Le Vieil Homme et la Guerre – John Scalzi

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Le Vieil Homme et la Guerre est le premier tome de la saga du même nom écrit par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros en grand format.
Je remercie Emma et les Éditions l’Atalante pour ce service presse.

John Perry a soixante-quinze ans et vient de s’engager dans les forces de défense coloniale. Il va partir dans l’espace, sans possibilité de revenir un jour sur Terre. De toute façon, rien ne l’y retient alors pourquoi ne pas aider à l’expansion de l’humanité dans l’univers ? John espère aussi (et surtout) que la technologie avancée des colonies lui permettra de retrouver une seconde jeunesse…

J’ai immédiatement été attirée par le postulat de départ et l’idée de suivre un protagoniste du quatrième âge. Pourquoi l’armée recruterait-elle des seniors? C’est la question qu’on se pose tout de suite à la lecture du résumé. Il y a forcement anguille sous roche. Comme le supposent la plupart des protagonistes, ils disposent bien d’une technologie pour les rendre « aptes au combat » quoi que cela puisse signifier. Attirés par la cure de jouvence promise, ils vont un peu déchanter en se rendant compte que ça implique de laisser son vieux corps derrière soi. Commence alors l’entrainement de John et de la bande des Vieux Cons, comme ils s’appellent. Pas des amis depuis toujours, simplement des gens qui se sont rencontrés en chemin et se sont liés d’amitié dans leur nouvelle vie, en l’espace d’une semaine. J’ai rapidement ressenti des affinités entre ces personnages et l’envie qu’ils puissent se retrouver même si Scalzi n’est pas tendre avec ses lecteurs de ce point de vue là. Je vais y revenir.

Comme son titre l’indique, le Vieil Homme et la Guerre est un roman construit autour de la chose militaire. On suit l’entrainement de John, son évolution dans l’armée, leurs missions et leurs implications morales / psychologiques. Si vous avez un problème avec tout ce qui touche à l’armée, alors Le Vieil Homme et la Guerre n’est pas pour vous. Par contre, si ce qui vous rebute en général dans ce genre littéraire c’est que vous craignez de ne rien comprendre, prêtez-y attention ! John est un type lambda comme vous et moi qui était écrivain. Il n’a aucune notion de physique quantique, n’est pas doué en math et débarque dans ce nouveau monde. Quand il apprend des concepts utiles ou importants pour la suite, on le lui explique en langage simple et je trouve que ce roman constitue une parfaite porte ouverte sur le genre space opera car, sans infantiliser son lecteur, Scalzi se montre très accessible. Chapeau.

Comme toujours, l’univers imaginé par l’auteur ne manque pas d’intérêt bien qu’il revête un aspect assez classique sur le fond. Une partie de l’humanité a quitté la Terre pour coloniser l’espace suite à des guerres entre pays. Ces colonies recrutent des soldats sur Terre mais uniquement parmi le quatrième âge -on apprend plus tard pour quelle raison. Dans leur course à la colonisation, l’humanité a rencontré d’autres espèces, d’autres mondes, et est très souvent entrée en guerre avec eux pour obtenir le contrôle d’une planète. Le concept ne révolutionne pas le genre mais ce qui est intéressant, c’est tout ce que Scalzi apporte dans son background. La manière dont il déconstruit nos préjugés (j »ai adoré la scène des photos aliens à l’académie !). Et surtout, ses personnages.

Sincèrement, John Perry est un protagoniste très agréable à suivre, l’un de ceux que j’ai préféré découvrir chez l’auteur. Le roman étant écrit à la première personne, on s’y attache très rapidement même si ça enlève une partie de la tension narrative car on se doute que rien de définitif ne va lui arriver. John est un homme touchant aux plaisirs simples, qui accepte son destin et se donne au maximum pour aller au bout de ce qu’on lui demande. Il ne manque pas de courage (à moins que ça ne soit de la folie ?) ni de malice. Il se distingue à quelques reprises et son statut de héros lui octroie une chance parfois insolente. C’est peut-être l’unique reproche que j’ai à formuler envers ce roman mais je l’ai tellement aimé que je lui pardonne assez volontiers. D’autant qu’il s’agit de son premier roman ! Quelle qualité, pour un premier texte, j’en suis soufflée.

La narration s’étale sur plusieurs mois, divisés en parties au sein du roman. D’abord tout ce qui précède l’engagement et l’arrivée sur Phénix, puis tout ce qui touche à l’entrainement et enfin l’aspect militaire à proprement parler. D’un chapitre à l’autre, plusieurs semaines peuvent s’écouler et on apprend parfois la disparition d’un des Vieux Cons dans ce laps de temps. John les raconte sans larmoiements inutiles, il reste factuel et ça renforce l’aspect à la fois terrible et inéluctable de la guerre. Chaque fois, j’ai ressenti un pincement au cœur, m’étant attachée au héros et à ses compagnons. Narration efficace donc et déjà bien maîtrisée.

