Libration – Becky Chambers

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Libration
est le second volume de la saga Voyageur écrite par l’autrice américaine Becky Chambers. Publié chez l’Atalante dans sa collection la Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman au prix de 21.9 euros dans toutes les bonnes librairies.
Je remercie Emma et les Éditions l’Atalante pour ce service presse !

Avant d’aller plus loin je dois préciser que si ce tome se déroule dans l’univers de l’Espace d’un an (chroniqué ici), il peut parfaitement se lire de manière indépendante même s’il est la conséquence d’un évènement du tome précédent. Ce que je vais dire ici (en blanc pour ne pas divulgâcher donc pensez à surligner si ça vous intéresse) suffit largement pour tout comprendre.

Libration est un terme qui désigne un point de l’espace en équilibre entre deux astres, une zone de stabilité. Je l’ai appris grâce à la quatrième de couverture et j’avoue volontiers qu’il correspond parfaitement au contenu du roman.

Dans ce volume nous suivons l’.I.A. Lovelace. Dans le premier tome, une attaque sur le vaisseau Voyageur l’endommage et entraine la perte de ses fichiers mémoriels. Le tech à bord qui est amoureux d’elle, Jenks, est obligé de la réinitialiser et il le vit comme la mort de celle qu’il aimait. La nouvelle Lovelace, mal à l’aise de causer autant de peine, décide d’accepter la proposition de Poivre à savoir prendre possession d’un kit à l’apparence humaine. Ce qui, dans l’Union Galactique, est totalement illégal. 
Lovelace devient alors Sidra et on découvre de quelle manière elle s’acclimate à sa nouvelle vie. Spoiler alert: pas très bien. Parallèlement à cela (au rythme d’un chapitre sur deux) nous découvrons l’histoire de Poivre, qui s’appelait Jane et était une enfant esclave sur une planète pas franchement joyeuse au quotidien rythmé par le tri des pièces défectueuses dans une usine. Cela nous permet de comprendre pourquoi elle choisit d’aider Sidra, quel est son rapport à la technologie et tout un tas d’autres petits éléments fascinants.

Comme pour le premier tome, Becky Chambers choisit de se concentrer sur le quotidien, sur le psychologique, sur la culture et les rapports humains plutôt que sur l’action. Elle invite son lecteur à se poser des questions fondamentales qu’on peut aisément transposer à notre époque. Si vous cherchez des batailles spatiales, des explosions et des enjeux à l’échelle galactique alors passez votre chemin car ce n’est pas chez Becky Chambers que vous trouverez votre bonheur. Ici, on cause éthique, origine de l’intelligence et de la conscience, pluralité culturelle… Les problèmes rencontrés par les personnages entrent dans le registre du quotidien et ne vont pas au-delà. Évidemment, Sidra craint qu’on la découvre et que cela attire des ennuis à ses amis mais au-delà de ça, il n’y a pas énormément de tensions narratives.

Sauf dans les chapitres qui se déroulent dans le passé. La jeune Jane s’enfuit de l’usine où elle était enfermée et découvre le monde en partant de zéro. Pour vous situer, même le ciel, elle ne connaissait pas. Imaginez l’horreur… Elle rencontre dans la décharge l’I.A. d’un vaisseau cloué au sol depuis cinq ans, prénommée Chouette. Chouette va lui apprendre tout ce qu’elle sait sur l’U.G., les espèces, le klip (la langue commune) ce qui donnera lieu à certaines réflexions plutôt sympathiques et à des expériences dans les sims qui m’ont un peu rappeler l’époque où, enfant, je jouais à Adibou. Pour survivre, Jane va devoir apprendre à chasser les animaux de la décharge et développer son propre but: réparer le vaisseau pour quitter la planète. Ces chapitres dans le passé s’étendent sur plusieurs années, en commençant quand Jane a 10 ans jusqu’à ses 19 ans puis en continuant dans le présent sous l’appellation « Poivre ».

