Les énigmes de l’aube #1 premier souffle – Thomas C. Durand

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Premier souffle
est le premier tome de la saga fantasy les énigmes de l’aube écrite par l’auteur français Thomas C. Durand. Publié chez ActuSF pour la rentrée de l’imaginaire 2020, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 19.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

De quoi ça parle ?
Anyelle a une dizaine d’années et possède un sacré don : celui de renforcer la magie des autres. Il lui faut d’urgence apprendre à le maîtriser sauf que les écoles de magie sont théoriquement interdites aux filles… Alors quand, en plus, la fille est pauvre, vous imaginez bien…

Avant-propos
Je me lançais dans cette lecture un brin à reculons et ce pour plusieurs raisons. Déjà, la couverture ne m’inspirait rien de particulier, pas plus que le titre. L’ensemble me renvoyait à un énième roman de fantasy comme il en existe tant, probablement avec une quête initiatique, une élue, une prophétie, la totale quoi. Pourtant, en lisant le résumé, j’ai été intriguée par cette seule phrase : Bonjour, c’est ici pour apprendre la magie ? Elle dégageait une candeur et un certain humour qui a titillé quelque chose en moi. J’adore ce type de roman, vous le savez, j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer notamment via le travail d’Audrey Alwett. Pourtant, j’ai toujours peur de tomber sur un.e auteurice peu subtil.e qui ne réussirait même pas à me tirer un sourire. Chance j’ai eu, ce n’est pas le cas avec ce roman !

Humour, calembours et jeux de mots.
L’élément le plus remarquable de Premier souffle, selon moi, c’est la plume de l’auteur et la façon dont il use de l’humour tout au long du texte. Cet humour se traduit par des calembours parfois subtils, des jeux de mots mais aussi des situations absurdes renforcées par la candeur d’Anyelle, ce qui me rappelle l’excellent Dolorine à l’école d’Ariel Holzl. On a également droit à des notes de bas de pages pour expliquer certaines notions ou ajouter un commentaire cocasse sur l’un ou l’autre détail, ce que j’ai beaucoup aimé. Thomas C. Durand parvient à tourner en ridicule l’administration scolaire, le corps professoral et les camarades de classe d’Anyelle sans donner un sentiment de trop. Il m’a rappelé Pratchett ainsi que le travail d’écriture de grands noms comme Pen of Chaos ou JBX, chacun dans son domaine. J’adore quand c’est bien réalisé et aucun doute, c’est le cas ici.

Une critique sociale : une fille dans un monde masculin.
Pourtant, tout n’est pas que blague et sourire dans Premier souffle puisque l’auteur peint une critique sociale assez acerbe, notamment au niveau de l’intégration des femmes. Anyelle n’a que dix ans mais doit déjà subir le sexisme. Seule la puissance de son don lui permet d’entrer à l’école de magie où elle est mise à l’écart par la plupart de ses camarades masculins et de ses professeurs. Les exceptions se comptent sur les doigts d’une main et très souvent quand la question se pose du « pourquoi une fille n’apprendrait pas la magie ? » les réponses varient de : mais leur cerveau n’est pas conçu pour ça voyons à c’est comme ça et c’est tout. Cette thématique imprègne vraiment tout le roman et est plutôt bien gérée par l’auteur même si son parti pris humoristique fait souvent tomber les personnages masculins dans la caricature, à deux exceptions notables : Naxu et Ferigas.

Naxu est le dernier de la classe, le redoublant dans une école où, normalement, on ne redouble pas. Mis de côté par ses camarades à cause de son don d’anti-magie (vous pensez bien, quelle horreur !), il va venir en aide à Anyelle un jour et les deux vont se lier d’amitié. Le caractère affirmé de la jeune fille va permettre à Naxu de s’affirmer lui aussi, de prendre conscience de sa valeur. J’ai été touchée par leur relation d’amitié sincère comme l’est en général celle des enfants. Quant à Ferigas, il s’agit du seul professeur qui ne traite pas Anyelle comme un boulet ou pire, comme une fille. Il tente de l’aider, pour une raison qui reste obscure au lecteur même si on devine qu’il y a peut être anguille sous roche. Il incarne la figure du mentor un peu rude mais bienveillant au fond qui va permettre à Anyelle de trouver sa voie et de s’y engager.

Outre ces deux personnages, l’homme central dans la vie d’Anyelle est bien évidemment Elliort, son père, qui a le don d’antibûcheron (donc qui fait repousser les arbres). Ce don ainsi que ce personnage permettent d’aborder une autre thématique plutôt actuelle et à la mode en ce moment : l’écologie. À plus d’une reprise, l’auteur ajoute des notes au sujet de la Nature avec une majuscule et celles-ci ne manquent pas d’intelligence. Pour en revenir à Elliort, il est un peu le père rêvé, idéalisé, bourru lui aussi pour aller de paire avec sa stature mais qui a à cœur le bien de sa fille et ne va pas hésiter à tenir tête à ces magiciens qui prétendent qu’elle ne peut pas apprendre la magie à cause de son sexe. Sa désinvolture face à certaines situations participe à l’effet comique d’ensemble et leur relation familiale ne manque pas de douceur.

Les relations que noue l’héroïne avec ces hommes sont bien exploitées, subtiles et diversifiées. Cela n’empêche pas Anyelle d’exister par elle-même ou d’affronter les difficultés liées à sa scolarité : harcèlement, mise à l’écart, corps enseignant absent ce qui implique forcément qu’elle ne s’en sort pas par elle-même dans ses études… Anyelle doit s’affirmer face à un système ancien, rétrograde et souvent assez stupide. J’y ai vu une métaphore de notre système éducatif actuel qui, malgré la bonne volonté de certains professeurs (dont j’aime à croire que je fais partie) patine parce qu’il existe un gouffre entre les acquis qu’on attend des élèves et les moyens mis en place pour y parvenir. Je n’ai eu aucun mal à me sentir concernée par ce que racontait l’auteur et à trouver cela important.

Un univers riche et surprenant…
D’autant que son histoire prend place dans un univers d’une grande richesse. Il a pensé à tout ! Chaque lieu a son identité propre, chaque professeur aussi, chaque don, chaque école, chaque matière, il y a même un jeu officiel du monde magique. Il serait aisé d’effectuer un parallèle avec le travail de J.K. Rowling mais selon moi, Thomas C. Durand reprend plutôt les éléments standards de ce type d’histoire fantasy, sans les modifier mais en les rendant intéressant par tous les détails qu’il invente autour. Je dois donc dire que oui, sur le fond, nous sommes bien en face d’une fantasy classique qui respecte les codes habituels du genre en s’en détachant seulement par l’originalité de la mise en place.

… qui cache une absence d’intrigue.
C’est là que le bât blesse. Si on veut se montrer honnête, Premier souffle n’a pas vraiment d’intrigue et se pose comme un tome d’introduction à l’univers et aux différents protagonistes. Oui, l’ensemble ne manque pas de richesse mais en refermant le roman, j’ai surtout eu le sentiment d’une visite guidée plus qu’autre chose. Je ne dis pas qu’il ne se passe rien, ce serait mentir, mais l’ensemble reste très mineur et plutôt léger. Cela n’amoindrit pas mon plaisir de lecture mais pourrait rebuter ceux qui en attendent davantage. On imagine bien, vu certaines insistances, que le don d’Anyelle va être convoité et provoquer quelques catastrophes (en plus de celles qui ont déjà pu arriver) mais l’auteur n’esquisse même pas vraiment l’ombre d’un antagoniste sérieux quelque part. On a bien une mention à une peut-être prophétique mais elle est également tournée en ridicule, du coup le lecteur n’a rien en main. Je me demande vers quoi s’orientera le second tome !

La conclusion de l’ombre : 
Premier souffle est le premier tome d’une saga de fantasy humoristique qui remplit bien son rôle. L’auteur maîtrise sa plume et la richesse de son univers pour embarquer son lecteur dans un voyage où il ne cessera de sourire, voir de rire franchement parfois. Anyelle, l’héroïne, doit se faire une place dans un monde magique où les femmes sont usuellement exclues ce qui permet une double critique sociale à base de sexisme et de problèmes scolaires encore actuels, sans oublier une mention écologique. Pas de doutes, j’ai passé un bon moment avec ce texte même si j’ai regretté qu’il manque d’ambition dans son intrigue. À voir pour la suite, que je ne vais pas manquer de lire !

D’autres avis : Sometimes a bookbulle de livreFantasy à la carteL’ours inculteCœur d’encre 595

Sous les sabots des dieux #1 – Céline Chevet

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Sous les sabots des dieux
est le premier tome d’une duologie historico-fantastique écrite par l’autrice française Céline Chevet. Publié aux éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman dans la collection Neko au prix de 19.90 euros. 
Je remercie Mathieu, Alison et les éditions du Chat Noir pour ce service presse !

