Une aventure de Lucifer Box #1 Le Club Vesuvius – Mark Gatiss

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Le Club Vesuvius
est le premier tome de ce qui est présenté comme une saga ayant pour personnage principal Lucifer Box. Écrit par Mark Gatiss, cet ouvrage steampunk est disponible au format poche chez Bragelonne au prix de 9.90 euros.
Ce roman peut convenir au Pumpkin Autumn Challenge dans le menu « Automne Douceur de Vivre » catégorie « La feuille d’automne emportée par le vent (…) » pour sa couverture aux couleurs rouges / marrons un peu automne.

Dans ce premier tome, nous rencontrons le personnage de Lucifer Box: dandy, bad boy, peintre talentueux et espion au service de la Reine. Il va s’intéresser de près à une drôle d’affaire qui menace la couronne et qui le mènera de Londres à Naples.

Et oui, c’est tout.
Je veux dire, comprenons nous bien. Le roman fait un peu moins de trois cents pages et c’est un bel objet. La couverture est soignée, les dorures tiennent plutôt bien, l’intérieur du bouquin comprend d’intéressantes illustrations et les débuts de chapitres sont travaillés avec une mise en page spéciale. Mais en dehors du support physique, ce roman n’offre pas grand chose de plus qu’un divertissement. Parfois, c’est ce qu’on attend d’un livre et d’autres, non. Moi, j’en voulais davantage et je ressors de ma lecture un peu mitigée à cause de ça.

Pourquoi est-ce que j’en attendais trop?

Parce que Mark Gatiss est un homme dont j’apprécie le travail. Vous le connaissez sûrement en tant qu’acteur (et producteur et scénariste) dans Sherlock (aka une de mes séries préférées de tous les temps) ainsi que scénariste sur Doctor Who, entre autres. Je ne peux pas nier son talent tout britannique dans ces domaines, ni son style, ni cette aura particulière qu’il dégage quand il joue. Mais si son roman n’est pas mauvais, il n’est pas non plus transcendant et loin du niveau auquel il a pu habituer son public dans d’autres arts. Du coup, forcément, j’en attendais énormément et je ressors déçue alors que le livre en lui-même n’est pas mauvais.

Le scénario est très classique pour ne pas dire prévisible, à quelques exceptions. Je ne me suis pas sentie concernée ni même prise dans l’intrigue. Je n’avais aucun mal à le refermer pour passer à autre chose et je lui ai même trouvé quelques longueurs. Les personnages sont tous des caricatures, en particulier le héros. Pourtant, j’adore les anti-héros dans ce genre-là mais Lucifer Box sonne faux, sonne « trop » : trop parfait, trop beau, trop talentueux, pour qu’on parvienne à s’y attacher. Il manque de nuances, de profondeur psychologique. Et si ses réflexions très british prêtent à sourire, on se lasse assez vite de ses tentatives pour paraître scandaleux. Tentatives qui tombent souvent à plat.

Et c’est ça le problème majeur du Club Vesuvius: il est terriblement grand public. Il colle strictement aux codes de ce type de roman. Cette remarque ne se veut pas condescendante, loin de là. Il y a des livres qui collent à une image précise, à destination d’un public cible qui consomme ce type de littérature à la pelle et il y en a d’autres qui se démarquent, qui cherchent plus loin, qui apportent un peu plus. Ça ne fait pas des romans grands publics de mauvais livres, au contraire. Simplement, ils sont inadaptés à des lecteurs comme moi qui ont une autre vision du steampunk, bien plus poussée, avec des autrices comme Marianne Stern ou Esther Brassac. Ou une autre vision de la littérature, tout simplement. J’en suis à un stade de ma vie de lectrice où je n’ai pas envie de lire un roman interchangeable avec un autre comme je le faisais volontiers plus jeune avec la bit-lit par exemple. Je connais d’ailleurs aussi ce phénomène dans la sphère audiovisuelle.

Malgré ma déception, ce roman trouvera un public. Il est certain que le Club Vesuvius ne marquera pas votre mémoire de lecteur, en positif comme en négatif. N’empêche, il reste sympathique à découvrir si vous souhaitez démêler une enquête dans un univers steampunk avec un personnage qui se voudra récurrent sur plusieurs tomes.