Pour résumer, le Vieil Homme et la Guerre est pour moi une réussite. Il s’agit du premier roman de John Scalzi qui propose un space opera de qualité, très accessible aux novices dans le genre sans pour autant les prendre inutilement par la main. Dans ce premier volume d’une saga qui en comporte six, le lecteur rencontre John Perry, narrateur attachant qui s’exprime à la première personne et nous dessine les contours de cet univers riche en ouvrant des pistes enthousiasmantes pour la suite. Résolument militaire, comme son titre l’indique, l’aspect humain n’est pourtant pas exclu de l’équation, offrant ainsi une belle richesse au texte. Je recommande donc très chaudement la lecture de ce roman ! Ainsi que de tout texte de Scalzi qui reste une valeur sure.

TOP 5 – les sagas que j’aimerais relire

Salut tout le monde !
Un petit tag aujourd’hui piqué chez My Dear Ema parce queeeeee bah j’avais envie (et que j’ai pas d’imagination, blablabla, mauvaise langue va !). Voilà. Y’a pas toujours de grandes raisons. Et aussi parce que je prépare le NaNoWriMo qui commence vendredi, du coup je lis moins, je traine un pavé alors qu’il est chouette hein mais bref.

On a tous des sagas qu’on a envie de relire, hélas on prend rarement le temps. Surtout quand, comme moi, on essaie de se tenir à jour côté actualité littéraire. Au passage j’en profite pour vous conseiller la lecture d’un édifiant article sur la Bulle d’Eleyna qui parle du monde de l’édition et de la durée de vie d’un livre, entre autre.

L’année dernière, j’ai relu la saga Harry Potter pour fêter les vingt ans de la traduction et j’ai a-do-ré cette expérience. Me replonger dans ces romans, ceux qui m’ont construite en tant que lectrice, ça m’a fait du bien. Du coup, je me suis fait une promesse: l’année prochaine, je vais relire au moins une saga présente dans ce top 5. Voilà, vous pouvez l’acter et me jeter en pâture au monstre de votre choix si j’échoue.

Notez qu’elles ne sont pas classées par ordre de préférence 🙂 Et que je parle bien ici de SAGAS pas de one-shot. Je songe à écrire un article sur eux plus tard. Si je reste fidèle à ma tendance à procrastiner, vous en avez encore pour deux ou trois ans avant de le lire.

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Les Ravens – James Barclay
7 volumes.
J’ai lu ces romans il y a plusieurs années au moment de leur sortie en poche et j’en garde un excellent souvenir. J’ai enchaîné les sept tomes quasiment l’un à la suite de l’autre tellement j’étais accro. Quand il a fallu à mon libraire une semaine pour m’obtenir le tome 5 j’étais au bout de ma vie. À l’époque, la saga m’apportait tout ce que je cherchais en fantasy: une histoire basée sur l’amitié dans un groupe de mercenaire (devinez ce qui m’a attiré dans Wyld récemment acheté ->) un univers bien développé, des dragons intelligents avec leur propre société… Je suis très curieuse de les relire avec mon regard actuel même si j’ai également un peu peur du résultat.

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Les Elfes – James Barclay
Trois volumes.
Il s’agit d’un préquel aux Ravens. L’histoire se déroule dans le même univers mais nous raconte ce qui est arrivé à la civilisation elfique. Cette trilogie, je l’ai lue en 2015 et elle m’a bouleversée. On y suivait Auum, mon personnage favori dans les Ravens et je la trouvais encore plus aboutie que les autres romans. Beaucoup d’intelligence dans le traitement des thématiques, beaucoup d’horreur aussi dans le destin des elfes… Je me demande ce que j’en penserai aujourd’hui. J’ai profité d’une offre en numérique pour me les acheter (on me les prêtait en grand format) afin de les posséder pour les relire un jour.

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Les extraordinaires et fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain – Raphaël Albert
Quatre volumes.
Laure-Anne m’a prêté le premier tome en poche en m’affirmant que j’allais adorer. Et de fait. J’ai dévoré les deux premiers tomes à la suite en revenant de Livre Paris (donc en 2017), le troisième sortait peu de temps après et… J’avoue ne pas avoir encore lu le quatrième car j’attends la sortie poche. Mais j’aimerai redécouvrir les trois pour m’y préparer parce que le personnage de Sylvo m’a vraiment séduite. Un elfe renégat, anti-héros crédible dans une ville qui ressemble à Paris, alternative et hyper référencée sur notre culture… Si vous ne connaissez pas, foncez !

