Les damnés de Dana #3 les larmes de Dana – Ambre Dubois

13
Les damnés de Dana
est une trilogie historico-fantastique écrite par l’autrice française Ambre Dubois. Les larmes de Dana est son troisième (et dernier donc !) tome. Publié au Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce roman actuellement en promotion au prix de 10 euros au format papier.

Je vous ai déjà parlé de cette saga avec son premier tome (la dame sombre) et son second (les brumes du crépuscule). Comme il s’agit d’un troisième tome, cette chronique contiendra inévitablement des éléments divulgâchés. Vous êtes prévenus !

De quoi ça parle ?
Avec un nouvel empereur à sa tête, Rome décide d’attaquer les villages au nord du mur d’Hadrien afin de reprendre la conquête de cette terre qui ne lui a que trop résisté. Comme le craignait Mévéa, les deux étrangers dirigeant cette armée corrompent le Seuil des Anciens et rompe les liens qui existaient encore avec le monde des ombres. C’est la fin d’une ère qui se dessine…

Une conclusion surprenante.
Quand je lis une saga comme celle-là, je m’attends toujours à être déçue par sa conclusion, habituée comme je l’ai été avec la vague bit-lit à voir naître au fil des pages des solutions tarabiscotées et sans enjeux à des problèmes pourtant présentés comme insolubles. Il n’y a rien qui m’agace plus que cela, j’entamais donc la lecture de ce troisième tome un peu à reculons en craignant de revivre la même chose mais ça n’a pas du tout été le cas.

Avec les larmes de Dana, on comprend pour quelle raison ce cycle a été classé dans la collection Griffe Sombre du Chat Noir. L’autrice opte pour des choix osés. Elle décrit la guerre, les massacres, des tactiques douloureuses pour gagner un peu de terrain, des pratiques assez immondes et pourtant très crédibles selon moi. Je ne suis pas spécialiste de la période concernée ou même de l’Empire romain toutefois Ambre Dubois paraît avoir effectué des recherches solides sur ces sujets. Elle n’hésite pas à sacrifier des personnages récurrents et à faire prendre aux survivants des décisions radicales, offrant un épilogue qui m’a donné des frissons et un peu de vague à l’âme. Je n’en dis pas plus toutefois la surprise et l’intelligence du propos, de la démarche, ont vraiment su me surprendre dans le bon sens.

Alors comprenez moi, ça ne veut pas dire que tout le monde meurt dans la souffrance et les larmes, qu’il ne reste finalement rien à sauver. Non. J’entends par mon commentaire qu’Ambre Dubois a effectué des choix crédibles, judicieux, apportant un peu d’espoir sans que cela ne devienne risible ou improbable. L’autrice a trouvé un bon équilibre qui permet d’y croire jusqu’au bout. Au sein de ce genre littéraire, je n’avais plus lu cela depuis un moment.

Une héroïne déchue.
Il arrive fréquemment dans les histoires typées bit-lit que l’héroïne soit en réalité une espèce d’élue ou l’unique représentante d’une caste éteinte, pour grossir un peu le trait. Mévéa se dirigeait dans cette direction, gagnant en puissance petit à petit pour finalement terminer la saga… comme une simple humaine sans pouvoirs. Je m’attendais à ce qu’elle se montre déterminante dans les affrontements, à ce qu’elle sauve tout le monde en tant que Morrigane… mais non. J’ai aimé ce retour à l’humanité, finalement l’autrice illustre dans sa saga les derniers mots du Père des druides, se répondant à elle-même d’une façon assez astucieuse. Bien pensé !

Finalement, cette trilogie, c’est pour quel public ?
Pour le reste, je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà pu dire dans mes deux autres chroniques. Les défauts relevés (propres au genre) sont toujours là et les qualités également. La trilogie reste très constante à ce niveau, ce qui n’est pas plus mal.

Je recommande donc la lecture de cette saga :
À ceux qui aiment la mythologie celtique. C’est vraiment un pan important de la trilogie. S’y connaître n’est pas nécessaire mais apprécier les anciennes religions polythéistes est indispensable puisqu’une grosse partie de l’intrigue se construit justement dans l’opposition entre le christianisme et les croyances antérieures.
À ceux qui aiment la culture vampirique. Ambre Dubois a beau proposer une interprétation différente et liée à la mythologie celtique de leur existence, ces créatures respectent les codes institués dans le genre bit-lit. Même si l’autrice apporte des réponses sur l’attirance de Morcant pour Mévéa dans le dernier tome, cela peut rebuter les lecteurs qui ont eu leur dose.
À ceux qui aiment la période historique correspondant à la conquête de Britannia. L’autrice ne prétend pas du tout écrire un roman historique (elle le dit dans sa post-face) toutefois elle a effectué des recherches et adapté ce qu’elle a trouvé à son propre imaginaire. Un spécialiste y verra peut-être des énormités incohérentes toutefois le commun des mortels (auquel j’appartiens !) appréciera probablement de découvrir une saga qui se déroule à ce moment peu exploité de l’Histoire dans ce genre littéraire particulier.

La conclusion de l’ombre :
Alors que je commençais la lecture de cette trilogie sans trop y croire et que je lui ai trouvé certains défauts propres à son genre (des défauts qui tiennent d’une affaire de goût) je termine ma lecture sur une bonne surprise et un sentiment positif. Je suis contente d’avoir laissé sa chance à cette saga qui compte parmi les premières publiées aux éditions du Chat Noir. Je vous en recommande la lecture si vous entrez dans les conditions listées précédemment dans cet article, vous ne serez pas déçu(e)s !

D’autres avis : aucun, c’est le moment de lui faire une place 🙂

104830016_196628828305750_7386869054363146438_n

#TAG – mes 9 incontournables (récents) en SFFF

incontournablesSFFF
Tout a commencé un jour d’été…
Enfin, plus ou moins. Tout a commencé par une prise de conscience de Nevertwhere. Souvent, au début des périodes type « vacances » on voit fleurir bon nombre de listes, des conseils sur les romans incontournables… Mais si, tu la connais, cette liste où on te dit que tu dois lire Tolkien et Asimov et Martin et machin et ainsi de suite des fois que tu vives dans une grotte et que tu n’aies jamais entendu parler des classiques SFFF. Sauf que, spoiler alert, il existe d’excellents romans récents qu’on peut également classer parmi les incontournables de la SFFF. Par récent, on entend tout ce qui a été publié au 21e siècle donc après 2000. La date de publication en VO fait foi mais j’ai noté celle en VF parce que bah… Je lis en français donc voilà. J’ai vérifié quand même, les neuf titres respectent la règle !

Comme plusieurs blogpotes, je réponds donc présente à cet appel et je génère ma propre liste qui compte neuf romans. Croyez moi, ça n’a pas été simple de les choisir… J’ai fixé ma bibliothèque en me demandant pourquoi ce roman-là plutôt que celui d’à côté, raison pour laquelle je publie trois plombes après tout le monde. J’ai finalement opté pour des textes qui -selon moi- sont innovants, différents, qui apportent vraiment quelque chose au genre qu’ils représentent pour une raison ou une autre que je vais évidemment détailler au lieu de « juste » prendre les romans que j’ai aimé lire. Si vous cliquez sur le titre, vous retrouverez chaque fois le lien de ma chronique complète qui vous apportera un complément non négligeable d’informations.

Je songe d’ailleurs à adapter ce tag pour les mangas dans un futur plus ou moins proche mais on aura l’occasion d’en reparler. N’hésitez pas à me donner votre avis sur cette idée !

23
Terra Ignota #1 Trop semblable à l’éclair – Ada Palmer (Le Bélial en 2016)
Immense surprise que de trouver ce roman dans cette liste, n’est-ce pas (non.) ? À ce jour il compte parmi les plus grosses claques littéraires que j’ai pu prendre dans ma vie et je vous détaille pour quelle raison dans ma chronique. Ce roman n’est pas accessible à tous, je pense qu’il est nécessaire de préparer en amont sa lecture pour en profiter correctement toutefois c’est très clairement un énorme chef-d’œuvre incontournable.

57901
Les poisons de Katharz – Audrey Alwett (ActuSF en 2016)
Un one-shot brillant bourré d’humour noir qui prend place dans un univers medieval fantasy. L’autrice prend le contrepied des codes du genre et s’éclate avec, ça se sent. Tout est parfait dans ce texte, ça a été un coup de coeur magistral que je recommande à ceux qui d’une part aiment ce genre mais aussi qui ont une petite affinité avec la parodie à la Pratchett / Lang.

51701
Je suis ton ombre – Morgane Caussarieu (Mnémos – 2014)
Grosse surprise aussi pour celui-là, pas vrai (non, encore.) ? Si vous trainez un peu sur le blog, vous savez à quel point je vénère Morgane Caussarieu en tant qu’autrice. Pour moi, elle est la reine du genre vampirique et elle atteint sa quintessence dans ce roman aussi cruel que décadent. Un must read.