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Récits du monde mécanique #3 Realm of Broken Faces – Marianne Stern

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Realm of Broken Faces
est le troisième (et dernier, nooooooon !) tome des récits du monde mécanique par l’auteure française Marianne Stern. Il s’agit d’un roman steampunk très sombre publié aux Éditions du Chat Noir au prix de 19.90 euros. Mention spéciale pour la magnifique couverture réalisée par Miesis qui a su parfaitement rendre l’ambiance et le ton du roman en une seule image, chapeau ! Non seulement elle attire immédiatement mas quand on la regarde après la lecture, elle prend vraiment tout son sens. Bravo pour ce travail et son investissement !

Vous le savez, Marianne Stern est une auteure que j’apprécie beaucoup que ça soit humainement ou dans son écriture. Je la trouve vraiment talentueuse, elle aborde des thématiques qui me parlent, créée des personnages auxquels je m’attache rapidement et a un style qui lui est propre. Je l’ai découverte pour la première fois avec Smog of Germania (le premier tome des récits du monde mécanique) et j’avais été rapidement séduite. Depuis, j’ai lu plusieurs de ses romans (tous en fait, Ô rage Ô désespoir me voilà à jour) et je ne peux que constater l’évolution de son écriture et de sa qualité littéraire.

Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, je parle de troisième tome mais en réalité, on pourrait choisir de lire chaque roman composant les récits des mondes mécaniques de manière indépendante. On y perdrait peut-être un brin en intensité narrative mais ils constituent chacun un tout sur eux-mêmes. Une information intéressante pour ceux qui n’aiment pas les séries !

Ce troisième tome est de loin mon préféré et sans surprise, ce fut un vrai coup de cœur. Il se passe dans l’Est français, plus précisément dans une sorte de village informel dirigé par le mystérieux (et excentrique) Monsieur. L’endroit rassemble quantité de criminels mais aussi d’anciens combattants trop dérangés dans leur tête ou leur corps pour retourner à la vie civile. Une bonne brochette de tarés comme on les aime dans une ambiance qui suinte le sang, la crasse et la boue. On a cette impression poisseuse qui nous colle perpétuellement à la peau au fil des lignes, ce qui dénote une vraie maîtrise narrative.

Le roman est divisé en quatre parties. Dans la première, nous suivons le Quenottier, un personnage très attachant par sa mentalité particulière et son phrasé propre. Il faut dire que même si la narration est à la troisième personne, l’auteure s’adapte à la mentalité de son personnage, ce qui offre dans ce cas-ci des chapitres rédigés sur un ton familier, presque argotique. Délicieux à découvrir ! Dans la seconde, nous retournons à Germania pour voir comment s’en sort le Kaiser Joachim… Pas terrible, on ne va pas se mentir. Si, au début, il me faisait de la peine et que je ressentais une certaine empathie pour lui, j’ai rapidement eu envie de lui coller une bonne paire de claque. On alterne ainsi jusqu’à la dernière partie où tous les protagonistes se rejoignent pour un final explosif. Plus on avance et plus l’auteure nous offre des micro chapitres du point de vue de certains personnages présentés précédemment, ce qui sert le récit. Cela ne m’a pas gênée, parce que la personnalité de chacun ressort vraiment bien et ça reste utile à l’intrigue.

Je meurs littéralement de frustration, parce que j’ai envie de détailler chaque élément de l’intrigue mais ça vous gâcherait le plaisir. Du coup je vais plutôt évoquer les points forts du roman, à commencer par l’écriture de l’auteure. Comme signalé plus haut, elle s’adapte à chaque fois au personnage sur qui se centre la narration et est particulièrement immersive. Le milieu particulier du livre offre une utilisation riche (et maîtrisée !) du champ sémantique rattaché à la guerre mais aussi au monde militaire, ce que j’ai adoré puisque je suis particulièrement sensible à ce type de milieu.

Les personnages ne sont pas en reste ! Je ne vais pas évoquer les anciens qui sont présents pour ne pas risquer de spoiler les lecteurs qui ne sont pas à jour (ou les futurs lecteurs !) et plutôt me concentrer sur les nouveaux. En règle générale, je trouve que Marianne Stern ne créé pas de bons personnages féminins et ça m’avait particulièrement frappée dans Scents of Orient (le tome 2 des récits des mondes mécaniques). La seule exception: sa pilote Anya dans 1993. Pourtant, ici, j’ai noté une très nette amélioration. Certes, la capitaine Meike ressemble à Anya mais elle n’en reste pas moins un personnage féminin travaillé et intéressant. La gamine prénommée Murmure est vraiment surprenante elle aussi et plutôt drôle, surtout dans ses interactions avec les autres. Deux vraies réussites et un sacré bond en avant à ce niveau ! Quant au Quenottier, on découvre un homme à la fois simple et complexe. Un gars comme les autres, traumatisé par la guerre à sa manière mais qui reste les deux pieds sur terre et continue de vivre alors que beaucoup, à sa place, auraient baissé les bras. Ses réflexions, ses choix, bref tout ce qui le concerne m’a vraiment intéressée, je le trouve très bien géré et hyper attachant. Mention spéciale à Monsieur quand même (je le devais !), mais je n’en dit pas plus ♥

