À l’ombre du Japon #39 { J’ai terminé de lire Chobits ! }

Ohayo mina !

Au début du mois de juillet, Pika achevait de ressortir les huit tomes du manga Chobits, titre phare du collectif Clamp et du catalogue de l’éditeur, digne manière de fêter les vingt ans de la série. Vingt ans déjà ! Comment ce titre a-t-il vieilli ? Que peut-on en dire aujourd’hui ? Ce billet a pour ambition de proposer une réponse à ces questions.

FLASHBACK !
Avant d’aller plus loin, je pense pertinent d’évoquer mon propre rapport à ce manga. Lorsque j’avais une dizaine d’années -je ne me souviens plus combien exactement- l’animé Chobits était diffusé sur MCM entre One Piece et GTO. J’avais commencé à regarder, envoûtée par les belles robes de Chii, avant de ressentir un malaise au bout de quelques épisodes. Un malaise que je ne m’expliquais pas. Peut-être était-ce lié aux sous-entendus sexuels qui traversent le manga ? À ces questionnements plus profonds sur des questions d’intelligence artificielle et d’émotions qu’on trouve tout au long de la série et pour lesquels je n’avais pas encore les clés de compréhension ? Toujours est-il que je changeais de chaîne à chaque fois que le manga commençait et que je n’en gardais donc pas un super souvenir, l’étiquetant à destination de personnes un peu perverses.

Pourquoi je vous raconte ça ? Tout simplement parce qu’en lisant le manga dans sa version papier et avec mon regard, mon recul et ma maturité (enfin euh…) d’aujourd’hui, j’en ai une opinion totalement différente.

De quoi ça parle, Chobits ?
En quelques mots, l’histoire raconte comment Hideki Motosuwa trouve un jour un pc humanoïde dans une poubelle près de chez lui. Hideki, c’est typiquement le gars campagnard sur les bords, pas très au courant des avancées technologiques ni très porté dessus, qui débarque à la capitale pour suivre des études et semble tomber tout droit dans un autre monde Le choisir comme narrateur permet d’expliquer les bases de l’univers. Hideki, donc, trouve ce pc humanoïde qui ressemble à une jeune fille (toute nue enroulée dans des bandelettes) et décide de la ramener chez lui pour voir s’il peut en faire quelque chose. La réparer, hein, ne pensez pas mal ! (hum)

Par chance, le PC s’allume mais semble vierge de tout programme hormis un logiciel d’apprentissage, ainsi que de toute capacité langagière. Elle doit donc TOUT réapprendre de zéro. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais de mystérieuses photos font leur apparition, désignant Chii comme une / la légendaire chobits, ce qui va éveiller les mauvaises intentions de certain.es.

L’intrigue en elle-même n’a rien d’original et le dénouement final est dans l’ensemble attendu. Pourtant, Chobits reste très intéressant pour ses thématiques.

Chobits et les questions technologico-psychologiques :
Plus notre technologie évolue, plus il devient nécessaire de s’interroger sur des points moraux : quel est notre rapport aux ordinateurs ? Aux intelligences artificielles ? Qu’est-ce que le développement de ces technologies nous apporte ? Et si, un jour, notre ordinateur commençait à développer des sentiments ? Ces émotions seraient-elles moins valides parce qu’issues d’un programme ? Est-ce que deux ordinateurs peuvent tomber amoureux au sens où nous l’entendons ? Tout cela appartient au registre de la science-fiction mais aussi de l’humain. Aucune réponse n’est franchement donnée dans Chobits, le titre invite plutôt à une prise de conscience et à une réflexion. Pourtant, selon moi, sa plus grande richesse se situe ailleurs, dans la manière dont est abordée l’image de la femme.

Si vous vous intéressez un peu au Japon, vous savez que les relations hommes / femmes ne sont pas comparables à ce qu’on connait en occident. La pression sociale est énorme, pourtant, paradoxalement, c’est très difficile pour de nombreux japonais d’approcher une femme. Je n’ai pas de chiffres à avancer, il s’agit seulement d’une réalité sociale bien connue. Ainsi, l’existence de pc humanoïdes comme dans Chobits montre ce que serait une société où il est possible de s’acheter un.e compagnon.ne  de vie, à programmer comme on le souhaite. Comment une femme humaine pourrait-elle rivaliser avec cela ? On peut aussi retourner la question dans l’autre sens et demander comment un homme humain pourrait être à la hauteur d’un pc programmé pour coller à 100% aux envies de sa partenaire. Dans le manga, c’est mis en scène à travers une amie de Hideki qui était amoureuse d’un homme, homme qui avait épousé précédemment son pc. Un pc qui lui ressemblait physiquement. Quand elle l’a appris, sa confiance en elle et en leur amour naissant a été profondément ébranlée, ce qu’on peut comprendre.

