Techno Freaks – Morgane Caussarieu

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Techno Freaks est un one-shot contemporain qui prend place dans l’underground berlinois. Écrit par l’autrice française (mais expatriée à Berlin) Morgane Caussarieu, vous trouverez ce roman chez l’éditeur le Serpent à Plumes au prix de 17 euros.
Cette lecture entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.
Cette lecture entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne ensorcelant » catégorie « Cristaux, tarot et encens » pour le qualificatif de freaks qui lui va si bien !

Je ne vous présente plus Morgane Caussarieu dont j’ai lu tous les romans (Dans les veinesJe suis ton ombreRouge ToxicChéloïdes). Si vous suivez un peu le blog, vous savez que j’aime beaucoup la plume et la mentalité de cette autrice qui sort des sentiers battus en proposant des textes inattendus avec plusieurs niveaux de lecture. Techno Freaks ne fait pas exception.

Morgane Caussarieu entraine son lecteur à Berlin pendant trois jours qui divisent l’ouvrage en 3 parties : samedi, dimanche et lundi. Chaque chapitre correspond à une heure de la soirée ou de la journée, en fonction. Nous suivons toute une bande de fêtards qui sont plus ou moins reliés entre eux et qui évoluent dans les clubs de nuit techno. Mais pas la techno mainstream, évidemment. En cela, ce roman est une tranche de vie. La vie de Goldie, de BG, d’Opale, de Dorian mais aussi de Nichts. Ils viennent d’un peu partout en Europe, sont francophones et ont des personnalités différentes qui ne séduiront pas forcément tous les lecteurs.

Mais le but de Techno Freaks, ce n’est pas de vous présenter des personnages auxquels vous pourrez vous identifier. Jamais entièrement, a priori. C’est de vous initier à un monde, un autre univers qui côtoie pourtant le nôtre de près. Celui de la K, de la techno, de la fête qu’on voudrait sans fin mais qui doit quand même s’arrêter lundi matin pour aller bosser. Celui de Berlin, une ville à part, un personnage dans ce roman, pourtant rattrapée par la mondialisation. En fait, j’ai eu le sentiment de lire une sorte de requiem pour cette ville en train de changer. À moins que ça ne soit les personnages, qui évoluent, qui ne trouvent plus leur compte dans ce style de vie? Une prise de conscience? Le roman n’apporte pas une réponse claire mais bien une myriade de sensations plus ou moins fugaces, plus ou moins perceptibles pour le lecteur en fonction de sa propre sensibilité, de sa propre expérience, de ses propres convictions.

Les lecteurs de Chéloïdes retrouveront certains personnages en toile de fond, comme des clins d’œil, des rappels. Les deux sont à la fois liés et différents, ils symbolisent les étapes d’une vie, d’une évolution, d’une mentalité et je me demande quelle sera la suivante, finalement. Techno Freaks, c’est vraiment le passage d’une époque à une autre, le choc de deux mondes, comme l’illustre si bien la scène du métro avec Opale et BG.

Ce roman ne laisse pas indifférent. En partie grâce à la plume maîtrisée de Morgane Caussarieu, toujours aussi travaillée sur la musicalité de son texte. Ici, on ressent presque le beat de la techno perpétuellement en fond. Elle choisit toujours le bon mot pour exprimer son idée, évoque ses thématiques avec justesse, sans en faire trop. Et c’est rare, quand ça concerne des milieux hardcores comme ceux de la drogue ou de l’underground. On sent que c’est son univers à elle, qu’elle y a participé, c’est presque un témoignage. Presque. Parce qu’on est probablement plus dans l’auto-fiction. Ce qui est certain, c’est que l’autrice donne dans le roman social en décrivant un univers sur le déclin qui paraitra surréaliste aux générations futures, presque autant qu’il a pu me le paraitre à moi.

Parce qu’il existe une frontière. Une frontière entre ce qu’on sait intellectuellement et ce qu’on lit dans les pages de Techno Freaks. Je sais que l’underground berlinois existe mais j’ai eu l’impression de pénétrer dans un autre univers, si différent du mien au point qu’il en devient fantastique, imaginaire, surnaturel. Pourtant, il est douloureusement ancré dans la réalité quand les personnages pensent à leur travail en call-center, comme un rappel de la vraie vie qu’ils font en sorte d’oublier. Ça donne un sentiment étrange.

Techno Freaks, c’est tout cela et bien plus encore. Au fil de ma lecture, je ne me suis pas sentie happée comme ça a pu être le cas avec Chéloïdes, probablement parce que le roman n’est pas écrit à la première personne. Mais en refermant le bouquin sur la dernière page je me suis dit… Waw. D’accord. C’est dingue. Il est à côté de moi pendant que j’écris cette chronique et je le regarde comme une bête curieuse, une ouverture vers un ailleurs fascinant et malsain. Tentant et repoussant.

Est-ce que je conseille ce roman? Bien entendu. Il dispose des qualités propres aux livres de Morgane Caussarieu et s’inscrit très bien dans sa bibliographie. Est-ce que je vous conseille de le lire en premier ouvrage? Non, certainement pas, parce que vous risquez de passer à côté de quelque chose. Vous l’aimerez probablement, mais il vous manquera un niveau de lecture supplémentaire, une sensibilité, certaines clés. Est-ce qu’il est à mettre entre toutes les mains? Non, mais ça concerne tous les romans de l’autrice, à l’exception peut-être de Rouge Toxic. Pour public averti, ouvert d’esprit, qui a envie de se dépayser et de fréquenter des personnages explosés sans les juger. Est-ce que j’ai aimé? Oui. Oui, parce que j’adore qu’on me malmène, qu’on me présente des protagonistes que la vie n’a pas épargné, des anti-héros, des gens normaux, finalement. Dans leur propre normalité. Des cassés. Des brisés. Ça me parle et c’est ça que je recherche. Mais ce livre ne peut pas se résumer à un « j’ai aimé » ou pas. Il appartient sans conteste à ces romans pour qui on répond toujours: c’est plus que ça.

Bref, lisez Techno Freaks. Et lisez Morgane Caussarieu.

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