Le ton général du roman, comme je l’ai signalé, est assez sombre et on en ressort avec l’impression que la boue, la sueur et la crasse nous collent à la peau, ce que je trouve délicieux. L’auteure développe un univers uchronique intéressant et très travaillé, surtout au niveau des prouesses technologiques liées à l’art de l’orfèvrerie. Son univers est réaliste, en dehors de ça, mais ce simple petit pouvoir possédé par quelques rares élus rythme finalement toute la saga pour offrir une uchronie renversante parsemée de scènes fortes parfaitement détaillées. J’en ai une gravée dans la rétine, qui arrive vers la fin, que je vais identifier par « celle avec les éclairs et les mines » (vous comprendrez) juste… Parfaite ♥ Puis celle dans l’araignée puis… D’accord, je m’arrête là.

Fidèle à son habitude, Marianne Stern laisse une grande place à l’univers militaire et plus particulièrement celui de l’aviation. On ressent sa passion et ses connaissances qui nous entrainent facilement dans ces sphères où, personnellement, j’adore me perdre !

Je me rends compte que la chronique commence à tirer en longueur et je vais donc m’arrêter ici. Ce troisième tome aura été un véritable coup de cœur auquel j’ai du mal à trouver des défauts. Il contient tout ce que j’aime chez cette auteure et tout ce que je recherche dans un livre: un univers sombre, des personnages travaillés et torturés qui sortent du lot, une identité littéraire dans l’écriture et une mentalité particulière qu’on ne retrouve que trop rarement dans la littérature SFFF francophone à l’exception de quelques auteurs dont je parle assez souvent sur le blog. Je ne peux que vous conseiller la lecture de ses ouvrages, particulièrement si vous aimez les ambiances militaires, les univers uchroniques et les protagonistes inoubliables. J’ai tourné les dernières pages avec émotion en disant adieu à ce monde et à cette saga qui a donné naissance à l’un de mes personnages littéraires préférés (c’est vous dire !). Merci Marianne pour cet extraordinaire voyage dans les mondes mécaniques ♥

Confessions d’un automate mangeur d’opium – Mathieu Gaborit & Fabrice Colin

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Confession d’un automate mangeur d’opium
est un one-shot steampunk écrit par Mathieu Gaborit et Fabrice Colin. Publié chez Bragelonne dans le cadre du mois du cuivre, il est disponible en poche au prix de 9.90 euros.

J’entends beaucoup parler de Mathieu Gaborit depuis quelques semaines, via notamment la sortie de nouveaux romans signés par lui chez Mnémos. Mon libraire ne tarissait pas d’éloges à son sujet, du coup j’ai eu envie de le découvrir. C’est principalement pour ça que j’ai tiré du fin fond de ma liseuse cet epub acheté pendant la #GrosseOP de Bragelonne. Quant à Fabrice Colin, je ne le connais que de nom, ça me donnait donc l’occasion de faire d’une pierre deux coups !

Mon avis sur ce roman est un peu mitigé, je ne vais pas vous le cacher. Je n’ai pas détesté mais je trouve qu’il lui manquait trop de choses, que les auteurs ne sont pas allés au bout de leurs idées.C’est dommage, quand on voit le soin porté à l’objet livre en tant que tel… Il aurait mérité un peu plus d’investissement.

Nous évoluons dans un univers steampunk situé à Paris en 1889, pendant l’Exposition Universelle. Margo est une actrice qui devient célèbre et va commencer à enquêter sur la mort mystérieuse de sa meilleure amie, aidée par son frère Théo qui est aliéniste. Cet improbable duo va se confronter à de nombreux dangers à la recherche de la vérité.