À ce stade, je souhaite vous partager une réflexion toute personnelle liée à la fin du manga. Attention, le paragraphe suivant contiendra des révélations ! Je vous invite à cesser votre lecture ici pour éviter que je vous divulgâche des choses si vous comptez lire le manga.

Une ode à l’amour platonique ?
On réduit, comme souvent, le support humanoïde des pc à une fonction sexuelle. C’est bassement humain mais compréhensible puisque beaucoup de gens y auraient pensé. Pourtant, ce que je trouve beau dans Chobits, c’est que la fin (bien qu’attendue et sans surprise) propose un twist intéressant sur ce point quand Hideki apprend qu’il lui sera impossible d’avoir des relations sexuelles avec Chii puisque son bouton de redémarrage se trouve dans son intimité. Ainsi, s’il y a pénétration, elle va se reboot et tout perdre : nom, souvenirs, identité dans son ensemble, et ne sera donc plus Chii. Hideki clame que cela lui importe peu et la dernière case du manga le montre marié avec Chii, tous les deux visiblement très heureux.

Certain.es pourraient y voir une pudibonderie toute nippone pour le sexe mais je ne suis pas d’accord. Avec ce choix scénaristique, le collectif libère plutôt la femme de son rôle d’objet de plaisir auquel on la réduit trop souvent tout en rappelant que l’acte sexuel n’est pas forcément ce qui importe dans un couple, qu’on peut aimer sans l’aspect physique, entretenir une belle relation, ressentir du bonheur, sans écarter les cuisses. C’est un très beau message d’une modernité sidérante pour un manga datant de plus de vingt ans ! Évidemment, chacun.e interprète cela comme iel le sent mais c’est ainsi que moi, je l’ai compris. Je précise également que chacun.e a le droit d’attendre ce qu’iel veut du couple, avec ou non une proximité physique, pour peu que son/sa partenaire soit d’accord avec ça. Je ne porte pas non plus de jugements sur les personnes pour qui l’acte sexuel a de l’importance. Je me réjouis simplement de lire une œuvre où ce n’est pas le cas.

Mais… ?
Parce qu’il y a quand même un mais. Chii est un ordinateur, doté d’une intelligence artificielle. Aucun problème pour moi qu’elle puisse ressentir des émotions, même si celles ci viennent d’un programme. Je ne les trouve pas moins valides que les émotions humaines. Par contre, Chii devant tout réapprendre de zéro, ayant été « reboot » jusqu’à oublier les bases du langage et des codes sociaux, elle me fait davantage penser à un enfant (si pas un bébé) qu’à une femme envers qui on peut éprouver un désir physique ou même de l’amour. Sa candeur charme probablement beaucoup de gens (hommes ou femmes) mais quand même…

Sur cette base, (attention, je divulgâche !) quand Hideki lui dit « je t’aime » et déclare qu’elle est la personne la plus importante dans son cœur, j’aurais presque préféré ne pas voir de bagues à leur doigt dans la dernière case puisqu’on sort alors du cadre d’un amour fraternel ou même paternel, ce qui peut interroger sur l’aspect sain de toute ça. Il reste une certaine ambiguïté au sujet de laquelle je ne sais pas trop quoi penser. Toutefois, l’acte sexuel ayant été retiré de l’équation et le manga touchant à un type de relation auquel on peut plus difficilement appliquer les codes moraux de notre société, je me contente de le souligner sans pour autant porter un jugement de valeurs. Mais je pense que ça peut déranger certain.es alors je trouve important d’en parler.

La conclusion de l’ombre :
Pour toutes ces raisons, je ne regrette pas de m’être plongée dans la version papier de ce manga qui m’avait laissé, plus jeune, une si mauvaise impression car même si le tome huit est (trop) court et semble un peu rapide comparé au reste de la série, il n’empêche que les questions posées par le collectif CLAMP ainsi que la fin sont très intéressant.es à lire. Chobits est donc un manga en huit tomes à découvrir et sur lequel réfléchir longuement !

Hideout – Masasumi Kakizaki

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Hideout est un seinen horrifique en un seul tome scénarisé et dessiné par le mangaka Masasumi Kakizaki que vous connaissez peut-être davantage pour sa série Bestiarius. Publié chez Ki-oon, vous trouverez ce tome au prix de 7.65 euros partout en librairie.

Seiichi a décidé de tuer sa femme ce soir. Il n’en peut plus de la culpabilité qu’elle fait peser sur lui depuis la mort de leur fils. Il l’emmène donc sur une île sous prétexte de recoller les morceaux et, ensemble, ils vont pénétrer dans une mystérieuse grotte. La descente aux Enfers commence…

Voici grosso modo le contexte de ce one-shot. A priori, on pourrait se dire qu’il n’a rien de très original toutefois, s’il ne révolutionne pas le genre, Hideout possède de sympathiques qualités.

