24 vues du Mont Fuji, par Hokusai – Roger Zelazny

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24 vues du Mont Fuji, par Hokusai
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur américain Roger Zelazny, qu’on ne présente plus. Publié dans la collection Une Heure Lumière du Bélial, vous trouverez ce texte au prix de 9.90 euros dans toutes les bonnes librairies.

Je n’avais pas lu le résumé avant de me lancer dans la découverte de ce dixième texte publié au sein de la collection Une Heure Lumière. Il me semblait que la blogosphère en parlait de manière très positive mais je craignais l’aspect contemplatif mit en avant par beaucoup car je sais que c’est quelque chose qui, normalement, me déplait.

Pourtant, j’ai bien apprécié la découverte.

De quoi ça parle ?
Suite au décès de son époux, Mari entreprend un voyage autour du Mont Fuji, choisissant 24 estampes dans Les Vues du mont Fuji, par Hokusai. Mais ce pèlerinage ne l’aide pas seulement dans son deuil, il lui permet aussi de se préparer à ce qui l’attend…

Qui est Hokusai ?
Commençons par le commencement… Le nom de ce peintre japonais à cheval sur le 18e et le 19e siècle ne vous dit peut-être rien mais vous avez déjà, je suis sûre, contemplé au moins l’une de ses œuvres, à savoir la célèbre vague qu’on voit un peu partout dans la pop culture. Je vous invite à consulter le site de la BNF qui vous permettra de (re)voir ces estampes gratuitement. Ce personnage bien réel quoi que décédé depuis longtemps est partie prenante de l’intrigue par deux points.
Le premier, c’est que Mari se sert de ses estampes pour son voyage et tente de superposer le Japon moderne (enfin des années 1980 puisque la novella est parue pour la première fois en 1985) à ce que Hokusai a représenté. Je regrette que le Bélial n’ait pas inséré les estampes concernées au-dessus de chaque chapitre mais rassurez-vous, les noms y sont à chaque fois et il suffit de consulter Internet pendant sa lecture pour avoir le visuel tout en lisant le chapitre qui y est consacré.
Le second, c’est que Hokusai semble présent aux côtés de Mari, sous forme de spectre mais un spectre majoritairement taiseux quoi que quelques interactions avec Mari soient décrites.

Et la science-fiction, dans tout ça ?
Peut-être vous posez-vous la question puisque je m’échine à décrire un roman qui semble un brin fantastique et très contemplatif. Et bien l’époux de Mari n’est pas vraiment décédé, il a plutôt changé d’état en parvenant en quelque sorte à numériser sa conscience. Il aimerait bien que sa femme le rejoigne dans le système, d’ailleurs, mais Mari… ça ne l’intéresse pas. Nous sommes donc au milieu des années quatre-vingt et on voit déjà des thématiques qu’on utilise énormément de nos jours. Non seulement cela évoque la question de l’immortalité (de l’esprit à défaut du corps) mais aussi des potentielles dérives ou profonds changements que cela pourrait entrainer.

Cette novella, en fait, se situe à la frontière des genres et confronte « l’ancien » avec le « nouveau » faute de meilleurs termes. Armée de son bâton, Mari va combattre des créatures faites d’énergie électrique, envoyées par son mari pour l’emmener dans le réseau, tout en continuant son pèlerinage avec un certain but en tête, but qu’on découvrira lors de l’avant-dernier chapitre.
C’est surprenant, vraiment, ce que Roger Zelazny est parvenu à faire en mélangeant ainsi les codes et les attentes des genres. J’ai ressenti une certaine surprise tout en avançant dans ma lecture, sans jamais vraiment me douter d’où j’allais arriver à la fin.

Mon seul regret, c’est d’avoir attendu aussi longtemps pour découvrir ce texte. Alors ne faites pas comme moi et foncez découvrir cette novella.

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Le Choix – Paul J. McAuley

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Le Choix
est une novella de science-fiction écrite par Paul J. McAuley et parue dans la collection Une Heure Lumière du Bélial. Vous pourrez la trouver dans toutes les bonnes librairies au prix de 7.90 euros.

Un world-building solide…
Le monde a subi une hausse des températures drastique et une montée des eaux dramatique. Une chance pour l’humanité, des aliens ont pointé le bout de leur nez en apportant avec eux une technologie capable de nettoyer la planète, effaçant ainsi les erreurs humaines. En plus de cela, ils ont mis en place des portails entre plusieurs autres mondes, ce qui permet le contact avec d’autres espèces sentientes mais non humaines.

Ce principe apparait en toile de fond du texte et n’est exploité que par les rêves de Damian. Damian, c’est le fils d’un éleveur de crevette à la main rude mais c’est également le meilleur ami de Lucas. Lucas est aussi fils unique au sein d’une structure monoparentale sauf que lui, c’est de sa mère malade dont il doit s’occuper. Une mère activiste écologique qui trouve que traiter avec ces aliens est une belle erreur. Damian espère un jour se tirer de ce trou perdu anglais mais il ne peut pas s’engager à l’armée avant d’avoir dix-huit ans, sauf accord parental. Hélas, jamais son père ne se privera d’une main d’œuvre gratuite, le jeune homme doit donc prendre son mal en patience et encaisser les coups comme les brimades…

… auquel ni les protagonistes ni l’intrigue ne sont sacrifiés.
Le Choix est narré à la troisième personne du point de vue de Lucas, que Damian convainc d’aller observer un Dragon échoué à plusieurs heures de bateau de chez eux. Ce Dragon est une technologie ou une créature amenée par les aliens pour justement nettoyer la Terre mais ce n’est jamais explicitement écrit. On le comprend au détour d’une phrase si bien que pendant un moment, je m’attendais presque à voir un dragon au sens classique du terme apparaître. Ce qui se déroulera une fois Lucas et Damian sur place changera leur vie à jamais, car ils vont devoir faire… un choix, justement.

