Émissaires des morts (les nouvelles) – Adam-Troy Castro

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Émissaires des morts est composé de quatre nouvelles + un roman de science-fiction écrits par l’auteur américain Adam-Troy Castro. Première sortie de 2021 chez Albin Michel Imaginaire, vous trouverez ce titre partout en librairie au prix de 26.90 euros.
Je remercie AMI & Gilles Dumay pour ce service presse.

De quoi ça parle ?
Andrea Cort est avocate et travaille pour le Corps Diplomatique de la Confédération homsap dont elle est la propriété depuis un massacre perpétré par elle dans son enfance. Criminelle de guerre, c’est elle qu’on envoie traiter les affaires difficiles où elle est en contact avec des races extra-terrestres plurielles qui vont toutes, à leur manière, lui donner du fil à retordre.

Je précise que ce résumé maison ne rend pas justice à la qualité des textes lus. J’espère que ma chronique le fera. De plus, j’ai décidé de la couper en deux pour vous parler d’abord des quatre nouvelles et ensuite du roman, dans un billet futur.

Qui est Andrea Cort ?
Il me semble important, avant de vous parler des nouvelles, de glisser quelques mots au sujet de (l’anti ?) héroïne d’Adam Troy-Castro. Andrea Cort est une avocate qui travaille pour le Corps Diplomatique de la Confédération homsap qui reprend tout un tas de planètes et de gouvernements aussi divers que variés. Elle n’a pas vraiment le choix puisque, dans son enfance, elle a participé à une forme de génocide (les détails sont dévoilés petit à petit dans les différents textes avant d’être révélés noir sur blanc au début du roman) et ce métier lui permet de ne pas être extradée sur des mondes qui souhaitent la condamner. Elle a toutefois été en emprisonnée / étudiée jusqu’à sa majorité et cela a forcément laissé des traces.

Andrea Cort est une femme complexe qui a en horreur les planètes et n’aime pas beaucoup l’espèce humaine, ou n’importe quelle autre espèce en réalité. Solitaire, froide, cynique, elle pourrait aisément devenir un cliché sans la manière dont l’auteur la met en scène, n’hésitant pas à montrer ses failles, ses traumatismes, ses faiblesses aussi. Andrea Cort est un échantillon d’humanité dans tout ce que ce terme a de paradoxal : elle se hait pour les actes commis par le passé, a souvent des pulsions suicidaires qu’elle ne concrétise pas, et sait qu’au fond d’elle, elle appartient à la classe des monstres qu’elle chasse pourtant. Pourquoi un monstre ? Parce qu’elle a adoré tuer, elle s’en rappelle, et n’hésite pas à recommencer si la situation l’exige.
Pourtant, impossible de ne pas ressentir de compassion pour elle (ça ne lui plairait pas du tout, si elle le savait !), de ne pas chercher à se mettre à sa place ou même à la défendre quand l’occasion se présente. J’ai particulièrement apprécié ces nuances qui participent à la force des différents récits dont je vais à présent vous parler un peu plus dans le détail.

Avec du sang sur les mains ( lecture le 5 janvier 2021)
Andrea Cort se trouve sur la planète du peuple Zinn, une espèce alien en voie d’extinction avec qui elle négocie l’acquisition d’un prisonnier. En effet, ces aliens souhaitent recevoir un tueur humain sur leur territoire afin de l’étudier et Andrea Cort doit s’assurer que tout est en ordre à ce niveau, que les mesures de sécurité seront bien respectées, etc.

Au tout début de la nouvelle, Andrea rencontre l’équivalent d’une enfant, Première Offerte (c’est son nom humanisé, la langue des zinns n’est pas aisément prononçable) avec qui elle a un échange oral a priori quelconque. En tant que lectrice, je n’ai pas tout de suite compris où l’auteur voulait en venir puisque, comme Andrea et le reste du corps diplomatique, je me suis laissée berner…. Jusqu’à comprendre. Et là, premier choc, première grosse claque qui arrive sur les ultimes lignes de la nouvelle. J’ai eu besoin de dormir dessus pour laisser ce texte s’imprégner de toute sa puissance et j’ai entamé la suite avec un peu de crainte. L’auteur réussirait-il vraiment à faire mieux que ça ? Une partie de moi a envie de tout dévoiler pour vous expliquer mais si vous ne devez lire qu’un seul texte, lisez celui là, qui en plus est proposé gratuitement par l’éditeur pendant une durée limitée, au format numérique.

Une défense infaillible (lecture le 6 janvier 2021)
Contrairement à la précédente, cette nouvelle propose d’une part, une alternance de point de vue entre Andrea Cort et Tasha Coombs (sur qui je vais revenir) mais également une narration à la première personne pour ce qui est d’Andrea. Tasha Coombs est un agent infiltré dans une administration qui transmet des informations secrètes aux ennemis de la Confédération. Tasha doit démasquer l’espion ou l’espionne et subit une agression alors qu’elle est sur le point d’y parvenir.

Une chance, elle portait un système qui la plonge dans une sorte d’illusion dont on ne peut pas la sortir sans un mot de passe, la rendant impossible à interroger pour l’ennemi. Une fois récupérée par son camp, toutefois, on se rend compte qu’elle a modifié son mot de passe à la dernière minute parce qu’apparemment, l’ennemi en aurait eu vent, et on sollicite l’aide d’Andrea Cort puisque l’image figée dans le cerveau de Tasha est un portrait d’Andrea…

C’est l’occasion de voir notre anti-héroïne interagir avec des collègues. Cela permet également de montrer pour quelle raison elle ne développe pas de relations sur un plan personnel. Si j’ai trouvé l’intrigue de la nouvelle plus classique et n’ai pas eu l’effet « wahou » du premier texte, j’ai tout de même apprécié cette lecture pour son amertume et sa conclusion.

Les lâches n’ont pas de secret (lecture le 7 janvier 2021)
Andrea est envoyée sur Caithiriin où un ancien membre du corps diplomatique a commis plusieurs vols et un meurtre. Selon les lois inter-espèces, il doit être jugé selon la justice Caithiriin et condamné à mort sauf qu’au sein de ce peuple, la peine de mort est particulièrement violente et douloureuse : le condamné est allongé, on met une planche sur lui ainsi qu’un récipient qu’on remplit d’eau et qui va petit à petit l’écraser. Certaines exécutions durent des jours et ça terrifie bien entendu l’accusé, Varrick, qui tente le tout pour le tout en révélant à Andrea que les Caiths possèdent une méthode alternative de punition qui consiste en une forme de reprogrammation pour empêcher tout crime d’être reconduit.

Andrea va donc enquêter pour comprendre d’une part pourquoi on n’a pas proposé cette solution à Varrick et d’autre part, pourquoi la plupart des Caiths choisissent la mort plutôt que cette reprogrammation. Le contenu de cette nouvelle est assez terrifiant sur ses implications judiciaires et sociales et fait vraiment froid dans le dos. Le texte contient également un retournement de situation très inattendu qui se résout un peu facilement à mon goût mais n’en reste pas moins intéressant.

Démons invisibles (lecture le 8 janvier 2021)
Comment confier un meurtrier à la justice quand l’espèce dont viennent ses victimes ne possède pas de système judiciaire ? C’est cette question que va devoir résoudre Andrea Cort dans cette nouvelle. Emil Sandburg a commis plusieurs meurtres sur des représentants d’une espèce avec laquelle un Premier Contact a eu lieu, sans résultat. Cette espèce existe sur une planète où il n’y a aucune prédation, elle n’est pas sensible à son environnement et ne semble même pas avoir conscience de la présence des différentes espèces extra-terrestres autour d’elle.

Dés lors, comment constituer un jury et nommer un juge au sein de cette espèce, comme l’exigent les lois interespèces ?

Démons invisibles est un texte très fin, intelligent et personnel également vis à vis du personnage d’Andrea, à l’instar du précédent. Quand on entame la lecture du roman, on se rend compte à quel point il va jouer un rôle important. J’ai beaucoup aimé la maitrise dont elle fait preuve pour trouver une astuce qui respecte les attentes de ses supérieurs, ce qui démontre une fois de plus et si c’était nécessaire, ses grandes capacités professionnelles.

D’autres avis : Au pays des cave trolls (nouvelles) – Apophis (nouvelles) – Les lectures du Maki ( pour Avec du sang sur les mains) – Lutin 82 (pour Avec du sang sur les mains, une défense infaillible, les lâches n’ont pas de secret, démons invisibles) – Gromovar – De l’autre côté des livres (nouvelles et roman)

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La ville sans vent #2 la fille de la forêt – Éléonore Devillepoix

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La fille de la forêt
est le second (et dernier) tome de la ville sans vent écrit par l’autrice française Éléonore Devillepoix. Publié par Hachette Romans, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 18 euros.
Je remercie NetGalley et les éditions Hachette pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé du premier tome sur le blog !
L’histoire reprend pile à la fin du premier volume. Lastyanax part à la recherche d’Arka qui tente, de son côté, de retourner dans la forêt des Amazones pour échapper à la malédiction. Pendant ce temps, Hyperborée est prise d’assaut par des envahisseurs extérieurs et subit un froid hivernal sévère depuis la destruction du dôme.