Je vais d’abord évoquer l’objet en tant que tel. La couverture a un aspect un peu rugueux sous les doigts, comme un papier tissé très finement. C’est plutôt un type de couverture qu’on retrouve sur des romans au sein de certaines maisons d’édition et ça se comprend vu son contenu. En effet, le personnage principal est écrivain et il relate son histoire dans son dernier livre. Je ne vous gâche pas l’effet final mais c’est plus original que ce qui y parait. Quant au dessin, il est extrêmement soigné.  On ressent l’aspect horrifique dès la couverture mais ce n’est rien à côté de l’intérieur. Le mangaka propose plusieurs doubles pages très réussies et marquantes qui plongent directement le lecteur dans l’angoisse. De plus, pour l’intrigue en elle-même, l’alternance des flashbacks et du présent se fait aussi de manière visuelle. Tout ce qui appartient au passé est dessiné d’une façon très lumineuse, c’est presque aveuglant en comparaison de la grotte où Masasumi Kakizaki joue magnifiquement avec les ombres. La maîtrise technique apparait selon moi comme indéniable.

Le visuel sert donc très bien le contenu. La tension de l’intrigue monte crescendo. On ressent d’abord énormément de compassion pour le héros avant de se rendre compte à quel point il a sombré dans la folie. C’est terrifiant de constater le pouvoir que peut avoir la pression sociale, le regard des autres ainsi que des problèmes d’argent sur la vie d’un individu.

Je ne vais pas trop vous en dévoiler sur le contenu en lui-même puisqu’il s’agit d’un tome unique. Les codes du genre horrifique sont bien respectés et flirtent avec le fantastique sans que le lecteur ne sache vraiment de quoi il en retourne. L’idée de mise en scène d’un écrivain qui perd les pédales m’a séduite, en plus de dépeindre subtilement la difficulté qu’il existe à subsister dans ce milieu.

Pour résumer, Hideout est pour moi une réussite, ce qui ne me surprend pas tant que ça de la part de Ki-Oon. Ce manga horrifique se lit d’une traite et provoque un malaise palpable à mesure que le personnage principal sombre dans la folie. Outre son intrigue prenante quoi que pas révolutionnaire, Hideout brille surtout par son chara-design efficace et maîtrisé qui sert magnifiquement son propos. À lire !

Gigant #1 – Oku Hiroya

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Gigant est un seinen de science-fiction actuellement en cours (4 tomes sont déjà parus au Japon) scénarisé et dessiné par Oku Hiroya qu’on connait notamment pour son travail sur Gantz. Édité chez Ki-oon, vous trouverez ce manga au prix de 7.90 euros.

Rei est un lycéen ordinaire fan de cinéma. Il ne l’avouera pas mais son actrice préférée n’est autre que Papico, une actrice porno. Un soir, des affiches injurieuses à l’encontre de son idole fleurissent dans son quartier. Rei décide donc de les retirer et c’est comme ça qu’il la rencontre. Ça aurait pu s’arrêter là… Sauf que Papico tombe sur un vieil homme qui lui colle un drôle de disque sur le bras avant de se transformer en peluche. Désormais, elle est capable de changer sa taille à volonté ! On pourrait craindre un délire pervers digne d’un hentaï mais non. Et c’est ce qui m’a séduite dans ce titre. Rien n’y est comme on le penserait au premier abord.

Rei est passionné par le cinéma. C’est un lycéen discret, pas populaire mais pas marginal non plus. Il discute énormément avec son ami, ils ont prévu de tourner un film ensemble mais se font planter par le premier rôle qui subit les humeurs d’un copain jaloux. Un peu comme Papico, c’est un motif récurent dans le manga et j’apprécie qu’on en parle. Cette dernière a une relation vraiment toxique avec son mec qui m’a plus d’une fois révoltée. J’ai eu envie de la secouer jusqu’à comprendre à quel point cette fille est vraiment trop gentille. Elle se fait juger par tout le monde et exploiter pour son argent mais elle reste digne sans se plaindre. Elle a un bon fond. L’un comme l’autre se révèlent comme héros inhabituels, surtout dans un manga.

La vie de Papico bascule quand elle tombe sur un vieil excentrique qui se fait renverser devant ses yeux. Il lui colle sur le poignet une sorte de disque métallique qui lui permet de modifier sa taille à volonté -d’où le titre du manga qui n’a donc rien en commun avec la grosseur de sa poitrine même si cette dernière est évidemment particulièrement volumineuse. Je pense que le mangaka a choisi de prendre le contrepied des habitudes. Il assume que son héroïne ait des gros seins, elle les utilise dans son métier d’actrice porno mais ça ne la défini pas en tant que personne.Un autre bon point.