De quoi ça parle ?
Une fois n’est pas coutume, je vais renseigner le résumé de l’éditeur sans quoi tout va se mélanger.
« Corée, VIIème siècle. Complots au royaume de Silla.
La Chine des Tang est plus écrasante que jamais. Comment unifier les Trois Royaumes lorsque qu’il faut se méfier de ses frères autant que de ses ennemis ?
Amour, politique, trahison, vengeance, foi, Haneul va devoir apprendre à se servir des armes qui sont les siennes pour survivre dans cette époque chaotique de l’Histoire, où ses croyances sont mises à mal.
Prêtresse du temple Céleste, élevée au sein du palais royal, elle voit ses dieux se faire avaler par un Bouddhisme de plus en plus influent. Ne cache-t-il pas dans son ombre les sombres desseins des Tang qui veulent s’emparer du pays ?
Alors que Silla est plus fragile que jamais, où ira sa loyauté ? À la famille royale ou à la nation ?Haneul, sa soeur l’empoisonneuse, son amant l’écuyer, Mok le prince bâtard, autant de destins qui vont se croiser autour de cette question tragique…»

Un contexte historique solide.
Je ne sais pas vous mais c’est la première fois que je lis un roman qui se passe en Corée, à plus forte raison au VII siècle de notre ère. Étant plutôt portée sur le Japon, je ne connais quasiment rien à ce pays, son Histoire ou même ses mœurs. Je craignais donc de m’y perdre… C’est pourtant avec plaisir que j’ai découvert tous ces éléments, les figures historiques réutilisées par l’autrice ainsi que les croyances religieuses, la montée du Bouddhisme, les complots de cour, les us et coutumes… Sous les sabots des dieux est très bien documenté et l’autrice distille ces nombreuses informations avec parcimonie, sans jamais alourdir le texte. De plus, le roman s’ouvre non seulement sur une carte mais également sur une généalogie et un résumé du contexte historique dans lequel on se trouve. Tout cela tient sur une double page et permet de renseigner le lecteur de manière directe, sans pour autant l’obliger à étudier un cours d’histoire pour comprendre de quoi on parle. J’ai particulièrement apprécié cet aspect.

Une pointe de fantastique.
Le roman appartient au genre de l’imaginaire par la présence du divin, du mystique. Haneul est une prêtresse du temple Céleste. Cela signifie que, grâce à des rituels, elle parvient à entrer en contact avec les nombreuses divinités de la religion shintoïste ou plutôt, leurs manifestations. Les visions de Haneul sont toujours métaphoriques : elle chevauche un cheval, souvent un étalon, qui l’emmène observer des scènes porteuses d’un double sens qu’elle doit analyser par elle-même. Pour cela, sa mère la soumet à un enseignement assez strict et vaste qui recoupe bien des domaines. Haneul doit être érudite afin de ne pas se tromper sur la signification de ce qu’elle voit… Mais aussi être capable d’adapter ce qu’elle dit à la situation car, parfois, les dieux sont capricieux et restent silencieux. On a donc une réelle présence du surnaturel par l’aspect divin mais aussi, ironiquement, une forme de recul de cet aspect par le comportement de ces dieux qui manquent de clarté dans leur communication. Cet aspect apporte une vraie force au texte qui laisse la part belle à la force des mots. Lorsqu’on referme Sous les sabots des dieux, on se rend compte qu’il a suffit d’une phrase pour que l’Histoire entière bascule. C’est fascinant. 

Des personnages passionnants.
Céline Chevet nous offre une galerie de personnages aussi divers que variés, tous travaillés et maîtrisés. Le lecteur rencontre d’abord Haneul, une jeune prêtresse qui a dédié sa vie à l’Empereur de Jade. Elle est la fille de la Grande Prêtresse même si cette information est tenue secrète. Sa mère a également accouché de Min Jee, qui est sa sœur jumelle et qui exerce quant à elle la profession d’empoisonneuse. Rien avoir donc… Le premier contact avec Haneul dépeint une jeune fille pieuse, naïve, qui entretient une relation platonique avec un esclave travaillant aux écuries, Dokman. La mise en place est réussie, l’héroïne attire la sympathie et on attend avec appréhension de voir ce qui va lui tomber dessus. Son évolution est d’ailleurs assez remarquable et m’a fait passer par tous les états émotionnels, du meilleur… Au pire. Je me suis vraiment sentie concernée par l’héroïne, par ses choix, ses erreurs, c’est la première fois que ça m’arrive depuis un moment.

Le second personnage important du roman est le prince bâtard Mok. Alors que les Tang de Chine étendent leur influence, il craint que Silla ne soit absorbée par cet empire et n’en devienne qu’une province de plus. Il se bat pour son peuple avant tout mais son existence ainsi que ses ambitions défient les conventions sociales acceptables. Le personnage parait rustre et désagréable au premier abord mais on comprend rapidement qu’il a une vraie profondeur ainsi qu’une ambiguïté qui nous oblige à le détester sans pour autant y parvenir totalement. À ce stade je dois lutter contre mon envie d’écrire beaucoup plus à son sujet et de partager avec vous tout ce que j’ai pu ressentir pour ce personnage et son évolution. Une fois de plus, l’autrice n’a eu aucun mal à me faire me sentir concernée par les problématiques de son roman et le destin de ses protagonistes. Chapeau !

Le troisième personnage à prendre de l’importance par la suite des Lee Hyo Jin, un Hwarang (soldat d’élite) qui est aussi l’amant de Min Jee, la jumelle de Haneul. Le lecteur se confronte surtout à lui dans le dernier tiers du roman, ce qui permet de développer l’aspect militaire de l’histoire que j’ai trouvé très intéressant. C’est aussi l’occasion d’introduire l’espion Il Kwon, un personnage assez mystérieux au sujet duquel je me pose énormément de questions.  

Je pensais au départ ne suivre que les pensées de Haneul mais Céline Chevet a opté pour une narration interne où les points de vue s’alternent sans forcément dédier un chapitre entier à un seul personnage. C’est en général quelque chose que j’apprécie moins car j’ai des difficultés à me projeter mais l’autrice a parfaitement réussi à gérer son intrigue. Elle a construit des personnages qui paraissent archétypaux de prime abord mais qui ont en réalité une surprenante profondeur ainsi qu’une évolution cohérente quoi que parfois frustrante. 

Une intrigue bien ficelée.
Les rebondissements s’enchaînent au sein du roman, difficile de reposer l’ouvrage une fois commencé à moins de s’infliger une grande frustration. Commencez-le quand vous aurez du temps devant vous ! Si Sous les sabots des dieux s’ouvre calmement en posant son décor, il continue tambours battants en exploitant divers volets : l’amour, la politique, la guerre, la religion. L’ensemble donne un rendu très riche où tout le monde y trouvera son compte. Les visions de Haneul dans l’entre-monde sont claires et bien décrites. Les scènes de bataille sont maîtrisées avec des ellipses juste où il faut pour renforcer l’aspect évocateur des affrontements. Quant à la politique, les différents éléments sont présentés d’une manière limpide. Impossible de mélanger les noms à consonnance coréenne ou de confondre un personnage avec un autre. C’était ma crainte principale toutefois Céline Chevet a, selon moi, bien géré les différents aspects pour fournir un texte abouti et surprenant. 

Il y a énormément à dire sur ce roman, trop pour une seule chronique, trop pour ne rien divulgâcher de son contenu. J’espère que mon enthousiasme pour ce titre se ressentira suffisamment à travers ces lignes pour vous donner envie de découvrir ce premier tome plus que prometteur et cette autrice talentueuse qui est décidément à suivre. 

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de Sous les sabots des dieux est une véritable réussite sur tous les plans. Céline Chevet emmène son lecteur en Corée, au VIIe siècle pour un roman historico-fantastique qui changera la face des Trois Royaumes ! À travers une galerie de personnages travaillés, l’autrice propose une intrigue solide aux thématiques multiples, maîtrisée de bout en bout. Impossible de reposer ce texte une fois commencé, je l’ai dévoré et je le recommande avec enthousiasme au plus grand nombre. Une nouvelle pépite dénichée par le Chat Noir pour sa collection Neko… Et quelle pépite.

D’autres avis : pas encore car j’ai eu la chance de lire le roman en avant première ! 

Rêveur Zéro – Elisa Beiram

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Rêveur Zéro
est le premier roman de l’autrice française Elisa Beiram. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 23.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Dans un futur proche, les rêves se matérialisent soudain dans la vie de tous les jours, entrainant une flopée de problèmes divers et variés. Certains sont inoffensifs. La plupart, non…

Un roman chorale ambitieux.
Pour un premier texte, Elisa Beiram voit les choses en grand et propose un roman chorale divisé en dix-huit jours et dix-huit nuits. Les nuits sont écrites à la première personne et donnent la parole à des rêveurs dont on ne connait pas toujours l’identité. Leurs rêves vont en général avoir une incidence sur la réalité dans le jour qui suit et je dois avouer que ces passages sont très déconcertants. Logique puisqu’il s’agit de songes mais j’ai eu du mal à m’intéresser à ces parties durant ma lecture tant elles partaient dans tous les sens. J’ai mis quelques chapitres à comprendre pour quelle raison elles existaient et j’ai parfois du me faire violence pour ne pas les sauter. Je précise que c’est un ressenti tout personnel.

