La divine proportion – Céline Saint Charle

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La divine proportion
est un thriller dystopique écrit par l’autrice française Céline Saint Charle. Édité par Livr’S Éditions, vous trouverez ce roman au prix de 18 euros dans sa version papier et 4.90 dans sa version numérique.

Je vous ai déjà parlé de cette autrice avec un autre one-shot, post-apocalyptique cette fois : #SeulAuMonde.

De quoi ça parle?
Héléna (alias Léna) est journaliste web. Contrainte par son patron de se rendre à Berdoux pour effectuer un reportage au sujet d’un orphelinat qui reçoit une subvention, elle va découvrir l’envers d’un décor effrayant. Elle y rencontre la petite Cerysette, une enfant souffrant d’un angiome qui la défigure. En échangeant avec la petite, Léna prend conscience des conditions de vie assez affreuses pour ces invisibles, ces oubliés du système. Quand la gamine disparaît, la journaliste s’empresse de déposer plainte au commissariat auprès de Lucas Donadio, un flic sur le point de partir à la retraite. Ensemble, ils vont enquêter et remuer des secrets que le gouvernement français aurait préféré continuer de cacher.

Une dystopie terrifiante aux accents quasi prophétiques.
Si l’action se déroule en France, l’autrice évoque la situation des États-Unis afin d’expliquer quelques éléments clés du fond historique. En 2020, le président américain a pété un câble, fermé les frontières du pays et réinstauré une dictature patriarcale (wait a minute…). Depuis, des femmes fuient en masse pour se réfugier en Europe, notamment en France où elles n’ont aucune existence légale. On les parque dans des bidon-villes où elles n’ont pas beaucoup de choix quant à leur avenir. Peu après, le président Rollin arrive au pouvoir en France et propose plusieurs projets politiques. D’une, le réaménagement du territoire en dédiant des villes à certains secteurs / métiers et en reconstruisant sur base du nombre d’or. Il reçoit beaucoup de moqueries des politiques mais un grand soutien des citoyens qui accrochent plutôt bien à ses idées novatrices. De deux, l’application de la loi du Talion.

Oui, le Talion, celui de la Bible : œil pour œil, dent pour dent. Grâce à un procédé technologique dont je vous épargne les explications précises pour ne rien gâcher du roman, on peut faire vivre à un bourreau les souffrances de sa victime pendant x temps en guise de châtiment. Ça calme les ardeurs, direct. D’autant que tous les adolescents ont droit à un « Talion d’essai » en guise de prévention… Ça fonctionne si bien que la criminalité a drastiquement baissé, assez pour que la police ne porte plus d’armes et que les légistes se contentent d’autopsier des suicidés et des morts naturels pour ne pas perdre la main.

Sur le papier, la France s’en sort plutôt bien. Les autres pays l’envient beaucoup, d’ailleurs. Sauf qu’on se rend rapidement compte qu’il y a anguille sous roche…

Des thématiques fortes et actuelles.
Céline Saint Charle ne se contente pas de proposer une enquête intéressante au rythme maîtrisé. Elle apporte une réflexion sur des sujets dangereusement d’actualité comme la question des réfugiés. Dans la divine proportion, il s’agit de jeunes femmes américaines qui essaient d’échapper à un pays rétrograde où on les considère à peine comme des objets de valeur. Elles cherchent donc une vie meilleure en Europe… Ça vous rappelle quelque chose ? Tant mieux, gardez ça à l’esprit. Ces femmes, en arrivant, n’ont pas d’identité. Elles n’existent pas, aux yeux de l’État. Si elles meurent, ça ne les regarde pas et elles n’ont même pas droit à une sépulture décente. Elles n’entrent même pas dans les statistiques des crimes commis sur le territoire, d’ailleurs. Si bien qu’une existence parallèle, presque un monde à part, se déploie dans l’ombre de l’officiel. On y trouve ceux qui ont commis des crimes et craignent le Talion, des prostituées utilisées par les citoyens français les plus riches (hypocrisie quand tu nous tiens) et bien entendu, leurs enfants qu’elles confient pour la plupart à l’orphelinat du coin en espérant qu’ils auront un avenir meilleur en étant adopté par des personnes disposant d’une nationalité.

Ces thématiques profondément humaines interpellent et ne peuvent pas laisser de marbre d’autant que l’autrice se les approprie très bien. Elle les met en avant en le justifiant par son histoire, sans jamais appuyer inutilement ou transformer la Divine Proportion en pamphlet politique. L’équilibre fonctionne.

