Trois bonnes raisons de lire la trilogie « Les héritiers d’Higashi » de Clémence Godefroy !

Salutations à tous.tes !

Il est toujours délicat de chroniquer le tome final d’une trilogie puisque le billet contiendra forcément des divulgâchages monstrueux et n’intéressera donc, probablement, que les personnes ayant déjà découvert le texte. Comme je ne publie que deux articles par semaine et qu’en plus, j’écris dans l’espoir de vous faire découvrir des textes intéressants, ce serait dommage de s’en tenir à une chronique traditionnelle…

Ainsi, je tente un nouveau format au sein duquel je vais développer trois arguments pour vous convaincre de lire une saga, après avoir terminé celle-ci. Comme l’indique le titre, ce sont les Héritiers d’Higashi de Clémence Godefroy qui ouvrent le bal !

Pour rappel, j’avais chroniqué le tome 1 (Okami-Hime) et le tome 2 (Bakemono-san).

Argument n° 1 : Une exploitation judicieuse et bien menée de la mythologie japonaise.
Si, comme moi, vous aimez le Japon et sa mythologie, alors vous trouverez votre compte au sein de l’univers créé par Clémence Godefroy. On y croise des bakemono, des yokai, des oni et tout un tas de créatures tirées de ce folklore si riche. J’ai rarement eu l’occasion de lire une autrice française qui maîtrise si bien ce type d’univers, à l’exception peut-être de Céline Chevet avec son excellent La fille qui tressait les nuages, dans un genre totalement différent. On a davantage tendance à trouver ça dans des mangas, pas dans des romans, même si je sais qu’il existe d’autres titres qui se veulent également japonisants. Je n’ai, pour le moment, trouvé mon compte qu’avec cette saga.

De plus, il faut savoir que les univers de l’autrice sont reliés entre eux. Elle a également écrit du steampunk (et, si mes informations sont exactes, un autre roman de ce type est en préparation) qui se déroule plutôt dans un monde européen, au 19e siècle, qui coexiste en réalité avec Higashi, bien que la ligne temporelle soit différente. C’est particulièrement évident avec l’épilogue. Même si ça tient du détail, je trouve cet aspect intéressant et il méritera une analyse plus poussée une fois le moment venu.

Argument n° 2 : des personnages féminins forts et majoritaires.
Les personnages principaux de cette saga sont quasi exclusivement des femmes, de tout âge, de toute espèce et de tout caractère. Clémence Godefroy a créé une belle galerie de personnages qui évoluent de manière crédible au fil des évènements de sa trilogie, ce qui est un gros point fort. Mention spéciale à Midori, qui est ma favorite entre toutes et qui m’a beaucoup touchée dans son histoire ainsi que dans son parcours. Un personnage sublime ! Merci de l’avoir créé ♥ En quelques mots, au début de la saga, elle est présentée comme une bakemono souffreteuse, une femme intéressée par la culture mais à qui on impose beaucoup de restrictions et qui devra se marier, comme c’est le lot de toutes les femmes à cette époque. Le souci c’est qu’elle est plus intéressée par les savoirs qu’autre chose et qu’elle a un bon fond. Elle se rend donc rapidement compte que des choses ne tournent pas rond, qu’on ne dit pas tous aux femmes. Les chapitres de son point de vue permettent aussi d’avoir un œil sur Yin Daisen, la grande méchante de l’histoire, et de voir comment les choses se passent à la cour. À mesure que le temps passe, Midori évolue, se renforce, se cultive et devient un personnage de plus en plus fort, dans tous les sens du terme. J’ai beaucoup aimé les relations qu’elle entretient avec Joaquim comme avec Ren, particulières chacune à leur manière, mais aussi le fait qu’elle s’épanouisse pour elle-même, par elle-même, et non pas au sein d’une relation amoureuse. Je déplore souvent de ne pas rencontrer davantage de personnages comme elle au sein de la littérature de l’imaginaire. Du coup, j’ai été ravie de la suivre !

Argument n°3 : des tomes courts.
Chaque volume compte +- 200 pages pour 14.90 euros par tête. Il s’agit de romans courts, ce qui apporte beaucoup de dynamisme à l’histoire. On ne s’ennuie pas une seconde, les chapitres alternent les points de vue et sont clairs, directs. L’autrice évite les digressions inutiles et on peut dévorer ses écrits d’une traite si on le souhaite. Pour moi qui ai du mal à me poser à lire pour le moment, c’est sans conteste un point fort.

La conclusion de l’ombre :
Si vous cherchez un récit d’aventure qui se déroule dans un Japon alternatif au sein d’une période moyenâgeuse où des créatures tirées du folklore mythologique japonais sont présentes, vous ne devez pas passer à côté de cette série aux multiples rebondissements. Certes, le déroulement de l’intrigue reste relativement classique mais l’univers et le travail sur les personnages suffisent largement à fournir une trilogie de qualité.

N’hésitez donc pas à soutenir à la fois une autrice française et un éditeur indépendant en commandant Les héritiers d’Higashi directement sur leur site Internet.

L’Interdépendance #3 la dernière Emperox – John Scalzi

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La dernière Emperox
est le troisième et dernier tome de la trilogie space-opera l’Interdépendance écrite par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce roman au format papier au prix de 21.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

Souvenez-vous ! Je vous ai déjà évoqué le premier tome (l’effondrement de l’Empire) ainsi que le second (les flammes de l’Empire).

De quoi ça parle ?
Les courants du Flux vont s’effondrer à très court terme, c’est une évidence. Que faire, quand toute la société semble condamnée, à l’exception des habitants du Bout qui vivent sur la seule planète habitable ? Quelles décisions prendre, en tant qu’Emperox, pour sauver le plus grand nombre de gens sur le long terme ? Et comment affronter Nadashe Nohamapetan, qui s’obstine à lui mettre des bâtons dans les roues ?

Dans ma chronique du premier tome, je vous ai évoqué dans le détail l’univers développé par Scalzi. Dans celle du second tome, je me suis arrêtée sur le rôle des femmes et sur les personnages féminins vraiment bien menés de l’auteur, qui confirme une tendance que j’aime beaucoup chez lui à savoir créer des sociétés égalitaires sur la question des genres, non pas pour éliminer cette problématique mais pour montrer que si tout le monde avait un peu de bon sens, elle n’aurait pas lieu d’être. Dans ce tome-ci, je vais davantage me concentrer sur les différentes manières qu’ont les décideurs politiques de réagir à la « fin du monde » avant de vous récapituler à qui se destine (ou non !) cette saga. Passez donc directement à la fin si vous souhaitez éviter tout divulgâchage.

Un conflit idéologique
Pour que vous compreniez bien les enjeux, je vais devoir effectuer un petit rappel sur les bases de l’univers. L’Interdépendance est un peu comme un empire humain qui s’étend sur plusieurs systèmes, reliés entre eux par les courants du Flux. En les empruntant, il est possible de se rendre d’un endroit à l’autre en plus ou moins de temps. Ces systèmes prennent place soit sur des planètes hostiles (la vie s’effectue donc en sous-sol artificiel) soit dans des stations spatiales de grande envergure. Chaque système est relié à une famille noble et chacune de ces familles dispose d’un monopole, par exemple sur la culture des agrumes, de certains légumes, la construction des vaisseaux spatiaux, etc. Ce monopole permet au commerce de prospérer et aux échanges entre les systèmes de s’opérer. De plus, une paix relative existe car faire la guerre à un système signifie perdre ce qu’il a à offrir dans les échanges commerciaux…

Maintenant, prenez cette situation et appliquez-la à la problématique du roman : que faire quand les courants qui relient ces différents systèmes vont s’effondrer à très court terme ? En théorie, abolir les monopoles, permettre à tout le monde de cultiver ce dont il aura besoin en cessant de modifier génétiquement les graines pour qu’elles deviennent stériles au bout de la x ième génération si jamais les agriculteurs concernés ne paient pas. Sauf que l’abolition des monopoles signifie que le système économique dans son ensemble doit être repensé…

