L’interdépendance #1 l’effondrement de l’Empire – John Scalzi

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L’effondrement de l’Empire est le premier tome de la trilogie l’Interdépendance écrite par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce roman au prix de 21.90 euros.
Je remercie chaleureusement Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.
Il s’agit de ma troisième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 !

L’humanité a quitté la Terre pour s’implanter dans différentes colonies, quasiment toutes inhospitalières. Pour survivre, elles dépendent les unes des autres ce qui passe à travers le commerce et la domination de grandes familles. La plus puissante d’entre elles, les Wu, dirige l’Interdépendance avec le titre d’Emperox. Pour commercer et donc survivre, les humains utilisent le Flux, un réseau qui relie les différentes colonies entre elles. Sans lui, le chaos menacerait l’Interdépendance et risquerait de mener à la fin de l’humanité.
Pas de chance donc, quand le comte de Claremont découvre que le Flux n’est pas éternel. Ses courants s’effondrent, lentement mais sûrement, à commencer par celui qui relie le Bout au Central. Certains, plus clairvoyants que d’autres, vont chercher à exploiter ces informations pour la grandeur de leur famille et la richesse qui en découlera forcément.

L’intrigue suit donc cette trame globale autour de l’effondrement (d’où le titre du roman) à travers différents personnages hauts en couleur. Cardenia est la fille de l’emperox défunt. Elle n’aurait jamais du hériter du titre mais son demi-frère aîné est mort dans un accident et elle doit bien assumer ses responsabilités. Cardenia est gentille, trop pour occuper cette fonction dont elle ne veut pas, trop pour les révélations qui vont lui tomber dessus. Pourtant, elle tient, un pas après l’autre, malgré la solitude. Marce est le fils du comte de Claremont, chargé par son père d’apporter les résultats de ses recherches à l’emperox. Comme les informations mettent neuf mois à voyager du Bout au Central, il ignore tout de son décès mais ne va pas se laisser démonter malgré les difficultés rencontrées et les dangers encourus par ceux qui n’ont pas très envie de le voir partir. Au programme: enlèvement, menace, tentative d’assassinat… Quant à Kiva Lagos, elle appartient à l’une des prestigieuses familles commerciales et se retrouve au Bout pendant une révolution à laquelle on la soupçonne d’avoir participé, de façon détournée. Son caractère bien trempé donne un certain piquant au récit. C’est une façon polie de dire que c’est une vraie garce à qui on a parfois envie de donner des baffes mais qui, en réalité, est très cool à suivre. Face à tout ce petit monde, la famille Nohamapetan en quête de pouvoir et de domination via sa fratrie composée de trois membres dont la terrible Nadashe, tête pensante incontestée et véritable sociopathe glaçante.

À ce stade, il est important de préciser que ce roman donne une grande place aux personnages féminins qui ont une réelle importance et un impact fort. Le trio Cardenia, Kiva et Nadashe fonctionne bien à cet égard, ce qui ne signifie pas pour autant que les personnages masculins sont en reste. L’auteur trouve un équilibre crédible en débarrassant son univers des considérations sexistes et sans opérer un renversement de la domination. J’adore !

L’autre point fort de ce texte, c’est son humour typique de l’auteur. J’en avais déjà parlé dans Redshirts. John Scalzi possède un style d’écriture particulièrement dynamique et maîtrisé. L’humour n’a rien de lourd, il rythme le récit en coupant les introspections des personnages qui fournissent au lecteur des informations sur l’univers. Tout s’équilibre et le format d’un peu plus de trois cents pages s’y prête bien. C’est le genre de roman qu’on peut dévorer d’une traite sans même s’en rendre compte, ce qui m’est d’ailleurs arrivé.

Pour résumer, j’ai adoré ce roman de space-opera qui est un coup de cœur pour moi. Si j’avais pu, j’aurai lu la trilogie d’une traite mais la suite n’est hélas pas encore éditée en français. Tout fonctionne merveilleusement bien, que ce soit l’univers, le concept, les personnages ou le style d’écriture dynamique, subtil et drôle caractéristique de cet auteur culte. Je vous recommande plus que chaudement la découverte de ce roman, accessible à tous, même ceux qui n’ont pas l’habitude de la science-fiction ou qui ont justement peur de se frotter à ce genre.