Un texte porté par les femmes.
L’autrice réussit à brosser une galerie de personnages féminins crédibles et touchants. Elles n’ont pas toutes le beau rôle et c’est ça qui est intéressant parce qu’on ne tombe pas dans le manichéisme type les mâles sont des monstres et les pauvres femelles totalement en détresse. Elles sont victimes, elles sont bourreaux, elles sont tantôt fortes, tantôt faibles, elles vivent dans des conditions difficiles et se battent pour ce qui leur tient à cœur. Pour la petite histoire, l’autrice avait proposé à ses lecteurs de choisir les prénoms des personnages secondaires. Une info qu’elle révèle dans les remerciements. Je trouve l’initiative hyper sympa. Je ne vais pas détailler chacune de ces femmes parce qu’elles méritent toutes qu’on leur rende justice, toutefois je vais m’attarder sur Léna et Cerysette qui sont les héroïnes de ce texte. Léna est donc une journaliste qui a du mal avec les contacts humains. Pas très douée socialement, le sang chaud, la fougue de la jeunesse pas encore désabusée, elle se bat bec et ongle pour divulguer tout ce qu’elle apprend durant son enquête afin que le public soit au courant. Elle m’a agacée quelques fois mais ça ne la rend que plus humaine. Quant à Cerysette… C’est une gamine qui crève le cœur. Harcelée par les autres enfants à cause de son angiome, ils la traitent de monstre et refusent de devenir son amie. Enfant solitaire d’une résilience exceptionnelle, la vie ne lui fait vraiment pas de cadeau, ce qui ne l’empêche pas de conserver une candeur et une bonté qui provoquent plus d’une fois les larmes aux yeux du lecteur.

Le mieux dans tout ça c’est que Céline Saint Charle ne diabolise pas les hommes pour autant. Lucas Donadio est un flic bedonnant sur le départ pour sa retraite en Bretagne. Il est droit, honnête, il s’implique dans l’enquête alors qu’il pourrait très bien poser ses jours de congé pour préserver sa tranquillité. Il a un caractère un peu bourru ce qui ne l’empêche pas de posséder une véritable profondeur. La psychologie de ce protagoniste ne manque pas de nuance, je l’ai trouvé très réussi. Quant à Tony, autre homme remarquable, il est l’employé du bordel de Berdoux, chef de la sécurité. Un ancien malfaiteur qui a du cœur en plus de talents culinaires indéniables !

Pour le plus grand bien.
Jusqu’où peut-on aller pour le bien de la majorité ? Pour le bonheur du plus grand nombre? Voilà une question qui transcende tout le roman. Je ne peux pas développer dans le détail afin d’éviter tout divulgâchage toutefois sachez que la divine proportion ne se contente pas d’être un thriller efficace. Le roman va au-delà et se veut texte réflexif. Quand on le referme, on ressent un malaise en espérant qu’il ne devienne pas prophétique. C’est là tout le talent de cette autrice : ce qu’elle raconte est si crédible que ça en devient possible, envisageable. Chapeau.

Un mot sur le Chien…
En tant que personne engagée dans le bien-être animal, je ne pouvais pas occulter le sujet du Chien. Je mets une majuscule parce qu’il s’agit du nom du canidé adopté par Léna lors d’un reportage à la SPA pour se rattraper après qu’elle ait un peu gaffé. Elle le possède depuis plusieurs mois et ça ne se passe vraiment pas très bien entre eux. Ils ne se comprennent pas, lui pisse sur le tapis et se retient en balade exprès, bref elle vit l’enfer. Chien a une importance dans le roman que je tais pour vous laisser la découvrir mais ce que j’ai surtout apprécié c’est la manière dont Céline Saint Charle explique le problème de l’animal. Quand on a que les justifications de Léna, on imagine un animal un peu retord, vicieux même, ce qui donne une assez mauvaise image des chiens adoptés ou de la SPA qui est bien contente de lui refiler un de leurs pensionnaires. Pourtant, Donadio comprend tout de suite où le bât blesse puisque, chance, son oncle est éducateur canin. D’où l’importance de consulter des professionnels quand on rencontre un souci avec son animal au lieu de se braquer ou pire, de baisser les bras. Je ne vous en dis pas plus toutefois c’était la première fois que je lisais un roman qui évoquait ce type de sujet. Même si c’est accessoire face au reste de l’intrigue, j’avais envie d’en parler et de dire merci à l’autrice pour ça.

La conclusion de l’ombre :
La divine proportion est un thriller à la française de grande qualité. Non contente de proposer une intrigue intéressante et bien menée, Céline Saint Charle construit des personnages à la psychologie travaillée ainsi qu’un fond réflexif qui laisse pantois. Le talent de cette autrice auvergnate se confirme un peu plus à chaque roman. Je ne peux que vous en recommander chaudement la lecture !