Dans l’ensemble, Becky Chambers maîtrise admirablement l’aspect psycho-social de son roman. Elle a pensé à tout et son texte en devient fascinant. Elle déborde d’imagination et le degré de détails, leur crédibilité, m’impressionne. Son univers s’étoffe encore et le fait qu’elle se concentre sur seulement deux personnages a rendu Libration plus intéressant et facile à suivre que l’Espace d’un an.

Côté intrigue, toutefois, pas de surprise. On s’attend à un final comme celui-là et s’il fait plaisir parce qu’on s’attache aux personnages, j’ai quand même regretté un peu le manque de tension et d’enjeux à une plus grande échelle. Il manquait une petite dose de drame pour que ça devienne vraiment ma came. Ce qui, notez bien, ne lui enlève pas ses qualités. Ça reste un goût purement personnel.

Pour résumer, Libration est un roman de science-fiction psycho-sociale centré sur les rapports humains et les questions éthiques autour de l’intelligence artificielle. Becky Chambers n’écrit pas de la SF « traditionnelle » : on aime ou on n’aime pas mais on ne peut pas lui retirer son talent ni son originalité. On découvre de quelle manière l’I.A. Sidra s’adapte au monde maintenant qu’elle vit dans un kit et le passé tragique d’une protagoniste du tome précédent, les deux étant liés. Ce n’est pas un roman plein d’action ou de rebondissements, loin de là, mais il n’en reste pas moins intéressant et intimiste. Je le recommande volontiers pour l’expérience unique (du moins selon mes connaissances) qu’il constitue.

Les hommes dénaturés – Nancy Kress

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Les Hommes Dénaturés est un one shot de science-fiction écrit par l’autrice américaine Nancy Kress. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce roman au prix de 16 euros dans toutes les bonnes librairies.
Je remercie Jérôme et ActuSF pour ce service presse !

Que dire, que dire… Déjà, je dois vous avouer qu’il m’est difficile de parler de ce roman et j’ai d’ailleurs mis plusieurs jours avant de me décider à écrire la chronique. Il m’a profondément dégoûtée, heurtée, mais je l’ai trouvé très intelligent et vraiment à-propos. Le genre de lecture qui ne laisse pas indifférent mais qui ne convient pas forcément aux âmes sensibles.

Reprenons depuis le début.

Les Hommes Dénaturés, c’est principalement l’histoire de trois personnages qui évoluent dans une société futuriste qui connaît une baisse gravissime de la natalité (avec tous les problèmes que cela implique). Shana est une jeune fille de 18 ans qui rêve d’entrer dans l’armée. Hélas pour elle, elle se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Un comité écrabouille ses rêves en refusant de croire à son histoire. Bien décidée à prouver qu’elle n’est pas une menteuse, Shana commence à enquêter sur l’affaire qui la concerne. Elle va d’abord entrer en contact avec Nick Clementi, un scientifique renommé qui a assisté à son audience et cherché à la soutenir. Nick a ses propres problèmes, évidemment, mais il tient à agir bien qu’il ne sache pas précisément pourquoi. Shana croisera ensuite le chemin de Cameron, un danseur intimement lié à ce qui ressemble à une terrible conspiration. Cameron a subit récemment une opération a priori volontaire visant à lui effacer la mémoire. Mais pourquoi exactement?

Le synopsis ne fait pas spécialement rêver, je vous l’accorde. À première vue, on retrouve pas mal de clichés et un fond assez bateau. Pour être très honnête, je ne sais toujours pas pourquoi j’ai accepté de prendre ce service presse sur cette base. Parfois, j’ai un instinct inexplicable qui me pousse vers un livre… Et me permet de découvrir une pépite.