À partir du moment où son pouvoir se révèle, le manga prend une tournure carrément surnaturelle. L’éditeur parle de SF et on comprend par certaines touches, notamment via le DVD, que ce manga nous réserve encore bien des surprises.

Le chara-design est, quant à lui, dans la veine assez réaliste sur les traits des personnages et sur les décors au point que j’en viens à me demander si on n’a pas dessiné par-dessus des photos. En général, ce n’est pas ce que j’apprécie mais ici, ça passe super bien et ça rend les personnages encore plus attachants. J’ai adoré le duo principal, on ressent une vraie alchimie entre eux qui donne envie de tourner les pages sans s’arrêter.

Pour résumer, ce premier tome pose les bases d’un concept surprenant avec un contexte inhabituel. Une actrice porno en héroïne avec son fan en prime, on pourrait craindre un hentai déguisé mais ce n’est pas du tout le cas, au contraire. J’ai trouvé le fond vraiment bien pensé et dense, on sent que les choix narratifs servent à quelque chose et ça a été une belle surprise. Je me réjouis de la sortie du second tome !

L’atelier des sorciers #1 – Shirahama Kamome

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L’atelier des sorciers est un seinen (selon manga-news) écrit et dessiné par la mangaka Shirahama Kamome. Publiée chez Pika, la série compte actuellement quatre tomes en VO comme en VF et est en cours de parution au Japon. Vous trouverez chaque tome au prix de 7.50 euros.

Depuis toujours, Coco entretient une fascination pour la magie. Hélas pour elle, celle-ci ne peut se pratiquer que par les sorciers de naissance… C’est du moins ce dont elle est persuadée jusqu’à ce que le sorcier Kieffrey arrive dans son village. Malgré l’interdiction formelle énoncée par le praticien, Coco l’observe en train de pratiquer son art et décide d’essayer, elle aussi, de dessiner un sort. Malheureusement, ce dernier fonctionne et fige sa mère ! Pour la sauver, Coco va devoir apprendre la magie et devenir l’apprentie de Kieffrey. Ce dernier l’emmènera dans sa demeure où Coco rencontrera ses trois autres apprenties..

J’entends énormément parler de ce manga depuis sa sortie. Il a fait un petit carton et forte impression sur beaucoup de mes connaissances. Malheureusement, sur un plan personnel, je n’étais pas du tout attirée par le chara-design. Pourquoi avoir finalement craqué? Et bien on dit merci au combo libraires insistants + 48h BD qui m’a fait acheter le premier tome à seulement 2 euros.

Si je ne regrette pas la découverte, je dois tout de même avouer ne pas avoir entièrement été séduite par ce manga. Je lui reconnais pourtant volontiers de nombreuses qualités.

Déjà, l’univers proposé par la mangaka est bien pensé et original. Je n’avais plus entendu parler de sorts dessinés depuis un moment et honnêtement, je ne me rappelle même plus à quelle occasion. Son système de magie est plaisant et la complète ignorance de Coco dans ces arts permet au lecteur de s’y initier en même temps qu’elle. Si le procédé narratif est convenu, il n’en reste pas moins efficace et permet d’exposer les différents éléments pertinents à l’intrigue.

Les personnages ont également leur intérêt mais c’est ici que le bât blesse pour moi. Coco est trop jeune, trop naïve et aurait été une parfaite héroïne de shônen plutôt que de seinen. Elle devient rapidement agaçante et cumule les poncifs, finalement, puisqu’elle réussit une épreuve quasiment impossible sans rien connaître en magie. Quant aux trois autres apprenties, on a la taiseuse, la gentille fille enthousiaste et la garce hautaine. Sans parler du maître, auréolé d’un mystère qui ne tient pas vraiment en haleine. J’ai ressenti un peu trop fort l’aspect archétypal des protagonistes. Tout me paraissait trop joli, trop mignon, même si on introduit une confrérie (des capuchons, ouais, sans rire elle s’appelle vraiment comme ça) un peu plus maléfique pour assombrir le tout. Le dernier chapitre me donne l’impression que l’intrigue va se complexifier et devenir plus adulte mais ma crainte, du coup, c’est la création d’un gouffre trop important entre le tome 1 et le tome 2 pour les lecteurs qui ont pu apprécier l’ambiance de départ. Si quelqu’un a lu la suite, qu’il n’hésite pas à me donner son ressenti dans les commentaires !

