À l’ombre du Japon #37 { Pourquoi Im – Great Priest Imhotep est-il mon shônen préféré ? }

Bonjour à toutes et à tous !

En mai 2019, je publiais sur le blog un article qui présentait les deux premiers volumes de la série Im afin de vous partager mon enthousiasme. Je m’étais dit que j’allais écrire un article plus dense une fois que j’aurais lu les 11 tomes mais je ne l’ai jamais fait… Du coup, comme j’ai décidé qu’en 2021, j’allais me poser pour relire plusieurs sagas phares dans mon cœur, je fais d’une pierre deux coups !

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Im
est la première (et pour le moment la seule, en tout cas à ma connaissance et traduite en français) série de la mangaka Morishita Makoto qui s’est fait remarquée en arrivant deuxième à un concours manga organisé par Square Enix. Elle a travaillé sur Im entre 2015 et 2018 même si elle explique dans la postface du dernier tome qu’elle a dessiné plusieurs premiers jets sur lui à partir de 2013. C’est en visitant une exposition sur l’Égypte Antique qu’elle a eu envie de raconter une histoire sur ce prêtre légendaire et on peut dire qu’elle a été bien inspiré.

Mais de quoi ça parle ?
Hinome est issue d’une famille un peu bizarre qui a mauvaise réputation. Du coup, tout le monde l’évite et la dit maudite. À raison puisque qu’à chaque fois qu’elle tente de prononcer un mot, du feu sort de sa bouche ! Alors qu’elle rentre du lycée, elle tombe sur un drôle de gusse en cavale dans les rues qui s’invite chez elle en déclarant qu’il est le grand prêtre Imhotep, celui de l’Égypte antique, maintenu en sommeil pendant 3 000 ans par les dieux à cause d’un crime terrible qu’il aurait commis… Il a été réveillé pour combattre les magaïs, ces démons issus des Enfers, et il va commencer avec celui qui possède la pauvre Hinome !

Comme je vous ai déjà présenté le manga (voir ici) je ne vais pas revenir sur les concepts de base ou les personnages mais plutôt l’aborder par ses thématiques et surtout la plus importante d’entre elle : l’amitié.

Le shônen & la notion d’amitié.
Dans le genre du shônen, l’amitié est une valeur mise en avant et au centre de tout. Il suffit de regarder les titres les plus vendus dans cette catégorie éditoriale pour s’en assurer. Une amitié profonde lie les membres de Fairy Tail comme l’équipage Mugiwara. C’est son amitié pour Rukia qui pousse Ichigo à se rendre au Seireitei pour la sauver de son exécution tout comme c’est l’amitié que Naruto porte à Sasuke qui est un des grands moteurs de l’intrigue du manga du même nom. Les exemples sont légions et je trouve qu’Im matérialise cela encore mieux puisque c’est l’amitié qui se retrouve au centre de toutes les relations et de toute l’intrigue du manga, du début à la fin. C’est elle qui a poussé Im à devenir un criminel il y a 3 000 ans, c’est elle aussi qui donne à Hinome la force de défendre le grand prêtre quand il le faut, elle encore qui permet aux enfants du corbeau d’avancer et de surpasser leurs traumatismes. L’amitié est mise en scène sous toutes ses formes et l’autrice montre toute la puissance qui peut en émaner tout comme les extrémités auxquelles elle peut pousser.

Deux extraits marquants :
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Dans le premier tome, Hinome explique qu’elle rejette tout le monde pour éviter qu’iels soient blessé.es à cause de ses pouvoirs incontrôlables, ce qui ne l’empêche pas de souffrir d’une profonde solitude. Son rêve est d’ailleurs d’avoir dans sa vie une personne avec qui partager son déjeuner. C’est touchant et on comprend qu’Im se retrouve en elle puisqu’il y a 3 000 ans, le prince Djéser l’a lui aussi sorti de la profonde solitude inhérente à sa fonction de grand juge des enfers.

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C’est ce que montre l’extrait ci-dessus dans l’un des flashbacks qui détaille le fameux crime dont Imhotep est accusé. Cette scène se déroule après qu’Im ait sauvé la vie d’un enfant alors même que les prêtres et la famille royale sont en conflit, si bien que les premiers ne veulent pas aider le peuple dont la famille royale est responsable, afin de rappeler à tous et toutes leur importance. Ouais, c’est pas joli… Toujours est-il que Djéser est un prince un peu particulier, qui trouve que ces petites gué-guerres ne mènent à rien et qui aimeraient changer les choses. Un idéaliste quoi. Quand Im décide de sauver ce garçon, Djéser voit quelque chose en lui qui le pousse à vouloir devenir son ami, avec les conséquences que vous découvrirez en lisant ce manga.