Ce livre est divisé en chapitres écris au présent, chacun du point de vue d’un des trois protagonistes. Son identité est évidemment signalée au début de chaque chapitre. Ils ont tous leur caractère propre et n’ont rien de stéréotypes, ce que j’ai su apprécier même si concrètement, il est difficile de s’attacher à l’un d’eux (hormis Cameron). Shana est un personnage détestable. J’ai eu beaucoup de mal à suivre les chapitres de son point de vue parce que j’avais envie de la claquer sans arrêt avec son arrogance et ses réflexion déplacées. Nick Clementi a une sévère tendance à la digression qui peut vite devenir frustrante. Parfois, en plein milieu de ses chapitres, il commence à nous parler d’évènements antérieurs qui n’ont pas spécialement un intérêt dans le récit. De plus, il a tendance à incorporer des citations célèbres dans ses pensées, ce qui casse l’aspect spontané de l’écriture à la première personne. Par contre, j’ai tout de suite accroché avec Cameron. Je l’ai trouvé très humain, passionné par la danse qui est tout pour lui et à qui il peut tout sacrifier. Un pur plaisir.

Les thématiques abordées dans les Hommes Dénaturés sont nombreuses. Je l’ai dit au début de ma chronique, ce roman m’a profondément dégoûtée. J’ai souvent grimacé au fil des évènements et des réflexions posées par les personnages. Évidemment, dans la diégèse de ce titre, tout se tient mais je n’ai pas aimé ce que j’ai entrevu (en vrac, l’homophobie ravivée par la perte de natalité, les actions que le gouvernement accepte de tolérer, les extrémités auxquelles sont poussées certaines femmes…). Parce que forcément, on ne peut que réfléchir au contexte et aux évènements. Dans cette réalité, la fertilité baisse drastiquement et la population vieillit au point qu’il n’y a plus assez de jeunes pour travailler. L’économie est menacée, ce qui oblige à tolérer les multinationales avec leurs produits dangereux, qui eux mêmes n’aident en rien la fertilité, évidemment. L’autre problème lié cela, c’est la difficulté de combler les instincts maternels des femmes qui poussent à certaines extrémités. J’ai eu du mal à trouver crédible ces pulsions mais le roman a été écrit par une femme alors je suppose que certaines doivent vraiment ressentir ce genre de besoin dévorant et absolu. Je ne vous en dis pas plus mais sincèrement, ce roman fait réfléchir. Et pas en bien.

Pour conclure, les Hommes Dénaturés offre une fresque futuriste pas si lointaine et surtout, effrayante. C’est un message d’alerte, une sonnette d’alarme tirée par Nancy Kress qui signe une œuvre dérangeante, percutante, qui mériterait d’être lue (et comprise) par le plus grand nombre. J’en recommande la lecture à ceux qui aiment la hard SF et qui ont envie d’une littérature engagée. Par contre, passez votre chemin si vous avez un petit cœur…

 

Cœurs de rouille – Justine Niogret

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Cœurs de rouille
est un one-shot plutôt particulier dans une veine à part de la science-fiction avec peut-être quelques touches de fantastique, écrit par l’auteure française Justine Niogret. Vous retrouverez ce roman publié dans la collection Hélios (poche) des éditions Mnémos, au prix de 8.90 euros.
Je remercie chaleureusement les éditions Mnémos pour ce service presse.
Ce roman entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.

Que dire sur Cœurs de rouille et par où commencer… Difficile, quel livre à part ! Peut-être parler de son genre, de cette science-fiction solitaire, désabusée, froide. De cette humanité qui a été trop loin, a cherché à faire marche arrière pour finalement craquer à nouveau. Des questions philosophiques soulevées avec brio par l’auteure. Parce que Cœurs de rouille, ce n’est pas une aventure bourrée d’action même si les deux protagonistes principaux, Saxe l’humain et Desdre la golem, tentent d’échapper à Pue-La-Viande, golem lui-même et tueur des siens. Une aventure, une fuite, un voyage initiatique… Et avant tout une sorte de fable construite autour du rêve de Saxe, dégoûté par la société où il évolue, qui désire quitté la cité, passer par la mythique porte que les golems ont scellé jadis. Pourquoi? On l’ignore, au fond, et on n’a pas besoin de le savoir.