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Black Butler – Yana Toboso
Vingt-huit volumes (en cours)
Il s’agit de la seule série longue dont j’ai acheté tous les tomes (28 et c’est toujours en cours) sans me lasser. Pourtant je me rappelle que ma lecture du premier m’avait laissée dubitative, jusqu’à la toute dernière case. Il a suffit d’un dessin et là, j’ai su que ça allait matcher. Le manga s’assombrit de tome en tome tout en gardant un côté humour absurde bien dosé. Le chara-design est sublime (je me rends compte à quel point l’autrice s’améliore en regardant l’illustration couverture du premier tome) et il compte dans mon top 3 des meilleurs mangas de tous les temps. J’ai vraiment envie de prendre la peine de tout relire depuis le début.

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Les Récits du Monde Mécanique – Marianne Stern
Trois volumes.
Je vous saoule régulièrement avec les éditions du Chat Noir et cette saga steampunk écrite par l’autrice française Marianne Stern. Mais voilà, elle a créé un de mes personnages préférés de tous les temps. Non contente de cet exploit, elle l’a malmené comme une vraie sadique jusqu’à lui offrir un final grandiose. Je n’avais plus ressenti autant d’émotions dans ma lecture depuis longtemps. C’était sale, c’était affreux, c’était magique. J’ai vraiment envie de relire cette saga en espérant en profiter autant que lors de ma première découverte.
Notez qu’il existe un pack pour vous procurer les trois tomes d’un coup au prix de 49.9 euros.

Et vous, quelle saga aimeriez-vous relire? 🙂

Nixi Turner contre les croquemitaines #1 Baba Yaga – Fabien Clavel

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Nixi Turner
est une saga composée de cinq volumes -dont deux déjà édités- écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés (9 – 12 ans) vous trouverez ce roman court au prix de 10 euros.

Nawel angoisse à l’idée de faire sa rentrée au collège Gustave-Caillebotte et l’avenir lui donnera raison. Harcelée à cause de ses origines modestes, elle est en plus la proie de Baba Yaga. Heureusement, Nixi Turner traine dans les parages. Les adultes ne peuvent pas la voir et elle n’a qu’une mission : traquer les croquemitaines.

Le concept de cette collection est vraiment plaisant. En quelques mots, il s’agit de traiter des thèmes sombres du quotidien dans des romans gothiques à destination d’un public jeune. Tout un pari et je le trouve assez réussi pour le moment. Ma lecture m’a donné envie d’approfondir mes découvertes.

Nixi Turner, c’est Buffy contre les vampires version collège ! Selon l’éditeur, le concept est de traiter de problèmes rencontrés par cette tranche d’âge à travers des créatures surnaturelles qui vont les personnifier. Ici, par exemple, Baba Yaga incarne la rumeur et toutes ses dérives. Je trouve l’idée vraiment judicieuse. Fabien Clavel s’en sort très bien pour horrifier son lecteur. Pas tant avec les croquemitaines qu’avec les comportements intolérables des autres élèves ! J’ai été choquée plus d’une fois, j’avais même du mal à croire que ce soit possible d’aller aussi loin. Et pourtant…

Nixi Turner c’est donc un roman qui apprend et qui divertit en même temps. J’ai déjà croisé le style de Fabien Clavel dans Asynchrone et s’il a rendu sa plume accessible, il ne l’a pas infantilisé pour autant comme cela arrive parfois dans les romans jeunesses. Nouveau bon point.

Quant au dernier et non des moindres, il s’agit de l’héroïne. Nixi Turner intrigue par son apparence, par son caractère. Les chapitres s’alternent tantôt de son point de vue, tantôt de celui de Nawel mais on ignore beaucoup à son sujet. Pourquoi chasse-t-elle les croquemitaines? Qui lui donne ses missions? Où vit-elle normalement? J’ai hâte de découvrir cela dans les prochains volumes. Quant à Nawel, elle ne laisse pas indifférente et je l’ai trouvée très humaine. Fabien Clavel ne la transforme pas en sainte. Elle a ses préoccupations égoïstes, ressent des émotions très fortes. Quand Hugo lui tend la main, elle le repousse parce qu’elle craint que sa popularité ne chute encore plus au lieu de s’allier avec lui, ce qui est cruel. On la sent perdue et on a envie de la secouer plus d’une fois. J’ai beaucoup aimé le traitement des personnages, qui me parait réaliste.

