Les héritiers d’Higashi #2 Bakemono-san – Clémence Godefroy

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Bakemono-san
est le second tome de la trilogie des héritiers d’Higashi écrite par l’autrice française Clémence Godefroy. Publié par les éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman sur leur site Internet au prix de 14.90 euros.

Souvenez-vous, j’ai déjà parlé du premier tome sur le blog !

De quoi ça parle ?
Je vous propose ici de vous réexpliquer en quelques mots l’univers du roman : À Higashi, il existe plusieurs espèces de bakemonos qui vivent cachées depuis la fin de la grande guerre qui les opposa au clan Odai (des renards roux) et aurait mené à l’extermination de toutes les autres espèces animales à l’exception des renards roux et de leurs alliés les serpents. Ce clan règne  sans partage sur l’archipel depuis plus d’un siècle et c’est dans ce contexte que nous suivons l’histoire d’une série de personnages. Le premier tome se centrait surtout sur trois femmes : Ayané, une discipline de la Main Pure qui brûle de se voir confier une mission d’importance. Numié Dayut, héritière d’un clan de loup blanc du Nord qui a été faite prisonnière pour forcer les siens à ne plus défier les Odais. Et Yoriko, une nekomata (chat) qui va s’introduire au palais pour se faire oublier et découvrir… tout un tas de choses. Dans cette suite, l’intrigue continue de se développer en laissant la parole à d’autres personnages.

Un roman chorale
Comme pour le premier tome, celui-ci propose de suivre plusieurs protagonistes aux quatre coins d’Higashi, afin de ressentir efficacement l’évolution de l’intrigue. Plusieurs groupes vont donc se former :

Ayané va accompagner Tadashi vers le Sud après avoir découvert le secret de ses origines. Elle se pose beaucoup de questions sur elle-même ainsi que sur son ascendance mais va devoir les éclipser au profit de son ami tanuki ( = chien viverin) qui retourne dans sa tribu alors qu’il en a été banni. Il risque donc la mort ! Pourtant, le soutien des tanukis sera nécessaire dans la révolution qui se prépare…

Jinyu et Shunpei, deux nekomatas (= chat) vont quant à eux se diriger vers les forêts de l’Est à la recherche de l’Oni Vert, capable de rallier tous les yokais (= créature surnaturelle, c’est un terme générique car il en existe toute une flopée). Une puissance qui ne sera pas de trop dans leur lutte… En chemin, ils vont croiser la route de Temma, une jeune jorogumo (araignée) qui s’est mise en tête de les suivre, poussée sur ce chemin par son hélice. Malheureusement pour eux, ils vont rencontrer une terrifiante créature dont l’occupation va permettre de lever un voile sur le mystérieux métal flottant dont on fait les armures à Higashi. À mon avis, ces passages se révèleront clés dans le tome 3.

Enfin, Midori est une orochi (serpent) qui se rend au palais des Mille Flammes pour épouser Ren Ishida, le meilleur ami de Kaito Odai, voué à prendre la succession de l’Empereur. Successeur qui s’était entiché de Numié dans le premier tome au point de retarder ses fiançailles, on va avoir droit à une évolution de ce côté là d’ailleurs. Midori est une jeune fille bien sous tout rapport qui place l’honneur de sa famille avant son propre bonheur. Une fois au palais, elle va rencontrer un diplomate étranger prénommé frère Joachim, un homme qui reconnaitra son érudition. En effet, Midori étant de constitution fragile, elle s’est tournée vers la lecture au lieu de développer des aptitudes physiques comme c’est habituellement le cas au sein de son clan. Forcément, cette attention toute intellectuelle va créer un émoi…

À l’exception d’Ayané, les narrateurs de ce tome ont donc changé puisqu’on ne croise plus du tout la princesse Numié (partie en mission dans le Nord, on aura le fin mot de l’histoire dans le tome 3 je suppose) ni Yoriko qui s’effacent assez vite du paysage l’une et l’autre alors que leurs actions ont des conséquences au sein de l’intrigue. J’ai apprécié suivre ces nouveaux protagonistes avec une petite préférence pour Midori parce que sa force se situe dans les savoirs qu’elle recherche avidement et dans son goût pour la lecture. Clémence Godefroy choisit de mettre l’érudition en avant, j’adore !

Je dois toutefois avouer que j’ai eu besoin de quelques chapitres pour bien tout replacer. En cela, le mémo à la fin a un peu aidé mais j’aurai aimé un résumé du contenu du tome 1 -tant qu’on y était. Si je n’avais pas eu ma chronique pour me rafraichir la mémoire, j’aurai vraiment eu du mal. Je vous suggère donc de lire les tomes à peu de temps d’intervalle !

Une suite à la hauteur, avec des qualités identiques.
Difficile de se montrer très originale quand on chronique des suites, surtout quand celles-ci se révèlent d’une qualité identique au premier tome. En effet, j’ai retrouvé dans ce second tome tout ce que j’ai apprécié dans le premier, absolument tout ! La mythologie japonaise est bien exploitée et l’autrice a entendu la demande des lecteurs en incluant un petit explicatif concernant les mots japonais, les races et les suffixes afin que les novices puissent s’y retrouver. Personnellement, je n’avais pas ressenti de souci majeur mais il faut dire que je consomme énormément de mangas, donc je suis habituée… L’univers se développe et s’enrichit à mesure des chapitres, tout comme l’intrigue qui reste bien rythmée. Quant à l’écriture de l’autrice, elle dépeint si bien les décors, les personnages et les interactions que j’avais l’impression de lire un manga… Si vous voulez en savoir plus sur ces différents points, je vous invite à lire ma chronique précédente puisque je ne vois pas l’intérêt de réécrire identiquement la même chose 🙂

La conclusion de l’ombre :
Avec Bakemono-san, Clémence Godefroy signe un second tome tout aussi enthousiasmant que le premier en reprenant une recette qui a bien fonctionné et en s’y tenant : une mythologie japonaise maîtrisée (et cette fois rendue accessible même aux novices), une intrigue bien ficelée, des personnages intéressants… La qualité est au rendez-vous et une fois au bout de ce tome, on n’a qu’une envie : enchaîner sur le troisième ! Hélas, il va falloir attendre encore un peu pour cela mais il y a des romans pour lesquels cela vaut la peine et celui-ci en fait partie. Si ce n’était pas clair, je recommande très chaudement cette saga !

D’autres avis : Pas encore mais cela ne saurait tarder !

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Nixi Turner contre les croquemitaines #5 le roi des Aulnes – Fabien Clavel

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Le Roi des Aulnes
est le cinquième (et dernier) tome de la saga jeunesse Nixi Turner contre les croquemitaines écrite par Fabien Clavel et magnifiquement illustrée par Mina M. Publié par les éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au format papier uniquement au prix de 10 euros.