Une suite à la hauteur du premier tome.
C’est ce que je me suis dit en terminant la lecture de ce roman. La fille de la forêt tient les promesses déjà esquissées dans le premier tome de ce diptyque puisqu’on y retrouve tous les ingrédients qui avaient su me séduire : un background maîtrisé et qui s’étoffe encore, des personnages attachants, une intrigue qui ne connaît aucun temps mort, une écriture fluide et agréable avec un enchainement des points de vue judicieux. Bref, l’autrice reste fidèle à elle-même et on l’en remercie. Pour plus de détails, je vous renvoie à ma chronique du premier volume.

Mais alors, que dire de plus ? Sur l’intrigue, rien car je ne souhaite pas gâcher votre plaisir de lecture en partageant mes réflexions sur tel ou tel personnage ou mon plaisir face aux multiples révélations et entrelacements qui existent entre les personnages de cette histoire. J’ai le sentiment que, plus qu’un tome 2, ce roman a été écrit comme un one-shot et scindé en deux volumes pour des questions éditoriales. Je me trompe peut-être, toutefois il aurait mérité une seule chronique pour l’ensemble, afin de fournir un article plus conséquent. Il y a tout de même un élément plus particulier sur lequel j’ai envie de m’arrêter.

Libération et image de la femme.
L’autrice a ici la bonne idée de pousser plus loin les thèmes déjà abordés dans le premier volume. Je vous parlais d’une société sexiste où Arka et Pyrrha dénotent par leur volonté de s’affirmer et où on craint le peuple des Amazones justement parce que ce sont des femmes puissantes. Femmes qui elles aussi tombent dans l’excès puisqu’elles bannissent les hommes, les méprisent et les exploitent quand elles ne les tuent tout simplement pas. Les évènements du premier volume sont prétexte à une évolution politique majeure en Hyperborée puisque des élections vont être organisées et que Pyrrha, une femme, va avoir le droit de s’y présenter ! Ses consœurs pourront même voter, sans distinction de classe sociale. Une petite révolution ! C’est l’occasion de tout un tas de réflexions pertinentes sur la politique, la libération de la femme, ses droits, son image… mais aussi de situations malaisantes qu’on vit pourtant au quotidien, sur base de sexisme ordinaire, de harcèlement de rue, etc. Éléonore Devillepoix dénonce mais elle le fait avec intelligence et subtilité en se servant de son intrigue et sans jamais trop en faire. C’est un point que j’ai vraiment beaucoup apprécié. Elle a, en plus, banni tout manichéisme puisqu’on a l’occasion de rencontrer plusieurs types de société et de remettre chaque système politique en question.

Par exemple, Arka a été élevée dans la société amazone qu’elle idéalise complètement. À mesure que le roman avance, elle prend toutefois conscience des exactions de ces dernières, de leur comportement guerrier et du fait que les sociétés tout autour d’elles existent pour la guerre et ne sont pas formatées pour la paix. C’est, je trouve, une réflexion vraiment pertinente et riche que propose l’autrice et je suis contente de la retrouver dans un roman pour adolescent car il peut ouvrir la voie à un beau travail scolaire. Si des profs de français passent par là…

La conclusion de l’ombre :
La fille de la forêt possède des qualités identiques à La ville sans vent dont il est la usite : une plume agréable, des personnages attachants et une intrigue bien rythmée. L’autrice tient ses promesses en proposant une suite qui se veut un vrai page-turner intelligent et engagé subtilement pour la cause des femmes et de l’égalité. Voilà un diptyque que je recommande chaudement à tout qui aime les univers originaux, les personnages adolescents qui en ont dans la cervelle et qui ont envie de vivre une aventure géniale bien au chaud sous un plaid. Parce que ça caille, quand même, à Hyperborée.

Paradis – Mike Resnick

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Paradis
est le premier tome de l’Infernale Comédie, une trilogie écrite par l’auteur américain Mike Resnick. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce premier tome au prix de 9.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

Un peu de contexte…
En mars 2016, ActuSF publiait pour la première fois l’Infernale Comédie en volume grand format, beau bébé au prix de 30 euros pour 680 pages quand même… Deux ans plus tard, juin 2018, l’Infernale Comédie débarque en poche dans la collection Hélios, en un seul volume de 752 pages à 14.5 euros. Ce volume est toujours noté comme disponible sur leur site
En 2020, la maison d’édition a décidé de couper cette trilogie en trois : Paradis, Purgatoire et Enfer, ce qui semble se justifier par le fait que chaque partie traite d’une planète différente, du moins si j’en crois la quatrième de couverture. Cette fois, chaque tome coûte 9.90 euros. Vous suivez toujours ? Bien. Cette chronique va donc traiter de Paradis, premier volume de cette trilogie.

De quoi ça parle ?
Matthew Breen prépare une thèse au sujet des cuirassés, ces animaux qui peuplaient la planète Péponi il y a encore une trentaine d’années et qui ont disparu à cause de la chasse. Pour cela, il rencontre August Hardwycke, un chasseur désormais âgé qui va lui raconter ses débuts sur la planète. Passionné par le sujet, Matthew va interviewer de plus en plus de témoins et relater, à travers ces différents témoignages, l’histoire de Péponi. 

Un récit particulier : témoignage et tranche de vie.
Le roman s’ouvre sur Matthew Breen qui rencontre Hardwycke alors que ce dernier n’a plus très longtemps à vivre. Le vieil homme se lance alors dans le récit de ce que fut sa vie, ce qui alterne les passages dans le passé et dans le présent puisqu’il y a d’un côté les souvenirs romancés et de l’autre, les échanges entre Matthew et August. Après le décès du chasseur, Matthew continue de s’intéresser à la planète et va rencontre de nouveaux personnages qui vont chacun apporter leur pierre à l’édifice de ses différents ouvrages, permettant de nuancer certaines informations et d’en ajouter d’autres pour densifier la fresque proposée par l’auteur. 

Et quelle fresque ! On y traite de nombreux sujets en commençant par l’écologie à travers la thématique de la chasse puis en discutant des soucis posés par la colonisation inconsidérée, la culture, l’économie, le développement technologique… Tout s’emboîte bien et le panorama dépeint par Mike Resnick est à la fois superbe et terrifiant. 

Roman SF ou historique ?
Ce roman se classe en science-fiction puisqu’il se déroule sur d’autres mondes, que l’espèce humaine colonise de nouvelles planètes, qu’on y trouve une technologie plus avancée qui se ressent notamment au niveau des armes et des moyens de transport entre les planètes. Mais outre cela, ce texte est surtout une allégorie de l’Histoire kényane comme l’explique la quatrième de couverture et ce que j’ai pu lire sur le sujet. Je ne m’y connais pas suffisamment au sujet de ce pays et de sa colonisation pour commenter la justesse avec laquelle l’auteur aborde ces éléments mais j’ai trouvé, personnellement, que c’était à la fois passionnant, terrifiant et très édifiant. Lire ce roman m’a donné envie de me renseigner davantage sur la situation du continent africain, dont on parle finalement assez peu dans les médias ou même dans nos écoles (alors même qu’il existe un fort passé colonial en Belgique avec notamment le Congo). Paradis a ainsi permis une grosse prise de conscience chez moi. Je ne regrette pas une seconde ma lecture.

La conclusion de l’ombre :
Ce premier tome de l’Infernale comédie fonctionne parfaitement bien. À mi-chemin entre le récit journalistique et de fiction, Mike Resnick livre à ses lecteurs une allégorie de l’histoire kényane absolument passionnante qui m’a permis de prendre conscience de mes lacunes dans certains domaines historiques. Une très belle réussite dont je me réjouis de lire la suite !

D’autres avis : GromovarL’ours inculte – vous ?

Vita nostra – Marina & Sergueï Diatchenko

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Vita nostra
est le premier tome des Métamorphoses, une trilogie écrite par deux auteurs ukrainiens : Marina et Sergueï Diatchenko. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 25.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Notez que s’il s’agit bien d’une trilogie intitulée « Les Métamorphoses », chaque tome se veut indépendant.

