Wyld #2 Rose de sang – Nicholas Eames

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Rose de sang
est le second volume de la saga Wyld écrite par l’auteur canadien Nicholas Eames. Édité par Bragelonne, vous trouverez ce volume au prix de 18.9 euros.

Souvenez-vous, je vous ai parlé du premier tome intitulé La mort ou la gloire, qui avait été un gros coup de cœur. C’est donc avec enthousiasme quoi qu’un peu d’appréhension que je me suis jetée sur cette suite car malgré les affirmations de la blogosphère, j’avais du mal à concevoir que Rose de sang puisse être meilleur que son prédécesseur. Voyons ensemble ce qu’il en est.

Tam Hashford est serveuse dans une taverne réputée qui accueille bon nombre de roquebandes. Sauf qu’elle a envie de faire autre chose de sa vie que de servir des verres. L’occasion se présente quand Fable arrive en ville et annonce chercher un nouveau barde. C’est le début d’une aventure mortelle, dans tous les sens du terme.

Six ans après que Saga ait vaincu la Horde de Lastleaf, une nouvelle horde se rassemble et menace l’humanité. Pourtant, Fable se rend complètement à l’opposé de sa position afin de remplir un mystérieux contrat. La première partie du roman est donc consacrée à la fin de la tournée du groupe, à ses combats dans des arènes et aux réactions des autres mercenaires qui n’hésitent pas une seconde à les accuser de fuir leurs responsabilités. Le premier tiers du roman m’a moins enthousiasmée que dans le premier opus. J’y ai parfois trouvé quelques longueurs et si je n’avais pas apprécié le personnage de Tam, j’aurai été franchement déçue par cette approche initiale. L’intrigue reste assez classique et on devine sans trop de difficultés certains ressorts narratifs aussi évidents qu’un éléphant dans un couloir. Au point qu’on se demande si la meneuse de Fable utilise parfois son cerveau.

Rose, la meneuse en question, est la fille de Gabe le Magnifique, légendaire dirigeant de Saga et point clé de l’intrigue du premier tome puisqu’il s’agissait de la sortir d’une ville assiégée par la Horde. Si je l’appréciais dans ce premier opus, elle m’a le plus souvent gonflée dans celui-ci en partie pour son comportement envers Nuage Libre mais aussi envers Wren (sa fille). J’ai du mal à concevoir qu’elle puisse inspirer des sentiments aussi forts aux autres membres du groupe que j’ai pour ma part trouvés bien plus intéressants. Voyez plutôt : Nuage Libre est l’un des derniers druines (humanoïde avec des oreilles de lapin) de Grandual. C’est la force tranquille du groupe et sa faiblesse, c’est l’amour qu’il porte à Rose. Cura est une sorcière d’encre au passé très sombre, qui a subi de nombreux traumatismes et a tatoué ses cauchemars sur sa peau afin de pouvoir les invoquer pour se battre. J’ai toujours eu un faible pour les personnages brisés et je l’ai vraiment adorée car je la trouvais plutôt crédible. Brune est une sorte de chaman capable de se changer en animal et exilé loin de sa tribu. Une partie du roman, en terme d’intrigue secondaire, va d’ailleurs tourner autour de lui. C’est un personnage qui inspire la sympathie mais pas autant que Roderick, le manager qui est un satyre forcé de se dissimuler aux yeux des humains pour ne pas subir de racisme. Je l’ai trouvé souvent drôle, un peu con par moment mais sa présence apporte réellement quelque chose. Je regrette de ne pas le voir représenté sur la couverture puisque, à mon sens, il appartient totalement à Fable.

À travers ma description des personnages, vous aurez probablement noté quelques uns des thèmes abordés par Nicholas Eames. Comme dans le premier volume, il interroge son lecteur sur la notion de monstre. Il est courant et même habituel dans les romans de fantasy d’avoir des humains qui chassent des créatures pour x raison. Ici, on a aussi le point de vue des créatures en question et je trouve ça plutôt intelligent de casser l’anthropocentrisme propre au genre. C’est l’un des points que j’ai le plus aimé. L’autre étant l’aspect représentation. Le personnage narrateur est une femme et même une femme lesbienne, point qui est par moment abordé avec son père et son oncle. Ce n’est pas à proprement parler un élément central du récit mais il a quand même sa place, sans casser l’équilibre de l’intrigue.