Quant aux parties consacrées aux jours, les narrateurs sont assez nombreux et je me propose de vous les présenter succinctement :

On a tout d’abord Zahid, un trentenaire qui participait à une expérience sur le rêve lucide dans un laboratoire de Genève. Au début du roman, il retourne chez sa sœur Victoire plus tôt que la date prévue. On comprend qu’il a quitté le labo mais on ignore pendant longtemps les circonstances de ce départ et ce que ça implique. D’autant que le dit laboratoire disparait littéralement sans laisser de traces, du jour au lendemain… Zahid est donc activement recherché par les autorités pour apporter son témoignage, ce qui va le pousser à fuir à travers l’Europe.

On a ensuite Alma, une spécialiste en neurosciences qui travaillait sur l’expérience à laquelle participait Zahid. Si elle n’a pas disparu avec le reste de ses collègues, c’est parce que son appartement a pris feu et qu’elle se trouvait sur place pour constater les dégâts. Coïncidence ? Peut-être… Forcément, tout le monde cherche à l’interroger pour comprendre de quoi il en retourne. De son côté, quand Alma va constater la disparition du laboratoire, elle va se mettre à la recherche de Zahid pour essayer de comprendre ce qui se passe.

Jannis est le troisième personnage important du roman et aussi le frère d’Alma. Il travaille chez Delta Blue, une boîte de gestions de données qui va tenter de comprendre le phénomène d’apparition des rêves et de mettre au point un schéma de propagation pour enrayer tout ça. Jannis a l’intuition que la situation est plus complexe qu’il n’y paraît et ses recherches vont le mener assez loin dans les méandres du net…

Victoire, de son côté, est donc la sœur de Zahid dont j’ai déjà parlé. Elle est infirmière dans un hôpital parisien et sa présence permet de traiter l’aspect humain de l’épidémie de rêves. En effet, la plupart des gens qui arrivent aux urgences en se pensant blessés ne le sont pas, en réalité. Mais leur cerveau est persuadé du contraire (en même temps imaginez, vous vous faites écraser par un piano en pleine rue… même si le piano n’existe pas, votre cerveau pense que si et ça créé un choc si pas une mort instantanée). Certains nécessitent juste un accompagnement psychologique mais d’autres sont dans le coma. En plus d’être infirmière, Victoire est mère et doit mener tout de front. J’ai particulièrement apprécié les moments qui lui étaient consacrés parce qu’ils font échos, je trouve, à notre actualité. Je vais y revenir.

Enfin, dernier personnage d’importance: Philipp, un policier haut gradé qui enquête sur les origines de cette épidémie et va être en contact avec tous les personnages précédents à un moment ou à un autre. Ce protagoniste est grosso modo l’archétype du policier un peu bourru, qui en a vu, qui est un brin passé de mode mais ne lâche jamais rien. Il n’est pas désagréable à suivre et ses parties permettent en général d’avancer dans l’intrigue.

Le lecteur croisera également de manière ponctuelle d’autres protagonistes de moindre importance dont je ne vais pas parler pour ne pas divulgâcher des éléments de l’intrigue.

L’épidémie… un thème d’actualité.
Tout au long de ma lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de distinguer des parallèles avec la situation sanitaire actuelle. Bien entendu, ce que nous vivons est moins meurtrier que l’épidémie de rêves au sein de la diégèse du roman et n’a pas pris (encore ?) de telles proportions. Toutefois le texte d’Elisa Beiram soulève certaines thématiques et problématiques qu’on a eu l’occasion de retrouver récemment dans notre actualité. Déjà, la pression qui repose sur le personnel soignant exténué qui a à peine le temps de prendre un peu de repos avant d’y retourner. Ensuite, la façon dont certaines personnes profitent du chaos pour leur propre compte. Enfin, les abus que cela génère immanquablement à tous les degrés de pouvoir. C’est un roman vraiment très actuel et je pense que ça a participé aux difficultés que j’ai eu à le lire. Ce n’était pas la bonne période pour moi pour découvrir un texte comme celui-là. Je l’ai trouvé anxiogène malgré la maîtrise manifeste de l’autrice et l’intelligence du propos développé. Sachez d’ailleurs que je ne vous présente ici qu’une infime partie de ce que contient le roman.

Finalement, la grande question qui pourrait résumer Rêveur Zéro c’est : comment l’humanité réagit-elle face à une épidémie d’ampleur mondiale ? Je pense que le roman était prévu au catalogue de l’Atalante bien avant la crise toutefois le hasard fait bien les choses pour le coup. Il prend vraiment une dimension supplémentaire liée à notre actualité, ça l’enrichit d’une certaine manière, en tout cas selon moi.

Cette question, Elisa Beiram propose d’y répondre à sa façon à travers la voix de plusieurs protagonistes tous très différents les uns des autres, aux préoccupations et aux existences plurielles, avec une pointe de métaphysique qui se lie sans problèmes à l’aspect scientifique révélé par la conclusion et divulgâché par le classement littéraire du roman parce qu’on aurait très bien pu penser à du fantastique pendant les trois quart de l’intrigue,. À mes yeux, ce n’est pas incompatible avec un futur proche qui possède une technologie un peu plus développée. L’autrice se montre à la hauteur de l’ambition qu’elle a souhaité pour son premier roman. Elle place la barre très haut et si je n’ai pas été séduite en tant que lectrice par Rêveur Zéro, je sais reconnaître les qualités d’un texte outre mes propres goûts -ce qui me pousse à vous en parler sur le blog.

La conclusion de l’ombre :
Rêveur Zéro est un roman de science-fiction qui se déroule dans un futur proche, un peu partout en Europe. Il s’agit du premier texte de l’autrice et celle-ci place la barre assez haut en proposant un roman chorale ambitieux sous-tendu par une question cruciale : comment l’humanité réagirait-elle face à une épidémie mondiale ? Texte hélas tristement d’actualité bien que l’épidémie dont il s’agit ici soit celle de rêves qui se manifestent dans la réalité. Une découverte intéressante qui pousse à réfléchir.

D’autres avis : Pas encore mais cela ne saurait tarder ! N’hésitez pas à renseigner votre chronique dans les commentaires 🙂

Nos futurs (anthologie) – imaginer les possibles du changement climatique

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L’anthologie Nos futurs est née d’une collaboration entre des scientifiques et des écrivains. À travers dix thèmes qui constituent des objectifs de développement durable, l’anthologie Nos Futurs permet de réfléchir à l’avenir.
Éditée par ActuSF dans sa collection 3 souhaits, vous la trouverez partout en librairie au prix de 19.90 euros.
Merci à Jérôme Vincent pour ce service presse.

L’origine du projet
Comme le dévoile la préface, ce projet a vu le jour durant les Utopiales 2018 et vise à rassembler des scientifiques et des auteurices pour qu’iels écrivent / réfléchissent ensemble aux enjeux climatiques. Chaque nouvelle est précédée d’un texte scientifique (tous très abordables) qui sert à expliciter les enjeux concernés. Ce sont les lecteurs (plus de 800 votants) qui ont choisi les dix thèmes qui seraient traités ici. Dix scientifiques et dix auteurices ont donc été associés et laissés libre sur leur manière de collaborer. Ainsi est née cette anthologie. Je me propose d’évoquer chaque fois l’article ainsi que la nouvelle de fiction qui y est associée, en essayant d’être la plus claire possible.

Lutte contre la faim
Scientifiques : Claire Chenu & Sylvain Pellerin
L’article scientifique évoque la sécurité alimentaire (dont nous sommes très loin), l’importance des sols dans ce processus et la façon dont on pourrait restaurer leur qualité.

Auteur : Raphaël Granier de Cassagnac
Nouvelle : La faim justifie les moyens
La nouvelle est construite comme un témoignage : celui d’Ambélé, qui raconte à sa petite fille Yoko de quelle manière il a appris les bases de l’agriculture qui ont permis à une toute communauté humaine (réduite) de survivre après une épidémie qui a ravagé la population mondiale. Selon une note en bas de page, l’univers est celui développé dans le roman Thinking Eternity chez Mnémos. L’action témoignée se déroule en Afrique et explique de quelle manière les populations locales sont parvenues à développer l’agriculture dans le désert. J’ai apprécié cette nouvelle bien que je me demandais où l’auteur souhaitait en venir… Jusqu’à arriver à la fin que j’ai trouvé très touchante et forte dans son propos.

Bonne santé et bien-être
Scientifique : François Moutou
L’article -très édifiant dans le contexte actuel- évoque de quelle manière le changement climatique risque de faire revenir / de créer de nouvelles bactéries et par extension, épidémies. En pleine crise COVID, ça tombe à point…

Auteur : Claude Ecken
Nouvelle : Toxiques dans les prés
Martha est agricultrice dans un futur proche où les maladies des plantes / céréales sont de plus en plus nombreuses, quand ce n’est pas le climat qui met en péril les cultures. Débarque alors dans sa vie une étrange femme, Aila Sanosulli, qui va la payer pour l’aider à mener à bien quelques recherches…
Je dois avouer que j’ai eu du mal avec cette nouvelle, bien trop scientifique pour moi. Je comprends son intérêt toutefois sur le plan strict de la fiction, je ne suis pas le public cible.