Un choix avec de graves conséquences.

Paul J. McAuley signe ici un texte poignant qui met en scène une amitié compliquée entre deux jeunes garçons issus d’un milieu difficile, forcés de grandir trop vite à cause de leurs parents et du monde complexe dans lequel ils vivent. La psychologie des protagonistes est finement développée, ce qui peut paraître étonnant sur aussi peu de pages (96 à peine !) et avec un world-building aussi solide. Encore un auteur qui démontre qu’on peut écrire du format court sans sacrifier l’un ou l’autre aspect d’une histoire. Sans compter qu’il y parle aussi d’écologie, avec un postulat de départ qui n’est pas sans rappeler le monde dans lequel nous vivons… Sauf qu’aucune espèce extra-terrestre n’a l’air de vouloir nous dépanner. Pas de chance (pour nous).

À l’instar du Fini des mers de Gardner Dozois, je trouve qu’on ne parle pas assez de cette novella qui est pourtant une petite perle au sein de la collection Une Heure Lumière. J’ai ressenti beaucoup d’émotions à sa lecture et celle-ci m’a touchée d’une façon difficile à expliquer.

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À dos de crocodile – Greg Egan

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À dos de crocodile
est une novella hard sf écrite par l’auteur australien Greg Egan. Il s’agit du 30e texte à paraître dans la collection Une Heure Lumière du Bélial, traduit ici par Francis Lustman. Vous le trouverez dans toutes les bonnes librairies au prix de 8.90 euros au format papier ou directement sur le site de l’éditeur si le cœur vous en dit.

Décidément, on aura beaucoup parlé de Greg Egan cette année sur le blog ! Qui l’eut cru ? Au risque de radoter, j’étais très frileuse à la perspective de me lancer dans la lecture de ce géant de la hard-sf. Comme l’a déjà précisé Apophis, les textes de l’auteur sont inégaux en terme d’accessibilité et j’ai jusqu’ici eu la chance de tomber sur ceux à ma portée, raison pour laquelle je me fais un devoir de les chroniquer. J’espère ainsi que d’autres oseront sauter le pas et se prendront une claque.

Je précise avant d’aller plus loin que cette novella s’inscrit dans un cycle composé en tout de 3 textes courts et d’un roman. Je ne peux pas en dire davantage puisqu’ils n’ont pas encore été traduits, je l’ai appris en lisant les chroniques des blogpotes. Toutefois, il semble qu’À dos de crocodile soit compréhensible sans la lecture du reste. Peut-être est-ce le texte d’introduction ?

Du sense of wonder vertigineux…
Une des craintes / critiques que j’entends le plus souvent au sujet du format court consiste à affirmer que sur si peu de pages, il n’est pas possible de développer un univers digne d’intérêt. Dans À dos de crocodile, Greg Egan prouve le contraire avec maestria puisqu’en une nonantaine de pages, il construit un concept très solide qui donne très clairement le vertige.

Les personnages principaux se nomment Leila et Jasim. Ils vivent au sein de l’Amalgame, une sorte de méga civilisation qui regroupe plusieurs espèces (dont l’humaine ?). Au sein de cette société, il semble possible de vivre plusieurs milliers d’années, à moins que ça ne soit une caractéristique propre à l’espèce à laquelle appartiennent Leila et Jasim, espèce qui n’a pas toujours une forme incarnée, d’ailleurs. Cet aspect reste flou ou plutôt, libre d’interprétation. À moins qu’il ne soit développé dans les autres textes de l’auteur au sein de cet univers ? Apophis vous en parlera mieux que moi.

Toujours est-il qu’à côté de l’Amalgame, on trouve les Indifférents. Il s’agit d’un peuple dont on ne sait rien, pas même s’ils existent réellement. On suppose qu’ils vivent dans un certain espace puisque quand on y envoie une sonde pour tenter un contact, celle-ci est renvoyée immédiatement, sans sa mémoire. Le mystère autour d’eux est donc total.

Leïla et Jasim ont partagé plus de dix mille années de vie commune et envisagent de mourir. Sauf qu’avant, Leïla souhaite percer le mystère autour des Indifférents, ou du moins essayer. Commence alors pour le couple de très longues recherches. Quand je dis longues, ça se chiffre à nouveau en plusieurs centaines et même milliers d’années qu’ils vont passer tantôt conscients, tantôt en voyage d’un point à l’autre de leur espace galactique pour tenter de réaliser ce fameux contact.

Je ne vais pas mentir, il y a parfois eu des aspects techniques qui me sont restés totalement obscurs. Je comprenais les mots utilisés mais pas ce qu’ils représentaient ni leur sens réel. Toutefois, ça reste assez négligeable face à tous les thèmes abordés.