Redshirts_au_mepris_du_danger
Redshirts – John Scalzi (L’atalante – 2013)
Il s’agit du premier Scalzi que j’ai lu et je garde une affection toute particulière pour lui parce que ça a été une grosse claque ainsi que la découverte d’un de mes auteurs devenu préféré. Dans Redshirts, on se retrouve dans un univers qui rappelle les séries à la Star Trek où les personnages sans grade ont tendance à mourir alors que leurs supérieurs survivent toujours. Étrange… On va donc suivre l’un de ces sans grade qui va essayer de comprendre pourquoi les siens meurent et comment y échapper. C’est aussi drôle qu’intelligent, un équilibre parfait comme seul Scalzi peut en trouver. Franchement, si vous ne devez en lire qu’un seul dans votre vie, choisissez celui-ci.

7
Royaume de vent et de colères – Jean-Laurent Del Socorro (ActuSF – 2018)
J’ai lu ce texte récemment et je l’ai trouvé parfait. Certes il s’agit davantage d’un roman historique avec une pointe de magie toutefois il appartient au genre SFFF et mérite d’être lu. Avec Fabien Cerutti, je trouve que cet auteur fait autorité dans le genre historico-magique (bien que les deux soient très différents dans leur approche) et moi qui adore l’Histoire, forcément… Pour ne rien gâcher, Jean-Laurent Del Socorro maîtrise très bien la psychologie de ses personnages et ce à un remarquable degré. N’hésitez pas ! J’ai opté pour ce roman parce que c’est celui que j’ai préféré dans la bibliographie de l’auteur mais sachez que chacun de ses textes est tout à fait recommandable.

13
La fille qui tressait les nuages – Céline Chevet (Chat Noir – 2018)
Proposer un roman surréaliste en 2018, fallait déjà l’oser. Le placer au Japon ? Encore plus. Pourtant, ce texte n’arrête pas de surprendre, de vivre, de décrocher des prix aussi. Je le comprends aisément. Tout qui possède une petite sensibilité avec la culture et l’ambiance nippone ne peut qu’adhérer à ce thriller fantastique maîtrisé de bout en bout et porteur d’une délicieuse touche de cruauté. Franchement ça a été une énorme claque pour moi et la découverte d’une autrice talentueuse à suivre assurément.

12
L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu (Le Bélial – 2016)
Cette novella reste à ce jour et selon moi le meilleur UHL publié par le Bélial. En une centaine de pages et avec une narration originale sous forme de documentaire, Ken Liu interroge, révèle, dérange avec une maîtrise stupéfiante. J’ai rarement lu un texte qui m’a autant fait me questionner. En plus, on est dans la SF, oui, mais avec un fort bagage historique sur des évènements de la seconde guerre mondiale qu’on connaît assez peu.

41-mBRtznsL._SX210_
Le Bâtard de Kosigan – Fabien Cerutti (Mnémos – 2014)
Outre le fait qu’il s’agit du premier Mnémos que j’ai lu dans ma vie -ce qui lui donne une saveur particulière- je trouve cette saga incontournable dans le paysage de la fantasy moderne, même s’il s’agit de fantasy historique. Fabien Cerutti est passionné par l’Histoire avec un grand H et s’amuse à exploiter ses failles en proposant un folklore et un concept vraiment novateur. Et si les légendes avaient existé ? Et si quelqu’un avait effacé leur présence des archives humaines? Et si…
Outre un solide background, l’auteur créé aussi des personnages intéressants et une intrigue où on ne s’ennuie jamais.

9791090648869
Les Seigneurs de Bohen – Estelle Faye (Critic – 2017)
Je ne vais pas dire que je gardais le meilleur pour la fin… Mais pas loin. Pour moi Estelle Faye est à la tête d’une nouvelle vague en fantasy francophone qui met l’accent sur la représentation et la diversité dans ses textes, sans sacrifier à son intrigue et sans tomber dans le manichéisme. L’univers de Bohen est passionnant et on y est vite accro grâce à ses personnages riches. Il existe une suite, les Révoltés de Bohen, que je trouve encore meilleure (c’est dire !) donc je recommande bien entendu la lecture de l’ensemble.

Comme je l’ai signalé au début de ce billet, la liste a été difficile à établir pour moi et c’est en lisant celle des blogpotes que d’autres idées me sont venues. Je vous invite donc à vraiment découvrir chacune des listes ci-dessous afin de vous en inspirer au maximum pour vos prochaines lectures 🙂

D’autres listes : LorkhanLes notes d’AnouchkaChut… Maman lit !l’ours incultele chien critiqueL’épaule d’OrionAu pays des cave trollsLa bibliothèque d’AelinelLes chroniques d’AcherontiaXapur – Lianne de livres en livres (fantasySF) – vous ?

Vous aussi, fournissez votre propre liste et partagez la avec le #incontournablesSFFF !

Le secret du colibri – Jaye Robin Brown

5
Le secret du colibri est un one-shot young adult contemporain écrit par l’autrice américaine Jaye Robin Brown. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Chat Blanc, vous trouverez ce roman au prix de 19.9 euros.

De quoi ça parle ?
Jessica souffre d’élans colériques et elle se bat pour les maîtriser. Quand elle rencontre Vivi, l’avenir semble radieux. Hélas, Vivi décède à cause de son asthme et la descente aux Enfers commence pour Jess. Entre passé et présent, une tranche de vie quotidienne poignante et humaine.

Une alternance des temps.
Jaye Robin Brown décide de narrer son histoire à la première personne, du point de vue de Jess. Le lecteur la rencontre alors que la mort de sa petite amie, Vivi, date de quelques jours à peine. La souffrance est palpable à chaque ligne sans pour autant paraître lourde ou exagérée. À travers ce maelstrom d’émotions, l’autrice insère des notes plus douces grâce à des chapitres dédiés au passé, ce qui permet de connaître les détails de la relation entre les deux adolescentes : leur rencontre, leur premier baiser, leurs passions, ce qu’elles s’apportent l’une à l’autre. C’est doux, agréable et surtout, pas bêtement idéalisé. Cet aspect humain m’a sauté aux yeux durant toute ma lecture tant l’autrice le maîtrise de tout en bout.

Évoquer l’amour (lesbien).
Le secret du colibri est le premier roman que je lis qui traite en thématique principale d’une relation amoureuse entre deux femmes et c’est ce qui m’a tout de suite attirée dans ce titre (un peu comme pour Je ne suis pas un gay de fiction même si on parle plus souvent de relations entre hommes qu’entre femmes, du moins j’en ai l’impression). En cette période où on évoque beaucoup la problématique de la représentation de la femme mais aussi de la communauté LGBTQ+ en fiction, j’avais envie de me plonger dans un roman de ce genre et j’en ressors enchantée. Jaye Robin Brown développe énormément de sujets importants autour de l’amour : la notion de consentement, la première fois dans l’intimité, la pression sociale qui existe autour de la sexualité « dans la norme ». Comme son héroïne est une adolescente, l’autrice ne va pas trop loin et ne tombe pas dans les descriptions explicites ou le voyeurisme graveleux. Il s’agit ici de traiter des émotions en priorité. Sans être le public cible (vous le savez, la romance et moi…) j’ai beaucoup aimé me plonger dans ce roman car non seulement la relation principale concerne deux femmes mais on trouve aussi la présence d’un personnage qu’on soupçonne d’asexualité. Et c’est bien la première fois que je croise ce terme dans un roman, ce que je trouve vraiment extraordinaire ! J’ignore si l’autrice appartient elle-même à la communauté LGBTQ+ mais quoi qu’il en soit, elle en parle avec beaucoup de justesse, d’intelligence et de respect.

Évoquer le deuil.
Le secret du colibri n’est pas une romance même si on y parle beaucoup d’amour. C’est avant toute autre chose un roman sur le deuil, sur la façon de le vivre, de le gérer, de l’affronter au quotidien avec ses hauts et ses bas mais aussi sur la manière de se reconstruire dans l’après. Jessica est confrontée à des réactions très différentes, du camarade crétin qui se moque de la mort de sa petite amie parce qu’elle est « gouine » à sa mère très compréhensive en passant par sa grande-sœur qui a du mal à concevoir qu’elle n’ait pas tourné la page au bout d’un mois. Une fois de plus, l’autrice brille par ses choix de narration très humains et crédibles. Dans une note finale de sa main, on apprend qu’elle a écrit ce roman suite à un deuil qu’elle a vécu bien qu’elle précise que cette histoire n’a rien d’autobiographique. Et bien, on le sent. Jaye Robin Brown ne se contente pas de reprendre les étapes théoriques du deuil, elle y apporte de la nuance, de la subtilité, avec une surprenante maîtrise. Aucun manichéisme ici mais beaucoup de douceur, d’espoir, de réussites et d’échecs. J’y ai cru du début à la fin, l’autrice est parvenue à m’embarquer dans le coeur de Jess avec une surprenante maestria.

Un roman très moderne d’utilité publique.
J’ai refermé ce texte en me disant que j’avais envie de le donner à lire à mes élèves parce qu’il aborde de nombreux thèmes actuels et permettra probablement des prises de conscience chez son lecteur en plus d’entrainer de passionnantes discussions. Le secret du colibri joue beaucoup sur l’aspect psychologique, sur les émotions plutôt que sur l’action. Au final sur le plan de l’intrigue en elle-même, il ne se passe pas « grand chose » puisque l’autrice narre le récit d’une reconstruction, une reconstruction à travers l’art et non pas de grandes aventures ou des drames en chaîne. C’est véritablement une tranche de vie commune dotée d’une profonde richesse autant stylistique que thématique.

