Redshirts, au mépris du danger – John Scalzi

Redshirts_au_mepris_du_danger
Redshirts, au mépris du danger
est un one-shot de science-fiction parodique écrit par John Scalzi et publié chez l’Atalante au prix de 19.90 euros.
J’ai lu ce roman dans le cadre du challenge 6 mois, 6 amis, 6 livres.
Cette lecture entre également dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Redshirts nous raconte l’histoire d’Andrew Dahl et de son groupe d’amis, récemment affectés à bord de l’Intrépide, vaisseau amiral de l’Union Universelle. Rapidement, nos protagonistes se rendent compte que les sans grades, les redshirts (ceux qui portent un uniforme rouge donc) ont tendance à mourir en grand nombre et de manière pas toujours très cohérente. Ils vont donc enquêter, jusqu’à comprendre qu’une force supérieure influe sur leur destin. Une force appelée la Narration.

Je ne savais pas quoi penser de ce livre en lisant la 4e de couverture, si ce n’est que ça m’évoquait le lancement d’un épisode de Star Trek. Ou dans ce cas-ci, une parodie, soit un genre pour lequel je ne nourris que peu d’affection parce que je trouve souvent cela mal fait, mal géré. Dans ce roman, ce n’est pas du tout le cas ! John Scalzi use de l’humour avec habilité, sans jamais que ça ne soit trop lourd. Il maîtrise à fond son sujet et on sent de sa part énormément de bienveillance à l’égard des séries de science-fiction, dont il se moque pourtant dans Redshirts. Plus d’une fois, le lecteur avisé relèvera un clin d’œil à l’une ou l’autre de ses séries favorites là où le lecteur novice en la matière ne se retrouvera pas pour autant perdu. C’est l’avantage avec ce livre: il est destiné à tous, peu importe le degré de connaissance du genre, et dispose de plusieurs niveaux de lecture.

Outre le côté humoristique, ce livre offre aussi une réflexion très pertinente et intéressante sur le statut d’auteur et sur la mise en abyme de nos histoires. Ce n’est pas le premier dans l’histoire littéraire à le faire (les protagonistes du roman le disent eux-mêmes !) mais je trouve qu’il s’en sort vraiment bien dans le traitement de son sujet et dans les questions qu’il amène. Je ne vais pas trop spoiler mais quand on referme ce livre, on ne peut pas s’empêcher de se demander: et si? Derrière le grotesque de la situation vécue par les protagonistes, John Scalzi traite de sujets un brin plus sérieux, un brin plus philosophiques, et il le fait bien, avec un cynisme et une intelligence redoutable.

J’ai vraiment passé un excellent moment avec ce roman qui se lit très vite. Ses quelques trois cents pages passent sans qu’on en ait conscience, tant on les tourne avec avidité pour découvrir les prochaines (més)aventures de nos pseudo-héros. John Scalzi possède un style d’écriture qui va à l’essentiel et privilégie l’action ainsi que les dialogues, ce que j’apprécie. Malgré quelques couacs légers dus à la traduction, on ressent bien son identité littéraire forte.

Pour résumer, Redshirts est un livre à lire absolument pour tous les fans de science-fiction et de séries à la Star Trek, un must-read pour réfléchir ce genre d’une autre façon, avec une bonne dose de dérision et un équilibre subtil maîtrisé par un auteur confirmé. J’ai été ravie de me plonger dans cet univers, que je recommande très chaudement !

Grand Siècle #2 l’envol du soleil – Johan Heliot

C1-Grand-Siècle-moderne-T2-OK-721x1024
L’envol du soleil
est le second tome de la trilogie Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Disponible depuis mai 2018 au prix de 19 euros en papier (et 8.99 en numérique) il s’agit d’une uchronie de science-fiction se déroulant au XVIIe siècle.
Pour rappel, j’ai déjà chroniqué le premier tome.
Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Mnémos pour ce service presse !

Dans ce second tome, nous retrouvons la fratrie Caron qui prend de plus en plus de place dans le récit, chacun des frères et sœurs continuant leur bout de chemin. Les deux jeunes, Marie et Martin, évoluent en personnages bien présents et la nouvelle génération Caron n’est pas en reste. Le roi Louis reste un protagoniste du roman, quoi qu’un peu plus en retrait que sur le tome 1 et le Pape Rouge continue ses intrigues depuis le Vatican. Je meurs d’envie de vous détailler tous les moments de l’intrigue et je me retiens à grand peine en vertu de ma politique anti-spoil. Sachez toutefois que j’ai lu ce roman en deux jours (commencé mardi matin et terminé mercredi midi) tant il m’a passionnée.

