La Guerre des Trois Rois – Jean-Laurent Del Socorro

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La Guerre des Trois Rois est une novella graphique écrite par l’auteur français Jean-Laurent Del Socorro. Publié par ActuSF dans sa collection Graphic, vous trouverez ce texte illustré par Marc Simonetti au prix de 19 euros partout en librairie.

De quoi ça parle ?
Situé dans l’univers de Royaume de vent et de colères, la Guerre des Trois Rois se passe à Paris en 1588 (soit 8 ans avant le roman). Les guerres de Religion font rage entre Henri III, le Duc de Guise et Henri de Navarre. Au milieu de tout ça, on retrouve la Compagnie du Chariot sous la direction d’Axelle. Ils ont été engagé par Henri III qui est en fâcheuse posture, assez pour se tourner vers la magie en demandant l’aide d’une praticienne de l’Artbon. Quant à savoir si c’était vraiment une bonne idée…

Journal d’un conflit…
À l’instar de la nouvelle Le vert est éternel dont je vous ai déjà parlé sur le blog, N’a-qu’un-oeil est le narrateur de ce roman court à travers ce qu’il écrit dans le journal de la compagnie mais aussi via une narration plus traditionnelle à la première personne. Tout comme dans sa nouvelle précédemment citée, Jean-Laurent Del Socorro démontre sa maîtrise de ce type de narration qui se veut immersive pour le lecteur. Les pages s’enchaînent sans qu’on les sente passer et on arrive à la fin avec la frustration collée au ventre. Non pas parce que le texte manque de profondeur, d’enjeux ou d’intérêt, justement parce qu’il est tellement bon qu’on en voudrait encore plus.

… illustré !
Le journal de la compagnie sert donc de prétexte à l’aspect illustré du texte grâce au personnage de Tremble-voix, l’artiste bègue de la compagnie passionné par le dessin qui croque tout ce qu’il voit. Je ne connaissais pas encore le travail de Marc Simonetti -du moins pas que je sache- mais j’ai été charmée par son trait et par l’ambiance qu’il réussit à traduire via ses dessins. Le duo fonctionne à merveille et on ne peut qu’espérer une nouvelle collaboration.

Le respect de l’Histoire.
Fidèle à ses habitudes, Jean-Laurent Del Socorro réécrit l’Histoire sans vraiment y toucher. Les éléments historiques présents dans le récit sont réels : l’assassinat du Duc de Guise, celui d’Henri III (spoiler alert pour ceux qui dormaient en cours ->) jusqu’à se montrer précis dans les dates. L’auteur parvient pourtant à inclure un élément surnaturel grâce à l’Artbon qu’il met au service de l’Histoire ainsi que de son histoire pour expliquer certains complots et conflits. Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises dans mes chroniques au sujet de cet auteur mais c’est réellement sa qualité la plus remarquable. À cela s’ajoute un talent certain pour imaginer des personnages humains, crédibles, auxquels on s’attaque sans même s’en rendre compte.

Je me rends compte que cette chronique pourrait tenir en une ligne : du grand Jean-Laurent Del Socorro. Voilà un auteur qui n’a plus rien à prouver et dont j’achète les parutions les yeux fermés tant j’ai confiance en ses qualités. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de faire comme moi sans plus attendre !

La conclusion de l’ombre :
Avec La Guerre des Trois Rois, Jean-Laurent Del Socorro signe une novella illustrée par Marc Simonetti de grande qualité autant graphique que littéraire dans l’univers du Royaume de vent et de colères. Il y évoque les guerres de Religion et le conflit qui opposa Henri III, le Duc de Guise et Henri de Navarre sur les années 1588 – 1589. L’auteur y apporte une touche de magie non pas pour tordre l’Histoire mais pour la préciser, s’inscrivant non seulement comme un grand romancier historique mais aussi comme un maître du mélange des genres. À l’instar de toute la bibliographie de l’auteur, ce texte est à lire absolument.

D’autres avis : Dionysos, Célinedanae , vous ?

Bilan : le challenge S4F3

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Bonjour tout le monde !
On se retrouve aujourd’hui pour un petit bilan, celui du challenge S4F3 organisé par Albédo (snif, dernière fois que je mets ce lien avant un an !) avec lequel je vous bassine un peu depuis juin, à chaque chronique. Pour rappel du concept, il s’agissait pour les blogueurs de lire entre le 21 juin et le 23 septembre un maximum d’ouvrages de moins de 350 pages (mais d’au moins 80). Quand on dit ouvrage, on parle bien de livres papiers, pas de BD, mangas, etc.

Ça a été pour moi l’occasion de baisser drastiquement ma PàL et j’en ai été très heureuse. J’ai lu pas mal de romans intéressants dont voici une petite liste. J’espère n’en avoir oublié aucun… Parce que je n’étais pas très rigoureuse dans les mots-clés au début du challenge. Normalement, j’avais effectué une MàJ mais on ne sait jamais. Bref.