Souvenez-vous, je vous ai déjà évoqué les quatre tomes précédents : Baba Yaga (1) – La Goule (2) – le Père Fouettard (3) – Le Marchand de Sable (4). Je ne vais donc pas revenir sur le concept en lui-même – déjà exposé à plusieurs reprises – ni sur le contenu des tomes précédents.

De quoi ça parle ?
Ses camarades de classe la pensent folle, pourtant Jennifer ne l’est pas : elle subit l’influence d’un croquemitaine en la personne du Roi des Aulnes, dernier ennemi encore debout de Nixi. Cette dernière, blessée dans son affrontement contre le Marchand de Sable, va devoir faire face avec ses amis à ses côtés…

Un thème fort : la maltraitance…
Pour ce dernier opus au ton globalement plus sombre que les précédents, Fabien Clavel choisit d’évoquer la maltraitance parentale subie par Jennifer dont le père alcoolique frappe à la moindre contrariété. Du moins je l’ai compris comme ça. Le flou perdure quant à la part d’influence du croquemitaine là-dedans puisque la jeune fille finit par choisir de vivre chez sa mère à la fin du roman alors que j’ai eu l’impression que tout venait du croquemitaine à l’origine – même si j’admets qu’on n’a pas été confronté au père de l’année. C’est un peu flou, ce que je trouve dommage surtout avec un thème aussi important que celui-là parce qu’il passe, selon moi, à côté de son intérêt premier à savoir personnifier un mal auquel les jeunes peuvent être confrontés et donner une solution pour y remédier. À nouveau, comme pour les tomes précédents, il m’a manqué une petite liste de numéros ou d’associations à contacter pour les plus jeunes qui subissent ce genre de choses, comme cela a pu être fait dans d’autres romans de ce type.

… qui s’efface devant l’action.
Si ce thème a le mérite d’exister, d’ouvrir une discussion dans un cadre pédagogique ou parental, il disparait pourtant devant l’action, ce qui m’a rappelé un épisode final d’une saison de Buffy. Tous les évènements s’enchaînent avec trop de rapidité, des solutions sortent de nulle part… J’ai ressenti une forme de frustration induite par la facilité avec laquelle tout se résout, tout trouve une explication au détour d’un dialogue sans qu’un indice (ou alors je ne l’ai pas relevé, c’est possible aussi) ne soit donné auparavant pour atténuer ce sentiment. C’est dommage. D’autant que ce dernier ennemi est supposé être plus puissant que les autres mais on ne le ressent pas du tout ainsi.

On ne peut toutefois pas nier que ça bouge : on ne s’ennuie pas, les pages passent sans qu’on s’en rende compte et le public cible se laissera séduire sans soucis, je pense. Moi, par contre, j’ai un peu de mal à y voir autre chose qu’un divertissement empreint de nostalgie puisque ça me rappelle vraiment mes visionnages de ces vieilles séries fantastiques à la Buffy, avec les défauts inhérents.

Je n’ai pas grand chose à dire de plus au sujet de cette saga puisque j’ai chroniqué chaque tome de manière indépendante (pour rappel, les liens sont au-dessus). Je me propose donc de vous offrir un résumé rapide des points positifs et négatifs afin que vous puissiez décider si elle vous tente ou non.

Nixi Turner contre les croquemitaines, en bref :
– Une jeune fille mystérieuse débarque dans un Collège pour aider les élèves tourmentés par des Croquemitaines. Chaque tome correspond à un monstre qui incarne lui-même un mal lié à la jeunesse / adolescence : harcèlement, anorexie, maladie, maltraitance, abandon…
– Une saga très « jeunesse » dans sa structure au sens où elle manque de subtilité à mon goût et ne prend pas suffisamment son temps pour poser les différents éléments (pourtant prometteurs) qui la composent. Je n’aime pas trop utiliser ce qualificatif de jeunesse ici parce que j’ai lu d’autres romans dit jeunesses qui n’ont pas ce défaut toutefois c’est quand même un souci qui revient régulièrement à mon goût. Elle reste accessible et attirante pour son public cible, moins pour des personnes dotées d’un certain bagage littéraire sauf si vous ressentez une forte nostalgie des années Buffy (mais à ce tarif-là, tournez-vous plutôt vers Elvira Time de Mathieu Guibé).
– À recommander aux parents de collégiens ou à des professeurs de français car elle contient des pistes didactiques intéressantes à un prix tout à fait abordable, surtout compte tenu des belles illustrations à l’intérieur. Le rapport qualité / prix est clairement à l’avantage du lecteur.

D’autres avis : vous ?

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L’imparfé #1 le royaume qui perdait ses couleurs – Johan Heliot

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Le royaume qui perdait ses couleurs
est le premier tome d’une saga fantasy jeunesse intitulée l’imparfé et écrite par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Gulfstream, vous trouverez ce roman au prix de 13.90 euros.
Je remercie l’éditeur d’avoir offert cet epub dans le cadre du #PLIB2020 !

De quoi ça parle ?
Tindal a treize ans et va pouvoir partir à la capitale afin de suivre son entrainement de guerrier. Hélas ! Une erreur administrative le contraint à rejoindre à la place l’école des fées pour apprendre la magie. C’est le début d’un grand bouleversement…

Un parfum d’égalité entre les genres.
Il me semble très important, surtout au sein d’un roman jeunesse, d’aborder des thématiques sociales fortes qui permettront au lectorat cible de réfléchir sur certains sujets et de se construire en tant qu’individu. Le génie de Johan Heliot a été de reprendre les codes assez communs à la fantasy (surtout la fantasy jeunesse) et d’y évoque l’émancipation, pas juste féminine d’ailleurs puisqu’elle concerne autant les filles que les garçons. Pourquoi une fille n’aurait-elle pas le droit de devenir guerrière ? Et pourquoi un garçon ne peut-il pas devenir une fée ?

Au début du roman, le personnage de Tindal, treize ans, est mortifié d’apprendre qu’il va devoir suivre des cours à l’école des fées. Il a toujours rêvé de devenir un guerrier légendaire, à l’instar de ses idoles dont les portraits ornent les murs de sa chambre. Pourtant, à mesure que le récit avance, Tindal se rend compte que ce n’est pas lui qui veut fondamentalement devenir un guerrier -en plus il n’en a ni la carrure ni le caractère- mais bien la société à travers l’influence de son propre père. C’est « comme ça » que doit être un garçon afin d’honorer à sa famille. Sauf qu’en discutant avec une fée, Tindal comprend que ce n’est peut-être pas tout à fait vrai, qu’on l’influence. Que veut-il, lui ? Le génie de l’auteur tient ici qu’il n’impose pas une façon de considérer les choses de la part des adultes mais laisse le jeune héros mener son propre cheminement réflexif, l’air de rien, au milieu de toute une action qui s’enchaîne sans temps morts.

