#PLIB2020 Les Nocturnes – Tess Corsac

Les-Nocturnes
Les Nocturnes est un one shot écrit par l’autrice française Tess Corsac. Publié chez Lynks Éditions, vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Je remercie Bleuenn pour ce service presse et pour la jolie box pleine de goodies qui allait avec ! Que de belles surprises 🙂
Ceci est ma quatorzième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Les Nocturnes est un roman narré à la première personne qui nous fait suivre le personnage de Natt Käfig, un jeune Rouge qui étudie à l’institut de la Croix d’iIf. Natt commence à prendre conscience qu’il lui manque des pans entiers de son passé et se retrouve embarqué au sein d’un groupe secret appelé « Nocturnes » dont le but est de dévoiler les mystères de l’endroit où ils sont, semble-t-il, retenus prisonniers.

J’aimerai en dire davantage mais ce serait spoiler des morceaux entiers de l’intrigue et je m’y refuse. Il faudra donc s’en contenter ! Je vais essayer de détailler ma chronique en évitant de trop vous en révéler.

Les Nocturnes est un roman intelligent et très actuel qui offre une notamment une réflexion approfondie sur la justice. Le texte remet en question les concepts de victime, de bourreau, comment il est facile de passer de l’un à l’autre, comment le système peut se montrer défaillant et frustrant, comment on peut être tenté de faire justice soi même avec les conséquences que cela implique. Bref, il met en scène la pluralité parfois douteuse de ce qu’on regroupe sous ce simple mot : justice. Je trouve qu’un roman comme celui là est très moderne et s’inscrit dans notre actualité. C’est un texte que j’aimerai faire lire à des jeunes pour les encourager à réfléchir dessus. Certaines scènes reprennent les débats qu’on peut entendre au quotidien à ce sujet et je n’ai pas pu m’empêcher de faire des liens avec, par exemple, les attentats terroristes. Notamment quand on juge tout un groupe sans vraiment chercher au delà des apparences, qu’on punit des innocents pour les crimes d’autres coupables ou certains coupables pour des crimes d’autres coupables en mettant tout le monde dans le même sac. Ça m’a sauté aux yeux mais peut être que j’interprète trop ?

Je vais mettre le paragraphe suivant en blanc car il contient une révélation du roman. Il suffit de passer votre souris dessus si vous désirez le lire. La suite de la chronique qui n’est pas caché ne contient aucun spoil. Tout à l’heure j’ai évoqué un profond développement sur la psychologie humaine et ça va vous paraître paradoxal avec ce que je dirai des personnages un peu plus bas mais bref, on y reviendra. Dans le texte, Natt apprend que les gens de l’institut n’ont pas volé leurs souvenirs mais qu’il a été volontaire pour une expérience de mnémochirurgie. Il commence donc à essayer de découvrir le pourquoi du comment, en s’investissant auprès du groupe des Nocturnes. Je ne vous dis pas pour quel résultat. J’ai trouvé que l’autrice mettait bien en avant tout le paradoxe de l’être humain et toute l’importance des souvenirs dans la formation de la personnalité d’un individu. Elle pousse le lecteur à se demander ce que lui aurait fait dans cette situation et surtout, à ne pas juger trop vite. core plus flagrant avec le personnage de Léo. Côté crédibilité psychiatrique, ça m’a parlé.

Dans quel genre littéraire se classe les Nocturnes? Difficile à dire… Tout au long de ma lecture, j’ai cru lire un texte contemporain mais en découvrant le dossier de Natt, j’ai lu des dates notées -46 donc de deux choses l’une: soit on est dans le passé et donc dans une sorte d’uchronie (quoi que légère) soit on est dans le futur. L’idée de mnémochirurgie et la présence de drones me ferait plutôt penser à un roman d’anticipation dans un futur pas si lointain mais tout aussi angoissant que notre présent.

