La Croisade éternelle #2 la Prêtresse guerrière – Victor Fleury

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La Prêtresse guerrière
est le second tome (mais pas le dernier !) de la Croisade éternelle, une saga de fantasy écrite par l’auteur français Victor Fleury. Publié chez Bragelonne, vous trouverez ce tome au prix de 22 euros partout en librairie.
Je remercie l’auteur ainsi que les éditions Bragelonne pour ce service presse.

Avant-propos.
Comme il s’agit d’une suite et que le premier tome s’achève sur un retournement de situation aussi choquant qu’imprévu, cette chronique risque fort de contenir des éléments d’intrigue et donc de vous divulgâcher du contenu. J’ai eu beau essayer, je n’ai pas pu faire autrement histoire d’écrire un retour avec un peu de corps. Je vous invite donc à reporter votre lecture de ce billet à plus tard si vous ne voulez que rien ne vous soit dévoilé.

Toutefois, si cette saga vous intéresse, je vous invite à découvrir ma chronique du premier tome.

J’en profite également pour rappeler qu’un an et demi s’est écoulé entre ma lecture du premier tome et du second. Ce n’est pas un reproche envers l’éditeur ou même l’auteur toutefois mes envies et mes goûts de lecture ont évolué sur cette période et ce d’une manière assez affolante. Vous allez probablement avoir le sentiment que j’ai moins aimé ce tome et je pense que c’est le cas, toutefois c’est lié à un ressenti tout personnel et non à la qualité intrinsèque du travail de Victor Fleury.

/!\ LE DIVULGÂCHAGE COMMENCE ICI /!\

De quoi ça parle?
Nisaba est perdue dans les confins de l’Empire après tous les évènements du tome 1 et aimerait bien retourner à la capitale pour retrouver son fils, Haddon. Malheureusement, elle est supposée mourir pour accompagner son Maître dans l’au-delà et en plus, tout le monde se tape dessus autour d’elle quand iels n’essaient pas de la manipuler. Pour ne rien arranger, son fils a quitté la capitale depuis un bail sauf qu’elle l’ignore. Entre temps, la Princesse-Prêtresse a décidé qu’il ferait un parfait oblat et l’a entrainé dans tous ses problèmes.

Deux voix au lieu d’une.
De mémoire, le premier tome tournait quasi exclusivement autour de Nisaba et le lecteur suivait l’intrigue à travers des chapitres rédigés, certes, à la troisième personne mais de son point de vue à elle. Nisaba avait réussi à me toucher dans le premier volume pour diverses raisons. C’est une femme qui essaie de se dépatouiller avec ses choix et ses problèmes. Elle commet des erreurs, les assume, essaie de les réparer mais chaque fois qu’elle s’approche un peu plus de ce qu’elle désire (tout simplement vivre avec son fils donc rien d’extravagant…) un évènement cruel lui tombe dessus. Le sort s’acharne. Pour ne rien arranger, son destin était lié à celui d’Akurgal alias le gars typique qui, sous prétexte de l’aimer, lui infligeait le pire. Leur relation toxique m’avait fascinée, je la trouvais très bien exploitée et sans que l’auteur tombe dans le travers de la normalisation. Même quand Nisaba a des remords ou des regrets, elle a conscience que ses propres sentiments sont anormaux. L’évènement qui arrive à la toute fin du premier tome, à savoir le suicide d’Akurgal, est profondément choquant et initie un changement chez Nisaba, changement dont j’attendais beaucoup. En tant que lecteur, on en vient à espérer qu’elle réussira enfin à s’émanciper mais c’est sans compter toute la floppée de personnalités plus ou moins divines qui semblent lui courir derrière pour une raison relativement obscure…