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Le chant des Épines #3 Le Royaume Brisé – Adrien Tomas

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Le Royaume Brisé
est le troisième (et dernier) tome de la saga le Chant des Épines écrit par l’auteur français Adrien Tomas. Publié chez Mnémos, vous trouverez cet ouvrage au prix de 20 euros.
Je remercie chaleureusement Nathalie et les Éditions Mnémos pour ce service presse.
Il s’agit de ma seconde lecture pour le S4F3s5 organisé par le Lutin !

Chroniquer une suite est toujours délicat, entre les spoilers et les réflexions qui ne prennent sens qu’à la lecture de la saga entière. Cette chronique contiendra donc des parties blanches qu’il vous suffira de surligner pour dévoiler le texte qu’il cache et qui contient des informations sensibles pour ne pas vous gâcher l’intrigue. Je vous encourage du même coup à découvrir mes chroniques pour le tome 1 et le tome 2

Nous avions quitté Ithaen et les Épines après une cuisante défaite au pied des remparts de Kal’Tirin. La reine tente de trouver de nouveaux alliés auprès de la Fille, représentante de la Sylve et les personnages survivants organisent la résistance. Merisia, maîtresse espionne, a créé le Ver avec d’autres survivants afin de mener une guérilla contre les envahisseurs Seï. Vermine a passé un accord avec les Sœurs afin de pouvoir apporter un soutien magique à Ithaen quand le moment sera venu. Quant à nos immortels, ils continuent d’intriguer, fidèles à eux-mêmes et toujours aussi attachants. Enfin, à mon goût. Ce volume se concentre donc sur la reconquête du Nord et la concrétisation de ce Royaume Rêvé dont Ithaen parle depuis le premier tome. Et ce, quel qu’en soit le prix.

On retrouve tous les ingrédients qui firent le succès des tomes précédents : une écriture efficace et maîtrisée, une diégèse crédible et des personnages pour lesquels on se passionne. L’univers se développe encore davantage grâce à de nouvelles créatures qui sortent des standards habituels. Le bestiaire exploité par Adrien Tomas continue de s’enrichir, accordant encore plus de crédibilité au monde des Six Royaumes. Quant à l’intrigue, elle s’accélère et prend un tournant beaucoup plus sombre par rapport au premier volume ! En réalité, le cheminement et les choix de certains personnages m’ont plus d’une fois surprise, horrifiée, fascinée, parfois les trois à la fois. Un tour de force. L’ambiance, évidemment, est sombre, désenchantée, comme de juste puisque la guerre fait rage. Et surtout, elle esquive le manichéisme puisque l’auteur, en multipliant les points de vue, permet de comprendre la philosophie et les convictions de chacun. Il n’y a aucun parti pris, juste la peinture infâme des extrémités auxquelles peut pousser l’humanité ou les bons sentiments. On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions… Ç’aurait pu être le sous-titre de la saga.

Au final, cette suite au Royaume Rêvé se révèle donc très contrastée dans son idéologie. Le personnage d’Ithaen effectue ses choix en pensant au plus grand bien, quitte à sacrifier ses amis et ses alliés. Elle m’a glacé le sang plus d’une fois, quand on pense qu’elle n’a que quinze ans au moment du troisième tome… Adrien Tomas m’a fait passer par toutes les couleurs en parvenant à rendre son univers suffisamment vivant pour que je m’y plonge, que je me laisse happer comme si j’en étais moi-même un personnage.

Outre tous ces élément très positifs, il y en a un autre que je souhaite relever. Dans un roman de fantasy, il est courant d’assister à des guerres ou au moins des affrontements, quel que soit leur ampleur. Un exercice pas forcément évident… Dans lequel excelle Adrien Tomas ! On sent qu’il s’y connait en stratégie et qu’il maîtrise le sujet à fond sans pour autant devenir incompréhensible aux yeux du profane car on n’a aucun mal à visualiser les scènes qu’il décrit. Un pur plaisir.

