Le Carrousel Éternel #4 Music Box – Anya Allyn

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Music Box
est le dernier tome de la saga le Carrousel Éternel écrit par l’autrice australienne Anya Allyn. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au prix de 19.9 euros.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de Dollhouse (1) – Paper Dolls (2) et Marionette (3).

De quoi ça parle ?
Pour vous éviter tout divulgâchage, surlignez les phrases suivantes pour lire le résumé de ce tome.
Cassie est prisonnière de Balthazar qui va bientôt être capable de consommer son mariage. Le compte à rebours est lancé pour notre héroïne qui doit trouver un moyen de s’enfuir sans condamner son monde d’origine. Libre durant la journée, elle découvre les secrets de la Falaise mais aussi l’identité de cette ombre en haut de la tour. Une révélation qui va changer la donne… Pendant ce temps, l’Ordre en la personne de Sœur Célia prend la pire décision possible, ce qui va déclencher l’affrontement final.

À la croisée des genres et des publics.
Après mon sentiment en demi-teinte sur le troisième tome, j’entamais avec angoisse la conclusion de cette saga difficile à qualifier ou même classer. Les libraires peuvent soupirer de soulagement, ils n’ont pour le moment pas besoin de résoudre ce casse-tête. Le Carrousel Éternel commence comme une sorte de thriller horrifique avec ces adolescents enlevés qui se retrouvent à devoir évoluer dans une maison de poupée sous la houlette de Jessamine, en jouant des rôles attribués à leur arrivée. Il devient tranche de vie young-adult après leur libération, quand les survivantes tentent de recommencer à vivre pour ensuite glisser vers le gothique quand les protagonistes arrivent au Château et s’achever comme une science-fiction survivaliste et interdimensionnelle avec le peuple des Serpents.

Quand on lit de manière (quasi) systématique les ouvrages d’une même maison d’édition, on y retrouve une ligne éditoriale. On sait à quoi on s’attend, on sait ce qu’on veut lire quand on achète un roman chez eux. Intervient ici le dilemme de l’éditeur : continuer à publier des textes qui correspondent à un schéma clair ou innover pour bousculer et surprendre le lecteur ? Avec cette saga, le Chat Noir a très clairement pris un risque qu’on peut saluer. Parce que publier le Carrousel Éternel, avec toutes les difficultés que ça implique sur son public, sa classification et le reste, il fallait l’oser.

La question du genre young adult.
Cet enchaînement de genres littéraires qui empêche tout classement logique est accompagné d’un univers assez dingue qui exploite d’une manière intéressante la thématique du multivers et du voyage dimensionnel. Je ne m’attendais pas à retrouver ces éléments dans un roman qu’on peut clairement qualifier de young adult ce qui m’a fait m’interroger sur la signification de cette catégorie éditoriale. On a pu en discuter avec Cécile Guillot lors de la Foire du Livre de Bruxelles, ce qui a entraîné chez moi une profonde prise de conscience sur ce genre que j’ai tendance à mépriser. Finalement, au Chat Noir, il y a beaucoup de romans dit « young adult » mais c’est un terme qui regroupe autant des tranches de vie que des textes horrifiques rondement menés comme les derniers romans de Dawn Kurtagich (The Dead HouseCe qui hante les bois) ou même l’autre roman d’Anya Allyn (Lake Ephemeral) pour ne citer que ceux-ci. J’ai tendance à rejeter en bloc cette littérature alors que j’en lis beaucoup et pire (mieux ?) que j’y trouve des coups de cœur.

Le souci avec le Carrousel Éternel c’est qu’il exploite les tropes qu’on imagine propre au YA (des héroïnes adolescentes qui se débrouillent super bien et qui réussissent à surmonter des épreuves terribles, des amourettes sorties de nulle part, des adultes à la limite de la stupidité criminelle, plein de bons sentiments dégoulinants, un antagoniste méchant juste parce que) avec un univers qui ne dépareillerait pas dans un bon roman de SF plus ou moins grand public. Je ne me considère pas comme spécialiste mais certaines explications sur le multivers et les conséquences induites par l’utilisation du Speculum Nemus ont par moment été difficiles à appréhender pour moi qui possède tout de même les bases. Du coup, à qui destiner cette saga ?

De la nécessité d’abandonner les canevas.
J’ai refermé ce roman avec un sentiment mitigé mais globalement positif pour plusieurs raisons. Déjà grâce à la fin qui est très satisfaisante parce que l’autrice n’a pas cédé aux sirènes de la facilité et du fan service. Ensuite grâce à ce dépaysement littéraire et au fait qu’Anya Allyn ne s’encombre pas de respecter tel ou tel genre, ce qui rend son intrigue globalement inattendue. Elle prend ce qu’elle veut où elle en a besoin pour construire son intrigue et son univers unique. L’autrice ose et rien que pour ça, j’ai envie de saluer la performance. On peut chipoter en disant que le Carrousel Éternel est un peu trop poussé pour celui ou celle qui cherche uniquement le young adult tourné sur les sentiments et pas suffisamment mature pour le lecteur averti qui aiment ce qui est sombre. Puis on peut nuancer en disant que ça dépend d’un tome à l’autre, d’une scène à l’autre… Et prévenir les lecteurs concernés de cette inégalité qui peut créer de la frustration mais qui, après avoir découvert l’ensemble et pris le recul nécessaire, s’effacera pour céder la place au contentement. Celui d’avoir été au bout. Celui d’avoir découvert cet olni.

La conclusion de l’ombre :
Pour résumer, Music Box est le dernier tome de la saga du Carrousel Éternel et le conclut avec brio, sans céder à la facilité. L’autrice tombe définitivement dans la science-fiction à tendance post-apocalyptique et s’en sort assez honorablement. Toujours en équilibre à la frontière de plusieurs genres littéraires, il est clair que cette quadrilogie est un olni (objet littéraire non-identifié) qui ne plaira pas à tout le monde. Toutefois, elle vaut clairement le détour ne fut-ce que pour l’expérience qu’elle constitue.

Ce qui hante les bois – Dawn Kurtagich

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Ce qui hante les bois
est un one-shot fantastico-horrifique écrit par l’autrice anglais Dawn Kurtagich. Publié au Chat Noir, vous trouverez ce roman au prix de 19.9 euros.
Attention, ce titre ne sortira qu’en avril ! Je vous encourage à soutenir le Chat Noir (comprenez pourquoi en lisant Quand COVID19 menace la littérature) en le précommandant sur leur site Internet dés maintenant 🙂
Je remercie les éditions du Chat Noir pour ce service presse.

