Mers Mortes – Aurélie Wellenstein

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Mers Mortes
est le dernier roman en date de l’autrice française Aurélie Wellenstein. One-shot dystopique et fantastique publié chez Scrinéo, vous trouverez ce livre partout en librairie au prix de 17.90 euros.
Ce roman est ma quatrième lecture pour le challenge S4F3s5 même s’il dépasse le maximum de 10 pages, j’attends donc le jugement de notre Lutin national.

Le monde dépeint dans Mers Mortes est post-apocalyptique. L’humanité a été trop loin, les océans se sont asséchés ce qui menace la survie de l’humanité déjà bien affaiblie. Oural est exorciste et coule des jours relativement paisibles dans un bastion français, entre deux marées hautes. Son travail? Repousser les assauts des fantômes marins : poissons, requins, raies, (entre autres) car un simple contact leur suffit pour aspirer une âme humaine. Il vit dans sa routine avec un plan pour potentiellement arrêter tout ça (sans parvenir à l’appliquer) jusqu’au jour où débarquent Bengale et son équipage. Le capitaine du Naflgar enlève Oural pour qu’il protège son navire, tâche d’importance car Bengale a un (vrai) plan pour réussir à ramener les océans… Mais ce plan a un prix.

Mers Mortes est un roman que tout le monde devrait lire. Vraiment. Il heurte, il chamboule, il force la prise de conscience écologique. En découvrant ce texte, j’ai eu le sentiment de lire une prophétie apocalyptique sur le point de se réaliser et ça m’a poussé à la réflexion.

Enrobé d’une intrigue prenante et porté par un personnage principal terriblement humain, Mers Mortes propose une vraie réflexion sur les dangers climatiques en apportant, au fil des histoires de chacun, des cauchemars et des marées fantômes, un éclairage sur ce qui se passe en ce moment et sur les conséquences logiques que cela aura dans un futur pas si lointain. On sent que l’autrice a étudié son sujet, elle présente les faits d’une manière compréhensible pour tout le monde, même les non scientifiques. Elle donne envie de se renseigner soi-même et de trouver des solutions. En réalité, le seul point faible du roman (si on veut vraiment chipoter) c’est qu’il n’insiste pas suffisamment sur ce qu’on pourrait faire maintenant afin d’éviter d’en arriver là. Vous me direz, ce n’est pas le sujet, d’autres t’ont déjà dit quoi faire, mais une petite annexe avec des engagements à tenir m’a vraiment manqué. Ça aurait permis à Mers Mortes d’être pleinement complet.

Mais honnêtement, je chicane parce que ce roman est très bon. Il traite d’un sujet actuel et engagé sans prendre de gants et permet en plus à une véritable intrigue de se mettre en place. Avec une écriture à la troisième personne, le narrateur se focalise sur Oural, un exorciste qui a grandi relativement protégé et aveugle de la réalité du monde. Il va petit à petit grandir, remettre ses convictions en question. Il va aussi se tromper, faire les mauvais choix, douter. À chaque page, son humanité transparait et je l’ai trouvé aussi intéressant qu’agréable à suivre, à l’instar des autres membres de l’équipage et du capitaine. Bengale dégage une aura de mystère, l’autrice distille petit à petit les révélations à son sujet pour donner envie au lecteur de poursuivre. Le rythme du roman est maîtrisé, on ne s’ennuie jamais et tout a un sens. Un autre personnage intéressant, c’est Trellia, la delphine ! Elle a une importance toute particulière dans le récit et sa relation avec Oural est vraiment belle. À elle seule, elle représente une métaphore sur le pardon.