Et c’est là que Scalzi met en scène toute l’étendue de la bêtise humaine tout en traitant une thématique malheureusement très actuelle au sein de notre société : le pouvoir de l’argent au-delà de toute raison. En effet, on peut s’interroger à quoi bon s’accrocher à son argent quand la société est sur le point de s’effondrer ? La monnaie n’a de valeur que dans le système de l’Interdépendance, pas au-delà… Au fond, ce sont des données numériques, rien de plus. À travers le personnage de Nadashe, notamment, l’auteur permet de mettre en scène des commerçants dans l’ensemble cupides mais surtout, prêts à sauver leur peau au détriment de celle des gens dont ils ont la charge. C’est en jouant sur leur peur de perdre leur statut social, leur importance toute relative, que Nadashe parvient à intriguer politiquement et à grimper les échelons du pouvoir, malgré son exil et son statut de fugitive. Coincé dans son esprit, le lecteur assiste au déroulement de son raisonnement qui peut se résumer en : on ne sauvera de toute façon pas tout le monde alors sauvons les riches. Si le fond (on ne sauvera pas tout le monde) est correct, la suite en revanche…

Sauver tout le monde, c’est ce que l’Emperox Griselda II aimerait réussir à faire mais cela la confronte à de nombreuses problématiques. Avec Marce, son responsable scientifique et son amant, ils réfléchissent au meilleur moyen d’agir tout en ayant conscience que c’est sans espoir. Ce qui ne les empêche pas de s’accrocher parce qu’essayer, c’est toujours mieux que de ne rien faire. Griselda aimerait réussir à transférer la population de tous les systèmes jusqu’au Bout mais agir ainsi reviendrait à condamner l’humanité sur le moyen / long terme au lieu du court terme puisque le Bout devrait soudain subvenir aux besoins de milliards d’individus. La planète n’y survivrait tout simplement pas. On voit donc ici la matérialisation de l’expression « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».

La situation semble sans issue et prendra un tournant assez surprenant via un évènement bien particulier que je n’ai pas vu venir ni que je n’aurai cru possible. Rassurez-vous, pas de solution miracle, non… Mais bien un dénouement qui tient la route et ne manque pas d’intelligence. Une surprise à la Scalzi, grosso modo.

À qui recommander cette saga ?
L’Interdépendance est une trilogie qui ravira les fans de l’auteur qui se reconnaissent dans son humour et dans l’intelligence de ses propos… Mais pas que ! À l’instar du Vieil Homme et la Guerre, Scalzi propose du space-opera accessible qui est une très bonne porte d’entrée dans son univers mais aussi dans ce genre littéraire de manière plus générale. D’autant que, contrairement à sa première saga susnommée, il n’y a pas de focalisation sur l’aspect militaire, ce qui, je le sais, rebutait certaines personnes. C’est donc vraiment l’idéal pour se familiariser avec la plume de l’auteur ! Il faut aussi apprécier croiser des personnages féminins forts et intéressants car les voix féminines sont majoritaires dans le roman et ne manquent pas de dynamisme. Une vraie belle réussite sur tous les points.

La conclusion de l’ombre :
Avec l’Interdépendance, Scalzi reste fidèle à lui-même et aux qualités que j’apprécie retrouver chez lui. Son humour est parfaitement dosé, ses personnages sont subtilement construits et tous très attachants à leur manière (#TeamKiva). Le propos d’ensemble est d’une fine intelligence et l’action reste au rendez-vous pour proposer un page-turner efficace dont on se souviendra. Je recommande très chaudement cette trilogie !

D’autres avis : Le nocher des livresAu pays des cave trolls – vous ?

À l’ombre du Japon #17 { Gewalt, un manga a rarement si bien porté son nom ! }

Gewalt est une trilogie écrite et dessinée par Kôno Kôji dont c’est le premier manga papier puisqu’il est surtout connu pour son travail dans l’animation. Publié par Doki Doki, il existe pour le moment un coffret où vous pouvez acheter les trois tomes pour 15 euros (au lieu de 7.5 par tome).

De quoi ça parle ?
Ruito est un lycéen ordinaire, quasiment transparent. Un jour, alors qu’il se promène avec ses « amis » (oui je mets des guillemets parce que des amis comme ça, franchement, on peut s’en passer) il est agressé par une bande et littéralement dénudé. Humilié, blessé, il décide de passer de l’autre côté, celui des voyous. Pour ça, direction la section technique de son établissement…

Baston !
Gewalt est très clairement un manga de bagarre où on se tape dessus et où on trouve une certaine apologie de la violence (nuancée par moment). Si vous en doutiez, sachez que ce mot signifie « violence » en allemand et que la langue allemande apporte une idée de rudesse dés le départ à la lecture du titre. Aussi, il est nécessaire d’apprécier ce type d’histoire pour se lancer dans cette trilogie où tout se règle à la force des poings et où ceux qui n’osent pas frapper se font écraser.

C’est le cas de Ruito dont l’agression va déclencher un profond changement en lui. En réfléchissant à sa vie, à son existence, il se rend compte de sa transparence et du mépris que ses soi-disant amis entretiennent à son égard. Il comprend également que la plupart des relations qu’il a pu entretenir jusque là sont basées sur de l’hypocrisie et de la superficialité. Tandis que quand on cogne, au moins, c’est sincère… Bon, pourquoi pas, ça se défend avec un esprit un peu tordu. Cette idée va traverser tout le manga. Personnellement je ne la partage pas mais je comprends comment le personnage principal en arrive à se dire cela.

Pour s’initier au monde des voyous, Ruito va se tourner vers la section technique et plus précisément le « club de base ball » (qui est une couverture pour un gang scolaire). Cela va évidemment mal tourner et il sera sauvé par le leader du groupe Gewalt, que Ruito aura par hasard aidé un peu plus tôt dans la journée. Ce groupe de skaters se révèle être également une sorte de gang de rues qui se bat contre ceux qui les dérangent, sans cet aspect acharnement et violence gratuite. Ruito a très envie de les rejoindre, hélas pour lui ça ne va pas se passer comme prévu.

Parce que la Gewalt (c’est le nom du gang) a un passé ! Au départ c’était un groupe de cinq jeunes à l’origine du mois sanglant. Ils ont pacifié tous les collèges à la seule force de leurs poings avant de tomber sur plus fort qu’eux et ça a dégénéré pour l’un des membres. Évidemment, au moment où on découvre cette histoire, on comprend que ceux qui restent vont se retrouver et essayer de régler le passé.

Un protagoniste… bizarre.
Je n’ai pas d’autre mot pour décrire Ruito Genba et je ne sais pas encore vraiment si le terme bizarre doit être pris pour positif ou négatif. C’est peut-être justement cette indécision qui me fait dire qu’il convient pour le qualifier. Ruito n’est personne et tout le monde à la fois. Il est là, un peu invisible, il n’inspire ni le mépris ni l’admiration jusqu’au jour de son agression où il a le malheur de s’uriner dessus. Cette réaction physiologique pourtant compréhensible va donner lieu à un déclic profond chez ce garçon qui n’a jamais levé la main sur personne. Il va alors commencer à se battre, à encaisser, à commettre des erreurs mais surtout à développer une sorte d’honneur qui tient parfois à l’absurde tant il risque sa vie.

J’ai éprouvé à son sujet des sentiments assez ambivalents et finalement, c’est la marque d’un bon manga. Ses interactions vont permettre au lecteur de réfléchir sur la notion de violence physique et ce qu’elle implique ainsi que sur le harcèlement scolaire qui est bien présent en toile de fond, à la mode japonaise. Ruito n’est clairement pas un protagoniste principal qui inspire l’admiration ou un profond respect par ses choix de vie toutefois il n’est pas dénué d’intérêt.