Pour résumer, le premier tome de Nixi Turner pose les bases d’une saga prometteuse à destination d’un public pré-adolescent mais qui peut aussi bien être lue par des adultes. Fabien Clavel propose un concept simple mais efficace: personnifier les problèmes rencontrés par les jeunes en les incarnant à travers un bestiaire fantastique ici inspiré de la mythologie slave. L’auteur s’en sort très bien dans le respect de son public cible et offre un roman court qui secoue. On le lit volontiers d’une traite et on le recommandera aux parents comme aux professeurs. Une réussite !

Le chant des Épines #3 Le Royaume Brisé – Adrien Tomas

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Le Royaume Brisé
est le troisième (et dernier) tome de la saga le Chant des Épines écrit par l’auteur français Adrien Tomas. Publié chez Mnémos, vous trouverez cet ouvrage au prix de 20 euros.
Je remercie chaleureusement Nathalie et les Éditions Mnémos pour ce service presse.
Il s’agit de ma seconde lecture pour le S4F3s5 organisé par le Lutin !

Chroniquer une suite est toujours délicat, entre les spoilers et les réflexions qui ne prennent sens qu’à la lecture de la saga entière. Cette chronique contiendra donc des parties blanches qu’il vous suffira de surligner pour dévoiler le texte qu’il cache et qui contient des informations sensibles pour ne pas vous gâcher l’intrigue. Je vous encourage du même coup à découvrir mes chroniques pour le tome 1 et le tome 2

Nous avions quitté Ithaen et les Épines après une cuisante défaite au pied des remparts de Kal’Tirin. La reine tente de trouver de nouveaux alliés auprès de la Fille, représentante de la Sylve et les personnages survivants organisent la résistance. Merisia, maîtresse espionne, a créé le Ver avec d’autres survivants afin de mener une guérilla contre les envahisseurs Seï. Vermine a passé un accord avec les Sœurs afin de pouvoir apporter un soutien magique à Ithaen quand le moment sera venu. Quant à nos immortels, ils continuent d’intriguer, fidèles à eux-mêmes et toujours aussi attachants. Enfin, à mon goût. Ce volume se concentre donc sur la reconquête du Nord et la concrétisation de ce Royaume Rêvé dont Ithaen parle depuis le premier tome. Et ce, quel qu’en soit le prix.

On retrouve tous les ingrédients qui firent le succès des tomes précédents : une écriture efficace et maîtrisée, une diégèse crédible et des personnages pour lesquels on se passionne. L’univers se développe encore davantage grâce à de nouvelles créatures qui sortent des standards habituels. Le bestiaire exploité par Adrien Tomas continue de s’enrichir, accordant encore plus de crédibilité au monde des Six Royaumes. Quant à l’intrigue, elle s’accélère et prend un tournant beaucoup plus sombre par rapport au premier volume ! En réalité, le cheminement et les choix de certains personnages m’ont plus d’une fois surprise, horrifiée, fascinée, parfois les trois à la fois. Un tour de force. L’ambiance, évidemment, est sombre, désenchantée, comme de juste puisque la guerre fait rage. Et surtout, elle esquive le manichéisme puisque l’auteur, en multipliant les points de vue, permet de comprendre la philosophie et les convictions de chacun. Il n’y a aucun parti pris, juste la peinture infâme des extrémités auxquelles peut pousser l’humanité ou les bons sentiments. On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions… Ç’aurait pu être le sous-titre de la saga.

Au final, cette suite au Royaume Rêvé se révèle donc très contrastée dans son idéologie. Le personnage d’Ithaen effectue ses choix en pensant au plus grand bien, quitte à sacrifier ses amis et ses alliés. Elle m’a glacé le sang plus d’une fois, quand on pense qu’elle n’a que quinze ans au moment du troisième tome… Adrien Tomas m’a fait passer par toutes les couleurs en parvenant à rendre son univers suffisamment vivant pour que je m’y plonge, que je me laisse happer comme si j’en étais moi-même un personnage.

Outre tous ces élément très positifs, il y en a un autre que je souhaite relever. Dans un roman de fantasy, il est courant d’assister à des guerres ou au moins des affrontements, quel que soit leur ampleur. Un exercice pas forcément évident… Dans lequel excelle Adrien Tomas ! On sent qu’il s’y connait en stratégie et qu’il maîtrise le sujet à fond sans pour autant devenir incompréhensible aux yeux du profane car on n’a aucun mal à visualiser les scènes qu’il décrit. Un pur plaisir.