L’art salvateur.
Grâce aux chapitres dans le passé, le lecteur apprend que Jess souffre de crises colériques depuis le décès de son père militaire dans son enfance. Elle travaille à gérer ses émotions et à ne plus se battre sans arrêt. C’est dans un but thérapeutique qu’elle commence à dessiner et il se trouve qu’elle possède un certain talent, talent que Vivi la poussera à exploiter. Lors de son second deuil, l’art reste inaccessible à Jess qui se sent privée de toute inspiration, celle-ci ayant disparue avec sa petite amie. Pourtant, l’art continuera de tenir une place importante dans le récit et aidera Jess à remonter la pente. Pas en un claquement de doigt, pas du jour au lendemain, mais en lui permettant de poser un pied après l’autre. Sans hésitation, ce récit plaira aux artistes, à tous ceux qui ont un jour ressenti une pulsion créatrice.

En parlant d’art, le roman contient plusieurs dessins d’oiseaux vraiment superbes qui accompagnent le récit puisqu’il s’agit de ceux réalisés par Jess ! Ils illustrent également la passion de Vivi pour l’ornithologie. C’est un détail en soi mais ça rappelle à quel point le Chat Noir soigne la mise en page de ses romans.

La conclusion de l’ombre.
Le secret du colibri est un très beau roman autour de l’amour entre deux femmes, du deuil et de la manière dont on peut se reconstruire après une perte. Jaye Robin Brown raconte avec une narration à la première personne l’histoire de Jessica et la façon dont elle tentera de surmonter le décès si soudain de sa petite amie Vivi. Avec une plume douce et sincère, l’autrice signe un texte poignant dont on ne ressort pas indifférent, qu’on soit ou non le public cible. Une découverte que je recommande très chaudement !

D’autres avis : Recto VersoLes instants volés à la vieLa bibliothèque de ChloéLa droguerie écrite – vous ?

Tu es belle Apolline – Marianne Stern

6
Tu es belle Apolline
est un one-shot young adult de littérature blanche écrit par l’autrice française Marianne Stern. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Chat Blanc, vous pouvez commander ce titre directement sur leur site Internet. Il s’agit d’une des nouveautés qui a souffert de la crise COVID-19 donc n’hésitez vraiment pas à tenter l’aventure.

De quoi ça parle?
Aux yeux de la société, Apolline a tout pour être heureuse : une mère riche et mannequin, une belle maison, peu de pression parentale… Pourtant, elle souffre. Elle mène une guerre contre la nourriture, obsédée par son poids, laissée seule face à ses démons par une mère carriériste qui refuse de divulguer l’identité de son père. Un père qui manque à Apolline…

Apolline, une protagoniste hors normes.
J’ai souvent tendance à associer la littérature young-adult à des héroïnes féminines (dans tous les sens du terme), qui prennent soin d’elle, qui sont obsédées par un garçon, relativement bonnes élèves, sérieuses, respectueuses, bref qui rentrent dans les clous de ce que la majorité des gens imaginent quand ils pensent « adolescente propre sur elle ». J’ai conscience de faire ici une généralité toutefois on ne peut nier qu’Apolline n’a rien d’une protagoniste comme les autres.

Apolline est métaleuse et germanophile. Elle fume des joints, elle boit aussi et se mutile pour exorciser son malêtre. Pour ne rien arranger, elle est anorexique mais refuse de le reconnaître. Par certains côtés, je me suis revue au même âge : différente, jugée, avec des interactions sociales difficiles. Du coup, je n’ai eu aucun mal à non seulement m’attacher à elle mais également à la trouver crédible. Toutefois, j’ai lu à plusieurs reprises que ce n’était  pas évident pour tout le monde donc vous êtes prévenus.

Le roman est écrit à la première personne donc le lecteur vit l’histoire uniquement du point de vue d’Apolline. Le texte se veut psychologique, immersif. Nous vous attendez pas à des rebondissements dans tous les sens ou des évènements spectaculaires. Marianne Stern raconte la vie d’une adolescente presque comme les autres, décrivant avec maestria ses intenses tourments.

Apolline et l’anorexie.
L’anorexie est une grande thématique du roman. Apolline a grandi sous le même toit qu’une mère mannequin qui fait attention à son poids. Mutti ne lui a jamais adressé le moindre reproche ou fait peser une pression quelconque sur elle. Néanmoins, Apolline côtoie son style de vie, son style de beauté, c’est la norme pour elle de manger du céleri et boire du thé vert. Elle pèse quarante-quatre kilos à peine pour plus d’un mètre septante, on voit d’ailleurs ses os. Elle ne peut pas avaler une part de pizza sans ressentir un dégoût profond si bien décrit par l’autrice que mon propre estomac se rebellait à la lecture. L’ironie veut que je mangeais justement de la pizza le soir-même…

Le mot anorexie arrive tard dans le roman puisque Apolline vit dans le dénis. On évolue avec elle petit à petit vers l’acceptation de son état et un désir d’aller mieux, mêlé à une crainte : celle de finir à l’hôpital, endroit diabolisé par sa grand-mère qui le lui a d’abord présenté comme une menace pour l’obliger à manger. Fausse bonne idée… J’ai beaucoup apprécié le traitement de ce thème par l’autrice. Le choix de la subtilité permet au propos de gagner en force. Le concept fonctionne très bien.

Le culte des apparences.
Avec une mère mannequin, forcément, on ne peut pas passer à côté des préoccupations liées à l’apparence. Toutefois, l’autrice traite ce thème dans un sens plus large puisqu’elle met en scène la pression sociale du lycée. Apolline pose un œil critique sur ses camarades qu’elle trouve souvent grosses, hideuses. Cette fixette sur le gras n’est pas sans rappeler cette tendance de nos sociétés occidentales à mettre en avant la taille de guêpe et à donner dans le body shaming. D’ailleurs, Apolline va en être la victime elle aussi non seulement à cause de sa maladie mais aussi avec l’histoire des photos. Une situation vécue malheureusement par beaucoup d’adolescentes de nos jours, qui permettra de rappeler les protections les plus élémentaires.

La famille et le besoin d’attention.
Apolline a été élevée par une femme qui pensait d’abord à sa carrière. Un choix narratif intéressant parce que, pour une fois, je n’ai pas ressenti de critique contre celle qui a choisi son métier en essayant de se débrouiller avec son enfant. Mutti commet des erreurs, comme tout le monde. Elle est humaine, tout simplement. Apolline lui reproche par moment son comportement puis se rend compte elle-même que ce n’est pas forcément juste de sa part. J’ai trouvé le roman très moderne à ce sujet et décomplexant vis à vis des femmes actives. L’autrice s’engage ainsi, à sa façon, sur une question sociale forte en faisant à nouveau le choix de la subtilité.

L’absence du père créé un profond malaise chez Apolline. Elle a envie de le connaître mais sa mère refuse de lui donner des détails à son sujet. Comme elle a été escort-girl et qu’elle est tombée enceinte jeune, on imagine pendant un temps qu’il s’agit d’un accident avec un client. On se demande aussi, au fond, pourquoi conserver cet enfant? Une question matérialisée dans le roman par Carabosse, alias la grand-mère d’Apolline qui personnifie une société rétrograde, scrutatrice, étouffante.

Ces thématiques ne s’abordent pas à la légère et Marianne Stern l’a bien compris. Selon moi, l’autrice trouve un bel équilibre en proposant ainsi un roman très humain qui fonctionne bien.

Deutschland mein hertz in flammen will dich lieben und verdammen*
(Deutschland – Rammstein)
Tu es belle Apolline est, comme je l’ai déjà dit plus haut, un roman clairement germanophile. Apolline est fascinée par l’Allemagne, sa langue, son histoire, sa musique. Si la thématique ne vous intéresse pas ou que vous détestez ce qui vient de là-bas, vous risquez de vous heurter à un mur. Notre protagoniste écoute Rammstein, adore Till Lindemann (mais pas que), se donne la peine de s’investir uniquement au cours d’allemand et voue une admiration profonde à sa prof, mademoiselle Tallberg. Plusieurs phrases dans cette langue apparaissent dans le texte sans être traduite, toutefois on comprend leur signification approximative avec un peu de contexte. Je sais que ça a dérangé certains lecteurs mais ça n’a pas été mon cas puisque ça a participé à mon immersion dans ce roman. Je ne suis pas aussi accro à cette culture que l’autrice toutefois ça ne m’a pas empêchée de me régaler face à ces références ni de ressentir la passion de Marianne Stern pour ce sujet précis.

Tu es belle Apolline et That’s a long way to hell : des points communs ?
À ce stade, je ne peux m’empêcher d’effectuer un parallèle entre ce roman et That’s a long way to hell car on y retrouve des thèmes et des motifs semblables alors même que les histoires sont profondément différentes. Par exemple, l’idée de la mère seule et indépendante qui élève un enfant sans présence d’un père tout en refusant d’assouvir la curiosité de l’enfant quand il ou elle pose des questions. On retrouve aussi une germanophilie semblable. Si le roman se déroule en France et pas à Néo-Berlin, il est imprégné d’Allemagne à de nombreux niveaux. Enfin, on a deux personnages qui aiment la musique metal plus ou moins trash et qui sont auto-destructeurs. Apolline dans une moindre mesure que Hans… Quoi que ? Bref, quand on lit les deux romans, les similitudes sautent aux yeux pourtant ils n’ont pas grand chose en commun. Étrange paradoxe.