Je souhaite toutefois lire la suite et ce malgré la particularité du chara-design. Shirahama Kamome a un vrai talent et un grand souci du détail, malheureusement je n’apprécie pas trop son trait réaliste. En noir et blanc, en tout cas, parce que je possède une farde plastique promotionnelle en couleur qui est tout simplement sublime. Mais sur les couvertures, l’utilisation de couleurs fades, trop pastel, n’a pas su m’attirer et on retrouve cette même impression sur le dessin. L’air de rien, dans un manga, l’esthétique compte autant que l’histoire. C’est bien la raison pour laquelle je regarde l’Attaque des Titans au lieu de le lire.Du coup, sur moi, le charme n’a pas opéré même si je reconnais volontiers le talent de la mangaka. Il ne colle juste pas à mes goûts.

Pour résumer, si ce premier tome n’a pas su complètement me séduire sur son esthétique ou m’accrocher à ses personnages, il ne manque pas pour autant de qualités sur un plan narratif et je pense donner sa chance à la suite afin de vérifier certaines théories. L’univers riche et réfléchi créé par la mangaka possède un vrai potentiel ainsi qu’une identité propre que, j’espère, elle n’hésitera pas à exploiter dans une veine plus sombre au sein des prochaines volumes.

Dead mount death play #1 – Ryohgo Narita & Shinta Fujimoto

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Dead mount death play est un manga en cours de publication au Japon (2 tomes pour le moment) scénarisé par Ryogho Narita et dessiné par Shinta Fujimoto. Publié chez Ki-oon dans sa collection Seinen, vous trouverez ce titre au prix de 8.65 euros.

Le manga s’ouvre dans un univers médiéval où le Broyeur de Fléau s’en va affronter le Maître des corps, un terrible nécromancien qui sème la mort et la destruction. Le héros est sur le point de l’emporter mais au moment de porter le coup fatal, il comprend que quelque chose cloche…
Brusquement, le lecteur est catapulté dans un Japon contemporain au milieu du quartier du Shinjuku. Polka Shinoyama se réveille avec la gorge tranchée mais toujours vivant. Poursuivi par une mystérieuse fille jusque dans un immeuble abandonné hanté par des esprits tourmentés, il prend alors conscience de ses pouvoirs de nécromancien.

J’ai immédiatement été attirée par la couverture macabre et mystérieuse qui promettait un titre sanglant. Le résumé ne manquait pas d’attrait non plus : de la nécromancie dans un Tokyo contemporain, si c’était bien exploité, ça pouvait fonctionner. Et de fait, ce tome 1 m’a totalement convaincue, ce qui n’était plus arrivé depuis un moment.

Contrairement à la tendance dans beaucoup de nouvelles séries, ce tome 1 réussit à poser les bases du concept et de l’univers sans être introductif à l’excès ni enchainer les scènes d’exposition peu crédibles. Le lecteur est par moment dépaysé mais il apprend ce qu’il doit savoir sur la nécromancie et sur les personnages au fil d’une intrigue qui commence doucement à se dessiner. Qui a mis un contrat sur la tête du jeune Polka, seize ans seulement? En se confrontant à la négociatrice, il comprend que pour accéder à la tranquillité dont il rêve, il va devoir gagner de l’argent et accumuler du pouvoir. Deux façons pour cela: fréquenter des lieux hautement chargés en énergie négative ou aspirer des diamants. Autant dire qu’il n’est pas sorti de l’auberge.

Le chara-design des personnages se révèle moderne et très expressif, pile dans ce que j’apprécie. On n’a aucune difficulté à discerner les personnages, comme cela arrive parfois et les décors restent soignés que ce soit dans l’époque du Moyen-Âge ou dans le Tokyo contemporain. Pour les yeux, ce titre est un régal et même les moments un peu plus ecchi n’arrivent pas comme un cheveu sur la soupe. Évidemment, la tueuse qui en veut à Polka traque sa proie en uniforme de lycéenne et on voit sa culotte à plusieurs reprises mais hey… Manga quoi. Disons ça.

Pour ne rien gâcher, le lecteur est amené à fréquenter plusieurs anti héros. Polka considère les autres comme des jouets mais des jouets dont il aime prendre soin. Misaki tue ses proies avec le sourire (elle a un gros grain) en optant toujours pour des criminels jusqu’à accepter le contrat sur Polka, un « innocent », afin de tester ses limites. Takumi observe le monde à travers ses drones et juge aussi facilement qu’il est lâche. À la fois intrigants et stimulants par leur décalage avec nos valeurs sociales / morales, ces protagonistes ne manquent pas de panache ni d’intérêt.

Petit bémol, on trouve à la fin un chapitre entièrement écrit qui nous ramène dans l’univers moyenâgeux et j’aurai largement préféré qu’il soit aussi dessiné. Je n’achète pas un manga pour lire un extrait de roman, surtout à la traduction aussi maladroite. Dommage parce que visuellement, dans ma tête en tout cas, la scène rendait très bien !