Du coup, au départ du livre et de l’intrigue, les personnages et l’univers paraissent très manichéen, ancrés dans une société sexiste avec des réflexions qui hérisseront le poil de certain(e)s. Si je n’avais pas été prévenue grâce à la chronique de Miss Chatterton, j’aurais probablement été de ceux-là et peut-être même laissé le roman de côté. Ç’aurait été très dommage vu le bon divertissement qu’il m’a offert.

Un univers simple mais efficace.
Dans le monde typé médiéval inventé par Johan Heliot, les enfants âgés de treize ans doivent tous partir à la capitale afin de suivre un certain entrainement. Pour les garçons, c’est l’école militaire au terme de laquelle les meilleurs pourront intégrer l’armée. Pour les filles, c’est l’école des fées au terme de laquelle, idem, les meilleures pourront devenir des apprenties et apprendre à maîtriser la magie des couleurs.

Parce que oui, dans ce monde, la magie passe à travers les couleurs qu’elle aspire pour créer des sorts divers et variés, en fonction des affinités de chacune. La menace qui pèse sur le royaume est justement celle du Sombre, un personnage énigmatique qui rend tout gris, la nature comme les gens, créant des « grisâtres » sorte de zombies animés qu’il contrôle et qui composent son armée. Son but semble tenir à la simple destruction, pour le plaisir de dominer. Visiblement il n’a pas pensé à l’après mais bon, les grands méchants y songent rarement !

Des inspirations flagrantes
Outre l’angle intéressant visant à aborder le droit de chacun à être qui / ce qu’il ou elle veut ainsi qu’une forme d’égalité des chances, ce premier tome de l’Imparfé reste assez classique avec des inspirations flagrantes. J’ai régulièrement effectué des parallèles avec des histoires devenues des schémas dans l’imaginaire tel que Harry Potter ou même Star Wars (surtout Star Wars en fait notamment autour de l’histoire familiale). C’est parfait pour le public novice à qui est destiné ce roman mais les révélations ainsi que les retournements de situation paraitront un peu gros / déjà-vu pour un lecteur plus aguerri qui a déjà consommé beaucoup de pop culture.

Une lecture fraiche et sans prise de tête.
Cela n’empêche pas ce texte d’être agréable à découvrir même si on se doute du dénouement, que les éléments s’enchaînent par moment un peu vite et avec une facilité qui pêche souvent quand on est confronté à un roman destiné à un public plus jeune. Je l’ai lu en prenant une certaine distance, j’avais juste envie de me vider la tête et l’Imparfé a parfaitement rempli son rôle à ce niveau.

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de l’Imparfé pose les bases d’une saga sympathique à destination d’un public en fin d’enfance / début d’adolescence. Très bonne porte d’entrée en fantasy pour les plus jeunes, le roman paraîtra sans surprise à un public plus aguerri en matière de SFFF et de pop culture. Ce qui ne l’empêche pas de constituer un divertissement très agréable et parfaitement recommandable.

D’autres avis : Les tribulations de Miss ChattertonLes lectures de Sophie – vous ?

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Nixi Turner contre les croquemitaines #2 la goule – Fabien Clavel

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La Goule
est le second tome de la saga Nixi Turner contre les croquemitaines composée de cinq volumes en tout et écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés (9 – 12 ans) vous trouverez ce roman court au prix de 10 euros.

Souvenez-vous, je vous ai déjà chroniqué premier tome : Baba Yaga.

De quoi ça parle ?
Après les vacances de Toussaint, Imane revient à l’école et ses camarades de classe remarquent qu’elle a perdu beaucoup de poids. Nawel s’en inquiète d’autant que pour Nixi, pas de doutes, c’est l’œuvre d’un croquemitaine !

Personnifier les maux des plus jeunes.
C’est le principe de la saga Nixi Turner, notre Buffy du collège. Chaque croquemitaine représente un problème rencontré par les préadolescents dans leur quotidien. Lors du premier tome, l’auteur évoquait le harcèlement à travers la figure de Baba Yaga. Ici, il se concentre sur l’anorexie et le culte de l’apparence qui est dévastateur chez beaucoup de femmes, jeunes ou non. On ne va pas se mentir, peu importe notre sexe, nous avons probablement un jour ressenti un complexe à ce sujet. Je n’ai aucune honte à affirmer que ça a été mon cas pendant des années et que j’ai eu beaucoup de mal à faire évoluer mon regard sur moi-même. Du coup, j’étais impatiente de découvrir comment l’auteur mettait cela en scène.

Quand Imane se regarde dans le miroir, elle y voit une fille obèse alors qu’elle ne l’est pas du tout et laisse avec plaisir la goule à tête de hyène dévorer sa graisse, malgré la douleur que cela engendre. L’idée de départ est plutôt bonne et les intentions de l’auteur sont clairement d’aider ses lecteurs à se poser les bonnes questions. À mesure que l’intrigue avance, Imane en vient à se demander si ce qu’elle voit dans le miroir est bien réel en essayant d’échapper à l’influence de la Goule sans y parvenir tout à fait. Pour cela, elle aura besoin de l’aide de ses amis.

La force de l’amitié, le meilleur traitement ?
Ce sont Chora, Hugo, Nawel et évidemment Nixi qui vont permettre à Imane de s’en sortir en réussissant à vaincre ses démons, une victoire personnifiée dans l’acceptation de sa maladie. Quand elle prononce pour la première fois le mot, elle s’y arrête et y réfléchit, franchissant une première étape. Malheureusement, l’auteur ne va pas plus loin et je le regrette. Il m’a manqué une réplique, quelques lignes ou une annexe où Fabien Clavel parlerait davantage du traitement d’Imane, de quelle manière des protocoles ont été mis en place. Le dernier chapitre la représente en train de discuter avec un psy et ses amis, et elle passe rapidement en disant qu’elle assiste à plein de groupes de paroles, texto. J’ai trouvé ça un peu… peu. Ça aurait pu suffire si, comme dans Nos vies en l’air de Manon Fargetton, l’auteur avait ajouté en annexe des numéros de centres ou d’ASBL spécialisées pour aider les jeunes souffrant d’anorexie mais ce n’est pas le cas. J’ai du coup eu un goût de trop peu, de non abouti dans la démarche de sensibilisation, ce qui m’a frustrée.