Une intrigue, comme je l’ai dit plus haut, qui a par moment des ressors assez évidents mais n’en perd pas son intérêt pour la cause. Cette suite de Wyld est, à l’image du premier tome, un véritable page-turner qui gagne en puissance jusqu’à sa conclusion. En fait, ç’aurait été un coup de cœur sans la toute dernière page. Pour les explications, surlignez le texte suivant :
J’ai trouvé l’épilogue plutôt intéressant même si je ne m’attendais pas à ce que Brune survive. Comme j’appréciais beaucoup la relation entre Tam et Cura, ça m’a fait plaisir de les imaginer ensemble. J’ai parfois un petit côté guimauve, que voulez-vous, ça arrive même aux meilleurs. Par contre, je n’ai pas du tout compris le choix de l’auteur quant à la survie de Rose qui se découvre finalement un instinct maternel. Franchement, ç’a m’a suprêmement agacée parce qu’au final, il n’y a que Nuage Libre qui périt et Rose va pouvoir profiter de ce que lui désirait (être parent) à cause d’une prise de conscience qui arrive (beaucoup) trop tard. Franchement, le roman aurait gagné à ce que cette page soit effacée. Enfin, c’est mon avis personnel bien évidemment mais ça m’énerve surtout parce que ça renvoie encore l’image de la femme forcément comblée par la maternité, peu importe ses sentiments antérieurs. Ça véhiculent des valeurs qui ne me plaisent pas.

Bref hormis ce point de détail, j’ai vraiment adoré me replonger dans l’univers de Wyld. La plume de Nicholas Eames est toujours plaisante avec cette touche d’humour (et le retour des Screaming Eagles, merci du nouveau fou rire(vous comprendrez en lisant, ça reste une punchline sublime) parfaitement dosée. Il fait partie des auteurs dont l’écriture m’enchante et dont le style est vraiment remarquable. Je lirai la suite avec grand plaisir même si elle n’est pas encore sortie en VO alors ça risque de prendre un moment.

Pour résumer, Rose de sang est une suite un peu en-dessous du premier tome à mon goût (question de feeling avec les personnages principalement) mais qu’on dévore quand même avec grand plaisir. Impossible d’arrêter de tourner les pages ! Nicholas Eames continue de développer son univers si riche et original en abordant des thématiques intéressantes comme la notion de qui est un monstre et qui ne l’est pas ou encore la quête identitaire qui reste certes classique dans un roman de fantasy mais qui n’a ici rien d’ennuyeux ou redondant. Je vous recommande très chaudement la lecture de cette saga !

Wyld #1 la mort ou la gloire – Nicholas Eames

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La mort ou la gloire
est le premier tome de la saga Wyld écrite par l’auteur canadien Nicholas Eames. En cours de publication chez Bragelonne, vous trouverez ce premier tome au prix de 18.9 euros.

Saga était le groupe de mercenaires le plus renommé et craint de ce côté-ci du Cœur de Wyld. Puis le temps a passé. Ils ont vieilli, ils ont grossi, ils se sont éloignés… Jusqu’au jour où Gabriel vient frapper à la porte de Clay pour lui demander son aide. Sa fille, Rose, est devenue mercenaire et elle est prisonnière d’une cité assiégée par une horde monstrueuse. Il n’y a que Saga pour réussir l’exploit de la sauver… L’heure est venue de reformer la bande.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : ce roman est un gros coup de cœur au point que j’ai étouffé mon esprit critique pendant ma lecture (quand je dis étouffé, il s’est saboté lui-même pour me laisser prendre mon pied avec ce livre tellement c’était bien!). Si on veut être honnête, après coup, on se rend compte que l’intrigue reste basique, que les héros s’en sortent toujours un peu trop biens et que certaines interventions hasardeuses frisent presque le deus ex machina. Pourtant… Merde, ça fonctionne. Ça fonctionne même super bien.

Rien que le concept de base est hyper original. Dans un univers de fantasy médiévale, les groupes de mercenaires sont semblables à des groupes de rock. On les appelle d’ailleurs les roquebandes et ils réalisent des tournées sous forme de missions périlleuses, en compagnie d’un barde pour créer des chansons sur leurs exploits. Ils ont même des managers ! Comme le dit B&N sur la quatrième de couverture, si je pouvais, j’irai au concert et j’achèterai le t-shirt. Quant au monde en lui-même, il est très référencé. Un lecteur averti dénichera des clins d’œil à des chansons célèbres, à l’histoire du rock (de la musique, globalement), même à Donjons et Dragons pour tout ce qui tient au bestiaire. Très honnêtement, il y a dans ce livre beaucoup de créatures que je ne connaissais pas et qui amènent cet aspect jeu de rôle plutôt savoureux pour les praticiens comme moi. Je crois que la palme revient quand même à la race druine dont je ne savais rien mais qui a un style de fou (des lapins humanoïdes considérés comme une espèce supérieure, franchement, c’est pas génial?!).