My Home Hero #1 – Asaki Masashi et Yamakawa Naoki

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My Home Hero est une nouveauté de chez l’éditeur Kurokawa, à paraître le 10 Janvier 2019. On retrouve Asaki Masashi au dessin et Yamakawa Naoki au scénario. La série est en cours et compte actuellement 5 tomes au Japon. Vous trouverez ce roman dans vos librairies au prix de 7.65 euros.
Je remercie Babelio et les éditions Kurokawa pour ce service presse reçu dans le cadre de la Masse Critique de décembre !

Que seriez-vous prêt à faire pour sauver la vie de votre enfant? C’est la question centrale de ce premier tome où on rencontre le personnage de Tetsuo Tosu. Père de famille, il rend visite à sa fille qui a tout juste quitté la maison et découvre qu’elle porte des traces de coups. Elle affirme s’être cognée à un poteau mais Tetsuo a un peu de mal à y croire. Il décide donc de la suivre et découvre rapidement qu’elle a bien un petit ami violent. En entendant comment ce dernier parle de Reika, Tetsuo comprend qu’il va devoir agir pour sauver sa fille…

Pourtant, on ne va pas se mentir, Tetsuo n’a rien d’un gars courageux ou particulièrement remarquable. C’est un homme comme les autres qui écrit des romans policiers sur internet et travaille dans une compagnie de jouets. Sa famille est tout pour lui, surtout sa fille, Reika, qu’il aime d’un amour aveugle. Alors comment en vient-il à commettre ce crime? C’est ce qu’on va découvrir.

Ce premier tome pose les bases d’une intrigue prometteuse et sous tension. Si elle reste assez classique (du moins pour l’instant) les évènements gardent le lecteur sous tension. Les points de vue se multiplient: D’un côté, on a les parents de Reika qui essaient de sauver leur fille et de l’autre, un groupe de yakuzas qui ne sont pas prêts de les laisser tranquille. On alterne entre les deux ce qui donne une vision d’ensemble assez riche.

Je ne sais pas précisément à quoi je m’attendais en découvrant ce manga. Pas à ça, surtout vu la couverture. C’est peut-être un des rares bémols, je trouve (personnellement) qu’elle ne correspond pas au contenu de My Home Hero. Elle en donne une fausse image. Toutefois, ma surprise fut bonne. Le traitement du crime et les réactions du père sont vraiment très nippones (vous comprendrez, je ne veux pas vous spoiler). Le dessin réaliste participe à l’ancrage dans le réel de ce thriller qui mérite qu’on lui donne une chance. Autre détail qui me pose un peu problème: il y a déjà cinq tomes publiés au Japon et vu la fin du premier, je me demande comment les auteurs sont parvenus à étirer leur intrigue. J’ai peur qu’ils rajoutent du contenu inutile en surfant sur la vague de leur succès mais je leur laisse le bénéfice du doute vu la qualité de ce que j’ai déjà lu.

En bref, le premier tome de My Home Hero est prometteur. Il offre un thriller sur fond de drame familial avec des personnages terriblement humains et normaux. Ce pourrait très bien être votre père… Il ravira les adeptes de réalisme, en espérant que les auteurs ne tirent pas trop leur scénario sur la longueur.

Les démoniaques – Mattias Köping

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Les démoniaques
est un one-shot thriller proposé par l’auteur français Mattias Köping. Initialement publié chez RING, le roman s’offre une version poche à 9.90 euros chez la Mécanique Générale.

J’ai entendu parler de ce roman un peu par hasard et il m’a été chaudement recommandé par Émilie de chez Livr’S. Après la lecture de sa 4e de couverture, j’ai été très intriguée par le côté cru et violent de l’histoire, cette ambiance malsaine. Cela promettait une œuvre sale, sans concession, du coup je n’ai pas hésité à l’acheter. Je ne sais pas trop ce que ça donne comme image de moi en fait, expliqué comme ça :’)

Les démoniaques, c’est l’histoire de Kimy ou de Kim, parce qu’elle préfère ce diminutif. Depuis l’âge de 13 ans, son père abuse d’elle et la prostitue dans son trafic pour pédophiles. Son père, c’est Jacky Mauchrétien alias l’Ours. Il renvoie l’image d’un entrepreneur sérieux mais c’est un trafiquant de drogue doublé d’un proxénète ultra violent et accro à sa propre daube. Quand le roman commence, Kimy vient d’avoir 18 ans. Elle ne veut plus faire de passes et préfère se concentrer sur le trafic de drogue. Son père ne l’en empêche pas mais ce qu’il ignore, c’est que Kimy compte bien se venger pour ces années de sévices. Elle met au point un plan d’envergure pour faire tomber tous ces salopards mais pour le mener à bien, elle va avoir besoin d’aide. Une aide incarnée par Henri, un prof dépressif depuis le meurtre de sa fille.

