La Ballade de Black Tom – Victor Lavalle

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La Ballade de Black Tom
est une novella fantastique d’inspiration lovecraftienne écrite par l’auteur américain Victor Lavalle. Publié au Bélial dans la collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 9.90 euros.

L’intrigue se déroule en 1924. Charles Thomas Tester est un musicien sans grand talent qui compense par son sens de l’escroquerie. Il doit livrer un grimoire à une sorcière, livre qui ne lui inspire pas la moindre confiance. Il n’imagine pas encore à quel point il a raison.

Comme je l’ai souligné, il s’agit d’une réaction à un texte court écrit par Lovecraft, intitulé « Horreur à Red Hook » et qualifié de controversé pour le racisme qu’il contient. N’y allons pas par quatre chemins, le racisme est effectivement au cœur du texte mais Victor Lavalle réussit l’exploit de le traiter avec justesse pour nous en transmettre toute l’horreur sans pour autant nous donner l’impression de cautionner les réactions de ses personnages « Blancs ». Une fois cette novella achevée, on se rend compte que l’intrigue  n’aurait pas lieu d’être sans le racisme car le héros n’aurait certainement pas fait les mêmes choix. Il suffit d’un extrait pour s’en convaincre : « ils m’ont traité comme si j’étais un monstre. Alors puisque c’est comme ça, je serai le pire monstre qu’on ait jamais vu. »

C’est glaçant. Cette atmosphère dérange et secoue à la lecture. Le pire, c’est qu’on ne peut même pas se consoler en se disant que c’est derrière nous et que la société a évolué depuis. Elle l’a fait, c’est certain, mais beaucoup de gens sont encore confrontés au quotidien à un racisme comme celui là, surtout aux États-Unis. Personnellement, j’ai été particulièrement choquée par la scène du privé qui donne sa déposition à la police après le meurtre du père de Black Tom. C’est lui qui entre par effraction chez ce pauvre homme malade, qui le descend sous un faux prétexte et on arrive encore à remettre la faute sur « le Noir ». Parce que dans l’obscurité, il a cru qu’il tenait une arme mais en fait non, c’était sa guitare. Enfin, il ne pouvait pas deviner, du coup c’est normal qu’il ait vidé deux chargeurs dans la poitrine de ce pauvre monsieur. J’étais sidérée et le pire, c’est que je suis certaine que ça a déjà eu lieu. Ceci n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres.

Le récit se divise en deux parties. La première est racontée du point de vue de Black Tom, avant qu’il n’opte pour ce surnom. Vers le milieu, l’auteur nous propose de suivre l’inspecteur Malone, un policier qui a déjà rencontré Black Tom. Même s’il n’est pas une ordure de la pire espèce, contrairement au détective privé… On sent qu’il a quand même certains préjugés. En fait, l’auteur nous peint un homme Blanc ordinaire dans cette époque. Pendant un moment, il se présente comme quelqu’un d’ouvert, qui se fond dans la masse des étrangers. Puis dans une discussion avec Black Tom, il le menace en lui disant que sa place est à Harlem et nulle part ailleurs. La bienveillance a des limites… Je l’ai trouvé d’une hypocrisie terrible bien qu’au fond, ce ne soit pas un mauvais bougre. Pour moi, Victor Lavalle peint des personnages en phase avec leur époque et ce, avec un talent manifeste.

L’intrigue proposée par l’auteur est simple en soi mais bien rythmée. On évolue d’abord avec ce musicien escroc qui possède une certaine sensibilité. On ressent malgré nous de la pitié, on aimerait pouvoir l’aider mais nous sommes réduis à l’impuissance face à sa descente aux Enfers. Mauvaises rencontres, mauvais choix, quand l’Humanité nous tourne le dos, les êtres maléfiques deviennent attirants… En règle générale, je ne suis pas spécialement attirée par ce type de texte au style plus classique dans l’imaginaire mais ici, je me suis totalement laissée emporter par mon empathie pour Black Tom.

Sachez-le, je ne suis pas spécialiste de Lovecraft et ce n’est pas un auteur qui m’attire du tout. On a déjà essayé de me convaincre de mille façons, j’ai eu un aperçu d’un de ses textes pendant mes études et je n’ai pas eu envie de pousser plus loin. Ne perdez donc pas votre temps à essayer de me convaincre de m’y mettre, c’est peine perdue ! Si je vous le dis, c’est surtout pour souligner mon incompétence à effectuer un parallèle avec ses œuvres ou juger les liens / emprunts avec la nouvelle dont s’inspire l’auteur. Je connais les bases, j’ai entendu parler de Cthulhu (et je réussis même à l’écrire sans faute, wouhou) et ça suffit largement pour s’en sortir avec la Ballade de Black Tom. Si vous cherchez des retours un peu plus spécialisés sur cet aspect, je vous encourage à explorer le site de l’éditeur qui recense pas mal de chroniques.

Toutefois, ce que je peux affirmer avec ma voix de modeste lectrice, c’est que cette novella est très bonne. Je l’ai lue presque d’une traite, à la fois fascinée et dégoûtée par son contenu. J’ai apprécié son final plutôt sombre et les choix narratifs assumés de l’auteur qui maîtrise son sujet et son texte de bout en bout.

Pour résumer, la Ballade de Black Tom peut se lire qu’on aime / connaisse Lovecraft ou non. Cette novella appartenant au genre fantastique est une belle réussite (une de plus dans la collection Une Heure Lumière) qui développe la thématique du racisme dans les années 1920 avec brio. Je vous recommande chaudement la lecture de ces 144 pages qu’on ne sent pas passer.

3 réflexions sur “La Ballade de Black Tom – Victor Lavalle

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