À l’ombre du Japon #45 : { Je (re)lis Tokyo Ghoul (et j’aurais du m’abstenir) – arc final }

Ohayô minasan !

Cinquième article sur le manga Tokyo Ghoul dont j’ai entrepris la relecture après en avoir eu envie pendant un moment. J’avais lu ce manga il y a quelques années, au moment de sa sortie je pense, et j’en gardais un excellent souvenir plus qu’enthousiaste. J’étais donc curieuse de savoir comment j’allais appréhender cette œuvre aujourd’hui… Et force est de constater que les trois derniers tomes n’ont vraiment pas été à la hauteur ni de ma mémoire, ni de mes attentes.

On en est où ?
(Re lire mes articles sur : Arc introductifArc du GourmetArc d’AogiriArc du Dr Kano )
Ken retourne à l’Antique pour poser ses questions au patron et comprendre qui est la mystérieuse Chouette à l’œil écarlate. Dans la foulée, il se confronte à Touka qui le remet à sa place en pointant le fait que personne ne lui a jamais demandé de se sacrifier pour qui que ce soit et qu’il agit comme un petit égoïste. Chamboulé par cette accusation, Ken décide de reprendre sa vie comme avant en tant que serveur de l’Antique. Pas de chance, le CCG est persuadé que la Chouette s’y cache et monte donc une opération d’envergure pour la débusquer. Le combat final arrive !

Comment gâcher un personnage prometteur.
Le premier gros reproche que j’ai à adresser à Sui Ishida c’est la façon dont il a bousillé le potentiel de son personnage principal. Après tout ce qui lui est arrivé et tout ce qu’il a entrepris pour atteindre son objectif (à savoir sauver ses amis), Ken abandonne tout en une page, le temps de se prendre une droite de Touka qui souligne que tous ses actes sont purement égoïstes puisqu’il agit ainsi uniquement pour ne pas se retrouver seul. Cela donne lieu à un court flashback où Ken se rend compte que oui, s’il veut sauver la vie de ses amis, c’est parce qu’il ne veut plus jamais souffrir de la solitude et qu’il devrait plutôt profiter d’eux tant qu’ils sont là.
Mais…
QUOI ?!
Je veux dire, déjà, vouloir sauver ses amis n’a rien de mal et reste un peu la base de tout manga shônen qui se respecte où on met toujours en avant l’importance de l’amitié (et même si j’ai du mal à le comprendre, Tokyo Ghoul est classé et vendu comme un shônen). Là où c’est problématique, c’est quand tu prends les décisions à leur place et que tu te tourmentes alors qu’iels n’ont rien demandé. Sur cet aspect, je rejoins volontiers Touka sauf qu’en théorie, la détermination du héros doit quand même se révéler plus forte que ça et si elle ne l’était pas, comment se fait-il que personne n’ait pu lui ouvrir les yeux avant ? Sans compter que le fait de ne pas vouloir se retrouver seul est presque présenté comme quelque chose de négatif alors que c’est humain, de souhaiter être entouré, protéger celleux qu’on aime…

Le pire n’est pas là… Je l’ai dit, le CCG lance un assaut final sur le café l’Antique qui pousse le patron et deux autres employés à se « sacrifier » afin de sauver les autres goules. Évidemment, pile au moment où Ken décide de retourner y travailler… Et plutôt que de respecter le choix de ces trois goules qui ont de bonnes raisons d’agir ainsi, il va foutre leur plan en l’air en se mêlant de la situation, pour un résultat final lamentable et un combat « au sommet » contre le meilleur inspecteur du CCG, Kisho Arima, dont on entend tout le temps parler mais qu’on ne voit jamais ou presque. Un combat réglé en deux coups de cuiller à pot (je n’exagère pas, c’est extrêmement court) et assez ridicule dans la manière dont Ken agonise.

Tout ça… pour ça ?