La touche surnaturelle de Mers Mortes exploite l’âme de la mer avec brio en donnant un cachet sombre, salé et poisseux aux mots de ce texte. Les fantômes des animaux marins traqués par l’homme viennent crier vengeance de manière régulière, pendant les marées hautes. Seuls les exorcistes parviennent à les repousser, leur rôle est fondamental mais n’importe qui ne possède pas ces capacités. Pour cette raison, Oural vivait comme un prince avant de tomber sur Bengale et le changement s’avèrera rude. Comme toute société post apocalyptique, les survivants ont du se réorganiser. Si, dans le bastion, cela se passait assez bien, on apprend vite que certains ont réinstauré l’esclavage, abusent des plus faibles, parquent certaines personnes dans des camps pour créer des diversions. L’univers imaginé par Aurélie Wellenstein est horrible, terrifiant… et réaliste, ce qui renforce le sentiment d’épouvante qu’on ressent à la lecture. Parce que si on est un peu honnêtes, il y a 90% de chance pour que ça se passe ainsi quand on en arrivera à ce stade (notez que je dis quand, pas si, parce qu’à un moment donné, faut arrêter de se voiler la face). En réalité, ça se passe même déjà ainsi dans certains endroits du monde. En plus d’un engagement écologique, j’y ai aussi décelé une dénonciation humanitaire sur la thématique des migrants, traitée avec une vraie justesse et une profonde humanité.

Pour résumer, Mers Mortes est un texte bouleversant, addictif et engagé écrit par une autrice talentueuse qui n’a plus rien à prouver. Ce roman devrait être lu par le plus grand nombre car il tire la sonnette d’alarme d’une manière accessible, même à ceux qui ne connaissent rien sur les problématiques climatiques et humaines qui rythment pourtant notre actualité. À lire de toute urgence !

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#PLIB2019 Les nuages de Magellan – Estelle Faye

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Les nuages de Magellan
est un one-shot space opera écrit par l’autrice française Estelle Faye. Publié chez Scrineo, vous trouverez ce roman au prix de 21 euros.
Ce livre est lu dans le cadre du #PLIB2019. ISBN#9782367405858.

Dan est serveuse au Frontier et parfois, elle chante un peu de blues pour la clientèle. La tête dans les étoiles, elle rêve de voyage et d’aventure sans oser sauter le pas. Un jour, elle n’a plus le choix. Le soir précédent, ivre, Dan a chanté pour rendre hommage aux massacrés d’Ankou et cela n’a pas plu aux Compagnies. Les autorités la cherchent. Dans sa fuite, Dan saute sans réfléchir à bord du vaisseau de Mary, une mystérieuse cliente du bar. Ensemble, elles vont tenter d’échapper à leurs poursuivants, chacune persuadée qu’elle est la cible. Et Mary a de bonnes raisons pour ça, puisqu’elle n’est pas vraiment « juste » Mary. Elle s’appelle Liliam et elle est l’une des dernières représentantes de la Grande Piraterie.

Il y a beaucoup à dire sur ce roman d’aventure dont l’intrigue est articulée autour du concept liberté. C’est, à mon sens, le thème central du roman et je dirai même qu’il s’agit d’une belle métaphore sur notre propre monde. Chez nous aussi, les multinationales contrôlent de plus en plus de secteurs et l’air de rien, les Nuages de Magellan permettent de réfléchir, de se poser les bonnes questions. N’est-ce pas la marque des grands romans? 🙂

Dan et Liliam se lancent un peu malgré elles dans un voyage sans retour. Échapper aux Compagnies n’est pas simple, surtout avec un vaisseau endommagé crashé en plein désert de sel. Durant leur périple, elles vont se frotter à différentes cultures et rencontrer des personnages qui auront une certaine importance pour la suite. Afin de ne pas trop vous spoiler le déroulement de l’intrigue, je ne vais pas trop vous en parler. Surtout que cette histoire, on ne va pas se mentir, c’est principalement celle de Dan et Liliam.

Comme je le disais, Dan est une jeune fille qui a la tête dans les nuages. Elle a beaucoup lu sur l’époque de la grande piraterie et est très vite fascinée par Liliam quand elle prend conscience de sa véritable identité. D’ailleurs, elle lui réclame sans arrêt de lui raconter son histoire. Les vraies, pas celles des livres. Petit à petit, grâce à leurs échanges, on entrevoit un passé glorieux mais aussi difficile. J’ai adoré le background inventé par Estelle Faye qui a fait vibrer en moi la corde sensible. En même temps, parlez moi de piraterie, en prime dans l’espace…

Liliam, de son côté, est un personnage assez mystérieux malgré les chapitres qu’on découvre de son point de vue. Elle a choisi de s’effacer la mémoire bien qu’elle en ait oublié la raison. Paradoxalement, elle essaie de s’en souvenir parce que ça lui parait d’une importance capitale. Et de fait, dans sa mémoire, Liliam détient la clé du chemin qui mène vers Carabe, une planète cachée et secrète qui abritait le sanctuaire de la Grande Piraterie.