Enfin, évoquons la plume de l’autrice. Tess Corsac use d’un style simple à la première personne. Les pages se tournent toutes seules mais Natt me semble plus témoin que protagoniste. C’est ce que j’ai voulu dire dans le paragraphe avant. L’autrice parle de psychologie d’une manière poussée mais ne développe pas suffisamment, selon moi, ses personnages. Parfois tout est trop rapide et pas assez intense sur les émotions. J’aime quand ça bouge mais là, il y avait trop d’ellipses pour permettre d’installer une tension palpable ou une empathie avec les personnages. J’ai tourné les pages avec curiosité sans être toutefois immergée dans le récit via les protagonistes. Une distance restait bien là, ce qui ne m’a pas empêchée de prendre du plaisir à lire ce roman. Simplement, j’ai été davantage touchée par les idées que par les différents héros qui sont d’ailleurs bien trop nombreux. Plus d’une fois j’ai confondu un prénom avec un autre, c’était frustrant.

Pour conclure, les Nocturnes fut une bonne lecture dans l’ensemble. À travers une intrigue simple mais pas manichéenne, ce roman propose une réflexion sur le concept de justice et développe avec justesse la complexité de la psychologie humaine. Si les protagonistes manquent un peu de profondeurs (je sais, ça parait paradoxal avec mon affirmation précédente ! ) et sont trop nombreux pour qu’on s’y attache vraiment, le style simple et rythmé de l’autrice donne envie de tourner les pages. On arrive à la fin sans s’en rendre compte ! C’est un livre que je recommande aux lecteurs qui aiment les romans d’anticipation.

Les hommes dénaturés – Nancy Kress

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Les Hommes Dénaturés est un one shot de science-fiction écrit par l’autrice américaine Nancy Kress. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce roman au prix de 16 euros dans toutes les bonnes librairies.
Je remercie Jérôme et ActuSF pour ce service presse !

Que dire, que dire… Déjà, je dois vous avouer qu’il m’est difficile de parler de ce roman et j’ai d’ailleurs mis plusieurs jours avant de me décider à écrire la chronique. Il m’a profondément dégoûtée, heurtée, mais je l’ai trouvé très intelligent et vraiment à-propos. Le genre de lecture qui ne laisse pas indifférent mais qui ne convient pas forcément aux âmes sensibles.

Reprenons depuis le début.

Les Hommes Dénaturés, c’est principalement l’histoire de trois personnages qui évoluent dans une société futuriste qui connaît une baisse gravissime de la natalité (avec tous les problèmes que cela implique). Shana est une jeune fille de 18 ans qui rêve d’entrer dans l’armée. Hélas pour elle, elle se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Un comité écrabouille ses rêves en refusant de croire à son histoire. Bien décidée à prouver qu’elle n’est pas une menteuse, Shana commence à enquêter sur l’affaire qui la concerne. Elle va d’abord entrer en contact avec Nick Clementi, un scientifique renommé qui a assisté à son audience et cherché à la soutenir. Nick a ses propres problèmes, évidemment, mais il tient à agir bien qu’il ne sache pas précisément pourquoi. Shana croisera ensuite le chemin de Cameron, un danseur intimement lié à ce qui ressemble à une terrible conspiration. Cameron a subit récemment une opération a priori volontaire visant à lui effacer la mémoire. Mais pourquoi exactement?

Le synopsis ne fait pas spécialement rêver, je vous l’accorde. À première vue, on retrouve pas mal de clichés et un fond assez bateau. Pour être très honnête, je ne sais toujours pas pourquoi j’ai accepté de prendre ce service presse sur cette base. Parfois, j’ai un instinct inexplicable qui me pousse vers un livre… Et me permet de découvrir une pépite.