Un chara-design brut et réaliste.
Le dessin de Kôno Kôji est plutôt réaliste et brutal. Ses personnages ne sont pas beaux, ils dégagent une esthétique très réaliste qui ne me plait pas trop en général mais qui sert très bien le propos ainsi que l’intrigue développée dans Gewalt. Le mangaka maîtrise très bien les expressions du visage et s’en sort honorablement sur les scènes de combat bien que je les ai trouvé un peu répétitives, du moins jusqu’au tournoi informel qui décide de l’avenir des deux gangs.

La conclusion de l’ombre :
Gewalt est un manga terminé en trois tomes à conseiller aux lecteurs intéressés par la bagarre et la violence au lycée, dans une ambiance nippone. Il ne révolutionne pas le genre et reste même plutôt classique autant dans sa forme que dans son propos. Toutefois, c’est un agréable divertissement sur lequel réfléchir à ces deux thématiques. Il reste parfaitement recommandable !

Les damnés de Dana #3 les larmes de Dana – Ambre Dubois

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Les damnés de Dana
est une trilogie historico-fantastique écrite par l’autrice française Ambre Dubois. Les larmes de Dana est son troisième (et dernier donc !) tome. Publié au Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce roman actuellement en promotion au prix de 10 euros au format papier.

Je vous ai déjà parlé de cette saga avec son premier tome (la dame sombre) et son second (les brumes du crépuscule). Comme il s’agit d’un troisième tome, cette chronique contiendra inévitablement des éléments divulgâchés. Vous êtes prévenus !

De quoi ça parle ?
Avec un nouvel empereur à sa tête, Rome décide d’attaquer les villages au nord du mur d’Hadrien afin de reprendre la conquête de cette terre qui ne lui a que trop résisté. Comme le craignait Mévéa, les deux étrangers dirigeant cette armée corrompent le Seuil des Anciens et rompe les liens qui existaient encore avec le monde des ombres. C’est la fin d’une ère qui se dessine…

Une conclusion surprenante.
Quand je lis une saga comme celle-là, je m’attends toujours à être déçue par sa conclusion, habituée comme je l’ai été avec la vague bit-lit à voir naître au fil des pages des solutions tarabiscotées et sans enjeux à des problèmes pourtant présentés comme insolubles. Il n’y a rien qui m’agace plus que cela, j’entamais donc la lecture de ce troisième tome un peu à reculons en craignant de revivre la même chose mais ça n’a pas du tout été le cas.

Avec les larmes de Dana, on comprend pour quelle raison ce cycle a été classé dans la collection Griffe Sombre du Chat Noir. L’autrice opte pour des choix osés. Elle décrit la guerre, les massacres, des tactiques douloureuses pour gagner un peu de terrain, des pratiques assez immondes et pourtant très crédibles selon moi. Je ne suis pas spécialiste de la période concernée ou même de l’Empire romain toutefois Ambre Dubois paraît avoir effectué des recherches solides sur ces sujets. Elle n’hésite pas à sacrifier des personnages récurrents et à faire prendre aux survivants des décisions radicales, offrant un épilogue qui m’a donné des frissons et un peu de vague à l’âme. Je n’en dis pas plus toutefois la surprise et l’intelligence du propos, de la démarche, ont vraiment su me surprendre dans le bon sens.

Alors comprenez moi, ça ne veut pas dire que tout le monde meurt dans la souffrance et les larmes, qu’il ne reste finalement rien à sauver. Non. J’entends par mon commentaire qu’Ambre Dubois a effectué des choix crédibles, judicieux, apportant un peu d’espoir sans que cela ne devienne risible ou improbable. L’autrice a trouvé un bon équilibre qui permet d’y croire jusqu’au bout. Au sein de ce genre littéraire, je n’avais plus lu cela depuis un moment.

Une héroïne déchue.
Il arrive fréquemment dans les histoires typées bit-lit que l’héroïne soit en réalité une espèce d’élue ou l’unique représentante d’une caste éteinte, pour grossir un peu le trait. Mévéa se dirigeait dans cette direction, gagnant en puissance petit à petit pour finalement terminer la saga… comme une simple humaine sans pouvoirs. Je m’attendais à ce qu’elle se montre déterminante dans les affrontements, à ce qu’elle sauve tout le monde en tant que Morrigane… mais non. J’ai aimé ce retour à l’humanité, finalement l’autrice illustre dans sa saga les derniers mots du Père des druides, se répondant à elle-même d’une façon assez astucieuse. Bien pensé !

Finalement, cette trilogie, c’est pour quel public ?
Pour le reste, je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà pu dire dans mes deux autres chroniques. Les défauts relevés (propres au genre) sont toujours là et les qualités également. La trilogie reste très constante à ce niveau, ce qui n’est pas plus mal.

Je recommande donc la lecture de cette saga :
À ceux qui aiment la mythologie celtique. C’est vraiment un pan important de la trilogie. S’y connaître n’est pas nécessaire mais apprécier les anciennes religions polythéistes est indispensable puisqu’une grosse partie de l’intrigue se construit justement dans l’opposition entre le christianisme et les croyances antérieures.
À ceux qui aiment la culture vampirique. Ambre Dubois a beau proposer une interprétation différente et liée à la mythologie celtique de leur existence, ces créatures respectent les codes institués dans le genre bit-lit. Même si l’autrice apporte des réponses sur l’attirance de Morcant pour Mévéa dans le dernier tome, cela peut rebuter les lecteurs qui ont eu leur dose.
À ceux qui aiment la période historique correspondant à la conquête de Britannia. L’autrice ne prétend pas du tout écrire un roman historique (elle le dit dans sa post-face) toutefois elle a effectué des recherches et adapté ce qu’elle a trouvé à son propre imaginaire. Un spécialiste y verra peut-être des énormités incohérentes toutefois le commun des mortels (auquel j’appartiens !) appréciera probablement de découvrir une saga qui se déroule à ce moment peu exploité de l’Histoire dans ce genre littéraire particulier.

La conclusion de l’ombre :
Alors que je commençais la lecture de cette trilogie sans trop y croire et que je lui ai trouvé certains défauts propres à son genre (des défauts qui tiennent d’une affaire de goût) je termine ma lecture sur une bonne surprise et un sentiment positif. Je suis contente d’avoir laissé sa chance à cette saga qui compte parmi les premières publiées aux éditions du Chat Noir. Je vous en recommande la lecture si vous entrez dans les conditions listées précédemment dans cet article, vous ne serez pas déçu(e)s !

D’autres avis : aucun, c’est le moment de lui faire une place 🙂

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Métro Paris 2033 #1 Rive Gauche – Pierre Bordage

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Rive Gauche
est le premier tome de la trilogie Métro Paris 2033 écrite par l’auteur français Pierre Bordage. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce roman dés le 28 mai partout en librairie au prix de 23.9 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

De quoi ça parle ?
La surface n’est plus habitable depuis 2033 (enfin, on suppose ?). Les survivants parisiens se sont réfugiés dans le métro et se sont divisés en plusieurs communautés aux profils divers et variés. Dans ce monde post-apocalyptique, des voix s’élèvent pour former une vraie fédération là où d’autres préfèrent se battre pour leurs privilèges… Un tableau dérangeant de ce que la nature humaine a de pire.