Shâhra #1 – Charlotte Bousquet (Mnémos)
Redshirts – John Scalzi (Atalante)
Cœur de rouille – Justine Niogret (Mnémos)
Les Sœurs Carmines #1 – Ariel Holzl (Mnémos)
Zothique (intégrale) – Clark Ashton Smith (Mnémos)
Quand vient la vague – Manon Fargetton & Jean-Christophe Tixier (Rageot)
E-STORIC – Thomas Palpant (auto-édition)
Les Sœurs Carmines #2 – Ariel Holzl (Mnémos)
La Magie de Paris #3 – Olivier Gay (Castelmore)
Reconquérants – Johan Heliot (Mnémos)
Le Bâtard de Kosigan #3 – Fabien Cerutti (Mnémos)
Les Sœurs Carmines #3 – Ariel Holzl (Mnémos)
Un éclat de givre – Estelle Faye (Folio SF)
Hanafuda – L. A. Braun (Livr’S Éditions)
Des sorciers et des hommes – Thomas Geha (Critic)
Les amoureux de la lune – Lizzie Felton (Chat Noir)
Délicieuses pourritures – Joyce Carol Oates (J’ai Lu)
Irezumi – Akimitsu Takami (Folio Policier)
Immortel Ad Vitam – Cécile Pommereau (Noir d’Absinthe)
Palimpsestes #3 – Emmanuelle Nuncq (Chat Noir)
Techno Freaks – Morgane Caussarieu (Serpent à Plumes)

J’ai donc lu en tout 21 romans de moins de 350 pages. Par moment, j’en ai lu de plus gros pour x ou y raison. J’avais également commencé le Club Vesuvius de Mark Gatiss que j’ai hélas terminé mardi (merci le salon de ce week-end), avec un jour de retard pour le compter dans le challenge.

Qu’est-ce que je retire de cette expérience? Principalement une super ambiance. Le Lutin a mis un point d’honneur à trouver des jeux de mots peu glorieux (en vrai ils étaient cools) liés à mon pseudo chaque fois que je rendais une chronique. J’avoue qu’à force, je les attendais avec impatience, de même que ses articles récapitulatifs sous forme de chronique sportive assez dingue. Dans le genre, sport de combat. C’était extra !

Je suis aussi heureuse d’avoir baissé ma PàL et honoré tous mes services presses dans des délais records. Vous l’avez remarqué, il y a beaucoup de Mnémos dans le challenge et c’est principalement parce que j’ai tout reçu d’un coup suite aux Imaginales. Donc j’en ai profité pour traiter et mettre en avant ces différents titres.

Je n’ai qu’une chose à dire pour conclure: Bien vite l’année prochaine ! ♥

Et vous, vous avez participé? Vous avez aimé l’expérience?
Est-ce que ce challenge vous tente pour l’an prochain?

Immortel Ad Vitam – Cécile Pommereau

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Immortel Ad Vitam
est un one-shot dans la veine fantastique écrit par Cécile Pommereau. Réédité récemment chez Noir d’Absinthe, vous pouvez trouver ce roman au prix de 15 euros en papier et 4.99 en numérique.
Ce roman entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce roman entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne Frissonnant » catégorie « Le fantôme de l’apéro ».
Merci à Noir d’Absinthe pour m’avoir offert ce roman suite au concours organisé pour sa sortie !

Immortel Ad Vitam raconte l’histoire de Fred, un gars un peu paumé et banal avec qui la vie n’a pas été tendre. Ancien pompier, il tue un homme par accident et se retrouve en prison. Quand il en sort, toute sa vie a foutu le camp et il décide de se suicider… Sauf qu’après s’être fait exploser le crâne avec un fusil, Fred revient à la vie comme si de rien n’était.
Mais c’est aussi l’histoire de Jean, un flic pas loin de la retraite qui a la surprise de constater qu’un cadavre s’est tiré de sa scène de crime. Cadavre qui paraît bien vivant quand il le croise dans un bar !
Vous vous en doutez, leurs chemins vont se croiser et ça va faire des chocapics des étincelles.

Ce n’est pas forcément clair en lisant le résumé mais ce roman court est bourré d’humour caustique et noir. Sur 168 pages (en numérique), Cécile Pommereau nous entraine dans le quotidien navrant de Fred, pour qui on ne peut s’empêcher d’éprouver une forme d’empathie. Elle alterne les chapitres et les points de vue, faisant la navette entre Fred et Jean tout en gardant une écriture à la première personne. Malgré des chapitres assez courts, le lecteur n’oubliera jamais dans la tête de qui il se trouve car les deux personnalités sont plutôt bien marquées.

J’ai apprécié de suivre Fred autant que Jean qui sont deux personnages très vivants. J’ai tout de même une préférence pour ce policier bougon et blasé qui se prend d’affection pour Fred. Je pense que certains lecteurs trouveront que la relation type « bromance » qui existe entre eux se construit beaucoup trop rapidement, parce que je me suis fait la même réflexion. Puis, en y réfléchissant, je me dis que vu les circonstances… Ça n’a rien de surprenant.