Pour résumer, j’ai adoré ce premier tome de Dead mount death play qui tient ses promesses autant sur le visuel que sur le fond. Les mangakas dosent bien l’humour et l’action au sein d’une intrigue rythmée et accrocheuse. De plus, ce manga met en scène des anti-héros très inspirés qui marquent l’esprit du lecteur. Je n’ai qu’une chose à dire: bien vite la sortie du tome 2 !

Fool’s Paradise #1 -Ninjyamu et Misao

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Fool’s Paradise
est une série en 4 tomes dessinée par Misao et scénarisée par Ninjyamu. Éditée chez Kana dans la collection dark kana, il s’agit d’un thriller couplé à une critique sociale. Je me propose ici de vous parler du premier tome.

Fool’s Paradise raconte l’histoire d’une idole prénommée Sela Hiiragi. Pendant un concert, une bombe explose sur scène et elle perd l’usage de sa jambe. Décidée à ne pas laisser cet évènement bousiller sa carrière, elle commence une rééducation intensive afin de pouvoir participer à la cérémonie d’ouverture des J.O. trois mois plus tard. L’histoire de cette jeune fille a profondément bouleversé les japonais, au point que les gens ont des réactions assez extrêmes envers ceux qui critiquent Sela. Peut-être trop extrêmes? Son tuteur commence à se poser des questions mais hélas, il est probablement déjà trop tard pour éradiquer ce phénomène.

Le pitch peut paraître surprenant pour un manga que je qualifie de thriller. Le premier tiers de ce tome est un peu lent, très descriptif, il prend son temps. Mais plus on avance et plus c’est l’escalade en terme d’action et surtout de violence. Le lecteur ne manquera pas de froncer les sourcils à plusieurs reprises, surpris par le contenu de ce qu’il est en train de lire. Il se dira que le mangaka a peut-être un peu exagéré les réactions des gens, cherchera à trouver tout un tas d’excuses, avant de se rendre compte que ça pourrait très bien arriver, même dans notre réalité. Oui, c’est l’instant cynisme.

Difficile de dire si ce manga contient des éléments fantastiques ou si les auteurs ont une vision profondément négative de l’être humain. Dans un cas comme dans l’autre, tous les ingrédients sont réunis pour une recette efficace: l’intrigue est complexe mais compréhensible, des indices sont disséminés dans le récit et posent les bases d’un scénario prometteur, les personnages sont clairement identifiables… Et ça, c’est génial ! Trop souvent ces derniers temps, je trouve que certains personnages au sein d’un même titre se ressemblent trop au point que ça devient difficile de les distinguer. Ce n’est pas du tout le cas dans Fool’s Paradise et je salue le trait de Misao qui ne manque pas de caractère.

Fool’s Paradise aborde des thèmes très actuels, comme le danger de l’idolâtrie, l’influence des groupes (sociaux, je précise) sur un individu, les dérapages lors d’évènements populaires. On ne peut pas s’empêcher, en tant qu’occidental, de faire des parallèles avec les attentats que nous avons pu connaître même si dans le cadre de la diégèse du manga, il ne s’agit pas de terrorisme religieux. Pourtant, il est probable que cela vous touche aussi en tant que lecteur et vous aide à vous immerger dans le climat de fond du manga.

Séduite par ce titre et surtout très intriguée, je ne saurai que trop vous recommander de découvrir cette saga prometteuse qui a l’avantage d’être terminée sur quatre tomes. Kana privilégie de plus en plus les séries courtes et, pour ma part, c’est un choix que j’apprécie ! À lire donc 🙂

I love you, so I kill you #1 – Majuro Kaname et Sousou Sakakibara

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I love you so I kill you est une série qui compte actuellement 8 tomes (au Japon) et 3 tomes (en français), scénarisée par Majuro Kaname et dessinée par Sousou Sakakibara. Le manga est classé est shonen mais j’aurai tendance à parler de seinen vu ce premier tome. Il est édité chez Soleil Manga au prix de 7.99 euros (8.25 en Belgique).

J’ai beaucoup entendu parler de ce titre sur certains blogs spécialisés comme Lire en Bulles ainsi qu’à ma librairie où on me l’a conseillé. La couverture m’attirait mais je ne savais pas trop quoi en penser. En me fiant au résumé, j’ai cru tomber sur un manga très psychologique où un amour déviant finissait par provoquer des pulsions meurtrières chez un lycéen. Ça me paraissait prometteur, tout à fait mon style, je me suis donc laissée tenter.