Pue-La-Viande se nourrit des perles des autres golems et il désire celle de Desdre, pour s’approprier ses souvenirs, remplacer ceux qu’il perd petit à petit, le lot des golems, des êtres mécaniques qui se dégradent, qu’on oublie et qu’on abandonne. Pourtant, ils ne fuient pas tant qu’ils partent en quête, descendant toujours plus bas dans les niveaux de la cité en espérant trouver la sortie, contempler le vrai soleil, respirer un autre air, connaître autre chose. À travers ces 263 pages qui se lisent rapidement, Justine Niogret parvient à aborder une multitude de thèmes et à poser beaucoup de questions. Certaines sont classiques: la mort, l’anthropocentrisme, la folie humaine, les conséquences inassumées d’actes créateurs, mais elle va plus loin et questionne justement la création, cette manière qu’on avait jadis d’inventer alors qu’aujourd’hui, on a tendance à simplement répéter, la notion même de sentiments. À chaque page ou presque, l’auteure nous pousse à réfléchir, dissimule un message, dans un roman que je trouve subtilement engagé.

Cœurs de rouille n’appartient pas aux livres produits pour le simple divertissement des lecteurs. Certains déplorent le manque d’approfondissement de l’univers, le manque d’explications, mais Cœurs de rouille n’est pas là pour ça. Ce n’est pas une lecture pour se détendre, c’est un roman pour réfléchir, parce qu’il mérite qu’on s’y attarde, qu’on le découvre dans des conditions adéquates en voulant prêter attention à ce qu’il a à dire. Il ne sert pas un dessein épique mais bien intimiste, presque en huit-clos à ciel ouvert (je sais, un vrai paradoxe ! ) entre trois personnages qui s’opposent et se livrent dans des temps morts qui paraissent insensés aux lecteurs. Pour découvrir Cœurs de rouille, il est nécessaire de laisser de côté ses habitudes littéraires et d’accepter un profond dépaysement sur la forme autant que sur le fond.

Avec ce roman admirablement bien écrit, Justine Niogret prouve une fois de plus son talent littéraire et affirme sa prose si particulière, si poétique. Cœurs de rouille laisse une impression de froideur mécanique, d’huile poisseuse et de désespoir au fond de la gorge tout en nous permettant d’entrevoir un faible rayon de soleil. Elle ne raconte pas tant une histoire qu’un petit morceau de futur sur lequel chacun de nous devrait se pencher. C’est brillant, vraiment.

Redshirts, au mépris du danger – John Scalzi

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Redshirts, au mépris du danger
est un one-shot de science-fiction parodique écrit par John Scalzi et publié chez l’Atalante au prix de 19.90 euros.
J’ai lu ce roman dans le cadre du challenge 6 mois, 6 amis, 6 livres.
Cette lecture entre également dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Redshirts nous raconte l’histoire d’Andrew Dahl et de son groupe d’amis, récemment affectés à bord de l’Intrépide, vaisseau amiral de l’Union Universelle. Rapidement, nos protagonistes se rendent compte que les sans grades, les redshirts (ceux qui portent un uniforme rouge donc) ont tendance à mourir en grand nombre et de manière pas toujours très cohérente. Ils vont donc enquêter, jusqu’à comprendre qu’une force supérieure influe sur leur destin. Une force appelée la Narration.