La conclusion de l’ombre :
Tu es belle Apolline est un roman young-adult de littérature blanche intéressant à découvrir pour son héroïne hors du commun et ses thématiques fortes. Marianne Stern aborde des sujets sociaux importants comme l’anorexie, le body-shaming, les difficultés familiales avec subtilité et maîtrise, ce qui rend le texte encore plus intense. Une fois commencé, impossible de lâcher ce roman que je recommande très chaudement même si vous n’êtes pas familier du genre. Il vaut le coup qu’on passe outre nos habitudes !

Nixi Turner contre les Croquemitaines #4 le Marchand de Sable – Fabien Clavel

5
Nixi Turner contre les croquemitaines
est une saga jeunesse fantastique en 5 tomes écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce roman en papier (uniquement !) au prix de 10 euros.

Pour vous rafraichir la mémoire, je vous invite à lire mon retour sur les trois premiers volumes : Baba Yaga, la Goule et le Père Fouettard.

De quoi ça parle ?
Nixi Turner, c’est la Buffy du collège made in France. La jeune fille sort de nulle part et vient combattre les Croquemitaines qui sévissent à Paris en prenant les enfants pour cible. Dans ce quatrième tome, on suit Kylian, le type qui harcelait Nawel dans le premier volume et qui crush sur Chora dans le troisième. Petit loubard doté d’un lourd passif négatif avec la bande à Nixi, il essaie pourtant de les rejoindre parce qu’il aime vraiment bien Chora et a envie de faire des efforts pour elle. Sauf qu’il se rend compte que tout n’est pas si simple dans la vie. Encore moins quand sa mère biologique débarque, sortie de nulle part.

Personnifier les maux des pré-adolescents : amour parental et existence par le regard des autres.
Kylian a été adopté et il le sait. Il adore ses deux parents, un couple homosexuel, ce qui ne l’empêche pas de se poser des questions sur ses origines. Il reçoit un mystérieux SMS d’une femme qui se présente comme sa mère biologique et qui, onze ans plus tard, aimerait le rencontrer. Il hésite, ressent une forte culpabilité d’avoir envie de la connaître mais décide tout de même de se rendre au rendez-vous. Les révélations que cette femme a à lui faire sont surprenantes et le lecteur attentif comprend qu’il y a anguille sous roche. Pourtant, Kylian se laisse manipuler.

Pour un lecteur adulte, les ficelles paraitront grosses et elles le sont un peu. Une inconnue débarque et sans même donner de vraies preuves de leur lien, il la croit ? Elle lui parle d’éléments surnaturels et pareil, il se laisse convaincre très facilement ? Ici plus que jamais, il faut se remémorer le public auquel est dédié cette saga et cette collection : les 9 – 12 ans. En fait, Kylian a la réaction d’un enfant normal, un peu naïf et mal dans sa peau même si, comme il le dit lui-même, il n’a aucune raison de l’être puisque ses deux parents l’aiment. Cela ne l’empêche pas de rechercher une figure maternelle ou plutôt, de ressentir ce besoin humain consistant à connaître ses origines.

Pour rappel, Kylian, c’est un peu la brute du collège. En suivant l’histoire de son point de vue, on comprend qu’il se comporte comme un enfoiré sans trop savoir pourquoi. Brutaliser les autres lui permet d’exister à leurs yeux, il le dit d’ailleurs lui-même. Les plus faibles rejoignent sa bande, lui accordent de l’attention, c’est ce qu’il veut… Comme la majorité des enfants, en fait. Kylian n’en reste pas moins un petit con, un petit con qui se remet quand même en question grâce à Chora et qui a envie de changer pour devenir meilleur. J’ai trouvé l’idée intéressante, ça permet de gommer un peu le manichéisme qu’on sert trop souvent aux enfants. Parfois, on est une brute sans raison, il n’y a pas toujours une histoire tragique derrière. Et oui, parfois, on peut vouloir changer avec plus ou moins de succès.

L’homosexualité parentale.
C’est presque un détail dans cette histoire toutefois j’ai été contente de lire un roman jeunesse où on présente un couple homosexuel qui a adopté et qui gère assez bien dans son rôle de parent. À aucun moment Kylian n’a un problème avec l’orientation sexuelle de ses adoptants. La seule chose qui le gêne, c’est qu’ils sont plus âgés que les parents de ses camarades et… C’est tout. Fabien Clavel traite le sujet sans l’aborder de front, c’est encore la meilleure manière de s’y confronter quand on s’adresse à des jeunes puisque, ainsi, il l’inclut dans une dynamique de normalité.

Un peu plus de noirceur dans ce monde pas si brutal.
Ce tome est, selon moi, plus violent que les trois précédents. Entendons-nous, ça ne se massacre pas dans tous les sens mais il y a du sang, des paroles dures, on y envisage même le meurtre de sang froid. Ce n’est pas pour me déplaire, notez ! J’ai l’impression d’arriver à l’avant dernier épisode d’une saison de Buffy et de devoir attendre la reprise de diffusion après les vacances d’hiver. Frustration intense. D’ailleurs la saga fait de plus en plus référence à la tueuse de vampire, allant jusqu’à donner des surnoms des personnages aux protagonistes afin de les relier à un archétype. Excellent pour ceux de ma génération, un peu moins pour le public cible qui n’aura probablement jamais (hélas) regardé un épisode de la série.

La conclusion de l’ombre :
Ce quatrième tome des aventures de Nixi Turner marque clairement un tournant dans la saga et précède un dernier volume qui promet en intensité. On y traite ici de la quête d’attention / d’identité d’un pré-adolescent et des extrêmes auxquels cela peut pousser. Page-turner qu’on lit d’une traite, Fabien Clavel propose à nouveau un roman jeunesse efficace. Je recommande aux plus jeunes mais aussi aux parents et aux professeurs car il constitue un matériel didactique intéressant.

Nixi Turner contre les croquemitaines #3 le Père Fouettard – Fabien Clavel

15
Nixi Turner contre les croquemitaines
est une saga jeunesse fantastique en 5 tomes écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce roman en papier (uniquement !) au prix de 10 euros.

Pour vous rafraichir la mémoire, je vous invite à lire mon retour sur les deux premiers volumes : Baba Yaga et la Goule.

De quoi ça parle ?
Nixi Turner, c’est la Buffy du collège made in France. La jeune fille sort de nulle part et vient combattre les Croquemitaines qui sévissent à Paris en prenant les enfants pour cible. Dans ce troisième volume, la bande d’amis qui gravite autour de Nixi décide de la suivre quand elle annonce devoir temporairement repartir d’où elle vient. Cette filature dans les rues de Paris se termine par une descente aux Enfers… Au sens propre.

Personnifier les maux des pré-adolescents : la maladie grave.
En plus de Nixi, cette fois-ci, c’est Chora que nous suivons et qui est aux prises avec un Croquemitaine : le Père Fouettard. Cette narratrice souffre d’une malformation cardiaque assez grave : son cœur peut s’arrêter à n’importe quel moment. Elle a toujours su que quelque chose clochait mais cela ne fait que quelques mois qu’elle a pu mettre un nom dessus. Le concept prend aux tripes et pousse à la réflexion. Comment vivre, comment s’intéresser au monde, comment se sentir exister, quand on ne peut rien planifier sur le long terme ? D’un œil adulte, ces questionnements induisent une réflexion particulièrement mature et je trouve que ce tome s’éloigne des thématiques standards de la sphère pré-adolescente pour offrir une nouvelle dimension à son personnage. Un personnage que les lecteurs attentifs reconnaîtront…

Tisser des liens entre ses univers : de Nixi à Asynchrone.
En effet, Chora est l’héroïne du roman Asynchrone, un autre texte de l’auteur dans la veine Young Adult publié cette fois chez Lynks. J’aime bien l’idée de tisser des liens entre ses œuvres, surtout destinées à un public différent. Je garde un excellent souvenir de ce titre, cela a été ma première découverte de la maison d’édition et je ne m’attendais pas à un tel coup de poing. J’en profite pour vous le recommander chaudement.

Un tome mieux équilibré.
Je reprochais aux tomes précédents un équilibre parfois maladroit entre le traitement des thématiques (harcèlement scolaire puis anorexie) qui n’allait pas assez loin à mon goût et l’aspect aventure qui était par moment trop rapidement expédié. Dans le Père Fouettard, je trouve que Fabien Clavel a vraiment gommé les défauts ressentis sur les deux premiers opus à ce niveau. Les actions s’enchaînent comme dans un épisode de Buffy à l’ancienne. Tout colle, on a même droit à l’introduction d’une nouvelle facette chez un personnage inattendu. On en apprend aussi davantage sur Nixi en tant que personne, ce qui permet de lever des mystères sur ses origines qui n’avaient que trop traîné. J’ai aimé les choix de l’auteur à son sujet qui éclaircissent bien des choses dites dans les premiers tomes.