Je suis personnellement bien plus sensible aux questions d’amitié que d’amour. Pour moi, l’amitié est fondamental dans la vie et j’aspire à des relations peut-être trop idéalisée, justement influencée par tous ces shônens avec lesquels j’ai grandi. Je n’ai aucun regret par rapport à cela mais ça explique que ce manga résonne autant en moi et que j’ai toujours les larmes aux yeux en lisant les dernières planches qui comptent parmi les plus belles conclusions d’histoire que j’ai pu lire dans ma vie.

Ma seule grande interrogation c’est : pourquoi Morishita Makoto n’a-t-elle plus publié depuis ? Dans la postface, elle explique qu’elle est reconnaissante d’avoir pu aller au bout de son œuvre même si elle n’a jamais pu faire la couverture du magazine où elle la publiait et qu’elle n’a pas eu le succès escompté. D’ailleurs, elle espérait une adaptation en animé qui, sauf erreur de ma part, n’a jamais eu lieu et c’est un très grand mystère pour moi quand je vois ce qu’on peut adapter… À mes yeux, Im est clairement un manga qui mériterait un plus grand rayonnement et qui fait partie de ces œuvres injustement délaissées alors que tout y est très bon, du chara-design au découpage de l’action, avec un rythme d’intrigue constant et bien mené, une galerie de personnages plutôt variée et tous.tes doté.es d’une vraie personnalité… Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?

Brève réflexion sur l’interculturalité entre l’Égypte et le Japon
Je me souviens de m’être dit que j’avais vu beaucoup de mangas sur le thème de l’Égypte antique et ça m’avait intrigué. Je l’ai même écrit il n’y a pas si longtemps dans une autre chronique manga. Pourtant, en effectuant quelques recherches, les seuls mangas vraiment basés sur cette période sont Reine d’Égypte et Im, tous les deux chez Ki-oon et tous les deux excellents dans leur genre. On notera aussi Cléopâtre chez Nobi-Nobi mais je ne l’ai pas lu donc je ne me permets pas d’en parler. Je pense que mon erreur vient du fait que les deux titres sont arrivés sur le marché du manga plus ou moins en même temps et que je les ai connu à quelques mois d’intervalle mais aussi que, d’une manière plus générale, j’ai grandi en étant baignée dans la mythologie égyptienne avec des œuvres comme Papyrus ou encore les films de la Momie. À l’instar du Japon, la mythologie égyptienne est polythéiste et très riche, elle déborde de mythes, de légendes, de dieux avec des figures semblables (y’a des serpents partout ! #Apophisme4ever) et c’est peut-être la raison pour laquelle il n’y a pas davantage de mangas inspirés par cette culture ? Les japonais ne la trouve probablement pas aussi originale et inspirante que nous, européen.nes ? Si vous avez des idées ou des théories à ce sujet, n’hésitez pas à les partager.

(Édit 20/06/2021: On me rappelle dans les commentaires qu’il y a également le manga Yu Gi Oh qui est très inspiré de l’Égypte antique, comment ai-je pu l’oublier ?! J’ai énormément regardé l’animé et lu les deux ou trois premiers tomes du manga. Le fameux « c’est l’heure du dudududu-el restera à jamais dans les mémoires… Merci Nana Coubo pour avoir réparé cet oubli.)

Quoi qu’il en soit, j’espère que ma petite présentation vous aura donné envie de jeter un œil à ce manga si cher à mon cœur et surtout, que ce sera pour vous une belle découverte ! 

À l’ombre du Japon #23 { je suis un assassin (et je surpasse le héros) #1 : fantasy & JDR }

Bonjour à tous et à toutes !

Vous vous rappelez ? Il y a quelques temps, je vous évoquais un premier tome qui m’avait bien plu au milieu de plusieurs autres franchement moyens. Il s’agissait de celui-ci et je vous explique enfin pour quelle raison.

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Je suis un assassin (et je surpasse le héros)
est une nouveauté de chez Doki Doki. Il s’agit d’un shonen fantasy qui utilise les codes du jeu de rôle (on va y revenir). C’était, au départ, une light novel écrite par Matsuri Akai. C’est le mangaka Hiroyuki Aigamo (Accel World) qui va l’adapter au format manga avec des dessins réalisés par Tôzai.

