Reconquérants – Johan Heliot

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Reconquérants
est un one-shot uchronique écrit par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos dans la collection Hélios, le roman est disponible au prix de 9.90 euros.
Je remercie les éditions Mnémos pour ce service presse !
Ce livre entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Reconquérants est une uchronie qui prend place dans un univers très connoté Rome antique. La diégèse du roman se constitue autour de ce principe: pour fuir une Rome sur le déclin après l’assassinat de César, des colons ont découvert l’Amérique et y ont bâti une nouvelle cité sur les valeurs de la République, une cité nommée Libertas. 1500 ans plus tard, les descendants de ces colons désirent reconquérir l’ancien continent, sans exposer très clairement les raisons de ce projet. Ou plutôt, en donnant des explications qui feront froncer les sourcils du lecteur suspicieux, qui y verra immédiatement (et à raison) anguille sous roche. Dans cette histoire, nous suivons principalement Geron, enrôlé à moitié de force dans l’armée, qui va être confronté aux merveilles de l’ancien monde et découvrir de sombres secrets.

La première chose à relever dans ce roman, c’est le génie de l’auteur. Comme j’en ai déjà parlé dans mes chroniques sur Grand Siècle (tome 1tome 2), je trouve que Johan Heliot est un auteur phare en matière d’uchronie. On sent le passionné d’histoire, son érudition transparait clairement et cela lui permet de jouer très habilement avec les différents éléments historiques pour les assembler et créer une réalité alternative cohérente. Pour immerger son lecteur, il utilise un vocabulaire soutenu et adapté à l’époque, sans dédaigner les termes latins issus du langage militaire, politique ou même les unités de mesure. Ces détails m’ont séduite, parce qu’ils dénotent un soin particulier apporté au contexte, ce que j’apprécie.

Là où ça coince un peu, c’est du côté de la narration. Pendant la première partie du roman, le narrateur est extérieur et ça manque de dialogue. Normal, ça pose le contexte mais du coup, j’ai eu un peu de mal à m’immerger dedans d’autant que je trouve la mise en page du livre assez serrée dans la version poche. Ensuite, on retrouve des extraits d’un carnet de voyage tenu par Geron, sans pour autant que ces parties soient mises en italique pour bien marquer la rupture. Enfin, plus on avance dans la dernière partie et plus on alterne entre la première et la troisième personne, mais sans respecter l’idée que ce soit le héros qui tienne un journal ou du moins, on n’en a plus du tout l’impression vu la manière dont il est rédigé. Cet aspect un peu brouillon de la narration m’a, au départ, fait passer à côté de l’histoire et si ça n’avait pas été un service presse, je n’aurai pas continué jusqu’au bout. Mal m’en aurait pris !

Parce que oui, malgré ce détail gênant, Reconquérants est un bon livre à l’intrigue soignée et d’une grande richesse. Si la plupart des personnages tiennent un rôle secondaire et sont davantage des fonctions, j’ai apprécié Ekin, la fille du Prince Rouge. Sa relation avec Geron est intéressante, ainsi que tout ce qui se passe autour d’eux. Si certains éléments perdront les lecteurs peu attentifs, ce livre vaut la peine qu’on s’accroche plus loin que la première impression.

Pour résumer, Reconquérants est un roman one-shot qui marque par l’originalité de son univers et le traitement de son uchronie plus que par ses personnages ou son intrigue très classique. Certains éléments sont parfois trop rapides et quelques descriptions trop longues, il n’en reste pas moins que je salue la performance et l’imagination de Johan Heliot qui signe un texte pas parfait, mais disposant de certaines qualités qui raviront les fans du genre.

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Récits du monde mécanique #3 Realm of Broken Faces – Marianne Stern

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Realm of Broken Faces
est le troisième (et dernier, nooooooon !) tome des récits du monde mécanique par l’auteure française Marianne Stern. Il s’agit d’un roman steampunk très sombre publié aux Éditions du Chat Noir au prix de 19.90 euros. Mention spéciale pour la magnifique couverture réalisée par Miesis qui a su parfaitement rendre l’ambiance et le ton du roman en une seule image, chapeau ! Non seulement elle attire immédiatement mas quand on la regarde après la lecture, elle prend vraiment tout son sens. Bravo pour ce travail et son investissement !

Vous le savez, Marianne Stern est une auteure que j’apprécie beaucoup que ça soit humainement ou dans son écriture. Je la trouve vraiment talentueuse, elle aborde des thématiques qui me parlent, créée des personnages auxquels je m’attache rapidement et a un style qui lui est propre. Je l’ai découverte pour la première fois avec Smog of Germania (le premier tome des récits du monde mécanique) et j’avais été rapidement séduite. Depuis, j’ai lu plusieurs de ses romans (tous en fait, Ô rage Ô désespoir me voilà à jour) et je ne peux que constater l’évolution de son écriture et de sa qualité littéraire.

Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, je parle de troisième tome mais en réalité, on pourrait choisir de lire chaque roman composant les récits des mondes mécaniques de manière indépendante. On y perdrait peut-être un brin en intensité narrative mais ils constituent chacun un tout sur eux-mêmes. Une information intéressante pour ceux qui n’aiment pas les séries !

Ce troisième tome est de loin mon préféré et sans surprise, ce fut un vrai coup de cœur. Il se passe dans l’Est français, plus précisément dans une sorte de village informel dirigé par le mystérieux (et excentrique) Monsieur. L’endroit rassemble quantité de criminels mais aussi d’anciens combattants trop dérangés dans leur tête ou leur corps pour retourner à la vie civile. Une bonne brochette de tarés comme on les aime dans une ambiance qui suinte le sang, la crasse et la boue. On a cette impression poisseuse qui nous colle perpétuellement à la peau au fil des lignes, ce qui dénote une vraie maîtrise narrative.

Le roman est divisé en quatre parties. Dans la première, nous suivons le Quenottier, un personnage très attachant par sa mentalité particulière et son phrasé propre. Il faut dire que même si la narration est à la troisième personne, l’auteure s’adapte à la mentalité de son personnage, ce qui offre dans ce cas-ci des chapitres rédigés sur un ton familier, presque argotique. Délicieux à découvrir ! Dans la seconde, nous retournons à Germania pour voir comment s’en sort le Kaiser Joachim… Pas terrible, on ne va pas se mentir. Si, au début, il me faisait de la peine et que je ressentais une certaine empathie pour lui, j’ai rapidement eu envie de lui coller une bonne paire de claque. On alterne ainsi jusqu’à la dernière partie où tous les protagonistes se rejoignent pour un final explosif. Plus on avance et plus l’auteure nous offre des micro chapitres du point de vue de certains personnages présentés précédemment, ce qui sert le récit. Cela ne m’a pas gênée, parce que la personnalité de chacun ressort vraiment bien et ça reste utile à l’intrigue.

Je meurs littéralement de frustration, parce que j’ai envie de détailler chaque élément de l’intrigue mais ça vous gâcherait le plaisir. Du coup je vais plutôt évoquer les points forts du roman, à commencer par l’écriture de l’auteure. Comme signalé plus haut, elle s’adapte à chaque fois au personnage sur qui se centre la narration et est particulièrement immersive. Le milieu particulier du livre offre une utilisation riche (et maîtrisée !) du champ sémantique rattaché à la guerre mais aussi au monde militaire, ce que j’ai adoré puisque je suis particulièrement sensible à ce type de milieu.

Les personnages ne sont pas en reste ! Je ne vais pas évoquer les anciens qui sont présents pour ne pas risquer de spoiler les lecteurs qui ne sont pas à jour (ou les futurs lecteurs !) et plutôt me concentrer sur les nouveaux. En règle générale, je trouve que Marianne Stern ne créé pas de bons personnages féminins et ça m’avait particulièrement frappée dans Scents of Orient (le tome 2 des récits des mondes mécaniques). La seule exception: sa pilote Anya dans 1993. Pourtant, ici, j’ai noté une très nette amélioration. Certes, la capitaine Meike ressemble à Anya mais elle n’en reste pas moins un personnage féminin travaillé et intéressant. La gamine prénommée Murmure est vraiment surprenante elle aussi et plutôt drôle, surtout dans ses interactions avec les autres. Deux vraies réussites et un sacré bond en avant à ce niveau ! Quant au Quenottier, on découvre un homme à la fois simple et complexe. Un gars comme les autres, traumatisé par la guerre à sa manière mais qui reste les deux pieds sur terre et continue de vivre alors que beaucoup, à sa place, auraient baissé les bras. Ses réflexions, ses choix, bref tout ce qui le concerne m’a vraiment intéressée, je le trouve très bien géré et hyper attachant. Mention spéciale à Monsieur quand même (je le devais !), mais je n’en dit pas plus ♥

Le ton général du roman, comme je l’ai signalé, est assez sombre et on en ressort avec l’impression que la boue, la sueur et la crasse nous collent à la peau, ce que je trouve délicieux. L’auteure développe un univers uchronique intéressant et très travaillé, surtout au niveau des prouesses technologiques liées à l’art de l’orfèvrerie. Son univers est réaliste, en dehors de ça, mais ce simple petit pouvoir possédé par quelques rares élus rythme finalement toute la saga pour offrir une uchronie renversante parsemée de scènes fortes parfaitement détaillées. J’en ai une gravée dans la rétine, qui arrive vers la fin, que je vais identifier par « celle avec les éclairs et les mines » (vous comprendrez) juste… Parfaite ♥ Puis celle dans l’araignée puis… D’accord, je m’arrête là.