On y retrouve tous les éléments appréciés dans le premier tome. L’univers est fascinant et continue de se développer en allant plus loin dans le détail mais aussi dans la noirceur. Tout de même, au risque de radoter: il fallait oser implanter de la science-fiction sous le règne de Louis XIV ! J’en ai un peu discuté avec l’auteur aux Imaginales et je me suis rendue compte qu’il avait raison en affirmant que cette période est assez boudée. Hormis les Lames du Cardinal, un ouvrage SFFF vous vient-il dans le 16e ou 17e siècle français? Si oui, n’hésitez pas à me donner les titres dans les commentaires, parce que ça m’intéresse.
La technologie basée sur les flux éthériques prend de plus en plus de place, au point qu’elle devient un écho presque semblable à la société que nous connaissons au 20e siècle. Johan Heliot en vient à traiter des thématiques actuelles de manière plutôt ingénieuse, comme le comportement des foules face à la télévision (renommée luxovision pour l’occasion) et surtout, les sacrifices consentis à l’évolution technologique. On ne peut que trouver un écho affreusement actuel, contemporain, dans la peinture offerte par Johan Heliot de cette société alternative. Je trouve sa démarche vraiment brillante.

Le style de l’auteur est toujours aussi bon. Il maîtrise son action et le roman ne souffre, à mon sens, d’aucune longueur. Je le trouve même plus dynamique que le premier ! Petit reproche, par contre: il se déroule sur plusieurs années, entre dix et quinze ans si mes calculs sont justes et on s’y perd parfois un peu sur les bonds temporels effectués. Si on devine la date approximative et le passage du temps, j’aurai préféré que chaque chapitre soit daté plus précisément et de manière systématique. C’est un détail mais j’ai dû m’arrêter une fois ou deux pour chercher les indices temporels et les rappeler à ma mémoire. Cela ne m’a pas gâché ma lecture mais c’est parce que je l’ai lu presque d’une traite. Pour celui qui le découvrira autrement, ce détail pourrait gêner. Oui, on sent que j’ai un peu lutté pour trouver quelque chose de négatif à dire?

J’ai particulièrement apprécié l’évolution des personnages. Johan Heliot parvient à non seulement offrir une intrigue prenante, accessible tout en restant complexe, mais ne néglige jamais la psychologie de ses protagonistes. Ainsi, Louis reste fascinant à découvrir et Estienne tout autant. D’ailleurs, la fin… Je ne m’y attendais absolument pas ! Un vrai coup d’éclat. J’ai aussi appris à apprécier Martin et Pierre qui ne se lasse jamais de m’étonner. Les personnages féminins ne sont pas en reste et je suis très curieuse de voir si Jeannette aura un rôle aussi central que celui de sa tante dans le troisième tome. Petite mention aux figures historiques qui continuent de parsemer le récit et deviennent des protagonistes secondaires amusants à suivre, surtout quand on les compare à ce qu’ils ont vraiment été (ou ce que l’Histoire nous a rapporté à son sujet). Transformer La Fontaine en présentateur… Franchement ! Épique.

Pour résumer, l’Envol du Soleil n’a pas à rougir en comparaison de son tome 1. L’auteur reste constant dans la qualité qu’il nous propose, que ça soit au niveau de l’intrigue, de l’univers ou des personnages. Son écriture, dynamique avec quelques touches d’un style plus ancien (notamment à travers l’utilisation de certains verbes), nous offre une immersion complète dans cette uchronie fascinante que je recommande très chaudement. J’ai adoré !

Grand Siècle #1 l’Académie de l’Éther – Johan Heliot

C1-grand-siècle_Page_1-733x1024
Le premier tome de la saga Grand Siècle s’intitule l’Académie de l’Éther et a été écrit par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos dans la collection Icare au prix de 19 euros, vous pouvez également vous le procurer en numérique au prix de 8.99 euros. Il s’agit d’un mélange surprenant d’uchronie et de science-fiction.