Ce livre est divisé en chapitres écris au présent, chacun du point de vue d’un des trois protagonistes. Son identité est évidemment signalée au début de chaque chapitre. Ils ont tous leur caractère propre et n’ont rien de stéréotypes, ce que j’ai su apprécier même si concrètement, il est difficile de s’attacher à l’un d’eux (hormis Cameron). Shana est un personnage détestable. J’ai eu beaucoup de mal à suivre les chapitres de son point de vue parce que j’avais envie de la claquer sans arrêt avec son arrogance et ses réflexion déplacées. Nick Clementi a une sévère tendance à la digression qui peut vite devenir frustrante. Parfois, en plein milieu de ses chapitres, il commence à nous parler d’évènements antérieurs qui n’ont pas spécialement un intérêt dans le récit. De plus, il a tendance à incorporer des citations célèbres dans ses pensées, ce qui casse l’aspect spontané de l’écriture à la première personne. Par contre, j’ai tout de suite accroché avec Cameron. Je l’ai trouvé très humain, passionné par la danse qui est tout pour lui et à qui il peut tout sacrifier. Un pur plaisir.

Les thématiques abordées dans les Hommes Dénaturés sont nombreuses. Je l’ai dit au début de ma chronique, ce roman m’a profondément dégoûtée. J’ai souvent grimacé au fil des évènements et des réflexions posées par les personnages. Évidemment, dans la diégèse de ce titre, tout se tient mais je n’ai pas aimé ce que j’ai entrevu (en vrac, l’homophobie ravivée par la perte de natalité, les actions que le gouvernement accepte de tolérer, les extrémités auxquelles sont poussées certaines femmes…). Parce que forcément, on ne peut que réfléchir au contexte et aux évènements. Dans cette réalité, la fertilité baisse drastiquement et la population vieillit au point qu’il n’y a plus assez de jeunes pour travailler. L’économie est menacée, ce qui oblige à tolérer les multinationales avec leurs produits dangereux, qui eux mêmes n’aident en rien la fertilité, évidemment. L’autre problème lié cela, c’est la difficulté de combler les instincts maternels des femmes qui poussent à certaines extrémités. J’ai eu du mal à trouver crédible ces pulsions mais le roman a été écrit par une femme alors je suppose que certaines doivent vraiment ressentir ce genre de besoin dévorant et absolu. Je ne vous en dis pas plus mais sincèrement, ce roman fait réfléchir. Et pas en bien.

Pour conclure, les Hommes Dénaturés offre une fresque futuriste pas si lointaine et surtout, effrayante. C’est un message d’alerte, une sonnette d’alarme tirée par Nancy Kress qui signe une œuvre dérangeante, percutante, qui mériterait d’être lue (et comprise) par le plus grand nombre. J’en recommande la lecture à ceux qui aiment la hard SF et qui ont envie d’une littérature engagée. Par contre, passez votre chemin si vous avez un petit cœur…

 

E-STORIC – Thomas Palpant

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E-STORIC
est un one-shot d’anticipation écrit par l’auteur français Thomas Palpant et auto-édité. Vous pouvez retrouver le service presse sur Simplement.Pro ou vous procurer le roman sur Amazon.
Je remercie chaleureusement l’auteur pour ce service presse !
Ce roman entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

J’ai découvert ce roman sur le blog Et tu lis encore Emma. Je ne pense pas que j’y aurai prêté attention sans avoir lu sa chronique, pas parce que ça ne m’intéresse pas mais parce que je fouille assez peu sur ce site en général, sauf pour les éditeurs que je connais déjà. Donc j’en profite pour la citer et la remercier car j’ai été ravie de plonger dans cet univers.

Et si, un jour, vous pouviez consulter l’historique internet de n’importe qui? Que se passerait-il? Cèderiez-vous à la tentation? Respecteriez-vous la vie privée de vos voisins, de vos amis, de votre famille? C’est le principe de ce roman d’anticipation écrit à la première personne, qui se construit comme un questionnement autour des questions du respect d’autrui, de la vie privée et des dérives de la technologie. Un roman moderne, coup de poing, qui ne vous laissera pas indifférent.