Je n’ai pas encore décidé si j’étais contente ou pas d’avoir essayé. Ce premier tome commençait comme le promettait le résumé avant de partir dans tous les sens avec une histoire de virus qui transforme le sentiment d’amour en désir de mort, pour finalement proposer un manga ultra violent qui manque un peu de profondeur pour le coup. Le héros, Taku Kamishiro, ressent des sentiments forts envers Mika Hanazono, son amie d’enfance, mais il n’ose pas le lui avouer. Quand il se lance enfin, les évènements se précipitent. On est, à ce moment-là, à la moitié du manga et c’est là que ça a un peu (beaucoup) commencé à partir en cacahuète.

Si vous aimez les mangas gore qui se déroulent dans un lycée, alors I love you so I kill you est fait pour vous. Si vous vous attendiez à un drame psychologique d’une rare intensité, passez votre chemin, vous risquez d’être déçu. Pourtant, ce manga a des qualités, il propose un concept surprenant et dispose d’un chara-design soigné, mais j’ai été tellement déçue qu’il s’éloigne de ce que j’attendais que je n’ai pas réussi à vraiment l’apprécier. Malgré ça, je le recommande quand même car il plaira à un autre public que moi, j’en suis persuadée. Je me demande tout de même si je ne vais pas lire le tome 2, des fois que. Une affaire à suivre !

4life #1 crépuscule – Antoine Dole & Vinhnyu

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4life est le premier tome d’un diptyque de manga français dans le genre seinen, scénarisé par Antoine Dole et dessiné par Vinhnyu, lauréat du second tremplin Ki-oon. Le premier tome vient de sortir, à l’occasion de la Japan Expo, et est disponible au prix de 7.60 euros.

Si vous êtes comme moi, quand vous voyez un manga français, vous faites demi tour et reposez rapidement l’hérésie concernée sur l’étagère de votre librairie en pestant pendant au moins une heure avec vos libraires. Je suis assez carrée là-dessus, à la limite de l’emmerdeuse professionnelle. Je n’ai encore jamais lu un manga français qui soit à la hauteur mais c’est vrai que mes quelques malheureuses expériences ne m’ont pas non plus donné envie de me pencher sur la production dans le détail. Alors, me demanderez-vous, pourquoi ai-je acheté 4life?  Déjà parce que je n’avais pas lu le nom de l’auteur (ouais, je sais…) et ensuite, parce que le résumé me branchait bien. Et vous savez quoi? Les préjugés, c’est mal, voilà. Parce que ce tome 1, l’air de rien, est prometteur !

4Life raconte l’histoire de quatre parisiennes, passionnées par le manga et le cosplay. En se rendant en convention, leur bus a un grave accident qui les expédie à l’hôpital. Quand elles se réveillent, des évènements étranges commencent à se produire, en lien avec leurs cosplays. Et elles auront besoin de ces nouveaux pouvoirs pour affronter la menace qui vient d’apparaitre en ville.

Au départ, je m’attendais à lire du magical girl assez classique. Quelle surprise de découvrir un univers carrément sombre et tordu ! Chaque héroïne a une situation familiale qui lui est propre et des goûts particuliers en matière de cosplay. Elles représentent plusieurs profils de cosplayeuses même si elles entrent dans des archétypes convenus. J’ai trouvé les références intéressantes et le traitement des fans de manga plutôt bienveillant. Quant aux idées du scénario, si c’est parfois un peu brouillon et rapide, Antoine Dole se montre plutôt inspiré pour les rebondissements. Au point de lire ce tome d’une traite en moins d’une demi heure !

Quant au dessin de Vinhnyu, je le trouve très asiatique, loin de ce que je reproche d’habitude aux dessinateurs européens qui s’essaient au manga. Il me paraît plus que prometteur. C’est simple, avant de remarquer un nom français sur la couverture, je pensais lire un vrai manga venu du Japon. Pas le meilleur, pas le plus original ni le plus marquant, mais un bon divertissement tout de même avec des idées qui sortent du lot.

En bref, je recommande ce seinen à ceux qui aiment l’univers du cosplay et qui apprécient les histoires courtes, rythmées. 4Life me rend un peu d’espoir concernant la production française de manga et je suis ravie d’avoir découvert cette histoire. Je sais déjà que je lirai le tome 2 !

Gleipnir #1 – Sun Takeda

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Gleipnir est le premier tome d’un seinen écrit et dessiné par Sun Takeda. Publié chez Kana dans la collection Dark Kana, le premier tome est disponible jusque fin d’année au prix découverte de 5.95 euros.

La première chose qui a attiré mon attention sur ce manga, c’est sa couverture. On y voit ce monstre un peu mascotte féroce porter une arme et cette fille blonde qui entre dans son corps. Mon alarme à histoire tordue a bipé et je n’ai pas hésité une seconde avant de l’acheter. J’ai quand même lu la 4e de couverture en passant à la caisse mais elle m’a juste confortée dans mon choix.