C’est qu’il fallait l’oser, quand même, celle-là ! Je m’attendais à découvrir un roman steampunk dans une uchronie prenant place dans l’une de mes époques historiques favorites et je tombe sur un roman qui mêle Histoire et science-fiction. Autant vous dire que ça m’a séduite et j’en suis la première surprise vu que j’ai toujours peur de ce type de mélange. Jusqu’ici, je ne connaissais l’auteur que de nom et je m’y suis intéressée davantage uniquement à cause de ce roman-ci, vu son contexte. Après quelques recherches, il s’avère que Johan Heliot est un habitué de l’uchronie et assez unanimement applaudi dans ce domaine avec des titres qui m’intriguent énormément. Au passage, notez qu’il sera présent aux Imaginales ! Et que je vais revenir avec au moins un de ses livres. Je ne sais pas encore lequel donc si par hasard vous avez des suggestions, n’hésitez pas! Bref, revenons en à ce qui nous intéresse vraiment.

Le roman s’ouvre sur un groupe d’enfants dont le père se suicide pour les pousser à le quitter et se rendre à la capitale, chez leur oncle Plantin. Ils espèrent ainsi échapper à la famine qui règne en province. Nous suivons donc ces cinq enfants (Pierre, Jeanne, Estienne, Marie et Martin) dans leur périple jusqu’à leur destination, puis nous partons faire la connaissance du lieutenant de frégate Baptiste Rochet, auteur d’une découverte surprenante. En mer, ils ont repêché une sphère qu’il présente au jeune roi Louis XIV, immédiatement séduit par ses propriétés. Mais cette sphère n’est pas uniquement ce qu’elle paraît être et son arrivée à la Cour va déclencher toute une série d’évènements inattendus, jusqu’à ce que le destin des enfants croise celui des plus grands hommes de l’Histoire de France. J’essaie de vous synthétiser tout ça sans non plus vous révéler des pans importants de l’intrigue que j’ai personnellement pris beaucoup de plaisir à découvrir. Ce n’est pas simple !

Je vais d’abord m’attarder sur l’univers, que j’ai trouvé plutôt brillant et bien maîtrisé. L’auteur nous gratifie de nombreuses références historiques, d’abord à travers les personnages. Rapidement, nous suivons Blaise Pascal ou encore le Roi Louis qui sont des protagonistes centraux du Grand Siècle. Nous croisons aussi le cardinal Mazarin, la reine Anne, le prince Condé et dans un registre plus populaire, Cyrano de Bergerac ou encore, d’Artagnan. Johan Heliot se réapproprie des faits historiques tels que la guerre contre l’Espagne, la fronde ou les mazarinades pour servir son intrigue et utiliser les évènements à son avantage. Cela dénote une grande connaissance de son sujet et beaucoup de recherche. J’ai également apprécié son utilisation de l’imprimerie. L’étudiante en histoire littéraire (avec la base d’Histoire-tout-court que ça implique) en moi ne peut qu’applaudir la façon dont il imbrique tous ces éléments pour nous offrir un contexte d’une incroyable richesse. C’est, sans conteste, une uchronie de qualité.

Je me dois également d’évoquer la plume de Johan Heliot qui sert merveilleusement son récit puisqu’elle donne l’impression de vivre à l’époque grâce à son vocabulaire et ses tournures de phrase. Évidemment, ça reste accessible à tous mais ses qualités immersives ne sont pas à dédaigner.

Immersif est un bon mot pour qualifier ce premier tome. Assez rapidement, le destin des cinq enfants nous importe et j’ai beaucoup aimé la façon dont ils évoluent, chacun à leur façon, même si j’ai frissonné quelques fois. L’auteur n’a aucune pitié pour ses protagonistes et j’adore ça ! J’ai aussi trouvé fascinant de voir évoluer Louis XIV dans sa jeunesse puis au début de l’âge adulte. Ses rapports avec l’Unité d’Exploration Conscientisée (UEC pour les intimes) et les chapitres du point de vue de ce super ordinateur échoué par accident sur notre planète donnent une profondeur au récit et certaines réflexions pertinentes sur l’humanité. Nous évoluons aussi dans la cour des Miracles, à la cour de France, sur les champs de bataille, dans les ateliers de monsieur Pascal. Les décors se multiplient pour offrir une fresque prenante et apporter tous les éléments essentiels à un roman qui, non seulement, contient beaucoup de savoir dans bien des domaines (dont la science) mais réussit tout autant à nous divertir efficacement. Preuve, s’il en fallait, que l’un se marie très bien avec l’autre.