De quoi ça parle ?
Alors qu’elle passe des vacances d’été avec sa mère, Sacha rencontre un mystérieux homme qui lui demande d’accomplir certaines tâches afin d’entrer à l’institut des technologies spéciales de Torpa. Torpa, un coin paumé à la campagne… Quant à cet institut, impossible de savoir ce qu’on y étudie véritablement, pourquoi les professeurs les contraignent à lire un livre incompréhensible ou encore pour quelle raison les étudiants plus âgés sont aussi bizarres. Hélas, contrainte par la peur, Sacha ne va pas avoir le choix que de donner le meilleur d’elle-même afin d’éviter que ses proches en paient le prix.

Un roman que l’on vit.
Difficile d’écrire en long en large et en travers au sujet de Vita nostra car tenter une analyse littéraire classique menacerait de rendre fou tout qui s’y attaquerait en profondeur. Évidemment, on pourrait parler de cette école étrange qui semble enseigner une forme de magie -bien que le terme ne soit jamais prononcé ou même écrit. On pourrait évoquer les obstacles auxquels sont confrontés les étudiants, qui doivent sacrifier leur moi profond dans leur pratique afin d’être reconstruits pour réussir à atteindre le véritable pouvoir et donc dire qu’il s’agit d’un roman initiatique avec une métaphore sur le passage à l’âge adulte. On pourrait évoquer le lien qui existe avec la philosophie, parler d’Ovide et parler du concept de Verbe (parce qu’au commencement était le Verbe, il paraît). On pourrait feindre avec un peu de poudre aux yeux d’avoir tout compris à chaque instant…

Mais ce serait un mensonge.

Vita nostra est un roman qui se vit, qui se ressent, qu’on doit lire en acceptant de ne pas tout saisir à chaque seconde tout en, paradoxalement, comprenant ce qui y est raconté -au moins sur le fond. C’est un texte au sein duquel on se plonge avec délice, terreur mais aussi un brin de voyeurisme malsain qui nous pousse à tourner les pages pour savoir ce qui arrivera ensuite, dans une frénésie incompréhensible. On tremble pour Sacha, on se demande si elle réussira à atteindre les objectifs exigés par ses professeurs ou si elle devra encaisser les conséquences de ses échecs. On s’interroge, on essaie de résoudre les mystères posés par ce duo d’auteurs et chaque fois qu’un début de réponse arrive, elle ne colle jamais à ce qu’on aurait pu imaginer.

On la suit, Sacha, pendant les trois premières années de sa scolarité. On la voit évoluer. On se sent proche d’elle, de plus en plus. On s’engage sur un chemin parallèle au sien. Nous aussi, en tant que lecteur, on change probablement un peu à la lecture de ce texte. C’est toute la magie de Vita nostra.

Vita nostra est brillant, voilà. On peut le résumer ainsi sans que ça ne lui rende totalement justice. Difficile d’en parler, difficile de mettre en avant des éléments au lieu d’autres car tout a été minutieusement tricoté pour former un ensemble cohérent, solide, addictif. C’était une lecture puissante, passionnante, marquante, que je ne peux que recommander chaudement. Je suis vraiment heureuse d’avoir lu ce roman dans ma vie.

D’autres avis : Dragon galactique –  Les critiques de Yuyine – Sometimes a book – Un papillon dans la Lune – L’épaule d’Orion – Quoi de neuf sur ma pile ? – Au pays des cave trolls – Nevertwhere – Chuuuut maman lit – Le Bibliocosme (Boudicca) – Baroona (233°c) vous ?

Humanité divisée – John Scalzi

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Humanité divisée est le cinquième opus de la saga Le vieil homme et la guerre écrite par l’auteur américain John Scalzi. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 25.90 euros en grand format.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cette saga : Le Vieil Homme et la Guerre (1) – Les Brigades fantômes (2) – La dernière colonie (3) – Zoé (4).

De quoi ça parle ?
Grâce à John Perry, la Terre sait désormais que l’Union Coloniale se sert d’elle depuis deux siècles en la maintenant dans un état technologiquement arriéré, ce qui ne leur plait pas du tout. Scandalisés, les gouvernements terriens envisagent de se rapprocher du Conclave, l’ennemi de l’Union, privant ainsi définitivement ces derniers de leurs précieuses ressources humaines…

Une suite par épisodes.
Contrairement aux quatre opus précédents, Humanité divisée se compose de treize épisodes ainsi que de deux nouvelles indépendantes, présentes à la fin. Dans les remerciements de l’auteur, on peut lire qu’il s’est cassé la tête pour que ces épisodes puissent être lus de manière indépendante en formant quand même un roman cohérent. Hélas, selon moi, ce n’est pas vraiment possible puisqu’il s’agit d’aventures reliées entre elles par des personnages identiques ainsi qu’une intrigue sous-jacente claire et dans la ligne directe de ce qui a eu lieu précédemment : qui donc essaie d’attiser les tensions entre les deux camps en faisant soigneusement porter le chapeau à l’autre ? Je préfère donc considérer ce texte comme un roman au découpage particulier que comme un recueil de nouvelles.

Particulier signifie ici intéressant et inédit pour moi. J’ai vraiment apprécié cet aspect épisodique qui ponctue la lecture par beaucoup d’action et élimine les éventuelles longueurs qu’on peut trouver au sein d’un roman et que j’ai pu ressentir, par exemple, dans les Brigades fantômes. Scalzi a du ruser pour maintenir l’intérêt de chaque partie et il a, selon moi, très bien réussi son coup tout en maîtrisant les codes de la nouvelle puisque chaque aventure se termine au sein de son épisode mais les conséquences qu’elle induit sont reprises par la suite.

Je précise par contre qu’il est possible (toujours selon moi) de lire Humanité divisée sans avoir découvert les quatre opus précédents. D’une part parce que le personnage principal n’est plus le même et d’autre part parce que le texte contient suffisamment d’éléments de contexte pour qu’un lecteur novice ne soit pas perdu. Toutefois, vu l’intérêt des romans de Scalzi, je vous recommande quand même de lire les autres.

Une galerie de personnages intéressants.
Il n’est plus à prouver que Scalzi a un don pour construire des personnages auxquels on s’attache même si, quand on prend du recul, on se rend compte qu’ils ne sont pas fondamentalement originaux. Étrange paradoxe, je sais ! Pourtant, ça fonctionne sans problème -en tout cas sur moi. Dans ce roman, plusieurs figures se détachent contrairement aux opus précédents qui se focalisaient sur un seul protagoniste, avec une narration à la première personne (sauf pour les Brigades Fantômes). Ni Zoé ni John Perry ne sont au programme mais bien Harry Wilson, qui est présent dans quasiment tous les épisodes et endosse plus ou moins le rôle de « héros » d’Humanité divisée. Soldat des forces de l’union coloniale, le lecteur l’aura déjà rencontré dans le premier tome du vieil homme et la guerre puisqu’il a quitté la Terre en même temps que John Perry et est l’un des trois rescapés de leur équipe des Vieux Cons. Il a rejoint la section scientifique / technique des FDC et n’est plus à proprement parler en service actif sur le front. Cela ne l’empêche pas d’avoir conservé toutes ses particularités de soldat génétiquement amélioré et de savoir s’en servir.

Harry Wilson a beau être un personnage attachant, on ressent tout de même une patte très américaine autour de lui et du reste des protagonistes. Il incarne un archétype du soldat dévoué mais qui n’en a pas perdu son cerveau pour autant. Il est capable de se montrer critique envers l’institution qui l’emploie et fait de son mieux pour assurer ce qu’on attend de lui. Je me suis immédiatement intéressée à ses aventures et à ce qu’il avait à proposer, presque autant que pour John Perry. Toutefois, cet aspect peut gêner (ou au contraire, attirer) certains lecteurs donc je me dois de le préciser.

Un world-building qui continue de s’étoffer.
Même si on reste sur un fond classique (l’opposition entre deux puissances d’envergure pour le contrôle de territoires spatiaux ou plus simplement, leur suprématie dans l’ensemble) je trouve que la façon dont Scalzi développe son univers est cohérente, intéressante et surtout, accessible à celleux qui n’ont pas l’habitude de ce type de littérature. Certains ont qualifié ce tome d’inutile et inintéressant, ce n’est pas mon cas. Les évènements d’Humanité divisée prennent place directement après la fin du tome 3 (ou 4 si vous considérez Zoé comme un 4 plutôt qu’un 3.5) quand John Perry apprend à la Terre que l’Union Coloniale la maintient dans l’ignorance d’énormément d’éléments concernant l’espace afin de s’en servir comme vivier pour peupler ses colonies et renforcer son armée. Humanité divisée nous montre les conséquences concrètes de cette action sur divers plans (et surtout le diplomatique) mais introduit aussi un troisième camps dont on se doute de l’existence depuis quelques temps, sans avoir toutefois de réelles preuves de son implication. Autre qu’en partant du principe que chaque camps dit la vérité sur son innocence, bien entendu… C’est là aussi tout le génie de Scalzi qui continue de jouer avec son lecteur tout en lui donnant l’impression de porter une jolie auréole au-dessus de sa tête. J’adore !