L’équilibre difficile entre aventure et engagement.
C’est un peu le souci, je pense, quand on veut écrire un texte, surtout jeunesse, qui s’engage pour sensibiliser sur un thème de société. Il y en aura toujours pour râler, soit parce que ça devient trop didactique, soit parce que ça ne l’est pas assez. Fabien Clavel écrit non seulement sur l’anorexie mais aussi sur Nixi Turner, une jeune fille mystérieuse qui chasse les croquemitaines pour une raison qu’on ignore toujours à la fin de ce tome 2. Il raconte une aventure qui met en scène un groupe d’amis préadolescents qui se battent contre des monstres, leurs doutes les uns envers les autres, on retrouve vraiment les ingrédients de ces séries que j’aimais regarder plus jeune. Au fond, c’est ça qu’on veut, non ? Peut-être ne faut-il pas toujours trop intellectualiser et laisser aux professeurs ou aux parents la possibilité de se servir de ce matériel pour justement pousser plus loin dans un second temps. Ainsi, la saga Nixi Turner constituerait surtout une porte d’entrée pour aborder avec les plus jeunes ces problèmes sociaux. En le considérant sous cet angle, je peux remballer ma frustration parce qu’au fond, c’est moi qui ai extrapolé la portée didactique de ces romans. Personne ne m’a rien confirmé ni assuré.

Et la question du public cible…
Pour ne rien arranger, il est clair que le public ciblé par ces romans est celui des 9-12 ans, catégorie que j’ai quitté depuis trop longtemps pour que j’ai vraiment envie de compter. En quinze ans (oups), j’ai évolué, j’ai lu beaucoup, j’ai affiné mes goûts et il m’est difficile de me rappeler ce que j’aurai aimé lire à ce moment-là d’autant qu’à douze ans, j’étais déjà une Potterhead jusqu’au bout des ongles. Cela ne m’empêche pas d’apprécier l’aventure et de lire ce roman court comme une bouffée d’oxygène entre deux pavés plus adultes. C’est très accessible, bien fichu, ça gagne en épaisseur à mesure qu’on avance puis l’auteur utilise des créatures qu’on n’a pas forcément l’habitude de croiser… Il accumule les bons points. Du coup, à qui recommander cette saga? Et bien aux parents, déjà, qui apprécieront probablement de faire lire ces romans à leurs enfants et qui en profiteront pour aborder certains sujets avec eux. Je doute d’avoir des lecteurs de cette tranche d’âge qui passent sur le blog donc sachez que si vous êtes professeur dans le primaire ou le début du secondaire (collège pour les copains français) c’est aussi une bonne piste. D’autant que ces petits romans à prix démocratique (10 euros seulement !) sont illustrés par la talentueuse Mina M ce qui ne manquera pas d’intéresser les plus réfractaires à la lecture.

La conclusion de l’ombre :
Pour résumer, la Goule est un second tome qui s’inscrit dans la lignée du premier. Fabien Clavel met à nouveau en scène Nixi Turner, une Buffy du collège made in France, pour combattre un croquemitaine qui personnifie cette fois l’anorexie. On retrouve dans ce volume une continuité dans la qualité et un étoffement bienvenu du bestiaire qui gagne en exotisme. C’est simple, efficace, parfaitement adapté pour son public. À lire si vous êtes parent ou prof ! Ou simplement curieux d’un petit tour en littérature jeunesse.

Le Carrousel Éternel #4 Music Box – Anya Allyn

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Music Box
est le dernier tome de la saga le Carrousel Éternel écrit par l’autrice australienne Anya Allyn. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au prix de 19.9 euros.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de Dollhouse (1) – Paper Dolls (2) et Marionette (3).

De quoi ça parle ?
Pour vous éviter tout divulgâchage, surlignez les phrases suivantes pour lire le résumé de ce tome.
Cassie est prisonnière de Balthazar qui va bientôt être capable de consommer son mariage. Le compte à rebours est lancé pour notre héroïne qui doit trouver un moyen de s’enfuir sans condamner son monde d’origine. Libre durant la journée, elle découvre les secrets de la Falaise mais aussi l’identité de cette ombre en haut de la tour. Une révélation qui va changer la donne… Pendant ce temps, l’Ordre en la personne de Sœur Célia prend la pire décision possible, ce qui va déclencher l’affrontement final.

À la croisée des genres et des publics.
Après mon sentiment en demi-teinte sur le troisième tome, j’entamais avec angoisse la conclusion de cette saga difficile à qualifier ou même classer. Les libraires peuvent soupirer de soulagement, ils n’ont pour le moment pas besoin de résoudre ce casse-tête. Le Carrousel Éternel commence comme une sorte de thriller horrifique avec ces adolescents enlevés qui se retrouvent à devoir évoluer dans une maison de poupée sous la houlette de Jessamine, en jouant des rôles attribués à leur arrivée. Il devient tranche de vie young-adult après leur libération, quand les survivantes tentent de recommencer à vivre pour ensuite glisser vers le gothique quand les protagonistes arrivent au Château et s’achever comme une science-fiction survivaliste et interdimensionnelle avec le peuple des Serpents.

Quand on lit de manière (quasi) systématique les ouvrages d’une même maison d’édition, on y retrouve une ligne éditoriale. On sait à quoi on s’attend, on sait ce qu’on veut lire quand on achète un roman chez eux. Intervient ici le dilemme de l’éditeur : continuer à publier des textes qui correspondent à un schéma clair ou innover pour bousculer et surprendre le lecteur ? Avec cette saga, le Chat Noir a très clairement pris un risque qu’on peut saluer. Parce que publier le Carrousel Éternel, avec toutes les difficultés que ça implique sur son public, sa classification et le reste, il fallait l’oser.

La question du genre young adult.
Cet enchaînement de genres littéraires qui empêche tout classement logique est accompagné d’un univers assez dingue qui exploite d’une manière intéressante la thématique du multivers et du voyage dimensionnel. Je ne m’attendais pas à retrouver ces éléments dans un roman qu’on peut clairement qualifier de young adult ce qui m’a fait m’interroger sur la signification de cette catégorie éditoriale. On a pu en discuter avec Cécile Guillot lors de la Foire du Livre de Bruxelles, ce qui a entraîné chez moi une profonde prise de conscience sur ce genre que j’ai tendance à mépriser. Finalement, au Chat Noir, il y a beaucoup de romans dit « young adult » mais c’est un terme qui regroupe autant des tranches de vie que des textes horrifiques rondement menés comme les derniers romans de Dawn Kurtagich (The Dead HouseCe qui hante les bois) ou même l’autre roman d’Anya Allyn (Lake Ephemeral) pour ne citer que ceux-ci. J’ai tendance à rejeter en bloc cette littérature alors que j’en lis beaucoup et pire (mieux ?) que j’y trouve des coups de cœur.