La mythologie grecque : une approche didactique.
Ce roman s’inscrit clairement dans la mythologie grecque puisque la bande se retrouve dans les Enfers affiliés. Ce sera l’occasion de croiser Perséphone, de découvrir qui sont vraiment les Croquemitaines et surtout, d’apprendre quelques anecdotes plutôt intéressantes grâce aux interventions du Professeur Hugo. Une excellente initiative pour son public cible !

La conclusion de l’ombre:
Le Père Fouettard est le troisième tome de la saga Nixi Turner contre les croquemitaines et sans doute celui que j’ai le plus aimé à ce jour. Je l’ai dévoré d’une traite avec un réel enthousiasme tant l’auteur a amélioré l’équilibre entre les différentes facettes de son texte. Le mal traité ici ne manque pas d’intérêt (la maladie grave) et est plutôt bien exploité. Pour ne rien gâcher, Fabien Clavel s’illustre dans une approche ludico-didactique qui m’aurait séduite à l’époque de mes 10-12 ans. Une saga qui se bonifie avec le temps et qui est plus que recommandable aux plus jeunes ainsi qu’aux parents qui ont envie de faire lire leurs enfants.

Les damnés de Dana #2 les brumes du crépuscule – Ambre Dubois

12
Les brumes du crépuscule
est le second tome de la trilogie les Damnés de Dana écrit par l’autrice française Ambre Dubois et publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre. Quasiment épuisé, il reste toutefois quelques exemplaires papiers à 19.9 euros. Vous pouvez également profiter de la promotion numérique jusque début mai au prix de 1.99 euros.

Pour vous rafraichir la mémoire, je vous invite à lire mon retour sur le premier tome : la dame sombre.

De quoi ça parle ?
Le printemps arrive au nord du mur d’Hadrien, ce qui signifie que Rome risque d’y envoyer ses armées pour reprendre la conquête de ce territoire. Une perspective qui inquiète beaucoup Mévéa. Elle doit en plus subir le rejet de certaines femmes du village -jalouses de son succès avec Galen, soigner ce dernier mordu par un serpent et remettre la main sur le Père des druides pour palier au déclin de la foi en les dieux anciens. Un opus où elle n’aura pas le temps de souffler.

Une suite à la hauteur du premier tome… mais pas au-delà. 
Ce second tome a le mérite de rester dans une continuité par rapport au premier. On y retrouve des qualités identiques : son univers riche et celtique maîtrisé autant que renouvelé, son héroïne intéressante, un dynamisme qui participe à l’aspect divertissant avec des actions qui s’enchaînent sans nous laisser le temps de souffler. J’adore ! Mais les défauts relevés dans la dame sombre n’ont hélas pas disparu. Des défauts qui, je le rappelle, sont totalement subjectifs car en réalité il s’agit plutôt de coller aux codes du genre littéraire auquel les Damnés de Dana se rattache. Je vous en ai d’ailleurs parlé dans ma chronique du tome 1, je vais donc éviter de paraphraser.  Toutefois, si vous aimez les ambiances estampillés bit-lit, vous apprécierez cette saga.

Des vampires qui se révèlent… et des mâles qui s’effondrent.
Si l’autrice restait assez mystérieuse dans le premier opus, elle nous donne ici un certain nombre d’informations au sujet des suceurs de sang. On apprend par exemple qu’il existe une Reine au nord, Sabd, qui apparaît dans ce roman en tant que personnage actif et qui a des visions politiques assez différentes de celles de Derek. Ce n’est pas plus mal vu à quel point ce personnage est profondément agaçant. Derek, c’est le prince vampire du coin qui règne en maître sur la région, déteste les humains (évidemment) et est au passage le père de Prasus. Ce personnage est un parfait archétype du chef vampire ancien, cruel, détestable, inutilement borné, qui n’arrête pas de menacer tout le monde parce que vous comprenez, il est si fort et si puissant. Je le trouve ultra pénible, il manque de profondeur autant que de subtilité.

Et c’est finalement le cas de la majorité des personnages masculins, quand j’y réfléchis, car ils rentrent tous dans des cases aux bords bien nets, à l’exception de Brannos et Prasus. L’autrice s’en sort beaucoup mieux pour proposer des femmes à la psyché et au statut nuancé. La reine vampire m’a inspiré autant de curiosité que de sympathie. On sent qu’il reste des mystères à découvrir et que la gent féminine risque d’avoir le beau rôle dans la résolution de toute cette affaire. Enfin.. J’espère. La lecture du tome 3 nous en dira plus à ce sujet.

Les ravages du christianisme.
Ambre Dubois évoque, dans ce tome, une relation de nature homosexuelle. C’est l’occasion pour elle de donner dans la représentation active mais aussi de proposer une réflexion intéressante. Dans les religions qualifiées aujourd’hui de « païennes » la discrimination par rapport aux préférences sexuelles ne semblait pas exister. N’étant pas spécialiste de la question en profondeur, je prends des gants pour en parler et je m’appuie sur ce que l’autrice évoque dans son texte. On avait le droit de coucher avec des personnes du même sexe. Mévéa s’étonne d’ailleurs que les romains acceptent avec autant de ferveur une foi aussi restrictive quant à leurs pulsions. Deux personnages prennent des risques pour répondre à un amour naissant, non seulement parce qu’ils n’appartiennent pas au même camps mais aussi parce que la religion de l’un entrainera un aller simple sur le bucher si ça s’apprend. L’autrice aborde la thématique avec une certaine subtilité. Mévéa ne tombe pas dans le débat long et appuyé, cette partie ne prend pas une place démesurée. J’ai vraiment été enthousiaste face à cette idée qui rejoint les thèmes évoqués dans le premier volume : la défense de sa culture et de ses valeurs. face à ceux qui veulent imposer la leur.

Un bon divertissement.
Il est certain que les Damnés de Dana ne sera pas une saga coup de cœur et qu’elle ne révolutionnera pas son genre littéraire. On ne lui en demande pas tant. L’autrice gère bien l’aspect divertissant de sa trilogie, du moins jusqu’ici. Les actions s’enchaînent avec efficacité et clarté pendant que les intrigues se complexifient. Le lecteur obtient des réponses à certaines questions et d’autres mystères éclosent dans la foulée, maintenant son intérêt en alerte et provoquant un certain nombre de surprises inattendues (pas à chaque fois, notez). En lisant ce roman, je ressens la même émotion que devant une série télévisée dont on regarde la moitié de la saison en une soirée sans trop avoir compris comment on en arrivait à accrocher comme ça. Cette saga m’est agréable et provoque un effet un peu « couverture en pilou » (une métaphore qui, j’en conviens, fonctionne mieux en plein hiver) au point d’occulter ses défauts propres à son classement littéraire. Les scènes intimes superflues se passent aisément en sautant une page ou deux. La chance veut que l’autrice ne ressente pas le besoin de tout décrire en détail sur trois chapitres.

La conclusion de l’ombre :
Les brumes du crépuscule est une suite à la hauteur de son premier tome. L’opus ne se renouvèle pas et reste dans la continuité de ce que l’autrice a mis en place dans la dame sombre. Le lecteur sait donc dans quoi il s’engage : un bon divertissement à base de vampire et de mythologie celtique sur fond de conquête romaine au-delà du mur d’Hadrien. Si c’est votre tasse de thé, n’hésitez pas à vous lancer car c’est un bon cru !

Les Damnés de Dana #1 la dame sombre – Ambre Dubois

4
La dame sombre
est le premier tome de la trilogie les Damnés de Dana écrite par l’autrice française Ambre Dubois. Édité aux Éditions du Chat Noir, ce premier tome n’est disponible qu’en numérique car il s’agit d’un des plus anciens titres de la maison d’édition. Vous le trouverez jusqu’au 3 mai au prix de 1.99 euros. Hors promotion, il est à 5.99.

De quoi ça parle?
Mévéa se réveille amnésique, en pleine nuit, dans la forêt. Elle prend peur en voyant un homme encapuchonné face à elle et s’enfuit. Elle est sauvée par des membres de la tribu de l’aigle dont elle ignore tout. Qui est-elle? Pourquoi ressemble-t-elle à une Sidhe ? Ces questions vont passer au second plan face à la menace de l’envahisseur romain.

Une œuvre à replacer dans son contexte et dans son genre littéraire.
Ce roman a été édité en avril 2012 -soit il y a huit ans- et a été l’un des premiers proposés par l’éditeur encore débutant à l’époque. Sur le laps de temps qui sépare son arrivée dans le catalogue du Chat Noir de ma lecture, le paysage éditorial a beaucoup évolué concernant le genre bit-lit qui était alors à son apogée. Il est certain que les Damnés de Dana s’inscrit dans cette mouvance par son exploitation érotisée du vampire et par sa simple présence, en réalité, en plus de quelques autres codes. Ne fuyez pas, le roman réussit tout de même à s’en démarquer à plusieurs niveaux.