Tous les ingrédients sont présents pour un roman de qualité. Des personnages féminins forts qui sont des héroïnes très crédibles (ET SANS LOVE INTEREST QUI BOUSILLE L’INTRIGUE ! Que ça fait du bien !), avec leurs forces et leurs faiblesses. Des personnages secondaires qui ont une véritable personnalité. Une aventure rythmée et cohérente. Un univers original et accrocheur qui permet au lecteur de voyager. Un background hyper immersif (franchement, les flashbacks et les récits, quel bonheur ! J’adore Sol ♥). J’ai dévoré les Nuages de Magellan en moins de 24 heures. L’éditeur précise qu’il s’agit de la première incursion d’Estelle Faye dans le space-opera… Et j’espère vraiment que ça ne sera pas la dernière ! Il faut dire que si la plupart des mystères trouvent une résolution, l’autrice se laisse des portes ouvertes et joue avec les espérances du lecteur.

La seule chose que j’ai un peu regrettée, c’est la fin. Les sauts temporels m’ont frustrée, ça aurait pu sans problème devenir une trilogie ! Je ne vais pas dire qu’Estelle Faye a bâclé la fin des Nuages de Magellan, ce serait un mensonge. Mais la lectrice déjà accro à cet univers aurait aimé plus de détails, de développements, même si elle comprend très bien ce choix narratif.

En bref et si ce n’était pas déjà suffisamment clair, je suis certaine de voter pour ce titre lors de la dernière sélection du PLIB car je l’ai a-do-ré. Il contient tous les ingrédients que j’aime retrouver dans une lecture et confirme Estelle Faye au rang des autrices françaises incontournables dans le paysage de la SFFF. Merci du voyage et bien vite sa prochaine sortie ♥

Bookhaul #2 – Aventuriales de Ménétrol

Bonjour tout le monde !
Il y a une semaine jour pour jour, j’étais aux Aventuriales de Ménétrol. Et vous, je suis sûre qu’en cet instant, vous êtes aux Halliénnales, pas vrai? 😉 Vous avez bien raison ! J’aurai aimé être des vôtres mais la remise des diplômes n’attend pas. Enfin, il paraît. Bref, j’ai acheté quelques romans qui sont venus garnir ma PàL. Cette dernière avait, récemment, bien trop diminuée à mon goût… Il était temps de la nourrir un peu.

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Comment le dire à la nuit ? – Vincent Tassy (Chat Noir)
Cœur Vintage – Cécile Guillot (Chat Noir)
La fille qui tressait les nuages – Céline Chevet (Chat Noir)
Les nuages de Magellan – Estelle Faye (Scrineo)
Le bâtard de Kosigan #4 – Fabien Cerutti (Mnémos)

Il s’avère que je n’avais pas prévu d’acheter autant. Mais les éditions du Chat Noir ont eu leurs nouveautés en avant première (d’ailleurs si vous êtes aux Halliénnales, profitez-en !), idem pour Scrineo avec le dernier Estelle Faye. Du coup, ça a été la catastrophe pour mon portefeuille… Heureusement, le tome 4 de ce cher Bâtard de Kosigan est un service presse. Je remercie d’ailleurs chaleureusement Mnémos pour sa confiance 🙂

Voilà, vous vous attendiez à pire n’est-ce pas? Et vous pensez sûrement que je fais une montagne de pas grand chose. Que cinq livres, tout ça tout ça… J’apprends à être raisonnable figurez-vous ! Oui, on en reparle après le prochain salon 😛

Et vous, quels sont vos achats récents? 🙂

#PLIB2019 Le Dieu Oiseau – Aurélie Wellenstein

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Le Dieu Oiseau est le dernier roman en date d’Aurélie Wellenstein publié chez Scrinéo. Vous retrouverez ce livre au prix de 16,90 euros en format papier. Il s’agit d’un one-shot un peu compliqué à classer, dans la veine du récit initiatique.
Ce roman a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9782367405827.