Immortel Ad Vitam est une œuvre dynamique. Pour preuve, je l’ai lue d’une traite ce matin sans m’ennuyer une seconde. Les pages se tournent avec facilité et on se laisse prendre dans l’intrigue. Cette dernière est plutôt classique: on ignore pourquoi Fred est devenu immortel, comment tout cela fonctionne, alors les protagonistes vont mener une enquête en remontant la piste de celui qui lui a transmis ce cadeau empoisonné. Une piste qui m’a d’abord paru vraiment trop facile… jusqu’à la toute fin. Plus j’approchais des dernières pages et plus je craignais les explications tarabiscotées, les deus ex machina ou un truc cliché au possible. Et finalement… non. Je n’en dirai pas plus mais j’ai vraiment aimé ce que Cécile Pommereau a choisi comme fin. C’était plutôt intelligent, ça montrait une certaine réflexion. Le message que l’autrice choisit de faire passer surprend dans un roman qu’on pourrait, au premier abord, croire exister uniquement dans une perspective de divertissement.

Certains lecteurs auront un goût de trop peu, surtout ceux qui ont besoin de connaître toutes les réponses. À ceux-là, je dis, pas de panique ! Une nouvelle gratuite (que je n’ai pas encore lue) est disponible sur le site de Noir d’Absinthe qui, je n’en doute pas, donnera les explications manquantes sur ce mystère d’immortalité. Du moins, si je me fie au titre.

Pour résumer, Immortel Ad Vitam est une lecture détente. Un chouette petit roman court qui vous mettra de bonne humeur avec des personnages attachants et un rythme maîtrisé. Cécile Pommereau signe une œuvre agréable dont je recommande la lecture pour les jours où le moral n’est pas au beau fixe.

Irezumi – Akimitsu Takagi

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Irezumi est un roman policier japonais écrit par Akimitsu Takagi et publié chez Folio dans la collection policier. Vous le trouverez partout en librairie au prix de 7.80 euros.
Ce roman entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce roman entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne Frissonnant » catégorie « le cri de la banshee ».

Avant de vous parler en détail de ce roman, je dois donner quelques précisions quant à son contexte. Il a été publié pour la première fois en 1948 au Japon et est considéré comme un des classiques du polar nippon. Ceci explique en grande partie mon ressenti développé plus bas. Retenez-le parce que c’est important.

Irezumi se déroule en 1947, à Tokyo. Kinué Nomura est une femme tatouée qui fascine les hommes. Après avoir participé à un concours où elle a exposé son tatouage, elle est retrouvée assassinée. Une enquête commence donc pour découvrir l’identité du tueur alors qu’un meurtre isolé se transforme en une série.

Le premier gros problème que j’ai eu avec ce roman, c’est son côté vieillot et trop classique dans le déroulement. Si vous aimez les romans policiers de la vieille école, ce livre sera parfait pour vous mais ce n’est pas mon cas. J’ai deviné rapidement certains pans de l’intrigue et entretenu des doutes sur d’autres éléments, ce qui ne m’arrive pas souvent puisque je suis une lectrice crédule qu’on balade facilement en règle générale. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est cousu de fil blanc mais l’auteur répète tellement souvent les éléments importants qu’on a envie de passer des pages (honnêtement, je l’ai fait) pour arriver à quelque chose de nouveau, d’inédit, et avancer un peu. Pourtant, il fait +-330 pages  mais ça m’a paru long.

De plus, j’ai trouvé les personnages assez fades, présents pour remplir des rôles prédéfinis, ce qui a découlé sur une absence flagrante d’empathie. On a le héros un peu naïf, le policier dépassé, le détective privé de génie (alors lui, il méritait des claques), le scientifique un peu bizarre, la femme manipulatrice et vénale… Tous les ingrédients sont présents et ça manque cruellement de profondeur. Enfin, le récit comporte énormément de longueurs puisque l’auteur passe son temps à répéter dans les dialogues des éléments de l’enquête, comme s’il craignait que le lecteur oublie quelque chose. Le bouquet, c’est probablement le dernier chapitre d’exposition qui reprend tout à zéro et qu’on a envie de passer pour les deux premiers tiers parce qu’on sait déjà tout.

Pourquoi est-ce que je vous en parle, du coup, si je me suis ennuyée en le lisant? Plusieurs raisons à cela. Déjà, Irezumi est très riche de détails concernant le Japon de l’après-guerre mais aussi l’univers du tatouage et les légendes nippones. J’ai appris énormément de choses et ça m’a bien plu. Ensuite, ce que je relève comme un défaut sera vu comme une qualité par beaucoup de lecteurs. Le roman policier construit d’une manière classique m’ennuie mais la plupart des adeptes du genre aiment ça. Irezumi n’est pas du tout un mauvais livre, c’est juste un ouvrage qui ne me convient pas à moi en tant que lectrice. La preuve, Laure-Anne me l’a prêtée et ça a été un coup de cœur pour elle (je vous renvoie à sa chronique pour juger) !