Quand je constate l’enthousiasme autour d’une saga comme le Trône de Fer, je m’étonne et déplore que le public (surtout français mais à quand une traduction anglaise? 😉 ) ne se tourne pas vers les Six Royaumes, composé de différents textes dont le Chant des Épines mais aussi la Geste du Sixième Royaume et la Maison des Mages. Je ne peux que recommander chaudement la lecture du Chant des Épines car même si le premier tome parait naïf et tout public (peut-être même, Ô sacrilège, young-adult parfois), ce roman à l’origine écrit pour être un one-shot (et scindé en trois pour des besoins éditoriaux) ne manque ni de complexité, ni de maturité, ni de richesse. Il séduira son public en lui procurant des émotions intenses et en proposant des personnages aussi soignés qu’attachants. Une excellente découverte donc, qui confirme l’auteur au rang des maîtres en fantasy francophone.

Les héritiers d’Higashi #1 Okami-Hime – Clémence Godefroy

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Okami-Hime est le premier tome de la saga des héritiers d’Higashi écrite par l’autrice française Clémence Godefroy. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Neko, vous trouverez ce titre au prix de 14.90 euros.
Ceci est ma 25e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 5e lecture pour le Mois de la Fantasy, il valide les catégories suivantes: un livre écrit par une femme, un livre écrit par un auteur francophone, une nouveauté de ma PàL et un livre avec une couverture bleue.

À Higashi, il existe plusieurs espèces de bakemonos qui prennent soin de vivre cachées depuis la fin de la grande guerre qui les opposa au clan Odai. Ces derniers règnent sans partage sur l’archipel depuis plus d’un siècle et c’est dans ce contexte que nous suivons l’histoire d’une série de personnages féminins. Ayané est une discipline de la Main Pure qui brûle de se voir confier une mission d’importance. Cela arrive quand on lui demande de protéger / surveiller une princesse otage de guerre, Numié Dayut. Une femme pas comme les autres, héritière d’un clan du Nord qui tient encore tête aux Odai.
Si l’intrigue principale se concentre sur Ayané et Numié, une intrigue parallèle se développe avec le personnage de Yoriko, une nekomata accro au jeu. Pour fuir ses dettes, elle va s’engager au palais et grimper les échelons jusqu’à devenir dame de compagnie. Cela permet au lecteur d’avoir un œil sur ce qui se passe là-bas et de comprendre davantage les tenants et aboutissants de l’univers sur un plan politique mais aussi social.

Un univers d’une grande richesse, donc. Clémence Godefroy exploite la mythologie japonaise avec brio et dépeint avec justesse cette ambiance toute nippone qui se ressent à chaque page du roman. Si elle n’a pas incorporé de lexique, cela ne se révèle pas gênant pour autant puisqu’elle prend la peine d’expliquer (et sans longueurs s’il vous plait) les différents termes en langue étrangère. Notez toutefois que je suis une habituée de ce type de littérature et que je consomme énormément de mangas, donc je manque peut-être un peu de recul là-dessus.

C’est toutefois justement la raison qui m’a fait dévorer ce roman: j’avais le sentiment de lire un manga. L’écriture maîtrisée de Clémence Godefroy permet d’aisément visualiser les différentes scènes, ce qui donne à son texte une dimension graphique dont je suis friande. Notez que ce qui est une qualité pour moi peut se transformer en défaut pour d’autres. Comme dans les mangas, les personnages paraissent parfois trop empreints d’émotions brutes, tout ce qui touche à la sphère sentimentale sera peut-être jugé comme trop passionné si pas illogique par certains mais là où ça me gêne dans les romans traditionnels, je n’ai eu aucun souci ici. Peut-être justement parce que je lisais Okami-Hime comme un manga plus que comme un roman.

Je le précise parce que, on ne va pas se mentir, il y a une romance assez présente dans le texte. Mais si elle a une certaine importance, elle n’éclipse pas non plus la totalité de l’univers pour s’épanouir. Au contraire ! Dans cette diégèse, ça colle. Et j’ai apprécié la justesse de l’autrice qui a su jongler avec les différents éléments de son roman pour trouver un bon équilibre. Outre le folklore et les évolutions de chaque protagoniste, Clémence Godefroy nous propose aussi de découvrir un morceau de société japonaise médiévale, principalement grâce à Yoriko, ce qui n’est pas dénué d’intérêt.

Quoi qu’il en soit, j’ai adoré ce texte dévoré presque d’une traite. J’ai du m’arrêter pour aller bosser mais je continuais sur mes pauses, avide de me replonger dans cet univers dont on s’imprègne si facilement. La passion de l’autrice pour le Japon se ressent au fil des pages et se transmet. Elle s’approprie cet univers si particulier à nos yeux occidentaux pour lui donner une identité propre et l’ensemble rend très bien.

