After Yang et autres nouvelles – Alexander Weinstein

Je dois avouer détester quand la couverture d’un livre est celle de son adaptation au cinéma. Je comprends l’intérêt et l’enjeu marketing mais, sur un plan personnel, cela ne m’attire pas du tout d’autant qu’après ma lecture, je ne trouve pas cette couverture représentative du contenu de ce recueil. Je m’interroge aussi sur le pourquoi le titre affiché sur le site d’ActuSF est différent de celui sur la couverture… Et pourquoi le titre anglais « After Yang » est conservé sur celle-ci (sans doute à cause du film ?) alors qu’il est traduit en « Nos adieux à Yang » à l’intérieur… Bref, sans la chronique de l’amie Trollesse, je n’aurais jamais posé les yeux sur After Yang et autres nouvelles et ç’aurait été assez dommage vu sa qualité.

Treize nouvelles donc, écrites par l’auteur américain Alexander Weinstein qui est adepte du format court et qu’il maîtrise plutôt bien si j’en juge par ma présente lecture. Certains textes m’ont davantage parlé que d’autres toutefois, à l’exception d’un ou deux à côté desquels je suis passée, j’ai été sensible aux émotions dégagées par ces histoires courtes et plus précisément les thématiques abordées. On se trouve en plein dans le genre science-fiction avec une interrogation sur notre rapport à la technologie au sens large du terme ainsi que sur l’évolution de notre société, ce qui a une saveur particulière un peu douce-amère, de nos jours…

Dans « Nos adieux à Yang » on suit un père de famille dont le robot grand frère de sa fille adoptive déconne après plusieurs années et la manière dont sa famille va gérer le deuil d’une machine. Je ne m’attendais pas à éprouver autant d’empathie envers eux, et pourtant… Dans « les cartographes » l’auteur évoque une technologie de téléchargement des souvenirs qui tourne évidemment mal, au point que les utilisateurs en perdent la notion de réel. Dans « les enfants du nouveau monde » on parle d’un couple qui devient parent dans un monde en ligne et du déchirement provoqué par un virus qui va les obliger à rebooter toute leur vie virtuelle, enfants compris…. La question de la vie (au sens sentience du terme) des éléments numériques créés revient assez fréquemment et c’est une thématique qui me parle.

Mais ce n’est pas tout car Alexander Weinstein aborde aussi à plusieurs reprises la question du dérèglement climatique et de ses conséquences comme dans « lignes de pente » où on suit un ancien skieur de l’extrême dans un monde où la neige disparaît ou bien dans « Migration » où plus personne ne sort de chez soi car l’extérieur est dangereux, ce qui déplait à Max, un adolescent révolté ou encore dans « Âge de glace » qui est une nouvelle résolument post-apo survivaliste où on découvre un petit groupe de personnes ayant survécu à une ère glaciaire et essayant de réorganiser un semblant de société. J’ai particulièrement apprécié l’ironie amère de la conclusion…

À chaque fois, l’auteur se concentre sur les gens à petite échelle, sur les émotions, ce qui fait de After Yang et autres nouvelles un recueil touchant face auquel on ne peut rester indifférent. Mention spéciale à deux textes très courts mais particulièrement violents sur un plan psychologique : « Heartland » où un père de famille désespéré commence à envisager de vendre des photos pornographiques de son enfant sur Internet pour gagner de l’argent car il n’y a plus de travail nulle part pour lui (il faut bien vivre, il paraît, puis ce ne sont que des photos… n’est-ce pas ? Le petit ne risque rien, pas vrai ? Glaçant, je vous dis.) et « La nuit de la fusée » qui flirte avec l’absurde où chaque année, les enfants d’une école choisisse l’un d’entre eux pour l’obliger à prendre une fusée et aller dans l’espace, apparemment sans possibilité de retour et tout le monde semble trouver ça normal. Aucune explication ici sur le pourquoi du comment hormis, peut-être, pour se débarrasser d’un individu marginal ? Ce qui serait ainsi une critique de la norme dominante et de ses dérives. Il y aurait beaucoup à dire et à analyser sur ces deux textes dans leur rapport à notre société et les valeurs qui y sont questionnées. J’ai apprécié d’être horrifiée, bousculée, par leur lecture. Pour moi, un texte qui me donne envie de m’arrêter dessus et d’y réfléchir est une réussite et c’est presque un sans faute pour Alexander Wellenstein.