De quoi ça parle ?
Akira Oda et ses camarades de classe sont soudainement appelés dans un autre monde où on leur attribue des caractéristiques. Pour quelle raison ? Et bien défaire un seigneur maléfique, pardi ! Le roi quémande l’aide de ce groupe et du héros qui se trouve parmi eux, une aide gracieusement offerte de la part de ces élèves. Toutefois, Akira se méfie et va utiliser ses compétences d’assassin pour élucider ce mystère.

Fantasy & jeu de rôle.
L’aspect fantasy dans ce titre est globalement assez classique et exploite les tropes du genre non seulement sur ses protagonistes mais également sur l’univers. Le monde se divise en quatre continents, chacun peuplé par un type de créature bien précis. Visiblement, la mondialisation et les voyages n’existent pas encore vraiment. Les élèves arrivent dans le royaume des humains et ont été appelés pour combattre des démons… Ce qui n’a l’air de choquer absolument personne à l’exception d’Akira.

Du côté des personnages, ils servent surtout d’archétypes. On a le héros arrivé d’un autre monde au sein d’une monarchie type médiévale qui est confrontée à des démons menaçant la paix et la prospérité. On a la princesse qui-parait-gentille-mais-en-fait-peut-être-pas, le commandant de l’armée qui manque de sérieux et se fait remonter les bretelles par son adjoint… Quant aux étudiants, ils collent également tous aux archétypes qu’on croise dans les écoles, depuis Akira qui est le solitaire de la classe au gars populaire qui se révèlera être le héros, aux filles qui ont des rôles de soutien… Bref rien de neuf sous le soleil de ce côté là et j’ai failli reposer le manga assez vite.

Toutefois, l’originalité et l’intérêt de ce titre se situent plutôt dans l’exploitation d’éléments tirés du jeu de rôle, ce qui justifie même l’utilisation d’archétypes finalement. En effet, chaque étudiant arrive dans ce monde avec des compétences qui sont détaillées par niveau, des points de vie, de santé, etc. et qu’ils peuvent consulter. Selon le roi, les élèves sont extrêmement forts mais que penser alors d’Akira dont les caractéristiques surpassent celles de tous les autres avec une compétence au niveau maximum (chose impossible à moins d’être le héros… qu’il n’est pas) ? Doté d’un peu plus de jugeotte que le reste de ses camarades, Akira va se montrer discret et utiliser le mois d’entrainement dédié à ces nouveaux héros pour développer ses compétences.

Pour y parvenir, il sera aidé par Saran Mislay, le commandant des chevaliers de Laytice qui a décelé les particularités d’Akira sans pour autant le dénoncer au roi. On pourrait s’en étonner mais on comprend vite que ce commandant en sait long sur les secrets du royaume, un peu trop pour son propre bien. Il va trouver en Akira une sorte d’ami avec lequel échanger, chacun racontant son monde à l’autre. Saran se montrera d’ailleurs fasciné par le concept de sciences et de technologie, élément plutôt intéressant et surprenant pour un personnage issu d’une culture type médiévale. Cette relation et les échanges qui en découlent sont également des éléments déjà-vus dans ce type d’histoire toutefois, ici, ça a fonctionné pour moi sans que je ne puisse vraiment expliquer pour quelle raison. Une partie de moi lisait en trouvait que c’était classique au possible et une autre s’amusait des divers éléments typés JDR disséminés à travers l’œuvre.

Cet aspect jeu de rôle est également exploité par le gain de niveaux et de capacités. Au bout du mois d’entrainement, les héros sont emmenés dans un donjon et affrontent des monstres type menu fretin, les mobs qu’on trouve par pack au début de chaque instance et qu’on tue sans trop de soucis. Ils vont également tomber sur un boss surprise qui va leur donner pas mal de fil à retordre…

J’ai fini par m’apercevoir que ce titre parlait surtout à la rôliste en moi, à la joueuse en moi qui a souvent farmé les instances dans WoW pour gagner de l’équipement et du niveau. Je suis un assassin (et je surpasse le héros) plaira clairement aux nostalgiques du farming, des MMORPG et laissera peut-être de marbre celleux qui ne sont pas intéressés à tout ce qui tourne autour du concept de JDR, que ce soit en ligne ou sur table. La fin de ce premier tome est plutôt prometteuse, à voir ce que le scénario réserve pour le second volume auquel je vais donner sa chance, par curiosité.

La conclusion de l’ombre : 
Je suis un assassin (et je surpasse le héros) est un shonen tiré d’une light novel. Ce premier tome, assez classique, pose les bases d’un univers très inspiré du JDR et du MMORPG, ce qui attirera probablement les joueurs mais laissera de marbre les autres. Personnellement, je suis assez intriguée pour avoir envie de lire la suite !