Pour résumer, le premier tome des héritiers d’Higashi est une réussite. L’autrice emporte son lecteur dans un Japon médiéval et alternatif sur les traces des bakemonos. Dans un univers typé merveilleux et poétique comme un Ghibli avec une touche de peps et de modernité, Clémence Godefroy propose une intrigue tout public qui plaira aux aficionados de la culture nippone comme à ceux qui débutent car le texte reste, selon moi, très accessible. Je recommande chaudement ce roman et j’attends avec impatience de pouvoir lire la suite !

Le Chant des Épines #1 le Royaume Rêvé – Adrien Tomas

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Le Royaume Rêvé est le premier tome de la saga le Chant des Épines écrit par l’auteur français Adrien Tomas. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.
Ce roman est ma seizième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Voilà bien deux ans que cet epub traine dans ma PàL numérique. Acheté pendant une promotion estivale peu de temps après avoir lu la Geste du Sixième Royaume, il est finalement tombé dans l’oubli pour ressortir à l’occasion du PIF parce que bah… J’aime pas ne pas lire ce que j’achète. Quand même.

Le texte s’ouvre sur une présentation des différents clans dont on va parler dans le texte. Leur blason, leur histoire, l’identité de leur héritier. Ainsi, le lecteur se familiarise directement avec l’univers et il n’y a aucun doute quant à l’endroit où on se trouve ! Rien qu’à la sonorité des noms, on ressent le froid piquant du Nord. L’initiative ne m’a pas vraiment servie car je trouve que l’auteur place très bien ses personnages au fil de ses chapitre mais cela permet au moins de se rafraîchir la mémoire si, à un moment donné, on se perd ou on arrête la lecture pour x raison. Puis ça reste ludique. Bon point !

Au sein d’un roman chorale, Adrien Tomas nous propose de découvrir le destin des héritiers de clans nordiques qui ont pour projet de créer le fameux Royaume Rêvé du titre : un Nord unifié sans distinction de clan ou de caste afin de s’opposer à la menace qui plane sur eux. Enfin aux. Mais la voie empruntée est semée d’embuches. Le Nord est affaibli par des querelles entre les Quatre Citadelles. Sans parler des mandragores, vestiges de la civilisation elfique, qui apparaissent soudain et répandent la terreur dans les environs en massacrant à tour de bras. Puis n’oublions pas que ces héritiers sont des otages avant toute chose ! Ainsi, la princesse Ithaen tente de s’attacher leur loyauté en créant les Épines, une sorte de cercle d’élite composé entre autre d’Ysémir (le personnage le plus gonflant du monde), Merisia (l’apprentie de l’apothicaire) Solheim (le prince nécromant mais gentil hein, oubliez les tarés maléfiques habituels) et Vermine qui n’est princesse de rien du tout, juste une mystérieuse enfant sauvage liée à une prophétie dont on parle seulement au début du roman. En plus de ces héritiers, le lecteur suivra aussi des protagonistes mystérieux qui, a priori, n’ont rien avoir avec toute cette histoire. A priori seulement je suppose même si à la fin de ce premier tome, le lien reste obscur et titille la curiosité du lecteur.

Situé chronologiquement avant la Geste du Sixième Royaume, Adrien Tomas continue d’exploiter son vaste univers à la mythologie aussi riche qu’aboutie. À mes yeux, voilà le gros point fort du roman. Il transforme les races classiques pour leur donner un nouveau souffle, ce qui est très appréciable. Pour exemple, jusqu’au siècle dernier, les Elfes gouvernaient les humains, réduis en esclavage. Suite à une révolte, ils se sont réfugiés dans la forêt en laissant derrière eux un peu de leur sombre magie, notamment les mandragores mais pas que. Et forcément, quelqu’un a décidé de l’exploiter à des fins plus ou moins nobles. À vous de juger.