Non content de proposer multiplier les bonnes idées pour son background, Nicholas Eames raconte l’histoire de personnages… Vieux. La bande de Saga a fait son temps, ses membres se sont éparpillés dans différentes directions pour continuer leur petite vie, ils ont vieilli en 20 ans pour la plupart (à l’exception de l’un d’eux qui est resté pétrifié pendant tout ce temps… Pas cool quoi). Du coup, le lecteur n’est pas confronté à des mercenaires extraordinaires qui gèrent du début à la fin, débordent de séduction et de confiance en eux mais plutôt à une bande de vieux copains qui a eu de la chance de survivre jusque là et qui décide de rempiler non pas pour la gloire, mais pour la famille, pour l’amitié.

Ces deux valeurs traversent tout le texte. L’auteur met l’accent sur les liens entre les membres de la roquebande, leurs forces et leurs failles, c’est vraiment une histoire d’amitié masculine vraie et sincère, sans ambiguïté ni romance mal amenée (d’ailleurs il n’y en a pas sauf si on considère les sentiments de Clay pour sa femme). J’avais envie de le souligner parce que c’est vraiment ce que je souhaitais lire en ce moment, ça a provoqué une bouffée d’air frais. Je me suis régalée.  D’ailleurs, l’antagoniste principal prénommé Lastleaf n’est pas un grand méchant ordinaire qui veut bousiller le monde pour le plaisir. Il a longtemps été considéré comme un monstre par l’humanité et du coup considère les hommes comme des monstres à éradiquer. Même si on évolue du point de vue d’humains qui veulent sauver leur peau, les scènes où on comprend ses motivations sont intéressantes et apportent un autre angle de réflexion, une nouvelle vision. Les hordes monstrueuses ne sont pas au service d’un gars cruel qui en a uniquement après le pouvoir et son ego, ça change. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ce n’est pas non plus un monstriste (humaniste, monstriste… Non?) mais voilà, j’ai apprécié cette subtilité dans un genre souvent trop manichéen.

Clay Cooper est le narrateur de cette histoire. Toutefois, Nicholas Eames n’écrit pas à la première personne. Il braque sa caméra uniquement sur Clay mais à la troisième personne, ce qui donne des interactions et remarques assez savoureuses ainsi qu’une maîtrise de la plume qui surprend, surtout pour un premier texte. J’ai plus d’une fois ri de manière franche (les Screaming qui gueulent ça m’a achevée, c’était si bien balancé) et ça fait un bien fou. Les autres personnages ne sont pas en reste, le temps ne les épargne pas, ils sont tous très humains, un peu fantasques pour certains, on ne peut pas rester de marbre face à tout ce qu’ils traversent. Pour un premier roman, cet auteur s’en tire haut la main et la suite ne peut qu’être meilleur vu les ouvertures laissées par la fin.

Le seul reproche que j’ai peut-être à adresser à Wyld vient de la traduction. Et plus qu’un reproche, c’est plutôt une interrogation : pourquoi traduire certains noms de l’anglais et pas tous? Mon côté un peu carré a tiqué là-dessus. Certaines armes, certains lieux, certains surnoms apparaissent en langue anglaise mais pas les autres. J’aurai eu tendance à tout laisser en langue originale plutôt que de traduire à moitié, c’est vraiment dommage mais on ne va pas se mentir, ça reste un détail.

Pour résumer, Nicholas Eames signe un premier roman de light fantasy sous forme de page turner addictif et maîtrisé. Il mélange le groupe de mercenaires au groupe de rock dans un univers de fantasy médiévale bourré de références, d’humour et d’humanité, axé sur les valeurs de l’amitié et de la famille. Si l’intrigue reste classique, on le remarque à peine tant l’auteur parvient à nous embarquer dans son délire. J’ai adoré et je me réjouis que Bragelonne sorte la suite début de l’année prochaine ! Je vous recommande ce texte plus que chaudement. Voilà un nouvel auteur à suivre.