Fidèle à son habitude, Marianne Stern laisse une grande place à l’univers militaire et plus particulièrement celui de l’aviation. On ressent sa passion et ses connaissances qui nous entrainent facilement dans ces sphères où, personnellement, j’adore me perdre !

Je me rends compte que la chronique commence à tirer en longueur et je vais donc m’arrêter ici. Ce troisième tome aura été un véritable coup de cœur auquel j’ai du mal à trouver des défauts. Il contient tout ce que j’aime chez cette auteure et tout ce que je recherche dans un livre: un univers sombre, des personnages travaillés et torturés qui sortent du lot, une identité littéraire dans l’écriture et une mentalité particulière qu’on ne retrouve que trop rarement dans la littérature SFFF francophone à l’exception de quelques auteurs dont je parle assez souvent sur le blog. Je ne peux que vous conseiller la lecture de ses ouvrages, particulièrement si vous aimez les ambiances militaires, les univers uchroniques et les protagonistes inoubliables. J’ai tourné les dernières pages avec émotion en disant adieu à ce monde et à cette saga qui a donné naissance à l’un de mes personnages littéraires préférés (c’est vous dire !). Merci Marianne pour cet extraordinaire voyage dans les mondes mécaniques ♥

Grand Siècle #2 l’envol du soleil – Johan Heliot

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L’envol du soleil
est le second tome de la trilogie Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Disponible depuis mai 2018 au prix de 19 euros en papier (et 8.99 en numérique) il s’agit d’une uchronie de science-fiction se déroulant au XVIIe siècle.
Pour rappel, j’ai déjà chroniqué le premier tome.
Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Mnémos pour ce service presse !

Dans ce second tome, nous retrouvons la fratrie Caron qui prend de plus en plus de place dans le récit, chacun des frères et sœurs continuant leur bout de chemin. Les deux jeunes, Marie et Martin, évoluent en personnages bien présents et la nouvelle génération Caron n’est pas en reste. Le roi Louis reste un protagoniste du roman, quoi qu’un peu plus en retrait que sur le tome 1 et le Pape Rouge continue ses intrigues depuis le Vatican. Je meurs d’envie de vous détailler tous les moments de l’intrigue et je me retiens à grand peine en vertu de ma politique anti-spoil. Sachez toutefois que j’ai lu ce roman en deux jours (commencé mardi matin et terminé mercredi midi) tant il m’a passionnée.

On y retrouve tous les éléments appréciés dans le premier tome. L’univers est fascinant et continue de se développer en allant plus loin dans le détail mais aussi dans la noirceur. Tout de même, au risque de radoter: il fallait oser implanter de la science-fiction sous le règne de Louis XIV ! J’en ai un peu discuté avec l’auteur aux Imaginales et je me suis rendue compte qu’il avait raison en affirmant que cette période est assez boudée. Hormis les Lames du Cardinal, un ouvrage SFFF vous vient-il dans le 16e ou 17e siècle français? Si oui, n’hésitez pas à me donner les titres dans les commentaires, parce que ça m’intéresse.
La technologie basée sur les flux éthériques prend de plus en plus de place, au point qu’elle devient un écho presque semblable à la société que nous connaissons au 20e siècle. Johan Heliot en vient à traiter des thématiques actuelles de manière plutôt ingénieuse, comme le comportement des foules face à la télévision (renommée luxovision pour l’occasion) et surtout, les sacrifices consentis à l’évolution technologique. On ne peut que trouver un écho affreusement actuel, contemporain, dans la peinture offerte par Johan Heliot de cette société alternative. Je trouve sa démarche vraiment brillante.

Le style de l’auteur est toujours aussi bon. Il maîtrise son action et le roman ne souffre, à mon sens, d’aucune longueur. Je le trouve même plus dynamique que le premier ! Petit reproche, par contre: il se déroule sur plusieurs années, entre dix et quinze ans si mes calculs sont justes et on s’y perd parfois un peu sur les bonds temporels effectués. Si on devine la date approximative et le passage du temps, j’aurai préféré que chaque chapitre soit daté plus précisément et de manière systématique. C’est un détail mais j’ai dû m’arrêter une fois ou deux pour chercher les indices temporels et les rappeler à ma mémoire. Cela ne m’a pas gâché ma lecture mais c’est parce que je l’ai lu presque d’une traite. Pour celui qui le découvrira autrement, ce détail pourrait gêner. Oui, on sent que j’ai un peu lutté pour trouver quelque chose de négatif à dire?