Je vous ai déjà évoqué en février cette nouvelle autrice récemment traduite par Cécile Guillot avec son premier roman, The Dead House, qui a été un gros coup de cœur. Sachez que Ce qui hante les bois est largement à la hauteur de son prédécesseur !

Silla et Nori sont maltraitées par leur père, ce qui les pousse à s’enfuir chez leur tante qui vit dans le manoir « La Baume ». Elles y rencontrent Cath, la tante en question, et y découvrent enfin une forme de bonheur, de sérénité. Mais qui est cet homme que seule Nori aperçoit ? Pourquoi les arbres se rapprochent de plus en plus ? Le manoir aux murs rouges cache d’horribles secrets…

Il m’est assez difficile de vous chroniquer cette œuvre dans le détail car cela implique de révéler des éléments clés de l’intrigue. Comme je tiens à ce que mes chroniques ne divulgâchent rien du tout, les éléments potentiellement problématiques seront, comme d’habitude, à surligner pour être lus.

Ce qui hante les bois est un roman intimiste en huit-clos avec La Baume pour seul décor et Silla comme narratrice à la première personne. Elle n’est pas la seule puisqu’on lit également des réflexions de Nori mais aussi des considérations de Cath, leur tante. Dawn Kurtagich a déjà démontré sa maîtrise de ce procédé narratif dans The Dead House et réitère l’exploit dans son second texte. Silla est un personnage ambigu, complexe et perturbant qui sombre petit à petit dans la folie. Cath paraît presque trop adorable pour être honnête. Quant à Nori, sa naïveté d’enfant devient effrayante à mesure que l’intrigue avance et que la tension monte crescendo. Cet état est doublement bien retranscrit. D’une part grâce à l’écriture musicale et extrêmement bien rythmée de l’autrice mais également grâce à la mise en page très soignée des éditions du Chat Noir.

Oui, même le texte joue le jeu ! Les tailles de police diffèrent en fonction de qui parle et dans quelles circonstances. Pour accentuer l’impression de chute, les mots appartenant à ce champ lexical sont eux-aussi représentés en train de tomber, une lettre après l’autre. Quand Silla a une crise, l’autrice n’hésite pas à dédier une page pleine -si pas deux- à ses délires sans queue ni tête. On a même droit à une page totalement noire, ce qui offre une symbolique puissante au moment où elle intervient. J’ai trouvé le Chat Noir très inspiré sur ces idées de mise en page qui apportent vraiment un plus qu’on risque de perdre dans la version numérique (une bonne raison supplémentaire de se le procurer en papier !)

Mais Ce qui hante les bois n’a pas juste un joli emballage sur un texte classique, que nenni. Ce serait mal connaître le nez affuté de Cécile Guillot pour dénicher des pépites. Si mon pitch et le résumé peuvent paraître basiques, dans les faits, Dawn Kurtagich va bien plus loin même si on ne le comprend pas tout de suite. Il faut se laisser emporter avec patience jusqu’au final magistral qui surprend même les plus attentifs. D’autant que certaines clés se devinent mais il reste encore des surprises impossibles à prévoir qui formeront une métaphore d’une rare intensité pour les lecteurs. Je suis même sûre que l’autrice a semé exprès certains indices pour détourner l’attention du reste. Chapeau !

Parce que oui, finalement, Ce qui hante les bois, c’est une métaphore du deuil, de la culpabilité et de la pression qu’on se met soi-même en toutes circonstances au point que ça en devient toxique. C’est aussi une mise en scène du corps dans tout ce qu’il a de plus répugnant, dans les états les plus pitoyables. Quand on sait que l’autrice a été gravement malade et qu’on devait la nourrir toutes les deux heures petit à petit , certaines scènes prennent une dimension toute autre qui glace le sang. On comprend aussi comment elle parvient à décrire si bien la sensation de faim. Si vous le lisez, prenez quelques instants pour graver cela dans vos esprits car ça a, après coup, changé encore plus positivement ma manière de considérer ce roman.

Pour conclure, Ce qui hante les bois est une réussite. Ce roman fantastico-horrifique vous propose de suivre Silla et sa sœur Nori qui se retrouvent piégées à la Baume, un manoir aux murs écarlates. Dawn Kurtagich revient sur des thèmes déjà exploités dans The Dead House et continue de réfléchir sur la folie avec une plume musicale dont le rythme ne peut que vous envouter. Pour ne rien gâcher, la mise en page du roman sert magnifiquement le texte d’une manière inspirée et astucieuse. Je vous recommande très chaudement la découverte de cette nouveauté 2020 qui signe une nouvelle réussite du Chat Noir !

The Dead House – Dawn Kurtagich

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The Dead House
est le premier roman de l’autrice anglaise Dawn Kurtagich. Vous trouverez ce thriller horrifique aux Éditions du Chat Noir dans la collection Cheshire au prix de 19.9 euros.
Je remercie les Éditions du Chat Noir pour ce service presse !

Carly et Kaitlyn sont sœurs et partagent le même corps. Carly existe le jour, elle est l’identité « officielle ». Kaitlyn a eu la nuit et elles communiquent entre elles en se laissant des messages dans un journal. Tout se passe bien dans leur vie malgré cette particularité lorsque survient le décès de leurs parents. Carly va être internée quand on découvre l’existence de son alter ego mais ses progrès pousseront sa psy à la laisser fréquenter le lycée Elmbridge. Jusqu’au drame…

Vingt ans se sont écoulés depuis l’Incident et le récit se présente sous la forme originale d’un rapport d’enquête qui revient sur ces évènements. Ce dernier contient des extraits du journal de Kaitlyn -retrouvé après les faits- mais aussi des rapports de police, des entretiens psychiatriques ou encore des vidéos tournées par une amie de Carly. Sa forme originale a su me séduire alors que je n’étais pas convaincue, à l’origine, par la pertinence d’un tel procédé. Je craignais ne pas ressentir la moindre empathie pour les personnages mais s’il y a bien un élément que l’autrice maîtrise, c’est la psychologie de ses protagonistes !