Ce roman met en scène une histoire de vengeance plutôt classique. La victime se retourne contre son bourreau, élabore un plan, tout ne se passe pas forcément comme prévu et ça donne une série de rebondissements. Je trouve, sur un plan personnel, que la force de ce roman tient en deux points : les personnages et l’horreur qu’il dépeint.

Les personnages, tout d’abord. Si Kimy est l’héroïne, des chapitres courts qui se résument parfois à un paragraphe nous permettent de jongler entre plusieurs psychés. Celle d’Henri, de Jacky, de Dany, des victimes et des agresseurs… L’auteur ne leur accorde parfois que deux ou trois pages mais c’est suffisant. Il utilise des mots forts et un vocabulaire percutant qui va déranger le lecteur, le heurter. Je me suis sentie happée, au fil de ma lecture. Il n’a pas eu besoin de tartines pour me faire connaître les vices de certains ou accepter les motivations des autres.

Mais sa plus belle réussite reste Kimy. Il propose une fille défoncée par la vie qui choisit de se battre. Elle a la hargne et n’a pas perdu son humanité pour autant malgré les horreurs subies. Elle sonne très vrai et on ne peut que s’attacher à elle, qu’on comprenne ou pas ses choix. J’ai vraiment adoré la suivre.

En arrivant dans le dernier tiers du roman, la lecture est passée de génial à mitigée. Tout me paraissait un peu trop facile, ça sentait la résolution décevante. Puis il y a eu la toute dernière page… Je ne vous en révèle pas davantage pour ne pas vous spoiler mais ça, c’est une fin comme je les aime. Bravo pour le culot !

C’était un pari osé proposé par Mattias Köping avec ce thriller qui prend place en France. Une France rurale où on n’imagine pas forcément que de telles horreurs puissent se produire. Ce livre est, selon moi, une réussite. Il ravira les adeptes du thriller gore et de l’horreur toute humaine. Par contre, si vous avez un souci avec les perversions poussées à l’extrême ou le vocabulaire cru, je ne vous recommande pas cette lecture. Moi, c’est ma came mais âmes sensibles s’abstenir.

Mémoires Assassines – Christelle Colpaert-Soufflet

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Mémoires Assassines est un thriller en un volume écrit par l’auteure française (du nord !) Christelle Colpaert-Soufflet. Réservé à un public averti, ce roman est disponible chez Livr’s Éditions au prix de 19 euros dans la collection Suspense. Je vous l’annonce déjà: ce fut un coup de cœur !

Dix-sept mois après une agression violente qui a failli lui coûter la vie, Eva Lorca sort finalement de l’hôpital et emménage dans une nouvelle maison offerte par son mari en échange de son accord pour le divorce. En effectuant des travaux, elle découvre un coffre au grenier contenant les mémoires de Henri Ficheaux, l’ancien propriétaire, qui est également un tueur en série. Elle va se plonger dans les détails les plus intimes de sa vie et y voir un moyen de revenir sur le devant de la scène. Parce que Eva était chroniqueuse pour « Murmures d’ici et là » et elle n’a aucun doute que l’histoire de Henri va lui rouvrir les portes de la gloire.

Je sais, à première vue, le résumé peut sembler cliché, banal, vu et revu… C’est aussi ce que je me suis dit. Et pourtant ! On en est loin. J’ai tellement à dire sur ce livre… Je l’ai lu en 24h et ça m’a même fait du mal de le poser sur ma table de nuit pour dormir, tant je souhaitais connaître la suite. Tout ce que j’aime s’y trouve: un personnage féminin qui sort du lot, un tueur en série, des scènes gores mais pas gratuites, du sexe non censuré mais pas inutile, tout est bien dosé, pour maintenir un intérêt constant du début à la fin.

Au départ, nous rencontrons le personnage d’Eva, qui est une femme brisée suite à son agression, abandonnée par son mari qui lui préfère une fille nettement plus jeune et qui emmène leur fille adoptive avec eux pour une question d’équilibre. Son amant l’exaspère, et on découvre rapidement qu’Eva n’est pas simplement une pauvre petite victime. C’est une femme avec ses vices, sa fierté, son égoïsme aussi. Elle est manipulatrice, pense à sa carrière, mais elle n’est pas pour autant foncièrement mauvaise, elle est juste… Humaine. Dans le bon et le mauvais sens du terme. Elle peut paraître antipathique au premier abord mais j’ai pourtant assez rapidement accroché à sa façon d’être et de voir le monde. Même si je n’adhère pas sur un plan personnel, c’est quelque chose que je comprends, que je conçois, et qui la rend réelle.