Si Nisaba me plaisait beaucoup dans le premier tome, je l’ai ici trouvé assez énervante pour deux raisons. Déjà, elle cherche à retrouver son fils sans jamais remettre en question les informations reçues de la part de sources pourtant peu fiables. Elle manque donc cruellement de jugeote et la plupart de ses choix, elle les prend dans le prisme de ce savoir inexact. Du coup, en tant que lecteur, on assiste à ses plantages avec un intense sentiment de frustration. Ensuite, quand elle rejoint le culte de la Buveuse, elle doit à la déesse trois sacrifices qu’elle rechigne de faire alors qu’ils lui permettraient de se libérer, liberté qu’elle recherche avec ardeur, pour rappel. On peut donc s’étonner que la déesse en question se montre miséricordieuse et l’aide quand même… J’ai été assez gênée par cet aspect que je trouvais incompatible avec la manière dont la déesse concernée était décrite. D’autant plus en arrivant à la toute fin, j’ai eu un sentiment de « tout ça pour ça » ? Je me demande ce que ça impliquera par la suite.

J’ai parlé de deux voix. Ici, Victor Fleury choisit de laisser une place importante au personnage de Haddon, fils caché de Nisaba (lui-même ignore l’identité de sa mère), infecté par les Tréfonds et un des personnages les plus naïfs de la création. Je ne dis pas qu’il n’a aucune raison de se comporter comme il le fait (au contraire même) toutefois je l’ai trouvé extrêmement agaçant pendant tout le roman, sans parvenir à ressentir d’empathie pour lui ou ses mésaventures. Une vraie girouette qui pleurniche et n’assume rien… Un gosse quoi ou pas loin, sauf qu’il sort de l’adolescence du coup j’ai un peu de mal à lui passer ses trop nombreuses faiblesses de caractère ou le fait qu’il accepte un peu plein d’actes horribles de la part la Princesse-Prêtresse… parce ce qu’elle couche avec lui. J’ai trouvé cet aspect assez réducteur pour l’un comme pour l’autre.

Pour autant, les évènements racontés par le biais du jeune homme ne manquent pas d’intérêt et permettent de développer encore davantage une intrigue déjà complexe et riche. Ils sont donc nécessaires et je suis certaine que le personnage de Haddon séduira plus d’un.e lecteurice.

Les dieux, ces grands enfants.
Dans ce monde inspiré de l’ancienne Mésopotamie, Victor Fleury a développé tout un panthéon qui se divise dans un premier temps entre Enlê, à savoir l’avatar bon et lumineux et Aloq, le gars qu’on surnomme le Pourrissant donc vous imaginez bien qu’il n’inspire pas beaucoup de sympathie. Plusieurs divinités mineures apparaissent également comme Anka, divinité des eaux que Nisaba a particulièrement contrarié (en même temps quelle idée de ne pas se laisser violer comme ça aussi… #ironie) dans le tome 1 ou encore la Buveuse qui prend une certaine place au sein de ce tome grâce à la présence des Sœurs de Sang au sein des tribus montagnardes. Ainsi, l’auteur continue de développer un univers déjà solide et très riche dont il ne posait finalement que les bases dans le premier tome. En matière de world-building, je le trouve particulièrement intéressant d’autant que l’auteur ne tombe pas dans le manichéisme. Que ce soit Enlê ou Aloq, aucun n’est un enfant de chœur bien qu’on ne cerne pas encore exactement tous les enjeux de leur conflit et de leurs « interventions » auprès des mortels même si ces éléments prennent un nouvel éclairage grâce aux cent dernières pages qui apportent énormément d’informations. 

Baston !
Vous le savez, j’aime beaucoup lire de la fantasy avec de bons combats ou de la SF militaire parce que je suis sensible à cet aspect armé, affrontement. Dans ce second tome, j’ai été servie et peut-être même un peu trop servie… Les affrontements s’enchainent et se déchainent, Nisaba change de camps aussi vite que de pagne et prend des décisions franchement très discutables en laissant vivre des gens qui devraient juste disparaître du tableau pour lui faciliter la vie. Par moment, j’ai eu un peu l’impression que son choix d’épargner un tel ou un tel autre permettait juste à l’auteur de se resservir du personnage plus tard, au moment opportun. Les ressors me sont apparus assez clairement à plus d’une reprise, ce que j’ai trouvé dommage. Quant à certains, ils survivent via des miracles qui en deviennent lassant à force de se répéter. Je pense notamment à Damiq… À un moment, lâcher prise, c’est bien aussi.