Quand on lit le journal de Kaitlyn, on ressent presque une gêne de pénétrer ainsi dans son intimité tant elle nous paraît réelle. Dawn Kurtagich joue avec ça puisqu’on va ignorer pendant un moment si tout ceci se passe ou non dans la tête de Carly / Kaitlyn. Les explications psychiatriques fournies par le Dr Lansing paraissent souvent crédibles, autant que les objections opposées par les protagonistes. Même une fois le roman refermé, la dernière page tournée, j’hésite sans savoir quoi croire car tout me paraît si réel et en même temps impossible. La maestria de l’autrice m’a soufflée. Quand je pense qu’il s’agit d’un premier roman ! Je me réjouis de lire ses autres œuvres.

Kaitlyn est le personnage principal de cette histoire et elle souffre. Elle souffre énormément d’être la Fille de Nulle Part. Elle apparaît au coucher du soleil, quand tout le monde dort, et se sent seule, terriblement seule. Carly et elle ont un plan pour l’avenir : à leur majorité, elles déménagent à Londres, une ville qui ne dort jamais afin que son alter ego puisse avoir sa propre vie, elle aussi. Kaitlyn s’accroche à cette possibilité et ça aurait pu fonctionner sans Aka Manach, sans cette fille morte qui apparaît soudainement, sans les cauchemars de la Maison Morte, sans ce qui ressemble à des psychoses d’un œil extérieur.

Kaitlyn se pense seule mais elle ne l’est pas vraiment. Sa relation la plus profonde, elle l’entretient avec Dee, son journal intime (Dee pour Dear Diary). C’est presque un personnage à part qui semble par moment doué d’une forme de vie. Le mystère plane mais j’ai vraiment apprécié cette idée et la manière dont Kaitlyn se réfugie dans l’écriture. Il y a également Naida, la meilleure amie de Carly, qui est au courant de leur situation et les croit. Naida pratique le Mala, une forme de magie qui paraît inspirée du vaudou et va essayer d’aider Kaitlyn à affronter ce qui la hante. Il y a aussi Scott, le petit ami de Naida, qui se retrouve embarqué dans cette histoire par amour plus qu’autre chose. Brett, qui aime Carly (à sa manière)… Mais surtout Ari et John qui sont deux personnages gravitant autour de Kaitlyn uniquement et chacun d’une grande importance à ses yeux puisqu’ils la fréquentent elle et pas Carly. Ils connaissent la fille de la nuit, lui permettent d’exister, ce qui explique les sentiments très forts que Kaitlyn ressent envers eux (amour pour un, fraternité pour l’autre). En temps normal, ces relations auraient pu m’agacer mais ici j’ai trouvé la construction des personnages subtile et bien dosée, le développement de leur relation crédible dans l’aspect malsain et dépendant. Ils me paraissaient tellement réels que je tournais les pages avec une certaine angoisse, comme si j’assistais à tout et que je devais absolument les aider. Dawn Kurtagich est parvenue à m’immerger, à m’intéresser à son récit et ça m’a vraiment séduite. Je me suis impliquée comme ça ne m’était plus arrivée depuis un moment. Je ne me contentais pas de lire, je vivais The Dead House.

À la fin du roman, on trouve un mot de l’autrice qui explique comment elle en est venue à écrire The Dead House et selon moi, ça apporte vraiment un plus. Suite à une maladie, l’autrice dormait le jour et vivait la nuit, ce qui l’a poussée à se demander comment existerait une personne qui ne vivrait que pendant la nuit. Kaitlyn venait de naître. Je vous cite la suite parce que je ne vois pas l’intérêt de paraphraser ce qu’elle explique elle-même clairement : « Comment seraient nos vies si on n’en contrôlait que la moitié? En voudrait-on à l’autre personne, celle qui a le reste ? Communiquerait-on avec elle ou lui ? Si oui, comment ? Que ressentirait-on si l’on n’avait pas le contrôle sur notre propre corps ? Ou pire encore, si l’on ne pensait pas que notre corps nous appartient ? Comment vivrait-on si l’on nous traitait comme un symptôme, comme une maladie? (…) Que se passerait-il si notre moitié disparaissait? Et si quelqu’un nous disait que la raison n’est pas psychologique (syndrome d’intégration comme le soutien la psy) mais spirituelle (magique, démoniaque) ? Que ressentirait-on, si personne ne croyait en notre existence ? »

Après ça, impossible de ne pas confirmer le coup de cœur qu’a été pour moi la découverte de The Dead House et de cette autrice talentueuse. Je me réjouis de la rencontrer lors de la Foire du Livre de Bruxelles et je vous encourage à craquer sur son roman que je n’hésite pas à qualifier d’exceptionnel. Le chat noir a décidément du nez, il cache peut-être des origines canines ? Il se changera peut-être en Sinistros 😉

Pour résumer, The Dead House est un thriller fantastico-horrifique de grande qualité. Premier roman de Dawn Kurtagich, l’autrice joue magnifiquement avec les troubles mentaux de ses héroïnes pour brouiller la frontière entre le réel et l’occulte. Ce texte addictif est aussi remarquable pour sa forme car présenté comme un dossier d’enquête qui contient des témoignages, des extraits vidéos, des entretiens psychiatriques, etc. J’ai eu un coup de cœur pour ce texte et je me réjouis de lire d’autres œuvres de l’autrice. Je n’ai qu’un mot à vous dire : foncez !

Le Carrousel Éternel #3 Marionette – Anya Allyn

Marionette (en anglais pour ceux qui se posent la question donc non, ce n’est pas une faute de ma part 😛 ) est le troisième (et pénultième (j’ai pas pu m’en empêcher)) tome de la saga Carrousel Éternel écrite par Anya Allyn. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au sein de la collection Cheshire au prix de 19.90 euros.

Ça commence à devenir compliqué de résumer le contenu d’un troisième roman sans spoiler. Comme d’habitude, les éléments de divulgâchage (marque déposée ->) sont à surligner en blanc si vous désirez les lire.

Trahie par Zack et sa famille (quelle surprise…) Cassie et Molly sont prisonnières du Château. Elles ne peuvent en sortir que pour se rendre dans le monde des glaces à travers les Ombres, afin de retrouver le second volume du Speculum Nemus. Cassie apprend que cet univers glacé est en fait celui dont elle est originaire et elle y retrouve l’Ethan avec qui elle était prisonnière dans la Maison de Poupée. Ses sentiments refont surface mais ce serait bien beau si elle avait le temps de s’en soucier. Captive de ce château et de ses mœurs étranges, le sort s’acharne sur cette pauvre fille…

J’ai trouvé ce tome globalement assez inégal et si je vous en parle malgré tout, c’est principalement à cause de sa fin qui promet un ultime volume en apothéose. Pour moi, Marionette est très clairement une transition qui souffre de certaines longueurs et a un aspect un peu trop brouillon.