Je dis presque parce qu’on trouve plus d’une fois des scènes de sexe dont la présence a beau être logique dans leurs histoires respectives, ça reste quelque chose qui personnellement me lasse un peu. Puis il y a deux textes étranges, un qui semble enchaîner les brèves d’information et un autre qui résume un grand évènement, à côté duquel je suis malheureusement passée. Mais dans l’ensemble, ce recueil mérite qu’on s’y attarde.

La conclusion de l’ombre :
Il ne faut pas juger un livre à sa couverture ! After Yang et autres nouvelles est un recueil de treize textes courts appartenant au genre de la science-fiction qui interroge notre rapport à la technologie, à son évolution ainsi que ses dérives et aborde également des problèmes sociaux comme climatiques. L’auteur choisit de rester à échelle humaine et peint des personnages masculins (ce sont chaque fois eux les narrateurs) crédibles, efficaces, dans toute la pluralité qui forme l’humanité. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ces nouvelles et je vous en recommande chaudement la lecture.

Je remercie Jérôme Vincent et les éditions ActuSF pour ce service presse.

D’autres avis : Au pays des cave trolls – Marquise sur ClimaginaireUn dernier livre avant la fin du monde – vous ?

S4F3 : 16e lecture
Informations éditoriales :
After Yang et autres nouvelles par l’auteur américain Alexander Weinstein. Traduction : Hermine Hémon, Erwan Devos. Éditeur : ActuSF. Illustration de couverture : ??? Prix au format papier : 20.90 euros.

20 réflexions sur “After Yang et autres nouvelles – Alexander Weinstein

  1. Pingback: Le Bilan du Challenge estival est là – Albédo

  2. Ah top, après l’avis de Yuyine et le tien me voilà convaincue ! Bon, à vrai dire je l’étais déjà après être allée voir le film au cinéma, que j’avais adoré malgré une esthétique assez dépouillée et minimaliste. Mais les personnages m’avaient bcp émue et je trouvais que les émotions ressortaient de manière très brute par rapport au décor épuré.

    Par contre, carrément d’accord, ce n’est pas terrible d’avoir choisi l’affiche du film pour la couverture, ça cache les autres textes, c’est dommage.

    Je le lirai un de ces 4, en gardant à l’esprit qu’il a des petits défauts qui vont me faire grincer des dents, que tu mentionnes d’ailleurs.

    • J’en suis ravie !

      Oui en plus d’être moche ça invisibilise les autres textes alors qu’il y en a d’autres qui sont tout aussi excellents, il y aurait eu moyen de trouver une illustration qui rend hommage à davantage des textes mais bon…

      J’espère qu’avoir été prévenue sur ces éléments te permettra de mieux apprécier l’ensemble du coup, je guetterais ton avis 😉

  3. Moi non plus je n’aime pas les couvertures affiches de film. Et pourtant j’aime beaucoup que les livres soient adaptés en film. Celui-ci de film a fait flop en plus, donc ça n’a pas dû être super utile à ActuSF pour vendre le livre. J’espère qu’ils n’ont pas dû payer trop cher pour pour pouvoir utiliser l’affiche comme couverture.

  4. Je rebondis surtout sur ta remarque du début sur la couverture, je dois avouer que c’est aussi quelque chose qui a le don de m’énerver, et encore plus quand on fait ça pour des séries, où on casse l’homogénéité de la série en mettant une nouvelle couverture pour le premier tome.
    Mention spéciale à mon édition poche de À la croisée des mondes, où le premier tome reprend l’affiche du film, et où les deux autres ont une image dégueulasse issue de la bande annonce du film vu qu’il n’y a jamais eu de suite !

    Cette anecdote t’as passionnée, j’en suis sur 😉

    • Et bien OUI parce que ça rejoint ce que je dis et j’aime bien qu’on soit d’accord avec moi 😆 de toute façon j’ai ce livre ci en numérique mais si j’avais du l’acheter, rien qu’à cause de la couverture, ça aurait de toute façon été dans ce format 🤷
      Et ouais je me souviens aussi pour Shadowhunters de mémoire ils avaient fait ça alors que les couv de base étaient belles 😦 J’ai conscience que ça permet de toucher un public totalement différent et plus large m’enfin…

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