Pour être honnête, c’est davantage le titre qui a attiré mon attention, pour l’écho qu’il faisait dans mon esprit avec le Confession d’un elfe fumeur de lotus de Raphaël Albert. Je m’attendais à quelque chose dans la même veine et je crois que ça m’a un peu gâché le plaisir. L’intrigue est, somme toute, celle d’une banale enquête policière et on devine très vite comment cela va se terminer, qui est qui, qui fait quoi. Pourtant, je ne me suis pas ennuyée en le lisant: l’univers créé par les auteurs est plutôt riche et intéressant. Je regrette qu’il passe un peu en second plan même si j’ai apprécié les clins d’œil dissimulés tout du long (comme celui à Métropolis de Fritz Lang). L’écriture des auteurs est rythmée, maîtrisée, on sent qu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai en matière littéraire. Ils utilisent les mots justes et évitent habilement les longueurs pour offrir une histoire divertissante qui se lit toute seule.

Les personnages principaux sortent aussi un peu du lot. S’ils ont tous un rôle très archétypal, Margo est une comédienne au fort caractère, plutôt agaçante la majeure partie du temps mais qui a au moins le mérite de proposer un personnage féminin différent de celles qu’on croise habituellement dans ce type de littérature. Théo, de son côté, est le stéréotype du scientifique obsédé par son objet d’étude et qui néglige tout le reste. Je l’ai beaucoup apprécié, même s’il manquait de surprise. Quant aux autres, ils servent leur fonction, à l’exception du fameux « automate mangeur d’opium » (je ne vous révèle évidemment pas son identité) qui avait vraiment une histoire intéressante et prenante. Je pense que j’aurai mieux apprécié le livre s’il avait été rédigé de son point de vue. Mais ç’aurait donné un ouvrage totalement différent !

Comme dans tout roman steampunk, Confession d’un automate mangeur d’opium propose une réflexion sur la société, sur les dérives technologiques et sur la notion d’humanité. Il ne révolutionne pas le genre et sera certainement vite oublié par beaucoup de lecteurs. Assez ironique quand on pense qu’il a posé justement les bases du genre en question puisque sa première parution remonte avant 2000 ! En le replaçant dans son contexte, il prend son sens mais dans le prisme du courant steampunk actuel, il perd énormément de son charme, selon mon point de vue. Pourtant, il remplit efficacement son rôle de divertissement et reste intéressant à découvrir. Je le conseille plutôt à ceux qui désirent s’essayer au genre ou qui aiment les romans mettant en scène une enquête.

Focus – Marianne Stern

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Dans le cadre du Mois de l’Imaginaire, j’ai envie de vous présenter des auteurs francophones parfois trop peu connus, qui appartiennent à de petites maisons d’édition et qui valent, selon moi, vraiment la peine d’être lus. Trollée impitoyablement par facebook et persuadée que nous étions le jour de l’anniversaire de Marianne Stern, je me proposais de commencer par elle en guise de surprise… Il s’avère donc que je suis victime d’une odieuse manipulation mais ce n’est pas très grave, ça permet à l’auteure de rester fidèle à elle-même. Vous allez comprendrez en lisant… (Je précise, je le dis avec tout mon amour !)

Commençons par quelques éléments biographiques, tirés du site internet de son éditeur: Physicienne de formation, Marianne a changé de voie en cours de route pour rejoindre ses véritables passions, l’aviation et les machins volants. Lorsqu’elle a du temps à disposition, elle écrit, fait fumer ses guitares, ou écoute du heavy metal. Avide de lecture depuis toujours, elle collectionne chaque livre qu’elle dévore au point de ne plus savoir ou les entreposer. Sa prédilection va au fantastique, à la science-fiction, ainsi qu’à quelques thrillers militaires peu recommandables. Fascinée par les nuages, c’est bien souvent dans le ciel qu’elle puise son inspiration ; elle pilote d’ailleurs son propre vaisseau pour mieux s’en rapprocher.