L’histoire se déroule sur une île que nous sommes bien en peine de situer géographiquement ou même temporellement (quelle époque? quel monde?). Tous les dix ans, une compétition détermine quel clan va dominer l’île, ils sont dix en tout. Après des épreuves de sélections, les dix finalistes doivent accomplir la Quête du dieu oiseau: trouver son île et ramener l’œuf d’or. Forcément, l’île en question n’est pas un lieu paisible sans aucun obstacle… Entre la mer déchainée, les bêtes féroces et les obstacles naturels, on se demande comment au moins l’un d’eux arrive à survivre à chaque coup. Le vainqueur assure la domination de son clan et fait subir aux vaincus la tradition du « Banquet », une journée orgiaque où tout est permis, même (et surtout) le pire. Lors du dernier banquet, Faolan a vu sa famille se faire massacrer et a été réduit en esclavage par Torok, le fils du chef victorieux. Quand la nouvelle compétition commence, il tient à y participer (c’est ouvert à chacun quelle que soit sa condition) mais son chemin sera semé d’embuches.

Sans vous faire languir davantage, j’ai passé un bon moment avec ce roman. Je le trouve bien écrit, rythmé et intéressant dans la mythologie mise en place. Sur 300 et quelques pages, Aurélie Wellenstein créée une société entière et nous la présente avec clarté, fluidité, sans jamais nous assommer avec trop d’informations.

Ce n’est pas un coup de cœur car, sur un plan personnel, j’ai un peu du mal avec les quêtes initiatiques et les ambiances « survival » mais c’est propre à moi. Cela ne m’empêche pas de trouver beaucoup de qualités à ce livre, notamment via le développement psychologique de Faolan.

Il était jeune quand il a vu ses parents, sa sœur et les membres de son clan subir un massacre difficilement supportable. Dix ans après, il en cauchemarde encore, traumatisé en plus de subir les fantaisies perverses (pour reprendre le terme de la quatrième de couverture) de Torok. L’auteure rend bien compte de ces éléments pour offrir un personnage plutôt crédible qui oscille entre désir de vengeance, traumatisme et syndrome de Stockholm. Torok, de son côté, aurait pu être l’archétype du sadique mais son comportement pousse Faolan (et le lecteur) à se poser beaucoup de questions à son sujet. Je trouve chaque personnage et la dynamique qui existe entre eux vraiment très réussie. C’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre. J’aimerai en dire plus mais ça irait contre ma politique anti-spoil !

Ce roman est effectivement sombre et brutal comme annoncé sur la présentation du livre, mais j’ai trouvé le Roi des Fauves (de la même auteure, je vous remets le lien de ma chronique) beaucoup plus sale et violent que le Dieu Oiseau (qui l’est aussi notez). Je m’attendais à quelque chose d’encore plus difficile, qui me remuerait davantage les tripes que le Roi des Fauves mais ça n’a pas été le cas et je ressens peut-être une pointe de déception à cause de cela. Et de la fin aussi. Mais ça, bon, c’est moi.

Pourtant, je le répète, le Dieu Oiseau est un bon livre. Il plaira à un très large public (comme c’est déjà le cas si j’en juge les réseaux sociaux) surtout aux adeptes de survival qui apprécient les récits psychologiques sans censure sur la violence, et sans surexposition non plus. Un équilibre délicat trouvé avec brio par Aurélie Wellenstein. Je vous le recommande !

Aeternia (2) l’envers du monde – Gabriel Katz

 

L’Envers du monde est le second tome du diptyque fantasy d’Aeternia, écrit par Gabriel Katz. Ce tome est sorti en 2015 chez Scrineo avant de sortir en poche l’année suivante chez J’ai Lu au prix de 9 euros. Je vous ai déjà chroniqué la Marche du Prophète, livre avec lequel j’ai clôturé l’année 2017 et qui avait presque été un coup de cœur. Le tome 2 l’est, indubitablement !

Nous retrouvons nos personnages où nous les avons laissé. Je ne peux pas en dire trop au risque de spoiler l’intrigue et les rebondissements du tome 1, ce qui serait vous gâcher le plaisir, mais je vais quand même tenter de vous mettre l’eau à la bouche.