D’autres avis : Songe d’une nuit d’étéLa pomme qui rougitChroniques d’un vagabond – vous ?

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #12 { Noragami, pourquoi j’ai craqué sur ce manga ? }

Bonjour à tous !

J’ai récemment lu les tomes 7 à 11 de Noragami et usuellement, je parle de 5 volumes par épisode AODJ. Le truc c’est que ces chapitres ne complètent pas un arc narratif entier et qu’il est donc délicat d’opter pour le même format que ma relecture de Black Butler, qui se divise beaucoup plus facilement. J’ai donc eu l’idée de vous évoquer pour quelle raison j’adore ce manga et, j’espère, vous donner envie de le lire vous aussi ! N’hésitez pas à me dire si ce type d’article vous plait, je pense le réitérer à l’avenir pour d’autres séries (comme Otaku Otaku qui sera la suivante si le concept fonctionne).

Des personnages originaux.
Ce que je reproche souvent au genre shônen, c’est de tabler sur des personnages archétypaux au possible et des héros un brin con-con bourrin. Dans Noragami, le personnage principal, Yato, est un dieu mineur dont le but est de réunir des fidèles, suffisamment pour avoir un temple à lui. Yato est pourtant une divinité ancienne mais on comprend rapidement qu’il a un passé obscur qu’on découvre justement dans les tomes que je viens de lire. Son âge lui permet une forme de maturité qu’il n’affiche pas toujours mais qui ressort dans les moments opportuns. De plus, Yato possède une psychologie nuancée et entre clairement dans la catégorie du vigilant, ce qui est un type de personnage toujours très intéressant à suivre.

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Mais il n’est pas le seul protagoniste remarquable. Dans Noragami, on peut parler d’un trio formé par Yato, Hiyori et Yuki. Hiyori est une collégienne de dernière année (elle entre au lycée au bout de quelques tomes, à la fin du premier gros arc narratif) qui sauve Yato dans le premier tome en se faisant écraser par un bus à sa place. Du coup, elle devient une demi ayakashi et sort de son corps sans le faire exprès, ce qui donne lieu à des situations tantôt cocasses, tantôt inquiétantes pour ses proches puisque dans ces moments, son corps est plongé dans une sorte de coma. Hiyori est une jeune fille serviable, altruiste, qui ne se laisse pas pour autant marcher dessus. Fan de kick-boxing, elle se bat à plusieurs reprises pour prendre soin de ceux qu’elle aime. C’est une héroïne très intéressante avec une psychologie soignée, crédible. Je l’aime vraiment beaucoup et pour un personnage féminin, c’est pas vite gagné !

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Le dernier membre du trio est Yukine, le shinki (arme) de Yato. Au départ, Yukine n’est pas franchement ravi de devoir rester avec un dieu comme Yato, qu’il trouve vraiment nul. L’adolescent n’accepte pas sa mort et adopte un comportement de délinquant en guise de révolte, ce qui cause de gros problèmes à Yato qui refusera pourtant de l’abandonner. C’est le personnage le plus fascinant avec la meilleure évolution jusqu’ici grâce à son gain de maturité et à son investissement pour devenir un meilleur shinki. Il est aussi assez touchant dans ses souffrances et ses questionnements.

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Une mythologie riche et bien exploitée.
Outre ce trio, on retrouve dans Noragami une flopée de dieux issus du panthéon japonais, des divinités plus ou moins connues. En règle générale, on sait qui est Izanami, un peu moins Ebisu. Ceux-ci évoluent dans le higan, sorte de mon spirituel. Les humains, eux, vivent dans le shigan. Entre ces deux mondes existe un angle-mort où on trouve les ayakashis. Ces monstres créent des problèmes dans le monde humain, de plus ou moins grande envergure. Cela va des drames domestiques à des accidents graves. J’admets volontiers qu’on retrouve un petit côté Bleach (dont la première publication date de 2001 alors que Noragami a commencé en 2010) sans pour autant que ça ne soit un bête copier/coller, loin de là ! C’est plus une question d’ambiance, de maturité et de division du monde. D’ailleurs si vous avez aimé Bleach, n’hésitez pas une seconde à commencer Noragami.

J’évoque l’ambiance, j’en profite pour préciser que Noragami se classe comme un shônen plutôt sombre sur plusieurs points et avec une subtilité à laquelle je goûte beaucoup. Il suffit de voir la relation entre Yato et Nora, le lien qui unit Yato et son géniteur, le destin des shikis de Bishamon, les relations entre un dieu et son ou ses shikis… Noragami offre plusieurs niveaux de lecture et de profondeur, ce qui est très appréciable.