Ces combats ont beau être discutables sur le fond, on ne peut pas nier que l’auteur en maîtrise bien l’écriture en accompagnant son lecteur dans la représentation mentale de ces scènes qui, à défaut d’être toujours utiles, sont plutôt bien foutues. Victor Fleury possède cette écriture graphique, un peu magique, qui stimule l’imagination et rend son lecteur accro. J’ai beaucoup aimé cet aspect.

Un page-turner efficace.
À ce stade, vous êtes probablement surpris par ma chronique et vous vous demandez pourquoi j’évoque le roman en détaillant autant de points négatifs. Ce n’est pas de l’acharnement gratuit, d’autant que j’apprécie beaucoup l’auteur sur un plan personnel. Toutefois, il me semble important d’évoquer les éléments qui en sont venus à me déranger tout en soulignant qu’ils tiennent davantage d’une affaire de goût plutôt que de qualité intrinsèque du roman. D’autant que je persiste à qualifier ce roman de page-turner efficace puisque je l’ai lu en deux jours à peine alors qu’il fait 450 pages…

Les pages en question se tournaient sans que je m’en aperçoive. Les évènements s’enchaînaient et donnaient envie d’aller voir plus loin, de découvrir comment va se présenter la suite, et ce même quand le personnage concerné agace prodigieusement ou qu’on le secouerait bien un coup pour le réveiller. Cela paraît paradoxal, pourtant c’est ce que j’ai ressenti lors de ma lecture et finalement, je pense que c’est la marque d’un roman de qualité. Si, malgré ses défauts (selon mes goûts), j’ai réussi à m’y intéresser suffisamment pour avoir envie d’influer sur son déroulement… Le contrat est rempli pour l’auteur.

La conclusion de l’ombre :
Ce seconde tome de la Croisade éternelle reprend avec brio les ingrédients du premier : une fantasy à la sauce mésopotamienne, un world-building efficace qui se développe encore sans pour autant oublier l’aspect humain via des personnages qui ne laissent pas indifférents. Si j’ai, sur un plan personnel, éprouvé des difficultés avec les choix et réactions des protagonistes, cela ne m’a pas empêché de dévorer ce page-turner signé par un auteur français qui n’a plus grand chose à prouver.

D’autres avis : Pas encore mais cela ne saurait tarder !

L’Homme Électrique – Victor Fleury

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L’Homme Électrique est un one-shot voltapunk proposé par l’auteur français Victor Fleury. Publié chez Bragelonne dans sa collection steampunk, vous trouverez ce roman au prix de 9.90 euros.
Ceci est ma quinzième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Je remercie l’ami Xapur dont la chronique a inspiré la lecture de ce roman. Sans lui, je serais passée à côté d’un livre extraordinaire !

L’histoire se déroule en 1895 dans une France uchronique ou Napoléon IV règne sur l’Empire Électrique. Un empire menacé par les russes, d’où l’envoi d’un trio d’agents de la Sûreté pour enquêter là-dessus : la comtesse Cagliostro aux dons surprenants et aux qualités scientifiques reconnues, le frère Vacher, assassin et homme de main impitoyable et le Valet, un androïde capable de porter le visage d’un mort sans qu’il ne se détériore (oui c’est assez glauque) et de copier ses souvenirs ainsi que sa personnalité. Malheureusement, le Valet se rend compte que quelque chose cloche avec sa mémoire. Il va s’embarquer malgré lui au sein d’un complot aux multiples protagonistes, à travers tout l’empire, avec finalement une seule question : à qui demeurer loyal pour le bien de l’humanité ?