Égalité entre les sexes
Scientifique : Marie-Jeanne Husset, Anne Barre et Véronique Moreira
L’article évoque l’importance des femmes dans le processus de sauvegarde du climat. Trop souvent, dans beaucoup de pays, les femmes ne sont pas décisionnaire (soit pas du tout, soit pas de manière égale) alors qu’elles sont souvent les premières actrices du changement. J’ai trouvé cet article fascinant et éclairant !

Autrice : Sylvie Lainé
Nouvelle : Au pied du manguier
L’action de cette nouvelle se déroule en Afrique, dans un futur où la population se divise entre procréants et non-procréants. La question de genre est au coeur de cette nouvelle puisque les lecteurs suivent des adolescents qui n’ont pas encore décidé de leur futur même si la plupart savent déjà qu’ils ne veulent pas d’enfants puisqu’il est nécessaire de diminuer la population mondiale. Pourtant, une parmi eux ressent ce fameux instinct maternel accompagné d’une forme de culpabilité. J’ai adoré l’intelligence du propos mais je déplore la fin de la nouvelle qui, selon moi, est plutôt l’endroit où l’histoire aurait du commencer.

Accès à l’eau salubre et à l’assainissement
Scientifique : Pascal Maugis
L’article parle de l’eau, de son cycle et de son importance dans notre vie de tous les jours ainsi que des idées reçues sur le sujet. J’en ai appris beaucoup et ça m’a permis de remettre en perspective ce que je pensais savoir sur la manière de mieux consommer mon eau !

Autrice : Estelle Faye
Nouvelle : Conte de la pluie qui n’est pas venue
Léna est missionnée par le gouvernement russe pour assassiner un riche propriétaire qui a détourné le cour d’une rivière afin d’alimenter son petit paradis. On se rend compte que la réalité est un peu différente… J’ai apprécié le ton globalement désenchanté de la nouvelle bien qu’ici aussi, elle se termine où elle devrait -je trouve- commencer.

Énergies fiables, durables et modernes à un coût abordable
Scientifique : Matthieu Auzanneau
L’article aborde avec beaucoup de pédagogie notre addiction aux énergies fossiles et la nécessité de trouver une alternative efficace à mettre en place puisque cette énergie est vouée à disparaître dans un futur très très proche en entrainant une révolution sociotechnique profonde. La réflexion induite par l’article me plait beaucoup ainsi que le ton de l’auteur.

Auteur : Laurent Genefort
Nouvelle : Home
Carmela est une coparente qui travaille pour la Mairie de sa ville au service qui gère Home, une interface permettant de conseiller et éduquer la population sur de bonnes habitudes écologiques à prendre, avec la mise en place d’un système de récompense. Il est toutefois possible d’ignorer les recommandations de Home. Évidemment, tout le monde n’est pas adepte de ce système et le fils de Carmela va se faire embrigader dans un groupe terroriste anti écologique… J’ai beaucoup aimé cette nouvelle ainsi que sa conclusion qui porte une douce note d’espérance.

Réduction des inégalités
Scientifique : Audrey Berry
L’article explique ici le concept de la carte carbone dont je n’avais pas entendu parler jusqu’ici (ou vaguement mais sans m’y attarder). Il s’agirait de compter les dépenses carbones des citoyens en les limitant à un certain quota tous les mois dans le but avoué de les baisser. Audrey Berry revient sur les avantages et les inconvénients de cette mesure ainsi que les inégalités qu’elle pourrait engendrer.

Autrice : Chloé Chevalier
Nouvelle : Trois poneys morts
Katia doit se rendre en Suède, sur une petite île perdue, afin d’exécuter les dernières volontés de son épouse décédée. Évidemment, ce voyage va lui coûter très cher et la carte carbone dont on ne peut pas échanger les points est sur le point de passer. Cela se fera pendant son voyage ce qui va contraindre Katia à imaginer des solutions alternatives pour rentrer en France. C’est l’une des nouvelles qui m’a le plus enthousiasmée par ce qu’elle dégage et son propos si concret. Je trouve que Chloé Chevalier maîtrise très bien le format court ! Elle traite sa thématique tout en invitant le lecteur à sa propre réflexion, sans oublier de proposer une protagoniste intéressante.

Villes et communautés durables
Scientifique : Vincent Viguié
L’article évoque l’impact des villes sur le climat ainsi que le concept de maladaptation à savoir une réaction (qu’on pense positive) au changement climatique qui risque d’aggraver le problème au lieu de l’améliorer. J’ai trouvé l’article un peu longuet mais intéressant.

Autrice : Catherine Dufour
Nouvelle : la chute de la défense
Rano habite dans un Paris plus ou moins dévasté où il fait très chaud. Il entend ses parents se disputer à propos d’un raid qui devrait avoir lieu sur le quartier de la Défense, endroit où vit sa grand-mère. Il décide donc d’aller la tirer de là, avec l’aide de deux amis. Cette nouvelle dépeint un futur où les personnes aisées n’ont visiblement pas appris de leurs erreurs et font tout, même le pire, pour conserver leur train de vie. J’ai beaucoup aimé le déroulement de l’action, maîtrisé, ainsi que la conclusion. Une nouvelle réussite pour cette autrice qui n’a plus rien à prouver.

Consommation et production responsables
Scientifique : Philippe Bihouix
Cet article développe la thématique de la production responsable et durable en mettant en balance l’aspect bénéfique (utopique) et l’aspect négatif (dystopique). À sa lecture, on prend conscience que le changement ne sera pas simple à mettre en place et qu’il implique une réorganisation profonde de la société, de nos habitudes.

Autrice : Jeanne A. Debats
Nouvelle : Le monde d’Aubin
Aubin vit au sein d’une communauté spécifique bien longtemps après une sorte d’effondrement. À cette époque, les gens ont eu le choix entrer continuer de vivre à la surface ou s’enfoncer sous terre, ce qu’on fait les pixelles. Ces derniers existent sous forme organique mais vivent dans des cylindres / cuves, préférant plutôt une conscience dite virtuelle. L’univers de la nouvelle est très vaste, complet, pourtant l’autrice parvient à le mettre en place en peu de pages. Aubin, qui est un garçon, va avoir le droit de choisir entre quitter sa communauté pour rejoindre celle des pixelles ou rester pour engendrer une descendance. Un choix qui n’est pas offert aux femmes, trop précieuses et paradoxalement, traitées comme un bout de viande. Cette nouvelle est percutante, violente dans son propos mais d’une grande intelligence. Quand on arrive à la toute fin, on ne peut pas s’empêcher de s’arrêter un instant pour réfléchir sur ce qu’on vient de lire. Une réussite, ma préférée du recueil sans aucun doute !

Lutte contre les changements climatiques
Scientifique : Isabelle Czernichowski
L’article explique ici le principe du stockage de CO2 en sous-sol, dont je n’avais pas non plus entendu parler, ce afin d’alléger la pollution dans l’atmosphère. Isabelle Czernichowski aborde les arguments en faveur et défaveur d’une telle méthode avec pédagogie si bien qu’une novice comme moi a vraiment compris l’enjeu que cela pouvait représenter.

Auteur : Jean Marc Ligny
Nouvelle : 2030 / 2300
La nouvelle se divise en deux parties. La première est un blog rédigé en 2030 par le responsable d’un chantier de puits stockage CO2 qui raconte son métier, son quotidien, jusqu’au moment où le puits a été scellé. La seconde partie se déroule en 2300 où une vieille dame explique comment elle en est venue à s’installer sur ce site, sans rien en savoir, et subir forcément les effets néfastes d’une fuite de CO2. Si j’ai trouvé l’idée originale, il m’a manqué quelque chose pour vraiment accrocher. De plus, la première partie m’a semblé assez redondante avec l’article scientifique qui la précédait.

Vie terrestre
Scientifique : Jane Lecomte et François Sarrazin
L’article évoque la manière dont on pourrait revoir la relation entre le vivant et le non vivant, les trajectoires d’évolution des espèces… Je dois avouer être passée un peu à côté de ce thème-ci ainsi que de la nouvelle qui y est lié.

Auteur : Pierre Bordage
Nouvelle : Sanctuaires
La nouvelle raconte l’histoire de deux jeunes qui défient l’autorité parentale pour retrouver un sanctuaire végétal dans un monde assez dévasté. J’ai eu du mal à rentrer dedans, le style de l’auteur ne me convient décidément pas en tant que lectrice je pense.

La conclusion de l’ombre :
Nos futurs est une anthologie très inspirée proposée par les éditions ActuSF qui invite à la réflexion sur le futur de notre planète et les solutions qu’on pourrait mettre en place pour y arriver. L’ouvrage marie les articles scientifiques (très accessibles) à des nouvelles de fiction plus ou moins réussies en fonction des auteurices. Même si je n’ai pas accroché à tout, je recommande cet ouvrage pour sa démarche et ce qu’il apporte aux réflexions déjà en cours. Je l’ai trouvé édifiant et pédagogique : si vous êtes enseignant, n’hésitez pas à lui consacrer un peu de temps !