Je pense que ce roman est présenté comment destiné à un public adulte mais je l’ai trouvé plutôt parfait pour des ados ou des gens qui veulent s’initier à la fantasy. Vous me direz, c‘est normal, les princes en question SONT des ados en pleine recherche d’eux-même mais ce premier tome manquait parfois de nuance dans la psychologie des protagonistes et de surprises dans son action. Si certains éléments de l’intrigue ne manquent pas d’originalité, on devine trop facilement l’identité de ceux qui évoluent dans l’ombre (et dont on ne cite pas les noms pour entretenir le mystère), ce qui contribue à installer un faux suspens. En fait, seulement deux personnages collent vraiment à mes goûts et mes attentes: Ténèbres et la Locuste (cœur sur lui !) dont les manigances parviennent à entretenir mon intérêt. Il a l’air de manquer un sacré grain à ce type en plus. Donc forcément…

Si l’intrigue reste classique dans ce tome introductif, la fin laisse présager un développement plus complexe et sans doute plus sombre, il suffit de voir les titres des deux autres tomes pour s’en convaincre (ou pour l’espérer). Je gardais un autre souvenir de la fantasy d’Adrien Tomas (plus sombre, subtile, dérangeante) et en attendais autre chose. Du coup ce tome m’a déboussolée mais je lui reconnais volontiers des qualités prometteuses. Si ses personnages sont encore assez bruts et qu’à une ou deux exceptions, on a quand même droit à une bonne dose de manichéisme, les indices dissimulés dans le texte laissent à penser que ça ne durera pas. De plus, l’écriture fluide et maîtrisée de l’auteur en font un page-turner efficace dont on se surprend à vouloir connaître la suite.

Pour résumer, si je m’attendais à autre chose et que tout n’est pas parvenu à m’enchanter, j’ai tout de même passé un agréable moment lecture avec le Royaume Rêvé qui pose des bases prometteuses pour la suite de la trilogie. L’aspect roman chorale permet au lecteur de découvrir énormément de protagonistes et il s’en trouvera toujours au moins un pour vous plaire. De plus, l’auteur est un habitué de fantasy doublé d’un passionné et ça se sent quand on le lit. Finalement, ce livre a le problème de tous les tomes introductifs tout en réussissant à accrocher suffisamment pour donner envie de lire le second volet. Une réussite, si on résume. Personnellement, je vais laisser sa chance à la suite.

Kayla Marchal #3 La Source – Estelle Vagner

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La source
est le troisième et dernier tome des aventures de Kayla Marchal, une trilogie d’urban fantasy proposée par Estelle Vagner. Publiée aux Éditions du Chat Noir, chaque tome coûte 19.90 euros.

Je vous ai déjà parlé du premier et du deuxième volume de Kayla Marchal. En relisant mes chroniques pour me remettre dans le bain, je me rends compte que je n’ai pas grand chose de plus à dire sur cette saga. Dans le sens, rien d’inédit. Estelle Vagner reste constante dans la qualité de ce qu’elle propose et c’est déjà, je trouve, un bon point à souligner ! Trop souvent j’ai été déçue par un dernier tome qui me donnait le sentiment d’avoir été bouclé à la va-vite, sans le soin nécessaire à sa réalisation. Du coup, ce fut une bonne surprise dans l’ensemble.

Nous retrouvons Kayla et sa joyeuse bande en route vers les pays de l’Est afin de trouver la fameuse source du pouvoir, qui lui permettra de vaincre Aymeric et libérer les (poly)morphes de son joug tyrannique. Se sachant proche de sa fin, Kayla a préféré abandonner son âme sœur en pensant le préserver et ses derniers mots la hantent… Voici où nous en sommes et je ne vais pas vous en dire davantage afin de vous garder la surprise.

À ce stade, les lecteurs aguerris habitués du blog auront peut-être eu les poils qui se dressent. Alerte, une quête beaucoup trop classique ! Double alerte: UNE ROMANCE QUI TOURNE MAL ! Vite, fuyons ! Et bien non, restez ici, ça vaut la peine d’aller au bout bon sang.

Sur le fond, l’intrigue proposée par l’autrice reste classique, on ne va pas se mentir. C’est une quête millénaire au nom d’une divinité afin de réparer une faute commise. Une quête qui va nécessiter un terrible sacrifice de la part de Kayla. Si quelques points restent prévisibles, le dynamisme de l’action nous le fait facilement oublier. Estelle Vagner opte pour un rythme à 200 à l’heure (comme d’hab !) dans le déroulement de son histoire, ce qui est très agréable. Du coup, les 300 pages du roman se lisent presque d’une traite. Dans mon cas, c’est parce que je l’ai commencé en soirée après une journée de boulot, sinon je crois que j’aurai tout lu d’un coup sans vraiment m’en rendre compte.