Le gros reproche que j’ai à adresser à ce titre, c’est qu’on a du mal à s’y retrouver avec ces histoires d’univers parallèles. Il faut attendre un moment avant que le volume fasse le point et j’ai toujours un peu de mal à accepter la théorie qui justifie l’aspect possible de tout cela. Enfin, pas tant l’existence d’un Multivers que ses conséquences. Par exemple, en quoi rencontrer son double dans une dimension implique forcément qu’on fusionne avec lui? Pourquoi tous les univers seraient identiques jusqu’à ce que quelque chose les modifie? Je vous remets ici la phrase quasi telle quelle que dans le livre… J’ai eu envie de dire… Bah oui, merci captain obvious. Du coup, l’autrice nous donne des clés qui finalement ne rentrent pas dans les serrures. J’aurai préféré pas d’explications du tout. Très honnêtement, j’ai décidé de passer outre pour continuer ma lecture mais je crois que je commence à lire trop de science-fiction pour me contenter de rester dans le vague à ce niveau. J’ai donc eu des difficultés à rentrer dans cette suite pendant tout le premier tiers du livre. Si je n’avais pas déjà lu deux tomes de cette saga, je l’aurai probablement reposé au bout de cent pages.

Après, heureusement, le talent de l’autrice pour transmettre des émotions reprend le dessus. Elle met en place une atmosphère sombre, de plus en plus désespérée et étrange, qu’on ressent très bien à la lecture. J’apprécie le fait que, si Cassie a conscience de ses sentiments envers Zach et Ethan, ça ne soit pas sa priorité. Ce qui ne nous épargne pas quelques scènes larmoyantes avec des garçons qui montrent un peu trop de ferveur pour être crédibles à mon goût mais on va mettre ça sur mon côté cynique. Cassie, donc, ne perd pas de vue l’essentiel. Son amitié avec Molly et le fait de survivre passent avant tout, ce qui est agréable. J’ai beaucoup aimé la maturité dans ses choix même s’ils ont un goût vain et désespéré. On ne peut pas rester de marbre devant de telles horreurs. La pression psychologique exercée sur elle par les Batiste est juste infâme et ça la contraint à des choix terribles. À nouveau, Anya Allyn gère très bien le côté psychologique. Le pire arrive sur le dernier quart du roman et c’est cette partie qui m’a décidé à quand même vous parler de Marionette mais surtout, de lire le dernier tome.

Un autre point m’a un peu gênée, c’est qu’il manque clairement une relecture à ce texte. En règle générale, soit je ne vois pas les fautes parce que je suis à fond dans l’histoire, soit il n’y en a qu’une ou deux et je n’ai aucun intérêt à le signaler. Sauf qu’ici, il y a plusieurs endroits où il manque un -s, où la terminaison du verbe n’est pas correcte, et je parle seulement de ce qui m’a sauté aux yeux. Et ce sont uniquement des fautes d’inattention qui auraient disparu avec une relecture attentive. Je sais que le rythme de parution pour cette saga a été assez rapide, que l’éditeur est une plus petite structure et qu’ils font leur maximum avec les moyens qu’ils ont mais c’est un peu dommage d’offrir un si bel emballage au roman (la couverture superbe, les en-têtes de chapitres travaillées) sans soigner suffisamment le texte en lui-même.

Marionette fut donc une lecture en demi-teinte qui s’est grandement bonifiée sur la fin car l’aspect gothique et horrifique prend des proportions aussi importantes que plaisantes. En refermant ce tome, j’ai ressenti l’envie de lire la suite, ce qui est plutôt un bon point.

Pour résumer, Marionette s’inscrit comme un tome de transition avant le grand final de la saga du Carrousel Éternel. Il faut attendre le dernier quart du roman pour que l’autrice déploie tout le talent qu’on lui connait à dépeindre des situations oppressantes, tragiques et horrifiques. Malgré les faiblesses de ce tome, ça vaut la peine de tenir le coup donc je continue de vous recommander cette saga. J’espère que le quatrième volume sera mieux équilibré.

Le Carrousel Éternel #2 Paper Dolls – Anya Allyn

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Le Carrousel Éternel est une saga fantastico-horrifique en quatre tomes écrite par l’autrice australienne Anya Allyn, Paper Dolls en est le second volume. Publié dans sa version française aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros. Sachez que la série est complète à ce jour donc vous pouvez très bien vous lancer sans attendre !

Rappelez-vous, je vous ai parlé du premier tome lors de sa sortie en 2017. Cette chronique contient des éléments cachés pour m’éviter de vous divulgâcher le contenu du roman. Il suffit de surligner les passages incriminés pour qu’ils se révèlent à vous.

Cassie a réussi à sortir de la maison des poupées et à ramener de l’aide pour sauver ceux encore prisonniers. Elle tente de retrouver une vie normale après ces tragiques événements mais personne ne la laisse oublier. Encore moins certains fantômes bien décidés à se servir d’elle. Parallèlement à ça nous suivons l’histoire de Jessamine en 1920 ce qui permet d’en apprendre davantage sur les origines de cette tragédie.

J’ai lu le premier tome à sa sortie il y a deux ans et je n’en gardais que de vagues souvenirs. Pourtant, il ne m’a pas fallu 10 pages pour replonger tête la première dans cet univers incroyable. Anya Allyn dispose de cette magie des mots qui nous ensorcelle et nous fascine. Difficile de lâcher ce roman une fois entamé. Je l’ai d’ailleurs lu en moins de vingt-quatre heures.