Parce que oui, Ken meurt ! Enfin… Celui qu’on connait, du moins. Il est présent dans Tokyo Ghoul RE: mais pas en tant que Ken Kaneki. C’est commode de perdre la mémoire parce que Mr Arima lui a fait un gros trou dans la tête, mh ? Littéralement. Son quinque lui a percé le cerveau et je suppose que les pouvoirs de régénération exceptionnels de Lize lui ont permis de s’en tirer, avec quelques séquelles mémorielles. Comme c’est pratiiiiiique. Et puisqu’il a été humain, fruit d’une expérience contre son gré, il rejoint une unité particulière au sein du CCG, composée de sujets d’expérimentation qui luttent contre les goules. Pas de chance, il va retrouver la mémoire au bout de plusieurs tomes… Et ne pas trop apprécier le lavage de cerveau.

À l’époque, fan absolue, j’ai lu Tokyo Ghoul :RE jusqu’au volume 9 puis j’avais arrêté parce que je trouvais que ça tournait en rond et je n’appréciais pas du tout la nouvelle personnalité de Ken, Sasaki. En relisant la série de base, j’avais pour projet de laisser une autre chance à cette suite et voir si ça valait la peine que j’achète les tomes suivants. Comme vous vous en doutez, mes projets ont changé et j’ai été me divulgâcher la fin pour voir si ça valait la peine de continuer.

Je vous le dis tout de suite : non. Je ne vais pas davantage en révéler mais selon moi, autant mettre son temps et son argent dans d’autres séries.

La notion de fin n’est pas la même pour tout le monde…
Peut-on vraiment parler de fin quand rien n’est résolu ? Il reste des centaines de question sans réponse lorsqu’on referme le quatorzième tome de Tokyo Ghoul. On ignore par exemple ce que devient Aogiri. On nous montre qui est en réalité responsable de l’agression de Lize et Ken du début de la série (et donc un peu à l’origine de tout ou presque) sauf qu’on n’explique pas du tout pourquoi. On ignore ce que deviennent les deux Chouettes, ce que sont devenus Touka, Nishiki, Shu, Hinami et tout un tas d’autres personnages qui n’ont pas participé à ce combat final alors qu’ils ont été présents depuis le début. Je suis désolée mais à mon sens, il ne s’agit pas d’une fin acceptable. J’ai le sentiment qu’on a obligé Sui Ishida à conclure trop vite ou que lui en avait assez, allez savoir. Le truc c’est qu’il y a une suite, en réalité, sous un autre titre… Donc si on l’a contraint à arrêter, pourquoi publier la suite ? C’est un grand mystère.

La suite, donc, le fameux Tokyo Ghoul :RE. Mais là aussi, quel intérêt de modifier le titre alors qu’il s’agit simplement de la suite directe ? Avec le même personnage principal, en plus ? Certes, amnésique une partie du temps… et alors ? Est-ce que ça justifiait une nouvelle série ? Surtout vu la manière dont cette nouvelle série se termine. On pourrait dire que plusieurs mois s’écoulent, ce qui justifierait cela mais ça a déjà été le cas après l’arc d’Aogiri donc la question demeure entière. Pour moi, Tokyo Ghoul aurait du continuer et compter trente tomes en tout au lieu de 14 d’un côté et 16 de l’autre. Il s’agit peut-être aussi d’un coup marketing pour contrer l’effet repoussoir qu’une série longue peut avoir sur certain.es lecteur.ices ? Si c’est le cas, ça ne vaut pas mieux que les maisons d’édition qui ne numérotent pas les romans pour sortir une saga déguisée…