De la hard-sf ?
En règle générale, quand on parle de hard-sf, on s’attend à tomber sur un texte où les personnages sont peu développés au profit d’un concept scientifique bien précis. Ce n’est pas le cas ici et ça a été pour moi une belle surprise. Leïla et Jasim forment un couple en paix avec eux-mêmes et l’idée de mourir, qui se lance dans une dernière aventure pour ne pas avoir de regrets. Une aventure à laquelle ils réfléchissent, un but qui leur tombe dessus presque par accident et qui va finalement les occuper très longtemps. La poursuite de ce but ne se fait pas sans heurts puisque le couple ne verra pas toujours les choses de la même manière, ce qui entachera leur harmonie. Finalement, en essayant de communiquer avec les Indifférents, ils vont entacher leur propre communication. Les significations possibles de tout cela sont multiples et méritent qu’on y réfléchisse encore une fois le livre reposé.

Tout comme le choix final de l’auteur, qui consiste finalement à ne pas répondre clairement à la grande interrogation d’À dos de crocodile : qui sont les Indifférents ? Et quelle est la signification de ces « mille spectacles » vus par Leïla ? Pourquoi par elle et pas par Jasim ou celui qui a décidé de les suivre ensuite ? On ne peut qu’imaginer d’hypothétiques réponses et, sur un plan personnel, j’apprécie les textes qui me donnent envie de réfléchir sur eux, d’échafauder des théories, des textes qui restent même après la dernière page tournée.

La conclusion de l’ombre :
Si À dos de crocodile reste un Egan accessible, il est certain que le commun des mortels ou les non-initiés à la hard-sf n’en comprendront pas tous les aspects techniques. Cela ne les empêchera pas de s’émerveiller (normalement !) devant le sense of wonder extraordinaire mit en place par l’auteur australien ni d’être touché par Leïla et Jasim. Une hard-sf où le psychologique a sa place, je dis oui !

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#S4F3s7 : 15e lecture

Un château sous la mer – Greg Egan

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Un château sous la mer
est une nouvelle de (hard ?) science-fiction parue dans le hors série n°4 de la collection Une Heure Lumière du Bélial, pour l’année 2021. Elle a été traduite par l’incontournable FeydRautha du blog l’Épaule d’Orion.

Je précise que, contrairement aux autres hors-séries, celui-ci ne s’accompagne pas d’une interview destinée à mettre en avant l’un ou l’autre aspect de la chaîne du livre. Il contient par contre un catalogue complet de la collection en fin d’ouvrage, catalogue qui s’épaissit de plus en plus !

C’est la troisième fois que je parle de cet auteur sur le blog : d’abord avec Cérès et Vesta, sa première contribution à la collection Une Heure Lumière, puis avec sa nouvelle la Fièvre de Steve, parue dans le 101e Bifrost. Par deux fois, l’auteur qualifié d’incontournable par Olivier Girard dans la préface de ce hors-série a su me surprendre (dans le bon sens du terme) malgré mes appréhensions. Vous le savez, je débute en science-fiction et encore plus en hard sf. Je ressens toujours une pointe d’angoisse quand je commence un texte, même court, d’un monument comme Greg Egan parce que je crains tout simplement de passer à côté ou de ne pas tout comprendre, comme ce fut par exemple le cas pour Eriophora de Peter Watts.

Pourtant, Un château sous la mer est une nouvelle d’une petite cinquantaine de pages tout à fait accessible. Le postulat de départ est le suivant : quatre frères, prénommés Rufus, Linus, Caïus et Silus, sont nés et ont grandi une partie de leur vie à bord du Physalia, un navire qui rassemblait une sorte de secte, dont le but était de créer des individus dotés d’un esprit collectif (on parle de ruche) dans le but de développer les connaissances nécessaires à une conquête extraterrestre. Évidemment, ça ne plaisait pas à tout le monde. Les autorités ont donc démantelé la secte et le bateau, puis ont placé les enfants prodiges. On est ici en plein transhumanisme (pour rappel : le transhumanise consiste à dépasser l’humain, à le transformer pour le rendre supérieur à celui qui existe actuellement).

Le lecteur rencontre les quatre frères alors qu’ils sont adultes et avancent dans leur vie. Enfin… presque. Car Linus manque à l’appel. Lui qui vivait une existence en dilettante quelque part en Australie a soudainement coupé tout contact avec ses frères, contact quotidien qu’ils entretenaient par voie mentale en se partageant leur journée. Ce simple aspect se révèle très riche en conséquences puisque je n’ai pas pu m’empêcher de m’interroger sur le quotidien de ces frères depuis toutes ces années, la façon dont a pu se dérouler leur adolescence, sur leur intimité, sur la manière dont ils existent indépendamment les uns des autres malgré leurs esprits reliés…

Et c’est un peu la question que pose la nouvelle en toile de fond. Je ne savais pas trop où Egan voulait en venir à mesure que j’avançais dans ma lecture et la fin ne m’a pas plus éclairée que ça. Un gros point d’interrogation demeure et je pense que c’est un choix de l’auteur que de laisser son lecteur face à sa propre compréhension, sa propre interprétation. J’ignore si j’ai bien compris ce que j’ai lu, en tout cas j’ai apprécié le voyage qui m’a donné envie d’enchaîner avec À dos de crocodile, publié au même moment par le Bélial.

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Retour sur Titan – Stephen Baxter

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Retour sur Titan
est une novella de hard-sf écrite par l’auteur anglais Stephen Baxter. Publié par Le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte au prix de 9.90 euros partout en librairie ou encore sur leur site Internet.