Dans les aspects négatifs que La dame sombre a emprunté à la bit-lit, on a la galerie de beaux gosses qui collent tous à un archétype précis et semblent entretenir un désir pour l’héroïne : le vampire mystérieux super dark, le celte courageux puceau au grand cœur, le blagueur taquin qui frôle le harcèlement sexuel, l’ennemi romain qui a quand même bien la classe dans son uniforme… Je grossis un peu le train à dessein. Cette héroïne, bien entendu, elle est belle. Plus belle que toutes les autres femmes et elle n’en a pas trop conscience. D’ailleurs, elle s’en tape, ce qui l’intéresse, c’est retrouver la mémoire et éviter que les romains envahissent les terres pictes. Ce qui ne l’empêche pas de se mettre en couple avec l’un de ses prétendants ou d’avoir envie -sans l’assumer totalement- de se faire croquer par le vampire.

Ça, ce sont les points agaçants liés à la bit-lit. Quand je dis agaçant, comprenons-nous : moi, ça m’énerve en tant que lectrice mais d’une, ça n’a pas toujours été le cas (je me sens vieille, sérieux) et de deux, les aficionados s’y retrouveront dans problème car Ambre Dubois respecte les codes de son genre. Si on aime lire ce type de roman alors tout va bien dans le meilleur des mondes et on est même face à un premier tome de qualité.

Pourquoi est-ce que je vous précise tout ça ? Et à ce stade, vous vous demandez même sûrement pourquoi j’ai chroniqué ce roman. Et bien parce qu’Ambre Dubois propose une héroïne qui change des gourdasses qu’on croise en bit-lit. Mais si, vous savez… Celles qui ne pensent qu’avec leurs hormones et qui oublient un peu qu’elles doivent sauver le monde parce que tu comprends, machin est trop beau et truc aussi, puis y’a bazar là mais il est si méchant… mais si canon… Alors que faire ? De plus, les hommes qui gravitent autour d’elle ne cherchent pas tous à la mettre dans son lit (wouhou !) et ceux qui essaient n’y arrivent pas, à l’exception de celui sur qui elle a craqué. Il y a donc une logique dans la construction de ce personnage féminin qui la rend très crédible. Ambre Dubois respecte les codes, oui, mais elle n’y cède pas la crédibilité de son histoire ou de son intrigue aux affaires de fesses dont on n’a pas grand chose à faire. Et ça, c’est cool.

Je dois également avouer que j’ai passé un agréablement moment de lecture bien que j’ai roulé des yeux une fois ou deux. La dame sombre est un premier tome divertissant qui remplit bien son rôle en cette période de confinement. Je l’ai déjà dit mais parfois, un roman n’a pas besoin de nous bouleverser ou de changer radicalement notre perception du monde pour être agréable à découvrir. J’ai ressenti une certaine nostalgie de ma phase « bit lit » à sa lecture, sans les inconvénients qui s’y joignent en règle générale. Pour ça, je tire mon chapeau à Ambre Dubois et je lui dit merci parce que c’est le genre de lecture dont j’ai besoin en ce moment.

Mévéa l’amnésique…
En règle générale, je déteste le ressort narratif de l’amnésie. Je trouve ce choix plutôt pauvre et à mon sens, les auteurs qui l’utilisent cèdent à la facilité pour présenter leur univers. Bon j’sais pas comment faire pour tout expliquer bien alors l’héroïne, elle se souviendra de rien, comme ça, c’est réglé et on découvrira touuuut dans ses interactions avec les gens. Cela peut paraître dur comme remarque mais je précise que c’est vraiment fondé sur un ressenti personnel récurrent. Du coup, ça partait mal… Mais dans le cas de Mévéa, cela se justifie plutôt bien et tout ne tourne pas autour de ce point. Comme la narration est à la première personne, en plus, c’était pas gagné.

On rencontre l’héroïne au moment où elle reprend conscience non loin d’un site magique (et pas après un pique-nique #kaamelott). Le premier chapitre raconte sa fuite en forêt et se révèle plutôt immersif. Quand Mévéa reprend conscience, elle est dans un village et a été soigné par leur druide. Immédiatement, elle se pose les bonnes questions et respecte une logique dans ses priorités. Elle a un caractère assez pragmatique, elle ne cède pas à ses émotions et en a dans la tête. Ce n’est pas une demoiselle en détresse même si on peut le craindre par moment, sans pour autant être une mary-sue. Je trouve que l’autrice a vraiment trouvé un équilibre intéressant. Les pouvoirs qui se révèlent chez elle tiennent davantage du handicap qu’autre chose et font que son entourage la prend pour une envoyée des Anciens, si pas une Sidhe elle-même ou une banshee, ce dont elle se défend avec virulence pour insister sur sa normalité. On sent, bien entendu, que les ressorts « prophétie » et « élue » ne sont pas très loin… Mais on ignore encore à ce stade si l’autrice l’exploitera correctement ou non. Suspens donc, je lui laisse volontiers le bénéfice du doute.

Ses interactions ne tournent pas non plus uniquement autour de ses liens amoureux. En réalité, c’est même assez secondaire face à tous les évènements de ce premier volume. L’autrice prend le temps de proposer des personnages secondaires qui certes sont des archétypes pour la plupart mais gardent un aspect sympathique. Outre cette héroïne appréciable, j’ai trouvé intéressant le jeune Prasus aux origines tragiques (j’espère qu’il prendra davantage de place dans les tomes suivants et qu’on en apprendra plus sur son géniteur !) mais également Lennia, une femme guerrière au caractère bien trempé. Je mentirais si je disais que je ne suis pas également intriguée par le vampire Morcant dont les réactions surprennent toujours malgré son aspect très stéréotypé et érotisé. Je reste une ado au fond de mon cœur.

Malheureusement, je regrette quand même l’incarnation du protagoniste de ce tome, le fameux traitre celte, dont les motivations manquent de crédibilité. Je n’ai pas pu m’empêcher, une fois la surprise passée, de me dire : tout ça pour ça? Je vais éviter de parler de la scène où il expose les origines de sa traitrise en discutant tranquillement avec l’héroïne et son pote qui sont en plein milieu d’un camp romain pour libérer quelqu’un… Dommage pour ces maladresses. Mais allez, y’a quand même pas mal d’éléments qui rattrapent ces facilités. Si si, j’vous jure.

Un univers celtique maîtrisé saupoudré de vampirisme.
Dans ce premier tome, Ambre Dubois place son intrigue durant l’Antiquité, avant la chute du mur d’Hadrien. On a d’un côté l’armée romaine qui désire conquérir la totalité de Britannia et imposer la religion du Dieu Unique. De l’autre, on retrouve les peuples pictes, divisés en tribus, qui résistent tant bien que mal à l’envahisseur (sans potion magique en plus). Mais on a également un troisième camp, celui des vampires et des créatures de l’ancien monde. Les vampires ont longtemps été en guerre contre les pictes, jusqu’à ce qu’ils passent un pacte pour tenter de cohabiter au mieux. Si ça roule avec certaines tribus, c’est beaucoup plus difficile à vivre pour d’autres et cet élément prendra une place importante dans les ressorts de l’intrigue.

Les vampires descendent des Tuatha De Danaàn qui ont été chassés de leur dimension d’origine, l’autrice vous explique tout ça très bien sans que ça ne tombe comme un cheveu dans la soupe. Arrivés sur la terre des hommes, les bannis se sont rendus compte de leur stérilité après avoir bu une potion d’immortalité et c’est un peu par accident que le premier vampire est créé. Ils sont donc les représentants d’un monde condamné, d’un monde qui vivait avant les hommes et dont l’existence contamine cette race. Les vampires ont besoin des humains pour survivre, non seulement en buvant leur sang mais également en tant qu’espèce bien que l’autrice ne développe pas trop la manière dont un humain devient vampire dans ce premier tome.

Fidèle aux habitudes de l’époque (je sais on a l’impression que je parle d’un roman écrit il y a des siècles ->) l’autrice propose des vampires très érotisés et cruels (enfin ils en ont l’air mais peut-être qu’ils ont un grand cœur derrière leur apparence de vilains ?), obsédés par le sang et le corps. On trouvera dans ce premier tome quelques scènes plutôt chaudes mais pas dénuées d’intérêt. Je n’ai pas eu, comme souvent auparavant dans ce type de roman, l’impression que l’autrice donnait dans le fan-service ou dans le remplissage avec une jolie paire de fesses / seins / choisissez votre partie du corps préférée. Hormis une fois ou l’autre avec Galen, ces interactions se justifient et ont un intérêt dans l’intrigue. Dans ces cas-là, je n’ai aucun problème à la présence de ce type de scènes, surtout quand elles sont bien écrites.

Ambre Dubois pose les jalons d’une mythologie celtique qu’elle s’approprie d’une manière intéressante et prometteuse. Plusieurs divinités sont citées, plusieurs créatures également. Je trouve ce fond riche et motivant. Son univers est vraiment le point qui m’a le plus enthousiasmée dans son roman et donné envie d’aller plus loin. Mais pas que…

Senatus populusque romanus, conquête et domination.
Le thème central des Damnés de Dana est bien entendu celui de la conquête romaine et la manière d’y résister pour le peuple picte. Dans ce premier volume, les enjeux restent relativement locaux. Mévéa et Galen apprennent qu’un chef de clan s’est allié aux romains, qu’il y a un traitre chez les celtes, que le Père des druides est menacé, que les romains cherchent un fabuleux trésor qui financerait leur armée pour les mettre à genoux… Si ça ne va pas (encore) au-delà, le lecteur assiste à plusieurs exactions commises par l’envahisseur. D’une part grâce aux visions du passé de Mévéa mais aussi grâce aux évènements qu’elle et Galen vont vivre. Fait appréciable, l’autrice ne tombe pas dans le gore gratuit. Elle évoque les horreurs subies avec subtilité et réussit à toucher son lecteur.