Une intrigue dynamique.
Autre point qui m’embête souvent dans les shônens (Fairy Tail faisant exception à ce sujet) c’est le dynamisme des intrigues qui ont tendance ou à tirer en longueur ou à partir sur un gain perpétuel de puissance chez les protagonistes pour affronter des adversaires toujours meilleurs. Dans Noragami, s’il y a effectivement une évolution chez Yukine (qui, rappelons-le, part de rien donc c’est logique qu’il prenne des cours avec un autre shiki plus âgé) la majeure partie des personnages sont des dieux confirmés qui n’ont pas besoin de prouver quoi que ce soit et qui en imposent. Je pense notamment à Bishamon, déesse guerrière. En effaçant l’aspect quête de puissance, la mangaka se concentre sur le fond avec une intrigue solide dont elle distille les éléments petit à petit sans jamais tomber dans le hors-sujet car tout a finalement un sens, un but. C’est une très belle maîtrise que je soulignais déjà dans le tome 1 qui ne m’avait pas du tout donné le sentiment d’être une introduction bateau à un nouvel univers comme c’est souvent le cas.

Un dessin maîtrisé et bien caractérisé

Il m’arrive quelques fois dans un manga de m’emmêler les pinceaux entre les personnages car ils se ressemblent par moment beaucoup. Un peu comme si le ou la mangaka restaient dans un modèle type en changeait une coupe de cheveux ou une façon de s’habiller. Dans Noragami, chaque protagoniste, principal ou secondaire, est très bien caractérisé ce qui empêche toute confusion ! Le dessin est très propre avec une vraie maîtrise au niveau des émotions et des expressions. De plus, les couvertures (je vous mets un échantillon parmi mes préférées) attirent l’œil par leur aspect très coloré mais pastel. Dans un rayon, elles se démarquent !

Des thématiques plurielles et fortes.
J’en ai déjà parlé plus haut mais je trouve Noragami très mature pour un shônen (je ne veux pas mettre tout le monde dans le même moule, qu’on se rassure) et surtout, sans manichéisme. La mangaka n’hésite pas à poser les questions qui dérangent ou qui fâchent. Un gros mystère plane par exemple autour du concept de shinki, mystère pas encore révélé là où j’en suis bien que certains protagonistes sous-entendent que c’est un truc énorme qui changera tout une fois révélé. La frontière entre un dieu et un shinki (pour rappel ancien fantôme humain) est bien marquée à travers des questionnements sur le désir de maternité / paternité, obéissance à la volonté des anciens / plus puissants face aux ambitions / sentiments personnels, multiplicité du concept de bien et de mal, etc. Somme toute ce manga parle de divinités en s’appuyant beaucoup sur l’humanité, ses forces et ses travers, ce que je trouve plaisant.

Pour toutes ces raisons, je suis vraiment ravie d’avoir découvert ce shônen et je vous encourage à vous y pencher à votre tour ! J’achète les tomes petit à petit et je pense rattraper la publication toujours en cours d’ici la fin de l’année. En fonction du découpage des arcs narratifs, je publierais à nouveau au sujet du manga dans les semaines / mois à venir.

Vous connaissez déjà ? Vous aimez ? Ça vous intrigue? Dites moi tout !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

Everdark #1 – Romain Lemaire

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Everdark est une nouvelle série de manga français publié chez Pika et signé par Romain Lemaire. Vous le trouverez dans toutes les librairies au prix de 7.50 euros (7.75 en Belgique) ! Il s’agit d’un manga type fantasy.

L’histoire se déroule dans un univers imaginaire où la magie tient une place importante. On y trouve les Veilleurs, des vestiges d’anciennes divinités dont l’énergie continue de corrompre ce qui s’en approche un peu trop. Quand le royaume de Solaris décide d’exploiter cette énergie, Neer, qui a conscience du danger qu’elle représente, se dresse contre eux pour empêcher un nouveau drame de se produire.

Au programme de ce manga: de la fantasy épique sauce shônen. Un héros très puissant qui se bat avec une arme mystérieuse, un jeune apprenti qui a plus d’un tour dans son sac, une mascotte sidekick un peu obsédée et une créature mystérieuse qui surpasse l’un des plus grands guerriers de cet univers presque d’une pichenette… Si Everdark ne révolutionne clairement pas le genre dans lequel il s’inscrit, il reste une bonne surprise. Tout en respectant les codes du shônen, Romain Lemaire invente un univers d’une grande richesse qui réserve bien des surprises. Comme cela se fait souvent dans ce type de manga, chaque chapitre est coupé par des explications concernant certains termes, objets ou légendes de l’univers, ce qui permet au lecteur de facilement s’y retrouver.