Marianne est une passionnée de l’aviation et de l’armée, cela se ressent dans ses écrits. Outre le diptyque 1993 et 1999 (qu’on lira en « belge » parce que j’aime bien tendre le bâton pour me faire battre (private joke avec son impitoyable éditeur)) publié aux éditions Voy’el, une uchronie rondement menée sur la fin de la guerre froide où cela se ressent dès la 4e de couverture, on le remarque également assez vite dans sa saga des Mondes Mécaniques, avec laquelle j’ai pu la découvrir ! Mais faisons les choses dans l’ordre…

J’ai acheté Smog of Germania au Dormantastique de Juillet 2015, à la base pour l’offrir à mon compagnon. Enfin, je lui ai bien offert, il trône fièrement en me narguant dans sa bibliothèque (Ô supplice) mais j’en ai profité pour le lire au passage et j’ai été bluffée par ma lecture. Une divine noirceur au bout d’une plume, un univers steampunk étouffant qui prend aux tripes, des personnages sales qui s’animent dans une grotesque mascarade, ce fut mon coup de cœur de l’année 2015, aux côtés de la Geste des Exilés de Bettina Nordet (mais on y reviendra dans un autre focus). Frustration de devoir attendre mars 2017 pour lire la suite, à savoir Scents of Orient ! Quand je parle de suite, je m’avance peut-être un peu… L’avantage avec l’univers des Mondes Mécaniques, c’est que chaque tome peut se lire de manière plus ou moins indépendante. On comprend mieux certains détails en ayant lu Smog mais ce n’est pas non plus fondamentalement obligatoire. Donc, Scents, disais-je, partait mal… Il se déroule en Inde (pas mon pays préféré) et le personnage pour qui j’avais eu un coup de cœur monumental dans l’opus d’avant risquait de ne pas être présent. Heureusement, j’ai su apprécier la chaleur moite des Indes presque autant que le smog de Germania. J’y ai retrouvé tous les éléments qui me plaisaient dans le premier tome, avec une intrigue rondement menée, de l’action bien dosée, et des personnages tous attachants à leur manière. Et Maxwell, mon petit amour.

Marianne a également écrit les chroniques d’Oakwood, sorte de roman court à mi chemin avec le recueil de nouvelles. C’est une œuvre difficile à classer mais que j’ai adoré par son ambiance résolument gothique et fantastique. J’y ai retrouvé ce que j’aimais chez Marianne, à savoir son côté sadique et la manière dont elle met si bien en scène la noirceur humaine. Je lui ai découvert un côté poésie macabre bien plus marqué que dans Smog, ce qui a su me séduire et me convaincre que j’étais face à une auteure talentueuse qui sait s’illustrer dans plus d’un genre.

Par contre, si Marianne est très douée pour mettre en scène les hommes, elle l’est moins avec les femmes. En fait, la seule fille que j’apprécie vraiment chez elle, c’est Anya, la pilote qu’on retrouve dans l’Échappée Rouge (le fameux 1993). Ce n’est pas un défaut en soi, d’autant que la majorité des héroïnes de roman me tapent sur le système de toute façon. Mais ça vaut la peine d’être précisé, surtout si, comme moi, vous n’y voyez pas vraiment un point négatif. A chacun nos forces et nos faiblesses ! Et des forces, Marianne en a beaucoup. Outre son imagination retorse et cruelle (mais si, c’est une force !) elle dispose d’une plume personnelle, incisive et immersive. Elle nous atteint, nous touche, nous blesse en gravant au cœur sa marque indélébile. J’espère qu’elle laissera la même sur l’histoire littéraire de notre époque, car elle le mérite.

Notez aussi que, depuis mars de cette année, Marianne est également disponible en poche chez Hélios (Mnémos) avec Smog of Germania. Une manière de découvrir son univers, à petit prix ! Elle a également participé à deux anthologies que vous pouvez retrouver aux Éditions du Chat Noir et que je compte me procurer bientôt: Montres Enchantées et Bal Masqué, où elle côtoie d’autres auteurs talentueux.

En bref et si ce n’était pas encore assez clair, Marianne Stern compte parmi mes auteures favorites, je l’ai d’ailleurs déjà dit dans une interview, il y a quelques semaines (et comme j’ai tendance à le radoter souvent…). C’est quelqu’un que j’estime, elle est talentueuse et modeste, parce qu’elle n’a pas, je crois, conscience d’à quel point elle est douée. Si vous aimez le steampunk, les ambiances sombres, les complots aux intrigues tordues et les personnages masculins marquants, cette auteure est faite pour vous. Découvrez ses romans de toute urgence !

Je vous encourage à profiter de sa présence ce 7 octobre 2017 aux Halliénales pour aller à sa rencontre et plonger dans son univers, sur le stand des Éditions du Chat Noir !