En bref, j’ai vraiment adoré le premier tome du Grand Siècle et je compte bien lire la suite rapidement. Johan Heliot est un auteur qui donne envie d’être découvert et qui possède déjà, à ce jour, une bibliographie très riche. Je recommande le Grand Siècle aux amoureux de l’uchronie et du Paris du 17e, à ceux qui ont envie d’être surpris et emportés dans un univers brillant par sa construction avec des personnages attachants. Un coup de cœur et une réussite ♥

Evolution Six (1) – Mitsuru Kaga

9782818936085

Evolution Six est une série terminée en cinq tomes publiée chez l’éditeur Doki Doki et réalisée par Mitsuru Kaga (au scénario comme au dessin). Il s’agit d’un seinen, un thriller de science-fiction déconseillé aux moins de quinze ans par son contenu assez violent et l’exposition des corps. Chaque tome coûte 7.5 euros.

J’avoue, c’est la couverture davantage que le pitch qui a attiré mon attention. Le garçon représenté me semblait être un bon gros sadique pas droit dans sa tête comme je les aime, avec un petit côté maléfique sur la façon de montrer son bras. Il s’avère que je me suis pas mal plantée, mais j’ai quand même été agréablement surprise par ce personnage. Le chara-design paraissait soigné et dégageait une ambiance malsaine qui m’a tout de suite parlé… Du coup, ça m’a donné envie de passer outre le côté potentiellement survival (vous savez que je n’aime pas ça) pour tenter ma chance.

Je ne sais pas exactement si j’ai adoré ou pas ce premier tome. En tout cas, je suis restée sur ma faim et il m’a donné envie de connaître la suite, ce qu’on peut qualifier de réussite.

En quelques mots, voici le pitch: Pour contrer l’ère glaciaire qui approche, le professeur Ed a fait tomber une pluie artificielle sur le quartier de Karayori à Tokyo. Cette pluie, loin d’être anodine, contenait un moyen de faire évoluer la race humaine. On suit d’un côté sa fille, une surdouée de 16 ans qui essaie de retrouver son père et de comprendre ce qu’il a fait, et d’un autre un garçon suicidaire, atteint d’un cancer qui guérit grâce à la pluie en question (qui lui permet surtout de survivre à sa tentative de se jeter du haut du toit de l’hôpital). Si j’ai eu pas mal d’affinités avec le héros, j’ai un peu moins accroché avec la fille du scientifique, dont le trait me paraît assez forcé. La suite nous dira si ce personnage évolue de manière satisfaisante ou pas du tout.

Sur manga news, on conseille cette série à ceux qui ont aimé Tokyo Ghoul et c’est vrai que le héros a quelques airs de Kaneki. Pour autant, l’univers est très différent, moins complexe, moins poétiquement macabre et, je pense, moins fouillé. Je me trompe peut-être, ceci dit. Difficile de juger sur un seul tome… Comme la série est finie sur cinq et que j’ai finalement bien accroché au contenu, je pense que je vais la lire en entier donc j’en reparlerai plus en détails par la suite. Attention toutefois, elle contient des scènes assez malsaines et bizarres (notamment la lycéenne enceinte… je n’en dit pas plus, mais sérieux, c’était pas mal glauque! ) qui pourraient heurter certaines sensibilités. Moi, j’ai trouvé ça très cool, mais bon, c’est moi.

En bref, le premier tome d’Evolution Six est prometteur. Si ce n’est pas un coup de cœur, il met en place des éléments intéressants et intrigants avec un héros qui a tout pour plaire aux amateurs du genre. Le fait que la série soit terminée et ne compte que cinq volumes est un plus, on sait où on va et dans quoi on s’engage.

Une affaire à suivre, que je recommande à ceux qui aiment la science-fiction et n’ont pas peur du gore.

Asynchrone – Fabien Clavel

Asynchrone

Asynchrone est un one-shot écrit par Fabien Clavel et publié en mars 2017 chez Lynks Édition, une nouvelle structure qui a d’ailleurs eu droit hier à sa soirée d’inauguration. Félicitations à eux ! Il s’agit d’un roman difficile à classer (je vous explique pourquoi plus bas) qui coûte 14.90 euros et qui est facilement commandable en librairie.