Je ne savais pas quoi penser de ce livre en lisant la 4e de couverture, si ce n’est que ça m’évoquait le lancement d’un épisode de Star Trek. Ou dans ce cas-ci, une parodie, soit un genre pour lequel je ne nourris que peu d’affection parce que je trouve souvent cela mal fait, mal géré. Dans ce roman, ce n’est pas du tout le cas ! John Scalzi use de l’humour avec habilité, sans jamais que ça ne soit trop lourd. Il maîtrise à fond son sujet et on sent de sa part énormément de bienveillance à l’égard des séries de science-fiction, dont il se moque pourtant dans Redshirts. Plus d’une fois, le lecteur avisé relèvera un clin d’œil à l’une ou l’autre de ses séries favorites là où le lecteur novice en la matière ne se retrouvera pas pour autant perdu. C’est l’avantage avec ce livre: il est destiné à tous, peu importe le degré de connaissance du genre, et dispose de plusieurs niveaux de lecture.

Outre le côté humoristique, ce livre offre aussi une réflexion très pertinente et intéressante sur le statut d’auteur et sur la mise en abyme de nos histoires. Ce n’est pas le premier dans l’histoire littéraire à le faire (les protagonistes du roman le disent eux-mêmes !) mais je trouve qu’il s’en sort vraiment bien dans le traitement de son sujet et dans les questions qu’il amène. Je ne vais pas trop spoiler mais quand on referme ce livre, on ne peut pas s’empêcher de se demander: et si? Derrière le grotesque de la situation vécue par les protagonistes, John Scalzi traite de sujets un brin plus sérieux, un brin plus philosophiques, et il le fait bien, avec un cynisme et une intelligence redoutable.

J’ai vraiment passé un excellent moment avec ce roman qui se lit très vite. Ses quelques trois cents pages passent sans qu’on en ait conscience, tant on les tourne avec avidité pour découvrir les prochaines (més)aventures de nos pseudo-héros. John Scalzi possède un style d’écriture qui va à l’essentiel et privilégie l’action ainsi que les dialogues, ce que j’apprécie. Malgré quelques couacs légers dus à la traduction, on ressent bien son identité littéraire forte.

Pour résumer, Redshirts est un livre à lire absolument pour tous les fans de science-fiction et de séries à la Star Trek, un must-read pour réfléchir ce genre d’une autre façon, avec une bonne dose de dérision et un équilibre subtil maîtrisé par un auteur confirmé. J’ai été ravie de me plonger dans cet univers, que je recommande très chaudement !

Grand Siècle #2 l’envol du soleil – Johan Heliot

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L’envol du soleil
est le second tome de la trilogie Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Disponible depuis mai 2018 au prix de 19 euros en papier (et 8.99 en numérique) il s’agit d’une uchronie de science-fiction se déroulant au XVIIe siècle.
Pour rappel, j’ai déjà chroniqué le premier tome.
Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Mnémos pour ce service presse !

Dans ce second tome, nous retrouvons la fratrie Caron qui prend de plus en plus de place dans le récit, chacun des frères et sœurs continuant leur bout de chemin. Les deux jeunes, Marie et Martin, évoluent en personnages bien présents et la nouvelle génération Caron n’est pas en reste. Le roi Louis reste un protagoniste du roman, quoi qu’un peu plus en retrait que sur le tome 1 et le Pape Rouge continue ses intrigues depuis le Vatican. Je meurs d’envie de vous détailler tous les moments de l’intrigue et je me retiens à grand peine en vertu de ma politique anti-spoil. Sachez toutefois que j’ai lu ce roman en deux jours (commencé mardi matin et terminé mercredi midi) tant il m’a passionnée.