Quand je constate l’enthousiasme autour d’une saga comme le Trône de Fer, je m’étonne et déplore que le public (surtout français mais à quand une traduction anglaise? 😉 ) ne se tourne pas vers les Six Royaumes, composé de différents textes dont le Chant des Épines mais aussi la Geste du Sixième Royaume et la Maison des Mages. Je ne peux que recommander chaudement la lecture du Chant des Épines car même si le premier tome parait naïf et tout public (peut-être même, Ô sacrilège, young-adult parfois), ce roman à l’origine écrit pour être un one-shot (et scindé en trois pour des besoins éditoriaux) ne manque ni de complexité, ni de maturité, ni de richesse. Il séduira son public en lui procurant des émotions intenses et en proposant des personnages aussi soignés qu’attachants. Une excellente découverte donc, qui confirme l’auteur au rang des maîtres en fantasy francophone.

Grand Siècle #3 la conquête de la Sphère – Johan Heliot

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La conquête de la Sphère est le troisième (et dernier) tome de la saga Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce roman dans la collection Icare au prix de 19 euros.
Je remercie les éditions Mnémos et Nathalie pour ce service presse.
Ceci est ma 28e lecture (et dernière) pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.

Honnêtement, je trouve toujours délicat de chroniquer un tome 3 sans, d’une part, se montrer redondant et de l’autre, spoiler des éléments entiers de l’intrigue. Je vais donc commencer par vous renvoyer à ma chronique du tome 1 et à celle du tome 2. Une partie de cette chronique sera surlignée de blanc, afin de dissimuler les éléments d’intrigue divulgués tout en fournissant à ceux qui le souhaite un retour complet doublé d’une certaine analyse. Pour les autres, ce sera un peu une chronique à trou et je m’en excuse.

La conquête de la Sphère, comme son nom l’indique, marque l’ultime mise en place du plan de l’Intelligence, arrivée sur Terre presque cinquante ans plus tôt. À l’instar des autres romans, celui-ci se déroule sur plusieurs années et continue de suivre les (més)aventures des enfants Caron, devenus adultes et même vieux pour certains. Pierre et Jeanne ont fuit Paris à la fin de l’envol du Soleil et se sont réfugiés en Bohème depuis quelques temps déjà quand le Pape pousse le Saint-Empire à lever une Sainte Coalition afin d’affronter le roi de France par l’entremise de son frère Philippe (quel personnage d’ailleurs !). Jeanne, Pierre et Stepan, qui va plus ou moins devenir leur fils adoptif, s’enrôlent donc pour ramasser les morts sur le champ de bataille. Du côté d’Estienne, après le meurtre de l’ancien amant de sa sœur (qui lui-même a tué Petit Pierre dans le tome précédent) il est enfermé dans une cellule par l’Intelligence qui a de grands projets pour lui. En effet, sa compatibilité d’esprit avec le Roi Louis fera d’Estienne un réceptacle efficace pour la copie du Roi qui souhaite accompagner l’Intelligence dans son exploration spatiale. Il retrouvera ainsi Martin, toujours officier sur le Soleil, malgré un momentané passage en soute pour le punir du meurtre d’un collègue. Estienne comme lui auront droit à des éclaircissements de la part de l’Intelligence sur les réels motifs de sa venue et de cet investissement envers l’espace. Enfin, Marie est contrainte de vendre sa fille (pour rappel, la bâtarde du Roi Louis) à une noble dame, ce qui offre à la petite Jeannette une vie plus belle, du moins jusqu’à ce que la guerre arrive aux portes de Paris. Marie, quant à elle, connaîtra un bien funeste destin.

Dans sa trilogie qui s’étend sur une cinquantaine d’années, Johan Heliot réussit avec brio l’évolution des différents protagonistes et parvient à passionner son lecteur pour chacun d’eux. Du même coup, il réfléchit intelligemment à l’évolution de son monde. Je vous parlais des éclairages effluviques et de l’appareil de luxovision dans le second tome, ils se démocratisent de plus en plus partout dans Paris jusqu’à devenir de véritables outils de propagande. Johan Heliot en profite pour pousser le lecteur à réfléchir à la place des médias dans notre propre société et à la nécessité d’un esprit critique affuté sans toutefois tomber dans le moralisme à deux ronds.

Et c’est ce que j’apprécie tout particulièrement chez cet auteur. En plus d’être, selon moi, le maître de l’uchronie francophone, il parsème ses récits de réflexion philosophico-sociales au détour d’une remarque d’un personnage ou d’une situation inattendue. J’ai particulièrement apprécié la façon dont Jeanne en vient à remettre en question la force de la plume face à l’épée, en nuançant cet utopisme presque naïf qu’elle avait dans les deux tomes précédents. Cela donne au récit un petit côté désabusé assez triste mais terriblement actuel et pertinent.