Pour résumer, si vous aimez le Japon, les tatouages traditionnels et les enquêtes pour meurtre, Irezumi est un roman parfait pour vous. Si vous cherchez un texte dans le genre policier qui soit un peu plus original dans sa construction, passez votre chemin.

Délicieuses pourritures- Joyce Carol Oates

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Délicieuses pourritures
est un petit roman court sur le monde tranche de vie universitaire écrit par l’autrice américaine Joyce Carol Oates. Vous le trouverez chez J’ai Lu au prix de 4 euros.
Ce roman entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce roman entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne Ensorcelant » catégorie « Balai Patte ! » pour son héroïne féminine mais aussi dans le menu « Automne Frissonnant » catégorie « Le cri de la banshee » pour son côté angoissant.

Délicieuses Pourritures, c’est l’histoire de Gillian. Cette étudiante suit les cours d’Andre Harrow, son professeur de littérature dont elle est éperdument amoureuse. Elle appartient même à son atelier de poésie. Atelier qui va se muer en tribune où ce professeur oblige ses élèves à tenir un journal intime qu’elles devront lire devant leur classe composée d’une dizaine d’étudiantes qui se battent pour attirer l’attention d’Andre. Plus on en dit et mieux c’est. Et pour attirer l’attention conjointe du professeur Harrow et de sa femme Dorcas, certaines vont très loin.

Il est difficile de parler de ce roman sans vous dévoiler les ficelles de l’intrigue. Nous assistons à un drame universitaire où un professeur abuse de son autorité envers ses étudiantes pour les charmer et vous imaginez la suite, le tout avec la complicité de sa femme. Devenir leur préférée semble être le but ultime de la majorité des filles de cette école, ce que j’ai un peu de mal à concevoir. Si vous cherchez un texte réaliste dans son traitement, passez votre chemin.

Par contre, si comme moi vous vouliez lire un texte extrême, angoissant, malsain et prenant, vous êtes au bon endroit. Sur 125 pages d’une narration à la première personne, nous suivons Gillian dans ses objectifs et dans leur réalisation. On sait pourtant que c’est mal tout ça mais on ne peut s’empêcher de se réjouir pour elle quand elle atteint ses buts. C’est un roman qui se lit avec une forme de fascination malsaine pour le propos. Un roman qui laisse perplexe, mal à l’aise, en partie à cause de son style décousu qui illustre à merveille la psyché du personnage principal. L’aspect psychologique du roman est d’ailleurs magistralement maîtrisé !

Difficile de résumer ce livre à « j’ai aimé » où non. Il sort des sentiers battus et ne laissera pas indifférent les lecteurs adeptes de ce type de littérature. À lire si vous souhaitez sortir de votre zone de confort.

Des sorciers et des hommes – Thomas Geha

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Des sorciers et des hommes
est un one-shot de fantasy proposé par l’auteur français Thomas Geha. Publié chez Critic, ce tome coûte 19 euros.
Ce roman entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce roman entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne douceur de vivre » catégorie « Les feuilles d’automne emportées par le vent, en ronde monotones, tombant, tourbillonnant. »

À travers six épisodes sur plus ou moins 300 pages, nous suivons les péripéties de Pic Caram et Hent Guer. Le premier est un sorcier aux rubans, le second un guerrier plutôt barbare. Tous deux acceptent des contrats dans le but de gagner argent et pouvoir, jusqu’au moment du retour de bâton.

J’attendais beaucoup de ce livre, peut-être trop, pour deux raisons. La première, il vient d’un éditeur que j’admire et respecte beaucoup pour son travail éditorial et son engagement dans la qualité de ses romans. La seconde, j’avais déjà lu un roman de Thomas Geha (qui a signé sous un pseudo) American Fays, et j’en gardais un très bon souvenir. Hélas, je ressors de ma lecture assez mitigée. Pourtant, si je vous le chronique, c’est parce qu’il a quand même certaines qualités et qu’il plaira à un public autre que moi.

En premier lieu, je dois relever la découpe du roman. Il est construit comme une série d’épisodes, cinq assez courts et un final, beaucoup plus long. Si l’idée est originale, elle aurait pu être mieux exploitée car les épisodes souffrent de longueurs et d’expositions qui ne sont pas forcément utiles à l’histoire. J’ai appris sur le blog du Troll que les deux premiers étaient des nouvelles parues dans une anthologie et je comprends un peu mieux cette impression paradoxale de trop et de trop peu. Le genre de la nouvelle est compliqué à exploiter et si je conçois ce besoin de vouloir exposer les finesses de l’univers développé par Thomas Geha, alors il aurait fallu opter pour un autre style narratif. Dans un format comme celui-ci, ça casse le rythme. Pourtant, cet univers est inspiré, intéressant et plutôt riche !