Gleipnir raconte l’histoire de Shûichi Kagaya, un lycéen comme les autres qui, du jour au lendemain, se transforme en un monstre assez kawaï (dans le genre glauque, mais non ce n’est pas antinomique voyons) doté de capacités extraordinaires. Et ça ne le réjouit pas vraiment, il a peur de blesser quelqu’un, de commettre des actes regrettables. L’histoire aurait pu se contenter de ça, la lutte d’un garçon contre une sorte de malédiction avec une métaphore bien ficelée sur les tourments de l’adolescence, mais non, elle fait mieux en ajoutant Claire à l’équation. Une suicidaire au courant de l’existence des monstres comme Shûichi et décidée à le faire chanter pour qu’il l’aide à retrouver sa sœur, elle aussi un monstre.

Comme je le pressentais, l’histoire est assez malsaine et réservée à un public averti. L’auteur a une agaçante tendance à zoomer sur la petite culotte de ses personnages féminins mais hormis ce détail crispant (parce que c’est vraiment juste de l’exposition en plus…) il propose une histoire stimulante et sombre. Il développe pour ses personnages une psychologie complexe et prometteuse qui me laisse impatiente de découvrir la suite. Puis cette dernière page quoi… Le tome 2 promet !

Je recommande Gleipnir aux lecteurs de seinen qui aiment les ambiances oppressantes et les chara-designs de caractère. Ce manga vous conviendra aussi si vous appréciez les relations tordues entre deux personnages et cette touche subtile de poésie macabre qui, personnellement, me fait fondre. Gleipnir est sans conteste une série à suivre, je recommande !

Lyla & la bête qui voulait mourir – Asato Konami et Eijiwa Saita

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Lyla & la bête qui voulait mourir est un seinen scénarisé par Asato Konami et dessiné par Eijiwa Saita. Publié chez Ki-oon depuis février 2018, vous pouvez vous le procurer au prix de 7.90 euros. Attention, la série est en cours et je n’ai trouvé aucune indication sur le nombre de tomes ! J’en profite pour remercier Ki-oon qui m’a permis de gagner ce manga lors d’un concours et donc, de le découvrir.

Lyla & la bête qui voulait mourir est une belle histoire, triste, poignante et cruelle. Nous suivons Aron, une chimère qui est esclave d’un parrain de la mafia et Lyla, une jeune fille dont Aron a assassiné la mère sous ses yeux sans se résoudre à la tuer elle. Pourquoi? Parce qu’elle est la petite fille aux yeux bleus, celle qui le tuera pour l’emmener au paradis, comme son livre le lui a appris.

Les deux personnages principaux sont plutôt complexes. Aron est une chimère (mi homme, mi animal) adulte mais qui a une psychologie d’enfant. Il a été maltraité pendant des années et conditionné à une seule chose: tuer sur ordre de son chef. Il agit de manière implacable mais très automatique et se promène partout avec cet étrange livre qui raconte l’histoire d’un enfant qui meurt et est emmené au paradis par un ange. Lyla, elle, est une adolescente comme il en existe beaucoup. Elle a des soucis familiaux (un père violent et mauvais) mais est très proche de sa mère, qu’elle essaie de protéger même si elle se trouve très lâche parce qu’elle finit chaque fois par fuir et baisser la tête. En assistant au meurtre de ses parents, elle se jure de se venger mais tout ne se passe pas comme prévu. Au fil de ce premier tome Lyla va petit à petit comprendre que Aron n’est pas le monstre qu’elle croyait et cela va la déstabiliser, forcément. Attention toutefois, je le précise, aucune amourette ne se profile à l’horizon (et c’est tant mieux !).

Très poétique et intelligent, Lyla & la bête qui voulait mourir propose une histoire poignante qui jouera avec vos émotions. Hélas, il y a un gros point noir: le chara-design. Entendons-nous, la couverture est très jolie, mais le contenant… Beaucoup trop brouillon et inachevé à mon goût. Si les personnages principaux sont plutôt bien caractérisés, les décors sont esquissés et beaucoup de personnages secondaires ont, par moment, à peine un visage. Je trouve ça très dommage parce que l’intrigue et le concept sont de qualité, mais le dessin ne suit pas. Pas à mon goût, du moins. J’hésite vraiment à acheter la suite pour cette raison (mais l’histoire m’a tellement accrochée que je pense me laisser tenter quand même) et je vous conseille de le feuilleter pour voir si ça ne vous gêne pas.

En bref, Lyla & la bête qui voulait mourir pose les bases d’une belle histoire complexe qui sort de l’ordinaire. Point noir: son chara-design n’est pas assez soigné (selon moi) et pourra gêner certains d’entre vous. Je pense toutefois que ce manga vaut la peine qu’on fasse un effort, pour son intrigue intelligente et ses personnages remarquables.