Maki

Danse avec les lutins – Catherine Dufour

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Danse avec les lutins
est un one-shot fantasy écrit par l’autrice française Catherine Dufour. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 16.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

De quoi ça parle ?
Danse avec les lutins est une fresque, de petits morceaux de vie qui racontent comment le peuple ograin a pris de l’ampleur au détriment de la féérie, comment un adolescent en a eu assez de subir la discrimination et a décidé d’agir après avoir été copieusement endoctriné par des personnes mal intentionnées, uniquement motivées par l’appât du gain. Parce qu’une nouvelle guerre, ça génère du profit quand on travaille dans les banques et l’armement…

Une métaphore à grande échelle.
Le roman couvre une large période de temps et commence plus ou moins au moment où Dieu décide d’abandonner la Terre en allant faire un tour plus loin. Sans blague. Une genèse, donc, qui explique de quelle manière différentes espèces de la féérie sont créées et comment elles s’arrangent entre elles. Pas trop mal en réalité, jusqu’à ce que les ograins (nés de l’union ogre / nain donc) se détachent du lot, se reproduisent de plus en plus, gagnent en population et empiètent donc sur le territoire de leurs voisins fééries en utilisant plus de ressource que nécessaire, par exemple.

Ça ne vous rappelle pas quelqu’un, ça ?

En réalité, il serait plus juste de dire que Danse avec les lutins est un ensemble de nouvelles reliées entre elles par un univers commun et une thématique commune, jusqu’à ce qu’on arrive à l’histoire de Figuin qui intervient plus ou moins à la moitié du roman. Sur ce point, la quatrième de couverture m’interpelle puisqu’elle révèle des éléments fondamentaux de l’intrigue ou pas loin… Attention, donc !

À travers un univers typé fantasy par son bestiaire, Catherine Dufour dessine une métaphore intelligente de notre propre Histoire, de notre propre société. Quand on regarde la couverture sans avoir lu le roman, on n’a pas l’impression de s’apprêter à lire un texte aussi sombre quoi que parsemé d’humour un peu absurde qui sert le propos. On y parle de jeunesse perdue, de terrorisme, de discrimination, d’écologie… L’autrice exploite avec intelligence de très nombreux thèmes actuels pour dessiner une fresque glaçante. Faites l’exercice, regardez l’illustration de couverture après votre lecture… Elle prend tout son sens, un sens totalement différent de celui qu’on interprète de prime abord. C’est un détail mais j’adore le soin que Didier Graffet a apporté à ce dessin en réussissant à lui donner une telle profondeur signifiante.

Un peu trop de thèmes ?
C’est bien là le seul vrai souci du roman. Si j’ai aimé le découvrir, si je l’ai trouvé très inspiré et important dans tout ce qu’il aborde, j’ai parfois eu du mal à m’y retrouver entre les ellipses, les sauts temporels, les personnages qui apparaissent et disparaissent sans crier gare pour seulement une page ou deux et qui ont parfois des noms qui se ressemblent. En arrivant à la fin on comprend pour quelle raison le texte se présente de cette manière mais ça le rend tout de même un peu difficile à suivre pour le lecteur qui manque de concentration. Ce n’est pas un ouvrage à lire pour se divertir ou entre deux correspondances de train / bus. Il faut s’y plonger, s’en imprégner, pour vraiment ressentir toute sa profondeur et la force de son propos. Il mérite qu’on l’analyse, qu’on le découpe, qu’on le relise aussi. C’est un texte important, vraiment. Mais je regrette tout de même ce sentiment parfois brouillon que j’ai ressenti, même si c’est justifié dans la diégèse du texte, même si l’idée est bonne, même si, même si.

La conclusion de l’ombre :
Danse avec les lutins est un one-shot de fantasy écrit par l’autrice française Catherine Dufour. Derrière une couverture qui parait de prime abord légère et un folklore féérique bien exploité se cache une puissante métaphore de l’Histoire humaine -de ses erreurs surtout. L’autrice aborde des thèmes modernes et importants : la jeunesse perdue et influençable, le terrorisme, l’endoctrinement, les ravages capitalistes, l’écologie, l’identité historique, proposant ainsi un roman fort et très recommandable. Une réussite de plus au catalogue de l’Atalante !

D’autres avis : Au pays des cave trolls (Célindanaé) – Fantasy à la carteLaird FumbleBoudicca ElhyandraLes notes d’AnouchkaLe dragon galactiqueL’imaginaerum de Symphonie – vous ?

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Filles de Rouille – Gwendolyn Kiste

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Filles de Rouille
est un one-shot fantastico-horrifique écrit par l’autrice américaine Gwendolyn Kiste et traduit par Cécile Guillot. Publié par les éditions du Chat Noir dans leur collection Griffe Sombre, vous trouverez ce roman sur leur site au prix de 17.90 euros.
Je remercie Mathieu, Alison et les éditions du Chat Noir pour ce service presse !

De quoi ça parle ?
Durant l’été 1980 à Cleveland, l’aciérie près de Denton Street ferme et le chômage s’aggrave dans le quartier. Phoebe et sa cousine Jacqueline viennent de terminer le lycée et s’interrogent sur leur avenir. Elles envisagent de partir, fuir cette misère, sauf qu’un mal mystérieux frappe cinq filles de leur âge. Leur corps se transforme d’une manière anormale… et quand ça s’apprend, Gouvernement, touristes, médecins, tous débarquent pour observer ce mystérieux phénomène. Phoebe, elle, espère juste réussir à aider ses amies… et sa cousine, devenue elle aussi une Fille de Rouille.

À la croisée des genres.
Filles de Rouille débute en 2018 alors que Phoebe a une quarantaine d’années et retourne dans sa ville natale, cessant de fuir son passé présenté alors comme mystérieux. L’autrice installe directement une ambiance décrépite, un sentiment de sale, d’abandon, à travers les décors contemplés par l’héroïne et son état d’esprit. On se sent mal et tout qui a déjà vécu près d’une zone industrielle délabrée n’aura aucun mal à se projeter dans cette atmosphère. Le second chapitre se présente comme n’importe quel roman dont l’héroïne termine l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte, la cassure est violente mais l’effet fonctionne. Phoebe a dix-huit ans, elle vit aux côtés de sa cousine Jacqueline qui est aussi sa meilleure amie. Elle a ses petits tracas, s’inquiète de l’avenir mais tant que Jacqueline reste à ses côtés, rien ne semble la déstabiliser plus que ça. Pas même son ex qui a mis enceinte la fille avec laquelle il l’a trompée.

Assez vite, le roman glisse vers l’étrange quand la maladie de ces cinq filles est découverte. L’étrange scientifique ou fantastique ? Le doute planera jusqu’au bout et la maladie prendra une ampleur de plus en plus grande jusqu’à tomber dans le body horror qui renforcera une ambiance oppressante très bien maîtrisée. J’ai été bluffée par les descriptions de Gwendolyn Kiste qui a trouvé un excellent équilibre pour rester efficace sans tomber dans le grand-guignolesque.

Mais plus qu’un roman de l’imaginaire à l’ambiance maîtrisée, Filles de rouille illustre de tristes réalités sociales…

Un conte social
Le Chat Noir parle d’un conte social sur la quatrième de couverture et j’aime bien ce terme qui colle comme un gant au roman. L’autrice raconte en premier lieu une histoire d’amitié mais elle y incorpore un décor solide : celui d’une ville sur le déclin, qui subit la délocalisation de ses industries, où il n’y a pas / plus de travail, pas / plus d’avenir. Les filles doivent obéir à leurs pères, à leurs mères, rentrer dans un canevas étriqué qui existe malheureusement toujours à l’heure actuelle. Le parfait exemple est celui de Dawn, tombée enceinte suite à un coup d’un soir (avec l’ex de Phoebe donc aka le mec dont on claquerait bien la tête sur la bordure d’un trottoir pendant des heures tellement il est à vomir) qui accouche et n’a même pas le droit de décider ce qu’elle fera avec son bébé. C’est le conseil des mères qui s’en charge, sans jamais lui laisser la voix au chapitre. En tant que femme, ça m’a heurté et je me suis demandée combien de jeunes mères subissaient cela encore aujourd’hui..

Gwendolyn Kiste évoque ainsi, entre autre, la pression sociale, le jugement hypocrite d’autrui, la place de la femme mais aussi cette misère que connaissent certaines zones de pays supposés développés. Ici, son action se déroule aux États-Unis toutefois le propos peut-être transposé en Europe sans le moindre souci.

Dans ce contexte, je savoure l’ironie (volontaire bien entendue) que constitue la maladie des cinq filles puisque leur corps semble se transformer en éléments industriels comme l’étain, le métal, le verre, avec de l’eau boueuse qui remplace le sang pour ensuite rouiller petit à petit. La métaphore est superbe et inspirée. Au risque de radoter : tout fonctionne bien dans ce roman.

