1999, derrière les lignes ennemies – Marianne Stern

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1999, derrière les lignes ennemies est la suite du roman 1993, l’échappée rouge, écrit par Marianne Stern et publié aux éditions Voy’el. Les deux tomes coûtent chacun 18 euros et sont classés en uchronie, à raison puisqu’il s’agit d’un roman historico-uchronique doublé d’un thriller militaire se déroulant pendant la guerre froide. (Spoiler alert: les dates exactes sont dans le titre !) Je remercie chaleureusement l’auteure pour m’avoir offert ce livre que j’ai adoré découvrir, même si j’ai mis un peu de temps pour me lancer dans sa lecture. Pas par manque d’envie, mais parce que je voulais le savourer au moment le plus opportun.

Dans ce second tome, nous retrouvons Anya Ackerman alias Juliette, pilote de chasse pour l’OTAN, ainsi que son mari, pilote également, Markus Petersen, alias Ehrgeiz. Installés depuis 1993 à la base finlandaise de Kauhava, ils se sont mariés, ont eu des jumelles et font face à de nouveaux ennuis. Au début du printemps, une patrouille des forces aériennes finlandaises (des forces neutres, précisons) disparaît des écrans après avoir dévié de leur trajectoire. Deux pilotes et deux wizzo (les navigateurs) sont présumés morts, la Russie accuse l’occident d’espionnage et la guerre froide risque fort de prendre un tour sensiblement plus brûlant. Surtout quand l’OTAN apprend qu’il y a deux survivants, qu’un russe haut-gradé bossant parfois pour eux est prêt à échanger contre son extradition vers les États-Unis, se sentant sur le point d’être découvert. Ce qu’Anya et Markus ont avoir là-dedans? Vous comprendrez en lisant le roman. Parallèlement à ces problèmes politiques, dans l’ancienne Berlin-Ouest abandonnée par les alliés, la révolte gronde et Lisa, cheffe d’un groupe révolutionnaire, se radicalise de plus en plus au point de perdre les pédales…

L’auteure nous entraine, comme pour le premier tome, dans une aventure aux points de vue multiple qui permettent de brasser énormément de sujets et de prendre l’ampleur réelle de ce qu’est la guerre. Nous avons Anya et Markus pour le côté militaire, avec tout ce que cela implique: le style de vie, la mentalité, l’importance supérieure de la mission sur tout le reste, la discipline de fer, l’entraînement des recrues, les dangers inhérents à la condition de pilote, entre autres. Nous avons Lisa, pour le côté citoyen révolutionnaire qui se laisse prendre à son propre jeu, qui sombre dans le radicalisme et qui nous rappelle que ce n’est pas réservé à certains types de population. Vous n’imaginiez pas qu’une fille sans histoire, fleuriste dans son petit quartier de Berlin-Ouest, puisse poser des bombes? Et bien si, pour faire sauter des russes et essayer de renvoyer ces envahisseurs chez eux. Si j’ai aimé retrouver Anya et Markus, qui restent fidèles à eux-mêmes malgré leur relation de couple, j’ai aussi adoré découvrir Lisa. C’est un personnage féminin vraiment abouti à qui il manque une sacrée case, qui fait froid dans le dos mais qui sonne aussi très vrai. Que ferions-nous, dans des situations extrêmes, Saurions-nous cacher nos failles? Prendrions-nous les bonnes décisions? Nous battrons-nous, ou attendrons-nous que d’autres le fassent à notre place? 1999, à l’instar de 1993, est un roman profondément humain qui traite de la réalité de la guerre. Oui, il s’agit d’une uchronie, n’empêche… C’est extrêmement réaliste et immersif.

Et ce n’est pas réaliste uniquement dans le traitement des thèmes et des personnages. Ça l’est aussi sur le fond: on sent que l’auteure est passionnée par l’aviation mais également par l’armée. Quand Anya vole, j’ai l’impression de voler avec elle. Quand Markus se retrouve au milieu d’une opération des SEALs, j’ai l’impression d’y être moi aussi. Les armes, la hiérarchie, les protocoles de mission, c’est encore mieux qu’un film, parce qu’on le vit aux côtés des personnages. C’est presque magique ! L’Histoire est maîtrisée à la perfection, si bien que les écarts et le prolongement de cette Guerre Froide sonnent comme si c’était vraiment arrivé, comme si l’auteure nous racontait les déboires de personnes réelles, comme vous et moi. C’est à la fois perturbant et magistralement mené.

Si, contrairement à moi, vous n’êtes pas fasciné par l’armée ou même un peu familier du vocabulaire militaire, ce roman vous perturbera peut-être et vous paraîtra difficile à comprendre, même si tous les mots et abréviations sont notées en bas de page. Toutefois, ce n’est qu’un détail car si vous appréciez ce type d’ambiance, vous allez être servis. Ce thriller militaro-uchronique est une vraie réussite sur tous les plans et je me demande s’il y aura une suite car je me suis beaucoup attachée à ces personnages.

En bref, je vous recommande chaudement ce roman (ainsi que toute la bibliographie de Marianne Stern que vous pourrez découvrir dans le focus sur l’auteure) si vous aimez les thrillers militaires ou que vous avez envie d’en découvrir un, écrit par une française qui sait de quoi elle parle.

Focus – Marianne Stern

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Dans le cadre du Mois de l’Imaginaire, j’ai envie de vous présenter des auteurs francophones parfois trop peu connus, qui appartiennent à de petites maisons d’édition et qui valent, selon moi, vraiment la peine d’être lus. Trollée impitoyablement par facebook et persuadée que nous étions le jour de l’anniversaire de Marianne Stern, je me proposais de commencer par elle en guise de surprise… Il s’avère donc que je suis victime d’une odieuse manipulation mais ce n’est pas très grave, ça permet à l’auteure de rester fidèle à elle-même. Vous allez comprendrez en lisant… (Je précise, je le dis avec tout mon amour !)