Mon ressenti final.
Dire que je suis déçue tient de l’euphémisme, au point que j’enfreins ma règle de ne pas écrire sur ce qui me déplait. Le souci c’est qu’ayant entamé une relecture détaillée dans plusieurs articles, je ne pouvais décemment pas rester sans achever cette aventure en vous expliquant ce qui ne va pas, à mon sens, dans ce manga.
Peut-être que dans la version animée, ces défauts sont moins dérangeants. Je ne le sais pas, je n’ai pas regardé l’animé et je ne compte pas le faire. Dans la version papier, je peux dire que l’auteur s’est une fois de plus foiré sur les combats qui paraissent brouillons et sur sa mise en scène de manière générale. Je suis frustrée et presque en colère quand je vois le matériel de qualité que Sui Ishida avait entre les mains, les perspectives alléchantes, les bonnes idées, tout ça… Pour ça ? Vraiment ? J’ai presque envie de me remettre à écrire de la fanfiction pour m’enlever cette fichue frustration de l’esprit.

Relire une œuvre qu’on aime, la fausse bonne idée ?
Finalement, cette expérience m’aura fait remettre les choses en perspective et me rend plus prudente aussi dans les conseils de lecture que je peux donner. En effet, depuis plusieurs années, je classais Tokyo Ghoul dans le top 3 des meilleurs mangas de tous les temps… Il est clair aujourd’hui, si vous avez lu cet article en entier, que ce n’est plus le cas mais à quel moment exactement j’ai changé à ce point ? D’autant qu’en 2021, j’ai commencé à prendre le temps de relire des œuvres qui me plaisaient il y a quelques années. Ça a été un franc succès pour Tokyo Vice de Jake Adelstein tout comme pour le manga Black Butler avec lequel je me suis régalée tout au long des trente tomes déjà parus, sans une seule fausse note ou encore avec Im : Great Priest Imhotep qui a été un pur plaisir.

Alors pourquoi pas Tokyo Ghoul ? Je me suis posée la question, j’y ai réfléchi mais j’ignore vraiment ce qui a fait la différence. Peut-être qu’il y a cinq ou six ans je n’avais pas en main les cartes pour me rendre compte de toutes les maladresses narratives de l’auteur ? Que ma sensibilité à la mise en scène brouillonne n’était pas la même ? Il faut dire que j’ai énormément lu entre temps, non seulement du roman mais aussi du manga, chose que j’avais arrêté de faire pendant un temps sans trop savoir pour quelle raison. J’ai un peu le même souci avec la fantasy et la bit-lit : j’en ai tellement dévoré qu’à l’heure actuelle, il est très difficile de me faire aimer une œuvre de ce type parce que j’ai le sentiment que tout se ressemble, que j’ai déjà lu mieux, plus original. Vous voyez l’idée ? Je me dis qu’il doit y avoir des éléments de réponse au milieu de tout ça.

Pour conclure sur Tokyo Ghoul, il serait intéressant de voir si ces éléments problématiques ont été mieux gérés dans l’adaptation animée de l’œuvre toutefois je ne me sens pas la force de m’y confronter pour le moment. Cette question restera donc sans réponse, sauf si quelqu’un a déjà effectué l’expérience ! Et si c’est le cas, que la personne n’hésite pas à se manifester.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #44 : { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du Dr Kano) }

Ohayô minasan !

Quatrième article concernant ma relecture de ce manga. J’y allais à reculons puisque, comme je l’expliquais dans mon dernier billet, la fin du tome 8 ne m’avait pas trop plu, ni l’arc d’Aogiri de manière générale que je trouvais mal géré et mal scénarisé. Le début du tome 9 m’a d’ailleurs fait craindre le pire mais j’ai eu tort de m’inquiéter. Voyons pourquoi !

Attention, cet article concerne les tomes 9 à 11 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

Où en est-on ?
L’histoire reprend six mois après les évènements du tome 8. Ken, en compagnie de Shu, Hinami et Banjo continue d’enquêter sur le passé de Lize tout en cherchant le docteur Kano. En parallèle, Amon obtient une promotion au sein du CCG et reçoit son premier subordonné à former, qui n’est autre que la fille de Mado, son ancien chef !

