrez assez vite) ? Que cherche-t-il ? Si les deux premiers tiers du roman servent surtout à remettre Louise sur pied et à lui faire découvrir l’univers dans lequel elle évolue désormais en plus de réfléchir sur les motivations du grand méchant, l’action arrive ensuite et s’enchaine très vite. Peut-être un peu trop par endroit mais ça promet pour l’ultime tome ! Notez qu’à partir de ce moment-là, le roman prend une tournure assez sombre à laquelle on ne s’attend pas spécialement. Comme une éclipse, sauf qu’on ne sait pas encore quand le soleil (ouais, double sens, tout ça, vous comprendrez en lisant) se lèvera à nouveau. J’ai vraiment aimé ce parti pris !

L’autrice aurait pu s’arrêter là mais elle en profite pour lancer le dernier tome de sa saga en posant des indices pour la suite et en ramenant ses protagonistes à Londres pour y rencontrer… Quelqu’un. Je ne vous dis pas qui mais je suis très enthousiaste de découvrir à quelle sauce Louise va être mangée, cette fois. On ne va pas se mentir, certains indices sont assez gros et le hasard fait bien les choses mais bon. Ça arrive, parfois.

Après, comprenons-nous. Ce titre reste de l’urban fantasy, avec ses codes que l’autrice respecte et son ton propre à son genre littéraire. Il ne conviendra probablement pas à tous les lecteurs. Par contre, il ravira largement les adeptes du genre ! Sur un plan personnel, ce n’est plus trop ma came mais j’ai pourtant passé un excellent moment. Comme quoi…

Pour résumer, Alison Germain propose un second tome au-dessus du premier en terme de rythme et de qualité. Elle prend le temps de développer son univers riche en se réappropriant la mythologie grecque avec brio. Son héroïne attachante et humaine se développe et gagne en indépendance, ce qu’on peut apprécier à sa juste valeur. C’est l’amitié et la force des liens familiaux qui dominent ici et ça fait du bien, pour une fois. On sent une évolution conséquente dans la qualité du texte et on ne peut que se réjouir, du coup, de l’arrivée du troisième tome si elle continue sur cette voie. Une saga à lire si vous aimez l’urban fantasy et que vous avez envie de sortir de vos habitudes en vous plongeant dans la mythologie grecque. Un divertissement de qualité !

Waterwitch – Alex Bell

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Waterwitch est un one-shot fantastique horrifique écrit par l’autrice anglaise Alex Bell. Traduit par les Éditions du Chat Noir dans sa collection Cheshire, vous trouverez ce texte au prix de 19.90 euros au format papier.

Emma revient en Cornouailles sept ans après un accident qui lui a coûté l’usage de ses jambes. Sa grand-mère est malade et elle veut passer du temps avec elle avant qu’il ne soit trop tard. Accompagnée par son chien guide Bailey, Emma retrouve également son meilleur ami d’enfance, Jem et sa petite sœur Shell. Pour échapper à un père violent, tous les deux vivent à Waterwitch, une auberge jadis rachetée par la grand-mère d’Emma qui est désormais mise en vente. Le bâtiment est réputé hanté car selon la légende, il aurait été construit avec le bois d’un bateau maudit, le fameux Waterwitch qui lui a donné son nom. Et l’esprit de la cave est particulièrement en colère contre nos héros.

Partant d’un postulat assez classique (un groupe de jeunes, un bâtiment hanté, les mises en garde trop nombreuses qui poussent encore plus Emma à s’approcher de l’auberge alors qu’on te l’avait dit hein, de pas y aller) et même cliché sur les premières pages, Waterwitch se révèle rapidement original et prenant.

Amoureux de la mer, de la sorcellerie et des superstitions, cet ouvrage comblera toutes vos attentes. Il sent l’iode et laisse les doigts poisseux de sel. On respire un grand bol d’air marin entre deux scènes oppressantes magistralement maîtrisées par l’autrice. Voilà une horreur crédible qui a su me jouer des tours et ce n’est pourtant pas si facile car je ne suis pas friande de ce genre. Souvent, je le trouve peu crédible mais Alex Bell sait y faire.

Contrairement à ce que laisse entendre le résumé de l’éditeur, Emma n’est pas l’héroïne de ce roman. Assez présente au début et très intéressante par son statut de personne à mobilité réduite, elle s’efface petit à petit au profit de Shell dont l’intérêt grandit en même temps que ses pouvoirs. Je tiens ici à préciser mon emploi du mot « intéressant » à côté de «personne à mobilité réduite » histoire que ça ne soit pas mal interprété. Souvent et surtout en littérature, on trouve des héros et des héroïnes en bonne santé qui marchent sur leurs deux jambes et souffrent de maux moraux ou psychologiques. Je ne me souviens pas avoir lu un jour un roman dans les genres de l’imaginaire avec une héroïne en fauteuil roulant. Je ne dis pas que ça n’existe pas, juste que je n’en ai jamais eu dans les mains alors que j’en lis quand même pas mal. Je n’imaginais pas forcément tout ce que pouvait impliquer une situation comme celle-là. L’autrice traite le handicap d’Emma d’une manière assez juste et intelligente en montrant les difficultés auxquelles ces personnes sont confrontées au quotidien sans pour autant la transformer en victime. À aucun moment elle n’inspire la pitié, au contraire. Franchement, les personnages sont un gros point fort dans Waterwitch.

Comme je le disais, Emma n’est pas vraiment l’héroïne du livre. Il y en a plutôt trois car Jem et Shell ne sont pas en reste. D’ailleurs, les chapitres courts proposent une alternance des points de vue à la première personne. Le nom du personnage qui s’exprime est chaque fois précisé dans l’en-tête.
Jem est un jeune homme qui cherche à  protéger sa sœur de leur père violent et qui se heurte aux réalités de la vie. Il fait ce qu’il peut pour gagner suffisamment d’argent afin de pouvoir manger chaque jour et ce n’est pas toujours possible. Quant à Shell, on se demande pendant tout le roman si elle est folle ou si elle a vraiment des pouvoirs. Ce doute qui plane se transmet aussi au lecteur et on tourne avidement les pages pour essayer de découvrir la vérité à son sujet.

Si l’autrice a parfois oublié de se servir des virgules, elle n’en a pas moins un style immersif et maîtrisé. Non seulement Alex Bell offre un roman fantastico-horrifique au top mais en plus elle parvient à traiter de sujets sociaux forts à travers ses trois héros: handicap, violence domestique, jeunes laissés seuls face à eux mêmes et à la difficulté de se nourrir, pour ne citer que les principaux. Ces deux aspects de ce roman se marient et s’équilibrent à merveille.

Pour conclure, je ne peux que vous recommander la lecture de Waterwitch qui se révèle une très belle découverte. Ce one-shot fantastico-horrifique séduira les adeptes du genre. Son ambiance marine sur fond de sorcellerie et de malédiction parait peut-être clichée sur le papier mais Alex Bell a plus d’un tour dans son sac ! Surtout avec ses personnages forts et attachants. Une très belle réussite (une de plus) pour les Éditions du Chat Noir.