Le souci avec le Carrousel Éternel c’est qu’il exploite les tropes qu’on imagine propre au YA (des héroïnes adolescentes qui se débrouillent super bien et qui réussissent à surmonter des épreuves terribles, des amourettes sorties de nulle part, des adultes à la limite de la stupidité criminelle, plein de bons sentiments dégoulinants, un antagoniste méchant juste parce que) avec un univers qui ne dépareillerait pas dans un bon roman de SF plus ou moins grand public. Je ne me considère pas comme spécialiste mais certaines explications sur le multivers et les conséquences induites par l’utilisation du Speculum Nemus ont par moment été difficiles à appréhender pour moi qui possède tout de même les bases. Du coup, à qui destiner cette saga ?

De la nécessité d’abandonner les canevas.
J’ai refermé ce roman avec un sentiment mitigé mais globalement positif pour plusieurs raisons. Déjà grâce à la fin qui est très satisfaisante parce que l’autrice n’a pas cédé aux sirènes de la facilité et du fan service. Ensuite grâce à ce dépaysement littéraire et au fait qu’Anya Allyn ne s’encombre pas de respecter tel ou tel genre, ce qui rend son intrigue globalement inattendue. Elle prend ce qu’elle veut où elle en a besoin pour construire son intrigue et son univers unique. L’autrice ose et rien que pour ça, j’ai envie de saluer la performance. On peut chipoter en disant que le Carrousel Éternel est un peu trop poussé pour celui ou celle qui cherche uniquement le young adult tourné sur les sentiments et pas suffisamment mature pour le lecteur averti qui aiment ce qui est sombre. Puis on peut nuancer en disant que ça dépend d’un tome à l’autre, d’une scène à l’autre… Et prévenir les lecteurs concernés de cette inégalité qui peut créer de la frustration mais qui, après avoir découvert l’ensemble et pris le recul nécessaire, s’effacera pour céder la place au contentement. Celui d’avoir été au bout. Celui d’avoir découvert cet olni.

La conclusion de l’ombre :
Pour résumer, Music Box est le dernier tome de la saga du Carrousel Éternel et le conclut avec brio, sans céder à la facilité. L’autrice tombe définitivement dans la science-fiction à tendance post-apocalyptique et s’en sort assez honorablement. Toujours en équilibre à la frontière de plusieurs genres littéraires, il est clair que cette quadrilogie est un olni (objet littéraire non-identifié) qui ne plaira pas à tout le monde. Toutefois, elle vaut clairement le détour ne fut-ce que pour l’expérience qu’elle constitue.

Le Vieil Homme et la Guerre – John Scalzi

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Le Vieil Homme et la Guerre est le premier tome de la saga du même nom écrit par l’auteur américain John Scalzi. Publié chez l’Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros en grand format.
Je remercie Emma et les Éditions l’Atalante pour ce service presse.

John Perry a soixante-quinze ans et vient de s’engager dans les forces de défense coloniale. Il va partir dans l’espace, sans possibilité de revenir un jour sur Terre. De toute façon, rien ne l’y retient alors pourquoi ne pas aider à l’expansion de l’humanité dans l’univers ? John espère aussi (et surtout) que la technologie avancée des colonies lui permettra de retrouver une seconde jeunesse…

J’ai immédiatement été attirée par le postulat de départ et l’idée de suivre un protagoniste du quatrième âge. Pourquoi l’armée recruterait-elle des seniors? C’est la question qu’on se pose tout de suite à la lecture du résumé. Il y a forcement anguille sous roche. Comme le supposent la plupart des protagonistes, ils disposent bien d’une technologie pour les rendre « aptes au combat » quoi que cela puisse signifier. Attirés par la cure de jouvence promise, ils vont un peu déchanter en se rendant compte que ça implique de laisser son vieux corps derrière soi. Commence alors l’entrainement de John et de la bande des Vieux Cons, comme ils s’appellent. Pas des amis depuis toujours, simplement des gens qui se sont rencontrés en chemin et se sont liés d’amitié dans leur nouvelle vie, en l’espace d’une semaine. J’ai rapidement ressenti des affinités entre ces personnages et l’envie qu’ils puissent se retrouver même si Scalzi n’est pas tendre avec ses lecteurs de ce point de vue là. Je vais y revenir.

Comme son titre l’indique, le Vieil Homme et la Guerre est un roman construit autour de la chose militaire. On suit l’entrainement de John, son évolution dans l’armée, leurs missions et leurs implications morales / psychologiques. Si vous avez un problème avec tout ce qui touche à l’armée, alors Le Vieil Homme et la Guerre n’est pas pour vous. Par contre, si ce qui vous rebute en général dans ce genre littéraire c’est que vous craignez de ne rien comprendre, prêtez-y attention ! John est un type lambda comme vous et moi qui était écrivain. Il n’a aucune notion de physique quantique, n’est pas doué en math et débarque dans ce nouveau monde. Quand il apprend des concepts utiles ou importants pour la suite, on le lui explique en langage simple et je trouve que ce roman constitue une parfaite porte ouverte sur le genre space opera car, sans infantiliser son lecteur, Scalzi se montre très accessible. Chapeau.

Comme toujours, l’univers imaginé par l’auteur ne manque pas d’intérêt bien qu’il revête un aspect assez classique sur le fond. Une partie de l’humanité a quitté la Terre pour coloniser l’espace suite à des guerres entre pays. Ces colonies recrutent des soldats sur Terre mais uniquement parmi le quatrième âge -on apprend plus tard pour quelle raison. Dans leur course à la colonisation, l’humanité a rencontré d’autres espèces, d’autres mondes, et est très souvent entrée en guerre avec eux pour obtenir le contrôle d’une planète. Le concept ne révolutionne pas le genre mais ce qui est intéressant, c’est tout ce que Scalzi apporte dans son background. La manière dont il déconstruit nos préjugés (j »ai adoré la scène des photos aliens à l’académie !). Et surtout, ses personnages.

Sincèrement, John Perry est un protagoniste très agréable à suivre, l’un de ceux que j’ai préféré découvrir chez l’auteur. Le roman étant écrit à la première personne, on s’y attache très rapidement même si ça enlève une partie de la tension narrative car on se doute que rien de définitif ne va lui arriver. John est un homme touchant aux plaisirs simples, qui accepte son destin et se donne au maximum pour aller au bout de ce qu’on lui demande. Il ne manque pas de courage (à moins que ça ne soit de la folie ?) ni de malice. Il se distingue à quelques reprises et son statut de héros lui octroie une chance parfois insolente. C’est peut-être l’unique reproche que j’ai à formuler envers ce roman mais je l’ai tellement aimé que je lui pardonne assez volontiers. D’autant qu’il s’agit de son premier roman ! Quelle qualité, pour un premier texte, j’en suis soufflée.

