Un an dans la Ville-Rue – Paul Di Filippo

Un an dans la Ville-Rue est le genre de texte qui provoque chez moi une certaine frustration car j’ai du mal à me plonger dans son univers tout en parvenant sans peine à m’intéresser à son personnage principal, Diego Patchen.

Pourtant, l’univers en question ne manque pas d’inventivité et, par bien des aspects, j’y vois une forme de critique ou même de réflexion sur le nôtre. Sauf que je me sens vite perdue devant une avalanche de termes nouveaux (un comble quand on connait un peu ma propre bibliographie…) et que les descriptions, aussi graphiques, riches et originales soient-elles, m’ont laissé de marbre parce qu’elles ne m’intéressaient tout simplement pas. J’ai même failli abandonner cette courte lecture mais j’ai été accrochée à partir du second chapitre où on découvre davantage le métier de Diego. Cet élément permet une réflexion intéressante sur la littérature, plus spécifiquement la science-fiction.

Diego, donc, est écrivain et il publie des nouvelles dans une revue intitulée Mondes Miroirs. Il écrit de la Cosmos-Fiction, c’est-à-dire qu’il imagine d’autres mondes, d’autres possibilités, d’autres alternatives, ce qui n’est pas bien vu par les lecteurs élitistes mais fonctionne bien auprès d’un public que le tenancier du kioske, Teuf-Teuf, décrit comme bien plus populaire. Difficile de ne pas penser à ce fossé qui existe entre la littérature dite « blanche » et celle dite « populaire », de l’imaginaire. La nouvelle date d’il y a vingt ans et on constate que certaines choses ne changent hélas pas.

J’ai trouvé assez amusante la façon dont l’auteur donne à Diego des idées qui évoquent notre monde (comme cette technologie filière qui permettrait de discuter avec quelqu’un sur une longue distance ou encore un univers où personne ne saurait ce qui se déroule après la Mort) en les faisant passer pour loufoques au sein de sa propre diégèse. C’est plutôt intelligent.

Au travers de quatre chapitres, Paul Di Filippo emmène son lecteur arpenter cette immense ville aux millions de Blocs qui semble à la fois si familière et si incongrue. J’ai toujours été plus sensible aux personnages et aux émotions qu’au world-building, ce qui ne m’empêche pas d’en reconnaître la saveur et d’en saluer les idées. Ce fut une lecture en demi-teinte où je me suis parfois ennuyée mais je n’en ai aucun regret, ressortant particulièrement enthousiaste et concernée par les réflexions sur la littérature et la façon dont l’auteur a décidé de les mettre en scène.

Un texte particulier qui ne pouvait paraître nulle part ailleurs que dans la collection Une Heure Lumière.

D’autres avis : Au pays des cave trollsl’Épaule d’OrionGromovarLes chroniques du Chroniqueur – vous ?

S4F3 : 15e lecture.
Informations éditoriales :
Un an dans la Ville-Rue de Paul Di Filippo. Traduction par Pierre-Paul Durastanti. Éditeur : Le Bélial, pour la collection Une Heure Lumière. Illustration de couverture : Aurélien Police. Prix : 9.90 euros au format papier, 4.99 en numérique.
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9 réflexions sur “Un an dans la Ville-Rue – Paul Di Filippo

  1. Pingback: Le Bilan du Challenge estival est là – Albédo

  2. Encore un à acquérir. Vile tentatrice! Autrement, je peux aussi te traiter de vil crapaud ailé, c’est plus original… quoique « sombre crapaud ailé, c’est encore mieux en référence à l’ombre.

  3. Pingback: Un an dans la Ville-Rue, de Paul Di Filippo – Les Chroniques du Chroniqueur

  4. « qui semble à la fois si familière et si incongrue » : c’est exactement ça, et c’est vraiment ce qui est fort de la part de l’auteur, ce mélange d’ordinaire et d’extraordinaire en même temps. Personnellement j’ai adoré, mais je comprends que ça puisse être une lecture mitigée, vu que ce n’est clairement pas l’intrigue qui donne son intérêt au texte.

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