Humanité divisée explore aussi un nouveau volet : celui de la diplomatie. Le coup porté par Perry à l’Union Coloniale oblige cette dernière à revoir sa politique d’image de marque, si j’ose dire, et le texte se concentre d’ailleurs sur une équipe diplomatique que Wilson rejoint un peu malgré lui pour ses compétences de technicien. C’est l’occasion de rencontrer plusieurs nouveaux peuples extraterrestres, de se familiariser avec d’autres coutumes, de vivre une aventure improbable avec un chien (cet épisode m’a tellement fait rire !) et bien d’autres encore, je vous laisse les surprises. On pourrait craindre l’absence de batailles spatiales ou de tragique mais rassurez-vous, ce n’est pas le cas du tout, particulièrement dans l’épisode final.

Deux nouvelles bonus.
Petit mot sur les deux nouvelles qu’on trouve à la fin : la diplomatie en trois rounds et Hafte Sorvalh déguste un churro et s’entretient  avec la jeunesse d’aujourd’hui. La première remet en scène Harry Wilson quelques mois avant les évènements d’Humanité divisée où on lui demande de se battre contre le représentant d’un peuple avec qui l’Union Coloniale est en pourparlers et qui sont très intéressés par l’aspect militaire de l’UC. C’est un texte sympathique à lire, une aventure divertissante mais sans plus. Le véritable intérêt de ces suppléments réside selon moi dans la seconde nouvelle où on retrouve une ambassadrice du Conclave (qu’on a eu l’occasion de croiser au fil des épisodes) Hafte Sorvalh. C’est une Lalan, un peuple qui ressemble un peu à de gros reptiles de trois mètres en mode humanoïde. Lors de ses voyages sur Terre, elle s’est découverte une passion pour les churros et c’est en allant en manger qu’elle rencontre un groupe d’enfants en sortie scolaire, ce qui donne lieu à un échange assez touchant entre les enfants et elle. J’ai surtout apprécié les propos de tolérance et d’ouverture qui transparaissaient dans le texte même si, à nouveau, ce n’est rien de fondamentalement original. Mais ça ne m’a pas empêchée d’être touchée.

La conclusion de l’ombre : 
Humanité divisée est un roman construit en treize épisodes + deux nouvelles bonus et qui s’inscrit dans la lignée directe des évènements de la saga Le vieil homme et la guerre. Scalzi alterne cette fois entre plusieurs protagonistes et le format épisodique permet de maintenir tout du long l’intérêt du lecteur grâce à un enchainement d’action bien maitrisé. Scalzi reste fidèle à lui-même et met son talent au service du lecteur qui, probablement habitué et fan à ce stade, sera ravi de retrouver tout ce qui constitue un bon roman de cet auteur devenu incontournable : des personnages attachants, de l’action, un background solide, de l’humour bien dosé. Vous ne serez pas renversé : Scalzi continue d’écrire du Scalzi. Mais, personnellement, c’est bien ce qui me pousse à continuer à le lire.

D’autres avis : De livres en livres – vous ?

Maki

Les énigmes de l’aube #1 premier souffle – Thomas C. Durand

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Premier souffle
est le premier tome de la saga fantasy les énigmes de l’aube écrite par l’auteur français Thomas C. Durand. Publié chez ActuSF pour la rentrée de l’imaginaire 2020, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 19.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

De quoi ça parle ?
Anyelle a une dizaine d’années et possède un sacré don : celui de renforcer la magie des autres. Il lui faut d’urgence apprendre à le maîtriser sauf que les écoles de magie sont théoriquement interdites aux filles… Alors quand, en plus, la fille est pauvre, vous imaginez bien…

Avant-propos
Je me lançais dans cette lecture un brin à reculons et ce pour plusieurs raisons. Déjà, la couverture ne m’inspirait rien de particulier, pas plus que le titre. L’ensemble me renvoyait à un énième roman de fantasy comme il en existe tant, probablement avec une quête initiatique, une élue, une prophétie, la totale quoi. Pourtant, en lisant le résumé, j’ai été intriguée par cette seule phrase : Bonjour, c’est ici pour apprendre la magie ? Elle dégageait une candeur et un certain humour qui a titillé quelque chose en moi. J’adore ce type de roman, vous le savez, j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer notamment via le travail d’Audrey Alwett. Pourtant, j’ai toujours peur de tomber sur un.e auteurice peu subtil.e qui ne réussirait même pas à me tirer un sourire. Chance j’ai eu, ce n’est pas le cas avec ce roman !

Humour, calembours et jeux de mots.
L’élément le plus remarquable de Premier souffle, selon moi, c’est la plume de l’auteur et la façon dont il use de l’humour tout au long du texte. Cet humour se traduit par des calembours parfois subtils, des jeux de mots mais aussi des situations absurdes renforcées par la candeur d’Anyelle, ce qui me rappelle l’excellent Dolorine à l’école d’Ariel Holzl. On a également droit à des notes de bas de pages pour expliquer certaines notions ou ajouter un commentaire cocasse sur l’un ou l’autre détail, ce que j’ai beaucoup aimé. Thomas C. Durand parvient à tourner en ridicule l’administration scolaire, le corps professoral et les camarades de classe d’Anyelle sans donner un sentiment de trop. Il m’a rappelé Pratchett ainsi que le travail d’écriture de grands noms comme Pen of Chaos ou JBX, chacun dans son domaine. J’adore quand c’est bien réalisé et aucun doute, c’est le cas ici.

Une critique sociale : une fille dans un monde masculin.
Pourtant, tout n’est pas que blague et sourire dans Premier souffle puisque l’auteur peint une critique sociale assez acerbe, notamment au niveau de l’intégration des femmes. Anyelle n’a que dix ans mais doit déjà subir le sexisme. Seule la puissance de son don lui permet d’entrer à l’école de magie où elle est mise à l’écart par la plupart de ses camarades masculins et de ses professeurs. Les exceptions se comptent sur les doigts d’une main et très souvent quand la question se pose du « pourquoi une fille n’apprendrait pas la magie ? » les réponses varient de : mais leur cerveau n’est pas conçu pour ça voyons à c’est comme ça et c’est tout. Cette thématique imprègne vraiment tout le roman et est plutôt bien gérée par l’auteur même si son parti pris humoristique fait souvent tomber les personnages masculins dans la caricature, à deux exceptions notables : Naxu et Ferigas.

Naxu est le dernier de la classe, le redoublant dans une école où, normalement, on ne redouble pas. Mis de côté par ses camarades à cause de son don d’anti-magie (vous pensez bien, quelle horreur !), il va venir en aide à Anyelle un jour et les deux vont se lier d’amitié. Le caractère affirmé de la jeune fille va permettre à Naxu de s’affirmer lui aussi, de prendre conscience de sa valeur. J’ai été touchée par leur relation d’amitié sincère comme l’est en général celle des enfants. Quant à Ferigas, il s’agit du seul professeur qui ne traite pas Anyelle comme un boulet ou pire, comme une fille. Il tente de l’aider, pour une raison qui reste obscure au lecteur même si on devine qu’il y a peut être anguille sous roche. Il incarne la figure du mentor un peu rude mais bienveillant au fond qui va permettre à Anyelle de trouver sa voie et de s’y engager.

Outre ces deux personnages, l’homme central dans la vie d’Anyelle est bien évidemment Elliort, son père, qui a le don d’antibûcheron (donc qui fait repousser les arbres). Ce don ainsi que ce personnage permettent d’aborder une autre thématique plutôt actuelle et à la mode en ce moment : l’écologie. À plus d’une reprise, l’auteur ajoute des notes au sujet de la Nature avec une majuscule et celles-ci ne manquent pas d’intelligence. Pour en revenir à Elliort, il est un peu le père rêvé, idéalisé, bourru lui aussi pour aller de paire avec sa stature mais qui a à cœur le bien de sa fille et ne va pas hésiter à tenir tête à ces magiciens qui prétendent qu’elle ne peut pas apprendre la magie à cause de son sexe. Sa désinvolture face à certaines situations participe à l’effet comique d’ensemble et leur relation familiale ne manque pas de douceur.

Les relations que noue l’héroïne avec ces hommes sont bien exploitées, subtiles et diversifiées. Cela n’empêche pas Anyelle d’exister par elle-même ou d’affronter les difficultés liées à sa scolarité : harcèlement, mise à l’écart, corps enseignant absent ce qui implique forcément qu’elle ne s’en sort pas par elle-même dans ses études… Anyelle doit s’affirmer face à un système ancien, rétrograde et souvent assez stupide. J’y ai vu une métaphore de notre système éducatif actuel qui, malgré la bonne volonté de certains professeurs (dont j’aime à croire que je fais partie) patine parce qu’il existe un gouffre entre les acquis qu’on attend des élèves et les moyens mis en place pour y parvenir. Je n’ai eu aucun mal à me sentir concernée par ce que racontait l’auteur et à trouver cela important.