Ce rythme, l’autrice l’installe aussi par son style d’écriture à la première personne. Petite nouveauté pour ce tome, nous ne suivrons pas uniquement Kayla ! J’ai été surprise de le découvrir et ça m’a fait plaisir d’avoir un peu le point de vue de Jeremiah, Jade et Max sur la situation. Cela permet de mieux connaître ces protagonistes, autrement qu’à travers le jugement ou les yeux parfois biaisés de Kayla. C’est l’inconvénient, évidemment, d’une narration à la première personne mais Estelle a trouvé la parade et c’est tant mieux. Encore une fois, je n’en dis pas davantage, vous le verrez par vous-même.

La mythologie inventée par Estelle continue de se compléter. Évidemment, on a déjà le plus gros avec les deux tomes précédents mais les pouvoirs que Kayla acquièrent sont sympas, surtout sa nouvelle forme ! J’ai été assez surprise que ça soit possible mais après tout, pourquoi pas. Je le rappelle, nous avons un roman d’urban fantasy qui se passe EN FRANCE, est écrit par une autrice FRANÇAISE avec une mythologie ORIGINALE qui met en avant des personnes capables de se transformer en animaux (mais oubliez le terme « garou », on les appelle des morphes !). J’en avais déjà parlé dans ma chronique du premier tome, mais ça me botte toujours autant, comme démarche.

Alors, je parle du dernier tome d’une trilogie… Est-ce que j’ai aimé la fin? Oui et non, mais c’est surtout une question de goût. Comme j’ai envie d’en parler et de potentiellement débriefer avec les lecteurs de ce tome 3, voici un petit passage de spoil, surlignez le texte pour en savoir plus : En règle générale, les happy end me gonflent parce qu’ils manquent de logique et qu’on sent derrière une démarche trop fan-service. Ici, l’autrice a été plutôt cruelle avec ses personnages pendant tout le roman et a gardé une logique dans le développement psychologique de son héroïne. J’ai particulièrement aimé les différentes phases par lesquelles Kayla passe en sachant son heure venue. Quand Kayla meurt, elle se réincarne une nouvelle fois, persuadée d’avoir été trahie par Max. On rencontre donc Lexie, qui va retrouver Jeremiah, Jade et Shahin, être obligée de tuer Max pour réparer ses propres fautes… En fait, si ç’avait été moi, je me serai arrêtée au fait que Kayla se sacrifie pour tuer Aymeric en pensant avoir été trahie et que tout le plan de Max tombe à l’eau, donc presque quatre-vingt pages avant la fin. Là, ouais, j’aurai été hyper satisfaite du culot de l’autrice et de cette « fin heureuse » en demi-teinte. En fait, on est en plein dans ce que j’appelle un « complexe harry potter ». D’autant que sincèrement, le plan de Max, je l’ai trouvé assez bancal, d’où les réserves que j’ai sur la globalité de cette fin. Toutefois, ce que propose Estelle Vagner respecte les codes du genre dans lequel elle écrit et surtout le public auquel elle s’adresse ! Public qui n’est pas du tout moi, à l’origine, rappelons le. Et ça ne m’a pas empêché d’aimer cette lecture.

Pour en revenir à la chronique en elle-même, je vais conclure en disant que Kayla Marchal est une saga d’urban fantasy de qualité typiquement « chat noir ». Elle ne révolutionne pas le genre et on ne lui demande pas, de toute façon. C’est un bon divertissement qui permet de passer un agréable moment dans un univers construit avec une héroïne de caractère et une part d’humour bien dosée. Dans le genre lecture détente, c’est pile ce dont j’avais besoin pour le moment ! Une autrice à découvrir que je recommande chaudement aux adeptes du genre. Ça vaut la peine de se lancer.

La voix de l’Empereur #1 Le corbeau et la torche – Nabil Ouali

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Le Corbeau et la Torche est le premier tome de la trilogie de la Voix de l’Empereur écrite par l’auteur français Nabil Ouali. Publié chez Mnémos, chaque tome coûte 21 euros et se présente sous la forme d’un beau livre objet avec couverture cartonnée.
Je remercie chaleureusement Nathalie de chez Mnémos pour ce service presse !