Dans le lot des personnages qu’on est content de revoir il y a Varian est fidèle à lui-même et j’ai été vraiment surprise par son évolution. C’est un personnage que je n’appréciais pas trop à la base (non non son prénom n’a rien avoir là-dedans… #pourlahorde) mais qui a su me séduire par, finalement, son humanité dans le sens le plus triste du terme. C’est un personnage compliqué, avec du relief, travaillé juste comme il faut. On se surprend à le comprendre, à croiser les doigts pour qu’il s’en sorte. J’en profite pour mentionner le lieutenant Hoargan, avec qui j’ai eu tout de suite une affinité. Pourtant, c’est un personnage secondaire assez simple qui rentre dans un archétype, mais c’est aussi toute la magie de Gabriel Katz: donner vie à des personnages « comme les autres » au point qu’ils en deviennent remarquables. Et enfin, je ne peux pas terminer cette petite liste sans évoquer Desmeon, qui est officiellement mon personnage préféré de cette saga (avec le chien ♥). Je l’appréciais déjà dans le tome 1 mais ici, c’est lui qui remplace Leth Marek dans le rôle du narrateur « principal » si on peut dire et quel régal ! J’ai adoré chaque étape de son parcours, chaque scène où il était présent, puis ce final… J’en ai encore le cœur qui palpite.

Pour les personnages que j’ai été contente de découvrir, mention spéciale à Mae Nam, la conseillère et riche marchande. Elle m’a plusieurs fois faite sourire (la scène dans la chambre était épique), je la trouve très intéressante et son rapport avec Desmeon est surprenant. Finalement, la dynamique installée entre eux change de ce qu’on a l’habitude de croiser dans ce type de roman et j’ai bien accroché avec elle.

D’ailleurs, parlons un peu du déroulement de l’intrigue en elle-même. Certes, je ne peux pas développer dans le détail mais je trouve que l’auteur a un talent incontestable. Tout s’emboîte à la perfection et pourtant, on ne voit rien venir. Il n’hésite pas à tuer des personnages qu’on ne s’attend pas à voir mourir, à laisser survivre ceux qui devraient y passer, sans parler de, finalement, la conclusion de toute cette sombre affaire (je pense à la scène du port, pour ceux qui ont déjà lu ce roman) qui est… Tellement grotesque, tellement triste à pleurer, et en même temps, c’est une vraie leçon de réalité, faute d’un meilleur terme. J’ai trouvé ça absolument génial, chapeau bas. Il enchaîne les complots politiques, les scènes d’action et de narrations avec un rythme et un équilibre maîtrisé, marque des écrivains talentueux et doués. Niveau thématique, on est dans la continuité du tome 1: les guerres de religion, l’absurdité des croyances qui débouchent sur la violence la plus extrême, la manipulation de masse, les intrigues des courtisans, ce que c’est, finalement, l’humanité… Bref, tout ce que j’aime.

Pour ne rien gâcher, l’écriture de l’auteur est toujours aussi addictive. Les pages s’enchaînent à une vitesse folle, on a du mal à lâcher le roman tellement on est plongé dedans. On tourne, on tourne, on tourne, et on est surpris d’arriver à la fin (ET QUELLE FIN !!), de quitter ces personnages qu’on a appris à aimer et à haïr. Sincèrement, ça me fait quelque chose de me dire que je ne vais pas avoir un troisième tome et d’un autre côté… Aeternia est parfait comme il est.

Je ne m’y attendais pas, mais Aeternia est une série coup de cœur. Je suis vraiment heureuse d’avoir découvert Gabriel Katz, qui est un auteur très talentueux, et j’espère pouvoir lire rapidement d’autres romans de sa plume. Je vous recommande chaudement ce diptyque de fantasy française de grande qualité.

 

Aeternia, la marche du prophète (1) – Gabriel Katz

Aeternia est un diptyque dont le premier tome s’intitule la marche du prophète. Il est écrit par l’auteur français Gabriel Katz et a d’abord été publié chez Scrineo, avant d’être réédité en format poche chez Pocket. Je vous mets les deux couvertures, même si celle de Scrineo est carrément cent fois plus belle et adaptée au contenu ! Il s’agit de fantasy médiévale et je vous le dis tout de suite, c’est probablement un coup de cœur. Non, en fait, oubliez le « probablement ».