De plus, pour un manga français, je trouve le dessin assez asiatique même si on ressent l’influence européenne dans le trait. Une hybridation plutôt réussie ! Ce qui ne gâche rien, c’est que le trait reste constant et extrêmement bien maîtrisé de bout en bout. On sent que Romain Lemaire a du métier et qu’il ne laisse rien au hasard, pas même les détails du fond, ce qui est plus qu’appréciable.

Concernant l’histoire en elle-même, si elle ne nous surprend pas forcément, elle reste agréable et divertissante. Le scénario pousse le lecteur à s’interroger et donne envie d’en apprendre davantage. On n’en demande pas davantage, surtout pour un tome introductif ! Pour moi, ce pari est réussi pour Pika qui signe le premier tome d’un shônen français prometteur, que je recommande aux fans du genre.

Black Torch #1 – Tsuyoshi Takaki

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Black Torch est le premier tome d’une série shônen publiée chez Ki-Oon. Écrite et dessinée par Tsuoyoshi Takaki dont c’est, apparemment, le premier manga, le tome 2 est prévu pour début du mois d’avril. Chaque tome coûte environs 6.90 euros.

Alors, Black Torch étant un shônen, il partait déjà avec un désavantage. Mais un shônen unanimement apprécié à la librairie où j’achète mes mangas (coucou Kazabulles) et dont le chara-design qui me rappelle un peu Bleach (plus qu’un peu en fait quand on découvre l’intérieur) a achevé de me convaincre de lui laisser sa chance. Bien m’en a pris !

Black Torch raconte l’histoire de Jiro, le descendant d’une lignée de shinobi capable de parler avec les animaux… Et véritable aimant à problèmes. Forcément hein, sinon c’est pas drôle. Alerté par un corbeau, il se porte au secours d’un chat noir mal en point et bascule dans un univers dont il ne soupçonnait pas l’existence, basé sur la mythologie des mononokes. En aidant Rago, un mononoke très ancien et surpuissant, Jiro va s’embarquer dans une aventure explosive qui mettra sa vie en danger.

L’éditeur présente bien cette saga sur la quatrième de couverture. Pour une fois, je ne peux qu’approuver: nous sommes dans un shônen explosif, dynamique, sans aucun temps mort. Ce tome introductif pose les bases d’un univers surprenant et intrigant sans nous assommer d’explications inutiles. L’auteur distille les informations avec équilibre et propose un héros qui, s’il a toutes les caractéristiques du personnage principal de shônen (toutes.), en arrive malgré ça à nous être sympathique.

Comme je l’ai mentionné, le chara-design me paraît très fortement influencé par celui de Tite Kubo (Bleach) au point que certains personnages ressemblent comme deux gouttes d’eau à ceux qu’on trouve dans le manga. Celui qui m’a le plus marqué, c’est Ichika, qui est plutôt inspirée d’Inoue (sauf pour la taille de ses seins, ouf). L’influence ne s’arrête pas là, je pense que ce premier tome plaira vraiment aux fans de Bleach puisqu’on retrouve des thèmes et des développements narratifs similaires.

Sans révolutionner le genre, Black Torch est un manga plutôt prometteur qui mérite qu’on s’y intéresse de plus près. Je le recommande sans hésiter aux fans du genre !

Chronos Ruler #1 – Ponjea

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Ooooh une chronique manga, ça faisait longtemps ! Je sais, je SAIS. Il faut dire que j’ai lu beaucoup de suites dernièrement, du coup je ne chronique pas chaque tome (je n’en vois pas trop l’intérêt). Heureusement, il y a eu pas mal de nouveautés sympas en février et il est temps de rattraper mon retard !

Chronos Ruler est une nouveauté manga de chez Kana à découvrir pendant toute l’année au prix de 5,45 euros chez votre libraire. Réalisé par Ponjea, il s’agit d’un manga chinois (ce que j’ai su après et qui explique certaines choses). Je pense que c’était, d’ailleurs, mon premier.

L’histoire se déroule dans un monde typé européen où des horas (des espèces de démons) apparaissent quand des humains éprouvent de violents regrets. Ils s’en nourrissent, aspirant leur temps pour devenir de plus en plus fort. Ce qui, évidemment, tue les victimes. Dans ce contexte interviennent Victor et Kiri, deux chronos rulers. Ils sont capables de manipuler le temps (logique) et ont développé des techniques de combat en lien qui sont, je dois dire, plutôt astucieuses et vraiment bien foutues.