Un univers riche et surprenant…
D’autant que son histoire prend place dans un univers d’une grande richesse. Il a pensé à tout ! Chaque lieu a son identité propre, chaque professeur aussi, chaque don, chaque école, chaque matière, il y a même un jeu officiel du monde magique. Il serait aisé d’effectuer un parallèle avec le travail de J.K. Rowling mais selon moi, Thomas C. Durand reprend plutôt les éléments standards de ce type d’histoire fantasy, sans les modifier mais en les rendant intéressant par tous les détails qu’il invente autour. Je dois donc dire que oui, sur le fond, nous sommes bien en face d’une fantasy classique qui respecte les codes habituels du genre en s’en détachant seulement par l’originalité de la mise en place.

… qui cache une absence d’intrigue.
C’est là que le bât blesse. Si on veut se montrer honnête, Premier souffle n’a pas vraiment d’intrigue et se pose comme un tome d’introduction à l’univers et aux différents protagonistes. Oui, l’ensemble ne manque pas de richesse mais en refermant le roman, j’ai surtout eu le sentiment d’une visite guidée plus qu’autre chose. Je ne dis pas qu’il ne se passe rien, ce serait mentir, mais l’ensemble reste très mineur et plutôt léger. Cela n’amoindrit pas mon plaisir de lecture mais pourrait rebuter ceux qui en attendent davantage. On imagine bien, vu certaines insistances, que le don d’Anyelle va être convoité et provoquer quelques catastrophes (en plus de celles qui ont déjà pu arriver) mais l’auteur n’esquisse même pas vraiment l’ombre d’un antagoniste sérieux quelque part. On a bien une mention à une peut-être prophétique mais elle est également tournée en ridicule, du coup le lecteur n’a rien en main. Je me demande vers quoi s’orientera le second tome !

La conclusion de l’ombre : 
Premier souffle est le premier tome d’une saga de fantasy humoristique qui remplit bien son rôle. L’auteur maîtrise sa plume et la richesse de son univers pour embarquer son lecteur dans un voyage où il ne cessera de sourire, voir de rire franchement parfois. Anyelle, l’héroïne, doit se faire une place dans un monde magique où les femmes sont usuellement exclues ce qui permet une double critique sociale à base de sexisme et de problèmes scolaires encore actuels, sans oublier une mention écologique. Pas de doutes, j’ai passé un bon moment avec ce texte même si j’ai regretté qu’il manque d’ambition dans son intrigue. À voir pour la suite, que je ne vais pas manquer de lire !

D’autres avis : Sometimes a bookbulle de livreFantasy à la carteL’ours inculteCœur d’encre 595

Sous les sabots des dieux #1 – Céline Chevet

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Sous les sabots des dieux
est le premier tome d’une duologie historico-fantastique écrite par l’autrice française Céline Chevet. Publié aux éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman dans la collection Neko au prix de 19.90 euros. 
Je remercie Mathieu, Alison et les éditions du Chat Noir pour ce service presse !

De quoi ça parle ?
Une fois n’est pas coutume, je vais renseigner le résumé de l’éditeur sans quoi tout va se mélanger.
« Corée, VIIème siècle. Complots au royaume de Silla.
La Chine des Tang est plus écrasante que jamais. Comment unifier les Trois Royaumes lorsque qu’il faut se méfier de ses frères autant que de ses ennemis ?
Amour, politique, trahison, vengeance, foi, Haneul va devoir apprendre à se servir des armes qui sont les siennes pour survivre dans cette époque chaotique de l’Histoire, où ses croyances sont mises à mal.
Prêtresse du temple Céleste, élevée au sein du palais royal, elle voit ses dieux se faire avaler par un Bouddhisme de plus en plus influent. Ne cache-t-il pas dans son ombre les sombres desseins des Tang qui veulent s’emparer du pays ?
Alors que Silla est plus fragile que jamais, où ira sa loyauté ? À la famille royale ou à la nation ?Haneul, sa soeur l’empoisonneuse, son amant l’écuyer, Mok le prince bâtard, autant de destins qui vont se croiser autour de cette question tragique…»

Un contexte historique solide.
Je ne sais pas vous mais c’est la première fois que je lis un roman qui se passe en Corée, à plus forte raison au VII siècle de notre ère. Étant plutôt portée sur le Japon, je ne connais quasiment rien à ce pays, son Histoire ou même ses mœurs. Je craignais donc de m’y perdre… C’est pourtant avec plaisir que j’ai découvert tous ces éléments, les figures historiques réutilisées par l’autrice ainsi que les croyances religieuses, la montée du Bouddhisme, les complots de cour, les us et coutumes… Sous les sabots des dieux est très bien documenté et l’autrice distille ces nombreuses informations avec parcimonie, sans jamais alourdir le texte. De plus, le roman s’ouvre non seulement sur une carte mais également sur une généalogie et un résumé du contexte historique dans lequel on se trouve. Tout cela tient sur une double page et permet de renseigner le lecteur de manière directe, sans pour autant l’obliger à étudier un cours d’histoire pour comprendre de quoi on parle. J’ai particulièrement apprécié cet aspect.

Une pointe de fantastique.
Le roman appartient au genre de l’imaginaire par la présence du divin, du mystique. Haneul est une prêtresse du temple Céleste. Cela signifie que, grâce à des rituels, elle parvient à entrer en contact avec les nombreuses divinités de la religion shintoïste ou plutôt, leurs manifestations. Les visions de Haneul sont toujours métaphoriques : elle chevauche un cheval, souvent un étalon, qui l’emmène observer des scènes porteuses d’un double sens qu’elle doit analyser par elle-même. Pour cela, sa mère la soumet à un enseignement assez strict et vaste qui recoupe bien des domaines. Haneul doit être érudite afin de ne pas se tromper sur la signification de ce qu’elle voit… Mais aussi être capable d’adapter ce qu’elle dit à la situation car, parfois, les dieux sont capricieux et restent silencieux. On a donc une réelle présence du surnaturel par l’aspect divin mais aussi, ironiquement, une forme de recul de cet aspect par le comportement de ces dieux qui manquent de clarté dans leur communication. Cet aspect apporte une vraie force au texte qui laisse la part belle à la force des mots. Lorsqu’on referme Sous les sabots des dieux, on se rend compte qu’il a suffit d’une phrase pour que l’Histoire entière bascule. C’est fascinant. 

Des personnages passionnants.
Céline Chevet nous offre une galerie de personnages aussi divers que variés, tous travaillés et maîtrisés. Le lecteur rencontre d’abord Haneul, une jeune prêtresse qui a dédié sa vie à l’Empereur de Jade. Elle est la fille de la Grande Prêtresse même si cette information est tenue secrète. Sa mère a également accouché de Min Jee, qui est sa sœur jumelle et qui exerce quant à elle la profession d’empoisonneuse. Rien avoir donc… Le premier contact avec Haneul dépeint une jeune fille pieuse, naïve, qui entretient une relation platonique avec un esclave travaillant aux écuries, Dokman. La mise en place est réussie, l’héroïne attire la sympathie et on attend avec appréhension de voir ce qui va lui tomber dessus. Son évolution est d’ailleurs assez remarquable et m’a fait passer par tous les états émotionnels, du meilleur… Au pire. Je me suis vraiment sentie concernée par l’héroïne, par ses choix, ses erreurs, c’est la première fois que ça m’arrive depuis un moment.

Le second personnage important du roman est le prince bâtard Mok. Alors que les Tang de Chine étendent leur influence, il craint que Silla ne soit absorbée par cet empire et n’en devienne qu’une province de plus. Il se bat pour son peuple avant tout mais son existence ainsi que ses ambitions défient les conventions sociales acceptables. Le personnage parait rustre et désagréable au premier abord mais on comprend rapidement qu’il a une vraie profondeur ainsi qu’une ambiguïté qui nous oblige à le détester sans pour autant y parvenir totalement. À ce stade je dois lutter contre mon envie d’écrire beaucoup plus à son sujet et de partager avec vous tout ce que j’ai pu ressentir pour ce personnage et son évolution. Une fois de plus, l’autrice n’a eu aucun mal à me faire me sentir concernée par les problématiques de son roman et le destin de ses protagonistes. Chapeau !

Le troisième personnage à prendre de l’importance par la suite des Lee Hyo Jin, un Hwarang (soldat d’élite) qui est aussi l’amant de Min Jee, la jumelle de Haneul. Le lecteur se confronte surtout à lui dans le dernier tiers du roman, ce qui permet de développer l’aspect militaire de l’histoire que j’ai trouvé très intéressant. C’est aussi l’occasion d’introduire l’espion Il Kwon, un personnage assez mystérieux au sujet duquel je me pose énormément de questions.  