Avant-propos.
Je n’ai pas toujours connu d’heureuses expériences avec des textes de hard-sf et ce malgré le très bon guide d’Apophis sur le sujet. Le souci principal que j’ai avec ce genre, c’est que j’ai régulièrement l’impression que les personnages n’ont pas grand intérêt et que l’intrigue n’a pas besoin d’être très travaillée pourvu que l’aspect scientifique et le fameux sense of wonder soit au rendez-vous. Je tombe peut-être dans les généralités mais en tout cas, c’est ainsi que je vois les choses et ça me rebute forcément car vu mes faibles connaissances, la science poussée me fascine un peu comme une forme de magie inaccessible, jolie à regarder, impossible à comprendre.

On ne va pas se mentir : Retour sur Titan ne brille pas d’originalité par son intrigue ni par la profondeur de ses personnages. Pourtant, la novella sort du lot et a su me séduire avec ce qui me bloque en général : son sense of wonder ! Elle méritait donc que je prenne le temps d’en parler sur le blog.

Deux informations supplémentaires avant d’aborder le texte en lui-même :
Premièrement, c’est la lecture du Bifrost consacré à Arthur C. Clarke qui m’a donné envie de découvrir Stephen Baxter car j’ai été séduite par son entretien. Je vous invite donc à y jeter un œil ! Deuxièmement, sachez que cette novella s’inscrit dans le cycle « Xeeles » du même auteur, publié par le Bélial mais n’a par contre aucun lien (si j’ai bien compris) avec le roman Titan, du même auteur… Je n’ai lu aucun de ces textes précités et cela n’a pas entaché ma compréhension du contenu ni mon plaisir de lecture.

De quoi ça parle ?
3685, l’humanité est partie depuis longtemps à la conquête des merveilles de l’univers et ce en partie grâce à Harry Poole et à son fils, Michael, génies du développement technologique. Ceux-ci s’intéressent aujourd’hui à Titan, un satellite de Saturne globalement inexploré à cause de son environnement hostile. Mais il en faut plus aux Poole pour renoncer…

Une hard-sf accessible.
Beaucoup de lecteurices (dont je fais régulièrement partie) craignent la hard-sf et son côté scientifique pointu qui empêche de s’immerger dans l’intrigue, en partie parce que celle-ci passe au second plan. Il y a des textes qui appartiennent à cette catégorie et sont destinés à un public initié qui aiment s’en prendre plein les yeux sans se préoccuper de la qualité du développement des personnages ou de l’intrigue mais il y en a d’autres qui exploitent brillamment ces mêmes éléments scientifiques en les rendant compréhensible des novices, ce qui est le cas ici.

Cela est peut-être lié au narrateur, Jovik Emry, sorte de raté fils à papa qui occupe un poste administratif de surveillant planétaire (Gardien de la Sentience, ça claque comme titre non ?) et est enlevé par les Poole pour prendre part à cette expédition. Même si Jovik est un raté, il connait les procédures administratives qui permettront de rendre leur intrusion invisible aux yeux des autres Gardiens.
Mais pourquoi chercher à se rendre sur cette planète hostile ? Et bien les Poole aimeraient savoir si Titan abrite une vie sentiente afin de potentiellement l’exploiter et enfin rentabiliser l’espèce de passage dimensionnel qu’ils ont contribué à construire vers Saturne. S’ils trouvent de la sentience, tout est foutu. Mais si, par chance (pour eux) Titan en est dépourvue, alors…
C’est là le début de la (mes)aventure pour Emry, Michael, Bill et Miriam, la fine équipe envoyée sur place. On ne peut d’ailleurs pas dire que ces personnages brillent par leur amabilité ou leur originalité. Ils sont des fonctions, même Jovik qu’on suit pourtant dans une narration interne à la première personne. J’ai tout de même trouvé intéressant de rassembler plusieurs personnages corrompus et amoraux au sein de la même équipe. Déjà, ça change un peu puis ça donne au récit une dimension plutôt cynique quant à l’Humanité et j’aime bien ça moi, le cynisme.

Titan et ses merveilles.
Le texte s’attache surtout, comme je l’ai dit, à décrire Titan et tout ce qui s’y trouve. En lisant d’autres chroniques, j’ai appris que Stephen Baxter se basait sur les résultats de la mission spatiale Cassini-Huygens qui a exploré la vraie Titan. Je suppose donc que l’auteur a extrapolé tout son texte autour des découvertes réalisées dans ce cadre, notamment l’aspect vie autour du méthane, formes d’existence avec d’autres acides aminées que celles que nous connaissons et même autre que le carbone. C’est tellement bien monté (aux yeux d’une novice comme moi en tout cas) que j’avais vraiment le sentiment que tout cela existait bel et bien et que Stephen Baxter nous racontait ce qu’il avait pu voir de ses yeux. Son écriture m’a parue puissante et évocatrice tout en restant didactique, pédagogique. Cela, en partie grâce au narrateur qui n’est PAS un scientifique et pour qui les autres vulgarisent au moins un peu.

À ce stade, on pourrait craindre un rythme plus lent et un aspect contemplatif mais ce n’est pas le cas. L’action est au rendez-vous tout comme la tension narrative de savoir si les personnages vont tenir deux semaines sur Titan ou non. Quant à l’épilogue, il m’a mis une grosse claque. Je pense qu’on peut sans problème accoler l’adjectif « vertigineux » à cette novella.