Phoebe, témoignage de la souffrance
Phoebe est la narratrice de cette histoire dans un texte écrit à la première personne. Les temporalités s’alternent entre décembre 2018 et l’été 1980, montrant l’évolution de ce personnage principal qui n’a rien d’une héroïne et qui a beaucoup souffert de toute cette histoire. L’autrice brouille les pistes pour entrainer le lecteur littéralement dans le coeur de sa narratrice, distillant les différents éléments narratifs avec plus ou moins de subtilité. Il y a par moment des longueurs dues à l’introspection toutefois, hormis à la toute fin, cela ne m’a pas dérangé. Phoebe n’est pas un personnage qui laisse indifférent, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour ce qu’elle vit et la perte progressive de sa meilleure amie. Ses émotions me parlent, on sent la pureté et l’importance de cette amitié dans son existence. C’est un roman comme j’aimerais en lire davantage car il met vraiment la notion d’amitié au centre de son intrigue.

La conclusion de l’ombre :
Filles de rouille est le premier roman de l’autrice américaine Gwendolyn Kiste, traduit par Cécile Guillot pour les éditions du Chat Noir. Ce one-shot fantastico-horrifique se révèle être un conte social maîtrisé qui traite de nombreuses thématiques avec beaucoup de sensibilité dans un contexte de récession qui ne peut que nous parler. Phoebe, la narratrice, est un personnage ambigu, en souffrance, qui révèle petit à petit des éléments du passé afin de nous apprendre ce qui est arrivé durant l’été 1980 à Cleveland avec les fameuses « Filles de Rouille ». À travers son histoire et sa profonde amitié avec sa cousine Jacqueline, Phoebe est une protagoniste attachante et vraie pour qui j’ai éprouvé beaucoup d’empathie au point d’avoir les larmes aux yeux à la fin. Ce premier texte est très prometteur et je me réjouis de découvrir d’autres romans de l’autrice vu sa qualité. Sans surprise donc, je recommande chaudement cette nouvelle pépite découverte par le Chat Noir !

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

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Apprendre, si par bonheur – Becky Chambers

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Apprendre, si par bonheur
est une novella de science-fiction positive écrite par l’autrice américaine Becky Chambers. Publié par l’Atalante pour la rentrée littéraire 2020, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 12.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

Je vous ai déjà parlé de cette autrice sur le blog en chroniquant sa saga les Voyageurs : L’espace d’un anLibrationArchives de l’Exode.
(NB : il semble que suite à une fausse manipulation, j’ai supprimé ma chronique sur Libration. Vous pouvez toutefois la retrouver sur le site de l’Atalante dans sa totalité !)

De quoi ça parle ?
Les quatre membres de l’expédition Lawki 6 quittent la Terre pour un voyage de plusieurs décennies dans le but d’explorer quatre exoplanètes à quatorze années lumières de là : Aecor, Mirabilis, Opéra et Votum. Ariadne, l’ingénieure du vaisseau Merian, raconte leur périple sous forme de carnet de bord romancé et ce avec un but bien précis…

De la SF positive et de la représentation.
Ce texte court de 144 pages invite le lecteur à suivre un groupe de quatre astronautes : Ariadne, qui s’occupe de l’aspect technique du voyage. Elena, spécialiste météorologique. Jack, géologue et Chikondi, biologiste. Ne vous laissez pas abuser, si chacun a sa spécialité, tous s’entraident car comme le précise justement Ariadne, c’est comme ça qu’on peut avancer en sciences. Becky Chambers nous a habitué à de la diversité et elle continue d’œuvrer pour la représentation et l’égalité des genres. Ainsi, pas de sexisme ni d’hétérocentrisme malvenu. L’autrice propose même un personnage asexuel, fait que je retrouve dans plusieurs lectures ces derniers temps et qui me plait beaucoup. Non seulement les protagonistes ne sortent pas tous du même moule mais ils ont également l’avantage d’être très humains, avec tout ce que cela implique. À nouveau, l’autrice démontre son habileté à construire des personnages solides et intéressants.

Leur mission n’a rien de politique et n’enclenchera pas une vague de conquêtes comme on le trouve souvent dans la littérature SF -en tout cas celle que j’ai pu lire. Elle a pour but de découvrir, de comprendre les mécanismes de la vie, d’apprendre, tout simplement. D’où le titre et la citation sur la quatrième de couverture que j’aime tout particulièrement au point de l’avoir noté car je trouve qu’elle résume très bien l’esprit du texte : « Nous n’avons rien trouvé que vous pourrez vendre. Nous n’avons rien trouvé d’utile. Nous n’avons trouvé aucune planète qu’on puisse coloniser facilement ou sans dilemme moral, si c’est un but important. Nous n’avons rien satisfait que la curiosité, rien gagné que du savoir. »

L’expédition Lawki 6 est d’ailleurs financée par les citoyens de la Terre et non pas par un pays en particulier comme c’était le cas au début des conquêtes spatiales. Ce financement est possible via une organisation connue sous l’acronyme GAO. Des initiatives de ce type existent également dans notre société bien qu’elles n’en soient pas encore à ce stade de développement.

Un rapport romancé…
Cette novella se présente donc comme un rapport divisé en quatre parties, une pour chaque planète visitée par le groupe : Aecor, Mirabilis, Opéra et Votum. La première possède un paysage glacé avec de mystérieuses lumières sous la surface. La seconde a une pesanteur bien supérieure à celle de la Terre et abrite une quantité phénoménale de formes vivantes. Opéra est un enfer aquatique à la météo tempétueuse et enfin Votum est un désert silencieux. On pourrait craindre que la forme de rapport empêche une intrigue intéressante ou un attachement de se créer vis à vis des personnages mais ce n’est pas le cas. Becky Chambers propose un bel équilibre entre l’aspect scientifique et humain, si bien que la lecture ne m’a jamais parue longue ou hors de ma portée. L’autrice donne dans la vulgarisation scientifique en expliquant de quelle manière les astronautes réussissent à tenir face aux différences entre la Terre et les planètes visitées ainsi que les longues distances parcourues sans pour autant mourir de vieillesse avant d’arriver. Pour moi qui suis novice sur un plan scientifique (et un peu en SF aussi, je poursuis mon apprentissage), je trouve qu’elle s’y prend très bien.

On ne comprend le but de ce rapport qu’une fois à la toute dernière page. Je ne vais pas révéler le twist final mais j’en ai eu des frissons. C’était intense, frappant, bref c’était parfait et ça justifie mon coup de coeur pour cette novella.

… avec une base scientifique solide.
On apprend grâce aux remerciements que Becky Chambers a été très influencée par les travaux d’une scientifique qui pourraient permettre, à terme, de rendre tout ça possible : Lisa Nip. Cette chercheuse du MIT propose de recourir à la biologie synthétique pour résoudre les difficultés du voyage spatial humain. Elle n’est pas la seule si on se fie à ces remerciements car l’autrice s’est appuyée sur des faits scientifiques avérés et solides pour écrire cette novella.

La conclusion de l’ombre :
Avec Apprendre, si par bonheur, Becky Chambers offre une novella de science-fiction positive tournée vers l’humain avec une base scientifique solide. L’autrice raconte comment quatre astronautes mènent une mission d’exploration sur quatre planètes différentes dans le but de comprendre l’origine de la vie. Elle prend le temps de mettre en scène les protocoles de recherche et de vulgariser ce qui doit l’être pour rendre son texte accessible au plus grand nombre sans jamais que cela ne devienne ennuyeux, même pour ceux qui n’ont pas d’atomes crochus avec ces matières. J’ai dévoré d’une traite ce court roman que je recommande avec enthousiasme.

D’autres avis : le Syndrome de QuicksonLes lectures du Maki – vous ?

Bénies soient vos entrailles – Marianne Stern

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Bénies soient vos entrailles
est un one-shot fantastico-gothique écrit par l’autrice française Marianne Stern. Publié aux éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros. Je vous encourage à le commander par leur site Internet pour les soutenir pendant cette période difficile pour le milieu du livre !
Je remercie Mathieu et les éditions du Chat Noir pour ce service presse.

Avant d’aller plus loin sachez que ce roman est inspiré du recueil de nouvelles les Chroniques d’Oakwood publié en 2013 au Chat Noir ainsi que de la nouvelle présente dans l’anthologie Bal Masqué. On y retrouve certains personnages et évènements, toutefois l’autrice a bien travaillé et Bénies soient vos entrailles peut se lire sans avoir connaissance des deux autres textes.

De quoi ça parle ?
Oakwood, décembre 1607. Pendant la fête de Yule, une jeune fille disparaît et une autre est retrouvée morte dans d’horribles circonstances. Il n’en faut pas plus au père Irwin pour crier aux démons. Sauf que, ce coup-ci, il n’a pas forcément tort…

Des éléments classiques pour un hommage au genre.
Bénies soient vos entrailles est un roman fantastique inspiré du genre gothique et qui en respecte assez scrupuleusement les codes. Si vous êtes un peu familier de cette littérature, son déroulement ne vous surprendra donc pas car on en relève aisément les différentes caractéristiques.