Nous suivons un personnage pas vraiment identifié qui nous raconte cet épisode de l’Histoire numérique de l’humanité, un épisode qui s’étend sur six années. Nous suivons, à travers son regard et ses réflexions, les réactions d’une société européenne face à ces divulgations. La colère d’abord, la solidarité, le rejet puis la curiosité malsaine et finalement, les dérives qui vont de plus en plus loin. Je ne vous spoile pas le contenu du livre parce qu’à chaque chapitre (qui sont courts et dynamiques) on tombe un peu plus dans l’excès et quand on se dit que non, ce n’est pas possible… Et bien on se ravise immédiatement. Finalement, l’auteur n’exagère pas et ça rend ce livre terrifiant.

Lisons-nous vraiment une œuvre de fiction? C’est la question que je me suis posée tant la situation posée par Thomas Palpant ne parait pas si insensée que ça, elle est presque prémonitoire. Ce genre de chose pourrait vraiment arriver et ça pousse à réfléchir. Du propre aveu de l’auteur dans les dernières lignes de son roman, c’est ce qu’il espère provoquer chez ses lecteurs: une réflexion, une prise de conscience. Dans mon cas, le pari est réussi. J’ai été saisie, interpelée, ça m’a vraiment plu.

Dans cette perspective, ne vous attendez pas à des personnages très développés. Ils existent surtout pour remplir une fonction, même le héros est là pour nous permettre de nous glisser dans sa peau, de nous mettre à sa place et c’est très réussi. Chacun représente une façon de réagir face à cette crise, ce qui permet de représenter tous les types de profils. Si j’aurai aimé que l’auteur prenne davantage son temps pour développer plus de détails, je dois avouer qu’E-STORIC se lit d’une traite, sans aucune difficulté et nous met un coup de point bienvenu.

Pour résumer, j’ai passé un excellent moment avec cette lecture. Thomas Palpant nous offre un roman très intelligent sans pour autant nous infliger un ton moralisateur. Il nous pousse à réfléchir sur la technologie mais aussi sur l’humanité, la notion de vie privée (trop souvent mise à mal de nos jours) et les dérives diverses et variées. Je trouve ce livre très bon et je le recommande chaudement, il fait partie de ces ouvrages modernes qu’on doit lire pour prendre conscience de nos actes et de nos habitudes. Bravo à l’auteur pour ce texte ! Je le recommande chaudement.

Memorex – Cindy Van Wilder

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Memorex est un roman d’anticipation écrit par Cindy Van Wilder (une auteure belge !) et publié chez Gulf Stream dans la collection Électrogène, il s’agit donc d’un one-shot. Vous pouvez vous procurer ce livre en librairie puisque l’éditeur est bien distribué, au prix de 17 euros.

Je connais Cindy Van Wilder depuis un bon moment maintenant, via Agnès Marot (dont je vous recommande la lecture d’I.R.L dans la même collection). J’ai directement eu envie de découvrir cette auteure sympathique au rire devenu légendaire sur les salons du livre, sans toutefois parvenir à me décider par quel titre commencer. D’autant que, elle et moi, on joue vraiment de malchance. Soit j’ai dépassé mon budget, soit j’ai dû annuler ma venue en salon, soit j’ai dû partir trop vite, bref… Une fois aux Halliénnales, assis quasiment en face d’elle, toutes les conditions étaient réunies pour que je craque enfin ! Et quoi de mieux qu’un one-shot pour découvrir un auteur? Voilà comment Memorex a rejoint ma PAL.

Memorex raconte principalement l’histoire de Réha, une jeune fille dont la mère est morte un an auparavant dans un attentat perpétré contre sa fondation, Breathe. Depuis, tout s’effondre autour d’elle, sa famille se délite, son frère jumeau n’est plus le même, son père s’enferme sur son île privée… Et elle reçoit un mystérieux e-mail, qui lui laisse penser que bien des mystères sont encore à éclaircir autour de cet attentat, dont le coupable n’a toujours pas été arrêté.