Le post-apo et moi.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je me dois d’écrire quelques mots au sujet du genre littéraire « post apo » et de ma relation avec lui. Pour ceux qui l’ignorent (bah quoi, on ne peut pas tout savoir !), il s’agit d’un univers où une catastrophe donnée a détruit la civilisation telle que nous la connaissons et qui prend place dans un après. Je lis très peu de romans post-apo parce qu’ils me mettent mal à l’aise pour la grande majorité d’entre eux. Je ne trouve aucun plaisir à découvrir des univers de ce type même si je pense qu’il est nécessaire d’en inventer parce que ça participe à une réflexion plus globale au sujet de notre actualité. Donc sur un plan personnel, je ne suis pas du tout le public pour ce roman et j’ai ressenti un certain nombre de difficultés à le lire, à arriver au bout. Si ça n’avait pas été un SP de l’Atalante doublé d’un livre qui a souffert de la crise COVID vu que décalé dans le planning, je n’aurais probablement pas fait ces efforts. Un état qui n’est pas lié au texte en lui-même ou à sa qualité (à l’exception d’un élément sur lequel je vais revenir plus bas) mais bien à mes goûts personnels. Aussi pardonnez moi d’avance de rester relativement factuelle dans ce billet.

Vous allez me dire… Pourquoi t’en parles, du coup ? Et bien parce que je ne suis pas égoïste ! Je sais que le post-apo est très à la mode, beaucoup de lecteurs, dont ceux du blog, apprécient les lectures de ce genre donc pourquoi les empêcher de découvrir un bon roman ?

Un univers inspiré de Dmitry Glukhovsky…. mais pas que !
Vous le savez peut-être mais ce roman est tiré du même univers que Métro 2033 de l’auteur russe Dmitry Glukovsky. Un texte que je n’ai jamais lu donc je peux vous affirmer que sa lecture n’est pas du tout nécessaire pour comprendre le contenu de Rive Gauche. Tout ce qu’on doit savoir est d’ailleurs expliqué dans un chapitre d’introduction écrit à la première personne, du point de vue de ce que je vais qualifier « d’érudit ». Cet homme – Roy comme on l’apprendra plus tard- conserve des livres dans le plus grand secret afin de préserver la mémoire culturelle de l’humanité. Un but noble et important (remarque totalement impartiale hum-hum) qui lui permet d’être au courant de pas mal d’éléments du passé. Il dépeint au lecteur son présent : comment s’organisent les stations, quelles difficultés rencontrent les gens. Cela permet d’entrer dans le vif du sujet et d’établir clairement les codes du background.

Les parisiens se répartissent en fonction des stations du métro dont les noms sont restés identiques à ceux d’aujourd’hui aussi je ne doute pas que les lecteurs parisiens s’amuseront à suivre IRL le trajet des protagonistes. Je l’aurais fait si j’avais pu. Certaines disposent de plus de richesses que d’autres et quand je dis richesse, il ne s’agit pas tant de monnaie que de ressources : l’eau, la nourriture, les bougies pour s’éclairer, des objets vitaux du quotidien. Un peu comme dans notre société, une élite se partage la majorité du gâteau pendant que la plupart des gens meurent dans leurs excréments. La maladie fait rage, les couples se reproduisent trop pour la quantité de ressources dont ils disposent et certains enfants naissent avec des mutations, s’adaptant à leur nouvelle vie sous terre et causant des cas de conscience. On croisera aussi un culte religieux, l’Élévation, qui incarne tout ce qu’on peut retrouver de pire dans l’idée de foi.

Cet univers est anxiogène et dérangeant. Pierre Bordage retranscrit très bien l’ambiance du métro. On a l’odeur de merde dans le nez quand on le lit, la pénombre perpétuelle, on se sent limite observé, comme si un monstre allait nous sauter dessus sans prévenir. Tout ce qui m’a rendu la lecture pénible sur un plan personnel se révèle en fait plutôt une qualité pour ceux qui apprécient justement le post-apo.

Une intrigue classique mais efficace pour explorer des thématiques nombreuses.
Rive Gauche ne révolutionne pas la manière de raconter une histoire. Pierre Bordage opte pour une narration chorale qui permet de suivre plusieurs points de vue qui représentent chacun un clan, une façon de considérer le monde, de vivre donc, tout simplement. On a la révolutionnaire égalitaire, les religieux véreux, le gamin débrouillard ou encore la femme flouée qui cherche à se venger. Des archétypes évidents dans une intrigue classique dans le genre puisqu’il s’agit de changer profondément la politique actuelle et, par extension, de réfléchir sur notre propre système. L’auteur n’apporte pas grand chose de neuf au post-apo toutefois il propose un titre assez solide dans sa construction et son déroulé. C’est plutôt cohérent, parfois intriguant, souvent ultra violent. Il vaut mieux ne pas avoir un petit cœur pour lire Rive Gauche parce que Pierre Bordage vous met en scène l’humanité dans ce qu’elle a de pire.

Un sexisme ordinaire bien marqué
C’est le point qui m’a vraiment dérangée et qui n’est pas fondamentalement lié au genre (du moins pas à ma connaissance ?). J’ai conscience que l’auteur s’inscrit probablement dans une démarche de dénonciation du sexisme mais tous les personnages masculins pensent avec leur queue -pour rester aussi vulgaire que dans le texte. Ils considèrent TOUS les femmes comme des objets à posséder, même Juss, qui est un gosse. Il accepte de protéger une gamine nyct en se disant qu’elle sera sûrement belle plus tard donc que ça vaut le coup pour se marier avec elle plus tard. Autant je le pardonne à un enfant qui se contente de reproduire les réflexions des adultes (il va évoluer au fil du roman sur ce point et ce d’une bien belle façon d’ailleurs) autant c’est vite pénible chez les autres. Prenons l’exemple de la femme malmenée qui veut se venger aka Aube. Elle est décrite comme superbe, une déesse (ce mot est employé) tout le monde veut coucher avec elle ce qui lui permet plus d’une fois de sauver sa vie. Les hommes deviennent complètement idiots à son contact et non seulement c’est réducteur pour les femmes… Mais ça l’est aussi pour les hommes ! Comme si les personnages masculins se réduisaient à un pénis… Alors que non, désolée, ils valent mieux que ça autant que les femmes valent mieux que ça. Madone, par exemple, la révolutionnaire, couche avec son capitaine puis s’en désintéresse pour un autre type. À chaque fois qu’elle le voit, elle a envie de coucher avec lui ce qui donne lieu à des scènes de sexe vraiment pas utiles. Je sais que ça ne dérange pas la plupart des lecteurs toutefois moi, ça m’a saoulée.

J’ai bien conscience que Pierre Bordage veut mettre en scène une société post-catastrophe où les gens n’ont rien appris et ne se sont pas améliorés afin de permettre au lecteur de prendre conscience de nos problèmes actuels. C’est un choix et il fonctionne très bien puisque j’ai relevé toutes ces thématiques. Toutefois, je suis plutôt partisane d’une dénonciation du sexisme par la création d’une normalité, comme dans À la pointe de l’épée ou le Prieuré de l’oranger, plutôt que dans une mise en scène aussi brute. Je n’aime pas ça. Je n’aime plus ça, encore moins depuis ma lecture de l’édifiant article sur le sexisme en fantasy de Planète Diversité.

Mais voilà, c’est moi, ça ne concerne QUE moi et ma sensibilité. Et je conçois parfaitement que d’autres lecteurs s’y retrouvent totalement, d’où mon envie de quand même vous parler de ce roman parce qu’il est intelligent, actuel, plutôt bien écrit avec certains personnages réussis qui ont droit à une belle évolution (notamment Juss et Plaisance).

La conclusion de l’ombre :
Rive Gauche est le premier tome d’une trilogie post-apocalyptique qui se déroule à Paris, dans l’univers de la saga Métro 2033 de Dmitry Glukovsky chez le même éditeur. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu les romans d’origine pour comprendre le contenu de Rive Gauche car Pierre Bordage reprend surtout le principe d’habitants réfugiés sous terre pour échapper à une catastrophe ayant rendu la surface inhabitable. Rive Gauche contient tous les ingrédients qu’on attend d’un roman de ce type en proposant une intéressante réflexion sur la nature humaine. Je pense pouvoir affirmer qu’il plaira aux aficionados du genre -ce que je ne suis pas donc je prends des pincettes !