La conclusion de l’ombre :
Retour sur Titan est une novella de hard-sf que je juge accessible aux novices (dont je fais partie). ELle s’axe sur la découverte du satellite avec tout ce que ça implique comme apports scientifiques. Les personnages existent surtout pour leur fonction et l’intrigue reste classique, pourtant l’ensemble fonctionne car l’auteur nous en met plein les yeux avec un sense of wonder de folie.  Vertigineux ! Je recommande.

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#S4F3s7 : 5e lecture

Le fini des mers – Gardner Dozois

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Le fini des mers
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur américain Gardner Dozois. Publiée dans la collection UHL (Une Heure Lumière) du Bélial avec une traduction de Pierre-Paul Durastanti, vous trouverez ce texte partout en librairie ou sur le site de l’éditeur au prix de 8.90 euros. 

De quoi ça parle ?
Un jour, en même temps que les premières neiges, quatre vaisseaux extra-terrestres débarquent sur Terre. Trois se posent aux États-Unis, un quatrième au Venezuela. Évidemment, c’est la panique.
Au même moment, le jeune Tommy joue et traine sur le chemin de l’école, peu motivé à retrouver la désagréable Mlle Frédéricks qui semble avoir une dent contre lui…

Un texte incompris.
C’est Apophis le premier qui l’a souligné dans sa chronique (que je vous encourage à lire) : Le fini des mers est une novella qui se vend très mal dans sa version originale et qui semble déplaire à une bonne partie de la blogosphère. En collectant les articles des blogpotes pour les référencer à la fin de ce billet, j’ai pu remarquer que beaucoup sont passés à côté (selon leurs propres mots) ou n’ont pas apprécié le pessimisme qui se dégage des lignes de Dozois. Ce n’est pas mon cas et ce même si j’ai lu le texte en plusieurs fois (les aléas de la vie) et que j’ai été assez déconcertée, au départ, par sa construction. Une fois cet UHL refermé, je me suis dit qu’il appartient sans conteste à la catégorie de textes à relire et à prendre en exemple. Il compte désormais également parmi mes préférés de la collection.

Deux lignes narratives pour un texte surprenant.
La novella s’ouvre sur ce fameux début d’invasion. Quatre vaisseaux extra-terrestres se posent : un dans une vallée du Delaware, un dans l’Ohio, un dans le Colorado et un dernier au Venezuela. Certains atterrissages ont de nombreux témoins, si bien que la première impulsion du gouvernement de garder cela secret devient rapidement impossible et ce malgré les mesures assez violentes prises par les forces armées. Ces parties sont très descriptives et possèdent un ton un brin condescendant (que je trouve personnellement plaisant) saupoudré de cynisme car elles décrivent de quelle manière probable le gouvernement gèrerait une crise comme celle-là. C’est-à-dire de manière bourrine et inadaptée. Je n’ai aucun mal à croire que ça se passerait presque exactement comme le raconte Gardner Dozois et ce même si son texte date de 1973. En cela, il a extrêmement bien vieilli et aurait pu être écrit hier sans qu’on ne voit la différence.

Dans ces parties, le lecteur rencontre également les Intelligences Artificielles qui développent une forme de conscience et d’existence en parallèle de l’humanité, sans pour autant aspirer à une révolte quelconque (et en prenant soin de ne pas informer leurs « maîtres humains » de cet état). Ce sont elles qui, en premier, parviendront à dialoguer avec ces visiteurs (venus d’ailleuuuurs) et découvriront une information plus que surprenante… 

La seconde ligne narrative invite le lecteur à suivre Tommy, un jeune garçon qui vit sous le toit d’un père violent et d’une mère passive / dépressive dans un climat de peur et d’angoisse permanente. À l’école, la situation ne vaut guère mieux puisque son professeur semble s’acharner sur lui à cause de ses retards et de son refus de faire signer les feuilles qui y sont liés (ce qu’on comprend aisément vu sa situation familiale). Elle s’obstine donc à l’envoyer chez le psychologue scolaire, qui ne brille pas spécialement par sa compétence professionnelle. J’ai ressenti beaucoup d’empathie pour ce petit garçon qui existe en quelque sorte en dehors de nos normes sociales, auquel on colle une étiquette de « différent » comme si cela avait un sens quelconque ou pire, que c’était problématique ! 
Heureusement, Tommy possède un don spécial car il est capable de voir « les Autres » qu’on peut assimiler au Petit Peuple, aux fées, aux créatures tirées de ce folklore que tous les enfants peuvent voir jusqu’à un certain âge avant de les oublier. Mais pas Tommy. Il est capable de dialoguer avec elles en se rendant dans un Lieu (avec une majuscule !) adéquat. Sauf que, depuis l’arrivée des vaisseaux, les Autres se comportent étrangement…

A priori, ces deux lignes narratives n’ont rien en commun, et pourtant… Apophis livre dans sa chronique une analyse très fine des possibilités d’interprétation, que je vous invite à découvrir avant et après votre lecture car ça ouvre des pistes de réflexion passionnantes. Je ne me permettrais pas de reprendre son travail, je vais plutôt conclure par l’effet que m’a procuré cette lecture car c’est a priori pour cela que vous passez par ici.