Je ne savais pas quoi penser de la 4e de couverture. A priori, ce n’était pas trop mon genre de lecture mais Agnès m’a bien vendu le livre et j’ai été très agréablement surprise par son contenu. Réha est une jeune femme qui évolue dans un milieu social aisé (académie privée, enfance sereine loin des soucis financiers sur Star Island, etc.) mais qui n’en est pas snobe pour autant. Elle est fragile, perturbée, elle souffre sans pour autant s’apitoyer sur son sort, elle s’interroge beaucoup sur ses émotions, les refoule sans vraiment le faire, ce qui la rend très humaine, très attachante, parce qu’on sent sa volonté de s’en sortir, de ne pas sombrer dans la folie après le drame qui l’a frappé, et toute la difficulté que cela implique.

Si j’ai aimé la suivre et découvrir les protagonistes qui gravitent autour d’elle, j’ai toutefois deviné l’intrigue assez vite. J’avoue que je ne m’attendais pas à ce que ça aille si loin pour son frère jumeau, mais on comprend rapidement certains éléments clés de l’histoire (que je ne cite pas pour ne pas vous bouder le plaisir). De plus, j’ai été un peu perturbée par le changement de narration. Avec Réha, on est à la première personne (puisque c’est le personnage principal) mais ses chapitres sont parfois suivis d’autres chapitres, qui servent à présenter son père, oncle Mike, Aïki, des rapports divers et variés… Dans ceux-ci, on passe à la troisième personne et ensuite, on retourne à la première pour les quelques chapitres consacrés à Aïki, ce qui rend le roman un peu inégal. Cela permet, certes, de comprendre les motivations et la psychologie de chacun, mais était-ce vraiment utile à l’histoire en elle-même? Et à celle de Réha? Je m’interroge.

Du coup, en tant que lectrice, ça me sortait de ma lecture, ça m’empêchait d’être à 200% avec Réha. Si j’ai bien conscience que les informations données sont importantes pour comprendre toute l’intrigue, elles en disent justement trop, trop vite, et ça nous permet de deviner les contours d’une intrigue pourtant intéressante, mais gâchée sur certains points à cause de ces chapitres supplémentaires, ce qui m’embête car construit autrement, je pense que Memorex aurait pu être un coup de cœur.

Toutefois, le point fort de ce roman se situe surtout dans les thématiques qu’il aborde. Le côté attentat a un écho avec notre actualité (bien que le contexte idéologique soit différent), les réflexions d’éthique scientifique, dans un monde de plus en plus automatisé, permettent aussi de tirer la sonnette d’alarme et de nous faire prendre conscience de problèmes qui existent déjà aujourd’hui, en 2017, et depuis plusieurs années. C’est quelque chose que j’ai vraiment apprécié, parce que ça fait de Memorex un roman engagé sans toutefois être dirigiste envers son lecteur. Outre ces éléments, on y parle évidemment de la famille, du deuil, du pardon, des apparences qui sont trompeuses… Des thèmes assez courants mais que l’auteure met en scène d’une manière qui a su me toucher. Mention spéciale à Aïki, un personnage surprenant, complexe… Je me demande si une sorte de suite le mettant en scène, pour pousser un peu plus loin l’univers, est envisageable (ou envisagée?). Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup aimé les jumeaux et Holy, qui s’est révélée plus chouette que prévu.

En bref, malgré quelques points négatifs, j’ai passé un bon moment avec Memorex. Je suis sortie de ma zone de confort et j’ai apprécié le voyage dans cet univers. Je le recommande aux lecteurs qui désirent lire un livre intelligent, pas seulement divertissant, un livre qui les poussera à réfléchir un peu sur le monde dans lequel nous vivons, agrémenté par quelques personnages intéressants.

Paradoxes #2 Destins – L-A Braun

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Destins est le second tome de la trilogie Paradoxes, écrite par L-A Braun, une auto-éditée belge. C’est un roman plutôt difficile à classer, de l’urban fantasy anticipation policier… Mais pourquoi chercher à faire entrer dans une case un roman qui prend soin de ne pas parfaitement y coller? Les deux premiers tomes de Paradoxes sont disponibles en papier au prix de 18 euros par tome et en numérique, au prix de 4.5 euros, sur la plateforme kobo.