Lorsque j’ai lu la 4e de couverture pour la première fois, je m’attendais à de la romance. Je n’ai jamais lu Fabien Clavel auparavant, j’ignorais donc tout de son style, de ses habitudes, et comme il s’agissait du premier titre de la maison d’édition (avec Lena Wilder) difficile de pouvoir comparer ou se baser sur une ligne éditoriale claire. Pour être honnête, si Laure-Anne ne m’avait pas offert ce livre, je ne l’aurais pas forcément acheté de moi-même.

Et pourtant, comme souvent dans cette situation… Je serais passée à côté d’un excellent roman ! L’éditeur laisse bien planer le doute sur le contenu du roman, peut-être trop d’ailleurs? En tout cas, les choix de couverture, de citation, prennent tout leur sens après la lecture.

Asynchrone est, contre toute attention, un roman de science-fiction raconté par Chora à la première personne du singulier et au présent. Chora est atteinte d’une maladie cardiaque qui fait qu’elle peut mourir n’importe quand. Elle y est préparée, elle vit sa vie en fonction, jusqu’à ce qu’un évènement singulier se produise, qui va lui conférer certaines capacités et la confronter à des situations compliquées. J’ai très envie de développer davantage mais je refuse de vous gâcher la surprise du livre dans sa découverte. Pour moi, ça a été délicieux, innovant, j’aime qu’on me surprenne et ça n’arrive plus si souvent.

Ce one-shot est intelligemment construit. Au-delà du personnage de Chora qui est très attachant et dont la psychologie a su immédiatement me séduire, le texte pose certaines questions à mi-chemin entre la physique et la philosophie, explicitant des théories complexes (quoi que familières pour les accros aux comics et à la SF) qui servent sa thématique sans pour autant noyer le lecteur non initié. L’équilibre est bien dosé à ce niveau. Quant à l’action, elle est présente dans tout le roman qui se lit très rapidement. Quand je dis action, je ne veux pas dire des combats épiques ou ce genre de choses, j’entends par là que le roman est dépourvu de longueurs, il est dynamique et captivant.

Mais Asynchrone n’est pas qu’un roman de science-fiction. C’est aussi un roman sur les sentiments, sur les relations d’une personne malade avec autrui, sur le goût qu’a la vie. L’avantage du choix narratif (à la première personne) c’est que nous vivons tout au travers de Chora, non seulement sa maladie, mais également ses doutes, ses peurs, ses convictions. Si j’ai crains que son côté gothique soit trop cliché, j’ai rapidement été rassurée. L’auteur maîtrise son sujet et on ressent dans ce roman une ambiance assez 19e siècle dans les émotions décrites par Chora, dans sa psychologie et dans son ambiance. Évidemment, les citations d’auteurs de l’époque qui viennent illustrer certains de ces instants aident aussi à construire cette atmosphère.

A ce sujet, je me permets un extrait de l’ouvrage, page 175: « Des lèvres douces se posent sur les miennes. Je ne pouvais rêver baiser plus romantique. Bien sûr, je ne l’entends pas au sens des gamines en mal de rose. Je parle du romantisme noir, celui qui est hanté par la mort et la tempête. »

Il devrait suffire à convaincre beaucoup d’entre vous. Le style de Fabien Clavel, que je découvre, est immersif, juste, prenant et poétique. C’est un auteur très talentueux et je compte bien prêter attention au reste de ses œuvres.

Si ce n’était pas clair, je recommande très chaudement Asynchrone qui, si je ne me trompe pas, devrait être achetable ce week-end aux Halliénales sur le stand des éditions du Chat Noir !

L’épopée temporelle – Cyprien

Lepopeetemp

L’épopée temporelle est une saga MP3 proposée depuis deux mois par le youtubeur Cyprien. Vous pouvez retrouver les dix épisodes sur sa chaîne YouTube. Difficile de la classer, naturellement j’ai envie de parler de science-fiction comique et parodique. Évidemment, le genre saga audio n’a rien de neuf (rappelons-nous la Guerre des Mondes de Welles en 1938) mais il est de plus en plus sur le devant de la scène. Preuve en est, des gros noms comme Cyprien et Antoine Daniel s’y mettent !