On sent donc que cette trilogie va surtout traiter d’un choc des civilisations : les humaines mais également les magiques. Ce sera l’histoire d’une guerre, d’une lutte pour ses croyances et la sauvegarde de sa culture. Ce sont des thématiques qui m’intéressent énormément et ça me donne envie de continuer ma découverte de cette saga. J’ai envie de voir comment Ambre Dubois va les développer. Selon Cécile Guillot, l’éditrice du Chat Noir, cette trilogie gagne en puissance au fil des tomes. Ça met l’eau à la bouche ! J’ai donc acheté la suite en numérique. À ce prix-là, de toute façon, je n’y perds pas grand chose.

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome des Damnés de Dana –intitulé la dame sombre- est un roman historico-fantastique prenant place à l’époque de la conquête romaine au nord du mur d’Hadrien, contre les pictes. L’univers créé par Ambre Dubois est prometteur et exploite d’une manière intéressante la mythologie celtique que l’autrice se réapproprie en y incluant le mythe du vampire. Si ce roman s’inscrit clairement dans la « bit lit » au sens large en reprenant certains codes, l’autrice se démarque avec une héroïne intéressante et des thématiques qui me parlent beaucoup comme la sauvegarde culturelle et la lutte pour la liberté d’exister comme on l’entend. Rythmé et plutôt bien écrit, La dame sombre est une lecture détente parfaite en cette période de confinement, un bon divertissement dont on redemande !

Montres Enchantées (anthologie, deuxième partie)

11
Montres Enchantées
est une anthologie de nouvelles issues du genre steampunk et ayant pour thème le temps. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous pourrez la trouver uniquement au format papier au prix de 19.9 euros.
Lecture dans le cadre du Projet Maki !

De quoi ça parle ?
L’anthologie a pour thématique le temps qui passe et ses effets sur les gens. Clairement inscrite dans l’esthétique du steampunk, elle propose de découvrir 17 nouvelles d’auteurs et autrices francophones.
Par facilité et afin de ne pas proposer un article trop long, j’ai divisé la lecture de cette anthologie en deux parties. Vous pouvez retrouver la première au bout de ce lien. Cette chronique s’intéressera aux neuf titres restants.

06/4 : When time drives you insane – Lucie G. Matteoldi
Jackson cauchemarde depuis trois mois, date qui coïncide avec son retour de l’étranger d’où il a rapporté une étrange lyre. Daniel, le compagnon de l’archéologue, essaie de l’aider à comprendre ce qui lui arrive avec ses inventions…
Cette nouvelle propose une réécriture gothico-horrifico-steampunk du mythe d’Orphée et Eurydice. La plume de l’autrice s’épanouit toute en poésie à travers ces quelques pages addictives en proposant un final à la hauteur de son texte. J’ai adoré !

07/4 : Derrière les engrenages – Marie Ange
Sylvine est horlogère et reçoit ce jour-là Ambrose, un homme qui a été son amant. Sauf que contrairement à elle, Ambrose n’a pas pris une ride depuis des années… Le jeune homme lui annonce qu’il est l’heure pour elle de se rendre dans la maison bleue car sa remplaçante va arriver. C’est le moment que choisissent les horloges pour se détraquer.
Passée la première surprise de cette annonce abrupte, on découvre petit à petit un monde-horloge d’une grande originalité. Cette nouvelle déborde de mélancolie enfantine et contient assez peu de dialogue. L’autrice préfère poser une ambiance, un concept inventif qui a su me séduire même si je préfère davantage les échanges oraux entre les personnages. Marie Ange réussit très bien ses descriptions et c’est la grande force de ce texte.

07/4 : Pacte mécanique – Esther Brassac ♥
Claytorn met au point un mystérieux mécanisme dont la nouvelle nous raconte l’usage à travers une lettre écrite par lui au sujet d’un drame vieux de 300 ans.
J’ai été ravie de retrouver la plume d’Esther Brassac qui a été ma première autrice steampunk francophone et ma première lecture de la collection Black Steam au Chat Noir. Pour paraphraser son éditeur, Esther est clairement une créatrice d’univers et on découvre ici un pan de celui présent dans La nuit des cœurs froids (que j’ai lu avant d’avoir le blog mais qui est excellentissime). Pourtant, pas besoin d’avoir lu ce roman pour comprendre Pacte mécanique car l’autrice nous donne les quelques clés nécessaires à la compréhension du drame qui se joue dans l’existence de Claytorn. Court mais néanmoins efficace, on retrouve dans ce texte une poésie macabre bienvenue qui fait de cette nouvelle un coup de cœur. Quel final ♥

07/4 : La mécamonstruosité de Mr Helpiquet – Adeline Tosselo
La nouvelle raconte une montée en téléphérique en compagnie de l’agent d’Accueil et de Sureté, Emeric Helpiquet. L’autrice se centre d’abord sur ce personnage original et détestable, misanthrope forcé de côtoyer des gens qu’il méprise, écrivain raté en recherche du succès et de l’inspiration. On découvre la relation de cet homme avec un ver mécacomposteur géant et la façon dont l’anti-héros va l’utiliser pour arriver à ses fins. Je n’en dis pas plus mais… Waw. J’ai été soufflée et surprise à chaque instant. Adeline Tosselo dessine les contours d’un univers d’une grande richesse, surprenant et à l’esthétique très affirmée. Elle propose également à sa nouvelle un final horrible qui m’a fait mal au cœur. Un tour de force !

08/4 : L’agonie des aiguilles – Marine Sivan
Jeanne est historienne et étudie la Grande Peste qui a bouleversée sa civilisation un siècle auparavant. Sur le cadavre d’un Duc remontant à cette époque, elle découvre une montre dont les secrets risquent de réécrire l’Histoire…
Dans une enquête rythmée et addictive, l’autrice offre une réflexion sur la vérité historique et sur les notions d’humanisme. En fait j’aurai adoré que cette histoire soit un roman ! Il y avait largement matière à. Dommage.

08/4 : Da Svidanya Rossiia – Marianne Stern
La Duchesse Anastasia se réveille sur un zeppelin après l’assassinat de sa famille. Elle y retrouve Raspoutine, pourtant mort deux ans auparavant…
En lisant ce texte, j’ai immédiatement établit des connexions avec Smog of Germania, le premier tome de la saga des Mondes Mécaniques. Pourtant, pendant le live de Marianne au Chat Noir il y a quelques jours, j’ai appris que je m’étais complètement plantée ! Mais l’autrice admet qu’inconsciemment, elle tissait peut-être déjà son univers en commençant cette nouvelle. D’ailleurs je trouve que ce texte fait davantage début de roman car on a envie de savoir ce qui arrivera à l’héroïne par la suite. J’ai été un peu frustrée à la fin de ma lecture même si j’ai adoré l’esthétique et les idées mises en place autour du personnage de Raspoutine.

09/4 : Au fil du temps – Claire Stassin
Un homme entre dans une mystérieuse horlogerie et en ressort avec une montre végétale qui semble appeler la nature dans cette ville de métal. L’autrice choisit de prendre le contrepied des autres nouvelles du recueil en mettant en avant une reconquête de la nature sur la technologie et la vapeur typique du steampunk. J’ai trouvé l’idée originale et le message plutôt intéressant. Ça se lit bien avec un style simple mais efficace.

09/4 : Le cimetière des heures perdues – Pascaline Nolot
Logan Lloyd raconte dans une lettre son histoire au seuil de sa mort. C’est son amour des mots qui le pousse à quitter sa famille pour se rendre à Édimbourg. Ce jeune écossais va aller de déconvenue en déconvenue jusqu’à ce qu’un beau matin, le temps ait disparu, provoquant la panique dans la ville. Logan va alors enquêter pour essayer de le retrouver.
Cette nouvelle est une des plus classiques du recueil mais elle reste sympathique à découvrir. Son héros est assez attendrissant, tous les auteurs ou apprentis auteurs / rêveurs se reconnaitront sans peine en lui. Pascaline Nolot nous emmène dans une aventure à travers les époques où Logan va payer pour les erreurs d’un autre et elle fait ça plutôt bien.

09/4 : Malvina Moonlore – Vincent Tassy ♥
Attention, coup de cœur monumental !
Edgar Ravenswood est un riche excentrique à la recherche de Malvina Moolore. Mais qui est-elle exactement…?
À mes yeux, c’est la meilleure nouvelle du recueil. TOUT est une réussite et on n’en attend pas moins d’un auteur comme Vincent Tassy. Déjà, le personnage d’Edgar rayonne avec sa personnalité affirmée, ses manies improbables et sa passion dévorante. J’ai accroché dés les premières lignes. Quand je dis accroché… J’étais carrément fan. Ensuite, l’intrigue se pose et emmène le lecteur de surprises en surprises, de noirceur en noirceur. Quant à ce final… Du grand Vincent Tassy. Mon seul regret c’est qu’il n’en ait pas fait un roman, pour rallonger le plaisir. Y’avait de quoi même si paradoxalement, ce texte est parfait tel qu’il est. Cette nouvelle est un final parfait pour le recueil, un bonbon qu’on garde avec bonheur sur la langue.