Eva est agoraphobe depuis son accident et elle a un grand jardin non entretenu dans sa nouvelle maison. Serviable, son amant (bien pénible au passage ce Stefan) lui envoie son frère, habitué des petits boulots, pour le remettre en état et une relation nait assez rapidement entre elle et le frère en question, prénommé Laurian. Ce personnage va avoir une grande part dans l’histoire et j’avoue que pendant tout un temps, je ne savais pas trop quoi penser de lui. Salaud opportuniste? Homme sincère? Je ne vais pas trop en révéler pour ne pas vous gâcher la surprise, mais il est présent avec Eva tout au long de l’histoire et finalement, je l’aime bien ce garçon !

A partir du moment où notre héroïne découvre les cahiers d’Henri, nous oscillons entre le passé et le présent. Au départ, lire ces mots l’effraie mais très vite, ça la passionne et elle se sent entraînée dans la vie de ce tueur en série. Elle le comprend, le décrypte. C’est un homme à la fois fascinant et répugnant et j’en profite pour pointer ici un élément supplémentaire en faveur du roman: l’auteure ne tombe pas dans le piège de trop en dire dans les journaux d’Henri. Il est courant, quand on lit ce type d’extrait dans un roman, que l’auteur se laisse aller à trop de descriptions et que ça sonne faux, parce que personne n’écrirait son journal intime comme ça. Ici, Christelle Colpaert-Soufflet maîtrise très bien cet aspect de son histoire et on peut la féliciter pour cela.

A l’instar d’Eva, j’ai été fascinée par Henri et très honnêtement, je ne m’attendais pas à ce que l’histoire prenne cette tournure. J’ai envie de deviser des heures sur le sujet mais je ne veux pas spoiler dans ma chronique. Je vais donc me contenter de dire que ça m’a tenue en haleine, que l’auteure n’a pas peur de décrire les vices et les exactions d’Henri, que personne n’est épargné, pas même les animaux (RIP Pilou). Elle a même réussi à me faire grimacer une fois ou deux, c’est dire !

Son style d’écriture est très immersif. C’est un roman à la première personne et nous sommes dans la tête d’Eva, avec les douleurs consécutives de son agression (elle a eu presque tous les os brisés) ses doutes sur elle-même, sur son corps, sur ce qu’elle est et ce qu’elle veut devenir. Cela permet de brasser, finalement, énormément de thématiques et même si sa reconstruction passe à travers un tueur en série, j’ai trouvé l’histoire intelligente, bien amenée. L’auteure ose sortir des sentiers battus et bon sang ce que ça fait du bien !

En bref, je recommande très chaudement Mémoires Assassines qui est un très bon roman écrit par une auteure talentueuse que j’ai été ravie de découvrir pour la première fois. C’est l’histoire d’une renaissance doublée d’une plongée dans les abysses, dans ce que l’humanité peut avoir de pire, le tout traité avec subtilité et intelligence. Je sais déjà que je vais me plonger dans ses autres récits car elle a une mentalité et une plume vraiment plaisante.

Evolution Six (1) – Mitsuru Kaga

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Evolution Six est une série terminée en cinq tomes publiée chez l’éditeur Doki Doki et réalisée par Mitsuru Kaga (au scénario comme au dessin). Il s’agit d’un seinen, un thriller de science-fiction déconseillé aux moins de quinze ans par son contenu assez violent et l’exposition des corps. Chaque tome coûte 7.5 euros.

J’avoue, c’est la couverture davantage que le pitch qui a attiré mon attention. Le garçon représenté me semblait être un bon gros sadique pas droit dans sa tête comme je les aime, avec un petit côté maléfique sur la façon de montrer son bras. Il s’avère que je me suis pas mal plantée, mais j’ai quand même été agréablement surprise par ce personnage. Le chara-design paraissait soigné et dégageait une ambiance malsaine qui m’a tout de suite parlé… Du coup, ça m’a donné envie de passer outre le côté potentiellement survival (vous savez que je n’aime pas ça) pour tenter ma chance.

Je ne sais pas exactement si j’ai adoré ou pas ce premier tome. En tout cas, je suis restée sur ma faim et il m’a donné envie de connaître la suite, ce qu’on peut qualifier de réussite.

En quelques mots, voici le pitch: Pour contrer l’ère glaciaire qui approche, le professeur Ed a fait tomber une pluie artificielle sur le quartier de Karayori à Tokyo. Cette pluie, loin d’être anodine, contenait un moyen de faire évoluer la race humaine. On suit d’un côté sa fille, une surdouée de 16 ans qui essaie de retrouver son père et de comprendre ce qu’il a fait, et d’un autre un garçon suicidaire, atteint d’un cancer qui guérit grâce à la pluie en question (qui lui permet surtout de survivre à sa tentative de se jeter du haut du toit de l’hôpital). Si j’ai eu pas mal d’affinités avec le héros, j’ai un peu moins accroché avec la fille du scientifique, dont le trait me paraît assez forcé. La suite nous dira si ce personnage évolue de manière satisfaisante ou pas du tout.