Les parties sur Cassie comme celles de Jessamine sont rédigées à la première personne et chaque héroïne est bien caractérisée. Du côté de Cassie, on la suit dans son quotidien pendant qu’elle essaie de se remettre. J’apprécie ce personnage mais j’ai déploré sa naïveté plus d’une fois. Je ne la trouve pas suffisamment méfiante envers les autres vu ce qu’elle a vécu. On pourrait se dire qu’elle reste une ado de 15 ans mais quand même, comment ne pas se rendre compte que Zack et Emerson étaient trop gentils? Et prévenants? Et que dire de leurs parents ?! Outre un nom de famille qui donne un indice au lecteur attentif, on se doute directement qu’il y a anguille sous roche et on a envie de passer des pages pour enfin arriver à la grande révélation car ces parties trainent un peu trop en longueur et en shopping / moments superficiels entre filles / il est trop beau et embrasse trop bien. J’ai eu envie de secouer Cassie pour qu’elle utilise son cerveau, alors qu’elle s’en sert très bien pour tout le reste. C’est hélas l’aspect un peu trop young adult du roman, les filles deviennent idiotes quand un beau garçon se retrouve mêlé à leur quotidien, surtout quand un autre garçon vient juste de les trahir… Heureusement, dans ce cas précis, même si je l’ai relevé, ça ne m’a pas non plus empêchée de me passionner pour ce texte justement parce que je pense que l’autrice a écrit son roman de cette manière totalement à dessein. Et ce qui se déroule tout à la fin renforce ma certitude.

Les parties sur Jessamine aident beaucoup à l’addictivité de Paper Dolls. J’ai apprécié me retrouver dans cette ambiance de cirque au début du 20e siècle , tous ces mystères, ces horreurs, cette sensibilité chez cette fille qui nous terrifiait dans le premier volume. J’ai ressenti énormément d’empathie pour elle et je me pose encore pas mal de questions à son sujet, j’espère qu’on la reverra. D’autant que ça nous donne des explications sur les mystères habilement tissés dans le premier tome et sans que ça paraisse forcé. Selon moi, l’autrice a beaucoup mieux maîtrisé ces passages de son roman que ceux avec Cassie mais ce ressenti m’est tout personnel.

Paper Dolls de classe dans l’horreur autant que dans le fantastique. La frontière n’est pas toujours claire, on est parfois tenté de croire que ce n’est pas réel jusqu’à ce que le texte assume complètement sa composante surnaturelle. J’ai été très surprise qu’elle exploite la thématique du multivers d’une manière aussi crédible. C’est quelque chose qu’on retrouve beaucoup dans les comics et moins dans les romans, encore moins dans ce type-ci et ce qu’Anya Allyn dessine pour le moment me plait. L’autrice joue très bien avec son lecteur, elle le balade et le rend accro puis termine systématiquement sur un cliffhanger de folie. Personnellement, je n’avais plus tourné les pages avec une telle avidité depuis un moment et je ne suis pas vraiment le public cible… Je crois qu’on peut parler d’une réussite.

Pour résumer, Paper Dolls est une suite à la hauteur de Dollhouse et gagne même en qualité ce qui est de bon augure pour la suite. Le roman est digne de sa magnifique couverture (signée par Mina M.) en offrant un texte fantastico-horrifique très addictif, plein d’émotions, écrit avec une narration à la première personne maîtrisée. Je suis bien contente d’avoir les deux derniers tomes dans ma PàL et j’affirme qu’ils n’y resteront pas longtemps. Je vous recommande chaudement cette saga qui n’aura pas fini de vous surprendre !

Waterwitch – Alex Bell

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Waterwitch est un one-shot fantastique horrifique écrit par l’autrice anglaise Alex Bell. Traduit par les Éditions du Chat Noir dans sa collection Cheshire, vous trouverez ce texte au prix de 19.90 euros au format papier.

Emma revient en Cornouailles sept ans après un accident qui lui a coûté l’usage de ses jambes. Sa grand-mère est malade et elle veut passer du temps avec elle avant qu’il ne soit trop tard. Accompagnée par son chien guide Bailey, Emma retrouve également son meilleur ami d’enfance, Jem et sa petite sœur Shell. Pour échapper à un père violent, tous les deux vivent à Waterwitch, une auberge jadis rachetée par la grand-mère d’Emma qui est désormais mise en vente. Le bâtiment est réputé hanté car selon la légende, il aurait été construit avec le bois d’un bateau maudit, le fameux Waterwitch qui lui a donné son nom. Et l’esprit de la cave est particulièrement en colère contre nos héros.

Partant d’un postulat assez classique (un groupe de jeunes, un bâtiment hanté, les mises en garde trop nombreuses qui poussent encore plus Emma à s’approcher de l’auberge alors qu’on te l’avait dit hein, de pas y aller) et même cliché sur les premières pages, Waterwitch se révèle rapidement original et prenant.

Amoureux de la mer, de la sorcellerie et des superstitions, cet ouvrage comblera toutes vos attentes. Il sent l’iode et laisse les doigts poisseux de sel. On respire un grand bol d’air marin entre deux scènes oppressantes magistralement maîtrisées par l’autrice. Voilà une horreur crédible qui a su me jouer des tours et ce n’est pourtant pas si facile car je ne suis pas friande de ce genre. Souvent, je le trouve peu crédible mais Alex Bell sait y faire.

Contrairement à ce que laisse entendre le résumé de l’éditeur, Emma n’est pas l’héroïne de ce roman. Assez présente au début et très intéressante par son statut de personne à mobilité réduite, elle s’efface petit à petit au profit de Shell dont l’intérêt grandit en même temps que ses pouvoirs. Je tiens ici à préciser mon emploi du mot « intéressant » à côté de «personne à mobilité réduite » histoire que ça ne soit pas mal interprété. Souvent et surtout en littérature, on trouve des héros et des héroïnes en bonne santé qui marchent sur leurs deux jambes et souffrent de maux moraux ou psychologiques. Je ne me souviens pas avoir lu un jour un roman dans les genres de l’imaginaire avec une héroïne en fauteuil roulant. Je ne dis pas que ça n’existe pas, juste que je n’en ai jamais eu dans les mains alors que j’en lis quand même pas mal. Je n’imaginais pas forcément tout ce que pouvait impliquer une situation comme celle-là. L’autrice traite le handicap d’Emma d’une manière assez juste et intelligente en montrant les difficultés auxquelles ces personnes sont confrontées au quotidien sans pour autant la transformer en victime. À aucun moment elle n’inspire la pitié, au contraire. Franchement, les personnages sont un gros point fort dans Waterwitch.

Comme je le disais, Emma n’est pas vraiment l’héroïne du livre. Il y en a plutôt trois car Jem et Shell ne sont pas en reste. D’ailleurs, les chapitres courts proposent une alternance des points de vue à la première personne. Le nom du personnage qui s’exprime est chaque fois précisé dans l’en-tête.
Jem est un jeune homme qui cherche à  protéger sa sœur de leur père violent et qui se heurte aux réalités de la vie. Il fait ce qu’il peut pour gagner suffisamment d’argent afin de pouvoir manger chaque jour et ce n’est pas toujours possible. Quant à Shell, on se demande pendant tout le roman si elle est folle ou si elle a vraiment des pouvoirs. Ce doute qui plane se transmet aussi au lecteur et on tourne avidement les pages pour essayer de découvrir la vérité à son sujet.