On y retrouve tous les éléments appréciés dans le premier tome. L’univers est fascinant et continue de se développer en allant plus loin dans le détail mais aussi dans la noirceur. Tout de même, au risque de radoter: il fallait oser implanter de la science-fiction sous le règne de Louis XIV ! J’en ai un peu discuté avec l’auteur aux Imaginales et je me suis rendue compte qu’il avait raison en affirmant que cette période est assez boudée. Hormis les Lames du Cardinal, un ouvrage SFFF vous vient-il dans le 16e ou 17e siècle français? Si oui, n’hésitez pas à me donner les titres dans les commentaires, parce que ça m’intéresse.
La technologie basée sur les flux éthériques prend de plus en plus de place, au point qu’elle devient un écho presque semblable à la société que nous connaissons au 20e siècle. Johan Heliot en vient à traiter des thématiques actuelles de manière plutôt ingénieuse, comme le comportement des foules face à la télévision (renommée luxovision pour l’occasion) et surtout, les sacrifices consentis à l’évolution technologique. On ne peut que trouver un écho affreusement actuel, contemporain, dans la peinture offerte par Johan Heliot de cette société alternative. Je trouve sa démarche vraiment brillante.

Le style de l’auteur est toujours aussi bon. Il maîtrise son action et le roman ne souffre, à mon sens, d’aucune longueur. Je le trouve même plus dynamique que le premier ! Petit reproche, par contre: il se déroule sur plusieurs années, entre dix et quinze ans si mes calculs sont justes et on s’y perd parfois un peu sur les bonds temporels effectués. Si on devine la date approximative et le passage du temps, j’aurai préféré que chaque chapitre soit daté plus précisément et de manière systématique. C’est un détail mais j’ai dû m’arrêter une fois ou deux pour chercher les indices temporels et les rappeler à ma mémoire. Cela ne m’a pas gâché ma lecture mais c’est parce que je l’ai lu presque d’une traite. Pour celui qui le découvrira autrement, ce détail pourrait gêner. Oui, on sent que j’ai un peu lutté pour trouver quelque chose de négatif à dire?

J’ai particulièrement apprécié l’évolution des personnages. Johan Heliot parvient à non seulement offrir une intrigue prenante, accessible tout en restant complexe, mais ne néglige jamais la psychologie de ses protagonistes. Ainsi, Louis reste fascinant à découvrir et Estienne tout autant. D’ailleurs, la fin… Je ne m’y attendais absolument pas ! Un vrai coup d’éclat. J’ai aussi appris à apprécier Martin et Pierre qui ne se lasse jamais de m’étonner. Les personnages féminins ne sont pas en reste et je suis très curieuse de voir si Jeannette aura un rôle aussi central que celui de sa tante dans le troisième tome. Petite mention aux figures historiques qui continuent de parsemer le récit et deviennent des protagonistes secondaires amusants à suivre, surtout quand on les compare à ce qu’ils ont vraiment été (ou ce que l’Histoire nous a rapporté à son sujet). Transformer La Fontaine en présentateur… Franchement ! Épique.

Pour résumer, l’Envol du Soleil n’a pas à rougir en comparaison de son tome 1. L’auteur reste constant dans la qualité qu’il nous propose, que ça soit au niveau de l’intrigue, de l’univers ou des personnages. Son écriture, dynamique avec quelques touches d’un style plus ancien (notamment à travers l’utilisation de certains verbes), nous offre une immersion complète dans cette uchronie fascinante que je recommande très chaudement. J’ai adoré !

Grand Siècle #1 l’Académie de l’Éther – Johan Heliot

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Le premier tome de la saga Grand Siècle s’intitule l’Académie de l’Éther et a été écrit par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos dans la collection Icare au prix de 19 euros, vous pouvez également vous le procurer en numérique au prix de 8.99 euros. Il s’agit d’un mélange surprenant d’uchronie et de science-fiction.

C’est qu’il fallait l’oser, quand même, celle-là ! Je m’attendais à découvrir un roman steampunk dans une uchronie prenant place dans l’une de mes époques historiques favorites et je tombe sur un roman qui mêle Histoire et science-fiction. Autant vous dire que ça m’a séduite et j’en suis la première surprise vu que j’ai toujours peur de ce type de mélange. Jusqu’ici, je ne connaissais l’auteur que de nom et je m’y suis intéressée davantage uniquement à cause de ce roman-ci, vu son contexte. Après quelques recherches, il s’avère que Johan Heliot est un habitué de l’uchronie et assez unanimement applaudi dans ce domaine avec des titres qui m’intriguent énormément. Au passage, notez qu’il sera présent aux Imaginales ! Et que je vais revenir avec au moins un de ses livres. Je ne sais pas encore lequel donc si par hasard vous avez des suggestions, n’hésitez pas! Bref, revenons en à ce qui nous intéresse vraiment.