La Trilogie de la Lune #3 La lune vous salue bien – Johan Heliot (3/3)

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La lune vous salue bien
est le troisième tome de la Trilogie de la Lune écrit par l’auteur français Johan Heliot. Réédité chez Mnémos en intégrale prestige à la fin de l’année 2019, vous trouverez ce bel objet au prix de 30 euros partout en librairie.
Je remercie Nathalie, Estelle et les éditions Mnémos pour ce service presse.

Rappelez-vous, je vous ai déjà parlé des deux tomes précédents : la lune seule le sait et la lune n’est pas pour nous.

Ce volume se déroule dans les années 1950. Les américains ont débarqué en sauveurs pour aider l’Europe et ont ramené une forme de lumière après les Années Sombres, grâce à un système de miroirs. Boris Van, agent du secret français, va devoir mener une mission aux États-Unis après un passage par l’Afrique. Son but ? Comprendre ce qui se trame dans les hautes strates américaines et peut-être empêcher un désastre.

Contrairement aux volumes précédents, La lune vous salue bien est écrit à la première personne, du point de vue de Boris, à l’exception des débuts de chapitres qui sont toujours du point de vue d’un autre protagoniste, afin de comprendre davantage les enjeux de l’intrigue. Ce changement marque un certain dépaysement mais n’est pas dénué d’intérêt puisque ça aide à rendre le texte un peu plus immersif. Pas suffisamment pour moi, hélas (je vais y revenir) mais tout de même.

Dans cette uchronie, les États-Unis sont venus aider l’Europe après les évènements du volume 2, ce qui a permis une forme d’américanisation très présente pendant tout le roman. Comme Johan Heliot choisit d’écrire du point de vue de Boris, on prend conscience des nombreux mots anglais qui ont envahis le vocabulaire de tous les jours et qui sont écris phonétiquement dans le texte (nouillorque, bloudjine, etc.) Ce choix donne une saveur particulière à la narration, une couleur locale plutôt forte. Impossible de louper l’influence américaine sur la société européenne. L’écho est d’autant plus fort pour nous en tant que lecteur.

L’époque et le lieu permettent de développer les thématiques du patriotisme exacerbé, de la manipulation de masse par les médias télévisuels, de la force qu’a l’aura d’une star sur son public mais aussi des expériences secrètes aux conséquences terribles, rendues possibles par la mondialisation et l’interdépendance des pays. On retrouve là un sujet cher à l’auteur puisqu’il l’évoque de manière régulière dans ses œuvres. À mesure que l’intrigue avance, le lecteur prend conscience de quelle manière se construit une élection présidentielle, du poids des apparences, des enjeux du support privé, etc. Comme à chaque fois, Johan Heliot frappe fort avec ces thématiques malheureusement toujours actuelles.

Mais… Et c’est là que le bât blesse, c’est que ce tome supposé être un polar / roman d’espionnage se transforme justement un peu trop en pamphlet politique engagé à mon goût. Si j’ai aimé l’épilogue résolument cynique, j’ai ressenti plusieurs longueurs dans les échanges et explications entre les différents personnages. Je devais parfois résister à la tentation de passer des pages, la faute à des scènes d’exposition qui duraient trop longtemps pour se terminer presque chaque fois sur une explosion de violence avec un goût de « tout ça pour ça ». Pourtant, il y a de bonnes idées comme la manière dont le gouvernement américain a exploité les écrivains pour se développer (coucou, ça vous rappelle quelque chose les amis français ?), la tentation du contrôle de masse sur l’agressivité pour empêcher les guerres, la mince frontière entre sauveur et tyran… Franchement, oui, il y a un fond cohérent et riche. Sauf que la manière de présenter les idées manquait de rythme et de subtilité à mon goût.

Dans son souci de fidélité historique, Johan Heliot parle évidemment du racisme, à travers le personnage noir de Lothair qui, au final, n’a pas de réel poids et s’oublie assez vite. Quand je dis qu’il en parle… Disons qu’il le montre vaguement sans aller plus loin. Je sais que ce n’était pas le propos du livre mais quand même, il y a ici un manque de mise en contexte. Il montre aussi une image assez peu flatteuse des femmes. Cette fois-ci, elles sont complètement absentes à l’exception de Lolita (décrite comme une fille facile et montrée comme objet du désir lubrique d’un peu tout le monde) et… Et c’est tout en fait, je n’ai même pas envie de considérer Jayne comme un personnage représentatif. Nous sommes d’accord, c’est cohérent avec l’époque, je pense que c’est ce que l’auteur voulait montrer, mais ça en devient un peu lassant et c’est précisément pour toutes ces raisons que ce tome est celui qui m’a le moins séduit des trois. Mais je m’en doutais un peu quand j’ai découvert l’époque où il se déroulait. Ce n’est pas un contexte historique que j’apprécie et j’en ai un peu ma claque des histoires politiques. Du coup, la sauce n’a pas pris.

Sans compter que la Lune en elle-même, les Sélénites et les Ishkiss sont plutôt absents de ce roman. Le titre prend sens littéralement à la toute dernière ligne. On apprend que le peuple lunaire s’est mis en route dans l’espace à la recherche d’un nouvel endroit où vivre et qu’il a laissé derrière lui ceux qui n’avaient pas envie de les accompagner en les déposant au passage sur Mars. Ce sont ces gens, des jeunes pour la plupart, qui vont intervenir dans la politique américaine pour tenter de trouver une solution à leur déchéance programmée (ouais parce que c’est un peu la galère sur la planète rouge en terme de ressources). L’auteur raconte donc les conséquences de tout ce qui a pu arriver avant mais je pense sincèrement qu’il aurait pu s’arrêter au tome précédent sans que, sur un plan personnel, je ressente un manque quelconque.

Mais ce n’est pas parce que ça n’a pas fonctionné avec moi que le roman en devient mauvais pour la cause. Au contraire ! Johan Heliot continue de défendre sa place de maestro ès uchronie. On sent qu’il connait son sujet à fond et qu’il le traite avec la minutie de l’historien. Il réfléchit soigneusement sur la manière d’adapter ses thématiques au genre du roman et s’en sort plus qu’honorablement. Ses choix ne manquent pas de justesse ou d’intelligence et sur un plan formel, ce roman est bon. Il ne colle juste pas à mes goûts et à ce que j’attendais de cette trilogie.

Ma découverte de la Trilogie de la Lune s’achève donc sur une note mitigée mais je continue à recommander la lecture de cet ouvrage et des autres titres de l’auteur, en particulier Grand Siècle (au risque de radoter), que je considère comme une réussite totale.

Pour résumer, La lune vous salue bien n’a pas su me séduire tout simplement parce que le roman ne correspond pas à mes goûts. Il se déroule dans les années 1950 et s’appuie sur la thématique principale de la manipulation médiatique. Construit comme un polar et même comme un roman d’espionnage, il contient trop de scènes d’exposition pour vraiment me plaire en plus du racisme / sexisme typique de l’époque qui m’agace au plus haut point. Si ça n’a pas fonctionné avec moi, cela n’empêche pas La lune vous salue bien d’être un texte de qualité qui confirme Johan Heliot comme maître de l’uchronie.

La Trilogie de la Lune #2 la lune n’est pas pour nous – Johan Heliot (2/3)

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La lune n’est pas pour nous
est le second tome de la Trilogie de la Lune écrit par l’auteur français Johan Heliot. Réédité chez Mnémos en intégrale prestige à la fin de l’année 2019, vous trouverez ce bel objet au prix de 30 euros partout en librairie.
Je remercie Nathalie, Estelle et les éditions Mnémos pour ce service presse.