Nous suivons donc ces deux protagonistes, d’abord à travers un chapitre introductif qui nous sert à comprendre les bases de l’univers. Je dois avouer avoir moyennement accroché, au départ. J’ai trouvé ça très cliché, trop précipité, même si ça s’améliore un peu ensuite. Il y avait un découpage dans les cases qui me paraissait un brin heurté.

Le concept est plutôt intéressant. Outre la base précédemment évoquée, Kiri souffre d’un problème qui relance l’intérêt pour l’histoire et pousse à continuer la lecture, même si je regrette un peu la fin du tome 1. J’ignore en combien de volumes cette saga est prévue (nous sommes en même temps que la sortie en Asie) mais à moins de tirer sur la corde, je ne vois pas trop comment ça tiendra sur le long terme. Ce qui, en soit, n’est pas non plus un mal. Les séries courtes, ça fait du bien au portefeuille.

Le chara-design du manga est intéressant et bien travaillé. Les influences japonaises sont fortes (rien que le personnage de Victor, à l’exception des yeux, c’est clairement Sebastian Michaelis de Black Butler… Ils ont la même coupe de cheveux, vous pouvez comparer) et l’univers recèle un certain intérêt. Pourtant, je n’ai pas plus accroché que ça. Peut-être l’aspect shonen, qui n’est pas du tout ce que je recherche pour le moment. J’avoue que j’ai acheté le tome sur un coup de tête, en me fiant à la couverture (bouuuuh la superficielle) et aux premières pages lues précédemment dans un extrait publicitaire.

Si je vous en parle malgré tout, c’est parce que Chronos Ruler saura séduire les amateurs du genre en proposant un univers original qui respecte les codes du shonen. Je le recommande donc à ceux qui sont en recherche d’un manga de ce type et qui sauront l’apprécier à sa juste valeur. Je n’étais, hélas, pas le public cible !

Les mémoires de Vanitas – Jun Mochizuki

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Les mémoires de Vanitas est un manga fantastico-steampunk écrit et dessiné par Jun Mochizuki, également auteure du fameux Pandora Hearts. Elle a su s’illustrer dans la fantasy gothique, ce qui me fait placer de grands espoirs dans cette série. Le manga est publié chez Ki-oon dans la collection shonen et coûte 7.90 euros.

Les mémoires de Vanitas nous raconte l’histoire de Noé, un vampire partit en voyage pour Paris dans le but de retrouver un livre maudit pour les siens… Je vous le donne dans le mile, les fameuses mémoires de Vanitas. Au début de son périple, il rencontre Vanitas (un simple humain, qui porte le nom du légendaire vampire) et qui a le grimoire en sa possession. Il s’en sert pour guérir les vampires atteints d’un mal qui les fait dégénérer et les empêche de contrôler leur soif. Ce détail est le premier point intéressant que j’ai relevé dans ce manga. Ici, on ne parle pas d’une guerre entre deux espèces. Le héros n’est pas en quête de vengeance, au contraire, il souhaite aider les vampires à survivre, vampires qui sont de moins en moins nombreux depuis la fin de la grande guerre qui les opposa jadis aux humains. Et qui n’ont plus le droit d’attaquer les humains pour se nourrir…

L’originalité va plus loin. Le personnage de Vanitas est mystérieux, pourtant il est ouvert, parle sans arrêt, n’est pas avare d’informations, mais on a beaucoup de mal à le cerner. Il se comporte de manière imprévisible, parfois un peu ridicule. Il en sait énormément, on le sent, mais il donne l’impression de porter plusieurs personnalités distinctes. Avec Noé, il forme un duo explosif. Noé paraît aux premiers abords plus classiques mais il cache lui aussi certains secrets. Qui est son maître? Pourquoi l’a-t-il envoyé sur les traces des mémoires? Et surtout, est-il aussi gauche qu’il y parait? Vanitas est bien décidé à faire de Noé son assistant, mais le vampire ne l’apprécie pas et ne se prive pas pour le lui dire. C’est assez incongru et souvent, cela prête à sourire. L’humour est présent mais bien dosé, pour ne jamais devenir trop lourd.