J’ai particulièrement apprécié l’évolution des personnages. Johan Heliot parvient à non seulement offrir une intrigue prenante, accessible tout en restant complexe, mais ne néglige jamais la psychologie de ses protagonistes. Ainsi, Louis reste fascinant à découvrir et Estienne tout autant. D’ailleurs, la fin… Je ne m’y attendais absolument pas ! Un vrai coup d’éclat. J’ai aussi appris à apprécier Martin et Pierre qui ne se lasse jamais de m’étonner. Les personnages féminins ne sont pas en reste et je suis très curieuse de voir si Jeannette aura un rôle aussi central que celui de sa tante dans le troisième tome. Petite mention aux figures historiques qui continuent de parsemer le récit et deviennent des protagonistes secondaires amusants à suivre, surtout quand on les compare à ce qu’ils ont vraiment été (ou ce que l’Histoire nous a rapporté à son sujet). Transformer La Fontaine en présentateur… Franchement ! Épique.

Pour résumer, l’Envol du Soleil n’a pas à rougir en comparaison de son tome 1. L’auteur reste constant dans la qualité qu’il nous propose, que ça soit au niveau de l’intrigue, de l’univers ou des personnages. Son écriture, dynamique avec quelques touches d’un style plus ancien (notamment à travers l’utilisation de certains verbes), nous offre une immersion complète dans cette uchronie fascinante que je recommande très chaudement. J’ai adoré !

Grand Siècle #1 l’Académie de l’Éther – Johan Heliot

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Le premier tome de la saga Grand Siècle s’intitule l’Académie de l’Éther et a été écrit par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos dans la collection Icare au prix de 19 euros, vous pouvez également vous le procurer en numérique au prix de 8.99 euros. Il s’agit d’un mélange surprenant d’uchronie et de science-fiction.

C’est qu’il fallait l’oser, quand même, celle-là ! Je m’attendais à découvrir un roman steampunk dans une uchronie prenant place dans l’une de mes époques historiques favorites et je tombe sur un roman qui mêle Histoire et science-fiction. Autant vous dire que ça m’a séduite et j’en suis la première surprise vu que j’ai toujours peur de ce type de mélange. Jusqu’ici, je ne connaissais l’auteur que de nom et je m’y suis intéressée davantage uniquement à cause de ce roman-ci, vu son contexte. Après quelques recherches, il s’avère que Johan Heliot est un habitué de l’uchronie et assez unanimement applaudi dans ce domaine avec des titres qui m’intriguent énormément. Au passage, notez qu’il sera présent aux Imaginales ! Et que je vais revenir avec au moins un de ses livres. Je ne sais pas encore lequel donc si par hasard vous avez des suggestions, n’hésitez pas! Bref, revenons en à ce qui nous intéresse vraiment.

Le roman s’ouvre sur un groupe d’enfants dont le père se suicide pour les pousser à le quitter et se rendre à la capitale, chez leur oncle Plantin. Ils espèrent ainsi échapper à la famine qui règne en province. Nous suivons donc ces cinq enfants (Pierre, Jeanne, Estienne, Marie et Martin) dans leur périple jusqu’à leur destination, puis nous partons faire la connaissance du lieutenant de frégate Baptiste Rochet, auteur d’une découverte surprenante. En mer, ils ont repêché une sphère qu’il présente au jeune roi Louis XIV, immédiatement séduit par ses propriétés. Mais cette sphère n’est pas uniquement ce qu’elle paraît être et son arrivée à la Cour va déclencher toute une série d’évènements inattendus, jusqu’à ce que le destin des enfants croise celui des plus grands hommes de l’Histoire de France. J’essaie de vous synthétiser tout ça sans non plus vous révéler des pans importants de l’intrigue que j’ai personnellement pris beaucoup de plaisir à découvrir. Ce n’est pas simple !

Je vais d’abord m’attarder sur l’univers, que j’ai trouvé plutôt brillant et bien maîtrisé. L’auteur nous gratifie de nombreuses références historiques, d’abord à travers les personnages. Rapidement, nous suivons Blaise Pascal ou encore le Roi Louis qui sont des protagonistes centraux du Grand Siècle. Nous croisons aussi le cardinal Mazarin, la reine Anne, le prince Condé et dans un registre plus populaire, Cyrano de Bergerac ou encore, d’Artagnan. Johan Heliot se réapproprie des faits historiques tels que la guerre contre l’Espagne, la fronde ou les mazarinades pour servir son intrigue et utiliser les évènements à son avantage. Cela dénote une grande connaissance de son sujet et beaucoup de recherche. J’ai également apprécié son utilisation de l’imprimerie. L’étudiante en histoire littéraire (avec la base d’Histoire-tout-court que ça implique) en moi ne peut qu’applaudir la façon dont il imbrique tous ces éléments pour nous offrir un contexte d’une incroyable richesse. C’est, sans conteste, une uchronie de qualité.