Les deux personnages sont des anti-héros à la morale douteuse assez caricaturaux dans les premiers épisodes, ce qui s’explique par le format narratif. J’ai pourtant apprécié Pic Caram qui est un personnage qui sort du lot mais globalement, les protagonistes manquent de saveur et de crédibilité. J’en attendais davantage d’un roman que l’auteur classe dans la veine dark fantasy car hormis la moralité de Pic et Hent, nous sommes plutôt dans de la sword and sorcery classique. Surtout avec une fin pareille que je ne vais pas détailler pour ne pas vous spoiler.

Quant à l’écriture de Thomas Geha, je l’ai trouvée plutôt bonne et immersive. Il a créé un univers avec une mentalité précise qui se transmet dans ses descriptions. Les combats sont bien maîtrisés. On sent que cet auteur n’en est pas à son premier roman.

Je pense que Des sorciers et des hommes peut se résumer ainsi: un auteur inspiré mais une exécution maladroite. J’attendais probablement trop de ce livre, en partie à cause de l’éditeur, en partie à cause de l’auteur. Je pense très sincèrement que Thomas Geha a un fort potentiel mais qu’il aurait dû davantage travailler la subtilité de sa mise en scène et du déroulement narratif pour provoquer plus de surprise et de suspens chez son lecteur.

Je recommande tout de même ce roman aux adeptes d’une fantasy plus classique dans ses codes et son déroulement narratif. Je pense que ce livre n’était pas fait pour moi mais il plaira plus que probablement à d’autres (j’ai lu plusieurs critiques positives), avec des goûts moins ciblés que les miens.

Un éclat de givre – Estelle Faye

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Un éclat de givre
est un roman post-apocalytique loin des standards habituels du genre, écrit par l’autrice française Estelle Faye. D’abord publié chez les Moutons Électriques, ce roman est réédité chez Folio SF depuis 2017 au prix de 8.30 euros.
Ce roman entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.

Souvenez-vous. Il y a quelques mois, je lisais les Seigneurs de Bohen de la même autrice et j’étais enchantée par ma découverte. Aux Imaginales, ça n’a pas manqué, j’ai eu envie de lire ses autres livres sans trop savoir par lequel commencer. On m’avait conseillé Porcelaine mais le pitch d’un éclat de givre me parlait davantage. En discutant avec elle et en lui expliquant à quel point j’avais adoré les Seigneurs de Bohen, elle m’a conseillé celui-ci. Une fois sa lecture terminée, je comprends pour quelle raison.

Nous évoluons dans un Paris post-apocalyptique sur les pas de Chet, un chanteur de jazz qui enchaine les histoires foireuses, que ce soit dans sa vie privée ou professionnelle. Il se retrouve embarqué malgré lui dans une sombre affaire qui menace le quotidien déjà bancal de ces survivants à la Fin du Monde. Une nouvelle drogue apparait, appelée la Substance, qui permet de résister à la chaleur de cet été de plus en plus caniculaire. Hélas, les conséquences de cette prise sont désastreuses et si Chet aurait aimé ne pas s’impliquer dans tout ça, on ne lui laisse pas vraiment le choix.

À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’une énième enquête avec un héros-qui-ne-veut-pas-en-être-un-mais-qui-va-roxxer-quand-même-parce-que-c’est-le-héros. Détrompez-vous. On en est même assez loin. Chet est un mec paumé, un anti-héros comme je les aime qui vit en marge, a des mœurs qui sortent des canevas habituels. Tout n’est pas blanc ou noir, chez lui. Il représente une accumulation de différentes couches plus ou moins crasseuses. Il a ses élans moraux et ses faiblesses, ses névroses et ses secrets honteux. Comme pour les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye propose non seulement un héros atypique mais aussi toute une gamme de protagonistes qui sortent du lot par leur façon d’être ou leurs orientations. Cela ne plaira pas à tout le monde mais, personnellement, j’ai trouvé ça très exaltant.

Plus que son intrigue, ce roman brille par son ambiance particulière où la nostalgie tient un rôle central. La nostalgie du passé, d’avant la Fin du Monde, que Chet a découvert dans son enfance avec Tess, supervisé par Paul le Sorbon. La nostalgie de la nature, assassinée par la main des hommes. La nostalgie de son amitié avec Tess, de ses erreurs, de ses lâchetés. À travers un récit à la première personne, Estelle Faye nous dépeint un personnage profondément humain que nous suivons au fil du temps. Le récit est parsemé par des souvenirs du passé, toujours assez brefs, qui permettent au lecteur de mieux comprendre le personnage de Chet, de s’y attacher. Ces différentes parties parsèment le récit dans un très bon équilibre, sans jamais ralentir l’intrigue ou provoquer le moindre ennui, comme cela arrive souvent avec les auteurs qui optent pour ce mode narratif.

À travers Chet, Estelle Faye nous dépeint un univers d’une richesse incroyable. Cet univers est marqué par la grande culture de l’autrice, que ça soit dans le domaine musical, théâtral, littéraire mais aussi télévisuel. J’ai été ravie de découvrir toutes ces références et de quelle manière Estelle Faye parvenait à les imbriquer en un tout cohérent, fluide, poétique. À mes yeux, un éclat de givre est un bijou sur le fond comme sur la forme.