Quant à la fin… Quelle ironie, finalement ! J’ai ressenti une forme d’amertume pour Pierre, laissé en arrière face à son destin mais aussi un vrai plaisir à l’idée de cette Angleterre qui ouvre ses portes aux enfants Caron, permettant à Jeannette de développer ses prédispositions scientifiques. La fatalité voudra que, peu importe les manipulations de l’Histoire, l’impérialisme anglais trouve toujours un chemin, même en dehors des frontières terriennes. Ce qui ne manque pas d’intérêt, c’est également la réflexion développée sur la partie concernant le voyage dans l’espace, le sacrifice des hommes pour le plus grand bien, l’égoïsme de certains et ce final en demi-teinte. Johan Heliot prend ainsi le contrepied des séries bien pensantes en proposant une réflexion à la fois réaliste et positive de l’Humanité, à travers le regard de l’Intelligence.

J’aurai aimé dire davantage mais je ne vois pas l’utilité de me répéter ou de reprendre des morceaux entiers de mes précédentes chroniques dont les liens sont rappelés plus haut dans ce billet. Grand Siècle se caractérise par la constance de l’auteur qui fournit chaque fois un tome égal au précédent en terme de qualité, fourmillant d’idées aussi osées que plaisantes, avec un vrai fond et une plume délicieusement maîtrisée. Je suis ravie qu’un auteur ait eu l’idée et le culot d’écrire un roman de science-fiction qui prend place à l’époque de Louis XIV. Je salue l’initiative et félicite les éditions Mnémos d’avoir publié ce chef-d’œuvre dont je recommande la lecture à tous ceux qui n’ont pas peur des nouvelles expériences. Ça vaut le coup, pour autant qu’on garde l’esprit ouvert !

La croisade éternelle #1 la prêtresse esclave – Victor Fleury

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La prêtresse esclave est le premier tome de la saga intitulée « la croisade éternelle » écrite par l’auteur français Victor Fleury. Publié chez Bragelonne, vous trouverez ce roman au prix de 22 euros.
Je remercie l’auteur et les éditions Bragelonne pour ce service presse !
Ceci est ma 27e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 7e lecture pour le mois de la fantasy et complète les défis suivants: un livre écrit par un auteur français, une nouveauté de ma PàL.

Nisaba est l’oblate de peau de l’héritier Akurgal, qu’elle doit servir malgré la haine qu’elle voue à la famille régnante et les abus que son maître commet sur elle de manière détournée. Pour prouver sa valeur à sa mère, Akurgal décide de partir en croisade, mater les infidèles qui résistent à l’expansion de leur empire. Obligée de le suivre à cause de leur lien, Nisaba doit abandonner son fils et pourrait ne jamais revenir à la capitale car quelqu’un semble décidé à attenter à la vie de l’infant. Voilà grosso modo le pitch de départ mais ne vous inquiétez pas, ce roman a davantage à offrir !

Commençons par évoquer l’univers d’une éclatante richesse développé par Victor Fleury. Le lecteur évolue au sein du Pays-des-Deux-Fleuves dont l’ambiance m’a d’abord évoqué la société inca. Après discussion avec l’auteur, il s’avère que son inspiration vient plutôt davantage du côté mésopotamien mais comme je connais mal cette civilisation en dehors de ce que j’ai pu en apprendre à l’école… L’un dans l’autre, Victor Fleury choisit non seulement de s’éloigner du traditionnel Moyen-Âge mais aussi des inspirations antiques habituelles tirées de l’empire romain, ce que je trouve très appréciable.

Dans cette société, la famille régnante est descendante des dieux, divinités d’ailleurs véritablement présentes dans le récit à certains moments, ce qui donne un aspect surnaturel à la croisade éternelle en plus de la maîtrise d’un type de magie nommée l’Irradiance qui s’oppose à celle du Tréfond. Parce qu’ils descendent des dieux, ils ont le droit de s’affilier des oblats, des esclaves qui leur permettent d’étendre leur pouvoir et leurs capacités. Pour prendre l’exemple d’Akurgal, il dispose d’un oblat de puissance qui lui évite de devoir s’entrainer, d’un oblat de mémoire qui rend inutile toute étude de sa part, d’une oblate de peau qui partage toutes ses sensations… Et va s’en trouver deux autres pendant le récit, je ne vous en dit pas plus pour ne pas gâcher la surprise. Le lien qui unit l’oblat à son maître est à sens unique et les prive de toute intimité. L’oblat de mémoire partage toutes les pensées immédiates de son maître, l’oblat de peau, toutes ses sensations… Ces liens sont complètement malsains et forcément, difficiles à vivre.