Je traine ce roman depuis Troll et Légendes, où j’ai rencontré l’auteur le dimanche, dans un moment de grand creux, ce qui nous a permis de discuter. J’en profite pour glisser qu’il est vraiment très sympa et a beaucoup d’humour en plus de beaucoup de talent, ce qui ne gâche rien. Bref, après une superbe dédicace (avec un dessin de dragon :3 ) je m’en suis allée et j’ai posé ce livre dans ma PAL, où il est resté jusqu’ici. Pourquoi je ne l’en ai pas sorti avant? Je me fais souvent cette réflexion, ces derniers temps… Ma bookjar est une vraie bénédiction !

J’ai entendu parler d’Aeternia pour la première fois sur la chaîne de Lili Bouquine et le pitch me tentait: un champion d’arène qui se retrouve embarqué malgré lui dans des querelles religieuses, ça promettait. Parce que c’est tout ce que j’aime: un héros qui soit un vrai guerrier et des querelles malsaines entre cultes aussi pourris les uns que les autres. Certes, les éléments de l’intrigue empruntent aux thèmes communs de la fantasy mais c’est le traitement des personnages qui fait toute la richesse de ce roman. Leth Marek est immédiatement attachant et on développe vite une très forte empathie pour lui. Les personnages secondaires sont tout aussi riches, mention spéciale à Varian (que je ne pensais pas aimer) et à Desmeon, l’irrésistible. Ah et au petit chien. C’est peut-être mon côté fille, mais j’adore ce chien et je jure de maudire l’auteur s’il lui arrive quelque chose de mal.

L’intrigue va de rebondissement en rebondissement et l’auteur n’a pas peur de malmener ses personnages, sans pour autant en faire de trop. Il entretient le suspens, nous garde en haleine, nous fait croire qu’il ne va pas oser faire ça… Alors que si ! Et cette fin, CETTE FIN. Je ne m’en remets pas. Sérieusement, je me doutais bien que tout n’était pas blanc ou noir, on ressent l’absence totale de manichéisme dans Aeternia, mais je n’avais pas vu ça venir du tout. Je suis peut-être juste un peu trop naïve… Mais je préfère croire que Gabriel Katz est extrêmement doué.

Ne nous mentons d’ailleurs pas. Doué, il l’est. Son style d’écriture a un petit quelque chose en plus qui nous ensorcèle et nous fait tourner les pages à une vitesse folle. Les chapitres sont courts, dynamiques, l’accent est mis sur l’action et les descriptions sont bien dosées, juste assez pour qu’on sache ce qu’on a besoin de savoir, et pas trop pour ne pas alourdir le texte. C’est vraiment un excellent livre et je vais m’empresser, mardi, de commander la suite chez mon libraire.

En bref, ce premier tome d’Aeternia est un coup de cœur avec lequel j’ai passé un très bon moment. Les personnages sont remarquables et attachants, l’intrigue est bien menée, l’action correctement rythmée, avec un style littéraire addictif. Pour moi, c’est un roman à découvrir absolument ! De la bonne fantasy à la française qui vaut le détour. Une belle façon de terminer 2017.

Le Roi des Fauves – Aurélie Wellenstein

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Le Roi des Fauves est un one-shot de dark medieval fantasy écrit par Aurélie Wellenstein. Publié d’abord chez Scrineo au prix de 16.90 euros, il est également disponible en format poche chez Pocket au prix de 7 euros. Depuis 2015, il a été finaliste à de nombreux prix comme celui des Halliénnales ou le prix Imaginale des Lycéens.

Je vois passer ce roman depuis que j’ai commencé à fréquenter les salons littéraires en 2015. Et pour cause, ce roman a commencé sa carrière en même temps que moi… La première chose qui m’a intriguée, c’est sa couverture absolument sublime. J’adore cette illustration, elle est sombre, malsaine et elle prend tout son sens après la lecture du livre. Je ne sais pas pourquoi j’ai mis si longtemps à me procurer ce roman, ni pourquoi il est resté dans ma PAL depuis avril 2017. Je regrette vraiment de ne pas l’avoir lu avant, parce que nous sommes en présence d’un très bon texte !