Je me dois également d’évoquer la plume de Johan Heliot qui sert merveilleusement son récit puisqu’elle donne l’impression de vivre à l’époque grâce à son vocabulaire et ses tournures de phrase. Évidemment, ça reste accessible à tous mais ses qualités immersives ne sont pas à dédaigner.

Immersif est un bon mot pour qualifier ce premier tome. Assez rapidement, le destin des cinq enfants nous importe et j’ai beaucoup aimé la façon dont ils évoluent, chacun à leur façon, même si j’ai frissonné quelques fois. L’auteur n’a aucune pitié pour ses protagonistes et j’adore ça ! J’ai aussi trouvé fascinant de voir évoluer Louis XIV dans sa jeunesse puis au début de l’âge adulte. Ses rapports avec l’Unité d’Exploration Conscientisée (UEC pour les intimes) et les chapitres du point de vue de ce super ordinateur échoué par accident sur notre planète donnent une profondeur au récit et certaines réflexions pertinentes sur l’humanité. Nous évoluons aussi dans la cour des Miracles, à la cour de France, sur les champs de bataille, dans les ateliers de monsieur Pascal. Les décors se multiplient pour offrir une fresque prenante et apporter tous les éléments essentiels à un roman qui, non seulement, contient beaucoup de savoir dans bien des domaines (dont la science) mais réussit tout autant à nous divertir efficacement. Preuve, s’il en fallait, que l’un se marie très bien avec l’autre.

En bref, j’ai vraiment adoré le premier tome du Grand Siècle et je compte bien lire la suite rapidement. Johan Heliot est un auteur qui donne envie d’être découvert et qui possède déjà, à ce jour, une bibliographie très riche. Je recommande le Grand Siècle aux amoureux de l’uchronie et du Paris du 17e, à ceux qui ont envie d’être surpris et emportés dans un univers brillant par sa construction avec des personnages attachants. Un coup de cœur et une réussite ♥

Le Roi des ombres – Stéphanie Sylvain

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Le roi des ombres
est un roman d’uchronie fantastique écrit par l’auteure québecoise Stéphanie Sylvain. Édité chez Numériklivres (éditions NL) il est pour le moment disponible en numérique au prix de 8.99 dollars canadiens, ce qui fait plus ou moins 5.80 euros au taux de change actuel. Et oui, je convertis même les prix ! De rien, c’est gratuit. Vous pouvez retrouver toutes les informations concernant ce roman sur le blog les Filles de Joual où l’auteure est chroniqueuse.

C’est la première fois que je découvrais un roman du Québec. Je me suis souvent dite que je devrais m’y intéresser mais nous avons déjà tellement de littérature en France et en Belgique que je n’ai jamais passé le cap, d’autant que j’achète beaucoup en salon et qu’on y croise peu d’auteurs québecois. Voir pas du tout. J’ai donc sauté sur l’occasion lorsque l’auteure a pris contact avec moi via ma page facebook ! Le résumé de son livre m’intriguait et elle avait pris la peine de se renseigner sur mon genre de lecture avant de me solliciter, ce que j’ai apprécié. Je lui ai promis de lire son roman rapidement et il me paraissait bien rentrer dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Motivée, j’ai donc commencé ce récit qui flirte avec plusieurs genres littéraires. En premier lieu, je pensais découvrir un roman historique. Nous nous trouvons en terres hispaniques, aux environs du XIe siècle. Nous suivons le roi Sanche IV de Garcès qui est le personnage principal mais pas le narrateur. En effet, toute l’histoire nous est contée par Ombra, son ombre dotée d’une conscience mais toujours inextricablement liée à lui au début du récit. J’ai trouvé ce mode de narration intéressant même si j’aurai, je pense, préféré une alternance de point de vue entre ces deux personnages, du moins au moment où Ombra prend de plus en plus son indépendance, car j’ai eu du mal à m’attacher à Alcides (le roi, de son prénom) pour cette raison. Le narrateur extérieur empêche de vraiment saisir l’essence de ses buts, son cheminement de pensée, et j’ai mis un moment à comprendre sa folie. Je trouvais juste ses plans illogiques et vraiment idiots, je commençais même à douter du sérieux de ce roman qui tombait dans le grosbillisme. Pourtant, une fois qu’Ombra cesse de se voiler la face et dit clairement qu’Alcides a perdu pied, tout prend un sens nouveau. On comprend alors que ce texte raconte une descente aux Enfers, s’enrobe dans les extrémités de la folie et de la bassesse humaine.