J’ai dévoré ce roman en l’espace de deux jours, à ma plus grande surprise vu que j’ai connu plusieurs déceptions chez cet éditeur, surtout cette collection. Du coup, je ne m’y intéressais plus et j’ai été contente de laisser sa chance à Victor Fleury qui propose un titre très marquant sur bien des points.

Déjà en terme de genre littéraire. Il est classé en steampunk faute d’un meilleur terme mais l’ami Xapur parle de voltapunk. Peut être pour plaisanter, toutefois je trouve l’usage de ce terme très pertinent ici puisque l’auteur n’a pas développé une technologie à vapeur… Mais bien électrique ! Qui n’a pourtant rien de commun avec notre propre usage de l’électricité. Voilà une idée très inspirée car elle offre un univers aux couleurs très différentes. On n’étouffe pas sous le smog, au contraire. Le lecteur se retrouve presque aveuglé par les éclairs, ce qui donne au texte une luminosité brute qui éclaire sans détour la noirceur de son propos.

En effet, quand on y pense, Victor Fleury aborde des thèmes assez durs. L’intrigue est celle d’un complot assez standard entre deux grandes nations qui en veulent toujours davantage mais le sous-texte a davantage de fond, surtout dans le développement psychologique du Valet. Finalement, qu’est-ce qui rend humain? Le fait d’avoir un corps de chair et de sang?

Dans une narration à la 3e personne, on suit le personnage du Valet, un androïde pourtant très humain et souvent perdu face à ce qui lui arrive. J’ai immédiatement ressenti de l’empathie pour lui, utilisé comme un objet par d’autres, qui pense pourtant toujours à l’humanité et au bonheur des gens simples avant le sien. Il souffre des manipulations dont il est victime et ne sait plus à qui accorder sa confiance. Surtout que les indices qu’il se laisse à lui-même au fil de ses « reboots » ne sont pas forcément très clairs. Il essaie toujours de comprendre, refuse d’agir pour son propre intérêt et est traversé pendant tout le roman par la très humaine peur de mourir, de disparaître, bref d’être « éteint ». Ce qui ne l’empêche pas de prendre des risques ou de se montrer loyal ! Le Valet choisit, se trompe, assume, tente même de sauver ses ennemis et répugne à la violence. Tous ces éléments, pour ne citer que ceux-ci, donnent un protagoniste principal marquant et attachant.

En plus de l’univers, ce personnage du Valet est donc vraiment LA grande force de l’homme électrique dont il est d’ailleurs le héros (au cas où c’était pas évident). Pourtant, les autres personnages ne sont pas en reste et toujours tiraillés entre le devoir et l’humain, entre leurs convictions et ce qu’il convient de faire. On le ressent assez bien dans le dilemme de la Comtesse et tout comme le Valet, je trouve que ça la rend à la fois merveilleuse et cruelle. D’ailleurs, plusieurs de ces personnages sont empruntés à la littérature populaire. Ainsi, vous allez croiser Arsène Lupin, Michel Strogoff, un certain comte bien connu, une petite Sophie dont certains vont peut-être se rappeler, entre autres ! Dès qu’on s’en rend compte, on ne peut pas résister à la tentation de traquer les références jusqu’à questionner chaque apparition de personnage : est-il totalement inédit ou vient-il d’un roman que je ne connais pas? Je me suis vraiment amusée là-dessus.

J’en profite pour préciser que Victor Fleury n’a pas qu’emprunté des personnages pour les réadapter à sa sauce ou leur rendre hommage. Il livre aussi un roman d’aventure digne des meilleurs auteurs du 19e siècle, sans le moindre temps mort et avec autant d’efficacité qu’à l’époque.

Pour résumer et si ce n’était pas clair, j’ai vraiment adoré l’Homme Électrique. Pionnier d’un genre nouveau dérivé du steampunk, à savoir le voltapunk, Victor Fleury propose un texte d’une grande humanité qui, paradoxalement, se place du point de vue d’un automate. Ce roman d’aventure très référencé à la mode du XIXe plaira à un large public et mérite d’être découvert. Je le recommande chaudement !