Surtout quand on connait la relation qui unissait jadis Akurgal et Nisaba, l’héroïne du roman et la fameuse prêtresse-esclave du titre. Leur passif se révèle petit à petit au lecteur par des séries de réminiscences qui viennent à Nisaba, souvent sous l’influence de drogue. Et oui, ce lien est tellement difficile à vivre que la pauvre n’a trouvé que ce moyen pour échapper à ces viols détournés, à cette pression psychologique que l’Infant lui impose en essayant (maladroitement) de la ramener à lui. Outre l’intrigue principale du roman qui tourne autour de la guerre, de la religion et des conflits de succession, on a aussi droit d’en apprendre davantage sur leur intimité, le tout avec un équilibre qui manque trop souvent dans ce genre de roman.

Je ne vous brosse ici qu’une rapide esquisse de l’univers qui confirme le talent de Victor Fleury à proposer des romans qui sortent du lot et rafraichissent les genres dans lesquels ils s’inscrivent (rappelez-vous de ma chronique sur l’Homme Électrique). Pourtant, ce n’est pas sa seule réussite. La galerie de personnages qu’il propose séduira le lecteur avide de protagonistes en nuances de gris. Mes sentiments n’arrêtaient pas de changer au fil du récit, allant de la pitié à la compassion puis au dégoût, pour finalement revenir à la pitié… Victor Fleury joue avec nos émotions pile comme j’aime et ce, sans sacrifier le rythme de l’intrigue.

Parce qu’il se passe toujours quelque chose, dans la croisade éternelle. L’auteur parvient à conserver une action régulière sans nous perdre dans son univers dense, en distillant juste quand le besoin s’en fait sentir les informations nécessaires pour appréhender les contours de son monde. Il m’a embarquée dans son histoire dont je ressors difficilement, surtout à la lecture de la toute dernière ligne. Il a eu de la chance que je le termine après les Imaginales, sans quoi j’aurai été l’étrangler ! Ou je l’aurai enlevé pour l’obliger à écrire plus vite la suite. Vous l’avez compris, c’est un roman à côté duquel il vaut mieux éviter de passer.

Pour résumer, le premier tome de la croisade éternelle est un coup de cœur. Victor Fleury propose un monde inspiré de la cruelle Mésopotamie et réinventé à sa sauce dans lequel il plonge le lecteur avec tact, sans l’assommer d’informations inutiles. Sa galerie de personnage brille par sa diversité ainsi que par son absence de manichéisme et ne manquera pas de provoquer des sentiments aussi nombreux que violents chez le lecteur. Ce dernier aura d’ailleurs bien du mal à reposer ce tome. On ne peut qu’espérer une suite rapide publiée par Bragelonne !

Le Chant des Épines #2 le Royaume Éveillé – Adrien Tomas

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Le Royaume Éveillé est le second tome de la trilogie du Chant des Épines écrit par l’auteur français Adrien Tomas. Publié chez Mnémos en 2017, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.
Je remercie très chaleureusement Nathalie et les Éditions Mnémos pour ce service presse.
Ceci est ma 22e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 2e lecture pour le Mois Fantasy qui peut valider les catégories suivantes: un livre écrit par un auteur francophone, un livre à la couverture bleue (glace hein mais ça passe ! (Oui y’a de la mauvaise foi.)), une nouveauté de ma PàL, une suite de saga.

Rappelez-vous, je vous ai récemment présenté le premier tome de cette trilogie. Pour ceux qui ont la flemme de lire la chronique complète, je lui trouvais certaines qualités malgré une impression de trop classique et de personnages pas suffisamment complexes. Je m’attendais à davantage venant de l’auteur de la Geste du Sixième Royaume, un one-shot dont je gardais un souvenir prégnant pour sa complexité et sa maturité (même si je l’ai lu il y a environ une éternité, avant que le blog n’existe, ce qui explique l’absence de chronique mais un jour, promis, je m’y ré-attaque !). Toutefois, avec les derniers chapitres, j’ai eu le sentiment que l’auteur réservait encore quelques surprises à son lectorat et j’ai décidé de suivre mon instinct en me lançant dans la lecture de la suite. Bien m’en a pris !

Nous retrouvons nos héros un an après les évènements du Royaume Rêvé. Ithaen continue d’unifier le Nord afin de se préparer à contrer l’attaque de l’Empire Seï qui ne manquera plus de se produire. Elle doit affronter de nombreuses difficultés : certains clans résistent encore, d’autres peuples ont envie de profiter de l’occasion pour avoir leur part du gâteau, les Sœurs Grises piquent une petite crise parce qu’elles ont été roulées « par une gamine de treize ans » ce qui la prive d’un soutien magique extérieur à Vermine et aux nécromanciens (après, vous me direz, c’est déjà pas mal)… Bref, c’est pas la joie. Je ne vous en révèle pas davantage pour éviter les spoilers.