La narration s’étale sur plusieurs mois, divisés en parties au sein du roman. D’abord tout ce qui précède l’engagement et l’arrivée sur Phénix, puis tout ce qui touche à l’entrainement et enfin l’aspect militaire à proprement parler. D’un chapitre à l’autre, plusieurs semaines peuvent s’écouler et on apprend parfois la disparition d’un des Vieux Cons dans ce laps de temps. John les raconte sans larmoiements inutiles, il reste factuel et ça renforce l’aspect à la fois terrible et inéluctable de la guerre. Chaque fois, j’ai ressenti un pincement au cœur, m’étant attachée au héros et à ses compagnons. Narration efficace donc et déjà bien maîtrisée.

Pour résumer, le Vieil Homme et la Guerre est pour moi une réussite. Il s’agit du premier roman de John Scalzi qui propose un space opera de qualité, très accessible aux novices dans le genre sans pour autant les prendre inutilement par la main. Dans ce premier volume d’une saga qui en comporte six, le lecteur rencontre John Perry, narrateur attachant qui s’exprime à la première personne et nous dessine les contours de cet univers riche en ouvrant des pistes enthousiasmantes pour la suite. Résolument militaire, comme son titre l’indique, l’aspect humain n’est pourtant pas exclu de l’équation, offrant ainsi une belle richesse au texte. Je recommande donc très chaudement la lecture de ce roman ! Ainsi que de tout texte de Scalzi qui reste une valeur sure.

TOP 5 – les sagas que j’aimerais relire

Salut tout le monde !
Un petit tag aujourd’hui piqué chez My Dear Ema parce queeeeee bah j’avais envie (et que j’ai pas d’imagination, blablabla, mauvaise langue va !). Voilà. Y’a pas toujours de grandes raisons. Et aussi parce que je prépare le NaNoWriMo qui commence vendredi, du coup je lis moins, je traine un pavé alors qu’il est chouette hein mais bref.

On a tous des sagas qu’on a envie de relire, hélas on prend rarement le temps. Surtout quand, comme moi, on essaie de se tenir à jour côté actualité littéraire. Au passage j’en profite pour vous conseiller la lecture d’un édifiant article sur la Bulle d’Eleyna qui parle du monde de l’édition et de la durée de vie d’un livre, entre autre.

L’année dernière, j’ai relu la saga Harry Potter pour fêter les vingt ans de la traduction et j’ai a-do-ré cette expérience. Me replonger dans ces romans, ceux qui m’ont construite en tant que lectrice, ça m’a fait du bien. Du coup, je me suis fait une promesse: l’année prochaine, je vais relire au moins une saga présente dans ce top 5. Voilà, vous pouvez l’acter et me jeter en pâture au monstre de votre choix si j’échoue.

Notez qu’elles ne sont pas classées par ordre de préférence 🙂 Et que je parle bien ici de SAGAS pas de one-shot. Je songe à écrire un article sur eux plus tard. Si je reste fidèle à ma tendance à procrastiner, vous en avez encore pour deux ou trois ans avant de le lire.

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Les Ravens – James Barclay
7 volumes.
J’ai lu ces romans il y a plusieurs années au moment de leur sortie en poche et j’en garde un excellent souvenir. J’ai enchaîné les sept tomes quasiment l’un à la suite de l’autre tellement j’étais accro. Quand il a fallu à mon libraire une semaine pour m’obtenir le tome 5 j’étais au bout de ma vie. À l’époque, la saga m’apportait tout ce que je cherchais en fantasy: une histoire basée sur l’amitié dans un groupe de mercenaire (devinez ce qui m’a attiré dans Wyld récemment acheté ->) un univers bien développé, des dragons intelligents avec leur propre société… Je suis très curieuse de les relire avec mon regard actuel même si j’ai également un peu peur du résultat.

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Les Elfes – James Barclay
Trois volumes.
Il s’agit d’un préquel aux Ravens. L’histoire se déroule dans le même univers mais nous raconte ce qui est arrivé à la civilisation elfique. Cette trilogie, je l’ai lue en 2015 et elle m’a bouleversée. On y suivait Auum, mon personnage favori dans les Ravens et je la trouvais encore plus aboutie que les autres romans. Beaucoup d’intelligence dans le traitement des thématiques, beaucoup d’horreur aussi dans le destin des elfes… Je me demande ce que j’en penserai aujourd’hui. J’ai profité d’une offre en numérique pour me les acheter (on me les prêtait en grand format) afin de les posséder pour les relire un jour.

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Les extraordinaires et fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain – Raphaël Albert
Quatre volumes.
Laure-Anne m’a prêté le premier tome en poche en m’affirmant que j’allais adorer. Et de fait. J’ai dévoré les deux premiers tomes à la suite en revenant de Livre Paris (donc en 2017), le troisième sortait peu de temps après et… J’avoue ne pas avoir encore lu le quatrième car j’attends la sortie poche. Mais j’aimerai redécouvrir les trois pour m’y préparer parce que le personnage de Sylvo m’a vraiment séduite. Un elfe renégat, anti-héros crédible dans une ville qui ressemble à Paris, alternative et hyper référencée sur notre culture… Si vous ne connaissez pas, foncez !

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Black Butler – Yana Toboso
Vingt-huit volumes (en cours)
Il s’agit de la seule série longue dont j’ai acheté tous les tomes (28 et c’est toujours en cours) sans me lasser. Pourtant je me rappelle que ma lecture du premier m’avait laissée dubitative, jusqu’à la toute dernière case. Il a suffit d’un dessin et là, j’ai su que ça allait matcher. Le manga s’assombrit de tome en tome tout en gardant un côté humour absurde bien dosé. Le chara-design est sublime (je me rends compte à quel point l’autrice s’améliore en regardant l’illustration couverture du premier tome) et il compte dans mon top 3 des meilleurs mangas de tous les temps. J’ai vraiment envie de prendre la peine de tout relire depuis le début.

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Les Récits du Monde Mécanique – Marianne Stern
Trois volumes.
Je vous saoule régulièrement avec les éditions du Chat Noir et cette saga steampunk écrite par l’autrice française Marianne Stern. Mais voilà, elle a créé un de mes personnages préférés de tous les temps. Non contente de cet exploit, elle l’a malmené comme une vraie sadique jusqu’à lui offrir un final grandiose. Je n’avais plus ressenti autant d’émotions dans ma lecture depuis longtemps. C’était sale, c’était affreux, c’était magique. J’ai vraiment envie de relire cette saga en espérant en profiter autant que lors de ma première découverte.
Notez qu’il existe un pack pour vous procurer les trois tomes d’un coup au prix de 49.9 euros.

Et vous, quelle saga aimeriez-vous relire? 🙂

Nixi Turner contre les croquemitaines #1 Baba Yaga – Fabien Clavel

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Nixi Turner
est une saga composée de cinq volumes -dont deux déjà édités- écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés (9 – 12 ans) vous trouverez ce roman court au prix de 10 euros.