L’histoire de ce tome commence en 1933 soit une cinquantaine d’années après les évènements racontés dans La lune seule le sait dont je vous ai déjà parlé précédemment. Suite à la chute de l’Empire, une Guerre Totale s’est déroulée, gagnée par Hitler qui en profite pour assoir la domination allemande et développer son idéologie aryenne. Il ne fait pas bon vivre sur Terre et cela exacerbe la rancœur des Terriens envers les Sélénites au sujet desquels la rumeur raconte qu’ils vivent plus que confortablement et ne souffrent pas de la faim.

Le lecteur est invité à suivre plusieurs protagonistes dont certain qu’il a déjà pu rencontrer dans le premier volume, à savoir Isidore (souvenez-vous de ce journaliste ami de Jules Verne !) et Jaume, le commissaire zélé qui approche de la retraite et ne rêve que de partir au soleil avec son épouse. Jaume connait d’ailleurs une évolution très intéressante et j’ai presque eu le sentiment de côtoyer un autre personnage tant il me plaisait dans ce volume et m’exaspérait dans le précédent.
À eux s’ajoutent Léo, un cambrioleur qui n’a décidément pas beaucoup de chance dans sa vie ainsi que des hauts dignitaires du parti nazi. Je parle évidemment de Himmler, Goebbels et bien entendu, Hitler en personne. À mon sens, il s’agit ici d’un choix plutôt osé de la part de l’auteur et j’ai ressenti un certain malaise à la lecture de ces chapitres. On a tellement ancré en nous l’horreur de la seconde guerre mondiale que suivre des figures aussi importantes, qui ont commis des actes aussi affreux dans notre réalité et en arriver à ressentir par moment une forme d’intérêt et de compassion pour eux, c’est malaisant. Johan Heliot les humanise, ce qui n’est pas un mal en soi car après tout ils étaient humains, ils avaient aussi leurs émotions et leurs tourments, mais je pense que je n’étais pas préparée à être confrontée à quelque chose comme cela. Qu’on se comprenne bien : à aucun moment l’auteur ne fait l’apologie de l’idéologie nazie, au contraire. C’est juste qu’il nous oblige à voir que ces gens, qu’on qualifie de monstres, étaient aussi humains que n’importe qui. Et à les côtoyer.

Ce roman est coupé en parties, chaque partie correspond à une année qui s’étend entre 1933 et 1937. En tant que lectrice, j’ai mis un moment à suivre correctement l’intrigue et à comprendre les liens tissés par l’auteur. Johan Heliot prend son temps, ce qui plaira à certains et peut-être moins à ceux qui, comme moi, aiment que ça bouge tout le temps. L’auteur en profite pour traiter de nombreuses thématiques et la principale d’entre elles reste bien entendu la propagande. Mais ce n’est pas celle qui m’a le plus marquée puisque l’auteur pousse le culot encore plus loin en interrogeant notre perception même du réel. Je m’explique : Jaume, à nouveau sous couverture, entre en possession d’un manuscrit écrit par l’auteur allemand Hanns Heinz Ewers (personnage historique, j’ai vérifié) qui raconte une autre version de la guerre… La nôtre, celle de notre monde à nous ! Il y décrit un univers où les Sélénites ne sont jamais entrés en contact avec les humains, où le parti nazi a lancé son plan d’extermination des juifs (il découvre du même coup l’existence de camps) et où ce sont les alliés qui ont remporté la guerre. La mise en contact avec ce manuscrit va radicalement changer les convictions de Jaume. Là où Johan Heliot est absolument génial, c’est qu’il joue avec sa propre uchronie au point que le lecteur en vient à se demander s’il n’évolue pas lui-même au quotidien dans le roman d’un auteur venu d’ailleurs. J’ai adoré ce concept et la façon dont ce manuscrit poussait les protagonistes à réfléchir au-delà de ce qu’on essaie de leur faire croire via la propagande. Cela montre également le redoutable pouvoir des livres, des fois qu’on l’oublie (et beaucoup ont tendance à l’oublier).

Johan Heliot pourrait s’arrêter là, il en aurait assez fait. Mais non ! Avec ce roman, il touche désormais à la science-fiction puisqu’il développe dans son uchronie une technologie avancée pour l’époque, plus que ce qu’elle ne devrait, et s’accapare également à une forme de mutation dans la fusion entre un humain et un sélénite. Léo est, à mon sens, une sorte de figure super-héroïque moderne avec des pouvoirs mutants qui lui permettent d’accomplir les exploits les plus fous, jusqu’à défier la mort. La ville de Germania est également dépeinte comme une ville futuriste qui m’a un peu évoqué Metropolis de Fritz Lang. Ce n’est pas spécialement surprenant puisque dans ce volume, c’est le cinéma qui dame le pion à la littérature et le lecteur va avoir le plaisir de croiser énormément d’acteurs et d’actrices de l’époque qui ont dans l’histoire un rôle purement figuratif mais ont le mérite d’être là pour renforcer l’effet réel. Léo lui-même va se faire passer pour un acteur et un festival de cinéma organisé à Germania deviendra le théâtre du dénouement de l’intrigue de ce tome.

Mais voilà, si ce roman est divertissant et déborde de références culturelles qu’on s’amuse à traquer, je l’ai trouvé par moment un peu longuet. Il faut vraiment attendre le dernier tiers (si pas quart) pour que les évènements s’accélèrent et qu’il devienne difficile de lâcher sa lecture. On ne peut pas nier la qualité de ce texte, rien que par la manière magistrale qu’a Johan Heliot de jouer avec l’Histoire, mais sur le plan du pur divertissement, certains auront peut-être un goût de trop peu.

Pour résumer, La lune n’est pas pour nous est une suite à la hauteur de La lune seule le sait. L’histoire se déroule cinquante ans après et voir fleurir une Germania victorieuse de la Guerre Totale avec, à sa tête, un Hitler plus glaçant que jamais. Johan Heliot n’a rien perdu de sa maestria quand il s’agit de jouer avec l’Histoire et la culture, parfois au détriment du rythme de l’intrigue. Je m’en vais de ce pas découvrir le troisième -et dernier- tome de cette superbe intégrale prestige dont je vous recommande la lecture !

Le Cycle d’Alamänder #1 la porte des abysses – Alexis Flamand

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La porte des abysses est le premier tome de la trilogie fantasy Le Cycle d’Alamänder écrite par l’auteur français Alexis Flamand. Publié chez Léha Éditions, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.
Je remercie Léha Éditions et la Masse Critique de Babélio pour ce service presse.

Jonas Alamänder n’est pas vraiment un mage chanceux. Détective de profession, il perd sa maison du jour au lendemain, confisquée par le royaume d’à côté. En compagnie des deux soldats venus lui annoncer la nouvelle ainsi que son démon de compagnie Retzel, Jonas se rend à Fresnel, capitale de Kung Bhor, afin de plaider sa cause. Il se rend vite compte qu’on l’a bien eu et se retrouve à devoir enquêter sur une affaire qui le dépasse. En parallèle à Jonas, le lecteur suit Maek, un garçon issu de la classe paysanne qui se met en quête de la mythique école des assassins T’sank.

Avant d’aller plus loin, sachez que ma lecture a été en demi-teinte. Je vous invite donc à consulter l’avis des Chroniques du Chroniqueur sur ce roman afin d’en avoir un aspect vraiment positif. Il n’est d’ailleurs pas le seul à l’avoir apprécié et c’est cette chronique qui m’avait donné envie de commencer cette saga. Si j’en parle sur le blog, c’est pour deux raisons : la première, il s’agit d’un service presse pour lequel l’éditeur m’a envoyé un roman papier donc c’est la moindre des choses que de le lire jusqu’au bout et d’en écrire un retour argumenté même si j’ai eu du mal à me passionner pour son contenu. La seconde, c’est que ce roman n’est pas mauvais du tout. Il ne correspond juste pas (ou plus?) à mes goûts.