Nous retrouvons les personnages où nous les avons laissés. Pour rappel, voici les bases de l’histoire: nous suivons l’inspecteur Jared Thorpe du MAA (Ministère des Affaires Anormales) dans un Bruxelles du 22e siècle, qui enquête à l’origine sur une affaire de meurtre apparemment commis par un loup-garou. Cela le forcera à plonger tête la première dans de vieux conflits surnaturels, mais également de découvrir qu’il n’est pas tout à fait normal lui-même.

Dans ce tome, on en apprend davantage sur le passé du héros. On commence d’abord par un rappel des évènements importants de Nyatayah, puis par une nouvelle d’un centaine de pages qui raconte la première enquête de Jared et Nouria. Ce supplément peut d’abord surprendre, mais il n’est pas question d’un simple bonus. Rien n’est jamais un hasard, avec L-A Braun, soyez attentif au contenu de ce texte ! Cette nouvelle terminée, où retrouve Jared où on l’a laissé (je ne peux pas développer davantage sans spoiler) et l’enquête continue ! Ou plutôt, les enquêtes, parce que Jared n’a pas une minute à lui et a décidément un super-pouvoir quand il s’agit de s’attirer des problèmes… Difficile d’imaginer que tous ces évènements se déroulent en l’espace d’une petite semaine, et pourtant.

Destins est un roman très dynamique, bourré d’action. On ne s’ennuie pas une minute et on tourne les pages avec facilité, sans s’en rendre compte. On arrive à la fin du roman avec surprise et frustration (non mais c’est quoi cette fin, franchement ?!). Le dynamisme est porté par la plume de l’auteure qui est travaillée, malgré quelques maladresses restantes, mais également par tous les nouveaux personnages que l’on rencontre. A ce sujet, j’ai regretté qu’ils ne soient pas toujours suffisamment développés. Ils sont des esquisses, posés dans le décor, des ombres sur lesquelles on ne peut que s’interroger. L’effet est probablement voulu, on connaît les inspirations de l’auteure, mais j’aurai aimé en apprendre plus sur eux, ne pas avoir l’impression qu’ils sortaient de nulle part, comme si l’univers était trop dense pour tenir dans une seule trilogie. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire au moment de me faire cette réflexion, parce que j’ai eu exactement le même problème dans ma dernière saga. On sent que l’auteure a développé un univers fourni, fouillé, travaillé, et qu’elle a envie de nous le présenter dans toute sa subtilité. Sauf qu’on est parfois noyé par ces informations.

Autre souci qu’il faut relever : les coquilles. On sent que c’est le début de l’expérience en auto-édition de l’auteure. Il reste des répétitions, quelques coquilles, qui témoignent de la jeunesse de son écriture (à l’époque) mais aussi du chemin qu’elle a parcouru depuis. Au fond, lire Paradoxes et passer à un autre texte de L-A Braun ne peut qu’être bénéfique, il est la trace flagrante de son évolution.

En bref, ce tome 2 de Paradoxes tient ses promesses. C’est un page-turner dans lequel on se plonge avec facilité et qui nous entraine dans son univers sans qu’on ne s’en rende compte. S’il reste quelques bémols, qu’on impute volontiers au fait que ce soit la première saga de l’auteure, ainsi que de l’auto-édition, ça ne gâche pas l’aventure pour autant. Je recommande donc ce roman dont l’action se déroule à Bruxelles (pour une fois !) parce que même s’il n’est pas parfait (quel livre l’est?) il mérite qu’on s’y attarde et, avec un travail un peu plus poussé, a les qualités pour marquer durablement la littérature imaginaire belge.

UP / Paradoxes #1 Nytayah – L.A. Braun

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Nytayah est le premier tome de la trilogie Paradoxes écrite par L-A Braun – auteure, une auteure belge auto-éditée que j’apprécie énormément, à force vous le savez. Les deux premiers tomes sont déjà disponibles en commande auprès d’elle au prix de 18 euros pièce. Si vous préférez le numérique, ils sont également sur kobo au prix de 4.5 euros. Cette chronique se classe dans la catégorie UP, cela signifie que je l’ai préalablement écrite dans mon album facebook il y a plusieurs mois et que je la poste sur mon blog afin de donner un coup de pouce à l’auteure.