Le roman s’ouvre sur un groupe d’enfants dont le père se suicide pour les pousser à le quitter et se rendre à la capitale, chez leur oncle Plantin. Ils espèrent ainsi échapper à la famine qui règne en province. Nous suivons donc ces cinq enfants (Pierre, Jeanne, Estienne, Marie et Martin) dans leur périple jusqu’à leur destination, puis nous partons faire la connaissance du lieutenant de frégate Baptiste Rochet, auteur d’une découverte surprenante. En mer, ils ont repêché une sphère qu’il présente au jeune roi Louis XIV, immédiatement séduit par ses propriétés. Mais cette sphère n’est pas uniquement ce qu’elle paraît être et son arrivée à la Cour va déclencher toute une série d’évènements inattendus, jusqu’à ce que le destin des enfants croise celui des plus grands hommes de l’Histoire de France. J’essaie de vous synthétiser tout ça sans non plus vous révéler des pans importants de l’intrigue que j’ai personnellement pris beaucoup de plaisir à découvrir. Ce n’est pas simple !

Je vais d’abord m’attarder sur l’univers, que j’ai trouvé plutôt brillant et bien maîtrisé. L’auteur nous gratifie de nombreuses références historiques, d’abord à travers les personnages. Rapidement, nous suivons Blaise Pascal ou encore le Roi Louis qui sont des protagonistes centraux du Grand Siècle. Nous croisons aussi le cardinal Mazarin, la reine Anne, le prince Condé et dans un registre plus populaire, Cyrano de Bergerac ou encore, d’Artagnan. Johan Heliot se réapproprie des faits historiques tels que la guerre contre l’Espagne, la fronde ou les mazarinades pour servir son intrigue et utiliser les évènements à son avantage. Cela dénote une grande connaissance de son sujet et beaucoup de recherche. J’ai également apprécié son utilisation de l’imprimerie. L’étudiante en histoire littéraire (avec la base d’Histoire-tout-court que ça implique) en moi ne peut qu’applaudir la façon dont il imbrique tous ces éléments pour nous offrir un contexte d’une incroyable richesse. C’est, sans conteste, une uchronie de qualité.

Je me dois également d’évoquer la plume de Johan Heliot qui sert merveilleusement son récit puisqu’elle donne l’impression de vivre à l’époque grâce à son vocabulaire et ses tournures de phrase. Évidemment, ça reste accessible à tous mais ses qualités immersives ne sont pas à dédaigner.

Immersif est un bon mot pour qualifier ce premier tome. Assez rapidement, le destin des cinq enfants nous importe et j’ai beaucoup aimé la façon dont ils évoluent, chacun à leur façon, même si j’ai frissonné quelques fois. L’auteur n’a aucune pitié pour ses protagonistes et j’adore ça ! J’ai aussi trouvé fascinant de voir évoluer Louis XIV dans sa jeunesse puis au début de l’âge adulte. Ses rapports avec l’Unité d’Exploration Conscientisée (UEC pour les intimes) et les chapitres du point de vue de ce super ordinateur échoué par accident sur notre planète donnent une profondeur au récit et certaines réflexions pertinentes sur l’humanité. Nous évoluons aussi dans la cour des Miracles, à la cour de France, sur les champs de bataille, dans les ateliers de monsieur Pascal. Les décors se multiplient pour offrir une fresque prenante et apporter tous les éléments essentiels à un roman qui, non seulement, contient beaucoup de savoir dans bien des domaines (dont la science) mais réussit tout autant à nous divertir efficacement. Preuve, s’il en fallait, que l’un se marie très bien avec l’autre.