Si l’autrice a parfois oublié de se servir des virgules, elle n’en a pas moins un style immersif et maîtrisé. Non seulement Alex Bell offre un roman fantastico-horrifique au top mais en plus elle parvient à traiter de sujets sociaux forts à travers ses trois héros: handicap, violence domestique, jeunes laissés seuls face à eux mêmes et à la difficulté de se nourrir, pour ne citer que les principaux. Ces deux aspects de ce roman se marient et s’équilibrent à merveille.

Pour conclure, je ne peux que vous recommander la lecture de Waterwitch qui se révèle une très belle découverte. Ce one-shot fantastico-horrifique séduira les adeptes du genre. Son ambiance marine sur fond de sorcellerie et de malédiction parait peut-être clichée sur le papier mais Alex Bell a plus d’un tour dans son sac ! Surtout avec ses personnages forts et attachants. Une très belle réussite (une de plus) pour les Éditions du Chat Noir.

Ashwood #1 – C. J. Malarsky

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Ashwood est le premier tome d’une saga en deux volumes proposée par l’autrice américaine C. J. Malarsky. Vous trouverez ce roman dans sa version française aux Éditions du Chat Noir dans la collection Cheshire, au prix de 17.90 euros en papier.

Il s’agit du premier tome d’une série mais après discussion avec l’éditrice, il s’avère qu’Ashwood est vraiment construit comme un one-shot. Dans le « tome 2 » on voit à peine l’héroïne de celui-ci ce qui est bon à savoir car ça rend la fin vraiment osée. Du coup, j’en parle à dessein comme d’un tome unique.

Willow a 16 ans, aime les vêtements excentriques, la SFFF et les jeux vidéos. En compagnie de son cousin Devin et deux autres amis, elle part faire un shooting photo dans un asile abandonné. Le fameux Ashwood. Pas de bol, cet endroit est hanté et les peurs de Willow attirent sur elle l’attention malvenue d’esprits affamés qui mettent son âme en péril.

Je vous le concède volontiers: au premier abord, ça parait cliché. Dans les premiers chapitres aussi. Ça transpire le roman d’épouvante classique par toutes les lignes de la page au point que je lisais presque sans faire attention, comme quand on regarde un téléfilm sur AB3 (M6 en traduction pour la France) quoi. Un œil dessus et le reste du cerveau ailleurs.

Puis il s’est passé quelque chose de quasi miraculeux. Sans m’en rendre compte, Ashwood captait de plus en plus mon attention et je tournais les pages sans parvenir à le reposer. Pourtant, le style de l’autrice n’est pas particulièrement transcendant. Ni bon, ni mauvais, juste pas remarquable. Mais voilà, elle est parvenue à m’attraper dans ses filets (oserais-je dire à papillons?). Si bien que j’ai lu les 253 pages qui composent ce premier tome en une journée seulement. Un bon dimanche lecture comme je les aime !

C’est que, l’air de rien, le personnage de Willow est intéressant et inspire la sympathie. Pour une ado de seize ans, elle a une personnalité crédible et les mots de l’autrice nous transmettent très bien ses émotions. Willow est une lolita qui se passionne pour la pop culture, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des amis, une vie sociale, même si elle se sent un peu à l’écart. Les nuances apportées par C. J. Mallarsky sont plaisantes à trouver dans ce type de roman destiné à un public young adult.

Déjà dans l’asile, Willow n’est pas très rassurée et les blagues stupides d’Archimède (le colloc de son cousin alias la-tête-à-claque/enfoiré-de-première pitié qu’un mora mange ce type) ne font rien pour l’aider. Parce que c’est rigolo d’enfermer quelqu’un dans le tiroir d’une morgue, é-vi-de-mment. C’est là que Willow a ses premiers cauchemars et ça ne va pas aller en s’arrangeant. Au point que le réel se confond avec les ombres, même pour le lecteur qui ne sait plus à quel saint se vouer. Plus d’une fois, j’étais dans le doute et ça provoquait en moi une réelle tension. J’adore quand les auteurs parviennent à jouer avec mes nerfs et mes perceptions comme ça: chapeau !

L’intrigue d’Ashwood est simple mais prenante. Je trouve intéressant que l’autrice se soit inspirée de Jung (on en parle quand même moins que Freud) mais aussi de la mythologie russe pour tout ce qui touche à la dimension surnaturelle du roman. C’est plutôt rare comme choix et ça me parle bien.

Le seul petit point noir que j’ai à relever, c’est la présence de la pseudo romance avec Ilya. Elle ne me gênait pas trop jusqu’au dernier chapitre où j’ai roulé des yeux quand le mot « amour » a fait son apparition mais disons que le dernier paragraphe a rattrapé ce petit écart typique à la littérature young adult. Et ça reste cohérent avec le genre littéraire, c’est juste que je suis vite saoulée par ces détails.

En bref, Ashwood est un page-turner d’épouvante classique mais bien mené avec quelques touches d’originalité qui font toute la différence. Ce premier tome présente une héroïne qui sonne juste et à laquelle on s’attache rapidement. Quant à la fin, elle est magistrale et comme il s’agit finalement d’un tome unique en ce qui concerne Willow du moins, je peux sans hésiter la qualifier d’osée, d’assumée et même de culottée. Je le recommande sans hésiter.

Les amoureux de la lune – Lizzie Felton

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Les amoureux de la lune
est un one-shot écrit par l’autrice française Lizzie Felton. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Cheshire, le livre est disponible au prix de 19.90 euros.
Ce roman entre dans le chalenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce roman entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne douceur de vivre » catégorie « pomme au four, tasse de thé et bougie » puisqu’il s’agit d’une romance. Il peut aussi convenir au menu « Automne ensorcelant » catégorie « cristaux, tarot et encens » pour son côté très mystérieux et étrange. Je n’en dit pas plus pour ne pas spoiler mais ceux qui l’ont lu comprendront.