Nytayah est un roman assez difficile à classer. A mon sens, c’est de l’anticipation fantastique policière, mais pourquoi vouloir le faire entrer dans une case? Il s’est créé la sienne !
L’action se déroule à Bruxelles, pendant le 22e siècle, dans une ville en train de se reconstruire après un cataclysme qui a amené la mer à ses portes. On suit Jared, inspecteur de police dans une brigade spécialisée dans les crimes surnaturels, qui enquête sur une série de meurtres perpétrés, semble-t-il, par un loup-garou. Sauf que les choses vont se corser… A priori, le scénario semble assez banal mais ce serait une erreur de s’y fier ! L’intrigue recèle bon nombre de surprises et d’imprévus, un bestiaire fantastique très foisonnant dans un univers futuriste simple mais logique. Au programme: vampires, garous, anges, démons mais aussi des êtres plus mystérieux. Je ne vous en dis pas trop, pour ne pas risquer de vous gâcher le plaisir. L’enquête ouvre sur autre chose et le personnage de Jared se révèle plus surprenant qu’au premier abord.

Plus que l’intrigue, je trouve que les personnages dans ce roman sont intrigants et intéressants. Jared, le héros, tout particulièrement, qui correspond à cette image de flic de série noire qui, personnellement, me plait beaucoup. Son collègue Nouria a également su me toucher, ainsi que ce mystérieux libraire.. Mais qui est-il?! On retrouve au fil de l’histoire plusieurs personnages brièvement esquissés mais auxquels l’auteure parvient à donner une personnalité propre, sans tomber dans le cliché, ce qui est un tour de force.

Ce tome pose les bases de l’univers mais ouvre également à de nombreuses interrogations. Contrairement à certains tomes introductifs, celui-ci n’est pas en reste côté action. Laure-Anne a prévu de quoi nous tenir en haleine au fil des bagarres plus ou moins violentes, dans des scènes d’actions vraiment bien décrites, surtout pour un premier roman.

Quant à son écriture, elle me parle et dénote une vrai personnalité littéraire. J’ai eu l’impression de relire la chienne de l’ombre (sur un plan de style, pas de contenu, Laure-Anne a son propre univers!), on y retrouve quelques maladresses, quelques répétitions, propre à tout premier roman, mais qui ont été corrigées dans la réédition du roman. Pourtant, ça ne gâche pas du tout l’expérience et ça souligne surtout l’envie qu’a l’auteure de s’améliorer sans se reposer sur ses lauriers, ce qu’on peut saluer.

En résumé, j’ai passé un bon moment avec ce tome de Paradoxes, le premier roman d’une auteure belge prometteuse, rigoureuse, professionnelle et adorable sur un plan humain. Je vous le recommande si vous avez envie de découvrir une Bruxelles futuriste dans une ambiance série noire et fantastique. Suivez-la de près, elle promet. Dès que j’ai terminé ma lecture en cours, il est prévu que je lise le tome 2 !

Le Club des punks contre l’apocalypse zombie – Karim Berrouka

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Le club des punks contre l’apocalypse zombie est un roman d’anticipation fantastique (je classe comme je peux mais c’est compliqué, avouons-le..) écrit par Karim Berrouka et publié chez ActuSF au prix de 18 euros. Il s’agit d’un one-shot et ça fait du bien, de temps en temps, de lire une histoire close sur elle-même.

Je vais être honnête: de moi-même, je n’aurais pas acheté ce livre. Je ne suis pas une grande fan des histoires de zombies, c’est même un type d’univers que je fuis comme la peste parce que le délire survival / tragédie hollywoodienne à deux balles ne me plait pas du tout. Et que je n’aime pas le zombie en tant que créature, je la trouve particulièrement sans intérêt. Du coup, quand Marianne me l’a chaudement recommandé, j’ai hésité. C’est qu’elle a bon goût, je le sais, mais quand même… J’ai souris en lisant le titre, j’ai trouvé la couverture sobre et assez canon. Ensuite, j’ai lu la quatrième de couverture, en ressentant un bon feeling. Et enfin, j’ai discuté avec l’auteur qui a bien su vendre son bouquin. Je me suis dis, qui ne tente rien n’a rien et seuls les imbéciles ne changent pas d’avis !