Tout d’abord, le décor-type. Il se divise au sein de ce roman en deux endroits : d’une part, le cimetière séparé en plusieurs zones, avec son arbre aux pendus et son coin dédié aux morts impurs tels que les suicidés ou les exécutés. D’autre part, le village en lui-même dont se dégage une ambiance malsaine empreinte d’une religiosité fanatique portée par le détestable prêtre Irwin. L’autrice décrit l’ensemble avec brio, mettant en place une ambiance qui fonctionne plutôt bien.

Ensuite, les archétypes des personnages qu’on identifie sans mal. Le père Irwin est un religieux buté et avide de sang qui brûle des femmes sous prétexte de sorcellerie et fait peser un climat de peur sur tout le village. La femme-victime apparaît à travers le personnage de Lynn la sorcière dont on connait l’histoire part les Chroniques d’Oakwood mais qui est rappelée ici : à l’âge de dix ans, une sorcière qu’on brûlait lui a transmis ses pouvoirs, gravant un pentacle dans sa chair et la vouant à Satan. Lynn n’est pourtant pas maléfique au sens premier du terme puisqu’elle aide les Maudits à se libérer des chaînes du religieux. On croise évidemment un démon (sur lequel je ne dis pas grand chose histoire de ne pas divulgâcher), des villageois superstitieux, un maire dépassé, un palefrenier fatigué, un intellectuel qui lutte contre l’obscurantisme avec des méthodes peu orthodoxes, des fantômes… Bref, la galerie de protagonistes est variée et mise en scène avec crédibilité ce qui implique que certains sont très pénibles à suivre. Notamment le père Irwin, pour ne pas le citer. Je crois que je n’ai plus autant détesté un personnage depuis Ombrage.

Enfin, Marianne Stern développe des thématiques qu’on retrouve dans la définition même du genre gothique : sorcellerie, satanisme, pacte démoniaque, fantômes du passé qui se manifestent dans le présent (notamment via John et Nelson) bref comme je l’ai dit, Bénies soient vos entrailles colle à ce qu’on attend d’un roman fantastico-gothique. Il ravira sans problèmes ceux qui en aiment les codes et recherchent ce type de littérature. Aucun risque d’être déçu de ce côté-là.

Mais peut-être un peu trop classiques ?
Malheureusement, la sauce n’a pas bien pris avec moi car je m’attendais à davantage de surprises au sein de l’intrigue et des personnages. J’ai souvent été déçue par leurs choix et leurs actions, surtout en ce qui concerne Lynn. Je pense que ce roman est parfait pour un lecteur curieux de s’initier à ce genre littéraire mais qu’il conviendra un peu moins à ceux avec un peu de bouteille dans cette littérature. J’ai également été interpellée par le fait que le style littéraire de la quatrième de couverture ne correspondait pas à celui du roman puisque ce texte n’est pas du tout rédigé à la première personne du point de vue de la sorcière mais bien dans une narration qui alterne les personnages, certains plus agréables que d’autres à suivre. Ce qui est dommage car j’appréciais tout particulièrement cette mise en bouche !

La conclusion de l’ombre :
Bénies soient vos entrailles est un roman fantastico-gothique qui rend hommage au genre et permet aux éditions du Chat Noir de retourner à ses racines au sein de la collection Griffe Sombre. Marianne Stern (re)met en scène le village d’Oakwood et sa Demoiselle dans une intrigue qui fleure bon la sorcellerie et le satanisme, signant ainsi une belle porte d’entrée dans ce type de littérature.

D’autres avis : pas encore, le roman vient de sortir !

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Vaisseau d’arcane #1 Les Hurleuses – Adrien Tomas

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Les Hurleuses
est le premier tome du diptyque Vaisseau d’arcane écrit par l’auteur français Adrien Tomas. Publié chez Mnémos pour la rentrée littéraire 2020, vous trouverez ce roman partout en librairie à partir du 28 août au prix de 21 euros.

De quoi ça parle ?
Sof est une infirmière sans histoire jusqu’au jour où son frère est frappé par un éclair d’arcane, devenant un Touché. Pour le soustraire aux autorités de la cité, la jeune femme décide de s’enfuir et va provoquer dans son sillage une série de catastrophes. En parallèle, Nym est un Opérateur (et non un vulgaire assassin comme il se plait à le préciser) qui se lance à leur poursuite pour de mystérieuses raisons. Quant à Gabba Do, ambassadeur des Abysses, il doit prendre la place de son prédécesseur à la Surface, prédécesseur qui vient juste d’être assassiné. Il va découvrir sur le terrain toutes les subtilités de la société humaine et tomber, bien évidemment, dans ses pièges.

Adrien Tomas, créateur d’univers.
Il n’est plus à démontrer qu’Adrien Tomas est un fantastique créateur d’univers. Peu importe le roman, son world-building est toujours remarquable et Vaisseau d’arcane ne fait pas exception. Ce texte se place dans le même univers que son roman jeunesse Engrenages et sortilèges mais peut se lire de manière complètement indépendante. La preuve : je n’ai pas lu Engrenages et sortilèges, ce qui ne m’a pas du tout empêché de comprendre l’univers, les enjeux ou les personnages.

L’action commence dans la ville de Mithrisias où Solal, éditorialiste génial et agitateur politique bien connu est soudain frappé par un éclair d’arcane, le transformant en un Touché. Un Touché est une personne remplie par une forme de magie qui détruit leur personnalité pour les transformer en réservoir de puissance inépuisable. Dans l’Édilat du Grimmark, ces personnes sont étudiées par des chaoticiens et utilisées ensuite pour alimenter des armes, des trains, bref toute la technologie développée autour de l’arcane.

L’arcane est l’énergie clé de ce monde en pleine révolution industrielle, que ce soit au Grimmark ou chez ses voisins. Chacun y consacre un usage qui lui est propre. Cette énergie n’est pas la seule originalité du roman puisque non content de dépeindre une société humaine, Adrien Tomas propose aussi des autres races intéressantes. D’une part, les Poissons-crânes qui sont des créatures aquatiques dotées d’une plus grande longévité par rapport aux humains. Plusieurs chapitres sont consacrés à Gabba Do, leur nouvel ambassadeur au Grimmark, ce qui est vraiment intéressant et offre un aperçu de leur technologie (comme ces scaphandres qui leur permettent de se déplacer à la surface) ainsi que de leur société. D’autre par, des orcs imprégnés par la nature au point de saigner vert et exploiter le bois comme d’autres le métal. Cette dernière société est davantage décrite puisque nos héros y font une halte prolongée.

Ces races apportent une dose de dépaysement bienvenu. Si on a l’habitude de croiser des orcs en fantasy, ceux-ci ne sont pas tout à fait ceux auxquels on s’attend et j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir tout ce qui concerne ces deux sociétés. Notez que je ne dépeins ici qu’une petite fraction de ce que l’auteur invente dans son roman, loin de moi l’envie de divulgâcher un contenu aussi intéressant.

Une fantasy steampunk ?
Je me dois tout de même de consacrer un paragraphe au sujet du classement de cette œuvre puisqu’on parle de steampunk sur la quatrième de couverture. Stricto sensu, ce n’est pas le cas. Sur base de mes quelques connaissances et sauf erreur de ma part, le steampunk en littérature implique une société du XIXe siècle dans notre univers ainsi qu’une technologie basée sur la vapeur et le charbon (d’où le nom, vapeur en anglais = steam). Dans Vaisseau d’arcane, la technologie est essentiellement basée sur l’arcane, justement. En tout cas je n’ai pas eu le sentiment de croiser autre chose et on parle même à un moment d’un équivalent à l’électricité (sans mentionner ce terme, c’est moi qui le comprend comme ça). Du coup, si on veut chipoter et je le précise pour les puristes : non, ce roman n’est pas un texte steampunk même si je comprends qu’on parle de ce genre littéraire pour créer un parallèle avec une forme d’esthétique plus visuelle. Par contre, oui, c’est de la fantasy en pleine révolution industrielle ce qui n’est pas sans rappeler le très bon Olangar de Clément Bouhélier.

Une narration chorale.
Autre habitude de l’auteur : la narration chorale. Adrien Tomas commence d’abord par introduire Sof, Solal et Nym avant de diversifier les points de vue pour amener Gabba Do, les membres du Conclave et l’un ou l’autre personnage secondaire qui permettra d’en apprendre plus à un moment clé de l’intrigue pour que les pièces du puzzle se mettent en place. Le risque avec ce choix c’est que, forcément, certains personnages sont plus intéressants à suivre que d’autres et l’intrigue s’éparpille avant de trouver une cohérence sur les derniers chapitres. Jusque là, le lecteur moyen (catégorie où je me place volontiers) froncera plus d’une fois les sourcils, surtout si le lecteur en question n’a pas l’habitude de lire un roman d’Adrien Tomas.