Deux axes narratifs clairs.
Sui Ishida rattrape l’un des gros soucis de sa narration précédente en cessant de multiplier les points de vue pour se concentrer sur deux personnages : Ken et Amon. Tant mieux, ce sont deux protagonistes intéressants qui permettent d’être au cœur de l’intrigue puisque Ken est tout de même le personnage principal (en théorie) et qu’Amon met le lecteur en contact avec le CCG ainsi que d’autres membres de l’organisation, qu’on apprend petit à petit à connaître et pour qui, donc, on développe un intérêt, même minime. Ce ne sont plus seulement des noms ni des bulles de dialogues informatifs balancés vite fait pour justifier leur présence. Des personnalités se dessinent et c’est tant mieux.

Un point sur le Docteur Kano.
Je vous ai parlé de ce médecin dans le tout premier article. Souvenez-vous ! C’est lui qui décide de greffer l’un des organes de Lize à Ken, afin de lui sauver la vie. On pourrait croire qu’il s’agit d’un déplorable accident mais on apprend ici de manière certaine (il y avait antérieurement quelques soupçons) que ce praticien a agi en connaissance de cause et s’est même servi de Ken pour mener à bien une expérience. On découvre également que Lize est vivante et sert de vivier d’organes qui sont greffés à d’autres humains pour tenter de créer des hybrides. Ç’avait toujours été un projet du docteur, même quand il travaillait pour le CCG, et il avait été écarté à cause des problèmes éthiques d’une telle démarche. Cela ne l’a pas empêché d’exercer dans la clinique privée familiale où il avait toute latitude pour saisir des occasions comme celles-là.

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Ainsi, on comprend que Ken n’est pas le seul hybride à l’œil écarlate. Il y en a au moins deux autres qui sont des expériences réussies (parmi ce qui semble être des centaines d’échecs…) à savoir des jumelles qui, ironie du sort, sont orphelines justement suite à une attaque de goules. Ici, Sui Ishida commence à tisser des liens entre ses différents personnages secondaires puisque ces deux filles ont également côtoyé Juzo, un jeune inspecteur du CCG complètement dingue, probablement sociopathe (dans le meilleur des cas). Leur affrontement et la manière dont Juzo est développé dans cet arc sont bien mieux amenés que les révélations antérieures sur d’autres personnages et c’est tant mieux. Peut-être une affaire de gain d’expérience ?

Le thème de l’expérience scientifique pour améliorer les humains en vue justement de défendre l’humanité n’a rien de nouveau et pose des questions aussi éthiques que philosophiques puisque Kano créé « des monstres » qui ne sont plus humains mais sont supposés les protéger quand même… Il me semble d’ailleurs que ce thème sera développé davantage dans Tokyo Ghoul : RE, de mémoire. On est ici en plein dans le transhumanisme avec tout ce que ça implique même si on ignore toujours d’où viennent les goules et depuis quand elles existent en tant qu’espèce en parallèle à l’humanité.

Ken, dans la tourmente.
Qu’a fait Ken durant ces six mois ? Il a enquêté mais pas que. Il a développé sa force en se nourrissant d’autres goules, toujours incapable de manger de la chair humaine là où celle de ses semblables parait un sacrifice acceptable. On l’apprend au détour d’une remarque de Shu, personnage dont on comprend difficilement les actes puisqu’un coup, c’est un vrai connard hautain et un autre, il s’improvise protecteur et parle de respect à ses ennemis. Je le cerne difficilement mais sa présence apporte réellement quelque chose au sein du groupe formé par Ken, ne fut-ce que sur un plan moral. On dirait que Ken veut l’avoir sous les yeux pour éviter justement de sombrer, ce qui ne fonctionne pas très bien…