Sur manga news, on conseille cette série à ceux qui ont aimé Tokyo Ghoul et c’est vrai que le héros a quelques airs de Kaneki. Pour autant, l’univers est très différent, moins complexe, moins poétiquement macabre et, je pense, moins fouillé. Je me trompe peut-être, ceci dit. Difficile de juger sur un seul tome… Comme la série est finie sur cinq et que j’ai finalement bien accroché au contenu, je pense que je vais la lire en entier donc j’en reparlerai plus en détails par la suite. Attention toutefois, elle contient des scènes assez malsaines et bizarres (notamment la lycéenne enceinte… je n’en dit pas plus, mais sérieux, c’était pas mal glauque! ) qui pourraient heurter certaines sensibilités. Moi, j’ai trouvé ça très cool, mais bon, c’est moi.

En bref, le premier tome d’Evolution Six est prometteur. Si ce n’est pas un coup de cœur, il met en place des éléments intéressants et intrigants avec un héros qui a tout pour plaire aux amateurs du genre. Le fait que la série soit terminée et ne compte que cinq volumes est un plus, on sait où on va et dans quoi on s’engage.

Une affaire à suivre, que je recommande à ceux qui aiment la science-fiction et n’ont pas peur du gore.

Artères souterraines – Warren Ellis

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Artères souterraines est un thriller écrit par Warren Ellis et publié chez le Livre de Poche au tout petit prix de 6.60 euros. Et franchement, pour si peu, c’est dommage de se priver d’un tel ouvrage!

Artères souterraines raconte l’histoire de Mike McGill, le détective privé le plus malchanceux du monde. Si une merde doit lui arriver dans son travail, elle lui arrivera. Une affaire banale se transforme forcément en voyage dégueulasse, de quoi vous retourner l’estomac et vous offrir une bonne séance de psychothérapie. Alors quand le Secrétaire d’État débarque dans son bureau pour lui proposer une affaire, justement parce qu’il est du genre poissard et pas trop impliqué politiquement… Vous pouvez être certain que ça va partir totalement en cacahuète ! Son boulot ? Retrouver une seconde version de la Constitution, écrite par les pères fondateurs des États-Unis, capable de changer radicalement la face politique et sociale moderne. Le souci ? On a perdu sa trace…

Ce roman est délicieusement scandaleux. Derrière ses facettes de polar assez classique se cache un petit bijou décadent narré à la première personne par un détective blasé (mais pas trop) qui a déjà pu contempler les côtés les plus dégueulasses de l’être humain. Et quand je dis dégueulasse, ne vous attendez surtout pas aux classiques. Si je vous dis autruche, reptile, dauphin… Vous pensez zoophilie? Ah, ce livre a tellement à vous apprendre. Le premier chapitre annonce déjà la couleur et m’a offert un tel fou rire que j’ai eu besoin de facilement cinq minutes pour me reprendre ! Alors la suite, je ne vous raconte même pas.

Le style de l’auteur est propre à son personnage. Tout se passe dans la tête de Mike et si certains déploreront l’absence de description, il faut bien avouer qu’on n’en a pas véritablement besoin. Il va à l’essentiel, nous montre ce qui importe et laisse à notre imagination le soin de faire le reste. Le tout avec un vocabulaire maîtrisé qui permet de donner une personnalité unique à son protagoniste et à nous le faire immédiatement adorer. C’est qu’il est attachant, ce poissard qui ne s’est résigné à marcher dans la merde. Je crois que c’est l’un des éléments qui m’a le plus conquise : on n’a pas un héros qui se plaint et chouine sur la misère du monde. Il assume, il rend parfois les coups, il n’hésite pas à montrer qu’il en a et se bat pour ce qui est utile. Enfin… Il essaie.

L’autre grand protagoniste de cette histoire, c’est Trix, qui accompagne Mike. Une étudiante en science sociale omnisexuelle qui s’embarque dans cette aventure parce qu’elle promet de les amener à côtoyer des perversions sexuelles inédites. Si j’en parle, c’est pour aborder un point important du roman : ses réflexions philosophiques et sociales. Artères souterraines est plus intelligent qu’il n’y parait et propose notamment une interrogation sur le concept de mainstream, sur la perception sociétale de la sexualité, que j’ai beaucoup apprécié. Deux points de vue se confrontent, entre Mike et Trix, pour nous offrir un récit percutant, très « what the fuck » qui ne pourra que conquérir les lecteurs en manque d’ouvrages qui osent sortir des sentiers battus.