Dans cet ouvrage, Paris est un personnage à part, vivant. On en découvre tous les aspects. Certains qui puisent leur écho dans le passé lointain comme la Cour des Miracles, d’autres qui sont plus récents. À travers la mésaventure de Chet, Estelle Faye raconte, divertit, mais éduque aussi en attirant l’attention de son lecteur sur les conséquences potentielles de polémiques actuelles. Des thématiques qui ne révolutionnent pas le genre mais qui trouvent un écho douloureusement actuel. Ainsi, l’autrice s’engage de manière subtile et pessimiste sur le destin du monde en brossant une image parfois terrifiante de l’humanité. Pourtant, au fil de ma lecture, je me suis plusieurs fois dit que ça ne tenait pas tant que ça de la fiction. Probablement mon côté pessimiste de nature.

Un éclat de givre est un roman surprenant, à part, qui propose un monde hétéroclite avec des personnages qui le sont tout autant. Baignés dans la folie, à leur manière. Une folie ordinaire, affreusement humaine. En tournant les pages, on sent l’odeur de la sueur, on cuit sous le soleil, on baigne dans la crasse, on vibre et on s’imagine à la place des protagonistes. L’écriture poétique et maîtrise d’Estelle Faye fait, à ce niveau, encore des merveilles en parvenant à immerger son lecteur avec une aisance qui tient presque du surnaturel.

Pour résumer, j’ai adoré découvrir ce roman atypique débordant de nostalgie et de références culturelles. Un éclat de givre est une œuvre d’une grande richesse proposée par une autrice talentueuse que je vais continuer à suivre avec attention. Je vous le recommande très chaudement !

Les Sœurs Carmines #3 Dolorine à l’école – Ariel Holzl

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Dolorine à l’école
est le troisième (et dernier?) tome de la saga des Sœurs Carmines écrite par l’auteur français Ariel Holzl. Publiée chez Mnémos, chaque tome coûte 17 euros.
Je remercie les éditions Mnémos pour ce service presse !
Cette lecture entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé des Sœurs Carmines en chroniquant le tome 1 et le tome 2. J’avais été emballée par le concept sur le premier et avait été enchantée par les aventures de Tristabelle dans le deuxième. Ce troisième tome nous permet de suivre Dolorine, la petite sœur Carmine âgée d’une dizaine d’année seulement, qui va entrer au pensionnat de Mme Boggartine. En arrivant sur place, Dolorine se rend compte que plusieurs choses ne vont pas. Déjà, les élèves sont anormalement gentils avec elle. Ensuite, les fantômes ont tous disparu, du jamais vu ! La fillette décide alors de mener l’enquête et ça n’ira pas sans mal.

Ce qu’on craint naturellement avec une héroïne aussi jeune, c’est de tomber sur un texte trop enfantin ou trop immature. Ce n’est pas le cas du tout ! Dolorine est d’une touchante naïveté qui se mêle à son éducation « grisaillaise » pour offrir au lecteur des réflexions aussi amusantes qu’incongrues. Là où le premier tome restait introductif avec une sœur un peu plus fade comparée aux autres et où le second offrait une Tristabelle brillante et détestable, ce troisième continue sur sa lancée pour dépayser son lecteur.

Le récit à la troisième personne est parsemé des pages du journal de Dolorine pour une plus grande immersion dans le personnage mais aussi, nouveauté, du journal de son institutrice et d’un exposé réalisé par ses camarades de classe qui se montrera capital pour la suite. J’ai vraiment apprécié les choix narratifs de l’auteur à ce niveau et les dessins qui parsèment le livre. Ce sont parfois des bonhommes assez simplistes et à d’autres moments, des croquis plus aboutis qui apportent véritablement quelque chose au livre. Les pages du journal de Dolorine comportent des taches et des ratures pour donner cet aspect vieillot à ces parties. Les moments de narration, quant à eux, contiennent parfois des mots barrés et corrigés comme d’une façon manuscrite, probablement par Dolorine elle-même, ce que j’ai trouvé amusant et enrichissant.

Outre ces éléments esthétiques et ces choix de l’auteur, l’intrigue qui se développe aborde des thèmes intéressants, comme celui de la mort et des conséquences d’une lutte contre elle. Cela reste classique mais la manière dont Ariel Holzl met cela en place m’a captivée au point de lire ce tome presque d’une traite. On en apprend également davantage sur la dernière des filles Carmine, ce qui pose finalement plus de questions qu’autre chose. Je doute en fait que ce tome soit le dernier car l’auteur se ménage pas mal d’éléments pour continuer sa saga en laissant des questions en suspend. Puis n’oublions pas bébé Dram !

Pour le reste, l’univers se maintient à la hauteur des deux tomes précédents en s’enrichissant toujours un peu plus. On retrouve avec plaisir cette ambiance de merveilleux noir où le progrès technologique commence à menacer les habitudes un peu plus magiques des habitants de Grisaille. Le dénouement de cette malheureuse affaire était vraiment épique, l’auteur n’a peur de rien et ne manque pas d’imagination ! Je me demande s’il envisage des produits dérivés, d’ailleurs. J’adorerai avoir un Monsieur Nyx.