En bref, j’ai vraiment adoré le premier tome du Grand Siècle et je compte bien lire la suite rapidement. Johan Heliot est un auteur qui donne envie d’être découvert et qui possède déjà, à ce jour, une bibliographie très riche. Je recommande le Grand Siècle aux amoureux de l’uchronie et du Paris du 17e, à ceux qui ont envie d’être surpris et emportés dans un univers brillant par sa construction avec des personnages attachants. Un coup de cœur et une réussite ♥

Evolution Six (1) – Mitsuru Kaga

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Evolution Six est une série terminée en cinq tomes publiée chez l’éditeur Doki Doki et réalisée par Mitsuru Kaga (au scénario comme au dessin). Il s’agit d’un seinen, un thriller de science-fiction déconseillé aux moins de quinze ans par son contenu assez violent et l’exposition des corps. Chaque tome coûte 7.5 euros.

J’avoue, c’est la couverture davantage que le pitch qui a attiré mon attention. Le garçon représenté me semblait être un bon gros sadique pas droit dans sa tête comme je les aime, avec un petit côté maléfique sur la façon de montrer son bras. Il s’avère que je me suis pas mal plantée, mais j’ai quand même été agréablement surprise par ce personnage. Le chara-design paraissait soigné et dégageait une ambiance malsaine qui m’a tout de suite parlé… Du coup, ça m’a donné envie de passer outre le côté potentiellement survival (vous savez que je n’aime pas ça) pour tenter ma chance.

Je ne sais pas exactement si j’ai adoré ou pas ce premier tome. En tout cas, je suis restée sur ma faim et il m’a donné envie de connaître la suite, ce qu’on peut qualifier de réussite.

En quelques mots, voici le pitch: Pour contrer l’ère glaciaire qui approche, le professeur Ed a fait tomber une pluie artificielle sur le quartier de Karayori à Tokyo. Cette pluie, loin d’être anodine, contenait un moyen de faire évoluer la race humaine. On suit d’un côté sa fille, une surdouée de 16 ans qui essaie de retrouver son père et de comprendre ce qu’il a fait, et d’un autre un garçon suicidaire, atteint d’un cancer qui guérit grâce à la pluie en question (qui lui permet surtout de survivre à sa tentative de se jeter du haut du toit de l’hôpital). Si j’ai eu pas mal d’affinités avec le héros, j’ai un peu moins accroché avec la fille du scientifique, dont le trait me paraît assez forcé. La suite nous dira si ce personnage évolue de manière satisfaisante ou pas du tout.

Sur manga news, on conseille cette série à ceux qui ont aimé Tokyo Ghoul et c’est vrai que le héros a quelques airs de Kaneki. Pour autant, l’univers est très différent, moins complexe, moins poétiquement macabre et, je pense, moins fouillé. Je me trompe peut-être, ceci dit. Difficile de juger sur un seul tome… Comme la série est finie sur cinq et que j’ai finalement bien accroché au contenu, je pense que je vais la lire en entier donc j’en reparlerai plus en détails par la suite. Attention toutefois, elle contient des scènes assez malsaines et bizarres (notamment la lycéenne enceinte… je n’en dit pas plus, mais sérieux, c’était pas mal glauque! ) qui pourraient heurter certaines sensibilités. Moi, j’ai trouvé ça très cool, mais bon, c’est moi.

En bref, le premier tome d’Evolution Six est prometteur. Si ce n’est pas un coup de cœur, il met en place des éléments intéressants et intrigants avec un héros qui a tout pour plaire aux amateurs du genre. Le fait que la série soit terminée et ne compte que cinq volumes est un plus, on sait où on va et dans quoi on s’engage.

Une affaire à suivre, que je recommande à ceux qui aiment la science-fiction et n’ont pas peur du gore.