Il m’est très difficile de résumer ce roman en quelques mots. J’ai tenté plusieurs méthodes sans vraiment être satisfaite. Du coup, une fois n’est pas coutume, je vais vous laisser avec la quatrième de couverture:
« Voici l’histoire de quatre destins réunis au cœur d’un empire mourant. L’enfant du village gelé, le paladin hanté par un sombre secret, le prêtre émérite d’un ordre qu’il méprise, et le fils de l’empereur. Dans les rues des cités fourmillantes ou les profondes forêts, chacun accomplit un voyage sur les routes de l’empire mais aussi dans les méandres de son être : quelles sont les ficelles que tire le clergé dans les coulisses ? Qui a tenté de tuer l’empereur et d’éteindre à jamais sa voix ? Sur le sentier escarpé qui mène au pouvoir, le chemin est infiniment plus important que le sommet. »

Le corbeau et la torche est un roman dont il est compliqué de parler. Il subit, sans conteste, l’influence de ses prédécesseurs et grands noms de la fantasy. Il ne révolutionne pas le genre en proposant une intrigue assez classique à base de complots religieux, de tentatives d’assassinats et d’une prophétie mystérieuse qui désigne trois garçons dont on suit le destin à travers toute une galerie de personnages.

Je n’ai pas beaucoup de reproches à faire à ce roman mais celui-ci en fait partie: trop de personnages tue le personnage et trop de mystères… tue le mystère. Les protagonistes se multiplient, les scènes s’enchainent comme les épisodes d’une série, les révélations en moins. En cela, on peut parler de « roman à tableaux » dans sa construction et sa présentation. Le lecteur assiste à tout un tas d’évènements mais il n’y comprend pas grand chose. Il les note, au mieux, dans un coin de sa tête et essaie de les assembler plus tard. Des personnages secondaires vont et viennent, leur seule raison d’exister est de croiser les protagonistes, les garçons de la prophétie, ou plus simplement de mourir. Du coup, l’attention est détournée des vrais « héros » auxquels on ne parvient pas à s’attacher plus que ça.

Il faut rappeler, à ce stade, qu’il s’agit d’un premier roman. En tant que tel, le Corbeau et la Torche est assez bon. Le style littéraire de Nabil Ouali est travaillé et musical. Il a mis plus de soin dans la forme que dans le fond mais classique ne rime pas avec mauvais pour autant. Cela convient très bien à énormément de lecteurs, qu’ils soient ou non des adeptes de fantasy. Son intrigue reste intéressante et efficace malgré les quelques points soulevés au-dessus et on a envie d’enchaîner les vingt cinq chapitres, qui sont plutôt courts et dynamiques. Ce livre se lit d’ailleurs très rapidement et offre un bon moment de divertissement.

Outre son style littéraire, j’ai particulièrement apprécié les leçons du prince avec Glawol. Ce sont d’ailleurs les personnages les plus réussis, à mon sens et je crois que j’aurai, sur un plan personnel, goûté que le roman soit articulé uniquement autour d’eux et de leur point de vue. À travers ces leçons, Nabil Ouali revient à ses racines de philosophe, du moins si je me fie à sa biographie. Certaines discussions m’ont rappelée mes cours en philosophie morale à l’université et ça m’a fait sourire. J’ai été très sensible à cet aspect du roman qui invite subtilement à la réflexion et souhaite éveiller l’esprit de ses lecteurs à des considérations importantes.

Pour résumer, un premier roman n’est jamais parfait mais Nabil Ouali pose dans le Corbeau et la Torche les bases d’un univers classique et accrocheur. Sa plume poétique et maîtrisée promet de belles choses pour la suite. Ses influences classiques, que ce soit auprès des maîtres de la fantasy ou auprès des philosophes moralistes, en fait un roman très intéressant à décrypter avec plusieurs niveaux de lecture. C’est un univers auquel il faut laisser sa chance et un auteur à surveiller pour l’avenir ! Je recommande.