Pour être très honnête avec vous, je n’ai pas acheté ce livre et je ne l’aurai pas acheté malgré les bonnes critiques que j’ai pu lire dessus et le fait que l’autrice soit absolument adorable. Assez simplement parce que ce n’est pas du tout mon style de littérature, que ça ne me correspond pas le moins du monde. Pourtant, justement parce que Lizzie Felton est une fille super gentille avec qui j’ai longtemps discuté aux Imaginales, j’ai accepté avec plaisir que FungiLumini, du blog Livraisons Littéraires, me le prête. J’en profite pour vous glisser le lien de sa chronique sur le roman. Voici donc comment j’en suis venue à lire les Amoureux de la Lune et à me prendre une grande claque.

Nous suivons le personnage de Lucie, une parisienne pure souche qui doit déménager en province le temps d’une année, pour le job de son père. Lucie n’est pas une gentille fille sans être non plus une terreur. Ses parents ne lui font pas vraiment confiance et l’école ne la veut pas en internat à cause de son comportement. Du coup, la voilà partie dans le Sud avec sa famille. Son intégration à la jeunesse dorée de la côte d’Azur se fait sans le moindre problème. Mais tout change quand Lucie rencontre Ulysse, un mystérieux garçon qui appartient à la famille Lovelace, des gens qui vivent à l’écart des autres. Ulysse va la toucher et la transformer à tout jamais, en lui montrant une autre vision du monde.

Je sais, expliqué comme ça, le roman a l’air vraiment banal. Et pourtant ! Il est assez compliqué de parler des Amoureux de la Lune, que ça soit de son genre littéraire ou son intrigue, sans vous dévoiler des pans entiers du mystère savamment entretenu par Lizzie. Elle maîtrise bien son intrigue et son suspens, en distillant des informations ici et là, en provoquant le doute chez les lecteurs qui n’est pas toujours certain de se trouver dans un roman fantastique. Dans le premier tiers du livre, j’ai eu l’impression de suivre une adolescente agaçante et sans saveur. Pourtant, je n’ai pas réussi à poser les Amoureux de la Lune. Je continuais à le lire, plongée dans la vie de Lucie, happée par l’écriture simple mais poétique de l’autrice. Si j’ai parfois eu du mal à la comprendre, je dois avouer que cette jeune fille m’a finalement touchée plus que je ne l’aurai cru. Finalement, les adolescentes et les jeunes adultes s’y identifieront facilement et ses élans amoureux parleront à toutes les filles un brin sensible. C’est une fille comme les autres, submergée par un sentiment d’une puissance inouïe. Certains trouveront peut-être qu’elle en fait trop. Je leur dirais qu’ils ont vite oublié ce que c’est, d’être ado.

On pourrait se demander pourquoi ce livre est au Chat Noir, quand on le referme. Avant de se rendre compte qu’il n’aurait pas pu être ailleurs. C’est la maison d’édition parfaite pour un ouvrage de ce type, si original et disposant d’une vraie personnalité. Si j’ai parfois trouvé dommage que certaines scènes soient un peu rushées, comme les dialogues entre Lucie et Marie ou la manière dont Lucie s’installe dans sa nouvelle vie, je referme pourtant ce livre avec un sentiment positif, sans aucune frustration et la tête pleine de magnifiques citations. C’est en arrivant à la fin de ces trois cent pages qu’on comprend les choix narratifs de l’autrice et qu’on saisit la mesure réelle de sa sensibilité.

Pour résumer, les Amoureux de la Lune est une magnifique histoire qui, je l’espère, vous touchera autant que moi. Ce texte a réussi à me faire verser une larme. Lizzie Felton signe un premier roman qui déborde de poésie et de sensibilité artistique. Une autrice à suivre et un titre à découvrir. Ce fut un coup de cœur pour moi ♥

Lake Ephemeral – Anya Allyn

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(c) Miesis

Lake Ephemeral est un roman d’origine anglophone sortit en février 2017 aux éditions du Chat Noir. Il a été écrit par Anya Allyn et traduit par Vincent Tassy, l’auteur de l’excellent Apostasie. Cette œuvre est disponible en papier et en un seul volume pour le prix de 19.90 euros. Il appartient à la collection Cheshire, qui rassemble les romans young-adult.

La première fois que j’ai vu un post au sujet de Lake Ephemeral, c’était pour annoncer sa sortie et je suis tombée amoureuse de la couverture, illustrée par la talentueuse Miesis dont je vous recommande le travail. Par contre, j’ai déchanté en lisant le résumé, certaine que ce n’était pas du tout mon type de lecture. Un peu déçue, je me suis dis que ça ne valait pas vraiment la peine de faire l’investissement… Mais à force de voir de bonnes chroniques, de constater que des auteurs en qui j’ai confiance en terme de goûts littéraires le conseiller, et après que les éditeurs eux-mêmes m’aient bien vendus l’histoire (avec promesse de pouvoir assommer l’éditeur en question avec le roman susnommé (qui est bien épais forcément) si ça ne me plaisait pas :3) je me suis lancée !

Toutefois, à l’instar du Club des punks contre l’apocalypse zombie, j’ai mis du temps avant d’ouvrir ce roman. J’ignore pourquoi ça m’est subitement venu il y a deux jours… Par contre, une chose est sure: je regrette de ne pas l’avoir lu plus tôt !

Lake Ephemeral est une véritable surprise. Dès les premières pages, je me suis retrouvée happée dans un univers unique par la plume gracieuse et poétique de l’auteure, magnifiquement traduite par Vincent Tassy. N’ayant pas lu en anglais, j’ignore quelle part il y a du traducteur dans le texte mais sincèrement, cette manière d’écrire est addictive, elle nous attire, comme des papillons vers la lumière, et on se brûle rapidement les ailes. Comprenez qu’on a du mal à refermer le livre, tant nous sommes immergés dedans. C’est un roman très addictif et on ne le devinerait pas en lisant la quatrième de couverture.

Lake Ephemeral est loin du type de roman que je lis d’habitude. Je suis surprise d’avoir autant apprécié cette histoire hors du commun et je suis frustrée de ne pas pouvoir développer plus précisément son contenu, ou même le classer dans un genre précis. Malheureusement, si je le fais, je risque de vous spoiler l’histoire tant l’intrigue est complexe, bien ficelée, bien menée. Je n’ai pas envie de vous gâcher toutes les surprises contenues dans ce livre vraiment spécial, ce serait injuste pour vous ! Notez qu’il y a évidemment quelques raccourcis scénaristiques, mais rien de bien méchants. L’intrigue reste très originale, rythmée et douce à la fois, elle dénote une véritable maîtrise de la part de l’auteure.