Évoquons en quelques mots ces personnages « principaux ». Sof choisit de se dresser contre les autorités de sa ville pour sauver son frère dont elle est persuadée qu’il a conservé sa conscience. C’est une jeune femme déterminée, débrouillarde, qui a parfois des réactions plutôt agaçantes toutefois elle est intéressante en tant que personnage féminin nuancé. Solal, son frère, a également droit à des chapitres que je vais qualifier de mystérieux faute d’un meilleur terme. Il faut attendre l’épilogue de ce premier tome pour entrevoir un début d’explication sur l’intérêt de ces chapitres en question. Quant à Nym, il poursuit une mission dont on ne sait pas grand chose pour le compte d’un commanditaire inconnu, se déclarant au service du peuple et non du gouvernement. Sa situation s’éclaircit également lors des derniers chapitres du roman et je dois avouer que ça a été, pour moi, une très agréable surprise. J’appréciais déjà ce personnage et mon sentiment s’est renforcé. Quant à Gabba Do, il essaie de se dépêtrer des exigences de sa fonction bien que son gouvernement ne l’ait placé là que comme un pantin manipulable après la mort de son prédécesseur. Évidemment, sa jeunesse et son inexpérience vont faire que, malgré son intelligence affutée, il va devenir le jouet de certains et ce avec des conséquences dramatiques. J’ai adoré ses chapitres et j’espère le retrouver dans la suite, ce protagoniste a un vrai potentiel !

Une intrigue pourtant classique.
On ne va pas se mentir, l’ensemble de l’intrigue reste assez classique. La construction de l’univers est suffisamment impressionnante pour qu’on l’oublie mais même s’il se passe plein de choses, j’ai par moment eu le sentiment que l’action n’avançait pas vraiment. De plus, Sof a trop tendance à l’introspection et comme je n’apprécie pas spécialement le personnage, ça m’a clairement gonflée à certains moments de ma lecture. Je ne dis pas que c’est inutile ni ne remets en cause les choix de l’auteur. Simplement, à mon goût, c’était un peu trop.

Toutefois, je l’ai déjà dit à plusieurs reprises sur le blog, classique n’est pas synonyme de mauvais ou d’ennuyeux. Le roman se lit tout seul avec fluidité et va crescendo jusqu’à un final surprenant que je n’avais pas anticipé. Il ouvre une série de possibles enthousiasmants et donne envie d’enchaîner sur le tome suivant. Hélas, il faudra attendre encore un peu pour cela puisque ce premier tome va paraître à la rentrée littéraire 2020.

La conclusion de l’ombre :
Avec le premier tome de ce diptyque fantasy en pleine révolution industrielle, Adrien Tomas pose les bases d’un univers riche, démontrant une fois de plus son talent de constructeur de mondes. À l’aide d’une narration chorale, l’auteur nous embarque entre différents personnages, différents peuples, voués à s’affronter dans une intrigue au déroulement classique, certes, mais qui ne manque pas d’intérêt. Pour moi, Les Hurleuses est une réussite et je suis impatiente de découvrir la suite de cette histoire.

D’autres avis : CélinedanaeFantasy à la carteBookenstock (Dup) – Le Bibliocosme (Boudicca) – Les chroniques du chroniqueur – vous ?

Zoé – John Scalzi

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Zoé
est le quatrième volume de la saga du Vieil Homme et la Guerre écrite par l’auteur américain John Scalzi. Édité chez l’Atalante, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros. Il existe également au format poche chez Bragelonne.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cette saga : Le Vieil Homme et la Guerre (1) – Les Brigades fantômes (2) – La dernière colonie (3).

De quoi ça parle ?
Zoé raconte les évènements qui se déroulent dans La dernière colonie dont je vous ai parlé il y a quelques jours… du point de vue de Zoé, adolescente adoptée par John et Jane Perry à la fin des Brigades fantômes, fille de Charles Boutin et enfant précieuse aux yeux du peuple Obins.

En règle générale, je dois avouer ne pas apprécier plus que ça les textes qui offrent un autre point de vue sur des évènements que je connais déjà. Je préfère que l’auteur opte pour une narration alternée au sein du même volume. Alors quand j’ai compris que Zoé n’avançait pas du tout l’intrigue, j’ai freiné des quatre fers et failli ne pas le lire bien qu’à certains moments, lors de ma lecture de La dernière colonie, je trouvais cela dommage que Scalzi s’en tienne à John Perry car Zoé vit pas mal d’aventures de son côté et on n’en a qu’un très bref aperçu lorsqu’elle en discute avec ses parents. J’avais donc un petit goût de trop peu, c’est vrai. Au point de relire la même histoire d’un autre point de vue moins de trois jours après avoir terminé le tome précédent ?

Et bien… Oui.
Et sans le moindre regret, finalement ! Comme quoi, tout arrive.

Quand Scalzi s’essaie au young adult.
Ça y est, je l’ai dit. Oui, Zoé est un roman young-adult selon moi puisqu’il colle aux codes (fluctuants, certes) du genre et je ne me fie pas (que) à l’âge de la protagoniste pour cela. Certes, c’est souvent un argument qui revient mais, personnellement, il ne me convient pas. Il suffit de prendre pour exemple des romans très sombres et durs avec des enfants en guise de héros (je pense à Je suis ton ombre, ce n’est pas le seul) pour s’en convaincre. Toutefois, Zoé affronte bien les tourments de l’adolescence qui sont en partie au coeur de ce texte : les premiers émois amoureux (erk.), un déménagement qui l’oblige à tourner le dos à tout ce qu’elle connait, la nécessité de nouer de nouvelles amitiés, sa quête identitaire, diviser qui elle est de ce qu’elle est, etc. Ce sont des tropes communs au genre même si le roman de Scalzi ne s’y cantonne pas. Alors sachez-le, si ce sont des sujets qui ne vous intéressent pas, ne lisez pas Zoé. Ça va vous saouler. Et si vous aimez seulement le young-adult, ne lisez pas Zoé non plus car ce texte ne peut pas se découvrir en dehors de la saga principale. C’est un complément, pas un roman à part.

Zoé, une adolescente pas comme les autres.
Zoé n’est pas une ado ordinaire : elle est la fille de Charles Boutin, celui qui a permis au peuple Obins d’accéder à la conscience. Du coup, elle vit avec deux Obins depuis l’enfance, Pirouette et Cacahuète (quand t’es enfant, tu nommes les gens comme tu peux, surtout les extra-terrestres, jugez pas) qui la protègent comme un trésor national. Ils enregistrent leurs moments en sa compagnie pour diffuser ces images au reste de leur nation, qui apprend alors à vivre, à utiliser cette conscience qu’ils désiraient avec ardeur sans trop savoir quoi en faire maintenant qu’ils l’ont.

L’intérêt du roman Zoé est surtout, à mon sens, d’en apprendre davantage sur les Obins dont on nous parle depuis deux tomes. On connait bien mieux leur genèse, leurs habitudes, on cerne les enjeux autour de Zoé et les comportements étranges de Pirouette et Cacahouète. On en a un aperçu dans La dernière colonie toutefois, à ce niveau, il est clair que ce roman apporte un complément important pour tout qui s’intéresse à l’univers du Vieil Homme et la Guerre. Il permet aussi -enfin- de poser la question qui me trotte en tête depuis deux tomes à savoir : mais pourquoi ça ne choque personne qu’une ado ait le pouvoir de manipuler un peuple entier au point qu’ils acceptent limite de se suicider pour ses beaux yeux ? Une chance, toute la fin du roman permet une évolution et une grosse prise de conscience, qui s’accompagne chez Zoé d’un gain de maturité. Pas du luxe.

Un must-read, vraiment ?
Mais voilà… On ne va pas se mentir, hormis pour satisfaire une curiosité bien légitime sur la façon précise dont Zoé a rencontré le Général Gau (j’avoue, je me suis décidée à lire le roman juste pour ça au départ) et comment elle a réussi à ramener une arme Consue sur Roanoke en sauvant les fesses de la colonie… Ce texte reste dispensable. Dispensable dans le sens qu’il n’apporte aucune nouvelle information fondamentale à l’intrigue. C’est davantage un complément, un tome 3 bis qu’un véritable tome 4. Ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture. Zoé est un chouette divertissement si l’aspect adolescent ne vous rechigne pas et si les Obins vous intéressent. Dans le cas contraire, je pense que vous pouvez sans trop de soucis passer directement au tome 5. Toutefois, j’attends sa lecture pour l’affirmer à 100% (encore quelques jours de suspens.)

La conclusion de l’ombre :
Zoé est le quatrième tome de la saga du Vieil Homme et la Guerre. Le roman raconte à l’identique les évènements de La dernière colonie, du point de vue de Zoé (comme son titre l’indique) ce qui permet de combler certains trous du volume précédent. Des trous somme toute facultatifs, on ne va pas se mentir. Toutefois, le texte ne manque pas d’intérêt pour tout fan de l’univers du Vieil Homme et la Guerre et tout qui a envie de mieux comprendre le peuple Obins. Ça a été, pour moi, une chouette lecture que je ne regrette pas. En avant pour la suite !

D’autres avis : Le chien critique – vous ? (manifestez-vous en commentaire si je vous ai oublié !)