Le Roi des Fauves raconte l’histoire de trois adolescents: Ivar, Kaya et Oswald. Dans leur village, la famine règne et ils en sont réduits à oser braconner sur les terres du Jarl, pour se nourrir, eux et leur famille. Ils sont surpris par un jeune seigneur et son berserkir, arrêtés puis condamnés à un sort pire que la mort. Enfermés sur des terres maudites, contenus par une barrière magique après avoir été obligé d’avaler un parasite, ils vont se transformer, au bout de sept jours, en berserkir. Des hommes bêtes enragés, dépourvus d’humanité.

En lisant la quatrième de couverture, je ne m’attendais pas à un roman de ce genre. En réalité, je ne sais pas à quoi je m’attendais et j’ai un peu de mal à rassembler mes idées, tant j’ai des choses à dire sur ce livre. Excusez par avance si ça parait brouillon !

Nous évoluons dans un univers de type médiéval, inspiré de la mythologie nordique. On le ressent à travers l’utilisation du terme « jarl » mais aussi le nom des villages, des lieux, et le bestiaire exploité. Je n’ai pas eu l’occasion de lire beaucoup d’œuvres qui y trouvaient leur inspiration et j’en ai été enchantée. Par contre, difficile de définir si ça se passe dans un monde semblable au nôtre ou dans un tout autre endroit. J’aurais tendance à opter pour cette seconde option, ce qui justifierait un point qui m’a un peu dérangé: la façon dont s’expriment les personnages. Par moment, ces adolescents ont des expressions un peu trop modernes. J’ai tiqué sur l’utilisation du mot « fringue » ou « putain de merde » qui me paraissent tellement contemporain et incongrus dans ce contexte que ça m’a fait sortir du livre pendant quelques pages. C’est un détail, mais je me devais de le relever, parce qu’il y a peut-être une explication qui m’a échappée.

Les personnages sont intéressants et douloureusement humains. Ivar est celui au travers de qui on vit cette mésaventure, bien que le roman soit écrit à la troisième personne. C’est un jeune homme qui manque parfois un peu de caractère, qui ne prend pas les bonnes décisions ou en tout cas, pas au bon moment. C’est un garçon qui veut bien faire mais qui rate son coup à chaque fois, ça pourrait être n’importe qui. Oswald est un lâche peureux qui tient à ses amis et on sent que c’est cette amitié qui le tire vers l’avant. Quant à Kaya, c’est une fille au fort caractère, qui est difficile à cerner, c’est celle que j’ai la moins appréciée parce que je la trouvais injuste et inconstante. Pourtant, c’est imputable à son humanité, au fait que, finalement, nous non plus, on n’est pas toujours logique ou cohérent dans nos actions, quand elles sont dictées par la peur et / ou des situations extrêmes.

La plume de l’auteure est travaillée et colle à la thématique du texte tout en restant accessible. La troisième personne permet de décrire l’environnement et l’univers sans que ça ne sonne faux dans la bouche du personnage, mais cela ne l’empêche pas de nous plonger dans les tourments intérieurs d’Ivar. Elle utilise toujours le bon mot qui touche juste, ce qui nous offre un texte immersif sans être alourdi par des adjectifs pompeux. Il y a une vraie maîtrise du vocabulaire, qu’on peut saluer.

J’ai particulièrement apprécié la dernière partie du livre, surtout les deux derniers chapitres. Je n’en dit pas trop parce que je refuse de spoiler, mais c’est ce qui me fait classer ce roman en dark fantasy et me pousse à le conseiller avec ferveur. Parce que l’intrigue en elle-même est assez classique pour de la fantasy, mais je trouve que les derniers chapitres changent totalement la donne.

En bref, j’ai passé un très bon moment avec cette lecture ! Je recommande ce roman aux lecteurs qui aiment les histoires sombres, violentes, qui apprécient la mythologie nordique et qui ont envie de découvrir un one-shot qui sort du lot. Il mérite, selon moi, amplement sa nomination et sa victoire dans tous ces prix littéraires. J’ai passé un très bon moment avec le Roi des Fauves et je vais me pencher sur le reste de la bibliographie d’Aurélie Wellenstein, qui a une vraie personnalité littéraire.