Mon premier reproche, c’est sa longueur. 544 pages ce n’est pas si gros et je ne dédaigne pas les pavés (on en parle de Bohen, d’Olangar, de l’Empire du Léopard, bref de Critic en général? ) mais j’ai trouvé que ce premier tome souffrait de longueurs. Pas parce que l’auteur donne dans la redondance (ça change) mais parce qu’il s’éparpille. Je trouve ça dommage surtout qu’il s’agit de la troisième édition du texte (d’abord chez l’Olibrius Céleste puis chez l’Homme sans Nom et enfin chez Léha). C’est peut-être à double tranchant. Cette version a été retravaillée (je suppose?) mais l’auteur a probablement voulu rajouter trop d’éléments. Je serai curieuse de comparer les trois éditions pour me faire une idée. Il est possible que je me trompe totalement, ce ne sont que des conjectures.

Mais je m’égare. Alexis Flamand a créé un univers extraordinaire, hyper fourni, réfléchi jusque dans le moindre détail avec un bestiaire bien à lui et un humour qui m’a plus d’une fois tiré un sourire. On ne peut pas lui enlever ça. Hélas, il a envie d’en parler au lecteur, de son univers. Il a envie de tout expliquer, ce qu’on peut comprendre quand on a inventé autant. Sauf qu’il en dit trop, beaucoup trop. Entre les introductions sur les en-têtes de chapitre qui font très souvent une page pleine et les apartés au sein du texte pour les petites leçons de magie (un exemple parmi d’autres), l’action n’avance pas. Pour vous donner une idée précise de ce que je veux dire par là, Jonas commence son enquête autour de la page 260 donc presque à la moitié du roman. Beaucoup de lecteurs apprécient quand l’auteur prend son temps mais ce n’est pas mon cas. J’ai besoin de davantage d’action et de rythme pour me sentir concernée par ce que je lis et j’ai eu du mal à résister à la tentation de passer des pages. Il y a, je pense, d’autres moyens d’éclairer la lanterne du lecteur d’une manière plus subtile. Les choix de construction ne me convenaient pas en tant que lectrice.

Mon second reproche, ce sont les chapitres concernant Maek qui constituent une grosse part dans les longueurs susmentionnées. Je ne suis pas parvenue à m’intéresser à ce personnage ni à comprendre l’intérêt de nous retracer toute sa vie depuis le début. Bien entendu, on comprend des pans entiers de l’intrigue et du monde d’Alamänder via Maek mais c’est long, si long… Le roman aurait gagné à se concentrer uniquement sur Jonas même si je ne l’apprécie pas plus que cela en tant que protagoniste. J’ai un problème avec sa façon de traiter son familier (oui ça tient à pas grand chose) et son comportement un peu victime de manière générale. Par contre, Retzel est vraiment chouette comme personnage. Ce petit démon invoqué par erreur a été un bon compagnon de lecture. J’ai regretté qu’il disparaisse à certains moments, un peu trop longtemps à mon goût.

Pour ces deux raisons, j’ai vraiment peiné à lire ce roman et à avancer dedans. Je dois aussi préciser qu’en ce moment, je me tourne plus volontiers vers des textes « courts » même si je ne dédaigne pas les briques quand elles sont écrites par mes auteurs favoris donc ceci explique peut-être en partie mon sentiment. Je préfère être honnête. Pour ne rien arranger, la version du livre reçue par la poste était abîmée. Pas par le facteur (pour une fois…) mais à l’intérieur suite à un défaut d’imprimerie. Plusieurs pages et ce très régulièrement durant tout le livre ont une espèce de bande blanche en plein milieu où les lettres sont à peine imprimées si pas totalement effacées. Comme c’est étroit, ça cache entre trois et quatre lettres mais c’est vite devenu pénible et fatiguant à lire. Je pense que l’éditeur n’a pas vérifié le roman avant de me l’envoyer et je ne leur en tiens aucunement rigueur (parce qu’ils ont autre chose à faire qu’imaginer qu’une telle chose puisse arriver) toutefois ça a pu participer à l’effet général et à mon manque d’enthousiasme pour ce titre. Manque d’enthousiasme qui, je le répète, reflète des goûts purement personnels et ne sont en aucun cas lié aux qualités intrinsèques du texte.

Parce que, objectivement, la Porte des abysses a de nombreux points positifs. J’ai évoqué au-dessus l’extraordinaire world-building qui trahit le passé rôliste de l’auteur. On sent le soin qu’il a mis à tout régler, tout inventer et le texte fourmille de bonnes idées. J’ai été impressionnée par son imagination très complète qui couvre autant le bestiaire que la magie ou même l’architecture, les différentes civilisations et coutumes, etc. Tout ce qui touche à Kung Bhor tient du génie et le roi Ernst XXX est extra, je le guettais avec impatience. J’ai aussi apprécié l’humour d’Alexis Flamand. J’ai souri franchement à plus d’une reprise et ce n’est pas si facile d’écrire de la fantasy drôle sans devenir lourd. Bravo pour cela.

Pour résumer, la Porte des abysses, premier tome du Cycle d’Alamänder, n’est pas un roman qui me convient en tant que lectrice mais ça tient à une affinité personnelle. Ce texte a plusieurs qualités qui sauront séduire ses lecteurs entre un world-building impressionnant, des personnages secondaires tordus et de l’humour bien dosé, beaucoup y trouveront leur compte. Notez que la trilogie est complète chez l’éditeur donc n’hésitez pas à tester par vous même !

Le Gambit du Renard – Yoon Ha Lee

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Le Gambit du Renard
est le premier tome de la trilogie The Machineries of Empire écrit par l’auteur américain d’origine coréenne Yoon Ha Lee. Publié chez Denoël dans sa collection Lunes d’encre, vous trouverez ce roman au prix de 23 euros.
Il s’agit de ma douzième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin ! Elle faisait d’ailleurs partie de sa sélection conseillée pour l’été.

Kel Cheris se fait remarquer par son commandement et ce n’est jamais une très bonne chose dans cette étrange société dépeinte par Yoon Ha Lee. On la promeut générale à titre temporaire et on ancre en elle l’esprit du général traitre Shuos Jedao, mort des siècles auparavant mais as de la stratégie qui n’a jamais perdu de bataille. Leur mission? Récupérer la forteresse des Aiguilles Diffuses. Mais il semble que leur hiérarchie cache certaines informations d’importance…

J’ignore encore si cette chronique prendra la forme d’une critique ou d’une expérience de lecture. C’est la blogo qui a attiré mon attention sur ce texte à plus d’une reprise et en lisant le résumé, j’ai directement été intriguée par la perspective d’une cohabitation entre deux personnes au sein d’un même corps, surtout quand l’un des deux est un traitre fou et sanguinaire. Du coup, je n’ai pas trop hésité à l’acheter… Et j’ai plus d’une fois manqué d’abandonner ce roman parce que je ne comprenais rien. Pendant le premier tiers, je lisais des mots dont je connaissais le sens mais qui, mis ensemble, ne m’évoquaient rien de cohérent, rien à quoi me raccrocher ou assimiler. L’auteur exploite des concepts totalement nouveaux (pour moi en tout cas) sans les expliquer de manière claire. Du coup, ma lecture du Gambit du Renard ressemblait à un jeu de pistes et d’énigmes pour essayer désespérément de rattacher ça à quoi que ce soit de connu.