Malgré quelques maladresses sur certaines tournures (en même temps c’est seulement le deuxième roman de l’auteure) et des coquilles qui tiennent davantage de la faute d’inattention qu’une lacune de correction, j’ai trouvé le style de Stéphanie Sylvain plutôt maîtrisé quoi que peut-être un peu trop scolaire. Mais le type de narration et le personnage d’Ombra n’aident pas à améliorer cette impression. Serviteur qui appelle Alcides « son maître » alors qu’il l’aide en se cachant de lui, il met du temps à acquérir sa propre personnalité et à devenir réellement intéressant. Ce qui, finalement, est bien retranscrit dans le texte et dans son évolution, jusqu’au final.

Autre point positif: les recherches historiques. J’ai vérifié pour m’ôter un doute (mes cours d’histoire du Moyen-Âge remontent quand même à ma première année d’université et je finis ici en septembre donc je vous laisse compter) mais tous les rois et nobles cités dans le Roi des Ombres ont existé. Évidemment, l’auteure joue avec l’Histoire (raison pour laquelle je parle d’uchronie) et se la réapproprie en romançant le tout avec une touche de fantastique, mais j’ai trouvé ça vraiment chouette. L’idée parlait bien à l’amateure d’Histoire en moi ! Pour ne rien gâcher, plusieurs dialogues sont en catalan et on apprend dans les remerciements que l’auteure s’est renseignée auprès d’universitaires espagnols pour s’assurer de la justesse de sa traduction. Son sérieux et sa maîtrise historique sont sans conteste un plus.

Pourtant, sur un plan plus personnel, j’ai eu du mal à vraiment rentrer dans l’histoire, simplement parce que le type de narration ne me convenait pas. Je ne dis pas qu’il est mauvais, juste que ça ne colle pas avec mes goûts. J’aurai aimé que l’auteure force davantage sur la noirceur et la dualité psychologique de ses deux personnages. Finalement, ce sont les trente dernières pages et la phrase de conclusion qui m’ont fait revoir à la hausse mon jugement sur ce texte. C’est là qu’on entrevoit vraiment le potentiel de cette Ombre (qui reste le seul élément fantastique du texte) et qu’on comprend toute la portée de sa présence. Et qu’on réfléchit sur l’intérêt thématique du texte, sur la réflexion qu’il porte.

Pour résumer, le Roi des Ombres ne manque pas de qualités sur un plan formel et contextuel. L’auteure a de l’imagination et s’investit dans ses écrits à travers des recherches historiques poussées. Je pense qu’elle a encore besoin de mûrir un peu son écriture et d’oser aller au bout de ce qu’elle propose, ce qui n’enlève pas au Roi des Ombres sa qualité de bon divertissement qui saura vous surprendre. Je le recommande aux amateurs d’Histoire du Moyen-Âge et de fantastique léger.

1999, derrière les lignes ennemies – Marianne Stern

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1999, derrière les lignes ennemies est la suite du roman 1993, l’échappée rouge, écrit par Marianne Stern et publié aux éditions Voy’el. Les deux tomes coûtent chacun 18 euros et sont classés en uchronie, à raison puisqu’il s’agit d’un roman historico-uchronique doublé d’un thriller militaire se déroulant pendant la guerre froide. (Spoiler alert: les dates exactes sont dans le titre !) Je remercie chaleureusement l’auteure pour m’avoir offert ce livre que j’ai adoré découvrir, même si j’ai mis un peu de temps pour me lancer dans sa lecture. Pas par manque d’envie, mais parce que je voulais le savourer au moment le plus opportun.

Dans ce second tome, nous retrouvons Anya Ackerman alias Juliette, pilote de chasse pour l’OTAN, ainsi que son mari, pilote également, Markus Petersen, alias Ehrgeiz. Installés depuis 1993 à la base finlandaise de Kauhava, ils se sont mariés, ont eu des jumelles et font face à de nouveaux ennuis. Au début du printemps, une patrouille des forces aériennes finlandaises (des forces neutres, précisons) disparaît des écrans après avoir dévié de leur trajectoire. Deux pilotes et deux wizzo (les navigateurs) sont présumés morts, la Russie accuse l’occident d’espionnage et la guerre froide risque fort de prendre un tour sensiblement plus brûlant. Surtout quand l’OTAN apprend qu’il y a deux survivants, qu’un russe haut-gradé bossant parfois pour eux est prêt à échanger contre son extradition vers les États-Unis, se sentant sur le point d’être découvert. Ce qu’Anya et Markus ont avoir là-dedans? Vous comprendrez en lisant le roman. Parallèlement à ces problèmes politiques, dans l’ancienne Berlin-Ouest abandonnée par les alliés, la révolte gronde et Lisa, cheffe d’un groupe révolutionnaire, se radicalise de plus en plus au point de perdre les pédales…

