Les hommes dénaturés – Nancy Kress

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Les Hommes Dénaturés est un one shot de science-fiction écrit par l’autrice américaine Nancy Kress. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce roman au prix de 16 euros dans toutes les bonnes librairies.
Je remercie Jérôme et ActuSF pour ce service presse !

Que dire, que dire… Déjà, je dois vous avouer qu’il m’est difficile de parler de ce roman et j’ai d’ailleurs mis plusieurs jours avant de me décider à écrire la chronique. Il m’a profondément dégoûtée, heurtée, mais je l’ai trouvé très intelligent et vraiment à-propos. Le genre de lecture qui ne laisse pas indifférent mais qui ne convient pas forcément aux âmes sensibles.

Reprenons depuis le début.

Les Hommes Dénaturés, c’est principalement l’histoire de trois personnages qui évoluent dans une société futuriste qui connaît une baisse gravissime de la natalité (avec tous les problèmes que cela implique). Shana est une jeune fille de 18 ans qui rêve d’entrer dans l’armée. Hélas pour elle, elle se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Un comité écrabouille ses rêves en refusant de croire à son histoire. Bien décidée à prouver qu’elle n’est pas une menteuse, Shana commence à enquêter sur l’affaire qui la concerne. Elle va d’abord entrer en contact avec Nick Clementi, un scientifique renommé qui a assisté à son audience et cherché à la soutenir. Nick a ses propres problèmes, évidemment, mais il tient à agir bien qu’il ne sache pas précisément pourquoi. Shana croisera ensuite le chemin de Cameron, un danseur intimement lié à ce qui ressemble à une terrible conspiration. Cameron a subit récemment une opération a priori volontaire visant à lui effacer la mémoire. Mais pourquoi exactement?

Le synopsis ne fait pas spécialement rêver, je vous l’accorde. À première vue, on retrouve pas mal de clichés et un fond assez bateau. Pour être très honnête, je ne sais toujours pas pourquoi j’ai accepté de prendre ce service presse sur cette base. Parfois, j’ai un instinct inexplicable qui me pousse vers un livre… Et me permet de découvrir une pépite.

Ce livre est divisé en chapitres écris au présent, chacun du point de vue d’un des trois protagonistes. Son identité est évidemment signalée au début de chaque chapitre. Ils ont tous leur caractère propre et n’ont rien de stéréotypes, ce que j’ai su apprécier même si concrètement, il est difficile de s’attacher à l’un d’eux (hormis Cameron). Shana est un personnage détestable. J’ai eu beaucoup de mal à suivre les chapitres de son point de vue parce que j’avais envie de la claquer sans arrêt avec son arrogance et ses réflexion déplacées. Nick Clementi a une sévère tendance à la digression qui peut vite devenir frustrante. Parfois, en plein milieu de ses chapitres, il commence à nous parler d’évènements antérieurs qui n’ont pas spécialement un intérêt dans le récit. De plus, il a tendance à incorporer des citations célèbres dans ses pensées, ce qui casse l’aspect spontané de l’écriture à la première personne. Par contre, j’ai tout de suite accroché avec Cameron. Je l’ai trouvé très humain, passionné par la danse qui est tout pour lui et à qui il peut tout sacrifier. Un pur plaisir.

Les thématiques abordées dans les Hommes Dénaturés sont nombreuses. Je l’ai dit au début de ma chronique, ce roman m’a profondément dégoûtée. J’ai souvent grimacé au fil des évènements et des réflexions posées par les personnages. Évidemment, dans la diégèse de ce titre, tout se tient mais je n’ai pas aimé ce que j’ai entrevu (en vrac, l’homophobie ravivée par la perte de natalité, les actions que le gouvernement accepte de tolérer, les extrémités auxquelles sont poussées certaines femmes…). Parce que forcément, on ne peut que réfléchir au contexte et aux évènements. Dans cette réalité, la fertilité baisse drastiquement et la population vieillit au point qu’il n’y a plus assez de jeunes pour travailler. L’économie est menacée, ce qui oblige à tolérer les multinationales avec leurs produits dangereux, qui eux mêmes n’aident en rien la fertilité, évidemment. L’autre problème lié cela, c’est la difficulté de combler les instincts maternels des femmes qui poussent à certaines extrémités. J’ai eu du mal à trouver crédible ces pulsions mais le roman a été écrit par une femme alors je suppose que certaines doivent vraiment ressentir ce genre de besoin dévorant et absolu. Je ne vous en dis pas plus mais sincèrement, ce roman fait réfléchir. Et pas en bien.

Pour conclure, les Hommes Dénaturés offre une fresque futuriste pas si lointaine et surtout, effrayante. C’est un message d’alerte, une sonnette d’alarme tirée par Nancy Kress qui signe une œuvre dérangeante, percutante, qui mériterait d’être lue (et comprise) par le plus grand nombre. J’en recommande la lecture à ceux qui aiment la hard SF et qui ont envie d’une littérature engagée. Par contre, passez votre chemin si vous avez un petit cœur…

 

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7 réflexions sur “Les hommes dénaturés – Nancy Kress

  1. Pingback: Les hommes dénaturés- Nancy Kress – Au pays des Cave Trolls

  2. Pingback: BML #5 – novembre 2018 | OmbreBones

    • Je t’avoue que sans le sp je ne l’aurai sûrement jamais lue. Je ne lis pas beaucoup de romans de ce type donc je suis loin d’être spécialiste ou bien placée pour juger de la qualité de ce texte au sein de son genre. Toutefois j’avoue, j’ai été heurtée et interpellée c’est déjà pas mal.

  3. Pingback: Les Hommes dénaturés, de Nancy Kress – Les Chroniques du Chroniqueur

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