En bref, je recommande très chaudement ce thriller qui nous offre une plongée dans l’Amérique décadente. Il est porté par la voix d’un détective privé délicieusement cynique qui ne pourra que vous faire succomber. Artères Souterraines est une lecture coup de cœur signée ici par un auteur américain que je ne connaissais pas et dont je vais m’empresser de me pencher sur la bibliographique. Je vous invite à faire de même et à laisser une chance à cette petite perle suintante. Vous ne le regretterez pas !

In These Words – Jun Togai & Neko Kichiku

in these wordsIn These Words est un thriller yaoi originaire de Taïwan. Il est publié chez Taifu et coûte environs 9 euros le tome. Les deux premiers volumes sont disponibles en librairie, le tome 3 est prévu pour octobre 2017 si la date ne change pas d’ici là. Croisons les doigts, parce que l’attente va être dure !

Avant de passer à la chronique à proprement dite, je me dois de relever quelque chose sur lequel j’ai tiqué. Le manga commence… Sur un chapitre écrit. Le prologue est constituée uniquement de texte et non de cases avec des dessins, comme si on commençait un roman. J’ai trouvé ce choix particulièrement étrange et inadapté. Si on propose un manga, on le dessine entièrement ou alors on fait un roman graphique. On ne commence pas par raconter une histoire avec du texte pour ensuite basculer dans le dessin. Évidemment, ça a un peu plus de sens quand on lit l’histoire, puisqu’on comprend que révéler le visage de l’homme qui aborde Katsuya ferait s’écrouler l’intrigue entière, mais je pense toutefois qu’il y aurait eu possibilité de le présenter sous une forme plus traditionnelle.

C’est toutefois un détail, le seul négatif (mais c’est parce que je suis un peu chiante aussi) que j’ai trouvé à relever sur les deux tomes de ce petit bijou. En quelques mots, In These Words raconte l’histoire de Katsuya Asano, un psychologue qui a poursuivi ses études aux États-Unis et est engagé par la police de Tokyo comme profiler. Il a aidé à arrêter un tueur en série particulièrement brutal qui sévissait dans la capitale depuis trois ans. Ce tueur, nommé Shinohara Keiji, est obsédé par Katsuya puisqu’il est à l’origine de son arrestation. Il accepte de faire des aveux, à la seule condition que ce soit Katsuya qui vienne les recueillir. Mais à peine Katsuya accepte-t-il cette affaire qu’il est victime de cauchemars… En sont-ils vraiment? Réponse dans le manga ! Je refuse de vous spoiler une telle intrigue, mais si vous vous lancez là-dedans, j’espère que vous avez le cœur bien accroché.

Le scénario est vraiment bien mené, je me suis totalement laissée balader et j’étais loin d’imaginer ce qui se passerait dans le tome 2. Si le tome 1 est extrêmement sombre et violent, surtout dans les abus sexuels dont est victime Katsuya, le second est plus doux, il dévoile Katsuya sous un autre angle et nous force à l’envisager autrement, ce qui est profondément perturbant. D’ailleurs, les révélations qui y sont faites sont tout simplement incroyables. On sent que la scénariste maîtrise la psychologie (j’ai appris qu’elle avait travaillé dix ans dans la police) et qu’elle est préoccupée par la cohérence de son histoire. Impossible de distinguer le réel de l’illusion, le vrai de la manipulation, pas sans l’aide d’un tome 3 qui est prévu pour dans trop longtemps à mon goût. Et c’est une lectrice frustrée qui parle ! Parce que j’ai adoré, si ce n’était pas encore clair.

Outre ce scénario génial, mention spéciale pour le chara-design que je trouve magnifique. Les couvertures sont des chefs-d’œuvre, les illustrations couleurs au début du manga sont magnifiques et celles dans le manga en lui-même le sont tout autant. Le trait est plutôt réaliste sans être cru. Dans les scènes intimes, on montre ce qu’il faut avec une vraie justesse, sans jouer la fausse pudeur mais sans tomber dans le voyeurisme pornographique. Même les scènes de viol sont érotiques, au point que ça en devient perturbant, parce qu’on ne tombe pas dans le mélodrame hyper émouvant mais on lit dans le regard de Kaguya qu’il n’est pas consentant le moins du monde. C’est un point fort du manga: il ne banalise pas son propos, un viol est un viol, rien ne l’excuse, et l’attitude du tueur en série participe au malaise général. Même le dessin sans le texte nous fait ressentir ces émotions et cela témoigne d’une vraie maîtrise que je tenais à souligner.