Ce premier tome tient ses promesses, il pose les bases d’un univers intéressant avec une intrigue axée sur l’action et le rebondissement. Les scènes de combat sont très bien dessinées, on pose une galerie de personnages intrigants (je pense à Jeanne, sur qui j’ai hâte d’en apprendre plus !) dans un Paris steampunk du 19e siècle. Le tout accompagné du dessin magnifique de Jun Mochizuki, qui a un chara-design somptueux et un souci du détail qui confine à la maniaquerie. J’ai particulièrement apprécié « la baleine » le vaisseau volant avec lequel Noé arrive à Paris. On sent le travail et l’énorme investissement de la mangaka, qui n’a pas fini de nous enchanter de ses histoires.

En résumé, je suis très emballée par cette lecture et je compte bien suivre cette série. Je vous la conseille si vous aimez les histoires de vampires mais surtout, si vous avez envie de personnages qui sortent du lot. J’ai hâte de découvrir le tome 2, dont la sortie est prévue pour début septembre 2017 ! Encore une perle de chez Ki-oon.

Blood Lad (série complète) – Yûki Kodama

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Blood Lad est un manga de type seinen publié chez Kurokawa. Il s’agit d’une série fantastique terminée en 17 volumes. En Belgique, chaque tome coûte 8.60 euros (merci la tabelle) mais en France, il est 1 euro moins cher. Un anime existe également depuis 2013, il compte 10 épisodes et semble être en cours. Pour info, je n’ai pas pu le regarder parce qu’il est licencié, donc je ne sais pas ce qu’il vaut. Mais s’il est à la hauteur du manga, ça peut valoir le détour !

Ce qui m’a en premier lieu attirée chez Blood Lad, c’est la couverture. Le style de dessin m’a tapé dans l’œil mais surtout les couleurs, assez atypiques sur une couverture. C’est très flashy sur le fond, avec l’effet crayonné sur les personnages. Forcément, j’ai craqué immédiatement sur le sale genre de Staz (le héros) et je me suis offerte le premier tome. Pour info, j’ai été acheter les quatre suivants le lendemain…. Même si, au départ, je m’étais demandée un peu où j’étais tombée !

Blood Lad ressemble à une parodie de shonen. On rencontre Fuyumi, une jeune fille qui se retrouve dans le monde des démons et est mangée par la plante carnivore d’un vampire. Oui, déjà là… J’avoue que j’étais pliée. Devenue fantôme, Staz, le vampire en question, se promet de l’aider à ressusciter. Sauf que pour ça, il a besoin de l’aide de son frère, Blaz, avec qui il n’entretient pas d’excellentes relations, pour diverses raisons. De fil en aiguille, l’histoire se tisse, des embûches tombent sur le chemin de ces improbables héros qui vont finalement devoir sauver le monde des démons d’une menace particulière.

Je sais, l’histoire a l’air cliché et, d’une certaine manière, elle l’est. Pourtant, on sent que l’auteur est un vrai fan de manga doublé d’un otaku. Les références aux œuvres de ses collègues sont nombreuses, il respecte les codes du shonen (alors qu’on est dans un seinen, je le rappelle) et s’amuse parfois à les tourner en ridicule ou à forcer le trait, avec une certaine maîtrise. En plus de cela, il amène une forme de maturité dans le traitement des relations entre les personnages, dans le sens où l’amour n’est pas du tout un tabou. Enfin, je ne développe pas ce point pour ne pas risquer de vous spoiler des choses, mais c’est un élément que j’ai apprécié.

Évidemment, ce manga n’est pas parfait. Certains tomes font, à mon sens, office de remplissage pour tirer encore un peu profit d’une saga qui connait du succès. Le côté ecchi un peu fan service ne me dérange pas personnellement (au contraire, j’avoue !) mais peut déplaire à certains. L’humour est bien présent tout du long, parfois un peu lourd mais il touche quand même souvent juste. Si les tomes sont inégaux et parfois un peu brouillon parce que beaucoup de nouveaux personnages (pas forcément utiles je trouve) apparaissent, l’ensemble reste cohérent, intéressant et de qualité.

En gros, Blood Lad est une saga à lire, une bien belle découverte qui plaira aux fans du genre et qui en surprendra plus d’un. Pour ma part, je viens de terminer à l’instant le tome 17 et je ne m’attendais pas du tout à ce dénouement. J’ai été surprise. C’était bien amené, touchant, ça a achevé de me convaincre. J’espère que ce mangaka va sortir autre chose dans cet univers, même si la fin est bien en soi. Blood Lad n’est pas un coup de cœur absolu (pas comme j’ai pu en avoir pour Tokyo Ghoul, Psycho Pass ou Black Butler) mais c’est un bon divertissement qui vaut le détour.