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Parce que oui, manger de la chair d’autres goules et donc donner dans le vrai cannibalisme pur et dur n’est pas sans conséquence. Ken semble développer un trouble dissociatif de la personnalité quand il incarne le « scolopendre » (surnom donné par le CCG) et porte son masque. Il devient une personne différente, violente et très agressive, comme s’il laissait ses instincts prendre le dessus tout en essayant de les contrôler malgré tout du mieux qu’il peut. C’est intéressant parce qu’on sent qu’il essaie véritablement de rester « quelqu’un de bien » par tous les moyens. Sui Ishida illustre ici un combat pour ses valeurs face aux atrocités et aux difficultés du monde, soignant davantage l’aspect psychologique qu’il ne l’avait fait jusqu’ici.

Alors, mieux ou pas ?
Et bien oui, beaucoup mieux que l’arc d’Aogiri ! J’ignore si Sui Ishida a eu un accident de parcours mais les tomes 9 (passé les deux premiers chapitres) à 11 qui sont concernés par ce billet s’avèrent beaucoup plus intéressants à lire, mieux rythmés aussi (même s’il reste quelques longueurs) avec des affrontements intéressants et des révélations qui arrivent d’une façon plus harmonieuse. Je suis bien plus motivée à la perspective de (re)lire les trois derniers volumes que je ne l’étais à l’écriture de mon dernier billet.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #42 ; { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du Gourmet) }

Ohayô minasan !

Nouvel article sur le manga Tokyo Ghoul dont je continue la relecture. J’avais commencé à vous en parler avec les trois premiers tomes qui couvraient le prologue et le premier arc véritablement narratif. Ce billet sera consacré à l’arc du Gourmet, soit les tomes 4 et 5. Il contiendra donc des éléments d’intrigue.

Attention, cet article concerne les tomes 4 et 5 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

On en est où ?
Suite à ce qui est arrivé dans le tome 3, Ken espère pouvoir enfin souffler. C’est sans compter sur Shuu Tsukiyama alias le Gourmet, qui l’approche au café l’Antique. Conscient que sa réputation le précède, Shuu manipule Ken en se faisant passer pour une goule incomprise. Ken se laisse berner par les apparences. En effet, de prime abord, Shuu est un homme soigné, il porte de beaux vêtements, s’exprime correctement, partage avec Ken une passion pour la littérature… Le jeune homme accepte donc de passer une journée avec lui, durant laquelle ils vont faire du sport avant de se détendre dans un café littéraire où, parait-il, l’écrivain favori de Ken se rend de temps en temps.

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Si Ken accepte ce rendez-vous, c’est aussi dans l’espoir de pouvoir questionner le Gourmet sur un restaurant dédié aux goules pour le compte d’une amie de l’Antique qui a fait de l’information son métier. Elle sait des choses sur Lize, la goule dont Ken porte un organe, et sur ce qui serait plus probablement un assassinat qu’un malheureux accident. Ken, évidemment curieux d’en savoir plus, accepte d’exploiter l’intérêt que lui porte Shuu, sans se douter une seconde de ce qui va arriver…

Un restaurant pour goules… Ou le début de l’horreur.
C’est à ce moment-là que le manga gagne, selon moi, sa mention « pour public averti » très judicieusement ajoutée par Glénat sur la 4e de couverture puisqu’on atteint à ce stade un niveau de violence physique et psychologique supérieur aux trois tomes précédents. On y voyait aussi du sang, des combats, des membres tranchés et des goules décrire avec force de détails sordides leur façon de manger ou leurs parties du corps humain préférées. Toutefois, à partir du moment où Ken arrive dans ce restaurant, le/a lecteur.ice est confronté de plein fouet à ce que les goules ont de pire en eux. L’extrait ci-dessous est plutôt parlant…

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C’est intéressant que cela arrive à ce stade de l’intrigue et juste après le drame qui a frappé les Fueguchi. En tant que lecteur.ice, on se prenait de compassion pour les goules, on tenait forcément avec elleux face aux inspecteurs du CCG mais être confronté à l’horreur au sein de ce restaurant chamboule totalement les perspectives et oblige à plus de nuances. On se rend compte que, finalement, les goules sont très semblables aux humains, même sur un plan psychologique puisqu’il existe aussi des humains n’ayant aucune considération pour la vie et d’autres qui s’en inquiètent.