L’auteure nous entraine, comme pour le premier tome, dans une aventure aux points de vue multiple qui permettent de brasser énormément de sujets et de prendre l’ampleur réelle de ce qu’est la guerre. Nous avons Anya et Markus pour le côté militaire, avec tout ce que cela implique: le style de vie, la mentalité, l’importance supérieure de la mission sur tout le reste, la discipline de fer, l’entraînement des recrues, les dangers inhérents à la condition de pilote, entre autres. Nous avons Lisa, pour le côté citoyen révolutionnaire qui se laisse prendre à son propre jeu, qui sombre dans le radicalisme et qui nous rappelle que ce n’est pas réservé à certains types de population. Vous n’imaginiez pas qu’une fille sans histoire, fleuriste dans son petit quartier de Berlin-Ouest, puisse poser des bombes? Et bien si, pour faire sauter des russes et essayer de renvoyer ces envahisseurs chez eux. Si j’ai aimé retrouver Anya et Markus, qui restent fidèles à eux-mêmes malgré leur relation de couple, j’ai aussi adoré découvrir Lisa. C’est un personnage féminin vraiment abouti à qui il manque une sacrée case, qui fait froid dans le dos mais qui sonne aussi très vrai. Que ferions-nous, dans des situations extrêmes, Saurions-nous cacher nos failles? Prendrions-nous les bonnes décisions? Nous battrons-nous, ou attendrons-nous que d’autres le fassent à notre place? 1999, à l’instar de 1993, est un roman profondément humain qui traite de la réalité de la guerre. Oui, il s’agit d’une uchronie, n’empêche… C’est extrêmement réaliste et immersif.

Et ce n’est pas réaliste uniquement dans le traitement des thèmes et des personnages. Ça l’est aussi sur le fond: on sent que l’auteure est passionnée par l’aviation mais également par l’armée. Quand Anya vole, j’ai l’impression de voler avec elle. Quand Markus se retrouve au milieu d’une opération des SEALs, j’ai l’impression d’y être moi aussi. Les armes, la hiérarchie, les protocoles de mission, c’est encore mieux qu’un film, parce qu’on le vit aux côtés des personnages. C’est presque magique ! L’Histoire est maîtrisée à la perfection, si bien que les écarts et le prolongement de cette Guerre Froide sonnent comme si c’était vraiment arrivé, comme si l’auteure nous racontait les déboires de personnes réelles, comme vous et moi. C’est à la fois perturbant et magistralement mené.

Si, contrairement à moi, vous n’êtes pas fasciné par l’armée ou même un peu familier du vocabulaire militaire, ce roman vous perturbera peut-être et vous paraîtra difficile à comprendre, même si tous les mots et abréviations sont notées en bas de page. Toutefois, ce n’est qu’un détail car si vous appréciez ce type d’ambiance, vous allez être servis. Ce thriller militaro-uchronique est une vraie réussite sur tous les plans et je me demande s’il y aura une suite car je me suis beaucoup attachée à ces personnages.

En bref, je vous recommande chaudement ce roman (ainsi que toute la bibliographie de Marianne Stern que vous pourrez découvrir dans le focus sur l’auteure) si vous aimez les thrillers militaires ou que vous avez envie d’en découvrir un, écrit par une française qui sait de quoi elle parle.

Le Simulacre #1 la seconde vie de d’Artagnan – Jean-Luc Marcastel

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Le premier tome du Simulacre, intitulé la seconde vie de d’Artagnan, débute une saga uchronique de science-fiction qui se déroule dans un Paris du 17e siècle. Je sais, c’est du jamais vu ! L’auteur, Jean-Luc Marcastel, est français (quoi que alien littéraire?) et est publié aux éditions Matagot. Son roman ne coûte que 15 euros et cet homme réalise probablement les plus belles dédicaces que j’ai jamais vu, avec des armoiries, de la poudre d’or et de la calligraphie, rien de moins !