Je pensais au départ ne suivre que les pensées de Haneul mais Céline Chevet a opté pour une narration interne où les points de vue s’alternent sans forcément dédier un chapitre entier à un seul personnage. C’est en général quelque chose que j’apprécie moins car j’ai des difficultés à me projeter mais l’autrice a parfaitement réussi à gérer son intrigue. Elle a construit des personnages qui paraissent archétypaux de prime abord mais qui ont en réalité une surprenante profondeur ainsi qu’une évolution cohérente quoi que parfois frustrante. 

Une intrigue bien ficelée.
Les rebondissements s’enchaînent au sein du roman, difficile de reposer l’ouvrage une fois commencé à moins de s’infliger une grande frustration. Commencez-le quand vous aurez du temps devant vous ! Si Sous les sabots des dieux s’ouvre calmement en posant son décor, il continue tambours battants en exploitant divers volets : l’amour, la politique, la guerre, la religion. L’ensemble donne un rendu très riche où tout le monde y trouvera son compte. Les visions de Haneul dans l’entre-monde sont claires et bien décrites. Les scènes de bataille sont maîtrisées avec des ellipses juste où il faut pour renforcer l’aspect évocateur des affrontements. Quant à la politique, les différents éléments sont présentés d’une manière limpide. Impossible de mélanger les noms à consonnance coréenne ou de confondre un personnage avec un autre. C’était ma crainte principale toutefois Céline Chevet a, selon moi, bien géré les différents aspects pour fournir un texte abouti et surprenant. 

Il y a énormément à dire sur ce roman, trop pour une seule chronique, trop pour ne rien divulgâcher de son contenu. J’espère que mon enthousiasme pour ce titre se ressentira suffisamment à travers ces lignes pour vous donner envie de découvrir ce premier tome plus que prometteur et cette autrice talentueuse qui est décidément à suivre. 

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de Sous les sabots des dieux est une véritable réussite sur tous les plans. Céline Chevet emmène son lecteur en Corée, au VIIe siècle pour un roman historico-fantastique qui changera la face des Trois Royaumes ! À travers une galerie de personnages travaillés, l’autrice propose une intrigue solide aux thématiques multiples, maîtrisée de bout en bout. Impossible de reposer ce texte une fois commencé, je l’ai dévoré et je le recommande avec enthousiasme au plus grand nombre. Une nouvelle pépite dénichée par le Chat Noir pour sa collection Neko… Et quelle pépite.

D’autres avis : pas encore car j’ai eu la chance de lire le roman en avant première ! 

Rêveur Zéro – Elisa Beiram

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Rêveur Zéro
est le premier roman de l’autrice française Elisa Beiram. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 23.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Dans un futur proche, les rêves se matérialisent soudain dans la vie de tous les jours, entrainant une flopée de problèmes divers et variés. Certains sont inoffensifs. La plupart, non…

Un roman chorale ambitieux.
Pour un premier texte, Elisa Beiram voit les choses en grand et propose un roman chorale divisé en dix-huit jours et dix-huit nuits. Les nuits sont écrites à la première personne et donnent la parole à des rêveurs dont on ne connait pas toujours l’identité. Leurs rêves vont en général avoir une incidence sur la réalité dans le jour qui suit et je dois avouer que ces passages sont très déconcertants. Logique puisqu’il s’agit de songes mais j’ai eu du mal à m’intéresser à ces parties durant ma lecture tant elles partaient dans tous les sens. J’ai mis quelques chapitres à comprendre pour quelle raison elles existaient et j’ai parfois du me faire violence pour ne pas les sauter. Je précise que c’est un ressenti tout personnel.

Quant aux parties consacrées aux jours, les narrateurs sont assez nombreux et je me propose de vous les présenter succinctement :

On a tout d’abord Zahid, un trentenaire qui participait à une expérience sur le rêve lucide dans un laboratoire de Genève. Au début du roman, il retourne chez sa sœur Victoire plus tôt que la date prévue. On comprend qu’il a quitté le labo mais on ignore pendant longtemps les circonstances de ce départ et ce que ça implique. D’autant que le dit laboratoire disparait littéralement sans laisser de traces, du jour au lendemain… Zahid est donc activement recherché par les autorités pour apporter son témoignage, ce qui va le pousser à fuir à travers l’Europe.

On a ensuite Alma, une spécialiste en neurosciences qui travaillait sur l’expérience à laquelle participait Zahid. Si elle n’a pas disparu avec le reste de ses collègues, c’est parce que son appartement a pris feu et qu’elle se trouvait sur place pour constater les dégâts. Coïncidence ? Peut-être… Forcément, tout le monde cherche à l’interroger pour comprendre de quoi il en retourne. De son côté, quand Alma va constater la disparition du laboratoire, elle va se mettre à la recherche de Zahid pour essayer de comprendre ce qui se passe.

Jannis est le troisième personnage important du roman et aussi le frère d’Alma. Il travaille chez Delta Blue, une boîte de gestions de données qui va tenter de comprendre le phénomène d’apparition des rêves et de mettre au point un schéma de propagation pour enrayer tout ça. Jannis a l’intuition que la situation est plus complexe qu’il n’y paraît et ses recherches vont le mener assez loin dans les méandres du net…

Victoire, de son côté, est donc la sœur de Zahid dont j’ai déjà parlé. Elle est infirmière dans un hôpital parisien et sa présence permet de traiter l’aspect humain de l’épidémie de rêves. En effet, la plupart des gens qui arrivent aux urgences en se pensant blessés ne le sont pas, en réalité. Mais leur cerveau est persuadé du contraire (en même temps imaginez, vous vous faites écraser par un piano en pleine rue… même si le piano n’existe pas, votre cerveau pense que si et ça créé un choc si pas une mort instantanée). Certains nécessitent juste un accompagnement psychologique mais d’autres sont dans le coma. En plus d’être infirmière, Victoire est mère et doit mener tout de front. J’ai particulièrement apprécié les moments qui lui étaient consacrés parce qu’ils font échos, je trouve, à notre actualité. Je vais y revenir.

Enfin, dernier personnage d’importance: Philipp, un policier haut gradé qui enquête sur les origines de cette épidémie et va être en contact avec tous les personnages précédents à un moment ou à un autre. Ce protagoniste est grosso modo l’archétype du policier un peu bourru, qui en a vu, qui est un brin passé de mode mais ne lâche jamais rien. Il n’est pas désagréable à suivre et ses parties permettent en général d’avancer dans l’intrigue.

Le lecteur croisera également de manière ponctuelle d’autres protagonistes de moindre importance dont je ne vais pas parler pour ne pas divulgâcher des éléments de l’intrigue.

L’épidémie… un thème d’actualité.
Tout au long de ma lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de distinguer des parallèles avec la situation sanitaire actuelle. Bien entendu, ce que nous vivons est moins meurtrier que l’épidémie de rêves au sein de la diégèse du roman et n’a pas pris (encore ?) de telles proportions. Toutefois le texte d’Elisa Beiram soulève certaines thématiques et problématiques qu’on a eu l’occasion de retrouver récemment dans notre actualité. Déjà, la pression qui repose sur le personnel soignant exténué qui a à peine le temps de prendre un peu de repos avant d’y retourner. Ensuite, la façon dont certaines personnes profitent du chaos pour leur propre compte. Enfin, les abus que cela génère immanquablement à tous les degrés de pouvoir. C’est un roman vraiment très actuel et je pense que ça a participé aux difficultés que j’ai eu à le lire. Ce n’était pas la bonne période pour moi pour découvrir un texte comme celui-là. Je l’ai trouvé anxiogène malgré la maîtrise manifeste de l’autrice et l’intelligence du propos développé. Sachez d’ailleurs que je ne vous présente ici qu’une infime partie de ce que contient le roman.

Finalement, la grande question qui pourrait résumer Rêveur Zéro c’est : comment l’humanité réagit-elle face à une épidémie d’ampleur mondiale ? Je pense que le roman était prévu au catalogue de l’Atalante bien avant la crise toutefois le hasard fait bien les choses pour le coup. Il prend vraiment une dimension supplémentaire liée à notre actualité, ça l’enrichit d’une certaine manière, en tout cas selon moi.