Il faut aussi savoir que Shuu emmène Ken là-bas non pas pour consommer mais pour servir de repas ! Il a eu l’occasion de sentir son sang et est persuadé que son statut d’hybride, déjà très rare, en fera un met de choix. Ken n’échappe à son funeste sort qu’à partir du moment où le Gourmet se rend compte qu’il n’a qu’un seul Œil Écarlate, comme la goule de la légende. Il va donc le libérer afin de… se le garder pour lui, évidemment.

Pour comprendre l’intérêt de mon propos suivant, je dois vous parler en quelques mots d’un personnage apparu précédemment : Nishiki Nishio. Il s’agit d’une des premières goules que Ken va rencontrer après sa transformation et il n’est pas très aimable de prime abord puisqu’il attaque Hide, l’ami de Ken, avant d’essayer de s’en prendre à Ken lui-même. Pas de chance, en utilisant le kagune de Lize, Ken va le battre sans difficultés et le blesser gravement… Ce personnage va revenir ici parce qu’il entretient une relation amoureuse avec Kimi, une humaine qui connait son identité de goule et l’accepte tel qu’il est.

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Cette relation parait incompréhensible aux yeux de Ken, qui se demande comment Kimi peut tolérer tous les risques que cela implique. De son côté, Nishiki est tellement blessé qu’il manque de s’attaquer à Kimi et la met hors de son appartement pour la préserver. Celle-ci se rend donc à l’Antique pour supplier Ken de chasser à la place de Nishiki, afin qu’il puisse retrouver ses forces. Malheureusement, quand le Gourmet va les voir ensemble, il va enlever Kimi et se servir d’elle pour attirer Ken dans un piège. Son grand fantasme à ce stade est de manger Ken pendant que lui-même mange Kimi… Ouais, je sais, quel homme sympathique !

Ainsi, l’arc du Gourmet est fascinant et important à deux niveaux : déjà, il permet de fréquenter directement une goule dans ce qu’elles ont de plus laid à montrer, de plus effrayant. Mais il permet aussi de montrer qu’il est possible pour goule et humain de vivre ensemble, à travers la relation qu’entretiennent Kimi et Nishiki. Ce dernier deviendra d’ailleurs serveur à l’Antique et ami de Ken.

Ainsi, cet arc me paraît fondamental pour ce qui arrivera ensuite tout en se révélant formateur pour le personnage de Ken. Le pauvre n’est pas sorti de l’auberge puisque, dans l’arc suivant, il va se confronter pour la première fois à Aogiri et c’est hélas là que tout va basculer pour lui…

J’ajoute que dans ces deux tomes, on trouve également un chapitre « hors série » sur le passé de Lize et qu’on retourne un peu auprès des colombes du CCG avec l’arrivée du remplaçant de Mado et la mise en place de ce qui ressemble à un plan de plus grande envergure pour reprendre le contrôle des différents districts. Mais ça, ce sera pour le prochain article !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #41 { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du prologue + le drame des Fueguchi) }

Ohayô minasan !

J’ai récemment entamé une nouvelle relecture, cette fois consacrée au manga Tokyo Ghoul qui m’avait fait forte impression il y a quelques années lorsque j’ai lu d’une traite les quatorze tomes de la série principale. Je n’hésite d’ailleurs jamais à le citer comme l’un de mes mangas favoris… Mais est-ce toujours le cas à l’heure actuelle ? Comment est-ce que je considère l’œuvre en 2021 ? Et de quoi ça parle, au fait, Tokyo Ghoul ? Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre dans cette nouvelle série d’articles, sur le même format que ma relecture de Black Butler, en évoquant les différents arcs narratifs qui parsèment le manga.