Alors, avant de vous parler de l’Épopée Temporelle, quelques mots sur Cyprien. Il a ses fans comme ses détracteurs. Le but ici n’est ni de l’encenser, ni de le descendre. Cyprien est quelqu’un que j’aime beaucoup et que j’admire. Il n’est pas toujours drôle, mais au moins, il est vrai. Il s’est construit tout seul, il a su saisir des opportunités, prendre des risques, il a osé, tout simplement, et pour ça, il mérite le respect. Je suis un peu blasée des haters, même si ça n’y changera rien, mais ça me permet de faire une petite précision pour la suite de cette « critique ». Ce que je pense de cette saga mp3 n’engage que moi et j’en parle dans le respect du travail qui est du à tout un chacun.

L’épopée temporelle raconte l’histoire de Thomas, un jeune garçon qui se remet de sa rupture avec Iris, la fille dont il est amoureux. Un robot sonne alors à sa porte (situation standard), à la recherche d’Iris. Thomas lui apprend qu’elle n’est pas là et le robot comprend qu’Iris a changé de temporalité (si, tout va bien). Il part donc la rejoindre et Thomas l’attrape au dernier moment, ce qui l’emmène… Dans le passé ! Ici débute toute une aventure en compagnie de Thomas, le robot KB-28 et Iris, plus tard rejoint par différents personnages comme Aliénor, La Buse le pirate… Tous ces personnages sont des archétypes, certes sympathiques mais ils ont surtout un rôle à jouer et s’y cantonnent le plus souvent. Le traitement reste toutefois efficace, puisqu’on se prend à les apprécier et qu’on est entraîné dans cet univers.

Comme son nom l’indique, l’Épopée Temporelle vous emmènera visiter plusieurs époques différentes, d’abord à la recherche d’Iris puis à celle de son père. Le Moyen-Âge, les Incas, l’Allemagne nazie, le Japon féodal aussi, entre autres, évidemment ! Et vous rencontrerez tout un tas de personnages plus ou moins historiques, majoritairement assez drôles. Mention spéciale au pirate LaBuse qui me fait beaucoup rire.

On ne peut pas comparer l’Épopée Temporelle à une saga comme Reflet d’Acide. Si on retrouve un scénario travaillé et de bonnes idées, le ton reste quand même tout public et bon enfant, avec des blagues parfois un peu bêtes et basses de plafond ainsi qu’un style d’écriture accessible à tous. Ce qui est logique et pertinent pour quelqu’un comme Cyprien, puisqu’il a un public très large, également composé de plus jeunes. D’ailleurs, l’Épopée Temporelle remplit son rôle: celui de divertissement tout public. On passe un bon moment avec ces dix épisodes de plus ou moins dix minutes chacun, on rit souvent et on retrouve pas mal de références pop cultures qui plairont aux amateurs, mais aussi une certaine recherche historique que l’auteur n’hésite pas à tourner en dérision. Moi, en tout cas, j’ai apprécié le temps passé à écouter ces épisodes et j’attendais le jeudi avec impatience.

L’Épopée Temporelle est aussi un bon moyen de découvrir ce format peu connu du grand public ! Car même si la saga est majoritairement audio, on retrouve des illustrations réalisées par différents artistes très talentueux qui aident le spectateur à s’immerger dans le récit et à mieux visualiser l’histoire que Cyprien raconte. Cela fait de l’Épopée Temporelle une saga MP3 à la frontière des médias, qui permettra aux novices de se laisser emporter dans cet univers folklorique et lui donnera peut-être envie de s’essayer à d’autres titres connus tels que le Donjon de Naheulbeuk, Adoprixtoxis, la Tour de Baal, les Aventuriers du Survivaure et, bien évidemment, l’indétrônable Reflet d’Acide.

On se retrouve pour la saison 2 !

Ouroboros (l’intégrale) – Christophe Rosati

ouroboros---l-integrale-963747

Ouroboros est une saga de science-fiction (un thriller cyberpunk très exactement) écrite par Christophe Rosati. Ce fut d’abord une série de cinq épisodes publiés dans la collection Science-Fiction de l’Ivre-Book qui se mua en intégrale numérique le 29 avril 2017 au prix de 7.99 euros. La version papier est prévue pour le 23 septembre 2017 lors des Aventuriales de Ménétrol, au prix de 19 euros.