Notez que pour ne rien gâcher, l’objet en lui-même est très beau. S’il n’est pas parsemé d’illustrations comme Souvenirs Volés, chaque page est décorée d’un bel effet qui rappelle les papillons, et chaque partie nous est joliment présenté avec une mise en page particulière créée spécialement pour le roman. En prime, les papillons en relief sur la couverture rendent vraiment très bien et font de ce livre un bel objet à posséder.

Pour résumer en quelques mots, Lake Ephemeral est un roman étonnant, mené par la plume exquise d’une auteure talentueuse. C’est un récit poétique qui force à réfléchir sur la condition humaine à travers des personnages attachants, sur fond de paradis idyllique empoisonné. Lake Ephemeral est un coup de cœur que je recommande chaudement. Attendez-vous à être surpris !

La trilogie du Voile #1 Souvenirs volés – Selina Fenech

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Souvenirs Volés est le premier tome de la trilogie du Voile, un roman publié aux Éditions du Chat Noir et écrit par Selina Fenech. Il a été traduit de l’anglais par Cécile Guilot et est édité dans la collection Cheshire, qui rassemble les romans fantastiques young adult. Il coûte 19.90 euros en papier et j’ai profité de la promotion numérique pour me le procurer à 2.99 euros.

Est-ce que je le regrette? Pas vraiment. Concrètement, j’ai conscience de ne pas être du tout le public cible pour cette trilogie. C’est très clairement une littérature pour ados, avec un scénario assez classique dans son développement, quelques rapidités scénaristiques, des scènes un peu brouillonnes dans l’alternance des points de vue et des relations entre les personnages qui me feraient habituellement rouler des yeux. Sauf que je savais à quoi m’attendre, parce que j’étais prévenue. Alors j’ai mis mes exigences sur pause, j’ai rangé le Morgane Caussarieu que je venais de terminer (comment passer d’une extrême à l’autre…) dans un coin de ma tête, muselé cette part de moi qui adore lire « du dark » et j’ai ramené mes pulsions « teenage » à la surface, les mêmes qui me permettent de regarder la série Shadowhunters en l’appréciant.

Non, ce roman n’est pas un chef-d’œuvre. Par contre, c’est un très bon divertissement tout public dans un univers de fantasy assez riche. J’ai d’ailleurs été surprise de trouver un roman au Chat Noir qui se déroule quasi uniquement dans un autre monde. C’est un élément que j’ai apprécié et j’espère que ça ne sera pas la seule œuvre dans ce style que publiera la maison d’édition. Notez que si l’univers de Selina Fenech est plutôt classique, il est tout de même porteur de certaines originalités appréciables, comme par exemple le concept du Voile que j’ai trouvé très intéressant ou la manière dont les chasseurs parvenaient à contrôler le dragon. C’est un roman plein de féérie et de couleurs, qui exploite les légendes celtiques (les mythes des seelies/unseelies ou les légendes arthuriennes, par exemple) pour offrir un bestiaire connu qu’on retrouve avec plaisir. Et ça a aidé à ce que je passe un bon moment.

Dans cette aventure, nous suivons Memory, une jeune fille amnésique qui rencontre Eloryn après être passée à travers le Voile sans trop savoir comment. Eloryn est une magicienne qui fuit le roi Thayn pour une raison que l’on découvre assez rapidement mais que je vous tais ici pour ne pas vous gâcher la surprise. Elles sont soutenues dans leur fuite puis dans leur quête par Roen et Will. Forcément, vous voyez venir d’ici les couples et vous avez raison… Heureusement, pas de triangle amoureux! Enfin, pas encore du moins, du coup les couples ne me gênent pas trop. L’histoire ne recèle pas de véritable surprise, parce que l’auteure utilise les codes scénaristiques classiques de la fantasy et quand on en consomme beaucoup, on sait immédiatement à quoi s’attendre. La force de Souvenirs Volés se situe plutôt dans son ambiance et dans son héroïne. Personnellement, je n’aime pas vraiment Eloryn et Roen, par contre Memory a su me plaire. C’est, à mes yeux, un personnage qui apporte un gros plus au roman. Elle est intéressante, franche, vraie, forte aussi, elle fait tache dans cet univers avec sa manière d’agir et de s’exprimer, et ça ne la rend que plus sympathique.

Souvenirs Volés est le genre de bouquin qu’on lit sans voir les pages défiler. On prend toutefois la peine de s’arrêter sur les magnifiques illustrations qui sont disséminées au fil des pages ! J’ai été soufflée par le rendu des dessins et je lisais sur ma kobo. Je n’ose même pas imaginer ce que ça donne dans la version papier du roman. Chaque illustration démontre, si besoin en était en contemplant la couverture, tout le talent que l’auteure a pour le dessin. J’ai été soufflée, elle a un coup de crayon qui me séduit. Souvenirs Volés est sans conteste un très beau livre-objet qui vaut la peine rien que pour ses illustrations. Au passage, notez que l’auteure est avant tout illustratrice, elle a commencé à écrire pour donner une nouvelle dimension à ses dessins (si j’ai tout compris) et c’est peut-être la raison pour laquelle je ressens à la fois de l’indulgence pour les facilités scénaristiques et de la tendresse pour cette histoire. Je visualise bien dans quel ordre s’est déroulé la création de l’univers et je pense qu’un type de format comme Cosmographia (du graphic novel pur) aurait peut-être mieux convenu pour une histoire comme celle-là. Mais bon, c’est un détail et ce n’est qu’une réflexion sans importance.

Pour résumer, Souvenirs Volés est un divertissement plaisant à destination d’un public adolescent ou pour les lecteurs appréciant le Young Adult. Vous retomberez dans l’ambiance des dessins animés comme les W.I.T.C.H (je ne sais pas pourquoi cette m’a évoqué ça tout du long) ce que j’apprécie, personnellement parce que j’aime m’offrir des pauses nostalgies. J’ai passé un bon moment dans la lecture de ce premier tome et je vous le recommande si vous avez envie d’un ouvrage de fantasy frais, coloré et dynamique, illustré avec brio. Par contre, vu la fin, je me demande ce que nous réserve la suite de l’histoire ! Pourquoi ne pas avoir opté pour un one-shot? Réponse dans le tome 2…