Attention, cet article concerne les tomes 1 à 3 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

De quoi ça parle ?
Ken Kaneki est mortellement blessé un soir et ne doit la vie qu’à la greffe de l’organe d’une goule effectuée par un médecin peu scrupuleux. Dans ce Tokyo alternatif, les goules vivent en parallèle des humains et leur existence est connue. Elles se nourrissent de chair humaine et sont traquées par le CCG. Avec un pied dans les deux mondes, Ken Kaneki va devoir mettre de côté ses préjugés pour apprendre à survivre…

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Premier arc : prologue.
Le prologue couvre les neuf premiers chapitres du manga qui servent à poser les bases de l’univers et des réflexions philosophico-morales qui vont le parcourir. En quelques mots, voici ce qu’il faut savoir : l’histoire se déroule à Tokyo, une capitale nippone divisée en une vingtaine de secteurs dans lesquels les goules se mêlent aux humains. Les goules existent depuis très longtemps, peut-être même depuis toujours ou du moins, c’est ce qu’il semble à première vue mais on dispose de peu d’informations à ce sujet, du moins à ce stade. Dans ce monde moderne, elles sont traquées par les inspecteurs du CCG (Centre de Contrôle des Goules) puisque certaines d’entre elles attaquent des humains pour s’en nourrir.

Une goule ressemble physiquement à un humain hormis sur les points suivants : en théorie, on nait goule, on ne le devient pas. Il s’agit donc d’une espèce à part avec ses propres règles et valeurs. Une goule ne se nourrit que de chair humaine, toute nourriture « normale » a un goût immonde, elle doit donc apprendre à le cacher pour se fondre dans la masse. Une goule est plus forte qu’un humain et plus résistante aussi, si bien qu’elle ne peut être blessée que par une autre goule. Une goule a des yeux rouges qui se manifestent notamment quand elle a faim. Et enfin, une goule possède un kagune, qui prend différentes formes en fonction du type de goule (ailé, blindé, écailleux et à queue). Ce kagune est une arme qui permet à la goule de se battre et de conquérir, par exemple, un territoire. Ou de se défendre.

Là, vous vous demandez peut-être comment s’y prennent les inspecteurs du CCG pour les tuer si on ne peut blesser une goule qu’avec une autre goule ? Et bien en s’emparant du kagune des goules pour le transformer en quinque, ce qui leur permet donc de les affronter et même de les battre. Et ainsi de récupérer de nouveaux kagunes…

Tous ces éléments sont découverts petit à petit par Ken qui, jusqu’ici, était un humain tout à fait normal qui pensait que les goules étaient toutes des prédatrices et donc que les éliminer relevait du bon sens. Recevoir l’un des organes de Lize (une goule qui a essayé de le manger, d’ailleurs) va changer la donne puisqu’il va développer un appétit pour la chair humaine ainsi qu’un kagune, tout en conservant ses valeurs morales. Il refusera pendant longtemps de se nourrir de chair humaine, ce qui apportera évidemment son lot de problème. Ses convictions et certitudes vont être mises à mal par sa rencontre avec des goules qui ne collent pas au stéréotype véhiculé dans les médias. Petit à petit, Ken va se rendre compte que les goules sont comme les humains. Certaines sont « gentilles » et d’autres sont de vraies sociopathes. Ainsi, le manga paraitra manichéen au départ mais les nuances arriveront petit à petit.