Commençons par quelques éléments biographiques, tirés du site internet de son éditeur: Physicienne de formation, Marianne a changé de voie en cours de route pour rejoindre ses véritables passions, l’aviation et les machins volants. Lorsqu’elle a du temps à disposition, elle écrit, fait fumer ses guitares, ou écoute du heavy metal. Avide de lecture depuis toujours, elle collectionne chaque livre qu’elle dévore au point de ne plus savoir ou les entreposer. Sa prédilection va au fantastique, à la science-fiction, ainsi qu’à quelques thrillers militaires peu recommandables. Fascinée par les nuages, c’est bien souvent dans le ciel qu’elle puise son inspiration ; elle pilote d’ailleurs son propre vaisseau pour mieux s’en rapprocher.

Marianne est une passionnée de l’aviation et de l’armée, cela se ressent dans ses écrits. Outre le diptyque 1993 et 1999 (qu’on lira en « belge » parce que j’aime bien tendre le bâton pour me faire battre (private joke avec son impitoyable éditeur)) publié aux éditions Voy’el, une uchronie rondement menée sur la fin de la guerre froide où cela se ressent dès la 4e de couverture, on le remarque également assez vite dans sa saga des Mondes Mécaniques, avec laquelle j’ai pu la découvrir ! Mais faisons les choses dans l’ordre…

J’ai acheté Smog of Germania au Dormantastique de Juillet 2015, à la base pour l’offrir à mon compagnon. Enfin, je lui ai bien offert, il trône fièrement en me narguant dans sa bibliothèque (Ô supplice) mais j’en ai profité pour le lire au passage et j’ai été bluffée par ma lecture. Une divine noirceur au bout d’une plume, un univers steampunk étouffant qui prend aux tripes, des personnages sales qui s’animent dans une grotesque mascarade, ce fut mon coup de cœur de l’année 2015, aux côtés de la Geste des Exilés de Bettina Nordet (mais on y reviendra dans un autre focus). Frustration de devoir attendre mars 2017 pour lire la suite, à savoir Scents of Orient ! Quand je parle de suite, je m’avance peut-être un peu… L’avantage avec l’univers des Mondes Mécaniques, c’est que chaque tome peut se lire de manière plus ou moins indépendante. On comprend mieux certains détails en ayant lu Smog mais ce n’est pas non plus fondamentalement obligatoire. Donc, Scents, disais-je, partait mal… Il se déroule en Inde (pas mon pays préféré) et le personnage pour qui j’avais eu un coup de cœur monumental dans l’opus d’avant risquait de ne pas être présent. Heureusement, j’ai su apprécier la chaleur moite des Indes presque autant que le smog de Germania. J’y ai retrouvé tous les éléments qui me plaisaient dans le premier tome, avec une intrigue rondement menée, de l’action bien dosée, et des personnages tous attachants à leur manière. Et Maxwell, mon petit amour.

Marianne a également écrit les chroniques d’Oakwood, sorte de roman court à mi chemin avec le recueil de nouvelles. C’est une œuvre difficile à classer mais que j’ai adoré par son ambiance résolument gothique et fantastique. J’y ai retrouvé ce que j’aimais chez Marianne, à savoir son côté sadique et la manière dont elle met si bien en scène la noirceur humaine. Je lui ai découvert un côté poésie macabre bien plus marqué que dans Smog, ce qui a su me séduire et me convaincre que j’étais face à une auteure talentueuse qui sait s’illustrer dans plus d’un genre.

Par contre, si Marianne est très douée pour mettre en scène les hommes, elle l’est moins avec les femmes. En fait, la seule fille que j’apprécie vraiment chez elle, c’est Anya, la pilote qu’on retrouve dans l’Échappée Rouge (le fameux 1993). Ce n’est pas un défaut en soi, d’autant que la majorité des héroïnes de roman me tapent sur le système de toute façon. Mais ça vaut la peine d’être précisé, surtout si, comme moi, vous n’y voyez pas vraiment un point négatif. A chacun nos forces et nos faiblesses ! Et des forces, Marianne en a beaucoup. Outre son imagination retorse et cruelle (mais si, c’est une force !) elle dispose d’une plume personnelle, incisive et immersive. Elle nous atteint, nous touche, nous blesse en gravant au cœur sa marque indélébile. J’espère qu’elle laissera la même sur l’histoire littéraire de notre époque, car elle le mérite.

Notez aussi que, depuis mars de cette année, Marianne est également disponible en poche chez Hélios (Mnémos) avec Smog of Germania. Une manière de découvrir son univers, à petit prix ! Elle a également participé à deux anthologies que vous pouvez retrouver aux Éditions du Chat Noir et que je compte me procurer bientôt: Montres Enchantées et Bal Masqué, où elle côtoie d’autres auteurs talentueux.

En bref et si ce n’était pas encore assez clair, Marianne Stern compte parmi mes auteures favorites, je l’ai d’ailleurs déjà dit dans une interview, il y a quelques semaines (et comme j’ai tendance à le radoter souvent…). C’est quelqu’un que j’estime, elle est talentueuse et modeste, parce qu’elle n’a pas, je crois, conscience d’à quel point elle est douée. Si vous aimez le steampunk, les ambiances sombres, les complots aux intrigues tordues et les personnages masculins marquants, cette auteure est faite pour vous. Découvrez ses romans de toute urgence !

Je vous encourage à profiter de sa présence ce 7 octobre 2017 aux Halliénales pour aller à sa rencontre et plonger dans son univers, sur le stand des Éditions du Chat Noir !