Parler de ce roman m’est assez difficile et j’ai du mal à décider par quoi commencer. C’est une vraie claque qui laisse un malaise après la lecture et nous force à réfléchir sur la condition humaine et notre rapport à la machine. Entre autre, parce que c’est plus subtil que ça mais je dois bien synthétiser pour la chronique. Comprenez-moi bien: Ouroboros est une œuvre magistrale, très bien écrite, réfléchie et profondément noire, teintée de pessimisme sous forme de fatalité. C’est un peu plus qu’une simple histoire…

Nous suivons cinq personnages: Clara, une ex-militaire devenue mercenaire. Rob, un cyborg. Raph, un hacker. John, un policier d’Interpol et enfin Gritt, sorte de mercenaire bourru à la retraite. Dit comme ça, on a l’impression que les personnages sont des objets, des rôles prédéfinis, des fonctions, qu’on retrouve toujours dans ce type de littérature, mais ce n’est pas le cas. Chacun a une existence propre qui est développée en profondeur à travers des chapitres « boucles » qui permettent de découvrir leur histoire. Clara a un caractère difficile, franc et brute de décoffrage. Rob est très intéressant avec ses questionnements sur son humanité perdue et sa manière très statistique de répondre aux questions. Il prête souvent à sourire, mais c’est un rictus en demi-teinte, avec un malaise en fond. John et Gritt sont sympas à leur façon mais ils me parlent moins, toutefois c’est par goût personnel plus que par manque d’investissement de l’auteur dans ses personnages. Finalement, mon favori reste Raph, le hacker, pour son immaturité mais aussi ses talents, le mélange génie / handicapé sentimental. C’est un genre qui me plait, même si je grossis le trait pour vous expliquer.

Ouroboros nous entraine dans un monde futuriste où la technologie prend petit à petit le dessus, ce qui est prétexte à des questionnements philosophiques très intéressants. Nous rencontrons Clara sur le point de terminer sa mission en cours (une mission particulièrement foireuse si on en croit ce qu’elle dit) et elle est face à un gros souci qui va probablement causer sa mort. Le récit retourne alors en arrière, quelques jours plus tôt, pour nous narrer comment tout cela a commencé. Petit à petit, au fil des pages, l’auteur nous dévoile une trame complexe et bien ficelée qui a de quoi surprendre. La société est décrite de manière très crue, il brasse énormément de thèmes sans jamais se perdre ni sacrifier à l’action. Parfois, certains passages paraissent plus lents mais ils sont nécessaires et même vitaux pour garder la profondeur de l’histoire. Il y a, là-dessous, un imaginaire assez stupéfiant et un univers magistralement créé.

J’ai du mal à trouver un réel point négatif à ce roman dont j’ai beaucoup apprécié la lecture, même si j’ai été lente à le terminer. Il est épais, conséquent aussi parce qu’il ne se contente pas de raconter une « bête » histoire, mais il vaut vraiment la peine. Un détail peut-être, ce sont les quelques répétitions encore présentes dans le texte et une ou deux coquilles mais sans grande conséquence. Après tout, on en trouve dans tous les textes ! Je le signale par habitude. A côté de ça, l’écriture de Christophe Rosati est très bonne. Il parvient à nous immerger totalement dans un monde où on ne reconnaît pas la technologie et nous en parle avec un tel naturel qu’on a l’impression de l’utiliser au quotidien, un effet assez stupéfiant.

Je conseille Ouroboros à ceux qui aiment la science-fiction et qui n’ont pas peur des discours durs, pessimistes, contre l’humanité. Personnellement, j’ai été séduite (et la phrase de fin: oh-mon-dieu) par ce côté-là, par les interrogations qu’il nous oblige à avoir en nous mettant le nez dans notre propre merde, pour parler vulgairement. Toutefois, j’ai conscience que ça ne plaira pas à tout le monde et que plusieurs lecteurs n’apprécieront pas l’aventure pour cette raison. En plus des personnages en décalage avec les héros clichés standards qu’on trouve dans beaucoup de bouquins.

Ouroboros est plus qu’un simple roman, c’est une mise en garde, presque un manifeste sur le concept d’humanité, de société, une sorte de signal d’alarme lancé dans le vide mais qui mériterait d’être écouté… Il est difficile d’en parler en quelques mots, toutefois s’il y a un peu de justice dans ce monde, Ouroboros deviendra un classique du genre. Il le mérite vraiment et je vous le recommande chaudement.