Pour résumer, ce troisième tome des Sœurs Carmines est à la hauteur de sa saga. Contrairement à ce que je craignais, suivre Dolorine n’empêche pas le lecteur plus âgé de s’immerger, que du contraire. Chaque tome a un ton différent, relié par un univers de merveilleux noir avec quelques tendances au steampunk plus que prometteuses. Ariel Holzl signe un nouveau roman réussi et en tant que lecteur, on a qu’une question à lui poser: À quand la suite?

Le Bâtard de Kosigan #3 Le marteau des sorcières – Fabien Cerutti

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Le marteau des sorcières
est le troisième tome de l’extraordinaire saga de fantasy historique, le Bâtard de Kosigan, écrite par l’auteur français Fabien Cerutti. Publié chez Mnémos, ce tome coûte, comme les deux précédents, 20 euros.
Ce roman entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Le Bâtard de Kosigan est une série que je suis depuis sa sortie en 2015 où j’avais rencontré l’auteur aux Imaginales. J’ai été séduite par le concept et je découvre chaque tome avec le même plaisir. Je mets toujours un peu de temps à me lancer parce qu’il ne s’agit pas d’un livre à découvrir comme un simple divertissement. C’est une littérature plutôt dense, réservée à une certaine niche de lecteur de par son niveau (sur tout ce qui touche à l’Histoire notamment et au style de langage) mais bon sang ce que c’est bon, ce que c’est grand ♥ Comme je n’ai pas encore eu l’occasion de chroniquer ces romans sur le blog, je vais reprendre depuis le début.

Avant cela, petit mot sur le contenu du livre en terme d’annexes et de cartes. La maison d’édition a vraiment accordé un très grand soin à ces éléments en fournissant au lecteur des cartes des zones évoquées dans le roman, en rappelant certaines lettres évoquées dans ce tome, dans les annexes afin que le lecteur puisse facilement se rafraichir la mémoire mais aussi en proposant un rappel des différents personnages / fonctions. De même, on retrouve des précisions sur le système des heures et des mesures au Moyen-Âge, ce qui peut paraître anecdotique mais révèle surtout le soin que l’auteur et l’éditeur ont apporté à ce roman. Chapeau !

Nous suivons deux histoires parallèles et complémentaires. D’un côté, celle de Pierre Cordwain de Kosigan, le fameux bâtard, chef d’une compagnie de mercenaire dont nous lisons les pages de son journal écrit dans le courant du 14e siècle. D’un autre, celle de son descendant, Kergaël, qui découvre son ascendance grâce à l’envoi d’un mystérieux colis et dont on suit la correspondance avec ses amis et ses mentors, à la recherche de la vérité. En décryptant le journal du Bâtard, Kergaël se rend compte que son ancêtre évoque des peuples disparus, des mythes qui ne sont pas supposés exister et possède plusieurs dons magiques liés à la Source, des éléments dont on ne conserve aucune trace au 19e siècle. Aucune trace crédible, tout du moins, car qui croit encore à la magie à notre époque « éclairée » ? Petit à petit, Kergaël va pourtant commencer à y croire grâce à divers indices et au concours de son entourage. La question commence alors à se poser: et si quelqu’un, dans l’ombre, était parvenu à éradiquer les anciens peuples, les anciennes pratiques? Qui? Pourquoi? Voilà probablement LA plus grande question du récit.

Il ne s’agit pourtant pas uniquement d’une quête de la vérité. Une organisation secrète semble détenir des éléments importants et cherche à aider Kergaël là où une autre souhaite au contraire qu’il disparaisse. Dans ce tome, on en apprend davantage sur les deux, ce qui permet à l’intrigue d’avance. Pardonnez mon manque de détails mais vous connaissez ma politique anti-spoil. Quant au Bâtard, on le retrouve à Cologne, face au Cardinal de Las Casas, à la recherche du covent auquel sa mère a jadis appartenu, afin de trouver des réponses sur le sang noir qui coule dans ses veines.

La première chose à relever sur cette saga, c’est le grand soin qu’apporte l’auteur au traitement historique. Bien que passionnée d’histoire, je suis loin d’être une spécialiste mais il me semble que toutes les références qu’évoque Fabien Cerutti peuvent se vérifier au point que la théorie qui se dessine plus clairement dans ce tome parait presque… Plausible. En tout cas, j’ai commencé à me poser certaines questions ! J’ai trouvé ces passages et détails particulièrement fascinants. De plus, l’auteur soigne aussi son style d’écriture qui, bien que traduit dans un français du 19e siècle, sonne crédible et est parsemé de termes latins ou locaux qui donnent une touche de réalisme supplémentaire au récit.