Si vous aimez les romans très clairs et carrés, les lectures purement détente, ce texte n’est pas pour vous. Pourtant, quelle richesse ! Yoon Ha Lee a inventé un monde complet avec son propre calendrier, son propre mode de fonctionnement basé sur les mathématiques, ses propres factions et surtout sa propre culture qui va complètement bousculer les habitudes du lecteur. Un vrai tour de force et un parti pris, je pense, de nous laisser découvrir les choses petit à petit. Aurais-je aimé avoir toutes les informations bien classées dans un lexique au début ou à la fin? Peut-être… D’un autre côté, j’ai vraiment ressenti un profond dépaysement et passé l’agacement des soixante premières pages, je me suis laissée prendre au jeu. Finalement, dans l’ensemble, les traits de l’Hexarcat se dessinent bien. En refermant le livre, j’avais compris les grandes lignes et même certaines subtilités (oui, moment de fierté).

Il faut dire qu’outre l’univers très riche et curieux, le duo principal fonctionne à merveille. Kel Cheris était capitaine au sein de la faction Kel et on la découvre d’abord lors d’une de ses missions qu’elle parvient à boucler en effectuant une manœuvre peu conventionnelle (et quand on est Kel, ça frise l’hérésie !). Du coup, elle devient une candidate intéressante pour prêter son corps à Jedao et enfiler le rôle d’ancre. Jedao est un général de l’armée Kel, d’origine Shuos, qui a commis un véritable massacre quatre siècles auparavant et a du coup été enfermé dans le Berceau Noir. Il a été exécuté, privé de son corps, mais son fantôme reste et continue de servir les Kels à travers différentes incarnations, quand le besoin s’en fait sentir. Non seulement le principe est hyper malsain mais en plus, le caractère de chaque personnage apporte du dynamisme, de l’intelligence et du réalisme au duo. C’est ce qui m’a permis de tenir pendant une partie du roman, j’étais curieuse de voir ce que ça allait donner sur le long terme. Je n’ai d’ailleurs pas été déçue.

Toutefois, ne vous attendez pas à croiser beaucoup de personnages remarquables en dehors de Cheris et Jedao bien que l’action se centre ponctuellement sur d’autres, afin de donner au lecteur un aperçu de la situation à un moment donné de l’histoire, sur un point géographique clé. Cela apporte un peu de diversité, tout comme les échanges de mémos entre deux rebelles (enfin plutôt, le spamm à sens unique d’une mercenaire) qui eux ne manquent pas d’ironie ni d’un peu d’humour, surtout en ce qui concerne les dates. Mention spéciale à la vache adipeuse.

L’éditeur parle de space-opera pour classer ce roman. J’ajouterai également qu’il s’agit de SF militaire à un degré très poussé, surtout concernant la stratégie. Personnellement, j’aime beaucoup mais je sais que pas mal de lecteurs y sont allergiques donc ça me parait important de le préciser.

Je n’arrive toujours pas à décider si j’ai aimé ou non ce livre. En tout cas, le lire fut une sacrée expérience que je ne regrette pas du tout et c’est la raison pour laquelle j’ai décidé d’écrire à son sujet. Je peine à croire qu’il s’agit véritablement du premier roman de l’auteur tant il est brillant dans sa conception et dans son parti pris.

Pour résumer, je pense que le Gambit du Renard s’adresse à un public habitué à la SF qui pourra apprécier son inventivité et sa complexité. Dans un univers totalement original qui bouscule tous nos codes socio-culturels, le lecteur est invité à suivre une bataille pour récupérer la forteresse des Aiguilles Diffuses avec son lot de sacrifices et de stratégie militaire à un degré poussé. Le duo de personnages principaux ne manque pas de piquant et vaut la peine qu’on s’accroche face à la difficulté première du texte. Un indispensable pour les amateurs mais attention aux débutants (auxquels j’appartiens) ça ne va pas être facile de vous y retrouver !

L’interdépendance #1 l’effondrement de l’Empire – John Scalzi

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L’effondrement de l’Empire est le premier tome de la trilogie l’Interdépendance écrite par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante, vous trouverez ce roman au prix de 21.90 euros.
Je remercie chaleureusement Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.
Il s’agit de ma troisième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 !

L’humanité a quitté la Terre pour s’implanter dans différentes colonies, quasiment toutes inhospitalières. Pour survivre, elles dépendent les unes des autres ce qui passe à travers le commerce et la domination de grandes familles. La plus puissante d’entre elles, les Wu, dirige l’Interdépendance avec le titre d’Emperox. Pour commercer et donc survivre, les humains utilisent le Flux, un réseau qui relie les différentes colonies entre elles. Sans lui, le chaos menacerait l’Interdépendance et risquerait de mener à la fin de l’humanité.
Pas de chance donc, quand le comte de Claremont découvre que le Flux n’est pas éternel. Ses courants s’effondrent, lentement mais sûrement, à commencer par celui qui relie le Bout au Central. Certains, plus clairvoyants que d’autres, vont chercher à exploiter ces informations pour la grandeur de leur famille et la richesse qui en découlera forcément.

L’intrigue suit donc cette trame globale autour de l’effondrement (d’où le titre du roman) à travers différents personnages hauts en couleur. Cardenia est la fille de l’emperox défunt. Elle n’aurait jamais du hériter du titre mais son demi-frère aîné est mort dans un accident et elle doit bien assumer ses responsabilités. Cardenia est gentille, trop pour occuper cette fonction dont elle ne veut pas, trop pour les révélations qui vont lui tomber dessus. Pourtant, elle tient, un pas après l’autre, malgré la solitude. Marce est le fils du comte de Claremont, chargé par son père d’apporter les résultats de ses recherches à l’emperox. Comme les informations mettent neuf mois à voyager du Bout au Central, il ignore tout de son décès mais ne va pas se laisser démonter malgré les difficultés rencontrées et les dangers encourus par ceux qui n’ont pas très envie de le voir partir. Au programme: enlèvement, menace, tentative d’assassinat… Quant à Kiva Lagos, elle appartient à l’une des prestigieuses familles commerciales et se retrouve au Bout pendant une révolution à laquelle on la soupçonne d’avoir participé, de façon détournée. Son caractère bien trempé donne un certain piquant au récit. C’est une façon polie de dire que c’est une vraie garce à qui on a parfois envie de donner des baffes mais qui, en réalité, est très cool à suivre. Face à tout ce petit monde, la famille Nohamapetan en quête de pouvoir et de domination via sa fratrie composée de trois membres dont la terrible Nadashe, tête pensante incontestée et véritable sociopathe glaçante.

À ce stade, il est important de préciser que ce roman donne une grande place aux personnages féminins qui ont une réelle importance et un impact fort. Le trio Cardenia, Kiva et Nadashe fonctionne bien à cet égard, ce qui ne signifie pas pour autant que les personnages masculins sont en reste. L’auteur trouve un équilibre crédible en débarrassant son univers des considérations sexistes et sans opérer un renversement de la domination. J’adore !

L’autre point fort de ce texte, c’est son humour typique de l’auteur. J’en avais déjà parlé dans Redshirts. John Scalzi possède un style d’écriture particulièrement dynamique et maîtrisé. L’humour n’a rien de lourd, il rythme le récit en coupant les introspections des personnages qui fournissent au lecteur des informations sur l’univers. Tout s’équilibre et le format d’un peu plus de trois cents pages s’y prête bien. C’est le genre de roman qu’on peut dévorer d’une traite sans même s’en rendre compte, ce qui m’est d’ailleurs arrivé.

Pour résumer, j’ai adoré ce roman de space-opera qui est un coup de cœur pour moi. Si j’avais pu, j’aurai lu la trilogie d’une traite mais la suite n’est hélas pas encore éditée en français. Tout fonctionne merveilleusement bien, que ce soit l’univers, le concept, les personnages ou le style d’écriture dynamique, subtil et drôle caractéristique de cet auteur culte. Je vous recommande plus que chaudement la découverte de ce roman, accessible à tous, même ceux qui n’ont pas l’habitude de la science-fiction ou qui ont justement peur de se frotter à ce genre.