En résumé, In These Words est un excellent manga, certes yaoi, mais très loin des clichés du genre. C’est un thriller psychologique avant tout, violent, audacieux et malsain qui plaira aux amateurs du genre, mais attention… Âmes sensibles s’abstenir. Ici, il n’est pas question de confondre « amour » et « dépendance » ni même de cautionner des comportements anormaux, criminels. Le viol reste un viol, les auteures parviennent à l’érotiser sans jamais sacrifier le côté anormal de la situation, sans jamais nous laisser croire que la victime « aime ça » et qu’elle va forcément tomber sous le charme de son bourreau. C’est un tour de force que je salue franchement et c’est certainement ce que j’ai le plus aimé dans In These Words. C’est un excellent exemple de dark romance et je vous invite à lire l’article de We Need More Safe Sex Books qui vous explique en profondeur pour quelles raisons, ce que je ne peux faire moi-même dans ma chronique sans risquer de vous spoiler l’intrigue.

Je vous recommande chaudement ce manga !

Perfect Crime – Yûya Kanzaki & Arata Miyatsuki

perfect crimePerfect Crime est un seinen publié chez Delcourt / Tonkam au prix de 8 euros. Il s’agit d’une série de type thriller psychologique avec Yûya Kanzaki au scénario et Arata Miyatsuki au dessin. C’est, a priori, leur premier manga à tous les deux et je dois avouer que c’est une vraie réussite !

Pour info, la série est toujours en cours au Japon, elle comporte actuellement cinq tomes là-bas alors que le tome 3 vient de sortir ici, nous sommes donc presque en simultané. Je ne sais pas combien de tome il y aura en tout mais vu la construction de la série, ça ne devrait pas dépasser la dizaine. De mon côté, j’ai actuellement lu les trois premiers volumes et je vous propose donc un retour sur trois tomes.

Perfect Crime raconte l’histoire de Tadashi Usobuki, qui est un tueur à gage… Pas comme les autres. Son secret? Il ne tue jamais de ses propres mains. Il est l’homme aux crimes parfaits, le tueur de la cabine téléphonique. L’idée, c’est que si on veut la mort de quelqu’un, on dépose un petit mot dans une cabine téléphonique et il se débrouille pour nous contacter. Chaque chapitre de Perfect Crime met en scène un contrat différent qui finit toujours par se retourner contre celui qui l’a lancé. Et oui, toujours bien réfléchir à ce que l’on souhaite, surtout quand Usobuki est dans les parages ! Engager Tadashi Usobuki, c’est un peu comme pactiser avec le diable: on a de grandes chances de le regretter et de se faire avoir !

Quand je vous disais qu’il n’était pas ordinaire, ce n’est pas seulement parce qu’il ne se salit jamais les mains… Tadashi Usobuki est particulier. Croiser son regard, c’est tomber en son pouvoir, sauf pour quelques rares personnes. Sa capacité de suggestion est tellement puissante qu’on tombe presque dans le fantastique. Pourtant… Ce n’est pas le cas, même si c’est plutôt flou. Et ça fait aussi l’intérêt du manga, on n’est jamais certain d’être face à un « simple » humain ou face à quelque chose de plus grand. Quelle que soit la réponse, une chose est sûre, Usobuki s’amuse beaucoup des faiblesses de l’humanité. Étrangement, ça me le rend sympathique !

Perfect Crime ne se contente pas d’enchaîner les scènes de morts violentes ou les crimes odieux. C’est une mise en abîme de toute l’horreur humaine, de ce que l’Humanité a de pire en elle, ce qui nous force à réfléchir sur notre condition. Est-ce que Tadashi Usobuki est un humain ? Oui, non, peut-être… Il les méprise, il s’amuse d’eux et de leurs réactions, il se considère comme à part, mais est-ce parce qu’il appartient à une autre race ou plutôt parce qu’il est un sociopathe? Le mystère plane systématiquement, ce qui est très agréable et témoigne de la maîtrise scénaristique qu’a Yûya Kanzaki. Je me demande jusqu’où ils iront.

Outre les scènes avec ses clients, Usobuki est poursuivi par un inspecteur de police qui lui en veut beaucoup puisqu’il a tué l’une de ses collègues. Le problème c’est que plus on avance, plus on craint que l’inspecteur ne tombe tête la première dans les ténèbres qui entourent Usobuki. Ce n’est pas une banale chasse à l’homme, l’intrigue met son accent ailleurs. J’ai plutôt l’impression qu’il s’agit d’une réflexion sur le système judiciaire, sur le concept même de justice, plus particulièrement lorsqu’elle est appliquée à l’Homme. Bref, ce n’est pas juste un manga avec du sang, un peu de sexe et un personnage principal qui fait figure d’anti-héros. Et cela me plait !

Ce manga ne dément pas sa phrase d’accroche, il s’agit bel et bien d’un thriller psychologique haletant et intriguant. Je suis curieuse de voir jusqu’où les auteurs pousseront le vice et comment se terminera cette macabre histoire. C’est un manga que je conseille à tous les amoureux des thrillers psychologiques et à ceux qui aiment qu’une histoire ait un véritable fond. C’est une bonne série à suivre de près, je vous la recommande.