Cette question, Elisa Beiram propose d’y répondre à sa façon à travers la voix de plusieurs protagonistes tous très différents les uns des autres, aux préoccupations et aux existences plurielles, avec une pointe de métaphysique qui se lie sans problèmes à l’aspect scientifique révélé par la conclusion et divulgâché par le classement littéraire du roman parce qu’on aurait très bien pu penser à du fantastique pendant les trois quart de l’intrigue,. À mes yeux, ce n’est pas incompatible avec un futur proche qui possède une technologie un peu plus développée. L’autrice se montre à la hauteur de l’ambition qu’elle a souhaité pour son premier roman. Elle place la barre très haut et si je n’ai pas été séduite en tant que lectrice par Rêveur Zéro, je sais reconnaître les qualités d’un texte outre mes propres goûts -ce qui me pousse à vous en parler sur le blog.

La conclusion de l’ombre :
Rêveur Zéro est un roman de science-fiction qui se déroule dans un futur proche, un peu partout en Europe. Il s’agit du premier texte de l’autrice et celle-ci place la barre assez haut en proposant un roman chorale ambitieux sous-tendu par une question cruciale : comment l’humanité réagirait-elle face à une épidémie mondiale ? Texte hélas tristement d’actualité bien que l’épidémie dont il s’agit ici soit celle de rêves qui se manifestent dans la réalité. Une découverte intéressante qui pousse à réfléchir.

D’autres avis : Pas encore mais cela ne saurait tarder ! N’hésitez pas à renseigner votre chronique dans les commentaires 🙂

Nos futurs (anthologie) – imaginer les possibles du changement climatique

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L’anthologie Nos futurs est née d’une collaboration entre des scientifiques et des écrivains. À travers dix thèmes qui constituent des objectifs de développement durable, l’anthologie Nos Futurs permet de réfléchir à l’avenir.
Éditée par ActuSF dans sa collection 3 souhaits, vous la trouverez partout en librairie au prix de 19.90 euros.
Merci à Jérôme Vincent pour ce service presse.

L’origine du projet
Comme le dévoile la préface, ce projet a vu le jour durant les Utopiales 2018 et vise à rassembler des scientifiques et des auteurices pour qu’iels écrivent / réfléchissent ensemble aux enjeux climatiques. Chaque nouvelle est précédée d’un texte scientifique (tous très abordables) qui sert à expliciter les enjeux concernés. Ce sont les lecteurs (plus de 800 votants) qui ont choisi les dix thèmes qui seraient traités ici. Dix scientifiques et dix auteurices ont donc été associés et laissés libre sur leur manière de collaborer. Ainsi est née cette anthologie. Je me propose d’évoquer chaque fois l’article ainsi que la nouvelle de fiction qui y est associée, en essayant d’être la plus claire possible.

Lutte contre la faim
Scientifiques : Claire Chenu & Sylvain Pellerin
L’article scientifique évoque la sécurité alimentaire (dont nous sommes très loin), l’importance des sols dans ce processus et la façon dont on pourrait restaurer leur qualité.

Auteur : Raphaël Granier de Cassagnac
Nouvelle : La faim justifie les moyens
La nouvelle est construite comme un témoignage : celui d’Ambélé, qui raconte à sa petite fille Yoko de quelle manière il a appris les bases de l’agriculture qui ont permis à une toute communauté humaine (réduite) de survivre après une épidémie qui a ravagé la population mondiale. Selon une note en bas de page, l’univers est celui développé dans le roman Thinking Eternity chez Mnémos. L’action témoignée se déroule en Afrique et explique de quelle manière les populations locales sont parvenues à développer l’agriculture dans le désert. J’ai apprécié cette nouvelle bien que je me demandais où l’auteur souhaitait en venir… Jusqu’à arriver à la fin que j’ai trouvé très touchante et forte dans son propos.

Bonne santé et bien-être
Scientifique : François Moutou
L’article -très édifiant dans le contexte actuel- évoque de quelle manière le changement climatique risque de faire revenir / de créer de nouvelles bactéries et par extension, épidémies. En pleine crise COVID, ça tombe à point…

Auteur : Claude Ecken
Nouvelle : Toxiques dans les prés
Martha est agricultrice dans un futur proche où les maladies des plantes / céréales sont de plus en plus nombreuses, quand ce n’est pas le climat qui met en péril les cultures. Débarque alors dans sa vie une étrange femme, Aila Sanosulli, qui va la payer pour l’aider à mener à bien quelques recherches…
Je dois avouer que j’ai eu du mal avec cette nouvelle, bien trop scientifique pour moi. Je comprends son intérêt toutefois sur le plan strict de la fiction, je ne suis pas le public cible.

Égalité entre les sexes
Scientifique : Marie-Jeanne Husset, Anne Barre et Véronique Moreira
L’article évoque l’importance des femmes dans le processus de sauvegarde du climat. Trop souvent, dans beaucoup de pays, les femmes ne sont pas décisionnaire (soit pas du tout, soit pas de manière égale) alors qu’elles sont souvent les premières actrices du changement. J’ai trouvé cet article fascinant et éclairant !

Autrice : Sylvie Lainé
Nouvelle : Au pied du manguier
L’action de cette nouvelle se déroule en Afrique, dans un futur où la population se divise entre procréants et non-procréants. La question de genre est au coeur de cette nouvelle puisque les lecteurs suivent des adolescents qui n’ont pas encore décidé de leur futur même si la plupart savent déjà qu’ils ne veulent pas d’enfants puisqu’il est nécessaire de diminuer la population mondiale. Pourtant, une parmi eux ressent ce fameux instinct maternel accompagné d’une forme de culpabilité. J’ai adoré l’intelligence du propos mais je déplore la fin de la nouvelle qui, selon moi, est plutôt l’endroit où l’histoire aurait du commencer.

Accès à l’eau salubre et à l’assainissement
Scientifique : Pascal Maugis
L’article parle de l’eau, de son cycle et de son importance dans notre vie de tous les jours ainsi que des idées reçues sur le sujet. J’en ai appris beaucoup et ça m’a permis de remettre en perspective ce que je pensais savoir sur la manière de mieux consommer mon eau !

Autrice : Estelle Faye
Nouvelle : Conte de la pluie qui n’est pas venue
Léna est missionnée par le gouvernement russe pour assassiner un riche propriétaire qui a détourné le cour d’une rivière afin d’alimenter son petit paradis. On se rend compte que la réalité est un peu différente… J’ai apprécié le ton globalement désenchanté de la nouvelle bien qu’ici aussi, elle se termine où elle devrait -je trouve- commencer.

Énergies fiables, durables et modernes à un coût abordable
Scientifique : Matthieu Auzanneau
L’article aborde avec beaucoup de pédagogie notre addiction aux énergies fossiles et la nécessité de trouver une alternative efficace à mettre en place puisque cette énergie est vouée à disparaître dans un futur très très proche en entrainant une révolution sociotechnique profonde. La réflexion induite par l’article me plait beaucoup ainsi que le ton de l’auteur.

Auteur : Laurent Genefort
Nouvelle : Home
Carmela est une coparente qui travaille pour la Mairie de sa ville au service qui gère Home, une interface permettant de conseiller et éduquer la population sur de bonnes habitudes écologiques à prendre, avec la mise en place d’un système de récompense. Il est toutefois possible d’ignorer les recommandations de Home. Évidemment, tout le monde n’est pas adepte de ce système et le fils de Carmela va se faire embrigader dans un groupe terroriste anti écologique… J’ai beaucoup aimé cette nouvelle ainsi que sa conclusion qui porte une douce note d’espérance.

Réduction des inégalités
Scientifique : Audrey Berry
L’article explique ici le concept de la carte carbone dont je n’avais pas entendu parler jusqu’ici (ou vaguement mais sans m’y attarder). Il s’agirait de compter les dépenses carbones des citoyens en les limitant à un certain quota tous les mois dans le but avoué de les baisser. Audrey Berry revient sur les avantages et les inconvénients de cette mesure ainsi que les inégalités qu’elle pourrait engendrer.

Autrice : Chloé Chevalier
Nouvelle : Trois poneys morts
Katia doit se rendre en Suède, sur une petite île perdue, afin d’exécuter les dernières volontés de son épouse décédée. Évidemment, ce voyage va lui coûter très cher et la carte carbone dont on ne peut pas échanger les points est sur le point de passer. Cela se fera pendant son voyage ce qui va contraindre Katia à imaginer des solutions alternatives pour rentrer en France. C’est l’une des nouvelles qui m’a le plus enthousiasmée par ce qu’elle dégage et son propos si concret. Je trouve que Chloé Chevalier maîtrise très bien le format court ! Elle traite sa thématique tout en invitant le lecteur à sa propre réflexion, sans oublier de proposer une protagoniste intéressante.

Villes et communautés durables
Scientifique : Vincent Viguié
L’article évoque l’impact des villes sur le climat ainsi que le concept de maladaptation à savoir une réaction (qu’on pense positive) au changement climatique qui risque d’aggraver le problème au lieu de l’améliorer. J’ai trouvé l’article un peu longuet mais intéressant.