Nawel angoisse à l’idée de faire sa rentrée au collège Gustave-Caillebotte et l’avenir lui donnera raison. Harcelée à cause de ses origines modestes, elle est en plus la proie de Baba Yaga. Heureusement, Nixi Turner traine dans les parages. Les adultes ne peuvent pas la voir et elle n’a qu’une mission : traquer les croquemitaines.

Le concept de cette collection est vraiment plaisant. En quelques mots, il s’agit de traiter des thèmes sombres du quotidien dans des romans gothiques à destination d’un public jeune. Tout un pari et je le trouve assez réussi pour le moment. Ma lecture m’a donné envie d’approfondir mes découvertes.

Nixi Turner, c’est Buffy contre les vampires version collège ! Selon l’éditeur, le concept est de traiter de problèmes rencontrés par cette tranche d’âge à travers des créatures surnaturelles qui vont les personnifier. Ici, par exemple, Baba Yaga incarne la rumeur et toutes ses dérives. Je trouve l’idée vraiment judicieuse. Fabien Clavel s’en sort très bien pour horrifier son lecteur. Pas tant avec les croquemitaines qu’avec les comportements intolérables des autres élèves ! J’ai été choquée plus d’une fois, j’avais même du mal à croire que ce soit possible d’aller aussi loin. Et pourtant…

Nixi Turner c’est donc un roman qui apprend et qui divertit en même temps. J’ai déjà croisé le style de Fabien Clavel dans Asynchrone et s’il a rendu sa plume accessible, il ne l’a pas infantilisé pour autant comme cela arrive parfois dans les romans jeunesses. Nouveau bon point.

Quant au dernier et non des moindres, il s’agit de l’héroïne. Nixi Turner intrigue par son apparence, par son caractère. Les chapitres s’alternent tantôt de son point de vue, tantôt de celui de Nawel mais on ignore beaucoup à son sujet. Pourquoi chasse-t-elle les croquemitaines? Qui lui donne ses missions? Où vit-elle normalement? J’ai hâte de découvrir cela dans les prochains volumes. Quant à Nawel, elle ne laisse pas indifférente et je l’ai trouvée très humaine. Fabien Clavel ne la transforme pas en sainte. Elle a ses préoccupations égoïstes, ressent des émotions très fortes. Quand Hugo lui tend la main, elle le repousse parce qu’elle craint que sa popularité ne chute encore plus au lieu de s’allier avec lui, ce qui est cruel. On la sent perdue et on a envie de la secouer plus d’une fois. J’ai beaucoup aimé le traitement des personnages, qui me parait réaliste.

Pour résumer, le premier tome de Nixi Turner pose les bases d’une saga prometteuse à destination d’un public pré-adolescent mais qui peut aussi bien être lue par des adultes. Fabien Clavel propose un concept simple mais efficace: personnifier les problèmes rencontrés par les jeunes en les incarnant à travers un bestiaire fantastique ici inspiré de la mythologie slave. L’auteur s’en sort très bien dans le respect de son public cible et offre un roman court qui secoue. On le lit volontiers d’une traite et on le recommandera aux parents comme aux professeurs. Une réussite !

Le chant des Épines #3 Le Royaume Brisé – Adrien Tomas

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Le Royaume Brisé
est le troisième (et dernier) tome de la saga le Chant des Épines écrit par l’auteur français Adrien Tomas. Publié chez Mnémos, vous trouverez cet ouvrage au prix de 20 euros.
Je remercie chaleureusement Nathalie et les Éditions Mnémos pour ce service presse.
Il s’agit de ma seconde lecture pour le S4F3s5 organisé par le Lutin !

Chroniquer une suite est toujours délicat, entre les spoilers et les réflexions qui ne prennent sens qu’à la lecture de la saga entière. Cette chronique contiendra donc des parties blanches qu’il vous suffira de surligner pour dévoiler le texte qu’il cache et qui contient des informations sensibles pour ne pas vous gâcher l’intrigue. Je vous encourage du même coup à découvrir mes chroniques pour le tome 1 et le tome 2

Nous avions quitté Ithaen et les Épines après une cuisante défaite au pied des remparts de Kal’Tirin. La reine tente de trouver de nouveaux alliés auprès de la Fille, représentante de la Sylve et les personnages survivants organisent la résistance. Merisia, maîtresse espionne, a créé le Ver avec d’autres survivants afin de mener une guérilla contre les envahisseurs Seï. Vermine a passé un accord avec les Sœurs afin de pouvoir apporter un soutien magique à Ithaen quand le moment sera venu. Quant à nos immortels, ils continuent d’intriguer, fidèles à eux-mêmes et toujours aussi attachants. Enfin, à mon goût. Ce volume se concentre donc sur la reconquête du Nord et la concrétisation de ce Royaume Rêvé dont Ithaen parle depuis le premier tome. Et ce, quel qu’en soit le prix.

On retrouve tous les ingrédients qui firent le succès des tomes précédents : une écriture efficace et maîtrisée, une diégèse crédible et des personnages pour lesquels on se passionne. L’univers se développe encore davantage grâce à de nouvelles créatures qui sortent des standards habituels. Le bestiaire exploité par Adrien Tomas continue de s’enrichir, accordant encore plus de crédibilité au monde des Six Royaumes. Quant à l’intrigue, elle s’accélère et prend un tournant beaucoup plus sombre par rapport au premier volume ! En réalité, le cheminement et les choix de certains personnages m’ont plus d’une fois surprise, horrifiée, fascinée, parfois les trois à la fois. Un tour de force. L’ambiance, évidemment, est sombre, désenchantée, comme de juste puisque la guerre fait rage. Et surtout, elle esquive le manichéisme puisque l’auteur, en multipliant les points de vue, permet de comprendre la philosophie et les convictions de chacun. Il n’y a aucun parti pris, juste la peinture infâme des extrémités auxquelles peut pousser l’humanité ou les bons sentiments. On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions… Ç’aurait pu être le sous-titre de la saga.

Au final, cette suite au Royaume Rêvé se révèle donc très contrastée dans son idéologie. Le personnage d’Ithaen effectue ses choix en pensant au plus grand bien, quitte à sacrifier ses amis et ses alliés. Elle m’a glacé le sang plus d’une fois, quand on pense qu’elle n’a que quinze ans au moment du troisième tome… Adrien Tomas m’a fait passer par toutes les couleurs en parvenant à rendre son univers suffisamment vivant pour que je m’y plonge, que je me laisse happer comme si j’en étais moi-même un personnage.