Les extraordinaires et fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé (la trilogie) – Raphaël Albert

Sylvo SylvainLa trilogie « les extraordinaires et fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé » écrite par Raphaël Albert comporte : Rue Farfadet, Avant le déluge et Confession d’un elfe fumeur de lotus. Chaque tome est disponible chez Mnémos en poche (Helios) au prix de 11.90 euros, il se lit indépendamment et je viens de découvrir à l’instant qu’il existait un tome 4 ! Joie et bonheur je suis, ma journée est faite. Même si au fond j’aimais bien la fin du 3… Mais je ne demande qu’à voir ce que l’auteur nous a réservé pour ce quatrième tome.

Mon amie Laure-Anne m’a prêté les deux premiers tomes, certaine que j’allais aimer. J’ai donc commencé à les lire dans le thalys pour me rendre sur un salon à Paris au mois de mai. Au départ, c’était un prêt mais j’ai eu un tel coup de cœur qu’elle a décidé de me les offrir, c’est dire. J’ai enchaîné les deux premiers tomes, attendu la sortie du tome 3 avec impatience en poche, râlé contre le distributeur qui a visiblement quelque chose contre les libraires indépendants belges puisqu’il aura mis 3 mois à l’envoyer… Et enfin, je l’ai eu en main, mon précieux ! La conclusion de cette fabuleuse aventure ! La possibilité de retrouver mon Sylvo encore une dernière fois !

Cette chronique un peu particulière sera divisée en trois parties, une pour chaque tome.

Rue Farfadet:
Dans une histoire narrée à la première personne, nous écoutons Sylvo Sylvain, un elfe exilé de sa Forêt, détective privé et habitant de Panam, nous décrire son quotidien et la sombre affaire dans laquelle il est plongé tête la première. Sylvo est un personnage incroyablement attachant, je l’ai aimé presque immédiatement. C’est un raté, un flemmard, un elfe que la vie n’a pas épargné, nostalgique et alcoolique, luxurieux à ses heures, globalement blasé mais doué dans son métier. Cette ambiance film noir à la française est absolument délicieuse. Le bestiaire est très riche, les personnages secondaires tous bien construits. J’ai particulièrement adoré les petites références à notre monde, à des œuvres classiques ou populaires, tracées tout au long du roman. Ce qui est délectable aussi, ce sont les extraits de journaux intercalés dans le récit, pour ne jamais perdre cette narration à la première personne. C’est brillant.
Rue Farfadet est un ouvrage pour lequel j’ai eu un véritable coup de cœur. Le steampunk se mêle au fantastique, avec des personnages qui endossent un rôle stéréotypé (le détective, l’assistant, le brigand, le journaliste, etc.) mais qui parviennent malgré cela à dégager une très exquise saveur. Je suis tombée sous le charme de Sylvo et cette fin… Cette fin ! Une des meilleures que j’ai lue de ma vie. L’auteur est doué, j’ai d’ailleurs immédiatement enchainé avec la suite.

Avant le déluge:
On y retrouve tous les ingrédients qui ont fait, à mes yeux, le succès du premier: un style d’écriture recherché, travaillé et original, un personnage principal attachant qui a ses faiblesses (un véritable anti-héros comme je les aime !) une intrigue tumultueuse, pleine de rebondissements, un folklore extrêmement riche… Bref, à mes yeux, cette saga est un chef-d’œuvre de littérature francophone. Oui, je n’ai pas peur des mots.
Rien n’est à jeter, rien n’est en trop… C’est incroyable ! De nouveaux personnages font leur apparition, on approfondit les anciens, on en apprend davantage sur le passé de Sylvo, et cette fin… CETTE FIN ! Je ne m’en remets pas. Raphaël Albert a un talent certain pour ménager ses effets. C’est profond, poétique, macabre… En un mot: c’est parfait.

Confession d’un elfe fumeur de lotus:
Contrairement aux deux autres tomes, Confession d’un elfe fumeur de lotus est un roman intime, la balade d’un drogué en train de se suicider à coup de pipes dans le fin fond d’un fumoir panaméen. Au bout du rouleau après les évènements du tome 2, Sylvo se souvient, mélancolique, de son passé à Toujours-Verte, des drames successifs qui l’ont amenés à fuir sa chère forêt pour se réfugier dans le monde humain qu’il haïssait tant. On retrouve la plume de l’auteur qui a, semble-t-il, encore mûri pour cet opus glaçant et enivrant. Un roman qui se passe avant Rue Farfadet mais dont on ne peut, à mon sens, comprendre la plénitude qu’après avoir lu les deux autres tomes. Il a apporté énormément de réponses aux questions que je me posais et il m’a totalement bouleversée. J’ai adoré suivre Sylvo jeune pousse jusqu’au début de sa déchéance, découvrir toute la culture des elfes (tellement riche !) leurs mœurs aussi. Cet univers inventé par Raphaël Albert est d’une incroyable richesse et d’une inspiration folle. Il appartient sans conteste aux grands auteurs de ce monde. J’avais les larmes aux yeux sur les dernières pages et j’ai refermé le livre la boule au ventre. Un grand moment de littérature.