Le personnage du Bâtard est très agréable à suivre. Ce n’est ni un saint, ni un monstre, mais bien un homme avec ses défauts et ses qualités, ses pulsions et ses désirs. Fabien Cerutti nous offre un héros tout en nuance auquel on s’attache immédiatement. Quant à son descendant, c’est parfois plus ardu pour une raison très simple: le choix du style épistolaire. Nous ne connaissons Kergaël qu’à travers ses lettres (et dans ce tome, ses coups de téléphone). Ces dernières regorgent de beaucoup de détails mais ça n’offre pas la même proximité qu’avec le Bâtard. Pourtant, ces intermèdes s’avèrent eux aussi très intéressants. Ils permettent de distiller à la fois action et suspens, pour maintenir l’intérêt du lecteur.

Je n’ai pas grand chose à reprocher à Fabien Cerutti, hormis sa très frustrante tendance au cliff-hanger ! Si j’avais eu le tome 4 sous la main, j’aurai enchainé ma lecture pour découvrir le fin mot de cette première partie.  Hélas, il va falloir attendre quelques semaines…

Pour résumer, ce troisième tome du Bâtard de Kosigan est une réussite. Fabien Cerutti brille par son talent littéraire et historique en offrant un roman passionnant qui ravira les adeptes du genre – dont je suis. Je recommande très chaudement cette saga à tous les lecteurs sensibles à l’Histoire et au surnaturel crédible, qui ont envie de s’offrir un grand moment de littérature.

Reconquérants – Johan Heliot

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Reconquérants
est un one-shot uchronique écrit par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos dans la collection Hélios, le roman est disponible au prix de 9.90 euros.
Je remercie les éditions Mnémos pour ce service presse !
Ce livre entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Reconquérants est une uchronie qui prend place dans un univers très connoté Rome antique. La diégèse du roman se constitue autour de ce principe: pour fuir une Rome sur le déclin après l’assassinat de César, des colons ont découvert l’Amérique et y ont bâti une nouvelle cité sur les valeurs de la République, une cité nommée Libertas. 1500 ans plus tard, les descendants de ces colons désirent reconquérir l’ancien continent, sans exposer très clairement les raisons de ce projet. Ou plutôt, en donnant des explications qui feront froncer les sourcils du lecteur suspicieux, qui y verra immédiatement (et à raison) anguille sous roche. Dans cette histoire, nous suivons principalement Geron, enrôlé à moitié de force dans l’armée, qui va être confronté aux merveilles de l’ancien monde et découvrir de sombres secrets.

La première chose à relever dans ce roman, c’est le génie de l’auteur. Comme j’en ai déjà parlé dans mes chroniques sur Grand Siècle (tome 1tome 2), je trouve que Johan Heliot est un auteur phare en matière d’uchronie. On sent le passionné d’histoire, son érudition transparait clairement et cela lui permet de jouer très habilement avec les différents éléments historiques pour les assembler et créer une réalité alternative cohérente. Pour immerger son lecteur, il utilise un vocabulaire soutenu et adapté à l’époque, sans dédaigner les termes latins issus du langage militaire, politique ou même les unités de mesure. Ces détails m’ont séduite, parce qu’ils dénotent un soin particulier apporté au contexte, ce que j’apprécie.

Là où ça coince un peu, c’est du côté de la narration. Pendant la première partie du roman, le narrateur est extérieur et ça manque de dialogue. Normal, ça pose le contexte mais du coup, j’ai eu un peu de mal à m’immerger dedans d’autant que je trouve la mise en page du livre assez serrée dans la version poche. Ensuite, on retrouve des extraits d’un carnet de voyage tenu par Geron, sans pour autant que ces parties soient mises en italique pour bien marquer la rupture. Enfin, plus on avance dans la dernière partie et plus on alterne entre la première et la troisième personne, mais sans respecter l’idée que ce soit le héros qui tienne un journal ou du moins, on n’en a plus du tout l’impression vu la manière dont il est rédigé. Cet aspect un peu brouillon de la narration m’a, au départ, fait passer à côté de l’histoire et si ça n’avait pas été un service presse, je n’aurai pas continué jusqu’au bout. Mal m’en aurait pris !

Parce que oui, malgré ce détail gênant, Reconquérants est un bon livre à l’intrigue soignée et d’une grande richesse. Si la plupart des personnages tiennent un rôle secondaire et sont davantage des fonctions, j’ai apprécié Ekin, la fille du Prince Rouge. Sa relation avec Geron est intéressante, ainsi que tout ce qui se passe autour d’eux. Si certains éléments perdront les lecteurs peu attentifs, ce livre vaut la peine qu’on s’accroche plus loin que la première impression.

Pour résumer, Reconquérants est un roman one-shot qui marque par l’originalité de son univers et le traitement de son uchronie plus que par ses personnages ou son intrigue très classique. Certains éléments sont parfois trop rapides et quelques descriptions trop longues, il n’en reste pas moins que je salue la performance et l’imagination de Johan Heliot qui signe un texte pas parfait, mais disposant de certaines qualités qui raviront les fans du genre.