Je possède ce roman depuis Livre Paris, j’ai mis le temps pour me lancer dans sa lecture mais je ne regrette absolument pas la découverte de cet univers. Je soupçonne l’auteur d’avoir consommé de la drogue en le rédigeant, et pas qu’un seul type d’ailleurs… Cette œuvre est juste totalement barrée. Nous suivons un groupe de punks au lendemain d’une apocalypse zombie, comme nous renseigne déjà le titre. Ils suivent tous l’idéologie du mouvement (no future, anarchie, etc.), ils se droguent, ils boivent, ils se laissent vivre dans un entrepôt et forment un groupe, le Collectif du 25. Assez rapidement, ils découvrent que la musique punk a un effet sur les zombies et ils en profitent pour tenter une sortie, au terme de laquelle ils vont être séparés et vivre chacun une aventure… Totalement improbable et hallucinante. Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler l’histoire, mais c’est tellement impensable que ça en devient carrément comique. D’autant que ça tiendrait presque la route, son délire… Mettez de côté tout ce que vous croyez savoir, votre esprit cartésien et le reste. Buvez un verre ou fumez quelque chose avant de vous lancer, ça vous aidera !

En lisant le club des punks contre l’apocalypse zombie, vous allez rencontrer des personnages uniques, des anti-héros tout ce qu’il y a de plus anti. Le style de l’auteur s’adapte à merveille à la mentalité de chacun. Il use de termes argotiques à foison et de références marquées à la culture punk qui apportent de la cohérence au récit, un fond de réalité. Personnellement, je ne connaissais pas les trois quart des groupes / auteurs cités et j’ai quand même dû aller vérifier sur Internet la signification précise du mot keupon (ouais je sais je suis un peu longue à la détente quand même) mais ça rend le récit encore plus immersif quand on parvient à passer outre (à rentrer dedans quoi) et à se positionner par rapport à l’histoire. Notez que la construction du récit est particulière et peut perturber. On revient souvent en arrière à l’aide de flashbacks et d’histoires racontées par les différents protagonistes. C’est toujours bien indiqué, mais ça peut brouiller les repères temporels du récit. Personnellement, je l’ai ressenti un peu comme un effet de défonce. On sait qu’il se passe un truc, à un moment, on sait plus ou moins quand, et au moment où on le lit, on se demande si les pages du club des punks contre l’apocalypse zombie ne sont pas recouvertes d’une substance illicite par transmission cutanée ! Un effet de style plutôt réussi, donc, du moins à mes yeux.

En clair, ce roman est juste brillant. On ne peut pas réduire ce récit à un bouquin délirant pendant lequel on rigole bien, avec des personnages qui sortent de l’ordinaire. J’ai décelé une forme d’engagement à travers ce texte, une critique de la société d’hyper-consommation qui devrait être remplacée par une idéologie du vivre ensemble et du respect mutuel. Ainsi qu’une ode à la musique, évidemment. A mes yeux, le club des punks contre l’apocalypse zombie a plusieurs niveaux de lecture. On peut choisir d’y trouver un simple divertissement mais on peut aussi réfléchir sur le message qu’il tente de transmettre malgré l’ambiance extrême et hallucinante du récit. C’est un roman vraiment bien pensé, travaillé, proposé par un auteur bourré de talent.

Pour conclure, je vous recommande chaudement ce roman, que vous aimiez ou non les ambiances post-apocalyptiques. Sa lecture a beaucoup à apporter et est d’une très grande qualité littéraire. J’ai été ravie de découvrir cet incroyable auteur et cet univers improbable. Une chose est sûre, vais me pencher sur les autres œuvres de Karim Berrouka !