Le Simulacre prend place dans une France du 17e siècle un peu particulière puisqu’elle dispose d’une technologie très avancée, offerte par les Archanges, des êtres arrivés des cieux pour combattre une invasion qui manqua de rayer toute vie de la surface de la terre. Sont-ils des extraterrestres ou de véritables envoyés de Dieu? Difficile d’en être bien certain. Toujours est-il que, dans ce contexte hors du commun, nous retrouvons le célèbre d’Artagnan, en chemin pour la Versailles Céleste. Sur le même navire (si on peut dire) il rencontre Estella, une jeune voleuse qui tente de lui dérober une jolie bague qu’il porte en collier autour du cou… Mauvaise idée? Et pas qu’un peu… Il s’avère que d’Artagnan est traqué par les sbires mécanomates du Cardinal et maintenant qu’ils ont été vu ensemble, Estella est tout autant en danger. Après un combat d’anthologie, d’Artagnan se sacrifie pour permettre à Estella de fuir et lui confie la bague, qu’elle devra protéger jusqu’à ce que quelqu’un vienne la réclamer, en lui assurant qu’elle reconnaitrait le quelqu’un en question. Au même moment, sur terre, s’éveille… D’Artagnan ! Du haut de ses vingt ans. Sauf qu’il s’agit d’un Simulacre, porteur des souvenirs de l’original, quoi qu’il ait un trou de trente ans dans sa mémoire. Aidé par Planchet, il s’envole alors pour Paris dans l’espoir de retrouver la personne à qui l’Original a confié la bague.

Vous le savez peut-être, j’ai une affection et une tendresse très particulière pour le personnage de d’Artagnan et ce, depuis des années. Je l’ai déjà évoqué dans ma chronique sur la Magie de Paris, d’Olivier Gay. C’est ça, en tout premier lieu, qui m’a attirée sur ce roman et je n’ai pas été déçue. Je trouve que l’auteur parvient à donner un souffle moderne au personnage tout en conservant les traits de caractères qu’on retrouve chez Dumas. Grâce au Simulacre, qui ne connait rien des nouveautés du monde, nous découvrons cet univers transformé et je pense que c’est ici que le bas pourrait blesser, chez les puristes qui n’ont pas l’esprit ouvert. Il est nécessaire d’accepter les modifications profondes apportées au paysage du monde par les ajouts de science-fiction, sans quoi vous ne passerez pas un bon moment. Je n’ai pas eu ce souci, mais d’autres pourraient l’avoir.

J’ai lu ce roman en deux jours. C’est prenant, haletant, bourré d’action et de combats bien détaillés. Le fond de l’intrigue est assez classique mais l’univers empêche qu’on s’en rende compte tant il témoigne de l’imagination de l’auteur.

Un bémol, toutefois, outre les quelques coquilles que j’ai pu repérer qui tiennent davantage de l’inattention qu’autre chose. Si j’ai apprécié cette lecture qui est un très bon divertissement et fait vibrer en moi la corde sensible, je reproche à ce roman le placement de ses illustrations. Ces dernières sont très jolies, réalisées par Jean-Mathias Xavier, mais ne sont pas intercalées de manière judicieuse. Systématiquement ou presque, elles spoilent ce qui va se passer dans le chapitre qui suit et ça gâche un peu la découverte. J’aurai aimé qu’elles suivent le propos ou se mette en vis à vis de la page concernée, mais là, elles ont ôtées une partie de la surprise. Je vous conseille donc de ne pas lire la légende sous les images avant de lire le chapitre…

Autre petit point négatif, mais c’est paradoxal… Vous allez comprendre. Estella est un personnage intéressant, mais les femmes du roman sont toutes présentées comme magnifiques, des créatures de rêve, et le regard posé sur elles par les hommes est systématiquement lubrique. On sent que l’auteur n’a pas de mauvaises pensées là-dessus et que, somme toute, il respecte probablement les codes littéraires de l’époque pour donner à son œuvre plus de réalisme. Pourtant, je l’ai déjà souligné, mais pourquoi dire « la belle rousse » en parlant d’une femme et pas « le beau brun » pour l’homme, dans ce cas? Pourquoi insister sur le fait que sa poitrine attire le regard, pourquoi la déshabiller, quand on ne le précise pas pour d’Artagnan? Estella est une héroïne typique des romans de cape et d’épées à la jolie plastique et au caractère bien trempé. Le duo formé avec d’Artagnan est attendu, l’émoi qu’elle ressent face à ce héros aussi. Somme toute, ce n’est pas fondamentalement désagréable mais ça me fait un peu grincer, ce côté hypersexualisé de l’héroïne. Un souci récurrent chez les auteurs masculins bien que, je le répète, cela peut se justifier dans un roman comme celui-là, vu le cadre historique où il se pose. Et je pense très sincèrement que l’auteur a de bonnes intentions.

Jean-Luc Marcastel nous offre un roman tout public avec un héros de la littérature connu et aimé de tous. Sa plume conviendra aux plus jeunes comme aux plus âgés, qui ne manqueront pas de passer un bon moment dans ce Paris alternatif dont on saluera bien bas la création. L’auteur ne manque pas d’imagination, c’est certain et c’est appréciable. Il ose beaucoup et reste très cohérent dans ce qu’il propose.

Notez que ses romans sont commandables en librairie. Ce que je vais m’empresser de faire pour le tome 2.