Comme je le soupçonnais, l’auteur a plus d’un tour dans son sac. En gardant le principe de roman chorale, Adrien Tomas nous replonge dans l’esprit des protagonistes que l’on appréciait (ou non, coucou Ysemir) dans le premier volume tout en ajoutant de nouvelles têtes. Ainsi, on fait connaissance avec les Elfes, ce qui nous permet aussi de voir ce qui se passe du côté de l’Empire. J’ai beaucoup aimé le personnage de Zaere et le fait que les protagonistes ne restent pas figés dans leurs rôles. Face aux évènements, ils sont amenés à se poser des questions, à réfléchir sur leurs certitudes et même à revoir fondamentalement leurs positions. Ils évoluent avec le temps et les épreuves, ce qui les rend vivants et crédibles.

L’univers reste une grande force dans la fantasy d’Adrien Tomas. Le Chant des Épines se classe sans discussion possible en fantasy, ce qui ne l’empêche pas d’inclure de l’ingénierie naine (magique certes mais quand même) à travers le personnage d’Aewar, qui prend une plus grande place dans le texte. Ses analyses de pure logique le rendent particulièrement attachant et plaisant à suivre. Ses échanges avec les différents protagonistes du récit ne manquent pas de fraicheur et je l’ai vraiment beaucoup aimé. Il faut dire que je suis sensible aux personnages de ce type…

Dans l’ensemble, l’ambiance de ce tome s’assombrit de plus en plus au fil des pages. Comme les héros grandissent, les thèmes suivent le même chemin et l’auteur en traite plein en même temps sans donner une impression de trop plein : le droit des femmes à user de leur corps sans recevoir de jugement, le droit à la liberté, les principes fondateurs de la démocratie, le racisme, la force des sentiments mais aussi des traumatismes, pour n’en citer que quelques uns. Il place un petit dialogue, une petite réflexion, au détour d’une discussion et ça m’a plus d’une fois interpellée dans ma lecture.

Plus on avance et plus je commence à soupçonner certains personnages de cacher des choses. Ce qui n’a pas empêché le dernier acte de ce tome de complètement me surprendre ! J’étais tellement plongée dedans que je me suis retrouvée à fixer la page avec une bouche de poisson, style: c’est-pas-possible-j’hallucine ! J’ai d’abord eu l’impression que ça sortait de nulle part puis en y réfléchissant un peu, je me rends compte du tour de force réalisé par Adrien Tomas pour qu’on soit aussi choqués que les Épines. Il réussit à nous émouvoir, à nous impliquer dans l’histoire qu’il raconte, n’est-ce pas la marque des auteurs talentueux? Au passage, évitez de trop vous attacher aux personnages, parce qu’il n’épargne personne et franchement, je sens que le troisième tome va se révéler contenir son lot d’effusions de sang.

Et du coup, oui, cette suite est sans conteste beaucoup plus immersive que le premier tome. J’ai lu deux cent pages quasiment d’une traite, sans m’en rendre compte, passionnée par ce que je découvrais alors que mon sentiment sur le Royaume Rêvé, si vous vous souvenez, était plus tiède. Elle contient aussi davantage d’action et des scènes de batailles bien plus détaillées, plus abouties et graphiques. On n’a aucun mal à se représenter le chaos de la mêlée mais aussi les attaques colorées des magiciens, qui n’en restent pas moins mortelles. Au moins, ça fait un joli spectacle quand on brûle sur place ! J’adore ce type de magie, ça me donne un délicieux sentiment jeu-vidéo / manga.

Pour résumer, le second tome du Chant des Épines est une réussite qui surpasse le premier. Je suis vraiment heureuse d’avoir donné sa chance à cette suite ! L’auteur gomme, ou en tout cas atténue, certains des défauts d’un premier tome un peu trop introductif pour entrer dans le vif du sujet avec un ton globalement plus sombre. Il développe brillamment la psychologie de ses personnages, ce qui immerge davantage le lecteur. Quant aux rouages de son intrigue, il en joue d’une main de maître, ce qui laisse son lecteur sans voix tout en entretenant de grands espoirs concernant l’ultime opus. Opus que je vais me procurer aux Imaginales, si vous aviez encore un doute. Son développement m’encourage presque à la conseiller également aux amateurs aguerris de fantasy mais j’attends la découverte du troisième tome pour me décider franchement là-dessus.