Outre tous ces élément très positifs, il y en a un autre que je souhaite relever. Dans un roman de fantasy, il est courant d’assister à des guerres ou au moins des affrontements, quel que soit leur ampleur. Un exercice pas forcément évident… Dans lequel excelle Adrien Tomas ! On sent qu’il s’y connait en stratégie et qu’il maîtrise le sujet à fond sans pour autant devenir incompréhensible aux yeux du profane car on n’a aucun mal à visualiser les scènes qu’il décrit. Un pur plaisir.

Quand je constate l’enthousiasme autour d’une saga comme le Trône de Fer, je m’étonne et déplore que le public (surtout français mais à quand une traduction anglaise? 😉 ) ne se tourne pas vers les Six Royaumes, composé de différents textes dont le Chant des Épines mais aussi la Geste du Sixième Royaume et la Maison des Mages. Je ne peux que recommander chaudement la lecture du Chant des Épines car même si le premier tome parait naïf et tout public (peut-être même, Ô sacrilège, young-adult parfois), ce roman à l’origine écrit pour être un one-shot (et scindé en trois pour des besoins éditoriaux) ne manque ni de complexité, ni de maturité, ni de richesse. Il séduira son public en lui procurant des émotions intenses et en proposant des personnages aussi soignés qu’attachants. Une excellente découverte donc, qui confirme l’auteur au rang des maîtres en fantasy francophone.

Grand Siècle #3 la conquête de la Sphère – Johan Heliot

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La conquête de la Sphère est le troisième (et dernier) tome de la saga Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce roman dans la collection Icare au prix de 19 euros.
Je remercie les éditions Mnémos et Nathalie pour ce service presse.
Ceci est ma 28e lecture (et dernière) pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.

Honnêtement, je trouve toujours délicat de chroniquer un tome 3 sans, d’une part, se montrer redondant et de l’autre, spoiler des éléments entiers de l’intrigue. Je vais donc commencer par vous renvoyer à ma chronique du tome 1 et à celle du tome 2. Une partie de cette chronique sera surlignée de blanc, afin de dissimuler les éléments d’intrigue divulgués tout en fournissant à ceux qui le souhaite un retour complet doublé d’une certaine analyse. Pour les autres, ce sera un peu une chronique à trou et je m’en excuse.

La conquête de la Sphère, comme son nom l’indique, marque l’ultime mise en place du plan de l’Intelligence, arrivée sur Terre presque cinquante ans plus tôt. À l’instar des autres romans, celui-ci se déroule sur plusieurs années et continue de suivre les (més)aventures des enfants Caron, devenus adultes et même vieux pour certains. Pierre et Jeanne ont fuit Paris à la fin de l’envol du Soleil et se sont réfugiés en Bohème depuis quelques temps déjà quand le Pape pousse le Saint-Empire à lever une Sainte Coalition afin d’affronter le roi de France par l’entremise de son frère Philippe (quel personnage d’ailleurs !). Jeanne, Pierre et Stepan, qui va plus ou moins devenir leur fils adoptif, s’enrôlent donc pour ramasser les morts sur le champ de bataille. Du côté d’Estienne, après le meurtre de l’ancien amant de sa sœur (qui lui-même a tué Petit Pierre dans le tome précédent) il est enfermé dans une cellule par l’Intelligence qui a de grands projets pour lui. En effet, sa compatibilité d’esprit avec le Roi Louis fera d’Estienne un réceptacle efficace pour la copie du Roi qui souhaite accompagner l’Intelligence dans son exploration spatiale. Il retrouvera ainsi Martin, toujours officier sur le Soleil, malgré un momentané passage en soute pour le punir du meurtre d’un collègue. Estienne comme lui auront droit à des éclaircissements de la part de l’Intelligence sur les réels motifs de sa venue et de cet investissement envers l’espace. Enfin, Marie est contrainte de vendre sa fille (pour rappel, la bâtarde du Roi Louis) à une noble dame, ce qui offre à la petite Jeannette une vie plus belle, du moins jusqu’à ce que la guerre arrive aux portes de Paris. Marie, quant à elle, connaîtra un bien funeste destin.

Dans sa trilogie qui s’étend sur une cinquantaine d’années, Johan Heliot réussit avec brio l’évolution des différents protagonistes et parvient à passionner son lecteur pour chacun d’eux. Du même coup, il réfléchit intelligemment à l’évolution de son monde. Je vous parlais des éclairages effluviques et de l’appareil de luxovision dans le second tome, ils se démocratisent de plus en plus partout dans Paris jusqu’à devenir de véritables outils de propagande. Johan Heliot en profite pour pousser le lecteur à réfléchir à la place des médias dans notre propre société et à la nécessité d’un esprit critique affuté sans toutefois tomber dans le moralisme à deux ronds.

Et c’est ce que j’apprécie tout particulièrement chez cet auteur. En plus d’être, selon moi, le maître de l’uchronie francophone, il parsème ses récits de réflexion philosophico-sociales au détour d’une remarque d’un personnage ou d’une situation inattendue. J’ai particulièrement apprécié la façon dont Jeanne en vient à remettre en question la force de la plume face à l’épée, en nuançant cet utopisme presque naïf qu’elle avait dans les deux tomes précédents. Cela donne au récit un petit côté désabusé assez triste mais terriblement actuel et pertinent.

Quant à la fin… Quelle ironie, finalement ! J’ai ressenti une forme d’amertume pour Pierre, laissé en arrière face à son destin mais aussi un vrai plaisir à l’idée de cette Angleterre qui ouvre ses portes aux enfants Caron, permettant à Jeannette de développer ses prédispositions scientifiques. La fatalité voudra que, peu importe les manipulations de l’Histoire, l’impérialisme anglais trouve toujours un chemin, même en dehors des frontières terriennes. Ce qui ne manque pas d’intérêt, c’est également la réflexion développée sur la partie concernant le voyage dans l’espace, le sacrifice des hommes pour le plus grand bien, l’égoïsme de certains et ce final en demi-teinte. Johan Heliot prend ainsi le contrepied des séries bien pensantes en proposant une réflexion à la fois réaliste et positive de l’Humanité, à travers le regard de l’Intelligence.

J’aurai aimé dire davantage mais je ne vois pas l’utilité de me répéter ou de reprendre des morceaux entiers de mes précédentes chroniques dont les liens sont rappelés plus haut dans ce billet. Grand Siècle se caractérise par la constance de l’auteur qui fournit chaque fois un tome égal au précédent en terme de qualité, fourmillant d’idées aussi osées que plaisantes, avec un vrai fond et une plume délicieusement maîtrisée. Je suis ravie qu’un auteur ait eu l’idée et le culot d’écrire un roman de science-fiction qui prend place à l’époque de Louis XIV. Je salue l’initiative et félicite les éditions Mnémos d’avoir publié ce chef-d’œuvre dont je recommande la lecture à tous ceux qui n’ont pas peur des nouvelles expériences. Ça vaut le coup, pour autant qu’on garde l’esprit ouvert !