Le fini des mers m’a d’abord laissée perplexe puis m’a petit à petit attrapé dans ses filets, proposant une dose de cynisme dans laquelle je me retrouve totalement en parallèle de l’histoire touchante d’un enfant à la situation familiale difficile et à l’imagination (vraiment ?) débordante. Je trouve que ce texte transmet de nombreuses émotions (parfois sombres je l’admets) et est une belle métaphore sur les difficultés de la communication ainsi que sur les conséquences de cet échec de communication, non seulement sur un plan mondial (vis à vis des extra-terrestres) mais aussi sur un plan très humain (vis à vis de Tommy à l’école ou avec ses parents). Ces 112 pages sont d’une richesse incroyable et j’espère sincèrement que cet UHL connaitra un succès plus grand dans sa version française que dans sa version originale. 

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#S4F3s7 : 2e lecture

Toutes les saveurs – Ken Liu

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Toutes les saveurs
est une novella écrite par l’auteur sino-américain Ken Liu. Publié dans sa version française au Bélial au sein de la collection Une Heure Lumière (traduction par Pierre-Paul Durastanti), vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 9.90 euros ou sur le site de l’éditeur.

Ce n’est pas la première fois que je lis Ken Liu, encore moins dans la collection UHL. Je l’ai découvert avec le Regard, une nouvelle de science-fiction qui avait manqué de force pour moi, surtout que j’attendais beaucoup de l’auteur vu les nombreux éloges à son égard. J’ai ensuite dévoré l’Homme qui mit fin à l’histoire et comprit pour quelle raison la blogosphère encense tellement cet auteur. Cette novella a été un coup de cœur magistral que je continue de recommander chaudement.

Un partout, donc ! Qu’en est-il de ce texte particulier ? Va-t-il faire pencher la balance en faveur de Ken Liu ? Et bien si on peut dire quelque chose au sujet de cet auteur, c’est qu’il n’écrit pas deux textes identiques et aime varier les genres… D’ailleurs, si vous avez envie d’en apprendre plus à son sujet, je vous recommande d’écouter la rencontre organisée par Le Bélial avec lui. Je trouve qu’elle complète extrêmement bien la lecture de Toutes les saveurs et qu’elle donne un éclairage supplémentaire sur l’œuvre de ce talentueux écrivain.

Un étonnant mélange des genres.
Toutes les saveurs se déroule pendant la période de conquête de l’ouest américain, à Idaho City. Lily est une jeune fille très intriguée par les prospecteurs chinois qui vivent entre eux, s’entassent dans d’étroites habitations et cuisinent des plats à l’odeur totalement nouvelle pour ses narines. Elle se lie d’amitié avec l’un d’entre eux, Lao Guan, qui va lui apprendre quelques morceaux de sa culture notamment le jeu du wei qi ainsi que les récits du dieu de la guerre Guan Yu.

Ce sont ces récits qui apportent à Toutes les saveurs une touche surnaturelle ou plutôt, mystique. Le lecteur s’enfonce dans le mystère sans savoir ce qui tient de la réalité ou de la légende fantaisiste. C’est l’occasion de découvrir cette Chine impériale dont on ne connait généralement pas grand chose et de revenir sur une période assez nébuleuse (pour moi du moins) de l’histoire américaine. Comme tout le monde, j’ai entendu parler de cette fameuse conquête de l’ouest pour l’avoir vue dans de nombreux films ou dessins animés (j’ai grandi avec Lucky Luke donc voilà, j’assume mes références foireuses) mais je ne me rendais pas bien compte que la place du peuple chinois y avait été si importante et à quel point ils avaient été exploités dans la construction du chemin de fer. Une fois de plus, Ken Liu instruit son lecteur sur un morceau peu connu de l’Histoire et s’en sert efficacement au sein d’une fiction qu’on dévore. C’est moins « coup de poing » que dans l’Homme qui mit fin à l’histoire mais ça reste joliment maîtrisé.

En 128 pages, Ken Liu parvient à brosser efficacement une histoire qui parle d’Histoire avec un grand H mais aussi d’immigration, d’intégration, d’identité culturelle et de mélange des cultures, des thèmes qui sont très actuels encore aujourd’hui et dans lesquels on se retrouve aisément. J’ai passé un excellent moment de lecture et je vous recommande ce texte.

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#S4F3s7 : 1ere lecture.

Retour à n’dau – Kij Johnson

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Retour à n’dau
est une novella écrite par l’autrice américaine Kij Johnson. Elle figure dans le Hors-série Une Heure Lumière 2020 du Bélial que vous pouvez obtenir gratuitement à l’achat de deux titres de la collection. Attention, les quantités sont limitées donc n’attendez plus !

Je précise que ce hors-série contient davantage que la novella. Comme chaque fois, il s’ouvre sur un petit mot d’Olivier Girard (le grand chef du Bélial, pour ceux qui l’ignorent 🙂 ) qui passe ensuite la parole aux traducteurs et aux traductrices de la collection UHL en leur demandant quel est leur rapport au format novella et quelles difficultés ils ont pu rencontrer dans la traduction de ce type de texte. J’ai trouvé ce dossier passionnant au point de lui consacrer un article réflexion qui arrivera bientôt sur le blog. Je ne vais donc pas m’étendre dessus ici.