Autrice : Catherine Dufour
Nouvelle : la chute de la défense
Rano habite dans un Paris plus ou moins dévasté où il fait très chaud. Il entend ses parents se disputer à propos d’un raid qui devrait avoir lieu sur le quartier de la Défense, endroit où vit sa grand-mère. Il décide donc d’aller la tirer de là, avec l’aide de deux amis. Cette nouvelle dépeint un futur où les personnes aisées n’ont visiblement pas appris de leurs erreurs et font tout, même le pire, pour conserver leur train de vie. J’ai beaucoup aimé le déroulement de l’action, maîtrisé, ainsi que la conclusion. Une nouvelle réussite pour cette autrice qui n’a plus rien à prouver.

Consommation et production responsables
Scientifique : Philippe Bihouix
Cet article développe la thématique de la production responsable et durable en mettant en balance l’aspect bénéfique (utopique) et l’aspect négatif (dystopique). À sa lecture, on prend conscience que le changement ne sera pas simple à mettre en place et qu’il implique une réorganisation profonde de la société, de nos habitudes.

Autrice : Jeanne A. Debats
Nouvelle : Le monde d’Aubin
Aubin vit au sein d’une communauté spécifique bien longtemps après une sorte d’effondrement. À cette époque, les gens ont eu le choix entrer continuer de vivre à la surface ou s’enfoncer sous terre, ce qu’on fait les pixelles. Ces derniers existent sous forme organique mais vivent dans des cylindres / cuves, préférant plutôt une conscience dite virtuelle. L’univers de la nouvelle est très vaste, complet, pourtant l’autrice parvient à le mettre en place en peu de pages. Aubin, qui est un garçon, va avoir le droit de choisir entre quitter sa communauté pour rejoindre celle des pixelles ou rester pour engendrer une descendance. Un choix qui n’est pas offert aux femmes, trop précieuses et paradoxalement, traitées comme un bout de viande. Cette nouvelle est percutante, violente dans son propos mais d’une grande intelligence. Quand on arrive à la toute fin, on ne peut pas s’empêcher de s’arrêter un instant pour réfléchir sur ce qu’on vient de lire. Une réussite, ma préférée du recueil sans aucun doute !

Lutte contre les changements climatiques
Scientifique : Isabelle Czernichowski
L’article explique ici le principe du stockage de CO2 en sous-sol, dont je n’avais pas non plus entendu parler, ce afin d’alléger la pollution dans l’atmosphère. Isabelle Czernichowski aborde les arguments en faveur et défaveur d’une telle méthode avec pédagogie si bien qu’une novice comme moi a vraiment compris l’enjeu que cela pouvait représenter.

Auteur : Jean Marc Ligny
Nouvelle : 2030 / 2300
La nouvelle se divise en deux parties. La première est un blog rédigé en 2030 par le responsable d’un chantier de puits stockage CO2 qui raconte son métier, son quotidien, jusqu’au moment où le puits a été scellé. La seconde partie se déroule en 2300 où une vieille dame explique comment elle en est venue à s’installer sur ce site, sans rien en savoir, et subir forcément les effets néfastes d’une fuite de CO2. Si j’ai trouvé l’idée originale, il m’a manqué quelque chose pour vraiment accrocher. De plus, la première partie m’a semblé assez redondante avec l’article scientifique qui la précédait.

Vie terrestre
Scientifique : Jane Lecomte et François Sarrazin
L’article évoque la manière dont on pourrait revoir la relation entre le vivant et le non vivant, les trajectoires d’évolution des espèces… Je dois avouer être passée un peu à côté de ce thème-ci ainsi que de la nouvelle qui y est lié.

Auteur : Pierre Bordage
Nouvelle : Sanctuaires
La nouvelle raconte l’histoire de deux jeunes qui défient l’autorité parentale pour retrouver un sanctuaire végétal dans un monde assez dévasté. J’ai eu du mal à rentrer dedans, le style de l’auteur ne me convient décidément pas en tant que lectrice je pense.

La conclusion de l’ombre :
Nos futurs est une anthologie très inspirée proposée par les éditions ActuSF qui invite à la réflexion sur le futur de notre planète et les solutions qu’on pourrait mettre en place pour y arriver. L’ouvrage marie les articles scientifiques (très accessibles) à des nouvelles de fiction plus ou moins réussies en fonction des auteurices. Même si je n’ai pas accroché à tout, je recommande cet ouvrage pour sa démarche et ce qu’il apporte aux réflexions déjà en cours. Je l’ai trouvé édifiant et pédagogique : si vous êtes enseignant, n’hésitez pas à lui consacrer un peu de temps !

Maki

Danse avec les lutins – Catherine Dufour

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Danse avec les lutins
est un one-shot fantasy écrit par l’autrice française Catherine Dufour. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 16.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

De quoi ça parle ?
Danse avec les lutins est une fresque, de petits morceaux de vie qui racontent comment le peuple ograin a pris de l’ampleur au détriment de la féérie, comment un adolescent en a eu assez de subir la discrimination et a décidé d’agir après avoir été copieusement endoctriné par des personnes mal intentionnées, uniquement motivées par l’appât du gain. Parce qu’une nouvelle guerre, ça génère du profit quand on travaille dans les banques et l’armement…

Une métaphore à grande échelle.
Le roman couvre une large période de temps et commence plus ou moins au moment où Dieu décide d’abandonner la Terre en allant faire un tour plus loin. Sans blague. Une genèse, donc, qui explique de quelle manière différentes espèces de la féérie sont créées et comment elles s’arrangent entre elles. Pas trop mal en réalité, jusqu’à ce que les ograins (nés de l’union ogre / nain donc) se détachent du lot, se reproduisent de plus en plus, gagnent en population et empiètent donc sur le territoire de leurs voisins fééries en utilisant plus de ressource que nécessaire, par exemple.

Ça ne vous rappelle pas quelqu’un, ça ?

En réalité, il serait plus juste de dire que Danse avec les lutins est un ensemble de nouvelles reliées entre elles par un univers commun et une thématique commune, jusqu’à ce qu’on arrive à l’histoire de Figuin qui intervient plus ou moins à la moitié du roman. Sur ce point, la quatrième de couverture m’interpelle puisqu’elle révèle des éléments fondamentaux de l’intrigue ou pas loin… Attention, donc !

À travers un univers typé fantasy par son bestiaire, Catherine Dufour dessine une métaphore intelligente de notre propre Histoire, de notre propre société. Quand on regarde la couverture sans avoir lu le roman, on n’a pas l’impression de s’apprêter à lire un texte aussi sombre quoi que parsemé d’humour un peu absurde qui sert le propos. On y parle de jeunesse perdue, de terrorisme, de discrimination, d’écologie… L’autrice exploite avec intelligence de très nombreux thèmes actuels pour dessiner une fresque glaçante. Faites l’exercice, regardez l’illustration de couverture après votre lecture… Elle prend tout son sens, un sens totalement différent de celui qu’on interprète de prime abord. C’est un détail mais j’adore le soin que Didier Graffet a apporté à ce dessin en réussissant à lui donner une telle profondeur signifiante.

Un peu trop de thèmes ?
C’est bien là le seul vrai souci du roman. Si j’ai aimé le découvrir, si je l’ai trouvé très inspiré et important dans tout ce qu’il aborde, j’ai parfois eu du mal à m’y retrouver entre les ellipses, les sauts temporels, les personnages qui apparaissent et disparaissent sans crier gare pour seulement une page ou deux et qui ont parfois des noms qui se ressemblent. En arrivant à la fin on comprend pour quelle raison le texte se présente de cette manière mais ça le rend tout de même un peu difficile à suivre pour le lecteur qui manque de concentration. Ce n’est pas un ouvrage à lire pour se divertir ou entre deux correspondances de train / bus. Il faut s’y plonger, s’en imprégner, pour vraiment ressentir toute sa profondeur et la force de son propos. Il mérite qu’on l’analyse, qu’on le découpe, qu’on le relise aussi. C’est un texte important, vraiment. Mais je regrette tout de même ce sentiment parfois brouillon que j’ai ressenti, même si c’est justifié dans la diégèse du texte, même si l’idée est bonne, même si, même si.

La conclusion de l’ombre :
Danse avec les lutins est un one-shot de fantasy écrit par l’autrice française Catherine Dufour. Derrière une couverture qui parait de prime abord légère et un folklore féérique bien exploité se cache une puissante métaphore de l’Histoire humaine -de ses erreurs surtout. L’autrice aborde des thèmes modernes et importants : la jeunesse perdue et influençable, le terrorisme, l’endoctrinement, les ravages capitalistes, l’écologie, l’identité historique, proposant ainsi un roman fort et très recommandable. Une réussite de plus au catalogue de l’Atalante !

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