Deuxième arc : le drame des Fueguchi
Très tôt dans le manga, Ken va rencontrer Hinami et sa mère, qui sont des goules incapables de chasser. Elles se fournissent donc en viande au café l’Antique qui est un sanctuaire pour goules. De prime abord, Hinami et sa mère paraissent inoffensives et se cachent d’ailleurs des inspecteurs du CCG qui ont tué leur mari / père récemment. Impossible de ne pas compatir à leur histoire. Comme cette révélation intervient très tôt, on comprend vite qu’il existe différents styles de vie chez les goules et que peu importe celui qu’elles adoptent, elles seront quand même tuées à vue sans que les inspecteurs ne cherchent plus loin. Il faut dire qu’ils semblent victimes d’un gros bourrage de crâne…

Cette enquête va permettre au lecteur de changer de point de vue pour pénétrer au sein même du CCG afin d’y rencontrer les inspecteurs Amon et Mado. Le premier vient de sortir de l’Académie et est en binôme avec le second qui le forme sur le terrain. Mado est un personnage assez dérangeant et malsain qui est passionné par les quinques et n’a aucune considération pour la vie des goules. Il suffit de voir comment se déroule son affrontement avec Mme Fueguchi pour s’en convaincre… Amon est comme lui et ne remet rien en question, jusqu’à sa rencontre avec Ken qui va le pousser à s’interroger. La manière dont il se remet en question, lentement, par petites touches, apporte une crédibilité au personnage et un grand intérêt car on sent qu’au contraire de Mado, il y a une place pour une évolution chez Amon que je vois un peu comme le pendant « humain » de Ken Kaneki.

Cet arc se déroule du chapitre 10 au chapitre 29 (plus ou moins) et apporte de premières pistes réflexives sur la nature des goules, sur une cohabitation possible avec les humains (les goules de l’Antique se nourrissent par exemple des corps des personnes suicidées, ce qui ne fait pas de mal) mais aussi sur la notion de vengeance, une décision à laquelle Hinami se retrouvera confrontée. Ce sont des évènements denses et intenses qui s’enchaînent à un rythme maîtrisé, offrant ainsi un page-turner efficace. Notez d’ailleurs que tout ce dont je vous ai parlé jusqu’ici se passe sur seulement trois tomes ! Au quatrième, on change déjà d’arc narratif. Un article complet y sera consacré car il marque, je trouve, un gros tournant au sein du manga.

Ken Kaneki, un protagoniste principal enthousiasmant.
Outre le chara-design sublime et l’écriture soignée en terme non seulement d’intrigue mais aussi de réflexion, un des gros points forts du manga est Ken Kaneki, son protagoniste principal. On le rencontre alors qu’il est étudiant à l’université et se rend au café l’Antique (sans savoir qu’il s’agit d’un repaire de goules…) avec son ami Hide. Là-bas, il craque sur une fille, Lize, parce qu’elle lit un roman de son auteur préféré : Sen Takatsuki. Il s’agit d’un auteur fictif inventé dans la diégèse du manga (et qui aura son importance plus loin dans l’intrigue) mais Ken est, dans l’ensemble, un littéraire dans l’âme si bien que le texte est parsemé de citations et de références diverses à la littérature ou à la philosophie. Je pense que c’est un des points qui m’a le plus enthousiasmé au départ en tant que littéraire. D’autant que lors de ma première découverte du manga, j’étudiais moi-même cette matière…

Ken est un garçon avec des principes mais qui accepte de se remettre en question. Il est même curieux de comprendre, d’évoluer, il cherche donc à échanger avec des personnes dont le point de vue diverge du sien afin de l’intégrer dans sa réflexion. Le monde brutal des goules est à des années lumières de sa personnalité et il n’y aurait probablement pas survécu sans l’aide de Toka ou du patron de l’Antique, mais on reviendra là-dessus car évidemment, l’arc suivant amorce déjà un changement assez radical avec l’arrivée du Gourmet… On en reparlera dans un prochain article.

Et voilà, on arrive au bout de cette première mise en bouche sur le manga Tokyo Ghoul et ma relecture de celui-ci qui est, pour le moment, aussi enthousiasmante que ma première découverte ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, on se retrouve bientôt pour un billet sur les arcs suivants.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)