Retour à n’dau est une novella que je peine à classer au sein d’un genre littéraire donc je vais laisser de plus érudits que moi s’en charger (coucou Apophis). L’intrigue se déroule sur une autre planète, nommée Ping. Son climat particulier oblige les gens à se déplacer en même temps que la planète tourne sur elle-même (si j’ai bien compris) au risque de mourir brûlé par le soleil. Comme les différents peuples sont en constant mouvement, la famille Winden au sein de laquelle vit Katia, la narratrice, ne connait pas grand chose des potentielles autres cultures. Ils vivent en group restreint à une famille, élèvent des chevaux et des chiens, sont nomades… Cela m’a directement évoqué, dans mon imaginaire, une tribu amérindienne mais j’ai lu sur d’autres chroniques qu’on effectuait plutôt un parallèle avec l’Asie, surtout la Mongolie. Je suppose que ça dépend de nos références.

Un jour, des étrangers arrivent pour s’emparer des chevaux de Katia et de son savoir de guérisseuse. Toute sa famille est tuée, sauf elle et sa nièce, qui deviennent prisonnières de ces envoyés d’un Empereur dont elles n’ont jamais entendu parler. L’Empire en question compte beaucoup sur les chevaux qui font partie intégrante de leur style de vie mais un mystérieux mal les ronge, les tue, mal qui semble épargner les chevaux de Katia.

C’est la première fois que je lis un texte de cette autrice et il m’a déconcerté -dans le bon sens. Je ne m’attendais pas aux évènements narrés tout comme je n’ai pas pu anticiper la fin. En peu de pages, l’autrice aborde des thèmes forts avec finesse et intelligence : comment se reconstruire après un drame ? Comment réadapter une société entière quand la base de sa culture disparait ? Remplacez les chevaux pour l’outil informatique par exemple et vous obtenez une très belle métaphore. C’est poétique, efficace, un vrai plaisir.

D’autres avis : Le culte d’ApophisAlbédoCélindanaéNevertwhereLa bibliothèque d’Aelinel – vous ?

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Acadie – Dave Hutchinson

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Acadie
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur anglais Dave Hutchinson. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous le trouverez partout en librairie au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Duke est le Président malgré lui de la Colonie, une constellation d’habitats qui se cachent des autorités terriennes. La faute à Isabelle Potter, généticienne de génie qui a contrarié les mauvaises personnes. S’ils réussissent à passer entre les mailles du filet pendant cinq cents ans, la rancune de la Terre est tenace. Alors quand une sonde pénètre dans leur système, c’est le branlebas de combat.

Duke la malchance
Duke est le narrateur de cette histoire en plus d’être un personnage vraiment attachant. Il a du fuir la Terre un siècle plus tôt où il exerçait la profession d’avocat, ce après avoir révélé certaines malversations du client qu’il était supposée défendre. Son coup d’éclat a attiré sur lui l’attention de Connie, qui travaille pour Isabelle Potter.

Isabelle Potter est une généticienne de génie qui a eu le malheur de manipuler le génome humain alors même que de strictes lois le lui interdisait. Poursuivie comme une criminelle, elle s’est enfuie avec l’aide de plusieurs de ses anciens étudiants pour fonder cette colonie qu’elle espérait hors de portée de l’Agence. Le souci ? Pour couvrir sa fuite, elle a plus ou moins pris en otage un vaisseau colon où se trouvaient quarante milles individus en stase, individus avec lesquels elle a fondé sa propre colonie pour ceux qui le souhaitaient, renvoyant les autres chez eux.

Pour en revenir à Duke, il a rejoint bon gré mal gré cette Colonie et s’y plaisait plutôt bien jusqu’à ce qu’on l’élise à la Présidence. En effet, dans cette société un brin loufoque, on prend soin d’élire les personnes qui souhaitent le moins obtenir le pouvoir politique. En règle générale, les moins motivés mènent une campagne acharnée pour être disqualifié d’office mais cette fois là, Duke a un peu négligé l’histoire et le voilà à devoir gérer cette sonde qui débarque soudain dans leur système.

Duke n’a rien d’un génie, contrairement à la plupart des personnes qu’il fréquente sur la Colonie. C’est intéressant que l’histoire se déroule justement de son point de vue, celui d’un homme lambda qui n’a plus ou moins rien demandé à personne. Dave Hutchinson met si bien en place son personnage que les révélations finales sont complètement imprévisibles. Tout fonctionne parfaitement bien pour entretenir l’intérêt du lecteur jusqu’au bout.

Une science-fiction transhumaniste.
Pour celles et ceux qui l’ignorent, le transhumanisme est un courant de pensée qui dit que l’humain pourrait être amélioré grâce à la science, que ce soit sur un plan physique ou intellectuel. Je le précise parce que j’ai moi-même du chercher ce terme il y a un moment à force de le voir apparaître dans des chroniques et je me dis que ce n’est pas spécialement inutile. Bref, pour revenir au transhumanisme, ce texte s’inscrit très clairement dans cette vague puisqu’il est question de manipulation génétique et d’améliorations. Dave Hutchinson en parle à la fois d’un ton presque comique (les Écrivains -comme sont nommés ces généticiens- qui se modifient au point d’incarner des races de fantasy) qui gagne en sérieux à mesure que les révélations de l’intrigue s’enchaînent, jusqu’à un final glaçant et imprévisible. Je ne peux pas en dire davantage sans divulgâcher l’intrigue. Je me dois toutefois de préciser que la fin a fait passer ce texte de « moui c’est sympa » à « bin mince alors c’est dingue ! ». Donc laissez vous porter jusqu’au bout.