Palimpsestes #3 Anachronisme – Emmanuelle Nuncq

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Anachronisme
est le troisième tome de la trilogie fantastique Palimpsestes proposée par l’autrice française (mais résidente belge) Emmanuelle Nuncq. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce titre au prix de 19.90 euros. Si cette saga vous intéresse, il existe également un pack comprenant les trois tomes.
Ce livre entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce livre entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne Ensorcelant » catégorie « Balai Pattes ! »

Palimpsestes est une trilogie fantastique, donc, sur le thème du voyage dans le temps qui se situe à la fin du 19e, début du 20e siècle. Dans le premier tome, nous suivons Clara et Samuel qui assistent à des évènements incroyables en plein milieu du Louvre: des scènes du passée surgissent de manière aléatoire depuis le début de l’exposition consacrée à Delphes. Clara, étudiante en art et Samuel, guide au musée, vont chercher à dénouer les fils de ce mystère. Le second tome nous en apprend davantage sur l’histoire de cette statue de la Pythie dont tout part et le troisième se concentre sur Louise, la fille de Clara, qui manifeste des pouvoirs semblables à ceux de la statue. Sa famille décide de garder le secret mais celui-ci éclate malgré tout, ce qui déchaine les passions. Autant du peuple que des politiciens qui ont tôt fait de monter la mission Kairos…

Je n’avais pas encore eu l’occasion de parler de cette saga sur le blog puisque j’ai lu les deux autres tomes avant l’ouverture. Je garde du premier un souvenir assez agréable, une lecture détente pleine de références historiques. Et du second celui d’un roman de voyage qui m’a un peu rappelé des films d’aventure que j’aimais regarder plus jeune. Plus on avance dans la trilogie et plus le ton s’assombrit, ce qui n’est pas un mal en soi puisque les enjeux deviennent plus importants également. À mes yeux, la grande force de ce roman se situe dans l’amour qu’a l’autrice pour l’Histoire. Il se ressent à chaque page, à chaque référence, ce qui transforme Palimpsestes en œuvre très riche. Surtout aux yeux de ceux qui, comme moi, sont férus d’Histoire.

Un autre point positif, ce sont les personnages. Dans le premier tome, j’avais beaucoup apprécié le tempérament de Clara. Là où certains la trouvaient illogique et désagréable, je découvrais une femme forte qui sait ce qu’elle désire et qui aime profiter de la vie. Quand elle prend des décisions, elle assume et ce même si elle se pose toujours des questions. Emmanuelle Nuncq nous dépeint des femmes toutes en nuance qui sont assez réalistes, elle ose dire les choses au lieu de les magnifier bêtement. Cela trouve un écho en moi, en tant que personne.
L’héroïne de ce tome-ci ne fait pas exception. Louise est beaucoup plus naïve que sa mère, plus jeune aussi et plus sensible, pourtant elle est parvenue à me toucher. J’ai vraiment apprécié son évolution et les rapports qu’elle entretenait avec les différents membres d’équipage, ainsi qu’avec sa famille. Quant aux derniers chapitres… Je ne veux pas spoiler mais j’ai été touchée par les choix narratifs de l’autrice qui donnent à Palimpsestes un côté plus mâture et plus réaliste. Ça m’a vraiment beaucoup emballée et a rehaussé encore davantage mon attrait pour ce livre, lu (ou plutôt dévoré) en une journée.

L’intrigue bien ficelée quoi que prévisible par moment permettra aux lecteurs de se questionner sur tout un tas de thématiques propres à l’exploitation du voyage dans le temps (mais pas que). Si cela ne révolutionne pas le genre, Emmanuelle Nuncq dispose toutefois d’une sensibilité qui nous font prendre à cœur ces interrogations. Doit-on modifier l’Histoire si on en a la possibilité? L’être humain peut-il se contenter d’observer sans toucher? Qui a le droit de vivre ou de mourir? Qui sauverait-on si on le pouvait? Et quelles conséquences cela aurait? Comment la meilleure volonté du monde finit-elle pervertie de la sorte? Quelle est la place du savoir dans notre société? De la culture? J’ai trouvé ce troisième tome très engagé à ce niveau, ce que j’ai énormément apprécié puisque ce n’est pas si courant.

Pour résumer, Anachronisme conclut avec brio une trilogie qui va crescendo sur la thématique du voyage dans le temps. Les amoureux de l’Histoire y trouveront forcément leur compte ainsi que les adeptes du steampunk léger et des romans de voyage. Pour ne rien gâcher, l’autrice aborde énormément de thématiques liées à des questionnements culturels et sociaux qui raviront les lecteurs adeptes de textes plus engagés. J’ai passé un excellent moment en compagnie de la famille Morgenstern et je recommande chaudement la lecture de cette trilogie.