Pour résumer, à mes yeux, la saga de Raphaël Albert est un must-read de littérature francophone. C’est brillant, une fantasy uchronique audacieuse, très référencée et travaillée, offrant tout un panel de réflexion sur des sujets encore d’actualité de nos jours. Merci aux éditions Mnémos d’avoir publié ce roman et merci à Raphaël Albert de l’avoir écrit. Lisez cette saga, lisez-la dès que possible, vous ne le regretterez pas.

Les mémoires de Vanitas – Jun Mochizuki

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Les mémoires de Vanitas est un manga fantastico-steampunk écrit et dessiné par Jun Mochizuki, également auteure du fameux Pandora Hearts. Elle a su s’illustrer dans la fantasy gothique, ce qui me fait placer de grands espoirs dans cette série. Le manga est publié chez Ki-oon dans la collection shonen et coûte 7.90 euros.

Les mémoires de Vanitas nous raconte l’histoire de Noé, un vampire partit en voyage pour Paris dans le but de retrouver un livre maudit pour les siens… Je vous le donne dans le mile, les fameuses mémoires de Vanitas. Au début de son périple, il rencontre Vanitas (un simple humain, qui porte le nom du légendaire vampire) et qui a le grimoire en sa possession. Il s’en sert pour guérir les vampires atteints d’un mal qui les fait dégénérer et les empêche de contrôler leur soif. Ce détail est le premier point intéressant que j’ai relevé dans ce manga. Ici, on ne parle pas d’une guerre entre deux espèces. Le héros n’est pas en quête de vengeance, au contraire, il souhaite aider les vampires à survivre, vampires qui sont de moins en moins nombreux depuis la fin de la grande guerre qui les opposa jadis aux humains. Et qui n’ont plus le droit d’attaquer les humains pour se nourrir…

L’originalité va plus loin. Le personnage de Vanitas est mystérieux, pourtant il est ouvert, parle sans arrêt, n’est pas avare d’informations, mais on a beaucoup de mal à le cerner. Il se comporte de manière imprévisible, parfois un peu ridicule. Il en sait énormément, on le sent, mais il donne l’impression de porter plusieurs personnalités distinctes. Avec Noé, il forme un duo explosif. Noé paraît aux premiers abords plus classiques mais il cache lui aussi certains secrets. Qui est son maître? Pourquoi l’a-t-il envoyé sur les traces des mémoires? Et surtout, est-il aussi gauche qu’il y parait? Vanitas est bien décidé à faire de Noé son assistant, mais le vampire ne l’apprécie pas et ne se prive pas pour le lui dire. C’est assez incongru et souvent, cela prête à sourire. L’humour est présent mais bien dosé, pour ne jamais devenir trop lourd.

Ce premier tome tient ses promesses, il pose les bases d’un univers intéressant avec une intrigue axée sur l’action et le rebondissement. Les scènes de combat sont très bien dessinées, on pose une galerie de personnages intrigants (je pense à Jeanne, sur qui j’ai hâte d’en apprendre plus !) dans un Paris steampunk du 19e siècle. Le tout accompagné du dessin magnifique de Jun Mochizuki, qui a un chara-design somptueux et un souci du détail qui confine à la maniaquerie. J’ai particulièrement apprécié « la baleine » le vaisseau volant avec lequel Noé arrive à Paris. On sent le travail et l’énorme investissement de la mangaka, qui n’a pas fini de nous enchanter de ses histoires.

En résumé, je suis très emballée par cette lecture et je compte bien suivre cette série. Je vous la conseille si vous aimez les histoires de vampires mais surtout, si vous avez envie de personnages qui sortent du lot. J’ai hâte de découvrir le tome 2, dont la sortie est prévue pour début septembre 2017 ! Encore une perle de chez Ki-oon.