La conclusion de l’ombre :
Acadie est une novella de science-fiction transhumaniste au narrateur attachant et à l’intrigue maîtrisée. En peu de pages, l’auteur parvient à questionner pas mal d’éléments reliés au prisme du transhumanisme jusqu’à proposer un final inattendu. Encore un texte remarquable dans la collection une heure lumière du Bélial !

D’autres avis : Le culte d’ApophisFeydRautha – Gromovar – Les lectures du Maki – Célindanaé – Dionysos – Yuyine – Nevertwhere – Chien CritiqueLes chroniques du Chroniqueur – vous ?

Maki

Cookie Monster – Vernor Vinge

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Cookie Monster est une novella de science-fiction écrite par l’auteur américain Vernor Vinge. Publié par le Bélial dans la collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie (ou sur leur site Internet) au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Dixie Mae commence un nouveau job au service client d’une grande société très portée sur la haute technologie : LotsaTech. Lors de son premier jour, elle reçoit un message mystérieux qui lui est personnellement destiné et contient sur elle des informations que personne n’est supposé connaître. Dixie Mae se lance donc à la recherche de son émetteur…

Pour parler de ce texte correctement et en suscitant un minimum d’intérêt, ma chronique va contenir des éléments de l’intrigue. Attention donc si vous comptez la lire, vous êtes prévenu(e)s.

Les dérives de la technologie.
Le texte de Vernor Vinge commence de manière assez classique : une jeune femme enchaîne les boulots un peu pourris et se voit offrir une chance sans précédent d’entrer dans une grosse boîte. Au service client, d’accord, mais tout de même. Après six jours de formation, elle saute enfin dans le grand bain et reçoit alors un message surprenant qui lui révèle sur elle-même des secrets que personne ne peut connaître. Très agacée, Dixie Mae va mener l’enquête en suivant des indices relevés dans le message, accompagnée par l’antipathique Victor et rejointe ensuite par d’autres personnages.

La manière dont débute ce texte court m’a semblé un peu tiré par les cheveux. Dixie Mae va chercher assez loin les indices au sein du message, l’ensemble parait de prime abord un peu gros et sa réaction disproportionnée. Sur une petite centaine de pages, l’intrigue en elle-même n’est pas renversante mais le propos derrière rattrape largement cela. On se rend compte que l’homme qui les a engagé et qui leur a fait passer des tests psychologiques a réussi à mettre au point la numérisation des personnalités (et donc des compétences intellectuelles qui vont avec). Cela lui permet d’avancer à pas de géants dans ses différentes recherches puisque le temps ne s’écoule pas de la même manière dans cette réalité numérique que dans notre réalité standard. Il a commencé par numériser son doctorant le plus prometteur et a construit autour de lui une réalité virtuelle alternative qui donne à sa victime le sentiment de travailler sur un projet top secret alors que ce n’est pas du tout le cas. Le jeune homme n’a aucun souvenir de sa numérisation et se croit toujours « vivant » à l’instar de Dixie Mae. Une fois qu’il a terminé en résolvant le problème posé, il est tout simplement « reboot ». Forcément, ils vont finir par s’en rendre compte mais réussiront-ils à y changer quoi que ce soit ?

De la hard sf.
C’est donc un propos assez effrayant et une dérive qui fait froid dans le dos que propose l’auteur. Elle y trouve plusieurs applications : Dixie Mae va rencontrer un groupe d’étudiants qui corrige les copies du professeur en question et ont donc une boucle de quelques heures. Au service client, on les reboot après chaque première journée pour que leur motivation reste intacte. Et, ayant travaillé dans un service client pendant quelques mois, l’idée en elle-même fait complètement sens. Dans un autre projet classé top secret, on les reboot environ tous les trois mois. Notez que ces laps de temps ne signifient rien au fond puisqu’il s’agit d’une réalité virtuelle alternative. En temps standard, une année s’est écoulée, voir un peu plus, pour les plus anciens présents. Mais vu le nombre de reboots, ils ont pu faire avancer les recherches du professeur de plusieurs siècles. Et cet aspect-là, cette dérive-là, je n’ai eu aucun mal à y croire. Je suis même persuadée qu’on finira par la vivre un jour.

Malheureusement, si le fond est solide, la forme m’a moins convaincue d’autant que je débute en Hard SF et j’ai parfois eu l’impression d’assister à une discussion scientifique dont je ne possédais pas les clés de compréhension, surtout dans les dialogues entre les deux Ellen. Ça a été assez perturbant de me sentir mise à l’écart du texte que j’étais en train de lire. Cela ne m’a pas empêché de comprendre l’ensemble mais j’ai ressenti une certaine frustration tout de même. Soyez donc avertis avant de vous lancer dans cette novella !

La conclusion de l’ombre : 
Dans Cookie Monster, Vernor Vinge propose une réflexion pertinente et effrayante sur la problématique de la copie numérique d’un individu. Pour une novice en Hard SF, certains éléments me sont passés totalement au-dessus ce qui ne m’a pas empêché de lire cette novella d’une centaine de pages presque d’une traite et d’avoir apprécié ma découverte. Une belle pioche qui s’inscrit dans la continuité qualitative de la collection Une Heure Lumière mais qui m’a moins provoqué cet effet « wahou » lié à d’autres titres.

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Maki