La conclusion (définitive) de l’ombre :
Le recueil Montres Enchantées est une totale réussite. Fait assez rare pour être souligné : aucune nouvelle n’est à jeter. Si certaines m’ont moins séduite par leur style ou leur contenu plus classique, j’ai été enchantée (c’est le cas de le dire !) par la majorité de ces écrits qui s’inscrivent dans la mouvance steampunk. Les auteurs sélectionnés rivalisent d’intelligence et d’inventivité. Il est intéressant de voir quel(s) texte(s) sont devenus des romans et lesquels auraient pu en devenir sans que ça ne soit le cas. J’ai adoré l’expérience vécue avec ce recueil et j’en recommande très chaudement la lecture.

Montres Enchantées (anthologie, première partie)

11
Montres Enchantées
est une anthologie de nouvelles issues du genre steampunk et ayant pour thème le temps. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous pourrez la trouver uniquement au format papier au prix de 19.9 euros.
Lecture dans le cadre du Projet Maki !

De quoi ça parle ?
L’anthologie a pour thématique le temps qui passe et ses effets sur les gens. Clairement inscrite dans l’esthétique du steampunk, elle propose de découvrir 17 nouvelles d’auteurs et autrices francophones.
Par facilité et afin de ne pas proposer un article trop long, j’ai divisé la lecture de cette anthologie en deux parties. Dans cet article, je vais vous parler des huit premières nouvelles à côté desquelles je vais noter la date de ma lecture (pour valider le challenge 😉 ).

22/3 : Et depuis, je compte les heures – Geoffrey Legrand
Dans un Londres du 19e siècle, Laëtitia Burrows rentre de trois mois d’étude à l’étranger quand elle se fait agresser en sortant de la gare. Sauvée par Henry Mullane, le contrôleur du train, elle se rapproche de lui jusqu’à découvrir son secret : suite à une blessure de guerre, son cœur est mécanique et il doit le remonter à l’aide d’une montre au risque qu’il ne s’arrête. Et Henry compte bien se venger du responsable de son état, qui est aussi celui de la mort de ses camarades.
Geoffrey Legrand traite une thématique assez classique (la vengeance) d’une manière efficace. Ses protagonistes fonctionnent bien ensemble, on n’a aucun mal à s’y attacher malgré la taille du texte. On sent venir les rouages narratifs mais on se laisse volontiers porter par le style d’écriture efficace.

22/3 : Comment meurent les fantômes – Sophie Dabat ♥
Dans un monde futuriste qui a régressé dans une ambiance steampunk victorienne, Doris utilise la montre de sa grand-mère pour voyager dans le passé et fuir un quotidien solitaire. Elle revit des évènements heureux de sa vie d’avant, au risque de s’y perdre définitivement…
Sophie Dabat traite ici avec brio de la fuite du réel, de l’addiction et de la tentation : celle de fuir une réalité trop difficile. J’ai ressenti beaucoup d’empathie pour le personnage de Doris et j’ai trouvé cette nouvelle très poétique, surtout grâce à sa fin. Un gros coup de cœur !

23/3 : Le toquant – Clémence Godefroy ♥
Cette nouvelle précède le roman Eros Automaton de la même autrice, que j’avais lu il y a quelques années (avant d’avoir le blog) et dont je conserve un très bon souvenir. Dans le Toquant, nous suivons Lucien qui passe son diplôme de soignant à l’institut d’automatie. Il y présente Léonie, son projet et une automate pour lequel il ressent des inclinaisons coupables. Comme dans son roman, Clémence Godefroy évoque la question d’âme et de conscience chez les automates et le tabou qui entoure leur relation avec les humains. Ça a été un vrai plaisir de replonger dans cet univers, ça m’a donné envie de relire le roman. J’attends avec impatience tout autre projet qui se déroulera dans le même monde ! On me souffle d’ailleurs dans l’oreillette que c’est en cours 😀 Joie !

23/3 : Allergène – Hélène Duc
Dans un 19e siècle technologiquement très avancé grâce au voyage dans le temps de Wells (oui, celui-là), Will est allergique au temps sous toutes ses représentations. Dans le genre pas de bol.. Ne lui montrez pas une horloge, ça pourrait le tuer. J’ai accroché avec enthousiasme à ce postulat de départ mais malheureusement, l’autrice en fait trop à mon goût. Son univers est référencé à outrance avec toutes les figures fameuses de l’époque. On croise même Sherlock Holmes… C’est le genre de choses qui a le don de me refroidir. De plus, la nouvelle ne comporte pas de dialogue. Elle est très descriptive, dans l’exposition. Ce n’est pas du tout un choix narratif qui me plait donc je suis malheureusement passée à côté. Dommage !

24/3 : Tourbillon aux Trois Ponts d’or – Fabien Clavel
Les inspecteurs Fredouille et Ragon enquêtent sur un meurtre surprenant en chambre close où la victime a reçu un carreau d’arbalète dans le front. Fabien Clavel exploite intelligemment la thématique du voyage dans le temps et propose deux personnages forts, intelligents, auxquels on s’attache aisément. Il donne même dans la diversité puisque Ragon est un homme obèse ! Ça peut paraître surprenant, mon besoin de le préciser, mais je me suis rendue compte que ça n’arrive pas très souvent dans les livres que je lis. Fabien Clavel fait preuve d’une belle maîtrise sur tous les plans et offre une nouvelle vraiment bien fichue qu’on dévore avec plaisir.

24/3 : The Pink Tea Time Club – Cécile Guillot
Lottie se promène dans Hyde Park avec sa sœur et son chien (Pink Princess, sans déconner.) quand celui-ci se fait avaler par un monstre tentaculaire. Folle de rage, Lottie décide de venger Pink Princess après avoir rencontré Mr Rabbit, un magicien horloger qui veille normalement sur les portails afin qu’aucun monstre n’en sorte. Cette nouvelle est la première aventure du Pink Tea Time Club, une sorte de recueil d’aventures édité par Cécile aux éditions du Chat Noir et qui est désormais en rupture si je ne dis pas de bêtise. C’est un bon texte mais j’ai eu envie de coller trois baffes par seconde à l’héroïne. Lottie est plutôt du genre superficielle, capricieuse… En réalité, elle est un parfait stéréotype féminin de shônen et cette nouvelle aurait très bien pu être adaptée en manga tant tout y est japonisant. Et oui, même si ça se passe à Londres ! J’ai besoin de citer Black Butler ? Le plus amusant, c’est que l’autrice n’a pas du tout ce type d’influence donc l’esthétique que j’y vois est née d’un parfait accident. Comme quoi… J’ai tout de même passé un bon moment à projeter cette petite histoire en format animé.

25/3 : Je reviendrai – Laurent Pendarias
Angela vient d’un monde dystopique où les montres ont une conscience et dominent les humains. Ceux-ci finissent par se révolter, ce qui contraint les montres à inventer une machine à voyager dans le temps pour éliminer Emmanuel Kant, l’auteur d’idées séditieuses. Angela va alors tenter de le sauver pour sauver l’humanité… Et oui, à ce stade, on a tous pensé à la même chose : Terminator ! Sauf que dans cette nouvelle, Laurent Pendarias prend la peine de réfléchir sur les paradoxes temporels et de les exploiter avec une certaine intelligence. De plus, la résolution se fait sur le dialogue au lieu de la baston. Ça change ! Malgré l’inspiration évidente, j’ai bien aimé lire ce texte.

25/3 : Le club des érudits hallucinés – Marie Lucie-Bougon
Souvenez-vous, je vous ai évoqué ce roman l’année dernière. Et bien cette nouvelle, c’est sa genèse ! Eulalia est l’andréïde, celle décrite dans l’Ève du Futur. Mais si, ce fameux roman précurseur de la science-fiction écrit par Villiers de l’Isle-Adam (okey je fais la maligne, je l’ai découvert après la lecture du roman de Marie-Lucie ->). Sa réalité n’a pourtant rien avoir avec la fiction… J’ai adoré redécouvrir ce texte qui pose les bases solides d’un univers steampunk extraordinaire. J’en profite pour vous recommander le très bon roman qui en découle.

La conclusion (partielle) de l’ombre :
Il est vraiment amusant et intéressant de découvrir cette anthologie six ans après sa publication. On peut ainsi compter le nombre de nouvelles qui sont devenues des romans et des romans d’une très bonne qualité, qui plus est, au sein de la collection Black Steam du Chat Noir. Si je n’ai pas accroché à tous les textes pour des questions de goût, ça n’empêche pas ceux-ci d’être remarquables. On sent un travail de sélection rigoureux qui en vient à me convaincre de lire davantage ce type d’ouvrage alors que je suis plutôt frileuse en règle générale. Bravo au Chat Noir ! On se retrouve bientôt pour la seconde partie de cette chronique 🙂